Analyse des suites et séries en mathématiques
Analyse des suites et séries en mathématiques
3 Séries dans R ou C : 11
4 Suites de fonctions 22
5 Série de fonctions 27
6 Séries entières 31
8 Séries de Fourier 45
1
1 Rappels : structure de R, suites dans R ou C :
R se construit rigoureusement à partir de N (entiers naturels) en définissant Z
(entiers relatifs) puis Q (nombres rationnels : de la forme p/q avec p ∈ Z et
q ∈ Z∗ ). Dans ce cours, on va simplement rappeler la différence entre R et Q.
La crise des nombres chez les grecs : Pythagore considère un triangle isocèle
rectangle de côté 1. Il remarque que le carré de l’hypothénuse vaut 2. Or il re-
marque qu’il n’existe pas de nombre dans Q dont le carré soit 2. Donc, si les seuls
nombres qu’on connaisse sont les rationnels, il y a des longueurs simples qui ne
sont pas des nombres !
R est défini à partir de Q en “rajoutant des nombres” pour éviter ce genre de
problème.
Une des façons de “rajouter des nombres” est d’utiliser la notion de
! suite :
N → R
Définition : (SUITE) On appelle suite réelle toute application
n #→ xn .
On note une telle application (xn )n∈N .
La notion la plus importante concernant les suites est celle de convergence. Pour
définir la convergence, on définit la notion de voisinage. L’étude des voisinages
est une branche des mathématiques appelée la topologie. On peut définir des voi-
sinages pour des objets autres que des nombres (des vecteurs, des fonctions, . . .).
Chaque fois qu’on peut définir des voisinages, on peut alors étudier des conver-
gences, des continuités, des notions proches de la dérivabilité, et faire de l’opti-
misation.
2
∃ε > 0 tel que ]x − ε, x + ε[⊂ V .
Définition : (LIMITE) Soit (xn )n∈N une suite réelle. Soit l fini ou infini. On dit
que l est la limite de (xn )n∈N , et on note l = lim xn ssi ∀V voisinage de l,
n→+∞
∃NV ∈ N tel que ∀n ≥ NV , xn ∈ V .
Si une suite admet une limite finie on dit qu’elle converge. Si elle admet une
limite infinie ou si elle n’admet pas de limite, on dit qu’elle diverge.
– Si l est +∞, l = lim xn signifie :
n→+∞
∀A ∈ R, ∃NA ∈ N tel que n ≥ NA ⇒ xn ≥ A.
– Si l ∈ R, l = lim xn signifie :
n→+∞
∀ε > 0, ∃Nε ∈ N tel que n ≥ Nε ⇒ xn ∈ [l − ε, l + ε] (c’est à dire
|xn − l| ≤ ε).
Propriété : Soient (xn )n∈N et (yn )n∈N deux suites de réels tels que ∀n ∈ N, xn ≤
yn . Supposons que lim xn = l1 et lim yn = l2 . Alors l1 ≤ l2 .
n→+∞ n→+∞
Il existe une notion proche de celle de suite convergente, mais ne nécessitant pas
de préciser la valeur de l :
3
Définition : (SUITE DE CAUCHY) Soit (xn )n∈N une suite réelle. On dit que
(xn )n∈N est une suite de Cauchy ssi on a : ∀ε > 0, ∃Nε ∈ N tel que (n ≥ N et
m ≥ Nε ) ⇒ |xn − xm | ≤ ε.
Est-ce qu’être une suite de cauchy est la même chose qu’être une suite conver-
gente ?
Si dans un ensemble toute suite de Cauchy est convergente, on dit que cet en-
semble est complet.
4
M est un majorant de E,
Propriété : M = sup(E) ssi
∃ (xn )n∈N suite d’éléments de E telle que lim xn = M.
n→+∞
Propriété : Toute suite réelle (xn )n∈N croissante et majorée (resp. décroissante et
minorée) converge et on a lim xn = sup xn (resp. lim xn = inf xn ).
n→+∞ n∈N n→+∞ n∈N
5
Remarque : Cette propriété n’est pas vraie dans Q.
Définition : (SUITES ADJACENTES) Soient (xn )n∈N et (yn )n∈N deux suites de
réels. On dit qu’elles sont adjacentes ssi
1. l’une des suites est croissante,
2. l’autre suite est décroissante,
3. lim (xn − yn ) = 0.
n→+∞
Propriété : Si (xn )n∈N et (yn )n∈N sont deux suites réelles adjacentes telles que
(xn )n∈N soit croissante et (yn )n∈N soit décroissante alors :
1. ∀(n, m) ∈ N2 , xn ≤ ym ,
2. lim xn et lim yn existent, sont finies et sont égales.
n→+∞ n→+∞
Démontré en cours.
C = {a + ib, a ∈ R, b ∈ R}.
C est donc très similaire à R2 = {(a, b), a ∈ R, b ∈ R}. La différence est qu’on
définit un produit C × C → C alors qu’on ne le fait pas sur R2 (il existe un produit
scalaire R2 × R2 → R mais c’est différent).
Un des intérêts principaux des nombres complexes est leur formulation module-
argument :
6
Propriété : Soit z = a + ib ∈ C. ∃! (ρ, θ) ∈ R+ × [0, 2π[ tel que z = ρeiθ . On a
√
alors a = ρ cos(θ), b = ρ sin(θ) et ρ = a2 + b2 .
! !
Alors si z = ρeiθ et z % = eiθ , on a zz % = ρei(θ+θ ) . Donc une multiplication
par un nombre complexe de module 1 correspond à une rotation. C’est à cause
de cet effet qu’on utilise les nombres complexes pour modéliser les phénomènes
oscillants.
!
N → C
Définition : (SUITE) Une suite complexe est une application
n #→ zn .
Pour définir la convergence des suites complexes, on définit les voisinages dans C
Définition : (LIMITE D’UNE SUITE) Soit (zn )n∈N une suite complexe et soit
l ∈ C. On dit que l est la limite de (zn )n∈N , et on note l = lim zn ssi pour tout
n→+∞
V voisinage de l, il existe NV ∈ N tel que pour tout n ≥ NV , zn ∈ V .
Remarques :
1. l = lim zn signifie donc pour tout ε > 0, il existe Nε ∈ N tel que
n→+∞
7
des limites infinies. Dans C on ne le fait pas : une limite infinie dans C n’a
aucun sens.
