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Culture et arts du Maroc : diversité et richesse

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Cours universitaire : Cultures et arts au Maroc

La culture marocaine constitue l’un des patrimoines les plus riches et


les plus diversifiés du monde méditerranéen et africain. Héritière de
strates historiques successives – berbères, phéniciennes,
carthaginoises, romaines, arabo-islamiques, juives, africaines et
andalouses – elle se caractérise par une capacité exceptionnelle à
intégrer, adapter et réinventer des apports extérieurs sans renier ses
fondements. Cette spécificité fait du Maroc un laboratoire vivant de
pluralité culturelle et d’hybridation artistique.

L’étude de la culture marocaine requiert une approche transversale :


elle englobe les dimensions ethnolinguistiques et religieuses, les
pratiques sociales et symboliques, les arts savants et populaires, les
formes matérielles et immatérielles du patrimoine, ainsi que les
dynamiques contemporaines marquées par la modernité et la
mondialisation.

I. Fondements ethnolinguistiques et religieux

La diversité culturelle du Maroc s’exprime d’abord par sa mosaïque


ethnolinguistique. Les populations amazighes, installées depuis
l’Antiquité, représentent l’un des socles identitaires fondamentaux. La
langue amazighe, avec ses variantes régionales (tachelhit, tamazight,
tarifit), est désormais langue officielle de l’État, au même titre que
l’arabe, ce qui marque une reconnaissance politique et culturelle
importante.

À côté de l’amazighité, l’arabité constitue une autre composante


essentielle. L’arabe classique, langue du Coran et de la science,
coexiste avec la darija, arabe dialectal qui est la langue de
communication quotidienne et de créativité populaire. Cette diglossie
reflète la richesse linguistique du pays et son articulation entre
héritage savant et culture orale.
La religion dominante, l’islam de rite malikite, a profondément
façonné les pratiques sociales, les normes juridiques et les
représentations symboliques. L’islam marocain est marqué par une
forte empreinte soufie, visible dans les confréries (zawiyas), les
pratiques de dévotion et les festivités religieuses. Cette spiritualité a
nourri une tradition d’accueil et de tolérance, qui explique la longue
coexistence avec des communautés juives, aujourd’hui en grande
partie émigrées, mais dont l’héritage – synagogues, mellahs, musiques
liturgiques, artisanats – reste ancré dans le paysage culturel.

II. Arts et expressions culturelles

1. Architecture et urbanisme

L’architecture marocaine se distingue par la fusion entre héritage


islamique et influences locales ou andalouses. Les médinas de Fès,
Marrakech, Meknès et Rabat offrent un tissu urbain où la mosquée, la
médersa, le souk et le riad forment un ensemble cohérent. L’art
décoratif – zellige, stuc, bois sculpté, plâtre peint – témoigne d’une
recherche de beauté spirituelle et fonctionnelle. Les kasbahs du Sud,
bâties en pisé, incarnent une architecture vernaculaire parfaitement
adaptée au climat et aux besoins communautaires.

2. Musique et danse

La musique marocaine est un miroir de la diversité régionale. La


musique andalouse, héritée d’al-Andalus, représente un art savant,
codifié en noubas, interprété avec luth, qanun et violon. À côté, les
musiques populaires occupent une place essentielle : l’ahwach et
l’ahidous amazighs, la aïta du Chaouia, le melhoun poétique des
artisans, le chaâbi urbain. Les musiques gnaoua, issues de la diaspora
subsaharienne, allient transe spirituelle et rythmes percussifs.
Aujourd’hui, ces traditions nourrissent des formes modernes (fusion,
rap, rock, raï) qui expriment les aspirations de la jeunesse.

3. Littérature et poésie
La littérature marocaine oscille entre expression arabe, amazighe et
francophone. La poésie soufie et le melhoun ont longtemps structuré
la créativité orale. Au XXe siècle, des écrivains comme Driss Chraïbi,
Mohamed Choukri, Abdellatif Laâbi ou Tahar Ben Jelloun ont porté la
littérature marocaine sur la scène internationale. La littérature
amazighe contemporaine connaît aussi un essor important, en prose et
en poésie, grâce à la codification de la langue tifinagh et à l’édition
spécialisée.

