Cours LTE - Texte Narratif
Document généré à partir du PDF "[Link]"
CHAPITRE 4 : LE TEXTE NARRATIF
1. Définition:
Le texte narratif représente des actions, des événements, des
transformations ; il se focalise sur une action qui se développe dans le
temps.
2. Distinctions nécessaires
* **Le conte** : récits de faits et d'aventures destinés à distraire.
* **La nouvelle** : récit le plus généralement bref présentant des
personnages peu nombreux.
* **Le mythe** : récit fabuleux qui appartient au merveilleux antique
souvent d'origine populaire qui met en scène des êtres incarnant, sous
une forme symbolique, des forces de la nature, des aspects de la
condition humaine.
* **La fable** : petit récit en vers ou en prose destiné à exprimer un
enseignement, une règle, une morale.
* **La légende** : récit à caractères merveilleux où les faits historiques
sont transformés par l'imagination populaire ou par l'invention poétique.
* **La chronique** : recueil des faits historiques racontés dans leur
ordre de succession.
* **Le roman** : œuvre d'imagination en prose.
* **La parabole** : récit allégorique d'un livre saint sous lequel est
exprimé un enseignement.
3. Les indices de reconnaissance :
* **Les temps des verbes** : temps du récit surtout (passé simple), ou
présent et passé composé.
* **Des repères temporels** : alors, après, plus tard.
* **Le lexique** : des verbes et des adverbes surtout, insistant sur
l’action.
4. Fonction de la narration
Pourquoi narrer ? La fonction de la narration peut être :
* **Informative/Documentaire** : rapporter des faits réels.
* **Fictive** : raconter des événements imaginaires (romans, conte).
* **Symbolique** : communiquer un message dont le sens doit être
interprété (fable, mythe, parabole).
* **Argumentative** : la narration peut servir d'exemple, de preuve,
pour convaincre.
5. Comment narrer ?
L'activité de raconter peut présenter l'histoire (événements racontés) de
différentes façons. Le narrateur occupe des positions variables : il
participe ou non à l’histoire, adopte ou non le point de vue (limité d'un
personnage) ; il peut varier l’ordre de présentation des faits (retours en
arrière), entrer plus ou moins dans les détails, raconte plus ou moins vite.
La progression de la narration est généralement à **thème constant** : plusieurs actions
ont un même thème.
N.B** : Le plus souvent le texte descriptif et le texte narratif se combinent dans un même
texte ; on parlera alors plutôt de séquences narratives ou descriptives.
Une séquence narrative**
« (En l'absence de « la barbe bleue », sa femme à la curiosité.)
Étant arrivée à la porte du cabinet, elle s'y arrêta quelques temps, songeant à la défense
que son Mari lui avait faite, et considérant qu'il pourrait lui arriver malheur d’avoir été
désobéissante ; mais la tentation était si forte qu’elle ne put la surmonter : elle prit donc
la petite clef, et ouvrit en tremblant la porte du cabinet. D'abord elle ne vit rien, parce
que les fenêtres étaient fermées ; après quelques moments, elle commença à voir que le
plancher était tout couvert de sang caillé, et que dans ce sang se miraient les corps de
plusieurs femmes mortes et attachées le long des murs (c'était toutes les femmes que la
barbe bleue avait épousées et qu'il avait égorgées l'une après l'autre »
Charles PERRAULT, Contes 1997)
Il s'agit ici, d'un même thème (elle) pour une série d’actions : progression à thème
constant.
Importance des verbes, au passé simple (marquant le début, le déroulement ou la fin
d'une action) ou au plus-que-parfait (actions antérieures de Barbe bleue).
Articulation de type chronique : l'action s'inscrit dans le temps.
But moral du conte (dangers de la curiosité) : fonction argumentative.
La structure du texte narratif** repose essentiellement sur ces cinq parties :
1. Situation initiale
2. Élément déclencheur
3. Péripéties (déroulement)
4. Dénouement
5. Situation finale
Chaque texte narratif peut présenter des variantes, des ajouts ou des parties manquantes. Il
ne s’agit pas d'un modèle figé, tous les textes lus ne correspondent pas toujours
parfaitement à cette structure. Celle-ci constitue néanmoins un guide qui permet d'assurer
un minimum de cohérence, les idées sont organisées et cohésives, et d'éviter en partie la
confusion, la liaison vague, désorganisée, voire inexistante des idées.
