Itinéraires urbains dans le Mašriq islamique
Itinéraires urbains dans le Mašriq islamique
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Itinéraires et mutations urbaines dans le mašreq islamique
(VIIe- IXe siècles)
1
IBN ḤABĪB, Kitāb al-munammaq fī aẖbār Quraysh, Fāriq, Haderābād, 1964, p. 32.
2
P. CRONE, Meccan Trade and the Rise of Islam, Princeton Press, Princeton, 1987, p. 87-108.
3
Pour une vue d’ensemble sur les itinéraires et les milliaires en Grande Syrie romaine, T. BAUZOU, « Les routes romaines de Syrie »,
dans Archéologie et Histoire de la Syrie II, dir. J.M. Dentzer, W. Orthmann, Sarrebrück, 1989, p. 205-21; D. GRAF, « The via nova
traiana in Arabia Petraea », dans The Roman and Byzantine Near East: Some Recent Archaeological Research, Ann Arbor, 1995, p.
241-68.
4
R. MOUTERDE, A. POIDEBARD, Le Limes de Chalcis: Organisation de la Steppe en Haute Syrie Romaine, P. Geuthner, Paris, 1945;
« La voie antique des caravanes entre Palmyre et Hît, au IIe siècle après Jésus-Christ, d’après une inscription retrouvée au Sud-Est
de Palmyre (1930) », Syria 12 (1931) p. 101-15; A. POIDEBARD, La trace de Rome dans le désert de Syrie. Le limes de Trajan à la
conquête arabe, P. Geuthner, Paris, 1934.
5
M. SARTRE, D’Alexandre à Zénobie. Histoire du Levant antique IVe siècle av. J.-C.-IIIe siècle ap. J.-C., Fayard, Paris, 2001, p. 988.
1
cohésion du califat et l’autorité impériale6? Comment la carte des itinéraires routiers
terrestres et fluviaux fut-elle redessinée pour relier les régions autrefois politiquement
isolées du Proche-Orient? Quel impact l’évolution des trafics eut-elle sur les dynamiques
de peuplement et les échanges? Les études ne manquent pas sur les routes et itinéraires
du Proche-Orient des débuts de l’Islam, ainsi que sur les bâtiments associés à ces routes
(ẖān, fortins, ribāt). Toutefois, ces publications offrent souvent une perspective régionale7
ou documentent l’histoire d’une voie spécifique de l’Antiquité à la période Mamelouk,
telle les routes du barīd8 ou du Ḥaǧǧ9. L’objectif de cet article est au contraire de brosser
un tableau d’ensemble, en reliant la mutation des réseaux routiers dans le Proche-Orient
des IIe/VIIIe et IIIe/IXe siècles et une redéfinition des dynamiques urbaines et économiques
après les conquêtes arabo-islamiques. Il s’agit également d’appréhender l’impact sur les
itinéraires et les échanges, du déplacement vers l’Irak de la capitale califale à la fin du
e e
II /VIII siècle. Pendant longtemps, la fondation de Baghdad en 144/762 fut considérée
comme ayant entraîné une rupture des équilibres anciens10 et le déclin du Bilād al-Šām, de
l’Egypte et de l’Afrique du nord jusqu’à l’avènement de la dynastie Fatimide en 296/909.
Or, les récents travaux archéologiques permettent de nuancer ces idées.
Les sources géographiques et les chroniques offrent de multiples témoignages sur
l’évolution des axes de circulation dans l’Orient des débuts de l’Islam. Toutefois, ces textes
des IIIe/IXe et IVe/Xe siècles renvoient essentiellement au califat des Abbassides. Les cartes
publiées dans cet article (fig. 1-2)
ont été établies à partir de ces données textuelles.
L’apport des sources archéologiques et épigraphiques est donc fondamental, car ces
dernières éclairent l’intérêt des Umayyades pour le réseau routier dès la fin du Ier/VIIe siècle
et apportent des datations sûres.
Dans le maillage des routes héritées de l’Antiquité, les plus importantes, les routes
postales reliaient l’Egypte à l’Iran (burīda en Perse, cursus publicus en Syrie), courant le
long du littoral méditerranéen et du croissant fertile. À la fin du Ier/VIIe siècle, la route
postale se limitait à reprendre le tracé des voies impériales de l’Antiquité 11 . Elle
permettait aux califes Sufyānides, qui siégaient à Damas, de correspondre avec leurs
6
H. KENNEDY, The Prophet and the Age of the Caliphates, Longman, Londres, 1986, p. 187-195. D. WAINES, « The Third Century
Internal Crisis of the Abbasids », JESHO 20/3 (1977) p. 282-306.
7
A. ROUGEULLE, « Quelques notes sur les voies de communication en Irak médiéval », dans Colloque International d’Archéologie
Islamique, dir. R.-P. Gayraud, IFAO, Le Caire, 1998, p. 347-365 ; J.M. FIEY, « The Iraqi Section of the Abbasid Road Mosoul-Nisibin »,
Iraq 26 (1964) 106-17 ; B. FINSTER, « Die Reiseroute Kufa-Sa‘ûdî Arabien in Frühislamischer Zeit », Baghdader Mitteilungen 9
(1977) p. 53-94; G.R.D. KING, « The Distribution of Sites and Routes in the Jordanian and Syrian Deserts in the early Islamic
Period», Proceedings of the Seminar for Arabian Studies 17 (1987) p. 91-105.
8
A.J. SILVERSTEIN, Postal Systems in the Pre-Modern Islamic World, CUP, Cambridge, 2007.
9
A.S. AL-‘AZZAWI, « L’ancienne route du pèlerinage (Darb Zubayda) », Sumer 44/1-2 (1985-6) 199-213; A. PETERSEN, The Medieval
and Ottoman Hajj Route in Jordan, Oxbow, Oxford, 2012.
10
J.A. SAUER, « The Pottery of Jordan in the Early Islamic Times », SHAJ 1 (1982) 329-337; R.K. FALKNER, « Jordan in the early
Islamic Period: The Use and Abuse of Pottery », Berytus 41 (1993-4) 39-52.
11
A.J. SILVERSTEIN, op. cit. 2007, p. 53-89.
2
gouverneurs, mais de manière encore rudimentaire. Ainsi, al-Ṭabarī rapporte que
lorsque le gouverneur de Médine voulait envoyer à Mu‘āwiya (41-60/661-680) un
courrier écrit sur un rouleau de papyrus, il devait l’annoncer de manière publique, afin
que les habitants de Médine puissent profiter de l’envoi pour faire parvenir au
souverain leurs propres lettres12. On peut en déduire que les envois de courrier par la
voie postale restaient épisodiques.
Dès le début de l’Islam, les voies postales, renommées ṭarīq al-barīd, prirent un
rôle stratégique dans la transmission d’informations politiques – comme l’annonce des
décès des souverains Mu‘āwiya13 , Yazīd II14 , al-Walīd II15 –, militaires ou fiscales16. Al-
Ṭabarī signale ainsi que, pendant le règne du souverain Yazīd Ier (60-64/680-683), après
la mort d’al-Ḥusayn à Karbala en 680, le gouverneur de Baṣra, ‘Ubayd Allāh b. Ziyād,
envoya une lettre au calife afin de connaître le sort réservé aux prisonniers de guerre17 . Il
est par conséquent naturel qu’à partir du IIe/VIIIe siècle, dans le contexte de l’arabisation
et de l’islamisation des institutions antiques, les Marwānides, puis les Abbassides,
soucieux d’unifier les peuples conquis autour de leur souveraineté, s’impliquent
davantage dans la maintenance de ces réseaux de communication 18 . Les sources
archéologiques et littéraires permettent alors de penser que le barīd subit des
transformations significatives.
Dans bien des cas, il s’agit essentiellement de propagande, de refection ou
d’entretien des voies existantes. En Syrie du Nord, en Ǧazīra, ainsi qu’à la fontière de
l’Anatolie byzantine, des milliaires, des stations de postes et des ponts furent bâtis ou
restaurés sous le règne d’Hišām b. ‘Abd al-Malik (105-125/724-743) pour faciliter la
progression des Musulmans vers Constantinople, le transit des biens et des hommes. Le
souverain fit édifier un pont près de Callinicum/al-Raqqa19 en 122/740, ou restaurer en
125/743 le pont du Tigre près d’Amida, détruit lors d’une inondatio20. Il fit également
reconstruire le pont romain du fleuve Seyhan, facilitant la conquête arabo-islamique
d’Adana à la fontière de l’Empire byzantin21. Après 750, les Abbassides continuèrent
d’améliorer les voies et infrastructures routières déjà existantes: ils renouvelèrent à la
fin du IIe/VIIIe siècle son système de bornage (amara bi-taǧdīdi l-amyāli)22 sur ordre d’al-
Mahdī (158-169/775-785)23 et professionnalisèrent le métier de maîtres des postes et des
12
AL-ṬABARĪ, Ta’rīẖ al-rusul wa al-mulūk, Secunda Series, De Goeje, Leyde, 1879-1901, p. 213.
13
AL-BALĀḎŪRĪ, Ansāb al-ašrāf 4, Dār al-fikr, Beyrouth, 1999, p. 3.
14
AL-ṬABARĪ, op. cit., Secunda Series (1879-1901) p. 1467.
15
AL-ṬABARĪ, op. cit., Secunda Series (1879-1901) p. 1854.
16
A.J. SILVERSTEIN, op. cit. (2007) p. 71-72.
17
AL-BALĀḎŪRĪ, op. cit. (1999) p. 223.
18
A.J. SILVERSTEIN, op. cit. (2007) p. 55.
