Introduction aux Équations Différentielles
Introduction aux Équations Différentielles
Equations Différentielles
Ordinaires et Partielles
1
Préambule
L’objet de ce cours est de proposer une introduction à l’étude des équations différentielles
ordinaires (EDO) et de certaines équations aux dérivées partielles (EDP). Beaucoup de résultats
existent dans ce domaine : il est possible de trouver des solutions explicites à ces équations, mais
elles ne sont pas nombreuses. La résolution explicite de la plupart des EDO et EDP reste encore
un problème ouvert.
Les mathématiciens se sont alors tournés vers une étude plus théorique qui permettait de trouver
des résultats sur les solutions (existence, unicité par exemple) sans les connaître explicitement.
Ce cours sera un mélange des deux parce qu’il semble nécessaire de savoir non seulement prouver
que des solutions existent et que le cas échéant elles peuvent être unique mais également être ca-
pable de résoudre “à la main” certaines EDO et EDP classiques.
Certaines solutions porteront plus d’attention que d’autres, comme les solutions stationnaires (au-
trement dit indépendantes du temps, si le temps t est la variable impliquée dans l’EDO). Nous
nous intéressons à l’étude analytique de ces solutions, autrement dit la stabilité de ces solutions
par rapport à des perturbations dans les conditions initiales.
Les EDO et EDP ont des applications dans une très grande variété de domaines physiques, chi-
miques et biologiques. Il serait trop long d’en faire un liste exhaustive ici, mais au cours des
exercices ou exemples certains d’entre eux seront évoqués.
Dans ce cours nous ne donnerons que des exemples d’EDO appliquées à la biologie et à l’écolo-
gie. Tous les autres exemples peuvent se trouver dans la littérature foisonnante de ce domaine des
mathématiques.
2
Table des matières
3.4.2 Dimension 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
3.4.3 Dimension n : cas où A est diagonalisable . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
3.4.4 Dimension n : cas A non diagonalisable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
COURS de
Mathématiques III - Analyse
Laurent Pujo-Menjouet
pujo@[Link]
4
Table des matières
5
TABLE DES MATIÈRES TABLE DES MATIÈRES
6
Chapitre 1
1.1 Définitions
Une équation différentielle ordinaire, également notée EDO, d’ordre n est une relation
entre la variable réelle t, une fonction inconnue t 7→ x(t) et ses dérivées x0 , x00 ,...,x(n) au
point t définie par
F (t, x, x00 , ..., x(n) ) = 0, (1.1)
où F n’est pas indépendante de sa dernière variable x(n) . On prendra t dans un intervalle
I de R (I peut être R tout entier).
La solution x en général sera à valeurs dans RN , N ∈ N∗ où N sera le plus souvent égal
à 1, 2 ou 3. On dit que cette équation est scalaire si F est à valeurs dans R.
7
1.1 Définitions Equations différentielles : introduction
(a) Gottfried Wil- (b) Sir Isaac New- (c) Jacques ou Jakob
helm Leibniz (1646 ton (1642–1727), Bernoulli (1654-1705)
- 1716), mathéma- Newton partage mathématicien et phy-
ticien allemand, Il avec Gottfried sicien suisse, frère de
est à l’origine du Wilhelm Leibniz Jean Bernoulli et oncle
terme de « fonction la découverte du de Daniel Bernoulli
» (1692, de functio : calcul infinitésimal. et Nicolas Bernoulli.
exécution), de celui Dans l’histoire du Sa correspondance
de « coordonnées calcul infinitésimal, avec Gottfried Wilhelm
», de la notation le procès de New- Leibniz le conduit à
du produit de a par ton contre Leibniz étudier le calcul infini-
b sous la forme est resté célèbre. tésimal en collaboration
a.b ou ab, d’une Newton et Leibniz avec son frère Jean.
définition logique de avaient trouvé Il fut un des premiers
l’égalité, du terme l’art de lever les à comprendre et à
de « différentielle indéterminations appliquer le calcul
» (qu’Isaac Newton dans le calcul différentiel et intégral,
appelle « fluxion des tangentes ou proposé par Leibniz.
»), de la notation dérivées.
différentielle
Z , du
t
symbole f (s)ds
t0
pour l’intégrale.
F IGURE 1.1 – Quelques mathématiciens célèbres liés aux dérivées et équations différentielles.
8
Equations différentielles : introduction 1.1 Définitions
Remarque
Les équations autonomes sont très importantes quand on cherchera des solutions stationnaires
ainsi que leur stabilité.
Exemple
Equation du premier ordre sous la forme normale :
x0 = f (t, x).
x0 = f (x).
Une EDO de type (1.1) d’ordre n est linéaire si elle est de la forme
an (t)x(n) (t) + an1 (t)x(n−1) (t) + ... + a1 (t)x0 (t) + a0 (t)x(t) = g(t), (1.4)
avec tous les x(i) de degré 1 et tous les coefficients dépendant au plus de t.
Exemple
Dire si les équations différentielles suivantes sont linéaires, ou non linéaires, et donner leur ordre
(on justifiera la réponse) :
d3 x dx
i. (x − t)dt + 4tdx = 0 ii. x00 − 2x0 + x = 0 iii. 3
+ t − 5x = et
dt dt
d2 x d4 x
iv. (1 − x)x0 + 2x = et v. + sin x = 0 vi. + x2 = 0
dt2 dt4
9
1.2 Solutions Equations différentielles : introduction
1.2 Solutions
1.2.1 Définition
Définition 5 (SOLUTION)
On appelle solution (ou intégrale) d’une équation différentielle d’ordre n sur un certain
intervalle I de R, toute fonction x définie sur cet intervalle I, n fois dérivable en tout
point de I et qui vérifie cette équation différentielle sur I.
