Emprunts lexicaux dans le Coran
Emprunts lexicaux dans le Coran
Jérusalem
22 | 2011
Varia
Catherine Pennacchio
Édition électronique
URL : [Link]
ISSN : 2075-5287
Éditeur
Centre de recherche français de Jérusalem
Édition imprimée
Date de publication : 31 décembre 2011
Référence électronique
Catherine Pennacchio, « Les emprunts lexicaux dans le Coran », Bulletin du Centre de recherche français
à Jérusalem [En ligne], 22 | 2011, mis en ligne le 01 avril 2012, Consulté le 30 avril 2019. URL : http://
[Link]/bcrfj/6620
Catherine Pennacchio
Introduction
1 Dès la naissance de l’islam, les mots étrangers du Coran ont été l’objet de nombreuses
investigations aussi bien dans la tradition islamique, que beaucoup plus tard chez les
orientalistes. Chez les premiers, ils ont été placés au cœur du débat idéologique qui s’est
développé autour de l'arabité du texte sacré. Pour les derniers, ils ont été étudiés dans le
cadre de la recherche des origines de l'islam, principalement des influences du judaïsme
et du christianisme.
2 L’ouvrage d’Arthur Jeffery, The Foreign Vocabulary of the Qur’ân, 1938, est le dernier travail
complet à aborder la question. Il fait preuve de référence unique sur le sujet. Si la liste des
emprunts a plus ou moins été établie par A. Jeffery, elle nécessite aujourd’hui d’être
révisée et actualisée.
3 Les découvertes linguistiques du XXe siècle, notamment l’ougaritique en 1928 et
l’épigraphie nordarabique et sudarabique, qui révèlent des milliers d’inscriptions, nous
invitent à un nouvel examen des emprunts lexicaux coraniques. L'objectif est de
repositionner ces emprunts dans leur contexte politique et socioculturel1, à la lumière de
tous les matériaux disponibles : les textes, l'épigraphie, l'archéologie, la linguistique et
l'histoire même de ces termes qui ont été très peu étudiés pour eux-mêmes. L'enjeu est
majeur, puisque les couches successives d'emprunts dans la langue arabe constituent des
traces historiques des contacts des populations arabes avec leur environnement.
4 Dans cette contribution, nous nous proposons de faire le point et d’exposer les problèmes
que pose la liste d’Arthur Jeffery, tant du point de vue de la liste elle-même, que de
l’origine des emprunts.
Un état de la question
La recherche des origines du Coran
9 L’auteur du Foreign Vocabulary of the Qur’ân fournit des informations de première main en
apportant toutes les références disponibles sur chaque mot. Il s’appuie sur les linguistes
musulmans9, notamment Al-Ǧawālīqī (1073-1145) grammairien, auteur du Kitāb al-
Mu‘arrab (littéralement : Le livre des mots arabisés) et Al-Suyūṭī qui a consacré plusieurs
volumes aux emprunts. Du côté des orientalistes, il se réfère à Abraham Geiger, le
premier à avoir référencé quatorze emprunts à l’hébreu ; à Rudolf Dvorak, le premier à
avoir consacré une étude philologique entière aux emprunts lexicaux coraniques, dans
Über die Fremdwörter im Koran (1885), qui présente dix emprunts. Il cite également Theodor
Nöldeke, dans Neue Beiträge zur semitischen Sprachwissenschaft (1910), qui consacre un
chapitre entier aux emprunts à l’éthiopien « Lehnwörter in und aus dem Äthiopischen » ;
Alphonse Mingana qui présente un inventaire des termes religieux coraniques issus du
syriaque dans Syriac Influence on the Style of the Kur’an (1927) et Joseph Horovitz qui publie
10
Jewish Proper Names and Derivatives in the Koran (1925). Il se réfère également aux œuvres
monumentales de la philologie sémitique d’Igniazio Guidi Della sede primitiva dei popoli
semitici (1879), Theodor Nöldeke Geschichte des Qorans (1860), Siegmund Fraenkel Die
Aramaïsche Fremdwörter im Arabischen (1886), et Heinrich Zimmern Akkadische Fremdwörter
als Beweis für babylonischen Kultureinfluss (1917). Pour ne citer que les principaux. Une
longue énumération, tant son travail est fourni en références, il n’y a qu’à parcourir son
abondante bibliographie. À le lire, on perçoit un dépouillement exhaustif des sources. Son
lexique aborde toutes les langues auxquelles l’arabe a emprunté et affiche les termes des
langues sources dans leurs systèmes d’écritures respectifs, de l’hébreu à l’araméen, au
syriaque, grec, persan, avestique, pahlavi, éthiopien, arménien, sudarabique, sanskrit,
etc., soit près de 56 langues sans user de la transcription. Un texte qui demande une
grande érudition si l’on veut profiter de toutes les indications.
10 La présentation des mots est méthodique et rigoureuse. Il commence par une étude
phonologique et sémantique de la racine et des termes puis, il apporte le point de vue des
grammairiens arabes. Il enchaîne ensuite sur les orientalistes en tentant de conclure sur
la probable origine du terme. Il indique à la fin de sa présentation si le terme figure ou
non dans la poésie préislamique afin d’attester de l’ancienneté de l’emprunt, et cite le cas
échéant les inscriptions sudarabiques et nordarabiques. Un schéma classique qu’il
applique à chaque occurrence, son objectif étant avant tout de rapporter les opinions de
chacun. Un trésor de renseignements puisés directement aux sources mais non exempt de
faiblesses dans la mesure où il s’agissait d’un travail de base, d’une première étape sur le
sujet.
Un travail de pionnier
modestie12 qu’une telle entreprise ne pouvait être envisagée que par un savant de la
stature d’un T. Nöldeke. C’est un outil qui devait servir de point de départ pour des études
ultérieures, alors qu’il a été perçu comme un travail accompli. Le problème de ce lexique
vient de cette méprise. Au lieu d’enclencher une dynamique dans les études sur les
emprunts lexicaux coraniques, les travaux se sont arrêtés là.
15 Depuis Arthur Jeffery, on ne compte plus les compléments. Cet ouvrage est devenu le
point de départ des travaux ultérieurs. Il est à chaque fois cité, mais très peu de
chercheurs ont poussé leurs investigations au-delà. Dès 1939, D. S. Margoliouth publiait
Some Additions to Professor Jeffery’s Foreign Vocabulary of the Qur’ân, où il ajoute huit
emprunts supplémentaires31 et rapporte son désaccord sur l’origine de trois mots 32.
Michael Carter33, dresse un inventaire de l’ensemble de ces additions, en citant les
emprunts concernés classés chronologiquement par langues d’origine. Il en est de même
pour Martin R. Zammit34, qui consacre lui aussi un chapitre aux mots étrangers du Coran,
et tout particulièrement à la présentation de l’ouvrage d’Arthur Jeffery.