4. Artisanat et arts visuels

Le Maroc est réputé pour la richesse de son artisanat : poterie de Safi


et Fès, tapis du Moyen Atlas, bijoux en argent du Souss, dinanderie de
Fès, cuir de Marrakech. Chaque région perpétue un savoir-faire
transmis de génération en génération. L’art contemporain marocain
s’affirme également, avec des artistes comme Farid Belkahia ou
Mohamed Melehi, figures de l’École de Casablanca, qui ont
modernisé l’expression picturale en s’inspirant des motifs
traditionnels.

III. Vie quotidienne, fêtes et traditions

La culture marocaine se vit aussi au quotidien à travers l’art culinaire,


les fêtes religieuses et sociales, et les pratiques vestimentaires.

La gastronomie marocaine, mondialement reconnue, repose sur une


cuisine d’équilibre et de partage : couscous, tajine, pastilla, rfissa,
accompagnés de thés et de pâtisseries à base d’amandes et de miel.
Chaque plat est porteur d’une symbolique sociale (hospitalité,
célébration, union familiale).

Les fêtes religieuses rythment l’année : Ramadan et ses nuits


spirituelles et festives, l’Aïd al-Fitr, l’Aïd al-Adha, la fête du Mawlid.
À ces célébrations s’ajoutent les moussem, pèlerinages consacrés à
des saints locaux (Sidi Ahmed Tijani à Fès, Moulay Abdessalam Ben
Mchich dans le Rif, Moulay Idriss Zerhoun). Ces rassemblements
conjuguent dévotion, commerce et spectacle.
Les vêtements traditionnels – djellaba, caftan, gandoura, burnous –
demeurent présents dans les cérémonies, notamment les mariages, où
les parures féminines expriment le prestige et l’identité familiale.

IV. Cultures régionales

Le Maroc est marqué par de fortes identités régionales. Le Rif


conserve un héritage amazigh robuste, à travers la langue tarifit, la
musique et des structures sociales solidaires. Le Souss se distingue par
ses pratiques agricoles (arganier) et ses musiques (tachelhit, raïss). Le
Sahara, avec ses tentes, ses poésies hassanies et ses musiques
nomades, illustre l’adaptation au désert. Les villes impériales
incarnent quant à elles une culture urbaine raffinée, liée au pouvoir
dynastique et aux arts savants.

V. Culture contemporaine et mondialisation

Depuis l’indépendance, le Maroc a connu une véritable renaissance


culturelle. Le cinéma s’est imposé comme un art majeur, avec des
festivals de renommée internationale (Marrakech, Tanger, Khouribga)
et des réalisateurs tels que Nabil Ayouch, Faouzi Bensaïdi ou Leïla
Marrakchi. Le théâtre, longtemps marginal, s’est institutionnalisé
grâce à des figures comme Tayeb Saddiki.

La mondialisation a introduit de nouveaux défis : préservation du


patrimoine face à l’urbanisation, affirmation de la diversité
linguistique, insertion des jeunes dans un monde globalisé. La
diaspora marocaine, installée en Europe et ailleurs, joue un rôle
crucial en exportant la culture marocaine et en l’hybridant avec
d’autres formes.

Conclusion

La culture marocaine n’est pas un bloc figé mais une réalité vivante,
évolutive, plurielle. Elle conjugue tradition et modernité,
enracinement et ouverture. Son étude permet de comprendre non
seulement la richesse historique du pays, mais aussi les dynamiques
sociales, politiques et esthétiques qui le traversent aujourd’hui.

La sauvegarde de ce patrimoine matériel et immatériel exige une


vigilance constante. Dans un monde globalisé, la culture marocaine
constitue à la fois un ancrage identitaire et un vecteur d’échanges
universels.