On notera en général cette solution (x, I).
Si I contient sa borne inférieure notée a (respectivement sa borne supérieure b), ce sont
des dérivées à droite (respectivement à gauche) qui interviennent au point t = a (respec-
tivement t = b).
Intégrer une équation différentielle consiste à déterminer l’ensemble de ses solutions.
On appelle courbe intégrale l’ensemble des points (t, x(t)) où t parcourt I. Autrement
dit, si x est à valeurs dans RN , la courbe intégrale est un ensemble de points de RN +1 .
On appelle orbite, l’ensemble des points x(t) où t parcourt I : c’est un ensemble de
points de RN .
L’espace RN où les solutions prennent leurs valeurs s’appelle espace de phases.
Interprétation géométrique :
Dans R3 (N = 2) par exemple, une courbe intégrale notée Γ et M un point de cette courbe de
coordonnées x = x1 (t), y = x2 (t), et z = t. On note X(t) = (x1 (t), x2 (t))t . Le vecteur tangent à
Γ en M a pour composante x01 (t), x02 (t), et 1. C’est à dire f1 (t, X(t)), f2 (t, X(t)) et 1 (en notant
f1 et f2 les composantes de f ici).
Pour une telle équation l’espace des phases est R2 , une orbite a pour équation x = x1 (t), y = x2 (t)
et le vecteur tangent en un point a a pour composantes f1 (t, X(t)) et f2 (t, X(t)).
Exemple
Voir en cours.
Remarque
Il arrive fréquemment qu’on puisse déterminer les orbites sans pouvoir préciser les courbes inté-
grales.
Dans de nombreuses situations (mais ce n’est pas exclusif), t peut apparaître comme le temps et
les orbites comme des trajectoires (que l’on appelle également chroniques).
10
Equations différentielles : introduction 1.3 Réduction à l’ordre 1
Soit I un intervalle inclus dans R. Une solution (x, I) est dite globale dans I si elle est
définie sur l’intervalle I tout entier..
Remarque
En reprenant les mêmes notations que dans les définitions précédentes, si une solution (x, I1 ) peut
se prolonger sur l’intervalle I2 tout entier, alors x est globale dans I2 .
Méthode
Considérons l’EDO d’ordre n (n ≥ 2)suivante :
F (t, x, x0 , ..., x(n) ) = 0,
où, x est valeurs dans Rm (on prend m = 1 en général) et
m
F :R×R ... × Rm} → Rp .
| × {z
n+1 f ois
Exemple
Voir en cours.
Cas particulier :
Les équations les plus simples sont de la forme
x0 = f (t),
avec h ≡ 1 et g(t) = f (t) pour tout t ∈ I. On suppose en outre que x(t0 ) = xO pour un t0 ∈ I.
Si on suppose que f est continue sur un intervalle I ⊂ R d’intérieur non vide. Les solutions de
cette équation sont données par
Z t
x(t) = x0 + f (s)ds,
t0
b(x)x0 = a(t),
si et seulement si :
1. x est dérivable sur I, ET
2. il existe c ∈ R, constante telle que B(x(t)) = A(t) + c, pour tout t ∈ I, avec, A
est une primitive de a sur J, et B est une primitive de b sur K.
Si I est un intervalle ouvert de R, toute fonction x continue sur I qui satisfait B(x(t)) =
A(t)+c pour tout t ∈ I pour une certaine valeur de c et qui satisfait la condition b(x(t)) 6=
0 pour tout t ∈ I est dérivable sur I.
Par conséquent, d’après le théorème qui précède on en conclut que x est solution de
13
1.4 Quelques techniques de résolution Equations différentielles : introduction
x0 = f (x).
On remarque que x ≡ a avec a racine de f est nécessairement une solution de ce type d’équations.
On a également une propriété importante concernant la monotonie de la fonction f .
Une équation différentielle du premier ordre est dite linéaire si elle est linéaire par rapport
à la fonction inconnue x et par rapport à sa dérivée x0 . Une telle équation peut toujours
s’écrire sous la forme
a(t)x0 + b(t)x = d(t). (1.6)
Dans toute la suite, on supposera que a, b et d sont continues sur un intervalle I ⊂ R.
C’est une équation à variables séparables sur I × J tel que a(t) 6= 0 pour tout t ∈ I.
Il est à noter que x ≡ 0 est une solution de l’équation linéaire homogène ci-dessus. On l’appelle
solution triviale comme dans le cas des équations autonomes.
Proposition 2 (SOL. EQ. HOMOGENES)
a(t)x0 + b(t)x = 0.
sur le domaine I, avec pour un certain t0 dans I tel que x(t0 ) = x0 est définie pour tout
t ∈ I par
x(t) = x0 eF (t) ,
Z t
b(s)
avec F (t) = − .
t0 a(s)
Remarque
La solution x ≡ 0 sur I est appelée intégrale dégénérée de l’équation linéaire homogène.
sur I avec pour un certain t0 dans I tel que x(t0 ) = x0 est donnée par
Z t Z t Z s
b(s) d(s) b(σ)
x(t) = exp − ds x0 + exp dσ ds .
t0 a(s) t0 a(s) t0 a(σ)
15
1.4 Quelques techniques de résolution Equations différentielles : introduction
Remarque
La méthode fréquemment utilisée pour trouver une solution de l’équation linéaire non homogène
à partir de l’équation homogène est appelée méthode de variation de la constante.