16 De plus, de nouveaux emprunts restent à découvrir. C’est le cas du mot ğalāᵓ « exil »,
hapax dans le Coran (59-3), qui semble être un emprunt35 à l’hébreu gōlā, gālūt, concept
propre au judaïsme, employé dans le Coran dans un contexte juif, à propos de l’exode de
la tribu juive des al-Naḍīr, quand elle fut chassée par le Prophète de ses forteresses
situées près de Médine. La sourate 59 fut révélée à cette occasion. Dans la littérature
tardive36, on note la double orthographe de ğalāᵓ avec un wa : ğalwa du même sens
« exil », qui est une marque d’emprunt orthographique à l’araméen, typique dans le
Coran, déjà constatée37 pour zakawt / zakāt « aumône » ; ṣalaw / ṣalāt « prière »; ḥayawt
/ ḥayāt « vie ». Même si ğalwa est attesté chez des auteurs postérieurs au Coran, cet
argument renforce nos présomptions d’emprunts. Par ailleurs, ğalwa ne semble pas avoir
été répertorié, ni par Lane, ni par Dozy38, ni par Kazimirski39.
17 L’ensemble de cette liste nécessite aujourd’hui une révision complète selon les normes de
la linguistique moderne. Malgré leurs connaissances encyclopédiques, les savants des
siècles passés n’avaient pas la rigueur des méthodes actuelles. L’identification d’un
emprunt repose sur les lois des correspondances du comparatisme40 et se formalise par
un ensemble de preuves. Pour les emprunts externes au sémitique, c’est d’abord leur
morphologie qui permettra de les reconnaître. Ils sautent aux yeux quand ils sortent des
caractéristiques phonologiques habituelles de la langue (par exemple : l’arabe firdaws
« paradis », zanğabīl « gingembre »). La démarche est tout autre pour les emprunts qui
appartiennent à la famille sémitique. La difficulté est de distinguer les racines
appartenant au fonds commun des emprunts à ce même groupe41. Par définition, un
terme est considéré commun au sémitique s’il est représenté avec la même valeur
phonétique et sémantique dans la majorité de la famille sémitique42. Le problème, c’est
que certains emprunts présentent également ce cas de figure : 1) une large diffusion
géographique, 2) un sens unique souvent primaire, 3) une phonologie identique pour tout
le groupe. Le danger serait de prendre des sémitiques communs pour des emprunts, et
inversement, certains emprunts pourraient passer totalement inaperçus. Ce sont les
critères linguistiques qui vont mettre en évidence les phénomènes d’emprunts, et c’est
l’irrégularité des formes et des sens qui nous permettra de les révéler. L’histoire des mots,
des concepts ou des objets empruntés vient en complément, bien que son apport soit
parfois décisif.
18 Ainsi, un bon nombre d’emprunts ont été identifiés à tort par A. Jeffery et ses
précurseurs, et leur caractère autochtone n’est maintenant plus à prouver. Certains sont
en fait des développements propres à l’arabe. Il s’agit par exemple du mot kāhin « devin »
figure du monde préislamique. Pour A. Jeffery43, l’arabe kāhin se rapproche du kōhēn
biblique « prêtre », mais penche avec T. Nöldeke, pour un emprunt à l’araméen antérieur
à l’islam. Il en conclut que le sens primitif était « prêtre » et que celui de « devin » est
postérieur. Il note cependant qu’A. Fischer44 affirme le contraire : le sens premier est
« devin » et qu’il ne s’agirait pas d’un emprunt. Selon EI45, il y a eu une controverse sur ce
terme, et Toufic Fahd, rédacteur de l’article « kāhin », explique qu’il s’agirait bien d’un
sémitique commun. Le kāhin et le kōhēn auraient une origine commune, comme l’atteste
le khn ougaritique et l’assyro-babylonien. Il souligne la continuité dans les prérogatives
de ce personnage, qui, à un moment donné, ont dévié en arabe et en hébreu46. Si le Coran
avait emprunté le terme kāhin à l’hébreu, ou au syriaque, il aurait signifié « prêtre », or le
sens de « devin » semble préfigurer au kōhēn du judaïsme. Une origine commune que
confirme le BDB47 :
19 « À l’origine, le kāhin et le kōhēn ont dû être identiques. Tous deux gardiens d’un oracle
ou d’un sanctuaire, mais leurs fonctions ont divergé. Progressivement, le kāhin a perdu
son lien au sanctuaire, et est devenu un “devin”, tandis que le kōhēn a acquis des
fonctions sacerdotales. »
20 Les linguistes arabes médiévaux ne l’ont pas cité dans leurs listes d’emprunts, ni S.
Fraenkel, ni H. Zimmern. Kāhin serait donc un développement propre à l’arabe.
21 D’autres seraient des termes communs aux langues sémitiques, c’est le cas de : ḥabl,
« corde », maˁīn « source », ḫinzīr « porc », zayt « huile », ṭīn « figue », ˁankabūt
« araignée »48). Par exemple, dans le Coran, le mot ḥabl contient à la fois le sens de
« corde » et de « lien » au sens figuré, tout comme en hébreu biblique ḥeḇel désigne à la
fois une « corde » Jos (2,15) et « un territoire, une région » Jos (19,9), Dt (3,4). La source de
l’hébreu ḥeḇel, de l’araméen et du syriaque ḥblᵓ serait l’akkadien nah̬abalu « corde,
piège ». Pour A. Jeffery, l’arabe ḥabl viendrait de l’araméen, ou peut-être du syriaque49, et
l’emprunt serait assuré du fait que le verbe arabe ḥabl est un dénominatif. Il s’appuie sur
H. Zimmern50, qui émet toutefois un doute sur l’emprunt à l’araméen. Le premier51 sens
du verbe akkadien h̬abâlu serait « oppresser, tromper (une personne) » évoluant ensuite
vers « lier, piéger » puis, « faire prisonnier, emmener », et enfin vers « endommager,
détruire ». ḥabl figure dans la poésie préislamique52, sa présence serait donc ancienne
dans la langue arabe. Le pluriel interne arabe ḥibāl « cordes », mentionné deux fois dans
le Coran, atteste également de l’ancienneté du terme. Toutefois, l’ougaritique53 ḥbl n. m.
« corde, lien » atteste une forme équivalente à l’arabe qui pourrait tout compte fait être
un terme commun au sémitique. Il n’y a rien qui prouve l’emprunt à l’araméen comme le
suggère A. Jeffery.
22 Au problème de l’identification des emprunts, s’ajoute la question des arguments. Relever
un emprunt est une chose, encore faut-il le démontrer. Autrefois, une citation ou un sens
biblique suffisait à justifier un emprunt. Ainsi, pour A. Jeffery54, la Ve forme arabe tağallā
qu’il traduit « apparaître dans la gloire » serait un emprunt sémantique au syriaque ᵓtğlᵓ
« se révéler (Dieu) », citée deux fois dans le Coran « se manifester 55» (7-143) et « briller »
(92-2). Il se base uniquement sur A. Mingana. Tağallā dérive de la racine ĞLW/Y, courante
en arabe et en hébreu biblique GLH signifiant au qal « découvrir, révéler », au piel
« découvrir, révéler, mettre au jour », mais on trouve également dans la Torah Gn (35,7)
le sens de « se révéler (pour Dieu) »56.
