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Introduction au Droit et Raisonnement Juridique

Ce document présente un cours d'introduction au droit pour les étudiants de Licence 1 à Aix-en-Provence, dirigé par le Professeur Frédéric Rouvière. Il aborde les concepts fondamentaux du droit, les difficultés du raisonnement juridique et les modalités d'évaluation, incluant des consultations juridiques. Une bibliographie sélective et des ressources en ligne sont également fournies pour aider les étudiants dans leurs études.

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Introduction au Droit et Raisonnement Juridique

Ce document présente un cours d'introduction au droit pour les étudiants de Licence 1 à Aix-en-Provence, dirigé par le Professeur Frédéric Rouvière. Il aborde les concepts fondamentaux du droit, les difficultés du raisonnement juridique et les modalités d'évaluation, incluant des consultations juridiques. Une bibliographie sélective et des ressources en ligne sont également fournies pour aider les étudiants dans leurs études.

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Introduction au droit &

au raisonnement juridique
Cours d’introduction au droit
2025

Aix-en-Provence, Licence 1, Division B


Monsieur le Professeur Frédéric ROUVIÈRE
La présente plaquette est disponible sur « [Link] »

« Celui qui a choisi d’habiter le centre


voit d’un regard tout ce qui est dans la circonférence ».
Angelus Silesius, Le voyageur chérubinique,
Rivages Poche, 2004, p. 139, § 24

Sommaire

Chapitre I. Penser en juriste


Conférence 1. Qu’est-ce que le droit en pratique ?
Conférence 2. La qualification juridique
Conférence 3. Les sources du droit

Chapitre II. Les difficultés du raisonnement juridique


Conférence 4. Les types de problèmes juridiques
Conférence 5. L’interprétation des textes
Conférence 6. Les catégories du droit savant
Conférence 7. L’application du droit dans l’espace et le temps
Conférence 8. L’application des traités internationaux en droit interne

Chapitre III. Faire du droit


Conférence 9. La technique juridique
Conférence 10. Le droit est-il politique ? Est-il moral ?

. Séances de Travaux dirigés > Séances TD


. Listes des sujets > Sujets

Sommaire 1 Travaux dirigés


Modalités de l’examen

1. - L’exercice demandé: la consultation juridique


La consultation juridique est au fondement même de l’activité des juristes qui remonte
à la figure du jurisconsulte à Rome.

La consultation juridique est la base de toutes les professions du droit. L’avocat qui
doit engager une action, le juge qui doit prendre une décision, le notaire qui doit
conseiller son client, le commissaire de justice qui doit mettre en œuvre des mesures
d’exécution se fondent tous au préalable sur une consultation juridique. Il en va de
même de tous les juristes qui travaillent dans des entreprises ou des organismes
publics : ils informent et conseillent les différents acteurs sur la portée et les risques de
leurs décisions ou s’informent eux-mêmes pour prendre des décisions. Ainsi, qu’elle
soit brève, courte ou approfondie, une consultation est toujours nécessaire.

Devenir juriste suppose ainsi de maîtriser la consultation juridique. Elle suppose de


combiner à la fois des connaissances des sources juridiques pertinentes et de la
méthode pour structurer son raisonnement et sa réponse.

2. – Modalités d’évaluation
Le cours d’introduction au droit (UE 1), le cours de droit civil (UE 2 : les personnes) et
le cours de droit constitutionnel (UE3) et les travaux dirigés (UE 4) font l’objet d’une
évaluation commune sous la forme d’un contrôle continu intégral (Bloc « Comprendre
les textes juridiques »).

La note finale est composée de trois notes :

Une note de consultation brève en travaux dirigés (8 mn) : coefficient : 25%


Une note de consultation courte en travaux dirigés (1h30) : coefficient : 25%
Une note de consultation longue en amphithéâtre (3h) : coefficient : 50%

La note finale (100%) représente 12 crédits sur 30 pour valider le premier semestre.

Une note minimale de 10 est nécessaire pour valider le Bloc de Connaissances et de


Compétences (BCC) n°1 qui conditionne également la validation du semestre car le
BCC 1 ne se compense pas avec les autres BCC du même semestre.

a. La consultation brève en travaux dirigés

La consultation brève consiste à répondre à une question sur un encart de 10 lignes à


partir de sujets donnés à l'avance et tirés au sort le jour du TD, en début de séance. Le
temps de l’épreuve est de 8 minutes.

Sommaire 2 Travaux dirigés


Si le sujet tiré a déjà été traité lors des séances précédentes, un nouveau sujet est tiré
jusqu’à indiquer un nouveau sujet.

Sur 8 notes de consultations brèves, on garde les 4 meilleures notes. La notation de


chaque consultation se fait sur 5 (ainsi : 4 notes sur 5 = une note sur 20).

Il y a 4 listes: A, B, C, D avec 10 questions par liste (voir en fin du présent document :


lien).

A chaque séance les questions sont issues des listes suivantes


Séance 1 : Pas de consultation brève
Séance 2 : une consultation tirée au sort sur la liste A
Séance 3 : une consultation tirée au sort sur la liste A
Séance 4 : une consultation tirée au sort sur les listes A, B
Séance 5 : une consultation tirée au sort sur les listes A, B
Séance 6 : Consultation de 1h30 – pas de consultation brève
Séance 7 : une consultation tirée au sort sur les listes A, B, C
Séance 8 : une consultation tirée au sort sur les listes A, B, C
Séance 9 : une consultation tirée au sort sur les listes A, B, C, D
Séance 10 : une consultation tirée au sort sur les listes A, B, C, D

Avertissement. Le sujet étant tiré au sort, l’étudiant doit impérativement venir en


travaux dirigés avec les listes de sujets déjà imprimées.

Barème de notation
5 à 4: Réponse justifiée en donnant la bonne définition du concept
3,5 à 3: Réponse correcte mais il y a un ou deux éléments approximatifs
2,5 à 2: Réponse correcte mais éléments approximatifs ou manquants
1,5- 1: Réponse incorrecte, concept mal défini, mauvais concept mobilisé
0,5: lacunaire ou peu intelligible
0: feuille blanche ou paraphrase sommaire ou absence injustifiée au TD

Chaque faute d’orthographe retire :


0,25 points à partir de la troisième faute de ponctuation ou d’accent.
0,5 points pour les autres erreurs.

Sommaire 3 Travaux dirigés


Liste non exhaustive des fautes et erreurs
les plus fréquemment commises dans les copies
• Le verbe avoir au passé ne comporte aucun accent (ex. il a renoncé) ; « à » indique qu’il s’agit d’une
préposition.
• Lorsque le verbe remplit les fonctions du nom (sujet, attribut, COD, complément, apposition), il
demeure à l’infinitif. Ex. M. X voulait se désister (ne pas écrire : « voulait se désisté »).
• L’abréviation française de Monsieur est « M. » et non « Mr » qui signifie « Mister ».
• Le mot « espèce » est féminin : on écrit donc « une espèce de choix ».
• Les mots latins ne comportent pas d’accents : « a priori » est correct ; « à priori » est incorrect.
• L’expression « en l’occurrence » s’orthographie avec deux « c » et deux « r ».
• Le terme « c’est-à-dire » comporte toujours des traits d’union.
• Dans une proposition, on met notamment la virgule pour séparer tout élément ayant une valeur
purement explicative. Dans ce cas on peut tout aussi bien employer les parenthèses. Ex. M. X, bien
qu’il n’ait pas signé d’acte, voulait se désister. Encore : M. X (bien qu’il n’ait pas signé d’acte) voulait
se désister.
• Les guillemets ne s’emploient que pour citer une proposition, Ex. Selon le Code de procédure civile,
le juge doit dire l’action « bien ou mal fondée »; ou bien pour signaler un usage métaphorique, Ex.
l’article 30 du CPC est le « cœur » de la théorie de l’action en justice. Tout autre usage des
guillemets est INCORRECT.
• L’expression « quelque part » ne s’emploie que pour désigner un lieu. Ex. j’ai égaré mon Code civil
quelque part dans la bibliothèque.
• L’expression « un peu » appartient au registre populaire et familier, elle convient d’autant moins
pour l’usage des concepts juridiques.
• L’expression « en quelque sorte » ne convient pas pour qualifier des situations juridiques en raison
de l’approximation intrinsèque qu’elle comporte.

b. La consultation courte en travaux dirigés

La consultation courte se déroulera durant la semaine de la séance n°6 de travaux


dirigés aux jours, horaires et lieux habituels ou bien en amphithéâtre selon les
disponibilités des salles.

Elle dure 1h30 et n’est pas précédée d’une consultation courte.

Le programme porte sur l’intégralité du cours d’introduction au droit, l’intégralité des


séances 1 à 5 de travaux dirigés et tout ce qui a été évoqué dans les cours magistraux
précédents de droit civil et de droit constitutionnel.

Comme pour toutes les séances de travaux dirigés, la présence est obligatoire. En cas
d’absence non justifiée, vous obtiendrez la note de 0/20.

Le sujet est découvert le jour de la séance.

L’utilisation d’un Code civil annoté (Dalloz ou Litec) est autorisé.

L’utilisation du texte officiel de la Constitution est autorisé (Dalloz).

Sommaire 4 Travaux dirigés


c. La consultation longue en amphithéâtre

La consultation longue se déroulera au mois de décembre en amphithéâtre au jour, lieu


et horaire communiqués par l’administration.

Elle dure 3h00.

Le programme porte sur l’intégralité des cours Introduction au droit, Droit civil : les
personnes, Droit constitutionnel et des travaux dirigés de Méthodologie juridique soit
les UE 1, 2, 3 et 4.

Comme pour toutes les épreuves, la présence est obligatoire. En cas d’absence non
justifiée, vous obtiendrez la note de 0/20.

Le sujet est découvert le jour de l’épreuve. Il peut porter indifféremment sur le droit
civil ou le droit constitutionnel ou un mélange des deux. Il peut comporter deux
consultations de 1h30 ou une seule consultation de 3h.

L’utilisation d’un Code civil annoté (Dalloz ou Litec) est autorisé. Le texte officiel de la
Constitution (Dalloz) est autorisé.

IMPORTANT

Les documents autorisés pourront être surlignés ou soulignés, y compris sur la


tranche, et plus généralement tous signes pourront y être ajoutés (accolades, flèches,
croix, etc.) pourvu que ces signes n’ajoutent aucun contenu aux textes reproduits.

Les onglets, marque-pages ou signets sont autorisés pourvu qu’ils soient vierges.

Toute autre configuration est constitutive d’une fraude aux examens pouvant
entraîner jusqu’à l’exclusion définitive de tout établissement de l’enseignement
supérieur.

Sommaire 5 Travaux dirigés


Bibliographie sélective
Avertissement. Une bibliographie sélective ne cite pas l’intégralité des ouvrages disponibles sur le
sujet mais ceux que le professeur considère importants pour comprendre la matière et travailler les
travaux dirigés.

1.- Ouvrages indispensables


Les ouvrages indispensables servent pendant toutes les études de droit de la L1 au M2.

S. GUINCHARD, TH. DEBARD, Lexique des termes juridiques 2023-2024, 31ème édition,
2023.
(existe aussi en ligne)
Note. Il est possible d’utiliser des éditons antérieures (à compter de 2017)

Code civil 2025


6 annoté, édition Dalloz ou Litec
Note. Il faut impérativement la dernière édition à jour.

2.- Ouvrages de référence


Les ouvrages de référence permettent de travailler le cours, l’examen et les travaux dirigés

J.-L. Aubert ; E. Savaux, Introduction au droit, Lefebvre Dalloz, 19ème éd., 2023.
Abréviation utilisée : Aubert & Savaux
(existe aussi en ligne)

P. DEUMIER, Introduction générale au droit, LGDJ, 7ème édition, 2023.


Abréviation utilisée : Deumier

F. ROUVIÈRE, Argumentation juridique, PUF, Thémis, 2023.


Abréviation utilisée : Rouvière

3.- Ouvrages recommandés


Les ouvrages recommandés permettent de mieux comprendre les notions, le cours et les travaux dirigés

G. CORNU (dir.), Vocabulaire juridique, PUF, 15ème édition, 2024.


Note. Il est possible d’utiliser des éditions antérieures (à compter de 2017)

PH. JESTAZ, Le droit, Dalloz, Connaissance du droit, 11ème éd., 2021.


(existe aussi en ligne)

F. ROUVIÈRE, Le droit civil, Que sais-je ? 2ème édition, 2022.


(existe aussi en ligne)

4.- Ouvrages pour aller plus loin


Des ouvrages pour approfondir.

D. ALLAND, S. RIALS (dir.), Dictionnaire de la culture juridique, PUF, 2003.

J.-L. BERGEL, Méthodologie juridique, PUF, 3ème éd., 2018.

CH. ATIAS, De la difficulté contemporaine à penser en droit – Leçons de philosophie


du droit, Presses Universitaires d’Aix-Marseille, 2016.
Bases de données juridiques
I. Jurisprudence

 Site officiel du service public de diffusion du droit : Legifrance


[Link]

 Recherche de décisions de justice

Droit administratif (Conseil d’État) : ArianeWeb


[Link]

Droit constitutionnel (Conseil constitutionnel)


[Link]

Droit privé (Cour de cassation) : Judilibre


[Link]

Droits de l’homme (Cour Européenne des droits de l’homme) : Hudoc


[Link]
AMBER%22]}

Droit de l’Union européenne (Cour de justice de l’Union Européenne) : InfoCuria


[Link]

Moteur de recherche dans toutes les matières : [Link] (en ligne via AMETICE)
[Link]

 Fiches d’arrêts en droit administratif


[Link]

II. Doctrine et jurisprudence


A consulter sur : [Link]

- Dalloz

- LexisNexis

- Lextenso

Sommaire 7 Travaux dirigés


Réussir ses études universitaires
La réussite des études universitaires ne repose pas sur un talent inné, un don naturel
ou une grâce des dieux. Même les hauts potentiels intellectuels (qui représentent 2%
de la population) ont besoin de se fonder sur trois éléments essentiels :
(1) Le désir de réussir
(2) La mémorisation des informations et des concepts
(3) Les capacités de rédaction, d’argumentation et de raisonnement

(1) Le désir. Il suppose de se demander pourquoi l’on fait des études de droit, si cela
est pour faire plaisir à son entourage, parce que l’on n’a pas trouvé mieux ou bien parce
qu’il y a un vrai but. Sans but, il n’y a pas de voyage, seulement une errance.

Le désir relève d’une introspection et d’une vérité envers soi-même qui implique une
responsabilité dans ses choix : pourquoi je fais des études de droit ? Ai-je pris la
décision ferme de réussir ? S’il n’y a pas de réponse à ces questions, aucune réussite
réelle n’est envisageable.

(2) La mémorisation1. Elle repose sur trois étapes : fixer l’information à court
terme, la transférer dans la mémoire à long terme et la maintenir dans cette mémoire
à long terme.

2.1 Pour la mémoire à court terme (ou mémoire de travail), il faut être concentré ce
qui suppose de supprimer les distracteurs attentionnels externes et internes :
- couper le téléphone, supprimer les bruits etc.
- être actif dans l’apprentissage: prendre des notes, poser des questions.
- être calme émotionnellement.
- gérer la charge mentale, déléguer les tâches quotidiennes, faire des listes.
- être en bonne santé avec un sommeil à heures régulières et minimal (7 heures).
- être endurant, travailler de longues heures en fractionnant le travail par
tranches de 30 minutes (comme le fractionné en course) et augmenter les doses
au fur et à mesure.

2.2 Pour la mémoire à long terme, il faut :


- pratiquer des associations soit loufoques soit logiques : créer une image
mentale (avec des bruits, des couleurs etc), créer une histoire pour mémoriser
une liste courte, créer des acronymes ou même un palais mental (à chaque pièce
du palais correspond une image qui pointe vers un concept).
- s’entraîner : relire le cours est inutile (cela crée une illusion de connaissance), il
faut se tester soi-même avec des questions qu’on se pose à soi-même, avec une
feuille blanche sur laquelle on réécrit les informations et avec des QCM.

1 P. Brown, H. Roediger, M. McDaniel, Mets-toi ça dans la tête ! Les stratégies d’apprentissage à la


lumière des sciences cognitives, Markus Haller, 2016.

Sommaire 8 Travaux dirigés


2.3 Pour maintenir l’information dans la mémoire à long terme , il faut :
- réviser juste avant l’oubli de l’information soit : une heure après, 24 heures
après, 72 heures après, une semaine après, un mois après.
- organiser avec un calendrier les révisions courtes (en semaine, avec des cartes
« question au recto, réponse au verso ») et les révisions longues (pendant les
vacances)

 Ce qu’il ne faut jamais faire pour apprendre :


- ficher son cours.
- surligner son cours ou un livre sur le cours.
- relire plusieurs fois son cours.
- réécrire son cours en plus petit pour le transporter avec soi.

 Ce qu’il faut toujours faire pour apprendre :


- écrire à la main ! Elle est reliée au cerveau et, en outre, les examens se font
sans ordinateur.
- prendre des notes actives pendant le cours : mettre une marge à droite de sa
feuille pour y noter au crayon les questions, puis les mots-clés.
- répéter en distribuant son apprentissage dans le temps (faire un planning).
- pratiquer l’autotest avec des cartes « question au recto, réponse au verso ».
- créer des schémas de type « carte conceptuelle » ou « carte mentale ».
- créer du sens en identifiant la raison d’être des concepts.
- reformuler, réexpliquer les concepts à une autre personne.

(3) Les capacités de rédaction, d’argumentation et de raisonnement. Il faut


s’entraîner à rédiger avec des exercices consistant à résoudre des problèmes. Le but
ultime est d’arriver à la métacognition, c’est-à-dire posséder « le savoir de son savoir »,
en d’autres termes d’avoir réfléchi de façon consciente à ce qu’on sait et pourquoi on le
sait.

Par exemple, il ne suffit pas de savoir qu’il existe deux ordres de juridictions mais
encore de savoir pourquoi ils existent (justifications historiques, théoriques, politiques
tec) et plus profondément encore ce que la réalité inverse signifierait (usage d’une
pensée dialectique, c’est-à-dire par les contraires).

Pour résumer :

Sans désir, point de plaisir


Sans mémoire, point d’espoir
Sans entraînement, vers le néant !

Sommaire 9 Travaux dirigés


De quelques usages élémentaires
selon Philippe Le Tourneau2, Professeur émérite de l’Université Toulouse I

La plupart des jeunes gens croient être naturels


lorsqu’ils ne sont que mal polis et grossiers.
La Rochefoucauld

La politesse, dispensatrice de quiétude, exprime le respect d’autrui et entretient


l’harmonie dans les relations sociales, ce qui explique qu’elle soit aussi désignée
par ce mot si exact de savoir-vivre, même si celui-ci n’est qu’apparence. Cultivez
là !

Pour se présenter, il convient d’énoncer son prénom et son nom (ici Bertrand DUPONT), sans
se donner du Madame, Mademoiselle ou Monsieur. Ces titres ne sont d’usage que pour autrui
et, dans ce cas, à l’inverse, il ne faut pas employer le nom (exemple : Dire Bonjour
Monsieur ou Bonjour Monsieur le Professeur, et non Bonjour Monsieur Durand).

C’est toujours à la personne la plus âgée, ou la plus importante, de tendre la main, si elle le
souhaite, à quelqu’un qu’elle salue.

Manque de délicatesse celui qui déclare s’excuser (je m’excuse) ; un juriste pensera Nemo
auditur … ; c’est autrui qui peut nous excuser. Nous ne pouvons que prier autrui de le faire (Je
vous prie de m’excuser ou, comme la pauvre Reine Marie-Antoinette qui, marchant
involontairement sur le pied du bourreau qui allait la décapiter, gardant jusqu’au bout la
politesse exquise de l’Ancien Régime, lui déclara, Monsieur, je vous prie de bien vouloir
m’excuser).

Ne répondez pas, à une demande, non (ou oui), mais oui Madame (Mademoiselle, Monsieur,
Jeanne ou Pierre). Attention ! en français l’affirmative est oui et ni ouais (et encore moins OK),
ni tout à fait, absolument ou les grotesques c’est parti et ça marche .

Sur les enveloppes, Madame, Mademoiselle ou Monsieur doit toujours être écrit en entier. Il
est possible de se contenter de l’initiale du prénom, c’est-à-dire sa première lettre et
uniquement celle-ci, sauf à écrire le prénom en entier, à l’exception du prénom Philippe dont
l’abréviation est Ph. (le phi grec).

Il n’y a aucune raison de ne pas respecter dans vos courriels les formes
habituelles des lettres, que ce soit pour l’en-tête ou pour la formule de politesse (V. sur
celle-ci ci-dessous), sauf dans vos messages à des intimes. Ainsi, ne commencez pas vos
messages par Bonjour et ne l’achevez pas par Bien à vous (sauf, encore une fois, avec des
intimes).

À la fin de vos lettres, et aussi de vos courriels, soignez ce qu’il est convenu d’appeler la formule
de politesse, qui varie en fonction du sexe, de l’état et de l’âge de votre correspondant. Ainsi, à
une femme mariée, on la prie d’agréer ses hommages, ou ses respectueux hommages (selon les
âges respectifs des correspondants). À un homme respectable, plus important et plus âgé que
soi, par exemple son éminent professeur de Droit civil, on écrira : « Je vous prie d’agréer,
Monsieur le Professeur, l’expression de mes sentiments très respectueux » (et, éventuellement,
reconnaissants) ; il est évidemment souhaitable d’être en même temps animé de ces nobles

2 [Link]

Sommaire 10 Travaux dirigés


sentiments ! Il est présomptueux d’adresser ses sentiments les meilleurs, ou cordiaux, à
quelqu’un de plus âgé ou de plus important que soi, et incorrect de se contenter d’un « bien à
vous » (ou, pire, des formules anglaises « cordialement » ou « sincèrement »). Ne jamais écrire,
à qui que ce soit, « Je vous prie de croire en mes salutations distinguées » (car on ne croit
pas en des salutations) ; si vous voulez employer la formule des salutations distinguées écrivez
: « Je vous prie de recevoir mes salutations distinguées ».

Gardez la distance convenable (selon les remarques données ci-dessus), même si votre
correspondant use de formules familières à votre endroit. Ainsi, un professeur peut, par
amabilité, donner du Cher ami à un thésard ou à un chargé de travaux dirigés (ou lui adresser
ses sentiments cordiaux, voire l’appeler par son prénom), ce qui n’autorise pas ce dernier à
reprendre cette expression dans sa réponse (ni à l’appeler par son prénom). Certains
professionnels, notamment les membres des professions juridiques, ont l’habitude de finir
leurs lettres ou courriels par une formule comportant l’expression de leurs « sentiments
dévoués » ; elle n’est évidemment pertinente qu’envers des clients. Lorsque vous deviendrez
un tel professionnel, n’utilisez une formule de ce genre qu’à bon escient (ce qui est loin d’être
toujours le cas).

À mesure que vous vieillirez et « prendrez du galon », vous changerez de formule de politesse.
Mais vous veillerez à maintenir une formule déférente envers vos anciens correspondants plus
âgés, et autrefois plus importants (même si, maintenant, votre rang est le même, voire si vous
l’avez dépassé).

L’usage du chewing-gum est à proscrire en public. Celui de la cigarette n’est admissible


qu’après avoir sollicité et obtenu la permission des personnes présentes, et sous réserve des
dispositions qui en réglementent l’usage.

Il est grossier de bailler en public (fût-ce aux corneilles ou aux tourterelles). Résistez le plus
possible à cette envie, même si vous trouvez le cours fastidieux ; en cas d’impossibilité de vous
retenir, masquez ce geste disgracieux par vos mains.

Ayez un brin de déférence pour vos maîtres. Laissez-les passer aux portes.

Installez-vous dans la salle de cours avant l’heure. C’est à vous à attendre le professeur, et non
à celui-ci d’attendre que vous vous installiez.

Arrivez à l’heure, par courtoisie envers l’enseignant et envers vos condisciples. Si, d’aventure,
vous arriviez une fois en retard, soyez le plus discret possible ; allez-vous asseoir sans faire de
bruit à la place la plus proche.

Ne jetez pas de papier par terre, par respect de vous-même et des autres, notamment du
personnel de service.

En entrant dans les bâtiments de l’Université et, a fortiori, dans une salle de cours, les garçons
enlèvent leur casquette, bonnet et autres couvre-chefs.

En hiver, veillez à maintenir fermées les portes des entrées et halls s’ils sont chauffés. Quant
aux salles de cours fermez les radiateurs plutôt que d’ouvrir les fenêtres.

Sauf urgence ou grande intimité, il est malséant de téléphoner à quelqu’un de plus âgé que soi
ou de plus important que soi.

Le téléphone mobile doit être utilisé avec modération, en veillant à ne pas gêner; son usage est
mal venu dans les lieux publics. 
 

Sommaire 11 Travaux dirigés


Conférence n°1.
Qu’est-ce que le droit en pratique ?

L’exemple du procès pénal

Mots-clés #Droit positif #Droit naturel #Règle #Norme #Procès #Institution


#Procédure #Organisation juridictionnelle # Compétence #Branches du droit
#Qualification # Régime juridique

Objectifs à atteindre :
Suis-je capable d’expliquer la différence entre la définition philosophique et pratique
du droit ?
Suis-je capable de décrire l’organisation juridictionnelle française ?
Suis-je capable d’expliquer le rôle et la place de chaque acteur d’un procès ?
Suis-je capable d’expliquer les bases élémentaires du raisonnement juridique en
prenant l’exemple de l’arrêt Jack ?

Lectures :
Aubert et Savaux n°136 à 178
Deumier, n°71 à 93

Cas étudié :
- Arrêt Jack : Cass. crim. 23 janv. 2019, n°18-82.833

POUR ALLER PLUS LOIN :

Documentaire : Viol, défi de justice (France TV)


[Link]

F. Rouvière, « Le viol interprété à la lumière du droit civil », RTD civ. 2019, p. 701-703. (lien)

Sommaire 12 Travaux dirigés


Conférence n°2.
La qualification juridique
Le fondement du raisonnement juridique

Mots-clés #Qualification #Régime juridique #Syllogisme #Raisonnement


#Définition #Conditions d’application #Fait #Cas

Objectifs :
Suis-je capable d’expliquer les rôles de la qualification juridique dans le raisonnement
juridique ?
Suis-je en mesure d’expliquer ce qu’est une définition juridique ?
Suis-je capable d’expliquer le concept de « conditions nécessaires et suffisantes » ?
Suis-je capable d’expliquer la distinction du fait et du droit ?
Suis-je capable de distinguer la qualification par une définition et par un cas ?

Lectures :
Aubert et Savaux n°77-78
Deumier, n°94-106
Rouvière, n°78-98

Vidéos
YouTube : La qualification
YouTube : Le précédent
YouTube : La définition

Cas à étudier :

- Arrêt Perdereau : Cass. crim. 16 janv. 1986, n°85-95-461


[Link]

- Arrêt Île de la tentation : Cass. soc. 3 juin 2009, n°08-40.981


[Link]

- Arrêt APREI, CE 22 févr. 2007, n°264541


[Link]

POUR ALLER PLUS LOIN :

Dictionnaire de la culture juridique, PUF, 2003, V° Qualification ; V° Raisonnement juridique

Sommaire 13 Travaux dirigés


Conférence n°3.
Les sources du droit
Les sources de la qualification

Mots-clés # Sources du droit #Constitution #Loi #Règlement #Décret #Arrêté


#Principe #Hiérarchie des normes #Circulaire #Doctrine #Droit savant #Corpus iuris
civilis #Coutume #Codification # Jurisprudence # Arrêts d’espèce et de principe
#Préteur # Précédent # Civil law et Common law

Objectifs à atteindre :
Suis-je capable d’expliquer la hiérarchie des normes ?
Suis-je capable d’expliquer pourquoi il existe un débat sur le fait de savoir si la
jurisprudence est source du droit ?
Suis-je capable d’expliquer ce qu’est un pays de droit écrit (civil law) et ce qui le
distingue des pays de Common law ?

Lectures :
Aubert et Savaux n°98 à 100
Deumier, n°326 à 338

Cas à étudier :
- Arrêt Christophe : Cass. civ. 1ère 9 oct. 2001, n°00-14.564

POUR ALLER PLUS LOIN :

Dictionnaire de la culture juridique, PUF, 2003, V° Sources du droit

Sommaire 14 Travaux dirigés


Conférence n°4.
Les types de problèmes juridiques
Les difficultés à qualifier

Mots-clés #Problème juridique #Cas faciles et difficiles #Interprétation # Notion


indéterminée #Concours de qualification #Droit commun # Droit spécial #Champ
d’application #Lacune #Dérogation #Exception #Contrôle de proportionnalité

Objectifs :
Suis-je capable d’expliquer la différence entre les types de problèmes juridiques et la
façon de les résoudre ?

Lectures :
Rouvière, n°30-31

Vidéos
YouTube : Les notions indéterminées
YouTube : Le droit spécial
YouTube : Les exceptions

Cas à étudier :

 Interprétation
Arrêt Galopin : Cass. ass. plén. 29 oct. 2004, n°03-11.238
Arrêt Commune de Morsang-sur-Orge : CE 27 oct. 1995, n°136727
[Link]

 Harmonisation
Arrêt de la studette illégale : Cass. civ. 3ème 7 juin 2000, n°98-18.966
Arrêt films Lutétia : CE 18 déc. 1959, n°36335
[Link]
U&index=14

 Complétude
Arrêt Clément Bayard : Cass. req. 13 août 1915, n°00-02.378
[Link]
Arrêt Martinot : CE 6 janv. 2006, n°260307
[Link]

 Dérogation
Arrêt Dames Dol et Laurent : CE 28 févr. 1919, n°61593
[Link]

POUR ALLER PLUS LOIN :

F. Rouvière, « Typologie des problèmes juridiques et argumentation », RTD civ. 2022, p.559 et s. (lien)

Sommaire 15 Travaux dirigés


Conférence n°5.
L’interprétation des textes
L’incertitude et les lacunes des textes

Mots-clés #Interprétation littérale #Exégèse #Libre recherche scientifique


#Travaux préparatoires # analogie # a contrario

Objectifs :
Suis-capable d’expliquer ce qu’est la dénaturation d’un texte ?
Suis-je capable de différencier les différentes formes d’intention du législateur et
d’expliquer le rôle des travaux préparatoires ?
Suis-je capable d’expliquer et d’illustrer la différence entre interprétation stricte et
extensive ?
Suis-je capable d’expliquer comment fonctionnent l’analogie et l’a contrario ?

