Mathématiques pour l'informatique I
Mathématiques pour l'informatique I
X21M080, 2022
Version 0.9
M. Borer
2022-12-05
ii
Le titre de ce cours peut se comprendre de deux façons. D’un coté il y a des mathématiques pour
comprendre les machines informatique : logique, théorie des langages, théorie des automates, de la
complexité et ainsi de suite.
De l’autre coté il y les mathématiques qui servent à résoudre des problèmes pratiques à l’aide
de l’informatique : la géométrie (graphisme, optimisation), probabilités et statistiques, équations
différentielles (simulation), théorie des nombres (codes et cryptographie).
Dans le cadre du travail professionnel, des connaissances de base en statistiques et en géométrie
sont indispensables déjà pour pouvoir s’entretenir avec un spécialiste d’un domaine à l’intérieur d’une
équipe.
2 Fonctions élémentaires 17
2.1 Polynômes, fonctions rationnelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.2 Interpolation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
2.3 Fonctions exponentielles et logarithmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
2.4 Fonctions circulaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3 Calcul différentiel 37
3.1 Rappel : convergence d’une suite numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
3.2 Fonction continue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
3.3 Dérivée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
3.4 Recherche d’extréma . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
5 Plusieurs variables 83
5.1 Fonctions à plusieurs variables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
5.2 Suites en dimension d . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
5.3 Mesurer une distance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
5.4 Fonctions continues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
5.5 Éléments de topologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
5.6 Dérivées partielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
5.7 Différentielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
iii
iv TABLE DES MATIÈRES
A Formulaire 107
A.1 Les lettres grecs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
A.2 Formule du binôme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
A.3 Exponentielles et logarithmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
A.4 Relations trigonométriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
A.5 Dérivées élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
Index 115
Chapitre 1
Les mathématiciens ont toujours utilisé la notion d’ensemble ; déjà les anciens grecs définissaient
un cercle comme l’ensemble des points ayant une distance fixe à un point donné. Mais seulement à
la fin du 19e siècle le mathématicien Georg Cantor à créé une théorie rigoureuse. Il disait :
Par un ensemble nous entendons toute collection d’objets distincts prise comme un tout.
Ceci n’est pas une définition très précise, mais ceci veut certainement dire qu’un ensemble a des
membres, x ∈ A, et qu’il est complètement déterminé par ces membres :
A = B signifie : x ∈ A si et seulement si x ∈ B .
1
2 CHAPITRE 1. ENSEMBLES, FONCTIONS, RELATIONS
L’ensemble vide Il y a l’ensemble qui ne contient aucun élément, noté par ∅. On rencontre aussi
la notation {} pour ∅. La phrase x ∈ ∅ est fausse quel que soit x. On a ∅ ⊂ A quel que soit l’ensemble
A. Par exemple, ∅ ∈ ∅ est faux et ∅ ⊂ ∅ est vrai.
La vérité de ∅ ⊂ A peut paraître étonnante au premier abord. En langage naturel, les phrases
de la forme «Si P alors Q» ont dès fois une valeur de vérité qui dépend du sens des termes et
pas seulement des valeurs de «P» et «Q». Mais en mathématiques une telle phrase est fausse si et
seulement si l’hypothèse «P» est vraie et la conclusion «Q» est fausse. L’implication P ⇒ Q est
équivalente à ¬P ∨ Q. En particulier si l’hypothèse est fausse, la phrase est vraie indépendamment
de la valeur de vérité de la conclusion. Donc, la phrase «Si x ∈ ∅ alors x ∈ A» est toujours vraie quel
que soit x, parce que l’antécédent x ∈ ∅ est toujours faux.
Extension À partir d’une liste finie d’objets a1 , . . . , an on peut construire l’ensemble qui contient
exactement ces objets ; cet ensemble est noté par {a1 , . . . , an }, la liste est entourée par des accolades.
On peut donc dire que
x ∈ {a1 , . . . , an } si et seulement s’il y a un indice i tel que x = ai .
L’ensemble ainsi construit ne dépend pas de l’ordre de la liste. Par exemple
x ∈ {a, b, c} si et seulement si x = a ∨ x = b ∨ x = c .
Quand un ensemble est donné par la liste de ses éléments on dit qu’il est donné par extension.
Compréhension À partir d’un ensemble A et d’une propriété P (x) portant sur les éléments
de A on construit l’ensemble des éléments de A possédant cette propriété. Cet ensemble est noté
par {x ∈ A | P (x)}. On peut donc dire que
a ∈ {x ∈ A | P (x)} si et seulement si a ∈ A et P (a) .
Par exemple {x ∈ R | 0 ≤ x ≤ 1} désigne l’ensemble des nombres réels supérieurs à 0 et inférieurs à 1.
Dans ce cas A = R et la propriété P (x) est «x ≤ 1 et x ≥ 0».
La lettre x dans cette construction est une variable muette. On peut choisir tout autre nom
(tant qu’il n’y a pas de capture de variable). La propriété P qui sélectionne des éléments peut avoir
elle-même des paramètres. Par exemple {x ∈ R | x > y} désigne pour chaque y ∈ R l’ensemble des
nombres réels strictement supérieurs à y.
S
Union À partir d’un ensemble A on construit la réunion S A qui est l’ensemble des éléments qui
appartiennent à un élément de A. Autrement dit, x ∈ S A si et seulement s’il y a un élément y ∈ A
tel que x ∈ y. Par exemple, si A = {B, C} on a x ∈ A si x ∈ B ou x ∈ C. On note alors cette
réunion plutôt par B ∪ C. Plus généralement, si A est donné en extension, A = {A1 , A2 , . . . , An }, on
note la réunion par
[ [n
A = A1 ∪ A2 ∪ . . . ∪ An = Ai .
i=1
Remarque 1.1.1. Les diagrammes de Venn peuvent aider à repérer les relations d’inclusion dans
des petits groupes d’ensembles ; voir figure 1.1. Mais leur utilité reste très limitée.
1.1. ENSEMBLE, ÉLÉMENT, INCLUSION, PARTIE 3
A A B
E E
A B A B
C C
E E
Ensemble des parties Étant donné un ensemble A on construit l’ensemble des parties de A, noté
par P(A). On peut donc dire que
x ∈ P(A) si et seulement si x ⊂ A .
On a toujours ∅ ∈ P(A) et A ∈ P(A) quel que soit A. Par exemple, on a P(∅) = {∅}. Pour un
ensemble qui contient exactement un élément, A = {a}, on a P(A) = {∅, A}. Si B = {a, b} contient
deux éléments, on a P(B) = {∅, {a}, {b}, B}.
On obtient comme combinaisons simples de ces constructeurs de base les constructions habituelles
que voici :
S
— A ∪ B = {A, B} ;
— A ∩ B = {x ∈ A ∪ B | x ∈ A et x ∈ B}, l’intersection ;
— A \ B = {x ∈ A | x ̸∈ B}, la différence ;
— A∆B = (A \ B) ∪ (B \ A), la différence symétrique ;
— Pour une partie A ⊂ E d’un ensemble E le complément de A dans E est
Ā = E \ A = {x ∈ E | x ̸∈ A} .
Ici la notation du complément omet l’ensemble environnant. On écrit plus explicitement ĀE
ou ∁E A s’il faut eviter toute ambiguïté de notation.
Deux ensembles A, B sont disjoints si A∩B = ∅, c’est-à-dire s’ils n’ont pas d’élément en commun.
Voici les règles de calcul les plus simples permettant de transformer des expressions construites
avec ces opérations :
— Règle de DeMorgan : A ∪ B = Ā ∩ B̄ et A ∩ B = Ā ∪ B̄ ;
— Règle de distributivité : L’union et intersection sont des opérations mutuellement distributives,
A ∩ (B ∪ C) = (A ∩ B) ∪ (A ∩ C) et A ∪ (B ∩ C) = (A ∪ B) ∩ (A ∪ C)
Exemple 1.1.2. Pour montrer comment utiliser le formalisme de base, on démontre une des équa-
tions de distributivité. Il faut justifier les deux inclusions suivantes :
A ∪ (B ∩ C) ⊂ (A ∪ B) ∩ (A ∪ C)
(A ∪ B) ∩ (A ∪ C) ⊂ A ∪ (B ∩ C) .
A B A B
C C
E E
A B A B
C C
E E
Exemple 1.1.3. Soient A, B deux ensembles. Toute partie de A est aussi une partie de l’union A∪B ;
autrement dit P(A) ⊂ P(A ∪ B).
Par suite, la réunion P(A) ∪ P(B) est contenue dans P(A ∪ B). Mais ces deux ensembles sont
différents en général : une partie de A ∪ B qui n’est pas complètement contenue ni dans A ni dans B
n’appartient pas à P(A) ∪ P(B).
Par contre l’égalité P(A ∩ B) = P(A) ∩ P(B) est toujours vraie : X ⊂ A ∩ B est équivalent à la
conjonction de X ⊂ A et de X ⊂ B.
Démonstration. Il faut appliquer les règles pour la construction par extension : On a x ∈ {a} si et
seulement si x = a. Quand {x} = {a, b} alors x = a = b, et ainsi de suite.
Supposons d’abord que x = y. Dans ce cas (x, y) = {{x}} et donc {{a}, {a, b}} = {{x}} implique
{a} = {x}, c’est-à-dire a = x. Mais on a aussi {a, b} = {x}, donc b = x et finalement x = y = a = b.
Le cas a = b se ramène au précédent en échangeant les rôles.
Supposons maintenant x ̸= y et a ̸= b. Alors {{a}, {a, b}} = {{x}, {x, y}} implique {x} = {a} ou
{x} = {a, b}. Mais le deuxième cas est exclu, parce qu’il nous mènerait à a = b. Par suite, x = a tel
que l’hypothèse devient {a, y} = {a, b}. Ceci implique y = a ou y = b. Mais la première égalité à été
exclue tel que finalement y = b.
A × B = {(a, b) | a ∈ A , b ∈ B}
= {u ∈ P(P(A ∪ B)) | il existe a ∈ A, b ∈ B tel que u = {{a}, {a, b}}} .
De cette façon le produit cartésien est dérivable des notions plus primitives d’extension, de compré-
hension et de l’ensemble des parties.
L’essentiel est l’existence d’un ensemble A × B tel que l’on peut dire
A×F
B E×B A×B
A E
Remarque 1.2.2. Pour aider à s’orienter dans une situation de produit cartésien, il peut être utile
de dessiner un diagramme comme dans le figure 1.3. Les deux facteurs E et F du produit E × F
sont dessinés comme intervalles et le produit est représenté par les points à l’intérieur du rectangle.
Les deux parties A ⊂ E et B ⊂ F sont marquées avec des traits plus gras. La figure illustre le fait
que (x, y) ∈ A × B si et seulement si x ∈ A et y ∈ B, c’est-à-dire si (x, y) ∈ A × F et (x, y) ∈ E × B.
6 CHAPITRE 1. ENSEMBLES, FONCTIONS, RELATIONS
Remarque 1.2.3. Un couple a une première et une deuxième composante. Il faut distinguer le
couple (a, b) formé par a, b de l’ensemble {a, b} qui contient ces deux éléments. Par exemple si a ̸= b,
on a {a, b} = {b, a} mais (a, b) ̸= (b, a).
1 2 3
4 5
On pourrait visualiser les éléments de A × B comme des flèches partant de A et aboutissant dans
B. En particulier quand A = B, une partie E ⊂ A × A est un graphe orienté. Par exemple pour
A = {1, 2, 3, 4, 5} et
E = {(1, 1), (1, 2), (2, 1), (2, 3), (3, 3), (4, 1), (5, 2)} ⊂ A × A
1.3 Fonction
Intuitivement, une application f d’un ensemble E vers un ensemble F est un procédé associant
x+2
à tout élément x de E un élément f (x) de F . Par exemple, l’expression f (x) = x−1 donne lieu à
une application en évaluant la fraction pour les nombres x ∈ R qui n’annulent pas le dénominateur.
Ainsi f est une application de l’ensemble E = R \ {1} dans F = R. La même fraction définit aussi
une application sur toute partie de R \ {1}.
La notion intuitive de «procédure» est trop vague ou trop compliquée pour entrer dans le cadre de
la théorie des ensembles. La bonne définition du concept d’application écarte l’aspect algorithmique.
Exemple 1.3.1. Si l’ensemble E est fini, E = {e1 , . . . , en }, une fonction f : E → F est spécifiée
par la liste des couples (ei , f (ei )) pour i = 1, . . . , n. Pour chaque élément e ∈ E il y a exactement un
couple (e, f (e)) ∈ E × F . Ce point de vue mène à la définition suivante.
Définition 1.3.2. Une application de l’ensemble E dans l’ensemble F est une partie f ⊂ E × F
du produit cartésien telle que pour tout x ∈ E il existe un unique y ∈ F tel que le couple (x, y)
appartient à f .
Autrement dit, on identifie une application (fonction) avec son graphe 2 . La figure 1.5 illustre la
définition par des contre-exemples. Dans le premier dessin, on voit un point x ∈ E pour lequel il y a
trois éléments de F , y1 , y2 , y3 , tels que (x, y1 ), (x, y2 ), (x, y3 ) appartiennent à f . L’ensemble f n’est
donc pas une fonction. Dans le deuxième dessin, on voit un point x ∈ E pour lequel il n’y a pas de
point y ∈ F tel que (x, y) ∈ g.
La figure 1.6 montre une relation représentée avec des arcs entre des éléments de deux ensembles.
Cette relation n’est pas une fonction parce dans E il y a un élément qui est en relation avec deux
éléments différents de F .
2. En informatique un graphe est une structure faite de sommets connectés par des arêtes. En mathématiques on
désigne par ce terme aussi le tracé des valeurs d’une fonction dans un diagramme cartésien.
1.3. FONCTION 7
F F
(x, y1 )
y1
y2
(x, y2 )
f
g
(x, y3 )
x E x E
Figure 1.5 – Deux illustrations de parties f ⊂ E × F qui ne sont pas des fonctions.
E F
g
Exemple 1.3.3. Par exemple, l’application qui associe à tout nombre réel x différent de ±1 le
résultat de l’opération arithmétique x21−1 a comme graphe l’ensemble des couples
n o
(x, x21−1 ) ∈ D × R | x ∈ D
où l’ensemble D est {x ∈ R | x ̸= ±1}. Ainsi, ce que montre la figure 1.7 n’est pas vraiment une
fonction, parce que pour x = ±1 acune valeur est donnée. Il faut donc soit retirer les deux élé-
ments x = −1 et x = +1 du domaine soit ajouter des valeurs arbitraires pour ces deux éléments.
On note une application f ⊂ E × F par f : E → F . L’ensemble E est la source et l’ensemble
F est le but de l’application. Au lieu d’écrire (x, y) ∈ f on note plutôt y = f (x) et on dit que y est
la valeur de f pour l’argument x ou encore que x est un antécédent de y ou que y est l’image de x
par f . Il peut être commode de noter ceci par f : x 7→ y («x donne y»), voir même par x 7→ y.
Il faut insister sur le fait qu’une application vient toujours avec un ensemble source et un en-
semble but. Si l’un des deux ensembles change il faudrait aussi dire que l’application change.
Dans la suite de ce cours les mots « application » et « fonction » sont interchangeables. Dans la
définition de fonction que l’on vient de donner, la notion de procédure ou d’opération n’apparaît
plus ; une application est quelque chose de statique. On dit quand même que l’application fait ceci
ou cela, et il est permis de parler d’opération ou de procédure, en accord avec l’idée que l’on se fait
habituellement d’une fonction comme quelque chose d’actif.
8 CHAPITRE 1. ENSEMBLES, FONCTIONS, RELATIONS
10
[−5, 10] ⊂ R
4
-2
-4
-4 -3 -2 -1 0 1 2 3 4
[−4, 4] ⊂ R
Figure 1.7 – Ensemble des couples (x, y) ∈ [−4, 4] × [−5, 10] tel que y = 1/(x2 − 1).
F E
E E
f h
formule est injective. L’application h : R → R+ donnée par cette formule est surjective. Finalement,
la formule donne une application k : R+ → R+ surjective et injective.
Dans cet exemple on a changé de lettre chaque fois que la fonction considérée est définie sur un autre
domaine pour souligner que les propriétés d’injectivité et de surjectivité dépendent de la source et du
but de la fonction. Habituellement cette distinction n’est pas faite dans la notation et on se permet
d’écrire f : R+ → R+ .
Soit f : E → F une application et A ⊂ E une partie de sa source. L’image de A par f est
l’ensemble
f (A) = {y ∈ F | il existe x ∈ A tel que f (x) = y} .
Ce sont les éléments du but F que l’on obtient en appliquant f à un élément de A. L’image réciproque
(ou l’ensemble des antécédents) d’une partie B ⊂ F par f est définie par
f −1 (B) = {x ∈ E | f (x) ∈ B} .
Ce sont les éléments de la source E qui sont envoyés dans B par l’application en question.
R2
A
f
B
f (A)
R
f (B)
x y = f (x) z = g(y)
z = h(x)
E F G
Dans le formalisme de la théorie des ensembles il faut une définition plus sérieuse. À partir de f
et g (qui sont identifiées avec leur graphes respectifs) on pose
On se convainc facilement que h est une application. En effet, fixons x ∈ E. Il faut montrer qu’il
existe un unique z ∈ G tel que (x, z) ∈ h. Pour x il y a un unique y ∈ E tel que (x, y) ∈ f . Il y a
pour ce y un z tel que (y, z) ∈ g et on a donc trouvé un z tel que (x, z) ∈ h. Si maintenant aussi
(x, z ′ ) ∈ h, on doit avoir y ′ ∈ F tel que (y ′ , z ′ ) ∈ g et (x, y ′ ) ∈ f . Par suite, y = y ′ et donc (y, z ′ ) ∈ g.
Finalement on voit que z = z ′ .
Remarque 1.4.1. Cette définition de la composition d’applications correspond à l’opération join
des bases de données relationnelles. On verra la généralisation de cette construction aux relations
dans le chapitre suivant (voir p. 12).
À partir de cette définition de la composition d’applications, on peut donner une justification de
l’égalité (h ◦ g) ◦ f = h ◦ (g ◦ f ), valable dès que les trois applications sont composables. On verra
plus tard la généralisation de cette règle d’associativité aux relations.
Pour chaque ensemble E il y a une application spéciale idE : E → E, celle qui ne fait rien :
idE = {(x, x) ∈ E × E | x ∈ E} .
Son graphe est simplement la diagonale du produit cartésien. Elle est appelée l’application identique
de E. Ces applications satisfont à la règle id ◦ f = f et g ◦ id = g dès que possible (on les note
simplement par id si on n’a pas besoin de spécifier l’ensemble correspondant).
Pour la composition d’applications les assertions suivantes sont vraies :
— f, g injectives (resp. surjectives, bijectives) implique g ◦ f injective (resp. surjective, bijective) ;
— si g ◦ f = id, alors f est injective et g surjective.
Les justifications des ces assertions sont d’une simplicité confondante.
Soit f : E → F une application. Il est évident que l’ensemble des couples (y, x) ∈ F × E où
y = f (x) est une application si et seulement si f est bijective (c’est-à-dire si chaque y a exactement
un antécédent).
1.5. RELATIONS 11
f −1 = {(y, x) ∈ F × E | (x, y) ∈ f } .
Si f est une application bijective de E vers F , son inverse f −1 l’est aussi et f ◦ f −1 = idF ,
−1
f ◦ f = idE . En plus, on voit facilement que f est une application bijective si et seulement s’il
existe g : F → E et g ′ : F → E telles que g ◦ f = id et f ◦ g ′ = id. Dans ce dernier cas on a
g = g ′ = f −1 . On dit aussi que f −1 est l’application réciproque de f .
Remarque 1.4.3. Il y a traditionnellement une confusion entre la notation de l’application ré-
ciproque et celle de l’image inverse. Si l’application réciproque existe, l’image inverse f −1 (B) est
évidemment égale à l’image de B par l’application réciproque. Tant que l’argument est un ensemble,
la confusion est légère ; mais si l’argument est un élément y du but de l’application, f −1 (y) désigne
l’image inverse du singleton {y} ou la valeur de l’application réciproque, selon le contexte.
1.5 Relations
Une relation est un concept mathématique qui exprime une liaison entre des éléments. Pour
représenter la réalité dans un programme informatique, il ne suffit pas de représenter les objets, il faut
aussi représenter les relations entre ces objets. Certainement la plus grande partie des informaticiens
en activité est occupée à maintenir des bases de données pour des relations.
La relation «être habitant de» reliant un citoyen et une ville, c habite v, est déterminée par
l’ensemble des couples (c, v) tels que c habite v, où c ∈ C est un élément de l’ensemble des citoyens
et v ∈ V un élément de l’ensemble des lieux d’habitations. Autrement dit, on peut identifier cette
relation avec une partie du produit cartésien, H ⊂ C × V .
Définition 1.5.1. Soient E, F deux ensembles. Une relation entre E et F est une partie du produit
cartésien E × F .
Si l’on pense une partie R ⊂ E × F comme une relation, on note l’appartenance (x, y) ∈ R
aussi par xRy ou par R(x, y). On dit que (x, y) appartient à la relation R ou encore que x est en
relation R avec y ou que « la relation xRy a lieu ». Dans des cas particuliers (quand la relation est
une équivalence) on utilise aussi la notation x ∼R y.
Exemple 1.5.2. Une application f : E → F est une relation : c’est l’ensemble des couples (x, f (x)), x ∈
E (c’est-à-dire que l’on a identifié une application avec son graphe).
