I.
Les PAS comme leviers de stabilisation et de croissance
1. La stabilisation macroéconomique
Les politiques d’ajustement structurel visent d’abord à rétablir les grands
équilibres macroéconomiques : réduction des déficits publics, maîtrise de
l’inflation et assainissement de la balance des paiements. Ces mesures,
souvent accompagnées d’une dévaluation monétaire, cherchent à
restaurer la compétitivité externe et à rétablir la confiance des bailleurs de
fonds. Comme le souligne le Fonds Monétaire International, « la stabilité des
prix est un préalable à la croissance économique et à la création d'emplois »
(résultat d'une recherche connexe sur la stabilité). En réduisant l'inflation et
en stabilisant la monnaie, les PAS visent à restaurer la confiance des agents
économiques et à créer un environnement propice à l'investissement à long
terme. La consolidation budgétaire est vue comme un impératif pour sortir
du cercle vicieux de l'endettement.
L’exemple du Ghana est emblématique : après l’adoption d’un PAS en 1983,
le pays a vu son taux d’inflation passer de 123 % à 25 % en deux ans, selon
la Banque mondiale (World Development Report, 1986). Cette stabilisation a
permis de relancer la croissance et de restaurer la crédibilité financière du
pays sur la scène internationale.
Cependant, la stabilisation macroéconomique ne constitue qu’une première
étape. Pour relancer durablement la croissance, il fallait également
transformer les structures économiques par la libération et l’ouverture aux
capitaux étrangers.
2. La libéralisation et l’attraction des investissements étrangers
Une fois la stabilité macroéconomique assurée, les PAS passent à la phase de
réformes structurelles visant à accroître l'efficience économique et à stimuler
l'offre. Le cœur de ces réformes est la libéralisation des marchés et la
privatisation des entreprises publiques, dans l’objectif de stimuler la
concurrence et d’attirer les investissements directs étrangers (IDE).
L'économiste néoclassique Maurice Allais (Prix Nobel 1988), bien que critique
sur une libéralisation "totale" et non encadrée des mouvements de capitaux,
a mis en évidence l'importance d'une structure économique saine pour le
développement, soutenant qu'« une libéralisation totale des échanges et des
mouvements de capitaux n'est possible, elle n'est souhaitable que dans le
cadre d'ensembles régionaux groupant des pays économiquement et
politiquement associés, et de développement économique et social
comparable » (Maurice Allais, La Crise mondiale d'aujourd'hui..., 1999). Cela
souligne l'idée que si le principe libéral est un levier, son succès dépend d'un
contexte de réformes institutionnelles et régionales adéquates, souvent
encouragées par les PAS. Cette ouverture économique favorise les flux de
capitaux, le transfert de technologies et l’intégration dans les chaînes de
valeur mondiales.
Ainsi, le Mexique, après la mise en œuvre de réformes structurelles au
début des années 1990, a vu ses IDE passer de 2,5 milliards de dollars en
1990 à 12 milliards en 1994, selon les données de la Banque mondiale.
Cette dynamique a contribué à moderniser certains secteurs exportateurs,
notamment l’industrie automobile.
Par ailleurs, les PAS visaient aussi à renforcer la compétitivité extérieure des
pays en développement, notamment en stimulant les exportations comme
moteur de croissance.
3. La dynamisation des exportationsLes PAS s’appuient également sur la
promotion des exportations pour relancer la croissance. Les dévaluations
monétaires successives favorisent la compétitivité-prix des produits
nationaux, incitant les pays à renforcer leurs capacités d’exportation.
L'impact du commerce international sur la prospérité est un fait établi. Selon
un rapport de la Banque Mondiale, « le commerce international s'est révélé
être un formidable moteur de prospérité. Dans les pays en développement
qui se sont ouverts à la mondialisation, il a favorisé la croissance du revenu
par habitant et la réduction de la pauvreté » (Banque Mondiale, 2024 -
résultat d'une recherche connexe sur l'exportation). La dynamisation des
exportations, via la compétitivité-prix accrue par la dévaluation et les
réformes structurelles, est donc considérée comme le levier central pour
générer les devises nécessaires au remboursement de la dette et au
financement du développement.
L’Ouganda, par exemple, a vu la part du café dans ses recettes
d’exportation passer de 50 % en 1987 à 70 % en 1995. Cette orientation a
permis de générer des devises et de soutenir une reprise économique
mesurable à court terme.
Ces réformes ont donc permis, dans plusieurs cas, une stabilisation
macroéconomique et une relance de la croissance, mais sans
nécessairement enclencher un processus de développement durable.
Si les résultats économiques à court terme paraissent encourageants, ils
cachent cependant des fragilités profondes. En effet, les gains
macroéconomiques se sont souvent accompagnés d’un coût social et humain
élevé, mettant en question la durabilité du développement.