Définition : (SUITE DE CAUCHY) Soit (zn )n∈N une suite complexe. On dit que
(zn )n∈N est une suite de Cauchy ssi on a : pour tout ε > 0, il existe Nε ∈ N tel que
(n ≥ Nε et m ≥ Nε ) ⇒ |xn − xm | ≤ ε.
Propriété : Dans C, toute suite de Cauchy est convergente. (C’est à dire que C
est complet).
Propriété : Soit (zn )n∈N une suite complexe. Les propositions suivantes sont équi-
valentes :
– (zn )n∈N est de Cauchy (dans C),
– (Re(zn ))n∈N et (Im(zn ))n∈N sont de Cauchy (dans R),
– (Re(zn ))n∈N et (Im(zn ))n∈N convergent (dans R),
– (zn )n∈N converge (dans C).
8
Remarque : LA RECIPROQUE N’EST PAS VRAIE. Il n’y a que deux cas où
l’étude du module permet de conclure sur la convergence de la suite :
– si lim |zn | = 0 alors lim zn = 0.
n→+∞ n→+∞
– si lim |zn | = +∞ alors (zn )n∈N diverge.
n→+∞
Définition : (LIMSUP, LIMINF) Soit (xn )n∈N une suite réelle. Par définition,
lim sup xn = lim sup xk et lim inf xn = lim inf xk .
n→+∞ n→+∞ k≥n n→+∞ n→+∞ k≥n
Remarque : La suite (sup xk )n∈N étant décroissante, elle admet toujours une
k≥n
limite dans R ∪ {−∞, +∞}. De même, la suite (inf xk )n∈N étant croissante, elle
k≥n
admet toujours une limite dans R ∪ {−∞, +∞}.
Il est commode de relier la limsup et la liminf d’une suite à ses valeurs d’adhé-
rence.
9
On a alors :
Propriété : Soit (xn )n∈N une suite réelle. Sa limite supérieure est la plus grande
de ses valeurs d’adhérence, et sa limite inférieure est la plus petite.
On en déduit :
Propriété : Une suite réelle (xn )n∈N tend vers l ∈ R∪{−∞, +∞} ssi lim sup xn =
n→+∞
lim inf xn = l.
n→+∞
10
3 Séries dans R ou C :
Définition : (SERIE) Soit (xn )n∈N une suite de nombres réels ou complexes. On
&
appelle série de terme général xn et on note xn , la suite (Sn )n∈N définie par
n
'
pour tout n ∈ N, Sn = xk .
k=0
&
On dit que la série xn converge (resp. diverge) ssi la suite (Sn )n∈N converge
'+∞
(resp. diverge). Si la série converge, lim Sn est notée xn et est appelée la
n→+∞
n=0
somme de la série.
n
'
Exemple : SERIE GEOMETRIQUE : soit z ∈ C tel que |z| < 1. Alors zk =
k=0
'n
1 − z n+1 1 &
et lim z n+1
= 0 donc lim zk = . La série z n converge
1−z n→+∞ n→+∞
k=0
1−z
1
et sa somme est .
1−z
& &
Propriétés élémentaires : Soient xn et yn deux séries réelles ou complexes
et λ ∈ C.
& & &
1. Si xn et yn convergent alors (λxn + yn ) converge et
+∞
' +∞
' +∞
'
(λxn + yn ) = λ xn + yn .
n=0 n=0 n=0
& & &
2. Si λ /= 0, si xn diverge et yn converge alors (λxn + yn ) diverge.
11
Premiers critères de convergence :
&
Propriété (Critère de Cauchy) : Une série réelle ou complexe xn converge
( (
( '
m (
( (
ssi pour tout ε > 0, il existe Nε ∈ N tel que (m > n ≥ Nε ) ⇒ ( xk ( ≤ ε.
( (
k=n+1
n
'
Preuve : La suite (Sn )n∈N où Sn = xk est une suite réelle ou complexe. Donc
k=0
elle converge ssi elle est de Cauchy. (Sn )n∈N est de Cauchy ssi pour tout ε > 0, il
existe Nε ∈ N tel que (n ≥ Nε et m ≥ Nε ) ⇒ |Sn − Sm | ≤ ε. Ou encore ssi pour
tout ε > 0, il existe Nε ∈ N tel que (m > n ≥ Nε ) ⇒ |Sn − Sm | ≤ ε. !
&
Remarque : D’après la propriété précédente, si xn converge, alors lim xn =
n→+∞
&
0. Si lim xn /= 0, on dit que xn est grossièrement divergente. Démontré en
n→+∞
cours.
& &
Preuve : Si xn est absolument convergente alors |xn | est convergente et
vérifie donc le critère
( de Cauchy
( : pour tout ε >( 0, il existe
( Nε ∈ N tel que
( ' m ( 'm ( ' m ( 'm
( ( ( (
m > n ≥ Nε ⇒ ( |xk |( = |xk | < ε. Or ( xk ( ≤ |xk |. Donc
( ( ( (
& k=n+1 k=n+1 k=n+1 k=n+1
xn vérifie le critère de Cauchy. Elle est donc convergente. !
12
Séries réelles à termes positifs :
& &
Propriété : (COMPARAISON) Soient xn et yn deux séries réelles à termes
positifs telles
& que ∀n ∈ N, xn ≤&yn . Alors
– i) si &yn converge alors& xn converge,
– ii) si xn diverge alors yn diverge.
Preuve :
n
' n
'
– i) Notons Sn = xk et Tn = yk . On a ∀n ∈ N, Sn ≤ Tn . Si
& k=0 k=0 &
yn converge, notons T = lim Tn . Comme yn est à termes posi-
n→+∞ &
tifs, ∀n ∈ N, Sn ≤ T . De plus, comme xn est à termes positifs, (Sn )n∈N
est croissante.
& Comme elle est majorée par T , elle est convergente.
– ii) Si xn diverge, puisqu’elle est à termes positifs, lim Sn = +∞.
n→+∞
Donc lim Tn = +∞. !
n→+∞
Définition : (EQUIVALENCE) Soient (xn )n∈N et (yn )n∈N deux suites réelles ou
complexes. On dit qu’elles sont équivalentes à l’infini et on note xn ∼+∞ yn ssi
pour n assez grand, xn = yn (1 + ε(n)) avec lim ε(n) = 0.
n→+∞
& &
Propriété : (SERIES ET EQUIVALENTS) Soient xn et yn deux séries
& &
réelles à termes positifs telles que xn ∼+∞ yn . Alors xn et yn sont de
même nature (convergentes ou divergentes).
13
termes positifs. !