23 Un grand nombre d’emprunts n’ont pas été répertoriés par les experts qui cautionnent
généralement la majorité des termes sélectionnés par A. Jeffery, ce qui peut suffire à les
considérer avec méfiance. C’est le cas par exemple du nom féminin rawḍa « pâturage »
(30-15) et rawḍāt pl. « prairie » (42-22) de la racine RWḌ. A. Jeffery57 note l’hypothèse d’un
emprunt au persan en citant Karl Vollers, ZMDG 1896 p. 641, qui semble être le seul à
envisager cette possibilité. La proximité sémantique et morphologique entre la racine ᵓRḌ
58
d’où est issu le mot arḍ « terre » et WRḌ 59 warraḍa « pâturage », nous laisse supposer
qu’il pourrait y avoir eu métathèse à l’intérieur de la racine RWḌ qui possède le même
sens. Les variations de lettres à l’intérieur d’une même racine sont courantes en arabe.
D’ailleurs, D. Cohen fait réciproquement des renvois aux deux racines ᵓRḌ et WRḌ. De
plus, le fait que le champ sémantique soit le même « celui de la terre » laisse peu de doute
sur le fait qu’il pourrait s’agir d’une seule et même racine. WRḌ est attestée uniquement
en arabe. Malheureusement, D. Cohen n’est pas encore arrivé jusqu’à la lettre R pour nous
éclairer. Henri Lammens60 nous parle de rawḍa dans les environs de Médine en se
référant à l’encyclopédiste Yâqoût61 : « Or, pour mériter cette dénomination, trois
conditions se trouvaient requises : la présence de l’eau, celle de la verdure et une certaine
extension de terrain mis en valeur ». Il n’y a rien qui suggère l’emprunt lexical. Al-Suyūṭī
ne le mentionne pas. rawḍa pourrait être une formation indépendante de la langue arabe.
On sait combien la langue arabe est riche pour décrire le désert et son environnement
naturel.
24 Ou bien, la comparaison reposait davantage sur des ressemblances phonologiques plutôt
que sur les règles du comparatisme. C’est le cas de dihāq cité dans un passage relatif aux
délices du paradis « des coupes débordantes » kaᵓs dihāq (78-34). S. Fraenkel 62 le
rapproche de l’hébreu daḥaqa « entasser, pousser, oppresser » et du judéo-araméen dḥq
« presser, pousser, comprimer ». Selon ce savant, le passage du /ḥ/ au /h/ viendrait de
l’origine mésopotamienne du terme. kaᵓs dihāq correspondrait à « une coupe (de jus)
pressé » en faisant référence au vin pressé pour remplir la coupe. Cependant, l’akkadien
n’est pas attesté par H. Zimmern. D. Cohen mentionne les deux racines : DHQ63 en arabe
dihāq « rempli à ras bord », qui semble repris directement du Coran, et DḤQ64 en hébreu
dāḥaq « presser, pousser », en judéo-araméen palestinien et en syriaque dəḥaq, arabe
daḥaqa « chasser, éloigner ». En fait, D. Cohen ne propose aucun lien entre ces deux
racines DHQ et DḤQ.
25 De même des erreurs ont été détectées par nous-mêmes. Ainsi, ni A. Jeffery, ni même H.
Zimmern, ne connaissaient le rapport entre le /q/ de l’arabe qaṭirān « goudron » et le
ˁayn /ˁ/ de l’araméen ˁiṭrān. Pour A. Jeffery65, il y aurait eu « confusion entre le /ˁ/ et le /
q/ lors de l’emprunt » et note que les poètes ont conservé la vocalisation primitive de
l’araméen. qaṭirān viendrait en fait de l’araméen ancien66 qui a un /q/ là où l’araméen
d’empire a un /ˁ/.
26 Certaines démonstrations sont incomplètes. C’est le cas par exemple du mot sullam
« échelle ». Arthur Jeffery le traite en quelques lignes sans mentionner le lien biblique
avec l’échelle de Jacob, qui a vraisemblablement une source commune avec le verset
coranique où figure ce mot. Il ne cite pas non plus la Muˁallaqa de Zuhayr, ni les sources
akkadiennes67. À aucun moment, il ne souligne les variations phonologiques des formes
en hébreu sullām, en arabe sullam, et en araméen swlmᵓ d’une part et l’akkadien
simmiltu68, le syriaque sebbeltā et le neo-syriaque sīmeltā d’autre part. Selon A. Jeffery69
le mot arabe serait un emprunt à l’araméen sulamaᵓ, ou peut-être un emprunt ancien à
l’akkadien. La probabilité d’un emprunt à l’akkadien semble phonologiquement écartée. Il
est possible que l’arabe sullam soit commun au sémitique, l’ougaritique slm « escalier » (?
)70 pourrait le prouver.
27 Certaines données appellent une mise à jour des connaissances, notamment dans le
domaine de l’ougaritique. L’apport de cette langue est capital dans les études
lexicologiques arabes car elle présente des similitudes importantes avec l’arabe. Malgré
les dizaines de siècles qui séparent leurs témoignages écrits, elle permet d’attester du
caractère primitif des formes arabes. Le dictionnaire d’ougaritique de Gregorio Del Olmo
Lete71 nous invite à un réexamen des notices d’A. Jeffery, dont les connaissances des
textes de Ras-Shamra (cités 14 fois) étaient encore limitées à son époque et se bornent à la
mention d’un mot sans autre commentaire.
28 C’est le cas par exemple des quadrilitères avec /n/ en 2e radical qui ont été vus par A.
Jeffery et ses prédécesseurs comme des emprunts à l’araméen. Cette théorie de l’augment
du /n/ en arabe a connu une longue fortune, et il semblerait même, que tout compte fait,
ces mots ne seraient pas des emprunts. A. Jeffery propose une origine araméenne pour
l’arabe ˁankabūt « araignée » à cause du /n/ et de la finale ūt. Concernant le /n/, il est
difficilement concevable que l’arabe ait emprunté une forme assimilée en araméen
ˁakkūḇītā, ˁakkāḇītā et forgé une forme avec /n/. Selon le SED72, il ne s’agirait pas d’un
aramaïsme puisqu’aucune forme de ce type n’est attestée dans une autre langue
araméenne. Il y a tout lieu de croire que ˁankabūt représente la forme primitive
comparativement à l’araméen qui a connu l’assimilation nk > kk. Concernant le ūt final,
comme le suppose l’hébreu ˁakkāḇīš avec un /š/ final, on attendait un /ṯ/ en arabe selon
les règles des correspondances régulières. Le /t/ de l’arabe semble donc venir de
l’araméen. Mais d’après J. Blau73, les noms en -t final étaient courants, dont les noms en -
uwt > ūt, en arabe ancien (d’avant l’islam). La finale ūt de ˁankabūt pourrait être un
vestige de cette forme ancienne. A. Jeffery mentionne que ˁankabūt figure dans les
inscriptions nordarabiques et il semble assez manifeste que l’araignée était déjà connue
en Arabie. Al-Suyūṭī ne le mentionne pas, ni même S. Fraenkel. Il est donc pratiquement
certain que ˁankabūt n’est pas un emprunt74.