Lectures :
Aubert et Savaux n°131-135
Deumier, n°107-126
Rouvière, n°117-137

Vidéos
YouTube : La lettre du texte
YouTube : L’analogie
YouTube : L’a fortiori
YouTube : L’a contrario
YouTube: L’intention du législateur

Cas à étudier :

 Interprétation stricte : le refus de l’analogie


Arrêt sur le « caming » : Cass. crim. 18 mai 2022, n°21-82.283

 Interprétation a contrario des listes limitatives


Arrêt sur le sexe neutre : Cass. civ. 1ère 4 mai 2017, n°16-17.189

 Là où la loi ne distingue pas, il ne faut pas distinguer


Arrêt Halimi : Cass. crim. 14 avr. 2021, n°20-80.135

 Pas d’interprétation d’un texte clair, pas de dénaturation


Arrêt veuve Foucault : Cass. civ. 15 avril. 1872, Bulletin n°72
[Link]

 L’intention du législateur et le but du texte : ubi eadem ratio, ibi idem jus
Décision « suffrage universel » : Cons. constit. 6 nov. 1962, DC, n°62-20.

POUR ALLER PLUS LOIN :


J.-L. Bergel, Méthodologie juridique, PUF, 3ème éd., 2018, n°144-172.

Sommaire 16 Travaux dirigés


Conférence n°6.
Les catégories du droit savant

Le système des concepts

Mots-clés #Catégorie #Notion #Concept #Nature juridique #Catégories alternatives


ou cumulatives # Catégories indépendantes ou hiérarchisées #Classification #Théorie
juridique

Objectifs :
Suis-je capable d’expliquer pourquoi le couple « nature-régime » est fondamental
dans le raisonnement juridique ?
Puis-je décrire les différents types de catégories et leurs enjeux pratiques ?
Puis-je expliquer à quoi servent les classifications juridiques ?
Suis-je capable d’expliquer et d’illustrer la question du sui generis ?
Suis-je capable d’expliquer ce qu’est une théorie juridique ?

Lectures :
Aubert et Savaux n°196-197
Deumier, n°380-390
Rouvière, n°267-284

Vidéos
YouTube : Nature juridique et classification

Cas à étudier :

 Autonomie des concepts


Arrêt époux Lecarpentier, 14 févr. 2006 CEDH n°67847/01

 Sui generis
Arrêts et avis « Banque de France », CE 28 juin 2019, n°415922 ; Trib. confl. 16 juin
1997, n°03054 ; CE avis 9 déc. 1999, n°363834

 Différence de nature (égale) différence de régime


Responsabilités civile, pénale, administrative et disciplinaire
Arrêt Blanco, Trib. confl. 8 févr. 1873
[Link]
Arrêt Houlle, CE 30 juillet 2003, n° 232238
Arrêt AX Hélicoptères, Cass. civ. 1ère 30 janv. 2001, n° 98-14.368

 Classifications et théories - La théorie de la personnalité juridique


Arrêt Cabinet Tordo : Cass. civ. 2ème 9 juin 2011, n°10-19241

POUR ALLER PLUS LOIN :

J.-L. Bergel, « Différence de nature (égale) différence de régime », RTD civ. 1984, p.255-272.

Sommaire 17 Travaux dirigés


Conférence n°7.
L’application du droit dans le temps et l’espace
Le droit transitoire et les situations internationales

Mots-clés #Codification #Entrée en vigueur de la loi #Droit transitoire #Souveraineté


#Territorialité des lois

Objectifs :
Puis-je expliquer les différentes théories du droit transitoire ?
Puis-je exposer le fonctionnement du droit international privé ?
Puis-je donner des exemples d’application extraterritoriale du droit ?

Lectures :
Aubert et Savaux n°101-122
Deumier, n°275-292 ; n°321-324
Rouvière, n°184-198

Vidéos
YouTube : Le Droit transitoire

Cas à étudier :

 Droit transitoire
Arrêt Our Body : Cass. civ. 1ère 29 oct. 2014, n°13-19.729

 Droit international privé


Arrêt Caraslanis : Cass. civ. 22 juin 1955, Revue critique de Droit International
Privé, 1955, p.723, note Henri Batiffol.

 Extraterritorialité en droit pénal


Arrêts sur la compétence universelle : Cass. ass. plén. 12 mai 2023, n°22-80.057 et
22-82.468

POUR ALLER PLUS LOIN :

J.-L. Bergel, Méthodologie juridique, PUF, 3ème éd., 2018, n°136-143.

Sommaire 18 Travaux dirigés


Conférence n°8.
L’application des traités en droit interne

La hiérarchie des normes et le droit international


Mots-clés #Système #Traités #Hiérarchie des normes #Droit communautaire
#Convention européenne des droits de l’homme #Contrôle de conventionnalité

Objectifs :
Puis-je expliquer ce qu’est la primauté du droit communautaire ?
Puis-je expliquer le problème qui consiste à déterminer si la constitution est
supérieure ou non à un traité ?
Suis-je capable de définir ce qu’est la théorie de la loi-écran ?
Puis-je définir ce qu’est un ordre juridique ? Suis-je capable de définir la différence
entre un contrôle de conventionalité et une application du droit communautaire ?

Lectures :
Aubert et Savaux n°179-185
Deumier, n°345-378 et n°326 à 338

Cas à étudier :
- Arrêt Van Gend & Loos: CJCE 5 févr. 1963, n°26/62
[Link]

- Arrêt Costa c. Enel : CJCE 15 juill. 1964, n°6/64


[Link]

- Arrêt Simmenthal : CJCE 9 mars 1978, n°107/77


[Link]

- Décision IVG : Cons. constit. 15 janv. 1975, n°74-54 DC


[Link]

- Arrêt Jacques Vabre : Cass. ch. mixte 24 mai 1975, n°73-13.556


[Link]

- Arrêt Nicolo : CE 20 oct. 1989, n°108243


[Link]
decisions-depuis-1873/conseil-d-etat-assemblee-20-octobre-1989-nicolo

- Arrêt Sarran : CE 30 oct. 1998, n°200286


[Link]
decisions-depuis-1873/conseil-d-etat-assemblee-30-octobre-1998-sarran-et-levacher

- Arrêt Fraisse : Cass. ass. plén. 2 juin 2000, n°99-60.274


[Link]

POUR ALLER PLUS LOIN :


P. Deumier, «V° Jurisprudence », Répertoire Dalloz de droit civil, novembre 2017 (actualisation :
novembre 2021).

Dictionnaire de la culture juridique, PUF, 2003, V° Jurisprudence ; V° Précédent

Sommaire 19 Travaux dirigés


Conférence n°9.
La technique juridique

Les procédés de réalisation du droit :


procédure, preuve, fictions etc.

Mots-clés # Technique juridique #Organes administratifs et juridictionnels #Office


du juge # Moyen relevé d’office #Pouvoir souverain des juges du fond # Pouvoir
discrétionnaire #Pouvoir arbitraire #Procédure #Question préjudicielle #Question
prioritaire de constitutionnalité #Procédure pour avis # Arbitre # Modes alternatifs de
règlement des litiges #Preuve #Présomption #Fiction #Personnalité juridique
#Contrôle de conventionalité

Objectifs :
Puis-je présenter les différents modes de preuve et leurs enjeux ?
Puis détailler les modes alternatifs de règlements des litiges ?
Suis-je en mesure de distinguer la présomption d’une fiction et expliquer pourquoi il
faut maintenir cette distinction ?
Puis-je expliquer l’intérêt d’une question préjudicielle et la distinguer d’un avis ?Puis-
je expliquer l’intérêt d’une question prioritaire de constitutionnalité ?
Puis-je détailler les différents pouvoirs du juge et les contrôles qui y sont associés ?
Suis-je capable d’expliquer le débat sur le contrôle de conventionnalité in concreto
par le juge judicaire ?

Lectures :
Aubert et Savaux n°238-245
Deumier, n°72-82 ; n°306-310
Rouvière, n°169-178

Vidéos
YouTube : Les Fictions

Cas à étudier :

- Charge de la preuve
Arrêt M. H c. Dr C. : Cass. civ. 1ère 25 févr. 1997, n°94-19.685

- Représentation
Arrêt Société XMD : Cass. ch. mixte 29 oct. 2021, n°19-184.70

- Contrôle de conventionalité in concreto


Arrêts sur le mariage entre alliés : Cass civ. 1ère 4 déc. 2013, n°12-26.066 ; Cass. civ.
1ère 6 avr. 2016, n°15-27.201

POUR ALLER PLUS LOIN :


Dictionnaire de la culture juridique, PUF, 2003, V° Preuve ; V° Fiction V° Ordre public ;V° Juridictions

Sommaire 20 Travaux dirigés


Conférence n°10.
Le droit est-il politique ? Est-il moral ?
La spécificité du raisonnement juridique

Mots-clés # Réalisme juridique #Positivisme # Jusnaturalisme #Equité

Objectifs :
Suis capable de citer les grandes théories sur le raisonnement juridique ?
Suis-je capable d’expliquer le débat sur le réalisme juridique ?
Puis-je expliquer l’originalité et la spécificité du droit au regard de la politique, de la
morale, de la religion et de la philosophie ?

Lectures :
Aubert et Savaux n°70-78
Deumier, n°46-58 ; n°81-82
Rouvière, n°15-21

Vidéos
YouTube : Les principes

Cas à étudier :

- Affaire Baby-Loup : Cass. ass. plén. 25 juin 2014, n°13-28.369


- Affaire Menesson-Labassée : Cass. ass. plén. 4 oct. 2019, n°10-19.053

POUR ALLER PLUS LOIN :

F. Rouvière, « La Cour de cassation doit-elle avouer ses motifs politiques ?», RTD civ.
2018, p. 526-529. (lien)

F. Rouvière, « L’école aixoise de méthodologie juridique » , Les écoles de pensée en


droit, dir. M. Devinat, M. Samson, G. Azzaria, Les Éditions R.D.U.S., 2021, p.103-123
(lien)

Sommaire 21 Travaux dirigés


Sommaire 22 Travaux dirigés
Travaux dirigés
Aix-en-Provence, Licence 1, Division B

Cours d’introduction au droit


Monsieur le Professeur Frédéric ROUVIÈRE

Cours de droit civil


Monsieur le Maître de conférences Alexandre FERRACCI

Cours de droit constitutionnel


Monsieur le Professeur Xavier MAGNON

Équipe de chargés de travaux dirigés


Mme Marie Feraud ; Mme Elodie Hotton ; M. Evan Lagune ; Mme Amina Menei ;
Mme Servane Le Dû ; M. Hugo Sourice ; M. Taric Takdemt

Liste des séances de Travaux Dirigés

Séance n°1. Méthodologie de la consultation juridique


Séance n°2. Révision de la Constitution + questions : liste A
Séance n°3. Responsabilité pour atteinte à la vie privée + questions : liste A
Séance n°4. L’identification juridique du cadre du pouvoir national : l’État +
questions : liste A, B
Séance n°5. Le statut de l’enfant à naître + questions de la liste A, B
Séance n°6. Consultation courte sur table ou amphithéâtre
Séance n°7. La Constitution : la formalisation de la limitation du pouvoir
dans la norme juridique + questions : liste A, B, C
Séance n°8. Le changement de sexe + questions de la liste A, B, C

Séance n°9. Les valeurs substantielles libérales en droit constitutionnel+


questions de la liste A, B, C, D

Séance n°10. Liberté d’expression vs dignité + questions de la liste A, B, C,

Sommaire 23 Travaux dirigés


Séance n°1.
Méthodologie de la consultation juridique

Objectifs
Savoir utiliser le Code civil pour chercher les informations pertinentes
Maîtriser l’opération de qualification juridique

Consultation n°1

Mme X et M. X souhaitent divorcer par consentement mutuel. Chaque époux prend


un avocat. Leur fils de 17 ans, M. XY répond qu’il n’accepte pas leur décision et
demande à chaque avocat de ne pas poursuivre la procédure et de saisir le juge aux
affaires familiales. Les avocats répondent qu’il est suffisamment âgé, sera bientôt
majeur et n’a pas à s’immiscer dans la décision de ses parents.
Qu’en pensez-vous ?

Consultation n°2

M. XY, 17 ans, va passer bientôt le permis. Pour se consoler du prochain divorce de ses
parents, il décide de s’acheter une voiture avec une épargne de 15 000 euros que ses
parents lui ont constituée depuis sa naissance.
Il signe un contrat de réservation chez un concessionnaire automobile qui indique une
date de livraison dans 13 mois. Il verse un acompte de 8 000 euros.
Le concessionnaire connaît des difficultés d’approvisionnement qui implique un
surcoût pour la production du véhicule. Aussi, il écrit à M. XY lui indiquant que celui-
ci, étant mineur, ne pouvait conclure valablement le contrat, que celui-ci est annulé et
que son acompte lui sera restitué. M. XY souhaite malgré tout la livraison du véhicule.
Qu’en pensez-vous ?

Sommaire 24 Travaux dirigés


Méthodologie simplifiée de la consultation

La méthodologie de la consultation juridique repose sur la mise en œuvre de


l’opération de qualification juridique.

Celle-ci peut être décrite en 4 étapes qui, selon le niveau d’expertise du juriste, peuvent
être plus ou moins approfondies.

Étape n°1. La recherche de la qualification

 Il s’agit de la dénomination et de la définition du concept mobilisable pour


résoudre la question.

L’identification du concept pertinent permet de guider la recherche documentaire :


quels textes sont pertinents ? Où trouver ces textes ?

Pour cela, il faut utiliser un lexique des termes juridiques, un Code civil annoté ou le
texte officiel de la Constitution.

Il faut chercher les sources documentaires pertinentes avec l’index et les mots-clés :
quelle loi, quel décret s’applique ? Quelle jurisprudence est pertinente ? Il faut
identifier le texte qui donne l’information adaptée.

Étape n°2. Les difficultés de la qualification

 Il s’agit d’identifier les difficulté(s) soulevée(s) par l’application du concept à


une situation déterminée et de poser le problème juridique

Il faut identifier si un problème particulier se pose, s’il existe une difficulté


d’application des textes soit parce que leur sens est incertain ou leur définition
imprécise, soit parce que plusieurs textes sont applicables, soit parce que le texte est
incomplet, soit parce que le texte est éventuellement soumis à une exception.

Étape n°3. La mise en œuvre de la qualification

 Il s’agit d’identifier les normes ou le régime juridique applicable pour


résoudre la question

Il faut ici énoncer les règles pertinentes pour apporter une solution aux problèmes
évoqués dans l’étape 2.

Étape n°4 La qualification et ses conséquences

 Il s’agit de résoudre la question initialement posée à l’étape n°1.

Il faut tirer toutes les conséquences de la qualification opérée et proposer une


conclusion.

Sommaire 25 Travaux dirigés


Exemple simplifié de consultation

Étape n°1 – Dénomination et définition du concept mobilisable pour


résoudre la question – la recherche de la qualification

. Au regard de la situation de fait, quelle question se pose ?


Par exemple, M. X a été surpris par une voiture qui prenant un virage alors qu’il
voulait traverser la route et se casse la jambe. Peut-il obtenir une indemnisation ?

. Au regard de la question quel concept est pertinent ?


Pour obtenir une indemnisation, il faut démontrer la responsabilité civile du
conducteur. Il s’agit du concept pertinent. Ce concept se définit comme le fait de causer
un dommage à autrui. La responsabilité est source d’une obligation propre : réparer le
dommage.

Étape n°2 - Difficulté(s) soulevée(s) par l’application du concept à une


situation déterminée : le problème juridique – les difficultés de
qualification

Étape n°3 - Normes et régime juridique applicables pour résoudre la


question – la mise en œuvre de la qualification

Pour chaque difficulté, il faut articuler les étapes 2 et 3.

(2) Difficulté n°1. Le texte applicable en l’espèce


Ici plusieurs textes permettent d’engager la responsabilité : les articles 1240 à 1244 du
Code civil et une loi non codifiée dans le Code civil (L. 5 juillet 1985) propre aux
accidents de la circulation : quel texte appliquer ?

(3) Norme applicable pour résoudre la difficulté n°1.


Il s’agit de l’adage « le droit spécial déroge au droit commun »
C’est donc le texte spécial (L. 5 juill. 1985) qui prévaut sur le droit commun. Mais il
faut vérifier que nous sommes bien dans le champ d’application de cette loi.

(2) Difficulté n°2. Vérifier l’application du texte en l’espèce


L’article 1 de la loi du 5 juill. 1985 pose plusieurs conditions : i) un accident de la
circulation, ii) un véhicule terrestre à moteur, iii) une implication de celui-ci.

Il faut définir les trois conditions à partir de la loi et de la jurisprudence. Ici la loi ne
donne aucune définition, ce sont donc les juges qui ont défini les notions :
i) l’accident repose sur le caractère fortuit et non intentionnel
ii) un véhicule terrestre à moteur suppose des roues et un moteur
iii) l’implication se distingue de la causalité : le véhicule doit « être intervenu
d’une manière ou d’une autre dans l’accident » selon la jurisprudence

Déterminer la ou les difficultés précises : mais l’implication peut-elle intervenir s’il


n’y a aucun contact entre la victime et le véhicule ?

Sommaire 26 Travaux dirigés


(3) Norme applicable pour résoudre la difficulté n°2. La jurisprudence a décidé (Cass.
civ. 2ème 14 nov. 2002, n°00-20.594) que l’absence de contact n’exclut pas
nécessairement l’implication. A elle seule cette circonstance ne fait pas donc pas
obstacle à la qualification d’implication.

Étape n°4 - Résolution de la question – La qualification et ses


conséquences

La jurisprudence admet assez largement qu’en l’absence de contact, le véhicule peut


être impliqué du moment que celui-ci est en mouvement et qu’il y a eu un effet de
surprise.

Cette solution a été appliquée pour un conducteur ébloui par les phares d’un autre
véhicule (Cass. crim. 21 juin 1988, n°87-90.245) ou pour un cyclomotoriste surpris par
l'arrivée d'un camion qu'il n'avait pas remarqué (Cass. civ. 2ème 14 déc. 1987, n°86-
17.930).

Ces solutions peuvent être étendues à plus forte raison au piéton si l’on parvient à
caractériser sa surprise lors du mouvement du véhicule, même régulier et respectant
les règles du code de la route. Le raisonnement à plus forte raison se justifie par le fait
que la loi donne un statut plus favorable aux piétons victimes (art. 3), il y a donc lieu
de leur appliquer les solutions pour les conducteurs victimes

Si la loi du 5 juillet 1985 s’applique, la victime ne peut se voir opposer la force majeure
(art. 2 de la loi) ou leur propre faute sauf si elle est inexcusable et cause exclusive de
l’accident (art. 3). La faute inexcusable se définit en jurisprudence comme la recherche
volontaire du dommage ce qui n’est pas le cas en l’espèce.

Conclusion :
1. En raison de la qualification de véhicule terrestre à moteur impliqué dans un
accident, c’est la loi du 5 juillet 1985 qui s’applique par dérogation au droit commun.
2. Si M. X apporte la preuve de l’implication notamment sur le fondement de la
surprise, il pourra obtenir une indemnisation sans que sa propre faute ou la force
majeure puisse lui être opposée.

Sommaire 27 Travaux dirigés


Séance n°2.
La révision de la Constitution

Objectifs
Savoir interpréter une décision de justice
Savoir lire un commentaire doctrinal et le comprendre
Connaître et comprendre les différentes formes de problèmes juridiques
Connaître et comprendre la portée des arguments juridiques utilisés

Consultation

Vous faites partie du cabinet du 1er ministre qui a pour projet de réformer l’élection de
sénateurs voire de fusionner le Sénat avec l’Assemblée Nationale. Ce projet sensible
risque d’être refusé par les sénateurs et les députés. Aussi, le chef de cabinet vous confie
le soin de réaliser une consultation juridique sur le point de savoir s’il est possible de
réviser la Constitution sans utiliser l’article 89 et en se fondant sur le référendum prévu
par l’article 11.

Ressources documentaires

Document n°1. Cons. constit. 6 nov. 1962, n°62-20 DC


L. Domingo, P. Gaïa, M. Guerrini, F. Mélin-Soucramanien, E. Oliva, A. Roux, Les
grandes décisions du Conseil constitutionnel, Dalloz, Grands arrêts, 20ème édition,
2022, n°14, p. 203 et s.

Document n°2. Cons. constit. 23 sept. 1992, n°92.313 DC

Conseils de méthode
A partir du document 1, faites une liste des arguments utilisés dans la motivation de la
décision puis, à partir des observations doctrinales, faites une liste des arguments
« pour » et « contre » la révision de la constitution par référendum en nommant chaque
type d’argument.

A partir de la typologie des problèmes juridiques, essayez de trouver à quel type de


question répond chaque argument et quel problème de qualification est concerné.

Lectures :

- Rouvière, Argumentation juridique, n°30-31

- Rouvière, « Typologie des problèmes juridiques et argumentation », RTD civ.


2022, p.559 et s. (lien)

Sommaire 28 Travaux dirigés


Document n°1.
Conseil constitutionnel, 6 novembre 1962 n° 62-20 DC
Les grandes décisions du Conseil constitutionnel, n°14

Sommaire 29 Travaux dirigés


Sommaire 30 Travaux dirigés
Sommaire 31 Travaux dirigés
Sommaire 32 Travaux dirigés
Sommaire 33 Travaux dirigés
Sommaire 34 Travaux dirigés
Sommaire 35 Travaux dirigés
Est imputable aux constituants, non au Conseil Constitutionnel, qui n’a pas reçu de
compétence générale.

Sommaire 36 Travaux dirigés


Sommaire 37 Travaux dirigés
Document n°2.
Conseil constitutionnel, 23 septembre 1992 n° 92-313 DC

Le Conseil constitutionnel a été saisi, le 20 septembre 1992, postérieurement à 20 heures, par


MM Pierre Mazeaud, Franck Borotra, Gabriel Kaspereit, Claude-Gérard Marcus, Mme
Suzanne Sauvaigo, MM Eric Raoult, Philippe Legras, Robert-André Vivien, Robert Pandraud,
Pierre Mauger, André Rossi, Pierre Raynal, Christian Cabal, Pierre Pasquini, Jean-Michel
Couve, Henri de Gastines, Jean-Louis Debré, Christian Estrosi, Jean Royer, Alain Griotteray,
Pierre Bachelet, Alain Jonemann, Patrick Balkany, François d'Aubert, Roland Nungesser,
Xavier Deniau, Edouard Frédéric-Dupont, Lucien Richard, Jean Valleix, Mme Nicole Catala,
MM Xavier Dugoin, Jean-Paul de Rocca-Serra, Bernard Debré, Alain Cousin, Jean-Claude
Mignon, Georges Gorse, Jacques Baumel, Jacques Masdeu-Arus, Didier Julia, Louis de
Broissia, Georges Tranchant, Eric Dolige, Mme Christine Boutin, M Pierre Couveinhes, Mme
Elisabeth Hubert, MM Jean Besson, Daniel Goulet, Christian Bergelin, Jean-Luc Préel, Henri
Bayard, Philippe de Villiers, Gilbert Mathieu, Claude Dhinnin, Robert Galley, Jean Charroppin,
Michel Inchauspé, Louis Goasduff, Alain Mayoud, Gérard Léonard, Roland Vuillaume, Jean-
Michel Ferrand, Arthur Dehaine, Pierre Micaux, députés, sur la base de l'article 61, deuxième
alinéa, de la Constitution, de la conformité à celle-ci du texte de la loi autorisant la ratification
du traité sur l'Union européenne, adopté par voie de référendum ;

Le Conseil constitutionnel,

Vu la Constitution ;

Vu l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil


constitutionnel, modifiée par l'ordonnance n° 59-223 du 4 février 1959 et par les lois organiques
n° 74-1101 du 26 décembre 1974 et n° 90-383 du 10 mai 1990 ;

Sommaire 38 Travaux dirigés


Vu le code électoral, notamment ses articles LO 136, LO 136-1, LO 150, LO 151, LO 296 et
LO 297 ;

Le rapporteur ayant été entendu ;

1. Considérant que la compétence du Conseil constitutionnel est strictement délimitée par la


Constitution ; qu'elle n'est susceptible d'être précisée et complétée par voie de loi organique que
dans le respect des principes posés par le texte constitutionnel ; que le Conseil constitutionnel
ne saurait être appelé à se prononcer au titre d'autres chefs de compétence que ceux qui sont
expressément prévus par la Constitution ou la loi organique ;

2. Considérant que l'article 61 de la Constitution donne au Conseil constitutionnel mission


d'apprécier la conformité à la Constitution des lois organiques et des lois ordinaires qui,
respectivement, doivent ou peuvent être soumises à son examen, sans préciser si cette
compétence s'étend à l'ensemble des textes de caractère législatif, qu'ils aient été adoptés par le
peuple à la suite d'un référendum ou qu'ils aient été votés par le Parlement, ou si, au contraire,
elle est limitée seulement à cette dernière catégorie ; que, toutefois, au regard de l'équilibre des
pouvoirs établi par la Constitution, les lois que celle-ci a entendu viser dans son article 61 sont
uniquement les lois votées par le Parlement et non point celles qui, adoptées par le Peuple
français à la suite d'un référendum contrôlé par le Conseil constitutionnel au titre de l'article 60,
constituent l'expression directe de la souveraineté nationale ;

3. Considérant, au demeurant, que ni l'article 60 de la Constitution, qui détermine le rôle du


Conseil constitutionnel en matière de référendum, ni l'article 11 ne prévoient de formalité entre
l'adoption d'un projet de loi par le peuple et sa promulgation par le Président de la République ;

4. Considérant, au surplus, que les dispositions de l'article 17 de l'ordonnance portant loi


organique susmentionnée du 7 novembre 1958 ne font état que des « lois adoptées par le
Parlement » ; que l'article 23 de la même ordonnance dispose que : « Dans le cas où le Conseil
constitutionnel déclare que la loi dont il est saisi contient une disposition contraire à la
Constitution sans constater en même temps qu'elle est inséparable de l'ensemble de la loi, le
Président de la République peut soit promulguer la loi à l'exception de cette disposition, soit
demander aux chambres une nouvelle lecture » ;

5. Considérant qu'il résulte de ce qui précède qu'aucune disposition de la Constitution, non plus
d'ailleurs que d'une loi organique prise sur son fondement, ne donne compétence au Conseil
constitutionnel pour se prononcer sur la demande susvisée concernant la loi adoptée par le
Peuple français par voie de référendum le 20 septembre 1992,

Décide :
Article premier :
Le Conseil constitutionnel n'a pas compétence pour se prononcer sur la demande susvisée.
Article 2 :
La présente décision sera publiée au Journal officiel de la République française.

Journal officiel du 25 septembre 1992, page 13337


Recueil, p. 94

Sommaire 39 Travaux dirigés


Séance n°3.
La responsabilité pour atteinte à la vie privée

Objectifs
Savoir dégager la portée des arrêts et les utiliser dans l’argumentation
Comprendre et maîtriser l’articulation des catégories juridiques

Consultation

M. X, patron d’une usine de fabrication d’acier, est installé dans son jardin au bord de
sa piscine et son voisin M. Y prend une photographie de lui alors qu’il est allongé dans
sa chaise longue habillé d’un T-Shirt, maillot de bain long, lunettes de soleil et
casquette. Plusieurs personnes alors présentes témoignent que le cliché a bien été pris
par le voisin du haut de sa terrasse.

M. X assigne M. Y en justice pour violation de la vie privée, destruction du cliché et


réparation de son préjudice moral à hauteur de 5000 euros. Le juge de première
instance du Tribunal judiciaire rejette à sa demande en considérant que si la
destruction du cliché peut être ordonnée, en revanche la photographie d’une personne
dans son jardin au bord de sa piscine ne peut donner lieu à aucun dommages et intérêts
du moment que cette photographie n’a pas été publiée et a été conservée pour le seul
plaisir de celui qui l’a prise et qu’aucun préjudice n’a été prouvé par la personne se
trouvant sur les clichés discutés.

Vous êtes consulté pour déterminer les chances de succès d’un appel de la décision du
Tribunal judiciaire.

Ressources documentaires

Document n°1 Art. 226-1 et 2 du Code pénal

Document 2. Art. 9, 1240 et 1241 du Code civil ; article 8 de la Conv. EDH.

Document 3. Cass. civ. 1ère 5 nov. 1996, n°94-14798

Document 4. Cass. civ. 2ème 30 juin 2004, n°03-13.416

Sommaire 40 Travaux dirigés


Approfondir la compréhension d’une décision de justice

J.-F. WEBER, « Comprendre un arrêt de la cour de cassation rendu en matière civile »,


Bulletin d’information de la Cour de cassation, n°702, 15 mai 2009 : en ligne

Aide à l’analyse d’une décision de justice

L’analyse d’une décision de justice est le préalable nécessaire à sa compréhension. Il


s’agit d’un travail précis, relativement long selon la complexité du document analysé,
et qui suppose le respect de plusieurs étapes. La grille d’analyse permettant d’extraire
d’un jugement ou d’un arrêt toutes les informations nécessaires à sa compréhension
demeure peu ou prou la même pour tous les types de décision, quelle que soit la
juridiction qui en est à l’origine. L’objectif de l’exercice est d’identifier, au sein de la
décision :

- les faits,
- la procédure,
- les prétentions respectives des parties (ou moyens),
- le problème de droit qui se posait en l’espèce,
- la solution de droit apportée à la problématique par la décision que vous analysez.

Voici donc un ensemble d’informations à relever et de questions à vous poser pour


commencer l’analyse d’une décision quelconque :

1) Nature juridique de la décision :

- Quelle juridiction a rendu la décision commentée ?

- S’agit-il d’une juridiction du premier degré ? D’une cour d’appel ? De la Cour de


cassation ? Du Conseil d’État ? D’une autre juridiction ?

