Alors, très fiers, ils purent ajouter sur l'écriteau
« ATTENTION CHIEN MECHANT !»]
4l Mais le facteur, après trois retraites epouvantées, refusa de venir porter
le courrier, on le com-
prend.
Des lettres, ils n'en reccevaient jamais et pour le journal, ils feraient
l'économie de
T'abonnement; de toute façon,
aux factures, il serait assez tột de les retirer dans la case à la poste.
425 ls s'attristèrent davantage lorsque leurs derniers amis renoncèrent
aussi à leurs
là-dedans, il n'y a
visites à cause du chien qui les terrorisait.
Mais, bientôt, ils n'y pensèrent plus.
Le chien aboyait quand
parfois quand personne ne
13o le choc glacé des aboiements nocturnes.
quelqu'un passait,
comme il se doit. Mais il aboyait aussi
venait. Et le
propriétaire et sa femme se réveillaient d'un coup sous
Le souffle court, dans la nuit grise, ils écoutaiet
Dans un moment de cafard suspicieux
fer barbelés inclinés, lui conférant
(insécurité
quelques dizaines d'années auparavant.
la silhouette de
135 Le
toujours que de mauvaises nouvelles. Quant
ATTENTION CHIEN MECHANT ! »
derrière la clôture aux barbelés et la haie du cimetière contre laquelle
s'appuyait, de l' autre côté, un
propriétaire et sa femme étaient seuls, désormais, avec le chien aux crocs
d'acier,
écriteau qui proclamait avec clarté: « PROPRIETE PRIVEE - DEFENSE
D'ENTRER
oppressée) il fit coiffer la clốture de fils de
clôtures entrées tristement dans 1Histoire
Ils hésitaient de plus en plus à sortir de leur jardin pour
scures raisons, mettait parfois beaucoup de temps à les laisser rentrer.
Tant qu'ils étaient chez
réaligner sa rangée de
muscles de derrière le portail.
eUx, le chien était très correct avec eux. Il allait même jusqu'à leur donner
quelques ope
langue bien sentis sur les mains.
aller en ville. Car le chien, pourd'ob-
Vasdes qu ils quittaient le jardin, il les assimilait aux ennemis de
l'extérieur.
Le propriétaire devait user de toujours plus de patience avec lui : il
parlementait derrière
193 la grille pendant de très longues minutes. Enfin, le chien convaincu de
sa bonne foi consentait à
crocs SOus Ses babines et à retirer sa masse de
Décidément, le quotient intellectuel de ce chien ne correspondait pas à ce
qu' on leur en avait
dit... mais c'était le seul être vivant qu'ils avaient.
IS9 Et ils étaient parfaitement sûrs, de cette manière, que personne ne
pénètrerait plus sur leur
propriété !
Un matin de printemps où la nature tout entière avaitl'air de se soulever
de terre pour gagner
le ciel, le propriétaire qui humait son jardin à pleines narines eut un
vertige
il lui sembla, mais juste une seconde, que la clôture et la haie avaient
quelque peu
f grandi...
L'effet, peut-être, de la suroxygénation ; quand on respire à trop pleins
poumons, il arrive que
notre cerveau émette des données étranges.
II chassa donc cette vision idiote en s'efforçant de se pencher avec
délectation sur tous ces
arbustes, ces fleurs qui lui appartenaient et qui s'abandonnaient à l'appel
du
o renouveau. Les mouches se réveillaient, zigzaguant et zézayant contre la
façade de la villa Ie
RRvon torturé par l'hiver, retrouvait sa dignite et ses couleurs. La
chlorophylle prenait possession
des arbres et des plates-bandes, les feuilles, doucement, dévidaient leur
cocon.