Désignons par E une population, avec P la relation de parenté : «x est parent de y» (au sens
strict, c’est-à-dire x est géniteur ou génitrice de y). Une personne a plusieurs parents et peut être
parent de plusieurs personnes. Cette relation n’est donc pas une application.
Remarque 1.5.3. On considère plus généralement une relation n-aire entre les éléments d’une
famille d’ensembles E1 , . . . , En . C’est une partie R ⊂ E1 × · · · × En . Les tableaux SQL correspondent
à cette notion de relation n-aire.
Exemple 1.5.4. On peut considérer sur E plusieurs relations à la fois : être parent de, être ami de,
marié avec, patron de et ainsi de suite. Si R1 , . . . , Rn ⊂ E ×E est la liste des relations en question, on
considère les triplets (x, R, y) ∈ E × V × E, où V = {1, . . . , n}, et on définit la partie Q ⊂ E × V × E
en posant (x, i, y) ∈ Q si et seulement si xRi y.
Dans la suite seulement des relations binaires R ⊂ E × E seront considérées. Un graphe orienté
de sommets E et d’arêtes R n’est rien d’autre qu’une relation binaire sur l’ensemble E.
12 CHAPITRE 1. ENSEMBLES, FONCTIONS, RELATIONS
idE = {(x, x) | x ∈ E} ⊂ E × E .
Remarque 1.5.6. On dit qu’une relation R est plus fine qu’une autre R′ , définie sur le même
ensemble, si R ⊂ R′ . Deux éléments qui sont en relation R′ peuvent ne pas être en relation R. La
relation R distingue d’avantage entre les éléments.
Voici des opérations qui construisent des nouvelles relations à partir de relations R, S ⊂ E × E
déjà données :
— la relation complémentaire R̄ ⊂ E × E : xR̄y si et seulement si xRy n’a pas lieu ;
— l’intersection T = R ∩ S : xT y si et seulement si xRy et xSy ; de la même façon on peut
considérer la réunion de deux relations ;
— la relation inverse R−1 = {(x, y) | (y, x) ∈ R} ; autrement dit, xR−1 y si et seulement si yRx ;
— la relation produit R·S est définie par le critère suivant : xRSy si et seulement s’il existe z ∈ E
tel que xRz et zSy. En particulier si les deux relations sont des applications, ce produit est
simplement leur composition.
Exemple 1.5.7. Dans le cas de la relation de parenté P évoquée au début de cette section, P 2 = P ·P
correspond à «x est grands-parents de y». La relation P −1 P correspond à «x et y sont de la même
fratrie» et P P −1 est la relation «x et y on un enfant en commun».
Proposition 1.5.8. Les règles suivantes sont valides pour ces opérations :
1. Si S ′ ⊂ S, alors RS ⊂ RS ′ et ST ⊂ ST ′ ;
1.5. RELATIONS 13
2. R · idE = idE · R = R ;
3. le produit est une opération associative : (RS)T = R(ST ) ;
4. (RS)−1 = S −1 R−1 ;
5. (R ∪ S)T = (RT ) ∪ (ST ) et R(S ∪ T ) = (RS) ∪ (RT ) ;
6. (R ∩ S)T ⊂ (RT ) ∩ (ST ) et R(S ∩ T ) ⊂ (RS) ∩ (RT ), mais il n’y a pas nécessairement égalité.
Démonstration. On ne donnera un argument que pour les points 3 et 6. Pour se convaincre de
l’associativité il suffit d’écrire les équivalences suivantes :
x(RS)T y ⇐⇒ ∃z : x(RS)z et zT y
⇐⇒ ∃z, ∃w : xRw et wSz et zT y
⇐⇒ ∃w, ∃z : xRw et wSz et zT y
⇐⇒ ∃w : xRw et w(ST )y
⇐⇒ xR(ST )y .
Pour justifier la distributivité partielle du produit par rapport à l’intersection, il suffit de détailler
les définitions :
(À-propos de l’implication à la troisième ligne voir remarque suivante 1.5.9). Pour démontrer que
cette inclusion n’est pas nécessairement une égalité, considérons un exemple : on prend E = Z, xT y
si et seulement si x est multiple de y, R la relation < (strictement plus petit) et S la relation ≥.
Alors R ∩ S = ∅ et (R ∩ S)T = ∅. Par contre, on a x(RT )y si et seulement s’il existe z ∈ Z tel
que x < z et z est multiple de y. On voit donc facilement que
tel que
Remarque 1.5.9. Ceci est une remarque pour la deuxième partie de l’argument précédent. Il faut
distinguer entre la phrase ∃x : (P (x) et Q(x)) et la conjonction de (∃x : P (x)) et (∃x : Q(x)).
Par exemple, si P (x) = «x est pair» et Q(x) = «x est impair», la première phrase est fausse mais
la deuxième est vraie. S’il y a un x0 qui satisfait P (x) et un y0 qui satisfait Q(x), il n’y a pas
nécessairement un z0 qui les satisfait simultanément.
Remarque 1.5.10. Dans l’image d’une relation binaire R considérée comme un graphe orienté,
xRy signifie que x peut être relié à y par un arc. Avec une deuxième relation S, xSRy signifie que x
peut être relié à y par un chemin de longueur deux, dont la première partie est un arc de S et la
deuxième un arc de R.
En particulier, xRn y signifie que x est relié à y par un chemin de longueur exactement n.
14 CHAPITRE 1. ENSEMBLES, FONCTIONS, RELATIONS
Proposition 1.5.12. Soit R ⊂ E × E une relation binaire. On pose R+ = n≥1 Rn . Alors R+ est
S
la plus petite relation transitive contenant R
Démonstration. La validité de xR+ y signifie qu’il existe un entier n ≥ 1 et des éléments z1 , . . . , zn−1 ∈
E tels que xRz1 , z2 Rz3 ,. . . , zn−1 Ry. Cette relation est évidemment transitive (penser à la concaté-
nation des chemins dans le graphe orienté).
Supposons que Q est une relation transitive et R ⊂ Q. Alors R2 ⊂ Q2 ⊂ Q et de même Rn ⊂ Q
pour tout n ≥ 1. Ainsi R+ ⊂ Q.
Par exemple, pour tout ensemble E, la relation d’identité idE est une relation d’équivalence. Pour
une relation quelconque R la relation (R ∪ R−1 )∗ est une relation d’équivalence. Une relation d’équi-
valence est utilisée pour identifier ou confondre des éléments ; ils sont considérés comme équivalents
sous un certain aspect ; une telle relation sert à classer les éléments.
Exemple 1.6.2. Pour l’exemple 1.5.5, page 12, de la relation fournie par une famille A1 ,S. . . , An
n
de parties de E, on peut dire : Cette relation est une équivalence si et seulement si E = i=1 Ai
et Ai ∩ Aj = ∅ pour tout i ̸= j. Autrement dit, c’est une équivalence précisément si la famille est
une décomposition de E en parties disjointes.
Exemple 1.6.3. Soit E un ensemble. Une famille de parties F ⊂ P(E) est une partitions de E si tous
S de F sont non-vides, si les membres sont disjoints deux à deux (A ̸= B implique A∩B =
les membres
∅) et si F = E. Une partition définit une relation sur E : xRy si et seulement s’il y a une
1.6. RELATIONS D’ÉQUIVALENCE 15
partie A ∈ F telle que x ∈ A et y ∈ A. Cette relation est évidemment une relation d’équivalence.
Inversement, une relation d’équivalence R ⊂ E × E définit une partition comme le montre le lemme
suivant.
Lemme 1.6.4. Pour tout x ∈ E on pose [x] = {y ∈ E | xRy}. Alors :
1. x ∈ [x] ;
2. [x] ∩ [y] ̸= ∅ si et seulement si [x] = [y].
Démonstration. La réflexivité entraîne la première assertion.
Supposons que z ∈ [x] ∩ [y]. Alors xRz et yRz. Donc par symétrie de R, il s’ensuit que zRy. La
transitivité donne xRy. Si maintenant u ∈ [x], c’est-à-dire xRu, on a aussi yRu parce que yRx.
Donc u ∈ [y] et donc, l’élément u étant arbitraire, [x] ⊂ [y]. En échangeant les rôles de x et y, l’on
trouve aussi [y] ⊂ [x].
La relation R donne la famille F ⊂ P(E) dont les membres sont exactement les parties A de la
forme A = [x] pour un x ∈ E. Le lemme dit que F est une partition.
Définition 1.6.5. Soit R ⊂ E × E une relation d’équivalence. Une partie de la forme {y ∈ E | xRy}
est appelée classe d’équivalence de x et notée par [x]. L’ensemble des classes d’équivalence est ap-
pelé l’ensemble quotient de E par R et noté par E/R (prononcé «E modulo R»).
Se donner une partition revient à se donner une relation d’équivalence et inversement. Dans
l’image d’une relation R comme graphe, les classes d’équivalence de (R ∪ R−1 )∗ sont les composantes
connexes du graphe. Deux sommets sont dans la même composante si l’on peut passer de l’un à
l’autre en suivant les arêtes sans nécessairement respecter leur direction.
Remarque 1.6.6 (Passage au quotient). Soit E un ensemble muni d’une relation d’équivalence ∼E
et Ê = E/ ∼E l’ensemble quotient. Si f : Ê → F est une application, la composition avec la
projection canonique p : E → Ê est une application g : E → F qui a la propriété suivante : pour
tout x, y ∈ E, si x ∼E y, alors g(x) = g(y). En effet, les éléments x et y sont dans la même classe et
donc p(x) = p(y) = [x] = [y].
Inversement, si g : E → F est une application qui a cette propriété, on peut poser f (c) = g(x)
où x ∈ c est un élément de la classe c ∈ Ê. En effet, la valeur g(x) ne dépend pas du choix
de x dans la classe parce que x ∼E y implique g(x) = g(y). Ainsi on trouve pour g : E → F
une application f : Ê → F telle que f ◦ p = g. Cette application est évidemment unique parce
que p : E → Ê est surjective : l’équation f (p(x)) = g(x) prescrit toutes les valeurs de f .
Exemple 1.6.7 (Construction de Z). Considérons l’ensemble N des nombres naturels. Sur le produit
cartésien N × N on définit une relation en posant : (x, y) ∼ (x′ , y ′ ) si et seulement si x + y ′ = x′ + y.
Une vérification facile montre que ceci définit une relation d’équivalence. Désignons par E l’ensemble
quotient N × N/ ∼.
La différence donne une application d : N × N → Z : d(x, y) = x − y. Cette application a la
propriété requise pour passer au quotient E : si (x′ , y ′ ) ∼ (x, y), alors
x′ − y ′ = x′ − x + x − y ′ + y − y
= (x′ + y) − (x + y ′ ) + x − y
=x−y .
Autrement dit, (x′ , y ′ ) ∼ (x, y) implique d(x′ , y ′ ) = d(x, y). Ainsi on obtient une application D :
E → Z telle que D = d ◦ p où p : N × N → E est la projection canonique.
L’application d est surjective : si n ≥ 0, alors n = d(n, 0) ; si n < 0, alors n = d(0, −n). Par
conséquent D est aussi surjective.
16 CHAPITRE 1. ENSEMBLES, FONCTIONS, RELATIONS
L’application D est injective. En effet, supposons que D(c) = D(c′ ) pour deux classes c, c′ ∈ E.
Désignons par (x, y) un couple élément de c et par (x′ , y ′ ) un couple élément de c′ . Alors D(c) = x−y
et D(c′ ) = x′ − y ′ . Mais l’égalité x − y = x′ − y ′ implique x + y ′ = x′ + y, c’est-à-dire (x, y) ∼ (x′ , y ′ )
Par suite c = c′ .
Finalement on peut conclure que D : N × N/ ∼ −→ Z est une bijection. En fait, on peut prendre
ce résultat comme définition de l’ensemble des entiers rationnels : Z = N×N/ ∼. Toutes les propriétés
habituelles des entiers se démontrent facilement à partir de cette définition.
Remarque 1.6.8. Comme on construit des applications sur les quotients on construit aussi des
relations. Soit encore p : E → Ê = E/ ∼E la projection de l’ensemble E sur son quotient par rapport
à la relation d’équivalence ∼E . Une relation R sur Ê donne une relation R sur E simplement en
posant xRy si et seulement si [x]R̂[y].
Inversement, soit R une relation sur E qui a la propriété suivante : x ∼E x′ et y ∼E y ′ entraînent
que xRy si et seulement si x′ Ry ′ . Alors cette relation descend à Ê, c’est-à-dire il existe une relation
unique R̂ sur Ê telle que [x]R̂[y] si et seulement si xRy.
Résumé
— Il faut distinguer la relation A ∈ B, « A appartient à B », de la relation A ⊂ B, « A est une
partie de B ».
— Règles pour pour les opérations fondamentales :
1. (A ∩ B) ∩ C = A ∩ (B ∩ C),
2. (A ∪ B) ∪ C = A ∪ (B ∪ C),
3. A ∩ (B ∪ C) = (A ∩ B) ∪ (A ∩ C),
4. A ∪ (B ∩ C) = (A ∪ B) ∩ (A ∪ C).
5. (Ā) = A,
6. A ∩ B = Ā ∪ B̄ et A ∪ B = Ā ∩ B̄,
7. Si A et B sont des parties de E, alors A \ B = A ∩ B̄.
8. A \ (B \ C) = A ∩ (B̄ ∪ C) et (A \ B) \ C = A \ (B ∪ C),
9. (A ∪ B) \ C = (A \ C) ∪ (B \ C) et (A ∩ B) \ C = (A \ C) ∩ (B \ C),
— Règles pour les applications. Soit f : E → F une application.
1. Pour tout B ⊂ F on a f [f −1 (B)] ⊂ B. Pour tout A ⊂ E on a A ⊂ f −1 (f [A]).
2. Pour tous A, A′ ⊂ E on a f [A ∪ A′ ] = f [A] ∪ f [A′ ] et f [A ∩ A′ ] ⊂ f [A] ∩ f [A′ ].
3. Pour tous B, B ′ ⊂ F on a
f −1 (B ∪ B ′ ) = f −1 (B) ∪ f −1 (B ′ )
f −1 (B ∩ B ′ ) = f −1 (B) ∩ f −1 (B ′ )
f −1 (B̄) = f −1 (B) .
Fonctions élémentaires
Définition 2.1.1. Une fonction f : R → R est polynomiale (donnée par un polynôme) si elle est de
la forme
Xn
f (x) = aj xj = a0 + a1 x + · · · + an−1 xn−1 + an xn .
j=0
Les nombres a0 , . . . , an sont les coefficients du polynôme. Si an ̸= 0, l’entier n = deg(f ) est le degré
du polynôme f .
La fonction qui vaut 0 pour tout x ∈ R, f (x) = 0, est un polynôme. Ce polynôme n’a pas de degré.
Si f (x), g(x) sont des fonctions polynomiales et α, β ∈ R des constantes, alors αf (x) + βg(x) est
aussi une fonction polynomiale ; de même, la fonction f (x)g(x) est polynomiale. Si aucun des deux
polynômes f, g n’est le polynôme 0, alors deg(f g) = deg(f )+deg(g). Si aucun des polynômes f, g, f +g
n’est le polynôme 0, alors
deg(f + g) ≤ max(deg(f ), deg(g)) .
La fonction composée f (g(x)) est aussi polynomiale. Son degré est le produit des degrés, deg(f ) ·
deg(g).
Exemple 2.1.2 (Formule du binôme). Soit n un entier positif. Le polynôme particulier f (x) = xn
est appelée un monome de degré n. Un polynôme est une combinaison linéaire de monomes. Le
polynôme
n(n − 1) 2
(1 + x)n = 1 + nx + x + · · · + nxn−1 + xn
2
est de degré n. Un coefficient d’un tel polynôme est appelé coefficient binomial. Le coefficient du
monome xk dans (1 + x)n est noté par nk (prononcé comme «k parmi n») ou par Cnk (prononcé
17
18 CHAPITRE 2. FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES
Chaque coefficient dans ce tableau est la somme du coefficient qui le précède dans la même colonne
et de celui qui le précède sur la diagonale.
Pour le calcul effectif on peut utiliser la formule nk = nk n−1
k−1 , conséquence immédiate de la
définition (2.2). L’application répétée de cette relation permet d’écrire
n n−2 n−1 n
= ·
k k−2 k−1 k
n−k n−k+1 n−k+2 n
= · ···
0 1 2 k
n−k+1 n−k+2 n
= · ··· .
1 2 k
Lors du calcul de ce produit les produits partiels sont toujours entiers et inférieurs au résultat final.
À partir de la formule (5.1) on trouve une formule plus symétrique, appelée formule du binôme :
n
n
X n n−k k
(a + b) = a b . (2.3)
k
k=0
Cette formule est évidente pour a = 0. Si a ̸= 0, on peut diviser par a pour obtenir
n
n b
(a + b) = a 1 +
a
n
n b
=a 1+
a
n k
!
X n b
= an
k a
k=0
n
n n bk
X
= a · k
k a
k=0
n
X n
= an−k bk .
k
k=0
p(x)
Définition 2.1.3. Une fonction f est une fonction rationnelle si elle est de la forme f (x) = q(x)
où p(x), q(x) sont des polynômes et q ̸= 0. Le domaine de définition de f est l’ensemble
Df = {x ∈ R | q(x) ̸= 0} .
Remarque 2.1.4. La représentation comme quotient de deux polynômes est ambiguë : on peut
toujours multiplier numérateur et dénominateur par le même polynôme non nul. La représentation
devient unique si on exige que p et q sont premiers entre eux et que le coefficient dominant de q est
égal à 1.
Comme pour les nombres entiers il y a aussi pour les polynômes une méthode de division eucli-
dienne : Si f (x), g(x) sont deux polynômes, g ̸= 0, alors il existe deux polynômes uniques q(x), r(x)
réalisant une décomposition
f (x) = q(x)g(x) + r(x) ,
20 CHAPITRE 2. FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES
dans laquelle soit deg(r) < deg(g), soit r = 0. Discutons d’abord l’existence de la décomposition.
Si deg(g) > deg(f ), on peut prendre q = 0 et r = f . Par contre, si deg(g) ≤ deg(f ), le polynôme q
est calculé d’une manière récursive. Posons
f = ad xd + · · · + a0
g = be x e + · · · + b0 ,
ad d−e
f1 (x) = f (x) − x g(x)
be
est un polynôme de degré inférieur à d − 1. Si on suppose par récurrence sur le degré du dividende
que l’on dispose déjà d’une division euclidienne pour f1 par rapport à g,
ad d−e
f (x) = f1 (x) + x g(x)
be
ad
= q1 (x)g(x) + r1 (x) + xd−e g(x)
b
e
ad d−e
= x + q1 (x) g(x) + r1 (x) .
be
Par suite on peut poser q(x) = abed xd−e + q1 (x) et r(x) = r1 (x) pour trouver une division euclidienne
de f par g.
L’unicité du quotient et du reste de la division euclidienne se voit facilement : supposons que l’on
ait deux divisions
f (x) = q(x)g(x) + r(x) = q ′ (x)g(x) + r′ (x) ,
alors
(q(x) − q ′ (x))g(x) = r′ (x) − r(x) .
Supposons maintenant que x0 ∈ R est une racine d’un polynôme f , c’est-à-dire que f (x0 ) = 0.
La division euclidienne de f par le polynôme linéaire x − x0 fournit une décomposition :
où r(x) est constant. L’évaluation de l’égalité (2.4) en x0 montre que r = 0. Par suite
Le polynôme q est de degré deg(f ) − 1. Toute racine de f est soit égale à x0 , soit une racine de q(x).
Puisqu’un polynôme de degré 0, c’est-à-dire constant et différent du polynôme 0, n’a aucune racine, il
s’ensuit par récurrence qu’un polynôme f ̸= 0 a au plus deg(f ) racines. Par conséquent, un polynôme
de degré inférieur à n qui possède n + 1 racines distinctes doit être le polynôme 0.
Un polynôme f (x) = a0 + · · · + ad xd avec a0 , . . . , ad ∈ R permet aussi l’évaluation pour un
argument complexe. Soit z0 ∈ C une racine complexe, c’est-à-dire telle que f (z0 ) = 0, et supposons
que z0 ne soit pas un nombre réel. Alors le nombre conjugué z0 est aussi une racine de f :
f (z0 ) = a0 + a1 z0 + · · · + ad z0 d
= (a0 + a1 z0 + · · · + ad z d )
= f (z0 ) = 0 .
c0 + c1 z0 = 0
c0 + c1 z0 = 0 ,
Théorème 2.1.5 (d’Alembert). Tout polynôme non constant admet une racine dans l’ensemble des
nombres complexes.
D’après ce théorème tout polynôme de degré supérieur à 1 peut être mis sous la forme (2.5)
ou (2.6). Il est alors évident que tout polynôme se décompose en produit
f (x) = p1 (x)p2 (x) · · · pn (x)
où les facteurs sont de degré 1 ou 2. En plus, les facteurs de degré 2 ont un discriminant négatif
puisque leurs racines ne sont pas réelles. En collectant les facteurs égaux ont peut écrire le produit
de la façon suivante :
f (x) = c(x − x1 )α1 (x − x2 )α2 · · · (x2 + a1 x + b1 )β1 (x2 + a2 x + b2 )β2 · · · . (2.7)
2
Ici les facteurs x − x1 , . . . , x + a1 x + b1 et cætera sont distincts et les exposants sont des entiers
strictement positifs. Le premier facteur c est une constante. Sous cette forme, la décomposition,
c’est-à-dire les facteurs et les exposants, est unique.
