Envenimations ophidiennes au Maroc
Envenimations ophidiennes au Maroc
Ministère de la santé
Maroc
Définition des serpents actuels avec environ 2500 dentale; ce sont donc des serpents inof-
espèces, et comprennent 11 familles : fensifs pour l’homme. Son aire de dis-
Un serpent est un reptile à corps cylindri- les Acrochordidae, Dipsadidae, Xeno- tribution se trouve au niveau du Sahara
que, très allongé, dépourvu de membres dermatidae, Lamprophiidae, Pareatidae, marocain.
apparents, appartenant au groupe des Homalopsidae, Natricidae, Pseudoxe-
nodontidae, Colubridae, Viperidae, et 2- Famille des Boidae : l’Eryx jaculus (Boa
ophidiens. Les serpents (ou ophidiens) javelot) est le seul représentant. Sa taille
ont de nombreuses vertèbres portant des Elapidae.
Les connaissances concernant la systé- est de l’ordre de 80 cm, il est dépourvu
côtes, des yeux protégés par une écaille de crochets. C’est un serpent constricteur
transparente (sans paupière), une langue matique des ophidiens ont une impor-
tance capitale pour les cliniciens, les tuant sa proie par étouffement. C’est une
bifide et rétractile [1]. espèce rare, très discrete et confinée à
Un serpent non venimeux est défini toxicologues et producteurs de sérums.
Elles permettront de mieux connaitre la l’extrême Est du pays (hauts plateaux).
comme tout serpent dépourvu de cro-
chets et de glandes à venin. Un serpent problématique des accidents de morsu- 3- Famille des Colubridae [3,9] : com-
venimeux est défini comme tout serpent res de serpents, d’améliorer la prise en prenant 15 espèces caractérisées par un
qui a des crochets et des glandes à venin charge intégrée et de cibler les actions corps allongé, des écailles lisses et des
seuls attributs anatomiques qui les distin- de sensibilisation au niveau des zones plaques céphaliques larges. La tête est
guent des serpents non venimeux [2]. présentant des risques géographiques. arrondie et faiblement distincte du corps.
La morsure de serpent est la conséquen- Malheureusement, au Maroc, l’identifi- La queue est filiforme. Cette famille est
ce directe du rapprochement accidentel cation précise du serpent agresseur est loin d’être homogène et toutes les ten-
ou intentionnel entre l’homme et le ser- problématique car les professionnels tatives de classifications se sont révélées
pent [3]. de santé ne sont pas conscients de l’in- infructueuses. Les serpents aglyphes fu-
Les serpents ou ophidiens constituent térêt de l’identification et ne disposent rent initialement décrits comme n’ayant
avec les lézards et les amphisbènes l’or- d’aucune formation sur la taxonomie ni glande à venin, ni appareil inocula-
dre des Squamates. Ils sont répartis en des serpents du Maroc. teur. Cette notion a été reconsidérée,
deux infra-ordres [3,4] : puisqu’on estime que la grande majorité
1- L’ordre des Scolecophidiens compre- des serpents aglyphes possède en région
nant 370 espèces : ce sont des petits ser- Classification temporale une glande de Duvernoy dé-
pents fouisseurs dépourvus d’appareils rivée des glandes salivaires. L’apparition
venimeux, se nourrissant principalement L’inventaire et la classification des ophi- d’un sillon ou d’un canal creusé le long
de fourmis et de termites. Trois familles diens au Maroc a été définie par les d’une ou plusieurs dents va permettre la
composent cet infra-ordre: les Leptoty- nombreux travaux réalisés par le dépar- pénétration de la salive dans les tissus de
phlopidae, les Anomalepididae et les tement de Zoologie et d’Ecologie Ani- la proie. Les colubridés opisthoglyphes
Typhlopidae. male de l’Institut Scientifique de Rabat ont des crochets postérieurs et sillonnés
2- L’ordre des Alethinophidiens pré- [5,6,7,8] et complétée par une grande partiellement et il existe donc un risque
sentant une diversité écologique. Ces base de données issue de l’inventaire d’inoculation du produit de sécrétion de
serpents se nourrissent principalement des collections de références de l’Insti- la glande de Duvernoy, surtout en cas de
de vertébrés et sont caractérisés par l’in- tut Scientifique de Rabat. contact prolongé.