Cas particulier
Soient une fonction continue sur un intervalle I de R, α une constante réelle et t0 ∈ I tel
que x(t0 ) = x0 . La solution générale de l’équation scalaire
x0 = αx + f (t),
Une équation de Bernoulli est une équation différentielle scalaire non linéaire de la forme
Remarque
On peut éliminer les cas r = 0 et r = 1, car l’équation de Bernoulli correspond alors à une
équation que l’on connaît déjà et que l’on a traité dans la section précédente.
Une fonction dérivable strictement positive (au cas où r = 1/2 par exemple, où r ≤ 0) x
sur I est solution de l’équation de Bernoulli si et seulement si u = x1−r est une solution
strictement positive de l’équation linéaire
16
Equations différentielles : introduction 1.4 Quelques techniques de résolution
Remarque
On appelle équation de Lagrange toute équation du premier ordre scalaire non linéaire
de la forme
x = tf (x0 ) + g(x0 ), (1.11)
où f et g sont définies, dérivables sur un certain intervalle J de R.
Les seules solutions affines de l’équation de Lagrange sont les fonctions de la forme
Remarque
Si de telles fonctions existent, alors elles sont globales sur R.
17
1.5 Eq. Diff. Totales - Facteurs Intégrants Equations différentielles : introduction
En particulier, pour tout m ∈ J les fonctions t 7→ mt + g(m) sont les seules fonctions affines
solutions de l’équation de Clairaut et elles sont globales sur R.
dt : R2 → R, (resp.) dx : R2 → R
(u, v) 7→ dt(u, v) = u, (u, v) 7→ dy(u, v) = v.
Définition 17 (DIFFERENTIELLE)
(voir cours Analyse III) Etant donnée une fonction f : R2 → R, continue sur un ouvert
U de R2 , et admettant des dérivées partielles du premier ordre en tout point de U , on
appelle différentielle de f sur U l’application notée df telle que pour tout (t, x) ∈ U et
pour tout (u, v) ∈ R2
df (t, x) : R2 → R
∂f ∂f
(u, v) 7→ (t, x)(u) + (t, x)(v).
∂t ∂y
Remarque
Avec la notation de la variation infinitésimale, pour tout (t, x) ∈ U et pour tout (u, v) ∈ R2 , on a
∂f ∂f
df (t, x)(u, v) = (t, x)dt(u, v) + (t, x)dx(u, v),
∂t ∂x
que l’on peut écrire sous la forme
∂f ∂f
df (t, x) = (t, x)dt + (t, x)dx (1.14)
∂t ∂x
Opérations utilisées :
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Equations différentielles : introduction 1.5 Eq. Diff. Totales - Facteurs Intégrants
1. df = 0 est équivalent à f (t, x) = c où c est une constante pour tout (t, x) ∈ U , U ou-
vert connexe de R2 (attention, il est important que U soit connexe (voir cours de calcul
différentiel pour cela).
2. d(f + λg = df + λg où λ est une constante.
3. Différentielle du produit : df g = f dg + gdf
4. Changement de variables :
si on pose t = ϕ(s, h) et x = ψ(s, h)
alors
∂ϕ ∂ϕ ∂ψ ∂ψ
dt = dϕ(s, h) = ds + dh, et dx = dψ(s, h) = ds + dh,
∂s ∂h ∂s ∂h
et dans ce cas :
∂f ∂f
df = dt + dx,
∂t ∂x
∂f ∂ϕ ∂ϕ ∂f ∂ψ ∂ψ
= [ ds + dh] + [ ds + dh],
∂t ∂s ∂h ∂x ∂s ∂h
∂f ∂ϕ ∂f ∂ψ ∂f ∂ϕ ∂f ∂ψ
= [ + ]ds + [ + ]dh.
∂t ∂s ∂x ∂s ∂t ∂h ∂x ∂h
g: I → R
s 7→ g(s) = f (s, z(s)),
on a alors,
∂f ∂f
dg = ds + dz(s),
∂s ∂z
ce qui donne également
∂f ∂f 0
g 0 (s) = + z (s)
∂s ∂z
Cette dernière remarque va nous permettre d’écrire l’équation différentielle non linéaire présentée
dans la définition suivante sous forme différentielle.
19
1.5 Eq. Diff. Totales - Facteurs Intégrants Equations différentielles : introduction
Supposons a et b continues sur un ouvert U de R2 . On dit que l’équation (1.16) est une
équation aux différentielles totales si et seulement si la fonction
Remarque
Si l’équation (1.16) est une équation aux différentielles totales, alors il existe w telle que dw = f
et alors l’équation (1.16) s’écrit dw(t, x) = 0, c’est dire w(t, x) = c, c constante.
Autrement dit, {(t, x) ∈ U, w(t, x) = c } est l’ensemble de toutes les courbes intégrales de l’équa-
tion (1.15).
Remarque
Parmi les courbes intégrales w(t, x) = c, on cherche les solutions x de l’équation (1.15) en résol-
vant w(t, x) = c par rapport à x pour toutes les valeurs possibles de c.
Grâce au théorème des fonctions implicites (voir cours Analyse III), nous avons le résultat suivant :
Proposition 7 (EXISTENCE)
∂w
Pour tout (t0 , x0 ) ∈ U dans lequel n’est pas nulle, il passe au moins une solution de
∂x
l’équation (1.15) et la fonction x correspondante s’obtient en résolvant par rapport x au
voisinage de (t0 , x0 ), l’équation w(t, x) = w(t0 , x0 ).
