Ethnosociolinguistique des enfants migrants
Ethnosociolinguistique des enfants migrants
Doctorat
Sciences du langage, Sociolinguistique
Elatiana RAZAFIMANDIMBIMANANA
Avril 2008
Volume 1
Composition du jury :
Philippe Blanchet, Professeur – Université Rennes 2 Haute Bretagne (Rennes)
Patricia Lamarre, Professeure – Université de Montréal (Montréal)
Danièle Moore, Professeure – Université Simon Fraser (Vancouver)
Didier de Robillard, Professeur – Université François Rabelais (Tours)
Entretiens_CR
Extraits de questionnaires
Lorsque le texte renvoie à un élément figurant sur le support CD, cela sera
précisé et l’élément en question sera identifié d’après le nom du fichier.
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Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
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REMERCIEMENTS
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Remerciements
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D’ailleurs, l’ancrage empirique de ce projet tient en premier lieu de
l’acceptation de l’école à m’ouvrir ses portes. Grâce à la confiance du Directeur et à
sa réactivité remarquable, j’ai pu travailler dans des conditions optimales sur place
comme à distance. Soucieux de mener ses missions éducatives à bout, d’offrir des
services efficaces et personnalisés à ses élèves, le Directeur valorise également les
relations humaines. De cela, je lui suis infiniment reconnaissante ainsi qu’aux
enseignants qui ont su prendre sur leur temps et faire fi de leur susceptibilité pour
m’accorder leur confiance. Je leur adresse mes plus vifs remerciements pour avoir
accepté ma présence et pris part aux enquêtes sans m’infliger les désagréables
sentiments de dérangement, d’intrusion ou pire, d’inspection. Puis, c’est
incontestablement à l’enthousiasme des enfants et à leurs multiples sensibilités que
je dois l’essence de ce travail et l’enrichissement de mes apprentissages. Je
souhaite leur exprimer toute ma gratitude pour le sens qu’ils ont donné aux échanges
et à leurs finalités.
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Remerciements
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Liste alphabétique des acronymes
ACQS : American Council for Quebec Studies
AIEQ : Association Internationale en Etudes Québécoises
APN : Assemblée Nationale des Premières Nations
CCIFQ : Centre de Collaboration Interuniversitaire Franco-Québécois
CCSD : Conseil Canadien de Développement Social
CEM : Centre d’Etudes sur les Medias
CEETUM : Centre d’Etudes Ethniques des Universités Montréalaises
CIC : Citoyenneté et Immigration Canada
CDPDJ : Commission des Droits de la Personne et des Droits de la Jeunesse
CFPC : Commission de la Fonction Publique du Canada
CSLF : Conseil Supérieur de la Langue Française
CMM : Communauté Métropolitaine de Montréal
CRIC : Centre de Recherche et d’Information sur le Canada
CSLF : Conseil Supérieur de la Langue Française
ELODiL : Programme d’Eveil au Langage et Ouverture à la Diversité Linguistique
ERELLIF-PREFics : Equipe de REcherche sur la diversité Littéraire et Linguistique du
monde Francophone-Plurilinguisme, Représentations, Expressions
Francophones, Information Communication, Sociolinguistique
FCSQ : Fédération des Commissions Scolaires du Québec
FLE : Français Langue Etrangère
FLS : Français Langue Seconde
ISQ : Institut de la Statistique du Québec
MENESR : Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la
Recherche
MICC : Ministère de l’Immigration et des Communautés Culturelles
OQLF : Office Québécois de la Langue Française
SAIC : Secrétariat aux Affaires Intergouvernementales Canadiennes
SC : Statistique Canada
URL : Uniform Ressource Locator
CA : Classes d’accueil
CR : Classes régulières
C.N.S. : Renvoi à la section « Corpus Non Sollicité » dans la bibliographie générale
D.C. : Ibid. pour la section « Documentation Complémentaire »
N.D.T. : Notes de terrain
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SOMMAIRE
NOTE LIMINAIRE ...................................................................................................... 5
REMERCIEMENTS .................................................................................................... 7
SOMMAIRE.............................................................................................................. 15
PARTIE 1
DISCUSSIONS 1..................................................................................................................181
PARTIE 2
DISCUSSIONS 2..................................................................................................................437
PARTIE 3
DISCUSSIONS 3..................................................................................................................645
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ENTREES
Du singulier au pluriel
Le vice de notre structure mentale voudrait qu’on soit contraint à une pensée
binaire avec un principe d’exclusion : « si je suis ceci donc je ne suis pas cela »
(MORIN, 2006). En repensant à cette conférence où Edgar Morin questionne
« l’identité au singulier, identités au pluriel », les notions clés de ce projet s’y greffent
de plusieurs manières. Les langues se voient en effet circonscrites à ce même
principe d’exclusion car aux dires de quelques-uns des enfants rencontrés, parler
une nouvelle langue provoque l’« oubli » d’une précédente. Parfois, la conviction est
telle qu’ils en oublient leur plurilinguisme effectif. Les identités culturelles ou
citoyennes s’excluent aussi d’une validité plurielle, un peu comme si je disais « je
suis malgache donc je ne peux être française ou canadienne ». L’étude des
représentations mises en discours, ou plutôt co-construites en discours, révèle
encore d’autres structures avec des pluralités renégociées, recréées, revendiquées.
En plaçant l’enfant migrant, plurilingue, « allophone » au centre de sa définition
identitaire, dans quelles références ethnoculturelles et ethno-sociolinguistiques
puise-t-il 1 ses significativités ?
« Les identités collectives », nous dit KAUFMANN (2004 : 145), sont « une
nécessité provoquée par la modernité individualiste (et non le maintien d’un
archaïsme) ». L’individu peinerait donc à fournir des contenus significatifs à sa vie s’il
n’est pas inscrit dans des appartenances (ibid.). Ce travail interroge ainsi les
sentiments et représentations d’appartenances tels que co-construits par des
individus dont les identités situées en font simultanément, mais pas uniquement, des
enfants en école primaire, des migrants, des montréalais, des plurilingues et, selon la
catégorisation démolinguistique du Canada, des « allophones » :
1
Le générique masculin sera adopté dans ce manuscrit en dépit de l’inconfort ambigu qui ne peut
pleinement jouir des facteurs pragmatiques (économie typographique, raison de lourdeur) sans
penser au silence symbolique du genre…
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« Se dit d'une personne ou d'un groupe dont la langue maternelle ou la langue
d'usage (celle qui est parlée à la maison) est autre que la ou les langues
officielles du pays où il se trouve.
Les identités, au même titre que les culturalités, les langues et les
appartenances se cumulent à l’instar de la désignation plurielle choisie pour parler du
groupe de recherche. La pluralité est en effet intrinsèque aux individus dont les
complexités en font à la fois des subjectivités uniques et des acteurs de collectifs.
BLANCHET & FRANCARD (2003-a : 24) rappellent que les « appartenances sont
normalement multiples pour un seul et même individu ». Toute nouvelle construction
d’appartenance produit une redéfinition plurielle d’où une « synthèse » avec les
identités préexistantes, réactualisées, repensées. Or, en demandant explicitement
aux enfants rencontrés de se définir eux-mêmes, je leur impose indirectement de
poser un regard sélectif et hiérarchique face aux pluralités qui les constituent, qu’ils
s’imaginent, qu’ils s’approprient ou que je leur attribue. Outre les contraintes propres
aux interactions verbales où chaque interlocuteur se prescrit, ou ressent, une
certaine pression quant à ses performances et intelligibilités, la situation d’entretien
circonscrit les productions à des implicites quant aux temporalités, aux rôles
distribués et aux attentes mutuelles. Si je me suis permise de leur demander de
s’identifier, il convient d’expliciter – convaincue de la plus-value d’une approche
critique telle que définie par HELLER (2002-a) – à partir de quelle(s) posture(s)
conscientisée(s) je le fais, pourquoi, comment et quels potentiels j’y relie avec le
souci de contribuer aux connaissances sociales, interculturelles et éthiques.
1
Le grand dictionnaire terminologique. Source : OQLF, 2005. URL :
[[Link] Interrogé le : 11/01/08.
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Introduction générale
1
Cf. Ch. II-2.3.1.
2
Désormais désigné comme tel. Pour une problématisation de la notion, cf. Ch. VII-1.3.
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ne doit pas occulter l’« autre Canada français » 1. Les espaces francophones au
Canada ne se limitent pas au Québec et cette désignation altéritaire n’est pas sans
rappeler que la reconnaissance d’une force située insinue forcément quelque part la
production assumée d’une force « minorisée ». On reconnaîtra donc l’incomplet des
regards lorsque l’insistance est faite sur l’exception québécoise mais cela ne se veut
pas dans une verticalité quelconque par rapport aux francophonies canadiennes et
autres. Les terminologies employées reflèteront d’ailleurs le compromis difficile (et
parfois interrogeant) entre celles observables dans les supports discursifs du terrain,
celles observables sur d’autres terrains et celles qui me semblent personnellement
moins minorantes. HALL (2007 : 306) parle de ces termes, tel celui de « race », qui
s’emploient désormais « entre guillemets » ou « sous ratures » : « Ce changement
épistémique est l’un des plus disruptifs du multiculturel ». Il est vrai que les
catégorisations démographiques qui répertorient les « communautés culturelles »,
« communautés noires », « minorités ethniques », « minorités visibles » peuvent
causer une certaine gêne. Outre l’appréciatif subjectif, les groupes ainsi désignés se
retrouvent, au Québec comme au Canada, parmi les plus affectés par les
phénomènes de discrimination raciale, de représentations stigmatisantes et
d’exclusion (CDPDJ, 2006-a ; 2006-c : 5. D.C. ; BOURHIS, MONTREUIL & HELLY,
2005 : 6). Or, nous le verrons, les comptages et catégorisations découlent
initialement de politiques de discrimination positive (« La loi sur l’équité en matière
d’emploi », MINISTERE DE LA JUSTICE, 1995. D.C. ; ARMONY, 2003 : 209).
L’approche qualitative complexe des notions de « minorité » les situe au sein de
systèmes où les lectures sont réversibles (voir aussi BLANCHET, 2005). Ce qui
invite aussi à questionner leurs interprétations démocratiques et ethno-
sociolinguistiques (Chapitre IV). Site complexe, selon HELLER (op. cit. : 150-164),
pour l’examen des pouvoirs et des identités, le Canada français sera questionné à
travers les légitimités et minorités qui se construisent au seul territoire québécois.
Posons d’emblée les limites de ces constructions sociales et par conséquent les
nôtres :
« Du point de vue éthique, il est devenu plus difficile d’asseoir la légitimité d’une
politique linguistique comme la Charte de la langue française et, de manière plus
générale, de la protection de certains traits identitaires trop étroitement associés
au parcours historique francophone. » (BEAUCHEMIN, 2006 : 136).
1
Expression observée en situation informelle pour inciter à (re)penser la francophonie canadienne
autrement qu’à travers l’unique référence au Québec. N.D.T. : février, 2007.
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saisies par l’enfant pour afficher ou non ses répertoires culturels et linguistiques
(Chapitre VIII). Bien que distinctement individualisés, les enfants sont
administrativement reliés (identification formelle et placement en CA) et eux-mêmes
se relient (groupes d’appartenances, modes de reconnaissance) en tant qu’« enfants
du voyage ». Ils réactualisent en discours les traversées qui ont ponctué les
épisodes de leur vie avec les déplacements symboliques quant au groupe
« famille », aux réalités « ethno-sociolinguistiques » et aux imaginaires
« métalinguistiques ». Leurs discours comportent des manifestations de consciences
plurielles (identitaire, ethno-sociolinguistique, normative, etc.) qui feront l’objet de nos
réflexions. On ne saura toutefois réduire aux seuls enfants migrants ces complexités,
problématiques ou compétences. La migrance 1 met aussi en jeu les enfants dits « de
la deuxième génération » d’où un regard par rapport aux modes d’auto-définitions.
Les phénomènes des redéfinitions identitaires sont plus généralement le propre de
l’acteur social au cœur, on l’a vu, de plusieurs dynamiques d’identités
socioculturelles et sociolinguistiques. Ce qui situe les enfants migrants dans
l’exception semble être l’accumulation de plusieurs facteurs perçus comme
déstabilisants, surtout à un jeune âge (Chapitre IX). En quittant leur pays natal, ils
sont effectivement séparés d’une partie de leurs réseaux familiaux et sociaux. A leur
échelle, ils doivent aussi « recommencer » leur vie. Nous verrons en quoi ils se
relient ou non à l’Autre, identifié notamment comme Québécois/Canadien, parlant
français/québécois, « blanc » de peau et mangeant du « jambon ». Conscients des
différences actées par les rencontres interculturelles, comment façonnent-ils leurs
(dis)continuités ? Chacun trouve le point de rencontre qui semble lui convenir ou pas,
le temps d’un jeu, d’un entretien, d’une activité de classe, d’une journée de cours.
Les interculturalités seront examinées sous l’angle de la (re)création et ce qu’elles
nécessitent en besoins situés (outils pédagogiques, plurilinguisme, enseignement du
FLC), (Chapitre X). Les discussions s’articuleront enfin autour du récit comme
perspectives éthiques, intellectuelles et interculturelles.
1
Cf. Introduction de la Partie III et Ch. VIII pour la notion de « migrance ».
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Introduction générale
Plusieurs notions clés, à la fois galvaudées dans les emplois usuels et hyper-
spécifiées en tant que technolectes, ont été évoquées ici et seront reprises tout au
long de ce travail. Ce qui invite à poser quelques balises étymologiques quant aux
approches avec lesquelles elles ont été choisies. Ces premières précisions se
veulent indicatrices car l’une des motivations réflexives est également d’interroger la
portée de ces notions et de leurs pouvoirs. Ici, le propos consiste à expliciter
comment, au départ, sont proposés les termes « migrant », « plurilinguisme » et
« identité ».
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« identité(s) » : le postulat de départ conçoit la notion en tant que
« processus permanent et dynamique », nourri, faisant partie et agissant dans un
« système de relations » (MUCCHIELLI, 2003 : 36). Lorsque le singulier est posé, le
terme renvoie alors à la « notion » processuelle en sus. Quant au pluriel, il implique
que le processus n’est pas, sur le plan quantitatif, le fait exclusif d’une action unique,
isolée, fixe ou absolue. Il implique aussi, sur le plan qualitatif, d’accepter l’altérité au
sein de la notion d’« identité ». En ce sens, il s’agit d’inclure l’« identité-imaginée » –
les idées et sentiments de permanence et d’unité identitaires, ceux de rupture et de
pluralité, ou encore ceux d’ambivalence et d’« alternité » 1 – conjointement avec
l’« identité-située » qui considère le phénomène identitaire comme étant contextuel
car « toujours inscrit dans une expérience de l’existence » (MUCCHIELLI, op. cit. :
37). Le pluriel permet aussi de faire référence aux sentiments d’appartenances
collectives et culturelles dont dépend l’individu pour se différencier et se relier aux
autres. On intègre donc au fait identitaire les actes, discours et représentations. Ces
dernières seront explorées à travers les manifestations discursives et identitaires.
Seront donc considérées comme interdépendantes et interreliées, « identités » et
« représentations » dont les caractéristiques recoupent et nourrissent celles des
identités :
1
Proposé pour désigner la permanence de l’altérité ou le fait de l’altérité.
