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Incipit de "La Boite à Merveilles"

L'extrait de 'La Boite à Merveilles' d'Ahmed Sefrioui présente l'incipit du roman autobiographique, où le narrateur, un enfant de six ans, exprime sa solitude et ses premières impressions sur son environnement. Le texte explore les thèmes de la solitude, de l'enfance et de la distanciation à travers des descriptions de son cadre de vie et des personnages qui l'entourent. Les éléments autobiographiques sont soulignés par l'utilisation de pronoms personnels et de temps verbaux variés, reflétant la perspective d'un narrateur adulte se remémorant son enfance.

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Incipit de "La Boite à Merveilles"

L'extrait de 'La Boite à Merveilles' d'Ahmed Sefrioui présente l'incipit du roman autobiographique, où le narrateur, un enfant de six ans, exprime sa solitude et ses premières impressions sur son environnement. Le texte explore les thèmes de la solitude, de l'enfance et de la distanciation à travers des descriptions de son cadre de vie et des personnages qui l'entourent. Les éléments autobiographiques sont soulignés par l'utilisation de pronoms personnels et de temps verbaux variés, reflétant la perspective d'un narrateur adulte se remémorant son enfance.

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Durée : 2 heures

Support : La Boite à Merveilles, Ahmed Sefrioui


Extrait 1 : de « Le soir… à … versets sacrés » pp.3-8
Compétences visées :
Amener l’élève à :
• délimiter l’incipit dans un roman autobiographique.
• repérer les indices de l’autobiographie parmi lesquels : la distanciation.

Extrait :