Étape 1 : Bibliographie académique sélective

En français

 Abdelkébir Khatibi, Maghreb pluriel, Paris, Denoël, 1983.


 Mohammed Arkoun, Histoire de l’Islam et des musulmans en
France, Paris, Albin Michel, 2006.
 Mohammed Kenbib, Juifs et musulmans au Maroc : 1859-1948,
Rabat, Faculté des Lettres, 1994.
 André Adam, Casablanca. Essai sur la transformation de la
société marocaine au contact de l’Occident, Paris, CNRS, 1968.
 Jacques Berque, Structures sociales du Haut-Atlas, Paris, PUF,
1955.
 Pierre Vermeren, Histoire du Maroc depuis l’indépendance,
Paris, La Découverte, 2016.

En arabe

 ‫ المركز الثقافي‬،‫ بيروت‬،‫ الإيديولوجيا العربية المعاصرة‬،‫عبد الله العروي‬


1995 ،‫العربي‬.
 ‫ دار‬،‫ الدار البيضاء‬،‫ الأيديولوجيا والوعي الطبقي في المغرب‬،‫محمد جسوس‬
1974 ،‫النشر المغربية‬.
 ‫ أكاديمية المملكة‬،‫ الرباط‬،‫ التاريخ الدبلوماسي للمغرب‬،‫عبد الهادي التازي‬
1986 ،‫المغربية‬.
 1977 ،‫ دار الكتاب‬،‫ القاهرة‬،‫ معركة اليوم والغد‬،‫عبد الكريم غالب‬.

En anglais
 Clifford Geertz, Islam Observed: Religious Development in
Morocco and Indonesia, Chicago, University of Chicago Press,
1968.
 Henry Munson, Religion and Power in Morocco, New Haven,
Yale University Press, 1993.
 Susan Gilson Miller, A History of Modern Morocco, Cambridge,
Cambridge University Press, 2013.
 John Waterbury, Commander of the Faithful: The Moroccan
Political Elite – A Study in Segmented Politics, London,
Weidenfeld and Nicolson, 1970.

Étape 2 : Annexes

1. Carte schématique des grandes aires culturelles

 Nord (Rif) : langue tarifit, traditions de résistance, musique


rifaine.
 Centre (Moyen Atlas, Chaouia) : ahidous, aïta, tapis.
 Sud (Souss, Haut Atlas, Anti-Atlas) : musique chleuh,
arganier, artisanat en argent.
 Sahara : culture hassanie, poésie nomade, tentes.
 Villes impériales : Fès, Marrakech, Meknès, Rabat – foyers
d’art savant et d’urbanisme islamique.

2. Tableau des formes musicales marocaines

Région Forme Instruments Contexte


musicale principaux
Fès, Tétouan Musique Luth, qanun, Cérémonies,
andalouse violon élites
Sud (Souss) Ahwach, Bendir, ribab Fêtes
Rwaiss villageoises
Chaouia, Aïta Violon, luth Mariages,
Doukkala chants d’amour
Gnaoua Musiques Guembri, Transes, rituels
(Essaouira, gnaoua qraqeb
Marrakech)
Atlas Ahidous Tambourins, Danses
voix collectives

3. Tableau des fêtes et moussems

Moussem Localisation Signification


Moussem Moulay Zerhoun Pèlerinage fondateur de
Idriss l’Islam marocain
Moussem de Tan-Tan Sahara Rencontre de tribus
nomades, patrimoine
immatériel UNESCO
Moussem de Moulay Rif Dévotion soufie, spiritualité
Abdessalam Ben
Mchich
Moussem de Sidi Fès Confrérie tijanie, échanges
Ahmed Tijani transsahariens

4. Fiches pratiques

 Notion clé : “Moussem” → rassemblement festif, spirituel et


commercial autour d’un saint.
 Notion clé : “Mélhoun” → poésie chantée en arabe dialectal,
véhiculant mémoire des artisans et des cités.
 Notion clé : “Zellige” → mosaïque géométrique en céramique,
symbole de l’art architectural marocain.

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