Durabilité et Équité : Rapport 2011
Durabilité et Équité : Rapport 2011
Le plus grand défi du développement au XXIe siècle est de protéger le droit des générations d’aujourd’hui et de
demain à mener des vies saines et épanouissantes. Le Rapport mondial sur le développement humain 2011 apporte
une nouvelle contribution majeure au débat international sur la question, en montrant les liens indissociables qui
existent entre durabilité et équité, et entre la durabilité et les questions d’égalité et de justice sociale, mais aussi
d’accès élargi à une meilleure qualité de vie.
D’après les prévisions, l’échec persistant des tentatives de réduction des risques environnementaux graves et
l’aggravation des inégalités sociales pourraient ralentir plusieurs décennies de progrès continus au sein de la
majorité pauvre de la population mondiale, voire même inverser la tendance vers une convergence mondiale du
développement humain. Les remarquables progrès effectués en matière de développement humain ne peuvent se
poursuivre si des mesures audacieuses ne sont pas prises à l’échelle mondiale afin de réduire à la fois l’inégalité et
les risques environnementaux. Le Rapport identifie donc des voies qui permettraient aux populations, aux commu-
nautés locales, aux pays et à la communauté internationale de promouvoir la durabilité environnementale et l’équité
de manière complémentaire.
De nouvelles analyses révèlent comment le déséquilibre des pouvoirs et les inégalités entre les sexes dans un pays
ont une incidence sur l’accès limité à une eau propre et à des installations d’assainissement de meilleure qualité,
sur la dégradation des terres et sur les maladies et décés causés par la pollution de l’air, et amplifient les effets
associés aux disparités de revenu. Les inégalités entre les sexes influencent également les résultats en matière
d’environnement, qu’elles aggravent. Au niveau mondial, les arrangements relatifs à la gouvernance affaiblissent
fréquemment la voix des pays en développement et excluent les groupes marginalisés.
Il existe cependant des alternatives à l’inégalité et à la non-durabilité. Des investissements améliorant l’équité (en
faveur, par exemple, de l’accès à une énergie renouvelable, à un système d’eau et d’assainissement et à des
services de santé reproductive) pourraient faire progresser à la fois la durabilité et le développement humain. Une
responsabilisation et des processus démocratiques accrus auraient également des effets positifs sur les
résultats. Les approches gagnantes reposent sur une gestion communautaire, des institutions largement inclusives
et la prise en compte des groupes défavorisés. Au-delà des Objectifs du Millénaire pour le développement, le monde
a besoin d’un cadre du développement qui soit synonyme d’équité et de durabilité. Il ressort de ce Rapport que les
approches qui intègrent l’équité dans les politiques et les programmes et qui donnent aux êtres humains les moyens
d’insuffler des changements dans les domaines juridiques et politiques offrent un formidable potentiel.
Le financement nécessaire au développement est beaucoup plus important que l’aide publique actuellement
consacrée au développement. Les dépenses contemporaines en sources d’énergie peu intensives en carbone, par
exemple, atteignent moins de 2% des estimations des besoins les plus optimistes. Les flux du financement doivent
être acheminés vers les défis les plus critiques de la non-durabilité et de l’inégalité. Les mécanismes de marché et
les fonds privés seront certes cruciaux, mais ils devront être soutenus et mis à profit par des investissements publics
proactifs. Ce Rapport propose une réflexion novatrice, qui s’avère nécessaire pour combler le gouffre financier.
Il plaide également en faveur de réformes destinées à promouvoir l’équité et la voix de tous les êtres humains. Nous
avons une responsabilité collective envers les moins privilégiés d’entre nous aujourd’hui et demain – veiller à ce
que le présent ne soit pas l’ennemi de notre avenir. Le présent Rapport est un moyen de nous aider à trouver les
bonnes perspectives.
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Programme des Nations Unies pour le développement Rapports mondiaux, régionaux et nationaux sur le développement humain
Rapports mondiaux sur le développement humain : Publiés chaque année par le PNUD depuis 1990, les Rapports mondi-
1 UN Plaza, New York, NY 10017, USA
aux sur le développement humain sont une analyse indépendante et fondée sur les faits des questions, tendances, progrès
et politiques en matière de développement. Les ressources concernant le Rapport mondial 2011 et les Rapports antérieurs
Tous droits réservés. Il est interdit, sauf accord préalable de l’éditeur, de reproduire le présent sont accessibles gratuitement à l’adresse [Link]. Elles comprennent les textes complets des Rapports et leur résumé
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quelque forme ou de quelque manière que ce soit, électronique, mécanique, par photocopie, recherche sur le développement humain ; les bulletins d’information du RDH et d’autres supports d’information publics.
enregistrement ou tout autre moyen. Des indicateurs statistiques, des outils de données, des cartes interactives, des fiches d’information sur les pays et des
ressources complémentaires en lien avec les RDH sont également disponibles à cette adresse.
Imprimé aux États-Unis par Colorcraft of Virginia. La couverture est imprimée sur papier couché une face n° 80 Rapports régionaux sur le développement humain : Plus de 40 Rapports régionaux sur le développement humain ont été
Anthem Matte. Les pages de texte sont imprimées sur papier Roland 50 lisse opaque n° 60 de Cascades produits en toute indépendance éditoriale au cours des deux dernières décennies, avec le soutien des bureaux régionaux
Mills, produit à partir de 50 % de fibres recyclées après consommation. Ces deux types sont certifiés par le Forest du PNUD. Avec des analyses et des plaidoyers politiques parfois provocateurs, ils ont examiné des questions aussi essenti-
Stewardship Council (Association pour la protection de la forêt) comme des pâtes ECF (blanchies sans chlore elles que les libertés civiques et l’autonomisation des femmes dans les États arabes, la corruption dans la région Asie-
Pacifique, le traitement des Roms et des autres minorités en Europe centrale ou encore la distribution inégalitaire des
gazeux). L’impression fait appel à des encres végétales et des technologies respectueuses de l’environnement.
richesses en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Rapports nationaux sur le développement humain : Depuis la publication du premier Rapport national sur le développe-
ment humain en 1992, des rapports nationaux sont produits dans 140 pays par des équipes éditoriales locales, avec le
soutien du PNUD. Ces rapports (dont plus de 650 éditions publiées à ce jour) apportent une perspective de développe-
ment humain aux préoccupations politiques nationales au moyen de consultations et de recherches menées à l’échelle
locale. Les Rapports nationaux s’intéressent fréquemment aux thèmes de l’égalité des sexes, de l’ethnicité ou des clivages
entre milieux rural et urbain afin d’aider à identifier les inégalités, de mesurer les progrès et de repérer les signes précoces
Édition et production : Communications Development Incorporated, Washington DC de conflits potentiels. Étant ancrés dans les besoins et perspectives des pays, ils ont souvent exercé une grande influence
Conception : Gerry Quinn sur les politiques nationales, notamment sur les stratégies de réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développe-
Traduction et maquette : Strategic Agenda LLP ment et d’autres priorités du développement humain.