29 Il en est de même pour l’arabe ḫinzīr « porc ». Le /n/ apparaît en éthiopien et en sabéen
ḫnzr, mais, selon A. Jeffery il semble plus probable que ḫinzīr dérive de l’araméen
ḥazīraᵓ, et que la glide /n/ se soit développée ensuite75. Il cite la forme ḫnzr des textes de
Ras Shamra. Cette concordance montre qu’il ne s’agit vraisemblablement pas d’un
emprunt à l’araméen comme l’avait supposé A. Jeffery. L’ougaritique ḫnzr pourrait
représenter une forme archaïque que l’on retrouve en arabe. Cette hypothèse est
soutenue par P. Mankowski76 : l’hébreu ḥazīr aurait été emprunté à l’akkadien ḫuzīru à
travers l’araméen ḥzyrᵓ. Le passage de ḫnzr à ḫzr viendrait probablement d’une
assimilation ancienne entre le /n/ et le /z/. Mais elle est contestée par le SED 77 :
l’ougaritique ḫnzr correspondrait plutôt à une profession ou à une fonction
administrative. Toutefois, en hébreu biblique, tout comme en akkadien et en araméen, il
n’y a pas de daguesh fort dans le /z/. On trouve néanmoins une forme judéo-araméenne78
dérivée de ḥazīraᵓ : ḥazzērāᵓ « troupeau de porcs » (swine-herd), avec un daguesh fort,
qui pourrait prouver un passage ancien de ḫnzr à ḫzzr avec assimilation nz > zz. Moshe
Bar-Asher79 atteste l’hébreu ḥazzīr avec un daguesh fort qui marque le redoublement du /
z/ et laisse supposer la trace d’une assimilation nz > zz. Il est fort probable que ḫinzīr ne
soit pas un emprunt, comme la plupart des noms d’animaux80.
30 Les travaux sur le nordarabique, le nabatéen et le sudarabique n’en étaient qu’à leurs
débuts à l’époque d’A. Jeffery. Il fait 77 références à l’épigraphie sudarabique, qui lui sert
à attester de l’ancienneté des termes en Arabie, mais ses observations restent sommaires.
Depuis peu, la recherche a mis en évidence des inscriptions monothéistes ou judaïsantes
datant du Ve siècle de notre ère. Christian Robin 81 dresse un inventaire des termes
communs entre le Coran et ces inscriptions, qui offrent une perspective nouvelle aux
études coraniques. Ils prouvent que des mots d’origine hébraïque ou araméenne étaient
déjà connus en Arabie du Sud, deux siècles avant l’islam et invitent à une révision
complète des données répertoriées par A. Jeffery.
Stephen Kaufman, ces travaux datent d’une autre époque, même s’ils restent une
référence du domaine :
36 « It was produced at the height of the pan-babylonian period of ancient Near Eastern
scholarship when Akkadian was assumed to be the origin of almost everything.
Furthermore, since as indicated by its title, the work had other than linguistic
motivations, it is almost completely lacking in documentation. Nevertheless, as the only
work of its kind, it has remained standard, and a great many of Zimmern’s over-zealously
suggested “Fremdwörter” have achieved an almost canonical status among Assyriologists,
as well as among students of West Semitic, notably Biblical Hebrew. »83
37 De même, pour Paul Mankowski, H. Zimmern a attribué un trop grand nombre
d’emprunts bibliques à l’akkadien :
38 « A more complete and accurate knowledge of the early histories of the Semitic languages
makes it possibile for later scholars to judge many of Zimmern’s attributions impossible
on the basis of phonology alone. »84
39 Comment identifier ces emprunts ? S’ils sont strictement identiques dans toute la famille,
ils pourront rester invisibles à jamais, à moins qu’un élément extérieur à la linguistique
ne vienne les dévoiler (par exemple, l’arabe ğalāᵓ « exil » de l’hébreu gōlā : c’est le
contexte juif du verset où il est employé qui nous a permis de le découvrir). Si une
variation phonétique se distingue dans une des langues de la famille sémitique, l’emprunt
peut être mis au jour. C’est le cas par exemple de l’arabe kursiyy « trône » qui viendrait de
l’araméen kwrsyᵓ85, du fait de la consonne /r/, attestée en araméen biblique dans le livre
de Daniel (5-9), (7-9), (7-9), en syriaque kwrsyᵓ, krsyᵓ, qui trouve son origine dans
l’akkadien kussu86 ([Link] en sumérien), en ougaritique ksᵓ. Le redoublement du /s/ en
akkadien kussū et en hébreu kissēᵓ87 laisse supposer qu’il y a eu une assimilation ancienne
et que l’araméen kwrsyᵓ a pratiqué une dissimilation ss > rs.
48 La dernière difficulté vient des concepts eux-mêmes. C’est ce que souligne Maurice
Gaudefroy-Demombynes : « Les idées juives et les idées chrétiennes sont trop voisines, si
on les considère du point de vue coranique, pour qu’il soit facile de les distinguer du
premier coup d’oeil ou par des rapprochements partiels et imprécis. »93 Joseph Horovitz
ajoute qu’en plus d’avoir les mêmes concepts, les mêmes mots sont utilisés : « It is often
not an easy task to decide as to wether an adopted foreign word owes its origin to the
linguistical usage of the Jews or that of the Christians, for both of them employ the same
expressions for a great number of concepts and ideas. »94
49 Quand la phonologie est incapable d’apporter des preuves, c’est dans la sémantique qu’il
faudra chercher. Souvent, des nuances et des sens spécifiques apparaissent quand ils ont
été adoptés par l’un ou l’autre des monothéismes. Par exemple, le verbe arabe tāba, de la
racine TWB, qui a uniquement le sens de « revenir à Dieu, se repentir », viendrait du
judéo-araméen תובtwb qui a à la fois le sens premier de « revenir » et celui de « revenir
vers Dieu ». Certains sont communs au monothéisme : c’est le cas du mot « Messie » en
arabe masīḥ, en hébreu māšīaḥ, en araméen et syriaque mšyḥ. Même si dans le Coran, il
est employé à propos du fils de Marie, et suggère une source chrétienne, il n’est pas exclu
qu’il n’était pas déjà connu à travers l’hébreu māšīaḥ.
50 D’autres marquent une appartenance pratiquement assurée, comme le mot « shabbat » en
arabe sabt, en hébreu šābaṯ, qui ne peut venir que du judaïsme. Cet argument pourrait
suffire à démontrer une origine juive, ce que soutient T. Nöldeke95 à propos du mot
miṣwat « aumône »96 en éthiopien (qui n’est pas dans le Coran) :
51 « Dies Wort würde allein genügen, jüdischen religiösen Einfluss bei den alten Abessiniern
zu konstatieren »97.