dépendance de leurs mandibules et leur Au Maroc, la faune ophidienne montre
capacité à ingérer des proies plus gros- la présence de cinq familles de serpents: 4 - Famille des Viperidae (Tableau I) :
ses que le diamètre de leur propre corps. comprenant 7 espèces au Maroc dont la
Ce groupe comprend deux lignées fouis- 1- Famille des Leptotyphlopidae : re- répartition géographique est bien déter-
seuses distinctes d’Anilioidea, plusieurs présentée par une seule espèce: Lepto- minée, à savoir : Bitis arientans, Cerastes
lignées de Booidea (boas, pythons et typhlops macrorhynchus, petit serpent cerastes, Cerastes vipera, Vipera latasti,
taxons apparentés) et les Caenophidia. vermiforme d’une longueur de 17 à 28 Daboia mauritanica, Vipera monticola,
Les serpents de la lignée des Caeno- cm, ne présente aucune sécrétion toxi- Echis leucogaster. Cette famille possède
phidia représentent la grande majorité que dans sa cavité buccale ni de glande un appareil venimeux complexe avec
Echis leucogaster
• Description : Taille moyenne 83 cm , son museau court et arrondi avec tête large et plate, de couleur brun pâle à orange sombre et porte des
bandes sombres sur toute la longueur;
• Habitat : Régions subdésertiques rocheuses ou sablonneuses des zones sahariennes;
• Biologie : De mœurs nocturnes
Bitis arietans • Description : Serpent très massif de forme trapue et lourde pouvant atteindre une taille de 1,91 m avec une tête nettement séparée du corps,
triangulaire petite et plate. Narines s’ouvrant au niveau de la partie supérieure du museau. Coloration : fond brun et marron avec des tâches
blanches et noires en forme de chevrons.
• Habitat: Terrestre fréquente dans les zones steppiques à végétation claire, mais aussi des fourrées de palmier.
• Biologie: Lent, gonfle son corps et siffle si menacé (Puff Adder). Posture frappante : dresse sa partie antérieure du corps en S et frappe
rapidement.
• Activité : actif à l’aurore parfois nocturne;
Daboia mauretanica
• Description : Taille maximum de 1,60 m, de forme trapue à tête triangulaire avec présence de tâches sombres en chapelet en lignes sinueuses
ou en bandes transversales;
• Habitat: Rochers, collines broussailleuses, vieux murs, éboulis à végétation très ensoleillés, forêts à substrat rocheux et dans les endroits
clairs bien exposés au soleil.
• Biologie : Nocturne et plus active au cours de début de soirée. Capture les proies par embuscade. Dérangée, elle tend à maintenir sa posi-
tion plutôt que de fuir, siffle fort.
Cerastes cerastes
• Description: Taille moyenne de 65 cm avec tête aussi large que longue et une queue courte, pointue et noirâtre. De couleur jaune sable, pâle
avec des tâches plus sombres. Les écailles supra-oculaires en forme de cornes;
• Habitat: Désert, regs, hamadas, dunes non vives.
• Biologie: Nocturne et erratique l’été, sédentaire en hiver. Passe la journée sous une couche de sable, yeux à l’extérieur. Emet un frottement
caractéristique et laisse sur le sable des traces sinueuses typiques.
Cerastes vipera
• Description: Petite taille de 49 cm . Les yeux sont apicaux et portés par une petite tête bien individualisée. De couleur claire (jaune sable ou
rouge brique pâle), et porte des taches sombres le long du corps;
• Habitat : Localisée dans les régions sablonneuses et surtout les ergs et s’enfonce laissant uniquement ses yeux à l’extérieur.
Vipera latastei
• Description : Petite taille (53 cm) avec un museau qui porte un appendice dirigé vers le haut;
• Habitat : Pentes d’éboulis ensoleillées et portant des broussailles, forêts claires et feuillus;
• Biologie: Espèce “anthropophobe” ne tolérant pas la présence de l’homme. Terrestre et habituellement diurne et nocturne et crépusculaire
en saison chaude. Si elle est dérangée, elle attaque plutôt que de s’enfuir. Fréquente également dans des biotopes côtiers à substrat sablon-
neux.