Définition : (NEGLIGEABILITE) Soient (xn )n∈N et (yn )n∈N deux suites réelles
ou complexes. On dit que (xn )n∈N est négligeable devant (yn )n∈N à l’infini et on
note xn =+∞ o(yn ) ssi pour n assez grand, xn = yn ε(n) avec lim ε(n) = 0.
n→+∞
& &
Propriété : (SERIES ET NEGLIGEABILITE) Soient xn et yn deux sé-
&
ries réelles telles que xn =&
+∞ o(yn ). On suppose que yn est à termes positifs
et qu’elle converge. Alors xn est aussi convergente.
Cette propriété sera démontrée par comparaison d’une série et d’une intégrale.
&
Propriété : (COMPARAISON AVEC LES SERIES DE RIEMANN) Soit xn
une série réelle à termes positifs.
&
1. S’il existe α > 1 tel que pour tout n ∈ N, nα xn ≤ 1, alors xn converge.
&
2. S’il existe α ≤ 1 tel que pour tout n ∈ N, nα xn ≥ 1, alors xn diverge.
La preuve est une simple application de la proposition précédente et du principe
de comparaison des séries à termes positifs.
&
Propriété : (REGLE DE CAUCHY) Soit xn une série réelle à termes positifs.
√
Notons l = lim sup n xn . Alors
n→+∞
14
&
– i) Si l < 1, & xn converge,
– ii) si l > 1, xn diverge,
– iii) si l = 1, on ne peut pas conclure. C’est le cas douteux de la règle de
Cauchy.
&
Propriété : (REGLE DE D’ALEMBERT) Soit xn une série réelle à termes
xn+1 xn+1
strictement positifs. Notons L = lim sup et l = lim inf . Alors
& n→+∞ xn n→+∞ xn
– i) Si L < 1,& xn converge,
– ii) si l > 1, xn diverge,
– iii) si l ≤ 1 ≤ L, on ne peut pas conclure. C’est le cas douteux de la règle
de D’Alembert.
xn+1
Remarque : Lorsque lim existe, on a L = l et la règle de D’Alembert est
n→+∞ xn
alors très similaire&à la règle de Cauchy :
– i) Si l < 1, & xn converge,
– ii) si l > 1, xn diverge,
– iii) si l = 1, cas douteux.
15
Définition : (INTEGRALE IMPROPRE) Soit a ∈ R et f : [a, +∞[→ R
) X
intégrable sur tout intervalle borné inclus dans [a, +∞[. Si lim f (x)dx
X→+∞ a
) +∞
existe et est finie, on dit que l’intégrale impropre f (x)dx converge, et on
) +∞ ) X a
Preuve : Comme f est décroissante, on a pour tout n ∈ N, pour tout x ∈ [n, n+1],
f (n +)1) ≤ f (x) ≤ f (n), ) )
n+1 n+1 n+1
donc f (n + 1)dx ≤ f (x)dx ≤ f (n)dx.
n ) n+1
n n
16
diverge. !
&
Exemple d’utilisation : SERIE DE RIEMANN ( 1/nα , α > 0) :
) +∞ ) X - 1−α .X
1 1 x
– Si α /= 1, dx = lim dx = lim =
1 xα X→+∞ 1 xα X→+∞ 1 − α
1
/ −1
si α > 1,
1−α
+∞ si α < 1.
) +∞
1
– Si α = 1, dx = lim [ln(x)]X 1 = +∞.
1 x X→+∞
' 1
Donc converge si et seulement si α > 1.
nα
&
Remarque : Pour toute série réelle ou complexe xn convergente, la quantité
+∞
' &
Rn = xk est appelée reste d’ordre n de xn , et on a lim Rn =0.
n→+∞
k=n+1
17
Définition : (SERIE SEMI-CONVERGENTE) Lorsqu’une série est conver-
gente mais pas absolument convergente, on dit qu’elle est semi-convergente.
&
Définition : (SERIE ALTERNEE) Une série réelle xn est dite alternée si et
seulement si (−1)n xn garde un signe constant pour tout n ∈ N.
&
Exemple : (−1)n /n est convergente mais pas absolument convergente (donc
elle est semi-convergente). Cette série est appelée série harmonique alternée. On
peut montrer en appliquant Taylor-Lagrange à − ln(1 + x) sur [0, 1] que
+∞
' (−1)n
= − ln(2)
n=1
n
&
Propriété : (REGLE D’ABEL) Soit xn une série complexe où pour tout n ∈
N, xn = αn un tels que
– i) la suite (αn )n∈N est réelle, décroissante et(tend vers
( 0,
(' n (
( (
– ii) il existe M ∈ R tel que pour tout n ∈ N, ( uk ( ≤ M .
( (
& k=0
Alors xn est convergente.
&
Exemple d’utilisation : Pour α > 0 et θ /= 0 [2π], la série exp(inθ)/nα converge.
En effet : 1/nα joue le rôle de αn , (1/nα )n∈N est une suite réelle, décroissante et
qui tend vers 0. exp(inθ) joue le rôle de un ,
18
( ( (
(' n ( ( 1 − exp(i(n + 1)θ) (( 2
( (
( exp(ikθ)( = (( (≤
( .
( ( 1 − exp(iθ) |1 − exp(iθ)|
k=0
2
Or est indépendant de n, donc la règle d’Abel s’applique.
|1 − exp(iθ)|
On peut remplacer des “paquets” de termes consécutifs par leur somme effectuée :
19
si elle est absolument convergente. Dans ce cas, sa somme ne change pas si on
change l’ordre des termes.
Remarque :
Cette propriété implique que pour toute série complexe semi-convergente, on peut
trouver une permutation des termes qui donne une série divergente. On peut aussi
démontrer que pour toute série complexe semi-convergente, pour tout nombre
complexe fixé à l’avance, on peut trouver une permutation des termes qui donne
une série dont la somme est ce nombre.
& &
Définition : (SERIE PRODUIT) Soient xn et yn deux séries complexes.