52 Mais le problème est encore plus complexe. Il ne s’agit pas seulement de placer l’origine
des mots dans l’une ou l’autre religion, car il s’avère que bien des termes étaient déjà
connus avant la révélation. C’est le cas du nom h̬ātam « sceau » utilisé une seule fois dans
le Coran, dans l’expression le « sceau des Prophètes » (33-40). Le Prophète de l’islam est
considéré comme le « sceau » des prophètes, c’est-à-dire le dernier des prophètes. Son
livre est si clair qu’aucune incompréhension ne peut en résulter et donc aucun apôtre ne
sera nécessaire après lui. Pour S. Fraenkel, la forme fāᵓal n’est pas régulière en arabe et le
verbe h̬atama « sceller » est un dénominatif98. Le nom h̬ātam aurait été emprunté à
l’araméen. Pour H. Hirschfeld99, il a vraisemblablement une origine juive, puisqu’on le
trouve dans la Bible, dans un passage où un homme est comparé à un « sceau » ḥōtām Ag
(2,23). Le Coran s’est probablement inspiré de cette image biblique, néanmoins, l’emprunt
est précoce, dans le sens général de « sceller », car il figure déjà dans les vers d’Imruᵓ al-
Qays, ainsi que dans une inscription sudarabique. Selon M. Ellenbogen100, l’hébreu ḥōtām
serait un emprunt à l’égyptien ḫtm. Cette racine n’est attestée ni en akkadien, ni en
ougaritique. Le /ḫ/ initial de l’arabe laisse présumer que l’arabe pourrait avoir la même
source que l’hébreu101. S’il avait emprunté à l’hébreu ou à l’araméen il aurait
vraisemblablement commencé par un /ḥ/.
53 Enfin, dans la plupart des cas, il faut chercher la faille qui révélera l’origine. C’est le cas
du mot asbāṭ « tribus » au pluriel, sibṭ au sing., dont le caractère allogène est mis au jour
par la sémantique. Il est employé dans le Coran uniquement dans des passages médinois
et toujours en référence aux tribus d’Israël. D’après A. Jeffery102, le mot arabe serait un
emprunt, mais il lui est impossible de trancher entre une origine juive ou chrétienne.
Pour A. Geiger, il s’agirait d’un emprunt direct à l’hébreu, pour S. Fraenkel et A. Mingana
d’un emprunt au syriaque. D’après le BDB103, l’hébreu šēḇeṭ aurait été emprunté à
l’égyptien. Le sens de base serait bien le « bâton, sceptre », comme le montre l’akkadien
šabaṭu « frapper, faire périr », šibṭu « baguette » (pour punir), « sceptre », en sabéen sbṭs
« baguette, coup ». Il aurait ensuite pris le sens de « sceptre » comme marque du pouvoir,
et aurait désigné un groupe sous l’autorité de celui qui tient le sceptre104. D’où l’hébreu
biblique šēḇeṭ qui possède à la fois le sens de « sceptre » et de « tribu », tout comme le
judéo-araméen105. D’après les dictionnaires106, le sibṭ arabe n’aurait jamais eu le sens de
« sceptre, bâton ». Il ne posséderait que le sens particulier de « tribu (chez les
Israélites) ». Compte tenu de ces considérations sémantiques, et du fait que ce mot
apparaît dans le Coran uniquement à propos des « tribus d’Israël », il y a beaucoup de
chances pour que l’arabe soit un emprunt direct à l’hébreu, si on n’en trouve aucune trace
dans les inscriptions nordarabiques, sudarabiques et nabatéennes, ni dans la poésie. Selon
al-Suyūṭī107, il s’agirait d’un emprunt à l’hébreu.
54 Il en est de même pour asfār au pl., hapax dans le Coran, sifr au sing., « livre » employé
dans le verset (62-5) à l’encontre du peuple juif108 décrit comme un « âne chargé de
livres ». Pour al-Suyūṭī109, il s’agirait d’un emprunt au syriaque ou au nabatéen. Pour A.
Jeffery110, asfār aurait été utilisé chez les Arabes pour désigner les Écritures juives et
chrétiennes. Il s’agirait d’un emprunt à l’araméen ou au syriaque sip̄ ̄rāᵓ « livre » comme
tout ce qui concerne l’écrit en arabe. L’hébreu sēp̄̄er est courant dans le texte biblique
signifiant « missive, document, écrit, rouleau ». Il aurait été emprunté à l’akkadien šipru
« missive, message »111, en oug. spr. La racine SFR serait donc une racine sémitique issue
de l’akkadien et était sans nul doute connue des Arabes. Dans le Talmud, en judéo-
araméen, sēp̄̄er est le terme consacré pour désigner le livre de la loi, ce que confirme
Jastrow112 « esp. a Biblical book ». L’expression sēp̄̄er tōrā, ou sēp̄̄er, est attestée pour
désigner le « Pentateuque », les « rouleaux de la Torah ». La question est de savoir
pourquoi le Coran emploie la racine SFR pour parler des livres juifs, plutôt que KTB, kitāb
« livre » étant le terme habituel pour nommer les livres saints du judaïsme, du
christianisme et de l’islam ? asfār, employé dans un contexte juif, semble donc avoir été
choisi pour reproduire le sēp̄̄er juif. Il y a tout lieu de croire, qu’on a là un emprunt à
l’hébreu mishnique lié aux contacts directs du Prophète avec les Juifs. Il est fort probable
que les Juifs de Médine désignaient leurs livres par le vocable « sēp̄ ̄er » au singulier,
« sp̄̄ārīm » au pluriel. asfār figure dans la sourate (62-5) qui appartient à la période de
Médine, ce qui renforce notre argument.
55 Mais les choses ne sont pas aussi simples, car certains mots ont été vus comme des
emprunts au syriaque, malgré leur empreinte juive. C’est le cas par exemple du mot
« rabbin », en arabe rabbāniyy, en hébreu rabbān, en grec ραββουνει (rabbounei), en
araméen targumique rībbōn, en syriaque rbwny. Il serait courant dans les communautés
chrétiennes comme titre de respect pour les prêtres et les moines113. Là encore, il faut
pousser les investigations dans la philologie syriaque pour résoudre l’énigme.
Conclusion
56 L’emprunt lexical dans le Coran a longtemps été le sujet favori des linguistes musulmans
qui défendaient son arabité et des orientalistes dans leur recherche des origines de
l’islam. Tout au long du siècle passé, l’élan s’est ralenti, l’ouvrage d’Arthur Jeffery ayant
fait figure de référence unique sur la question. S’il reste le point de départ incontournable
pour l’étude des emprunts, nous avons montré qu’il pose problème aussi bien au niveau
de l’identification des emprunts que de leurs origines.