Pour en savoir plus sur les rapports nationaux et régionaux sur le développement humain, notamment sur les références
Pour une liste des erreurs ou des omissions décelées à la suite de l’impression, prière de consulter notre site Web à
et formations y afférents, consulter [Link]/fr/rndh/.
l’adresse suivante : [Link]
Rapports mondiaux sur le développement humain 1990-2010
2010 La vraie richesse des nations : les chemins du développement humain
Équipe du Rapport sur le développement humain 2011 2009 Lever les barrières : mobilité et développement humains
2007/2008 La lutte contre le changement climatique : un impératif de solidarité humaine dans un monde divisé
Bureau du Rapport sur le développement humain 2006 Au-delà de la pénurie : pouvoir, pauvreté et crise mondiale de l’eau
Le Rapport sur le développement humain est le fruit d’un effort collectif, coordonné par sa directrice, et auquel participe le personnel 2005 La coopération internationale à la croisée des chemins : l’aide, le commerce et la sécurité dans un monde
des équipes de recherche, des statistiques, de la communication et production, ainsi que l’équipe des Rapports nationaux sur le marqué par les inégalités
développement humain. Nos collègues des opérations et de l’administration nous ont également apporté leur soutien. 2004 La liberté culturelle dans un monde diversifié
2003 Les objectifs du Millénaire pour le développement : un pacte entre les pays pour vaincre la pauvreté humaine
Directrice et auteur principal 2002 Approfondir la démocratie dans un monde fragmenté
Jeni Klugman 2001 Mettre les nouvelles technologies au service du développement humain
2000 Droits de l’homme et développement humain
Recherche 1999 Une mondialisation à visage humain
Unité dirigée par Francisco Rodríguez : Shital Beejadhur, Subhra Bhattacharjee, Monalisa Chatterjee, Hyung-Jin Choi, Alan Fuchs, 1998 La consommation au service du développement humain
Mamaye Gebretsadik, Zachary Gidwitz, Martin Philipp Heger, Vera Kehayova, José Pineda, Emma Samman et Sarah Twigg 1997 Le développement humain au service de l’éradication de la pauvreté
1996 La croissance au service du développement humain
Statistiques 1995 Égalité des sexes et développement humain
Unité dirigée par Milorad Kovacevic : Astra Bonini, Amie Gaye, Clara Garcia Aguña et Shreyasi Jha 1994 Les nouvelles dimensions de la sécurité humaine
1993 La participation populaire
Soutien aux RDH nationaux 1992 Pour une vision nouvelle du développement humain au niveau mondial
Eva Jespersen (directrice adjointe), Mary Ann Mwangi, Paola Pagliani et Tim Scott 1991 Le financement du développement humain
1990 Définir et mesurer le développement humain
Communications et production
William Orme (chef de la communication), Botagoz Abdreyeva, Carlotta Aiello, Wynne Boelt et Jean-Yves Hamel Pour de plus amples informations, consulter :
[Link]
Opérations et administration
Sarantuya Mend (responsable des opérations), Diane Bouopda et Fe Juarez-Shanahan
Résumé
Rapport sur le développement
humain 2011
Durabilité et équité :
Un meilleur avenir pour tous
Publié pour le
Programme des
Nations Unies pour
le développement
(PNUD)
Avant-propos
En juin 2012, les dirigeants mondiaux se rassembleront à Rio de Janeiro pour essayer de parvenir
à un nouveau consensus quant aux actions à mener à l’échelon international afin de préserver
l’avenir de la planète et le droit des générations futures, partout dans le monde, à mener une
existence saine et épanouissante. Tel est le grand défi du développement au XXIe siècle.
À cet égard, le Rapport sur le développement humain 2011 propose de nouvelles contributions
importantes au dialogue mondial, montrant à quel point la durabilité est inextricablement liée à
certains aspects fondamentaux de l’équité – c’est-à-dire de l’impartialité, de la justice sociale et
d’un accès plus aisé à une meilleure qualité de vie. La durabilité n’est pas exclusivement ni même
essentiellement une question environnementale, comme le prouve de manière convaincante
ce Rapport. Elle concerne surtout le mode de vie que nous choisissons d’épouser, en étant
conscients que tous nos actes ont des conséquences pour les sept milliards de personnes vivant
sur la planète aujourd’hui, ainsi que pour les milliards d’êtres humains qui nous succéderont
dans les siècles à venir.
Il est essentiel de comprendre les liens entre durabilité environnementale et équité si nous
voulons accroître les libertés humaines pour les générations actuelles et futures. Les remarquables
progrès effectués lors des dernières décennies en matière de développement humain, dont
rendent compte les Rapports sur le développement humain, ne peuvent se poursuivre si des
mesures audacieuses ne sont pas prises à l’échelle mondiale afin de réduire à la fois l’inégalité et
les risques environnementaux. La présente édition du Rapport identifie les chemins que peuvent
emprunter les individus, les collectivités locales, les pays ou la communauté internationale afin
de promouvoir de façon complémentaire la durabilité et l’équité environnementales.
Dans les 176 pays et territoires où intervient chaque jour le Programme des Nations Unies
pour le développement, de nombreuses personnes défavorisées souffrent de privations à un
double niveau. Elles sont plus vulnérables aux effets à grande échelle de la dégradation de
l’environnement parce qu’elles sont soumises à des agressions environnementales plus graves et
disposent de moins de moyens pour y faire face. Elles doivent aussi se préoccuper des menaces
pesant sur leur environnement immédiat, qu’il s’agisse de la pollution intérieure des locaux, de
la pollution de l’eau ou des déficiences de l’assainissement. Des études prévisionnelles suggèrent
que l’échec persistant des tentatives de réduction des risques environnementaux graves et
l’aggravation des inégalités sociales pourraient ralentir plusieurs décennies de progrès continus
au sein de la majorité pauvre de la population mondiale, voire inverser la convergence mondiale
en matière de développement humain.
Ces évolutions sont marquées par de grandes disparités en termes de capacité d’action. De
nouvelles analyses montrent les liens entre, d’une part, les déséquilibres en termes de pouvoir et
les inégalités entre les sexes à l’échelon national, et d’autre part, l’accès réduit à l’eau salubre ou à
un meilleur assainissement, la dégradation des sols et les décès liés à la pollution de l’air intérieur
et extérieur, amplifiant les effets associés aux disparités en termes de revenus. Les inégalités
entre les sexes se combinent également avec les problèmes environnementaux et les aggravent.
Au niveau mondial, les accords de gouvernance affaiblissent souvent la capacité des pays en
développement à se faire entendre et excluent les groupes marginalisés.