Remarque 2.1.6. Cette décomposition en produit de facteurs élémentaires correspond à la décom-
position d’un nombre entier en produit de nombres premiers.
Exemple 2.1.7 (Évaluation d’un polynôme). Pour évaluer au point x0 ∈ R un polynôme de la forme
f (x) = a0 + a1 x + · · · + ad xd , on peut calculer récursivement les puissance xk0 pour k = 1, 2, . . . , d et
calculer leur combinaison linéaire dans la même boucle (voir algorithme 2).
a0 + f1 (x0 ) · x0 = f (x0 ) .
La généralisation de l’algorithme de Horner va montrer que l’interpolation de Newton est plus efficace
que celle de Lagrange (voir algorithme 4 page 27).
2.2 Interpolation
Dans cette section, on va résoudre le problème suivant : trouver un polynôme qui prend des
valeurs prescrites pour des arguments donnés. Supposons par exemple qu’en étudiant un certain
phénomène on ait démontré l’existence d’une dépendance fonctionnelle entre des grandeurs x et y
exprimant l’aspect quantitatif de ce phénomène ; la fonction y = f (x) n’est pas connue, mais on a
établi par une série de mesures que la fonction prend respectivement les valeurs y0 , . . . , yn lorsqu’on
donne à la variable indépendante les valeurs x0 , . . . , xn . Le problème est de trouver un polynôme
qui prend ses valeurs prescrites. Ce polynôme devrait alors approcher la fonction inconnue f . Un tel
polynôme est appelé polynôme d’interpolation.
Rappelons qu’un polynôme de degré n possède au plus n racines distinctes. Par conséquent,
si p(x0 ) = · · · = p(xn ) = 0, alors p = 0. Ceci implique qu’un polynôme q tel que yi = q(xi ) pour i =
0, . . . , n, est unique : Supposons que q1 et q2 satisfont ces contraintes, alors la différence q1 − q2
s’annule aux points x0 , . . . , xn telle que q1 − q2 doit être le polyôme 0. La question de l’unicité du
polynôme d’interpolation étant réglée, il ne reste à montrer son existence.
On discute d’abord la méthode de Lagrange pour construire le polynôme d’interpolation. Fixons
les points distincts x0 , . . . , xn . Il existe un polynôme p0 de degré égal à n qui s’annule en x1 , . . . , xn :
p0 (x) = (x − x1 ) · · · (x − xn ) .
p1 (x) = (x − x0 )(x − x2 ) · · · (x − xn ) ,
p1 (x)
où le facteur x − x1 ne participe pas au produit, un polynôme l2 (x) = p1 (x1 ) . Plus généralement, on
construit de cette façon des polynômes l0 , . . . , ln tels que
(
0 si j ̸= i
lj (xi ) =
1 si j = i .
Exemple 2.2.1. Soit f (x) = ex la fonction inconnue et (x0 , x1 , x2 ) = (−1, 0, 1) les points d’obser-
vation. Les valeurs observées sont alors (y0 , y1 , y2 ) = (e−1 , 1, e). Les polynômes de Lagrange sont
(x − x1 )(x − x2 ) x(x − 1)
l0 (x) = =
(x0 − x1 )(x0 − x2 ) 2
(x + 1)(x − 1)
l1 (x) = = 1 − x2
(1)(−1)
x(x + 1)
l2 (x) = .
2
Le polynôme d’interpolation obtenu est
1 x(x − 1) x(x + 1)
p(x) = · + 1 − x2 + e ·
e 2 2
(1 − e)2 2 e2 − 1
= x + x+1 .
2e 2e
p(x) = c0 + c1 (x − x0 )
+ c2 (x − x0 )(x − x1 )
.. (2.8)
.
+ cn (x − x0 ) · · · (x − xn−1 ) .
En effet, si on note les produits qui apparaissent dans cette formule par q0 = 1, q1 = (x −
x0 ), . . . , qn = (x − x0 ) · · · (x − xn−1 ), on constate des relations simples entre ces polynômes et les
monomes 1, x, . . . , xn :
q1 = x − x0
q2 = x2 + r2 (x)
.. ..
. .
qn = xn + rn (x)
où pour i = 1, . . . , n le polynôme ri (x) est de degré strictement inférieur à i. Ceci permet d’exprimer
récursivement les monomes par des combinaisons linéaires des polynômes q0 , . . . , qn .
En écrivant un polynôme sous la forme (2.8), les évaluations aux points x0 , . . . , xn donnent une
2.2. INTERPOLATION 25
p(x0 ) = c0
p(x1 ) = c0 + c1 (x1 − x0 )
p(x2 ) = c0 + c1 (x2 − x0 ) + c2 (x2 − x0 )(x2 − x1 )
et cætera.
Ce calcul est évidemment encore plus compliqué que le calcul pour la méthode de Lagrange ; mais
le polynôme sous la forme (2.8) a une structure récursive qui permettra de construire un algorithme
qui sera finalement très simple.
Exemple 2.2.2. Observons d’abord une situation avec seulement trois points, disons x0 , x1 , x2 . On
suppose données les valeurs y0 , y1 , y2 . Pour commencer on construit le polynôme d’interpolation p[0,1]
pour les deux points x0 , x1 ; ce sera un polynôme linéaire. Ce polynôme satisfait p[0,1] (x0 ) = y0
et p[0,1] (x1 ) = y1 . Si p[1,2] est le polynôme correspondant pour le couple de points x1 , x2 , alors on
vérifie facilement que la combinaison linéaire suivante est le polynôme d’interpolation pour les trois
points :
(x2 − x)p[0,1] (x) + (x − x0 )p[1,2] (x)
p(x) = .
x2 − x0
La même construction fonctionne dans la situation générale de n + 1 points : si p[x0 ,...,xn−1 ] est le
polynôme d’interpolation pour les points x0 , . . . , xn−1 et p[x1 ,...,xn ] celui pour les points x1 , . . . , xn ,
alors la combinaison suivante
p[0]
p[0,1]
p[1] p[0,1,2]
p[1,2] p[0,1,2,3]
p[2] p[1,2,3]
p[2,3]
p[3]
Revenons pour l’instant au polynôme de Newton (2.8) page précédente et supposons que c’est
le polynôme d’interpolation cherché. En observons les valeurs prises sur les points x0 , . . . , xn on
constate que les sommes partielles de (2.8) sont des polynômes qui apparaissent sur le coté supérieur
26 CHAPITRE 2. FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES
y0 = c[0]
c[0,1]
y1 = c[1] c[0,1,2]
c[1,2] c[0,1,2,3]
y2 = c[2] c[1,2,3]
c[2,3]
y3 = c[3]
Figure 2.2 –
Finalement on arrive au schéma de la figure 2.2 qui est très simple : les noeuds sont des nombres
réels ou chaque noeud est calculés à partir de ses deux voisins à gauche. Par exemple
c[2] − c[1]
c[1,2] =
x2 − x1
c[2,3] − c[1,2]
c[1,2,3] = .
x3 − x1
L’algorithme se déroule de la façon suivante : il faut remplir le triangle de la figure 2.2 suivant la
règle (2.10) en partant de la première colonne à gauche qui contient les valeurs prescrites y0 , . . . , yn .
Les coefficients du polynôme d’interpolation dans la forme de Newton (2.8) sont alors les éléments
inscrits sur le coté supérieur du triangle : c0 = c[0] = y0 , c1 = c[0,1] , c2 = c[0,1,2] et cætera.
Exemple 2.2.3. Reprenons l’exemple d’interpolation traité déjà avec la méthode de Lagrange (voir
page 24) : (x0 , x1 , x2 ) = (−1, 0, 1) et (y0 , y1 , y2 ) = (e−1 , 1, e). Le schéma triangulaire à calculer est
comme suit :
x y
-1 1/e 1 − 1e 1
2 (e − 2 − 1e )
0 1 e−1
1 e
2.2. INTERPOLATION 27
Pour calculer les coefficients du polynôme d’interpolation sous la forme d’un polynôme de Newton
selon le schéma 2.2 page ci-contre on observe d’abord que les colonnes sont calculées récursivement de
gauche à droite ; il n’est donc pas nécessaire de garder trace de tous les noeuds. En plus, en regardant
de près, on s’aperçoit que le calcul d’une colonne à partir de sa voisine à gauche peut s’effectuer sur
place si on calcule de haut en bas. Finalement le calcul des coefficients prend la forme très simple
montrée dans l’algorithme 5.
Remarque 2.2.4. Il est très difficile de deviner seulement à partir des descriptions des algorithmes 4
et 5 si ces algorithmes sont corrects. Seulement leur construction dans le cadre mathématique les
rend intelligibles.
28 CHAPITRE 2. FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES
an = a
| ·{z
· · a} .
n facteurs
Plus précisément, les nombres an sont définis par récursion sur l’entier n : a0 = 1 et an+1 = a · an
pour tout n ≥ 0.
Si a ̸= 0 on pose a−n = a1n . La valeur de l’expression an est maintenant définie pour tout
entier n ∈ Z. Dans cette expression le nombre a est appelé la base et n l’exposant. Cette construction
satisfait les règles de calcul suivantes :
1. an am = an+m , (an )m = anm quels que soient m, n ∈ Z ;
2. an bn = (ab)n quels que soient n ∈ Z et a, b ∈ R.
Supposons maintenant que n ∈ Z et n > 0. Alors pour tout b ∈ R, b > 0 il existe un√ nombre réel
positif unique a tel que an = b. Ce nombre est la n-ième racine de b et il est noté par n b. Pour un
nombre rationnel r, quotient de deux entiers r = m n où n > 0, on pose
√
ar = n am .
√
Pour que cette définition soit licite, il faut vérifier que le nombre n am ne dépend pas de la façon
′
de représenter r comme quotient de deux nombres entiers ; en fait, la relation m = m ′ , c’est-à-
√ √
n′
n n
dire n′ m = nm′ , implique n am = am′ comme on le vérifie facilement (à partir de l’unicité des
1
racines). Si r ∈ Q est un nombre rationnel négatif, on pose encore ar = a−r . Les mêmes règles de
calcul sont toujours valables pour a > 0 et m, n ∈ Q.
Soit maintenant x ∈ R un nombre réel et a > 0. Le nombre x est limite d’une suite de nombres
rationnels (xk ). On vérifie que la suite (axk ) converge et que la limite ne dépend que de x et pas du
choix de la suite (xk ) (calcul infinitésimal). De cette façon on arrive à une fonction ax , la fonction
exponentielle de base a > 0. Elle satisfait aux règles suivantes :
1. Si x est un entier positif, alors ax = a · · · a (x facteurs) ;
2. ax ay = ax+y , a−x = a1x , a0 = 1, (ax )y = axy ;
3. (ab)x = ax bx ;
4. si a > 1, la fonction ax est strictement croissante ; si (xk ) est une suite de nombres réels
qui converge vers 0 alors lim axk = 1 (ce qui implique que la fonction ax est continue pour
n→∞
tout a > 0).
La figure 2.3 page ci-contre montre l’allure des fonctions puissances et la figure 2.4 page 30 montre
des graphes de fonctions exponentielles pour des bases supérieures et inférieures à 1.
Fixons maintenant une base a > 0 différent de 1. La fonction ax est définie sur l’ensemble des
nombres réels et établit une bijection de R avec l’intervalle ouvert ]0, ∞[. La fonction inverse est la
fonction logarithme de base a, notée par loga (x). Les fonction ax : R → ]0, ∞[ et loga (x) : ]0, ∞[ → R
sont des fonctions inverses une de l’autre : loga (ax ) = x pour tout x ∈ R et aloga (y) = y pour
tout y ∈ ]0, ∞[.
Les règles de calcul suivantes sont des conséquences immédiates des règles pour les fonctions
exponentielles :
2.3. FONCTIONS EXPONENTIELLES ET LOGARITHMES 29
x2
x3
x1/2
1 x1/3
x
1
√ √
Figure 2.3 – Graphes des fonctions x2 , x3 et x et 3
x.
Exemple 2.3.1. Puisque loga x1 + loga (x) = loga x1 · x = loga (1) = 0, on a la règle loga 1
x =
− loga (x). Pour le quotient de deux nombres réels dans l’intervalle ]0, ∞[ ont trouve :
x 1 1
loga = loga x · = loga (x) + loga = loga (x) − loga (y) .
y y y
la règle
√ 1
loga ( n x) = · loga (x) .
n
√ 1
Évidemment, on peut aussi dire que loga ( x) = loga (x n ) = n1 loga (x).
n
Exemple 2.3.2 (Helmholz). La perception de l’intensité ou de la hauteur d’un son suit une échelle
logarithmique ; aux incréments perçus comme égaux correspondent des rapports égaux des quantités
physiques sous-jacentes. Par exemple, les rapports d’intensités d’un signal sont traditionnellement
mesurés en décibels :
I1
dB = 20 log10 .
I0
30 CHAPITRE 2. FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES
1 x
2
2
3 x
1
2
1/2
2x
-1 1
1 x 3 x
Figure 2.4 – Graphes des fonctions 2x , 2 et 2 .
1 loga (x)
1
2
1/a
√ a x
1 a
−1
La figure 2.5 montre des graphes de fonctions logarithmes pour différentes bases. En fait, un seul
graphe est déjà suffisant pour représenter toutes les fonctions logarithmes : Les fonctions logarithmes
sont proportionnelles entre elles. Soient a, b > 0 deux bases. D’une part, on a pour tout x > 0, x =
blogb (x) et d’autre part on a aussi
loga (x)
x = aloga (x) = blogb (a) = blogb (a)·loga (x) .
Il y a une fonction logarithme distinguée : celle pour la base e = 2.718281 . . . , le nombre d’Euler.
Elle est caractérisée par le fait que sa dérivée est la fonction x1 . Comme on le rappellera plus loin,
ceci est équivalent au fait que la fonction ex est sa propre dérivée.
2.4. FONCTIONS CIRCULAIRES 31
C = (x, y) ∈ R2 | x2 + y 2 = 1
.
Pour un nombre réel α ≥ 0 on se déplace sur le cercle C dans le sens inverse des aiguilles d’une
montre et en partant du point P = (1, 0) pour tracer un arc de longueur α. On aboutit ainsi au
point Q. Les coordonnées de ce point sont par définition (cos(α), sin(α)). Si α < 0 le déplacement
s’effectue dans le sens des aiguilles d’une montre. La moitié de la longueur de la circonférence du
cercle C (la longueur de la courbe C) est par définition le nombre π.
Q = (cos(x), sin(x))
sin(x)
O cos(x) P = (0, 1)
α cos(α) sin(α)
π/2 0 1
π -1
√
0
3 1
π/6 √2 √2
2 2
π/4 2 √2
1 3
π/3 2 2
32 CHAPITRE 2. FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES
π/2
π/3
π/4
π/6
π 0
O
3π/2
Exemple 2.4.1 (Aire d’un secteur). On cherche à calculer l’aire du disque entouré par le cercle C.
Plus généralement, qu’est-ce qu’est l’aire A(α) d’un secteur d’angle α ? Dans la figure 2.8 page sui-
vante on voit le secteur découpé en arcs d’anneaux concentriques. Les rayons extérieurs des anneaux
sont 1/n, 2/, . . . , n/n, la longueur des arcs extérieurs de ces anneaux sont donc α/n, 2α/n et cætera.
L’aire d’un anneau est plus petite que le produit de sa largeur avec la longueur de l’arc extérieur, et
plus grande que le produit avec la longueur de l’arc intérieur. Additionnant les aires de ces anneaux
on trouve l’encadrement suivant :
α α
(0 + 1 + · · · + (n − 1)) ≤ A(α) ≤ 2 (1 + 2 + · · · + n)
n2 n
c’est-à-dire
α 1 α 1
1− ≤ A(α) ≤ 1+ .
2 n 2 n
Ceci étant établi pour tout n, on peut conclure que A(α) = α/2. En particulier, l’aire du disque
entier est A(2π) = π (ce dont personne n’a jamais douté).
Les fonctions circulaires satisfont des formules d’addition. Leur valeur pour la somme de deux
angles α + β peut être exprimée par les valeurs prises pour α et β :
Pour justifier ces formules, regardons la figure 2.9 page 34. Les points A, B correspondent aux
angles α et α + β respectivement. Partant du point B on dessine le segment orthogonal au rayon OA,
ce qui définit le point d’intersection C. Encore partant de B on dessine le segment orthogonal au
rayon OP , ce qui définit le point B ′ .
Le point C est le sommet du triangle rectangle OBC et C ′ est le point de BB ′ tel que CC ′ est
parallèle à OP .
2.4. FONCTIONS CIRCULAIRES 33
1 α
n
4α
n
3α
n
0 1 2 3 n−1 n
n n n n n
Dans cette figure on constate cos(α + β) = |OB ′ | (longueur du segment défini par O et B ′ )
et sin(α + β) = |B ′ B|. Dans le triangle OCB on voit que |BC| = sin(β). Par suite
|C ′ B| = cos(α) sin(β) .
Finalement on trouve
Les cas particuliers de ces formules d’addition où α = β sont aussi remarquables. Par exemple
on obtient deux formules à partir de la formule d’addition pour la fonction cos(x) :
On vient d’utiliser l’identité cos(α)2 + sin(α)2 = 1. Si on pose α = x/2, on trouve les deux identités
exprimant les fonctions circulaires de la moitié d’un angle :
x 2 1 − cos(x)
sin = (2.14)
2 2
x 2 1 + cos(x)
cos = . (2.15)
2 2
34 CHAPITRE 2. FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES
A
C′
C
β
α
O = (0, 0) B′ B ′′ P = (1, 0)
Exemple 2.4.2. Si on remplace dans la formule d’addition pour la fonction sin(x) comme on vient
de l’écrire β par −β, on obtient
sin(α − β) = sin(α) cos(β) − cos(α) sin(β) .
En prenant la somme avec la formule pour α + β, ceci donne l’égalité
sin(α + β) + sin(α − β) = 2 sin(α) cos(β) .
On pose maintenant α + β = γ et α − β = δ, c’est-à-dire α = γ+δ 2 respectivement β =
γ−δ
2 , pour que
cette identité prenne la forme
γ+δ γ−δ
sin(γ) + sin(δ) = 2 sin · cos .
2 2
D’une manière analogue on peut aussi obtenir la formule
γ+δ γ−δ
cos(γ) + cos(δ) = 2 cos · cos .
2 2
Exemple 2.4.3. Les formules d’addition pour les fonctions circulaires prennent une forme particu-
lièrement simple si on les relie à la multiplication des nombres complexes. Pour x ∈ R on pose
e(x) = cos(x) + i sin(x) .
Autrement dit, on considère le point sur le cercle unité défini par l’angle x comme un nombre
complexe. Les deux formules d’addition (2.12) et (2.13) se traduisent alors par l’identité suivante :
e(x + y) = cos(x + y) + i sin(x + y)
= cos(x) cos(y) − sin(x) sin(y)
+ i sin(x) cos(y) + i cos(x) sin(y)
= (cos(x) + i sin(x)) · (cos(y) + i sin(y))
= e(x)e(y) .
2.4. FONCTIONS CIRCULAIRES 35
Cette formule doit être rapprochée de la règle pour les fonctions exponentielles : ax+y = ax ay . La
liaison de ces deux formules sera évidente quand on discutera la formule de Taylor.
36 CHAPITRE 2. FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES
Chapitre 3
Calcul différentiel
Les règles standard permettant de trouver beaucoup de limites sont rappelées dans la liste sui-
vante :
1. Une suite n’a au plus une seule limite.
2. Si (an ) est une suite croissante (c’est-à-dire an ≤ an+1 pour tout n) et majorée (c’est-à-dire
il existe un nombre M tel que an ≤ M pour tout n), alors cette suite converge ; la même
conclusion est valable pour une suite décroissante et minorée.
3. Si (an ) et (bn ) convergent vers l et m respectivement, alors (αan + βbn ) converge vers αl+βm
an
et (an · bn ) converge vers l · m. Si en plus bn ̸= 0 pour tout n et m ̸= 0, alors la suite bn
l
converge vers m. Bref, on peut utiliser les formule suivante :
37
38 CHAPITRE 3. CALCUL DIFFÉRENTIEL
Rappelons qu’une suite (an ) est une suite de Cauchy si pour tout ε > 0 il existe un entier N tel
que m, n ≥ N entraîne |an − am | < ε. Que toute suite de Cauchy détermine un nombre réel est la
propriété fondamentale de l’ensemble des nombres réels. Ce n’est pas vrai qu’une suite de Cauchy de
nombres rationnels converge nécessairement vers un nombre rationnel. Il faut agrandir le domaine des
nombres rationnels pour obtenir un domaine de calcul dans lequel toute suite de Cauchy converge.
Exemple 3.1.1 (Argument dit des «gendarmes»). Considérons trois suites (an ), (bn ) et (cn ) telles
que
1. pour tout n, an ≤ bn ≤ cn ;
2. lim an = lim cn = l.
n→∞ n→∞
Alors lim bn = l. En effet, fixons ε > 0. Il existe par hypothèse des indices N1 et N2 tels que n ≥ N1
n→∞
entraîne |an − l| < ε et n ≥ N2 entraîne |c − l| < ε. On pose N = max(N1 , N2 ). Alors n ≥ N implique
bn − l ≤ c n − l < ε
Exemple 3.1.2 (Suite géométrique). Une suite géométrique est une suite de la forme (cn )n∈N
où c ∈ R est une constante. Supposons que c est un nombre positif et inférieur à 1 : 0 ≤ c < 1. Alors
la suite an = cn est décroissante parce que an+1 = can < an ; par conséquent, elle converge, disons
vers l = limn→∞ an . La suite (an+1 )n∈N converge évidemment aussi vers l. Mais an+1 = can tel que
lim an = 0 .
n→∞
Soit encore a un nombre réel tel que 0 ≤ a < 1 et considérons la suite (bn ) de terme général bn = nan .