57 La liste d’A. Jeffery est loin d’être complète et appelle une révision en profondeur. Des
mots qui ont été considérés comme des emprunts seraient en fait des développements
propres à l’arabe, d’autres seraient communs aux langues sémitiques. Des listes
d’emprunts restent à exploiter et de nouveaux emprunts vraisemblablement à découvrir.
58 Les matériaux qui sont actuellement à notre disposition pour l’étude de l’emprunt lexical
sont dépassés, et ils doivent être utilisés en connaissance de cause : les références à S.
Fraenkel pour l’araméen et à H. Zimmern pour l’akkadien sont en surnombre, une
citation biblique dans le Coran n’est pas pour autant la source d’un emprunt lexical.
59 Une mise à jour de l’ensemble des données d’Arthur Jeffery s’impose selon les critères de
la linguistique moderne et des règles du comparatisme. Les récentes découvertes
linguistiques, notamment dans le domaine de l’ougaritique et de l’épigraphie
nordarabique et sudarabique revêtent un rôle essentiel puisqu’elles permettent d’attester
de l’ancienneté d’un terme dans la langue arabe. Elles ont permis, comme nous l’avons
exposé à travers quelques exemples, de faire des avancées notables. Il en est de même
pour la problématique confessionnelle, judaïsme ou christianisme, qui polarise toujours
l’attention des chercheurs, et de tout un chacun. Si on a pu élucider quelques difficultés,
entre l’hébreu et le syriaque, la question reste ouverte pour de nombreux termes. Mais
aujourd’hui, la révision est en marche.
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NOTES
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investigations into the Qur'anic milieu, Leiden: Brill; Biggleswade: Extenza Turpin [distributor], 2011.
2. Torrey Charles Cutler, The Jewish Foundation of Islam, Hilda Stich Stroock lectures, 1933.
16. Jeffery A., 1938, p. 99, « Jibt » non traduit par A. Jeffery, ni par R. Blachère. Il apparaît au
verset (4-51), « al-ğibt wa al-ṭāġūt » serait un emprunt à l’éthiopien.
17. Jeffery A., 1938, p. 58, « brocart, vêtement de soie », serait un emprunt au persan.
18. Jeffery A., 1938, p. 128, darasa de la racine DRS a le sens unique d’« étudier les Écritures »
dans le Coran, ce serait un emprunt au judaïsme, dāraš « to reach the deep meaning of the
Scripture by exact and careful research », en se fondant sur A. Geiger, Judaism and Islam, p. 36.
19. Le sens primitif de la racine BRK, baraka en arabe, bāraḵ en hébreu, est « s’agenouiller,
s’accroupir » pour le chameau. Il est commun à toute la famille sémitique. Dans le Coran, cette
racine n’a que le sens de « bénir ». Pour A. Jeffery p. 75, c’est dans le nord-sémitique que cette
racine a développé le sens de « bénir » et c’est de là qu’il serait passé au sud-sémitique, en
sudarabique épigraphique brk « bénir ». Toutefois, le fait qu’on le trouve en oug. brk « bénir,
s’agenouiller » (A Dictionary of the Ugaritic Language, 2002, vol. 1, p. 237), laisse supposer que le
sens de « bénir » est ancien dans le monde sémitique.
20. Jeffery A., 1938, p. 39, T. Nöldeke, Sketches from Eastern History, 1892, p. 38.
21. Traductions de R. Blachère.
22. Selon la traduction de R. Blachère, c’est-à-dire, les Arabes païens.
23. Jeffery A., 1938, p. 32.
24. al-Muhaḏḏab, nabatéen « ventre, intérieur », araméen « intérieur » p. 111 ; al-Itqân, p. 110.
25. al-Mutawakkilī, syriaque « viens ! » p. 54, araméen « viens ! » p. 61 ; al-Muhaḏḏab, copte
« viens ! », en syriaque « c’est ton devoir » p. 114 ; al-Itqân, p. 118.
26. al-Muhaḏḏab, p. 112 ; al-Itqân, p. 113.
27. al-Mutawakkilī, éthiopien « vinaigre » p. 40 ; al-Muhaḏḏab, p. 112 ; al-Itqân, p. 113.
28. Communication de David Kiltz : « Arthur Jeffery a travaillé sur beaucoup plus de mots, qui
n’ont pas été publiés. Ses notices se trouvent actuellement à New York ».
29. BDB p. 31, חר ִית
ַ א
ֲ aḥarīt n.f. « après, fin », « fin des temps » Is (41,22).
30. fūm pose un problème sémantique puisqu’on ne sait pas si c’est de « l’ail » ou du « blé ». Il
est traduit par « ail » car le verset du Coran où il est employé (2-61) trouverait sa source dans le
texte biblique Nb (11,5), alors que pour al-Suyūṭī fūm signifie « blé » (al-ḥinṭa). Il est rattaché à la
racine FWM fawama « faire du pain ». Pour ce dernier, il s’agirait d’un mot hébreu, mais, nous
n’en trouvons aucune trace dans les dictionnaires, ni même en araméen.
31. minsāᵓa « sceptre » (34-13) viendrait de l’hébreu משענתmišˁeneth ; yatasanna « changer »
(2-261) de l’hébreu šānā « changer » ; nataqanā « projeter au-dessus » (7-170) de l’hébreu נתק
ntq ; ḥusbān « machine » (18-40) de l’hébreu חשבוןḥšbwn ou de l’araméen חושבןḥwšbn. Les
mots suivants viendraient de l’éthiopien : asbâb « corps de garde » (40-38) ; rahwun « s’ouvrir
(pour la mer des Joncs) » (44-23) ; taˁālaw « se révolter » (44-18) ; salaqa « maltraiter » (33-19).
32. Pour D. S. Margoliouth, il faudrait lire le mot arabe ˁilliyyūn « le livre écrit », avec un /ġ/ à la
place /ˁ/, qu’il fait correspondre au syriaque gelāyūnā avec /g/ dans le sens de « tablette » de Is
(8,1). Il n’aurait donc pas, selon lui, une origine hébraïque ; siğğīn (tablette d’argile) viendrait
également du syriaque ; mārūt de (Hārūt et Mārūt) viendrait de l’éthiopien et non pas du persan.
33. Carter Michael « Foreign Vocabulary » p. 120-139, dans Rippin Andrew ed., The Blackwell
Companion to the Qur’ān, Blackwell, Publishing LTD, 2006.
34. Zammit Martin R., A Comparative Lexical Study of Qurʾānic Arabic (Handbook of Oriental Studies,
Handbuch der Orietalistik, Section one: The Near and Middle East, 61), Leiden - Boston - Köln
(Brill), 2002, « Loanwords in the Qurʾān », pp. 51-61.