Vipera monticola
• Description : Le plus petit représentant du genre (39cm) avec une tète petite et triangulaire distincte du cou. Le museau légèrement re-
troussé et arrondi . Les narines latérales et les écailles dorsales carénées;
• Habitat et biologie: Généralement diurne et terrestre à l’abri sous les pierres ou dans les végétations
des crochets solénoglyphes canalicu- Conclusion 1. Rey A. Le Grand Robert de la langue française. Le Robert
lés et repliés contre le palais lorsque la Paris 2011 - 2. Lewis RA. Dictonnary of toxicology. Boca Ra-
ton Floride. Lewis publishers. 1998. - 3. Chippaux JP. Venins
gueule est fermée et qui se déploient et Les connaissances sur la biogéographie de serpents et envenimations. Paris : IRD. 2002- 4. Vidal N.
pénètrent dans la chair de la victime en et l’écologie des serpents venimeux du Qu’est-ce qu’un reptile venimeux? systématique des ophi-
diens. In :Mion G, Larréché S, Goyffon M. Aspects cliniques et
cas d’attaque. Maroc sont d’importance capitale pour thérapeutiques des envenimations graves. Ganges : Urgences
le clinicien. Elles permettent de détermi- Pratiques publications ; 2010. p. 54-59 - 5. Aellen V. Contribu-
tion à l’herpétologie du Maroc. Bull Soc Sci Nat Maroc. 1951 ;
5- Famille des Elapidae (Tableau I) : re- ner le risque ophidien, cibler les actions 31:159-199. -6. Bons J. Aperçu sur le peuplement herpétolo-
gique du Maroc Oriental. Bull Soc Sci Nat Phy. Maroc. 1960 ;
présentée par une seule espèce : Naja de sensibilisation et planifier la disponi- 40:53-75. -7. Fahd S, Pleguezuelos JM. Los reptiles del Rif. Rev
Legionis. Ce type de serpent présente bilité de la sérothérapie adaptée. Elles ne Española Herp. 2001 ; 15:13-36. - 8. Fekhaoui M. Amphibiens
et reptiles du Maroc, étude nationale sur la biodiversité. Rabat.
un crochet venimeux situé en avant du peuvent être acquises que par une colla- Ministère de l’Environnement ; 1998. -9. Larréché S, Mion G,
maxillaire (protéroglyphe) sillonné ou boration entre cliniciens, herpétologistes, Donnard S, Doare R. Envenimations par les colubridés. In :
Mion G, Larréché S, Goyffon M. Aspects cliniques et thérapeu-
canaliculé. épidémiologistes et toxicologues. tiques des envenimations graves. Ganges : Urgences Pratiques
publications ; 2010. p. 116-123.
Conscient de la gravité des morsures - Proposition de la sérothérapie D’autres actions restent à développer
et envenimations de serpents (MES), contre les morsures de serpents par- telle l’implantation d’un système d’in-
le Centre Anti Poison du Maroc en- mi la liste des antidotes essentiels au formation spécifique aux MES, pour sui-
treprend plusieurs actions visant à ré- Maroc; vre l’évolution des différents indicateurs
duire les retombées de ces incidents. - Elaboration d’une fiche sur les toxi- de morbidité et de mortalité, et évaluer
Le Dr Chafiq Fouad est le méde- drômes rencontrés au Maroc l’impact des actions de prévention et de
cin responsable de la mise en place prise en charge entreprises par le CAPM.
d’une stratégie spécifique à la lutte
contre les MES.
Les premiers éléments de cette stra-
tégie sont :
- Evaluation de l’ampleur du problè-
me au niveau national et régional;
- Sensibilisation des professionnels
de santé sur les zones à risques (cir-
culaire ministérielle N° 014146 du
14 juillet 2008);
- Formation du personnel médical et
paramédical opérant dans les zones
à forte incidence, par l’organisation
de journées de sensibilisation sur les
MES (Chtouka Ait Baha, Tiznit, Sidi
Ifni, Benslimane).
Ces formations ont porté sur l’intérêt de
l’identification des espèces ophidien-
nes de la région, les premiers gestes de
secours et la prise en charge des enve-
nimations ophidiennes; Séance de sensibilisation, personnel médical et paramédical, Tiznit, 2010
Introduction L’ampleur des MES au Maroc n’a jamais Cette étude a concerné tous les cas de
été décrite à partir d’une base de don- MES signalés au CAPM par courrier
Les morsures et envenimation de ser- nées nationale ; ceci a justifié ce travail ou téléphone.
pents (MES) sont à l’origine de mortalité dont l’objectif était de décrire les carac- L’analyse statistique a porté sur la
importante et d’handicaps physiques et téristiques épidémiologiques des acci- fréquence des MES, l’âge, le sexe,
psychologiques chez l’homme, mais dents de MES recensés par le Centre Anti l’origine du patient (rural ou urbain),
leur reconnaissance comme problème Poison du Maroc (CAPM), entre 1980 et l’heure de la morsure, la saison, le
de santé publique à l’échelle internatio- 2008, sur l’ensemble du Royaume. type des serpents agresseur, la pro-
nale est entravée par une insuffisance venance du patient et la région, les
des données épidémiologiques [1]. signes cliniques et les modalités évo-
Matériel lutives.