Il existe un moyen classique de reconnaître une différentielle totale. Ce moyen est donné dans le
théorème suivant.
20
Equations différentielles : introduction 1.5 Eq. Diff. Totales - Facteurs Intégrants
Soient (t, x) 7→ a(t, x) et (t, x) 7→ b(t, x) deux fonctions continues sur un pavé U =
∂a ∂b
I × J. Supposons que et existent et sont continues sur U alors f : (t, x) →
∂x ∂t
(t, x) = a(t, x)dt + b(t, x)dx est une différentielle totale si et seulement si pour tout
(t, x) ∈ U
∂a ∂b
(t, x) = (t, x). (1.17)
∂x ∂t
Considérons l’équation
On appelle facteur intégrant de l’équation (1.18) une fonction µ : (t, x) 7→ µ(t, x) défi-
nie, continue et sans zéro sur U (c’est à dire que µ(t, x) 6= 0 pour tout (t, x) ∈ U ) telle
que
∂ ∂
(µa) = (µb), (1.19)
∂x ∂x
sur U .
Remarque
Si f (t, x) = a(t, x)dt + b(t, x)dx = 0 est une équation aux différentielle totale alors pour tout
µ ≡ k (constante 6= 0), µ est un facteur intégrant de l’équation (1.18).
21
1.5 Eq. Diff. Totales - Facteurs Intégrants Equations différentielles : introduction
Supposons en plus des propriétés spécifiques ci-dessus que les fonctions a, b et µ pos-
sèdent des dérivées partielles du premier ordre continues sur I × J. Dans ce cas µ est un
facteur intégrant de (1.18) si et seulement si
∂µ ∂a ∂µ ∂b
a +µ −b − µ = 0 sur U
∂x ∂x ∂t ∂t
ou bien
∂µ ∂µ ∂a ∂b
a −b +( − )µ = 0 sur U.
∂x ∂t ∂x ∂t
avec µ(t, x) 6= 0 pour tout (t, x) ∈ U .
C’est l’équation des facteurs intégrants.
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Chapitre 2
L’objectif de ce chapitre est d’étudier l’existence et l’unicité locale et globale des problèmes de
Cauchy (c’est à dire une équation différentielle ordinaire pour laquelle on a donné une condition
initiale) sans connaître explicitement les solutions.
Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, nous n’aurons pas besoin de traiter les équa-
tions différentielles d’ordre n étant donné que l’on est capable de se ramener à l’ordre 1. Par
conséquent, nous ne donnerons les résultats que pour les EDO d’ordre 1 ici, sous forme normale,
autrement dit, du type
x0 = f (t, x),
où x est la fonction inconnue de la variable réelle t à valeurs dans un espace Rm , et f sera une
fonction donnée sur I × J, ouvert,non vide de R × Rm . Dans certains résultats, on verra même
que l’on peut prendre f définie de façon générale sur un ouvert non vide U ⊂ Rm+1 . Nous verrons
qu’il faut faire des hypothèses de régularité sur la fonction f afin d’obtenir des résultats d’existence
et d’unicité des solutions.
Il est possible, mais nous ne l’aborderons pas ici, d’obtenir l’existence de solutions en supposant f
continue (attention on reste en dimension finie ici) en faisant appel au théorème d’Ascoli qui n’est
pas au programme. C’est ce qu’on appelle le théorème de Peano.
Il est même possible de montrer l’existence de solutions généralisées, c’est à dire de fonctions
Z t
a priori seulement continues satisfaisant x(t) = x(t0 ) + f (s, x(s)ds, pour des fonctions f
t0
discontinues. Le premier résultat est attribué à Carathéodory, on a d’ailleurs gardé son nom pour
nommé ces solutions. Ces résultats ont été améliorés par A.F Filipov, et V.V Vilipov.
Tous ces résultats ne seront pas au programme de ce cours, mais peuvent faire l’objet d’étude ap-
profondie pour les lecteurs désireux d’en savoir plus.
L’unicité des solutions quant à elle, pour une donnée initiale fixée nécessite une hypothèse plus
forte que la continuité de f . Des hypothèses plus faibles que celles énoncées dans ce cours sont
exposés dans les travaux de Osgood et Nagumo. Mais nous ne les aborderons pas ici. Nous nous
contenterons de considérer f lipschitzienne par rapport à sa seconde variable. Ce qui sera déà plei-
nement satisfaisant pour nous.
Lors de la preuve de certaines propositions ou théorèmes, nous aurons besoin de résultats prélimi-
naires importants et “classiques” et plus particulièrement du lemme de Gronwall et du théorème
de point fixe de Banach-Picard que nous rappelons dans les sections suivantes.
23
2.1 Lemme de Gronwall Théorie générale : existence et unicité
Preuve :
Faite en cours.
pour tout t ∈ I, où a est une fonction continue de I dans R+ et b une fonction continue
de I dans R. Alors, on a l’inégalité
Z t Z t
x(t) ≤ b(t) + exp( a(σ)dσ b(s)a(s)ds, (2.4)
0 s
Preuve :
Faite en cours.
Remarque
24
Théorie générale : existence et unicité 2.2 Théorème de Point Fixe de Banach-Picard
1. Si b est une constante dans la formulation intégrale, l’inégalité de Gronwall peut se simpli-
fier et on l’écrit : Z t
x(t) ≤ b exp a(s)ds . (2.5)
0
2. On peut également écrire une formule analogue avec un point t0 quelconque au lieu de 0.
Mais il faut alors penser à mettre des valeurs absolues si les bornes intégrales ne sont pas
dans l’ordre croissant.