Le rapport de deux termes consécutifs de cette suite est, si n ≥ 1,
(n + 1)an+1
bn+1 n+1 1
= = · a = 1 + a.
bn nan n n
Le rapport converge vers limn→∞ 1 + n1 a = a < 1. Il existe par conséquent un indice N tel que
pour tout n ≥ N
1 a+1
1+ a< =c<1.
n 2
Ainsi on voit que bN +k = bN +1
bN · · · bNbN+k−1
+k
· bN satisfait l’inégalité
0 ≤ bN +k ≤ ck bN .
3.1. RAPPEL : CONVERGENCE D’UNE SUITE NUMÉRIQUE 39
Ceci permet de conclure que limn→∞ bn = 0. Encore une fois, on peut passer au cas d’un rapport
réel a ∈ R tel que |a| < 1.
Le même argument montre que plus généralement, pour tout exposant entier d et tout réel a de valeur
absolue strictement inférieure à 1, limn→∞ nd an = 0. Puisque qu’un polynôme est une combinaison
linéaire de puissances, on peut conclure que pour tout polynôme P (n) la limite limn→∞ P (n)an
s’annule.
log(n)
Exemple 3.1.3. On souhaite calculer la limite lim n , si toutefois elle existe. L’argument qui
n→∞
suit s’appuie sur le fait que log(x) est une fonction strictement croissante.
On commence par constater que n ≤ 2n (ce qui se confirme facilement en raisonnant par récurrence
sur l’entier n) tel que log(n) ≤ n log(2) et donc log(n)
n ≤ log(2) = c. Ceci implique que
log(n2 ) 2 log(n) 1
= ≤ 2c ·
n2 n2 n
tend vers 0 lorsque n tend vers l’infini.
2
Soit ε > 0 arbitraire. Il existe un indice N tel que n ≥ N implique log(n
n2
)
< 4ε . Si maintenant n ≥ N 2
alors il existe m ≥ N tel que (m + 1)2 ≥ n ≥ m2 . Par conséquent
−π 0 π
Pour des valeurs de x proche de 0, cette fonction prend une valeur proche de 1 :
x ±0.1 ±0.01 ±0.001
f (x) 0.9983 0.99998 0.9999983
Il y a comme un trou artificiel dans le graphe de f ; on aimerait bien compléter la définition de f en
posant f (0) = 1. En complétant ainsi le graphe, la courbe devient un trait «continu».
Définition 3.2.1 (Fonction continue). Soit D ⊂ R une partie de nombres réels, x0 ∈ D un point
et f : D → R une fonction. La fonction f est continue au point x0 si pour toute suite (an ) de points
dans D qui converge vers x0 , la suite des valeurs (f (an )) converge vers f (x0 ).
La fonction f est continue dans D si elle est continue en tout point de D.
3.2. FONCTION CONTINUE 41
Les règles algébriques pour le calcul de limite d’une suite numérique entraînent immédiatement
des règles analogues pour les fonctions continues. On suppose que f, g : D → R soient deux fonctions
de même domaine et continues aux point x0 ∈ D :
1. f + g est continue en x0 ;
2. α · f est continue en x0 où α est une constante ;
3. f · g est continue en x0 ;
4. si g(x) ̸= 0 pour tout x ∈ D, alors f /g est continue en x0 .
Ainsi il est évident que toute fonction donnée par un polynôme est continue dans R. Une fonction
rationnelle g(x) = p(x)/q(x) est continue dans son domaine Dg = {x ∈ R | q(x) ̸= 0}. La fonc-
tion h(x) = |x| est continue dans tout R.
Exemple 3.2.2. La fonction g : R → R définie par la formule
(
+1 si x ≥ 0
g(x) = sign(x) =
−1 si x < 0
n’est pas continue au point x0 = 0. En effet la suite (1/n)n>0 donne une suite de valeurs dont la limite
est égal à 1 ; par contre, la suite (−1/n)n>0 donne une suite de valeurs qui converge (trivialement)
vers −1.
Exemple 3.2.3 (Continuité des fonctions trigonométriques). Soit d’abord x un réel positif tel que
l’on peut dessiner la figure 3.2 page suivante. La hauteur du triangle OBC est alors x et par conséquent
son aire est 12 sin(x). L’aire du secteur OBC est x2 . L’inclusion de ses aires entraîne l’inégalité
1 x
0≤ sin(x) ≤
2 2
Le cas x < 0 se ramène au cas précédent :
−x |x|
| sin(x)| = | sin(−x)| = sin(−x) ≤ = .
2 2
Ainsi 0 ≤ | sin(x)| ≤ |x|. Pour toute suite (an ) qui converge vers 0, la suite (sin(an )) converge vers 0.
La fonction sin(x) est donc continue au point 0.
La fonction cos(x) est aussi continue au point 0. Rappelons l’identité trigonométrique
x 2 1 − cos(x)
sin = .
2 2
Ceci implique que cos(x) − 1 et par suite aussi cos(x) est continue en x = 0.
Plus généralement, soit x0 ∈ R un point quelconque. La formule d’addition donne maintenant pour
tout x ∈ R, si on écrit h pour l’incrément x − x0 ,
tan(x)
sin(x)
x
O A B
Figure 3.2 –
Dans la situation de cette définition on écrit limx→x0 f (x) = l. Si la fonction f a une valeur
pour x0 et si elle est continue au point x0 , alors limx→x0 f (x) = f (x0 ). On peut montrer que
l’implication inverse est aussi valable : Une fonction f définie au point x0 y est continue si et
seulement si limx→x0 f (x) = f (x0 ).
Les règles de calcul pour les suites de nombres réels se transposent immédiatement en règles pour
la limite d’une fonction. Soient f, g deux fonctions telles que limx→x0 f (x) = a et limx→x0 g(x) = b.
Alors :
1. limx→x0 cf (x) = ca ;
2. limx→x0 (f (x) + g(x)) = a + b ;
3. limx→x0 (f (x) · g(x)) = ab ;
f (x)
4. si g ne prend pas la valeur 0 et si b ̸= 0, limx→x0 g(x) = ab .
Exemple 3.2.5. Considérons la fonction f (x) = sin(x) x définie sur la partie Df = {x ∈ R | x ̸= 0}.
sin(x)
Le but est de montrer que limx→0 x = 1. Supposons que x > 0 est tel que l’on peut reprendre
sin(x)
la figure 3.2. L’aire du triangle OBD est 12 cos(x) . Le secteur 0BC est contenu dans ce triangle, d’où
l’inégalité des aires suivante :
sin(x) x 1 sin(x)
< < .
2 2 2 cos(x)
Puisque x > 0, on peut diviser par x sans que les inégalités ne changent de sens :
sin(x) 1 sin(x)
<1< · .
x cos(x) x
sin(x)
cos(x) < <1.
x
Ces deux inégalités sont évidemment aussi valables pour x < 0, chacun des termes étant pair. Parce
que la fonction cos est continue et donc limx→0 cos(x) = cos(0) = 1, on peut finalement conclure
que limx→0 sin(x)
x = 1.
3.2. FONCTION CONTINUE 43
est continue au point 0 et par conséquent continue dans R tout entier. La valeur g(0) = 1 est donc
la complétion du graphe de la figure 3.1 page 40 qui en fait un trait «continu».
La continuité d’une fonction permet d’affirmer que toute équation de la forme f (x) = 0 admet
une solution si les conditions évidentes sont satisfaites. Voici l’énoncé précis :
Théorème 3.2.6 (Valeur intermédiaire). Soit f : [a, b] → R une fonction continue. Si c est un
nombre réel entre f (a) et f (b), alors il existe x0 ∈ [a, b] tel que f (x0 ) = c.
f (b)
c
f (a)
a x0 x
b
Comment justifier l’assertion du théorème ? Il est évident que la situation du théorème se réduit
à celle où f (a) < 0, f (b) > 0 et c = 0. Soit m = a+b 2 le milieu de l’intervalle [a, b]. Si f (m) = 0, on
peut poser x0 = m. Dans le cas contraire il y a deux possibilités : soit f (m) > 0, soit f (m) < 0.
Dans le premier (deuxième) cas f change de signe sur l’intervalle [a, m] (sur [m, b]). En posant a1 =
a, b1 = m dans le premier et a1 = m, b1 = b dans le deuxième cas, on retrouve la situation initiale
sur l’intervalle [a1 , b1 ]. Cet intervalle est de longueur b−a
2 . Ce découpage (dichotomie) par le point
milieu peut être répété. En continuant ainsi, soit on trouve après un nombre fini d’étapes un point
où f s’annule, soit on obtient deux suites (an ) et (bn ) telles que
— (an ) est croissante, (bn ) est décroissante ;
— bn − an = b−a 2n pour tout n ;
— f (an ) < 0, f (bn ) > 0 pour tout n.
44 CHAPITRE 3. CALCUL DIFFÉRENTIEL
La première propriété entraîne que les deux suites convergent : limn→∞ an = u, limn→∞ bn = v. La
deuxième a pour conséquence que u = v :
b−a
v − u = lim bn − lim an = lim (bn − an ) = lim =0.
n→∞ n→∞ n→∞ n→∞ 2n
Puisque f est continue, f (u) = limn→∞ f (an ) ≤ 0 et
La propriété suivante des fonctions continues assurant l’existence d’un maximum sera énoncée
sous forme de théorème sans démonstration.
Théorème 3.2.7 (Théorème de Weierstrass). Soit f : [a, b] → R une fonction continue. Alors f
atteint son maximum : il existe xmax ∈ [a, b] tel que f (x) ≤ f (xmax ) quel que soit x ∈ [a, b].
La même assertion est évidemment aussi valable pour le minimum. En particulier, l’ensemble
des valeurs prises par une fonction continue sur un intervalle fini et fermé est minoré et majoré. La
situation est illustrée par la figure 3.3 page précédente.
Pour la validité du théorème de Weierstrass il est important que l’intervalle soit borné : la fonc-
tion x 7→ x2 définie sur tout R n’est pas majorée. Il est aussi important que la fonction soit définie
aux bornes de l’intervalle ; par exemple, la fonction x 7→ 1/x définie sur l’intervalle ]0, 1] n’est pas
majorée.
3.2. FONCTION CONTINUE 45
xmin
a xmax b x
m
Remarque 3.2.8 (Exercice de logique). Supposons que R : [−1, 1] → R soit une fonction continue
telle que limx→x0 R(x) = 0. Le but est de traduire cette condition dans une forme plus simple mais
équivalente.
Fixons un nombre réel ε > 0. On cherche un intervalle autour de 0 de la forme [− n1 , n1 ] telles que
les valeurs prises par R dans cet intervalle soient de valeur absolue inférieures à ε :
1 1
∀x : x ∈ [− , ] ⇒ |R(x)| < ε .
n n
L’existence de l’intervalle cherché s’exprime donc ainsi :
1 1
∃n, n ≥ 1 ∀x : x ∈ [− , ] ⇒ |R(x)| < ε . (3.1)
n n
Rappelons que cette notation est une abréviation : Si P et Q sont des formules propositionnelles
(c’est-à-dire des phrases avec des «variables»), alors
Ceci veut dire que pour tout n ≥ 1 il existe un point an ∈ [− n1 , n1 ] tel que |R(an )| ≥ ε. La suite (an )n≥1
converge alors vers 0 sans que la suite des valeurs (R(an ))n≥1 ne converge vers 0. Ceci est évidem-
ment en contradiction avec l’hypothèse faite sur R. La négation de (3.1) est donc fausse. Ainsi la
formule (3.1) doit être vraie.
On vient de démontrer que la condition limx→0 R(x) = 0 entraîne
Inversement, supposons que R soit une fonction qui satisfait la formule (3.3). On voudrait démontrer
que R est continue au point 0 selon la définition 3.2.4 page 41. Soit (an ) une suite dans l’inter-
valle [−1, 1] qui converge vers 0. Fixons ε > 0 arbitrairement ; la formule (3.3) fournit alors δ > 0
tel que x ∈ [−δ, δ] entraîne |R(x)| < ε. Mais il existe un indice n0 tel que n ≥ n0 implique |an | < δ
c’est-à-dire an ∈ [−δ, δ]. Ainsi |R(an )| < ε dès que n ≥ n0 . Puisque ε > 0 est arbitraire, ceci
revient à limn→∞ R(an ) = 0. Cet argument est valable pour toute suite qui converge vers 0 tel
que limx→0 R(x) = 0.
Nous avons finalement montré l’équivalence de la propriété limx→0 R(x) = 0 et de la pro-
priété (3.3). Cette caractérisation de la limite d’une fonction avec ε, δ est plus simple que celle
utilisant des suites qui, explicitement écrites, prendraient la forme suivante :
∀(an ), lim an = 0 ∀ε > 0 : ∃n0 (n ≥ n0 ⇒ |R(an )| < ε) .
n→∞
3.3 Dérivée
Une fonction f définie au point x0 pourrait être approchée grossièrement par la valeur f (x0 ). Si
la fonction est continue, alors, par définition, les valeurs prises par f pour des arguments proches
de x0 seront proches de f (x0 ).
Pour faire mieux, on pourrait remplacer la fonction par une sécante passant par deux points (x0 , f (x0 )), (x1 , f (x1 ))
de son graphe (voir figure 3.5). La pente de la sécante est appelée le quotient des différences pour x0
et x1 . Cette sécante est donnée par la fonction suivante :
f (x1 ) − f (x0 )
s(x) = f (x0 ) + (x − x0 ) .
x1 − x0
3.3. DÉRIVÉE 47
t(x) s(x)
f (x)
x0 x1 x
Plus généralement, soit g(x) = xn où n est un nombre entier positif. Le quotient de différences est
g(x) − g(x0 ) xn − xn0 (x − x0 )(xn−1 + xn−2 x0 + · · · + xn−1
0 )
= =
x − x0 x − x0 x − x0
= xn−1 + xn−2 x0 + · · · + x0n−1
tel que
g ′ (x0 ) = lim (xn−1 + xn−2 x0 + · · · + xn−1
0 ) = nxn−1
0 .
x→x0
48 CHAPITRE 3. CALCUL DIFFÉRENTIEL
Souvent il est commode d’écrire la limite du quotient des différences avec un incrément :
Les limites des trois termes sont respectivement 1, 12 et 0. Ainsi on trouve que la dérivée de cos(x)
au point x0 = 0 vaut 0.
La dérivée de sin(x) en un point x ∈ R arbitraire est obtenue en utilisant la relation d’addition :
De la même manière, en utilisant la relation d’addition pour la fonctions cos(x), on obtient la dérivée
bien connue de cette fonction :
d
cos(x) = − sin(x) .
dx
Il est facile de calculer la dérivée d’une fonction construite algébriquement à partir de fonctions
dont on connaît déjà la dérivée. Soient f, g : ]a, b[ → R deux fonctions dérivables au point x0 ∈ ]a, b[.
Alors :
1. f + g est dérivable au point x0 et (f + g)′ (x0 ) = f ′ (x0 ) + g ′ (x0 ) ;
2. f · g est dérivable au point x0 et (f · g)′ (x0 ) = f ′ (x0 )g(x0 ) + f (x0 )g ′ (x0 ) ;
3.3. DÉRIVÉE 49
f
3. si en plus g(x) ̸= 0 pour tout x ∈ ]a, b[, le quotient g est dérivable et
′
f f ′ (x0 )g(x0 ) − f (x0 )g ′ (x0 )
(x0 ) = .
g g(x0 )2
Pour démontrer la règle du quotient on se limite d’abord au cas où le numérateur est constant égal
à 1. Le quotient des différences s’écrit alors comme
1 1 1 1 g(x) − g(x0 )
− = (−1) · .
x − x0 g(x) g(x0 ) g(x0 )g(x) x − x0
En combinant ce résultat avec la règle pour le produit, on aboutit à la formule pour le quotient :
′ ′ ′
f 1 ′ 1 1
(x0 ) = f · (x0 ) = f (x0 ) · + f (x0 ) (x0 )
g g g(x0 ) g
f ′ (x0 ) f (x0 )g ′ (x0 )
= −
g(x0 ) g(x0 )2
f (x0 )g(x0 ) − f (x0 )g ′ (x0 )
′
= .
g(x0 )2
Exemple 3.3.4. Soit f une fonction dérivable et n un entier supérieur à 1. La fonction g(x) = f (x)n
est dérivable et
g ′ (x) = nf (x)n−1 f ′ (x) . (3.4)
On raisonne par récurrence sur l’exposant n. Si n = 1 l’assertion est évidente. Supposons qu’elle soit
vraie pour n, alors on peut écrire
f (x)n+1 = f (x)n · f (x)
50 CHAPITRE 3. CALCUL DIFFÉRENTIEL
alors limh→0 ε(h) = 0 ; en d’autres termes, la fonction ε est continue à l’origine. Avec cette fonction
on peut écrire la formule à trois termes :
Supposons que inversement on dispose d’une fonction η(h) et d’une constante l ∈ R telles que
et telles que lim η(h) = 0, alors la fonction f est dérivable au point x0 et sa dérivée est l. En effet,
h→0
le quotient des différences est
f (x0 + h) − f (x0 )
= l + η(h)
h
et par conséquent
f (x0 + h) − f (x0 )
lim = l + lim η(h) = l .
h→0 h h→0
Remarque 3.3.7. La formule à trois terme (3.5) montre en particulier que l’on a lim f (x0 + h) =
h→0
f (x0 ). Une fonction est continue aux points où elle est dérivable.
Supposons que f, g sont deux fonctions composables, c’est-à-dire que l’image de g soit contenue
dans le domaine de f , que g soit dérivable au point x0 et f dérivable au point g(x0 ). La fonction
composée (f ◦ g)(x) = f (g(x)) est alors dérivable au point x0 . L’exemple 3.3.4 page 49 est une
instance de cette situation : la fonction f de l’exemple est composée avec la fonction x 7→ xn .
Démonstration. Posons y0 = g(x0 ). On va utiliser la formule à trois termes (voir remarque 3.3.6)
pour écrire
et
g(x0 + h) = g(x0 ) + g ′ (x0 ) · h + ε2 (h) · h .
Il faut maintenant insérer la deuxième formule dans la première. L’incrément k est alors
k = g ′ (x0 )h + ε2 (h) · h (3.6)
et la composition prend la forme
f (g(x0 + h)) = f g(x0 ) + g ′ (x0 )h + ε2 (h)h
telle que
f g(x0 + h) − f g(x0 )
= f ′ g(x0 ) · g ′ (x0 )+
h
+ f ′ g(x0 ) · ε2 (h) + ε1 (k) · (g ′ (x0 ) + ε2 (h)) .
Puisque lim ε2 (h) = 0, le deuxième terme à droite tend vers 0. L’incrément k de la formule (3.6) est
h→0
une fonction de h et tend vers 0 lorsque h tend vers 0. Par conséquent, le troisième terme à droite
tend aussi vers 0. Finalement il ne reste que le premier terme :
′ f g(x0 + h) − f g(x0 )
= f ′ g(x0 ) · g ′ (x0 ) .
(f ◦ g) (x0 ) = lim
h→0 h
Exemple 3.3.9. Considérons la fonction h(x) = sin(x2 +2x). La fonction extérieure est f (x) = sin(x)
et la fonction intérieure est g(x) = x2 + 2x. Les dérivées sont alors f ′ (x) = cos(x) et g ′ (x) = 2x + 2.
La règle pour les fonctions composées donne
h′ (x) = f ′ (g(x)) · g ′ (x) = (2x + 2) cos(x2 + 2x) .
Exemple 3.3.10. À partir de la dérivée de la fonction log(x) (le logarithme de base le nombre
d’Euler) on trouve en dérivant l’identité x = log(ex ) selon la règle des fonctions composées
1 d x
1= x · e .
e dx
d x
Par conséquent dx e = ex , la fonction exponentielle de base le nombre de Euler est sa propre
dérivée.
Plus généralement, la règle des fonctions composées permet de trouver la dérivée d’une fonction
exponentielle de base a :
d x d x log(a)
a = e = log(a) · ex log(a) = log(a) · ax .
dx dx
x0 x2
a x1 x3 b x
Figure 3.6 – Les points a, x3 sont des maxima locaux, x1 est un maximum global.
Proposition 3.4.1. Si x0 ∈ ]a, b[ est un extremum local pour la fonction f , alors x0 est un point
critique pour f .
Démonstration. Pour fixer les idées, supposons que x0 soit un maximum local. Il existe par définition
un intervalle ]c, d[ autour de x0 tel que f (x) ≤ f (x0 ) pour tout x ∈ ]c, d[. Ainsi f (x) − f (x0 ) ≤ 0 et
par conséquent
f (x) − f (x0 )
≤0
x − x0
si d > x > x0 . Considérons la suite de terme général xn = x0 + n1 (d − x0 ), n > 0 ; alors
f (xn ) − f (x0 )
f ′ (x0 ) = lim ≤0.
n→∞ xn − x0
Par contre, en considérant la suite de terme général x0 − n1 (x0 − c), on conclut que f ′ (x0 ) ≥ 0. Par
conséquent f ′ (x0 ) = 0.
Dans la figure 3.7 on voit le graphe de la fonction f (x) = x3 dont la dérivée est 3x2 . L’origine x0 =
0 est bien un point critique, f ′ (x0 ) = 0, mais il n’est pas un minimum ou maximum local.