Il existe pourtant d’autres voies que l’inégalité et la non-durabilité. La croissance gouvernée
par la consommation d’énergies fossiles n’est pas une condition sine qua non pour vivre mieux
Helen Clark
Administrateur
Programme des Nations Unies pour le développement
Les analyses et les recommandations de politique de ce Rapport ne reflètent pas nécessairement les vues du Programme
des Nations Unies pour le développement ou de son Conseil d’administration. Le Rapport est une publication indépendante
commanditée par le PNUD. La préparation et la rédaction de ce Rapport sont le fruit du travail de l’équipe du Rapport sur le
développement humain et d’un groupe de conseillers éminents dirigé par Jeni Klugman, Directrice du Bureau du Rapport sur
le développement humain.
Avant-propos CHAPITRE 5
Remerciements Relever les défis politiques
CHAPITRE 2
Schémas et tendances des indicateurs ANNEXE STATISTIQUE
du développement humain, des Guide du lecteur
inégalités et de l’environnement
Légende des pays et des classements IDH, 2011
Progrès accomplis et perspectives
La durabilité des progrès menacée Tableaux statistiques
Promouvoir le développement humain durable et équitable 1 L’indices de développement humain et ses composantes
2 Évolution de l’Indice de développement humain, 1980-2011
CHAPITRE 3 3 Indice de développement humain ajusté aux inégalités
Observer les impacts – comprendre les liens 4 Indice d’inégalité de genre et indicateurs connexes
Cette année, le Rapport sur le développement humain Nous jugeons la durabilité primordiale, parce que les
(RDH) fait le point sur les défis posés par la recherche générations futures devraient disposer au moins d’au-
d’un progrès durable et équitable. Il met en évidence tant de possibilités que nous aujourd’hui. De même,
la façon dont les dommages environnementaux tout processus inéquitable est injuste : les chances
accroissent les inégalités en exerçant un impact néga- d’accéder à une existence meilleure ne devraient pas
tif sur les populations déjà défavorisées, ainsi que la être restreintes par des facteurs échappant au contrôle
manière dont les inégalités de développement humain des populations. Les inégalités sont particulièrement
amplifient les dommages environnementaux. injustes lorsqu’elles frappent systématiquement un
Le développement humain – qui vise à élargir groupe spécifique pour des raisons liées au sexe, à l’ori-
l’éventail de choix des populations – est fondé sur le gine ethnique ou au lieu de naissance.
partage des ressources naturelles. Pour le promouvoir, Il y a plus de dix ans, Anand et Sen postulaient
il convient de travailler sur la durabilité au plan local, le traitement simultané de la durabilité et de l’équité.
national et mondial. Cela peut et doit être effectué « Si nous étions obsédés par l’équité intergénération-
d’une manière équitable et autonomisante. nelle sans nous soucier en même temps du problème
Nous nous attachons à vérifier que l’aspiration de l’équité intragénérationnelle, cela constituerait une
des populations pauvres à vivre mieux est pleinement flagrante violation du principe d’universalité » affir-
prise en compte dans l’évolution vers une plus grande maient-ils (souligné par les auteurs). Des questions
durabilité. Nous dégageons les pistes permettant aux similaires ont émergé du rapport de la commission
personnes, aux groupes, aux pays et à la communauté Brundtland en 1987, ainsi que d’une série de décla-
internationale de promouvoir la durabilité et l’équité rations internationales, depuis Stockholm en 1972
afin qu’elles se renforcent mutuellement. jusqu’à Johannesburg en 2002. Pourtant, encore
de nos jours, de nombreux débats sur la durabilité
Pourquoi la durabilité négligent l’équité, considérée comme une notion dis-
et l’équité ? tincte et indépendante. Cette approche parcellaire est
contreproductive.
L’approche du développement humain revêt une
importance persistante dans l’optique d’appréhender Quelques définitions clés
notre monde et de s’attaquer à ses problèmes. L’année Le développement humain est l’accroissement des
dernière, l’édition du 20e anniversaire du RDH célé- libertés et des capacités permettant aux personnes de
brait le concept du développement humain, en souli- mener une vie qu’elles jugent satisfaisante à juste titre.
gnant comment l’équité, l’autonomisation et la dura- Il repose sur l’élargissement de l’éventail des choix dis-
bilité favorisent la multiplication des choix accessibles ponibles. Les notions de libertés et de capacités vont
aux personnes. Parallèlement, il mettait en lumière les au-delà de la satisfaction des besoins essentiels. La qua-
difficultés inhérentes en montrant que ces trois points lité de vie dépend de nombreux aspects, qui peuvent
clés du développement humain n’avancent pas tou- avoir une valeur intrinsèque autant qu’un intérêt
jours de front. concret : nous pouvons par exemple valoriser la biodi-
versité ou la beauté de la nature indépendamment de
Pertinence d’une étude conjointe de la leur contribution à notre niveau de vie.
durabilité et de l’équité Les populations défavorisées constituent un axe
Nous explorons cette année les relations croisées essentiel du développement humain. Elles englobent
entre la durabilité environnementale et l’équité, aussi celles qui subiront à l’avenir les conséquences les plus
essentielles l’une que l’autre à une justice distributive. graves des risques liés à nos activités actuelles. Nous
VUE D’ENSEMBLE 1
nous soucions non seulement des situations courantes Le présent RDH illustre les types d’impacts com-
ou correspondant aux scénarios les plus probables, muns que les politiques pourraient générer, tout en
mais aussi de celles découlant de scénarios moins soulignant qu’ils ne sont pas systématiques et que le
probables mais néanmoins possibles, notamment contexte est crucial à cet égard (voir figure 1).
lorsqu’elles peuvent avoir des répercussions catastro- Ce contexte demande d’accorder une attention
phiques sur les populations pauvres et vulnérables. spéciale à l’identification des synergies positives et à
Souvent, les débats sur la durabilité environne- l’examen des compromis. Nous étudions la manière
mentale se focalisent soit sur la manière de rempla- dont les sociétés peuvent élaborer des solutions
cer les ressources naturelles par notre potentiel tech- gagnant-gagnant-gagnant qui favorisent à la fois la
nologique, soit sur notre ingéniosité à atténuer les durabilité, l’équité et le développement humain.
contraintes pesant sur ces ressources comme autrefois.