- Quelle est l’issue de la décision ?

Lorsque la décision est un jugement rendu par une juridiction du premier degré : les
prétentions du demandeur ont-elles été accueillies, rejetées ?

Lorsque la décision est un arrêt rendu par une cour d’appel : le jugement attaqué a-t-
il été confirmé, infirmé ?

Lorsque la décision est un arrêt rendu par la Cour de cassation ou le Conseil d’Etat :
l’arrêt d’appel frappé par le pourvoi est-il cassé ou est-ce le pourvoi qui est rejeté ?

2) L’identification et le résumé des faits :

- Listez, dans un ordre chronologique si possible, les faits qui ont donné lieu au litige
- Qualifiez juridiquement ces faits
- Qualifiez juridiquement les personnes impliquées, dont les parties au litige

Sommaire 41 Travaux dirigés


3) La procédure :

Cette rubrique doit vous permettre de déterminer les différentes étapes de la procédure
depuis l’introduction de l’instance jusqu’à la saisine de la juridiction qui a prononcé la
décision que vous analysez. Attention, la plupart du temps, la totalité de la procédure
ne sera pas précisément décrite .

dans les décisions. Le cas échéant, vous pourrez parfois reconstituer vous-même le
cheminement de la procédure en vous aidant de petits indices de vocabulaire.
Néanmoins, il vous arrivera fréquemment de ne pas pouvoir retracer avec précision la
procédure. Dans ce dernier cas, ne cherchez pas à inventer, contentez-vous des
informations que vous pouvez extraire de la décision.

À ce stade vous devez vous poser les questions suivantes, qui peuvent varier bien sûr
en fonction de la nature de la décision. S’il s’agit d’un arrêt rendu par la Cour de
cassation, vous devez vous poser l’ensemble de ces questions, s’il s’agit d’un arrêt rendu
par une juridiction du fond, vous devez vous posez celles relatives aux juridictions de
1ère instance s’il s’agit d’un jugement rendu par l’une d’elles, ou celles relatives à la
première instance et à l’appel si vous analysez une décision rendue par une cour
d’appel:

Devant la juridiction de 1ère instance :

- Quelle a été la première juridiction saisie ?

- À quelle date et dans quel sens a-t-elle statué ?

- Qui est le demandeur en première instance, c’est-à-dire qui a pris l’initiative du


procès ?

- Qui est le défendeur, la personne contre laquelle le demandeur a agi ?

Devant la Cour d’appel :

- Qui a interjeté appel pour contester la solution retenue en première instance ?

- Qui est l’intimé, c’est-à-dire celui qui a obtenu gain de cause en première instance ?

- À quelle date et dans quel sens a statué la Cour d’appel ?

Devant la Cour de cassation :

- Qui a formé le pourvoi, c’est-à-dire qui conteste, devant la Cour de cassation, la


solution rendue par la Cour d’appel ?

- À quelle date et dans quel sens a statué la Cour de cassation ?

Sommaire 42 Travaux dirigés


4) Les prétentions des parties :

La détermination des prétentions des parties va de pair avec l’étape précédente


relative à la reconstitution de la procédure et il est d’ailleurs possible de traiter ces
deux questions simultanément. À ce stade vous devez identifier les arguments de
chacune des parties en répondant aux questions suivantes :

- Que demande concrètement le demandeur devant la juridiction qui a rendu la


décision que vous analysez ?

- Quels sont les textes, les principes qu’il invoque ? Propose-t-il une interprétation
particulière des textes ou principes qu’il invoque ?

- Quels arguments lui oppose le défendeur ?

- Sur quels textes ou principes se fonde-t-il ? De quelle différence d’interprétation


entend-t-il se prévaloir le cas échéant ?

5) Formulation du problème juridique :

- Résumez en deux phrases, pour les confronter, les arguments qui s’opposaient
devant la Cour de cassation.

- Quel est le problème juridique qui s’en dégage ?

- Formulez ce problème de façon générale et abstraite.

(Attention, la solution adoptée dans l’arrêt que vous analysez doit répondre à la
problématique que vous avez dégagée. Une fois la solution identifiée (cf. étape suivante
de l’analyse), ayez le réflexe de lire d’un trait le problème juridique que vous avez
formulé et la solution de la décision que vous analysez. Cela vous permettra de vérifier
que vous avez bien cerné le problème juridique, et que vous l’avez bien formulé).

6) Exposé de la solution :

Le sens de la décision :

- Quelle est la solution adoptée dans la décision ?

- Quelle est la règle appliquée ? (Reprenez clairement la solution de droit édictée dans
la décision)

- Reconstituez le raisonnement conduit par les magistrats

- Définissez chacun des termes figurant dans la solution

- Soyez attentifs à la ponctuation

- Présentez la solution de façon abstraite

Sommaire 43 Travaux dirigés


La portée de la décision :

La portée de la décision au regard des textes applicables :

- Quel est le contenu, la règle énoncée par le ou les textes appliqués par les
magistrats?

- Où est énoncée cette règle ? (Code, loi, Constitution, Convention internationale,
etc.?)

- Comparer la règle ainsi énoncée avec celle appliquée

- La décision que vous commentez applique-t-elle à la lettre le texte sur lequel elle se
fonde ?

- Les magistrats ont-ils ajouté un élément au texte qu’ils ont appliqué ?

- Ont-ils appliqué le texte totalement ou seulement partiellement ?

- Ont-ils dû interpréter le texte ? Le cas échéant, quelle technique d’interprétation


ont-ils mise en œuvre (interprétation a contrario, a fortiori, par analogie,
téléologique) ? DE quel type d eproblème s’agit-il : interpréter, hormonier, complétre,
déroger ?

La portée de la décision au regard de la jurisprudence antérieure ou des évolutions


postérieures :

- Le problème qui se pose dans la décision commentée est-il fréquemment posé en


jurisprudence ?

- Des décisions ont-elles déjà été rendues concernant cette problématique ?

- Le cas échéant listez ces décisions (il est en général préférable de ne lister que les
plus importantes si elles sont nombreuses)

- Les décisions rendues antérieurement étaient-elles identiques ou différentes de celle


que vous analysez ?

- En cas de divergence de la solution avec la jurisprudence antérieure, des éléments


permettent-ils de l’expliquer (ce peut-être une particularité au niveau des faits
susceptibles de justifier une solution plus nuancée ou différente, une évolution
législative, une condamnation de la France par la Cour EDH, une controverse
jurisprudentielle, une évolution des mœurs, etc.) ?

- La décision que vous analysez opère-t-elle un revirement de jurisprudence ?

- La solution est-elle toujours d’actualité ? A-t-elle été confirmée ou remise en cause


par d’autres décisions ? A-t-elle été confirmée ou remise en cause par un texte ?

Sommaire 44 Travaux dirigés


La portée de la décision au regard d’autres problématiques, d’autres domaines,
éventuellement d’autres matières :

- La solution de la décision que vous commentez peut-elle être étendue à d’autres


hypothèses voisines ?

- S’inspire-t-elle de solutions appliquées à des problématiques voisines ou dans


d’autres matières ?

La valeur de la décision :

- La décision vous semble-t-elle cohérente avec la lettre des textes et / ou principes


qui régissent la matière ? À l’esprit de ces textes et / ou principes ?

- Est-elle cohérente avec la jurisprudence antérieure ?


- Est-elle cohérente au regard des solutions retenues pour trancher des
problématiques voisines ?

- La solution vous semble-t-elle opportune (par exemple d’un point de vue


sociologique ou économique) ?

Sommaire 45 Travaux dirigés


Document n°1.

Art. 226-1 et 2 du Code pénal

Art. 226-1 Est puni d'un an d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende le fait, au moyen d'un procédé
quelconque, volontairement de porter atteinte à l'intimité de la vie privée d'autrui:
1o En captant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à
titre privé ou confidentiel; — V. Arr. du 4 juill. 2012 ss. art. R. 226-1.
2o En fixant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de celle-ci, l'image d'une personne se
trouvant dans un lieu privé;
(L. no 2020-936 du 30 juill. 2020, art. 17) «3o En captant, enregistrant ou transmettant, par quelque moyen que
ce soit, la localisation en temps réel ou en différé d'une personne sans le consentement de celle-ci.»
Lorsque les actes mentionnés (L. no 2020-936 du 30 juill. 2020, art. 17) «aux 1o et 2o du [ancienne rédaction: au]»
présent article ont été accomplis au vu et au su des intéressés sans qu'ils s'y soient opposés, alors qu'ils étaient
en mesure de le faire, le consentement de ceux-ci est présumé.
(L. no 2020-936 du 30 juill. 2020, art. 17) «Lorsque les actes mentionnés au présent article ont été accomplis sur
la personne d'un mineur, le consentement doit émaner des titulaires de l'autorité parentale (L. no 2024-120 du
19 févr. 2024, art. 2-II) «, dans le respect de l'article 372-1du code civil».
«Lorsque les faits sont commis par le conjoint ou le concubin de la victime ou le partenaire lié à la victime par
un pacte civil de solidarité, les peines sont portées à deux ans d'emprisonnement et à 60 000 euros d'amende.»
(L. no 2024-247 du 21 mars 2024, art. 4) «Lorsque les faits sont commis au préjudice d'une personne dépositaire
de l'autorité publique, chargée d'une mission de service public, titulaire d'un mandat électif public ou candidate
à un tel mandat ou d'un membre de sa famille, les peines sont également portées à deux ans d'emprisonnement
et à 60 000 euros d'amende.»

Art. 226-2 Est puni des mêmes peines le fait de conserver, porter ou laisser porter à la connaissance du
public ou d'un tiers ou d'utiliser de quelque manière que ce soit tout enregistrement ou document obtenu à
l'aide de l'un des actes prévus par l'article 226-1.
Lorsque le délit prévu par l'alinéa précédent est commis par la voie de la presse écrite ou audiovisuelle, les
dispositions particulières des lois qui régissent ces matières sont applicables en ce qui concerne la détermination
des personnes responsables.

Document n°2.

Art. 9, 1240 et 1241 du Code civil ; article 8 de la Conv. EDH.

Code civil
Art. 9 (L. no 70-643 du 17 juill. 1970) Chacun a droit au respect de sa vie privée.
Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que
séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée: ces
mesures peuvent, s'il y a urgence, être ordonnées en référé.

Art. 1240 (Ord. no 2016-131 du 10 févr. 2016, art. 2, en vigueur le 1er oct. 2016) Tout fait quelconque de
l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.

Sommaire 46 Travaux dirigés


Art. 1241 (Ord. no 2016-131 du 10 févr. 2016, art. 2, en vigueur le 1er oct. 2016) Chacun est responsable du
dommage qu'il a causé non seulement par son fait, mais encore par sa négligence ou par son imprudence.

Convention européenne des droits de l’homme


ARTICLE 8 - Droit au respect de la vie privée et familiale

1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa


correspondance.

2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour
autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une
société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être
économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la
protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui.

Document 3.

Cass. civ. 1ère 5 nov. 1996, n°94-14798

Donne acte à la société X... de sa renonciation au premier moyen de son pourvoi ;


Sur le second moyen, pris en ses quatre branches :

Attendu que la société X..., éditrice du journal Z..., fait grief à l'arrêt attaqué (Paris, 15 février
1994) de l'avoir condamnée à payer à Mme Y..., des dommages-intérêts pour atteinte à sa vie
privée et à son droit de s'opposer à la publication de son image ; que le pourvoi fait valoir,
d'abord, que si l'article 9 du Code civil donne à la victime d'une atteinte à la vie privée une
action propre à prévenir ou faire cesser cette atteinte, la réparation du préjudice éventuellement
subi est soumise aux conditions d'application de l'article 1382 du Code civil, de sorte que la
cour d'appel a méconnu la nécessaire combinaison de ces deux textes en décidant que l'action
de Mme Y... n'était pas soumise aux dispositions de l'article 1382 quant à la preuve d'un
dommage et d'un lien de causalité avec la faute retenue ; qu'il est encore reproché à la cour
d'appel d'avoir accordé une indemnité s'apparentant à une amende civile, indépendamment de
tout dommage réparable, en violation du principe d'adéquation de la réparation accordée au
préjudice subi, et sans motiver sa décision qui procède par simple affirmation ;

Mais attendu que selon l'article 9 du Code civil, la seule constatation de l'atteinte à la vie privée
ouvre droit à réparation ; que la cour d'appel, après avoir constaté l'atteinte portée au droit de
Mme Y.... au respect de sa vie privée par la publication litigieuse révélant sa vie sentimentale,

Sommaire 47 Travaux dirigés


a souverainement évalué le montant du préjudice subi ; qu'elle a ainsi légalement justifié sa
décision ;

PAR CES MOTIFS :


REJETTE le pourvoi.

Document 4

Cass. civ. 2ème 30 juin 2004, n°03-13.416

Sur le moyen unique :

Attendu, selon l'arrêt confirmatif attaqué (Versailles, 6 février 2003), que pour illustrer une
rubrique relative au dopage dans le milieu du sport cycliste, la société TF1 a diffusé lors de trois
journaux télévisés, les 10 mai 1999 à 13 heures et 20 heures, et le 12 mai 1999 à 13 heures, une
photographie prise à l'arrivée d'une course hippique représentant deux des personnes mises en
cause dans une affaire de dopage aux côtés des époux X... et de leur fils ; que les époux X..., se
plaignant de la diffusion de cette photographie, ont assigné la société TF1 en réparation de leur
préjudice résultant de l'atteinte au droit qu'ils détiennent sur leur image, sur le fondement de
l'article 9 du Code civil ;

Attendu que la société TF1 fait grief à l'arrêt d'avoir rejeté les exceptions d'irrecevabilité qu'elle
avait opposées à la demande et de l'avoir condamnée à payer certaines sommes à chacun des
demandeurs, alors, selon le moyen :

1 / qu'est licite au regard du droit de chacun au respect de son image et de sa vie privée, la
diffusion dans un reportage télévisé consacré à un événement d'actualité concernant des
personnes soupçonnées d'avoir participé à des opérations de dopage dans le milieu sportif, d'une
photographie sur laquelle figure, à leur côté et de manière accessoire, une autre personne qui se
trouvait mêlée à l'événement de manière fortuite par l'effet de circonstances tenant
exclusivement à sa vie professionnelle ; qu'en affirmant que la publication de la photographie
d'une personne sans son autorisation pouvait être légitime seulement si elle est en lien direct
avec un événement d'actualité ou historique auquel elle a participé, la cour d'appel a violé
l'article 9 du Code civil, ensemble l'article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des
droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

2 / que la société TF1 avait soutenu dans ses conclusions d'appel que la partie du reportage au
cours de laquelle avait été diffusée la photographie litigieuse relatait les circonstances dans
lesquelles les deux personnes, interpellées par les services de police et qui en étaient les
personnages principaux, s'étaient rencontrées, en raison de leur passion commune pour les
chevaux de course et que la photographie les présentant en compagnie notamment de
l'entraîneur de leurs propres chevaux, M. X..., était en parfaite adéquation avec l'événement
d'actualité commenté ; qu'en énonçant que la présentation de l'image de M. X... n'avait pas de
lien avec l'événement d'actualité constitué par le dopage dans le milieu cycliste pour en déduire

Sommaire 48 Travaux dirigés


l'existence d'une atteinte à l'image de ce dernier, la cour d'appel a statué par un motif inopérant
et violé l'article 9 du Code civil ;

3 / que la cour d'appel a relevé que les consorts X... sont étrangers au milieu cycliste, que leur
nom n'a pas été cité et que la publication de leur image en compagnie de personnes mises en
examen dans une affaire de dopage, n'était pas susceptible de porter atteinte à leur honneur et à
leur considération ; qu'en affirmant néanmoins que l'atteinte à leur image résultant de sa
publication sans leur autorisation est à l'origine d'un préjudice moral, la cour d'appel n'a pas
déduit de ses propres constatations les conséquences qui en résultaient en violation de l'article
9 du Code civil ;

4 / que la société TF1 avait soutenu dans ses conclusions d'appel qu'aux termes mêmes des
écritures des consorts X..., le préjudice dont ils demandaient réparation était celui qui résulterait
de l'atteinte qui aurait été portée à leur honneur et à leur considération par la représentation, sur
la photographie litigieuse, de leur image aux côtés de personnes mises en cause dans une affaire
de dopage de coureurs cyclistes ; qu'en omettant dès lors de s'expliquer sur la nature exacte du
préjudice qu'elle entendait réparer quand elle affirmait que la publication de cette photographie
n'était pas susceptible de porter atteinte à leur honneur et à leur considération, la cour d'appel a
violé l'article 455 du nouveau Code de procédure civile ;

Mais attendu que l'arrêt relève que la photographie des consorts X... prise sur un champ de
course avait été utilisée pour illustrer un sujet traitant du dopage dans le milieu cycliste, que le
fait que M. X... ait entraîné des chevaux appartenant aux personnes mises en cause ne suffisait
pas à établir un lien entre la photographie des consorts X... et l'événement d'actualité constitué
par le dopage dans le milieu cycliste, milieu auquel ils sont étrangers ;

Que, de ces constatations et énonciations, la cour d'appel, qui a déduit que le contexte de
l'utilisation de cette photographie étant étranger à celui dans lequel elle avait été prise, sa
diffusion sans l'accord des intéressés portait atteinte à leur droit au respect de leur image, a, par
ces motifs légalement justifié sa décision ;

Que le rejet des deux premiers griefs du moyen prive de fondement la critique des autres
branches du moyen en ce que le seul constat de l'atteinte au droit de chacun de s'opposer à la
publication de son image, sans qu'il y ait lieu de s'expliquer davantage sur la nature du préjudice
qui en est résulté, ouvre droit à réparation sur le fondement de l'article 9 du Code Civil ;
D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :


REJETTE le pourvoi ;
Condamne la société TF1 "Télévision francaise 1" aux dépens ;
Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, condamne la société TF1 "Télévision
francaise 1" à payer aux époux X... la somme de 2 000 euros ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Deuxième chambre civile, et prononcé par le
président en son audience publique du trente juin deux mille quatre.

Sommaire 49 Travaux dirigés


Séance n°4.
L’identification juridique
du cadre du pouvoir national : l’État

Concepts clés

État – Ordre juridique étatique – Souveraineté – Droit

Ressources documentaires

Carré de Malberg (R.), Contribution à la théorie générale de l’Etat,


réédition des éditions de 1920 et de 1922, Dalloz, 2023, 638 p.

Beaud (O.), La puissance de l’État, PUF, Leviathan, 1994, 512 p.

Bourdieu (P.), Sur l’État. Cours au Collège de France (1989-1992), Seuil,


Raisons d’agir, Cours et Travaux, 2012, 672 p.

Magnon (X.), « Le droit en dehors de l’État et les rapports entre ordres


normatifs chez Hans Kelsen », in Un classique méconnu : Hans Kelsen,
sous la direction de T. Hochmann, X. Magnon et R. Ponsard, Mare &
Martin, Le sens de la science, 2019, pp. 405-428.

Sommaire 50 Travaux dirigés


Consultation

Profitant de l’instabilité politique nationale, à l’origine d’un affaiblissement potentiel


de l’État central, l’Assemblée territoriale de Corse décide de reconnaître
unilatéralement l’indépendance de celle-ci. Se réunissant en Assemblée constituante,
elle proclame ainsi solennellement l’indépendance de la Corse le 10 septembre 2025.
Dans le prolongement, elle décide de fermer dans l’île la préfecture, les commissariats,
les gendarmeries et, plus largement, tous les locaux abritant des services de la France,
afin qu’il n’y ait plus aucune possibilité de fonctionnement sur le territoire corse des
institutions nationales françaises. Dans le même temps, elle entend rapatrier en France
tous les fonctionnaires de l’État français en métropole. Enfin, il est décidé d’informer
tous les États membres de la communauté internationale de la création de cet État, en
les sollicitant afin qu’ils reconnaissent officiellement ce nouvel État.

Un mois après cette proclamation, toutes les administrations de l’État ont été fermées
et les fonctionnaires nationaux français renvoyés en métropole, sans aucune réaction
concrète, en dehors de quelques discours politiques de réprobation, de l’État français.
Le nouvel État corse a pu mobiliser les différents fonctionnaires territoriaux corses, du
moins ceux qui l’ont souhaité, pour remplacer les agents de l’État dans l’exercice des
missions qui étaient jusqu’alors confiées à la fonction publique nationale et qui sont
ainsi désormais exercées par es des agents de l’État Corse. De plus, les reconnaissances
de la Corse en tant qu’État par les autres États de la communauté internationale se
multiplient, au point que plus de la moitié d’entre eux l’ont déjà reconnue.

Dans ces conditions, peut-on considérer que la Corse est juridiquement un État ?

Sommaire 51 Travaux dirigés


A - Documents

- Christian BEHRENDT et Frédéric BOUHON, Introduction à la théorie


générale de l’État, Larcier, 2014, pp. 77-81.

Sommaire 52 Travaux dirigés


Sommaire 53 Travaux dirigés
- Articles 1 et 3 de la Convention de Montevideo sur les droits et les
devoirs des États (Uruguay - 1933)

Article premier.

L'État comme personne de Droit international doit réunir les conditions


suivantes :
I. Population permanente.
IL Territoire déterminé.
III. Gouvernement.
IV. Capacité d'entrer en relations avec les autres États.

Article 3

L'existence politique de l'État est indépendante de sa reconnaissance par


les autres États. Même avant d'être reconnu, l'État a le droit de défendre
son intégrité et son indépendance, de pourvoir à sa conservation et à sa
prospérité et, par conséquent, de s'organiser comme il l'entendra, de
légiférer sur ses intérêts, d'administrer ses services et de déterminer la
juridiction et la compétence de ses tribunaux. L'exercice de ces droits n'a
d'autres limites que celles de l'exercice des droits des autres États
conformément au Droit international.

sommaire 54 Travaux dirigés


- Article 53 de la Constitution du 4 octobre 1958

Les traités de paix, les traités de commerce, les traités ou accords relatifs
à l'organisation internationale, ceux qui engagent les finances de l'Etat,
ceux qui modifient des dispositions de nature législative, ceux qui sont
relatifs à l'état des personnes, ceux qui comportent cession, échange ou
adjonction de territoire, ne peuvent être ratifiés ou approuvés qu'en vertu
d'une loi.

Ils ne prennent effet qu'après avoir été ratifiés ou approuvés.

Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n'est valable sans
le consentement des populations intéressées.

- CC, n° 75-59 DC, 30 décembre 1975, Loi relative aux conséquences


de l'autodétermination des îles des Comores (extraits)

1. Considérant que l'article 53, dernier alinéa, de la Constitution, dispose :


« Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n'est valable
sans le consentement des populations intéressés » ;

2. Considérant que les dispositions de cet article doivent être interprétées


comme étant applicables, non seulement dans l'hypothèse où la France
céderait à un État étranger ou bien acquerrait de celui-ci un territoire, mais
aussi dans l'hypothèse où un territoire cesserait d'appartenir à la
République pour constituer un État indépendant ou y être rattaché ;

3. Considérant que l'île de Mayotte est un territoire au sens de l'article 53,


dernier alinéa, de la Constitution, ce terme n'ayant pas dans cet article la
même signification juridique que dans l'expression territoire d'Outre-Mer,
telle qu'elle est employée dans la Constitution ;

4. Considérant, en conséquence, que cette île ne saurait sortir de la


République française sans le consentement de sa propre population ; que,
dès lors, les articles premier et 2 de la loi déférée au Conseil constitutionnel
font une exacte application de l'article 53, dernier alinéa, de la
Constitution ;

sommaire 55 Travaux dirigés


B – Exercice (dirigé)

1 - Dénomination et définition du concept mobilisable pour résoudre la


question :

- La question soulevée renvoie au concept d’« État »


- Comment peut-on définir l’État ?
- Quelles sont les différentes définitions retenues (sociologique,
politique, juridique…) (appréciation critique de ces différentes
définitions) ?
- À quelles conditions est-il possible de reconnaître juridiquement un
État ?

2 - Difficulté(s) soulevée(s) par l’application du concept à une situation


déterminée (problème juridique) :

- Les difficultés soulevées concernent les discussions susceptibles de


se nouer autour de l’existence ou de la non-existence de chacune des
conditions juridiques permettant de reconnaître un État et, plus
particulièrement, les discussions semblent devoir se concentrer
autour de l’existence d’un gouvernement effectif et d’une
reconnaissance internationale.
- La discussion peut également porter sur le respect de la procédure
prévue par la Constitution du 4 octobre 1958 pour l’accession d’une
partie du territoire national à l’indépendance.

3 - Normes et régime juridique applicables pour résoudre la question :

- Quelles sont les normes juridiques applicables pour reconnaître


l’existence d’un État et, plus particulièrement, de l’État Corse ?

4 - Résolution de la question :

À vous d’y répondre…

sommaire 56 Travaux dirigés


Séance n°5.
Le statut de l’enfant à naître

Objectifs
Savoir dégager la portée des arrêts et les utiliser dans l’argumentation
Déterminer les différentes interprétations possibles d’un même concept juridique
Savoir exposer et apprécier l’état du droit positif

Consultation n°1
A partir des documents fournis, vous réaliserez une consultation juridique sur la
possibilité de poursuivre pour meurtre une personne ayant volontairement poignardé
une femme enceinte ayant entraîné la perte de son fœtus de 6 mois touché et tué dans
le ventre de sa mère puis extrait de celle-ci par césarienne.

Consultation n°2
A partir des documents fournis, l’association Un pour tous, tous pour la vie considère
que la protection de l’enfant à naître est insuffisante en France et qu’il serait nécessaire
de la renforcer. Elle vous saisit afin que vous fassiez un état du droit positif français sur
la question et que vous mettiez en évidence les éléments qui pourraient être utilisés ou
modifiés pour renforcer la protection de l’enfant à naître.

Ressources bibliographiques

A. Mirkovic, « Statut de l’embryon, la question interdite ! » JCP 2010, n°4, 99, p. 177
et s. (PDF disponible sur AMETICE)

Ressources documentaires

Document n° 1. Cass. crim., 10 nov. 2020, n° 19-87.136

Document n° 2. Cass. Ass. plén., du 29 juin 2001, n° 99-85.973.

Document n° 3. Cass. crim., 2 déc. 2003, n° 03-82.344.

Document n°4. Extraits de la Constitution, de la CEDH et de la jurisprudence.

sommaire 57 Travaux dirigés


DOCUMENT n° 1
Cour de Cassation, Chambre criminelle, 10 novembre 2020, n° 19-87.136

Faits et procédure

1. Il résulte de l'arrêt attaqué et des pièces de procédure ce qui suit.

2. A la suite d'un accident de la circulation survenu le 22 mai 2016, Mme T... D... a été déclarée
coupable d'homicide involontaire par conducteur de véhicule terrestre à moteur sous l'emprise
d'un état alcoolique et de conduite d'un véhicule à une vitesse excessive eu égard aux
circonstances, au préjudice de S... Q... .

3. Mme L... I..., compagne de S... Q... , s'est constituée partie civile en son nom personnel et en
qualité de représentante légale de son fils G... Q... , né le [...] 2016. La société GMF, assureur
responsabilité civile de Mme D..., est intervenue à l'instance. L'affaire a été renvoyée sur les
intérêts civils.

4. Statuant sur intérêts civils, le tribunal correctionnel a condamné Mme D... à payer la somme de
10 000 euros à Mme I... en qualité de représentante légale de G... Q... , au titre du préjudice moral
de celui-ci. La GMF a relevé appel de cette décision.

Examen du moyen
Sur le moyen pris en ses deuxième, troisième et quatrième branches

5. Les griefs ne sont pas de nature à permettre l'admission du pourvoi au sens de l'article 567-1-1
du code de procédure pénale.

Sur le moyen pris en sa première branche

Enoncé du moyen

6. Le moyen critique l'arrêt attaqué en ce qu'il a déclaré Mme D... intégralement responsable du
préjudice subi par Mme L... I... en qualité de représentante légale de G... Q... et l'a condamnée à
lui payer, en qualité de représentant légale de G... Q... , la somme de 10 000 euros au titre du
préjudice moral de l'enfant mineur, alors :

« 1°/ que l'enfant qui n'est pas encore conçu au moment de l'accident dont son père a été victime
ne saurait obtenir par principe la réparation d'un préjudice moral par ricochet ; qu'en retenant
qu'il est de principe que, dès sa naissance, l'enfant peut demander réparation du préjudice
résultant du décès accidentel de son père survenu avant sa naissance, la cour d'appel a méconnu
les articles les articles 1240 et 1241 du code civil, ensemble les articles 2 et 3 du code de
procédure pénale. »

Réponse de la Cour

sommaire 58 Travaux dirigés


7. Pour confirmer le jugement, l'arrêt attaqué, après avoir énoncé que, dès sa naissance, l'enfant
peut demander réparation du préjudice résultant du décès accidentel de son père survenu alors
qu'il était conçu, relève que l'enfant G... est né le [...] 2016 de l'union de S... Q... et de L... I...,
lesquels vivaient en concubinage depuis mars 2013. Ils en déduisent que, contrairement à ce que
postule le moyen, l'enfant était conçu au jour du décès de son père, intervenu un mois et sept
jours avant sa naissance.

[Link] juges retiennent que l'absence de S... Q... auprès de son fils G... sera toujours ressentie
douloureusement par l'enfant qui devra se contenter des souvenirs de sa mère et de ceux de ses
proches pour connaître son père et construire son identité, et que G... souffrira de l'absence
définitive de son père qu'il ne connaîtra jamais, toute sa vie.

9. Ils en déduisent que le préjudice moral de l'enfant est caractérisé ainsi qu'un lien de causalité
entre le décès accidentel et ce préjudice.

10. En statuant ainsi, la cour d'appel n'a méconnu aucun des textes visés au moyen.

11. La deuxième chambre civile statue dans le même sens, reconnaissant le droit de l'enfant, dès
sa naissance, à demander réparation du préjudice résultant du décès accidentel de son père
survenu alors qu'il était conçu (2e Civ., 14 décembre 2017, n° 16-26.687, Bull. 235).