Au Maroc, l’étude des ophidiens pou- et méthode Les données ont été enregistrées sur une
vant être à l’origine des accidents de base de donnée nationale et analysées
MES, montre la présence de deux fa- Nous avons mené une étude rétros- par l’application Excel et le logiciel Epi
milles venimeuses dont la distribution pective à visée descriptive sur une info 3.3.2.
géographique est spécifique à chacune période de 29 ans allant du premier
des espèces identifiées [2]. janvier 1980 au 31 décembre 2008.
450
7000 Nombre total d'intoxications toutes causes confondues
5000
300
4000 250
200
3000
150
2000
100
1000
50
0 0
1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Années
Tableau IV : Tableau comparatif des caractéristiques évolutives entre les PES et les MES (1989- rural, et par conséquent les cas ne sont
2008) pas reportés [2]. Le nombre mondial es-
Scorpion Serpent timé de cas d’envenimations est de 421
Nombre de notifications reçues 206 141 1757 000 à 1 841 000 par an dont 20 000 à
sex ratio M/F 0,97 1,2
94 000 décès et ce n’est qu’en 2009 que
l’OMS a reconnu que l’ampleur du pro-
% de cas enfant ≤15 ans 28,74 31,7 blème des MES a été négligée [2, 3].
Taux d’envenimation (%) 10,14 62
Au Maroc, du fait de la sous-notifica-
Nombre total de décès 774 76
tion globale des intoxications par les
Taux de létalité moyenne (%) 0,39 7,1 médecins des différentes provinces, le
Taux de létalité par envenimation 3,74 6,8 nombre de cas de MES est sous-estimé.
Létalité par enfant ≤15ans 1,11 7,1 Les provinces du sud sont les plus tou-
Régions à haut risque Marrakech-Tensift-Al Haouz Souss-Massa-Daraa chées ; ceci peut s’expliquer par plu-
(par ordre décroissant) Doukala-abda Marrakech-Tensift-Al Haouz sieurs facteurs : l’écologie des espèces,
Tadla Azilal Meknès-Tafilalt l’anthropisation du milieu et la rareté des
Chaouia-Ouardigha Guelmim-Es Semara
Souss-Massa-Daraa Tanger-Tétouan ressources en eau. Cependant la région
Fes- Boulmane du Nord du Maroc (Tanger-Tetouan) est
une région à prendre en compte du fait
décroissant : Souss-Massa-Draa (27,4%), La létalité spécifique aux enfants ≤15ans du nombre de cas déclarés par la pro-
Marrakech-Tensift-Haouz(20,7%), était de l’ordre de 13,18 %. vince de Chefchaouen.
Meknès Tafilalt (12,2%), Guelmim-Es Se- Enfin, 60 % des décès (45 décès) étaient Par ailleurs, 70% des morsures sont sur-
mara (11,8%) et Tanger-Tetouan (8,3%) déclarés par la région de Souss-Massa- venues en milieu rural alors qu’El Ko-
(Tableau I). Daraa dont 40 décès par la province raichi rapporte que la totalité des MES de
L’incidence cumulée sur 5 ans de 2004 d’Agadir (Tableau III), suivie par la ré- sa série se sont produites en milieu rural.