Le fait que l’on ignore si cela sera possible un jour, allié Modèles et tendances,
aux risques de catastrophes, incite à préserver nos actifs progrès et perspectives
naturels essentiels et le flux de services écologiques qui
en découle. Cette attitude résulte également d’une Il s’avère de plus en plus évident que la dégradation de
approche du développement fondée sur les droits l’environnement s’accroît dans le monde entier et que
humains. Le développement humain durable est les risques de détérioration se multiplient. L’ampleur
l’accroissement des libertés essentielles des personnes des mutations à venir étant incertaine, nous explorons
vivant aujourd’hui, accompagné d’efforts raison- une série de prévisions et envisageons leurs répercus-
nables pour éviter le risque de compromettre sérieu- sions sur le développement humain.
sement celles des générations futures. Dans cet esprit, Notre point de départ – qui était un thème clé du
des débats publics éclairés sont cruciaux pour définir RDH 2010 – est l’immensité des progrès accomplis
les risques que les populations sont prêtes à accepter. au cours des dernières décennies en matière de déve-
La recherche conjointe de la durabilité environne- loppement humain, nuancée cependant par les trois
mentale et de l’équité n’implique pas qu’elles se ren- avertissements suivants.
forcent mutuellement. De fait, des compromis sont • La croissance des revenus s’est accompagnée de la
souvent nécessaires. Il arrive que des mesures prises détérioration d’indicateurs environnementaux
en faveur de l’environnement aient des effets inéqui- essentiels, tels que les émissions de dioxyde de
tables, par exemple quand elles limitent la croissance carbone (CO2), la qualité du sol et de l’eau et la
économique d’un pays en voie de développement. superficie du couvert forestier.
• La distribution inégale des revenus s’est aggravée à
FIGURE 1. l’échelle nationale dans la majorité des régions du
Illustration des compromis et des synergies politiques entre monde, malgré une réduction des écarts en termes
l’équité et la durabilité de santé et d’éducation.
Ce contexte demande d’accorder une attention spéciale à l’identification des synergies positives et à • Le niveau moyen d’autonomisation tend à s’élever
l’examen des compromis. Nous étudions la manière dont les sociétés peuvent élaborer des solutions au rythme de l’indice de développement humain
gagnant-gagnant-gagnant qui favorisent à la fois la durabilité, l’équité et le développement humain.
(IDH), mais cette corrélation présente des varia-
tions considérables.
Élargir l’accès
à l’énergie D’ici à 2050, les simulations utilisées pour ce RDH
renouvelable
font apparaître un retrait de l’IDH de 8 % par rapport
à l’hypothèse de base dans un scénario de « défi envi-
US
Subventionner le 1
PL
Restreindre
charbon dans 4 2 l’accès aux ronnemental » – c’est-à-dire où le réchauffement cli-
PL
US
la consommation
ÉQ
LI
d’essence
BI
RA
TÉ
bien que nombre d’entre eux n’y contribuent guère. Défi écologique
Ainsi, les pays à IDH faible sont ceux qui ont le moins
participé au changement climatique planétaire, mais 0,6 Catastrophe écologique
moyens d’existence.
Les émissions nocives par habitant sont beaucoup
0,4
plus élevées dans les pays développés que dans ceux en
voie de développement, en raison des activités à forte
consommation d’énergie des premiers : automobiles,
0,3
chauffage et climatisation des habitations et des lieux 1980 1990 2000 2010 2020 2030 2040 2050
de travail, consommation d’aliments transformés
Source : Calculs du BRDH d’après sa base de données et Hughes, Irfan, Moyer, Rothman, et Solórzano 2011, « Forecasting the
et conditionnés. Dans un pays à IDH très élevé, un
Impacts of Environmental Constraints on Human Development » Human Development Research Paper, Programme des Nations Unies
individu moyen émet plus de quatre fois plus de CO2 pour le développement, qui s’appuient sur les prévisions d’International Futures, version 6.42.
et environ deux fois plus de méthane et de protoxyde
d’azote qu’un habitant d’un pays à l’IDH faible, Comparons le premier et le troisième tableau de la
moyen ou élevé (et environ trente fois plus de CO2 figure 4. Le premier montre que les pays aux revenus les
qu’un habitant d’un pays à IDH faible). Le citoyen plus élevés sont ceux qui émettent généralement le plus
britannique moyen émet autant de gaz à effet de serre de CO2 par habitant. Le troisième ne révèle pourtant
en deux mois qu’un habitant d’un pays à IDH faible aucun lien entre les émissions et les critères de santé et
en un an. Et l’habitant moyen du Qatar – le pays affi- d’éducation de l’IDH. La conclusion est intuitive : les
chant le plus grand taux d’émissions nocives par per- activités émettrices de CO2 produisent des biens, et
sonne – en émet autant en seulement dix jours, même non des services de santé ou d’éducation. Elle illustre
si ce chiffre couvre à la fois la consommation locale et aussi le caractère non linéaire de la relation entre les
la production de biens consommés ailleurs. émissions de CO2 et les critères de l’IDH : elle est
Alors que les trois quarts de l’accroissement des inexistante ou ténue pour un IDH faible, mais lorsque
émissions nocives depuis 1970 proviennent de pays à l’IDH augmente, elle atteint un « point de bascule-
IDH faible, moyen et élevé, les niveaux globaux de gaz ment » à partir duquel une forte corrélation positive
à effet de serre demeurent beaucoup plus élevés dans apparaît entre les émissions de CO2 et les revenus.
les pays à IDH très élevé. Et ceci sans tenir compte Les pays connaissant une amélioration rapide de
de la délocalisation dans les pays pauvres d’activités à leur IDH ont aussi enregistré un accroissement rapide
hautes émissions de carbone, dont la production est de leurs émissions de CO2. Ces évolutions qui s’effec-
largement renvoyée vers les pays riches. tuent au fil du temps – plus que les liens ponctuels rele-
À travers le monde, l’élévation de l’IDH a été asso- vés – révèlent le résultat prévisible à l’avenir de notre
ciée à la dégradation de l’environnement, bien que l’on développement actuel. Ici aussi, c’est l’évolution des
puisse largement l’imputer à la croissance économique. revenus qui constitue le moteur de la tendance.
VUE D’ENSEMBLE 3
FIGURE 3
L’examen des relations entre les risques environne-
Les températures augmentent, les pluies diminuent
mentaux et l’IDH nous permet de dégager les trois
Niveau et évolution de la variabilité du climat par groupe de niveau d’IDH
considérations générales suivantes.
Température
Niveau (degrés Celsius) • La dégradation de l’environnement domestique
0,84 (pollution de l’air intérieur, accès insuffisant à de
Valeur 0,74 l’eau salubre et à un meilleur assainissement) est
moyenne, 0,66 0,64
années plus grave quand les niveaux d’IDH sont faibles,
2000 puis décline à mesure que l’IDH s’élève.
• Avec le développement, les risques environne-
Précipitations
(mm par mois)
mentaux affectant les populations – comme la
IDH
pollution de l’air urbain – semblent augmenter,
Très IDH IDH IDH puis retomber. Une courbe en U inversé pourrait
élevé Élevé Moyen Faible
Valeur décrire cette évolution.
moyenne, IDH IDH IDH IDH –0,07 • Les risques environnementaux ayant des effets à
1951–1980 Très Élevé Moyen Faible
élevé l’échelle mondiale – c’est-à-dire les gaz à effets de
–1,49 serre – tendent à augmenter avec l’IDH.