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Introduction générale
« Contrairement à l’état civil, qui est une mémoire conservée par l’administration,
la carte d’identité est un document attaché à la personne, dont la fonction est de
prouver que celui qui le possède est bien celui qu’il prétend être. Bien que dans
les deux cas la vérité ultime soit dans le papier, la carte d’identité est plus proche
de la personne, lui collant à la peau. Elle est son double. Du point de vue de
l’administration, elle devient même l’original, dont la personne en chair et en os
n’est qu’un double. » (KAUFMANN, 2004 : 20).
Le contexte en question diffère de celui des enquêtes car les Québécois n’ont
pas de carte d’identité unique 1. Toutefois, les documents servant à l’identification des
individus dont, au Québec, la carte d’assurance maladie, supposent des opérations
de conformité semblables. Cela amène à (re)penser le processus ainsi que la
« notion » elle-même, également ancrée dans un jeu de pluralités. Les identités sur
papier peuvent faire partie des repères que les enfants reprennent. Enfin, le pluriel
des identités en en fait aussi un objet de réflexivité scientifique d’où l’idée d’une
identité théorisée, théorisable.
Projets
1
Au lieu d’une carte unique au Québec, plusieurs documents officiels permettent d’établir
l’identification formelle des citoyens. La carte d’asssurance maladie, par exemple, contient une puce
électronique avec les informations légales sur la personne. Voir aussi le mémoire présenté à la
Commission de la Culture de l’Assemblée nationale du Québec par Pierre Lemieux, 28 août 1997.
URL : [[Link] Mise en ligne : 22/01/08.
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d’observer en quoi le plurilinguisme peut être au Québec ce que BLANCHET (2006-
a. D.C.) propose à la Bretagne comme « projet de société ».
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PARTIE 1
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Introduction
« Un paradoxe fondamental opère au cœur de l’identité.
Elle est, […], ce qui nous rend semblable aux autres – nos
« semblables » – et en même temps différents. »
(LIPIANSKY, 1992 : 218).
1
Classes d’Accueil : programme d’études conçu par le ministère de l’Education, du Loisir et du Sport
du Québec regroupant les élèves allophones. Elles s’inscrivent dans la politique de francisation et
d’intégration des élèves migrants afin de faciliter leur transfert en classe ordinaire. Nous désignons
aussi les classes ordinaires par « classes régulières » (CR).
2
Expression employée dans la même perspective que BLANCHET (2000 : 90-1) qui ne situe pas le
chercheur au-dessus des autres ou détaché des « basses réalités ».
3
La réalisation de ce travail tient d’abord et avant tout de la collaboration entre codirecteurs et
doctorante d’où l’emploi parfois d’un « nous » faisant référence à ces coproducteurs. Toutefois, seule
l’auteure est responsable des faits exposés ici d’où l’emploi également du « je » et de la mention
d’une « chercheure principale ».
4
L’emploi du terme « sujet » dans ce texte se veut sans position d’autorité ou regard en surplomb. Il
s’agit plutôt de reconnaître l’Autre comme étant également le sujet d’un « je » dont il est responsable.
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propres convictions. Ce parcours de réglage du sens observé dans le
déploiement du discours révèle les programmes de sens disponibles chez les
énonciateurs, certains s’avèrent plus obligatoires ou plus fréquents (prototypes),
d’autres plus rares, plus occasionnels. » (FALL & BUYCK, 1995 : 91-2).
Dans notre cas, le point de départ coïncide avec une curiosité : comment les
enfants nouvellement arrivés au Québec vivent-ils leur nouvelle vie ? Si les angles
d’observation ou la démarche adoptés marquent la spécificité de ce projet de
recherche, les questionnements pluri-identitaires, plurilinguistiques, etc. auxquels il
s’attache relèvent du plus « banal » chez l’homme. Se profile dès lors le défi
principal du « comment construire du sens autour de la banalité » ?
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Partie 1 – Introduction
Autre fait non exceptionnel, l’« unique » est le propre de toutes les entités
sociales dans la mesure où deux entités ne peuvent être mesurées à l’identique.
Lorsque nous estimons que notre projet présente certaines configurations peu
usitées, minorées ou plus complexifiées, nous entendons donc souligner son
« individualité ». La mise en exergue se veut sans élévation avec l’auto-attribution
d’une rareté fantasmagorique mais toujours avec la conscientisation de l’unique des
autres. Malgré des influences ou constructions communes, aucun agglomérat de
conditions spatio-temporelles, socio-historiques, etc. ne peut réellement équivaloir à
un autre. De même, la mise en relation de deux ensembles n’est pas sans incidence
d’inter-influence quelconque. Observables et chercheurs ne peuvent donc être
interchangeables sans entraîner de modifications dans les résultats d’analyse.
L’évacuation de l’intersubjectivité rejoint l’approche « technolinguistique » définie par
ROBILLARD (de) (2007-b : 112) :
1
Notation du fait de l’auteur et utilisée lorsque considéré dommageable de distinguer « langue(s) »,
« langage(s) », « discours » (ROBILLARD (de), 2007-b : 50). Le L théorisé par l’auteur entend les
phénomènes, activités et systèmes linguistiques/langagiers, discursifs sous une implication interactive
et radicalement écologique, ce qui attribue aux observateurs de ces mouvances plusieurs voies
d’accès (op. cit. : 98-100).
2
Hypothèse pariant sur la réalité de Langues Stabilisées, Décontextualisées, Déshistoricisées,
Homogénéisées (LSDH). (ROBILLARD (de), 2007-b : 79).
3
Voir aussi ROBILLARD (de), 2007-b : 15, 113-7 ; RICOEUR, 1996 : 409.
31
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Penser la recherche comme une construction relative et discutable exige une
explicitation des prises de position ayant mené à la production scientifique afin de
lever toute ambiguïté interprétative. C’est l’objet du Chapitre II dans l’explicitation des
notions repères « langues », « représentations » et « enfants migrants ». Enfin, le
Chapitre III met en avant le préconstruit qui a pu influer sur les volontés d’implication,
de questionnement et de contribution présentes. A cet effet, un descriptif du corpus
est également proposé. Cette première partie vise ainsi à problématiser le
cheminement suivi ainsi que les positionnements « individualo-scientifiques » choisis
afin que tous les paramètres conditionnant ce travail soient à disposition, à leur tour,
de leurs observateurs.
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CHAPITRE I
Fondements éthiques
1
Edgar MORIN (1990). Introduction à la pensée complexe. Paris : ESF ; 21.
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« […] l’attitude épistémologique de ce paradigme repose sur la volonté de
produire des connaissances spécifiques aux sciences humaines et sociales à
travers une attention particulière portée aux acteurs et aux significations. Il met
aussi en avant trois principes : le principe dialogique (le dépassement des
antagonismes dans une construction supérieure), le principe de récursion (les
effets circulaires et en boucle affectent tout phénomène humain), le principe
hologrammique (qui met en évidence que le tout est dans la partie comme celle-
ci se retrouve dans le tout). » (MUCCHIELLI, 2004-b : 23-4).
« Les trois principes d’une pensée complexe sont le dialogisme (intégration des
paradoxes et antagonismes binaires dans un ensemble tiers : une situation de
relations dialogiques entre deux langues est un ensemble à la fois concurrentiel
et complémentaire), la récursivité (rétro-action en hélice puisqu’il s’agit de penser
des systèmes ouverts et évolutifs et non une causalité linéaire : les pratiques
linguistiques engendrent et permettent les codes linguistiques qui engendrent et
permettent les pratiques linguistiques), l’hologramme (le tout est dans la partie
qui est dans le tout… : toute société est dans la langue qui est dans toute la
société qui…) » (BLANCHET, 2005 : 28-29).
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Chapitre I – Fondements éthiques
1.1.1. Renversements
Le paradigme de la pensée complexe offre différentes approches qui nous
semblent fécondes pour (ré)investir le tissu social québécois et les rapports ethno-
sociolinguistiques qui s’y observent. Les défis et intentions d’observation se profilent,
à ce stade du projet, dans les exemples d’appropriations et de renversements
suivants des trois principes de la pensée complexe (cf. supra) :
récursivité et analyses des données : investir les idées énoncées, revenir aux
conditions d’entretien, réinvestir les idées sous forme de coproductions
négociées, réviser les premières impressions, (ré)alimenter les analyses et
interprétations, revoir les conceptualisations proposées, (ré)élargir les lectures
possibles… ;
1
Cf. Ch. IV-2.3 et 2.4.
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
« La complexité, c’est aussi l’idée qu’il y a une progression mutuelle entre
l’ignorance et la connaissance. Cette progression change le caractère de
l’ignorance. Elle nous fait accéder à la connaissance de la connaissance,
laquelle nous fait connaître l’ignorance et nous fait dépasser l’ignorance de
l’ignorance. » (MUKUNGU KAKANGU, op. cit. : 175-176).
1.1.2. Adaptation(s) 1
Nous acceptons le terrain en tant que réservoir de ressources dont une partie
peut nous être accessible de par des outils de saisie (enregistrements mémoriels et
techniques). Dès lors, tout travail d’enquête qui consiste à « recueillir » 2 des
ressources pour en faire des données de recherche requiert une adaptation de l’outil
à l’objet. Il s’agit d’un processus à trois temps entre l’objet ressource, l’outil adapté et
l’observable qui en résulte. Dans cette optique, le sujet chercheur doit mettre les
méthodes prédéfinies à l’épreuve des spécificités de son terrain. Ce qui lui accorde
1
La combinaison singulier-pluriel renvoie à l’« adaptation » en tant que principe d’action et aux
« adaptations » en tant qu’actions visées.
2
Lorsque le terme s’applique aux données du corpus, il n’implique pas une démarche de « capture »
ou de « prélèvement » aseptisés visant à – pour employer l’image dominante du travail des
chercheurs – ramener au laboratoire les échantillons considérés comme « authentiques » ou
« idéaux ». Il est plutôt employé pour évoquer la sélectivité qu’opère forcément le chercheur sur le
terrain face à l’infini et à l’insaisissable des observables ; et d’une manière ou d’une autre (notes de
terrain, enregistrements, mémorisations…), il repart avec les matérialisations de ces observables.
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre I – Fondements éthiques
1
Voir aussi la notion de « réflexivité », Ch. I-3.2.4.
2
Principe dialogique, de récursion et hologrammatique (MUCCHIELLI (dir.)., 2004 : 23-4).
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autrui à un seul trait et le considère dans sa multidimensionnalité. » (MORIN, 2004 :
127).
Compte tenu de cette variabilité complexe et signifiante qui est reconnue aux
hommes et à leurs réalités, l’approche est également « critique » au sens de
HELLER (2002-a). Quelques articulations de base sont donc prises en compte afin
d’établir un lien de cohérence entre les actes et intentions de recherche. En
réadaptant ces questionnements à notre étude, il en découle trois axes
fondamentaux :
1
Cf. aussi Ch. I-2.1.3 ; les « compromis de recherche » (Ch. III-2.4) et les négociations
terminologiques ou conceptuelles (Ch. VIII-3.1).
38
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Chapitre I – Fondements éthiques
1
Formations, missions ainsi que l’équipement technique, financier et logistique lui permettant de se
consacrer à son travail.
2
« Pour mener à bien un projet de recherche, le chercheur lit les revues scientifiques, définit son sujet
de recherche, identifie une problématique, établit un protocole et réalise des expériences » (CNRS,
2005 : 14. D.C.).
3
Ici, il est question des diffusions auprès des radios, journaux, musées, télévisions, etc., afin
d’expliquer les travaux et leurs applications. (CNRS, 2005 : 15. D.C.).
4
Il s’agit de la contribution au dynamisme de la communauté scientifique.
5
Rôles d’encadrement d’équipes et de directions de projets.
6
URL : [[Link] Mise en ligne : 5/06/07.
39
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Sur le plan de la diffusion, la conscience professionnelle entend sortir de la
circularité des communications scientifiques produites et destinées dans le but
exclusif de se reproduire au sein du même réseau. Nous verrons plus loin dans
quelle mesure nous nous sommes attachés à réaliser ces échanges « hors circuit »
(cf. Ch. I-1.3). En veillant à l’explicitation des méthodes et à l’accessibilité des
analyses, la difficulté consiste à calibrer le rendement en fonction du lectorat visé. La
notion de « transparence » devient alors enrichissante en tant que moyen
d’ouverture et d’adaptation en réponse à des demandes sociales exprimées ou
anticipées. Or, la capacité du chercheur à être réceptif au sociétal implique une
sensibilité qui est souvent dissonante avec le fantasme de la « scientificité ».
Réfléchir sur les phénomènes sociaux dans une visée critique fait de la
recherche qualitative une activité humanisée dans le sens de « problématisée » pour
articuler les fondements pragmatiques (production matérielle, professionnelle,
institutionnelle) à ceux davantage symboliques (formation intellectuelle,
interculturelle, interpersonnelle). L’humanisation inscrit aussi la recherche dans un
contexte donné et donc limité, d’où l’intérêt des efforts d’explicitation quant aux
caractéristiques des conditions de sa production. En l’occurrence, ce projet est
réalisé dans le cadre d’une thèse doctorale en université française. Financé et
cumulé à des fonctions d’enseignement 1, il est indissociable des regards que je peux
porter sur la science en général. Ces conditions premières d’immersion dans le
milieu professionnel de la recherche m’amènent ainsi à y associer les enjeux de la
compétitivité avec un rapport contraignant à la temporalité. Les choix de méthode,
d’intervention et de thématiques intègrent également cette dynamique d’influences
croisées d’où sa part d’individualité. C’est ce qui est visé à travers l’expression
« recherche située » qui relie toute approche proposée à son caractère non absolu.
1
Allocation de recherche, monitorat et poste d’A.T.E.R. (Attaché Temporaire d’Enseignement et de
Recherche).
40
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre I – Fondements éthiques
On peut être gêné par le terme « manipulations » dès lors où les phénomènes
ethno-sociolinguistiques représentent, appartiennent et proviennent de personnes.
Néanmoins, les spécificités intersubjectives s’inscrivent bien dans l’optique de la
pensée complexe où le sens résulte de co-constructions. L’intersubjectif donne
pouvoir aux sujets chercheurs et informateurs pour agir par et dans la recherche. En
termes de méthode(s) et de posture(s), les principes de « qualitativité »
responsabilisent aussi le sujet chercheur dans l’adaptation de ses savoirs et savoir-
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faire à ses objectifs de production BLANCHET (2000 : 31) :
Ce qui s’applique moins à notre projet de recherche est l’idée d’un sens à faire
« surgir » (si l’on y entend que le sens en question serait caché, non visible ou non
intelligible pour autrui). Le matériau est social et langagier, je considère donc qu’il
« fait sens » pour autrui. Les significations et interprétations peuvent différer mais
l’accès au sens, au moment de l’interaction ou après, n’est pas le propre du
chercheur. L’informateur peut également repenser aux échanges pour tenter, avec le
recul, de déconstruire et de reconstruire d’autres sens. Pour nous, le sens est certes
« structurant et structuré » (ibid.), il est également en cours de structuration, d’où
l’importance de la réflexivité dans le processus de la recherche. Il est sans cesse en
reconstruction. Dans cette perspective, il est davantage « co-construit » qu’il n’est à
faire « surgir ». Le sens visé peut être pluriel et il n’en est qu’un parmi d’autres, à la
fois focalisateur sur un point et partiel par rapport au tout. Le(s) sens co-construit(s)
appartien(nen)t à un système de sens. Dès lors, les « techniques » d’analyse se
veulent critiques et complexes avec les « renversements » (cf. Ch. I-1.1.1). On y
réinvestit ce qui a été pensé, dit, vu, écrit, compris (ou pas). Le produit qui en résulte,
sens accessible à plusieurs et renversable, ainsi que le rapport à celui-ci portent les
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Chapitre I – Fondements éthiques
« Il nous faut donc concevoir les langues comme des constructions sociales
mouvantes, des pratiques fluctuant sans cesse autour de ce que nous pourrions
appeler des « noyaux durs », des pratiques en constant changement, en
constant mouvement. » (CALVET, 2007 : 61).