à 2008 a montré que la région de Guel- gion de Meknès-Tafilalt (10 décès). Le taux d’envenimation (62,0%) reste
mim-Es Semara occupait la première po- Concernant la prise en charge, il a été élevé par rapport à ce qui a été rapporté
sition (1,13 pour 100 000 habitants) sui- rapporté : un traitement symptomati- par certains auteurs et qui est de l’ordre
vie par la région de Tanger-Tétouan (1,04 que dans 32,0% une abstention théra- de 17% [4] et entre 25 à 30% [5] se-
pour 100 000 habitants) (Figure 2). peutique dans 23,0%, une surveillance lon l’espèce. Il est également supérieur
L’identification précise du serpent médicale dans 29,0%, et un traitement au taux d’envenimation par piqûres de
agresseur n’a été rapportée que dans spécifique dans 0,5 %. scorpion (Tableau IV).
un seul cas (Daboia mauritanica dans L’identification précise de l’espèce de
la province de Tiznit). serpent agresseur n’a été rapportée que
Parmi les 1761 cas de MES, 1049 cas Discussion dans un seul cas (Daboia mauritanica
étaient symptomatiques soit un taux dans la province de Tiznit) du fait de la
d’envenimation de 62,0%. Concernant Nous avons compté, au terme de cette difficulté de l’identification précise du
les signes cliniques, répartis en fonction étude, 1761 cas d’accidents de MES serpent agresseur.
du système d’organes, les affections du durant la période allant de 1980 à Un aperçu de l’inventaire des espèces
système gastro-intestinal occupaient la 2008. L’incidence de 0,2 pour 100 000 ophidiennes du Maroc montre la pré-
première place (40,0%), suivies par les habitants par an reste inferieure à ce sence de deux familles venimeuses [6]:
troubles de la fréquence et du rythme qui a été rapporté en Afrique du nord la famille des Elapidae représentée par
cardiaques (14,8%) (Tableau II). (11 pour 100 000 habitants par an) [1]. le Naja legionis, et celle des Viperidae
La létalité était de 7,2% (76 décès). Dans le monde, peu de données épidé- comprenant 7 espèces (Bitis arientans,
L’évolution était favorable dans 92,0% miologiques fiables en rapport avec les Cerastes cérastes, Cerastes vipera, Vi-
des cas et les séquelles étaient présen- accidents de MES sont disponibles, en pera latastei, daboia mauritanica, Vipera
tes dans 1% des cas. particulier pour leur survenue en milieu monticala, Echis carinatus) (Tableau V).
Tableau V : Serpents venimeux du Maroc et aire de distribution [8]
Nom scientifique Nom commun Aire de distribution
Elapidae
Naja legionis Cobra ou Naja Sahara, Laayoune, région d’Agadir avec extension jusqu’à Figuig (limite sud des Atlas)
Viperidae
Cerates cerates Vipère à cornes Zones predésertiques du sud de l’Atlas, Goulmime, Tarfaya, Assa, sud-ouest du
Maroc, Sahara marocain
Bitis arientans Vipère heurtante Sud-ouest du Maroc, vallée de Souss, Anti-Atlas, Tan Tan, Souss, Taroudant
Cerastes vipera Vipère de l’Erg Tarfaya, Laayoune, Merzouga
Daboia mauritanica Vipère de Mauritanie Anti-atlas, Tan Tan, Moyen-Atlas, environs de Rabat, environs de Marrakech, Draa,
Jerada,Goulmima, environs de Ouazzane, Rif central
Echis carinatus Echide carénée Goulmime, Figuig, Gueltate Zemmour, Sahara marocain
Vipera monticola Vipère naine de l’atlas Haut atlas, Moyen atlas (région Qsiba)
Vipera latastei Vipère de lataste Rif, Moyen-Atlas, Haut-Atlas
Patient présentant une morsure de serpent venimeux sans identification de l’espèce agresseur
Références
1. Harry P, De Haro L. Traitement des envenimations par les serpents en France. Réanimation 2002 ; 11 : 548-53.
2. Larréché S, Boucau C, Erauso T, Mion G. Envenimations ophidiennes graves. Le praticien en anesthésie réanimation. 2010, 14 : 254-263
3. Fekhaoui M. Amphibiens et reptiles du Maroc, étude nationale sur la biodiversité. Observatoire national de l’environnement, ministère de l’environnement .1998.
Le CAPM tient à remercier le Pr Fekhaoui Mohammed, chef de Département de Zoologie et d’Ecologie Animale et Mr Mattaam Abderrahmane,
taxidermiste à l’Institut Scientifique pour leur collaboration à la lutte contre les MES.
Figure 1 : Evolution des déclarations des cas d’intoxications selon les années
Tableau I : Répartition des déclarations des cas d’intoxications selon la région au cours de l’année 2010 La voie orale était prédominante
Régions Total % Incidence/100 000 Habitants (69,63%). Les patients ont été hospitali-
Rabat Salé Zemmour Zair 1472 19,7 55,63
sés dans 49,82% des cas (Tableau III).