Chapitre 1

Le soir, quand tous dorment, les riches dans leurs chaudes couvertures, les pauvres sur les marches des boutiques ou sous
les porches des palais, moi je ne dors pas. Je songe à ma solitude et j’en sens tout le poids. Ma solitude ne date pas d’hier.
Je vois, au fond d’une impasse que le soleil ne visite jamais, un petit garçon de six ans, dresser un piège pour attraper un
moineau mais le moineau ne vient jamais. Il désire tant ce petit moineau ! Il ne le mangera pas, il ne le martyrisera pas. Il veut en
faire son compagnon. Les pieds nus, sur la terre humide, il court jusqu’au bout de la ruelle pour voir passer les ânes et revient
s’asseoir sur le pas de la maison et attendre l’arrivée du moineau qui ne vient pas. Le soir, il rentre le cœur gros et les yeux rougis,
balançant au bout de son petit bras, un piège en fil de cuivre.
Nous habitions Dar Chouafa, la maison de la voyante. Effectivement, au rez-de-chaussée, habitait une voyante de grande
réputation. Des quartiers les plus éloignés, des femmes de toutes les conditions venaient la consulter. Elle était voyante et quelque
peu sorcière. Adepte de la confrérie des Gnaouas (gens de Guinée) elle s’offrait, une fois par mois, une séance de musique et de
danses nègres. Des nuages de benjoin emplissaient la maison et les crotales et les guimbris nous empêchaient de dormir, toute la
nuit.
Je ne comprenais rien au rituel compliqué qui se déroulait au rez-de-chaussée. De notre fenêtre du deuxième étage, je
distinguais à travers la fumée des aromates les silhouettes gesticuler. Elles faisaient tinter leurs instruments bizarres. J’entendais des
you-you. Les robes étaient tantôt bleu-ciel, tantôt rouge sang, parfois d’un jaune flamboyant. Les lendemains de ces fêtes étaient des
jours mornes, plus tristes et plus gris que les jours ordinaires. Je me levais de bonne heure pour aller au Msid, école Coranique située
à deux pas de la maison. Les bruits de la nuit roulaient encore dans ma tête, l’odeur du benjoin et de l’encens m’enivrait. Autour de
moi, rôdaient les jnouns, les démons noirs évoqués par la sorcière et ses amis avec une frénésie qui touchait au délire. Je sentais les
jnouns me frôler de leurs doigts brûlants ; j’entendais leurs rires comme par les nuits d’orage. Mes index dans les oreilles, je criais les
versets tracés sur ma planchette avec un accent de désespoir.
Les deux pièces du rez-de-chaussée étaient occupées par la Chouafa principale locataire. Au premier étage habitaient Driss
El Aouad, sa femme Rahma et leur fille d'un an plus âgée que moi. Elle s'appelait Zineb et je ne l'aimais pas. Toute cette famille
disposait d'une seule pièce, Rahma faisait la cuisine sur le palier. Nous partagions avec Fatma Bziouya le deuxième étage. Nos deux
fenêtres faisaient vis-à-vis et donnaient sur le patio, un vieux patio dont les carreaux avaient depuis longtemps perdu leurs émaux de
couleur et qui paraissait pavé de briques. Il était tous les jours lavé à grande eau et frotté au balai de doum. Les jnouns aimaient la
propreté. Les clientes de la Chouafa avaient dès l'entrée une bonne impression, impression de netteté et de paix qui invitait à
l'abandon, aux confidences - autant d'éléments qui aidaient la voyante à dévoiler plus sûrement l'avenir.
Il n'y avait pas de clientes tous les jours. Aussi inexplicable que cela puisse paraître, il y avait la morte-saison. On ne pouvait
en prévoir l'époque. Brusquement, les femmes cessaient d'avoir recours à des filtres d'amour, se préoccupaient moins de leur avenir,
ne se plaignaient plus de leurs douleurs des reins, des omoplates ou du ventre, aucun démon ne les tourmentait.
La Chouafa choisissait ces quelques mois de trêve pour s'occuper de sa santé propre. Elle se découvrait des maux que sa
science ne pouvait réduire. Les diables l'hallucinaient, se montraient exigeants quant à la couleur des caftans, l'heure de les porter,
les aromates qu'il fallait brûler dans telle ou telle circonstance. Et dans la pénombre de sa grande pièce tendue de cretonne, la
Chouafa gémissait, se plaignait, conjurait, se desséchait dans des nuages d'encens et de benjoin.
J'avais peut-être six ans. Ma mémoire était une cire fraîche et les moindres événements s'y gravaient en images
ineffaçables. Il me reste cet album pour égayer ma solitude, pour me prouver à moi-même que je ne suis pas encore mort.
À six ans j'étais seul, peut-être malheureux, mais je n'avais aucun point de repère qui me permît d'appeler mon existence :
solitude ou malheur.
Je n'étais ni heureux, ni malheureux. J'étais un enfant seul. Cela, je le savais. Point farouche de nature, j'ébauchai de timides
amitiés avec les bambins de l'école coranique, mais leur durée fut brève. Nous habitions des univers différents. J'avais un penchant
pour le rêve. Le monde me paraissait un domaine fabuleux, une féerie grandiose où les sorcières entretenaient un commerce familier
avec des puissances invisibles. Je désirais que l’Invisible m'admît à participer à ses mystères. Mes petits camarades de l'école se
contentaient du visible, surtout quand ce visible se concrétisait en sucreries d'un bleu céleste ou d'un rose de soleil couchant. Ils
aimaient grignoter, sucer, mordre à pleines dents. Ils aimaient aussi jouer à la bataille, se prendre à la gorge avec des airs
d'assassins, crier pour imiter la voix de leur père, s'insulter pour imiter les voisins, commander pour imiter le maître d'école.
Moi, je ne voulais rien imiter, je voulais connaître.
Abdallah, l'épicier, me raconta les exploits d'un roi magnifique qui vivait dans un pays de lumière, de fleurs et de parfums,
par-delà les Mers des Ténèbres, par-delà la Grande Muraille. Et je désirais faire un pacte avec les puissances invisibles qui obéissaient
aux sorcières afin qu'elles m'emmènent par-delà les Mers des Ténèbres et par-delà la Grande Muraille, vivre dans ce pays de lumière,
de parfums et de fleurs.
Mon père me parlait du Paradis. Mais, pour y renaître, il fallait d'abord mourir. Mon père ajoutait que se tuer était un grand
péché, un péché qui interdisait l'accès à ce royaume. Alors, je n'avais qu'une solution : attendre ! Attendre de devenir un homme,
attendre de mourir pour renaître au bord du fleuve Salsabil. Attendre ! C'est cela exister. A cette idée, je n'éprouvais certainement
aucune frayeur. Je me réveillais le matin, je faisais ce qu'on me disait de faire. Le soir, le soleil disparaissait et je revenais m'endormir
pour recommencer le lendemain. Je savais qu'une journée s'ajoutait à une autre, je savais que les jours faisaient des mois, que les
mois devenaient des saisons, et les saisons l'année. J'ai six ans, l'année prochaine j'en aurai sept et puis huit, neuf et dix. À dix ans, on
est presque un homme. À dix ans, on parcourt seul tout le quartier, on discute avec les marchands, on sait écrire, au moins son nom,
on peut consulter une voyante sur son avenir, apprendre des mots magiques, composer des talismans.
En attendant, j'étais seul au milieu d'un grouillement de têtes rasées, de nez humides, dans un vertige de vociférations de
versets sacrés.

A- Mise en situation :
 Situez l’extrait dans l’œuvre .
⟶ Situation : Il s’agit de l’extrait qui ouvre l’œuvre d’Ahmed Sefrioui, La Boite à Merveilles publiée en 1954.
Dans ce passage, le narrateur évoque ses sentiments { l’âge de 6 ans, présente les personnages
principaux et le cadre spatio-temporel des faits : on a donc un incipit.

 A quel type de texte peut-on rattacher ce passage ? Justifiez votre réponse.


⟶Le texte est à dominante narrative. Le narrateur expose les faits en respectant la chronologie et en variant les
temps verbaux : présent narratif actualisation des faits (narration).
Imparfait description et narration. Cf. texte.

Rque : Les tps du récit présentent bcp de difficultés : si le narrateur est détaché de son passé, c.à.d. le moment de
la narration diffère du moment des faits, on a un récit coupé de la situation d’énonciation, dans ce cas c’est le
passé simple et l’imparfait (Cf. pp 3-6).
Si le récit est ancré dans la situation de l’énonciation, on a le présent narratif (≠ présent énonciatif) / Cf. § 1,2 p 3.