L’IDH proprement dit n’est pas le véritable
–2,89 moteur de ces transitions. Les revenus et la croissance
économique jouent un rôle important pour expli-
–4,16 quer la situation, mais cette relation n’est pas non plus
déterminante. De plus, des interactions complexes de
Évolution de la variabilité (en %) 1,38 forces plus larges modifient les schémas de risques. Par
exemple, le commerce international autorise les pays à
externaliser des productions qui dégradent l’environ-
Température Précipitations nement ; l’exploitation commerciale à grande échelle
(degrés Celsius) (mm par mois)
des ressources naturelles n’affecte pas seulement les
IDH IDH
Valeur Très IDH IDH IDH Très IDH IDH moyens d’existence ; et les profils environnementaux
moyenne, élevé Élevé Moyen Faible élevé Élevé Moyen diffèrent en ville et à la campagne. Et comme nous le
1951–1980
–0,08 IDH constaterons, les contextes gouvernementaux et poli-
–0,17 –0,15 Faible
tiques jouent un rôle déterminant.
En conséquence, les schémas ne sont pas inéluc-
–0,65
tables. Plusieurs pays ont réalisé des progrès significa-
Valeur
moyenne, –0,98 tifs à la fois en termes d’IDH et d’équité et de dura-
années
2000 bilité environnementale. Parallèlement à la mise en
–1,35 –1,38
lumière des synergies positives, nous proposons une
Remarque : L’évolution de la variabilité désigne les coefficients de variation entre la période 1951–1980 et les années 2000,
pondérée par la population moyenne entre 1950 et 2008.
stratégie multidimensionnelle permettant d’identifier
Source : Calculs du BRDH d’après des données de l’Université du Delaware. les pays qui ont fait mieux que leurs voisins pour pro-
mouvoir l’équité, élever l’IDH, réduire la pollution de
l’air intérieur au niveau domestique et favoriser l’accès
Ce schéma de relations ne s’applique cependant à l’eau salubre, et qui sont donc les plus performants
pas à tous les indicateurs environnementaux. Notre au niveau régional ou mondial en matière de dura-
analyse ne décèle qu’une faible corrélation positive bilité environnementale (voir tableau 1). Les critères
entre l’IDH et la déforestation, par exemple. En d’évaluation de la durabilité environnementale sont
quoi les émissions de CO2 diffèrent-elles des autres les émissions de gaz à effet de serre, l’utilisation de
menaces écologiques ? Nous pensons que les perfor- l’eau et la déforestation. Les résultats sont plus illus-
mances environnementales sont souvent beaucoup tratifs qu’indicatifs en raison du caractère incomplet
plus élevées quand il existe un lien direct entre l’envi- des données comparatives. Seul le Costa Rica dépasse
ronnement et la qualité de la vie, par exemple dans le la médiane régionale selon tous les critères, alors que
cas de la pollution dans les pays développés ; quand les trois autres pays en tête du classement présentent
le lien est diffus, les performances sont plus faibles. des irrégularités d’une dimension à l’autre. La Suède
La corrélation avec le dioxyde de carbone est positive et forte pour le revenu et positive pour l’IDH, mais elle
disparaît pour la santé et l’éducation
30
25
20
15
10
0
0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 –0,3 –0,2 –0,1 0 0,1 0,2
Composant Revenus de l'IDH IDH Santé et éducation
(partie ne s’expliquant pas par le revenu)
Remarque : Les données sont celles de 2007.
Source : Calculs du BRDH d’après sa base de données.
affiche un rythme de reforestation remarquable par particulier pour les millions de personnes dont la sub-
rapport aux moyennes régionales et mondiales. sistance dépend directement des ressources naturelles.
Comme l’atteste notre liste, quels que soient les • Au niveau mondial, près de 40 % des terres sont
régions, les niveaux de développement et les caractéris- dégradées à cause de l’érosion des sols, de la dimi-
tiques structurelles, les pays peuvent mettre en œuvre nution de leur fertilité et du surpâturage. La pro-
des politiques favorisant la durabilité environnemen- ductivité des terres décline, avec une perte de ren-
tale, l’équité et les facteurs clés du développement tabilité estimée atteignant 50 % dans les scénarios
humain tels qu’ils sont reflétés dans l’IDH. Nous les plus défavorables.
passerons en revue les types de politiques et de pro- • L’agriculture absorbe de 70 à 85 % de l’eau
grammes qui réussissent, tout en soulignant l’impor- consommée et l’on estime que 20 % de la produc-
tance des conditions et des contextes locaux. tion céréalière mondiale utilise l’eau de manière
Plus généralement, lors des dernières décennies, non durable, mettant ainsi en péril le développe-
les tendances environnementales montrent cependant ment agricole futur.
une détérioration sur plusieurs fronts, avec des consé- • La déforestation pose un problème majeur. Entre
quences néfastes sur le développement humain, en 1990 et 2010, l’Amérique latine, les Caraïbes et
TABLEAU 1
Les bons élèves de l’environnement, du développement humain et de l’équité (année la plus récente disponible)
Menaces d’ordre mondial Effets locaux Développement humain et équité
IDH Perte totale
Émissions de gaz à (pourcentage de la (pourcentage de la
Pays effet de serre Déforestation Utilisation de l’eau Accès à l’eau Pollution de l’air médiane régionale) médiane régionale)
Costa Rica ✔ ✔ ✔ ✔ ✔ 104 77
Allemagne ✔ ✔ ✔ ✔ 103 91
Philippines ✔ ✔ ✔ ✔ 103 89
Suède ✔ ✔ ✔ ✔ 102 70
Remarque : Tous ces pays remplissent les critères relatifs aux seuils absolus concernant les menaces d’ordre mondial définis dans le Rapport complet (cf. chapitre 2, remarque 80).
VUE D’ENSEMBLE 5
FIGURE 5
des ressources naturelles. Même les personnes qui
Certaines régions se déboisent, d’autres se boisent ou se
n’exercent habituellement pas ce genre d’activité
reboisent
peuvent s’y livrer pour survivre en période difficile.
Proportions de couvert forestier et variation par région, 1990–2010 (en millions de kilomètres carrés)
• La dégradation de l’environnement affectera dif-
Couvert forestier en 2010 Variation du couvert forestier (1990–2010) féremment les populations selon que ces dernières
sont essentiellement productrices ou consomma-
États arabes 0,88 –0,07
trices de ressources naturelles, selon qu’elles pro-
Asie de l'Est duisent pour elles-mêmes ou pour vendre, et selon
4,70 0,10
et Pacifique leur capacité à alterner ces activités pour diversi-
Europe et 9,00 0,06 fier leurs moyens d’existence.
