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Pourquoi la gamme musicale a 12 notes

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Robin Larroque Grand oral Mathématiques

Pourquoi la gamme est-elle composée de 12 notes ?


Bonjour, la gamme de musique occidentale actuelle est composée de 12 notes (do, do#, ré, ré#,
mi, fa, fa#, sol, sol#, la, la#, si). Mais cette organisation n’a pas été choisie au hasard ; elle est le
fruit de longues recherches menées notamment par des mathématiciens tels que Pythagore, qui,
au 6e siècle, a inventé la gamme qui porte aujourd’hui son nom. Bien que cette gamme ne soit
plus utilisée, l’héritage qu’elle a laissé en musique est immense. Comment cette gamme est-elle
faite ?
I. La quinte, intervalle de consonnance particulière
1. L’oreille humaine est sensible aux rapports
Si j’appuie sur la touche d’un piano, nous allons entendre un son, mais pas une fréquence unique,
en effet, une corde vibrant à la fréquence 𝑓 a également tendance à vibrer à la fréquence
3
2𝑓, 4𝑓, 𝑚𝑎𝑖𝑠 é𝑔𝑎𝑙𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑓, 𝑒𝑡𝑐. Il y a une multitude de fréquence, pourtant, nous avons
2
l’impression de n’entendre qu’un unique son, mais pourquoi ? De nombreuses études ont
montrées que l’oreille humaine n’est pas sensible aux différences de fréquences mais bien aux
rapports de fréquence, c’est-à-dire à l’intervalle entre deux fréquences 𝑓1 𝑒𝑡 𝑓2 qui se caractérise
𝑓
par le rapport 𝑓2 . Ainsi, 75 % des auditeurs perçoivent comme un son unique deux sons joués à
1
3
l’octave, et 50 % réagissent de même à la quinte, c’est-à-dire à un intervalle de 2.
2. Gamme
D’après ce que nous venons de voir, on peut identifier comme proches les sons de fréquence
𝑓, 2𝑓, 4𝑓, 𝑒𝑡 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑔é𝑛é𝑟𝑎𝑙𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 2𝑛 𝑓. Ainsi, on en déduit une propriété fondamentale qui est
que toute note admet un représentant unique appartenant à [𝑓; 2𝑓[. Si le violon, le violoncelle,
peuvent produire en théorie une infinité de sons, ce n’est pas le cas pour le piano par exemple,
c’est pourquoi nous sommes obligés de prendre un nombre fini de notes : c’est ce que l’on appelle
la gamme musicale.
Mais comment construire une gamme musicale ?