D’un point de vue plus général, les travaux scientifiques en tant que tels sont
également inscrits dans un système d’influences pluridimensionnelles, par exemple
d’ordre socioculturel, historique, politique, institutionnel, académique, etc. Les
« sciences » sont effectivement assujetties aux courants qui définissent leurs
conditions de production. Qu’ils s’inscrivent en conformité ou pas, ils suivent d’une
manière ou d’une autre des préoccupations (ou des non préoccupations) situées :
De même que les questions qui l’ont initié, ce projet suit les modèles
contemporains du champ disciplinaire auquel il appartient. L’influence des
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« consciences ethnoculturelles », par exemple, explique sans conteste les axes
d’observations définis. Inversement, les sciences agissent sur les phénomènes du
monde. C’est donc conscient de cette réciprocité que le chercheur peut endosser la
responsabilité de ses interventions et de leurs limites. Une recherche située est en
effet limitée (non exhaustive, non représentative, non absolue, imparfaite…). Or,
l’acceptation de ces limites revient également à assurer sa propre continuité :
projections possibles des projets en cours. Cela reconnaît aussi les potentialités de
la recherche en adéquation avec des applications diverses mais ciblées afin d’en
faire des projections réalisables. La réutilisation des ressources (observables,
matériaux, corpus, etc.) permet aussi de reconnaître leur « valeur patrimoniale » et
civique en contribuant à « faire perdurer le travail interprétatif » (RIGOT, 2007 : 187).
Les actes de diffusion scientifique invite pertinemment à croiser les regards car le
défi nous semble toujours profitable lorsqu’on tente de regarder la même chose
autrement.
1
L’emploi du singulier est choisi ici pour renforcer l’idée d’exhaustivité et d’unicité.
2
Voir aussi BLANCHET, 2000 : 88-93.
44
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Chapitre I – Fondements éthiques
Conférences et séminaires
Questionnements proposés Manifestations
ème
- Faut-il parler français pour être Québécois ? - 15 biennale de l’ACQS
(Boston)
- Comment les enfants migrants plurilingues - colloque sur le Québec (Denton)
vivent-ils le français ?
- Quelles dynamiques langues-identités à - séminaire de recherche
travers l’exemple de jeunes migrants au (Rennes)
Québec ?
- Quelles constructions entre migrance et - formation doctorale (Rennes)
francophonie au Québec ?
- Quels choix méthodologiques pour une étude - école doctorale Franco-
de cas sociolinguistique sur le terrain Algérienne (Rennes)
québécois ?
Tableau 1
1
Cf. Ch. III-3 ; sur l’expression « observables-ressources », voir aussi Ch. II-1.2.3.
45
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Ecriture 1
Débats ou points de sensibilisation visés Revues ou sites Internet
- L’identité et le plurilinguisme en tant qu’objets subjectifs - Traverses
- Francophonie et identification québécoise - Cahiers de l’Institut
Linguistique de Louvain
- Rôle des représentations et apprentissage des langues - Science-Ouest
- L’identité plurielle et son acceptation sociale - tolé[Link]
- L’appropriation d’une identité minoritaire malgache - [Link]
Tableau 2
Echanges, débats
Thématiques abordées Manifestations
- Culture québécoise - « Rendez-vous stratégiques » de l’INM 2
- Racisme à l’embauche - ciné-débats de l’Office National du Fillm et l’INM
- Formation à l’interculturel - conférences-midi de l’Université de Montréal
Tableau 3
Subventions
Organismes d’appui 3 Contributions
- CEETUM - stages doctoraux
- ACQS - diffusion et subventions financières
- CCIFQ - subvention à la mobilité
- Gouvernement du Québec - subvention à la mobilité
- CSDM - archives documentaires
Tableau 4
Collaborations
Coproducteurs Coproductions
Virginie Doubli-Bounoua « Plurilinguisme factuel et francophonie institutionnelle :
Didactique des Langues, Analyse sociolinguistique pour une approche
Université de Montréal contextualisée de la didactique des langues. » (Article)
Céline Peigné, « Recherches empiriques et sociétés en mutation :
Sociolinguistique, questionnements autour de la notion d’« altérité » et des
Université de Tours négociations de corpus en Afrique du Sud et au
Québec. » (Communication en conférence)
Tableau 5
1
Le terme « texte » renvoie aux documents de sensibilisation qui se diffèrent des articles
scientifiques. Cf. section D.C. de la bibliographie pour les références complètes des « textes ».
2
Institut du Nouveau Monde. URL. [[Link] Mise en ligne : 22/01/08.
3
Outre le MENESR et le CIES qui ont encadré ce projet, il s’agit des organismes qui ont été contactés
pendant l’élaboration de la recherche et qui ont accepté de collaborer. Voir liste des acronymes.
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre I – Fondements éthiques
1
Classes régulières.
2
Wilfred CARR et Stephen KUMMIS (1983). Becoming Critical: Education, Knowledge and Action
Research. Brighton, Sussex : Falmer Press. Référence citée dans LAPASSADE, 1993.
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
2. QUELS RAPPORTS A L’AUTRE ?
2.1. Inégalités
1
Cf. Ch. I-3.2.
2
Le caractère informel renvoie ici à une démarche interactionnelle où l’enquêteur met en oeuvre des
modes d’observation sous forme de rencontres ou d’échanges et où il s’efforce de mettre les
personnes observées à l’aise. Voir aussi GADET, 2003.
3
Dans le cadre de ce projet, nous ne distinguerons pas formellement le récit du discours identitaire en
considérant que tous deux constituent des formes de productions et expressions individuelles des
identités. Cette indistinction est certes limitative mais l’objet de nos analyses réside moins dans
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre I – Fondements éthiques
l’organisation énonciative (ou pas) des mots de la langue que dans l’interprétation sociale,
intersubjective de leur emploi informel. Sur les approches énonciatives du récit et du discours, voir,
par exemple, MAINGUENEAU (1999 : 75 et 84).
1
Cf. Ch. II-2. pour une explicitation plus détaillée de l’expression utilisée.
2
Sur l’incidence langagier ou rhétorique dans la hiérarchisation de l’entretien, voir aussi KAUFMANN,
1996 : 47.
3
Nous désignons également les entretiens oraux en groupe (E.O.G.) par « atelier » ou « entretien
collectif ». Cette forme d’observation s’apparente aussi aux « sessions en groupe » (GADET, 2003),
cf. Ch. III-3.3.3.
49
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judicieuse in situ à l’égard d’un profil donné, dans une situation donnée 1. En effet, le
risque de perturbation était réel d’autant plus que la provocation implicite pouvait
instaurer un sentiment de gêne auprès des autres participants, y inclus moi-même.
Le temps limité pour réaliser les entretiens justifie en outre le choix de ce renvoi. En
somme, les modalités de domination sont surtout changeantes, pouvant s’inverser
au cours d’une même situation d’interaction. Au-delà de la mise en scène de deux
acteurs aux statuts différents, les entretiens organisés mettent aussi en relation deux
niveaux générationnels, d’où une deuxième source d’inégalité.
1
Une autre configuration avec d’autres profils aurait sans doute engendré d’autres réactions.
2
Ces images sont d’ailleurs comparables à celles communément attribuées aux migrants (cf. Ch. V-
1.2).
3
Il s’agit d’élèves identifiés comme étant en difficulté relationnelle par des enseignants. Ces derniers
décrivent, par exemple, les élèves comme suit : « Elle est très réservée, gênée. », « Il est agressif,
surtout au jeu. Il est mauvais perdant. », « Elle est très spéciale ; elle dérange les autres ; elle a de
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Chapitre I – Fondements éthiques
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où je propose des mots (et donc des éléments de réponses) devant les hésitations
ou le silence des participants. Le rapport de domination charge donc l’adulte de la
maîtrise des échanges. Sachant qu’ils sont plus jeunes et plus récemment arrivés
dans l’espace des pratiques francophones, je réalise que j’ai souvent proposé des
formules ou des reformulations. A l’image de l’extrait d’entretien suivant, mes
questions peuvent aussi comporter des restrictions quant à l’étendue des réponses
possibles :
Extrait 1
206. (E) : et tu as… tu étais contente ou tu étais triste ?
207. (I1) : conte… j’étais contente /
208. (E) : et tu as trouvé ça beau ou pas beau ?
209. (I1) : beau /
[E.O.G. 02_04 ; (F : 7A, F : 8A, F : 7A) ; CA3] 1.
1
Les entretiens sont référenciés selon les indications suivantes : [Type d’entretien. Date-mois ;
(Sexe : âge de chaque participant) ; classe]. Les types d’entretiens sont les E.O.I. (Entretien Oral
Individuel), les E.O.G. (Entretien Oral en Groupe) et les E.O.C. (Echange Oral avec la Classe).
Cf. Ch. III-2.4 ; voir aussi le « décodage des entretiens » dans Vol. 2.
2
« L’expérience (générique) oppose l’expérimentation (manipulation, hiérarchie) à l’expérienciation
(participation, parité). » (ROBILLARD (de), 2007-b : 32).
52
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Chapitre I – Fondements éthiques
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
l’observation ethnographique 1. Dans le cas des rencontres avec les enfants pour ce
projet de recherche, l’un des défis majeurs consistait à s’imprégner et à intégrer leurs
espaces de références. Par exemple, les émissions de télévision citées ne m’étaient
pas toujours familières d’où la difficulté ensuite à réagir en réponse à la référence
produite. L’individualité des références et des rapports à celles-ci empêche aussi
toute généralisation, ce qui exige un effort particulier d’adaptation. Une référence
peut ainsi paraître appropriée pour l’un avant d’être rejetée par l’autre. L’emprise que
peut avoir l’adulte sur l’enfant s’en trouve donc relativisée. La mise en situation lors
des entretiens oraux illustre à juste titre cette relativité face à l’inadéquation
référentielle. Les participants étaient invités à imaginer ce qu’ils feraient d’une
baguette magique ou de pouvoirs magiques 2 : souhaiteraient-ils la refonte de toutes
les langues du monde en une seule et même langue pour tous ? L’aisance avec
laquelle plusieurs se sont prêtés au jeu laisse croire en la maîtrise et la pertinence de
la mise en situation ; or, deux types de réactions montrent comment l’enfant peut
refuser les termes de l’échange proposé. De par un excès d’enthousiasme, une
première réaction consiste à s’écarter des règles pour se les approprier et en
produire de nouvelles. En l’occurrence, elles sont d’ordre comportemental et
bouleversent les codes initiaux de l’interaction :
Extrait 2
184. (E) : d’accord / alors maintenant on va fermer les yeux on va imaginer qu’on a
des pouvoirs magiques comme « Superman » comme « Batman » / on a
des pouvoirs magiques / on peut transformer les choses / on a de la magie /
185. (I1) : ouais ! (il s’enthousiasme et se lève pour faire « Batman ») /
186. (E) : (envers (I1)) doucement / [schhh] / (un rappel au calme pour pouvoir se
concentrer sur la suite) /
187. (E) : (reprise, vers l’ensemble) …et tu as la possibilité… maintenant tu peux
ouvrir les yeux / tu as la possibilité… ((I1) est toujours debout et joue à
« Batman ») /
[E.O.G. 01_02 ; (G : 10A, G : 9A, F : 9A) ; CA2].
1
Cf. Ch. II-2.2.1 ; III. 3.3 ; BLANCHET, 2007-b et 2007-d ; HELLER, 2002-a ; LAPASSADE, 1993.
2
Cf. ARMAND & MARAILLET, 2006 ; MARAILLET, 2005.
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Chapitre I – Fondements éthiques
Extrait 3
253. (E) : et si tu avais des pouvoirs magiques comme euh… un… « Batman »… ou
« Superman »… /
254. (I) : ah ! (grimace) c’est pour bébé ça !
255. (E) : oui ben imagine t’as des pouvoirs magiques et… / (devant la grimace
plaintive de (I), rires) /
256. (I) : je fais rien ! (rires)
[E.O.I. 28_01 ; (G : 11A½) ; CA1].
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Extrait 4
79. (I) : parce que… je sais pas parce que ma mère elle me dit que je suis
Canadien et Chilien mais… mais… mais pour vrai y a… on dirait que
personne m’a demandé ça /
[E.O.I. 03_05 ; (G : 12A) ; CR1].
Comme tout sujet agissant en société, nos informateurs sont soumis aux
nécessités sociolinguistiques communicationnelles et relationnelles et se détachent
rarement des opérations concernées pour en dégager des problématiques. Il est vrai
que si nous nous interrogeons sur nos habitudes, c’est souvent en réaction à une
confrontation pouvant introduire la distance requise. En l’occurrence, la situation
d’entretien dispose du temps et de l’espace appropriés pour l’auto-observation.
Plusieurs précautions ont été envisagées afin que les participants prennent
conscience de leur propre expertise et de l’intérêt de ce qui peut leur sembler
banalement routinier. L’attitude correctrice face au langage, par exemple, a été
évitée car elle peut induire des blocages chez l’informateur avec la peur du ridicule
ou de la sanction. Je ne suis intervenue, sous forme de suggestions, que lorsqu’une
ambiguïté pouvait obstruer l’intercompréhension. Je pouvais aussi être sollicitée pour
aider à trouver une expression précise mais les requêtes de ce genre étaient
bidirectionnelles. A mon tour, je les consultais pour m’assurer également de la clarté
de mes propos. L’un des paramètres les plus stratégiques dans l’égalisation des
pouvoirs réside toutefois dans la distribution des prises de parole, ce qui a
particulièrement été mis à l’épreuve lors des entretiens en groupe (E.O.G.). La
répartition des temps de parole et d’écoute y est effectivement décisive au risque
que le monopole discursif n’étouffe les échanges. Les profils les moins confiants
pouvaient aussi être réticents à parler avec l’impression d’être inintéressant si je
n’accordais pas une attention plus ou moins équivalente aux différents participants.
Lors de la composition des groupes, les éventuelles compatibilités ont d’ailleurs été
prises en compte selon les degrés d’aisance en public. On peut dire que la volonté
était de former des groupes dont les participants relèvent « d’un réseau social
serré » (GADET, 2003), dans la mesure où ils partagent un certain nombre de
caractéristiques factuelles 1 (groupe d’âge, classe, CA, migration). Des
caractéristiques psychosociales ont également aidé à créer les groupes mais elles
ont été considérées avec prudence car obtenues des seuls portraits offerts par les
enseignants ou déduits des observables du terrain. Explicitons d’emblée que cette
1
Sur la relativité des identifications d’apparence factuelle, voir Ch. VIII-1.2 et 1.3.
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Chapitre I – Fondements éthiques
2.2. Engagements
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du consentement éclairé, de l’évaluation des avantages et des risques pour les
participants, du choix juste et éclairé des participants et de la confidentialité des
données recueillies. » (SAVOIE-ZAJC, 2004 : 78).