12. Dès lors, le moyen doit être écarté.


13. Par ailleurs l'arrêt est régulier en la forme. PAR CES MOTIFS, la Cour :
REJETTE le pourvoi.

DOCUMENT n° 2 :
Cour de Cassation, Assemblée plénière, du 29 juin 2001, 99-85.973,
Publié au bulletin

Audience publique du vendredi 29 juin 2001 Président

Premier président : M. Canivet Rapporteur

Rapporteur : M. Sargos, assisté de M. Avocat, auditeur. Avocat général

Avocat général : M. Sainte-Rose. Avocat(s)

Avocat : la SCP Bachellier et Potier de la Varde. Texte intégral

RÉPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS ASSEMBLEE PLENIERE.

LA COUR,

Sur les deux moyens réunis du procureur général près la cour d'appel de Metz et de Mme X... :
sommaire 59 Travaux dirigés
Attendu que le 29 juillet 1995 un véhicule conduit par M. Z... a heurté celui conduit par Mme
X..., enceinte de six mois, qui a été blessée et a perdu des suites du choc le foetus qu'elle portait ;
que l'arrêt attaqué (Metz, 3 septembre 1998) a notamment condamné M. Z... du chef de blessures
involontaires sur la personne de Mme X..., avec circonstance aggravante de conduite sous
l'empire d'un état alcoolique, mais l'a relaxé du chef d'atteinte involontaire à la vie de l'enfant à
naître ;

Attendu qu'il est fait grief à l'arrêt attaqué d'avoir ainsi statué, alors que, d'une part, l'article 221-6
du Code pénal réprimant le fait de causer la mort d'autrui n'exclut pas de son champ d'application
l'enfant à naître et viable, qu'en limitant la portée de ce texte à l'enfant dont le cœur battait à la
naissance et qui a respiré, la cour d'appel a ajouté une condition non prévue par la loi, et alors
que, d'autre part, le fait de provoquer involontairement la mort d'un enfant à naître constitue le
délit d'homicide involontaire dès lors que celui-ci était viable au moment des faits quand bien
même il n'aurait pas respiré lorsqu'il a été séparé de la mère, de sorte qu'auraient été violés les
articles 111- 3, 111-4 et 221-6 du Code pénal et 593 du Code de procédure pénale ;

Mais attendu que le principe de la légalité des délits et des peines, qui impose une interprétation
stricte de la loi pénale, s'oppose à ce que l'incrimination prévue par l'article 221-6 du Code pénal,
réprimant l'homicide involontaire d'autrui, soit étendue au cas de l'enfant à naître dont le régime
juridique relève de textes particuliers sur l'embryon ou le foetus ;

D'où il suit que l'arrêt attaqué a fait une exacte application des textes visés par le moyen ; Par ces
motifs :
REJETTE le pourvoi.
MOYENS ANNEXES

Moyen produit par le procureur général près la cour d'appel de Metz.

MOYEN DE CASSATION :

Pris en violation de l'article 221-6 du code pénal, en ce que l'arrêt attaqué a infirmé le jugement
déféré et renvoyé le prévenu des fins de la poursuite du chef d'homicide volontaire au motif "
qu'il ne peut y avoir d'homicide qu'à l'égard d'un enfant dont le coeur battait à la naissance et qui
a respiré ", alors que l'article 221-6 du code pénal réprimant le fait de causer la mort d'autrui,
n'exclut pas de son champ d'application l'enfant à naître et viable, qu'en limitant la portée de ce
texte à l'enfant dont le coeur battait à la naissance et qui a respiré, la Cour d'appel a ajouté une
condition non prévue par la loi.

Moyen produit par la SCP Bachellier et Potier de la Varde, avocat aux Conseils, pour Mme X...
MOYEN UNIQUE DE CASSATION :

Violation des articles 111-3, 111-4 et 221-6 du Code pénal, 593 du Code de procédure pénale,
défaut et contradiction de motifs, manque de base légale ;

EN CE QUE l'arrêt attaqué a renvoyé M. Z... des fins de la poursuite du chef d'homicide
involontaire ;

AUX MOTIFS que suivant le rapport du docteur Hennequin, l'enfant a subi d'importantes
lésions cérébrales incompatibles avec la vie chez un enfant prématuré ; qu'il y a une relation
sommaire 60 Travaux dirigés
causale entre l'accident dont a été victime la mère et la mort de l'enfant dans les jours suivants ;
que l'enfant est né prématurément viable mais n'a pas respiré du fait de l'absence d'air dans les
poumons et l'estomac ; qu'il n'a pas vécu du fait des lésions cérébrales ; que sa mort est la
conséquence de l'accident ; que cependant l'enfant mort-né n'est pas protégé pénalement au titre
des infractions concernant les personnes ; qu'en effet pour qu'il y ait " personne ", il faut qu'il y
ait un être vivant, c'est-à-dire venu au monde et non encore décédé ; qu'il ne peut y avoir
homicide qu'à l'égard d'un enfant dont le coeur battait à la naissance et qui a respiré ; que la loi
pénale est d'interprétation stricte ; que le fait poursuivi du chef d'homicide involontaire ne
constitue en fait aucune infraction à la loi pénale ;

ALORS QUE le fait de provoquer involontairement la mort d'un enfant à naître constitue le délit
d'homicide involontaire dès lors que celui-ci était viable au moment des faits quand bien même il
n'aurait pas respiré lorsqu'il a été séparé de sa mère ; qu'en jugeant le contraire, la Cour d'appel a
méconnu les textes et le principe ci-dessus mentionnés.

DOCUMENT n° 3
Cour de Cassation, Chambre criminelle,
du 2 décembre 2003, 03- 82.344, Publié au bulletin

Audience publique du mardi 02 décembre 2003


Décision attaquée : Cour d'appel de Versailles, 2003-01-30, du 30 janvier 2003

Président
M. Farge, conseiller le plus ancien faisant fonction.

Rapporteur
Mme Agostini.

Avocat général Mme Commaret.

Avocat(s)
la SCP Roger et Sevaux.

Texte intégral

RÉPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE CRIMINELLE, en son audience publique tenue au


Palais de Justice à PARIS, le deux décembre deux mille trois, a rendu l'arrêt suivant :

Sur le rapport de Mme le conseiller référendaire AGOSTINI, les observations de la société civile
professionnelle ROGER et SEVAUX, et les conclusions de Mme l'avocat général COMMARET
;

sommaire 61 Travaux dirigés


Statuant sur le pourvoi formé par :

- LE PROCUREUR GENERAL PRES LA COUR D'APPEL DE VERSAILLES,

contre l'arrêt de ladite cour d'appel, 8ème chambre, en date du 30 janvier 2003, qui, pour
homicide involontaire, a confirmé le jugement condamnant Noëlle X... à 1 an d'emprisonnement
avec sursis, 5 000 francs d'amende, 18 mois de suspension du permis de conduire et qui a
prononcé sur les intérêts civils ;

Vu les mémoires produits, en demande et en défense ;

Sur le moyen unique de cassation du procureur général pris de la violation de l'article 221-6 du
Code pénal, violation de la loi ;

Attendu qu'il résulte de l'arrêt attaqué que, le 5 octobre 1998, Pascale Y..., enceinte de huit mois, a
été grièvement blessée dans un accident de la circulation impliquant Noëlle X... ; qu'après une
césarienne, elle a, le même jour à 16 heures 39, donné naissance à un garçon prénommé Yoan,
qui est décédé à 17 heures 39 ;

Attendu que, pour déclarer Noëlle X... coupable d'homicide involontaire sur la personne de Yoan
Y..., l'arrêt attaqué retient qu'elle a, par un défaut de maîtrise de son véhicule, causé la mort de
l'enfant qui a vécu une heure après sa naissance et qui est décédé des suites des lésions vitales
irréversibles subies au moment du choc ;

Attendu qu'en l'état de ces énonciations, la cour d'appel a justifié sa décision ; D'où il suit que le
moyen doit être écarté ;
Et attendu que l'arrêt est régulier en la forme ;
REJETTE le pourvoi ;

Ainsi jugé et prononcé par la Cour de Cassation, chambre criminelle, en son audience publique,
les jour, mois et an que dessus ;

Etaient présents aux débats et au délibéré : M. Farge conseiller le plus ancien, faisant fonctions de
président en remplacement du président empêché, Mme Agostini conseiller rapporteur, MM.
Blondet, Palisse, Le Corroller conseillers de la chambre, Mmes Beaudonnet, Gailly conseillers
référendaires ;

Avocat général : Mme Commaret ;


Greffier de chambre : Mme Daudé ;
En foi de quoi le présent arrêt a été signé par le président, le rapporteur et le greffier de chambre

sommaire 62 Travaux dirigés


DOCUMENT n° 4
Extraits de la Constitution, de la CEDH et de la jurisprudence

(1) Article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme :

« Droit à la vie

1 Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque
intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où
le délit est puni de cette peine par la loi.

2 La mort n'est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle
résulterait d'un recours à la force rendu absolument nécessaire:

a) pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale;

b) pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l'évasion d'une personne
régulièrement détenue;

c) pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection ».

(2) Protocole n° 6 à la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés


fondamentales concernant l'abolition de la peine de mort

« Les Etats membres du Conseil de l'Europe, signataires du présent Protocole à la Convention de


sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre
1950 (ci-après dénommée «la Convention»),

Considérant que les développements intervenus dans plusieurs Etats membres du Conseil de
l'Europe expriment une tendance générale en faveur de l'abolition de la peine de mort,

Sont convenus de ce qui suit:

Article 1 – Abolition de la peine de mort

La peine de mort est abolie. Nul ne peut être condamné à une telle peine ni exécuté.

Article 2 – Peine de mort en temps de guerre

Un Etat peut prévoir dans sa législation la peine de mort pour des actes commis en temps de guerre
ou de danger imminent de guerre ; une telle peine ne sera appliquée que dans les cas prévus par
cette législation et conformément à ses dispositions. Cet Etat communiquera au Secrétaire Général
du Conseil de l'Europe les dispositions afférentes de la législation en cause.
sommaire 63 Travaux dirigés
Article 3 – Interdiction de dérogations

Aucune dérogation n'est autorisée aux dispositions du présent Protocole au titre de l'article 15 de
la Convention.

Article 4 – Interdiction de réserves

Aucune réserve n'est admise aux dispositions du présent Protocole en vertu de l'article 57 de la
Convention.

Article 5 – Application territoriale

1 Tout Etat peut, au moment de la signature ou au moment du dépôt de son instrument de


ratification, d'acceptation ou d'approbation, désigner le ou les territoires auxquels s'appliquera le
présent Protocole.

2 Tout Etat peut, à tout autre moment par la suite, par une déclaration adressée au Secrétaire
Général du Conseil de l'Europe, étendre l'application du présent Protocole à tout autre territoire
désigné dans la déclaration. Le Protocole entrera en vigueur à l'égard de ce territoire le premier jour
du mois qui suit la date de réception de la déclaration par le Secrétaire Général.

3 Toute déclaration faite en vertu des deux paragraphes précédents pourra être retirée, en ce qui
concerne tout territoire désigné dans cette déclaration, par notification adressée au Secrétaire
Général. Le retrait prendra effet le premier jour du mois qui suit la date de réception de la
notification par le Secrétaire Général.

Article 6 – Relations avec la Convention

Les Etats Parties considèrent les articles 1 à 5 du présent Protocole comme des articles additionnels
à la Convention et toutes les dispositions de la Convention s'appliquent en conséquence.

Article 7 – Signature et ratification

Le présent Protocole est ouvert à la signature des Etats membres du Conseil de l'Europe, signataires
de la Convention. Il sera soumis à ratification, acceptation ou approbation. Un Etat membre du
Conseil de l'Europe ne pourra ratifier, accepter ou approuver le présent Protocole sans avoir
simultanément ou antérieurement ratifié la Convention. Les instruments de ratification,
d'acceptation ou d'approbation seront déposés près le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe.

Article 8 – Entrée en vigueur

sommaire 64 Travaux dirigés


1 Le présent Protocole entrera en vigueur le premier jour du mois qui suit la date à laquelle cinq
Etats membres du Conseil de l'Europe auront exprimé leur consentement à être liés par le
Protocole conformément aux dispositions de l'article 7.

2 Pour tout Etat membre qui exprimera ultérieurement son consentement à être lié par le
Protocole, celui-ci entrera en vigueur le premier jour du mois qui suit la date du dépôt de
l'instrument de ratification, d'acceptation ou d'approbation.

Article 9 – Fonctions du dépositaire

Le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe notifiera aux Etats membres du Conseil:

a) toute signature;

b) le dépôt de tout instrument de ratification, d'acceptation ou d'approbation;

c) toute date d'entrée en vigueur du présent Protocole conformément à ses articles 5 et 8;

d) tout autre acte, notification ou communication ayant trait au présent Protocole.

En foi de quoi, les soussignés, dûment autorisés à cet effet, ont signé le présent Protocole.

Fait à Strasbourg, le 28 avril 1983, en français et en anglais, les deux textes faisant également foi,
en un seul exemplaire, qui sera déposé dans les archives du Conseil de l'Europe. Le Secrétaire
Général du Conseil de l'Europe en communiquera copie certifiée conforme à chacun des Etats
membres du Conseil de l'Europe ».

(3) Protocole n° 13 à la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des


libertés fondamentales relatif à l'abolition de la peine de mort en toutes
circonstances, adopté à Vilnius le 3 mai 2002 (extraits)

« Les Etats membres du Conseil de l’Europe, signataires du présent Protocole,

Convaincus que le droit de toute personne à la vie est une valeur fondamentale dans une société
démocratique, et que l’abolition de la peine de mort est essentielle à la protection de ce droit et à la
pleine reconnaissance de la dignité inhérente à tous les êtres humains;

Souhaitant renforcer la protection du droit à la vie garanti par la Convention de sauvegarde des
Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales signée à Rome le 4 novembre 1950 (ci-après
dénommée «la Convention»);

sommaire 65 Travaux dirigés


Notant que le Protocole n° 6 à la Convention concernant l’abolition de la peine de mort, signé à
Strasbourg le 28 avril 1983, n’exclut pas la peine de mort pour des actes commis en temps de guerre
ou de danger imminent de guerre;

Résolus à faire le pas ultime afin d’abolir la peine de mort en toutes circonstances, Sont convenus
de ce qui suit:

Article 1 – Abolition de la peine de mort

La peine de mort est abolie. Nul ne peut être condamné à une telle peine ni exécuté. Article 2 –
Interdiction de dérogations

Aucune dérogation n’est autorisée aux dispositions du présent Protocole au titre de l’article 15 de
la Convention.

Article 3 – Interdiction de réserves

Aucune réserve n’est admise aux dispositions du présent Protocole au titre de l’article 57 de la
Convention.

Article 4 – Application territoriale

1 Tout Etat peut, au moment de la signature ou au moment du dépôt de son instrument de


ratification, d'acceptation ou d'approbation, désigner le ou les territoires auxquels s'appliquera le
présent Protocole.

2 Tout Etat peut, à tout autre moment par la suite, par une déclaration adressée au Secrétaire
Général du Conseil de l'Europe, étendre l'application du présent Protocole à tout autre territoire
désigné dans la déclaration. Le Protocole entrera en vigueur à l'égard de ce territoire le premier jour
du mois qui suit l'expiration d'une période de trois mois après la date de réception de la déclaration
par le Secrétaire Général.

3 Toute déclaration faite en vertu des deux paragraphes précédents pourra être retirée ou modifiée,
en ce qui concerne tout territoire désigné dans cette déclaration, par notification adressée au
Secrétaire Général. Le retrait ou la modification prendra effet le premier jour du mois qui suit
l'expiration d'une période de trois mois après la date de réception de la notification par le Secrétaire
Général.

Article 5 – Relations avec la Convention

sommaire 66 Travaux dirigés


Les Etats Parties considèrent les articles 1 à 4 du présent Protocole comme des articles additionnels
à la Convention, et toutes les dispositions de la Convention s’appliquent en conséquence ».

Deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils
et politiques, visant à abolir la peine de mort, adopté à New York le 15 décembre 1989
(extraits)

Les Etats parties au présent Protocole,

Convaincus que l'abolition de la peine de mort contribue à promouvoir la dignité humaine et le


développement progressif des droits de l'homme,

Rappelant l'article 3 de la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée le 10 décembre


1948, ainsi que l'article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques adopté le 16
décembre 1966,

Notant que l'article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques se réfère à
l'abolition de la peine de mort en des termes qui suggèrent sans ambiguïté que l'abolition de cette
peine est souhaitable,

Convaincus que toutes les mesures prises touchant l'abolition de la peine de mort doivent être
considérées comme un progrès quant à la jouissance du droit à la vie,

Désireux de prendre, par le présent Protocole, l'engagement international d'abolir la peine de mort,

Sont convenus de ce qui suit:

Article premier : 1. Aucune personne relevant de la juridiction d'un Etat partie au présent Protocole
ne sera exécutée.

2. Chaque Etat partie prendra toutes les mesures voulues pour abolir la peine de mort dans le
ressort de sa juridiction.

Article 2 : 1. Il ne sera admis aucune réserve au présent Protocole, en dehors de la réserve formulée
lors de la ratification ou de l'adhésion et prévoyant l'application de la peine de mort en temps de
guerre à la suite d'une condamnation pour un crime de caractère militaire, d'une gravité extrême,
commis en temps de guerre.

2. L'Etat partie formulant une telle réserve communiquera au Secrétaire général de l'Organisation
des Nations Unies, lors de la ratification ou de l'adhésion, les dispositions pertinentes de sa
législation interne qui s'appliquent en temps de guerre.

sommaire 67 Travaux dirigés


3. L'Etat partie ayant formulé une telle réserve notifiera au Secrétaire général de l'Organisation des
Nations Unies la proclamation ou la levée de l'état de guerre sur son territoire.

Article 3 : Les Etats parties au présent Protocole feront état, dans les rapports qu'ils présentent au
Comité des droits de l'homme en vertu de l'article 40 du Pacte, des mesures qu'ils auront adoptées
pour donner effet au présent Protocole.

Article 4 : En ce qui concerne les Etats parties au Pacte qui ont fait la déclaration prévue à l'article
41, la compétence reconnue au Comité des droits de l'homme pour recevoir et examiner des
communications dans lesquelles un Etat partie prétend qu'un autre Etat partie ne s'acquitte pas de
ses obligations s'étend aux dispositions du présent Protocole, à moins que l'Etat partie en cause
n'ait fait une déclaration en sens contraire lors de la ratification ou de l'adhésion.

Article 5 : En ce qui concerne les Etats parties au premier Protocole facultatif se rapportant au
Pacte international relatif aux droits civils et politiques adopté le 16 décembre 1966, la compétence
reconnue au Comité des droits de l'homme pour recevoir et examiner des communications
émanant de particuliers relevant de leur juridiction s'étend aux dispositions du présent Protocole,
à moins que l'Etat partie en cause n'ait fait une déclaration en sens contraire lors de la ratification
ou de l'adhésion ».

(4) Cour européenne des droits de l’homme, 16 décembre 2010, A, B ET C c. Irlande, n°


25579/05 (extraits)

« 229. La Cour doit maintenant déterminer si la mesure litigieuse répondait à un besoin social
impérieux, et en particulier si elle était « proportionnée » au but légitime poursuivi, eu égard au juste
équilibre à ménager entre les intérêts concurrents en jeu, exercice pour lequel l’Etat jouit d’une
certaine marge d’appréciation (Open Door, précité, § 70, Odièvre c. France [GC], no 42326/98, §
40, CEDH 2003‑III, et Evans, précité, § 75).

230. Partant, comme elle l’a dit au paragraphe 213 ci-dessus, la Cour doit rechercher en l’espèce si
l’interdiction de l’avortement pour des raisons de santé et/ou de bien-être en Irlande a ménagé un
juste équilibre entre, d’une part, le droit des première et deuxième requérantes au respect de leur
vie privée au regard de l’article 8 et, d’autre part, les valeurs morales profondes du peuple irlandais
concernant la nature de la vie et, par conséquent, la nécessité de protéger la vie de l’enfant à naître.

231. La Cour estime que l’ampleur de la marge d’appréciation à accorder à l’Etat revêt une
importance décisive pour l’appréciation du point de savoir si le juste équilibre requis a été atteint.
Le Gouvernement soutient que, pour réglementer l’avortement, l’Etat jouit d’une latitude
importante qui ne peut être circonscrite par un quelconque consensus au niveau européen ou
international. Tout en reconnaissant qu’une marge d’appréciation doit être laissée à l’Etat, les
première et deuxième requérantes soutiennent que le droit à la vie de l’enfant à naître ne saurait se
sommaire 68 Travaux dirigés
voir attribuer une primauté telle qu’elle exclurait toute protection proportionnée des droits des
femmes ; elles estiment par ailleurs crucial de tenir compte du consensus en faveur d’un accès plus
large à l’avortement qui leur paraît se dégager en dehors de l’Irlande.

232. La Cour observe que, pour déterminer l’ampleur de la marge d’appréciation devant être
reconnue à l’Etat dans une affaire soulevant des questions au regard de l’article 8, il y a lieu de
prendre en compte un certain nombre de facteurs. Lorsqu’un aspect particulièrement important de
l’existence ou de l’identité d’un individu se trouve en jeu, la marge laissée à l’Etat est de façon
générale restreinte (Evans, précité, § 77). En revanche, la marge d’appréciation sera plus ample
lorsqu’il n’existe pas de consensus entre les Etats membres du Conseil de l’Europe sur l’importance
relative de l’intérêt en jeu ou sur la meilleure façon de le protéger, en particulier lorsque l’affaire
soulève des questions morales ou éthique délicates (Evans, précité, § 77, X, Y et Z c. Royaume-
Uni, 22 avril 1997, § 44, Recueil 1997-II, Fretté c. France, no 36515/97, § 41, CEDH 2002-I, et
Christine Goodwin, précité, § 85). Comme la Cour l’a rappelé ci-dessus, grâce à leurs contacts
directs et constants avec les forces vives de leur pays, les autorités de l’Etat se trouvent en principe
mieux placées que le juge international pour se prononcer non seulement sur le « contenu précis
des exigences de la morale » mais aussi sur la nécessité d’une restriction destinée à y répondre (voir
l’arrêt Handyside, § 48, et les autres références citées au paragraphe 223 ci-dessus).

233. On ne saurait douter de l’extrême sensibilité des questions morales et éthiques soulevées par
la question de l’avortement ni de l’importance de l’intérêt général en jeu. Il y a lieu par conséquent
d’accorder en principe à l’Etat irlandais une ample marge d’appréciation pour déterminer si un juste
équilibre a été ménagé entre, d’une part, la protection de cet intérêt général, en particulier la
protection en vertu du droit irlandais de la vie de l’enfant à naître, et, d’autre part, le droit concurrent
des deux premières requérantes au respect de leur vie privée, garanti par l’article 8 de la Convention.

234. Reste cependant à déterminer si cette ample marge d’appréciation était réduite par l’existence
d’un consensus pertinent.

Le consensus joue depuis longtemps un rôle dans le développement et l’évolution de la protection


assurée par la Convention. Dès l’arrêt Tyrer c. Royaume-Uni (25 avril 1978, § 31, série A no 26), la
Cour avait qualifié la Convention d’« instrument vivant » à interpréter à la lumière des conditions
de vie actuelles. Le consensus a ainsi été invoqué pour justifier une interprétation dynamique de la
Convention (Marckx c. Belgique, 13 juin 1979, § 41, série A no 31, Dudgeon, précité, § 60, Soering
c. Royaume‑Uni, 7 juillet 1989, § 102, série A no 161, L. et V. c. Autriche, nos 39392/98 et
39829/98, § 50, CEDH 2003‑I, et Christine Goodwin, précité, § 85).

235. En l’espèce, la Cour estime qu’en réalité, contrairement à ce que soutient le Gouvernement,
on observe dans une majorité substantielle des Etats membres du Conseil de l’Europe une tendance
en faveur de l’autorisation de l’avortement pour des motifs plus larges que ceux prévus par le droit
irlandais. Elle relève en particulier que les première et deuxième requérantes auraient pu

sommaire 69 Travaux dirigés


interrompre leur grossesse sur simple demande (sous réserve du respect de certains critères,
notamment de délai maximum depuis le début de la grossesse) dans beaucoup de ces Etats. La
première requérante aurait pu être autorisée à avorter pour des raisons de santé ou de bien-être
dans une quarantaine d’Etats, et la deuxième requérante aurait pu obtenir un avortement en
invoquant des raisons de bien-être dans quelque trente‑cinq Etats membres. Seuls trois Etats sont
encore plus restrictifs que l’Irlande en matière d’accès à l’avortement, puisqu’ils interdisent toute
interruption de grossesse quel que soit le risque pour la vie de la femme enceinte. Certains Etats
ont élargi ces dernières années les motifs légaux d’avortement (paragraphe 112 ci-dessus). L’Irlande
est le seul Etat qui autorise l’avortement uniquement en cas de risque pour la vie de la future mère
(y compris le risque de suicide). Eu égard à la tendance existant dans une majorité substantielle des
Etats contractants, la Cour juge inutile d’examiner plus avant les tendances et opinions au niveau
international, qui selon les deux premières requérantes et certaines tierces parties militent également
en faveur d’un accès plus large à l’avortement.

236. Cela dit, la Cour estime que le consensus observé ne réduit pas de manière décisive l’ample
marge d’appréciation de l’Etat.

237. La Cour rappelle l’importante conclusion à laquelle elle est parvenue dans l’affaire Vo précitée
: étant donné qu’aucun consensus européen n’existe sur la définition scientifique et juridique des
débuts de la vie, le point de départ du droit à la vie relève de la marge d’appréciation des Etats, de
sorte qu’il est impossible de répondre à la question de savoir si l’enfant à naître est une « personne
» au sens de l’article 2 de la Convention. Les droits revendiqués au nom du fœtus et ceux de la
future mère étant inextricablement liés (voir l’analyse de la jurisprudence issue de la Convention
exposée aux paragraphes 75-80 de l’arrêt Vo précité), dès lors qu’on accorde aux Etats une marge
d’appréciation en matière de protection de l’enfant à naître, il faut nécessairement leur laisser aussi
une marge d’appréciation quant à la façon de ménager un équilibre entre cette protection et celle
des droits concurrents de la femme enceinte. Il s’ensuit que, même si l’examen des législations
nationales semble indiquer que la plupart des Etats contractants ont résolu le conflit entre les
différents droits et intérêts en jeu dans le sens d’un élargissement des conditions d’accès à
l’avortement, la Cour ne saurait considérer ce consensus comme un facteur décisif pour l’examen
du point de savoir si l’interdiction de l’avortement pour motifs de santé ou de bien-être en Irlande
a permis de ménager un juste équilibre entre les droits et intérêts en présence, même dans le cadre
d’une interprétation évolutive de la Convention (Tyrer, § 31, et Vo, § 82, tous deux précités).

238. La marge d’appréciation en cause n’est certes pas illimitée. L’interdiction dénoncée par les
deux premières requérantes doit être compatible avec les obligations incombant à l’Etat en vertu
de la Convention et, eu égard à la responsabilité dont l’investit l’article 19 de la Convention, la Cour
doit contrôler si la mesure litigieuse atteste d’une mise en balance proportionnée des intérêts
concurrents en jeu (Open Door, précité, § 68). Un respect inconditionnel de la protection de la vie
prénatale ou l’idée que les droits de la future mère seraient de moindre envergure ne sauraient donc,
au regard de la Convention, automatiquement justifier une interdiction de l’avortement fondée sur
sommaire 70 Travaux dirigés
le souci de protéger la vie de l’enfant à naître. Contrairement à ce que le Gouvernement soutient
en s’appuyant sur certaines déclarations internationales (paragraphe 187 ci-dessus), la
réglementation du droit à l’avortement ne relève pas non plus des seuls Etats contractants.
Cependant, ainsi qu’elle l’a expliqué ci-dessus, la Cour doit déterminer si l’interdiction par l’Etat
irlandais de l’avortement pour motifs de santé ou de bien-être est compatible avec l’article 8 de la
Convention en se fondant sur le critère susmentionné du juste équilibre, étant entendu qu’une
ample marge d’appréciation doit être reconnue à l’Etat.

239. Le long, complexe et épineux débat mené en Irlande sur la teneur du droit national relatif à
l’avortement (paragraphes 28 à 76 ci-dessus) a fait apparaître un choix : le droit irlandais interdit
que soient pratiqués en Irlande des avortements motivés par des considérations de santé ou de
bien‑être, mais il autorise les femmes qui, comme les première et deuxième requérantes, souhaitent
avorter pour ce type de motifs (paragraphes 123‑130 ci-dessus) à se rendre dans un autre Etat à cet
effet.

D’une part, les treizième et quatorzième amendements à la Constitution ont levé tout obstacle
juridique empêchant des femmes adultes de se rendre à l’étranger pour y subir un avortement et
d’obtenir des informations en Irlande à cet égard. Des mesures législatives ont ensuite été adoptées
pour assurer la diffusion d’informations et de conseils concernant, notamment, les options offertes
– dont les services d’avortement disponibles à l’étranger – et le suivi médical nécessaire avant et,
surtout, après une interruption de grossesse. L’importance du rôle des médecins dans la fourniture
d’informations sur l’ensemble des options possibles, y compris les services d’avortement à
l’étranger, et leur obligation de dispenser tous les soins médicaux nécessaires, notamment après
une interruption de grossesse, sont rappelées dans les travaux et les documents de la CPA ainsi que
dans les directives professionnelles à l’usage des médecins (voir, de manière générale, le paragraphe
130 ci-dessus). La Cour a conclu ci-dessus que les deux premières requérantes n’avaient pas
démontré avoir manqué des informations ou des soins médicaux nécessaires en rapport avec
l’interruption de leurs grossesses (paragraphes 127 et 130 ci-dessus).