19
A. HARRAK, The Chronicle of Zuqnīn, Pontifical Institute, Toronto, 1999, p. 165.
20
A. HARRAK, op. cit., p. 165.
21
G. LE STRANGE, Lands of the Eastern Caliphate, CUP, Cambridge, 1905, p. 131.
22
AL-ṬABARĪ, op. cit., Tertia Series (1879-1901) p. 486.
23
AL-ṬABARĪ, op. cit., Secunda Series (1879-1901) p. 1720.
3
courriers (ṣāḥib al-barīd)24.
Si l’héritage de l’Antiquité fut préservé en Syrie du Nord et en Ǧazīra, les voies
postales impériales subirent une transformation plus radicale de leur tracé en Syrie du
Sud et dans le Sawād. Celle-ci se matérialisa par l’abandon de certaines voies au profit
de l’ouverture ou de l’expansion d’autres pistes. Dans le contexte d’une militarisation du
littoral méditerranéen25, les souverains musulmans préfèrèrent ainsi aux routes côtières
de la Grande Syrie méridionale, les voies de l’intérieur longeant la vallée du Jourdain par
al-Ramla, Jérusalem et Baysān. En témoignent les opérations de bornage, d’arpentage et
de nivellement, que le calife ‘Abd al-Malik (65-86/685-705) y effectua et qui ont laissé
des traces matérielles. Ainsi, à la fin du XIXe siècle, quatre bornes furent dégagées près de
Jéricho (dans les ruines de Ḫān al-Ḫathrūra et près du couvent grec de Khoziba) et d’al-
al-Ramla (au nord de la tour de Bāb al-Wād et à côté de l’église d’Abū Gosh). En 1922,
ces bornes firent l’objet des publications de Max van Berchem26. Elles évoquent les
travaux que le calife ‘Abd al-Malik b. Marwān ordonna d’entreprendre (amara bi-
‘imārati l-ṭarīq) pour l’entretien de la voie postale entre Damas et Jérusalem. La pose de
ces bornes milliaires reflètait certes l’intérêt des Umayyades pour le développement du
barīd en Palestine, mais sans doute releva également d’une opération de propagande.
Dans le contexte de la rébellion d’Ibn al-Zubayr à la Mecque entre 61/680 et 72/692,
cette route prit une importance considérable et ces travaux facilitèrent le processus de
détournement du ḥaǧǧ vers le Dôme du Rocher. Deux autres bornes, qui présentaient
des inscriptions similaires, furent repérées plus tard, dans la région du Golan. Ces
milliaires27 témoignent des travaux de nivellement (amara bi-tashīl al-‘aqaba) que ‘Abd
al-Malik aurait ordonné de réaliser à l’ingénieur Yaḥyā b. al-Ḥakam b. Abī al-‘Āṣ (l’oncle
paternel du souverain) afin de tracer une nouvelle route de Damas à Tibériade par
Pella28. Ces bornes permettaient aux voyageurs de se repérer et leur rappelaient la
générosité du calife et son souci constant de construire des infrastructures impériales.
Ces travaux de bornage de la route de la poste, initiés par ‘Abd al-Malik, furent
poursuivis par ses successeurs, en particulier al-Walīd Ier (86-96/705-715), qui, selon al-
Ṭabarī, aurait fait bâtir des réservoirs d’eau le long de la voie29.
Selon les géographes, la nouvelle route du barīd partait donc de Jérusalem pour
rejoindre Damas, reliant ce centre de pèlerinage stratégique à la capitale califale des
Umayyades. Elle longeait le versant occidental de la vallée du Jourdain, jusqu’à
Tibériade, al-Laǧǧūn et Baysān. Entre Baysān et Ḥomṣ, elle se divisait en deux voies. La
première traversait le Golan jusqu’à Damas, puis contournait les monts Anti-Liban par
24
A.J. SILVERSTEIN, op. cit. (2007) p. 71-77.
25
infra. p. 12-13.
26
M. VAN BERCHEM, Matériaux pour un Corpus Inscriptionum Arabicarum 2, tome 1-fascicule 1, IFAO, Le Caire, 1922, p. 3-29.
27
M. SHARON, « An Arabic Inscription From the Time of the Caliph ‘Abd al-Malik », BSOAS, 29/2 (1966) p. 367-372; A. ELAD,
« The Southern Golan in the Early Muslim Period. The Significance of Two Newly Discovered Milestones of ‘Abd al-Malik », Der
Islam, 76 (1999) p. 33-88; K. CYTRYN-SILVERMAN, « The Fīfth mīl from Jerusalem: another Umayyad milestone from southern
Bilād al-Shām », BSOAS, 70 (2007) p. 603-610.
28
R.H. SMITH, « Trade in the Life of Pella of the Decapolis », SHAJ, 3 (1987) p. 53-58.
29
AL-ṬABARĪ, op. cit., Secunda Series, De Goeje, Leyde, 1879-1901, p. 1271.
4
l’est. La seconde, appelée « route du sentier » (ṭarīq al-darāǧ) par Qudāma b. Ǧa‘far30,
suivait la vallée de la Beqaa, passait par Baalbeck et Anjar, ville fondée par le calife al-
Walīd Ier, selon la chronique de Théophane. Depuis Ḥomṣ, la route longeait ensuite le
versant oriental du Ǧabal Sumāq et les rives de l’Oronte, pour rejoindre Qinnasrīn et
Alep. Enfin, elle bifurquait vers l’est, en direction d’al-Raqqa31 , qui constituait à cette
époque une véritable plaque tournante, à la croisée des voies de Syrie, de Ǧazīra et
d’Irak32 . Grâce à sa situation géo-stratégique, al-Raqqa connut, après la bataille de Ṣiffīn
en 37/657, un essor économique remarquable, révélé tant par les sources syriaques33 que
matérielles.
Deux autres routes postales reliaient la ville d’al-Raqqa au bord de l’Euphrate à
Mossoul bordant le Tigre, et par là réunissaient la région occidentale du Diyār Muḍar à
la région orientale du Diyār Rabī‘a. La première partait d’al-Raqqa, longeait les rives du
Balīḫ jusqu’à Ḥiṣn Maslama et Ḥarrān, puis bifurquait à l’est vers les villes de Ra’s al-
‘Ayn, Kafartūṯā, Dārā et Nisibe, situées sur les rives du fleuve Ḫābūr, enfin aboutissait à
Mossoul34. Durant l’Antiquité, cette route reliait les couvents chrétiens de la province,
situés à Sarūǧ, Édesse, Ḥarrān, Mardīn, Dārā, Nisibe et Mossoul. La seconde voie au sud
partait d’al-Raqqa, longeait l’Euphrate jusqu’à la cité de Qarqīsiyya puis les rives du
Ḫābūr jusqu’à ‘Arabān. Elle bifurquait à l’est vers Sinǧār et aboutissait enfin à Mossoul35 .
Cette route traversait les plantations de coton du Ḫābūr près de ‘Arabān36 et les champs
de garance, facilitant l’acheminement de ces ressources agricoles vers les ateliers locaux
d’al-Rāfiqa et de Mossoul37.
Enfin, la route postale, fluviale et terrestre, reliait Mossoul à l’embouchure du
golfe Persique38 . Sous les Sassanides, les hommes naviguaient le long du Tigre jusqu’à
Ctésiphon39. Plusieurs étapes sont mentionnées sur ce tronçon par les géographes, telles
30
QUDĀMA IBN ǦA‘FAR, Kitāb al-ẖarāǧ, E.J. Brill, Leyde, 1967, p. 219.
31
IBN H̱ URDĀḎBAH, op. cit. (1967) p. 98.
32
C.E. BOSWORTH, « Ar-Raqqa: Geopolitical Factors in its History Under the Caliphs », dans Raqqa, Die Islamische Stadt 2, Ph.
Ainsi, la chronique de 846, comme celle de Zuqnīn, raconte que le calife Hišām b. ‘Abd al-Malik (724-743) creusa les canaux
d’al-Hanī et d’al-Marī afin de dériver les eaux de l’Euphrate pour irriguer ses terres et qu’il bâtit des maisons et des industries.
Rien ne spécifie l’emplacement exact des travaux, mais la chronique de Théophile d’Edesse les associe à la cité de Qalliniqos/al-
Raqqa. La chronique de 1234 évoque ensuite l’arrivée d’Hārūn al-Rašīd à al-Raqqa et la construction d’al-Rafīqa, qui devint selon
al-Ṭabarī un des plus grands marchés aux esclaves. ṬABARĪ, op. cit., Tertia Series (1879-1901) p. 709; C. ROBINSON, « Ar-Raqqa in
the Syriac Historical Tradition », dans Raqqa, Die Islamische Stadt 2, Ph. von Zabern, Mainz, 2003, p. 81-85.
34
IBN H̱ URDĀḎBAH, op. cit. (1967) p. 95.
35
IBN H̱ URDĀḎBAH, op. cit. (1967) p. 97.
36
AL-MUQADDASĪ, Aḥsan al-taqāsīm fī ma‘rifat al-aqālīm, M.J. De Goeje, Leyde, 1877, p. 129.
37
A. HARRAK, The Chronicle of Zuqnīn, Pontifical Institute, Toronto, 1999, p. 208-214.
38
A. ROUGEULLE, « Quelques notes sur les voies de communication en Irak médiéval », dans Colloque international
5
que Karḫ, l’ancien relais postal sassanide, mais aussi al-Qādisiyya, ‘Ukbarā et Baradān40.
Les voies postales reliaient ensuite la capitale des Sassanide à Suse et aux provinces
orientales de l’Empire. A l’inverse, les pistes tracées entre Ctésiphon et le bas Irak,
notamment le port d’al-Ubulla, étaient sommaires et souffrirent des débordements de
l’Euphrate et du Tigre à la fin de l’Antiquité en raison de négligences dans l’entretien
des digues41.