Les intoxications étaient isolées dans
Tanger Tétouan 954 12,77 98,25 97,70% des cas. Dans 65,37% des cas,
Oriental 940 12,58 47,19 elles étaient de grade 2 selon le PSS (Ta-
Meknès Tafilalt 830 11,11 37,09 bleau IV).
L’évolution des cas était favorable dans
Grand Casablanca 776 10,39 20,32
98,60% des cas.
Marrakech Tensift Al Haouz 683 9,14 20,84 Le CAPM a enregistré 97 cas de décès
Tadla Azilal 380 5,09 25,47 au cours de l’année 2010 soit une mor-
Souss Massa Draa 375 5,02 11,1 talité de 0,30 pour 100 000 habitants
(0,24 en 2009) et un taux de létalité de
Chaouia Ouardigha 264 3,53 15,41
1,24% (0,97 % en 2009). L’analyse des
Fès Boulemane 205 2,74 12,04 cas de décès a montré que les produits
Taza Al Hoceima 166 2,22 8,97 gazeux étaient les plus mortels suivis
Gharb Chrarda Beni Hssen 155 2,07 7,88 des pesticides (Tableau V).
Guelmim Essaouira 147 1,97 28,71
III- Piqûres et envenimations scorpioni-
Doukkala Abda 72 0,96 3,5
ques (PES)
Laayoune Boujdour 49 0,66 15,51
Oued Dahab 3 0,04 1,55 Durant l’année 2010, 28 379 cas de
Total 7471 100,00 23,46 PES ont été déclarés au CAPM par les
16 régions du Maroc (29 923 cas en
2009). Le sex ratio est inchangé (0,92).
La tranche d’âge des enfants de moins
de 15 ans est passée de 24,9% en 2009
à 25,3% en 2010. Le taux d’envenima-
tion a augmenté de façon hautement si-
gnificative avec 9,56% contre 8,30% en
2009. Malheureusement, on a noté une
augmentation des cas de décès avec un
taux de létalité général supérieur à celui
de 2009, de même que le taux de léta-
lité chez les enfants de moins de 15 ans
passé de 0,71% à 0,77% (Tableau VI).
Nouveau-né Nourrisson Bébé Enfant Adolescent Adulte Personne âgée
marcheur
Figure 2 : Répartition des intoxiqués selon l’âge au cours de l’année 2010 Discussion
2. Répartition géographique des in- Ces intoxications se sont produites à En 2010, l’analyse des données montre
toxications domicile dans 87,26% des cas, dans un une augmentation des déclarations des
La région la plus représentée était celle lieu public dans 7,54% des cas et un mi- intoxications aiguës de 2,06% par rap-
de Rabat Salé Zemmour Zaïr (19,71%) lieu professionnel dans 3,32% des cas. port à 2009 [5].
suivie de la région de Tanger Tétouan
(12,77%) (Tableau I). Ces intoxications Tableau II : Répartition des déclarations des cas d’intoxications selon le toxique incriminé au
cours de l’année 2010
se sont produites en milieu urbain dans
82,18% des cas. Toxique Total %
3. Caractéristiques de l’intoxiqué Médicaments 1765 25,25
La tranche d’âge la plus touchée était
Aliments 1617 23,14
celle de l’adulte avec 48,88% (Figure 2).
Le sex ratio était de 0,76. L’âge moyen Produit gazeux 1560 22,32
des intoxiqués était de 21,14 ans. Pesticides 706 10,10
4. Caractéristiques du toxique Animaux 441 6,31
Les intoxications aux médicaments Produits ménagers 371 5,31
étaient en tête (25,25%), suivies des Produits industriels 287 4,11
intoxications alimentaires (23,14%) et Drogues 150 2,15
des intoxications aux produits gazeux Plantes 84 1,20
(22,27%) (Tableau II). Minéral 5 0,07
5. Caractéristiques des intoxications
Métaux lourds 3 0,04
La circonstance accidentelle était la cir-
constance la plus fréquente (84,10%). n 6989 100,00
Le 3ème staff national de Toxicologie a eu lieu le 07 janvier 2011 au Centre Anti Poison (CAPM). Y ont participé les réanimateurs
et toxicologues des Centres Hospitaliers Universitaires et du CAPM. Les cas d’intoxications discutés sont synthétisés sous forme
de problématiques et de recommandations dans le tableau suivant.