Les trois valeurs qui seront traitées ici sont l’anonymat des identités, la
disponibilité du chercheur et la clarté des consignes.
1
Voir Ch. II-2 pour une explicitation de la notion « représentations ».
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Chapitre I – Fondements éthiques
1
Extrait du document d’accompagnement à l’activité pédagogique « Les minorités ethniques et
visibles dans l’industrie du divertissement. » Activité proposée par le Réseau Education Médias,
2005 : 7 p. Voir aussi l’URL : [[Link] Mise en ligne : 04/05/06.
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investissement mutuel mais au-delà des obligations de recherche, les retours
proposés relèvent aussi d’un souhait de reconnaissance personnelle. Par exemple,
des autoportraits ont été numérisés afin d’en faire un collage récapitulant les
principes de l’enquête et présenté sous forme d’affiche décorative pour l’école (cf.
Annexe 1). Suivant la proposition de la Direction, chaque classe participante a reçu
un exemplaire de l’affiche en guise de remerciement. En outre, les textes qui ont pu
être rédigés ont aussi été communiqués à la Direction. Enfin, lors du dernier séjour
réalisé en février-mars 2007, les membres de la Direction ont soumis plusieurs
questions de précision quant aux thématiques soulevées par les données recueillies.
Cependant, les perspectives d’analyse n’étant pas encore approfondies, elles ne
pouvaient être discutées avec eux. Un diaporama 1 de synthèse a donc été présenté
et a servi de support aux échanges sur différents points, dont les préoccupations
situées concernant les élèves en CA. Malgré leur incidence certaine sur nos
connaissances et interprétations du milieu, le contenu de ces productions informelles
ne peut être explicitement divulgué sans l’autorisation des auteurs en question. Ce
qui relève de l’éthique de l’honnêteté.
« J’aime travailler avec des beaux outils, alors je fais attention au matériel de
l’école. »
1
Sur support « Power Point ».
2
Commun à tous les élèves, l’agenda est fourni par l’école et sert d’outil de communication école-
foyer par excellence. En France, il est comparable au cahier de texte.
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Chapitre I – Fondements éthiques
ENGAGEMENT DE L’ELEVE
________________________________________________________________
_______
Signature de l’élève
Date _______________________________
« je vais rester avec vous à l’école et en classe pour voir comment se passe
une journée à l’école [X] » (observations participantes) ;
« un questionnaire écrit sera aussi distribué pour mieux vous connaître »
(sondage écrit) ;
« vous pouvez faire un dessin de vous » (autoportraits) ;
« ceux qui veulent et qui ont obtenu l’autorisation des parents peuvent
participer à des entrevues ou à des ateliers de discussion avec moi »
(entretiens).
Il s’agit là d’une typologie illustrative car les formulations ont évidemment varié
en fonction des classes (CA vs CR), des éventuelles questions et des présentations
effectuées par les enseignants au préalable. L’idée commune était de détailler les
1
Voir aussi Ch. IV-1.2.
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activités d’enquête aux élèves bien que certains choix de termes ne paraissent pas,
avec le recul, des plus satisfaisants. En disant « je vais rester avec vous […] pour
voir comment se passe […] », le statut d’observateur est empreint de passivité
distante et risque alors d’être assimilé à celui de l’évaluateur. Sans doute, des
tournures comme « apprendre » ou « pouvoir connaître » auraient été plus
appropriées pour insister sur la visée non normative. Toutefois, les donnes du terrain
peuvent atténuer ces impressions d’autorité exclusive car de nombreuses
appréhensions (déranger les classes, essuyer des refus, susciter l’indifférence aux
questions) signifient en contrepartie la vulnérabilité du chercheur.
2.3. Limites
Autres rappels à l’humilité, certaines décisions ne s’avèrent pas être les plus
fructueuses alors que certaines convictions se heurtent à des relativisations. En
reconnaissant les failles stratégiques, nous tenterons nonobstant de faire valoir la
validité constructive des choix opérés.
1
Direction de l’école, correspondance par courriel du 14/01/08.
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Chapitre I – Fondements éthiques
1
Cf. aussi Ch. VIII-1.2.3.
2
Sur ce point, voir aussi Ch. I-3.3.3.
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autres. Les échanges se sont donc basés sur le respect et la légitimité de la parole
de chacun avec, par exemple, la consigne de lever la main pour signaler que l’on
souhaitait intervenir. Ce geste fait partie des rituels du comportement scolaire et n’a
donc pas posé de difficulté d’appropriation. Il était cependant de mon ressort de
considérer toutes les sollicitations de manière proportionnelle et cohérente. Cette
attention était sans doute la plus délicate compte tenu des incidences qu’elle pouvait
engendrer sur les dynamiques des échanges, ou encore sur l’émotivité des
participants. Enfin, si le dogme de l’altérité et le sentiment de responsabilité qu’il
confère peuvent insuffler une vision déontologique empreinte d’une candeur certaine,
la charge est acceptée au titre de chercheure en début de parcours. Par rapport aux
postures plus nuancées ou plus longuement soupesées au fil des travaux accomplis,
je prends conscience de mon manque certain d’expérience. Il ne s’agit pas d’excuser
une idéologie naïve de la responsabilisation sous couvert de l’initiation mais d’en
assumer l’éventuelle imputation. En décrivant les rapports et limites à la scientificité,
les expériences ayant pu être construites jusque-là servent certes d’appui mais force
est néanmoins de constater leur modestie. La définition d’un projet longitudinal dans
la recherche offre donc des intérêts continus dans l’enrichissement et le
renouvellement des connaissances et des expériences. L’approche critique
qualitative évalue ainsi la potentialité des travaux de production et des postures
d’observation tels qu’ils peuvent être envisagés à l’avenir. Les valeurs éthiques qui
motivent actuellement cette étude se profilent autour de l’altérité avec le souci de
l’adaptabilité et l’acceptation de l’intersubjectivité.
C’est par le biais principal de l’écriture que la recherche présente est mise à
disposition d’autrui d’où l’intérêt, pour nous, d’une réflexion à la fois
communicationnelle et éthique. L’exercice doctoral consiste en une pratique
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par imitation » » (DE QUIEROZ, 2006 : 50). J’investis en effet l’écriture comme un
processus altéro-réflexif complexe où je suis à la fois soucieuse de me traduire à
l’Autre, de me différencier de lui et d’être en conformité avec lui. Face à l’écriture,
une attention accordée conjointement 1 aux analyses (le fond) et aux formulations de
ces analyses (forme) trouve donc une justification plurielle. Sur le plan
communicationnel, ce choix tient de l’indissociabilité entre pensées et actes
langagiers. Aussi novatrices ou intéressantes soient-elles, les idées ne sont rendues
accessibles ou compréhensibles qu’à travers leurs mises en forme. Lors du
processus d’écriture, cette dualité est donc prise en considération sans pour autant
constituer une finalité. L’attention première vise la précision mais les moyens
mobilisés pour tenter d’y parvenir incluent simultanément la sélection des idées à
formuler et des expressions pour les formuler. En dépit de ce souci d’accessibilité et
d’intelligibilité, le texte peut néanmoins comporter des passages obscurs, aux effets
pompeux ou inhabituels. Je ne peux m’en dédouaner, et la récence de mon
expérience en tant que francophone ne peut en endosser l’entière responsabilité ;
toutefois, un ensemble de caractéristiques – chacune aux incidences différentes –
peut expliquer ces productions dont j’anticipe et assume l’occurrence et les gênes
éventuelles.
Lorsqu’il est question du langage écrit, cette anticipation est d’autant plus
subtile que l’écriture représente à la fois des actes de création et de reproduction.
1
Ce qui n’implique pas une « attention équivalente constante » entre l’importance accordée aux idées
énoncées et aux choix des mots pour les énoncer. Selon les conditions de production de l’écrit, la
prévalence estimée de l’un sera effectivement négociée par rapport à celle de l’autre.
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Chapitre I – Fondements éthiques
1
Cf. Ch. I-1.3.
2
Le recours à l’écriture sous forme de récit sera questionné dans Discussions 3. Voir aussi Ch. X.
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d’intervention sont impliqués puisque le terrain de recherche se situe au Québec
tandis que le rattachement académique est en France. Il a donc semblé cohérent et
opportun de se nourrir des pratiques observables de part et d’autre en tentant de les
adapter aux contraintes d’une étude doctorale française (cf. protocole scientifique,
Ch. III-2). Les précisions déontologiques, par exemple, font partie intégrante des
recherches institutionnelles au Québec, alors qu’en France elles ne relèvent pas
d’une obligation explicite. La même optique d’interculturalité a motivé les principales
références renvoyant tant aux travaux québécois que français. L’exercice
rédactionnel et socioculturel est donc vécu avec une distanciation tout à fait
personnelle mais sa dimension institutionnelle cadre les limites de cette spécification.
En résumé, l’écriture scientifique en français représente une préoccupation
stimulante et multiple, pour moi, à travers les pièges de formulation, les marges de
création, le respect des conventions et la prise en compte des références
socioculturelles. L’articulation entre deux principaux espaces référentiels se veut
cohérente avec l’interculturalité des conditions de réalisation de ce travail, des
questionnements qui le traversent et des subjectivités qui le portent.
3.2.1. (Inter)Subjectivité
« La compréhension ne peut émerger que dans l’intersubjectivité. Il y a souvent,
dans la relation intersubjective, une compréhension immédiate, quasi intuitive, se
fondant sur des indices invisibles à la conscience […]. » (MORIN, 2001 : 69).
L’essence de la recherche peut être centrée sur autrui ; or, cet autre est à la fois
« semblable et dissemblable » (op. cit. : 68). Par conséquent, la recherche ne
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demeure pas moins une construction proposée par soi et une partie intégrante de
soi. A la lumière des extraits biographiques suivants, les priorités de recherche
peuvent ainsi être reliées à des épisodes propres aux trajectoires individuelles des
chercheurs :
« Je fais partie de ces centaines de milliers de Français dont les ascendants, sans
qu’il soit d’ailleurs besoin de remonter très loin dans le temps, sont entrés à l’Ecole de la
République sans connaître le français ou en n’en possédant que des bases sommaires.
Je suis également issu d’une de ces centaines de milliers de familles françaises qui, en
l’espace de quelques générations, sont passées d’un monolinguisme en langue régionale
à un monolinguisme en français. J’incarne qui plus est l’aboutissement de ce processus
de transfert de langues puisque j’appartiens, du moins d’un côté de ma famille, à la
première génération qui ignore tout de la langue de ses aïeux. Fils et petit fils d’alloglotte,
quelque peu frustré, je dois l’avouer, à l’âge adulte de me retrouver en quelque sorte
dépouillé d’une partie de l’héritage culturel familial, je ne pouvais qu’être sensible au sort
d’autres alloglottes. » (PUREN, 2004-a).
1
Nous n’opposons pas systématiquement les implications qualitatives et quantitatives du terme qui,
selon les contextes peut impliquer une approche inclusive de ces deux facteurs. C’est le cas ici. Pour
une modélisation différentielle, par exemple, entre minoration (qualifications), minorisation
(quantifications), minoritarisation (processus complexe qui en émerge), voir BLANCHET (2005).
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de son travail. Les explicitations de parcours rendent effectivement signifiante et
cohérente une orientation disciplinaire donnée :
« Une première origine [à la recherche en sciences du langage] est constituée par une
histoire personnelle, celle du jeune Provençal découvrant par son installation dans
l’Ouest de la France un indéniable décalage linguistique et culturel à travers les usages
d’une même langue, le français et dans un même pays, la France. » (BLANCHET, 2000 :
16).
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3.2.2. Pluralité
« Je sommes plusieurs ! » (RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2006-b. D.C.).
1
Cf. RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2005.
2
Cf. RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2003.
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valable pour autrui. La nationalité, par exemple, peut être conçue de manière unique
et exclusive pour certains, alors qu’elle relève avant tout de la variabilité pour moi
(malgache, canadienne et française). Inversement, le marqueur physionomique qui
m’est associé varie plus souvent qu’autrement en fonction des interlocuteurs alors
que pour moi il est fixe (type afro-asiatique). Ces différentes caractéristiques ont non
seulement influé sur mes orientations de recherches mais aussi ont-elles eu des
incidences sur leur réalisation, notamment dans la mise en confiance des
informateurs (cf. Ch. I-3.3.2). Elles ont aussi contribué à des interventions visant à
questionner les perceptions et acceptations de la pluralité identitaire. En l’absence de
termes non cliniques ou pathologiques pouvant précisément désigner l’identité
plurielle individuelle, le titre d’un texte de sensibilisation formule ainsi : « Mi-laine, Mi-
coton, sommes-nous tous schizos ? » (RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2006-b. D.C.).
Les expériences vécues auprès de diverses communautés sociolinguistiques ont
ainsi permis de bouleverser, d’adapter et de renouveler les perceptions acquises
face aux « différents autrui ».
3.2.3. Altérité
« Je est un autre » (MORIN, 2001 : 69).
1
Expression courante en malgache pour désigner tous les étrangers caucasiens mais qui, par
extrapolation, désigne surtout les français et les occidentaux.
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C’est donc au Québec que j’ai pris conscience – dans le sens d’expérience
réflexive – du rôle déterminant que pouvait jouer la langue dans l’identification
sociale mais, comme précisé plus haut, j’exclus ni la complexité d’autres terrains ni
l’invalidité de cette interdépendance pour d’autres observateurs. Le postulat
émergeant à l’époque et développé dans cette étude pose néanmoins l’appropriation
des formes linguistiques comme étant tributaire du groupe et du degré d’intégration.
Que ce soit dans l’« imitation » ou pas, l’appartenance à une communauté
quelconque (ou les souhaits d’y appartenir) se manifeste nécessairement à travers
les productions langagières et ce, variablement de manière consciente et
inconsciente (cf. Ch. IV-3.3.2). L’étranger et l’altérité épousent donc l’ethnique, le
physionomique, l’académique ainsi que le linguistique parmi tant d’autres
manifestations sociales. Les formes marginalisées n’ont alors de permanence que
leur relativité située. La reconnaissance focale de l’altérité se veut en effet sans
essentialisation quelconque. L’Autre est reconnu mais il n’est pas réduit à son
altérité. L’écueil serait d’hypothéquer l’intercompréhension (MORIN, 2001 : 59) mais
aussi, de nier la complexité de l’Autre. Certes, le groupe noyau de ce projet est réduit
à quatre caractéristiques d’identification : « enfants migrants, plurilingues,
allophones ». Il s’agit des marqueurs différentiels par rapport à des majorités situées,
le souhait étant en effet de souligner les dissymétries observables et non de figer les
identités.
3.2.4. Réflexivité
« Acte mental par lequel l’intelligence revient sur elle-même soit pour se
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considérer comme objet de représentation, soit pour considérer les réalités
extérieures à elle dans leur objectivité. » (MAKUNGU KAKANGU, 2007 : 400).
Les prises de distance par rapport à soi (ce qui me constitue) mènent à adopter
un point de vue autre sur ce qui est constituant, d’où le potentiel d’autocontestation
quant à ses pouvoirs (MAKUNGU KAKAGUNGU, op. cit. : 401). L’individu réflexif
devient alors « sa propre instance d’intelligibilité » (ibid.). Le chercheur est donc le
premier évaluateur de son propre travail, de sa démarche et de son éthique. La mise
en transparence des propriétés situées du chercheur ne peut cependant être parfaite
– au sens de « complète » ; elle se heurte non seulement aux limites de perception,
de compréhension et d’ouverture du chercheur mais aussi au souci d’adaptabilité
face aux attentes de l’Autre. En l’occurrence, ce projet de thèse ne peut se réaliser
sans la prise en compte des facteurs institutionnels que sont l’évaluation et la
sanction finales, et la réception collégiale. Toute action, par souci de conformisme,
d’originalité ou de sécurité, s’expose alors aux risques d’insuffisance, d’excès ou
d’indifférence. L’anticipation de ces risques contraint le chercheur à se distancier tour
à tour de son travail et de son individualité, du travail des autres et de sa sociabilité
afin de construire sa posture critique et qualitative.