D’autre part, il est vrai que le fait de se rendre à l’étranger pour y avorter a constitué une épreuve
morale et physique pour les deux requérantes, et spécialement pour la première d’entre elles, qui se
trouvait dans le dénuement (paragraphe 163 ci-dessus). Sans aller jusqu’à y voir un traitement
relevant de l’article 3 (paragraphe 164 ci-dessus), la Cour ne sous-estime pas la gravité de l’impact
produit par la restriction incriminée sur les intéressées. Il se peut même, comme celles-ci l’allèguent,
que l’interdiction de l’avortement dont elles se plaignent soit dans une large mesure impuissante à
protéger la vie de l’enfant à naître, eu égard au fait qu’un nombre important de femmes usent de la
possibilité que leur offre le droit national de se rendre à l’étranger pour y subir un avortement
interdit en Irlande. Cependant, la Cour ne se considère pas en mesure de parvenir à des conclusions
plus précises à cet égard, vu la controverse autour des données statistiques produites devant elle
(paragraphes 170, 183 et 206 ci‑dessus).

sommaire 71 Travaux dirigés


240. C’est ce choix même que contestent les deux premières requérantes. Or c’est essentiellement
pour ce choix que vaut l’ample marge d’appréciation laissée à l’Etat. La Cour estime qu’il s’agit là
d’un cas de figure différent de celui de l’affaire Open Door précitée, qui portait sur l’interdiction
de diffuser des informations sur les services d’avortement offerts à l’étranger et dans laquelle elle
avait conclu que cette interdiction était inefficace pour la sauvegarde du droit à la vie puisque les
femmes allaient de toute façon se faire avorter à l’étranger (Open Door, § 76). De l’avis de la Cour,
il convient d’établir une distinction claire entre cette interdiction et le choix plus fondamental ici
en cause : celui fait par l’Irlande quant aux motifs légaux d’avortement, auquel s’applique la marge
d’appréciation susmentionnée.

241. En conséquence, considérant que les femmes en Irlande peuvent sans enfreindre la loi aller
se faire avorter à l’étranger et obtenir à cet égard des informations et des soins médicaux adéquats
en Irlande, la Cour estime qu’en interdisant sur la base des idées morales profondes du peuple
irlandais concernant la nature de la vie (paragraphes 222-227) et la protection à accorder en
conséquence au droit à la vie des enfants à naître l’avortement pour des raisons de santé ou de
bien-être sur son territoire, l’Etat irlandais n’excède pas la marge d’appréciation dont il jouit en la
matière. Aussi considère-t-elle que l’interdiction litigieuse a ménagé un juste équilibre entre le droit
des première et deuxième requérantes au respect de leur vie privée et les droits invoqués au nom
des enfants à naître ».

Article 34 alinéa 18 de la Constitution du 4 octobre 1958 :

« La loi détermine les conditions dans lesquelles s'exerce la liberté garantie à la femme d'avoir
recours à une interruption volontaire de grossesse ».

(6) Article 66-1 de la Constitution du 4 octobre 1958 :

« Nul ne peut être condamné à la peine de mort ».

(7) Projet de loi constitutionnelle relatif à la liberté de recourir à l’interruption volontaire


de grossesse, n° 1983, enregistrée à la présidence de l’Assemblée nationale le 12 décembre
2023, exposé des motifs :

« En France, la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse est aujourd’hui garantie


par la loi. Depuis la loi fondatrice du 17 janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de la
grossesse, le législateur a pleinement pris ses responsabilités, comme l’y invitait Simone Veil dans
son discours à l’Assemblée nationale, le 26 novembre 1974. Très récemment encore, avec la loi du
2 mars 2022 qui a élargi et conforté l’accès à l’interruption volontaire de grossesse, le Parlement a
ajusté l’équilibre nécessaire en veillant, comme le disait Simone Veil, à apporter « à ce problème
une solution à la fois réaliste, humaine et juste ».

sommaire 72 Travaux dirigés


Constatant à propos de cette loi (décision n° 74‑54 DC du 15 janvier 1975) et, depuis lors, qu’il ne
disposait pas d’un pouvoir général d’appréciation et de décision identique à celui du Parlement, le
Conseil constitutionnel n’a jamais contrarié cette œuvre du législateur. Pour autant, la haute
juridiction n’a pas conféré de valeur constitutionnelle à la liberté de la femme de recourir à
l’interruption volontaire de grossesse en tant que telle, même s’il l’a rattachée à « la liberté de la
femme qui découle de l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » (décision
n° 2001‑446 DC du 27 juin 2001).

Si, dans notre pays, cette liberté n’est pas aujourd’hui directement menacée ou remise en cause,
hormis par quelques courants de l’opinion heureusement très minoritaires, tel n’est pas le cas dans
d’autres États et non des moindres.

Le 24 juin 2022, la Cour suprême des États‑Unis a rendu une décision relative à l’interruption de
grossesse qui a produit l’effet d’une onde de choc pour les libertés à travers le monde. En mettant
un terme à sa célèbre jurisprudence « Roe v. Wade » de 1973, la Cour Suprême a fait la
démonstration que les droits et libertés qui nous sont les plus précieux peuvent être menacés alors
qu’ils semblaient solidement acquis. Malheureusement, cet événement n’est pas isolé : dans nombre
de pays, même en Europe, des courants cherchent coûte que coûte à entraver la liberté des femmes
d’interrompre leur grossesse si elles le souhaitent.

Fidèle à sa vocation, notre pays doit soutenir le combat universel pour cette liberté essentielle, sur
notre continent et partout dans le monde. La voix de la France sonne toujours singulièrement en
matière de droits et libertés et elle est attendue par toutes celles et ceux qui résistent aux menées
les plus rétrogrades.

Dans un tel contexte, l’inscription de cette liberté dans notre Loi fondamentale ferait de la France
l’un des premiers pays au monde et le premier en Europe à reconnaître dans sa Constitution la
liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse et permettrait de la consacrer au niveau
le plus élevé de notre hiérarchie des normes, nous prémunissant ainsi contre toute remise en cause
par la loi.

À ces fins, plusieurs propositions de loi visant à constitutionaliser l’interruption volontaire de


grossesse ont été déposées sur le bureau de chacune des deux assemblées. Le 24 novembre 2022,
l’Assemblée nationale, soutenue par le Gouvernement, a adopté à une large majorité transpartisane
une proposition de loi constitutionnelle en ce sens. Le texte voté prévoyait la création d’un nouvel
article 66‑2 de la Constitution garantissant aux femmes l’effectivité de l’interruption volontaire de
grossesse ainsi que son égal accès. À son tour, le 1er février 2023, le Sénat a adopté cette proposition
de loi, tout en lui préférant une nouvelle rédaction qui visait à modifier l’article 34 de la Constitution
afin de prévoir que : « La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté de la femme
de mettre fin à sa grossesse ».

sommaire 73 Travaux dirigés


Si les deux assemblées se sont ainsi clairement prononcées en faveur de l’inscription de
l’interruption volontaire de grossesse dans la Constitution, elles se sont séparées sur la manière de
l’écrire.

Le 8 mars 2023, à l’occasion de l’hommage national à Gisèle Halimi et de la journée internationale


des droits des femmes, le Président de la République a exprimé son attachement à la
constitutionalisation de l’interruption volontaire de grossesse. Il a annoncé qu’un projet de loi
constitutionnelle proposerait d’inscrire dans la Constitution la liberté des femmes d’y recourir, en
vue d’une adoption par le Congrès du Parlement. Lors des célébrations du 65e anniversaire de la
Constitution, le 4 octobre dernier, le Président de la République a réaffirmé son souhait de parvenir
à cet objectif.

Ainsi, conformément à la volonté du chef de l’État d’adresser « un message universel de solidarité


à toutes les femmes qui voient aujourd’hui cette liberté bafouée » et pour répondre à l’appel des
deux assemblées, le présent projet de loi constitutionnelle vous est présenté en application de
l’article 89 de la Constitution.

Il comporte une disposition unique ayant pour objet de modifier l’article 34 de la Constitution en
y ajoutant, après le dix‑septième alinéa, un alinéa ainsi rédigé : « La loi détermine les conditions
dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire
de grossesse ».

Cette rédaction constitue un juste équilibre entre les positions du Sénat et de l’Assemblée nationale.
Le projet de loi retient les mots « interruption volontaire de grossesse » afin de ne laisser subsister
aucune ambiguïté sur l’objet de la protection constitutionnelle. Il consacre l’existence d’une liberté,
conformément à l’esprit de la loi du 17 janvier 1975. Par ailleurs, en constitutionnalisant
l’interruption volontaire de grossesse à l’article 34 de la loi fondamentale, le texte reconnaît le rôle
du Parlement dans l’établissement des conditions dans lesquelles s’exerce cette liberté, comme c’est
le cas depuis 1975, mais en fondant la garantie de cette liberté dans la Constitution elle‑même. De
la sorte, cette liberté sera juridiquement protégée sous le contrôle du juge constitutionnel saisi, soit
directement à l’issue du vote d’une loi, soit ultérieurement par la voie de la question prioritaire de
constitutionnalité.

C’est le sens du présent projet de loi constitutionnelle qui vous est soumis, au nom du Président
de la République, par le Gouvernement ».

(8) Article 16 du Code civil

« La loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le
respect de l'être humain dès le commencement de sa vie ».

sommaire 74 Travaux dirigés


(9) Conseil constitutionnel, n° 74-54 DC, 15 janvier 1975, Loi relative à l'interruption
volontaire de la grossesse (extraits)

« 1. Considérant que l'article 61 de la Constitution ne confère pas au Conseil constitutionnel un


pouvoir général d'appréciation et de décision identique à celui du Parlement, mais lui donne
seulement compétence pour se prononcer sur la conformité à la Constitution des lois déférées à
son examen ;

2. Considérant, en premier lieu, qu'aux termes de l'article 55 de la Constitution : « Les traités ou


accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle
des lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par l'autre partie » ;

3. Considérant que, si ces dispositions confèrent aux traités, dans les conditions qu'elles définissent,
une autorité supérieure à celle des lois, elles ne prescrivent ni n'impliquent que le respect de ce
principe doive être assuré dans le cadre du contrôle de la conformité des lois à la Constitution
prévu à l'article 61 de celle-ci ;

4. Considérant, en effet, que les décisions prises en application de l'article 61 de la Constitution


revêtent un caractère absolu et définitif, ainsi qu'il résulte de l'article 62 qui fait obstacle à la
promulgation et à la mise en application de toute disposition déclarée inconstitutionnelle ; qu'au
contraire, la supériorité des traités sur les lois, dont le principe est posé à l'article 55 précité, présente
un caractère à la fois relatif et contingent, tenant, d'une part, à ce qu'elle est limitée au champ
d'application du traité et, d'autre part, à ce qu'elle est subordonnée à une condition de réciprocité
dont la réalisation peut varier selon le comportement du ou des Etats signataires du traité et le
moment où doit s'apprécier le respect de cette condition ;

5. Considérant qu'une loi contraire à un traité ne serait pas, pour autant, contraire à la Constitution ;

6. Considérant qu'ainsi le contrôle du respect du principe énoncé à l'article 55 de la Constitution


ne saurait s'exercer dans le cadre de l'examen prévu à l'article 61, en raison de la différence de nature
de ces deux contrôles ;

7. Considérant que, dans ces conditions, il n'appartient pas au Conseil constitutionnel, lorsqu'il est
saisi en application de l'article 61 de la Constitution, d'examiner la conformité d'une loi aux
stipulations d'un traité ou d'un accord international ;

8. Considérant, en second lieu, que la loi relative à l'interruption volontaire de la grossesse respecte
la liberté des personnes appelées à recourir ou à participer à une interruption de grossesse, qu'il
s'agisse d'une situation de détresse ou d'un motif thérapeutique ; que, dès lors, elle ne porte pas
atteinte au principe de liberté posé à l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du
citoyen ;

sommaire 75 Travaux dirigés


9. Considérant que la loi déférée au Conseil constitutionnel n'admet qu'il soit porté atteinte au
principe du respect de tout être humain dès le commencement de la vie, rappelé dans son article
1er, qu'en cas de nécessité et selon les conditions et limitations qu'elle définit ;

10. Considérant qu'aucune des dérogations prévues par cette loi n'est, en l'état, contraire à l'un des
principes fondamentaux reconnus par les lois de la République ni ne méconnaît le principe énoncé
dans le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, selon lequel la nation garantit à l'enfant
la protection de la santé, non plus qu'aucune des autres dispositions ayant valeur constitutionnelle
édictées par le même texte ;

11. Considérant, en conséquence, que la loi relative à l'interruption volontaire de la grossesse ne


contredit pas les textes auxquels la Constitution du 4 octobre 1958 fait référence dans son
préambule non plus qu'aucun des articles de la Constitution ; »

(10) Conseil constitutionnel, n° 94-343/344 DC, 27 juillet 1994, Loi relative au respect du
corps humain et loi relative au don et à l'utilisation des éléments et produits du corps
humain, à l'assistance médicale à la procréation et au diagnostic prénatal (cons. 2)

« 2. Considérant que le Préambule de la Constitution de 1946 a réaffirmé et proclamé des droits,


libertés et principes constitutionnels en soulignant d'emblée que : « Au lendemain de la victoire
remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d'asservir et de dégrader la personne
humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de
religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés » ; qu'il en ressort que la sauvegarde
de la dignité de la personne humaine contre toute forme d'asservissement et de dégradation est un
principe à valeur constitutionnelle ; »

(11) Conseil constitutionnel, n° 2001-446 DC, 27 juin 2001, Loi relative à l'interruption
volontaire de grossesse et à la contraception (extraits)

2. Considérant que l'article 2 de la loi déférée, qui modifie l'article L. 2212-1 du code de la santé
publique, porte de dix à douze semaines de grossesse le délai pendant lequel peut être pratiquée
une interruption volontaire de grossesse lorsque la femme enceinte se trouve, du fait de son état,
dans une situation de détresse ;

3. Considérant que, selon les requérants, cette disposition :

- méconnaîtrait le principe de la sauvegarde de la dignité humaine contre toute forme de


dégradation en raison, en particulier, du « risque certain de pratique eugénique tendant à la sélection
des enfants à naître » résultant, d'après les requérants, de la possibilité de déceler, à ce stade de la
croissance du foetus, « un plus grand nombre d'anomalies » et de « discerner le sexe de l'enfant à
naître » ;

sommaire 76 Travaux dirigés


- porterait atteinte, selon les requérants, « au principe du respect de tout être humain dès le
commencement de sa vie » dès lors que la loi autorise l'interruption du développement « d'un être
humain ayant accédé au stade du foetus », lequel « constitue une personne humaine en puissance »
et jouirait « d'une protection juridique renforcée » ;

- méconnaîtrait, en ignorant les obligations de prudence qui s'imposent au législateur « en l'absence


de consensus médical » sur ces questions, le principe de précaution qui constituerait un objectif de
valeur constitutionnelle résultant de l'article 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen
de 1789 ;

- violerait enfin le onzième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946, le « changement de la


nature et de la technique de l'intervention » faisant courir des risques médicaux accrus à la femme ;

4. Considérant qu'il n'appartient pas au Conseil constitutionnel, qui ne dispose pas d'un pouvoir
général d'appréciation et de décision de même nature que celui du Parlement, de remettre en cause,
au regard de l'état des connaissances et des techniques, les dispositions ainsi prises par le législateur
; qu'il est à tout moment loisible à celui-ci, dans le domaine de sa compétence, de modifier des
textes antérieurs ou d'abroger ceux-ci en leur substituant, le cas échéant, d'autres dispositions ; que
l'exercice de ce pouvoir ne doit cependant pas aboutir à priver de garanties légales des exigences
de valeur constitutionnelle ;

5. Considérant qu'en portant de dix à douze semaines le délai pendant lequel peut être pratiquée
une interruption volontaire de grossesse lorsque la femme enceinte se trouve, du fait de son état,
dans une situation de détresse, la loi n'a pas, en l'état des connaissances et des techniques, rompu
l'équilibre que le respect de la Constitution impose entre, d'une part, la sauvegarde de la dignité de
la personne humaine contre toute forme de dégradation et, d'autre part, la liberté de la femme qui
découle de l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ; qu'il ressort du
deuxième alinéa de l'article 16-4 du code civil que seule peut être qualifiée de pratique eugénique «
toute pratique ... tendant à l'organisation de la sélection des personnes » ; que tel n'est pas le cas en
l'espèce ; qu'en réservant la faculté de recourir à l'interruption volontaire de grossesse à « la femme
enceinte que son état place dans une situation de détresse », le législateur a entendu exclure toute
fraude à la loi et, plus généralement, toute dénaturation des principes qu'il a posés, principes au
nombre desquels figure, à l'article L. 2211-1 du code de la santé publique, « le respect de l'être
humain dès le commencement de sa vie » ;

6. Considérant que, contrairement à ce qu'affirment les requérants, le principe de précaution ne


constitue pas un objectif de valeur constitutionnelle ;

7. Considérant, enfin, que, si l'interruption volontaire de grossesse constitue un acte médical plus
délicat lorsqu'elle intervient entre la dixième et la douzième semaine, elle peut être pratiquée, en
l'état actuel des connaissances et des techniques médicales, dans des conditions de sécurité telles

sommaire 77 Travaux dirigés


que la santé de la femme ne se trouve pas menacée ; que la loi déférée comporte, à cet égard, des
garanties suffisantes ; que, dans ces conditions, le grief tiré d'une violation du onzième alinéa du
Préambule de la Constitution de 1946 doit être rejeté ; »

(12) Conseil d’État, Ass., 27 octobre 1995, Commune de Morsang-sur-Orge, n° 136727

« Considérant qu'aux termes de l'article L. 131-2 du code des communes : "La police municipale a
pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publique" ;

Considérant qu'il appartient à l'autorité investie du pouvoir de police municipale de prendre toute
mesure pour prévenir une atteinte à l'ordre public ; que le respect de la dignité de la personne
humaine est une des composantes de l'ordre public ; que l'autorité investie du pouvoir de police
municipale peut, même en l'absence de circonstances locales particulières, interdire une attraction
qui porte atteinte au respect de la dignité de la personne humaine ;

Considérant que l'attraction de "lancer de nain" consistant à faire lancer un nain par des spectateurs
conduit à utiliser comme un projectile une personne affectée d'un handicap physique et présentée
comme telle ; que, par son objet même, une telle attraction porte atteinte à la dignité de la personne
humaine ; que l'autorité investie du pouvoir de police municipale pouvait, dès lors, l'interdire même
en l'absence de circonstances locales particulières et alors même que des mesures de protection
avaient été prises pour assurer la sécurité de la personne en cause et que celle-ci se prêtait librement
à cette exhibition, contre rémunération ;

Considérant que, pour annuler l'arrêté du 25 octobre 1991 du maire de Morsang-sur-Orge


interdisant le spectacle de "lancer de nains" prévu le même jour dans une discothèque de la ville, le
tribunal administratif de Versailles s'est fondé sur le fait qu'à supposer même que le spectacle ait
porté atteinte à la dignité de la personne humaine, son interdiction ne pouvait être légalement
prononcée en l'absence de circonstances locales particulières ; qu'il résulte de ce qui précède qu'un
tel motif est erroné en droit ;

Considérant qu'il appartient au Conseil d'Etat saisi par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les
autres moyens invoqués par la société Fun Production et M. X... tant devant le tribunal administratif
que devant le Conseil d'Etat ;

Considérant que le respect du principe de la liberté du travail et de celui de la liberté du commerce


et de l'industrie ne fait pas obstacle à ce que l'autorité investie du pouvoir de police municipale
interdise une activité même licite si une telle mesure est seule de nature à prévenir ou faire cesser
un trouble à l'ordre public ; que tel est le cas en l'espèce, eu égard à la nature de l'attraction en
cause ;

Considérant que le maire de Morsang-sur-Orge ayant fondé sa décision sur les dispositions
précitées de l'article L. 131-2 du code des communes qui justifiaient, à elles seules, une mesure
sommaire 78 Travaux dirigés
d'interdiction du spectacle, le moyen tiré de ce que cette décision ne pouvait trouver sa base légale
ni dans l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés
fondamentales, ni dans une circulaire du ministre de l'intérieur, du 27 novembre 1991, est
inopérant ;

Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le
tribunal administratif de Versailles a prononcé l'annulation de l'arrêté du maire de Morsang-sur-
Orge en date du 25 octobre 1991 et a condamné la commune de Morsang-sur-Orge à verser aux
demandeurs la somme de 10 000 F ; que, par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter leurs
conclusions tendant à l'augmentation du montant de cette indemnité ; »

(13) Conseil d’État, Ass., 21 décembre 1990, Confédération nationale des associations
familiales catholiques et autres, n° 105743

Sur les moyens tirés de la violation de la loi du 17 janvier 1975, du préambule de la Constitution
du 27 octobre 1946 et de traités internationaux :

Considérant que la Mifégyne est un produit ayant la propriété d'interrompre la grossesse ; que son
emploi est, dès lors soumis, de plein droit, aux règles posées en la matière par les articles L. 162-1
à L. 162-14 du code de la santé publique issus des lois des 17 janvier 1975 et 31 décembre 1979
relatives à l'interruption volontaire de grossesse ; que l'arrêté attaqué n'édicte aucune disposition
violant ces textes mais, au contraire, rappelle les conditions posées, en ce domaine, par le législateur
pour qu'il puisse être procédé à une interruption de grossesse ; que la circonstance que cette
référence à ces conditions figure non dans le corps de l'autorisation de mise sur le marché mais
dans une annexe à cette décision, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué ;

Considérant qu'en invoquant la violation de principes ou textes de valeurs constitutionnelle ou


internationale, les requérants mettent, en réalité, en cause non la légalité de l'arrêté attaqué, mais la
compatibilité des articles ci-dessus rappelés du code de la santé publique issus des lois des 17 janvier
1975 et 31 décembre 1979 avec les principes et actes dont ils invoquent la violation ;

Considérant qu'il n'appartient pas au Conseil d'Etat statuant au contentieux de se prononcer sur la
conformité de la loi avec des principes posés par le préambule de la Constitution du 27 octobre
1946 ;

Considérant, s'agissant du moyen tiré de la violation de traités internationaux, que la seule


publication faite au Journal Officiel du 9 février 1949 du texte de la déclaration universelle des
droits de l'homme ne permet pas de ranger cette dernière au nombre des traités ou accords
internationaux qui, ayant été ratifiés et publiés, ont, aux termes de l'article 55 de la Constitution du
4 octobre 1958, "une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité,
de son application par l'autre partie" ;

sommaire 79 Travaux dirigés


Considérant, s'agissant de l'incompatibilité des dispositions législatives ci-dessus rappelées avec les
autres actes invoqués par les requérants, que l'article 2-4 de la convention européenne de
sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ratifiée en vertu de la loi du 31
décembre 1973 et publiée par décret du 3 mai 1974, stipule que "le droit de toute personne à la vie
est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement" et que, selon
l'article 6 du pacte international sur les droits civils et politiques auquel le législateur français a
autorisé l'adhésion par la loi du 25 juin 1980, et dont le texte a été annexé au décret du 29 janvier
1981 publié le 1er février 1981 "le droit à la vie est inhérent à la personne humaine. Ce droit doit
être protégé par la loi. Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie" ;

Considérant qu'aux termes de l'article 1er de la loi du 17 janvier 1975 : "La loi garantit le respect de
tout être humain dès le commencement de la vie. Il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu'en
cas de nécessité et selon les conditions et limites définies par la présente loi" ; qu'eu égard aux
conditions ainsi posées par le législateur, les dispositions issues des lois des 17 janvier 1975 et 31
décembre 1979 relatives à l'interruption volontaire de grossesse, prises dans leur ensemble, ne sont
pas incompatibles avec les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des
droits de l'homme et du pacte international sur les droits civils et politiques ;

(14) Cour de cassation, Ass. Pléin., 17 novembre 2000, Perruche, n° 99-13.701

Sur le deuxième moyen, pris en sa première branche du pourvoi principal formé par les époux
X..., et le deuxième moyen du pourvoi provoqué, réunis, formé par la caisse primaire d'assurance
maladie de l'Yonne :

Vu les articles 1165 et 1382 du Code civil ;

Attendu qu'un arrêt rendu le 17 décembre 1993 par la cour d'appel de Paris a jugé, de première
part, que M. Y..., médecin, et le Laboratoire de biologie médicale de Yerres, aux droits duquel est
M. A..., avaient commis des fautes contractuelles à l'occasion de recherches d'anticorps de la
rubéole chez Mme X... alors qu'elle était enceinte, de deuxième part, que le préjudice de cette
dernière, dont l'enfant avait développé de graves séquelles consécutives à une atteinte in utero par
la rubéole, devait être réparé dès lors qu'elle avait décidé de recourir à une interruption volontaire
de grossesse en cas d'atteinte rubéolique et que les fautes commises lui avaient fait croire à tort
qu'elle était immunisée contre cette maladie, de troisième part, que le préjudice de l'enfant n'était
pas en relation de causalité avec ces fautes ; que cet arrêt ayant été cassé en sa seule disposition
relative au préjudice de l'enfant, l'arrêt attaqué de la Cour de renvoi dit que " l'enfant Nicolas X...
ne subit pas un préjudice indemnisable en relation de causalité avec les fautes commises " par des
motifs tirés de la circonstance que les séquelles dont il était atteint avaient pour seule cause la
rubéole transmise par sa mère et non ces fautes et qu'il ne pouvait se prévaloir de la décision de ses
parents quant à une interruption de grossesse ;

sommaire 80 Travaux dirigés


Attendu, cependant, que dès lors que les fautes commises par le médecin et le laboratoire dans
l'exécution des contrats formés avec Mme X... avaient empêché celle-ci d'exercer son choix
d'interrompre sa grossesse afin d'éviter la naissance d'un enfant atteint d'un handicap, ce dernier
peut demander la réparation du préjudice résultant de ce handicap et causé par les fautes retenues ;

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il soit nécessaire de statuer sur les autres griefs de l'un et l'autre des
pourvois :

CASSE ET ANNULE, en son entier, l'arrêt rendu le 5 février 1999, entre les parties, par la cour
d'appel d'Orléans ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient
avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Paris, autrement
composée que lors de l'audience du 17 décembre 1993.

(15) Article 2 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne

« Droit à la vie

1. Toute personne a droit à la vie.

2. Nul ne peut être condamné à la peine de mort, ni exécuté »

(16) Article 3 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne

« Droit à l'intégrité de la personne

1. Toute personne a droit à son intégrité physique et mentale.

2. Dans le cadre de la médecine et de la biologie, doivent notamment être respectés:

a) le consentement libre et éclairé de la personne concernée, selon les modalités définies par la loi;

b) l'interdiction des pratiques eugéniques, notamment celles qui ont pour but la sélection des
personnes ;

c) l'interdiction de faire du corps humain et de ses parties, en tant que tels, une source de profit ;

d) l'interdiction du clonage reproductif des êtres humains.

(17) Article 9 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne

« Droit de se marier et droit de fonder une famille

sommaire 81 Travaux dirigés


Le droit de se marier et le droit de fonder une famille sont garantis selon les lois nationales qui en
régissent l'exercice ».

(18) Article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne

« Droits de l'enfant

1. Les enfants ont droit à la protection et aux soins nécessaires à leur bien-être. Ils peuvent
exprimer leur opinion librement. Celle-ci est prise en considération pour les sujets qui les
concernent, en fonction de leur âge et de leur maturité.

2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou
des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale.

3. Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts
directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt ».

(19) Code de la santé publique, Livre II : Interruption volontaire de grossesse (Articles


L2211-1 à L2223-2)

Titre Ier : Dispositions générales (Articles L2211-1 à L2214-3)

Chapitre Ier : Principe général. (Articles L2211-1 à L2211-2)

Article L2211-1

Comme il est dit à l'article 16 du code civil ci-après reproduit :

" La loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci
et garantit le respect de l'être humain dès le commencement de sa vie ".

Article L2211-2

Il ne saurait être porté atteinte au principe mentionné à l'article L. 2211-1 qu'en cas de
nécessité et selon les conditions définies par le présent titre.

L'enseignement de ce principe et de ses conséquences, l'information sur les problèmes


de la vie et de la démographie nationale et internationale, l'éducation à la
responsabilité, l'accueil de l'enfant dans la société et la politique familiale sont des
obligations nationales. L'Etat, avec le concours des collectivités territoriales, exécute
ces obligations et soutient les initiatives qui y contribuent.

Chapitre II : Interruption pratiquée avant la fin de la quatorzième semaine de


grossesse. (Articles L2212-1 à L2212-11)

Article L2212-1

sommaire 82 Travaux dirigés


La femme enceinte qui ne veut pas poursuivre une grossesse peut demander à un
médecin ou à une sage-femme l'interruption de sa grossesse. Cette interruption ne peut
être pratiquée qu'avant la fin de la quatorzième semaine de grossesse.

Toute personne doit être informée sur les méthodes abortives et a le droit d'en choisir
une librement.

Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses


compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables.

Article L2212-2

L'interruption volontaire d'une grossesse ne peut être pratiquée que par un médecin
ou par une sage-femme, profession médicale à part entière, quel que soit le lieu où elle
exerce. Lorsqu'une sage-femme la réalise par voie chirurgicale, cette interruption ne
peut avoir lieu que dans un établissement de santé.

Elle ne peut avoir lieu que dans un établissement de santé, public ou privé, dans le
cadre de consultations, le cas échéant réalisées à distance, ou dans le cadre d'une
convention conclue entre le praticien ou la sage-femme ou un centre de planification
ou d'éducation familiale ou un centre de santé et un tel établissement, dans des
conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Lorsque l'interruption volontaire de
grossesse est pratiquée par voie médicamenteuse dans le cadre d'une telle convention,
elle peut être réalisée jusqu'à la fin de la septième semaine de grossesse.

Article L2212-3

Le médecin ou la sage-femme sollicité par une femme en vue de l'interruption de sa


grossesse doit, dès la première visite, informer celle-ci des méthodes médicales et
chirurgicales d'interruption de grossesse et des risques et des effets secondaires
potentiels.

Le médecin ou la sage-femme doit lui remettre un dossier-guide, mis à jour au moins


une fois par an, comportant notamment le rappel des dispositions des articles L. 2212-
1 et L. 2212-2, la liste et les adresses des organismes mentionnés à l'article L. 2212-4 et
des établissements où sont effectuées des interruptions volontaires de la grossesse. Les
agences régionales de santé publient à cet effet un répertoire recensant, sous réserve
de leur accord, les professionnels de santé ainsi que l'ensemble des structures
pratiquant l'interruption volontaire de grossesse mentionnés à l'article L. 2212-2.
L'accès à ce répertoire doit être libre et effectif. Cette effectivité est assurée par tous
moyens.