II. Gammes de Pythagore


1. Principe
Prenons des gammes de Pythagore. Dans l’Antiquité, les Grecs se sont rendu compte que deux
3
cordes de rapport de longueur 2 produisaient des sons particulièrement consonants : ça sonne
bien ! Ils ont donc construit une gamme à partir de cet intervalle qu’est la quinte. La méthode
consiste en une progression de quintes ramenées à l’octave.
2. Gamme ascendante
Définissons tout d’abord notre premier terme, 𝑓0 = 𝑓 (𝐷𝑜3 ), qui sera la fréquence de notre note
de départ.
Pour construire la fréquence de la note suivante, que nous appellerons 𝑓𝑛+1 , il nous faut multiplier
3
notre fréquence par 2 , cependant, dans certains cas, cette nouvelle fréquence ne sera pas
comprise dans notre gamme, c’est-à-dire dans l’intervalle [𝑓; 2𝑓[. Il conviendra alors de diviser
par 2 pour la ramener dans notre gamme. On peut donc définir par récurrence notre suite comme
ceci :
3 3
𝑓𝑛+1 = 𝑓𝑛 , 𝑠𝑖 𝑓𝑛 < 2𝑓
2 2
∀𝑛 ∈ ℕ, 3
𝑓𝑛 3
𝑓𝑛+1 = 2 , 𝑠𝑖 𝑓𝑛 ≥ 2𝑓
{ 2 2
Mais cette définition n’est pas très pratique, nous pouvons le faire en une seule ligne.
Les termes successifs de la suite seront ainsi de la forme :
3𝑛 1 3𝑛
𝑓𝑛 = 𝑛 × 𝑝 𝑓 𝑠𝑜𝑖𝑡 𝑓𝑛 = 𝑛+𝑝 𝑓
2 2 2
p étant défini comme l’unique entier tel que 𝑓𝑛 ∈ [𝑓 ; 2𝑓[.
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Robin Larroque Grand oral Mathématiques
Démontrons par récurrence (laissée aux questions ?) :
30 1
𝐼𝑛𝑖𝑡𝑖𝑎𝑙𝑖𝑠𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛: 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑛 = 0, 𝑓0 = 0 × 0 𝑓 = 𝑓
2 2
3 3 3
𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑛 = 1, 𝑓0 = 𝑓 < 2𝑓, 𝑑𝑜𝑛𝑐 𝑓1 = 𝑓
2 2 2
𝐻é𝑟é𝑑𝑖𝑡é
∶ 𝑆𝑢𝑝𝑝𝑜𝑠𝑜𝑛𝑠 𝑞𝑢′ 𝑖𝑙 𝑒𝑥𝑖𝑠𝑡𝑒 𝑢𝑛 𝑒𝑛𝑡𝑖𝑒𝑟 𝑘 𝑡𝑒𝑙 𝑞𝑢𝑒 𝑓𝑘 𝑒𝑠𝑡 𝑣𝑟𝑎𝑖, 𝑚𝑜𝑛𝑡𝑟𝑜𝑛𝑠 𝑎𝑙𝑜𝑟𝑠 𝑓𝑘+1 𝑣𝑟𝑎𝑖.
4 3 3 3 3𝑘+1 1
𝑆𝑖 𝑓 ≤ 𝑓𝑘 < 𝑓, 𝑎𝑙𝑜𝑟𝑠 𝑓 ≤ 𝑓𝑘 < 2𝑓, 𝑠𝑜𝑖𝑡 𝑓 ≤ 𝑓𝑘+1 < 2𝑓 𝑒𝑡 𝑓𝑘+1 = 𝑘+1 × 𝑝 𝑓.
3 2 2 2 2 2
3
4 3 𝑓𝑘 3
𝑆𝑖 𝑓 ≤ 𝑓𝑘 < 2𝑓, 𝑎𝑙𝑜𝑟𝑠 2𝑓 ≤ 𝑓𝑘 < 3𝑓 𝑠𝑜𝑖𝑡 2𝑓 ≤ 𝑓𝑘+1 < 3𝑓, 𝑎𝑙𝑜𝑟𝑠 𝑓 ≤ 2 < 𝑓
3 2 2 2
3𝑘+1 1
𝑒𝑡 𝑑𝑜𝑛𝑐, 𝑓𝑘+1 = 𝑘+1 × 𝑝+1 𝑓.
2 2
𝐴𝑖𝑛𝑠𝑖, 𝑙𝑎 𝑝𝑟𝑜𝑝𝑜𝑠𝑖𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑒𝑠𝑡 𝑣𝑟𝑎𝑖𝑒 𝑎𝑢 𝑟𝑎𝑛𝑔 0, 𝑒𝑡 ℎé𝑟é𝑑𝑖𝑡𝑎𝑖𝑟𝑒 à 𝑐𝑜𝑚𝑝𝑡𝑒𝑟 𝑑𝑒 𝑐𝑒 𝑟𝑎𝑛𝑔.
𝐷 ′ 𝑎𝑝𝑟è𝑠 𝑙𝑒 𝑝𝑟𝑖𝑛𝑐𝑖𝑝𝑒 𝑑𝑒 𝑟é𝑐𝑢𝑟𝑟𝑒𝑛𝑐𝑒 𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑑𝑜𝑛𝑐 𝑣𝑟𝑎𝑖𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑒𝑛𝑡𝑖𝑒𝑟 𝑛𝑎𝑡𝑢𝑟𝑒𝑙 𝑛.
2 3
Pour construire la gamme descendante, il suffit de multiplier par 3 plutôt que de multiplier par 2
et ainsi de multiplier par 3 pour ramener notre note dans la gamme.
Maintenant, nous avons des notes dans le désordre, combien allons-nous en prendre ?
3. Enoncé du problème
Nous voulons construire une gamme, c’est-à-dire un nombre fini de notes inclus entre une
fréquence 𝑓 et 2𝑓. Pour cela, il faudrait que notre suite soit périodique. Autrement dit, il nous
faut trouver un entier 𝑛 tel que 𝑓𝑛 = 𝑓0 . Ce qui revient à chercher deux entiers 𝑛 et 𝑝 tels que
3𝑛
2𝑛+𝑝
= 1 .Ce qui revient à résoudre : 3𝑛 = 2𝑛+𝑝 . Or comme 3𝑛 𝑒𝑠𝑡 𝑖𝑚𝑝𝑎𝑖𝑟 𝑒𝑡 𝑞𝑢𝑒 2𝑛+𝑝 𝑒𝑠𝑡 𝑝𝑎𝑖𝑟,
il est clair qu’il n’existe aucune solution parfaite. Ainsi, à mesure que le cycle des quintes progresse,
l’intervalle entre notre note de départ et les notes de notre nouveau cycle augmente. Dans le cas
de la gamme descendante, cela diminue. Ainsi, plutôt que de former un cercle, cela forme une
spirale. Un problème se pose, une quinte sonne faux, pour la gamme ascendante entre Fa et Do.
Elle est appelée quinte du loup, et n’était par conséquent jamais utilisée en musique.
III. Résolution
1. Le logarithme népérien
3𝑛
Essayons de trouver une valeur pour 𝑛 𝑒𝑡 𝑚 = 𝑛 + 𝑝 telle que 2𝑚 ≈ 1.
Le logarithme népérien va nous être très utile pour la résoudre.
ln(𝑎 × 𝑏) = ln(𝑎) + ln(𝑏). On en déduire que : ln(𝑎2 ) = 2 ln(𝑎).
De la même façon : ln(𝑎3 ) = 3 ln(𝑎). On généralise : ln(𝑎𝑛 ) = 𝑛 ln(𝑎)
3𝑛 𝑚 ln(3)
Ainsi : = 1 ; 3𝑛 = 2𝑚 ; ln(3𝑛 ) = ln(2𝑛 ) ; 𝐹𝑖𝑛𝑎𝑙𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡, 𝑛 ln(3) = 𝑚 ln(2) ; = .
2𝑚 𝑛 ln(2)
2. Approximation
Cette équation n’a pas de solution exacte, comme nous l’avons vu un peu plus tôt.
On cherche une valeur approchée, on trouve 1,584962501 à la calculatrice.
ln 3
On va maintenant chercher une fraction dont la valeur approchée est :
ln 2
(voir algorithme de fractions continues si question)
8 19
Or 1.584962501 ≈ 5 = 1.6 ; 1.584962501 ≈ 12 ≈ 1.5833333333
𝑚
On rappelle que le nombre 𝑛 de la fraction 𝑛 correspond au nombre de notes de la gamme.
On trouve tout d’abord n = 5, ce qui correspond à la gamme pentatonique, c’est-à-dire composée
de 5 notes, elle est encore aujourd’hui assez utilisée dans les pays asiatiques. En fait, si nous
voulons jouer avec cette gamme sur un piano occidental, il s’agit de ne jouer seulement sur les
touches noires du piano, correspondant aux altérations de notre gamme (touches noires sur le
piano).