35. Pennacchio C., 2011, p. 122.
36. Ibn Khaldūn et dans le Tafsīr de l’Andalou Ibn ʿAṭiyya, communication de Mickaël Lecker.
37. Blachère Régis, Grammaire de l’arabe classique, p. 27 : « Dans le Coran, un petit nombre de
substantifs empruntés à l’araméen ont une orthographe singulière. […] Il s’agit ici d’une tentative
pour transcrire la prononciation ḥayôt, ṣalôt, zakôt. L’orthographe de ces termes, en dehors du
Coran, a été normalisée, mais il y a une survivance intéressante. »
38. Il mentionne ğāliya : al-ğāliya bi-bābil « la captivité de Babylone » de Sacy, Chrest. I, 9, 10,
également dans un contexte juif.
39. Il mentionne ğalwa, ğilwa, ğulwa , mais pas dans le sens d’« exil ».
40. Cohen David, « Qu’est-ce qu’une langue sémitique ? » dans G.L.E.C.S. XVIII-XXIII 1973-1979,
Études chamito-sémitiques, éd. Geuthner, p. 431.
41. Lipinski E., Semitic Languages: Outline of a Comparative Grammar, 1997, Peeters, 2 e éd. 2001,
p. 565.
42. Cohen D., Le vocabulaire de base sémitique et le classement des dialectes du sud, Études de
linguistique sémitique arabe, Mouton, 1970, p. 12.
43. Jeffery A., 1938, p. 247.
44. EI 1, vol. 2, p. 665 article « kāhin » A. Fischer : « Il correspond à l’hébreu kōhēn, à l’araméen
kāhen, kāhnā « prêtre », mais n’en est pas une forme arabe ; c’est un mot du vieux fonds arabe,
car le kōhēn, kāhen juif est de par sa nature tout à fait différent au kāhin arabe. »
45. EI2, vol 4, p. 438.
46. Fahd Toufic, La divination arabe, Sinbad, 1987, p. 92-97.
47. BDB, p. 462, article khn « the kāhin and the kōhēn must have been orig. identical (both alike
being guardians of an oracle, at a sanctuary) ; but their functions diverged: the kāhin gradually
lost his conexion with the sanctuary, and sank to be a mere diviner; the kōhēn acquired fuller
sacrif. functions ».
48. Pennacchio C., 2011, p. 124-136.
49. Jeffery A., 1938, p. 107. Parce que le syriaque est la source de l’arménien, nous explique A.
Jeffery.
50. Zimmern H., 1917, p. 15, « wohl » (possible).
51. Mankowski P., 2000, p. 55-56.
52. Jeffery A., 1938, p. 107.
53. A Dictionary of the Ugaritic Language in the Alphabetic Tradition, by Gregorio del Olmo Lete
and Joaquín Sanmartín, translated by Wilfred G. E. Watson Boston, MA: Brill, 2002, (2 vol.), vol. 1,
p. 352.
54. Jeffery A. 1938, p. 91 ; Mingana A. Syriac influence on the style of the Qur’an p. 86.
55. Traduction de Régis Blachère.
56. BDB p. 163.
57. Jeffery A., 1938, p. 145.
58. DRS, p. 10. ᵓRḌ ᵓarḍ « terre opposé à ciel, pays », akk. erṣet oug. arṣ can. héb. ereṣ akk. irṣit
« terre, enfer, tombe » aram. emp. ᵓrṣᵓ « sarcophage ».
59. DRS, p. 632, fasc. 7. WRḌ warraḍa 1- « parcourir des terres à la recherche de pâturages », 2-
avoir l’intention ferme de jeûner ».
60. Lammens H., Le berceau de l’islam, p. 88.
61. Yâqoût, Mo'gam (Dictionnaire géographique), éd. Wûstenfeld, ré-impression du Caire, IV, 316,
319, 324, 325.
62. Fraenkel S., 1886, p. 282, cité dans Jeffery A., 1938, p. 130.
63. DRS, p. 229.
64. DRS, p. 248.
65. Jeffery A., 1938, p. 242 ; Zimmern H., 1917, p. 60.
66. Haelewyck J-C., Grammaire comparée des langues sémitiques, éléments de phonétique, de
morphologie et de syntaxe, éditions Safran, 2007, p. 53.
67. Deux vers akkadiens cités dans Mankowski P., 2000, p. 115-116.
68. Eph’al Israel, The City Besieged: Siege and Its Manifestations in the Ancient Near East, Culture
and History of the Ancient Near East, vol. 36. Leiden: Brill, 2009, p. 69-74 : l’akkadien simmiltu
correspondrait soit à un escalier, soit à une échelle d'assaut, le moyen le plus rapide et le plus
facile pour conquérir une ville. Cette technique, utilisée par les Égyptiens et les Assyriens, est
visible dans les reliefs, inscriptions et autres sources classiques. Cette méthode est mentionnée
également dans la Bible dans Joël (2,7) : « tels des guerriers, ils escaladent la muraille » et 2 Sam
(22,30) : « C'est avec toi que je saute le fossé, avec mon Dieu que je franchis la muraille », qui
selon IsraeI Eph’al se réfèrent clairement aux techniques d'assaut. Il rapproche également le
mythe assyrien de Nergal et Ereshkigal de l'échelle de Jacob. Et en conclut que cet hapax biblique
sullām est : soit une métathèse de simmiltu, soit l'échelle de Jacob serait en fait un escalier dont on
pouvait monter et descendre contrairement aux échelles des reliefs.
69. Pour Jeffery A., 1938, p. 177.
70. A Dictionary of the Ugaritic Language, 2002, vol. 2, p. 762
71. Olmo Lete Gregorio (del), Joaquín Sanmartin, A Dictionary of the Ugaritic Language, in the
Alphabetic Tradition, translated by Wilfred G. E. Watson, Boston, MA : Brill, 2 vol., Handbuch der
Orientalistik, vol. 1: ['(a/i/u-k], vol. 2 : [l-z], 2002.
72. SED= Militarev Alexander, Kogan Leonid, Semitic Etymological Dictionary, volume 2 : Animal
Names, Ugarit-Verlag 2005 p. 52. « no similar term is attested in other Arm. [Aramean],
Langugage. »
73. Blau Joshua, « Arabic Lexicographical Miscellanies » in Journal of Semitic Studies, vol. 17, N°
2, 1972, p. 182.
74. Pour François Bron, se référant à Militarev-Kogan T. 2, ˁankabūt est commun au sémitique.
75. Jeffery A., 1938, p. 126 ; Fraenkel S., 1886, p. 110, emprunt à l’araméen.
76. Mankowski Paul, Akkadian Loanwords in Biblical Hebrew, Harvard Semitric Studies 47,
Eisenbrauns Winona Lake, Indiana, 2000, p. 56 « Ug. ḫnzr proves the form was ancient and make
the loan hypothesis unnecessary. » (celle de Fraenkel).
77. SED= Militarev Alexander, Kogan Leonid, Semitic Etymological Dictionary, volume 2 : Animal
Names, Ugarit-Verlag 2005 p. 150. « In spite of a widespread opinion (cf. eg. Sasson 1972-81 415)
this root is not reflected in alphabetic texts: ḫnzr and ḫzr do not denote an animal or an
administrative function (Huehn. 84-5 and DUL 399-417) ».