Aux IIe-IIIe/VIIIe-IXe siècles, les califes umayyades et abbassides poursuivirent une
politique de remise en valeur des ressources agricoles et des infrastructures routières et
urbaines en Irak méridional. Les pistes de l’Antiquité furent largement restructurées
pour desservir Kūfa 42 , par les terres fertiles du Sawād, ou Baṣra. En raison de
l’affaiblissement du débit du Tigre43, on empruntait pour se rendre à Baṣra une voie
terrestre, en aval de Bagdad, qui longeait les rives du fleuve jusqu’à Famm al-Ṣilh. De là,
on embarquait sur le canal d’al-Ṣilh jusqu’à la ville neuve de Wāsiṭ. Selon al-Muqaddasī,
‘Wāsiṭ fut nommée comme telle par le gouverneur al-Ḥaǧǧāǧ, pour sa position de
carrefour entre les villes d’Irak et celle d’al-Ahwāz’44. On peut supposer que cette ville
prit son essor grâce au développement de la route postale et à la taxation du passage
des bateaux naviguant vers Baṣra, navigation attestée par Ibn Baḥšal dans le Tārīḫ
Wāsiṭ45 . Enfin la dernière partie du trajet entre Wāsiṭ et Baṣra s’effectuait en suivant une
série de marécages, reliés par le canal d’al-Qatr. Les navires devaient emprunter le
canal, afin de rejoindre le Nahr Abū l-Asad, à la confluence du Tigre et de l’Euphrate, et
le Nahr ‘Awrā jusqu’à Baṣra et Ubulla dans le Šaṭṭ al-‘Arab46.
40
IBN H̱ URDĀḎBAH, op. cit. (1967) p. 93.
41
A. ROUGEULLE, op. cit., 1998, p. 350-1.
42
M. MORONY, « Land Use and Settlement Patterns in Late Sasanian and Early Islamic Iraq », dans The Byzantine and Early
Islamic Near East II, éd. G.R.O. King & A. Cameron, Darwin Press, Princeton, 1994, p. 221-229.
43
P. SANLAVILLE, Le Moyen-Orient arabe, le milieu et l’homme, Armand Colin, Paris, 2000, p. 67.
44
AL-MUQADDASĪ, op. cit. (1877) p. 107.
45
BAḤŠAL, Tārīẖ Wāsiṭ, Girguis ‘Awwād, Bagdad, 1967, p. 37.
46
IBN H̱ URDĀḎBAH, op. cit. (1967) p. 59.
47
G. GREATREX, « Byzantium and the East in the Sixth Century », dans The Cambridge Companion to the Age of Justinian, dir. M.
Maas, Cambridge University Press, New York, 2005, p. 477-91.
6
et al-Raqqa, bénéficia de la fondation des fortins Qaṣr al-Ḥayr al-Šarqī et Ġarbī. Le
géographe al-Yāqūt48 , s’appuyant sur des témoignages du IIe/VIIIe siècle, signale l’enjeu
économique de cette voie, dont le développement favorisa le transit des hommes et des
biens de la Ǧazīra au Ḥauran par l’ancien centre de pèlerinage byzantin, al-Ruṣāfa.
Cette route se doubla même d’une nouvelle voie, tracée le long du barīd jusqu’à Ḥomṣ
puis vers l’est, par la steppe, en direction de Salamiya, Qaṣtal, al-Ruṣāfa et al-Raqqa.
D’après Qudāma b. Ǧa‘far, on développa ce second itinéraire, en raison du nombre
important de ses points d’eau49 .
Cette expansion des pistes caravanières de la Palmyrène favorisa la colonisation
des marges arides de Syrie. Sporadique à l’époque byzantine50, elle se développa sous les
Umayyades et les premiers Abbassides, conduisant à l’aménagement de vastes domaines
permanents, dotés de grands enclos pour les troupeaux et d’équipements hydrauliques, à
vocation pastorale et agricole. Les fouilles et prospections de D. Schlumberger en 1936-
1938, d’O. Grabar puis de D. Genequand en 2002-2011 ont fourni des données précises sur
l’histoire des châteaux umayyades dont l’émergence en Palmyrène fut accompagné d’un
processus de mise en valeur des terres arides au début du IIe/VIIIe siècle 51. Sous les
Abbassides, la colonisation des marges arides de la Syrie du nord se poursuivit et al-
Ya‘qūbī signale justement que le cousin du calife al-Manṣūr (136-158/754-775), ‘Abd allāh b.
‘Abd al-Muṭṭalib, éleva à Salamiyā son propre domaine où il fit creuser un canal afin de
pouvoir y cultiver du safran52.
De nouvelles pistes caravanières furent également ouvertes entre Damas et les
villes d’Irak à l’époque des Umayyades. Une voie passait par Boṣra au sud de la capitale,
puis bifurquait à l’est, en direction de ‘Ayn al-Tamr, de Karbala et Kūfa. Les stations, al-
Aḫdamiyya, Ḫafiyya, Ḫalat, Suwā, Uǧayfir et Ġurraba, la jalonnaient et permettaient,
selon Ibn H̱ urdāḏbah, aux voyageurs de se reposer et de s’abreuver durant ce voyage
« parmi les broussailles »53. La seconde longeait au Sud la voie du pèlerinage jusqu’à
Aḏri‘āt, puis prenait à l’est la direction de Kūfa. Elle était balisée par treize stations
d’étape54. Le long de ces routes de la steppe, les souverains multiplièrent les points d’eau
48
YĀQŪT, Mu‘ǧam al-buldān 3, Dār ṣādir, Beirut, 1957, p. 47-8.
49
QUDĀMA B. ǦA‘FAR, Kitāb al-ẖarāǧ, E.-J. Brill, Leyde, 1967, p. 218.
50
B. GEYER, M.-O. ROUSSET, « Les steppes arides de la Syrie du nord à l’époque byzantine ou « la ruée vers l’est », dans Conquête
de la steppe, éd. B. Geyer, Maison de l’Orient, Lyon, 2001, p. 111-121.
51
O. GRABAR, Qasr al-Hayr East, Harvard University Press, Cambridge, 1978; D. GENEQUAND et al., « Rapport préliminaire des
travaux de la mission archéologique syro-suisse à Qasr al-Hayr al-Sharqi (Syrie) 2005 », Schweizerisch-Liechtensteinische Stiftung
für Archäologische Forschungen im Ausland (2006) p. 161-203; D. GENEQUAND, « From Desert Castle to Medieval Town: Qasr al-
Hayr al-Sharqi », Antiquity, 79 (2005) p. 350-361 ; « Umayyad Castles ; the Shift From Late Antique Military Architecture to Early
Islamic Palatial Building », dans Muslim Military Architecture in Greater Syria, dir. H. Kennedy, éd. Brill, Leyde, 2006, p. 3-25; Les
établissements de élites omeyyades en Palmyrène et au Proche-Orient, Ifpo, Beyrouth, 2012; D. GENEQUAND, M.-O. ROUSSET, «
Résidences aristocratiques byzantines et omeyyades des marges arides du nord de la Syrie », dans Habitat et environnement.
Prospections dans les marges arides de la Syrie du nord, dir. M.-O. Rousset et al., TMO 71, éd. Maison de l’Orient et de la
Méditerranée, Lyon 2016, p. 207-266.
52
AL-YA‘QŪBĪ, Kitāb al-buldān, M.J. De Goeje, Leyde, 1892, p. 324.
53
IBN H̱ URDĀḎBAH, op. cit. (1967) p. 97.
54
IBN H̱ URDĀḎBAH, op. cit. (1967) p. 99.
7
et de ravitaillement marqués par des fortins, dont un grand nombre ont déjà été
fouillés. Sur le plateau sec du Ḥaurān et dans la dépression d’Azraq, la fondation des
fortins de Qaṣr Burqu‘, H̱ arana, Tuba ou Quṣayr ‘Amra, ainsi que la réoccupation des forts
romains d’Umm al-Jimāl, Qaṣr Hallabāt, Qaṣr Azraq, Qaṣr ‘Uwaynid ou Jebel Asaykhin,
résultèrent sans doute, d’après H.I. MacAdam55, d’une volonté de multiplier les relais au
e e
II /VIII siècle, en vue de faciliter le déplacements des hommes et des biens à travers la
steppe jusqu’en Irak.
Ces fortins, établis pour la plupart au IIe/VIIIe siècle, étaient destinés à accueillir
l’aristocratie et les voyageurs ordinaires, et à assurer leur sécurité face à d’éventuels
rôdeurs56. Il a ainsi été révélé57 que l’occupation de Qaṣr Banī Muqātil, à l’époque des
Umayyades, près de l’oasis de ‘Ayn al-Tamr, résulta de cette politique. Élevé, selon
Yāqūt, au VIe siècle, par Muqātil b. Ḥasān d’al-Ḥīra, cet ancien château fut réoccupé, dès
le Ier/VIIe siècle, en raison de sa position stratégique le long des pistes menant de l’Irak à
Boṣra, pour servir de halte caravanière jusqu’en 144/762, où il fut détruit par l’oncle du
calife abbasside al-Saffāḥ, pour élever le palais d’al-Ukhaidir. La ville neuve de Kūfa,
d’où partaient et où arrivaient les routes de la steppe, vers et depuis Boṣra connut en
conséquence un essor commercial qui se matérialisa par le développement de sa
kunāsa. Ce n’était à l’origine qu’un terrain vague qui, sous le gouvernorat de Ziyād b.
