Les tests d'intelligence classiques, bien que largement utilisés, ne mesurent pas les aptitudes
essentielles au succès universitaire et professionnel, et leur pertinence est remise en question.
Robert Sternberg souligne que le succès dépend de trois types d'aptitudes, et pas uniquement des
aptitudes scolaires.
Critique des tests d'intelligence classiques
Historiquement, les premières tentatives de mesure scientifique de l'intelligence ont été menées
par Francis Galton, cousin de Charles Darwin, dès 1884 et 1890, à travers des tâches simples
comme la mesure de la taille du crâne ou le temps de réaction. Aux États-Unis, James McKeen
Cattell, un étudiant de Galton, a également utilisé des tests similaires, bien qu'ils aient été par la
suite abandonnés.
Les tests d'intelligence actuels, tels que le SAT ou l'ACT, mesurent principalement les aptitudes
scolaires comme le raisonnement verbal, mathématique et spatial, ainsi que la mémoire.
Cependant, leur capacité à prédire le succès professionnel reste limitée. Des études ont montré
que la capacité prédictive des tests d'intelligence pour la réussite professionnelle est faible, même
si elle s'améliore légèrement sur une période de 30 ans.
De plus, ces tests contribuent à une dichotomie sociale, catégorisant la population en fonction
des scores élevés ou faibles, ce qui peut justifier des inégalités sociales, économiques, politiques
et même morales. Les résultats faibles de certains groupes ethniques ou immigrants peuvent être
attribués à des préjugés culturels plutôt qu'à un manque d'intelligence intrinsèque.
L'émergence de l'intelligence pratique
Pour améliorer la prédiction du succès dans la vie réelle, il est suggéré d'élargir la conception de
l'intelligence. Robert Sternberg et ses collaborateurs proposent des solutions qui vont au-delà des
mesures traditionnelles, en intégrant des tâches créatives (par exemple, imaginer des créatures
martiennes) et des tâches pratiques (identifier des problèmes quotidiens et les résoudre).
L'intelligence pratique se distingue de l'intelligence scolaire par sa capacité à appréhender les
situations réelles de la vie et à les résoudre efficacement. Elle est souvent décrite comme une
connaissance tacite, acquise par l'expérience, similaire à "l'intelligence de la rue".
Contrairement aux tests classiques, les tests d'intelligence pratique se sont avérés être de
meilleurs prédicteurs de la performance professionnelle, notamment pour les cadres. Ces tests
évaluent la capacité à penser de manière logique, créative et pratique, et se basent sur des
scénarios réalistes, demandant par exemple d'évaluer les actions les plus efficaces face à un
subordonné en retard.
L'influence culturelle sur l'intelligence
La définition même de l'intelligence n'est pas universelle et varie selon les cultures. Par
exemple, les Kpelle du Libéria classent les objets par leur utilisation (couteau et orange), tandis
que les Occidentaux les classent par catégories taxonomiques (orange et pomme). Cette
différence fondamentale dans la manière de conceptualiser et de classer le monde met en lumière
les limites des tests conçus principalement pour les cultures occidentales.
En conclusion, les tests d'intelligence classiques sont souvent considérés comme "non
intelligents" car ils sont principalement conçus pour la réussite scolaire en Occident, ne mesurent
pas pleinement l'intelligence pratique cruciale pour le succès dans la vie réelle, et peuvent
renforcer les inégalités existantes en raison de leur biais culturel. Une compréhension plus
nuancée et élargie de l'intelligence, incluant ses dimensions pratiques et culturelles, est
nécessaire pour évaluer véritablement les aptitudes humaines et prédire la réussite au-delà du
cadre académique.