& & &
On appelle série produit de xn et yn la série zn où ∀n ∈ N, zn =
' ' n 'n
xp yq = xp yn−p = xn−q yq .
p+q=n p=0 q=0
& &
Propriété : Soient xn et yn deux séries complexes absolument conver-
& & &
gentes. Alors la série produit zn de xn et yn est absolument convergente
20
+∞
2 +∞ 3 2 +∞ 3
' ' '
et zn = xn yn .
n=0 n=0 n=0
21
4 Suites de fonctions
Remarque :
f (x) − f (x0 )
Dans R, la définition de la dérivée fait intervenir le rapport . Elle
x − x0
implique donc de pouvoir diviser par (x − x0 ). Dans C, ça a un sens, la division
par un nombre complexe est bien définie. Dans R2 ça n’en a pas, la division par
un vecteur n’est pas définie. Pour cette raison, on peut définir la dérivée d’une
fonction D ⊂ C → C mais pas d’une fonction D ⊂ R2 → R2 . Pour ces der-
nières, on introduit une notion plus sophistiquée, la différentiabilité. L’étude de
la différentiabilité ne commence qu’en S4.
Comme il n’y a pas de relation d’ordre dans C, il n’y a pas de théorème de Rolle,
et pas d’égalité des accroissements finis. Mais on peut quand même démontrer
une inégalité des accroissements finis :
22
Définition : (CONVERGENCE SIMPLE) Soit (fn )n∈N une suite de fonctions
définies sur le même domaine D : pour tout n ∈ N, fn : D ⊂ C → C. Soit
f : D ⊂ C → C. On dit que (fn )n∈N converge simplement vers f sur D ssi pour
tout z ∈ D, lim fn (z) = f (z) (limite dans C).
n→+∞
!
[0, 1] → R,
Exemple : On considère fn : (fn )n∈N converge simplement sur
x #→ xn .
→R
[0, 1] !
[0, 1] vers f où f : 0 si x ∈ [0, 1[,
x #→
1 si x = 1.
On remarque que dans cet exemple, pour tout n ∈ N, fn est continue mais que f
est discontinue en 1.
Remarque :
(fn )n∈N converge simplement vers f sur D se traduit par :
23
Propriété : Si (fn )n∈N converge uniformément vers f sur D alors elle converge
simplement vers f sur D.
Preuve : Soit z0 ∈ D. On a 0 ≤ |fn (z0 ) − f (z0 )| ≤ sup |fn (z) − f (z)|. Donc si
z∈D
lim sup |fn (z)−f (z)| = 0, d’après le théorème des gendarmes, lim |fn (z0 )−
n→+∞ z∈D n→+∞
f (z0 )| = 0 donc lim fn (z0 ) = f (z0 ). !
n→+∞
Propriété :
Soit (fn )n∈N une suite de fonctions D ⊂ C → C et f : D ⊂ C → C. Pour
que (fn )n∈N ne converge pas uniformément vers f sur D, il suffit qu’il existe
une suite (zn )n∈N de points de D tels que fn (zn ) − f (zn ) ne converge pas vers 0
24
(limite dans C).
Remarque :
!
[0, 1] → R
On voit que la suite de fonctions fn : ne converge uniformé-
x #→ xn
ment sur [0, 1] vers aucune fonction. En effet elle converge simplement sur [0, 1]
vers une fonction qui n’est pas continue.
25
() b ( ) b
( (
( (fn (x) − f (x))dx( ≤ |fn (x) − f (x)| dx ≤ ε.
( (
a ) b a
) b
Donc lim fn (x)dx = f (x)dx. !
n→+∞ a a
Remarque :
Cette propriété n’est plus vraie si on n’a que la convergence simple de (fn )n∈N
vers f .
Propriété :
(LIMITE ET DERIVABILITE) Soient D un disque de C et (fn )n∈N une
suite de fonctions D ⊂ C → C, holomorphes sur D. On suppose que
– i) la suite (fn% )n∈N converge uniformément sur D vers une fonction g.
– ii) il existe z0 ∈ D tel que (fn (z0 ))n∈N converge.
Alors (fn )n∈N converge uniformément vers une fonction f : D ⊂ C → C sur
toute partie bornée de D. De plus, f est holomorphe sur D et f % = g.
Remarque :
Cette proposition est encore vraie pour les fonctions D ⊂ R → R (remplacer
holomorphe par dérivable et D disque de C par D intervalle de R).
26
5 Série de fonctions
Définition : (SERIE DE FONCTIONS) Soit (fn )n∈N une suite de fonctions dé-
finies sur le même domaine
& D : pour tout n ∈ N, fn : D ⊂ C → C. On dit que la
série de fonctions fn converge simplement (resp. uniformément) sur D ssi la
suite des somme partielles (suites de fonctions) (Sn )n∈N où pour tout n ∈ N, pour
'n
tout z ∈ D, Sn (z) = fk (z) converge simplement (resp. uniformément) sur D.
k=0
Remarque :
En pratique, pour l’étude de la convergence simple d’une série de fonctions
D ⊂ C → C, on est ramené à l’étude de la convergence d’une série complexe.
Propriété :
&
(CRITERE DE CAUCHY UNIFORME) Une série de fonctions fn où
fn : D ⊂ C → C converge
( m uniformément
( sur D ssi ∀ε > 0, ∃Nε ∈ N tel que
( ' (
( (
(m > n ≥ Nε ) ⇒ sup ( fk (z)( ≤ ε.
z∈D ( (
k=n+1
On en déduit que
Propriété :
&
Pour que la série de fonctions fn où fn : D ⊂ C → C converge unifor-
mément sur D, il faut que la suite (fn )n∈N converge uniformément vers 0 sur D.
27
&
Propriété : (SERIE DE FONCTIONS ET CONTINUITE) Soit fn , fn :
D ⊂ C → C, une série de fonctions et a ∈ D tel que pour tout n ∈ N, fn soit
+∞
'
&
continue en a. Si fn converge uniformément sur D alors fn est continue
n=0
en a.
&
Propriété : (SERIE DE FONCTIONS ET INTEGRATION) Soit fn , fn :
&
[a, b] ⊂ R → R (a < b) une série de fonctions continues. Si fn converge
) b 2'
+∞
3 +∞
' ) b
uniformément sur [a, b], alors fn (x)dx = fn (x)dx.
a n=0 n=0 a
On étudie maintenant une autre notion de convergence plus forte que la conver-
gence uniforme :
&
Définition : (CONVERGENCE NORMALE) Soit fn , fn : D ⊂ C → C,
&
une série de fonctions. On dit que& fn converge normalement sur D ssi pour
tout n ∈ N, sup |fn (z)| < +∞ et sup |fn (z)| converge.
z∈D z∈D
28
qu’il n’y a pas convergence normale, on cherche à minorer sup |fn (z)| par un réel
& z∈D
αn tel que αn soit divergente.