Les agences régionales de santé assurent la réalisation et la diffusion des dossiers-


guides destinés aux médecins et aux sages-femmes.

Article L2212-4

Il est systématiquement proposé, avant et après l'interruption volontaire de grossesse,


à la femme majeure une consultation avec une personne ayant satisfait à une formation
qualifiante en conseil conjugal ou toute autre personne qualifiée dans un établissement

sommaire 83 Travaux dirigés


d'information, de consultation ou de conseil familial, un centre de planification ou
d'éducation familiale, un service social ou un autre organisme agréé. Cette consultation
préalable comporte un entretien particulier au cours duquel une assistance ou des
conseils appropriés à la situation de l'intéressée lui sont apportés.

Pour la femme mineure non émancipée, cette consultation préalable est obligatoire et
l'organisme concerné doit lui délivrer une attestation de consultation. Si elle exprime
le désir de garder le secret à l'égard des titulaires de l'autorité parentale ou de son
représentant légal, elle doit être conseillée sur le choix de la personne majeure
mentionnée à l'article L. 2212-7 susceptible de l'accompagner dans sa démarche.

Les personnels des organismes mentionnés au premier alinéa sont soumis aux
dispositions des articles 226-13 et 226-14 du code pénal.

Chaque fois que cela est possible, le couple participe à la consultation et à la décision à
prendre.

Article L2212-5

Si la femme renouvelle, après les consultations prévues aux articles L. 2212-3 et L.


2212-4, sa demande d'interruption de grossesse, le médecin ou la sage-femme doit lui
demander une confirmation écrite.

Article L2212-6

En cas de confirmation, le médecin ou la sage-femme peuvent pratiquer


personnellement l'interruption de grossesse dans les conditions fixées au second alinéa
de l'article L. 2212-2. S'ils ne pratiquent pas eux-mêmes l'intervention, ils restituent à
la femme sa demande pour que celle-ci soit remise au médecin ou à la sage-femme
choisis par elle et lui délivrent un certificat attestant qu'ils se sont conformés aux
articles L. 2212-3 et L. 2212-5.

Le directeur de l'établissement de santé dans lequel une femme demande son


admission en vue d'une interruption volontaire de la grossesse doit se faire remettre et
conserver pendant au moins un an les attestations justifiant qu'elle a satisfait aux
consultations prescrites aux articles L. 2212-3 à L. 2212-5.

Article L2212-7

Si la femme est mineure non émancipée, le consentement de l'un des titulaires de


l'autorité parentale ou, le cas échéant, du représentant légal est recueilli. Ce
consentement est joint à la demande qu'elle présente au médecin ou à la sage-femme
en dehors de la présence de toute autre personne.

Si la femme mineure non émancipée désire garder le secret, le médecin ou la sage-


femme doit s'efforcer, dans l'intérêt de celle-ci, d'obtenir son consentement pour que
le ou les titulaires de l'autorité parentale ou, le cas échéant, le représentant légal soient

sommaire 84 Travaux dirigés


consultés ou doit vérifier que cette démarche a été faite lors de l'entretien mentionné à
l'article L. 2212-4.

Si la mineure ne veut pas effectuer cette démarche ou si le consentement n'est pas


obtenu, l'interruption volontaire de grossesse ainsi que les actes médicaux et les soins
qui lui sont liés peuvent être pratiqués à la demande de l'intéressée, présentée dans les
conditions prévues au premier alinéa. Dans ce cas, la mineure se fait accompagner dans
sa démarche par la personne majeure de son choix.

Après l'intervention, une deuxième consultation, ayant notamment pour but une
nouvelle information sur la contraception, est obligatoirement proposée aux mineures.

Article L2212-8

Un médecin ou une sage-femme n'est jamais tenu de pratiquer une interruption


volontaire de grossesse mais il doit informer, sans délai, l'intéressée de son refus et lui
communiquer immédiatement le nom de praticiens ou de sages-femmes susceptibles
de réaliser cette intervention selon les modalités prévues à l'article L. 2212-2.

Aucune sage-femme, aucun infirmier ou infirmière, aucun auxiliaire médical, quel qu'il
soit, n'est tenu de concourir à une interruption de grossesse.

Un établissement de santé privé peut refuser que des interruptions volontaires de


grossesse soient pratiquées dans ses locaux.

Toutefois ce refus ne peut être opposé par un établissement de santé privé habilité à
assurer le service public hospitalier que si d'autres établissements sont en mesure de
répondre aux besoins locaux.

Les catégories d'établissements publics qui sont tenus de disposer des moyens
permettant la pratique des interruptions volontaires de la grossesse sont fixées par
décret.

Article L2212-9

Tout établissement dans lequel est pratiquée une interruption de grossesse doit
assurer, après l'intervention, l'information de la femme en matière de régulation des
naissances.

Article L2212-10

La prise en charge de l'interruption volontaire de grossesse est protégée par le secret


afin de pouvoir préserver, le cas échéant, l'anonymat de l'intéressée.

Article L2212-11

Les conditions d'application du présent chapitre sont déterminées par décret en


Conseil d'Etat.

sommaire 85 Travaux dirigés


Chapitre III : Interruption de grossesse pratiquée pour motif médical. (Articles L2213-
1 à L2213-5)

Article L2213-1

I.-L'interruption volontaire d'une grossesse peut, à tout moment, être pratiquée si deux
médecins membres d'une équipe pluridisciplinaire attestent, après que cette équipe a
rendu son avis consultatif, soit que la poursuite de la grossesse met en péril grave la
santé de la femme, soit qu'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint
d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du
diagnostic.

Lorsque l'interruption de grossesse est envisagée au motif que la poursuite de la


grossesse met en péril grave la santé de la femme, l'équipe pluridisciplinaire chargée
d'examiner la demande de la femme comprend au moins un médecin qualifié en
gynécologie-obstétrique membre d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal,
un praticien spécialiste de l'affection dont la femme est atteinte, un médecin ou une
sage-femme choisi par la femme et une personne qualifiée tenue au secret
professionnel, qui peut être un assistant social ou un psychologue. Le médecin qualifié
en gynécologie-obstétrique et le médecin qualifié dans le traitement de l'affection dont
la femme est atteinte doivent exercer leur activité dans un établissement de santé.

Lorsque l'interruption de grossesse est envisagée au motif qu'il existe une forte
probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité
reconnue comme incurable au moment du diagnostic, l'équipe pluridisciplinaire
chargée d'examiner la demande de la femme est celle d'un centre pluridisciplinaire de
diagnostic prénatal. Lorsque l'équipe du centre précité se réunit, un médecin ou une
sage-femme choisi par la femme peut, à la demande de celle-ci, être associé à la
concertation.

II.-Lorsqu'elle permet de réduire les risques d'une grossesse dont le caractère multiple
met en péril la santé de la femme, des embryons ou des fœtus, l'interruption volontaire
partielle d'une grossesse multiple peut être pratiquée avant la fin de la douzième
semaine de grossesse si deux médecins, membres d'une équipe pluridisciplinaire
chargée d'examiner la demande de la femme, attestent, après que cette équipe a rendu
son avis consultatif, que les conditions médicales, notamment obstétricales et
psychologiques, sont réunies. L'équipe pluridisciplinaire chargée d'examiner la
demande de la femme est celle d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal
ayant requis, si besoin, l'avis d'un médecin qualifié en psychiatrie ou, à défaut, d'un
psychologue. Lorsque l'équipe du centre précité se réunit, un médecin ou une sage-
femme choisi par la femme peut, à la demande de celle-ci, être associé à la concertation.
Aucun critère relatif aux caractéristiques des embryons ou des fœtus, y compris leur
sexe, ne peut être pris en compte pour l'interruption volontaire partielle d'une
grossesse multiple.

III.-Dans les cas prévus aux I et II, préalablement à la réunion de l'équipe


pluridisciplinaire compétente, la femme concernée ou le couple peut, à sa demande,
être entendu par tout ou partie des membres de ladite équipe.

Article L2213-2

sommaire 86 Travaux dirigés


Si la femme est mineure non émancipée, le consentement de l'une des personnes
investies de l'exercice de l'autorité parentale ou, le cas échéant, du représentant légal
est recueilli avant la réalisation de l'interruption volontaire de grossesse pour motif
médical mentionnée à l'article L. 2213-1.

Si la femme mineure non émancipée désire garder le secret, le médecin doit s'efforcer,
dans l'intérêt de celle-ci, d'obtenir son consentement pour que l'une des personnes
investies de l'exercice de l'autorité parentale ou, le cas échéant, le représentant légal
soient consultés ou doit vérifier que cette démarche a été faite.

Si la mineure non émancipée ne veut pas effectuer cette démarche ou si le


consentement n'est pas obtenu, l'interruption de grossesse pour motif médical ainsi
que les actes médicaux et les soins qui lui sont liés peuvent être pratiqués à la demande
de l'intéressée. Dans ce cas, la mineure se fait accompagner dans sa démarche par la
personne majeure de son choix.

Article L2213-3

L'interruption de grossesse pour motif médical mentionnée à l'article L. 2213-1 ne peut


être pratiquée que par un médecin.

Elle ne peut avoir lieu que dans un établissement de santé, public ou privé.

Article L2213-4
Un médecin qui refuse de pratiquer une interruption de grossesse pour motif médical
doit informer, sans délai, l'intéressée de son refus et lui communiquer immédiatement
le nom de praticiens susceptibles de réaliser cette intervention.

Article L2213-5

Les conditions d'application du présent chapitre sont déterminées par décret en


Conseil d'Etat.

Chapitre IV : Dispositions communes. (Articles L2214-1 à L2214-3)

Article L2214-1

Les frais occasionnés par le contrôle de l'application des dispositions des chapitres II
et III du présent titre sont supportés par l'Etat.

Article L2214-2

En aucun cas l'interruption volontaire de grossesse ne doit constituer un moyen de


régulation des naissances. A cet effet, le Gouvernement prend toutes les mesures
nécessaires pour développer l'information la plus large possible sur la régulation des
naissances, notamment par la création généralisée, dans les centres de planification
maternelle et infantile, de centres de planification ou d'éducation familiale et par
l'utilisation de tous les moyens d'information.

sommaire 87 Travaux dirigés


La formation initiale et la formation permanente des médecins, des sages-femmes,
ainsi que des infirmiers et des infirmières, comprennent un enseignement sur la
contraception.

Article L2214-3

Chaque année, à l'occasion de la discussion du projet de loi de finances, le ministre


chargé de la santé publie un rapport rendant compte de l'évolution démographique du
pays, ainsi que de l'application des dispositions du présent titre.

Ce rapport comporte des développements sur les aspects socio-démographiques de


l'interruption de grossesse.

L'Institut national d'études démographiques analyse et publie, en liaison avec l'Institut


national de la santé et de la recherche médicale, les données relatives à la pratique de
l'interruption volontaire de grossesse en France.

Article L2214-4 (abrogé)

Une délégation parlementaire pour les problèmes démographiques a pour mission


d'informer les assemblées :

1° Des résultats de la politique menée en faveur de la natalité ;

2° De l'application des dispositions législatives relatives à la régulation des naissances


et à la contraception ;

3° De l'application et des conséquences des dispositions législatives relatives à


l'interruption volontaire de la grossesse.

Le Gouvernement présente chaque année à la délégation un rapport sur les actions


mentionnées à l'alinéa précédent ; la délégation formule sur celui-ci des observations
et les soumet aux commissions parlementaires compétentes.

Article L2214-5 (abrogé)

La délégation parlementaire pour les problèmes démographiques compte vingt-cinq


membres (quinze députés et dix sénateurs).

Les membres de la délégation sont désignés en leur sein par chacune des deux
assemblées du Parlement de manière à assurer une représentation proportionnelle des
groupes politiques.

Les députés membres de la délégation sont désignés au début de la législature pour la


durée de celle-ci.

Les sénateurs membres de la délégation sont désignés après chaque renouvellement


partiel du Sénat.

Le mandat des délégués prend fin avec le mandat parlementaire.

sommaire 88 Travaux dirigés


La délégation définit son règlement intérieur.

Titre II : Dispositions pénales (Articles L2222-1 à L2223-2)

Chapitre Ier : Provocation à l'interruption de grossesse. (abrogé)

Article L2221-1 (abrogé)

Abrogé par Loi n°2001-588 du 4 juillet 2001 - art. 16 () JORF 7 juillet 2001
Sans préjudice des dispositions des articles 121-6 et 121-7 du code pénal, le fait de
provoquer par un moyen quelconque à l'interruption de grossesse, même licite, alors
même que cette provocation n'est pas suivie d'effet, est puni de deux ans
d'emprisonnement et de 30 000 F d'amende.

La propagande ou la publicité, directe ou indirecte, par un moyen quelconque,


concernant soit les établissements dans lesquels sont pratiquées les interruptions de
grossesse, soit les médicaments, produits et objets ou méthodes destinés à procurer ou
présentés comme de nature à procurer une interruption de grossesse, sauf dans les
publications réservées aux médecins et aux pharmaciens, est punie des mêmes peines.

En cas de provocation, de propagande ou de publicité au moyen de l'écrit, même


introduit de l'étranger, de la parole ou de l'image, même si celles-ci ont été émises de
l'étranger, pourvu qu'elles aient été perçues en France, les poursuites prévues aux
alinéas précédents sont exercées contre les personnes énumérées à l'article 42 de la loi
sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881, dans les conditions fixées à cet article, si le
délit est commis par la voie de la presse, et contre les personnes reconnues
responsables de l'émission ou, à leur défaut, les chefs d'établissement, directeurs ou
gérants des entreprises ayant procédé à la diffusion ou en ayant tiré profit, si le délit
est commis par toute autre voie.

Chapitre II : Interruption illégale de grossesse. (Articles L2222-1 à L2222-4)

Article L2222-1

Comme il est dit à l'article 223-10 du code pénal ci-après reproduit :

" L'interruption de la grossesse sans le consentement de l'intéressée est punie de cinq


ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. "

Article L2222-2

L'interruption de la grossesse d'autrui est punie de deux ans d'emprisonnement et de


30000 euros d'amende lorsqu'elle est pratiquée, en connaissance de cause, dans l'une
des circonstances suivantes :

1° Après l'expiration du délai dans lequel elle est autorisée par la loi, sauf si elle est
pratiquée pour un motif médical ;

sommaire 89 Travaux dirigés


2° Par une personne n'ayant pas la qualité de médecin ou de sage-femme ;

3° Dans un lieu autre qu'un établissement d'hospitalisation public ou qu'un


établissement d'hospitalisation privé satisfaisant aux conditions prévues par la loi, ou
en dehors du cadre d'une convention conclue selon les modalités prévues à l'article L.
2212-2.

Cette infraction est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 75000 euros d'amende
si le coupable la pratique habituellement.

La tentative des délits prévus au présent article est punie des mêmes peines.

Article L2222-3

Le fait de procéder à une interruption de grossesse après diagnostic prénatal sans avoir
respecté les modalités prévues par la loi est puni de deux ans d'emprisonnement et de
30000 euros d'amende.

Article L2222-4

Le fait de fournir à la femme les moyens matériels de pratiquer une interruption de


grossesse sur elle-même est puni de trois ans d'emprisonnement et de 45000 euros
d'amende. Ces peines sont portées à cinq ans d'emprisonnement et à 75000 euros
d'amende si l'infraction est commise de manière habituelle. En aucun cas, la femme ne
peut être considérée comme complice de cet acte.

La prescription ou la délivrance de médicaments autorisés ayant pour but de


provoquer une interruption volontaire de grossesse ne peut être assimilée au délit
susmentionné.

Chapitre III : Entrave à l'interruption légale de grossesse. (Articles L2223-1 à L2223-


2)

Article L2223-1

Toute association régulièrement déclarée depuis au moins cinq ans à la date des faits,
dont l'objet statutaire comporte la défense des droits des femmes à accéder à la
contraception et à l'interruption de grossesse, peut exercer les droits reconnus à la
partie civile en ce qui concerne les infractions prévues par l'article L. 2223-2 lorsque
les faits ont été commis en vue d'empêcher ou de tenter d'empêcher une interruption
volontaire de grossesse ou les actes préalables prévus par les articles L. 2212-3 à L.
2212-8.

Article L2223-2

Est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende le fait


d'empêcher ou de tenter d'empêcher de pratiquer ou de s'informer sur une interruption
volontaire de grossesse ou les actes préalables prévus par les articles L. 2212-3 à L.

sommaire 90 Travaux dirigés


2212-8 par tout moyen, y compris par voie électronique ou en ligne, notamment par la
diffusion ou la transmission d'allégations ou d'indications de nature à induire
intentionnellement en erreur, dans un but dissuasif, sur les caractéristiques ou les
conséquences médicales d'une interruption volontaire de grossesse :

1° Soit en perturbant l'accès aux établissements mentionnés à l'article L. 2212-2, la


libre circulation des personnes à l'intérieur de ces établissements ou les conditions de
travail des personnels médicaux et non médicaux ;

2° Soit en exerçant des pressions morales et psychologiques, des menaces ou tout acte
d'intimidation à l'encontre des personnes cherchant à s'informer sur une interruption
volontaire de grossesse, des personnels médicaux et non médicaux travaillant dans les
établissements mentionnés au même article L. 2212-2, des femmes venues recourir à
une interruption volontaire de grossesse ou de l'entourage de ces dernières.

sommaire 91 Travaux dirigés


Séance n°6.
Consultation courte
1h30

La consultation se déroulera durant la séance la semaine de travaux dirigés, aux jours,


horaires et lieux habituels ou en amphithéâtre selon les possibilités.

Vous serez prévenus sur AMETICE.

Le programme porte sur l’intégralité du cours d’introduction au droit, l’intégralité des


séances 1 à 5 de travaux dirigés et tout ce qui a été évoqué dans les cours magistraux
précédents de droit civil et de droit constitutionnel. Le sujet peut se situer à la croisée
de plusieurs matières.

Vous devrez réaliser une consultation juridique à partir de l’exposé d’une situation.

Comme pour toutes les séances, la présence est obligatoire. En cas d’absence non
justifiée, vous obtiendrez la note de 0/20.

L’utilisation d’un Code civil annoté et du texte officiel de la Constitution sont autorisés.

IMPORTANT

Les documents autorisés pourront être surlignés ou soulignés, y compris sur la


tranche, et plus généralement tous signes pourront y être ajoutés (accolades, flèches,
croix, etc.) pourvu que ces signes n’ajoutent aucun contenu aux textes reproduits.

Les onglets, marque-pages ou signets sont autorisés pourvu qu’ils soient vierges.

Toute autre configuration est constitutive d’une fraude aux examens pouvant
entraîner jusqu’à l’exclusion définitive de tout établissement de l’enseignement
supérieur.

sommaire 92 Travaux dirigés


Séance n° 7
La Constitution :
la formalisation de la limitation du pouvoir
dans la norme juridique

Concepts clés

Constitution formelle – Constitution matérielle – Droit constitutionnel (comme objet


d’étude et comme science du droit) – Droit

Ressources documentaires

Favoreu (L.), « Le droit constitutionnel, droit de la Constitution et constitution du


droit », RFDC, 1990, n° 1, pp. 71-89.

Avec le commentaire de cet article : Magnon (X.), « Commentaire sous Le droit


constitutionnel, Constitution du droit, droit de la Constitution de L. Favoreu », in Les
grands discours de la culture juridique, direction d’ouvrage avec W. Mastor, J. Benetti,
X. Magnon et P. Égéa, Dalloz, Collection Grands arrêts, 2ème édition, 2020, pp. 866-
887.

Consultation

Dans le prolongement de la déclaration d’indépendance, l’Assemblée territoriale de


Corse, désormais assemblée constituante, proclame le même jour, le 10 septembre, la
seconde République Corse. Elle entend adopter un ensemble de lois qui visent à
déterminer les modalités de dévolution et d’exercice du pouvoir sur ce territoire, à
établir les modalités de production et les rapports existants entre les normes
susceptibles d’être produites dans le système juridique et à reconnaître des droits et
libertés au profit des citoyens corses. L’une de ces lois proclame « la pleine et entière
souveraineté de l’Assemblée de Corse » et précise que cette assemblée peut toujours
modifier pour l’avenir l’ensemble des lois qu’elle a adoptées, y compris celles qui
portent sur les institutions, les normes et les droits et libertés. Ainsi, l’Assemblée de
Corse pourra toujours modifier les lois qui encadrent ou limitent l’exercice de son
pouvoir, sans aucune procédure spéciale. Les lois « constitutionnelles » peuvent être
ainsi modifiées comme n’importe quelle loi ordinaire, sans aucune procédure
renforcée. L’une des lois « constitutionnelles » précise, par ailleurs, que les pratiques
constantes des pouvoirs publics considérées comme étant le droit font parties des lois
de la Corse.

Dans ce contexte, comment qualifier la « Constitution » de Corse ?

sommaire 93 Travaux dirigés


A – Documents

L. Favoreu, P. Gaïa, R. Ghévontian, J.-L. Mestre, O. Pfersmann, A. Roux, G. Scoffoni,


Droit constitutionnel, Dalloz, Précis, 25ème édition, 2023, 1282 p. (extraits § 97-
109).

sommaire 94 Travaux dirigés


sommaire 95 Travaux dirigés
sommaire 96 Travaux dirigés
sommaire 97 Travaux dirigés
sommaire 98 Travaux dirigés
sommaire 99 Travaux dirigés
sommaire 100 Travaux dirigés
sommaire 101 Travaux dirigés
sommaire 102 Travaux dirigés
sommaire 103 Travaux dirigés
sommaire 104 Travaux dirigés
B – Exercice

1 - Dénomination et définition du concept mobilisable pour résoudre la question :

2 - Difficulté(s) soulevée(s) par l’application du concept à une situation déterminée


(problème juridique) :

3 - Normes et régime juridique applicables pour résoudre la question :

4 - Résolution de la question :

sommaire 105 Travaux dirigés


Séance n°8.
Le changement de sexe

Objectifs
Savoir identifier une lacune de la règle de droit
Savoir identifier les méthodes prétoriennes de complétion du droit
Connaître et comprendre la portée des arguments juridiques utilisés

Consultation

À partir des documents ci-dessous et de vos propres recherches documentaires, vous


réalisez une consultation juridique sur le point de savoir si M. Q, devenu Mme Q,
pourrait, après avoir procréé dans son sexe biologique avec Mme J, son épouse,
demander à figurer en qualité de seconde mère de l’enfant sur son acte de naissance.
Vous examinerez ensuite la possibilité de retranscrire le lien biologique sur l’acte de
naissance sous la mention de « parent biologique », sans référence quelconque au sexe
de Mme Q.

Ressources documentaires

Document n° 1. Cass 1re civ., 16 sept. 2020, n° 19-11.251

Document n° 2. CA Toulouse, 9 fév. 2022, n° RG 20/031128 (PDF disponible sur


AMETICE)

sommaire 106 Travaux dirigés


DOCUMENT n° 1
Cour de cassation, 16 septembre 2020,
n° 18-50.080, n° 19- 11.251

Faits et procédure

6. Selon l'arrêt attaqué (Montpellier, 14 novembre 2018), Mme J... et M. Q... se sont mariés le [...]
. Deux enfants sont nés de cette union, C... le [...] et W... le [...].
7. En 2009, M. Q... a saisi le tribunal de grande instance de Montpellier d'une demande de
modification de la mention relative à son sexe dans les actes de l'état civil. Un jugement du 3
février 2011 a accueilli sa demande et dit qu'il serait désormais inscrit à l'état civil comme étant de
sexe féminin, avec S... pour prénom. Cette décision a été portée en marge de son acte de
naissance et de son acte de mariage.

8. Le 18 mars 2014, Mme J... a donné naissance à un troisième enfant, M... J..., conçue avec Mme
Q..., qui avait conservé la fonctionnalité de ses organes sexuels masculins. L'enfant a été déclarée
à l'état civil comme née de Mme J....
9. Mme Q... a demandé la transcription, sur l'acte de naissance de l'enfant, de sa reconnaissance
de maternité anténatale, ce qui lui a été refusé par l'officier de l'état civil.

Examen des moyens


#6 Sur le moyen du pourvoi n° X 19-11.251, pris en ses deuxième et quatrième à huitième
branches, en ce qu'il est dirigé contre le chef de dispositif rejetant la demande de transcription de
la reconnaissance de maternité et les autres demandes de Mme Q...

Énoncé du moyen

10. Mme Q... fait grief à l'arrêt de rejeter sa demande de transcription, sur les registres de l'état
civil, de la reconnaissance de maternité faite avant la naissance et de rejeter ses autres demandes,
alors : « 1°/ que la loi française ne permet pas de faire figurer, dans les actes de l'état civil,
l'indication d'un sexe autre que masculin ou féminin ; que dès lors, ne peut figurer, sur un acte de
l'état civil, le lien de filiation d'un enfant avec un « parent biologique », neutre, sans précision de
sa qualité de père ou de mère ; qu'en l'espèce, la cour d'appel a constaté qu'il était dans l'intérêt
supérieur de l'enfant de voir reconnaître la réalité de sa filiation biologique avec Mme Q... ; que
l'établissement d'une filiation par la voie de l'adoption était, en l'occurrence, impossible ; que la
cour d'appel a également constaté que le droit au respect de la vie privée de Mme Q... excluait
qu'il puisse lui être imposé une filiation paternelle ; qu'il se déduisait de ces constatations, relatives
à la nécessité, pour l'intérêt supérieur de l'enfant, de reconnaître la filiation biologique avec Mme
Q..., mais l'impossibilité de faire figurer sur l'acte de naissance de M... J... une filiation paternelle à
l'égard de Mme Q..., que seule la mention de Mme Q... en qualité de mère, était de nature à
concilier l'intérêt supérieur de l'enfant et le droit au respect de la vie privée de Mme Q... et de M...
J... ; qu'en jugeant le contraire, aux motifs inopérants et erronés qu'une telle filiation « aurait pour
effet de nier à M... la filiation paternelle, tout en brouillant la réalité de sa filiation maternelle », la
cour d'appel n'a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations, violant les articles
34 de la Constitution du 4 octobre 1958, 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de
l'homme et des libertés fondamentales et les article 3-1 et 7 de la Convention de New-York du 20
novembre 1989 relative aux droits de l'enfant ;

sommaire 107 Travaux dirigés


2°/ que dans toutes les décisions qui concernent les enfants, l'intérêt supérieur de l'enfant doit
être une considération primordiale ; qu'au cas présent, la cour d'appel a constaté que, depuis un
jugement du 3 février 2011, Mme Q... est de sexe féminin à l'état civil ; que la cour d'appel a
constaté que l'existence d'un lien biologique entre Mme Q... et M... J... n'était pas contestée ;
qu'en jugeant que l'intérêt de l'enfant M... J... était de voir reconnaître avec Mme Q... un lien de
filiation non sexué, aux motifs que l'établissement d'un lien de filiation maternelle aurait pour
effet de lui nier toute filiation paternelle et de brouiller la réalité de la filiation maternelle, sans
rechercher, ainsi qu'elle y était invitée, si à l'inverse le fait d'établir une filiation non maternelle
avec Mme Q... n'était pas susceptible d'entraîner, pour l'enfant, des conséquences négatives, la
cour d'appel a privé sa décision de base légale au regard des articles 3 § 1 et 7 de la Convention de
New-York du 20 novembre 1989 relative aux droits de l'enfant ;

3°/ qu'en application de l'article 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des
libertés fondamentales la jouissance des droits et libertés reconnus dans la Convention doit être
assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe ; que cette disposition interdit de
traiter de manière différente, sans justification objective et raisonnable, des personnes placées
dans des situations comparables et prohibe les discriminations liées notamment à l'identité
sexuelle des personnes ; qu'au cas présent, la cour d'appel a constaté que, depuis un jugement du
3 février 2011, Mme Q... est de sexe féminin à l'état civil ; que la cour d'appel a par ailleurs
constaté que l'existence d'un lien biologique entre Mme Q... et M... J... n'était pas contestée ;
qu'en refusant de faire produire effet à la reconnaissance prénatale de maternité établie par Mme
Q... et de reconnaître Mme Q... comme la mère de M... J..., par des motifs inopérants, cependant
qu'une personne née femme ayant accouché d'un enfant peut faire reconnaître le lien de filiation
maternelle qui l'unit à son enfant biologique, la cour d'appel a créé entre les femmes ayant
accouché de l'enfant et les autres mères génétiques une différence de traitement qui ne peut être
considérée comme justifiée et proportionnée aux objectifs poursuivis, peu important à cet égard
que cela conduise à l'établissement d'un double lien de filiation maternelle biologique, et a violé
l'article 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

4°/ que le conjoint de même sexe que le parent biologique d'un enfant est autorisé à adopter
l'enfant dans le cadre d'une adoption plénière, de sorte qu'un enfant peut se voir reconnaître un
lien de filiation avec deux personnes de même sexe ; que si le législateur a estimé qu'une double
filiation maternelle ne pouvait être établie que par la voie de l'adoption, c'est pour ne pas porter
atteinte à la vérité biologique ; que dès lors, l'établissement d'une double filiation maternelle par la
voie de l'accouchement et de la reconnaissance prénatale doit être admise lorsqu'elle n'est pas
contraire à la vérité biologique ; qu'en refusant à Mme Q... l'établissement d'un lien de filiation
maternelle avec son enfant biologique, par des motifs inopérants tenant notamment au fait qu'elle
était de même sexe que la mère biologique de l'enfant avec lequel un lien de filiation maternelle
était déjà établi et que la loi nationale ne permettrait pas l'établissement d'une double filiation
maternelle, la cour d'appel a créé une différence de traitement non justifiée entre les personnes
pouvant adopter l'enfant de leur conjoint et les personnes liées biologiquement à un enfant et a
ainsi derechef violé l'article 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des
libertés fondamentales ;

5°/ que, en définitive, en refusant de reconnaître l'existence d'un lien de filiation maternelle entre
Mme Q... et l'enfant M... J... aux motifs qu'une déclaration de maternité non gestatrice aurait «
pour effet de nier à M... toute filiation paternelle, tout en brouillant la réalité de sa filiation
maternelle », tandis que la réalité du lien biologique unissant M... J... tant à Mme J... qu'à Mme Q...
sommaire 108 Travaux dirigés
n'était pas contestée et que les deux filiations maternelles ainsi établies, l'une par la reconnaissance
prénatale et l'autre par la mention du nom de Mme J... sur l'acte de naissance après
l'accouchement, n'étaient pas concurrentes et ne se contredisaient pas, la cour d'appel a en réalité
refusé de faire droit à la demande de Mme Q... en raison de sa transidentité et a, ainsi, violé les
articles 8 et 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés
fondamentales ;

6°/ que, subsidiairement, le droit au respect de la vie privée et familiale doit être reconnu sans
distinction selon la naissance ; qu'un lien de filiation maternelle peut être établi à l'égard d'une
mère d'intention ; qu'en l'espèce, outre le lien biologique existant entre Mme Q... et M... J..., il
n'était pas contesté que Mme Q... s'est toujours comportée, et se comporte toujours, comme une
mère d'intention pour l'enfant ; qu'en application du droit au respect de la vie privée et familiale
et de l'intérêt supérieur de l'enfant, la filiation maternelle entre Mme Q... et M... J... doit donc être
reconnue et inscrite dans les registres d'état civil de l'enfant ; qu'en jugeant le contraire, la cour
d'appel a violé les articles 3, § 1, de la Convention de New-York du 20 novembre 1989 relative
aux droits de l'enfant et l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des
libertés fondamentales. »

Réponse de la Cour

11. Aux termes de l'article 61-5 du code civil, toute personne majeure ou mineure émancipée qui
démontre par une réunion suffisante de faits que la mention relative à son sexe dans les actes de
l'état civil ne correspond pas à celui dans lequel elle se présente et dans lequel elle est connue peut
en obtenir la modification. Selon l'article 61-6 du même code, le fait de ne pas avoir subi des
traitements médicaux, une opération chirurgicale ou une stérilisation ne peut motiver le refus
d'accueillir la demande, de sorte que la modification du sexe à l'état civil peut désormais intervenir
sans que l'intéressé ait perdu la faculté de procréer.