Remarque 3.4.2 (Accroissements finis). Supposons que f : [a, b] → R soit une fonction dérivable
qui prend la même valeur en a et en b (voir la première figure 3.8). Alors il existe au moins un
point x0 ∈ ]a, b[ où la dérivée f ′ (x) s’annule.
En effet, supposons au contraire que f ′ (x) ne s’annule pas dans ]a, b[. Grâce au théorème de
Weierstrass il existe un point xM où f atteint son maximum. Mais xM ne peut pas appartenir à ]a, b[,
puisque ceci impliquerait f ′ (xM ) = 0. Par suite, xM = a ou xM = b. Cet argument s’applique aussi
à tout point xm où f atteint son minimum : xm = a où xm = b. En particulier f (xm ) = f (xM ),
c’est-à-dire f est une fonction constante, ce qui entraîne que f ′ (x) = 0 pour tout x ∈ ]a, b[, contraire
à l’hypothèse.
Soit maintenant g : [a, b] → R une fonction dérivable quelconque. On pose
g(b) − g(a)
f (x) = g(x) − (x − a) .
b−a
La fonction f est la différence entre g et la sécante de g (voir figure 3.8 à droite). Maintenant f (a) =
f (b) = 0 et f est toujours dérivable. Par conséquent, il existe un point x0 ∈ ]a, b[ pour lequel f ′ (x0 ) =
0. La dérivée de f est
g(b) − g(a)
f ′ (x) = g ′ (x) − ,
b−a
54 CHAPITRE 3. CALCUL DIFFÉRENTIEL
x3
−1 x0 = 0 1 x
Figure 3.7 – Le point x0 = 0 est un point critique qui n’est pas un extremum.
x x
a x0 b a x0 b
Méthode de la sécante Cette méthode remplace la fonction f par des sécantes. Soient x1 et x2
deux points distincts où la fonction prend les valeurs f (x1 ) et f (x2 ) respectivement. La sécante
passant par ces deux points de la courbe de f est donnée par la fonction suivante :
f (x2 ) − f (x1 )
s(x) = f (x2 ) + · (x − x2 ) .
x2 − x1
Soit x3 le point où la sécante s’annule ; on a
f (x2 ) − f (x1 )
0 = f (x2 ) + (x3 − x2 ) ,
x2 − x1
tel que
f (x2 )(x2 − x1 )
x3 = x2 − .
f (x2 ) − f (x1 )
Cette construction peut maintenant être répétée en remplaçant le couple x1 , x2 par x2 , x3 pour
trouver x4 . Tant que les nouveaux points construits sont toujours dans le domaine de définition
de la fonction f , la construction se poursuit ; voir la figure 4.1 page suivante Ainsi on obtient une
suite (xn )n≥1 qui, au moins on peut l’espérer, converge vers une solution de l’équation f (x) = 0.
57
58 CHAPITRE 4. APPLICATIONS DU CALCUL INFINITÉSIMAL
xn+1
xn xn+2
On affirme sans démonstration que pour une fonction f qui est dérivable et possède une racine s,
f (s) = 0, telle que f ′ (s) ̸= 0 tout choix de deux points x1 , x2 suffisamment proche de s engendrent
une suite (xn )n≥1 qui converge vers s.
L’algorithme de la sécante a toutefois un défaut grave : si x1 et x2 sont proches, alors les va-
leurs f (x1 ) et f (x2 ) le sont aussi et par suite, le calcul du quotient des différences entraîne une perte
de précision.
Si les deux points choisis pour initialiser l’algorithme ne sont pas suffisamment proches de la
racine, l’algorithme ne converge pas ou produit des valeurs inutilisables, par exemple en dehors de
l’intervalle de définition de la fonction f . Il est même possible que l’algorithme parte dans une boucle
et produit une suite périodique, voir figure 4.2. Dans cette figure le rapport entre les distances |x2 −x3 |
et |x1 − x2 | est le nombre harmonique. En partant de x1 et x2 on trouve x3 puis x4 ; les abscisses x3
et x4 donne à nouveau x1 et x4 , x1 mène à x2 tel que l’algorithme est périodique de période quatre.
x4
x1 x2 x3
Ce calcul peut maintenant être répété en remplaçant x0 par x1 pour trouver x2 et ainsi de suite.
Dans une situation favorable, l’algorithme construit une suite (xn ) dont on espère qu’elle converge
vers la racine cherchée, voir la figure 4.3. La formule qui construit la suite terme à terme est
f (xn )
xn+1 = xn − .
f ′ (xn )
xn xn+1
Il est possible de démontrer que tout choix de x0 suffisamment proche d’une racine r telle
que f ′ (r) ̸= 0 produit une suite qui converge vers r. Il existe alors une constante C qui est in-
dépendante de n telle que
|xn+1 − r| ≤ C |xn − r|2 .
Cette inégalité signifie qu’à chaque itération le nombre de chiffres corrects de l’approximation est dou-
blé.
Si le point initial x0 est choisi trop loin de la racine cherchée, l’algorithme peut ne pas converger,
voir produire des valeurs inutilisable parce que en dehors du domaine de définition de la fonction f .
La suite produite par l’algorithme peut même devenir périodique de période 2 comme le montre la
figure 4.4.
60 CHAPITRE 4. APPLICATIONS DU CALCUL INFINITÉSIMAL
x0
x1
Méthode mixte Si la fonction f n’est pas assez simple pour que l’on puisse calculer explicitement
sa dérivée, on peut quand même approcher la dérivée par un quotient de différences. On fixe un
incrément h pas trop petit mais suffisamment petit pour que
f (x + h) − f (x)
h
f (xn ) · h
xn+1 = xn − .
f (xn + h) − f (xn )
f (x0 + h) − f (x0 )
α= ,
h
l’itération devient
f (xn )
xn+1 = xn − .
a
La simplicité de cette itération est payée par la dégradation de la vitesse de convergence vers la
racine.
Remarque 4.1.2. La difficulté principale pour la mise en œuvre de ces méthodes est de trouver un
point d’initialisation de l’itération suffisamment proche d’une racine. À partir d’un intervalle dans
lequel la fonction f exhibe un changement de signe, la méthode de la dichotomie (voir 6 page 44)
permet de se rapprocher d’une racine. Si l’intervalle obtenu par la dichotomie est suffisamment petit,
son point milieu peut être utilisé pour initialiser l’itération de Newton-Raphson.
4.2. INTÉGRALE 61
4.2 Intégrale
Le calcul d’une intégrale est l’opération inverse de la dérivation.
Définition 4.2.1. Soit f : [a, b] → R une fonction. Une primitive de f est une fonction continue F :
[a, b] → R, dérivable dans l’intervalle ]a, b[ telle que F ′ (x) = f (x) pour tout x ∈ ]a, b[.
Si F, G sont deux primitives pour la fonction f , alors la dérivée de leur différence s’annule
dans ]a, b[. Par conséquent, cette différence est constante (voir le théorème des accroissements fi-
nis 3.4.2 page 53). En d’autres termes, deux primitives pour la même fonction ne se distinguent que
par l’addition d’une constante.
Théorème 4.2.2. [Théorème fondamental du calcul infinitésimal] Toute fonction continue possède
une primitive.
Définition 4.2.3. Soit f : [a, b] → R une fonction continue et F un primitive pour f . L’intégrale
de f est
Z b
f (x) dx = F (b) − F (a) .
a
Même si une fonction continue a plusieurs primitives, l’intégrale est bien définie puisque deux
primitives ne se distinguent que par une constante. La notation de l’intégrale est héritée des ancêtres ;
le signe de l’intégrale est en fait un «S» ancien, faisant référence à la sommation.
Une première approche pour calculer des intégrales, c’est-à-dire de trouver des primitives, est de
lire à l’envers la liste des fonctions bien connues et de leur dérivée. Par exemple, la dérivée de xn ,
n+1
disons pour n entier, est nxn−1 . Donc, la fonction xn+1 est une primitive de xn .
Évidemment, si F et G sont des primitives de f et g respectivement, et si α, β ∈ R sont des
constantes, alors α · F + β · G est une primitive de α · f + β · g.
Par exemple, si P (x) = a0 + a1 x + · · · + ad xd est un polynôme, le polynôme qui suit en est une
primitive :
a1 a2 ad d+1
Q(x) = a0 x + x2 + x3 + · · · + x , Q′ (x) = P (x) .
2 3 d+1
La notation traditionnelle pour une primitive F d’une fonction f est
Z
f (x) dx = F (x) .
C’est la même notation que pour l’intégrale, sauf que les bornes sont omises. Souvent on appelle
une primitive aussi «intégrale indéterminée». Même si beaucoup de livres utilisent cette vénérable
notation, elle cache le fait qu’une primitive n’est pas unique. Deux primitives se distinguent par une
constante. On est donc amené à écrire des formules comme la suivante
x3
Z
x2 dx = +C,
3
où C est une constante arbitraire.
La lecture à l’envers des règles de dérivation pour les fonctions élémentaires donne le tableau
suivant :
α+1
— xα dx = xα+1 + C si α ̸= −1 ;
R
R dx
— R x = log |x| + C ;
— sin(x) dx = − cos(x) + C ;
62 CHAPITRE 4. APPLICATIONS DU CALCUL INFINITÉSIMAL
R
— cos(x) dx = sin(x) + C ;
dx
R
— cos2 (x) = tan(x) + C ;
dx
R
— sin2 (x) = − cot(x) + C ;
R
— tan(x) dx = − log | cos(x)| + C ;
R
— cot(x) dx = log | sin(x)| + C ;
ex dx = ex + C ;
R
—
ax
ax dx = log(a)
R
— +C;
dx
R
— 1+x2 = arctan(x) +C;
dx 1 x
R
— a2 +x2 = a arctan a + C ;
dx 1 a+x
R
— a2 −x2 = 2a log a−x + C ;
dx
R
— √
2
= arcsin(x) + C ;
R 1−x dx
= arcsin xa + C ;
— √
a 2 −x2
√
— √xdx
R
2 ±a2
= log |x + x2 ± a2 | + C.
Soit F une primitive de la fonction continue f : [a, b] → R. D’après la formule des accroissements
finis, il existe un point x0 ∈ ]a, b[ tel qu’on peut écrire F ′ (x0 )(b − a) = F (b) − F (a). En d’autres
termes,
Z b
f (x) dx = f (x0 ) · (b − a) . (4.1)
a
L’équation (4.1) est appelé le théorème de la moyenne. En particulier, puisque la fonction continue f
est minorée et majorée, il existe des réels m et M tels que m ≤ f (x) ≤ M pour tout x ∈ [a, b],
l’équation (4.1) entraîne
Z b
m · (b − a) ≤ f (x) dx ≤ M · (b − a) .
a
Si la fonction f est positive, c’est-à-dire si f (x) ≥ 0 pour tout x ∈ [a, b], l’égalité (4.1) montre que
Rb
l’intégrale a f (x) dx est un nombre positif. Si f et g sont deux fonctions telles que f (x) ≥ g(x) pour
tout x ∈ [a, b], alors la différence h(x) = f (x) − g(x) est une fonction positive, et on obtient
Z b Z b
f (x) dx ≥ g(x) dx . (4.2)
a a
et par suite
Z b Z b
f (x) dx ≤ |f (x)| dx .
a a
Cette inégalité est appelée inégalité triangulaire pour l’intégrale ; on peut voir l’intégrale comme une
limite de sommes, et l’inégalité triangulaire pour ces sommes devient alors l’inégalité triangulaire
pour l’intégrale.
Justement, voici l’interprétation géométrique de l’intégrale. Commençons par remarquer qu’un
point intermédiaire c ∈ [a, b] donne lieu à la relation de Chasles pour l’intégrale :
Z b Z c Z b
f (x) dx = f (x) dx + f (x) dx . (4.3)
a a c
4.2. INTÉGRALE 63
a0 = a , a1 = a + h , a2 = a + 2h , . . . , an = a + nh = b .
Pour chacun des intervalles [ak−1 , ak ], k = 1, . . . , n, il existe un point xk ∈ ]ak−1 , ak [ tel que
Z ak
f (x) dx = f (xk ) · h .
ak−1
a = a0 a1 xi xi+1 an−1 an = b
base est de longueur h et la hauteur f (xk ). Quand le nombre d’intervalles augmente, l’aire délimitée
par les rectangles épouse de mieux en mieux l’aire délimitée par le graphe de la fonction f . Ainsi il
est naturel dedéfinir l’aire A délimitée par le graphe de f et l’axe des abscisses par l’intégrale :
Z b
A= f (x) dx . (4.5)
a
L’aire ainsi défini a un signe : la contribution de la partie du graphe qui se trouve éventuellement
sous l’axe des abscisses est négative.
Les règles de dérivations, comme celle pour la dérivée d’une composition de fonctions et celle
pour la dérivée d’un produit, mènent à des règles de calcul pour l’intégrale.
64 CHAPITRE 4. APPLICATIONS DU CALCUL INFINITÉSIMAL
′
1. Une fonction de la forme uu(x)
(x)
a comme primitive la fonction F (x) = log(u(x)). Plus généra-
′ ′
lement, si f (x) = G (u(x)) · u (x), alors G(u(x)) est une primitive pour f ; c’est simplement
la règle de dérivation d’une fonction composée. Pour l’intégrale cette observation donne lieu
à la formule suivante :
Z b Z u(b)
G′ (u(x))u′ (x) dx = G(u(b)) − G(u(a)) = G′ (x) dx .
a u(a)
En écrivant g(x) = G′ (x) cette formule prend la forme connue comme la règle de substitution :
Z b Z u(b)
g(u(x))u′ (x) dx = g(x) dx . (4.6)
a u(a)
C’est la règle de l’intégration par parties (IPP) : la fonction à intégrer est décomposée en
un produit d’une fonction dont on connaît déjà une primitive, le facteur f , et une deuxième
fonction dont on sait calculer la dérivée, tout en espérant que l’intégrale à droite est plus facile
à calculer. Le but de l’opération est le passage de l’intégrale de F ′ (x)G(x) à celle de F (x)G′ (x),
la dérivée sautant d’un facteur à l’autre.
En utilisant la notation traditionnelle de l’intégrale indéterminée pour les primitive, la règle
de l’intégration par partie prend une forme très simple :
Z Z
f (x)G(x) dx = F (x)G(x) − F (x)g(x) dx . (4.8)
Toute la difficulté dans l’application de cette règle est de trouver la bonne factorisation de la
fonction à intégrer pour faire avancer le calcul.
Exemple 4.2.4. Considérons la figure 4.6 qui suggère de calculer l’aire A, l’aire du secteur d’angle α.
On a déjà vu un argument pour calculer cette aire (voir l’exemple 2.4.1 page 32), mais la défini-
tion (4.5) donne une interprétation plus rigoureuse de la notion d’aire.
√ du secteur additionnée de l’aire du triangle OP Q est égale à l’aire sous le
Selon la figure, l’aire
graphe de la fonction 1 − x2 entre les argument cos(α) et 1 :
Z 1 p 1
A= 1 − x2 dx + sin(α) cos(α) .
cos(α) 2
√
Il faut chercher une primitive de la fonction
√ 1 − x2 ; on tente une intégration par partie en consi-
dérant cette fonction comme produit 1 · 1 − x2 . Le premier facteur a comme primitive évidente la
4.3. MÉTHODES NUMÉRIQUES POUR L’ÉVALUATION D’UNE INTÉGRALE 65
α
(cos(α), sin(α)) = Q
P
−1 cos(α) O 1
fonction x :
x2
Z p p Z
1 − x2 dx = x 1 − x2 + √
dx
1 − x2
1 − x2
Z Z
p dx
= x 1 − x2 − √ dx + √
1−x 2 1 − x2
Z p Z
p dx
= x 1 − x2 − 1 − x2 dx + √ .
1 − x2
Après cette intégration par parties, apparemment le calcul n’a pas avancé : le même intégrale apparaît
encore à droite. Mais l’intégrale en question est du signe opposé à droite, de sorte que
Z p Z
p dx
2 1 − x2 dx = x 1 − x2 + √ .
1 − x2
L’intégrale à gauche est trouvée dans la table à la page 61, ce qui donne finalement le résultat suivant :
Z p
1 p
1 − x2 dx = x 1 − x2 + arcsin(x) .
2
1 p α
A= − cos(α) 1 − cos2 (α) + α + sin(α) cos(α) = .
2 2
Ce résultat est en accord avec la formule obtenue dans l’exemple 2.4.1 page 32.
Remarque 4.2.5. Même si le théorème fondamental du calcul infinitésimal garantit l’existence d’une
primitive pour toute fonction continue, il n’est que rarement possible d’exprimer cette primitive en
termes simples par des fonctions élémentaires et leurs combinaisons algébriques. D’où la nécessité de
méthodes numériques permettant de donner une approximation de la valeur d’une intégrale.
f (a)+f (b)
2 · (b − a)
a b
Méthode des trapèzes Cette méthode remplace la fonction à intégrer par une sécante, comme
dans la figure 4.7. Ceci est équivalent à remplacer la fonction par la constante égale à la moyenne
des valeurs prises aux bords de l’intervalle :
Z b
f (a) + f (b)
f (x) dx ≈ · (b − a) . (4.9)
a 2
a a+h a + 2h a + nh = b
L’approximation par la sécante est évidemment très grossière. Mais en décomposant l’inter-
valle [a, b] d’une façon régulière, l’approximation par la sécante dans chaque sous-intervalle devient
plus précise (voir figure 4.8) : soit n > 0 un entier et h = b−a n la longueur commune des sous-
intervalles ; les points de la subdivision sont alors
Comme approximation de l’intégrale étendue sur [a, b] on obtient de cette façon la formule suivante :
Z b
b − a h f (a0 ) + f (a1 ) f (a1 ) + f (a2 ) f (an−1 ) + f (an ) i
f (x) dx ≈ + + ··· +
a n 2 2 2
b − a f (a) + f (b)
= + f (a1 ) + f (a2 ) + · · · + f (an−1 )
n 2
= Tn (f ) .
La formule Tn (f ) est appelée la quadrature du trapèze. Il suffit que la fonction f soit continue pour
Rb
que limn→∞ Tn (f ) = a f (x) dx. Si la fonction f est dérivable, alors il existe une constante C,
indépendante de n, telle que pour tout n > 0,
Z b
C
Tn (f ) − f (x) dx ≤ 2 . (4.10)
a n
Exemple 4.3.1 (Observation de la convergence). Voici des résultats de calcul pour l’intégrale
R π/2
0
sin(x) dx = 1. Pour passer d’une ligne à la suivante, l’ordre de la subdivision est doublé. L’es-
timation (4.10) laisse penser que l’erreur est alors divisée approximativement par un facteur 4. La
dernière colonne du tableau montre les rapports entre deux erreurs successives.
n T (n) err r
1 0.785398 0.2146
2 0.948059 0.05194 4.13168
4 0.987116 0.01288 4.03134
8 0.996785 0.003215 4.00774
16 0.999197 0.0008033 4.00193
32 0.999799 0.0002008 4.00048
f (x)
p(x)
a a+h b = a + 2h
Les polynômes l0 , l1 , l2 ne dépendent que des points a, a + h et a + 2h, mais pas de la fonction f .
Comme approximation de l’intégrale de f on calculera l’intégrale du polynôme p :
Z b Z b
f (x) dx ≈ p(x) dx .
a a
La formule de Lagrange donne explicitement la dépendance de l’intégrale de p par rapport aux valeurs
de f :
Z b Z b Z b Z b
p(x) dx = f (a) l0 (x) dx + f (a + h) l1 (x) dx + f (a + 2h) l1 (x) dx
a a a a
= f (a) · A + f (a + h) · B + f (a + 2h) · C .
2
3. Finalement on prend f (x) = (x−a−h)2 tel que f (a) = f (a + 2h) = 1, f (a + h) = 0 ; un calcul
Rhb
facile montre que l’intégrale est a f (x) dx = 32 h ; ainsi
2
h=A+C .
3
h
De ces équation on déduit d’abord de la deuxième relation A = C, puis de la troisième A = C = 3
et finalement on trouve B = 34 h. L’approximation cherchée prend maintenant la forme
Z b
h
f (x) dx ≈ f (a) + 4f (a + h) + f (a + 2h) . (4.11)
a 3
h
Sn (f ) = f (a0 ) + 4f (a1 ) + f (a2 )
3
h
+ f (a2 ) + 4f (a3 ) + f (a4 )
3
..
.
h
+ f (a2n−2 + 4f (a2n−1 ) + f (a2n )
3
h
= f (a) + f (b)
3
+ 4 f (a1 ) + f (a3 ) + · · · + f (a2n−1 )
+ 2 f (a2 ) + f (a4 ) + · · · + f (a2n−2 ) .