Remarque :
Cette propriété est basée sur&une minoration : si ∀n & ∈ N, zn ∈ D, alors
sup |fn (z)| ≥ |fn (zn )|. Donc, si |fn (zn )| diverge, alors sup |fn (z)| diverge.
z∈D z∈D
Propriété :
&
& Soit fn , fn : D ⊂ C → C, une série de fonctions.
& S’il existe z0 ∈ D tel que
fn (z0 ) ne soit pas absolument convergente, alors fn n’est pas normalement
convergente sur D.
29
Propriété : Toute série normalement convergente est uniformément convergente.
2 n 3
& '
Preuve : Si fn est normalement convergente, la suite sup |fk (z)|
z∈D
k=0 n∈N
est convergente donc de Cauchy.
(C’est à dire ∀ε > 0, ∃Nε ∈ N tel que ( (m > n ≥ Nε() ⇒ (
(' m ' n ( ( ' m (
( ( ( (
( sup |fk (z)| − sup |fk (z)|( ≤ ε, ou encore ( sup |fk (z)|( ≤ ε.
( z∈D z∈D ( ( z∈D (
k=0 ( m k=0 ( k=n+1
( ' ( 'm 'm
( (
Or ∀z ∈ D, ( fk (z)( ≤ |fk (z)| ≤ sup |fk (z)|.
( ( z∈D
( k=n+1 ( k=n+1 k=n+1
( ' m ( &
( (
Donc sup ( fk (z)( ≤ ε. Donc fn vérifie le critère de Cauchy uniforme sur
z∈D ( (
k=n+1
D. Donc elle converge uniformément sur D. !
30
6 Séries entières
Les séries entières sont des séries de fonctions de forme particulière. Elles
sont bien adaptées à l’opération de dérivation, et donc à la résolution d’équations
différentielles.
Preuve : Si z0 = 0, !z1 ∈ C tel que |z1 | < |z0 | et !r ∈ R tel que r < |z0 | donc la
propriété est triviale.
Si z0 /= 0, soit M tel que ∀n ∈ N, |an z0n | ≤ M . ( 0 1 (
( n z1 n (
(
– i) Si z1 ∈ C est tel que |z1 | ≤ |z0 | alors ∀n ∈ N, |an z1 | = (an z0
n (≤
z (
( (n ( ( ( (n 0
( z1 ( ( z1 ( |z1 | & ( z1 ( &
M (( (( . Comme (( (( = < 1, M (( (( converge donc |an z1n |
z0 z0 |z0 | z0
converge. ( (n 0 1n
( z1 ( r
– ii) Si 0 ≤ r < |z0 |, sup |an z | ≤ sup M ( ( = M
n ( ( et
z∈D̄(0,r) z∈D̄(0,r) z0 |z0 |
31
0 1n
& r
M converge. !
|z0 |
Remarque :
{r ∈ R+ tq (an rn )n∈N soit bornée} =
/ ∅ car il contient 0. Si cet ensemble est
majoré il admet une borne sup. Sinon, on convient de poser R = +∞.
Propriété :
&
Soit R le rayon& de convergence d’une série entière an z n .
– i) Si R = 0, an z1n ne converge que& pour z1 = 0.
– ii) Si R = & +∞, pour tout z1 ∈ C, an z1n converge absolument et pour
tout r ≥ 0, an z1n converge normalement sur D(0, r).
– iii)
& Si R est un nombre fini non nul, pour tout z1 ∈ C tel que |z1&| < R,
an z1n converge absolument, pour tout& z1 ∈ C tel que |z1 | > R, an z1n
diverge, pour tout r tel que 0 ≤ r < R, an z1n converge normalement sur
D(0, r).
32
Remarque :
&
Si R est fini, on ne sait pas à priori si an z n converge pour |z| = R.
Propriété :
&
Soit an z n une série entière et R son rayon de convergence. Supposons que
|an+1 |
lim = l (l fini ou infini). Alors
n→+∞ |an |
Remarque :
Cette propriété se démontre par la règle de d’Alembert.
Exemples :
& zn |n!| 1
1. Pour , R est +∞, ( lim = lim = 0).
n! n→+∞ |(n + 1)!| n→+∞ n + 1
& |(n + 1)!|
2. Pour n!z n , R = 0, ( lim = lim (n + 1) = +∞).
n→+∞ |n!| n→+∞
&z n
|n + 1|
3. Pour , R = 1, ( lim = 1). Pour |z| = 1, z = exp(iθ). Si
n n→+∞ |n|
& zn &1 & exp(inθ)
θ = 0 [2π], = diverge. Si θ /= 0 [2π], converge
n n n
(déja montré par la règle d’Abel).
33
( (
& zn |(n + 1)2 | &(( z n (( & 1
4. Pour , R = 1, ( lim = 1). Pour |z| = 1, ( 2 ( =
n2 n→+∞ |n2 | n n2
& zn
converge. Donc ∀z ∈ C tel que |z| = 1, est absolument convergente.
n2
Propriété :
& &
Soient an z n et bn z n deux séries entières de rayon
& de convergence res-
pectif Ra et Rb . On considère la série entière somme (an + bn )z et la série
n
' n
&
entière produit cn z n où cn = ap bn−p de rayon de convergence respec-
p=0
tif Rs et Rp . On a alors Rs ≥ inf(Ra , Rb ), Rp ≥ inf(Ra , Rb ) et ∀z1 ∈ C tel
'+∞ +∞
' +∞
' +∞
'
que |z1 | < inf(Ra , Rb ), (an + bn )z1n = an z1n + bn z1n , cn z1n =
2 +∞ 3 2 +∞ 3 n=0 n=0 n=0 n=0
' '
an z1n bn z1n .
n=0 n=0
Remarque :
Si Ra /= Rb , alors Rs = inf(Ra , Rb ).
Propriété : (CONTINUITE)
& o
Soit an z n une série entière de rayon de convergence R /= 0. Alors sur D(0, R),
+∞
'
z #→ an z n est une fonction continue.
n=0
o &
Preuve : Soit z0 ∈ D(0, R). Alors |z0 | < R. Soit r tel que |z0 | < r < R. an z n
34
+∞
'
converge normalement sur D(0, r) et ∀n ∈ N, z #→ an z n est continue sur
n=0
D(0, r) donc en z0 . !