Abīhi (49-53/670-673), devint le lieu de chargement et déchargement des caravanes,
selon un récit d’al-Ǧāḥiẓ58. L’industrie du transport s’y concentra et la kunāsa se vit
attribuer la fonction de marché de vente et de location de bêtes de somme (chameaux
ou mules). 59
Dès la fin du Ier/VIIe siècle, les califes musulmans engagèrent des travaux destinés à
améliorer, puis à étendre, le tracé des pistes caravanières de l’Antiquité, qui reliaient la
Syrie et l’Irak au Ḥiǧāz, d’après les sources littéraires, épigraphiques et archéologiques.
Selon Ibn Ḥabīb60 (m. 245/860), les Arabes connaissaient ces routes, notamment depuis
que Hāšim, l’arrière grand-père du Prophète, avait persuadé les souverains de la Syrie
byzantine et de l’Irak sassanide, de laisser les marchands de la tribu de Qurayš à La
Mecque parcourir régulièrement leur pays respectif pour vendre de l’argent, de l’or, des
épices, des animaux et des esclaves61.
Sous les Umayyades, ces travaux consistèrent en l’amélioration de la voie nova
55
H. INNES MACADAM, « Some Notes on the Umayyad Occupation of North-East Jordan », dans The Defense of the Roman and
Byzantine East, éd. PH. Freeman, D. Kennedy, Sheffield, 1986, p. 531-547 ; G.R.D. KING, op. cit. (1987) p. 91-105.
56
G.R.D. KING, « The Distribution of Sites and Routes in the Jordanian and Syrian Deserts in the Early Islamic Period », PSAS, 17
(1987) p. 91-105; G. BISHEH, « The Umayyad Monuments Between Muwaqqar and Azraq: Palatial Residence or Caravanserais »,
NEA, 3 (1992) p. 35-41.
57
B. FINSTER, J. SCHMIDT, « The Origin of Desert Castles: Qasr Bani Muqatil, near Karbala, Iraq », Antiquity, 79 (2005) p. 339-349.
58
AL-ǦĀḤIẒ, « Kitāb al-biġāl », dans Rasā’il al-Ǧāḥiẓ 2, A. Hārūn, Le Caire, 1964, p. 333.
59
L. MASSIGNON, « Explication du plan de Kūfa », Mélanges Maspero 3, 1935-1940, p. 53.
60
IBN ḤABĪB, Kitāb al-munammaq fī aẖbār Qurayš, Fāriq, Haderābād, 1964, p. 32.
61
P. CRONE, Meccan Trade and the Rise of Islam, Princeton Press, Princeton, 1987, p. 87-108, 115-119, 129-132.
8
traiana romaine menant de Boṣra aux portes de l’Arabie et en une multiplication des
points d’eau et des stations de ravitaillement jusqu’à La Mecque. Ibn al-Faqīh62 écrit
ainsi que le calife al-Walīd Ier (86-96/705-715) fit installer des réservoirs d’eau le long des
pistes. Les historiens soulignent que les travaux de ce calife furent poursuivis par ses
successeurs : ‘Umar II (99-101/717-720) aurait fait bâtir des stations caravanières, selon
al-Ṭabarī63, et Hišām b. ‘Abd al-Malik (105-125/724-743), selon al-Mas‘ūdī, dota la route
des aqueducs et des citernes nécessaires aux pélerins64. Une inscription découverte lors
d’une fouille menée près du village de Rimat Ḥāzim, situé aux abords de Suwaydā’ au
sud de Damas, vient en effet confirmer les propos d’al-Mas‘ūdī. Sur un bloc de pierre,
elle révèle que le calife Hišām avait ordonné de bâtir un nouveau réservoir d’eau
(birkah) et que les travaux furent conduits par un certain ‘Ammār65. Al-Qalqašandī, au
e e
IX /XV siècle, rapporte que ce même souverain aurait également fait construire des
bornes milliaires66. Les sources littéraires indiquent, par ailleurs, que le calife al-Walīd b.
Yazīd (125-126/743-744) fit élever dans la Balqā’ au nord de ‘Amman, près du fort romain
de Zizia, le long de la voie du ḥaǧǧ une station caravanière pour les pélerins revenant de
la Mecque67. Il aurait été largement détruit sous le califat d’al-Ma’mūn, durant la
rebellion de Sa‘īd b. H̱ ālid al-Faddaynī au milieu du IIIe/IXe siècle. Néanmoins, des traces
archéologiques confirment son existence. En 1873, H.B. Tristram identifia en effet près
de Zizia un qaṣr Umayyade lors de ses prospections menées dans la Balqā’. Il en décrit la
structure carrée et le détail de ses décorations sculptées dans la pierre. De nos jours, ce
qaṣr a complètement disparu, à l’exception de certains de ses éléments décoratifs pillés
et remployés dans le fort ottoman de Qal‘at al-Dab‘a près de Zizia68.
Ce patronage du pouvoir transforma l’ancienne nova traiana en une des voies
principales du califat, appelée par les géographes al-ṭarīq, ṭarīq al-ḥaǧǧ69 ou al-ǧādda70.
Elle rejoignait la péninsule Arabique, en longeant à l’ouest le fossé de la vallée du
Jourdain et à l’est le plateau de Karak. La route offrait des haltes à Aḏri‘āt, Boṣra et
‘Ammān, des villes qui étaient chaque année les lieux de grandes foires, mais aussi
Jérash, Ma‘ān et Ṣuġar71. Selon Ibn Ḥawqal, les voyageurs pouvaient s’y approvisionner72.
Puis elle s’enfonçait dans le désert en direction de ‘Arandal, enfin gagnait le littoral de la
mer Rouge, conférant au port et camp militaire de la conquête (amṣār) Ayla/‘Aqaba une
position géo-stratégique, au croisement des flux des marchands et des pèlerins de Syrie,
62
IBN AL-FAQĪH AL-HAMAḎĀNĪ, Kitāb al-buldān, M.J. De Goeje, Leyde, 1885, p. 106.
63
AL-ṬABARĪ, op. cit., Secunda Series, 1879-1901, p. 1364.
64
MAS‘ŪDĪ, Les prairies d’or 5, trad. Ch. Barbier de Meynard & A. Pavet de Courteille, Société Asiatique, Paris, 1989, p. 466.
65
A.K. RIHAOUI, « Découverte de deux inscriptions arabes », AAAS, 21-22, 1961-1962, p. 207-211.
66
AL-QALQAŠANDĪ, Ma’āṯir al-ināfah fī ma’ālim al-ẖilāfah 1, ‘Abd al-Sattār Aḥmad Farraǧ, Koweit, 1964, p. 136.
9
d’Égypte et du Maghreb73.
Cette ville du littoral se développa en conséquence dès la fin du Ier/VIIe siècle en
un emporium dynamique. Les productions agricoles du Wadi Araba et du sud du
Negev74 y étaient acheminées et stockées dans des amphores, paniers ou sacs de toile,
pour être transportées vers le Ḥiǧāz et vendues dans les ports de Jiddah et al-Jar. Des
fouilles archéologiques dans le quartier de Radwan ont permis d’exhumer les fours
umayyades, qui étaient utilisés pour cuire ces amphores servant au transport de l’huile
et des grains75 . En outre, la mise au jour de fragments de ces jarres sur les côtes
occidentale d’Arabie vient confirmer le rôle d’Ayla/‘Aqaba dans les échanges en mer
Rouge au début de l’Islam.
Après l’avènement de la dynastie des Abbassides en 132/750, les relations entre le
Levant et l’Arabie continuèrent de se développer. Les fouilles du port d’Ayla/‘Aqaba ont
livré des indices révélant la croissance constante de la ville entre le IIe/VIIIe et le IVe/Xe
siècle, croissance que le transfert du siège du pouvoir califale à Baghdad en 144/762 ne
réussit pas à ralentir. La phase de transition entre la fin du règne des Umayyades et le
califat des Abbassides fut même marquée par une transformation de l’architecture
domestique locale, les habitats devenant plus spacieux et richement décorés. Des restes de
céramiques lustrées d’Irak et d’Egypte, des céladons chinois et des objets en stéatite
importés d’Arabie y ont été dégagés. On suppose que le développement d’Ayla/‘Aqaba en
un port dynamique et un noeud d’échange entre l’Afrique de l’Est, l’Arabie et le sud du
Levant76, attira probablement une classe d’entrepreneurs aisés.
Le transfert de la capitale califale de la Syrie vers l’Irak après 132/750 ne généra
donc pas un déclin des circuits levantins du ḥaǧǧ, mais provoqua la création de pistes
caravanières supplémentaires, reliant l’Irak à La Mecque à partir de la seconde moitié
du IIe/VIIIe siècle. Certains travaux visant à améliorer ces pistes avaient déjà été menés à
l’époque du gouverneur al-Ḥaǧǧāǧ, au début du IIe/VIIIe siècle, mais ils restaient
sommaires77. À l’inverse, dès le début de la dynastie des Abbassides, Abū l-‘Abbās al-
Saffāḥ mena, selon al-Ṭabarī, d’importants travaux de bornage sur la route de Kūfa vers
73
AL- YA‘QŪBĪ, Kitāb al-buldān, M.J. De Goeje, Leyde, 1892, p. 340.
74
U. AVNER, J. MAGNESS, « Early Islamic Settlement in the Southern Negev », BASOR 310 (1998) p. 39-56; Y. PORATH, « Qanats in
the ‘Aravah », Qadmoniot 20 (1987) 106-14; B.A. SAIDEL, « On the Periphery of an Agricultural Hinterland in the Negev
Highlands: Rekhes Nafha 396 in the Sixth to Eighth century C.E. », Journal of Near Eastern Studies 64-4 (2005) p. 241-55; D.