1
Jean-François DORTIER (2004). Le dictionnaire des sciences humaines. Paris : Sciences
Humaines. Référence citée dans ROBILLARD (de), 2007-b : 23 ; 2007-c : 119.
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présences sur le terrain, elle est de trois semaines au minimum, y inclus lors des
séjours de recherche. Ce qui permet de partager des expériences communes avec
les groupes observés et contribue au dépassement du déséquilibre statutaire entre
enquêteur et enquêté(s) (BIANQUIS-GASER, 2004 :174). La temporalité est certes
un paramètre primordial dans la connaissance du terrain mais l’efficience des
présences tient aussi pour nous de la diversité de leurs formes. Sur place,
l’immersion combine la fréquentation de divers espaces sociaux (privés/publics ;
institutionnels/informels ; Montréal/Rive-Sud ; écoles/universités), afin de vivre le
terrain au mieux. Le choix des espaces d’observation n’est d’ailleurs pas
systématiquement stratégique comme lors des déplacements pour se rendre à un
endroit. En effet, l’utilisation quotidienne des transports en commun ne relève pas
d’une démarche pour explicitement y recueillir des données. Or, cela a réellement
constitué des expériences de vie en communauté riches de ressources (observations
des pratiques culturelles, thèmes débattus, sujets d’actualité, tensions
interpersonnelles…). L’habitacle des métros ou des bus contraignant les usagers à
une certaine promiscuité, notamment aux heures de pointe, il était aussi intéressant
d’observer les observations entre usagers.
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Chapitre I – Fondements éthiques
quelqu’un que l’on connaît ou croit connaître intimement, à qui on peut tout dire
puisqu’il est devenu un intime. Les confessions les plus intenses viennent de la
combinaison réussie de ces deux attentes opposées. » (KAUFMANN, 1996 : 53).
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difficulté tient du fait qu’il s’agit en fait d’une action par la pensée : « revivre en
pensée les situations significatives pour les protagonistes sociaux » (Wilhelm
Dilthey 1). En termes de méthode et d’objectifs scientifiques, le souhait est de
combiner les modes d’observation afin de produire du sens permettant de mieux
(re)connaître les personnes et les terrains en question. La production issue de cette
démarche ne peut toutefois prétendre à l’exhaustivité même si certaines approches
de l’empathique visent à saisir « l’ensemble des éléments » des situations
d’observation :
1
Wilhelm DILTHEY (1942). Introduction à l’étude des sciences humaines. Paris : PUF. Référence
citée dans BELIN, 2007 : 546.
2
Emphase personnelle.
3
Voir Ch. III-1.3.4.
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« Le fait d’être une femme a sans doute joué un rôle. […]. De toute manière, mon
statut de femme m’a sûrement servi lors de mes recherches éventuellement,
étant perçue en général comme non menaçante, et facilement positionnée
comme quelqu’un qui écoute ».
Une partie des paramètres interprétables par les interlocuteurs nous semble
partiellement maîtrisable afin d’instaurer un climat de confiance et d’aisance. Le
tutoiement mutuel a par exemple été préféré d’autant plus qu’il relève des habitudes
usuelles dans les rapports entre enseignants et élèves de l’école. L’explicitation de
mes statuts socioprofessionnels reflète également la volonté d’une adaptabilité
justifiée. Je me suis généralement présentée comme « étudiante » ou « étudiante en
Doctorat » car les fonctions me semblent facilement identifiables contrairement à
« doctorante ». Ces étiquettes me semblent aussi moins hiérarchisantes que
« chercheure », « enseignante » ou « enquêtrice ». Par contre, le terme
« universitaire » a été employé dans le descriptif destiné aux parents d’élèves (cf.
Annexe 2) pour faire prévaloir le sérieux de la démarche. Il a aussi fallu rassurer le
corps enseignant quant aux intentions non évaluatives et à l’encadrement
réglementaire de l’étude. Lors des échanges informels, les doubles fonctions
d’étudiante et d’enseignante en France ont donc été précisées. Cela a en outre
encouragé enseignants et élèves à réaliser le sentiment d’expériences partagées
avec moi. Les facteurs « âge » et « tenue vestimentaire » constituent d’autres
éléments non négligeables dans la perméabilité des rapports chercheur-informateurs
et dont on est conscient. Identifiée comme appartenant au groupe d’âge « jeunes » 1,
je pense avoir bénéficié d’un accueil à la fois condescendant et vigilant. Dans
l’ensemble, cela s’est traduit de manière positive car la durée des présences sur
place ainsi que leur régularité ont aidé à dissiper des formes de méfiance. Enfin, le
choix des tenues vestimentaires lors des observations marque une volonté d’intégrer
le milieu en tentant d’accorder décontraction et convenance. Bien qu’il soit difficile de
déterminer le poids précis de chacune de ces stratégies de contrôle dans
l’instauration d’une proximité relationnelle, celle du registre de langage a
certainement été l’une des plus influentes. KAUFMANN (1996 : 47) parle aussi du
« style oral » à adopter pour « rompre la hiérarchie » où l’enquêté est soumis à
1
Ici, on se base sur les échanges informels effectués sur le terrain lors des différents séjours. Faute
de précisions suffisamment récurrentes, toutefois, aucune tranche d’âge ne peut être associée à la
catégorie « jeunes » mais, pour certains interlocuteurs, cela semble s’étendre aux 20-30 ans.
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l’enquêteur, ses catégories et sa série de questions :
Comme le démontrent les transcriptions d’entretien (cf. Vol. 2), la conduite des
ateliers s’est effectuée selon un mode ethnographique conversationnel sans rigidité
formelle dans l’ordre de questionnement, ou encore dans leur sens 1. L’informateur
était en effet libre de poser des questions à son tour et ce, à tous les autres co-
intervenants y inclus l’enquêtrice. DAHOUN (1997 : 190-1) revendique l’attitude
empathique comme voie efficace pour « dépasser les attitudes négatives pour arriver
à un succès thérapeutique ou à un succès dans la communication ». Sans y voir une
méthode miraculeuse, l’idée est en effet de faire de la rencontre entre enquêteur et
enquêtés une stratégie éthique. En ce sens, l’explicitation de MUCCHIELLI (2004-c :
70) délimite quelques principes à partir desquels repenser la rencontre avec l’Autre :
« Ensemble des techniques liées à une attitude intuitive qui consiste à saisir le
sens subjectif et intersubjectif d’une activité humaine concrète, à partir des
intentions que l’on peut anticiper chez un ou plusieurs acteurs, cela à partir de
notre propre expérience vécue du social ; puis à transcrire ce sens pour le rendre
intelligible à une communauté humaine. »
Les principes peuvent paraître limpides dès lors où les intentions empathiques
sont conscientisées et les « techniques », structurées. Leur mise en « action »
implique pourtant des échanges interpersonnels, tissu social complexe où le jeu des
identités situées appelle à la créativité de chacun et donc, à l’inconnu.
3.3.3. Conséquences
L’approche « interactive » et « adaptative » qui est basée sur l’altérité
représente des risques et des imprévus qu’il faut gérer en situation avec les
contraintes que l’on connaît à l’immédiateté. C’est sans doute ce que valorise
MUCCHIELLI (cf. supra) en parlant d’« attitude intuitive » comme d’une
« technique ». En dépit des faiblesses reconnues, certains de ces obstacles se sont,
avec le recul, avérés fort constructifs. Les risques d’une proximité relative incluent
notamment la perte du contrôle des échanges, une distribution inégalitaire du temps
de parole, l’atteinte à la crédibilité du travail, voire une confusion quant aux rôles
implicites. A la lumière des entretiens réalisés et de leur examen en rétrospective, le
principal défaut de la posture réside simultanément en sa potentialité « empathie
1
Voir aussi Ch. III-3.3.
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Chapitre I – Fondements éthiques
Extrait 5
35. (E) : est-ce qu’il y a d’autres langues que tu aimerais apprendre à parler ?
36. (I) : ouais / l’anglais l’espagnol là… le chinois là… /
37. (E) : ah oui?
38. (I) : …des choses comme ça / toi tu viens de quel pays ?
39. (E) : moi je viens de Madagascar / ici (en pointant sur l’atlas affiché au
mur)… tu te rappelles ? (élève rencontrée l’année précédente)
40. (I) : ah! il y a des lémurs ?
41. (E) : des lémuriens oui! (rires) et parlons aussi du Maroc / qu’est-ce qu’il y a
au Maroc ?
[E.O.I._24-01 ; (F : 9A) ; CR3].
1
Les retraits de passages confidentiels sont symbolisés de la manière suivante : [XXX]. Voir aussi les
conventions de retranscription (cf. Vol. 2).
2
Pour faciliter l’identification « factuelle » des profils, les références aux pseudonymes seront
complétées par des indications de sexe (F/G) et d’âge (A). Sur le profil de Leyla, voir aussi : Ch. III-
3.4.1.
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
moment-là d’autant plus qu’il s’agissait du premier entretien réalisé dans le cadre de
cette étude. Aujourd’hui, d’autres transitions paraissent plus judicieuses pour
retrouver l’ordre canonique de l’entretien sans négliger la curiosité spontanée de
l’interlocutrice. L’inconfort ressenti a maladroitement mis fin à ce qui paraissait être
une digression ; or, cela pouvait s’ouvrir sur des échanges identitaires et
sociolinguistiques cohérents. En partant de l’interrogation de la jeune fille, les notions
d’interculturalité ou d’ethnicité auraient pu être abordées. De même, elle permettait
de mettre en évidence notre expérience commune de la migration. Les sentiments
de perte et/ou d’appartenance pouvaient ainsi être évoqués. A partir du
renversement inhabituel des rôles en situation d’entretien, diverses perspectives
également pertinentes demeurent donc envisageables. Les insuffisances comme ma
réaction trop hâtive ici font intégralement partie du travail réflexif car leur analyse
constitue l’une des phases fondamentales de la production de savoir en
sociolinguistique critique (HELLER, 2002-a : 12) :
« pourquoi je l’ai réalisée [la recherche] de la manière que j’ai fait, qu’est-ce que
j’aurais pu (et peut-être dû) faire autrement, quelles ont été les conséquences de
l’avoir fait de la manière que je l’ai fait en termes de ce que je peux (et veux)
raconter comme histoire […]. »
1
Deborah CAMERON, Elizabeth FRAZER, Patricia HARVEY, Ben RAMPTON et Kate RICHARDSON
(1992). “Ethics, Advocacy and Empowerment: Issues of Method Researching Language.” Language
82
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Chapitre I – Fondements éthiques
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CHAPITRE II
Cheminements thématiques
1
Allocation de recherche.
2
Extrait de l’appel de texte pour Glottopol, n°12 : « Politiques linguistiques et enseignements bilingues
francophones : entre langage et pouvoir. » Numéro coordonné par DELAMOTTE-LEGRAND, R. URL :
[[Link] Mise en ligne : 7/03/07.
84
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Chapitre II – Cheminements thématiques
1
Voir aussi les discussions quant au choix du terme « langue(s) » (Ch. VIII-1.3 et 2.1).
2
Cf. Ch. I-2.2 ; II-2.2.2 ; III-3.3.2 ; BLANCHET (2007-a : 69-71 ; 2007-c : 8).
3
Selon TERMOTE (2003-a : 350), 44% des habitants de la région de Montréal déclarent connaître
deux langues et plus de 15% disent en connaître au moins 3.
4
Le statut ainsi que les dotations relevant du statut d’Allocataire de recherche sont consultables en
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
véritablement structuré ces choix locatifs :
48 % de la population du Québec
49 % de l'emploi
50 % du PIB québécois
25 milliards de dollars de revenus pour le gouvernement du Québec
53 % des dépenses d'immobilisations privées
73 % du capital de risque investi au Québec
46 % des livraisons manufacturières…
(URL : [[Link] Mise en ligne : 1/05/07).
86
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Chapitre II – Cheminements thématiques
1
Pour ce concept, nous reprenons l’utilisation proposée par Mc ANDREW et LEDOUX (1995 : 162) au
Québec : « les communautés d’autres origines que française, britannique ou autochtone ». Cf. aussi
les données du ministère de l’Immigration et des Communautés Culturelles : « Plus de
120 communautés culturelles sont représentées à Montréal. Les principaux lieux de naissance de la
population immigrée sont : l’Europe (37 %), l’Asie (29,5 %), l’Amérique (21 %) et l’Afrique (12,4 %).
Les immigrants admis de 2000 à 2004 et établis à Montréal en janvier 2006 provenaient de l’Asie
(31,1 %), de l’Afrique (28,7 %), de l’Europe (22,5 %) et de l’Amérique (17,4 %). » (MICC, 2006-h).
2
Données affichées sur le Site officiel de la Communauté Métropolitaine de Montréal (CMM). URL :
[[Link] Mise en ligne : 1/05/07. Voir aussi le portail du Gouvernement du Québec.
URL : [[Link] Mise en ligne : 21/04/07. Notons que ces estimations diffèrent
en fonction de la définition de la variable « langue » car dans une approche moins restrictive que celle
de Statistique Canada, par exemple, (conception des langues en termes de capacités
conversationnelles actives) on parle aussi de « 150 langues » (ARMAND, 2005-a : 142).
3
« Loi de 1977, c. 5, a. 1. » (OQLF, 2006).
4
Lorsque les références bibliographiques renvoient à des patronymes homonymes, nous précisons la
première lettre du prénom de l’auteur cité.
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prédilection afin de sonder la dimension éminemment intimiste qu’est le rapport aux
langues et aux politiques linguistiques.
1
Centre de recherche interuniversitaire de Montréal sur l'immigration, l'intégration et la dynamique
urbaine. URL : [[Link] Mise en ligne : 28/08/07.
2
Cf. notamment les listes de bourses ou récompenses mises à concours par les Fonds de Recherche
sur la Société et la Culture, sur l’URL : [[Link]
Mise en ligne : 1/05/07. A titre d’exemple, nous avons notamment eu la collaboration du CEETUM, de
l’AIEQ, de l’OQLF, du CLF, de la CSDM, du MELS, du MICC, de l’ACQS et du gouvernement
canadien pour organiser et/ou financer les séjours de recherche sur place, la participation aux
conférences scientifiques connexes et l’accès à la documentation.
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d’une connaissance, certes « passée », mais néanmoins « interne » et personnelle
des lieux, des modes de fonctionnement et de leur historicité. Avec le recul, cette
familiarité relative a permis une aisance contextuelle et a contribué au sentiment de
sécurité mutuelle lors des séjours d’observation. L’avantage principal se formule
aussi en termes de « capital-confiance » dans le sens où le statut d’« ancienne
élève » a permis aux personnes rencontrées de me situer dans un réseau commun.