Il peut être très utile de dégager la structure d’un texte pour aider le lecteur à en
comprendre l'organisation et le sens, et prendre conscience que les informations ne sont
pas dispersées au hasard dans un texte, mais liées entre elles pour mener à un dénouement,
une situation finale. Toutefois, les chercheurs s'entendent sur le fait que le schéma narratif
demeure un outil et ne constitue pas une fin en soi. Il semble peu utile d'évaluer la capacité
d'un élève à construire le schéma narratif d’un texte; sa capacité à classer les évènements
dans chacune des parties du schéma et de les lier ensemble et à expliquer les raisons de ce
classement et de ces liaisons est beaucoup plus représentatif de sa compréhension réelle.
Le personnage** se définit aussi par ce qu'il fait, par son rôle dans l'action. Chaque
personnage est une force agissante (des personnages, des valeurs, des sentiments, des
institutions, des actions ou des objets) : il participe à l'action et le fait progresser en
interagissant avec les autres.
Le Modèle Actantiel**
| Destinateur (Incite le sujet à l'action) | Objet (est recherché, désiré par le sujet) |
Destinataire (Bénéficie de l'action) |
| :---: | :---: | :---: |
| | **Sujet** (accomplit l'action) | |
| Adjuvant (aide le sujet dans son action) | | Opposant (nuit à l'action du sujet) |
Dans un récit, les personnages et les fonctions ne sont pas figées :
un personnage peut remplir plus d'une fonction (être destinataire et sujet, par
exemple);
une fonction peut être occupée par plus d'un personnage (plusieurs opposants, par
exemple);
un personnage peut changer de fonction (passer d'adjuvant à opposant, par exemple).
2. Fonctions des forces agissantes**
Les rapports entre les forces agissantes s’ordonnent autour de fonctions constantes,
présentes dans tout récit. Ce sont :
le **destinateur**, qui a le pouvoir de donner (un objet, un ordre), qui provoque
(lorsqu'il donne) ou entrave (lorsqu’il refuse) le mouvement de l'action ;
le **destinataire**, qui reçoit ;
le **sujet**, qui désire, vise, poursuit une chose, un bien, une personne.
l'**objet**, donné ou recherché.
l'**adjuvant**, qui aide (il peut y avoir des adjuvants de chacune des fonctions
précédentes).
l'**opposant**, qui entrave (idem que ci-dessus).
Un même personnage peut être à la fois sujet et destinataire : dans Le Tartuffe, Tartuffe est
à un moment à la fois sujet (il désire Marianne) et destinataire (Orgon la lui promet). Une
même fonction peut être occupée par plusieurs forces agissantes ; il y a souvent plusieurs
adjuvants et plusieurs opposants etc., opposants d’un même sujet, il y a souvent plusieurs
sujets en compétition : dans Tartuffe, Tartuffe et Valère sont deux sujets rivaux. Enfin, une
même force agissante peut, au fil d’un récit, changer de fonction.
L'action d’un récit se lie à travers les configurations des rapports entre ces forces. Selon le
personnage qui apparaît comme force agissante principale ou que le lecteur prend comme
tel — le « héros » —, l'appréciation de ces configurations change : quand deux sujets rivaux
sont en présence, les adjuvants de l’un sont opposants de l'autre, et vice-versa.
Les types de narrateurs**
| Narrateur omniscient | Narrateur personnage |
| :--- | :--- |
| Ce n'est pas un personnage de l'histoire. | C'est un personnage de l'histoire. |
| Il raconte à la 3e personne. | Il raconte l'histoire à la 1re personne. |
| On peut intervenir dans le récit pour exprimer ses idées (juger les pensées et les actions
des personnages, commenter les situations et les événements, faire des mises au point et
interpeller le destinataire.) | On le nomme : **Narrateur personnage principal** s'il raconte
sa propre histoire. **Narrateur personnage témoin** s'il raconte une histoire dont il n'est
pas le héros, mais dont il a été témoin ou qu'on lui a raconté. |
Ce que le lecteur sait de l'histoire dépend essentiellement du narrateur qui raconte
l'histoire; autrement dit, le savoir du lecteur dépend de ce que le narrateur perçoit et révèle.