78. Jastrow, p. 444.
79. Bar-Asher Moshe, איטליה יהודי של חכמים לשון במסורת פרקים/ The Tradition of Mishnaic
Hebrew in the Communities of Italy [according to Ms. Paris 328-329], Jerusalem: Magnes Press,
1980.
80. ḫinzīr ne serait pas un emprunt, mais un sémitique commun, communication de François
Bron.
81. Robin Christian, « À propos de la prière : emprunts lexicaux à l’hébreu et à l’araméen relevés
dans les inscriptions préislamiques de l’Arabie méridionale et dans le Coran », dans Prières
méditerranéennes hier et aujourd’hui, Études réunies par Gilles Dorival et Didier Pralon, Actes du
colloque organisé par le Centre Paul-Albert Février (Université de Provence - CNRS) à Aix-en-
Provence les 2 et 3 avril 1998 (Textes et documents de la Méditerranée antique et médiévale, n°1),
Publications de l’Université de Provence, 2000, p. 45-69.
82. Eph’al I., The Ancient Arabs: Nomads on the Borders of the Fertile Crescent, 9 th-5th Centuries,
1982.
83. Kaufman Stephen, The Akkadian Influences on Aramaic, Chicago: The University of Chicago,
1974, p. 2.
84. Mankowski Paul S.J., 2000, p. 1-2.
85. Jeffery A., 1938, p. 249.
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87. Mankowski P., 2000, p. 70-71.
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89. Jeffery A., 1938, p. 162.
90. Die Syro-Aramäische Lesart des Koran : Ein Beitrag zur Entschlüsselung der Koransprache (Lecture
syro-araméenne du Coran : une contribution pour décoder la langue du Coran), publié en 2000.
91. Joosten Jan, « La Peshitta de l’Ancien Testament dans la recherche récente », dans Revue
d’histoire et de philosophie religieuses, Strasbourg, 76, 4, 1996, p. 385-395, p. 392 ; voir Michael P.
Weitzman, From Judaism to Christianity : the Syriac Version of the Hebrew Bible in the Jews
Among Pagans and Christians in the Roman Empire, pp. 147-173, p. 169-171.
92. Briquel-Chatonnet F., (éd.), Le bilinguisme dans le Proche-Orient ancien, Actes de la Table-
ronde du 18 novembre 1995 organisée par l’URA 1062, Études Sémitiques, Paris : J. Maisonneuve,
1996.
93. Gaudefroy-Demombynes M., « Charles Cutler Torrey: The Jewish Foundation of Islam », p. 91.
94. Horovitz J., « Jewish Proper Names and Derivatives in the Koran », p. 186.
95. Nöldeke Theodor, « Lehnwörter in und aus dem Äthiopischen », Neue Beiträge zur
semitischen Sprachwissenschaft, Strassburg : Trübner, 1910, p. 36.
96. En hébreu « prescription divine, acte charitable ».
97. « Ce mot suffirait à lui seul à montrer une influence religieuse juive dans l’ancienne
Abyssinie » trad. par nous-mêmes.
98. Fraenkel S., 1886, p. 252.
99. Hirschfeld H., Beiträge, 71, cité dans Jeffery A., 1938, p. 120.
100. Ellenbogen M., Foreign Words in the Old Testament, their Origin and Etymology, 1962, p. 74.
101. L’arabe h̬ātam viendrait probablement de l’égyptien, communication de François Bron.
102. Jeffery A., 1938, p. 58.
103. BDB, p. 986.
104. HALOT (5 vol.) 2000, p. 1388.
105. Jastrow, p. 1512.
106. Belot, p. 308 ; Kazimirski, p. 1043, vol. 1.
107. al-Mutawakkilī, p. 58 ; al-Muhaḏḏab, héb. « tribus » p. 110 ; al-Itqân, p. 109.
108. Blachère R., note p. 595.
109. al-Mutawakkilī, p. 54 ; al-Muhaḏḏab, p. 110.
110. Jeffery A., 1938, p. 170-171.
111. BDB, p. 706.
112. P. 1017-1018.
113. Jeffery A., 1938, p. 136-137.
RÉSUMÉS
L’ouvrage d’Arthur Jeffery, The Foreign Vocabulary of the Qur’ān, Baroda, (1938) est le dernier à
traiter exhaustivement des emprunts lexicaux coraniques. Ce lexique des 275 mots étrangers du
Coran, en dehors des noms propres, reprend des travaux datant d’une époque où les emprunts
lexicaux étaient au cœur des préoccupations des orientalistes dans leurs quêtes des origines de
l’islam. Tout au long du siècle dernier, cette étude a souffert de la richesse des sources citées. Elle
a été vue comme un travail accompli alors que pour l’auteur il s’agissait de rassembler tout ce
que la science avait pu produire sur la question. Elle devait servir de point de départ, alors que
les recherches se sont arrêtées là. Aujourd’hui, ces travaux sont dépassés, mais ils restent
incontournables.
Dans cette contribution, nous passons en revue l’ensemble des problèmes posés par ce volume
tant au niveau de la liste des emprunts que de l’origine des mots. Les hypothèses d’emprunts
répertoriées par A. Jeffery nécessitent d’être révisées et actualisées à plusieurs niveaux : d'une
part, en intégrant les connaissances linguistiques nouvelles, notamment dans le domaine de
l’ougaritique et de l’épigraphie nordarabique et sudarabique, qui n’en étaient qu’à leurs débuts
en 1938, et d'autre part, en les reconsidérant dans leur contexte politique et socioculturel.
L’enjeu est important, puisque ces emprunts constituent une trace historique des contacts
anciens des populations arabes avec leur environnement. Ils participent à une meilleure
compréhension du texte coranique, et plus largement à l'histoire des débuts de la langue arabe.
INDEX
Mots-clés : emprunt lexical, arabe, hébreu, araméen, syriaque, akkadien, ougaritique,
sudarabique, Coran, Torah, Targum, Peshitta, Arabie, islam, judaïsme, christianisme
AUTEUR
CATHERINE PENNACCHIO
Catherine Pennacchio a soutenu sa thèse de doctorat « Étude du vocabulaire commun entre le
Coran et les Écrits juifs avant l’islam : l’emprunt lexical », en février 2011, à l’INALCO à Paris.
Elle participe au Projet Glossarium Coranicum pour la révision de l'ouvrage d'Arthur Jeffery, The
Foreign Vocabulary Of The Qur'an, Baroda 1938, coordonné par le CNRS (UMR 8167 - Orient et
Méditerranée) et l'Académie des Sciences de Berlin-Brandenburg.
Titulaire d’un DESS en traductique et de gestion de l’information du CRIM (Centre de recherche
en Ingénierie Multilingue) à l’INALCO, elle a construit une base de données du vocabulaire du
Coran axée sur l’étymologie, qu’elle étend à la poésie préislamique.
[Link]
Elle a bénéficié d’une bourse mois-chercheur au CRFJ en 2009 et en 2011.
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