On aurait ainsi, avec b ≥ 0 constante par exemple, si x continue sur I vérifie
Z t
x(t) ≤ b + a(s)x(s)ds , (2.6)
t0
3. Si b est dérivable , on peut donner une autre version de l’inégalité de Gronwall en intégrant par
parties, et on obtient (avec les hypothèses du lemme sous formulation intégrale),
Z t Z t Z t
0
x(t) ≤ b(0) exp a(s)ds + b (s) exp a(σ)d(σ) ds, (2.8)
0 0 s
Soit I un intervalle fermé non vide R et f : I → I est contractante, c’est à dire qu’il
existe k ∈]0, 1[, tel que
|f (t1 ) − f (t2 )| ≤ k|t1 − t2 |, (2.9)
pour tous t1 et t2 dans I. Alors il existe un unique t ∈ I tel que f (t) = t.
Preuve :
Pas faite en cours.
Nous pouvons désormais énoncer des résultats d’existence et d’unicité locale et globale. Nous al-
lons le faire dans le cadre d’une dimension supérieure ou égale à 1 pour deux raisons principales :
- nous éviterons d’être redondants quand nous aborderons la section des systèmes d’équations dif-
férentielles,
- d’autre part, comme dans le chapitre précédent, nous resterons dans l’étude des équations d’ordre
1 étant donné que l’on peut toujours se ramener à cet ordre quitte à augmenter le nombre d’équa-
tions et donc la dimension de l’espace du problème.
25
2.3 Théorème de Cauchy-Lipschitz Théorie générale : existence et unicité
Soit U un ouvert de R × Rm et f : U → Rm une fonction. On note k.k une norme quelconque sur
Rm (on a vu en analyse III que toutes les normes sont équivalentes sur Rm .
Etant donnée une équation différentielle du premier ordre sous forme normale
x(t0 ) = x0 . (2.11)
Notation :
On note le problème de Cauchy de la façon suivante
x0
= f (t, x),
. (2.12)
x(t0 ) = x0 .
26
Théorie générale : existence et unicité 2.4 Existence et unicité locale
Preuve :
Faite en cours.
Preuve :
Faite en cours.
Remarque
27
2.5 Unicité globale Théorie générale : existence et unicité
1. Dès que f est de classe C 1 elle est localement lipschitzienne (ce résultat découle du théo-
rème des accroissements finis). C’est un résultat connu découlant du théorème des accrois-
sements finis.
2. A partir de maintenant, on considère un cas, légèrement plus particulier (pour simplifier les
énoncés des propriétés), où f est définie sur I × J, avec I un intervalle ouvert non vide de
R et J un intervalle ouvert non vide de Rm et non plus sur un domaine ouvert quelconque
U inclus dans R × Rm .
Remarque
Une conséquence de ce lemme est qu’il existe un plus grand intervalle I˜ sur lequel le problème
de Cauchy (2.12) admet une solution. Cette unique solution sur l’intervalle I˜ est une solution
maximale (dans le sens de sa définition dans le chapitre précédent), autrement dit on ne peut pas
˜
la prolonger sur I \ I.
Par suite I˜ est nécessairement ouvert, sinon en appliquant le théorème de Cauchy-Lipschitz à son
extrémité, on prolongerait la solution.
On remarque enfin que lorsque I˜ = I cette solution sera globale.
Le lemme suivant permet de prouver le “théorème des bouts” que nous énonçons juste après.
28
Théorie générale : existence et unicité 2.6 Existence Globale
Lemme 4
De même si inf I˜ > inf I alors x sort de tout compact lorsque t tend vers inf I˜ par la
droite.
29
2.6 Existence Globale Théorie générale : existence et unicité
Si b ∈ C (I; Rm ) et A est continue, définie sur I alors toutes les solutions maximales de
sont globales.
Les résultats précédents restent également valable lorsque x est à valeurs dans un ouvert d’un
espace de Banach de dimension finie ou infinie.
Par contre le résultat suivant n’est valable que lorsque x est à valeurs dans une espace de dimension
finie (tout le programme de ce cours de toute façon est défini sur les espaces de dimension finie
Rm ).
30
Théorie générale : existence et unicité 2.6 Existence Globale
F IGURE 2.1 – Quelques mathématiciens célèbres liés à l’existence et l’unicité des EDO.
31
2.6 Existence Globale Théorie générale : existence et unicité
32
Chapitre 3
Dans ce chapitre nous allons nous intéresser aux systèmes d’équations différentielles, que l’on
peut obtenir directement par la modélisation d’un problème à plusieurs fonctions inconnues, mais
également lorsque l’on passe d’une EDO d’ordre n à un système de plusieurs EDO d’ordre 1 (voir
la section (1.3)). Nous ne le faisons ici que pour le cas particulier des systèmes linéaires.
où
x1 (t) a11 (t) · · · a1n (t) f1 (t)
.. .. .. .
X(t) = . , A(t) = et F (t) = .. .
. .
xn (t) an1 (t) · · · ann (t) fn (t)
Le but est de trouver X solution de l’équation (3.1) satisfaisant la condition initiale (3.3). Autre-
ment dit, existe-t-il X fonction dérivable définie sur I à valeurs dans Rn tel que
0
X (t) = A(t)X(t) + F (t),
(3.4)
X(t0 ) = X 0 ,
pour tout t ∈ I ? Le théorème suivant est une adaptation du théorème (6) du chapitre précédent.
