L’organisation du referendum local est soumise aussi à une condition d’ordre matériel.
En effet il ne peut porter que sur les programmes de développement et d’aménagement du
territoire. Il ne peut pas porter sur d’autres matières même si elle relève de la compétence de la CL
concernée ce qui confirme encore le cadre restrictif dans lequel est conçu le référendum local. La
consultation du référendum doit porter sur les projets de développement et d’aménagement du
territoire qui relève de la compétence de la CL qui organise le referendum. Toute autre solution
permettra les ingérences dans les affaires de l’Etat et des autres collectivités et du coup le
référendum peut se transformer en une manifestation contre l’Etat et sa politique d’aménagement
du territoire et prendre figure de plébiscite au profit d’un équipe. Mais compétence de la CL ne veut
pas dire compétence exclusive car les projets d’aménagement du territoire impliquent souvent
l’intervention de plusieurs acteurs de la CL. Pour que le référendum soit donc possible le projet doit
relever de la compétence propre de la collectivité qui organise la consultation ou de l’une de ses
compétences partagées. Par exemple, les projets de mise en place de parcs naturels à l’intérieur du
territoire de la commune ou les projets d’aménagement du littoral situé dans le territoire de la
commune sont des compétences partagées entre la commune et l’Etat en vertu de l’article 243 du
CCL et peuvent donc à ce titre faire l’objet de référendum local. Par contre si les CL doivent dans leur
plan d’aménagement prendre en considération les projets d’intérêt général selon l’article 118 du CCL
cette considération ne les autorise pas à consulter leurs électeurs sur ces projets La constitution et le
CCL évoquent respectivement des projets ou des programmes de développement et d’aménagement
du territoire néanmoins cela n’empêche pas les CL de consulter les électeurs sur des projets de
décision en rapport avec les programmes et les projets d’aménagement précités. Ces décisions
peuvent être à priori à caractère individuel (exemples : on peut consulter les électeurs sur les
passations d’un contrat, sur l’octroi de permis de construire…) ou non (exemples : l’aménagement
d’une zone industriel, création d’un parc naturel…)
En outre le référendum local obéit à des conditions d’ordre personnel
Du coté des consultants seul les communes et les régions peuvent organiser des référendums à
l’exclusion donc des districts. En effet, si les alinéas premier et deuxième de l’article 31 du CCL
laissent comprendre que le référendum peut concerner toutes les CL, il découle des alinéas suivants
qu’il ne peut être organisé que par les communes et les régions. L’exclusions des districts est logique
dans la mesure ou ils sont dépourvus du substra-humain (sociologique) nécessaire à la consultation
de la population locale, d’ailleurs on ne peut pas parler d’électeurs à propos du district, le conseil du
district est élu par les membres des conseils municipaux et régionaux or c’est cette notion d’électeur
qui permet en matière de referendum local l’initiative populaire et l’appréciation des résultats du
référendum.
Du coté des consultés, tout électeur de la commune ou de la région peut s’exprimer par référendum,
la question se pose de savoir si le référendum peut s’adresser à une partie seulement des électeurs
de la collectivité et non pas à tous les électeurs lorsque la question posée ne concerne que la partie
des électeurs sélectionnés par exemple lorsque la question posée est relative à l’aménagement d’un
quartier : Si aucune disposition ne l’exclu, il reste douteux que le seuil de participation d’au moins le
tiers des électeurs inscrits ; seuil nécessaire à l’obtention de la décision populaire, soit atteint dans
une telle hypothèse. Cette considération est de nature à décourager l’utilisation du procédé.
Enfin le CCL prévoit une condition d’ordre financier
En effet avant l’organisation du referendum il faut s’assurer de la disponibilité des crédits nécessaires
à cet effet car si l’opération référendaire est surveillée par l’ISI, les dépenses liées à son organisation
sont imputées sur le budget de la collectivité concernée. Cette condition est de nature à dissuader les
CL d’organiser des référendums notamment celle dont le budget est faible ce qui va créer des
disparités entre les CL dans l’utilisation de ce procédé de démocratie participative
La portée du référendum local
Le vote des électeurs locaux peut prendre force d’une décision, néanmoins cette décision n’acquiert
pas force légale du fait de l’intervention populaire elle prend seulement le rang d’un acte
administratif par le fait que les électeurs sont réputés se prononcer sur délégation du pouvoir du
conseil local mais pour que le référendum acquiert effet décisionnel le tiers au moins des électeurs
inscrits doive avoir pris part au vote. Le seuil de participation exigé par le législateur (un tiers)
n’assure pas le caractère représentatif du vote majoritaire dans la mesure ou il permet à une
minorité des électeurs de dicter leur choix à la population. Cette déformation de la démocratie semi-
directe portera atteinte à l’autorité des décisions sensée traduire la volonté populaire. Si la condition
du seuil de participation n’est pas remplie le référendum n’en portera aucun effet juridique
contraignant, de plus il est très peu probable que le vote exercera un quelconque pouvoir d’influence
sur la décision des autorités locales vu la faible autorité qui s’y attache
Le contentieux du référendum local :
La délibération du conseil local décidant l’organisation du référendum peut être attaquée devant le
juge administratif. Le CCL institue un recours spécial au profit du gouverneur contre la décision
d’organiser le référendum. En effet le président de la CL doit notifier celle-ci au gouverneur
territorialement compétent. Ce dernier peut s’opposer à l’organisation du référendum devant le juge
administratif dans un délai d’un mois à partir de la date de la notification qui lui a été faite. Le
tribunal doit rendre son jugement dans un délai de deux mois. Le juge administratif contrôle la
légalité de la décision de l’organisation d’un référendum au regard des conditions légales.