WHITCOMB, « Land Behind Aqaba: the Wadi Arabah during the Early Islamic Period », dans Crossing the Rift. Resources, routes,
settlement patterns and interaction in the Wadi Arabah, éd. P. Bienkowski, K. Galor, Oxbow, Oxford, 2006, p. 239-42.
75
D. WHITCOMB, « Evidence of the Umayyad Period from the Aqaba Excavations », dans The Fourth International Conference on
the History of Bilād al-Shām during the Umayyad Period 2, éd. R. Schick, M.A. Bakhit, University of Jordan Press, ‘Amman, 1989, p.
164-76; « The Miṣr of Ayla: Settlement of al-‘Aqaba in the early Islamic Period », dans The Byzantine and early Islamic Near-East.
Land Use and Settlement Patterns, éd. G.R.D. King, A. Cameron, Darwin Press, Princeton, 1994, p. 155-70; « Ceramic Production
at Aqaba in the early Islamic Period », dans La céramique byzantine et proto-islamique en Syrie-Jordanie (IVe-VIIIe siècles ap. J.-
C.), éd. E. Villeneuve, P. Watson, coll. BAH 159, Ifpo, Beirut, 2001, p. 297-303.
76
T. POWER, « The origin and development of the Sudanese ports ‘Aydhâb, Bâdi‘, Sawâkin in the early Islamic period »,
Chroniques yéménites 15 (2008) p. 92-110.
77
S. AL-RASHID, Darb Zbaydah, the Pilgrim Road from Kufa to Mecca, Riyad University Libraries, Arabie Saoudite, 1980, p. 9 ; D.
WHITCOMB, « The Darb Zubayda as a Settlement System in Arabia », Aram 8 (1996) 25-32.
10
l’Arabie78. Puis ces travaux furent poursuivis et développés par ses successeurs, les
califes al-Manṣūr (136-158/754-775), al-Mahdī (158-169/775-785), al-Rašīd (170-193/786-
809) et sa femme Zubayda, dont la route prit d’ailleurs le nom79. Ainsi, encourageant le
pèlerinage et le pratiquant eux-mêmes, ces souverains firent établir le long de la route
des stations de ravitaillement et des points d’eau. Ces étapes révélées dans les textes ont
été découvertes sur le terrain à Mughītha, al-Talhāt et Wāqisa80 et se matérialisent par
des fortins carrés, identiques aux fortins romains, autour d’un point d’eau. Grâce à ces
travaux, la route reliant Kūfa à l’Arabie devint plus facile à emprunter. Au départ de
Kūfa, son tracé se prolongeait jusqu’à al-Ḥīra et al-Qādisiyya, puis jusqu’à l’oasis de Hā’il
dans le Ǧabal ‘Ammār et l’oasis de Hanakīya, et enfin continuait jusqu’à Médine et La
Mecque81.
Plusieurs raisons, tant religieuses qu’économiques, expliquent l’intérêt croissant
des Umayyades et des Abbassides pour développer les axes de circulation vers l’Arabie.
Il s’agissait naturellement de faciliter l’accès à la Ka‘aba à la communauté musulmane
en pleine extension et de permettre aux califes de rejoindre leurs propriétés du Ḥiǧāz82 .
Toutefois ces travaux répondirent également au besoin d’acheminer plus facilement l’or
des gisements du Ḥiǧāz, du Naǧd et du Yémen pour la frappe des dinars. Les sources
archéologiques confirment le lien entre l’aménagement de ces routes aux IIe-IIIe/VIIIe-
e
IX siècles et l’essor des activités minières dans la péninsule Arabique. Dans le Ḥiǧāz, les
mines de Ma‘din al-Nuqra, de Mawān et de ‘Asham connurent ainsi à cette époque un
développement significatif. Elles sont mentionnées par Yāqūt83, al-Hamaḏānī et al-
Ya‘qūbī84, et furent identifiées lors de prospections et de campagnes isolées de fouilles
dans les années 1980 85 . De même, dans le Naǧd, la mine d’al-‘Aqīq fut mise en
exploitation aux alentours des IIIe-IVe/IXe-Xe siècles selon les prospections et fouilles de J.
Hester86. Enfin, au Yémen, les sources écrites signalent que l’on exploita, sous le règne
des Umayyades et au début du califat des Abbassides, les mines d’al-Quf’āa, al-Bār et al-
Muḫālafa, à l’ouest de l’actuelle ville de Haydān87 . D’après les études d’A. Péli88 , ces
78
AL-ṬABARĪ, op. cit., Tertia Series (1879-1901) p. 81.
79
B. FINSTER, « Die Reiseroute Kufa-Sa‘ūdī Arabien in Frühislamischer Zeit », Bagdader Mitteilungen, 9 (1977) p. 53-94; S. AL-
RASHID, op. cit. (1980) p. 17-45; A.S. AZZAWI, « L’ancienne route de pèlerinage (Darb Zubayda) », Sumer, 44/1-2 (1985-1986) p.
199-213.
80
A. ROUGEULLE, op. cit. (1998) p. 358-9.
81
IBN H̱ URDĀḎBAH, op. cit. (1967) p. 185.
82
L’importance du ḥaǧǧ dès le règne des Umayyades est attestée par des indices papyrologiques. P. M. SIJPESTEIJN, « An Early
Umayyad Papyrus Invitation for the Ḥajj », JNES 73/2 (2014) p. 179-90.
83
YĀQŪT, Mu‘ǧam al-buldān 3, Dār Sādir, Beyrouth, 1957, p. 349.
84
AL-ḤASAN B. AḤMAD AL-HAMDĀNĪ, Kitāb al-ǧawharatayn al-‘atīqatayn al-māi‘atayn al-safr‘ā wa al-bayd‘ā, San‘ā, 2003, p.
120; AL-YA‘QŪBĪ, Kitāb al-buldān, M.J. De Goeje, Leyde, 1892, p. 154.
85
J. ZARINS, « Preliminary Report on the Central and South-Western Provinces Survey », Atlal, 4 (1980) p. 9-36; P. DE JESUS,
11
mines jouèrent en même temps le rôle de stations sur les routes du pèlerinage, reliant
Damas ou Kūfa à l’Arabie. Le délaissement de certains tronçons de ces itinéraires
routiers, un peu plus tard, entraîna le déclin de certaines mines. Ainsi, l’abandon de la
Darb Zubayda à cause des raids menés, selon al-Ṭabarī, par les tribus bédouines durant
le règne d’al-Wāṯiq (227-232/842-847), au milieu du IIIe/IXe siècle89 , entraîna le déclin de
l’activité minière de Ma‘din al-Nuqra, de Mawān et de Ma‘din Banī Sulaym.
De manière générale, une mutation profonde des routes terrestres et fluviales du
Proche-Orient marqua donc l’avènement de l’Islam. Elle répondit naturellement à un
désir d’améliorer les communications entre l’Arabie, le Bilād al-Šām et l’Irak, formant
désormais une même unité politique. Ceci dit, la pose de milliaires et la fondation de
fortins relevèrent aussi d’opération de propagande et les sources suggèrent que l’intérêt
des califes musulmans au IIe/VIIIe et IIIe/IXe siècle pour les réseaux routiers s’inscrivit dans
une politique d’affirmation du pouvoir.
in Byzantium, éd. Cécile Morrisson, Harvard, Dumbarton Oaks Publications, 2012, p. 294.
91
A. BINGGELI, op. cit., (2012) p. 285-7.
92
A. BINGGELI, op. cit. (2012) p. 286.
93
AL-BALĀḎŪRĪ, op. cit. (1866) p. 128, 133-4.
94
AL-BALĀḎŪRĪ, op. cit. (1866) p. 218, 221-222.
95
AL-BALĀḎŪRĪ, op. cit. (1866) p. 180-181, 220.
96
AL-BALĀḎŪRĪ, op. cit. (1866) p. 194.
12
Ṭarṭūs, Bulunyās, Marāqīyya, Séleucie et Alexandrie97. Les terres désertées ou conquises
« par la force » (ʿanwat) leur furent cédées. Lorsque Mu‘āwiya accéda au califat en
41/661, il poursuivit sa politique de repeuplement des ports méditerranéens du dār al-
islām par des groupes militaires, favorisant en 42-43/662-663 l’émigration à Antioche,
Tyr et Acre de soldats perses, qui avaient servi sous le commandement des souverains
sassanides et s’étaient ensuite ralliés à l’Islam98. Il fit en outre installer un chantier de
construction navale à Acre, après que les Byzantins eurent entrepris en 48/669 une
expédition contre les villes du littoral syrien99. Plus tard, sous le règne de Hišām b. ‘Abd
al-Malik (105-125/724-743), ce chantier aurait été transféré d’Acre à Tyr, où le souverain
et son successeur Marwān b. Muḥammad 100 , firent bâtir des entrepôts
supplémentaires101 . Au IVe/Xe siècle, al-Muqaddasī décrit la côte palestinienne des débuts
de l’Islam comme une zone de ribāt-s, la notion de ribāt en particulier dans la zone
méditerranéenne renvoyant, selon Ch. Picard et A. Borrut, non pas automatiquement à
une forme architecturale spécifique mais à des lieux de surveillance, de contacts et de
rachat de prisonniers à la frontière du dār al-Islam102 .
Les fouilles des ports d’Arsūf, Ascalon et Césarée ont livré des indices matériels
confirmant ce phénomène de militarisation du littoral méditerranéen et sa chronologie.