12. Si l'article 61-8 prévoit que la mention du sexe dans les actes de l'état civil est sans effet sur les
obligations contractées à l'égard des tiers ni sur les filiations établies avant cette modification,
aucun texte ne règle le mode d'établissement de la filiation des enfants engendrés ultérieurement.

13. Il convient dès lors, en présence d'une filiation non adoptive, de se référer aux dispositions
relatives à l'établissement de la filiation prévues au titre VII du livre premier du code civil.

14. Aux termes de l'article 311-25 du code civil, la filiation est établie, à l'égard de la mère, par la
désignation de celle-ci dans l'acte de naissance de l'enfant.

15. Aux termes de l'article 320 du même code, tant qu'elle n'a pas été contestée en justice, la
filiation légalement établie fait obstacle à l'établissement d'une autre filiation qui la contredirait.
16. Ces dispositions s'opposent à ce que deux filiations maternelles soient établies à l'égard d'un
même enfant, hors adoption.

17. En application des articles 313 et 316, alinéa 1er, du code civil, la filiation de l'enfant peut, en
revanche, être établie par une reconnaissance de paternité lorsque la présomption de paternité est
écartée faute de désignation du mari en qualité de père dans l'acte de naissance de l'enfant.

sommaire 109 Travaux dirigés


18. De la combinaison de ces textes, il résulte qu'en l'état du droit positif, une personne
transgenre homme devenu femme qui, après la modification de la mention de son sexe dans les
actes de l'état civil, procrée avec son épouse au moyen de ses gamètes mâles, n'est pas privée du
droit de faire reconnaître un lien de filiation biologique avec l'enfant, mais ne peut le faire qu'en
ayant recours aux modes d'établissement de la filiation réservés au père.

19. Aux termes de l'article 3, § 1, de la Convention de New-York du 20 novembre 1989 relative


aux droits de l'enfant, dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait
des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités
administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération
primordiale. Selon l'article 7, § 1, de cette Convention, l'enfant est enregistré aussitôt sa naissance
et a dès celle- ci le droit à un nom, le droit d'acquérir une nationalité et, dans la mesure du
possible, le droit de connaître ses parents et d'être élevé par eux.

20. L'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés


fondamentales dispose que :
« 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa
correspondance.

2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant
que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société
démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique
du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la
santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

21. Aux termes de l'article 14, la jouissance des droits et libertés reconnus dans la Convention
doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la
langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale,
l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation.

22. Les dispositions du droit national précédemment exposées poursuivent un but légitime, au
sens du second paragraphe de l'article 8 précité, en ce qu'elles tendent à assurer la sécurité
juridique et à prévenir les conflits de filiation.

23. Elles sont conformes à l'intérêt supérieur de l'enfant, d'une part, en ce qu'elles permettent
l'établissement d'un lien de filiation à l'égard de ses deux parents, élément essentiel de son identité
et qui correspond à la réalité des conditions de sa conception et de sa naissance, garantissant ainsi
son droit à la connaissance de ses origines personnelles, d'autre part, en ce qu'elles confèrent à
l'enfant né après la modification de la mention du sexe de son parent à l'état civil la même
filiation que celle de ses frère et soeur, nés avant cette modification, évitant ainsi les
discriminations au sein de la fratrie, dont tous les membres seront élevés par deux mères, tout en
ayant à l'état civil l'indication d'une filiation paternelle à l'égard de leur géniteur, laquelle n'est au
demeurant pas révélée aux tiers dans les extraits d'actes de naissance qui leur sont communiqués.

sommaire 110 Travaux dirigés


24. En ce qu'elles permettent, par la reconnaissance de paternité, l'établissement d'un lien de
filiation conforme à la réalité biologique entre l'enfant et la personne transgenre - homme devenu
femme - l'ayant conçu, ces dispositions concilient l'intérêt supérieur de l'enfant et le droit au
respect de la vie privée et familiale de cette personne, droit auquel il n'est pas porté une atteinte
disproportionnée, au regard du but légitime poursuivi, dès lors qu'en ce qui la concerne, celle-ci
n'est pas contrainte par là-même de renoncer à l'identité de genre qui lui a été reconnue.

25. Enfin, ces dispositions ne créent pas de discrimination entre les femmes selon qu'elles ont ou
non donné naissance à l'enfant, dès lors que la mère ayant accouché n'est pas placée dans la
même situation que la femme transgenre ayant conçu l'enfant avec un appareil reproductif
masculin et n'ayant pas accouché.

26. En conséquence, c'est sans encourir les griefs du moyen que la cour d'appel a constaté
l'impossibilité d'établissement d'une double filiation de nature maternelle pour l'enfant M..., en
présence d'un refus de l'adoption intra-conjugale, et rejeté la demande de transcription, sur les
registres de l'état civil, de la reconnaissance de maternité de Mme Q... à l'égard de l'enfant.

Mais sur le moyen du pourvoi n° H 18-50.080

Énoncé du moyen

27. Le procureur général près la cour d'appel de Montpellier fait grief à l'arrêt de juger que le lien
biologique doit être retranscrit par l'officier de l'état civil, sur l'acte de naissance de la mineure
sous la mention de Mme S... Q..., née le [...] à Paris 14e comme « parent biologique » de l'enfant,
alors « que selon les dispositions de l'article 57 du code civil, l'acte de naissance d'un enfant
mentionne ses seuls « père et mère », qu'en créant par voie prétorienne, une nouvelle catégorie
non sexuée de « parent biologique », la cour d'appel de Montpellier, même en faisant appel à des
principes supérieurs reconnus au niveau international, a violé les dispositions de l'article 57 du
code civil. »

Réponse de la Cour

Vu l'article 57 du code civil, ensemble l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de


l'homme et des libertés fondamentales :
28. La loi française ne permet pas de désigner, dans les actes de l'état civil, le père ou la mère de
l'enfant comme « parent biologique ».

29. Pour ordonner la transcription de la mention « parent biologique » sur l'acte de naissance de
l'enfant M... J..., s'agissant de la désignation de Mme Q..., l'arrêt retient que seule cette mention
est de nature à concilier l'intérêt supérieur de l'enfant de voir établir la réalité de sa filiation
biologique avec le droit de Mme Q... de voir reconnaître la réalité de son lien de filiation avec
l'enfant et le droit au respect de sa vie privée consacré par l'article 8 de la Convention de
sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le terme de « parent », neutre,
pouvant s'appliquer indifféremment au père et à la mère, la précision, « biologique », établissant la
réalité du lien entre Mme Q... et son enfant.

sommaire 111 Travaux dirigés


30. En statuant ainsi, alors qu'elle ne pouvait créer une nouvelle catégorie à l'état civil et que, loin
d'imposer une telle mention sur l'acte de naissance de l'enfant, le droit au respect de la vie privée
et familiale des intéressées y faisait obstacle, la cour d'appel a violé les textes susvisés.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les première et troisième branches du
moyen du pourvoi n° X 19-11.251 ni de saisir la Cour européenne des droits de l'homme pour
avis consultatif, la Cour :
CONSTATE la déchéance partielle du pourvoi n° X 19-11.251 en ce qu'il est dirigé contre l'arrêt
avant dire droit du 21 mars 2018 ;

CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il rejette la demande de transcription sur les registres de
l'état civil de la reconnaissance de maternité de Mme S... Q... à l'égard de l'enfant M... J..., l'arrêt
rendu le 14 novembre 2018, entre les parties, par la cour d'appel de Montpellier ;
Remet, sur les autres points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt
et les renvoie devant la cour d'appel de Toulouse ;

sommaire 112 Travaux dirigés


Séance n°9.
Les valeurs substantielles libérales
en droit constitutionnel

Concepts clés

Démocratie – État de droit – Séparation des pouvoirs – Libéralisme - Justice

Ressources documentaires

Voir dans le Dictionnaire de la culture juridique, sous la direction de D. Alland et


S. Rials, Lamy-PUF, 2003, les entrées :
- Jouanjan (O.), « État de droit », « Égalité » ;
- Jaume (L.), « Libéralisme » ;
- Lahmer (M.), « Séparation et balance des pouvoirs » ;
- Spitz (J.-F.), « Justice (Doctrines) ».

Magnon (X.), « Que sont les « assemblées citoyennes » ? Saisir, juridiciser et


concrétiser les concepts de démocratie, démocratie délibérative et démocratie
participative », in Les assemblées citoyennes : nouvelles utopie démocratique ?, sous
la direction de M. Stefanini Fatin-Rouge et X. Magnon, DICE édition, Confluence des
droits, 17, 2022, pp. 21-40.

Consultation

Dans le cadre des discussions au sein de l’Assemblée constituante de Corse, un groupe


nouvellement constitué, A Corsica à i corsi, entend proposer des contre-projets aux
différentes lois « constitutionnelles » envisagées. Parmi les différents éléments
significatifs proposés, plusieurs orientations générales peuvent être mises en évidence.
Il est défendu le principe d’un Chef de l’État, élu au suffrage universel direct, aux
pouvoirs importants et seul titulaire du pouvoir exécutif. Celui-ci détermine et conduit
la politique de la Nation, bénéficie en conséquence d’une initiative législative et dirige
l’administration et l’armée. Il dispose d’un certain nombre de pouvoirs lui permettant
de diriger la procédure législative et d’un droit de veto pouvant potentiellement faire
obstacle à l’entrée en vigueur de la loi, sans que l’Assemblée de Corse ne puisse faire
échec à ce veto. Il lui est enfin permis de remettre en cause les décisions rendues par
les différentes juridictions de droit commun. Plus généralement, il est prévu qu’aucune
loi adoptée par l’Assemblée de Corse, et pour quelque motif que ce soit, ne peut être
remise en cause par un juge. La déclaration des droits et libertés met en évidence les
exigences d’ordre public et de sécurité au premier plan comme condition de l’exercice
des autres droits et libertés. De manière plus concrète, il est admis dans cette
Déclaration que tous les droits et libertés reconnus aux citoyens peuvent être limités
sommaire 113 Travaux dirigés
au nom du respect de l’ordre et de la sécurité publics. Il est encore reconnu une
préférence Corse pour l’exercice de ces droits et libertés, tout comme est exclu, par
principe, le bénéfice des droits et libertés aux étrangers. La religion catholique est
reconnue comme religion d’État et il est prévu qu’aucune loi ne saurait contrevenir aux
valeurs défendues par l’église catholique.

Ces projets de lois « constitutionnelles » peuvent-ils être considérés comme reflétant


les valeurs libérales ?

A - Documents

- « Qu’est-ce qu’une Cour illibérale ? », La justice constitutionnelle illibérale.


Un dialogue interdisciplinaire et de droit comparé, sous la direction de A.
Duffy-Meunier et N. Perlo, à paraître (extraits).

I - Les éléments du métalangage : démocratie, libéralisme et État de droit, penser


l’alignement naturel entre ces trois valeurs

(…)

B - La possible et nécessaire distinction analytique des trois concepts

D’un point de vue analytique, la distorsion entre les trois valeurs ne saurait surprendre
dans la mesure où chacune de ces valeurs correspond à des exigences différentes qui,
en pratique, si elles se nourrissent entre elles, n’en sont pas moins dissociables d’un
point de vue cognitif. Nous en retiendrons ici une définition juridique3, c’est-à-dire
proposée à partir d’énoncés prescriptifs, de permission, d’interdiction ou de caractère
obligatoire ou à partir d’éléments de la définition du droit, une définition normativiste
en l’occurrence pour ce qui concerne notre concept de droit.

La démocratie est une exigence qui impose que les destinataires des normes dans un
système juridique participent, directement ou indirectement, à leur production. Elle
impose ainsi une certaine manière de produire des normes en y associant leurs
destinataires.

Selon une lecture européenne4, le libéralisme impose que, dans un système juridique
donné, la réglementation des comportements des destinataires des normes ne soit pas
en deçà d’un certain seuil quant au degré de contrainte pesant sur ceux-ci. Il renvoie
au contenu des normes et au degré de contrainte qu’il fait peser sur les destinataires.
Avec le libéralisme apparaissent les droits et libertés fondamentaux, fondamentaux en
ce qu’ils sont consacrés par des normes constitutionnelles, qui traduisent la garantie
constitutionnelle par le système juridique d’une sphère de liberté à l’abri de l’intrusion
du pouvoir politique5.

3 Les définitions proposées s’inspirent de celles retenues par O. Pfersmann, in Droit des libertés fondamentales, sous la direction
de L. Favoreu, Dalloz, Précis, , 3ème édition, 2005, § 73.
4 Voir distinguant une lecture européenne et américaine du nord du terme : M. F. Plattner, « Illiberal democracy and the struggle
on the right », 30, J. Democracy, 5, 2019, p. 7.
5 Dans leur article, T. Drinoczi, A. Bien-Kacala, distinguent systématiquement « rules of law, democracy and human rights” ("Illiberal
Constitutionalism : The Case of Hungary and Poland," German Law Journal 20, n° 8, 2019, voir not. p. 1156, p. 1165).

sommaire 114 Travaux dirigés


L’État de droit renvoie à la clarté et l’intelligibilité des normes, à une structuration de
l’ordre juridique reflétant la hiérarchie des valeurs sur laquelle repose la société
déterminée et à l’existence de mécanismes de contrôle de la régularité dans le système
juridique. Plus largement, l’État de droit impose le respect des habilitations dans un
ordre juridique, les éléments précédemment évoqués permettant d’en sanctionner le
respect. Il touche ainsi à la forme des normes et du système juridique6. Le
constitutionnalisme juridique moderne s’inscrit dans cette même perspective, à la fois
dans l’encadrement de l’exercice du pouvoir par le droit constitutionnel formel, qui
regroupe les valeurs essentielles d’une société déterminée (la hiérarchie des normes
reposant sur une hiérarchie de valeurs), et de la sanction du respect du droit par la
mise en place d’une justice constitutionnelle. Sous un autre angle, le
constitutionnalisme juridique7 aboutit à mettre hors de portée du législateur ordinaire,
intervenant sous la forme d’une majorité simple, les valeurs contenues dans la
Constitution formelle. Seule une majorité renforcée, exigeant ainsi un consensus
sociétal plus large, est en mesure de modifier la Constitution et, en particulier, les
droits et libertés fondamentaux qu’elle consacre.

Ces précisions terminologiques posées, elles permettent d’envisager de manière plus


claire les dissociations éventuelles entre ces trois concepts. Sous l’angle analytique, le
peuple peut parfaitement produire des normes, ce qui répond à l'exigence
démocratique, totalement inintelligibles et non claires, ce qui caractérise une
méconnaissance de l’État de droit, et restrictives vis-à-vis des comportements qui sont
visés, témoignant d’un rejet du libéralisme. L’on pourrait multiplier ainsi les
combinaisons possibles du non-alignement de ces trois valeurs.

(…)

B - Exercice

1 - Dénomination et définition du concept mobilisable pour résoudre la question :

2 - Difficulté(s) soulevée(s) par l’application du concept à une situation déterminée


(problème juridique) :

3 - Normes et régime juridique applicables pour résoudre la question :

4 - Résolution de la question :

Voir également pour une approche distincte de ces trois éléments : K. Nicolaidis, R. Kleinfeld, « Rethinking Europe's "Rule of
Law" and Enlargement Agenda: The Fundamental Dilemma », 49 SIGMA PAPERS, 2012, pp. 10 et s.
6 Voir pour une présentation différente, considérant que le libéralisme réunit trois éléments fondamentaux « la garantie des
libertés, la séparation des pouvoirs et le respect du droit » : T. Hochmann, « Cinquante nuances de démocratures », Pouvoirs,
2019/2, n° 169, p. 26. Voir infra sur la séparation des pouvoirs.
7 Voir pour une synthèse sur les différentes catégories de constitutionnalisme et, de manière synthétique, le
constitutionnalisme juridique, politique et dialogique : M. Altwegg-Boussac, « Le concours des organes politiques et
juridictionnel à la garantie des droits. Regard sur une modélisation alternative de la justice constitutionnelle », Jus politicum,
n° 13, La justice constitutionnelle contemporaine : modèles et expérimentations ([Link]
organes-politique-et-juridictionnel-a-la-garantie-des-droits-Regard-sur-une-modelisation-alternative-de-la-justice-
[Link]).

sommaire 115 Travaux dirigés


Séance n°10.
Liberté d’expression vs Dignité

Objectifs
Savoir identifier un conflit de norme
Connaître les critères de résolution des conflits de norme
Connaître et comprendre la portée des arguments juridiques utilisés

Consultation

En vous aidant des documents ci-dessous et de vos recherches documentaires, vous


réaliserez une consultation sur le cas suivant :

Les œuvres de M. Y, artiste plasticien, sont exposées dans une galerie d’art aixoise à
l’occasion d’une manifestation consacrée aux représentations de l’Université dans l’art
contemporain. L’une de ses œuvres ne laisse pas le public indifférent : on y voit des
portraits d’étudiants réalisés grâce à des systèmes d’intelligence artificielle sur lesquels
sont apposés, en surimpression, des propos dégradants, grossiers et insultants tels que
« cancrelats », « inaptes », « inutiles », « futurs chômeurs », « ennemis », « idiots »
« à supprimer » etc. M. Y, interrogé par la presse, défend son œuvre en expliquant qu’il
s’agit là d’une dénonciation des discours contemporains virulents à l’égard de
l’Université et de ses étudiants, tels qu’on peut en trouver, notamment, sur les réseaux
sociaux ou dans les discours de certains politiques. Cette œuvre, volontairement
choquante, suscite toutefois l’indignation de l’AADEBEP (« association aixoise de
défense des étudiants et de leur bien-être psychologique ») qui estime que l’exposition
porte une atteinte grave à la dignité de la personne humaine, en particulier celle des
étudiants, et souhaite assigner la galerie d’art aixoise devant le tribunal judiciaire afin
de faire cesser l’exposition et obtenir réparation du préjudice causé aux intérêts
collectifs qu’elle a pour objet de défendre sur le fondement de l’article 16 du Code civil.
Connaissant vos talents de jeune juriste, le président de l’association étudiante vous
demande conseil quant aux chances de succès de son action.

Ressources documentaires

Document n° 1. Cass Ass. Plén., 25 octobre 2019, n° 17-86.605

Document n° 2. Cass Ass. Plén., 17 novembre 2023, n° 21-20.723

sommaire 116 Travaux dirigés


DOCUMENT n° 1
Cour de cassation, Ass. plén., 25 octobre 2019, n° 17-86.605

1. I. FAITS ET PROCÉDURE

1. Selon l'arrêt attaqué (Paris, 20 septembre 2017), la chaîne de télévision France 2 a


diffusé, le 7 janvier 2012, dans l'émission « On n'est pas couché », une séquence au cours
de laquelle, à l'issue de l'interview de l'un des candidats à l'élection présidentielle, ont été
montrées des affiches, publiées trois jours auparavant par le journal « Charlie Hebdo »,
concernant ces candidats.

2. L'une de ces affiches représentait un excrément fumant surmonté de la mention « C... ,


la candidate qui vous ressemble ».

3. Mme C... a déposé plainte avec constitution de partie civile en soutenant que cette
comparaison constituait, à son égard, l'infraction d'injure publique envers un particulier.

4. Renvoyé devant le tribunal correctionnel du chef de complicité de cette infraction, M.


I..., animateur de l'émission, a été relaxé. Seule la partie civile a interjeté appel.

II. EXAMEN DU MOYEN


Énoncé du moyen
5. Mme C... fait grief à l'arrêt de confirmer le jugement ayant rejeté ses demandes, alors
que :

« 1°/ toute injure au sens de l'article 29, alinéa 2, de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté
de la presse constitue une atteinte à la dignité de la personne visée et qu'en l'espèce, la
cour d'appel n'avait pas à rechercher si, au-delà du caractère injurieux de l'affiche
incriminée qu'elle admettait comme établi, était également caractérisée une atteinte à la
dignité de la partie civile,

2°/ en toute hypothèse, l'affiche incriminée porte atteinte à la dignité de la partie civile en
l'associant à un excrément, même si cette affiche s'inscrit dans une forme d'humour
satirique volontiers scatologique, n'utilise pas l'image de la partie civile et renvoie tant à
celle-ci qu'à son électorat, et dépasse donc les limites admissibles de la liberté
d'expression,

3°/ l'injure est présumée faite avec une intention coupable et que si cette présomption
peut céder devant la preuve contraire, celle-ci ne saurait résulter en l'espèce de ce que M...
I... s'est contenté d'exhiber, dans le cadre de la séquence d'une émission polémique,
l'affiche litigieuse en précisant son origine et en donnant un avertissement sur son
caractère satirique, ces éléments n'étant nullement de nature à démontrer qu'il n'avait pas
conscience que cette affiche était injurieuse à l'égard de A... C... . »

Réponse de la Cour

sommaire 117 Travaux dirigés


6. La liberté d'expression constitue l'un des fondements essentiels d'une société
démocratique.

7. Elle ne peut être soumise à des ingérences que dans les cas où celles-ci constituent des
mesures nécessaires au regard de l'article 10, paragraphe 2, de la Convention de
sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. La restriction qu'apportent à la liberté d'expression les articles 29, alinéa 2, et 33 de la


loi du 29 juillet 1881, qui prévoient et répriment l'injure, peut donc être justifiée si elle
poursuit l'un des buts énumérés à l'article 10, paragraphe 2, de cette Convention.

9. Parmi ces buts, figure la protection de la réputation ou des droits d'autrui.

10. Il résulte de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme que la


réputation d'une personne, même lorsque celle-ci est critiquée au cours d'un débat public,
fait partie de son identité personnelle et de son intégrité morale et, dès lors, relève de sa
vie privée au sens de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et
des libertés fondamentales (CEDH, arrêt du 15 novembre 2007, Pfeifer c. Autriche, n°
12556/03, § 35).

11. Le droit au respect de la vie privée et le droit à la liberté d'expression ayant la même
valeur normative, il appartient au juge saisi de rechercher, en cas de conflit, un juste
équilibre entre ces deux droits.

12. La dignité de la personne humaine ne figure pas, en tant que telle, au nombre des buts
légitimes énumérés à l'article 10, paragraphe 2, de la Convention de sauvegarde des droits
de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Si elle est de l'essence de la Convention (CEDH, 22 novembre 1995, S.W. c.


Royaume-Uni, n° 20166/92, § 44), elle ne saurait être érigée en fondement autonome des
restrictions à la liberté d'expression.

14. Dès lors, pour déterminer si la publication litigieuse peut être incriminée, il suffit de
rechercher si elle est constitutive d'un abus dans l'exercice du droit à la liberté
d'expression.

15. La première branche du moyen est donc inopérante.

16. L'exigence de proportionnalité implique de rechercher si, au regard des circonstances


particulières de l'affaire, la publication litigieuse dépasse les limites admissibles de la
liberté d'expression.

17. En l'absence de dépassement de ces limites, et alors même que l'injure est caractérisée
en tous ses éléments constitutifs, les faits objet de la poursuite ne peuvent donner lieu à
des réparations civiles.

18. En l'espèce, l'arrêt retient que l'affiche, qui a été publiée dans un journal revendiquant
le droit à l'humour et à la satire, comporte une appréciation du positionnement politique

sommaire 118 Travaux dirigés


de Mme C... à l'occasion de l'élection présidentielle et a été montrée par M. I... avec
d'autres affiches parodiant chacun des candidats à l'élection présidentielle, dans la
séquence d'une émission polémique s'apparentant à une revue de presse, mention étant
expressément faite que ces affiches émanent d'un journal satirique et présentent elles-
mêmes un caractère polémique.

19. La cour d'appel, qui a exactement apprécié le sens et la portée de cette affiche à la
lumière des éléments extrinsèques qu'elle a souverainement analysés, en a déduit, à bon
droit, que la publication litigieuse ne dépassait pas les limites admissibles de la liberté
d'expression.

20. La deuxième branche du moyen n'est donc pas fondée.

21. L'arrêt étant légalement justifié par la seule constatation de l'absence de dépassement
des limites admissibles de la liberté d'expression, la troisième branche, qui critique des
motifs surabondants, relatifs au renversement de la présomption d'intention coupable, est
inopérante.

PAR CES MOTIFS, la Cour : REJETTE le pourvoi ;

DOCUMENT n° 2

Cour de cassation, Assemblée plénière, 17 novembre 2023, 21-20.723

Faits et procédure

1. Selon l'arrêt attaqué (Paris, 16 juin 2021), rendu sur renvoi après cassation (1re
Civ., 26 septembre 2018, pourvoi n° 17-16.089), l'association Fonds régional d'art
contemporain de Lorraine (le FRAC) a organisé, dans ses locaux, une exposition
intitulée « You are my mirror 1 ; L'infamille », à l'occasion de laquelle ont été
présentés des écrits rédigés par un artiste, en ces termes :

« Les enfants, nous allons vous enfermer, vous êtes notre chair et notre sang, à plus
tard Papa et Maman.
Les enfants, nous allons faire de vous nos esclaves, vous êtes notre chair et notre
sang, à plus tard, Papa et Maman.
[…]
Les enfants, nous allons vous arracher les yeux, vous êtes notre chair et notre sang, à
plus tard, Papa et Maman.
Les enfants, nous allons vous couper la tête, vous êtes notre chair et notre sang, à plus
tard, Papa et Maman.
Les enfants, nous vous observons, vous êtes notre chair et notre sang, à plus tard,
Papa et Maman.
[…] »

sommaire 119 Travaux dirigés


2. Soutenant que la présentation de ces écrits, dans une exposition accessible à tous,
était constitutive de l'infraction prévue et réprimée par l'article 227-24 du code pénal,
l'Association générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et
chrétienne (l'AGRIF) a saisi le procureur de la République près le tribunal de grande
instance, qui a décidé d'un classement sans suite.

3. Invoquant, sur le fondement de l'article 16 du code civil, une atteinte portée à la


dignité de la personne humaine, elle a assigné le FRAC en réparation du préjudice
causé aux intérêts collectifs qu'elle a pour objet de défendre.