Cette identification d’appartenance a été décisive pour le lancement même du projet
car les premières prises de contact et demandes de collaboration ont toutes été
effectuées à distance par courrier électronique et par téléphone. D’ailleurs, l’efficacité
des communications avec la Direction a facilité les procédures administratives
(protocoles) et organisationnelles (séjours de recherche). En dégageant ces attraits,
les risques ou écueils ne sont pas négligés pour autant. Au contraire, leur prise en
considération a permis de consolider un sens de la responsabilité face aux choix
opérés.
90
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Chapitre II – Cheminements thématiques
Connaissances près de 4 ans d’expérience de vie manque de distanciation distanciation car résidence en France
et moyens évolution dans le milieu scolaire difficultés d’organisation accès personnalisé
personnels réseaux familial et social maintenus (présences physiques ponctuelles) facilités pragmatiques sur place
familiarité du terrain responsabilisation personnelle
Intérêts et place des minorités migrantes et de leurs réticence aux questions sur le dépistage d’ambiguïtés stimulantes
complexités langues dans la société à construire ? plurilinguisme dans une province
susciter la controverse constructive
éventuels pôles d’influence dans l’auto-identification unilingue
marge de contribution à occuper
des enfants migrants plurilingues ? recensement de données
réflexions épistémologiques et
inutilisables
conceptuelles
tâtonnements dans la recherche
Possibilités de unités ministérielles et universitaires normes institutionnelles limitant les insertion sociale du travail car appui
collaboration CEETUM intentions de recherche d’organismes externes
institutionnelle anciennes écoles fréquentées rapport délicat au lieu auquel importance de l’éthique
l’accès a été accordé par principe expérience des mondes ministériels,
de confiance (ancienne élève) scolaires, etc.
Facilité de présence remarquable sur Internet limites dans l’appropriation des posture intégralement plurielle
communication prises de contact et obtention données potentialité d’un portrait partiel du lieu
à distance d’informations officielles rendus aisées insuffisance des informations cible à partir des traces médiatiques et
visibilité et interactivité des pôles recueillies à distance virtuelles
statistiques, scientifiques et journalistiques faiblesses d’une vision trop responsabilisation pour allier les
occupation de l’interface Internet par distanciée contingences matérielles au devoir de
l’opinion publique rigueur de la recherche scientifique
Tableau 6
91
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Outre l’évaluation des risques et potentialités, la nécessité d’un travail
sociolinguistique qualitatif portant sur la population cible est aussi une véritable
source de motivation :
« Nous avons en revanche peu d'information sur les attitudes des allophones
envers les langues, leurs perceptions de la situation linguistique et leurs choix
des langues selon des situations précises. À ce jour, le multilinguisme de cette
population a suscité très peu d'attention et semble être laissé de côté. »
(LAMARRE, 2001).
91
La Rive-Sud de Montréal constitue une partie de la Montérégie située sur la rive sud du Saint-
Laurent. Elle comprend plusieurs municipalités dont la principale est Longueuil.
92
Sur les politiques d’accroissement de l’immigration dans la Rive-Sud, voir aussi le mémoire soumis
par la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Rive-Sud. URL :
[[Link] Mise en ligne : 28/08/07.
92
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre II – Cheminements thématiques
« les discours ne sont pas seulement (ou seulement pas exception) des signes
destinés à être compris, déchiffrés ; ce sont aussi des signes de richesse
destinés à être évalués, appréciés et des signes d’autorité, destinés à être crus
et obéis. » (BOURDIEU, 1982 : 60).
93
Minorité numérique (aspect factuel) et minorisations (aspect interprétatif) que j’ai pu observer ou
ressentir dans le tissu social. Voir aussi BLANCHET, 2005 : 32.
94
On rappelle que l’ensemble des modes d’observation tient de l’acceptation (dimension volontaire)
des participants (élèves, enseignants et personnel de Direction).
95
Vision qui considère la langue comme un objet de communication pragmatique (échange
d’informations par messages interposés) sans autre emphase équivalente. Sur les enjeux liés à la
vision instrumentale de la langue, voir aussi BRANCA-ROSOFF, 1996 : 98 ; HUDSON, 1996.
93
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
divergentes.
96
Cf. Ch. II-1.2.3.
97
Sur les potentialités du groupe d’âge défini, voir aussi Ch. II-3.1.1 et 3.1.2.
94
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre II – Cheminements thématiques
« Les enfants ont des connaissances de ce qu’ils vivent qui ne sont limitées que
par le caractère parcellaire de leur expérience. Ils ne diffèrent pas en cela des
adultes […]. » (DANIC et al., 2006 : 104).
98
La langue est à la fois une réalité : générique (propre à l’homme) et unique (propre à chaque
individu) ; publique et privée ; normative et changeante ; contrôlable (par des lois et des règles, par
exemple) et insaisissable (elle relève aussi du spontanée et d’automatismes plus ou moins
inconscients), etc.
99
Cf., par exemple, Ch. IV-2.3.3.
95
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
distinctif) ; et du « commun » au sens de « collectif ». En d’autres termes, cela
suppose d’associer un facteur de cohésion à une réalité objectivée car il est perçu
comme étant « normal ». Sans prétendre à la neutralité, elle n’assigne toutefois pas
de valeur appréciative à l’objet. Ce qui prime davantage à travers l’emploi du terme
est de désigner une réalité, un objet ou processus quelconque du fait qu’il soit
intériorisé par une communauté quelconque. Dès lors, l’expérience de l’altérité que
l’on propose à travers les ateliers de discussions métalinguistiques se veut avant tout
stimulante. Alors que les schèmes identitaires disjonctifs bouleversent les certitudes,
les similitudes avec l’Autre requièrent plutôt la décentralisation du sujet. L’intention
est de vivre avec nos informateurs des rencontres où, en fin de compte, distinctions
et indifférenciation relèvent d’une propriété commune et non discriminatoire : celle de
langues, d’identités et de cultures. Il paraît alors intéressant d’observer l’accessibilité
de chacun sachant que ces objets tiennent avant tout de constructions sociales :
« L’identité d’une culture est à lire sur une carte, sa carte d’identité : c’est la carte
de ses homéomorphismes. » (SERRES, 2007 : 31).
96
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Chapitre II – Cheminements thématiques
100
Le gestuel, par exemple, est interprétable en situation d’entretien et a parfois fait l’objet de
précisions contextuelles dans la retranscription.
101
Sur les distinctions définies entre le corpus sollicité et le corpus non sollicité, cf. Ch. III-3.1.3 ; 3.2.1
et 1.4.1.
97
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
1.3. Motivations intellectuelles
Nous avons évoqué plus haut que le savoir est pas envisagé de manière
relative, négociable et non absolue (cf. Ch. II-1.1.2). Cette conceptualisation
concorde avec les revendications déontologiques apparues depuis le « virage post
moderne » (HELLER, 2002-a : 23) :
« Nous acceptons que le savoir, tout savoir, y inclus celui produit par la
recherche, comme foncièrement subjectif, partiel, et socialement situé et
intéressé. […]. Si nous comprenons le savoir comme construit à partir de
positionnements sociaux (ancrés bien entendu dans des conditions historiques),
cela veut dire que nous devons nous éloigner de toute construction de la réalité
sociale comme étant figée et uniforme. […]. »
102
Voir aussi : MARTEL, A., 2001 ; JARDEL, 1979.
103
« Le trait d’union du mot, qui se soudera rapidement, témoigne de l’émergence au Québec d’un
champ de recherche riche et diversifié. » (THIBAULT, 2001 : 19).
98
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre II – Cheminements thématiques
104
STATISTIQUE CANADA, 2006-a. D.C. Voir aussi TERMOTE, 2003 ; Ch. IV-1.1.
105
Cf. BULOT, 1999 ; 2001 ; 2006-a.
99
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
problématisation de l’urbanité, il ne s’agit aucunement d’en minimiser ou d’en exclure
l’intérêt. Cela reflète simplement que notre lecture du terrain centralise le paradigme
de l’identité, qui nous sert de socle référentiel dans l’organisation et le traitement des
données. En d’autres termes, mes représentations sont perméables aux enjeux du
contexte d’étude et façonnent l’observation empirique que je mets en place. Le
savoir produit découle pareillement des rapports subjectifs entretenus face au terrain,
à la recherche, à l’écriture, à l’institution, etc. Toute sélection est donc interprétative.
En l’occurrence, nous sommes dans une imbrication méthodologique où la
thématique conversationnelle coïncide avec la nature des données privilégiées :
nous parlons de « langues » et recueillons du discours. Le savoir visé est d’ordre
sociologique en tentant ensuite de construire une approche compréhensive des
enjeux identitaires et socioculturels reliés. En cela, la langue est perçue comme
l’extériorité des sentiments et pensées. Elle devient alors indicatrice – car ce qui est
dit ne reflète pas systématiquement ce qui est pensé ou ressenti – de l’intime et du
rapport aux autres. N’étant pas l’unique appui expressif à notre disposition, les
données verbales peuvent aussi fonctionner en complémentarité avec d’autres
indications.
« La particulière complexité des contacts chez l’homme provient du rôle qu’y tient
le langage. « Geste » perfectionné, propre à l’espèce humaine, porteur
d’émotions mais aussi d’idées, d’images, le langage porte la communication au
niveau symbolique. » (FARR, 2003 : 385).
Extrait 6
100
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre II – Cheminements thématiques
101
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
que des morcellements du terrain en raison de la « sélectivité du regard » du
chercheur (BIANQUIS-GASER, 2004 : 177).
Parallèlement, le corpus traité répertorie des données limitées par rapport aux
possibles sociaux car il est soumis à la sélectivité des témoignages recensés. Cela
rappelle l’impossible exhaustivité de notre démarche, et du même coup, sa relativité
située. Autre source de prudence (et d’humilité), le nombre réduit des informateurs
invalide les généralisations d’autant plus que le discours d’un même individu peut
paraître contradictoire ou paradoxal. C’est notamment le cas concernant les
représentations qui se situent au carrefour des individualités et des
« communités » 106 dans la mesure où chacun ressent à la fois le besoin de réaliser
l’unique et de partager des expériences communes.
106
Voir Ch. II-1.2.2.
102
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre II – Cheminements thématiques
évaluations, opinions
(normatives, puristes…)
activité épilinguistique ordinaire
USAGES ET PRATIQUES
SOCIOLINGUISTIQUES
comportements
(ratages, hypercorrections…)
103
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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aux langues s’observent sous le prisme changeant de la mobilité. Nous adoptons
donc une vision davantage pluridimensionnelle où les pensées, sentiments,
jugements et actes s’entrecroisent sans que l’on puisse forcément cerner quelle
réalisation est déclencheur de telle autre. En ce sens, il nous est difficile de
clairement distinguer le perceptif de l’appréciatif ou encore, d’établir l’ordre et la
direction des événements qui s’opèrent entre le jugement et l’action. Je trouve telle
langue difficile parce que je la parle mal ; je parle mal telle langue parce que je
trouve la langue difficile : les causalités peuvent être réversibles. Compte tenu de
l’immédiateté des interactions que nous étudions, les causalités peuvent aussi
s’observer comme étant simultanées : je trouve telle langue difficile, je la parle mal et
je viens d’en prendre conscience. Reliées les unes aux autres à travers un rapport
commun au langagier, nous considérons donc ces différentes réalisations dans leur
interdépendance ; chacune pouvant exercer un pouvoir d’influence (ou pas) sur
une(les) autre(s).
107
Voir aussi : MOORE, 2001 : 9 ; GUENIER, 1997 : 246 ; BLANCHET, 2007-c : 43.
104
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre II – Cheminements thématiques
108
ROBILLARD (de), 2007-b : 32. Cf. Ch. I-2.1.3.
109
La référence concernée ici est : Emile DURKHEIM (1968). Les formes élémentaires de la vie
religieuse. Paris : PUF.
105
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
« Les recherches en matière de représentations sociales restent semble-t-il
encore aujourd’hui contraintes de privilégier l’une ou l’autre dimension : le Même,
ce sont les méthodologies de statistiques lexicales privilégiées par les
chercheurs en Analyse de Discours ou les tests associatifs privilégiés par les
psychologues sociaux ; l’Autre, ce sont les méthodologies qualitatives construites
sur des études de cas, selon les méthodologies le plus souvent élaborées de
manière ad hoc par les chercheurs 110. D’un côté le risque d’un effacement de
toute variabilité ou de toute appréhension de la construction de cette variabilité,
de l’autre le risque de la perte d’une vision plus globale des phénomènes, ainsi
que celui de la généralisation – les études de cas portant généralement sur des
sujets jugés « représentatifs » d’un groupe social. »
Il est vrai que le nombre réduit de notre échantillon ne permet pas de viser
une représentativité quelconque et, pour reprendre le raisonnement ci-dessus, cela
contraint notre recherche à privilégier la dimension « Autre ». Comme nous l’avons
vu, la méthode adoptée s’est construite selon les donnes contextuelles. De cette
spécification, il en résulte forcément une représentativité limitée. Or, le propos de
notre démarche n’est pas d’atteindre la « transférabilité » absolue des analyses mais
plutôt de proposer des perspectives de transferts et de les négocier. Il s’agit aussi de
travailler dans une voie alternative mais complémentaire aux productions plus
quantitatives, plus généralisantes ou préexistantes. De fait, les pôles paradoxaux des
représentations sociales en font un système d’observables-ressources à partir
duquel on peut travailler ; le but du travail étant de chercher à comprendre les enjeux
sociaux sous-jacents. Ce qui nous permet de voir les représentations en tant que
ressources compréhensives. En adaptant une formule de MOSCOVICI (2003-b : 11-
12), elles contribuent en effet à la réalisation de projets visant à « explorer le côté
subjectif » de ce qui se passe dans les réalités objectivées. Bien qu’instables et
variables, elles constituent des données qualitatives pour la recherche en sciences
humaines. C’est aussi en ce sens que les antagonismes autour des représentations
sont cohérents, ils constituent « une manière d’interpréter et de penser notre réalité
quotidienne, une forme de connaissance sociale » JODELET (ibid.). Enfin,
l’utilisation du mot lexical « représentations » peut aussi être contestée 111 mais le
110
« Tout familier des recherches qualitatives en conviendra : chaque chercheur tend fréquemment à
développer sa propre méthode en fonction de son objet de recherche, de ses objectifs, de ses
présupposés théoriques ou d’autres facteurs contingents. Les méthodes et démarches d’analyse
apparaissent dès lors multiples. Cette multiplicité n’est pas illégitime dans la mesure où les
recherches qualitatives présentent souvent la particularité d’être inductives, au moins partiellement.
(…) Ce travail inductif (…) [est] particulièrement important lorsqu’on envisage l’analyse qualitative
dans une logique exploratoire, comme un moyen de découverte et de construction d’un schéma
théorique d’intelligibilité plutôt que dans une optique de vérification ou de test d’une théorie ou
d’hypothèses préexistantes » C. Maroy : « L’analyse qualitative d’entretiens », chapitre IV, 83-110,
dans L. Albarello et al., Pratiques et méthodes de recherche en sciences sociales, Armand Colin,
1995, 83. » (BILLIEZ & MILLET : 39).
111
N.D.T., Paris : décembre 2007. Echanges informels lors d’un séminaire pluridisciplinaire. Le terme
106
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre II – Cheminements thématiques
suscite des réticences en raison de l’hétérogénéité de ses référents (attitudes, pensées, discours,
imaginaire…) et de la difficulté de traduction.