Autrement dit, les solutions du problèmes de Cauchy (3.4) sont globales.
Preuve :
Faite en cours.
et nous avons l’existence et l’unicité des solutions de ce système dans le théorème suivant.
L’ensemble H des solutions d’un système homogène est un espace vectoriel de dimen-
sion n.
Preuve :
Faite en cours.
Remarque
Il suffit alors d’avoir n solutions indépendantes de (3.5) qui formeront une base de H.
Rappel 3.1 Soient n fonctions X 1 , X 2 , ..., X n : I → Rn , elles sont dites indépendantes si pour
tous c1 , ..., cn ∈ R on a
n
X
ci X i (t) = 0, pour tout t ∈ I ⇒ c1 = c2 = ... = cn = 0.
i=1
34
Systèmes différentiels linéaires 3.2 Systèmes homogènes
Lemme 1 (WRONSKIEN)
Soient X 1 , .., X n : I → Rn des solutions de (3.5), alors les trois propositions sont
équivalentes :
1. Les X 1 , .., X n sont indépendantes,
2. il existe t0 ∈ I tel que la matrice définie par
est inversible,
3. la matrice
X 1 (t)|...|X n (t) ,
(3.7)
est inversible pour tout t ∈ I.
Notation :
Le déterminant de la matrice (3.7) est appelé Wronskien
Remarque
1. On sait d’après le lemme précédent que M (t) est inversible pour tout t ∈ I.
2. On sait également d’après le théorème (1) que les X 1 (t), ..., X n (t) forment une base dans
H qui est l’espace vectoriel des solutions de (3.5).
3. On observe aussi que
M 0 (t) = A(t)M (t), (3.9)
pour tout t ∈ I.
Donc une matrice M (t) est fondamentale si et seulement si M 0 = AM et M (t) est inver-
sible au moins pour un t ∈ I (car alors elle est inversible pour tout t ∈ I).
avec c1 , ..., cn ∈ R.
Remarque
Si on parvient à trouver n solutions indépendantes de (3.5) alors on connait toutes les solutions de
(3.5). Mais attention, ça ne marche que parce que (3.5) est linéaire et homogène !
avec c1 , ..., cn ∈ R.
Remarque
Comment trouver une solution particulière Xp alors ? Comme pour les chapitre 1 par la méthode
de variation de la constante.
On va chercher un Xp sous la forme
n
X
Xp (t) = X i (t)γi (t),
i=1
où γi : I → R est à trouver.
On obtient
Xp0 = M γ 0 A + Xp ,
d’une part, et d’autre part on aimerait que Xp satisfasse le système non-homogène
Xp0 = M AXp + F,
36
Systèmes différentiels linéaires 3.4 Systèmes linéaires à coefficients constants
M γ 0 = F,
γ 0 = M −1 F
pour un t0 ∈ I fixé.
On déduit alors du théorème (4) que les solutions du problème non-homogène sont de la forme
Z t
X = Xp + XF = M (t) M −1 (s)F (s)ds + M (t)C, (3.13)
t0
avec C ∈ Rn .
Si en plus, on fixe t0 ∈ I et X 0 ∈ Rn et on cherche la solution du problème de Cauchy, le vecteur
C ∈ Rn est donné par
C = M −1 (t0 )X 0 .
Alors l’unique solution du problème est donnée par‘
Z t
−1
X(t) = M (t)M 0
(t0 )X + M (t) M −1 (s)F (s)ds. (3.14)
t0
Remarque
Toute la difficulté consistera donc à trouver une matrice fondamentale M (t).
Une telle matrice n’est pas unique. En effet, si M (t) est une matrice fondamentale, alors pour
toute matrice E ∈ Mn (R) constante, M (t).E est encore une matrice fondamentale.
3.4.1 Exponentielle de A
Le but est de se concentrer sur la recherche d’une matrice fondamentale M (t) ∈ Mn (R) de (3.5),
autrement dit, telle que M (t) soit inversible au moins pour un t ∈ I et telle que M 0 (t) = AM (t)
pour tout t ∈ I.
Nous allons nous servir dans la suite de la notion d’exponentielle de matrice que nous exposons
ici.
37
3.4 Systèmes linéaires à coefficients constants Systèmes différentiels linéaires
Nous allons voir que cela marche également pour les exponentielles de matrice.
Pour toute matrice carrée A ∈ Mn (R) on définit la matrice carée eA ∈ Mn (R) par
A A2 A3 X An
e =I +A+ + + ... = . (3.16)
2! 3! n≥0
n!
Remarque
Cette série est absolument convergente en Mn (R) muni de la norme subordonnée
kAXk
|kAk| = sup , (3.17)
X∈Rn ,X6=0 kXk
Rappel 3.2
Rappelons la formule suivante : si E et F sont des éléments de Mn (R), et si E et F commutent
(c’est à dire E.F = F.E) alors
eE+F = eE .eF = eF .eE . (3.18)
On en déduit alors les deux résultats suivants :
1. e(λ1 +λ2 )A = eλ1 A .eλ2 A pour tous λ1 , λ2 ∈ R et pour tout A ∈ Mn (R),
2. (eA )−1 = e−A pour tout A ∈ Mn (R).
La question qui se pose alors est la suivante : comment trouver eAt sans nécessairement passer par
un calcul éventuellement fastidieux d’une série.
L’idée est la suivante :
nous allons chercher X(t) ∈ Rn une solution de l’équation (3.5)
X 0 = AX,
sous la forme
X(t) = eλt V,
avec λ ∈ R et V ∈ Rn − {0}. Lorsqu’on remplace cette valeur dans (3.5) on obtient
AV = λV.
