FS « Roman »
Introduction : Même si Rimbaud admire les romantiques, il est critique, tout comme le Parnasse, sur leur
lyrisme. D’où une tonalité ironique pour évoquer les émotions d’un adolescent en proie aux premiers
amours. Universelle et sensible, cette aventure amoureuse montre un jeune homme naïf qui se croit dans
un roman, mais résonne aussi comme l’éloge de la désinvolture propre à cet âge.
Pbq : Comment Rimbaud réinvestit-il les codes du roman pour décrit avec ironie cette histoire d’amour ?
Structure : I/ Départ vers la Nature(I-II) II/ Emotions lors d’une promenade III/ Rencontre amoureuse IV/
Fin de la passion, souvenirs et désinvolture.
I/ Portée universelle de cette histoire affirmée dès le premier vers : aphorisme. Courte, équilibre entre les
deux hémistiches (diérèse sur « sérieux » ), pronom indéfini « on » (implication de tous), verbe d’état (être)
au présent de vérité générale, sub. circonst. de temps à vocation définitoire (« avoir 17 ans »). Marque
opposition au monde adulte par la négation (litote) : =/ « être désinvolte ». Aphorisme qui fait l’éloge
d’une absence de morale.
. Le ton est lui-même désinvolte : discours direct pour retranscrire une pensée passagère : « - ; ! » :
émotions soudaines guident l’action, « un beau soir » élément déclencheur (sans raison), langage familier
« foin » qui exprime la décision de quitter la ville et ses cafés qui saturent les sens : « bocks et limonades »
(gout et toucher) « cafés tapageurs » (bruit agressif), « lustres éclatants » (vue et paraître, artificialité).
. Cette échappée est justifiée par l’appel de la nature, comme les Romantiques, pour trouver un réconfort
(« sous les tilleuls ») créatif (« verts ») propice à la rêverie (« de la promenade »)
. Emancipation correspond à un désir de liberté (« va » : présent d’énonciation) et une exaltation des sens :
« sentir ; si doux ; fermer les paupières ; parfums » ; sub. circ. de csq : « si doux que … » = ivresse et
harmonie des sens ; plaisir des sens s’apparente au bonheur (« bon … bons soirs » : polyptote = répétition
d’un mot avec dérivation grammaticale) ; « ! » : émotion forte ; la nature (« le vent ») transforme les
désagréments (« chargé de bruits ») en bien-être en combinant (enjambement) les sensations « a des
parfum de vigne et des parfums de bière … » (vigne et bière se complètent pour apporter l’ivresse) ;
apaisement et atténuation des désagréments : litote « la ville n’est pas loin » = distance avec la Nature des
Romantiques; « … » ouvre d’autres perspectives sensorielles (idée de fugue).
II/ Etape marquée par « - » et le déictique « Voilà » qui implique le lecteur (+ « on »).
Elle ouvre sur des rêveries que symbolise la nuit qui tombe : enjambement « chiffon / d’azur », « sombre »,
« se fond », « Nuits de juin ».
. Cette nuit accompagne changement des perceptions : « apercevoir » / « se fond » / « monte » ; et
l’ivresse ascendante : apparition du « chiffon » (métaphore du ciel), « se laisse griser », « divague »,
« palpite ».
. Point de sublime (=/ lyrisme) mais sensations subtiles : « un tout petit chiffon » (sans valeur), « petite
branche », « piqué » (petit trou), « mauvaise étoile … petite et toute blanche » « petite bête ». Distance
avec le tragique, et sentiments romantiques. Ironie (grands sentiments / petites choses).
. Emotions propres à l’adolescent exprimées par des phrases nominales : « Nuits de juin ! 17 ans ! » associe
la saison à l’âge de la vie. Ivresse : « se laisse griser » (abandon), « la sève est du champagne » (puissante
poussée d’ivresse comparable à la puissante éclosion de la nature), mais ivresse éphémère (« bulles de
champagne : vanité). Ironie ? (rime entre « tête » et « bête » + voix pronominale « se sent », « se laisse
griser » (passivité) + répétition des pronoms « on » et « vous » qui marquent une distance entre le poète et
l’ado.