Propriété : (INTEGRATION)
&
Soit an xn une série entière réelle de rayon de convergence R /= 0. Alors pour
) b'
+∞ +∞ ) b
'
tout a, b tels que a < b et [a, b] ⊂] − R, R[, n
an x dx = an xn dx.
a n=0 n=0 a
Propriété : (DERIVATION)
& &
– i) Les séries entières an z n et nan z n−1 ont le même rayon de conver-
gence. &
– ii) Soit an z n une série entière de rayon de convergence R /= 0. Alors
+∞
'
o
sur D(0, R), z #→ an z n est indéfiniment dérivable et pour tout p ∈ N,
n=0
2 +∞ 3(p) +∞
' '
an z n = n(n − 1) . . . (n − p + 1)an z n−p .
n=0 n=p
& &
Preuve du ii) : nan z n−1 a le même rayon de convergence R que an z n . Soit
o & &
z0 ∈ D(0, R) et soit r tel que |z0 | < r < R. nan z n−1 et an z n convergent
normalement sur D(0, r) qui est un disque de C. De plus, ∀n ∈ N, z #→ an z n
35
+∞
'
est holomorphe et sa dérivée est z #→ nan z n−1
. Donc an z n est holomorphe
n=0
+∞
'
sur D(0, r) (donc en z0 ), et sa dérivée est nan z n−1 . En appliquant ce résultat
& n=1
à&la série entière dérivée nan z n−1 on obtient la série entière dérivée seconde
n(n − 1)an z n−2 . ∀p ∈ N, en réitérant ce processus, on obtient la série entière
dérivée d’ordre p. !
On voit là que contrairement aux autres séries de fonctions, les séries entières
sont bien adaptées à la dérivation. Grâce à cette propriété, elles constituent un
outil pratique pour la résolution de certaines équations différentielles :
Exemple : On cherche une série entière qui soit égale à sa dérivée (donc on cherche
une série entière solution de f % − f = 0). On suppose donc qu’il existe R > 0 tel
+∞
'
que ∀x ∈] − R, R[, f (x) = a n xn .
n=0
+∞
' +∞
'
Donc f % (x) = nan xn−1 = (n + 1)an+1 xn .
n=1 n=0
+∞
' +∞
'
Or f − f = 0 donc ∀x ∈] − R, R[,
% n
(n + 1)an+1 x − an xn = 0.
n=0 n=0
+∞ +
' ,
Donc (n + 1)an+1 − an xn = 0.
n=0
Donc ∀n ∈ N, an = (n + 1)an+1 . C’est à dire a1 = a0 , a2 = a1 /2 = a0 /2,
a3 = a2 /3 = a0 /6 . . .
a0
Montrons par récurrence que an = : c’est vrai aux rangs 1, 2 et 3. Supposons
n!
a0 ak a0
que ça soit vrai au rang k : ak = . Alors ak+1 = = .
k! k+1 (k + 1)!
& a0 n
La série ainsi formée, x a pour rayon de convergence +∞ et on peut
n!
+∞
' a0 n
montrer en utilisant le théorème de Taylor-Lagrange que ∀x ∈ R, x =
n=0
n!
a0 exp(x).
Donc toute série entière solution de f % − f = 0 est de la forme C exp(x) où C est
une constante.
36
En fait il n’y a pas d’autre solution, définie
0 sur un1intervalle : si g est définie sur un
% %
g(x) g (x) exp(x) − exp(x)g(x)
intervalle I et telle que g % −g = 0, alors = =
exp(x) exp(2x)
g(x)
0. Donc ∃C ∈ R tel que ∀x ∈ I, = C. Donc g(x) = C exp(x).
exp(x)
37
7 Fonctions développables en séries entières
Propriété :
Pour tous z1 , z2 ∈ C, exp(z1 ) exp(z2 ) = exp(z1 + z2 ).
2 +∞ 3 2 +∞ 3 +∞
' zn ' zn '
Preuve : ∀z1 , z2 ∈ C, exp(z1 ) exp(z2 ) = 1 2
= cn où
n=0
n! n=0
n! n=0
'n
z1k z2n−k & & z1n & z2n
∀n ∈ N, cn = ( cn est la série produit de et qui
k=0
k! (n − k)! n! n!
sont absolument convergentes).
+∞
' n +∞
1 ' n! ' 1
Donc exp(z1 ) exp(z2 ) = z1k z2n−k = (z1 + z2 )n =
n=0
n! k=0 k!(n − k)! n=0
n!
exp(z1 + z2 ). !
38
On va maintenant voir pourquoi les nombres complexes de module 1 sont associés
à des rotations :
Propriété :
Pour tout θ ∈ R,
+∞
' (−1)n 2p
– i) cos(θ) = θ ,
n=0
(2n)!
+∞
' (−1)n 2n+1
– ii) sin(θ) = θ ,
n=0
(2n + 1)!
– iii) exp(iθ) = cos(θ) + i sin(θ).
Preuve :
– i) ∀n ∈ N, cos(2n) (x) = (−1)n cos(x) et cos(2n+1) (x) = (−1)n+1 sin(x).
Donc, ∀N ∈ N, en appliquant la formule de Taylor-Lagrange à l’ordre
2N + 1 à cos entre 0 et θ, on a : ∃cN compris entre 0 et θ tel que cos(θ) =
'N 0 2n 1
θ (2n) θ2n+1 (2n+1) θ2N +2
cos (0) + cos (0) + cos(2N +2) (cN ).
n=0
(2n)! (2n + 1)! (2N + 2)!
Or ∀n ∈ N, cos(2n) (0) = (−1)n cos(0) = (−1)n et cos(2n+1) (0) = (−1)n+1 sin(0) =
0, donc ( (
( 'N
(−1) n ( |θ|2N +2
( (
0 ≤ lim (cos(θ) − θ2n ( ≤ lim = 0.
N →+∞ ( (2n)! ( N →+∞ (2N + 2)!
n=0
La preuve du ii) est similaire.
+∞
' +∞
' +∞
'
θn (−1)p 2p (−1)p 2p+1
– iii) exp(iθ) = in = θ +i θ (une suite
n=0
n! p=0
(2p)! p=0
(2p + 1)!
complexe converge ssi sa partie réelle et sa partie imaginaire convergent).
!
On en déduit immédiatement que ∀θ ∈ R, | exp(iθ)| = 1.
39
+∞
' +∞
'
x2n x2n+1
(−1)n
et sin(x) = (−1)n .
n=0
(2n)! n=0
(2n + 1)!
ATTENTION : Il ne faut pas confondre ces expressions avec les développements
limités en 0 de exp(x), cos(x) et sin(x) : Dans un développement limité, en 0, on
ne garde qu’un nombre fini de termes, et le développement n’est utile que quand
x tend vers 0.