Des éléments archéologiques attestent notamment la reconstruction des fortifications
d’Arsūf103 après les conquêtes arabo-islamiques. Dans les ports d’Ascalon et de Césarée,
les fouilles précisent que les constructions romaines furent dépouillées, tandis que
l’occupation se concentra près des zones de mouillage104 . Dans le port d’Ascalon105 , où les
sources littéraires mentionnent la consolidation des fortifications au IIe/VIIIe siècle,
l’examen du bâti n’apporte ainsi que très peu d’indices de ré-appropriation du centre
urbain. En revanche, la zone portuaire fortifiée proprement dite connut une occupation
97
AL-BALĀḎŪRĪ, op. cit. (1866) p. 205, 228-229.
98
AL-BALĀḎŪRĪ, op. cit. (1866) p. 117.
99
AL-BALĀḎŪRĪ, op. cit. (1866) p. 117-118.
100
AL-ǦAHŠIYĀRĪ, Al-Wuzarā‘ wa-l-Kuttāb, Cairo, 1938, p. 80
101
A. ELAD, « The Coastal Cities of Palestine during the Early Middle Ages », The Jerusalem Cathedra, 2 (1982) p. 146-167; I. TAXEL,
« The Byzantine-early Islamic Transition on the Palestinian Coastal Plain: a Re-evaluation of the Archaeological Evidence »,
Sem Clas (2013) p. 73-106.
102
Ch. PICARD, A. BORRUT, « Râbata, Ribât, Râbita: une institution à reconsidérer », dans Chrétiens et Musulmans en Méditerranée
Médiévale (VIIIe-XIIIe siècle). Echanges et Contacts, dir. N. Prouteau, Ph. Sénac, Centre d’études supérieures de civilisation
médiévale, Université de Poitiers, 2003, p. 33-66.
103
I. ROLL, O. TAL, Apollonia-Arsuf. Final Report of the Excavations, vol. 1: the Persian and Hellenistic Periods, coll. Monograph
Series 16, Tel Aviv University, 1999, p. 269-80.
104
K.G. HOLUM, « Archaeological Evidence for the Fall of Byzantine Caesarea », Bulletin of the American School for Oriental Research,
286 (1992) p. 73-85; « Caesarea in Palestine: Shaping the early Islamic town », dans Le Proche-Orient de Justinien aux Abbassides:
peuplement et dynamiques spatiales, éd. A. Borrut et al., Brepols, 2011, p. 169-186; J. PATRICH, « Urban Space in Caesarea Maritima,
Israel », dans Urban centers and rural contexts in Late Antiquity, éd. T.S. Burns, J.W. Eadie, Michigan State University Press, 2012, p.
77-110.
105
T. HOFFMAN, Ascalon Arus al-Sham: Domestic Architecture and the Development of a Byzantine-Islamic City, University of Chicago,
2003.
13
continue entre le Ier/VIIe et le IIIe/IXe siècle, à en croire la mise au jour de céramiques dites
Coptic Glazed Ware106 .
A l’inverse, le développement des réseaux routiers le long de la vallée du Jourdain,
de l’Euphrate et du Tigre, ainsi que l’amélioration de pistes et infrastructures caravanières
de la steppe s’accompagna de la croissance des villes de l’intérieur. En Grande Syrie du
sud, l’essor des voies caravanières le long du Jourdain profita à la ville neuve d’al-Ramla et
aux villes héritées de l’Antiquité, telles que Pella, Baysān, ‘Ammān, Jérash, ou Jérusalem,
qui connurent un développement économique continu après les conquêtes arabo-
musulmanes 107 . Dans ces villes nichées à l’intérieur des terres et traversées par ces
itinéraires, on croit constater sous les Umayyades de véritables programmes visant à
développer l’économie d’échanges et de production. Pour ce faire, les grands bâtiments de
l’Antiquité furent réinvestis pour y établir des boutiques et des ateliers artisanaux. Á
Baysān, au début du IIe/VIIIe siècle, des ateliers de potiers et de teinturiers se développèrent
ainsi sur les vestiges d’édifices publics romains, comme le théâtre108, l’agora109 et les bains110.
L’implantation de ces lieux d’activités économiques fut contemporaine de la
réhabilitation des marchés romano-byzantins de la ville et de la fondation du sūq de la rue
de Silvanus en 118/737-738, sur l’ordre du calife Hišām b. ‘Abd al-Malik et du gouverneur
d’al-Urdunn, Isḥāq b. Qabīṣa, d’après des indices épigraphiques111. Quant aux villes de
Jérash112, ‘Ammān113 ou Pella114, l’archéologie a permis de retrouver des indices similaires
d’un essor commercial et artisanal après les conquêtes. Marchés couverts, sūq-s et ateliers
de production datant du règne des Umayyades y ont laissé des traces significatives.
106
T. HOFFMAN, « The Riddle of early Islamic Ascalon: Where is it and What does Coptic Glazed Ware tell us about it? », dans
The Lineaments of Islam: Studies in Honor of Fred McGraw Donner, éd. P. Cobb, Brill, Leyde, 2012, p. 407-26.
107
A. WALMSLEY, « The Islamic City: The Archaeological Experience in Jordan », Mediterranean Archaeology 13 (2000) p. 1-9; R.
FOOTE, « Commerce, Industrial Expansion and Orthogonal Planning: Mutually Compatible Terms in Settlements of Bilad al-
Sham During the Umayyad Period », Mediterranean Archaeology 13 (2000) p. 25-38; G. FOERSTER, Y. TSAFRIR, « From
Scythopolis to Baysān, Changing Concepts of Urbanism », dans The Byzantine and Early Islamic Near East 2, éd. G.R.D. King,
A. Cameron, Princeton, Darwin Press, 1994, p. 101-105; I. SIMPSON, « Markets Buildings at Jarash: Commercial Transformation at
the Tetrakionion in the 6th to the 9th centuries C.E. », Orient 23 (2009) p. 112-117; E. KHAMIS, « Two Wall Mosaic Inscriptions
from the Umayyad Market Place in Baysān », BSOAS 64/2 (2001) p. 159-176; « The Shops of Scythopolis in Context », dans Objects
in Contexts, Objects in Use, éd. L. Lavan, E. Swift, T. Putzeys, coll. Late Antique Archaeology 5, Brill, Leyde, 2007, p. 439-72; F.
BESSARD, « The Urban Economy in Southern Inland Greater Syria from the Seventh Century to the end of the Umayyads »,
dans Local Economies? Production and Exchange of Inland Regions in Late Antiquity, éd. L. Lavan, Brill, Leyde, 2013, p. 377-421.
108
S. APPLEBAUM, « The Roman Theatre of Scythopolis », Scripta Classica Israelica 4 (1978) p. 77-79 ; G. MAZOR, « The Bet She‘an
Excavation Project : A City Center of Ancient Bet Shean », ESI 6 (1987- 1988) p. 19-22 ; G. MAZOR, « The Bet She‘an Excavation
Project », ESI 7-8 (1988-1989) p. 28-32 ; G. FOERSTER, Y. TSAFRIR, « The Bet She‘an Excavation Project », ESI 11 (1993) p. 36-37.
109
G. MAZOR, R. BAR-NATHAN, op. cit., ESI 17 (1998) p. 18-20 ; 37-8 ; pl. 16.
110
G. MAZOR, R. BAR-NATHAN, op. cit., p. 37-38.
111
E. KHAMIS, « Two Wall Mosaic Inscriptions from the Umayyad Market Place in Baysān », SOAS, 64/2, 2001, p. 159-176.
112
F. BESSARD, « The Urban Economy in Southern Inland Greater Syria from the Seventh Century to the end of the Umayyads »,
dans Local Economies? Production and Exchange of Inland Regions in Late Antiquity, éd. L. Lavan, Leyde, 2013, p. 377-421.
113
A. NORTHEDGE, « Survey of the Terrace Area at Amman Citadel », Levant 12 (1980) p. 135-55.
114
A. McNICOLL, R. SMITH, B. HENNESSY, Pella in Jordan, 1, éd. Australian National Gallery, Canberra, 1982, p. 127-130.
14
En Syrie du nord, les villes de l’Oronte bénéficièrent, en outre, de la remise en état
des réseaux terrestres qui souffraient depuis le règne de Justinien de déficiences dans le
système de bornage. Apamée ou Antioche étaient en déclin à l’aube des conquêtes arabo-
islamiques, après le pillage des Perses en 540, 573 et 610, et les tremblements de terre de
526 et 528. Les sources littéraires évoquent les destructions provoquées par ces
catastrophes. Malgré les efforts de Justinien pour rebâtir les rues, restaurer les marchés et
les bains, les églises et les fortifications, Antioche et Apamée avaient perdu à la fin du VIe
siècle leur prospérité. Après les conquêtes arabo-musulmanes, l’intérêt des Umayyades
pour la route longeant le versant oriental du Ǧabal Sumāq et les rives de l’Oronte permit à
ces anciennes cités de retrouver leur dynamisme. La ville d’Apamée vit notamment
plusieurs de ces bâtiments publics, chrétiens et privés antiques (agora, édifice au triclinos
et cathédrale de l’Est) être réoccupés pour occuper une fonction utilitaire, marchande ou
artisanale. Le long du cardo, l’agora, abandonnée au VIe siècle, fut convertie en une sorte de
caravansérail (ẖān), comme l’atteste la mise au jour de murs en briques, élevés dans
l’entrecolonnement du portique de la cour du bâtiment, dotés d’anneaux destinés à
attacher et parquer les bêtes. De même, artisans et commerçants s’installèrent dans le
quartier sud-est d’Apamée et plus particulièrement dans l’édifice dit au triclinos et la
cathédrale de l’est. Cette dernière fut convertie en une qaysāriyya115, tandis que les salles
d’apparat et la cour centrale de l’édifice au triclinos116, furent subdivisées au moyen de
murs de refend, afin d’installer des cuves en pierre, un four en briques, un bassin. Cette
ancienne résidence officielle d’un haut dignitaire de la province de Syrie seconde à
l’époque byzantine, vit son architecture originelle largement transformée dans le contexte
de l’essor renouvellé de la ville.