L’opposition du gouverneur a donc la nature d’un recours pour excès de pouvoir.
Le jugement de première instance est susceptible d’appel dans un délai de 7 jours. La juridiction
d’appel rend un jugement définitif dans un délai ne dépassant pas un mois à partir de sa saisine
Les délais prévus pour s’opposer à la décision du référendum est pour statuer sur cette opposition ne
permettent pas de constater l’illégalité de la décision dans le plus bref délai et d’empêcher qu’un
référendum irrégulier ne se tienne effectivement par ailleurs le CCL ne prévoit que l’opposition du
gouverneur entraine la suspension de l’organisation du référendum on peut noter à cet égard
qu’aucune procédure spécifique du référé n’est institué à cet effet. Le gouverneur n’est jamais tenu
de s’opposer à la décision du référendum mais qu’il s’oppose ou s’abstienne les administrés ont
toujours la possibilité d’intenter un recours pour excès de pouvoir dans les conditions du droit
commun assortir le cas échéant d’une demande de sursis à exécution. Ont intérêt pour attaquer en
annulation la décision d’organiser le référendum les électeurs et les habitants de la collectivité mais
aussi plus largement toute personne physique ou morale que l’objet de référendum pourrait
concerner.
La décision populaire peut être aussi contestée en dépit de son mode d’adoption sensée prise sur
délégation de pouvoir du conseil local au profit du corps électoral la décision populaire a le même
statut que si elle avait été prise par ledit conseil mais il faut distinguer entre les opérations qui
concours au vote des électeurs (la propagande, secret de vote,) et la décision populaire elle-même.
L’opération de vote peut être contestée mais le CCL est muet sur ce point. On peut néanmoins
considérer que le juge compétent et le juge administratif jugent des élections des membres des
conseils municipaux et régionaux. La décision populaire peut être contestée par la voix de recours
pour excès de pouvoir notons qu’ici il y a matière à l’application de la théorie des opérations
complexes puisque la décision populaire (décision finale) est prise après l’intervention de plusieurs
décisions successives spécialement prévus pour l’adoption de cette décision finale qui achèvera
l’opération, par conséquent le requérant sera recevable à attaquer la décision populaire en
invoquant le moyen de l’illégalité de la délibération autorisant le référendum, délibération
inattaquable directement car devenue définitive.
Chapitre 3 : Les compétences des CL
La compétence des CL et leur aptitude à agir dans un certain nombre de domaines. Dans un Etat
unitaire c’est la loi qui définit les compétences des CL, ce qui veut dire que la détermination des
compétences des CL se fait unilatéralement en vertu d’un texte national ; il en découle que les CL ne
peuvent juridiquement se soustraire à l’exercice des compétences obligatoires imposées par la loi
(par exemple : l’éclairage public des routes ou la collecte des ordures ménagères pour les
communes). La compétence législative pour déterminer les compétences des CL ressort de l’article
65 alinéa 2 de la constitution qui fait du pouvoir local une matière réservée à la loi. Le pouvoir
exécutif ne pouvant intervenir dans ce domaine que pour prendre les décrets d’application des lois.
Si la constitution n’opère pas elle-même la répartition matérielle des compétences entre l’Etat et les
CL elle renferme certains principes directeurs pour guider le législateur, par exemple la compétence
générale des CL, la distinction entre 3 catégories de compétences des CL, la garantie de ressources
correspondantes aux compétences, le principe de la compensation des charges découlant des
nouvelles compétences, … Cela dit que le législateur a retenu deux modes principaux de
détermination des compétences légales :
- Le premier mode la technique de la compétence général (section 1)
- Les compétences d’attributions (section 2)
Ce qui pose le problème de leur coexistence dans le droit des CL (section 3)
Section 1 : La compétence générale
La compétence générale des CL ou Clause générale de compétence implique la liberté d’agir en
général pour tout ce qui concerne la population locale effet qu’a priori aucun domaine n’échappe à
l’exercice de cette liberté. La compétence générale repose sur deux fondements. Un fondement
théorique (paragraphe1) et un fondement positif (paragraphe 2)
Paragraphe 1 : Fondement théorique de la compétence générale des CL
La nature corporative des CL constitue le fondement théorique de leur compétence générale en
effet ; dans la mesure ou la CL représente un groupe humain elle bénéficie d’une compétence
générale de décision pour tout ce qui se rapporte au besoin de ce groupe autrement dit les CL
peuvent prendre toute décision dans l’intérêt de leur population sous réserve du respect des
compétences des autres CL et de l’Etat c’est ce qui distingue d’ailleurs les CL des établissements
publics puisque ces derniers sont soumis au principe de spécialité
La clause général de compétence n’est pas sans lien avec le principe de libre administration, en vertu
de cette clause la CL agit librement pour répondre aux besoins de sa population, par contre dans le
cadre d’une compétence d’attribution, la CL ne fait qu’exécuter telle ou telle loi d’attribution de
compétence donc la clause générale de compétence libère les CL de leur dépendance à l’égard des
lois d’attribution de compétences, en reconnaissant aux CL la liberté d’agir pour satisfaire les intérêts
de la population locale auquel ne correspond pas l’accomplissement de taches précises définies à
l’avance par la loi va dans le sens de l’affirmation d’in véritable pouvoir local
Paragraphe 2 : le fondement positif de la compétence générale des CL