Asie centrale
Amérique • Aujourd’hui, environ 350 millions de personnes
latine et 9,47 –0,93 – pauvres pour la plupart – vivent dans la forêt ou
Caraïbes
à proximité. Elles en tirent leur subsistance et leurs
Asie du Sud 0,93 0,02
revenus. La déforestation et la restriction de l’accès
Afrique aux ressources naturelles impliquent toutes deux
5,85 –0,70
subsaharienne
des préjudices potentiels pour les populations
IDH
pauvres. Des exemples évidents dans divers pays
10,10 0,11
très élevé indiquent que les femmes dépendent habituelle-
IDH élevé 16,80 –0,71
ment davantage de la forêt que les hommes parce
qu’elles disposent d’un choix d’activités alterna-
IDH moyen 6,72 0,03 tives plus restreint, qu’elles sont moins mobiles et
qu’elles assument la majeure partie de la collecte
IDH faible 6,58 –0,81 du bois de chauffage.
• Environ 45 millions de personnes – dont au
Source : Calculs du BRDH d’après les données de la Banque mondiale (2011), Indicateurs du Développement Mondial,
moins 6 millions de femmes – vivent de la
Washington, DC: Banque mondiale.
pêche. Elles sont menacées par la surpêche et le
changement climatique. Leur vulnérabilité est
l’Afrique subsaharienne ont subi les plus grandes double : les pays les plus menacés sont aussi ceux
pertes de forêts, suivies des États arabes (voir qui dépendent le plus du poisson comme source
figure 5). Les autres régions ont connu des gains de protéines, comme moyen d’existence et pour
mineurs de couvert forestier. l’exportation. Le changement climatique entraî-
• La désertification menace les régions arides, qui nera probablement un déclin majeur des stocks
hébergent environ un tiers de la population mon- halieutiques dans les îles du Pacifique, alors qu’il
diale. Certaines sont particulièrement vulné- sera bénéfique dans certaines zones du nord, par
rables, notamment l’Afrique subsaharienne dont exemple autour de l’Alaska, du Groenland, de la
les zones arides extrêmement fragiles possèdent Norvège et de la Russie.
une faible capacité d’adaptation. Du fait que les femmes des pays pauvres dépendent
Dans les décennies à venir, les facteurs environ- plus que les hommes de l’agriculture de subsistance et
nementaux défavorables devraient accroître le prix de la collecte de l’eau, elles sont davantage exposées
des denrées alimentaires de 30 à 50 % en termes réels aux conséquences négatives de la dégradation de l’en-
et augmenter l’instabilité des prix, avec de lourdes vironnement. De même, nombre de populations indi-
répercussions sur les ménages pauvres. Les plus grands gènes dépendent fortement des ressources naturelles.
risques menacent les 1,3 milliard de personnes vivant Elles vivent dans des écosystèmes particulièrement
de l’agriculture, de la pêche, de la sylviculture, de la vulnérables aux effets du changement climatique, par
chasse et de la cueillette. La charge de la dégradation exemple les petits États insulaires en développement,
de l’environnement et du changement climatique sera les régions arctiques et les zones de haute altitude. Il
vraisemblablement répartie de manière inégale sur les est évident que les pratiques traditionnelles pourraient
populations pour les raisons suivantes. protéger les ressources naturelles, mais elles sont sou-
• Les revenus de nombreuses populations rurales vent oubliées ou négligées.
pauvres dépendent dans une très large mesure
VUE D’ENSEMBLE 7
la population souffrant de privations environnemen- Nous analysons plus en détail ce schéma en étu-
tales augmente avec l’IPM, mais cette tendance affiche diant la relation entre l’IPM et les contraintes dues
des variations notables. Le tableau 2 liste les dix pays au changement climatique. Pour 130 régions admi-
connaissant le moins de privations environnementales nistratives réparties dans 15 pays, nous comparons
au sein de leur population multidimensionnellement chaque IPM avec l’évolution des précipitations et des
pauvre, en contrôlant leur IPM (colonne de gauche). températures de la zone concernée Dans l’ensemble,
Les pays ayant la plus faible part de population pauvre les régions les plus pauvres semblent avoir eu un cli-
soumise au moins à une privation sont principalement mat plus chaud, mais pas plus humide ni plus sec – un
situés dans les États arabes, l’Amérique latine et les constat logique si l’on examine les effets de change-
Caraïbes (7 pays sur 10). ment climatique sur la pauvreté de revenu.
Parmi les pays ayant le moins de population mul-
tidimensionnellement pauvre soumise aux trois pri- Menaces environnementales
vations environnementales, les plus performants sont sur des aspects spécifiques du
concentrés en Asie du Sud (5 sur 10, voir tableau 2, développement humain
colonne de droite). Plusieurs pays de cette région ont La dégradation de l’environnement altère les capaci-
réduit certaines privations, notamment en ce qui tés des populations de nombreuses façons. Au-delà
concerne l’accès à l’eau salubre, même si les autres des revenus et des moyens d’existence, elle exerce un
restent graves. Les cinq mêmes pays se trouvent en tête impact sur la santé, l’éducation et d’autres facteurs de
des deux listes, non seulement parce que leur pauvreté bien-être.
environnementale est relativement faible, mais aussi
parce qu’elle est moins intense. Carences environnementales et santé : des
Le niveau de ces indicateurs ne permet pas tou- privations qui se chevauchent
jours d’identifier les dommages et les risques environ- La charge de morbidité liée à la pollution de l’air inté-
nementaux plus vastes, par exemple en termes d’expo- rieur et extérieur, à l’eau polluée et à un assainissement
sition aux inondations. Parallèlement, les populations non amélioré touche plus sévèrement les populations
pauvres – davantage soumises aux menaces environne- des pays pauvres, notamment les groupes démunis. La
mentales directes – sont aussi plus exposées à la dégra- pollution de l’air intérieur provoque 11 fois plus de
dation de l’environnement au sens large. décès dans les pays à IDH faible qu’ailleurs. Dans les
pays à IDH faible, moyen et élevé, les groupes défavo-
FIGURE 7
risés sont davantage menacés par la pollution de l’air
Les décès attribuables aux risques environnementaux sont
associés à des valeurs élevées de l’IPM extérieur, à la fois parce qu’ils y sont plus exposés et
plus vulnérables. Dans les pays à IDH faible, plus de 6
Indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM)
personnes sur 10 n’ont pas d’accès direct à une eau de
0,7
qualité et 4 sur 10 ne disposent pas de toilettes, cette
• NIGER
0,6 situation contribuant simultanément à l’apparition de
ÉTHIOPIE
• • MALI maladies et à la malnutrition. Le changement clima-
MOZAMBIQUE • • • SOMALIE
0,5 • • • tique menace d’aggraver ces disparités en raison de la
LIBERIA • ANGOLA
COMORES • •SIERRA LEONE diffusion de maladies tropicales, comme la malaria et
0,4 • • • RWANDA
• la dengue, ainsi que de la diminution des récoltes.