Comme pour la quadrature du trapèze on peut donner une estimation de l’erreur de calcul commis
par S2n . Si f admet 4 dérivées dans [a, b], alors il existe une constante C telle que
Z b
C
S2n (f ) − f (x) dx ≤ . (4.12)
a n4
Exemple 4.3.3 (Observation de la convergence). Voici des résultats de la méthode de Simpson pour
R π/2
l’intégrale 0 sin(x) dx = 1. Ce tableau est à comparer avec celui de l’exemple 4.3.1 ; le calcul de
S2n necéssite 2n + 1 évaluation et il faut comparer cette quadrature de Simpson avec T2n . La formule
(4.12) laisse penser que le doublement du nombre des points de subdivision réduit l’erreur par un
facteur 16 ; ce que confirme le tableau.
n S(2n) err r
1 1.002279877 0.00228
2 1.000134585 0.0001346 16.94
4 1.000008296 8.296e-06 16.224
8 1.000000517 5.167e-07 16.055
16 1.000000032 3.227e-08 16.014
32 1.000000002 2.016e-09 16.003
70 CHAPITRE 4. APPLICATIONS DU CALCUL INFINITÉSIMAL
Remarque 4.3.4 (Simpson vs trapèze). La quadrature de Simpson est une combinaison de qua-
dratures du trapèze. La relation entre les deux méthodes est
4T2n (f ) − Tn (f )
S2n (f ) = (4.13)
3
Ceci se vérifie facilement au niveau de la formule simple de la méthode de Simpson. On pose h = b−a
pour la longueur de l’intervalle tel que les formules simples précédentes deviennent comme suit :
h
T1 = [f (a) + f (b)]
2
h
T2 = [f (a) + 2f (a + h/2) + f (b)]
4
h
4T2 − T1 = [f (a) + 4f (a + h/2) + f (b)]
2
tel que
4T2 − T1 h
= [f (a) + 4f (a + h/2) + f (b)] = S2 .
3 6
Ceci entraîne la relation linéaire (4.13) pour les méthodes composées.
La formule générale pour h(n) pourrait se justifier par récurrence sur l’ordre n.
Fixons maintenant un point x0 ∈ I. On a considéré la tangente au point x0 ,
comme approximation de la fonction f autour de x0 : t(x) prend la même valeur et la même dérivée
que f au point x0 . Ce point de vue peut être élargi ; on cherche un polynôme
T (x) = a0 + a1 (x − x0 ) + a2 (x − x0 )2 + · · · + an (x − x0 )n
qui prend en x0 la même valeur et les mêmes dérivées que f jusqu’à l’ordre n. Explicitement, ces
conditions sont
T (x0 ) = f (x0 )
T ′ (x0 ) = f ′ (x0 ) = a1
T ′′ (x0 ) = f ′′ (x0 ) = 2a2
T (3) (x0 ) = f (3) (x0 ) = 2 · 3a3
..
.
T (n) (x0 ) = f (n) (x0 ) = n! an .
x3 x5 x(2n+1)
T (x) = x − + − · · · + (−1)n .
3! 5! (2n + 1)!
Exemple 4.4.3. Soit g(x) = ex et x0 = 1. Les dérivées de cette fonction sont g (n) (x) = g(x) = ex .
Le polynôme de Taylor à l’ordre n est
1 1 1
T (x) = e 1 + (x − 1) + (x − 1)2 + (x − 1)3 + · · · + (x − 1)n .
2 6 n!
Si Tn (x) est le polynôme de Taylor de la fonction f (pour un certain point x0 ), la différence Rn (x) =
f (x) − Tn (x) est appelée le reste du développement de Taylor à l’ordre n. Autrement dit, on a
Comme dans le cas de l’ordre 1, où le polynôme de Taylor est de degré 1, le reste disparaît plus
rapidement que tous les autres termes du polynôme de Taylor quand x s’approche de x0 . Voici un
énoncé précis :
Théorème 4.4.4 (Développement de Taylor). Soit f : I → R une fonction admettant des dérivées
à l’ordre n + 1, x0 ∈ I et Tn (x) le polynôme de Taylor de f à l’ordre n au point x0 . Alors pour
tout x ∈ I
C
|Rn (x)| = |f (x) − Tn (x)| ≤ |x − x0 |n+1 ,
(n + 1)!
où C est une constante majorant |f (n+1) (x)|, x ∈ I.
72 CHAPITRE 4. APPLICATIONS DU CALCUL INFINITÉSIMAL
f ′′ (x0 )
f (x) = f (x0 ) + f ′ (x0 )(x − x0 ) + (x − x0 )2 +
2
f (n) (x0 ) (x − x0 )n+1
··· + (x − x0 )n + Q(x) ,
n! (n + 1)!
ce qui définit Q(x). On considère maintenant aussi x comme fixé, disons x > x0 et on pose pour t ∈
[x0 , x]
f ′′ (t)
F (t) = f (x) − f (t) − f ′ (t)(x − t) − (x − t)−
2
f (n) (t) (x − t)n+1
··· − (x − t)n + Q(x) .
n! (n + 1)!
La dérivation de cette fonction par rapport à t est
f (3) (t)
F ′ (t) = −f ′ (t) + f ′ (t) − f ′′ (t)(x − t) − f ′′ (t)(x − t) + (x − t)2 +
2
f (n+1) (t) (x − t)n
··· − (x − t)n + Q(x)
n! n!
f (n+1) (t) (x − t)n
=− (x − t)n + Q(x) .
n! n!
On constate que F (x) = 0 et aussi F (x0 ) = 0. Il y a donc un point ξ ∈ ]x0 , x[ tel que F ′ (ξ) = 0 ;
ainsi on obtient la relation suivante :
(x − ξ)n ) (x − ξ)n (n+1)
Q(x) = f (ξ) ,
n! n!
ou, en simplifiant,
Q(x) = f (n+1) (ξ) .
Si C est une borne pour la dérivée d’ordre n + 1 de f , on trouve comme annoncé
C
|Rn (x)| ≤ |x − x0 |n+1 ,
(n + 1)!
ce qui achève la démonstration du théorème 4.4.4 page précédente.
4.4. POLYNÔME DE TAYLOR 73
Exemple 4.4.6 (Critère suffisant pour extrémum local). Soit f une fonction définie dans un inter-
valle ]a, b[ et qui admet 2n + 1 dérivées dans cet intervalle. Soit x0 ∈ ]a, b[ un point critique de f , .
Si f ′′ (x0 ) > 0, alors le point x0 est un minimum local. Plus généralement, si
alors le point x0 est un minimum local. En effet, la formule de Taylor devient dans cette situation
simplement
f (2n) (x0 )
f (x) = f (x0 ) + (x − x0 )2n + R2n (x) (4.14)
(2n)!
et il y a une constante C telle que |R2n (x)| ≤ C|x − x0 |2n+1 . Supposons maintenant que x ̸= x0 .
Alors on peut écrire la formule (4.14) comme
(2n)
f (x0 ) R2n (x)
f (x) = f (x0 ) + + (x − x0 )2n . (4.15)
(2n)! (x − x0 )2n
1 f (2n) (x0 )
C|x − x0 | ≤ ,
2 (2n)!
alors
R2n (x) |R2n (x)| C |x − x0 |2n+1 1 f (2n) (x0 )
2n
= 2n
≤ 2n
= C |x − x0 | ≤ .
(x − x0 ) |x − x0 | |x − x0 | 2 (2n)!
On en déduit que dans la relation (4.15) l’expression entre crochets est positive :
Dans la relation (4.15), le facteur (x − x0 )2n est strictement positive telle que si |x − x0 | est suffi-
samment petit et si x ̸= x0 , l’inégalité
f (x) > f (x0 )
a lieu. En d’autres termes, x0 est un minimum local. C’est même un minimum local strict dans le
sens qu’il n’y a pas d’autre minimum local proche de x0 (c’est un minimum local isolé).
Le théorème suivant résume le résultat du calcul que l’on vient de faire. L’énoncé analogue, avec
la dérivée f (2n) strictement négative au point critique, permet de déterminer un maximum local isolé.
Théorème 4.4.7 (Détermination d’un point critique). Soit f : I → R une fonction définie dans un
intervalle ouvert et qui admet des dérivées d’ordre 2n. Supposons que pour x0 les conditions suivantes
sont satisfaites :
Alors le point x0 est un minimum local. Plus précisement, il existe δ > 0 tel que le point x0 est le
seul minimum dans l’intervalle [x0 − δ, x0 + δ].
74 CHAPITRE 4. APPLICATIONS DU CALCUL INFINITÉSIMAL
Cette définition a un intérêt quand g(x) tend vers 0 lorsque x tend vers x0 . La fonction dominée f
tend alors «plus rapidement» vers 0.
Le fait que f domine g est noté par f (x) = O(g(x)) et on dit que «f est un grand Oh de g». De la
même façon on peut dire que f est un grand Oh de g pour x qui tend vers x0 ∈ I si f (x) ≤ A|g(x)| dès
que x est suffisamment proche de x0 . On note cette situation comme f (x) = O(g(x)) pour x → x0 , ou
plus brièvement par f (x) = O(g(x)) [x → x0 ]. L’enjeu de cette définition est qu’elle fait disparaître les
constantes sous une quantification existentielle. L’information sur δ et A est en général très difficile
à obtenir, mais aussi souvent sans beaucoup d’utilité.
Si f1 et f2 sont deux fonctions, on se permet d’écrire f1 (x) = f2 (x) + O(g(x)) dans la situation
où f1 (x) − f2 (x) = O(g(x)). L’expression O(g(x)) est traité comme un terme indéterminé pour
lequel une inégalité de la forme ≤ A|g(x)| est valable. Mais il n’est pas permis de conclure des
assertions f1 (x) = O(g(x)) et f2 (x) = O(g(x)) que l’on a égalité, f1 (x) = f2 (x).
Il est possible de calculer avec la relation de domination. Par exemple, si f1 , f2 sont des fonc-
tion O(g), alors f1 (x) + f2 (x) = O(g). Si h est une fonction quelconque, et si f (x) = O(g),
alors h(x)f (x) = O(h(x)g(x)).
Une façon moins précise de formuler le théorème sur le polynôme de Taylor (voir 4.4.4 page 71),
mais en général tout à fait suffisante, est maintenant la suivante :
Exemple 4.5.3. Soit a un nombre tel que f (x) = a+O(|x−x0 |) lorsque x → x0 . Alors limx→x0 f (x) =
a.
√
Considérons la fonction f (x) = x x :√certainement f (x) = O(x). Dans la définition de la domina-
tion, on peut prendre δ arbitraire et A = δ, c’est-à-dire on peut choisir la constante A arbitrairement
petite. Mais f (x) = O(x2 ) n’est pas vrai. La fonction f représente un cas intermédiaire entre la do-
√
mination par x et la domination par x2 . Elle satisfait limx→0 f (x)
x = 0. On dit alors que f (x) = x x
est négligeable devant x.
Définition 4.5.4 (Fonction négligeable). Soient f, g : I → R deux fonctions définies dans l’intervalle
I qui contient 0 et on suppose que g(x) ̸= 0 pour tout x ̸= 0. La fonction f est négligeable devant g
au voisinage de 0 si
f (x)
lim =0.
x→0 g(x)
4.5. COMPARAISON DE FONCTIONS 75
La notation pour cette situation est f (x) = o(g(x)) et on dit f est un «petit oh» devant g. Plus
généralement on peut dire que f (x) = o(g(x)) [x → x0 ] (lorsque x tend vers x0 ), si
f (x)
lim =0.
x→x0 g(x)
Cette formulation suppose que la fonction ne s’annule pas pour x ̸= x0 . On peut exprimer la même
situation sans cette hypothèse : pour tout ε > 0 il existe δ > 0 tel que |x − x0 | ≤ δ implique
|f (x)| ≤ ε|g(x)| .
En utilisant un peu plus de soins que dans l’argument justifiant la formule de Taylor, on peut obtenir
cette formule à l’ordre n avec l’hypothèse que la fonction en question admet seulement n dérivées.
Elle prend alors la forme
Justifiction de la règle de l’Hôpital. D’abord une remarque qui permet de diviser un terme o(hn ) par
hn . Considérons une fonction R(h) = o(hn ). On pose
(
R(h)/hn si h ̸= 0
r(h) =
0 si h = 0 .
Cette nouvelle fonction satisfait R(h) = hn r(h). En plus, si ε > 0 est arbitraire et |R(h)| ≤ ε|hn |,
alors |r(h)| ≤ ε. Par conséquent r(h) = o(1). Ainsi on a justifié la «division» o(hn ) = hn o(1).
Les hypothèses entraînent que les formules de Taylor pour les deux fonctions en question sont de
la forme
1 (n)
f (x0 + h) = f (x0 )hn + o(hn )
n!
1
g(x0 + h) = g (n) (x0 )hn + o(hn ) .
n!
Avec la remarque que l’on vient de faire on peut écrire
hn (n)
f (x0 + h) = f (x0 ) + o(1)
n!
hn (n)
g(x0 + h) = g (x0 ) + o(1) .
n!
Après simplification par hn /n! le quotient dont on cherche la limite est
cycles
T (n)
100n2
n2
n0 n
Dans l’exemple fictif de la figure 4.10, on dit que T (n) est O(n2 ). Dans la situation de cette
définition on se permet d’écrire T (n) = O(f (n)). L’avantage de cette notation est justement qu’elle
laisse implicite les constantes n0 et A.
S(n) = 1 + 2 + · · · + n .
n(n+1)
Nous savons que S(n) = 2 . Puisque
n2 n n2 n2
S(n) = + ≤ + = n2 ,
2 2 2 2
on peut dire que S(n) = O(n2 ) ; les constantes n0 = 0 et A = 1 sont des choix possibles pour
satisfaire les condition de la définition. Le renseignement S(n) ≤ An2 est certainement moins précis
que la formule explicite, mais il est peut-être suffisant pour estimer le coût d’un algorithme.
2
Un renseignement plus précise est de dire que la différence S(n) − n2 est un O(n). Autrement
2 2
dit, S(n) = n2 + R(n) est composé d’un terme dominant n2 un d’un reste R(n) = O(n).
Si S, T : N → R sont deux fonctions, on dit que S(n) = T (n)+O(g(n)), si la différence S(n)−T (n)
est O(f (n)). De cette façon on peut indiquer précisément le comportement dominant à un reste près
dont on donne le comportement asymptotique.
Dans la liste suivante le polynôme P est de plus en plus précisément caractérisé dans son comporte-
78 CHAPITRE 4. APPLICATIONS DU CALCUL INFINITÉSIMAL
ment asymptotique :
P (n) = O(nd )
P (n) = ad nd + O(nd−1 )
P (n) = ad nd + ad−1 nd−1 + O(nd−2 )
.. ..
. .
P (n) = ad nd + ad−1 nd−1 + · · · + a0 .
D’une façon analogue à la notion de domination asymptotique, on peut formuler la notion d’une
fonction asymptotiquement négligeable par rapport à une autre.
Dans le cas où f est asymptotiquement négligeable devant g on écrit f (n) = o(g(n)) et on dit que f
est un «petit oh» de g. Si g(n) ̸= 0, la condition f (n) = o(g(n)) est équivalente à limn→∞ f (n)/g(n) =
0. Dire que f (n) = o(1) est la même chose que dire que la suite (f (n))n∈N converge vers 0.
1 n n
log(n) − log(n0 ) ≤ (n − n0 ) = −1< ,
n0 n0 n0
log(n) 2
≤ .
n n0
Mais n0 peut être choisi arbitrairement et on voit finalement que l’assertion en question est vraie.
L’argument que l’on vient de donner est simplement la traduction en formule algébrique de
l’observation qu’on peut faire sur la courbe du logarithme : la pente de la tangente tend vers 0.
x2
log(1 + x) = x − + O(x3 ) .
2
Par suite on obtient un développement asymptotique
1 1 1 1
log 1 + = − 2 +O 3 .
n n 2n n
En multipliant par n on trouve le développement
1 1 1
n log 1 + =1− +O 2 .
n 2n n
On ne voit pas seulement que limn→∞ n log(1 + 1/n) = 1, mais on obtient aussi une description
asymptotique de la vitesse avec laquelle cette limite est atteinte.
Avec la limite précédente on peut calculer une limite que nous avons déjà utilisée. Dans la suite
de terme général n
1
1+
n
on prend des puissance de plus en plus grand d’un nombre qui s’approche de 1. Est-ce que cette suite
converge ? La réponse devient immédiatement évidente si on écrit
n
1
1+ = en log(1+1/n) .
n
On sait que la fonction ex est continue et on connaît la limite de la suite dans l’exposant, donc
n
1
lim 1+ = elimn→∞ n log(1+1/n) = e1 = e .
n→∞ n
Mais le développement donne même une description de la vitesse avec laquelle cette suite converge.
Puisque ex = 1 + x + O(x2 ), on peut écrire
n log(1+1/n) 1
1− 2n +O(1/n2 ) 1
− 2n +O(1/n2 ) 1 1
e =e =e·e =e 1− +O 2 ,
2n n
tel que n
1 e 1
1+ −e= +O 2 .
n 2n n
log(n)
lim =0.
n→∞ n
√
Cette limite permet de donner le comportement asymptotique de n n lorsque n tend vers ∞. Dans
le terme général de cette suite il y a deux processus concurrents : Si on fixe le nombre sous √ la racine,
√
n n , alors ce terme tend vers 1 lorsque n tend vers infini ; si on fixe l’ordre de la racine, n0 n, alors
0
ce terme tend vers infini avec n.
80 CHAPITRE 4. APPLICATIONS DU CALCUL INFINITÉSIMAL
√ log(n) log(n)
n
n = n1/n = e n =1+O
n
et par conséquent
√
n
lim n=1.
n→∞
Il est facile de donner une caractérisation asymptotique de cette convergence en poussant le déve-
loppement de Taylor un terme plus loin ; on a
ex = 1 + x + O(x2 )
tel que
√
n
log(n)log(n) log(n)2
n=e n =1+ +O .
n n2
Ainsi on peut voir que la partie dominant de la différence lorsque n tend vers infini est :
√ log(n) log(n)2
n
n−1= +O .
n n2
La relation f (n) = O(g(n)) est une relation unilatérale, une fonction domine et une autre est
dominée. Si on a en même temps aussi g(n) = O(f (n)), on dit que f (n) = Θ(g(n)), f est un «théta»
de g. Ceci est une notation lamentable, mais utilisée dans la littérature traitant d’algorithmes. Il
est évident qu’on obtient ainsi une relation d’équivalence pour les fonctions définies sur les entiers
naturels.
La relation f (n) = Θ(g(n)) signifie qu’il y a une constante A > 0 et un seuil n0 tels que pour
tout n ≥ n0 ,
A−1 |g(n)| ≤ |f (n)| ≤ A |g(n)| .
Si g ne s’annule pas, au moins au-delà d’un seuil, ceci est équivalent à la condition
f (n)
A−1 ≤ ≤A.
g(n)
Définition 4.6.8 (Équivalence asymptotique). Soient f, g : N → R deux fonctions telles que g(n) ̸= 0
si n est suffisamment grand. Alors f et g sont asymptotiquement équivalentes si
f (n)
lim =1.
n→∞ g(n)
Cette relation entre f et g est souvent notée simplement par f ∼ g. En apparence la définition
n’est pas symétrique entre les deux fonctions. Mais si limn→∞ f (n)/g(n) = 1, alors f (n) ̸= 0 dès
que n est suffisamment grand. La relation est évidemment transitive et réflexive, il s’agit d’une
relation d’équivalence.
tel que
P (n) 1
=1+O
ad nd n
et par conséquent
P (n)
lim =1.
n→∞ ad nd
Si Q(n) est un deuxième polynôme, de degré e et de coefficient principal be , alors on a
P (n) ad d−e
∼ n .
Q(n) be
f (x)
1 2 3 n−1 n x
Théorème 4.6.11 (Comparaison avec une intégrale). Soit f : ]0, ∞[ → R une fonction continue,
décroissante et à valeurs positives.
82 CHAPITRE 4. APPLICATIONS DU CALCUL INFINITÉSIMAL
Rn
1. S(f, n) converge lorsque n tend vers l’infini si et seulement si 1
f (x) dx converge.
Rn
2. Si S(f, n) ne converge pas, alors S(f, n) ∼ 1 f (x) dx.
Exemple 4.6.12 (Sommes harmoniques). La n-ième somme harmonique Hn est la somme des
inverses des entiers de 1 à n :
1 1 1
Hn = 1 + + + · · · + .
2 3 n
On prétend que Hn ∼ log(n). Les termes de la somme Rn H n sont les évaluations aux entiers de la
fonction 1/x dont la primitive est log(x). L’intégrale 1 dx x = log(n) ne converge pas lorsque n tend
vers infini. Par conséquent,
Z n
Hn = S(f, n) ∼ f (x) dx = log(n) .
1
Justification de la comparaison avec intégrale. En se référant à la figure 4.11, on considère sur chacun
des intervalles [1, 2], . . . , [n − 1, n] le rectangle de hauteur
f (1), f (2), . . . , f (n − 1)
respectivement. La réunion de ces rectangles contient l’aire sous la courbe de f entre les abscisse 1
jusqu’à n. L’aire de chaque rectangle est obtenue comme le produit de sa hauteur avec la longueur
de sa base. Donc Z n
f (1) + f (2) + · · · + f (n − 1) ≥ f (x) dx . (4.16)
1
Considérons les rectangles de même bases mais de hauteurs f (2), . . . , f (n). La réunion de ces rec-
tangles est contenue dans l’aire sous la courbe f entre les abscisse 1 et n. Ainsi
Z n
f (2) + · · · + f (n) ≤ f (x) dx . (4.17)
1
En ajoutant les termes de la somme S(f, n) manquants, on obtient à partir des deux inégalités (4.16)
et (4.17) les deux relations suivantes :
Z n
S(f, n) ≥ f (n) + f (x) dx
1
Z n
S(f, n) ≤ f (1) + f (x) dx .
1
Puisque la somme et l’intégrale sont des fonctions croissantes de n (on rappelle que f est supposée
positive), on voit par la première inégalité que si S(f, n) converge, la suite des intégrales est bornée
et par conséquent convergente.
De même, la deuxième inégalité montre que si la suite des intégrale converge, la suite des S(f, n)
est bornée et par conséquent convergente.