107
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inaccessible à partir des outils de recherche dont nous disposons. On comprend
alors le poids déterminant des représentations verbalisées dans notre corpus mais
aussi les failles de ces entrées (cf. Ch. II-2.2). Devant la prise en compte nécessaire
d’une lecture plurielle des représentations, le défi est d’adopter une approche
pluridisciplinaire sans verser dans l’assemblage hasardeux.
108
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre II – Cheminements thématiques
Toutefois, il est difficile d’y voir un consensus absolu entre l’ensemble des
différents acteurs en sociolinguistique. Il serait d’ailleurs peu stimulant, à mon avis,
d’avoir une vision homogénéisée des champs de réflexion et d’action en
sociolinguistique autour d’un cadre épistémologique restreint et hermétique.
Néanmoins, les divergences et la flexibilité des approches multiplient les risques
d’interprétations généralistes, simplistes, antagonistes, polémiques, etc. Il peut alors
en découler une certaine circularité, non productive et peu satisfaisante :
« La sociolinguistique depuis ses débuts cherche à faire le lien entre les formes
et les pratiques langagiers et les pratiques et structures sociales, sans toutefois
avoir trouvé son chemin. » (HELLER, 2002-a : 10).
112
Image empruntée à MACLURE (2000 : 190), voir aussi Ch. VII-1.3.2.
109
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elle-même :
113
A comprendre dans le sens de la « relativité » en opposition aux vérités absolues et non
uniquement dans le sens de représentations « individuelles » en opposition à celles, « collectives ».
Cf. Ch. II-2.2.2 ; MOORE, 2006 : 185.
110
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Chapitre II – Cheminements thématiques
2.2.1. Fiabilité
A la fois dynamiques et statiques, les représentations ethno-sociolinguistiques
offrent des données complexes pour la compréhension du système pluriel 114 de
l’Autre, ce qui rejoint l’objectif général de ce projet ethnographique. Il demeure que la
définition des représentations s’érige en impermanence :
114
Système de valeurs, de préférences, d’actes, de pensées, etc.
111
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« TRADUCTION [sic]. Il est indispensable de sensibiliser le public afin d’éliminer
les problèmes que posent l’ignorance et les idées fausses quant à notre place
dans l’histoire canadienne et quant à la nature de nos droits. Tous les Canadiens
devraient être suffisamment informés pour comprendre notre situation et savoir
que, depuis toujours, nous souhaitons le respect mutuel et la coexistence. »
(MINISTERE DES AFFAIRES INDIENNES ET DU NORD CANADA, 1996 : Vol.
5. D.C.).
A partir des marqueurs visibles que sont les mises en discours, les
représentations sociolinguistiques peuvent ainsi offrir un accès de compréhension à
propos des valeurs de l’Autre ; toutefois, leur étude est soumise aux aléas de la
perception dans la mesure où nous sommes à la recherche de la visibilité de l’intime.
2.2.2. Visibilité
Pour connaître les pensées, sentiments et historicités des sujets informateurs,
nos appuis sont réduits aux seules matérialités que sont les expressions discursives
et iconographiques 115. L’analyse de ces marqueurs ne relève pourtant pas d’une
mise en transparence des schèmes émotionnels et cognitifs de l’intime. Nous
postulons que la part intime des représentations demeure inaccessible et qu’aucun
outil ne permet à ce jour d’en établir une saisie scientifique. Dans notre définition,
elles sont considérées comme mouvantes, modifiables, subjectives et s’imprègnent
des contextes de production ou d’interprétation. En échangeant sur ses
représentations, chacun peut déconstruire l’habituel et le normé pour investir
l’interpersonnel ou l’interculturel. Les représentations sont simultanément des
propriétés individuelles donc disjonctives, et collectives donc fédératrices. Pour nous,
elles véhiculent une part inédite des pensées mais aussi une part reproduite à partir
de celles des autres. Les contours entre les dimensions proprement individuelles et
collectives sont flous, eux-mêmes mouvants et modifiables selon les regards,
moments et modes de délimitation.
115
Les autoportraits servent aussi à connaître différentes identités symboliques et imaginées des
informateurs. Cf. Ch. VIII-1.2.3. Voir aussi sur le support CD.
112
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l’expressif, le sujet peut, dans une certaine mesure, choisir ce qu’il révèle ou
souhaite révéler. Du moins, il peut avoir l’impression d’agir sur ce qu’il extériorise et
dans ce sens, il exerce un pouvoir d’action sur ce qu’il communique. En dépit de ces
restrictions, le choix de l’individuel, du spécifique et du minoritaire explique la volonté
de faire des seules formes de représentations qui nous sont visibles et
interprétables, un objet d’étude à part entière. Hormis les complexités individuelles
qu’elles permettent d’analyser, les représentations incarnent une part du collectif,
d’où les tensions groupales qu’elles permettent de questionner. Les implications
visées peuvent donc dépasser l’individuel pour observer le social. Sans occulter
l’aspect limitatif de nos appuis empiriques, le particulier sert alors d’entrée pour
élargir les observations aux sphères groupales dont les phénomènes de contacts
intra/inter-groupes et les tensions associées à ces contacts. Pour nous, cette dualité
individuelle-collective est inhérente aux représentations comme elle l’est aux
langues :
2.2.3. Faisabilité
Les travaux de MARAILLET & ARMAND (2006) font montre des nombreuses
potentialités d’études sur les représentations et les attitudes d’élèves 116. Dans le
domaine de l’éducation, plusieurs besoins ont ainsi pu être identifiés. Outre les
perspectives d’apports en didactique des langues, la légitimité de ce projet en tant
que travail scientifique sur les représentations tient aussi du « critère de faisabilité »
tel que défini par BLANCHET (Op. cit. : 70) :
116
Neuf élèves d’une CR de 5e et de 6e année. Cf. Ch. III-1.2.1.
113
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plan de la communication des résultats (soumis à la compréhension et
discussion d’autrui, enseignables et réfutables), que sur celui de l’action qu’ils
permettent de mener sur le réel. »
117
Cf. notion d’« élaboratoire » (Ch. II-2.3.1).
114
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118
Cf. Ch. I-1.3 ; RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2006-a. D.C.
115
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forme que sur le fond, d’où son caractère éminemment dialogique et collectif.
Travailler sur les représentations permet ainsi d’élargir les champs de réflexion,
d’interaction et d’action en intégrant aux problématiques issues des observables
celles liées à aux hommes, aux sciences et aux méthodes.
119
Devant les remarques du type « il n’a pas d’accent », « ce n’est pas un ethnique », il est en effet
intéressant de voir comment l’identification de l’Autre peut paradoxalement découler d’une
« désidentification ». Sur d’autres approches de cette notion, voir aussi Ch. VIII-2.2.2 ; Ch. X-1.3.
116
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sont présents. D’autres risques, non anticipés, non prévus, sont évidemment
présents. En outre, relativiser peut susciter de la méfiance en tant que ruse pour
dissimuler une différence non assumée. La concession du type « je comprends tout
le monde » devient alors une défense de façade pour ne pas s’exposer au regard de
l’Autre. On comprend alors comment la relativisation stratégique peut être perçue de
manière dépréciative car associée à un excès de consensuel. L’expérience du
processus de la recherche fait néanmoins ressentir l’importance des étapes où l’on
tente de s’adapter au drame comme au banal en les intégrant à son sens de
distanciation et d’engagement. C’est le moment où l’on examine, tâtonne,
(re)module, bref, où l’on s’interroge face à l’observable comme face à sa posture.
Fusion de deux images processuelles, ce qu’on pourrait appeler les étapes
« élaboratoires » renvoie au lieu d’expérimentation scientifique par excellence qu’est
le laboratoire tout en évoquant la visée productive de l’élaboration. S’interroger sur le
fondement de chacune de ces étapes revient aussi à dégager ce qui peut en être
acquis.
120
Erik H. ERIKSON (1972). Adolescence et crise. La quête de l’identité. Paris : Flammarion ; 17.
Référence citée dans KANOUTE, 2002-a : 172.
118
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inhérente aux discussions sur les langues. Par exemple, le sujet différencié par sa
langue, au sens large du terme, évoque soit l’isoloir de la marginalité, soit la
popularité de l’originalité, tandis que celui indifférencié soit jouit de la liberté qu’offre
la discrétion, soit se noie dans l’inexistence de l’anonymat. Face à nos sujets
informateurs, le processus identitaire s’intensifie compte tenu des tensions liées au
double cadre institutionnel « école, famille » comme l’explique KANOUTE (op. cit. :
173) : « des institutions de socialisation ont des postulats de socialisation
potentiellement plus conflictuels, particulièrement l’école et la famille ». Au cœur de
ces deux pôles d’instruction et d’intégration, il nous a paru à la fois stimulant et
ambitieux de nous centrer non seulement autour des enfants mais plus
particulièrement autour de ceux qui ont vécu le déplacement de la migration
internationale. Bien que travaillant sur l’altérité, je suis consciente d’avoir choisi une
forme restreinte de cet Autre. Toutefois, l’identification du groupe cible ne consiste
pas à les enfermer dans une altérité figée. L’altérité sélectionnée, construite et
observée est plurielle (enfants, allophones, migrants, plurilingues…), réversible (qui
est l’étranger pour l’Autre ?) et fluctuante (comment se voient-ils dans différentes
situations ?). Nous inscrivons leur altérité dans l’impermanence car dans le cadre
conceptuel de l’interculturel :
Je sais comment j’aimerais les voir, les considérer, dans la pluralité et dans
l’impermanence mais qu’en est-il de leurs auto-perceptions ? Qu’en est-il, selon eux,
des identifications qu’on leur attribue ? Malgré l’approche interculturelle, relativiste et
processuelle, ce projet reflète néanmoins un choix ethnocentrique où l’altérité
étudiée est choisie, partielle et restrictive. L’altérité est calibrée autour d’un groupe
précis, ce qui valorise en quelque sorte ce dernier par rapport à d’autres groupes.
Ensuite, ledit groupe intéresse parce qu’il représente l’« étranger », ce qui implique
une seule vision de départ avec une distribution figée des identités. Les identités
recueillies sont aussi traitées à travers leur support discursif en situation
d’observation, ce qui en fait une altérité restreinte, conditionnelle et contrainte.
Travailler sur les représentations ne prétend pas s’affranchir de ces contradictions
mais permet de les intégrer et de les interpréter en tant que facteurs de la
complexité. C’est à travers ses atouts et ses faiblesses que ce projet souhaite être
119
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pertinent en tant que contribution aux réflexions et aux implications qui relient les
sciences aux sociétés. Le concept de « représentations » responsabilise les acteurs
de ces deux polarités tout en admettant l’appartenance double, variable et instable à
l’une et/ou à l’autre. Bien qu’insaisissable dans leur totalité, ce concept renferme de
véritables observables-ressources, sous forme de faits pensés et actés. Ce qui ouvre
les perspectives aux autres disciplines comme les Cultural Studies auprès
desquelles nous retrouvons cette complexité attribuée aux « représentations » :
« […] la manière dont les choses sont représentées, ainsi que les
« machineries » et régimes de représentation à l’intérieur d’une culture, ne jouent
pas un rôle purement réflexif et rétrospectif, mais réellement constitutif. Cela
donne à la question de la culture et de l’idéologie, et aux scénarios de
représentation – la subjectivité, l’identité, la politique – une place non seulement
expressive, mais aussi formatrice dans la constitution de la vie sociale et
politique. » (HALL, 2007 : 205-206).
121
Cf. Ch. II-2.3.1.
122
Allusion est faite notamment aux travaux des psychologues, psycho-cognitivistes et psycho-
pédagogues qui ont décrit les « incomplétudes » et instabilités psychosociaux et psychoaffectifs des
120
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Chapitre II – Cheminements thématiques
Outre l’intérêt personnel pour les histoires de vie mises en récit par des
enfants et des migrants, travailler auprès d’un groupe porteur de ces deux
caractéristiques répond à un besoin sociétal plus général :
enfants dont le développement, aptitude au raisonnement et aux positonnements sont beaucoup plus
variables que ceux des adultes et des jeunes adultes. Voir PIAGET, 2003 ; PIAGET & BARBEL, 2004.
123
Le jeune âge des individus se matérialise de plusieurs manières que nous pouvons recouper sous
deux formes principales que sont les modes et complexités expressifs ainsi que la maturation
physique du corps.
124
Expression que nous empruntons à RICOEUR (1996) pour la valeur particulièrement adaptée
qu’elle permet d’accorder aux informateurs de l’étude qui ont vécu le « déplacement » dans le cadre
de la migration internationale.
121
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est rationnel, spirituel, professionnel et il fait fonctionner son système dans ses
constructions sociales (MOSCOVICI, 2003). A contrario, le système du non adulte,
soit de l’être incomplet, est quelque peu discrédité et invalidé face à cette maîtrise de
soi, des phénomènes du monde et de l’Autre. Lorsqu’il se prend comme point de
référence, l’adulte identifie l’enfant comme impressif, impermanent, irréfléchi et
irrationnel. Il nous semble alors intéressant de voir comment, à l’échelle des
observables recueillis, l’enfant se met en scène dans ses trajectoires de vie et
pratiques socioculturelles. L’âge des informateurs importe en ce qu’il implique les
premières phases du « processus de socialisation », de structuration individuelle
(DARMON, 2006) et nous intégrons les rapports aux langues dans ces co-
constructions :
125
L’auteur explique aussi les théories de Basil BERNSTEIN (1975). Langage et classes sociales.
Paris : Minuit.
126
Tout enfant est confronté à une « socialisation primaire plurielle » (hétérogénéité intra-familiale,
hiatus foyer/école, altérité moi/pairs, décalages expériences/industrie culturelle, etc.) (DARMON,
2006 : 45-66), mais la mobilité de l’enfant migrant amplifie cette pluralité.
122
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autant de facteurs pouvant avoir une influence sur les sentiments, pensées et donc
les discours qui s’y observent. Ce faisant, je conçois aussi que l’enfant puisse détenir
un pouvoir perceptif et agissant sur ceux qui l’entourent. L’enfant n’est donc pas
envisagé comme un « être de pure imitation », mais comme un acteur social pouvant
également assimiler « les choses à lui » et les trier ou interpréter selon sa structure
propre (PIAGET, op. cit. : 30). L’enfant est assimilable à tel groupe social (groupe
d’âge, classe scolaire, groupe d’amis, groupe ethnoculturel….) mais, au même titre
que le complexe que l’on relie aux adultes, il relève aussi de différentes formes
d’indépendance selon des schèmes individualisés. Mon objectif n’est donc pas de
chercher à distinguer le reproduit de l’original en lui, mais d’œuvrer à construire du
sens à partir de ce qu’il coproduit, des pôles d’influences observables et des
conditions d’interaction situées. De fait, la dualité imitation-authentique est
constitutive de ces conditions, car au lieu de viser à en délimiter les frontières, l’idée
est d’en accepter d’emblée l’ambivalence. Lorsqu’un enfant reprend à son compte
une pensée attribuable à un un autre (adulte ou enfant), cela est aussi significatif
d’une stratégie d’adaptation réflexive :
« Leur [celui des enfants] psittacisme n’est pas tant une faiblesse intellectuelle ou
morale qu’une tentative d’explorer les confins de leur propre expérience. Car les
enfants ne peuvent, par définition, que vivre par procuration des situations qui
sont encore hors de leurs prises. C’est vraisemblablement dans ces cas qu’ils
tendent à mimer l’adulte, à la fois pour tenter de maîtriser le non encore connu et
pour s’attribuer, grâce à cela, une maîtrise de l’incertitude qui les posera parmi
leurs pairs. » (DANIC et al., 2006 : 102)
127
La même non distinction est adoptée face aux « représentations », cf. Ch. II-2.