Le réaménagement des voies du bas Irak favorisa, enfin, l’essor des villes-camps,
Waṣiṭ et Baṣra, auxquelles incombèrent le rôle de faciliter le contrôle et la taxation des
échanges. Très tôt, à l’époque d’al-Ḥaǧǧāǧ (66-86/685-705), l’édification de la ville de
Wāsiṭ, sur le Tigre, permit de contrôler le flux des navires et de taxer les marchandises,
provenant de Mossoul au Nord ou de Baṣra au Sud. Wāsiṭ était bâtie, en effet, sur les deux
rives du fleuve, reliées par un pont de bateaux. Sur les ordres d’al-Ḥaǧǧāǧ, on ouvrait ce
pont à chaque passage de navire, après le contrôle de sa cargaison et le paiement des
taxes, selon Ibn Baḥšal117.
En parallèle, le développement des itinéraires de la steppe syro-mésopotamienne
favorisa l’essor des villes de la Palmyrène et de la moyenne vallée de l’Euphrate,
notamment al-Ruṣāfa, al-Raqqa et al-Rāfiqa. Le dictionnaire géographique de Yāqūt offre
des informations précieuses sur l’histoire d’al-Ruṣāfa. L’ouvrage date du VIIe/XIIIe siècle,
115
J.-C. BALTY, « Le groupe épiscopal d’Apamée, dit cathédrale de l’est, premières recherches », dans Colloque Apamée de Syrie,
Bilan des recherches archéologiques 1969-1971, éd. Centre belge de recherches archéologiques à Apamée de Syrie, Bruxelles, 1972,
p. 113-142.
116
C. JOURDAIN, « Sondages dans l’insula au triclinos, 1970 et 1971 », dans Colloque Apamée de Syrie, Bilan des recherches
archéologiques 1969-1971, éd. Centre belge de recherches archéologiques à Apamée de Syrie, Bruxelles, 1972, p. 113-42 ; J.-C.
BALTY, « L’édifice dit au triclinos », dans Apamée de Syrie. Bilan des recherches archéologiques 1965-1968, éd. Centre belge de
recherches archéologiques à Apamée de Syrie, Bruxelles, 1969, p. 105-16 ; J.-C. BALTY, Guide d’Apamée, éd. centre belge de
recherches archéologiques à Apamée de Syrie, Bruxelles, 1981, p. 85.
117
IBN BAḤŠAL, Ta‘rīẖ Wāsiṭ, Girguis ‘Awwād, Bagdad, 1967, p. 37.
15
mais Yāqūt indique que ses informations sont tirées d’un texte perdu du IIIe/IXe siècle d’un
certain al-‘Asmai118, qui lui-même aurait mis par écrit les propos rapportés oralement par
un témoin du milieu du IIe/VIIIe siècle. Á l’origine base militaire et centre de pélerinage
chrétien du IVe et Ve siècle, al-Ruṣāfa devint un noeud commercial entre le Levant et la
Ǧazīra au IIe/VIIIe et IIIe/IXe siècle119. Lorsque le souverain umayyade Hišām b. ‘Abd al-Malik
s’y fit bâtir un palais au sud, et que les routes de la steppe vers l’Euphrate gagnèrent en
importance, ce modeste centre de pélerinage chrétien se vit doté de nouvelles
infrastructures, notamment d’un nouveau sūq incluant plusieurs boutiques (dukkan), dont
des traces archéologiques ont été découvertes le long de la cathédrale byzantine120. En
outre, le calife Hišām b. ‘Abd al-Malik, à qui l’on doit la construction et la restauration de
plusieurs ponts et infrastructures routières en Ǧazīra, fit aménager près de l’Euphrate,
dans la ville romaine de Callinicum renommée al-Raqqa un marché (Sūq al-‘Atīk)121 ainsi
que dans les alentours de la ville le domaine de Wāsiṭ al-Raqqa. Sous les premiers
Abbassides, le développement économique de cette zone se poursuivit grâce au maintien
des réseaux de communication et des ponts, et aux chantiers urbains. Le calife al-Manṣūr
(754-775)122 fit notamment bâtir la ville d’al-Rāfiqa, contigüe à al-Raqqa en 771, et sous le
califat d’al-Mahdī, le gouverneur local ‘Alī b. Sulaymān engagea des travaux pour
développer un large faubourg commercial et artisanal entre les deux métropoles123. Des
traces archéologiques des activités de ce faubourg, sous la forme de fours, d’outils et de
restes de production de verre et de céramique, furent dégagées dans ce qui est aujourd’hui
le quartier de Mishlab s’étendant à l’est d’al-Raqqa124. Si l’expansion des pistes caravanières
à travers les marges arides correspond originellement à un désir de contrôler et soumettre
les tribus nomades locales, elle contribua également à transformer la Palmyrène et la
moyenne vallée de l’Euphrate en une zone clé de transit et d’échange entre la Grande
Syrie, la Ǧazīra et l’Irak. Yāqūt mentionne à juste titre que la principale source de revenus
des communautés chrétiennes d’al-Ruṣāfa résidait au IIe/VIIIe et IIIe/IXe siècle dans le
commerce et la surveillance (tasfir) des caravanes voyageant d’al-Raqqa à Damas ou
Ḥomṣ. Un programme impérial approprié donna donc l’impulsion nécessaire à la
transformation d’une zone frontière en un pôle économique stratégique.
La réorientation des réseaux terrestres aux premiers siècles de l’Islam accompagna
donc une rédéfinition des dynamiques tant économiques qu’urbaines. La transformation
118
See the discussion on Yāqūt’s sources in I. SHAHID, Byzantium and the Arabs in the Sixth Century, DOP, Washington [1995], 2002,
p. 342.
119
YĀQŪT, Mu‘ǧam al-buldān 3, Dār ṣādir, Beirut, 1957, p. 47-8.
120
T. ULBERT, ‘Beobachtungen im Westhofbereich der Basilika von Resafa’, DamMitt 6 (1992) 403.
121
AL-BALĀḎŪRĪ, Kitāb futūḥ al-buldān, M.J. De Goeje, Leyde, 1866, p. 180.
122
M. MEINECKE, J.-C. HEUSCH, ‘Grabungen im ‘abbāsidischen Palastareal von ar-Raqqa/ar-Rafiqa’, DamMitt 2 (1985) 85-105; M.
MEINECKE, ‘Raqqa on the Euphrates: Recent Excavations at the Residence of Ḥārūn al-Rašīd’, dans The Near East in Antiquity 2,
éd. S. Kerner, Amman, 1995, p. 17-32; ‘al-Raḳḳa’, EI2, 7 (1994) 410-414; Ch. ROBINSON, ‘Ar-Raqqa in the Syriac Historical
Tradition’, dans Raqqa, Die Islamische Stadt 2, éd. Von Zabern, Verlag, Mainz, 2003, p. 81-85; S. HEIDEMANN, ‘Die Geschichte
von al-Raqqa/al-Rāfiqa’, dans Raqqa, Die Islamische Stadt 2, éd. Von Zabern, Verlag, Mainz, 2003, p. 27-29.
123
AL-BALĀḎŪRĪ, op. cit., p. 179.
124
J. HENDERSON, K. CHALLIS, S. O’HARA, S. McLOUGHLIN, A. GARDNER, G. PRIESTNALL, ‘The Raqqa Ancient Industry Project’,
Antiquity 76 (2002) 33-34.
16
des voies postales et l’émergence des réseaux du barīd permit aux villes romaines de la
vallée du Jourdain ou de l’Oronte de connaître une prospérité renouvelée au IIe/VIIIe et
e e
III /IX siècle, et aux garnisons militaires du bas Irak de se développer en de véritables
agglomérations. Par ailleurs, la réappropriation de la nova traiana, le développement de la
route du ḥaǧǧ et des pistes caravanières vers Kūfa favorisa l’essor des régions de la steppe,
autrefois marginalisées.
Le dynamisme des trafics terrestres entre le Levant, l’Irak et l’Arabie permit de recréer
l’unité économique du Proche-Orient dans le nouveau contexte politique des IIe-IIIe/VIIIe-
e
IX siècles. Les échanges régionaux, autant que le transit des hommes et des biens,
furent facilités de la mer Méditerranée au golfe Persique, et de l’Arménie au Yémen. La
fondation de Baghdad, loin de perturber les dynamiques commerciales déjà en place, ne
fit que renforcer, plus encore, le rôle du Proche-Orient comme intermédiaire entre
Eurasie et Afrique. Au IIIe/IXe siècle, le géographe al-Ya‘qūbī décrit justement Baghdad
comme une ville où transitaient marchands et marchandises de l’Espagne à l’Inde.
L’extension de la via nova vers l’Arabie favorisa notamment le renforcement des
échanges traditionnellement pratiqués entre le Ḥiǧāz, le Levant et l’Irak dans l’Antiquité,
renforcement que des indices archéologiques rendent perceptible125. En témoignent ainsi
les découvertes plus fréquentes dans les niveaux archéologiques des IIe-IVe/VIIIe-Xe siècles,
que dans les niveaux plus anciens, d’objets en stéatite (bols, lampes, brûle-parfums,
cooking-pots décorés de signes abstraits incisés) de tradition yéménite ou ḥiǧāzī 126 .