Rn Ceci démontre le premier point de l’assertion.
Supposons maintenant que 1 f (x) dx n’est pas bornée comme fonction de n. On divise les deux
inégalité par l’intégrale ce qui donne les deux inégalités suivantes :
f (n) S(f, n) 1
Rn +1 ≤ Rn ≤ 1+ Rn .
1
f (x) dx 1
f (x) dx 1
f (x) dx
L’hypothèse sur l’intégrale entraîne que les deux termes au bords convergent vers 1. La règles dites
des «gendarmes» permet d’affirmer que le terme au milieu converge aussi vers 1 lorsque n tend vers
infini, ce qui démontre le deuxième point.
Chapitre 5
Plusieurs variables
sin(x21 + x22 )
√ . (5.1)
x1 + x2
L’expression dans le numérateur définit une fonction sur tout R2 . L’expression du dénominateur
définit un nombre réel seulement si x1 + x2 ≥ 0. Le quotient est définit seulement si le nombre dans
le dénominateur est différent de 0. Ainsi l’expression (5.1) définit une fonction sur le domaine suivant
D = (x1 , x2 ) ∈ R2 | x1 + x2 > 0 .
Pour rester plus concret on ne parlera dans la suite surtout de fonctions à deux ou trois variables ;
mais toutes les assertions ont une formulation valable pour un nombre arbitraire de variables.
Dans le cas d’une fonction à d = 2 variables et si le domaine D est suffisamment simple, on peut re-
présenter les valeurs prises par la fonction d’une façon graphique : l’ensemble des triplets (x, y, f (x, y))
où (x, y) parcours de domaine D, dessine une surface dans l’espace tridimensionel. Par exemple la
fonction g(x, y) = sin(x2 + y 2 ), considéré comme fonction sur le domaine D = {−1 ≤ x, y ≤ 1},
est représentée dans la figure 5.1. Sur cette figure on voit dans le plan des coordonées xy des lignes
83
84 CHAPITRE 5. PLUSIEURS VARIABLES
de niveaux de la fonction. Ce sont des courbes sur lesquelles la fonction prend une même valeur.
Dans ce cas particulier, ce sont évidement des cercles centrés à l’origine donnés par les équations
x2 + y 2 = r2 , où r ∈ R est fixé.
z 0.5
0
1
0.5
-1 0
-0.5 y
0 -0.5
x 0.5
1 -1
Le dessin du graphe d’une fonction à plusieurs variables est beaucoup moins informatif que dans
le cas d’une fonction à seulement une variable. Une autre façon de représenter graphiquement une
fonction à deux variables est de considérer un des deux arguments comme paramètre et tracer les
graphes obtenus pour différentes valeurs du paramètre. La figure 5.2 montre les «tranches» de la
figure 5.1 pour les valeurs y = 0, y = 0.25 et cætera.
En général, si f : D → R est une fonction à deux variables définie sur un domaine D ⊂ R2 . et
si (x0 , y0 ) ∈ D est un point de ce domaine, on peut considérer la fonction à une variable x 7→ f (x, y0 ) ;
on fixe une des deux variables. Cette fonction est définie sur l’ensemble Dy0 = {x ∈ R | (x, y0 ) ∈ D},
l’intersection du domaine D avec la droite horizontale {y = y0 }. De même, on a aussi la fonction y 7→
f (x0 , y) définie sur le domaine Dx0 = {y ∈ R | (x0 , y) ∈ D}. Ces deux fonctions sont appelées fonction
partielle selon la première et deuxième variable respectivement.
1.5
f(x,0)
f(x,0.25)
f(x,0.5)
1 f(x,0.75)
f(x,1)
0.5
z
-0.5
-1 -0.5 0 0.5 1
x
Si lim xn = u et lim yn = v alors les deux suites (|xn − u|), (|yn − v|) convergent vers 0 telle que
n→∞ n→∞
lim dist(pn , l) = 0 .
n→∞
et par conséquent
|xn − u| ≤ dist(pn , l)
|yn − v| ≤ dist(pn , l) .
Ainsi lim dist(pn , l) = 0 implique que les deux suites de coordonnées (xn ) et (yn ) convergent
n→∞
respectivement vers u et v. En d’autres termes, limn→∞ pn = l est équivalent limn→∞ dist(pn , l) = 0.
Il est évident comment ce fait se généralise à toutes dimensions : la distance dans l’espace Rd est
donnée par v
u d
uX
dist(x, y) = t (x − y )2 i i
i=1
et la convergence d’une suite vers l est équivalente à ce que la distance aux point l tend vers 0.
où v1 , . . . , vd sont les composantes de v. Cette fonction a évidemment les trois premières propriétés
exigées. La quatrième sera justifiée plus tard.
La deuxième est définie comme la somme des valeurs absolues des coordonnées :
d
X
∥v∥1 = |vi | .
i=1
À partir de l’inégalité |a + b| ≤ |a| + |b|, valable pour tout a, b ∈ R, il est évident que cette fonction
a toutes les quatre propriétés pour être une norme. Finalement la troisième norme est donnée par la
formule
∥v∥∞ = max |vi | .
1≤i≤d
Ces trois façons de mesurer la longueur d’un vecteur sont certes différentes, mais il est facile de
les comparer : pour tout v, √
∥v∥2 ≤ ∥v∥1 et ∥v∥1 ≤ d ∥v∥2 .
On dit alors que les deux normes ∥v∥1 et ∥v∥2 sont équivalentes. Les normes ∥v∥2 et ∥v∥∞ sont aussi
équivalentes, comme on le vérifie facilement (voir exercice).
Remarque 5.3.1. En fait, toutes les normes sur Rd sont équivalentes. En dimension d = 1 toutes
les normes sont proportionnelles à la valeurs absolues. Dans ce sens, la notion de norme est la
généralisation de celle de valeur absolue.
À partir d’une norme on construit une distance : pour une norme N et deux point p, q dans
l’espace Rd on pose distN (p, q) = N (p−q). La distance est une fonction de type distN : Rd ×Rd → R.
Elle a les propriétés suivantes :
— distN (p, q) ≥ 0 ;
— distN (p, q) = 0 si et seulement si p = q ;
— distN (p, q) = distN (q, p) (symétrie) ;
— distN (p, q) ≤ distN (p, r) + distN (r, q) quels que soient les points p, q, r (inégalité triangulaire) ;
— distN (p + v, q + v) = distN (p, q) (invariance par translation) .
De ces propriétés il n’y a que l’inégalité triangulaire qui demande une justification. Elle est
conséquence immédiate de l’inégalité correspondante pour la norme elle-même :
distN (p, q) = N (p − q)
= N ((p − r) + (r − q))
≤ N (p − r) + N (r − q)
= distN (p, r) + distN (r, q) .
5.3. MESURER UNE DISTANCE 87
r
l′
r
La forme des boules dépend de la norme choisie, mais pour une norme fixée, les boules de même
centre sont proportionnelles entre elles.
Revenons à la notion de convergence des suites dans l’espace Rd . Avec la notion de boule on
peut exprimer la convergence d’une suite de la façon suivante : la suite (pn ) converge vers l si, et
seulement si, pour tout r > 0 il existe un indice M tel que n ≥ M entraîne pn ∈ B(l, r). La figure
5.3 montre une illustration de cette situation.
En d’autres termes, pour tout r > 0 il y a seulement un nombre fini de membres de la suite qui
sont hors de la boule B(l, r).
Par exemple si on utilise la distance dist∞ (p, q) = ∥p−q∥∞ , la suite (pn ) converge vers l si chaque
coordonnée des points pn converge vers la coordonnée correspondante du point l ; on retrouve la
définition de convergence de la section précédente.
Puisque les normes ∥·∥2 , ∥·∥1 et ∥·∥∞ sont équivalentes, une suite converge pour l’une si et
seulement si elle converge pour toutes les autres.
Exemple 5.3.2 (Unicité de la limite). Une suite de points ne peut pas converger vers deux points
distincts. Supposons que (pn ) converge vers l et soit l′ un autre point différent de l. La figure 5.4
′
montre la situation. Alors dist(l, l′ ) > 0. Soit r = dist(l,l
2
)
et considérons les deux boules B(l, r)
et B(l′ , r). Ces deux boules ne se rencontrent pas : si s est dans l’intersection alors
ce qui est absurde (on pourrait faire un dessin). Puisque (pn ) converge vers l il y a seulement un
nombre fini de membres de cette suite qui se trouvent hors de la boule B(l, r) ; en particulier il y a au
plus un nombre fini de membres dans le boule B(l′ , r). La suite ne peut donc pas converger vers l′ .
Il nous reste à vérifier que la norme euclidienne ∥v∥2 vérifie la quatrième condition pour être
une norme. L’inégalité triangulaire sera conséquence d’une autre relation importante, l’inégalité de
Cauchy-Schwarz.
Cauchy-Schwarz. Pour justifier l’inégalité de Cauchy-Schwarz, observons d’abord que pour tous
nombres réels a, b,
2ab ≤ a2 + b2 . (5.2)
En effet, 0 ≤ (a − b)2 = a2 + b2 − 2ab. On peut maintenant supposer que v et w sont de normes eucli-
diennes non nulles, sinon l’assertion est triviale. Pour chaque i = 1, . . . , d on applique l’inégalité (5.2)
aux deux nombres
vi wi
a= et b =
∥v∥2 ∥w∥2
pour obtenir l’inégalité
2vi wi v2 wi2
≤ i2 + .
∥v∥2 ∥w∥2 ∥v∥2 ∥w∥22
La somme de ces inégalités pour i = 1, . . . , d est
2(v1 w2 + · · · + vd wd )
≤ 1 + 1 = 2,
∥v∥2 ∥w∥2
Dans le premier cas, vu que l’inégalité de Cauchy-Schwarz vient de l’inégalité (5.2), ceci entraîne les
égalités
xi yi x2 y2
2 = i2 + i2
∥x∥ ∥y∥ ∥x∥ ∥y∥
pour i = 1, . . . , d. Mais 2ab = a2 + b2 est équivalent à a = b. Par conséquent on doit avoir
xi yi
= ,
∥x∥ ∥y∥
c’est-à-dire les vecteurs x et y sont proportionnels. Dans le deuxième cas on conclut de la même
manière que
x y
− = .
∥x∥ ∥y∥
z 0 -0.4
-0.2
-1
0 x
0.2
-0.5
0 0.4
0.5
y
La figure 5.5 montre l’allure de cette fonction autour de l’origine ; on a bien l’impression que cette
fonction n’est pas continue en ce point.
Plus précisement, à partir d’un point (a, b) différent de l’origine, on peut construire la suite des
points (xn , yn ) où xn = a/n et yn = b/n. Cette suite converge vers l’origine mais ses valeurs sont
toutes distinctes de l’origine. Les points de cette suite s’approche de l’origine sur un rayon issue de
l’origine et de direction (a, b). La suite correspondante des valeurs de f est
2ab
f (xn , yn ) = .
a2+ b2
Cette suite est constante, sa limite est donc a22ab
+b2 . Par exemple si on pose a = cos(α) et b = sin(α)
l’on obtient lim f (xn , yn ) = 2 cos(α) sin(α) = sin(2α). En faisant varier l’angle α, n’importe quel
n→∞
nombre entre −1 et +1 peut être obtenu comme limite. Donc, la fonction n’est pas continue à
l’origine.
Par contre, vu les règles pour la composition algébrique, la fonction f est continue partout hors
de l’origine.
r
p
Exemple 5.5.2. Toute boule B(p, r) est une partie ouverte. La figure 5.7 montre la situation. En
effet, si q ∈ B(p, r), alors r′ = dist(p, q) < r ; ainsi s ∈ B(q, r − r′ ) implique (en utilisant l’inégalité
triangulaire)
dist(s, p) ≤ dist(s, q) + dist(q, p) < r − r′ + r′ = r ,
c’est-à-dire s ∈ B(p, r). En d’autres termes, B(q, r − r′ ) ⊂ B(p, r).
r
q
Exemple 5.5.3 (Fermés et convergence). Soit F ⊂ Rd une partie fermée et (pn ) une suite conver-
gente de points de F . Alors la limite est dans F . En effet, si l n’appartient pas à F , il existe une
boule de rayon r > 0 centrée en l qui ne rencontre pas F : B(l, r) ∩ F = ∅. Il n’y a donc aucun point
de la suite en question dans B(l, r) et la suite ne peut pas converger vers l.
Il est facile de montrer que l’inverse a aussi lieu : si une partie contient toute limite de suite de
ses points, alors cette partie est fermée.
Proposition 5.5.4 (Topologie). La réunion d’une famille arbitraire de parties ouvertes est encore
ouverte. L’intersection d’une famille finie d’ouverts est ouverte.
Si U, V sont deux parties ouvertes, alors leur intersection U ∩ V est aussi ouverte. En effet,
soit p ∈ U ∩ V ; alors p ∈ U et p ∈ V . Il existe par hypothèse r > 0 tel que B(p, r) ⊂ U et s > 0
tel que B(p, s) ⊂ V . Si on pose t = min(r, s), on aura B(p, t) ⊂ Br (p) ⊂ U et aussi B(p, t) ⊂ V ;
ainsi B(p, t) ⊂ U ∩ V . Puisque p ∈ U ∩ V est choisi arbitrairement, ceci montre que U ∩ V est une
partie ouverte.
Remarque 5.5.5. Par passage aux complémentaire, la proposition précédente peut être formulée
en terme des parties fermées. Si F, G ⊂ Rd sont des parties fermées, alors leur réunion F ∪ G l’est
aussi : (F ∪ G)Tc = F c ∩ Gc est ouvert.
T Si Fi,ci ∈ S
I, est une famille arbitraire de parties fermées, alors
c
l’intersection i∈I Fi est fermée : i∈I F i = i∈I Fi est ouvert.
Exemple 5.5.6. En ajoutant à la boule B(p, r) ⊂ Rd la sphère qui est son bord :
S(p, r) = q ∈ Rd | dist(p, q) = r ,
Le gradient de f au point x est le vecteur dont les composantes sont les dérivées partielles :
∂f ∂f
grad f (x) = (x), . . . , (x) .
∂x1 ∂xd
Plus généralement, au lieu de faire un incrément dans la direction ei comme dans la définition
(5.5), on peut partir du point x dans la direction d’un vecteur v ∈ Rd quelconque : pour t suffisamment
petit x + tv est dans la boule B(x, r) ; précisément, si ∥v∥ = ̸ 0, x + tv appartient à B(x, r) tant
que |t| < r/∥v∥). Ainsi on obtient une fonction à une variable, fv (t) = f (x + tv). C’est la restriction
de f à la droite issue de x en direction v. Sa dérivée en t = 0 est la dérivée directionnelle selon la
direction v et elle est notée par
∂f f (x + tv) − f (x)
(x) = fv′ (0) = lim ..
∂v t→0 t
Les dérivées partielles sont les dérivées directionnelles selon les directions e1 , . . . , ed .
Exemple 5.6.2. Considérons la fonction f (x, y) = ax2 + by 2 . Soit v = (vx , vy ) = (1, 1) la direction
dans laquelle on veut dériver. La fonction fv est alors
et sa dérivée en t = 0 vaut
∂f
(x, y) = fv′ (0) = 2ax + 2ay .
∂v
On observe l’identité
∂f ∂f ∂f
(x, y) = (x, y) · vx + (x, y) · vy .
∂v ∂x ∂y
La dérivée directionnelle est une fonction linéaire des deux dérivées partielles et du vecteur de direc-
tion.
Exemple 5.6.3 (Situation atypique). Considérons la fonction définie par la formule
( 2xy
√ 2 2 si (x, y) ̸= (0, 0)
f (x, y) = x +y
0 si (x, y) = (0, 0) .
Fixons un angle α. On voudrait calculer la dérivée directionnelle de cette fonction à l’origine et dans
la direction v = (cos(α), sin(α)). La fonction restreinte à la direction v est :
2t2 cos(α) sin(α)
fv (t) = f (t cos(α), t sin(α)) = = t sin(2α) .
t
La dérivée directionnelle est ∂f
∂v (x, y) = sin(2α). Les dérivées partielles ∂f ∂f
∂x (0, 0), ∂y (0, 0) s’annulent,
√ √
mais la dérivée dans la direction v = (1/ 2, 1/ 2), c’est-à-dire pour l’angle α = π/4, vaut 1. Ceci
est une anomalie comme on le verra dans la section suivante.
5.7 Différentielle
Il n’y a pas de possibilité de diviser des vecteurs en dimension plus grand que 1 ; pour une fonction
à plusieurs variables on ne peut pas écrire
f (x + v) − f (x)
lim ,
v→0,v̸=0 v
94 CHAPITRE 5. PLUSIEURS VARIABLES
en vue de généraliser la définition de la dérivée. Le bon point de vue est de considérer la dérivée
comme la meilleure approximation linéaire d’une fonction en un point donné comme on l’a expliquer
pour les fonctions à une seule variable (voir la remarque 3.3.6 page 50).
Rappelons qu’une fonction linéaire L : Rd → R est de la forme
L(x) = L(x1 , . . . , xd ) = a1 x1 + · · · + ad xd
où les ai sont des constantes. Une telle fonction est caractérisée par les deux propriétés suivantes :
— L(x + y) = L(x) + L(y) quels que soient x, y ∈ Rd ;
— L(α · x) = αL(x) pour tout α ∈ R et tout x ∈ R.
Les coefficients de L sont alors déterminés en appliquant L aux vecteurs de la base canonique :
ai = L(ei ).
On voudrait formuler l’analogue de la formule à trois termes (voir remarque 3.3.6 page 50) pour
une fonction à plusieurs variables. La généralisation de la valeur absolue pour mesurer les distances
est la norme euclidienne. On peut maintenant formuler la définition d’une fonction différentiable :
Définition 5.7.1 (Fonction différentiable). Soit f : D → R une fonction définie dans une partie
ouverte D ⊂ R2 et x0 ∈ D. La fonction f est différentiable au point x0 s’il existe un fonction
linéaire L telle que pour tout incrément h la valeur f (x0 + h) s’expriment comme
Dans cette définition l’incrément h doit être tel que x0 + h appartient à D. Parce que D est une
partie ouverte, ceci est le cas si ∥h∥ est suffisamment petit ; il y a toute une boule B(x0 , r) autour
de x0 sur laquelle des valeurs de f sont disponibles.
Dans la définition on vient d’utiliser la notation o() (voir définition 4.5.4 page 74). Cette notation
exprime que la différence entre la valeur f (x0 + h) et la valeur f (x0 ) + L(h) disparaît avec h plus
rapidement que linéairement.
Il est facile de calculer la dérivée dans la direction v pour une fonction différentiable : Si v ∈ Rd
est un vecteur fixé, alors o(∥tv∥) = o(t) et par conséquent
Finalement les dérivées partielles calculent les coefficients de Dx0 f . En effet le coefficient dans
Dx0 f devant xi est égale à la valeur Dx0 f (ei ) qui de la dérivée directionnelle dans la direction ei .
La formule (5.7) devient alors
∂f ∂f
f (x0 + h) = f (x0 ) + (x0 ) h1 + · · · + (x0 )hd + o(∥h∥) . (5.8)
∂x1 ∂xd
5.7. DIFFÉRENTIELLE 95
4
3
2
1
z 0
-1
-2
-3 0.5
-4
0 y
-0.4 -0.2 0 0.2 0.4 -0.5
x
p
Figure 5.8 – Fonction qui n’est pas différentiable : f (x, y) = xy/ x2 + y 2 .
Exemple 5.7.2 (Fonction non différentiable en un point). La figure 5.8 montre le graphe de la
fonction de l’exemple 5.6.3. On a vu que les dérivées directionnelles de cette fonction existent bien
à l’origine, mais elle ne sont pas une fonction linéaire de la direction. On voit sur la figure que le
graphe a un «plie» à l’origine, que le graphe n’est pas lisse en ce point.
Les dérivées partielles donnent la dérivée directionnelle seulement pour des directions particu-
lières. À elles seules, elles ne permettent pas de savoir que la fonction en question est différentiable.
Le théorème suivant règle en général la question de la différentiabilité d’une fonction. Le cas parti-
culier de l’exemple 5.6.3 page 93 est atypique parce que les dérivées partielles de cette fonction ne
sont pas continues à l’origine.
Théorème 5.7.3 (Dérivées partielles et dérivabilité). Soit f : D → R une fonction définie sur un
domaine ouvert. Si les dérivées partielles de f existent et si ce sont des fonctions continues dans D,
alors f est différentiable dans D.
Exemple 5.7.4. En continuant l’exemple 5.6.3, calculons les dérivées partielles de la fonction
f (x, y) = √ xy
2 2
:
x +y
∂f x2 y y
=− 2 +p
∂x (x + y 2 )3/2 x + y2
2
∂f xy 2 y
=− 2 +p .
∂y (x + y 2 )3/2 x2 + y 2
Ces formules sont valables hors de l’origine. Les termes impliqués sont des quotients de fonctions
continues ; les dérivées partielles sont continues hors de l’origine c’est-à-dire dans la partie ouverte
96 CHAPITRE 5. PLUSIEURS VARIABLES
R2 \ {(0, 0)}. On peut conclure que la fonction f est différentiable dans cet ouvert. Sur la figure 5.8
on voit bien que le graphe de f est lisse hors de l’origine.
Figure 5.9 – Les vecteurs gradients et les lignes de niveau sont orthogonaux.
où α est l’angle entre les deux vecteurs. Le produit scalaire s’annule si les deux vecteurs sont ortho-
gonaux (c’est-à-dire forment un angle de π/2). Fixant les longueurs des vecteurs, le produit scalaire
est maximal si les deux vecteurs sont parallèles et pointent dans la même direction et minimal s’ils
pointent dans des directions opposées.