Donc, X(t) = eλt V sera solution si λ ∈ R est une valeur propre de A, de vecteur propre corres-
pondant V ∈ Rn − {0}. Il est à noter que le résultat marche également sur C.
3.4.2 Dimension 2
Avant de généraliser à la dimension n quelconque, nous allons commencer par les solutions des
systèmes de deux équations et les portraits de phase associés, c’est à dire l’allure des courbes
décrites par ces solutions dans le plan R2 . Trois cas peuvent se distinguer.
Si on note P1 et P1 deux vecteurs propres associées aux valeurs propres, on peut alors écrire un
ensemble fondamental de deux façons.
i. X1 (t) = eλ1 t , et son conjugué. Les solutions de l’EDO homogène sont de la forme X =
c1 X 1 + c2 X 1 .
ii. Si on note B1 = Re(P1 ) et B2 = Im(P1 ) on a
40
Systèmes différentiels linéaires 3.4 Systèmes linéaires à coefficients constants
avec
eDt = diag eλ1 t , ..., eλn t
(3.30)
et comme les Pi sont linéairement indépendants on a une base fondamentale
Remarque :
On remarque que si A est diagonalisable, M (t) qui est la matrice fondamentale peut s’écrire
M (t) = P eDt ,
polynôme caractéristique de A,
PA (λ) = det(λI − A).
En général PA (λ) s’écrit sous la forme
PA (λ) = (λ − λ1 )d1 (λ − λ2 )d2 ...(λ − λk )dk , (3.32)
avec λ1 , ..., λk ∈ C les valeurs propres de A, d1 , ..., dk ∈ N∗ , k ∈ N ∗ , et d1 + ... + dk = n. Alors
la multiplicité de λj est dj , j = 1, ..., k. On appelle dj s’appelle multiplicité algébrique.
On voit de façon assez claire, que si k = n et d1 = ... = dn = 1 et λ1 , ..., λn ∈ R alors A est
diagonalisable sur R. Il n’est cependant pas nécessaire que les valeurs propres soient simples pour
avoir A diagonalisable.
Exemple
A = Idn , PIn (λ) = (λ − 1)n , une seule valeur propre de multiplicité 1 et pourtant In est diagona-
lisable sur R.
Remarque
Si µ = α + βi ∈ C avec α, β ∈ R, β 6= 0 est valeur propre de A de multiplicité m alors son
complexe conjugué l’est aussi (µ = α − βi) est valeur propre de A de multiplicité m.
En fait pour toute valeur propre λj ∈ C de A on note mj ∈ N∗ la dimension de vecteur propre de A
associée à λj . Le nombre mj est appelé multiplicité géométrique. On a 1 ≤ mj ≤ dj , j = 1, ..., k
alors la matrice est diagonalisable. S’il existe j tel que βj < αj alors la matrice A n’est pas
diagonalisable.
avec les blocs Sj ∈ Mdj (R) qui sont des matrices carrées de taille dj de la forme
λj sj12 · · · sj1dj
0 λ · · · sj
j 2dj
Sj = . (3.35)
.. .. ..
. .
0 0 ··· λj
Sj est triangulaire supérieure avec les λj sur la diagonale.
42
Systèmes différentiels linéaires 3.4 Systèmes linéaires à coefficients constants
Théorème 7 (EXPONENTIELLE-TRIDIAGONALE)
Si on peut écrire A sous la forme tridiagonale grâce à la formule (3.33) précédente avec P
inversible et T donnée par (3.34) et (3.35) alors eAt s’écrit par blocs de la façon suivante
eS1 t 0 · · · 0
0 eS2 t · · · 0 −1
eAt = P .. .. P (3.36)
. .
0 0 · · · eSk t
où Sj = λj I + Mj
X 0 = AX (3.38)
X 1,1 , ..., X 1,α1 , X 2,1 , ..., X 2,α2 , ..., X k,1 , ..., X k,αk ,
avec
.
X j,1 = eλj t Qj,1 , X j,2 = eλj t Qj,2 , ..X j,αj = eλj t Qj,αj ,
et les Qj,l sont des vecteurs polynômes de degré inférieur à l − 1, l = 1, ..., αj
43
3.4 Systèmes linéaires à coefficients constants Systèmes différentiels linéaires
44
Chapitre 4
Dans ce chapitre, nous allons nous intéresser aux EDO linéaires ou non linéaires autonomes
données dans la définition (3) mais seulement à l’ordre 1 étant donné que nous pouvons nous ra-
mener à cet ordre, comme nous l’avons vu dans le chapitre 1. Autrement dit, nous nous intéressons
aux équations de la forme
x0 = f (x), (4.1)
où f est une fonction définie sur un ouvert J de Rm à valeurs dans Rm . Afin de satisfaire le
problème de Cauchy-Lipschitz (3), nous supposerons dans tout ce chapitre que f est localement
lipschitzienne.
Même si le problème a l’air simple pour les EDO autonomes, il y a très peu de cas où nous savons
trouver des solutions explicites. Il est donc intéressant de faire une analyse qualitative (par oppo-
sition à une étude quantitative) des solutions pour nous donner une idée du comportement de ces
dernières autour de solutions "spéciales" que l’on précisera plus bas.