III/ . Expression du goût romanesque de l’adolescent : synecdoque « cœur fou » pour le désigner, primauté
de l’émotion pour le définir. « robinsonne » fait référence au roman de D. Defoe Robinson Crusoe +
préposition « à travers » = aventure, même si aventure toute relative (ironie ?) car proche de la ville et
limitée à beaucoup de lectures (pl. « les romans »). Bovarysme ? (rêve, roman / action, réalité).
. Codes romanesques : « - Lorsque … » connecteur temporel : élément déclencheur. Mais ironie « clarté du
réverbère » // « clair de lune » (cliché romantique) acccentuée par l’adj. « pâle » (personnification, observe
comme un témoin de la scène).
. « passe » : sensibilité excessive du poète et référence à Baudelaire (« une passante »). Rencontre peu
idéalisée, « petits airs », « petites bottines », allitération en « t » (petits pas) par l’auteur, contrairement au
personnage très émotif, « charmants » (carmen : envoutement, sortilège), mais empêché par l’ « ombre »
du père « sous », « du faux col de son père » : obstacle et paraître suffisent à lui faire perdre tout courage.
Père semble être un géant comme dans les contes de fées.
. « Et » relance l’intrigue, « elle vous trouve » : changement de point de vue (celui de la jeune fille, donc
omniscient).
. Rencontre n’est pas idéalisée : sub. conj. circ. de cause = condescendance ; « immensément naîf »
discrédite le jeune ho (longueur de l’adv insiste sur naïveté) ; adj « petites » répétés deux fois ; allitération
en « t » donne un caractère comique à la scène ; les « cavatines » sont des airs d’opéra considérés comme
mièvres.
. Rencontre tourne court : « elle se tourne » retardé, les point de suspension créent une attente après le
« mouvement … » qui laissent peu d’illusions ; Leurs regards ne se « rencontrent » jamais ; la frayeur du
jeune ho suffit à faire « mourir les cavatines ».
IV/ . Dernier chapitre se déroule après une ellipse temporelle.
. Deux hémistiches « vous êtes amoureux », comme une voix intérieure qui traduit l’engouement
débordant de l’ado., (au point de se croire héros de roman ?) auxquels correspondent deux autres
hémistiches à résonnance ironique : « Loué » a deux sens : éloge ou disponibilité, mais sous-entend que
l’histoire sera courte : « jusqu’au mois d’août » ; puis réception ambiguë des avances (« vos sonnets ») :
idéalisation (maj. « La ») reçoit des « rires » (moqueurs // naïveté ou complices ?).
. Ironie : Divination de la jeune fille (« l’adorée ») le sépare de ses amis et le marginalise (« Tous vos amis
…goût »), et condescendance de la jeune fille « a daignée », « un soir » (article indéfini) et « ! » derrière
« écrire » suggère une attente longue. Contenu de la lettre non dévoilé mais la suite laisse penser qu’il
s’agit d’une lettre de rupture.
. Effet de boucle du dernier quatrain : « Ce soir-là » reprend « un beau soir » mais avec une saveur plus
amère (« …, » = déception ?) ; « rentrez » : préfixe indique un retour au point de départ (« les cafés
éclatants ») ; « demandez », par opposition à « foin », laisse entendre la résignation ; « ou » se substitue à
« et » car indifférence.
. « on n’est pas sérieux … » : cette fois-ci signifie la désinvolture à l’égard de l’amour, jugement fruit de sa
nouvelle maturité.
. Les « tilleuls … promenade » apparaissent sous un nouveau jour, lieu citadin et éloignés des véritables
aventures que doit vivre le poète. Invitation au véritable courage ?
Conclusion :
. « Roman » raconte l’aventure d'un adolescent, qui vaut comme une aventure universelle par sa recherche
« naïve » d’authenticité (la Nature), d’ivresse des sens et d’amour.
Elle est raconté en reprenant certains codes du roman, ce qui permet à Rimbaud de garder une distance
ironique à l’égard de cette expérience initiatique pleine d’illusions.
. Liens évidents avec les romans de Flaubert : Me Bovary comme Frédéric Moreau sont deux personnages
qui sont plus contemplatifs d’amours rêvés que les véritables acteurs de leurs destins.