‘Aqaba 127 , al-Ramla 128 , ‘Ammān 129 , Jérash 130 , Fudayn/Mafraq, Umm al-Walīd 131 , Pella 132 ,
Tibériade133, H̱ irbat Ḏarīh134 et Siyagha/Mont Nébo en Jordanie, Nessana135, Béthany et
Jérusalem en Palestine sont les lieux principaux de mise au jour de ces objets. Ces
125
A. WALMSLEY, Early Islamic Syria. An Archaeological Assessment, Duckworth, London, 2007, p. 68.
126
A. KISNAWI, P. DE JESUS, B. RIHANI, « Preliminary report on the mining survey, northwest Hijaz, 1982”, Atlal. Journal of
Saudi Arabian Archaeology 7 (1983) p. 76-83.
127
D. WHITCOMB, Art and Industry in the Islamic Port of Aqaba, Oriental Institute, Chicago, 1994, p. 27-28.
128
Y.D. ARNON, « Excavation in Marcus Street, Ramla. Pottery, Oil Lamps and Carved Stone Vessels », CAR, 2 (2007) p. 73-74.
129
G. LANKESTER HARDING, « Excavations on the citadel, Amman », ADAJ 1 (1951) p. 7-16.
130
J. SEIGNE, A.-M. RASSON, « Une citerne byzantino-omeyyade sur le sanctuaire de Zeus », Syria 66.1 (1989) p. 121.
131
J. BUJARD, F. SCHWEIZER, Entre Byzance et l’Islam: Umm er-Rasas et Umm el-Walid. Fouilles genevoises en Jordanie,
Musée d’Art et d’Histoire, Genève, 1992, p. 11-32; J. BUJARD, « Umm al-Walid et Khan ez-Zabib: cinq qusur omeyyades
et leurs mosquées revisités », ADAJ 41 (1997) p. 351–73; M.A. HALDIMANN, « Les implantations Omeyyades dans la
Balqa: l'apport d'Umm el-Walid », ADAJ 36 (1992) p. 302-23.
132
A. WALMSLEY, « Households at Pella, Jordan: domestic destruction deposits of the mid-8th C. », dans Objects in Context,
Objects in Use: Material Spatiality in Late Antiquity, éd. L. Lavan, E. Swift, T. Putzeys (Late Antique Archaeology 5), Leyde,
2007, p. 254.
133
E.D. OREN, « Early Islamic Material from Ganei Hamat », Archaeology, 24/1 (1971) p. 276.
134
F. VILLENEUVE, Z. AL-MUHEISEN, « Nouvelles recherches à Khirbet edh-Dharih (Jordanie du Sud, 1996-1999) », CRAI
144.4 (2000) p. 1561.
135
H. COLT, Excavations at Nessana 1, London, 1962, p. 60-61; J. MAGNESS, The Archaeology of the Early Islamic Settlement
in Palestine, Winona Lake, Indiana, 2003, p. 181.
17
découvertes confirment que le commerce entre la Syrie du sud et l’Arabie, par les routes
du pèlerinage, connut un développement considérable au début de l’Islam. L’usage de
récipients en stéatite, modeste sous les Byzantins, devint donc plus coutumier sous les
Umayyades. Le site d’al-Fudayn/Mafraq, en particulier, a livré l’ensemble le plus
remarquable d’objets en stéatite umayyade. Une quinzaine de pièces (fragments de
lanternes, bols, cooking-pots), accompagnées d’un brasero en métal et d’objets en ivoire, y
ont été exhumées, dans le magasin d’un ancien monastère byzantin transformé en palais
au début du IIe/VIIIe siècle. Tous les récipients et fragments de lanterne mis au jour
montraient une décoration similaire de dessins géométriques, sous la forme de bandes
horizontales ou perpendiculaires contenant des triangles, des rosaces, des zigzag,
finement incisés au stylet. La stéatite était considérée comme un matériau précieux et
certains exemplaires d’al-Fudayn/Mafraq montrent ainsi des signes de réparations
effectuées à l’aide de rivets en fer ou de pâte blanche. Un grand nombre de ces récipients
portaient des traces de feu sur le fond ou sur le flanc, attestant de leur utilisation pour la
cuisine136. Dans les villes de Syrie du Nord, la vaisselle en stéatite semble plus rare.
Quelques pots ont été néanmoins mis au jour à Qaṣr al-Ḫayr al-Šarqī137 et à Alep138. Cette
vaisselle inspira les artisans qui, au IIIe/IXe siècle, réalisèrent des imitations, exhumées à al-
Ramla139, Nabratine140, Yoqne’am141 et Baysān142.
Le développement des voies caravanières entre la Syrie, l’Irak et la péninsule
arabique favorisa aussi l’importation et la diffusion des tissus yéménites et ḥiǧazī, en laine
ou en coton (wašy)143, des étoffes tissées en ikat, de la cornaline (‘aqīq) et des peaux
tannées (adam). Peu de fragments de tissus ont survécu au temps. Toutefois, certaines
découvertes dans le Négev à Naḥal ‘Omer dans la vallée de ‘Arava, de fragments de
cotonnades teintes à l’indigo de tradition yéménite, dans des habitats de l’époque
médiévale, permettent de le confirmer.
L’évolution des itinéraires du Proche-Orient favorisa également la pénétration
jusque dans le Levant d’objets et de denrées provenant de Chine. Parmi la vaisselle
rapportée de Chine, des céladons de Yüeh et des porcelaines blanches, datés du IIe/VIIIe
au IVe/Xe siècle, furent ainsi exhumées sur les sites côtiers du golfe Persique, mais
également dans les villes continentales de l’Irak (Wāsiṭ et Sāmarrā144 ) et de la Grande
136
J.-B. HUMBERT, « El-Fedein/Mafraq », dans Contribution Française à l’Archéologie en Jordanie, Amman, 1989, p. 125-
31.
137
O. GRABAR, Qasr al-Hayr East, Harvard University Press, Cambridge, 1978, p. 187-188.
138
J. GONNELLA, « The Citadel of Aleppo: Récent Studies », dans Muslim Military Architecture in Greater Syria. From the Coming of
Islam to the Ottoman Period, E.-J. Brill, Leyde, 2006, p. 169.
139
Y.D. ARNON, op. cit. (2007) p. 40.
140
J. MAGNESS, « The Dating of the Black Ceramic Bowls with a Depiction of the Torah Shrine from Nabratein », Levant, 26 (1994)
p. 192.
141
M. AVISSAR, « Yoqne’am, the Late Period: the Medieval Pottery », Qedem Reports, 3 (1996) p. 122.
142
S. HADAD, « Incised Glass Vessels from the Umayyad and Abbasid-Fatimid Periods at Bet Shean, Israel », BASOR, 317 (2000) p.
63-73.
143
IBN H̱ URDĀḎBAH (1967) 52.
144
FR. SARRE, E. HERZFELD, Die Keramik von Samarra, D. Reimer, Berlin, 1925, p. 25.
18
Syrie (al-Ramla145 ). Les bols peints dits de Sancai, aux couleurs vives, bleue et verte,
apposées par taches, étaient appréciés pour leurs qualités esthétiques. Le confirment
quelques pièces des IIe-IIIe/VIIIe-IXe siècles découvertes à al-Ramla146 . En outre, la vaisselle
de Sancai influença fortement les artisans locaux qui réalisèrent des imitations, au
e e 147 148 149 150
III /IX siècle, découverts à al-Ramla , Tibériade, Césarée , Yoqne’am , al-Mina , al-
Muwaqqar151 et ‘Ammān152 .
De la fin du Ier/VIIe à la fin du IIe/VIIIe siècle, les Umayyades et les premiers
Abbassides redessinèrent donc la carte des échanges et revivifièrent les routes de
l’intérieur. Si les traditionnels courants d’échanges régionaux vers la péninsule Arabique
furent maintenus, renforcés même par l’amélioration de la route du pèlerinage,
l’unification politique du Proche-Orient, jusque là si divisé, permit l’ouverture de
nouvelles voies par la steppe. L’intérêt porté aux réseaux terrestres du Proche-Orient
permit de resserrer efficacement la Syrie et l’Irak. La reconfiguration des réseaux
d’échanges et la préférence accordée aux voies terrestres plutôt qu’aux routes maritimes
affectèrent les dynamiques de peuplement de manière significative et sont à prendre en
compte dans le processus de militarisation des zones portuaires, affaiblies
économiquement au profit des villes de l’intérieur. Celles-ci, ainsi que celles de la
steppe, retrouvèrent ainsi la prospérité perdue à la fin de l’Antiquité au moment des
conflits entre Byzantins et Sassanides. Les indices matériels portent à croire qu’à la fin
du IIe/VIIIe siècle et le début du IIIe/IXe siècle la transformation de la carte des réseaux et
la diffusion facilitée de nouveaux objets dans tout le Proche-Orient fut le moteur
essentiel d’une progressive rupture avec les traditions artisanales de l’Antiquité et une
évolution de l’artisanat vers un savoir-faire pleinement islamique.
145
Y.D. ARNON, « Excavation in Marcus Street, Ramla », CAR 2, 2007, p. 49.
146
Y.D. ARNON, op. cit., p. 49.
147
Y.D. ARNON, op. cit., p. 45.
148
Y.D. ARNON, op. cit., p. 41-45.
149
M. AVISSAR, op. cit., p. 81.
150
A. LANE, « Medieval Finds at al-Mina in North Syria », Archaeologia 87 (1937) p. 19-78.
151
M. NAJJAR, « Abbasid Pottery from al-Muwaqqar », ADAJ 33 (1989) p. 37.
152
A. NORTHEDGE, C.M. BENNETT, Studies on Roman and Islamic Amman 2, OUP, Oxford, 1992, p. 160.
19