Ici, on considère une infinité de termes et ces développements sont valables ∀x ∈
R. On les appelle des développements en série entière :
On va voir que si elle existe, la suite (an )n∈N est nécessairement unique et liée aux
dérivées successives de f :
Propriété :
Soit f : D ⊂ C → C développable en série entière sur D. Alors pour tout
f (n) (0)
n ∈ N, f (n) (0) existe et an = .
n!
&
Preuve : Puisque f coïncide au voisinage de 0 avec z #→ an z n qui est indéfi-
niment dérivable en 0, f l’est aussi. De plus, pour tout p ∈ N,
+∞
'
(p)
f (0) = n(n − 1) . . . (n − p + 1)an 0n−p = p(p − 1) . . . 1 ap . !
n=p
40
Définition : (SERIE DE TAYLOR)
Soit f : D ⊂ C → C indéfiniment dérivable en 0. La série de Taylor de f en 0
' f (n) (0)
est la série zn.
n!
Remarque :
On définit de la même façon que dans C les fonctions développables en série
entière sur R et leur série de Taylor. Pour savoir si une fonction réelle indéfiniment
dérivable en 0 est développables en série entière, les deux mêmes questions se
posent, et la réponse peut être non à chacune de ces questions.
Propriété :
Soit f : I ⊂ R → R où I est un intervalle contenant 0. On suppose que f est
indéfiniment dérivable sur I, et qu’il existe une constante M telle que pour tout
n ∈ N, pour tout x ∈ I, |f (n) (x)| ≤ M . Alors f est développable en série entière.
Remarque :
On a déjà utilisé cette propriété pour développer exp, cos et sin.
41
Preuve : On applique la formule de Taylor-Lagrange à f entre 0 et x, à l’ordre
'N
xn (n) xN +1 (N )
N : ∃cN compris entre 0 et x tel que f (x) = f (0) + f (cN ).
n! (N + 1)!
( (n=0
( 'N
f (0) n ((
(n)
xN +1
(
Donc 0 ≤ lim (f (x) − x ( ≤ lim M = 0. !
N →+∞ ( n! ( N →+∞ (N + 1)!
n=0
Propriété :
+∞ n
' z
– Famille de l’exponentielle : ∀z ∈ C, exp(z) = .
n=0
n!
+∞
exp(x) + exp(−x) ' x2n
∀x ∈ R, ch(x) = = ,
2 n=0
(2n)!
+∞
' 2n+1
exp(x) − exp(−x) x
sh(x) = = ,
2 n=0
(2n + 1)!
+∞
' x2n
cos(x) = (−1)n ,
n=0
(2n)!
+∞
' x2n+1
et sin(x) = (−1)n .
n=0
(2n + 1)!
Toutes ces séries entières ont donc un rayon de convergence infini.
– Famille du binôme :
∀z ∈ C tel que |z| < 1,
+∞
'
1
= zn,
1−z n=0
'+∞
1
et = (−1)n z n .
1+z n=0
∀x ∈ R tel que |x| < 1,
42
+∞
' xn+1
ln(1 + x) = (−1)n ,
n=0
n+1
'+∞
x2n+1
et arctan(x) = (−1)n .
n=0
2n + 1
∀α ∈ R, ∀x ∈ R tel que |x| < 1,
+∞
'
α α(α − 1) 2 α(α − 1) . . . (α − n + 1) n
α
(1 + x) = 1 + x + x +· · · = x .
1! 2! n=0
n!
Toutes ces séries entières ont un rayon de convergence égal à 1.
Remarques :
1. De la même façon qu’on a défini exp(z), ∀z ∈ C, en utilisant le développe-
ment en série entière de l’exponentielle, on peut définir cos(z), sin(z), ch(z)
et sh(z), ∀z ∈ C. Les développements de ces fonctions donnés dans la pro-
priété précédente sont encore valables dans C. Mais ces fonctions définies
sur C sont beaucoup moins utilisées que l’exponentielle complexe.
1
2. Le développement de se calcule facilement en étudiant la série géo-
1−z
& 1
métrique z n . On en déduit le développement de en changeant z en
1+z
−z, puis celui de ln(1 + x) en se restreignant à x ∈ R puis en prenant la pri-
1
mitive du développement de . De même, on calcule le développement
1+x
1
de arctan(x) en développant d’abord sa dérivée .
1 + x2
3. Le développement de (1 + x)α n’est valable que pour α indépendant de x.
La méthode la plus pratique pour le calculer est d’utiliser une équation dif-
férentielle (voir en TD). Pour α ∈ N, il n’y a qu’un nombre fini de termes
non nuls dans ce développement, et on retrouve la formule du binôme de
'α
α!
Newton : (1 + x)α = xn .
n=0
n!(α − n)!
4. Les fonctions ln(1 + x), arctan(x) et (1 + x)α peuvent elles aussi être pro-
o
longées à D(0, 1) ⊂ C de façon à ce que les développements donnés dans la
propriété précédente soient encore valables. Mais il y a plusieurs façons de
définir ces fonctions dans le cas complexe et on ne considèrera que le cas
43
réel dans ce cours.
44
8 Séries de Fourier
Les séries de Fourier sont des séries de fonctions d’un type particulier, qui
servent à étudier les fonctions périodiques. L’idée est d’exprimer une fonction 2π-
périodique quelconque comme une combinaison linéaire de fonctions 2π-périodiques
simples, de la forme cos(nx) ou sin(nx), avec n ∈ N. Cette “combinaison linéai-
re” sera, en général, une somme infinie, c’est à dire une série :
Propriété :
& &
&5 Si an et bn convergent
6 absolument, alors la série trigonométrique
an cos(nx) + bn sin(nx) converge normalement sur R.
( ( & &
( (
Preuve : sup ( an cos(nx) + bn sin(nx)( ≤ |an |+|bn |. Or, si an et bn convergent
x∈R &
absolument
( alors (|an | + |bn |) (converge donc
& ( (
sup ( an cos(nx) + bn sin(nx)( converge. !
x∈R
Avec des hypothèses moins fortes sur (an )n∈N et (bn )n∈N , on a :
Propriété :
Si les suites (an )n∈N et&(b5n )n∈N sont réelles, décroissantes,
6 et tendent vers 0
alors, ∀x0 ∈ R \& 5 fixé
2πZ an cos(nx0 ) +6bn sin(nx0 ) converge.
