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Analyse juridique d'un accident canin

M. Reuter, propriétaire d'un chien nommé Butch, est confronté à une série d'incidents où Butch mord un enfant, tandis que l'employée de maison, Mme Girone, utilise une batte pour frapper le chien et cause des blessures à d'autres personnes. La responsabilité de Mme Girone est engagée pour l'usage de la batte, tandis que M. Reuter est responsable des dommages causés par son chien, indépendamment de son caractère inapprivoisable. Les deux régimes de responsabilité, celui des choses sous garde et celui des propriétaires d'animaux, s'appliquent dans cette situation complexe.

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Analyse juridique d'un accident canin

M. Reuter, propriétaire d'un chien nommé Butch, est confronté à une série d'incidents où Butch mord un enfant, tandis que l'employée de maison, Mme Girone, utilise une batte pour frapper le chien et cause des blessures à d'autres personnes. La responsabilité de Mme Girone est engagée pour l'usage de la batte, tandis que M. Reuter est responsable des dommages causés par son chien, indépendamment de son caractère inapprivoisable. Les deux régimes de responsabilité, celui des choses sous garde et celui des propriétaires d'animaux, s'appliquent dans cette situation complexe.

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exercice : le Cas pratique

M. Reuter est un amoureux des bêtes. Dix chats et trois chiens


cohabitent depuis près de cinq ans à son domicile, une très belle
demeure dans la région aixoise. Un quatrième chien, « Butch », grand,
fort et connu pour son caractère inapprivoisable, s’est ajouté à cette
grande famille, il y a deux jours, après une nième visite de M. Reuter à
la SPA. Justement, Butch n’est pas du genre calme et posé. Seulement
deux jours après son arrivée, le chien a pu profiter d’un moment
d’inattention de son maître pour s’enfuir chez le voisin où jouent au
ballon deux enfants, Martin, le fils de M. Reuter, et Nicolas, le fils de
M. André, propriétaire de la maison. Butch est surexcité. Attiré par les
enfants qui s’amusent, le chien se précipite sur Nicolas, le fait tomber
et le mord gravement à la joue. Alertée par Martin, Mme Girone,
employée pour le ménage par la famille, sort en furie de la maison
avec une batte de base-ball et frappe plusieurs fois le chien. Alerté
également, M. Reuter a eu le temps d’arriver sur les lieux. Madame
Girone est hors d’elle et, dans un instant de folie, s’en prend alors au
voisin, le fait tomber en le frappant fortement au genou avec la batte
et, souhaitant le frapper à nouveau, blesse involontairement Martin,
dans son dos, venu désespérément secourir son père. Pendant ce
temps, le chien s’est relevé et mord au genou Madame Girone. La
situation reviendra à son calme après l’arrivée de M. André, de la
police et des pompiers.
M. André est bouleversé par le drame qui vient de se produire. Son
fils, son voisin, le fils de son voisin et son employée de maison sont à
l’hôpital. Le chien de son voisin est chez le vétérinaire. Il vient vous
consulter pour avoir une analyse juridique de la situation. Corrigé
Analyser juridiquement la situation revient à déterminer qui est
responsable de quoi et pour quelles raisons. En l’espèce, Nicolas subit
un dommage du fait du chien. Le chien de M. Reuter est blessé par
l’usage de la batte par M. André. M. Reuter subit un dommage par
l’usage de la batte par Madame Girone. Martin est blessé par l’usage de
la batte par Madame Girone. Madame Girone est blessée par le chien
de M. Reuter.
Finalement, en dépit de la complexité de la situation, les données sont
en réalité simples. Les préjudices occasionnés ont tous pour cause le
fait d’une chose : l’usage de la batte par Madame Girone (1) et le chien
de M. Reuter (2). Deux régimes de responsabilité seront ici mis en
œuvre pour apprécier les responsabilités de chacun : le régime général
de la responsabilité du fait des choses que l’on a sous sa garde et le
régime spécial de responsabilité des propriétaires d’animaux.

§I. La responsabilité de Madame Girone du fait de


l’usage de la batte

Aux termes de l’article 1384 al. 1 C. civ., on est responsable du


dommage que l’on cause du fait d’une chose que l’on a sous sa garde. Il
n’est pas nécessaire de prouver l’existence d’une faute dans l’usage de
la chose mais uniquement que l’usage de cette chose a causé à autrui
un dommage. En l’espèce, l’usage de la batte par Madame Girone a
causé plusieurs dommages : les blessures du chien, celles de M. Reuter
et celles de Martin. Celle-ci devrait être tenue pour responsable.
Madame Girone peut-elle se défendre en prétextant ne pas être la
propriétaire de la batte de base-ball mais son seul usager ? Non. La
garde n’est pas une notion juridique mais de pur fait. Le responsable est
donc bien l’usager de la chose et non le propriétaire juridique de la
chose.
Madame Girone peut-elle alors prétendre qu’en raison de sa situation
d’employée de maison, elle ne peut être tenue pour responsable ?
Peutelle arguer que seul M. André, son employeur, est responsable des
dommages causés ? La défense est prévisible. En effet, la responsabilité
du fait des choses suppose que le gardien de la chose ait suffisamment
d’indépendance pour pouvoir être tenu pour responsable et le fait
d’être salarié exclut généralement la qualification de responsable du
fait des choses. Mais cette défense n’est admissible que pour autant
que le salarié a agi dans le cadre de ses fonctions. Or, il s’avère que
l’objet de l’emploi de Madame Girone consistait à effectuer le ménage.
En utilisant la batte de base-ball, elle s’est placée en dehors du strict
cadre de ses fonctions.
Elle doit a priori répondre des dommages causés du fait de la batte dont
elle a fait usage.
Tout au plus, Madame Girone pourra se défendre partiellement, en
justifiant, ses atteintes contre le chien sur la base de la légitime
défense.

§II. La responsabilité de M. Reuter du fait du chien


L’article 1385 C. civ. énonce que « le propriétaire d’un animal ou celui
qui s’en sert, pendant qu’il est à son usage, est responsable du
dommage que l’animal a causé, soit que l’animal fût sous sa garde, soit
qu’il fût égaré ou échappé ».
Sur la base de ce texte, tout propriétaire d’animal est tenu de réparer
les dommages causés par son animal à autrui. Le fait que l’animal ait
causé un dommage alors qu’il s’était échappé est indifférent car le
propriétaire est tenu de surveiller l’animal dont il a la garde.
En l’espèce, le chien a, d’une part, mordu le petit Nicolas, puis le genou
de Madame Girone. M. Reuter est alors responsable de plein droit.
M. Reuter, pourra-t-il se défendre sur la base du caractère «
inapprivoisable » du chien ? Peut-il échapper à sa responsabilité car son
chien est inapprivoisable ? Il est vrai que la responsabilité du fait des
animaux ne joue qu’à condition d’être en présence d’un animal
domestiqué et non sauvage. Toutefois, il s’agit en l’occurrence d’un
chien qui, par nature, est domesticable. La responsabilité de M. Reuter
demeure entière.

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