• ••
••• ••
• TCHAD
••
0,3
• La base de données sur la charge mondiale de mor-
• • •• • •
• • • CAMEROUN bidité de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS)
• •
0,2
•
• fournit des résultats édifiants quant à la répercussion
• •
•••
• • • •• GHANA•• des facteurs environnementaux, révélant par exemple
0,1 •
• •• • • TADJIKISTAN
que l’eau insalubre et les carences d’assainissement
• ••
CHINE •• •
et d’hygiène font partie des dix premières causes de
0 •••••••••••••• • ••
0 1.000 2.000 3.000 4.000 5.000 maladies à travers le monde. Chaque année, les patho-
Décès dus à des facteurs environnementaux, en millions de personnes logies associées à l’environnement – dont les affections
respiratoires aiguës et les diarrhées – tuent au moins 3
Remarque : Les pays à IDH très élevé ne sont pas inclus. Les années d’enquête varient en fonction des pays ; cf. tableau
statistique 5 dans le Rapport complet pour plus de détails.
millions d’enfants âgés de moins de cinq ans, c’est-à-
Source : A. Prüss-Üstün, R. Bos, F. Gore, et J. Bartram, 2008, Safer Water, Better Health: Costs, Benefits and Sustainability of dire plus que les populations totales du même âge de
Interventions to Protect and Promote Health, Genève: Organisation mondiale de la Santé.
VUE D’ENSEMBLE 9
de l’école. Plus généralement, plusieurs facteurs condi- mais aussi la nature – et l’ampleur – de cette partici-
tionnent l’exposition des ménages aux chocs et leur pation. De plus, du fait que les femmes se montrent
capacité à y faire face : nature du choc, statut socioé- souvent plus concernées par l’environnement que les
conomique, capital social et soutiens informels, équité hommes, soutiennent les politiques environnemen-
et efficacité des efforts de secours et de reconstruction. tales et votent pour les leaders écologistes, leur enga-
gement supérieur dans la politique et dans les organi-
Autonomisation – choix en matière sations non gouvernementales pourrait être bénéfique
de reproduction et déséquilibres à l’environnement, avec des effets démultiplicateurs
politiques sur les Objectifs du Millénaire pour le développement.
On estime que
Les mutations en matière de rôles sexospécifiques et
la résolution des Ces arguments ne sont pas nouveaux, mais ils réaf-
l’autonomisation ont permis à certains pays et groupes
carences en matière de firment l’importance d’étendre les libertés effectives
d’améliorer la durabilité environnementale et l’équité,
des femmes. Leur participation aux prises de décisions
planification familiale faisant ainsi progresser le développement humain.
possède à la fois une valeur intrinsèque et un intérêt
avant 2050 abaisserait
concret en faveur de l’équité et de l’environnement.
les émissions mondiales Égalité des sexes
de carbone de 17 % par Notre Indice d’inégalité de genre (IIG) – mis à jour
Inégalités de pouvoir
rapport à aujourd’hui cette année pour 145 pays – montre les répercussions
des problèmes de santé reproductive sur l’inégalité Ainsi que l’exposait le RDH 2010, l’autonomisa-
entre les sexes. Cette donnée est importante car, dans tion revêt de nombreux aspects, dont la démocra-
les pays ayant généralisé un contrôle efficace des nais- tie formelle et procédurale au niveau national et les
sances, la diminution de la natalité permet d’améliorer processus participatifs au niveau local. Il a été prouvé
la santé de la mère et des enfants, tout en réduisant les que l’autonomisation politique, au niveau national et
gaz à effet de serre. Ainsi, à Cuba, en Mauritanie, en international, améliorait la durabilité environnemen-
Thaïlande et en Tunisie, où les soins de santé reproduc- tale. Le contexte est important : des études montrent
tive et la contraception sont facilement accessibles, le que les démocraties sont habituellement plus respon-
taux de fécondité est inférieur à deux naissances par sabilisées envers les électeurs et plus enclines à soutenir
femme. Des besoins non satisfaits substantiels per- les libertés civiles. Cependant, partout dans le monde
sistent cependant dans le monde entier. Les exemples et même dans les systèmes démocratiques, la difficulté
indiquent que si toutes les femmes pouvaient faire majeure réside dans le fait que les personnes les plus
leur choix en matière de reproduction, la population affectées par la dégradation de l’environnement sont
augmenterait assez lentement pour ramener les émis- souvent les plus défavorisées et les moins autonomes,
sions de gaz à effet de serre sous leur niveau actuel. les priorités politiques ne reflétant donc pas leurs inté-
On estime que la résolution des carences en matière rêts ni leurs besoins.
de planification familiale avant 2050 abaisserait les Des indices de plus en plus clairs montrent que les
émissions mondiales de carbone de 17 % par rapport
inégalités de pouvoir, véhiculées par les institutions
à aujourd’hui.
politiques, affectent les résultats environnementaux
L’IIG couvre également la participation des
dans des pays et des contextes divers. Cela signifie que
femmes aux prises de décisions politiques. Il met en
les populations pauvres et les autres groupes désavan-
évidence leur retard sur les hommes dans le monde
tagés subissent davantage les effets de la dégradation
entier, particulièrement en Afrique subsaharienne, en
de l’environnement. Couvrant quelque 100 pays, les
Asie du Sud et dans les États arabes. Ce déséquilibre a
d’importantes implications en termes de durabilité et nouvelles analyses de ce RDH confirment qu’une
d’équité. Parce que les femmes portent habituellement égalité accrue dans la distribution du pouvoir au
la charge la plus lourde de la collecte des ressources et sens large est associée à de meilleurs résultats envi-
qu’elles sont davantage exposées à la pollution de ronnementaux, dont un meilleur accès à l’eau, une
l’air intérieur, elles sont souvent plus affectées que dégradation moindre des sols et un abaissement de la
les hommes par les décisions touchant aux ressources mortalité due à la pollution de l’air extérieur et à l’eau
naturelles. Des études récentes ont révélé non seule- insalubre. Cela laisse envisager un spectre important
ment l’importance de la participation des femmes, de synergies positives.
VUE D’ENSEMBLE 11
et adaptatives ainsi qu’à des systèmes de protection limitent généralement aux revenus des populations.
sociale innovants. L’intervention en cas de catastrophe L’importance de l’équité et de l’inclusivité est déjà
inclut notamment une cartographie communautaire explicite dans les objectifs des politiques économiques
des risques et une distribution plus progressive des « vertes ». Nous proposons d’aller plus loin à cet égard.
biens reconstruits. L’expérience a conduit à une évo- Plusieurs principes clés pourraient permettre d’intégrer
lution vers des modèles décentralisés de réduction des plus largement la question de l’équité à l’élaboration
risques. Ces initiatives peuvent autonomiser les com- des politiques, grâce à l’engagement des parties pre-
munautés locales – particulièrement les femmes – en nantes dans des analyses qui prendraient en compte :
augmentant la participation à l’élaboration et à la prise • les dimensions du bien-être non liées aux revenus,
L’importance de l’équité
de décisions. Les communautés peuvent se recons- par le biais d’outils tels que l’IPM ;
et de l’inclusivité est truire de manière à gommer les inégalités existantes. • les effets directs et indirects des politiques ;
déjà explicite dans les • les mécanismes de compensation en faveur des
objectifs des politiques Repenser notre modèle populations affectées négativement ;
économiques « vertes ». de développement – les • les risques de phénomènes climatiques extrêmes
Nous proposons d’aller leviers du changement qui, même improbables, pourraient provoquer des
plus loin à cet égard catastrophes.