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3. Cycle alterné des quintes
C’est bien la seconde solution qui nous intéresse, en effet, on trouve donc un cycle des quintes à
peu près bouclé pour n=12 ; soit pour une gamme de douze notes : la gamme pythagoricienne,
et c’est le nombre de notes que nous avons aujourd’hui. Mais le problème n’est pas encore résolu,
en effet, notre gamme est parfaitement accordée, sauf sur une quinte, qui sonne faux. Ne
trouvant pas de meilleure solution à ce problème, les mathématiciens et musiciens de l’époque
ont préféré étaler ce désaccord sur la quasi-totalité des quintes. Aucune n’est parfaitement juste,
mais il n’y a pas de gros désaccord, ça passe mieux pour l’oreille. Pour construire cette nouvelle
gamme, nous allons tout simplement piocher des notes tantôt dans la gamme ascendante, tantôt
dans la gamme descendante.
Comment choisir entre deux notes ? Nous avons vu que plus on avance dans le cycle des quintes,
plus la fréquence est en désaccord avec la fréquence de la note de départ. Ainsi, des deux notes,
on choisira celle que l’on a obtenu par le plus petit nombre de cycle de quintes depuis la
fondamentale DO, c’est-à-dire celle avec la plus petite puissance de 3.
Ainsi, si l’on continuait à l’octave suivant, l’écart est plus mince que précédemment : do4 est la
3
quinte de fa3, 349 × 2 = 523.5 : la fréquence admise pour Do4 est de 523,25Hz.
Conséquence : Sur les 2 gammes construite précédemment, seul un accord est faux (loup), tandis
que sur la gamme que nous avons construite, le désaccord est étalé sur tous les intervalles, mais
très peu, ce qui sonne mieux, les musiciens peuvent désormais utiliser tous les accords !

CONCLUSION
De nos jours, la gamme n’est plus construite de cette manière. En effet, avec les nombreuses
avancées en mathématiques et la découverte de nouveaux outils tels que la racine n-ième, il
devient plus simple de construire la gamme. En effet, plutôt que de construire la gamme autour
12
de la quinte, on la construit selon un intervalle de la racine douzième de 2. Soit : 𝑓𝑛+1 = √2 × 𝑓𝑛 .
Ainsi, on a 𝑓12 = 2 × 𝑓1 . Et cela est bien plus simple. Mais si Pythagore n’avait pas été là, notre
gamme n’aurai surement pas eu 12 notes, qui sait ce qu’elle serait devenue !

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