De plus ∀ε > 0, an cos(nx) + bn sin(nx) converge uniformément sur chaque
intervalle de la forme [2nπ + ε, 2(n + 1)π − ε] avec n ∈ Z.
45
La preuve de cette propriété est une application de la règle d’Abel uniforme.
Définition :
' '
La série xn est par définition la série x0 + (xn + x−n ).
n∈Z n∈N∗
On a alors :
'+ ,
Propriété : Soit an cos(nx) + bn sin(nx) une série trigonométrique uni-
+∞ +
' ,
formément convergente sur [−π, π]. Notons, S(x) = an cos(nx) + bn sin(nx) ,
n=0
46
) π )
1 1 π
∀x ∈ R. Alors a0 = S(x)dx et ∀n ∈ N , an =
∗
S(x) cos(nx)dx et
) π 2π −π π −π
1
bn = S(x) sin(nx)dx.
π −π
Remarques :
1. S est une fonction R → C. On a donc ici des intégrales de fonctions R → C
auxquelles il faut donner un sens.
) ) )
b b b
Par définition, pour f : R → C, f (x)dx = Re(f (x))dx+i Im(f (x))dx.
a a a
2. On n’a pas d’expression pour b0 . En fait, puisque b0 est le coefficient de
sin(0x) = 0, il n’a aucune importance, on peut choisir par exemple b0 = 0.
Si la série trigonométrique est donnée par son écriture complexe, les expressions
se simplifient :
Propriété :
'
Soit cn einx une série trigonométrique écrite sous forme complexe qui converge
n∈Z
+∞
'
uniformément sur [−π, π]. Notons, ∀x ∈ R, S(x) = cn einx . Alors ∀n ∈ Z,
) π n=−∞
1
cn = S(x)e−inx dx.
2π −π
'
Preuve : Soit n0 ∈ Z fixé. Puisque cn einx converge uniformément sur [−π, π],
n∈Z
) π ) π +∞
'
1 −in0 x 1
S(x)e dx = cn einx e−in0 x dx
2π −π 2π −π n=−∞
+∞ ) π
1 '
= cn einx e−in0 x dx.
2π n=−∞ −π
47
Or
1
) π 1 si n = n0 ,
einx e−in0 x dx =
2π
−π 0 sinon.!
Cette propriété a une interprétation géométrique simple qui sera développée dans
le paragraphe sur l’égalité de Parseval.
Remarque :
Puisque cos(nx) et sin(nx) sont 2π-périodiques, S(x) l’est aussi. A cause
de ça, on peut changer l’intervalle d’intégration : ∀α ∈ R, ∀n ∈ Z, cn =
) α+2π
1
S(x)e−inx dx. La même chose est vraie pour an et bn .
2π α
Propriétés :
1. Puisque f est 2π-périodique, on peut changer l’intervalle d’intégration en
[α, α + 2π], ∀α ∈ R.
48
2. Si f est paire, ∀n ∈ N, bn = 0.
3. Si f est impaire, ∀n ∈ N, an = 0.
Théorème : (DIRICHLET-JORDAN)
Soit f une fonction 2π-périodique continue sur [−π, π] sauf éventuellement en
un nombre fini de points. On suppose qu’en ces points de discontinuité, f admet
une limite à droite et une limite à gauche finies. Enfin, on suppose que f admet
en tout point de [−π, π] une dérivée à droite et une dérivée à gauche (finies).
Alors
0 ∀x ∈ R, la série de1Fourier de f est convergente en x et a pour somme
1
lim f (y) + lim− f (y) . En particulier, en tout point x où f est continue,
2 y→x+ y→x
la somme de sa série de Fourier est f (x).
Il est pratique de réinterpréter la théorie des séries de Fourier en utilisant les no-
tions d’espace vectoriel et de produit scalaire. On peut alors retenir certains
aspects des séries de Fourier en gardant en tête l’analogie avec l’espace vectoriel
simple qu’est R2 , qui est muni du produit scalaire *x.*y = x1 y1 + x2 y2 . Cette analo-
gie s’écrit de façon plus naturelle quand on utilise l’écriture complexe des séries
de Fourier.
L’espace qui, pour les séries de Fourier, joue le rôle de l’espace vectoriel R2 est
l’ensemble de fonctions
F = {f : R → C, 2π-periodiques et dont le carré est intégrable sur [−π, π]}.
49
On peut définir un produit sur F (une fonction F × F → C) qui jouera le rôle du
produit scalaire de R2 :
Remarque :
La norme
√ de4R2 est construite de cette façon à partir du produit scalaire :
||*x|| = *x.*x = x21 + x22 .
Propriété :
L’ensemble (infini) des fonctions {x #→ einx , n ∈ Z} forme une base ortho-
normée (infinie) de F muni du produit scalaire (., .).
50
ce qui est la définition d’une famille orthonormée. Le fait que cette famille
contienne assez d’éléments pour être considérée comme une base nécessite des
développements supplémentaires :
La différence entre R2 et F est qu’une base orthonormée de R2 ne contient que
2 éléments alors qu’une base orthonormée de F contient une infinité d’éléments.
On dit que F est de dimension infinie.
Par analogie avec R2 , on dit qu’on a décomposé f ∈ F suivant la base ortho-
normée {x #→ einx , n ∈ Z} si on a trouvé des coefficients cn ∈ Z tels que
'+N
lim ||f (x) − cn einx || = 0. La proposition précédente affirme que cette
N →+∞
n=−N
décomposition est possible pour tout f ∈ F. Alors :
Propriété :
Soit f ∈ F. Pour tout n ∈ Z son coefficient de Fourier cn)est la projection
π
1
orthogonale de f sur einx , c’est à dire cn = (f (x), einx ) = f (x)e−inx dx.
2π −π
Théorème : (PARSEVAL-BESSEL)
Soit f ∈ F et {cn , n ∈ Z} ses coefficients de Fourier en écriture complexe,
{(an , bn ), n ∈ N} ses coefficients de Fourier en écriture réelle. Alors la norme de
f vérifie :
51
1. Inégalité de Bessel : ∀N ∈ N,
) π N
'
1
2
||f || = (f, f ) = f (x)f¯(x)dx ≥ |cn |2
2π −π n=−N
N
'
1
= |a0 |2 + (|an |2 + |bn |2 ).
2 n=1
2. Egalité de Parseval :
+∞
' +∞
1'
||f ||2 = (f, f ) = |cn |2 = |a0 |2 + (|an |2 + |bn |2 ).
n=−∞
2 n=1
52