La capacité de perception du narrateur varie selon qu'il est un narrateur omniscient ou un
narrateur personnage.
Point de vue de la narration**
| | Narrateur Omniscient (Focalisation Zéro) | Narrateur Personnage (Focalisation Interne) |
| :--- | :--- | :--- |
| **Capacité de perception** | Illimitée | Limitée |
| **Ce qu'il perçoit** | Tout ce qui concerne les personnages. Le présent, le passé et l'avenir.
Tout ce qui concerne les lieux, les époques, les divers contextes. | Ce qui est perceptible chez
les autres personnages. Tout ce qui le concerne. Ce qui se déroule sous ses yeux. Les lieux
qu'il voit, l'époque et les contextes dans lesquels il vit. |
| **Ce qu'il peut révéler** | Absolument tout, mais il n'est pas obligé de tout révéler. |
Uniquement ce qu'il sait. Il peut émettre des hypothèses. |
7. LA FOCALISATION OU LE POINT DE VUE**
En littérature, la focalisation désigne la manière dont les événements, les lieux et les
personnages sont perçus et présentés. On appelle également la focalisation "point de
vue narratif” puisqu'il s'agit de la manière dont le narrateur (celui qui rapporte
l'histoire) se positionne quant au récit.
7. 1. LA FOCALISATION ZÉRO (Point de vue Omniscient)**
On dit qu'un texte est écrit en focalisation zéro lorsque le narrateur connaît tout de
l'histoire, des personnages, de leurs pensées, de leur façon d'agir.
Exemple :* « Le père Goriot, vieillard de soixante-neuf ans environ, s'était retiré chez
madame Vauquer, en 1813, après avoir quitté les affaires. Il y avait d'abord pris
l'appartement occupé par madame Couture, et donnait alors douze cents francs de
pension, en homme pour qui cinq louis de plus ou de moins étaient une bagatelle.
Madame Vauquer avait rafraîchi les trois chambres de cet appartement moyennant une
indemnité préalable qu'il paya, dit-on, [.. ] » (Balzac, le Père Goriot)
Analyse :* Dans ce texte, l'auteur laisse peu de place à l'imagination du lecteur, il donne
tous les éléments sur les personnages, leur âge, l'endroit où ils habitent, leur histoire, le
montant du loyer...
7.2. LA FOCALISATION EXTERNE (Point de vue Externe)**
En focalisation externe, l'auteur se place en observateur extérieur. Il rapporte ce qu'il
voit, ce qu'il entend, l'action telle qu'elle se passe. Cette façon de procéder laisse alors
une plus grande part à l'imagination du lecteur.
Exemple :* « L'un venait de la Bastille, l'autre du Jardin des Plantes. Le plus grand, vêtu
de toile, marchait le chapeau en arrière, le gilet déboutonné et sa cravate à la main. Le
plus petit, dont le corps disparaissait dans une redingote marron, baissait la tête sous
une casquette à visière pointue. Quand ils furent arrivés au milieu du boulevard, ils
s'assirent à la même minute, sur le même banc. » (Flaubert, Bouvard et Pécuchet)
Analyse :* Ici, l'auteur nous donne un minimum d'informations, il se contente de
rapporter ce qu'il voit.
7.3. LA FOCALISATION INTERNE (Point de vue Interne)**
En focalisation interne, le narrateur se glisse dans la peau d'un personnage pour donner
ses points de vue, faire passer ses idées. Il décrit alors ce que voit, entend, pense ce
personnage.