Par conséquent, la dérivée directionnelle est maximale si la direction est parallèle au gradient.
Dans ce sens, le gradient donne la direction de la croissance maximale ; ou encore, − grad f (x0 ) est
la direction de la descente maximale.
Plus généralement, en dimension arbitraire Cauchy-Schwarz (voir la proposition 5.3.3 page 88)
Pd
dit que le produit scalaire i=1 vi wi est entre les deux valeurs ±∥v∥ ∥w∥. En plus, la valeur maximale
est atteint quand w = α · v pour un facteur de proportionnalité α > 0 et le minimum pour un facteur
α < 0. Ainsi, aussi en dimension arbitraire, − grad f (0 ) est la direction de descente maximale.
La figure 5.9 montre les lignes de niveau d’une fonction f : la ligne de niveau passant par le point
x0 est l’ensemble des points x tels que f (x) = f (x0 ). La famille des lignes de niveau décomposent
le domaine de définition en parties disjointes. En chaque point x0 la ligne de niveau qui y passe est
5.9. DÉRIVÉES SECONDES, POLYNÔME DE TAYLOR 97
orthogonale au gradient en ce point. Puisque grad f (x0 ) · v = Dx0 f (v), on peut aussi bien dire que les
direction dans lesquelles la dérivée Dx0 f s’annule, sont tangentes à la ligne de niveau de f passant
par x0 .
Cette observation suggère l’idée de la recherche du minimum d’une fonction par la méthode du
gradient. Sur la figure 5.9 les lignes de niveau entourent un minimum local. Il est évident dans cette
situation, que pour chercher à atteindre le minimum à partir d’un point donné, il faut faire un chemin
dans la direction − grad f . Plus précisément, partant d’un point x0 on considère la restriction de la
fonction f à la droite déterminée par x0 et la direction grad f (x0 ). Puis on cherche sur cette droite
dans la direction − grad f (x0 ) le minimum le plus proche, ce qui donne un nouveau point x1 sur cette
droite. En x1 on recalcule le gradient et on cherche à nouveau sur la droite de direction grad f (x1 ). En
poursuivant ainsi on trouve une suite de points (xn )n≥0 telle que à chaque étape f (xn+1 ) < f (xn ).
De cette façon on construit un algorithme qui permet d’approcher le minimum de la fonction f .
La méthode du gradient (et ses variations) est la méthode principale pour résoudre un problème
d’optimisation. Son importance ne peut pas être surestimée.
∂f ∂f
,..., :D→R
∂x1 ∂xd
sont des fonctions qui sont éventuellement différentiables à leur tour. On obtient alors des dérivées
partielles du second ordre :
∂2f
i, j = 1, . . . , d .
∂xi ∂xj
2
La notation ∂x∂i ∂x
f
j
signifie que la dérivation selon la variable xj est effectuée d’abord et que le
résultat est ensuite dérivé selon la variable xi . Si on dérive deux fois selon la même variable, on note
2
la dérivée seconde par ∂∂xf2 .
i
Considérons par exemple la fonction f (x, y) = y 2 ex + x2 y 3 + 1. dans ce cas les dérivées partielles
sont comme suit.
∂f
= y 2 ex + 2xy 3
∂x
∂f
= 2yex + 3x2 y 2
∂y
∂2f ∂2f
= y 2 ex + 2y 3 = 2yex + 6xy 2
∂x2 ∂y∂x
∂2f ∂2f
= 2ex + 6x2 y = 2yex + 6xy 2 .
∂y 2 ∂x∂y
On observe une symétrie : l’ordre de dérivation n’est pas important. Ceci illustre un fait général.
Proposition 5.9.1 (Symmétrie des dérivations). Soit f : D → R une fonction dont les dérivées
secondes sont continues : alors les dérivées secondes ne dépendent pas de l’ordre de dérivation :
∂2f ∂2f
= pour tout 1 ≤ i, j ≤ d .
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi
98 CHAPITRE 5. PLUSIEURS VARIABLES
Les dérivées partielles secondes en un point forment une matrice carrée de dimension égale au
nombre de variables. En plus, cette matrice est symétrique. On va voir que cette matrice n’est pas
celle d’une application linéaire, mais d’une forme quadratique.
Rappelons la formule de Taylor pour l’approximation d’une fonction à une variable (voir 4.4
page 70). Cette formule exprime la valeur de la fonction f au point x0 auquel on ajoute un incrément
h, à partir de la valeur en x0 et des dérivées en ce point. Elle prenait la forme suivante :
1
f (x0 + h) = f (x0 ) + f ′ (x0 ) h + f ′′ (x0 ) h2 + O(h3 ) .
| {z } |2 {z | {z }
linéaire
} reste R(h)
quadratique
Cette formule est valable pour tout h tant que x0 + h est dans le domaine de définition de la fonction.
Pour le reste il existe une constante A telle que |R(h)| ≤ A|h|3 .
Comme pour les fonctions différentiables d’une seule variable, les approximations par des poly-
nômes de Taylor sont aussi possibles pour une fonction à plusieurs variables, f : D → R où D ⊂ Rd
est une partie ouverte. Il est clair que la partie linéaire doit être la dérivée de la fonction.
Théorème 5.9.2 (Taylor-Maclaurin). Soit f : D → R une fonction dont les dérivées partielles
d’ordres 3 sont continues dans un voisinage du point x0 ∈ Rd . Alors pour tout incrément h ∈ Rd
suffisamment petit
d d
X ∂f 1 X ∂f 2
f (x0 + h) = f (x0 ) + hi + (x0 )hi hj + O(∥h∥3 ) .
i=1
∂xi 2 i,j=1
∂xi ∂xj
∂f ∂f
f (x + hx , y + hy ) = f (x, y) + (x, y)hx + (x, y)hy +
∂x ∂y
1 ∂2f ∂2f ∂2f
2 2
+ (x, y)h x + 2 (x, y)h h
x y + (x, y)hy ) +
2 ∂x2 ∂x∂y ∂y 2
q 3
+O h2x + h2y .
5.10 Extréma
Les critères pour chercher et déterminer des extréma locaux des fonctions d’une seule variable se
généralisent aux fonctions à deux et plusieurs variables (voir section 3.4 page 52). Pour simplifier, la
discussion suivante est restreinte aux fonctions à seulement deux variables.
Un point (x0 , y0 ) est un maximum local s’il existe un boule B de ce point tel que f (x, y) ≤ f (x0 , y0 )
pour tout point (x, y) ∈ B. La notion de minimum local est défini d’une façon analogue. Un extrémum
local est un maximum ou un minimum locale. Si (x0 , y0 ) est un extrémum local, alors x0 est extrémum
local de la fonction à une variable fy0 (x) = f (x, y0 ). La dérivée de cette fonction doit s’annuler en
5.10. EXTRÉMA 99
1
0.5
z 0
-0.5
-1
1
0.5
-1 0
-0.5 y
0 -0.5
0.5
x 1 -1
x0 . Autrement dit, la dérivée partielle de f selon la première variable doit s’annuler en (x0 , y0 ). La
même chose peut être dite de la dérivée partielle selon la deuxième variable.
Un point où les deux dérivée partielle, et donc la dérivée de f s’annulent, est appelé point critique
de f . Les points minimum ou maximum doivent être chercher parmi les points critiques.
À l’opposé de la situation d’une fonction à une seule variable, un point critique peut ne pas
être un extrémum sans que les dérivées secondes s’annulent. La figure 5.10 montre le graphe de la
fonction f (x, y) = x2 − y 2 autour de l’origine. L’origine est bien un point critique. Dans une direction
la fonction atteint un maximum à l’origine, la fonction partielle est f (x, 0) = x2 , et dans l’autre un
minimum, f (0, y) = −y 2 .
Supposons maintenant que (x0 , y0 ) ∈ D soit un point critique pour une fonction f : D → R,
c’est-à-dire on a en même temps
∂f ∂f
(x0 , y0 ) = 0 et (x0 , y0 ) = 0 .
∂x ∂y
Dans un voisinage de ce point le développement de Taylor à l’ordre 2 présente la fonction de la façon
suivante :
1
Ah2 + 2Bhk + Ck 2 + O(r3 ) ,
f (x0 + h, y0 + k) = f (x0 , y0 ) + (5.9)
2
√
où r = h2 + k 2 est la longueur euclidienne de l’incrément (h, k). Les nombres A, B, C désignent les
dérivées partielles secondes :
∂2f ∂2f ∂2f
A= (x0 , y0 ), B= (x0 , y0 ), C= (x0 , y0 ) .
∂x2 ∂x∂y ∂y 2
Pour déterminer la nature du point critique, minimum ou maximum locale, il faut discuter le
comportement de la forme quadratique
q(h, k) = Ah2 + 2Bhk + Ck 2 . (5.10)
Théorème 5.10.1 (Détermination de point critique). Avec A, B, C définis comme précédemment,
la nature du point critique (x0 , y0 ) est déterminée comme suit :
100 CHAPITRE 5. PLUSIEURS VARIABLES
On trouve facilement comme points critiques (0, 0) et (1, 1). Les dérivées secondes sont
h = r cos(α), k = r sin(α) .
est continue. L’intervalle [0, 2π] est borné et fermé ; cette fonction atteint donc son maximum M et
son minimum m et on a pour tout α
m ≤ p(α) ≤ M .
Si m > 0, alors la représentation (5.9) donne
1
f (x, y) = f (x0 , y0 ) + q(α)r2 + O(r3 )
2
1
≥ f (x0 , y0 ) + r2 m + O(r3 )
2
1
= f (x0 , y0 ) + r2 ( m + O(r))
2
m
≥ f (x0 , y0 ) + r2
4
5.10. EXTRÉMA 101
si seulement r est suffisamment petit (tel que O(r) < m 4 ). Par conséquent f (x, y) > f (x0 , y0 ) pour
tout point (x, y) ̸= (x0 , y0 ) dans un voisinage de ce point critique. Le point critique est alors un
minimum local. De même si M < 0, le point critique est un maximum local.
Par contre si p(α) prend des valeur positives aussi bien que négatives, c’est-à-dire si m < 0 < M ,
on trouve αm , αM tels que p(αm ) = m et p(αM ) = αM respectivement et (5.9) donne
r2
f (r cos(αm ), r sin(αm )) = f (x0 , y0 ) + [q(αm ) + O(r)] < f (x0 , y0 )
2
et
r2
f (r cos(αM ), r sin(αM )) = f (x0 , y0 ) + [q(αM ) + O(r)] < f (x0 , y0 ) .
2
si r est suffisamment petit. Le point critique en question n’est donc ni un maximum, ni un minimum.
Il faut donc décider si q(α) change de signe ou pas, c’est-à-dire si cette fonction admet une racine
dans [0, 2π].
On suppose à partir de maintenant que AC − B 2 ̸= 0. Le cas A = C = 0 est immédiat :
prend les deux signes. On peut donc supposer à partir de maintenant que A ̸= 0 ou C ̸= 0 ; on
suppose que A ̸= 0. Ceci permet d’écrire :
A cos(α) + B sin(α) = 0
sin(α) = 0
A B
√ cos(α) + √ sin(α) .
A2+B 2 A + B2
2
Les deux coefficients donnent un points sur le cercle de rayon 1 ; par conséquent, il existe un angle
α0 tel que
B A
cos(α0 ) = √ et sin(α0 ) = √ .
2
A +B 2 A + B2
2
102 CHAPITRE 5. PLUSIEURS VARIABLES
0.6
0.4
0.2
0
-0.2
-0.4
-0.6
-1 -0.5 0 0.5 1
Pour α = −α0 , le premier terme dans u s’annule, mais pas le deuxième. Par suite u(−α0 ) < 0. La
fonction p(α) prend donc les deux signes.
Les points critiques, c’est-à-dire les solutions du système d’équation (5.12) et (5.13), sont (x, y) =
∂g
(0, 0), (x, y) = (1, 0) et (x, y) = (−1, 0) : la condition ∂y (x, y) = 0 force y = 0 et l’autre condition
2
est alors équivalente à x(x − 1) = 0. L’origine est un point scelle et les deux autres sont des minima
locaux et globaux.
5.11. RÉGRESSION LINÉAIRE SIMPLE 103
90000
85000
80000
75000
70000
65000
60000
55000
50000
1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020
year
soit aussi petite que possible. Dans la figure 5.13, on voit les différences entre les valeurs de la fonction
f (x) = ax + b et les points de l’échantillon. La quantité à rendre minimale est la somme des carrés
des ces distances. Pour a, b donnés, la valeur r(a, b) est appelée le résidue de la droite par rapport à
l’échantillon. Il s’agit d’ajuster a, b pour rendre le résidu minimal. On va voir que cette condition est
facile à satisfaire. La solution est appelée droite de régression de l’échantillon.
Pour chercher le minimum de la fonction r on peut simplement chercher les points où ses dérivées
partielles s’annulent :
∂r(a, b) ∂r(a, b)
=0 , =0.
∂a ∂b
104 CHAPITRE 5. PLUSIEURS VARIABLES
y ax + b
p2
pn
p1
x1 x2 xn x
n
∂r(a, b) X
=2 (axi + b − yi )xi = 0
∂a i=1
n
∂r(a, b) X
=2 (axi + b − yi ) = 0 .
∂b i=1
On voit que le couple (a, b) doit satisfaire un système linéaire. En sortant les paramètres a, b des
sommes et en divisant par le nombre de points, ce système prend la forme suivante :
n n n
1X 2 1X 1X
a xi + b xi = xi yi
n i=1 n i=1 n i=1
n n
1X 1X
a xi + b = yi .
n i=1 n i=1
tel que la première équation permet d’exprimer b = y − ax. En substituant cette expression pour b
dans la deuxième équation, on obtient :
n
! n
1X 2 1X
a x − x2 = xi yi − x · y .
n i=1 i n i=1
5.12. NEWTON-RAPHSON EN D = 2 105
Avec les définitions pour la variance et la covariance, on peut écrire (lemme de König) :
n n
1X 1X 2
Var(x) = (x − x)2 = (xi − x)2 = x − x2 ,
n i=1 n i=1 i
n n
1X 1X
Cov(x, y) = (x − x)(y − y) = (xi − x)(yi − y) = xi yi − x · y ,
n i=1 n i=1
Cov(x, y)
a=
Var(x)
b = y − ax .
Les paramètres de la droite de régression sont données par des quantités statistique standard de
l’échantillon.
5.12 Newton-Raphson en d = 2
Un chapitre précédent discutait la méthode de Newton-Raphson qui permet de trouver une ap-
proximation pour x0 , solution d’une équation non-linéaire f (x) = 0. Comment généraliser cette
méthode à plusieurs variables ?
Supposons données deux fonction f, g : U → R, définies dans une partie ouverte de R2 et
continûment différentiables. On cherche un point (x0 , y0 ) ∈ R2 tel que
f (x0 , y0 ) = 0
g(x0 , y0 ) = 0 .
Il y a deux équation non-linéaire pour les deux coordonnées du point cherché. Si (x, y) ∈ U et si
(h, k) est un incrément suffisamment petit on peut représenter f et g par des formules à trois termes :
∂f ∂f
f (x + h, y + k) = f (x, y) + (x, y) h + (x, y) k + O(h2 + k 2 ) (5.14)
∂x ∂y
∂g ∂g
g(x + h, y + k) = g(x, y) + (x, y) h + (x, y) k + O(h2 + k 2 ) . (5.15)
∂x ∂y
on peut écrire les deux formules (5.14) et (5.15) d’une façon matricielle comme
h
F (x + h, y + y) = F (x, y) + DF (x, y) · + O(h2 + k 2 ) .
k
106 CHAPITRE 5. PLUSIEURS VARIABLES
Ceci est maintenant une formule à trois termes pour l’application F : l’application F est différentiable.
On est dans la même situation que lorsqu’on a discuté la méthode de Newton-Raphson pour les
fonctions à une seule variable (voir 4.1 page 59).
L’idée de la méthode de Newton est de remplacer la condition pour l’incrément F (x+h, y +k) = 0
par le problème plus simple obtenu en négligeant le reste dans la formule à trois termes :
h
F (x, y) + DF (x, y) · =0.
k
Sous l’hypothèse que la matrice DF (x, y) soit inversible, ce problème est facile à résoudre :
h
= −DF (x, y)−1 F (x, y) .
k
Rappelons aussi qu’il est très facile de calculer l’inverse d’une matrice carrée de dimension 2 :
−1
A B 1 D −B
= .
C D AD − BC −C A
Exemple 5.12.1. Voici un exemple où la solution est facilement calculable et qui permet de tester
l’algorithme. Le système des deux équations
f (x, y) = x − y + x2 + 1 = 0
g(x, y) = x + y − x2 − 2 = 0
Formulaire
(a ± b)2 = a2 ± 2ab + b2
(a + b)(a − b) = a2 − b2
107
108 ANNEXE A. FORMULAIRE
Cas particuliers
(a + b)3 = a3 + 3a2 b + 3ab2 + b3
(a − b)3 = a3 − 3a2 b + 3ab2 − b3
(a + b)4 = a4 + 4a3 b + 6a2 b2 + 4ab3 + b4
(a − b)4 = a4 − 4a3 b + 6a2 b2 − 4ab3 + b4
(a + b)2 (a − b)2 = a4 − 2a2 b2 + b4
Formule du binôme générale
n n−1 n n−2 2 n
(a + b)n = an + a b+ a b + ··· + abn−1 + bn
1 2 n−1
Formule du binôme avec signes
n
X n
(a ± b)n = (−1)k an−k bk
k
k=0
ax
a0 = 1 , ax · ay = ax+y , = ax−y , (ax )y = axy
ay
En particulier
1 1 √ 1 1
a−1 = . a2 = a. a− 2 = √
a a
Symétries
π π
sin(x) = cos −x , cos(x) = sin −x .
2 2
Formules d’addition
(n−1)/2 (n−1)/2
(−1) X
kn
= (−1) sin((n − 2k)x) si n impair
2n k
k=0
B
sin(α) = √
A + B2
2
1 1
sin(x) sin(y) = cos(x − y) − cos(x + y)
2 2
1 1
cos(x) sin(y) = sin(x + y) − sin(x − y)
2 2
1 1
cos(x) cos(y) = cos(x + y) + cos(x − y)
2 2
Symétrie de tan, cot
π π
tan(x) = cot −x , cot(x) = tan −x
2 2
Formule d’addition pour tan, cot
Angle multiple
2 tan(x) 2 cot(x)
tan(2x) = 2 =
1 − tan (x) cot2 (x) − 1
3 tan(x) − tan3 (x)
tan(3x) =
1 − 3 tan2 (x)
4 tan(x) − 4 tan3 (x)
tan(4x) =
1 − 6 tan2 (x) + tan4 (x)
Demi angle
x 1 − cos(x)
tan2 =
2 1 + cos(x)
x
Représentation rationnelle des valeurs trigonométriques En posant τ = tan 2 :
2τ
sin(x) =
1 + τ2
1 − τ2
cos(x) =
1 + τ2
1 1
tan(x) = −
1−τ 1+τ
1 − τ2
cot(x) =
2τ
112 ANNEXE A. FORMULAIRE
cos(x − y) − cos(x + y)
tan(x) tan(y) =
cos(x − y) + cos(x + y)
sin(x + y) + sin(x − y)
tan(x) cot(y) =
sin(x + y) − sin(x − y)
cos(x − y) + cos(x + y)
cot(x) cot(y) =
cos(x − y) − cos(x + y)
Polynômes de Taylor
x3 x5
sin(x) = x − + + ···
3! 5!
2 4
x x
cos(x) = 1 − + + ···
2! 4!
x3 2x5 17x7
tan(x) = x + + + + ···
3 15 315
Règles algébriques
Par exemple :
p ′ p x
f ( 1 + x2 ) = f ′ ( 1 + x2 ) · √ .
1 + x2
d
a0 + a1 x + a2 x2 + · · · + ad xd = a1 + 2a2 x + 3a3 x2 + · · · + dad xd−1 .
dx
115
116 INDEX
Lagrange, 23 n-aire, 11
intersection, 3 plus fine, 12
intégrale, 61 produit, 12
intégrale indéterminée, 61 réflexive, 14
intégration par parties, 64 symétrique, 14
invariance par translation, 86 transitive, 14
inégalité relation de Chasles, 62
Cauchy-Schwarz, 88 reunion, 3
triangulaire, 86 règle de l’Hôpital, 75
inégalité triangulaire, 62
secante, 57
join, 10 sécante, 46
somme harmonique, 82
lignes de niveau, 96 source, 7
logarithme, 28 sphère, 92
substitution, 64
maximum local, 98 suite de Cauchy, 38
minimum local, 73 suite géométrique, 38
moindres carrés, 103
monome, 17 théorème de la moyenne, 62
méthode de la secante, 57 théorème fondamental, 61
méthode de Simpson, 68 topologie, 91
méthode du gradient, 97 tranche, 84
méthode du trapèze, 66
union, 2
Newton, 24
Newton-Raphson, 59 valeur, 7
norme, 85 variance, 105
négligeable, 74
ouvert, 90
partie, 1
partition, 14
petit oh, 75, 78
point critique, 52, 99
polynôme d’interpolation, 23
polynomiale, 17
primitive, 61
procédure, 7
produit cartésien, 4
produit scalaire, 88
quadrature, 65
quotient, 15
racine, 28
relation, 11
antisymétrique, 14
binaire, 11
inverse, 12