Examen du moyen

Sur le moyen, pris en sa cinquième branche

4. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas


lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce grief qui n'est
manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Sur le moyen, pris en ses autres branches

Enoncé du moyen

5. L'AGRIF fait grief à l'arrêt de rejeter ses demandes indemnitaires, alors :

« 1°/ que la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité
de celle-ci et garantit le respect de l'être humain dès le commencement de sa vie ; que
le principe du respect de cette dignité, qui a valeur constitutionnelle, est absolu car il
résulte du primat de la personne ; qu'axiomatique, inviolable et insusceptible d'abus,
il est l'essence de tous les droits fondamentaux ; qu'il s'ensuit que si un conflit peut
intervenir entre de tels droits, qui ont même valeur normative, à raison d'un possible
abus dans leur exercice que le juge réglera en recherchant un "juste équilibre" entre
eux au regard d'un critère extérieur tiré des exigences d'une société démocratique, le
principe susvisé, qui est absolu et n'a sa mesure qu'en lui-même, ne peut être mis en
balance avec aucun droit fondamental, puisqu'il en est la substance et le fondement ;
qu'ainsi, rien ne peut entrer en conflit avec ce principe qui n'en soit simplement la
négation ; que tel était objectivement le cas des messages litigieux publiquement
exposés par le FRAC de Lorraine, qui faisaient état de traitements particulièrement
violents et abjects, attribués à des parents à l'égard de leurs enfants [esclavage,
sodomie, mutilations, viols, assassinat], et accessibles à la vue de tout enfant que,
pour rejeter les demandes de réparation présentées de ce chef par l'AGRIF, ès
qualités, la cour a retenu que "lorsque la dignité est appréhendée dans le contexte de
la confrontation de la liberté d'expression et d'autres droits en concurrence [...], le
droit au respect de la dignité ne constitue pas en soi une restriction autonome à la
liberté d'expression, dont seul l'abus peut être sanctionné au terme d'un contrôle de
proportionnalité avec lesdits droits en concurrence", et qu'en dépit de sa valeur
constitutionnelle, ce principe n'est pas à lui seul, sans atteinte à un droit concurrent à
la liberté d'expression, "un fondement autonome de restrictions de la liberté
d'expression lui conférant la nature de droit concurrent et justifiant que soit effectué
un contrôle de proportionnalité à ce titre" (p. 12, § 4) ; qu'en soumettant ainsi
l'application du principe du respect de la dignité de la personne humaine, absolu et

sommaire 120 Travaux dirigés


insusceptible d'abus, à la condition qu'il puisse avoir, à l'égard de l'exercice d'un droit
fondamental susceptible d'abus, tel que le droit à la liberté d'expression, la nature
d'un droit concurrent ayant même valeur normative, la cour a violé le principe
susvisé et l'article 16 du code civil, ensemble l'article 10, § 2, de la Convention de
sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par fausse
application ;

2°/ que la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de
celle-ci et garantit le respect de l'être humain dès le commencement de sa vie ; que le
principe du respect de cette dignité, résultant du primat de la personne, est absolu ;
qu'ayant de surcroît valeur constitutionnelle, il est nécessairement normatif ; que,
prenant acte de la cassation prononcée dans la présente procédure, le 26 septembre
2018, de l'arrêt de la cour d'appel de Metz qui avait dénié à l'article 16 du code civil
toute valeur normative, la cour d'appel de Paris a retenu que la Cour de cassation
avait alors jugé que ledit principe "est un principe à valeur constitutionnelle dont il
incombe au juge de faire application pour trancher le litige qui lui est soumis" (arrêt,
p. 10, § 1) ; qu'en rejetant dès lors les demandes de l'AGRIF, ès qualités, tirées de la
violation par le FRAC de Lorraine du principe susvisé, au motif qu'elle se fondait
uniquement sur "l'atteinte à la dignité au sens de l'article 16 du code civil", sans avoir
fait aucune application du principe solennellement énoncé par ce texte, la cour a violé
ce principe par refus d'application, ainsi que l'article susvisé ;

3°/ que le juge est le gardien naturel du principe à valeur constitutionnelle selon
lequel, à raison de la primauté de la personne, toute atteinte à la dignité de celle-ci est
interdite ; qu'en l'espèce, la cour a explicitement admis qu'il s'agissait là d'un
"principe à valeur constitutionnelle dont il incombe au juge de faire application pour
trancher le litige qui lui est soumis" (arrêt, p. 10, § 1) ; que, dès lors que ce principe
est normatif, il était impossible à la cour de trancher le litige sans rechercher, comme
elle y était invitée, si les messages mis en cause, publiés par le FRAC de Lorraine,
n'étaient pas gravement attentatoires à la dignité de la personne humaine ; qu'elle ne
pouvait pas, en particulier, se borner à renvoyer l'AGRIF à sa propre appréciation
subjective des messages litigieux, en retenant, comme elle l'a fait, que "quand bien
même [elle] estimerait l'exposition des oeuvres litigieuses attentatoires à la dignité
humaine" sa demande de réparation ne pourrait pas être satisfaite (arrêt, p. 12, § 6) ;
qu'en se dispensant de tout examen de cette nature, après avoir pourtant constaté
qu'elle était saisie sur le fondement de la violation du principe susvisé, la cour a privé
sa décision de base légale au regard de l'article 16 du code civil ;

4°/ que pour rejeter les demandes de réparation de l'AGRIF, dont l'objet est en
particulier, statutairement (art. 2), de lutter contre "tout ce qui porte notamment
atteinte à la dignité de la femme et au respect de l'enfant", la cour a fondé sa décision
sur un arrêt d'assemblée plénière du 25 octobre 2019 (pourvoi n° 17-86.605, Bull.),
en le jugeant "transposable au cas d'espèce", au motif qu'il avait "retenu que le
principe érigé à l'article 16 du code civil constituait un principe à valeur
constitutionnel" (arrêt, p. 11, § 4) ; que, cependant, l'arrêt ainsi visé n'avait fait
aucune référence à l'article 16 du code civil, ni à la constitutionnalité du principe qu'il
énonce ; qu'en outre, les circonstances du litige ayant donné lieu à cet arrêt n'avaient
aucun rapport avec le présent litige, dès lors qu'était invoqué un abus du droit à la
liberté d'expression lié à une injure personnelle subie, c'est-à-dire la confrontation de
deux droits concurrents, tandis que la demande ici présentée par l'AGRIF, ès qualités,

sommaire 121 Travaux dirigés


n'a aucun caractère personnel et vise la réparation d'une atteinte publique à la dignité
de la personne humaine, droit absolu et à valeur constitutionnelle, sur le fondement
exclusif de l'article 16 susvisé ; qu'il s'ensuit que cet arrêt, tant en droit qu'en fait,
n'était pas transposable au cas d'espèce ; qu'en se fondant néanmoins sur cette
décision pour rejeter les demandes de l'AGRIF, la cour a privé sa décision de base
légale au regard de l'article 16 du code civil, ensemble de l'article 10, § 2, de la
Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

6°/ en toute hypothèse, que le principe de dignité de la personne humaine, inviolable


et absolu, est l'essence même de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme
et des libertés fondamentales ; qu'étant ainsi le fondement et la substance de tous les
droits fondamentaux garantis par cette dernière, l'exercice d'aucun de ces droits ne
peut l'enfreindre sans contradiction ; qu'il s'ensuit que ce principe constitue une
composante nécessaire et suffisante de protection de la morale et de la défense de
l'ordre dans une société démocratique au sens des dispositions de l'article 10, § 2, de
la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
relatives à la liberté d'expression, encore qu'il n'y soit pas explicitement visé ; qu'en
cohérence avec ces dispositions, l'article 16 du code civil, en interdisant de manière
absolue et universelle "toute atteinte à la dignité" de la personne humaine, a édicté
une restriction, nécessaire dans une société démocratique, au sens de l'article 10
susvisé, à l'exercice même de la liberté d'expression ; qu'en jugeant dès lors qu'il
n'était pas établi que "la dignité humaine serait une composante nécessaire et
suffisante de la protection de la morale et de la défense de l'ordre au sens des
dispositions de l'article 10 paragraphe 2 de la Convention de sauvegarde des droits de
l'homme et des libertés fondamentales", la cour d'appel a violé l'article 10, § 2, de la
Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, par
fausse application, ensemble l'article 16 du code civil par refus d'application ;

7°/ en toute hypothèse, que si les formes d'expression artistique volontairement


provocantes sont protégées par l'article 10 de la Convention de sauvegarde des droits
de l'homme et des libertés fondamentales, le droit à la liberté d'expression qui en
résulte ne permet pas tout et quiconque s'en prévaut assume, selon les termes du
paragraphe 2 de l'article susvisé, des "devoirs et des responsabilités" ; que, quelle que
soit l'intention supposément artistique de leur auteur, la mise en exposition, dans un
espace public de messages portant atteinte à la dignité de la personne humaine,
avilissant pour des enfants comme pour leurs parents, supposés les soumettre à des
traitements criminels [esclavage, sodomie, mutilations, viols, assassinat], constitue
un usage de la liberté d'expression radicalement incompatible avec les devoirs et les
responsabilités nécessairement attachés à l'exercice du droit à la liberté d'expression,
que ne justifie aucun débat d'intérêt général et que n'excuse ni le goût prononcé de
son auteur pour la provocation, ni son sens obsessionnel du mauvais goût et de la
dégradation ; qu'en jugeant dès lors, pour rejeter les demandes de l'AGRIF, que la
dignité de la personne humaine n'est pas une composante nécessaire et suffisante de
la protection de la morale et de la défense de l'ordre au sens de l'article susvisé, et
qu'à supposer caractérisée une atteinte à cette dignité par l'exposition des oeuvres
litigieuses, cette atteinte ne constituerait pas "une limite admissible à la liberté
d'expression justifiant une mesure de réparation", la cour a violé l'article 10, § 2,
susvisé, ensemble l'article 1382, devenu 1240, du code civil. »

Réponse de la Cour

sommaire 122 Travaux dirigés


6. Selon l'article 10, paragraphe 1, de la Convention de sauvegarde des droits de
l'homme et des libertés fondamentales (la Convention), toute personne a droit à la
liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou
de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence
d'autorités publiques et sans considération de frontière.

7. La Cour européenne des droits de l'homme affirme que la liberté d'expression


constitue l'un des fondements essentiels d'une société démocratique et l'une des
conditions primordiales de son progrès et de l'épanouissement de chacun (CEDH,
arrêt du 7 décembre 1976, Handyside c. Royaume-Uni, n° 5493/72, § 49).

8. La liberté d'expression englobe la liberté d'expression artistique, qui constitue une


valeur en soi (CEDH, décision du 11 mars 2014, Jelsevar c. Slovénie, n° 47318/07, §
33) et qui protège ceux qui créent, interprètent, diffusent ou exposent une oeuvre
d'art (CEDH, arrêt du 3 mai 2007, Ulusoy e.a. c. Turquie, n° 34797/02, § 42).

9. Toutefois, l'article 10, paragraphe 2, de la Convention prévoit que la liberté


d'expression peut être soumise à certaines restrictions ou sanctions prévues par la loi,
lorsque celles-ci constituent des mesures nécessaires à la sécurité nationale, à
l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention
du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation
ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou
pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire.

10. Il en résulte que toute restriction à la liberté d'expression suppose, d'une part,
qu'elle soit prévue par la loi, d'autre part, qu'elle poursuive un des buts légitimes ainsi
énumérés.

11. Si l'essence de la Convention est le respect de la dignité et de la liberté humaines


(CEDH, arrêt du 22 novembre 1995, S.W. c. Royaume-Uni, n° 20166/92, § 44), la
dignité humaine ne figure pas, en tant que telle, au nombre des buts légitimes
énumérés à l'article 10, paragraphe 2, de la Convention.

12. La Cour de cassation en a déduit que la dignité de la personne humaine ne saurait


être érigée en fondement autonome des restrictions à la liberté d'expression (Ass.
plén., 25 octobre 2019, pourvoi n° 17-86.605, Bull.).

13. Au surplus, l'article 16 du code civil, créé par la loi n° 94-653 du 29 juillet 1994
relative au respect du corps humain et invoqué par la requérante, ne constitue pas à
lui seul une loi, au sens de l'article 10, paragraphe 2, de la Convention, permettant de
restreindre la liberté d'expression.

14. Ayant relevé que l'AGRIF poursuit l'exposition des oeuvres en cause sur le seul
fondement de l'atteinte à la dignité au sens de l'article 16 du code civil, la cour d'appel
a exactement retenu que le principe du respect de la dignité humaine ne constitue pas
à lui seul un fondement autonome de restriction à la liberté d'expression.

15. Le moyen, inopérant en sa troisième branche, n'est pas fondé pour le surplus.

sommaire 123 Travaux dirigés


PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;

Listes des consultations brèves en


travaux dirigés
Liste A
1- Le Maire de [localité 1] a pris un arrêté pour instaurer un sens interdit dans une rue de la
municipalité. Monsieur X souhaite contester cet arrêté municipal, il assigne la mairie devant le
tribunal judiciaire de [localité 1]. Qu’en pensez-vous ? Justifiez votre réponse.

2- Monsieur X est né vivant le 2 août 2024 mais n’a survécu qu’une heure hors de sa mère en
raison de malformations congénitales rares. Peut-il hériter de sa mère décédée avant lui lors
de l’accouchement ? Justifiez votre réponse.

3- Madame Y souhaite changer de nom de famille pour convenance personnelle en prenant


un nom qui n’est pas issu de l’un de ses deux parents. Une proposition de loi a été enregistrée
par la présidence de l’assemblée nationale, elle prévoit l’article 60-1 du Code civil suivant:
“toute personne, pourra, une fois dans sa vie, modifier son nom de famille sans avoir à justifier
d’un motif particulier”. Pensez-vous que la demande de Mme X pourra prospérer à ce jour
devant l’officier d’état civil ? Justifiez votre réponse.

4- Monsieur X a trompé son épouse Madame X lors d’une soirée avec Madame Y, pour une
seule nuit et ne l’a jamais revue depuis. L’article 242 du Code Civil dispose « Le divorce peut
être demandé par l’un des époux lorsque les faits constitutifs d’une violation grave ou
renouvelée des devoirs et obligations du mariage sont imputables à son conjoint et rendent
intolérable le maintien de la vie commune. ». Madame X peut-elle obtenir un divorce sur le
fondement de cet article ? Justifiez votre réponse.

5- La Cour de cassation a décidé que celui qui n'a pas satisfait à son obligation d'entretien des
berges d'une rivière est fautif. Les cours d’appel d’Aix-en-Provence, Versailles, et Rennes ont
décidé à plusieurs reprises dans des arrêts ultérieurs que le fait de ne pas entretenir les berges
d’une rivière ne rend pas responsable en cas d’affaissement de celle-ci. M. X veut savoir quelle
solution s’appliquera pour l’affaissement des berges de la rivière dont il est propriétaire. Qu’en
pensez-vous ? Justifiez votre réponse.

6 - En vertu de ses pouvoirs de police, le Préfet a décidé d'autoriser l’implantation d’éoliennes


sur une terrain. Toutefois, les voisins qui habitent dans un rayon de 500 mètres se plaignent
de troubles esthétiques, sonores et de dépréciation de leurs biens immobiliers. Ils demandent
au juge judiciaire leur retrait en raison du trouble subi. Qu’en pensez-vous ? Justifiez votre
réponse.

7 - M. X est victime d’un accident de téléphérique. Son avocat souhaite invoquer une loi
spéciale datant de 1982 et qui prévoit un régime spécial d’indemnisation qui ne nécessite pas
de prouver la faute du fabricant ni celle de l’exploitant du téléphérique. Cependant, cette loi
n’a jamais été codifiée depuis 1982 et n’a jamais été appliquée par les juges depuis les années
2001. Qu’en pensez-vous ? Justifiez votre réponse.
sommaire 124 Travaux dirigés
8 - En vertu d’une loi, les associations communales de chasse peuvent chasser sur les champs
des propriétaires qui font une certaine superficie. Mme X souhaite contester cette possibilité
en invoquant la protection de la propriété contenue dans un protocole additionnel de la
Convention européenne des droits de l’homme. L’avocat adverse lui rétorque que cette
application relève de la compétence exclusive de la Cour européenne des droits de l’homme
et que Mme X doit d’abord épuiser les voies de recours internes. Qu’en pensez-vous ? Justifiez
votre réponse.

9- M. X a souscrit une assurance pour ses tableaux mais l’agent de la société d’assurance lui
a dissimulé avant la conclusion du contrat que le risque de vol n’était pas couvert, seulement
la détérioration accidentelle. M. X veut demander la nullité du contrat sur le fondement des
manœuvres dolosives mais l’action est seulement prévue dans le Code civil et non dans le
Code des assurances. Qu’en pensez-vous ? Justifiez votre réponse.

10 - L’ article L. 2132-24 du Code des collectivités publiques dispose:


“Le tribunal administratif statue sur les contraventions de grande voirie concernant la
conservation du domaine public fluvial.
Ses décisions seront exécutoires et comportent hypothèque, nonobstant tout recours.
Il statue sans délai, tant sur les oppositions qui auraient été formées par les contrevenants
que sur les amendes encourues par eux, nonobstant la réparation du dommage”.
M. X a été verbalisé par un garde champêtre à une contravention de grande voirie qu’il a
attaqué devant le juge administratif. Il a consigné l’argent à la Caisse des dépôts et
consignations. L’administration lui demande de payer avant la fin du procès. Qu’en pensez-
vous ? Justifiez votre réponse.

Liste B
11- Mme X est assignée devant le tribunal judiciaire pour le règlement de cotisations sociales
relatives à sa profession de garde-forestière. L’assiette et le montant de ces cotisations sont
fixés par des arrêtés interministériels. Le juge décide de surseoir à statuer et de transmettre
le problème de la validité des arrêtés interministériels au juge administratif.
Qu’en pensez-vous ? Justifiez votre réponse.

12- M. X est poursuivi pour avoir réalisé une construction qui empiète de quelques centimètres
sur le terrain de son voisin. Il considère que la sanction de démolition est excessive et contraire
à la constitution. Toutefois, cette sanction n’a pas été contestée devant le conseil
constitutionnel par les députés avant la promulgation de la loi. Qu’en pensez-vous ? Justifiez
votre réponse.

13 - L’article 310 du code de procédure pénale dispose:


«Le président [de la Cour d’assises] est investi d’un pouvoir discrétionnaire en vertu duquel il
peut, en son honneur et en sa conscience, prendre toutes mesures qu'il croit utiles pour
découvrir la vérité. Il peut, s'il l'estime opportun, saisir la cour qui statue dans les conditions
prévues à l'article 316.»
Il peut au cours des débats appeler, au besoin par mandat d'amener, et entendre toutes
personnes ou se faire apporter toutes nouvelles pièces qui lui paraissent, d'après les
développements donnés à l'audience, utiles à la manifestation de la vérité.
Les témoins ainsi appelés ne prêtent pas serment et leurs déclarations ne sont considérées
que comme renseignements.
M. X est poursuivi pour meurtre de son épouse. Lors de l’audience devant la Cour d’assises,
il demande au président d’entendre sa voisine qui peut témoigner qu’il n’était pas présent sur

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la scène du crime, le jour du meurtre. Le président refuse. M. X souhaite effectuer un pourvoi
en cassation pour contester ce refus. Qu’en pensez-vous ?

14 - M. X a construit une maison avec son beau-frère sur un terrain dont il est propriétaire puis
la revend 3 ans plus tard. L’acheteur lui signifie, un an après la vente, que les travaux
présentent des défauts et souhaite engager sa responsabilité sur le fondement du droit de la
construction.
L’article 1792-1 du Code civil dispose
“Est réputé constructeur de l'ouvrage :
1° Tout architecte, entrepreneur, technicien ou autre personne liée au maître de l'ouvrage
par un contrat de louage d'ouvrage ;
2° Toute personne qui vend, après achèvement, un ouvrage qu'elle a construit ou fait
construire ;
3° Toute personne qui, bien qu'agissant en qualité de mandataire du propriétaire de
l'ouvrage, accomplit une mission assimilable à celle d'un locateur d'ouvrage”.
M. X vous demande s’il peut échapper à la qualité de constructeur en prouvant que c’est en
réalité son beau-frère qui a réalisé l’intégralité des travaux ?

15 - La loi du 23 juin 2006 dispose en son article 47, III, que « les donations de biens
présents faites entre époux, avant le 1er janvier 2005, demeurent révocables dans les
conditions prévues par l’article 1096 du Code civil dans sa rédaction antérieure à cette date.
Le texte ajoute que « ces dispositions présentent un caractère interprétatif pour l’application
de la loi n° 2004-439 du 26 mai 2004 relative au divorce ».
M. X vous demande si la donation qu’il a consenti le 1er janvier 2005 à son épouse est
révocable avant l’issue de son divorce ?

16 - Mme Y s’estime discriminée en raison de son âge sur son lieu de travail et saisit le
Défenseur des droits. Celui-ci rend un avis qui constate l’absence de discrimination. Mme Y
saisit toutefois un tribunal pour faire constater la discrimination. L'adversaire lui rétorque que
son litige ne peut pas être jugé une deuxième fois et qu’elle aurait dû faire appel de la décision
du défenseur des droits. Qu’en pensez-vous ? Justifiez votre réponse.

17 - A la suite d’une violente bagarre en sortie de boîte de nuit, M. X a frappé M. Y qui, en


tombant, sur la chaussée s’est brisé le crâne de façon irréversible. Transporté à l'hôpital, il est
décédé quatre jours plus tard. M. X a été condamné à dix ans de réclusion : trois sur le
fondement des articles 222-9 du Code pénal (“Les violences ayant entraîné une mutilation ou
une infirmité permanente sont punies de dix ans d'emprisonnement et de 150 000 €
d'amende”) et sept de l’article 222-7 du même Code (Les violences ayant entraîné la mort
sans intention de la donner sont punies de quinze ans de réclusion criminelle). Qu’en pensez-
vous ? Justifiez votre réponse.

18- L'article 1713 du Code civil dispose qu'on « peut louer toutes sortes de biens meubles ou
immeubles ». M. X souhaiterait établir un contrat de location où il procure la jouissance
temporaire du d’utiliser un logo pour une manifestation sportive. Il se demande si l’article 1713
s’applique bien à son cas. Qu’en pensez-vous ? Justifiez votre réponse.

19 - Mme X est verbalisée pour l’usage d’une cigarette électronique dans l’enceinte d’une
gare. L’article L.3512-8 du Code de la santé publique dispose: “Il est interdit de fumer dans les
lieux affectés à un usage collectif, notamment scolaire, et dans les moyens de transport
collectif, sauf dans les emplacements expressément réservés aux fumeurs”. Pensez-vous que
cet article s’applique à sa situation ? Justifiez votre réponse.

20 - L’article 1380 du Code civil dispose: “L'acte récognitif ne dispense pas de la présentation
du titre original sauf si sa teneur y est spécialement relatée. Ce qu'il contient de plus ou de

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différent par rapport au titre original n'a pas d'effet”. Mme X a acheté une maison avec un
garage mais pour y accéder en voiture elle doit passer sur la propriété de son voisin. L’acte
de vente mentionne l’existence d’un droit de passage antérieur au profit de son terrain sans
autre précision. Son voisin refuse de la laisser passer et exige la présentation du titre original.
Qu’en pensez-vous ? Justifiez votre réponse.

LISTE C
21 – Mme X fait construire sa maison par une entreprise du bâtiment spécialisée dans la
construction d’habitations individuelles. En raison de la crise du marché de l’immobilier,
l’entreprise fait faillite et ne peut poursuivre le chantier. Mme X connaît personnellement l’un
des ouvriers, salarié de l’entreprise. Peut-elle lui réclamer le remboursement des sommes
versées à l’entreprise pour la réalisation de l’immeuble projeté. Qu’en pensez-vous ?
22 – M. X acquiert un chiot auprès d’un éleveur professionnel, M. Z. Postérieurement à la
vente, l’acquéreur invoque un « défaut de conformité » du chiot à la suite de la découverte
d’une maladie héréditaire qui le rend aveugle. L’acquéreur se retourne alors contre le vendeur
et demande la réparation de ce défaut de conformité ainsi que l’allocation de dommages-
intérêts au titre du préjudice moral subi. Le vendeur refuse cette demande en raison du coût
de la réparation manifestement disproportionné – quelques milliers d’euros de frais de
vétérinaire – et propose le remplacement de l’animal sur le fondement de l’article L217-12 du
Code de la consommation. M. X peut-il s’opposer au choix du vendeur de remplacer son chien
par un autre ?
23 – Mme X, veuve Y, est une artiste peintre qui ne recule devant aucune excentricité pour
faire connaître ses œuvres auprès du plus grand nombre. Dans une dernière interview en date
publiée au sein d’un célèbre journal, l’artiste révèle avoir utilisé les cendres de son défunt mari
– prélevées dans une urne qu’elle avait soigneusement conservée depuis sa crémation – afin
de les mélanger aux pigments des peintures utilisées pour réaliser une série d’autoportraits.
La présentation desdites œuvres dans le cadre d’une exposition payante intitulé « Toi+moi, à
la vie, à la mort » fait l’objet de vives polémiques et les enfants du défunt, issus d’une
précédente union, en réclament l’interdiction. Un juge, saisi en ce sens par les enfants du
défunt, pourrait-il prononcer l’interdiction de cette exposition ?
24 – Souhaitant acquérir un immeuble afin de réaliser un projet d’intérêt général, une
commune s’aperçoit qu’il est inoccupé depuis plusieurs années. Les recherches menées pour
retrouver son propriétaire laissent apparaître que celui-ci a disparu depuis plus de 25 ans sans
donner de nouvelles à quiconque. Les services communaux parviennent cependant à
contacter son fils unique, avec qui il avait rompu tout lien, afin de procéder à la vente du bien
par son entremise. Seul héritier, le fil du propriétaire disparu peut-il vendre l’immeuble
inoccupé à la commune ? Le cas échéant, que se passerait-il si le père réapparaissait ?
25 – Les consorts X.-Y. sont les parents d’un nouveau-né présentant une variation du
développement génital qui ne permet pas aux médecins de déterminer avec certitude s’il est
de sexe masculin ou féminin. Monsieur X.-Y. décide toutefois d’indiquer que l’enfant est de
sexe féminin lors de la déclaration de naissance. Les années passant, il apparaît que le choix
effectué lors de la déclaration était erroné, l’enfant devenu adolescent s’identifiant désormais
manifestement comme appartenant au genre masculin. Une rectification de l’indication du
sexe figurant sur l’acte de naissance est-elle possible ?
26 – Madeleine se demande comment il est possible d’établir que la loi est en France l’acte
adopté dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale et le Sénat. Pour le dire de
sommaire 127 Travaux dirigés
manière plus technique, elle s’interroge sur la manière de savoir ce qui permet d’établir en
droit positif français, ce qui constitue ou ce qui ne constitue pas du droit. Que pouvez-vous
lui dire pour l’éclairer ?

27 – Madeleine est encore perdue en droit constitutionnel français. Elle se demande si le fait
que « la langue de la République est le français » relève de la Constitution formelle ou de la
Constitution matérielle. Qu’en pensez-vous ?

28 – Face à ces nombreux problèmes de droit constitutionnel, Madeleine décide finalement


de consulter un manuel de « droit constitutionnel ». Elle s’interroge sur la différence entre le
contenu de ce manuel et la Constitution écrite que l’on peut qualifier, tous deux, de « droit
constitutionnel ». Qu’en pensez-vous ?

29 – Dans un contexte international trouble, Madeleine se demande si l’on peut considérer la


Palestine comme étant un État. Quels éléments pouvez-vous apporter à sa réflexion ?

30 – Toujours hostile à l’approche centralisatrice française de la production de norme,


Madeleine se demande comment la France pourrait devenir un État fédéral. Une fois encore
que pouvez-vous lui répondre ?

LISTE D
31 – M. Pomme-Framboise épouse Mme Pêche-Abricot. Lors de la naissance de leur premier
enfant, ils s’entendent pour lui attribuer le nom de Framboise-Abricot. À la naissance du
second enfant les choses se compliquent : Mme Pêche-Abricot refuse désormais que le nom
de son époux figure avant le sien et souhaite que son nouvel enfant se nomme Abricot-
Framboise. M. Pomme-Framboise s’y oppose mais propose, en compensation, de nommer
l’enfant Framboise-Pêche-Abricot. Quel nom sera attribué à l’enfant ?
32 – M. Pigeonneau est atteint d’ornithophobie. Cette peur maladive des oiseaux s’exprime
en particulier lorsque M. Pigeonneau se trouve en présence de pigeons. Les souffrances
psychologiques causées par ce trouble ne se limitent toutefois pas à la seule vue de ces
volatiles puisque la seule évocation de son nom suffit à lui déclencher d’importantes crises
d’angoisses. Il décide donc d’engager une procédure en changement de nom. Que doit-il faire
et quelles sont ses chances de succès ?
33 – Mme Y, célèbre actrice, a accepté que diverses photos d’elle soient utilisées dans le
cadre restreint d’un magazine de mode. Quelques semaines après la réalisation desdites
photos, Mme Y s’aperçoit que des affiches de la photographie sont placardées dans le métro
pour une très large diffusion à des fins publicitaires. Mme Y peut-elle engager la responsabilité
de la société éditrice du magazine ?
34 – M. et Mme X souhaitent concevoir un second enfant et bénéficier, à cette fin, d’une
assistance médicale à la procréation comme pour leur premier enfant, né 2 ans auparavant.
Afin de réaliser ce nouveau projet parental, ils demandent au laboratoire que soient utilisés les
embryons surnuméraires conçus in vitro lors de la précédente procédure. Le laboratoire leur
indique cependant ne pas avoir conservé lesdits embryons et les avoir cédés à un institut de
recherche qui développe des thérapies innovantes dérivées d’embryons humains. Forts
mécontents, M. et Mme X peuvent-ils engager la responsabilité du laboratoire ?
35 – M. X est hospitalisé depuis plusieurs semaines pour une maladie incurable. Arrivé au
stade terminal de sa maladie, il sombre dans l’inconscience. Son cas est désespéré mais son

sommaire 128 Travaux dirigés


épouse et ses enfants refusent l’arrêt des traitements qui le maintiennent artificiellement en
vie. Le médecin en charge des soins de M. X peut-il néanmoins décider de suspendre les
traitements ?
36 – Madeleine ne comprend pas pourquoi l’État est souverain, en ce qu’il dispose de la
puissance suprême, et qu’il doit cependant respecter les règles du droit international public et,
plus particulièrement ce que la Constitution qualifie, dans son article 55 en particulier,
d’« engagements internationaux ». Pouvez-vous aider Madelaine à résoudre ce paradoxe ?

37 – Souvent déçue de la politique menée par les représentants nationaux qu’elle a pourtant
élus, Madeleine se demande s’il est possible de créer un mandat impératif en France. Quel
est l’état du droit positif et à quelle conception de la souveraineté, du point de vue de son
titulaire, se rattache-t-il ?

38 – Madeleine ne comprend pas très bien pourquoi certains réclament en France un scrutin
proportionnel pour l’élection des députés à l’Assemblée nationale alors que le scrutin actuel,
majoritaire à deux tours, a permis, à l’occasion de la dernière élection législative, d’avoir une
représentation équilibrée et fractionnée des différents courants d’idées et d’opinions existant
en France. Pouvez-vous l’éclairer ?

39 – Compte tenu de son rapport au monde binaire, issu de sa culture des temps anciens,
Madeleine ne comprend pas très bien pourquoi la Vème République est qualifiée par certains
de régime semi-présidentiel et par d’autre de régime parlementaire à domination
présidentielle ? Pouvez-vous la rassurer ?

40 – Grâce à l’ensemble des connaissances que vous avez pu lui apporter et à la lecture de
manuels de droit constitutionnel, Madeleine se révèle être tout à fait favorable à la justice
constitutionnelle. Elle ne comprend d’ailleurs pas que certains puissent considérer que celle-
ci est « contre-majoritaire ». Pouvez-vous l’éclairer sur ce point en mettant en évidence le
cœur de la légitimité du juge constitutionnel sous l’angle démocratique ?

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