Exemple :* « Frédéric, en face, distinguait l'ombre de ses cils. Elle trempait ses lèvres
dans son verre, cassait un peu de croûte entre ses doigts ; le médaillon de lapis-lazuli,
attaché par une chaînette d'or à son poignet, de temps à autre sonnait contre son
assiette. Ceux qui étaient là, pourtant, n'avaient pas l'air de la remarquer. »[...] (Flaubert,
L'Éducation sentimentale)
Analyse :* Ici l'auteur se glisse dans la peau de Frédéric pour nous rapporter ses faits et
gestes.
8. EXERCICES D'APPLICATION**
Voici une liste d'extraits utilisant différents points de vue : à vous de les reconnaître.
1/ Point de vue [Externe]**
L'homme élégant est descendu de la limousine, il fume une cigarette anglaise. Il regarde
la jeune fille au feutre d'homme et aux chaussures d'or. Il vient vers elle lentement. C'est
visible, il est intimidé. Il ne sourit pas. Tout d'abord, il lui offre une cigarette. Sa main
tremble.
2/ Point de vue [Zéro/Omniscient]**
Il se mit à étudier la position de la comtesse, et tomba dans une de ces méditations
auxquelles se livrent les grands politiques en concevant leurs plans, en tâchant de
deviner le secret de cabinets ennemis. Les avoués ne sont-ils pas en quelque sorte des
hommes d'État, chargés des affaires privées ? Un coup d'œil jeté sur la situation de
monsieur le comte Ferraud et de sa femme est ici nécessaire pour faire comprendre le
génie de l'avoué.
Balzac, Le colonel Chabert
Vers l'interprétation**
Le texte narratif déploie l'action dans le temps : le personnage se déplace, fait des
gestes, se transforme d'un état (ignorance et curiosité) à un autre (connaissance de
l'horreur). La parenthèse elle-même est narrative (elle rapporte des faits passés).
La fonction de la narration n'est pas seulement dans ce texte de raconter des faits
inventés. Elle est aussi d'annoncer la moralité finale (sur la tentation de la curiosité) : le
récit sert d’argument.
6. ETUDE DE QUELQUES TEXTES NARRATIFS**
Texte n°1**
Lisez attentivement le texte ci-avant et répondez aux questions proposées :
(Werner von Ebrennac, jeune officier allemand hébergé, en 1940, chez le narrateur et sa
nièce, leur a souvent laissé deviner l'inclination qu'il éprouve pour la jeune fille. Celle-ci par
patriotisme, a toujours observé en sa présence un mutisme total. Déçu par le comportement
de ses compatriotes en territoire occupé, Werner a décidé de « partir pour l'enfer ». Il vient
d'annoncer la nouvelle de son départ à ses hôtes.)
Le visage de ma nièce me fit peine. Il était d'une pâleur lunaire. Les lèvres, pareilles aux
bords d'un vase d'opaline, étaient disjointes, elles esquissaient la moue tragique des
masques grecs. Et je vis, à la limite du front et de la chevelure, non pas naître, mais jaillir des
perles de sueur.
Je ne sais si Werner von Ebrennac le vit. Ses pupilles, celles de la jeune fille, amarrées
comme, dans le courant, la barque à l'anneau de la rive, semblaient l’être par un fil si tendu,
si raide, qu'on n'eût pas osé passer un doigt entre leurs yeux. Ebrennac d'une main avait
saisi le bouton de la porte. De l'autre, il tenait le chambranle. Sans bouger son regard d'une
ligne, il tira lentement la porte à lui. Il dit, - sa voix était étrangement dénuée d'expression :
Je vous souhaite une bonne nuit.
Je crus qu'il allait fermer la porte et partir. Il regardait ma nièce. Il la regardait. Il murmura :
Adieu.
Il ne bougea pas. Il restait tout à fait immobile, et dans son visage immobile et tendu, les
yeux étaient plus encore immobiles et tendus, attachés aux yeux - trop ouverts, trop pâles -
de ma nièce. Cela dura, dura - combien de temps ? - dura jusqu'à ce qu'enfin, la jeune fille
remuât les lèvres. Les yeux de Werner brillèrent.
Adieu.
Document préparé par Hélène Cloutier et Martin Potvin
Compréhension et expression écrites 1re année LMD Dr. MOUSTIRI Zineb