Avant cela nous allons voir dans un premier temps, comment on construit graphiquement des so-
lutions sans en connaître leur formulation explicite. Puis nous ferons une étude qualitative des
solutions de l’équation autonome, en dimension 1 dans un premier temps, pour les cas linéaires,
puis non-linéaires. Nous le ferons également en dimension 2 (qui est peut être intéressant graphi-
quement) et nous généraliserons à la dimension n.
4.1 Dimension 1
4.1.1 Préambule : construction graphique des solutions
Avant de commencer à étudier qualitativement les solutions, rappelons comment il est possible
d’interpréter graphiquement les solutions d’EDO du premier ordre sous forme normale
x0 = f (t, x),
45
4.1 Dimension 1 Equations autonomes-Etude qualitative
Exemple
Trouver l’allure des courbes solutions de l’EDO x0 = t, passant par un point (t0 , x0 ) que vous
choisirez.
Définition 1 (ISOCLINES)
On appelle isocline K de l’équation x0 = f (t, x), l’ensemble des points (t, x) ∈ R2 tels
que f (t, x) = K.
Exemple
Remarque
Le dernier exemple représente un cas où l’équation différentielle est autonome. On voit bien
qu’alors les isoclines présentent des particularités spécifiques, de même pour l’allure des tra-
jectoires. C’est ce que nous allons voir dans la section suivante.
x0 = f (x), (4.2)
sur un intervalle I ⊂ R alors pour tout c ∈ R, la fonction t 7→ y(t) := x(t + c) est aussi
solution.
Remarque
Grâce à cette invariance par translation, on peut choisir de représenter le comportement des so-
lutions de l’EDO autonome sur un axe vertical.
46
Equations autonomes-Etude qualitative 4.1 Dimension 1
Cette représentation sur un axe verticale est appelée portrait de phase de x0 = f (x) sur
I ⊂ R.
Remarque
Attention, on ne le fait que lorsque f est lipschitzienne, sinon on pas existence et unicité des
solutions.
Exemple
Tracer le portrait de phase de l’équation suivante
x0 = x(1 − x).
On remarque que le portrait de phase s’articule autour de points spéciaux : des poins pour lesquels
la fonction f s’annule. Or, dans l’EDO autonome x0 = f (x), si f s’annule pour une fonction x∗ ,
sur un intervalle I ⊂ R, cela signifie que x∗ (t) = Constante pour tout t ∈ I. Autrement dit, la
fonction f n’a pas d’action sur x∗ dans le temps. On dit que la solution est stationnaire.
On appelle solution stationnaire (ou également point d’équilibre ou point critique), une
solution constante x∗ telle que f (x∗ ) = 0.
Remarque
a. Sous les hypothèses de Cauchy-Lipschitz si pour un t0 la solution x(t0 ) est située au-dessus
d’un point d’équilibre x∗ , elle le sera pour tout t ∈ I où elle est définie.
b. Même chose avec au-dessous.
c. Comme les solutions sont monotones, on ne peut pas observer d’oscillations.
Remarque
Ici, “légèrement perturbé” signifie que l’on ne s’intéresse qu’à des petites perturbations, on parle
alors de stabilité locale (par opposition à stabilité globale) que l’on verra plus tard.
1. Lorsqu’un équilibre est stable on dit que c’est un puits ou un point attractif
2. Lorsqu’un équilibre est instable on dit que c’est une source ou un point répulsif
3. Lorsqu’un équilibre est attractif pour une perturbation inférieure à cet équilibre
et répulsif pour une perturbation supérieure, on dit que c’est un shunt positif
4. Lorsqu’un équilibre est attractif pour une perturbation supérieure à cet équilibre
et répulsif pour une perturbation inférieure, on dit que c’est un shunt négatif.
x(t) = x(0)eλt .
(b) Si λ < 0, lim |x(t)| = 0. L’équilibre x∗ ≡ 0 est appelé puits : c’est un équilibre
t→+∞
asymptotiquement stable,
(c) Si λ = 0, x(t) ≡ x(0). Tous les points sont des équilibres neutralement stables.
2. Cas non-linéaire x0 = f (x)
Considérons l’équation différentielle non-linéaire x0 = f (x) où f est une application non
linéaire qui vérifie les hypothèses du théorème de Cauchy-Lipschitz. On suppose que cette
équation possède au-moins un équilibre noté x∗ . Autrement dit, la solution constante x∗ vé-
rifie l’équation f (x∗ ) = 0. L’objectif de cette section est de nous ramener au cas précédent
en linéarisant autour de x∗ .
Méthode :
-on pose x(t) = x∗ + xp (t) pour tout t ∈ I où xp est une perturbation supposée petite (dans
le voisinage de 0),
-on injecte ce x(t) dans l’équation différentielle x0 = f (x) et on obtient :
x0 = f (x∗ + xp ). (4.3)
f (x∗ + xp ) − f (x∗ )
' f 0 (x∗ ). (4.4)
xp
Rappelons que nous sommes dans un voisinage de x∗ , c’est à dire que notre perturbation
xp est “suffisamment petite”.
-Nous obtenons alors, à partir de (4.3) et (4.4) l’équation linéaire, qui est en fait une ap-
proximation mais que par abus nous poserons comme une équation,
(a) Si f 0 (x∗ ) > 0, nous avons lim |xp (t)| = +∞, et alors x∗ sera instable.
t→+∞
(b) Si f (x ) < 0, nous avons lim |xp (t)| = 0, et alors x∗ sera localement asymptotique-
0 ∗
t→+∞
ment stable.
(c) Si f 0 (x∗ ) = 0, l’équation linéarisée ne permet pas de conclure tout de suite.
Pour ce dernier cas, il faut
49