 Repérez les mouvements de cet extrait en donnant un titre convenable à chacun des paragraphes.
⟶ §1 : de : « Le soir… à … cuivre » Un enfant solitaire.
§2 : de : « Nous habitions Dar Chouafa… à … désespoir » Une voisine agaçante.
§3 : de : « Les deux pièces … à … et de benjoin » Une demeure peu accueillante.
§4 : de : « J’avais peut-être … à … je voulais connaitre » Un enfant mystérieux.
§5 : de : « Abdallah l’épicier… à … versets sacrés » l’espoir d’un enfant.

B- Hypothèse de lecture :

Qu’est-ce qui fait de ce passage un incipit du roman autobiographique ?

C- Axes de lecture :

1er axe : L’incipit du roman autobiographique :

 De quoi est-il question dans ce passage ?


⟶Le narrateur présente le lieu, le temps, les personnages et ses premières impressions / ses sentiments… sur son
entourage.

 Relevez tous les indices qui justifient cela.


⟶Le lieu : Dar Chouafa, « l’école coranique »…
Le temps / l’époque des faits : indéfini, mais on peut le préciser à partir de son âge « j’avais peut-être six ans ».

: attirer l’attention des élèves sur la différence entre le temps des faits (l’époque) et les temps verbaux
de la narration. Ici, il s’agit du début des années 20 ; en ce qui concerne les temps verbaux on a l’impft, le
présent narratif…

Les personnages : le narrateur, son père, les colocataires (cf. extrait pour les prénoms…)
Les impressions / les sentiments : le narrateur se présente en tant qu’un enfant solitaire, refusant son
entourage qu’il trouve morne et désagréable…

 Quel rôle jouent ces éléments repérés dans la narration des faits ?
⟶Ces éléments constituent la base de la narration, puisqu’ils vont participer dans la progression et l’évolution des
actions le long de l’œuvre.

 Ce passage remplit-il alors sa fonction d’incipit ?


⟶Effectivement, puisqu’il présente tous les ingrédients nécessaires { l’évolution des faits même si on a quelques
personnages essentiels qui manquent comme la maman et le fkih.

2ème axe : Les indices autobiographiques :

 Relevez tous les indices qui renvoient au texte autobiographique.


∎Les pronoms personnels et les tps verbaux :
Narrateur adulte : « je songe { ma solitude… je vois… » Cf.§1

*« Je / moi »
Narrateur enfant : « je ne comprenais rien au rituel… » Cf. §2

* « Il » renvoie au petit garçon (Cf. §1)

: « Il » + présent de l’indicatif renvoient à tous les enfants dans cet âge : on a donc une vérité générale.

* « On » renvoie à tout le monde (vérité générale) : Cf. dernier §.

 Pourquoi ce mélange dans les pronoms ?


⟶ « Je » narrateur adulte + présent narratif ⟶⟶⟶ narrateur sûr de ce qu’il raconte, il est impliqué dans les
faits… (Cf. texte).
« Je » narrateur enfant + imparfait ⟶⟶⟶ narrateur incertain des faits : distanciation (cf. texte).
: Attirer l’attention des élèves sur la différence entre le présent narratif et le présent de l’indicatif voire le présent énonciatif.

 Relevez d’autres indices de distanciation cités dans ce passage.


⟶ On a : L’utilisation de l’impft.
L’adverbe : « peut-être » dans le §2
L’incertitude du narrateur concernant ses sentiments (Cf. §3).

∎Les champs lexicaux :


 Quels sont les champs lexicaux qui dominent dans cet extrait ? Justifiez par le texte.
⟶Le champ lexical de la solitude et de la tristesse (Cf. extrait pour les exemples).

∎Les figures de style :


 Relevez au moins deux figures de style dans l’extrait.
⟶*L’antithèse : « les riches dans leurs chaudes couvertures, les pauvres sur les marches des boutiques… »
*L’énumération : « Ils aimaient grignoter, sucer, mordre à pleines dents ».

Synthèse :
 Le narrateur s’est concentré dans cette narration sur l’âge de six ans. Pourquoi ?
⟶C’est un âge où l’enfant se prépare { quitter son domicile et sortir découvrir le monde, { savoir la rue, l’école
moderne, les gens… Il va quitter ses parents pour une longue durée et le Msid une fois pour toute… c’est donc un
âge crucial dans lequel l’enfant s’apprête { forger une nouvelle personnalité et { faire de nouvelles connaissances…

 Auprès de qui apprend-il donc à cet âge ?


⟶Il commence { apprendre de la rue, de l’école moderne, de ses nouveaux amis…de son entourage extérieur.

D- Traces écrites :
Cf. axes de lecture.

E- Prolongement :

Sujet à débattre : La solitude peut-elle être source de créativité, de bonheur et de construction de la personnalité,
ou le contraire ?

Profil : 1ère année du bac


Activité : langue

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