Les fortes disparités entre les populations, les groupes Une analyse précoce des effets distributifs et environ-
et les pays s’ajoutent aux menaces environnementales nementaux des politiques s’avère essentielle.
croissantes, posant d’immenses défis politiques. Il
existe cependant une raison d’être optimiste : à de Un environnement propre et sain constitue
nombreux égards, la situation actuelle nous incite plus un droit, pas un privilège
que jamais à progresser, donnant lieu à des politiques Il peut s’avérer efficace d’intégrer les droits environ-
et à des initiatives innovantes dans certaines régions nementaux aux constitutions et aux législations natio-
du monde. L’approfondissement du débat génère des nales, ne serait-ce que pour habiliter les citoyens à les
réflexions audacieuses, en particulier au soir de la protéger. Au moins 120 pays possèdent une constitu-
conférence des Nations unies sur le développement tion comportant des normes environnementales. De
durable (Rio + 20) et à l’aube de l’ère post-2015. Ce nombreux autres pays n’ont pas institué de droits envi-
Rapport postule une nouvelle vision pour promouvoir ronnementaux explicites, mais interprètent les disposi-
le développement humain à travers le prisme de la dura- tions générales de leur constitution de façon à inclure
bilité et de l’équité. Au niveau local et national, nous la jouissance d’un environnement sain dans les droits
soulignons la nécessité de porter l’équité au premier individuels fondamentaux.
plan de l’élaboration des programmes et des politiques, La reconnaissance constitutionnelle de l’égalité
et d’exploiter les effets multiplicateurs potentiels d’une d’accès à un environnement sain favorise l’équité,
autonomisation accrue dans les sphères législatives et l’exercice de ce droit n’étant plus limité à ceux qui
politiques. Au niveau mondial, nous mettons en évi- peuvent se le permettre. L’intégration de ce droit au
dence le besoin d’allouer davantage de moyens à la lutte cadre légal peut influencer les priorités du gouverne-
contre les menaces environnementales et d’accroître ment et l’affectation des ressources.
l’équité et la représentation des pays et des groupes Parallèlement à la reconnaissance de l’égalité d’ac-
défavorisés dans l’accès aux financements. cès à un environnement sain et correctement géré, il
est nécessaire de disposer d’institutions porteuses,
Intégration des questions d’équité dans les alliées à un dispositif judiciaire juste et indépendant,
politiques économiques « vertes » et au droit à être informé par les gouvernements et
Un thème majeur de ce Rapport réside dans la néces- les entreprises. De fait, la communauté internatio-
sité d’intégrer pleinement les questions d’équité nale reconnaît de plus en plus le droit à l’information
dans les politiques relatives à l’environnement. Les environnementale.
méthodes classiques d’évaluation des politiques envi-
ronnementales échouent. Elles permettent par exem- Participation et responsabilisation
ple de calculer les impacts des émissions futures, mais Les libertés d’action se trouvent au centre du dévelop-
escamotent souvent l’aspect distributif. Même quand pement humain. Comme indiqué dans le RDH de
elles étudient les effets sur différents groupes, elles se l’année dernière, elles possèdent une valeur à la fois
VUE D’ENSEMBLE 13
FIGURE 8
1.500
Estimation
haute des
besoins
1.000
50
500
40
Estimation
30
basse des
besoins
20
Engagements
en faveur
de l’APD
10
Décaissements
50 en faveur
APD de l’APD
0 0
Évolution Énergie à faible Eau et Évolution Énergie à faible Eau et
climatique intensité assainissement climatique intensité assainissement
2010–2030 de carbone d'ici 2015 de carbone
2010–2035
Source : Agence internationale de l’énergie, 2010, World Energy Outlook, Paris : Organisation de coopération et de développement économiques ; ONU-Eau,
2010, Global Annual Assessment of Sanitation and Drinking-Water: Targeting Resources for Better Results, Genève : Organisation mondiale de la Santé
; Départment des affaires économiques et sociales des Nations Unies, 2010, Promoting Development, Saving the Planet, New York: Nations Unies ; et
Base de données de l’OCDE sur les activités d’aide : SNPC en ligne.
standardisée, la mise en place de la taxe apparaît sous milliards de dollars par an. À l’échelle requise, il existe
un nouveau jour. Elle remporte une forte adhésion, y peu d’autres moyens de satisfaire les nouveaux besoins
compris auprès du Groupe pilote sur les financements de financements exposés dans les débats internationaux.
innovants pour le développement, comprenant 63 Une taxe plus large sur les transactions financières
pays parmi lesquels la Chine, la France, l’Allemagne, pourrait aussi dégager des recettes considérables. La
le Japon et le Royaume-Uni. Aux Nations Unies, le plupart des pays du G20 ont déjà adopté une taxe sur
Groupe consultatif de haut niveau sur le financement les transactions financières et le Fonds monétaire inter-
de la lutte contre le changement climatique a récem- national (FMI) a confirmé la faisabilité administrative
ment proposé que 25 à 30 % des produits d’une telle d’une taxe plus large. Avec un taux de prélèvement de
taxe soit affectés à l’adaptation au changement cli- 0,05% sur les transactions financières nationales et
matique et à son atténuation dans les pays en voie de internationales, cette taxe pourrait rapporter entre 600
développement. et 700 milliards de dollars.
Nos analyses mises à jour montrent qu’une taxe sur Une autre solution qui a retenu l’attention consis-
les opérations de change très faible (0,005%) pourrait terait à monétiser l’excédent de droits de tirage spéciaux
rapporter sans aucun surcoût administratif environ 40 (DTS) du FMI. Le gain pourrait atteindre 75 milliards
VUE D’ENSEMBLE 15
Classement selon l’IDH 2011 et évolution 2010–2011
REMARQUE :
Les flèches indiquent la variation du classement du pays pour la période 2010–2011, selon une méthodologie et des données cohérentes ; un blanc indique un classement inchangé.
NOTES
L’intégralité des notes et des sources relatives aux données de ce tableau figure dans l’annexe statis- ceux dont l’IDH se situe entre 51 et 75 % relèvent de la catégorie « élevé » , ceux dont l’IDH se situe
tique du rapport complet. Le classement des pays est fonction du quartile de l’IDH auquel ils appartien- entre 26 et 50 % relèvent du groupe « moyen » et ceux dont l’IDH se trouve dans le quartile inférieur
nent. Les pays dont l’IDH se trouve dans le quartile supérieur relèvent de la catégorie « très élévé », relèvent du groupe « faible ». Les rapports antérieurs utilisaient des seuils absolus et non relatifs.