123
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été produites par un sujet énonciateur identifiable. Cette approche fait de la
responsabilité énonciative un principe implicite où chacun est porte-parole de sa
propre personne et responsable de ses propres paroles. La notion de « co-
responsabilité » énonciative conviendrait même davantage puisque les échanges
étudiés ont été sollicités lors de situations d’entretiens. Toutefois, la subjectivisation
des données n’équivaut pas à recevoir tout discours comme étant la preuve d’un
positionnement particulier et individuel. On peut parler sans vouloir parler de soi.
Sait-on toujours la part d’indépendance dans ce qu’on dit ? La validité de ce qui est
dit tient, pour nous, de l’engagement tacite de l’énonciateur qui en est malgré tout le
producteur. Il ne s’agit donc pas de « croire » tout ce que l’informateur dit mais de
prendre en considération, à la lumière des connaissances du contexte, tout ce qu’il
dit. Par conséquent, je travaille moins les discours d’enfants à travers des degrés de
croyance qu’à travers des degrés d’importance attribuable à tel ou tel thème. Dans la
limite de leur pouvoir, quelques paramètres stratégiques peuvent aussi compléter les
discours recueillis en les confrontant aux donnes qui gravitent autour des moments
de rencontre et d’interaction (MONTANDON, 1997 : 23). En englobant l’enfance
dans cette optique à la fois ordinaire et particulière, le fil conducteur de cette
recherche se tisse à travers l’expérience plurielle de la migration internationale telle
qu’elle est (re)présentée ou remémorée 128.
128
Sur la construction mémorielle de l’histoire québécoise chez l’enfant, voir LETOURNEAU et
MOISAN, 2004 : 349-350.
129
L’identification des groupes linguistiques au Canada se fait généralement selon la première langue
apprise dès l’enfance et encore comprise lors du recensement donc un francophone ne peut être
anglophone ou allophone. Voir aussi Ch. IV-3.1.
124
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à travers son inscription scolaire. L’école est soit de langue française ou anglaise.
L’orientation est contrainte car le migrant n’est pas entièrement libre de choisir sa
langue d’enseignement (cf. Ch. IV-4.1.2) et ce « choix » devient symbolique d’une
appartenance politique, ethnique, soit une appartenance culturelle au sens large.
L’histoire des choix linguistiques du migrant est chargée d’émotivité :
L’option d’un travail auprès d’enfants migrants en école québécoise tient aussi
de l’influence des priorités socioculturelles, tour à tour pensées, médiatisées et
intériorisées quant à leur intégration et leur scolarisation 130. Souvent abordée sous
forme de « réussite » requérant des « plans stratégiques » (MELS, 1997-a. D.C.),
l’insertion sociale et scolaire est un sujet imminent porteur qui se vend, se politise et
se théorise. En contrepartie, le débat social est déjà largement balisé au risque de
perdre de son urgence.
130
A ce sujet, voir aussi ARMAND, 2005-a ; 2005-b ; CSDM, 2005-b. D.C. ; MELS, 2002-a. D.C. ; sur
la réussite des allophones, voir l’article de SAUVE, 2006. D.C.
125
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3.2.1. Regards
Le regard que l’on porte ne souhaite s’inscrire ni dans la redondance, ni dans
l’alarmisme, ni même dans l’entre-deux. Ce que je vois est multiple, confus certes,
mais identifiable comme dynamique, mouvant et contradictoire car d’actualité et,
quelque part aussi, permanent. Les sujets de la « jeunesse » et des « étrangers »
relèvent d’une thématique traditionnelle à en devenir presque archaïque. Ce que je
vois existe, sous d’autres formes, mais s’observe ici comme ailleurs. Je ne peux
réduire la complexité de ces sujets au seul terrain québécois. Ce qui est circonscrit à
ce terrain, ce qui me rattache à ce contexte est aussi l’importance subjective que
représente la trame qui parcourt les paramètres définitoires de ce projet : les enfants
de la migration internationale traversant espaces de vie, de langues et de cultures.
Sous cet angle, la banalité du sujet risque de verser dans l’hyperémotivité. Difficile
en effet de se détacher de ce qui nous touche, individuellement, car c’est aussi ce
qui nous constitue et ce qui nous construit. Devant les éventuelles difficultés que
peuvent confier les enfants migrants, le but n’est pourtant pas d’apporter des
solutions remèdes. Si l’observable implique de la souffrance humaine, le chercheur
est face à son humilité d’intervenant non clinique. Son pouvoir d’assistance est limité
par son propre champ d’action, par sa propre conscience. Je n’ai pas été confrontée
à des situations délicates où les confidences ont ébranlé quelqu’un, du moins pas de
manière visible. Les paradoxes du groupe cible choisi relient les faits de mouvance,
de tradition, de sensibilisation autour du projet qui en porte, par conséquence, les
forces et faiblesses. En acceptant que les enfants migrants peuvent renvoyer à ces
différents qualificatifs, l’approche se veut surtout réaliste. Les étapes
« élaboratoires » 131 du projet de recherche tentent d’en faire un travail proche des
préoccupations de ceux à qui il est destiné (et de ceux desquels il découle) mais sont
aussi régies par des conditions de faisabilité et de rentabilité.
131
Cf. Ch. II-2.3.1.
126
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3.2.2. Capital
Le souci de réalisme demeure cohérent avec le souhait de répondre à des
besoins collectivement ou subjectivement identifiés. Mettre en œuvre une étude
impliquant des enfants migrants peut effectivement se capitaliser, outre les
rencontres et échanges que les ateliers génèrent du point de vue relationnel et
interculturel, en termes de savoir transférable. Il s’agit moins d’analyses « prêtes à
l’emploi », applicables et effectives, que d’interrogations et de théorisations
transférables. Le savoir produit est à réinvestir, réinterroger, restructurer pour
alimenter les réflexions. Des certitudes peuvent aussi être avancées selon telle ou
telle lecture des données mais là encore, elles se voudront ouvertes aux
questionnements. Par ailleurs, il paraît à la fois délicat et décisif de rencontrer le
groupe cible car peu représenté afin de travailler pour une meilleure connaissance
de leurs subjectivités. Ce capital n’est pas réellement tangible dès lors où son
rendement se limite au degré de sensibilité du sujet lecteur ou observateur mais il est
non moins viable. Nous reviendrons sur ce point plus loin (cf. Ch. II-3.3) mais le
souhait est aussi de contribuer, de produire à partir de points de vue minoritaires et
ce, sur des thématiques moins présentes ou moins valorisées au sein de l’enceinte
scolaire. Plutôt que de centrer les enquêtes sur le rapport à l’objet unique du
français, langue commune (FLC 132), l’objet du plurilinguisme est apparu, suite aux
premières observations sur le terrain, tout aussi pertinent.
132
Désormais désignée ainsi. Cf. Ch. VII-1.3.
127
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mêmes représentants de cette diversité qui deviennent ici observateurs et penseurs
d’où, à l’échelle de ce projet et de ses limites, un capital néanmoins innovant.
3.2.3. Original ?
Travailler sur des enfants migrants au Québec ne relève d’une rareté aucune.
Toutefois, certains aspects de cette recherche nous permettent de croire en son
intérêt novateur. Concernant les modes d’observation, la combinatoire entre
entretiens oraux, sondages écrits et dessins expérimente en effet la portée de
différents types de rencontres et d’observables. De plus, ces co-constructions
impliquent un groupe « différencié » de multiples façons. La population cible est
renvoyée à des différences socioculturelles de par son groupe d’âge, trajectoire de
vie, compétences linguistiques, etc. La réalisation de collectes combinées a donc
permis d’explorer des alternatives en sociolinguistique ethnographique mais cette
originalité présente toutefois des limites, notamment liées au cadre institutionnel
auquel elle est rattachée. Les contraintes de temps, de moyens et de faisabilité ont
requis une sélection rigoureuse des données à prendre en compte. Ainsi, les
autoportraits ne serviront que d’incises secondaires au risque de produire des
analyses insuffisamment appuyées. Quant aux sujets démographiques, l’association
des identités « enfants » et « migrants » trouve une nouvelle complexité avec l’ajout
des caractéristiques « plurilingues », « allophones », « nouvellement arrivés » et
« inscrits en école francophone ». Identifiable comme écarté de la norme de manière
pluridimensionnelle, ce même groupe cible est peu récurrent, bien que pour tout
groupe la possibilité de spécification est indéfinie. Cette dernière est signifiante et
féconde dans la structuration de la recherche mais elle expose aussi le travail à
l’enfermement. Dans cette tension entre l’unique et le comparable, la « création » (au
sens d’innovation) scientifique est immanquablement soumise aux contraintes
matérielles des institutions auxquelles sont rattachées son élaboration, sa
production, sa diffusion et son évaluation. Par ailleurs, tout en reflétant des
préoccupations qui semblent pertinentes, l’observatoire choisi se différencie aussi
par ces conditions de constructivité.
128
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A l’égard des groupes minoritaires, une valeur symbolique s’ajoute aux projets
s’y consacrant dans la mesure où ils leur offrent une visibilité scientifique. L’absence
de comparatifs peut toutefois représenter un champ d’intervention peu attractif tant
pour les chercheurs que pour les sociétés auxquelles les productions sont destinées.
133
Régine SIROTA (1989). « Sociologie de l’éducation : l’élève ou l’enfant ? » Colloque « Statuts et
Droits de l’enfant au regard des sciences humaines. » Aix en Provence. Référence citée dans
MONTANDON, 1997 : 18.
134
Au sujet de la gestion du multilinguisme et de la francophonie, voir aussi CORBEIL, 1981 : 272-3.
135
Absence notamment soulignée par Madelaine GAUTHIER, directrice de l’Observatoire des Jeunes
129
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par les lourdes charges qu’incombe l’obtention des autorisations légales pour la
conduite d’enquêtes auprès de mineurs (cf. Ch. III-2.1) car sans réseau d’accès ou
de confiance, le processus est long et conditionnel. Outre ces obstacles, la quantité
réduite des données disponibles sur des groupes analogues peut aussi découler des
difficultés de communication qui y sont souvent associées. Mener des sondages
auprès d’enfants, apprenants-locuteurs d’une langue commune, peut en effet
susciter des réticences quant au réalisme des échanges et de la validité des
discours. Nous l’avons mentionné, les aspects pouvant également marginaliser cette
étude incluent la combinatoire des variables, tels « enfants », « migrants »,
« allophone », « plurilingue », « CA » dans la sélection de la population cible. Tous
ces facteurs permettent de croire non seulement en l’aspect novateur du travail mais
aussi aux leurres de l’autosuffisance dans un marché à faible concurrence.
L’absence relative de comparables peut s’avérer peu stimulante, ou encore source
d’impressionnisme.
et des Sociétés, dans une entrevue menée par Bernard BOISSONNEAULT en mars 2003. URL :
[[Link] Mise en ligne :
23/02/07.
136
Cf. Ch. II-2.3.1.
130
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CHAPITRE III
Co-constructions et négociations
scientifiques
Les premiers séjours d’observation dans l’enceinte scolaire ont mené à des
interrogations exploratoires du type : Quelles langues les jeunes valorisent-ils ?
Quelles sont les représentations du plurilinguisme et de l’unilinguisme ? Quelles
formes linguistiques servent de bornes « claniques » 137 ? A partir de ces premières
questions balises, le paradigme « langues » est devenu moteur des stratégies de
rencontre et propice aux problématisations choisies. Ma formation sociolinguistique
me fait voir en l’outil (la langue), un paramètre dynamique et complexe qui ne prend
sens qu’à la lumière du contexte d’utilisation (le social). Tout en admettant que cette
lecture puisse être moins signifiante, voire peu pertinente pour autrui, le postulat
situe aussi le langagier dans un processus dynamique, intrinsèque à celui de
l’identitaire. Les langues servent à identifier et à être identifiées. Nos langues nous
définissent tout comme nous définissons nos langues et, si la langue varie, il est
entendu que l’identité relève aussi d’un processus en mouvance :
137
Les observables font montre de différentes dynamiques de groupe qui s’apparentent parfois à une
organisation plutôt hermétique dans le sens où l’appartenance à un groupe est assujettie à des
critères précis, peu flexibles dans le temps et dans l’espace. Le choix du terme « clan » tient de cette
idée d’une formation rationalisée et revendiquée du « groupe ».
131
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Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
groupe. En l’occurrence, les membres de notre groupe cible sont repérables par leur
différence d’âge, ancienneté résidentielle, performances linguistiques, pratiques
culturelles, (in)expérience sociale... Le discours commun stipule effectivement que
les élèves en CA sont aux prises avec plusieurs difficultés ; les profils sont d’abord
identifiés par l’entourage institutionnel et social à travers les défis (ou problèmes)
qu’ils représentent 138. Il nous a donc paru important de relever chez les sujets
souvent plaints pour leurs complexités, quelles images ils pouvaient produire d’eux-
mêmes. Au-delà de l’orientation disciplinaire, ces associations sont pertinentes ici en
ce qu’elles ont aussi été effectives ailleurs. Pour autant, elles ne constituent pas des
valeurs absolues mais, néanmoins, elles permettent de faire fonctionner une
approche compréhensive. Parler des langues aux enfants rencontrés revient ainsi à
échanger avec eux de leurs vécus mais aussi celui de ceux qui les entoure (cf.
Ch. VIII-2.2). Sans hypothèse de départ pouvant supposer dramatisation,
relativisation ou insignifiance de l’identitaire dans ce contexte, l’intention est de
mettre en relief le « vécu » du point de vue du sujet actant. Toutefois, la mise en
œuvre du projet, sa valeur contributive et sa finalité dépend aussi de l’historicité des
travaux préexistants. Après un parcours des principales entreprises scientifiques
explorant des thématiques apparentées aux nôtres, nous pourrons mieux expliciter le
déroulement effectif du travail de terrain et de la construction des matériaux
d’analyse.
138
Les programmes destinés aux clientèles en CA se formulent souvent en termes de « francisation »,
« intégration », « culturation » et « socialisation ».
139
Cf. Ch. II-2.3.1.
133
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ce programme de recherche. Elle se veut toutefois élargie à des documents de
différentes natures et issus de diverses sources 140. La bibliographie est en outre ce
que l’on met à disposition d’autrui pour la continuité et la négociation des réflexions
d’où l’importance, pour nous, d’œuvrer à clarifier les intentions et les motivations
relatives à sa conception.
Si l'identité est aussi un « récit de soi » (LETOURNEAU, ibid.), elle peut être
saisissable dans les récits que font les enfants rencontrés de leur trajectoire plurielle.
Nous tentons de les investir dans ce qu’ils retracent quant à leurs expériences
exploratoires de l’altérité ethno-sociolinguistique. Cette altérité est provoquée par la
migration, ce qui transcende aussi le processus d’intégration. Dès lors, il paraît
intéressant d’observer comment l’enfant traverse ces modes de changement et
quel(s) positionnement(s) identitaire(s) il tente de mettre en œuvre. Des perspectives
adoptant les variables intergénérationnelles et interculturelles nous éclairent sur ces
points.
140
Cf. sections « Documentation complémentaire » (D.C.), « Corpus non sollicité » (C.N.S.) et
« Sitographie » dans la bibliographie générale.
134
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complexité non figée où l’appartenance non unique ou non uniforme n’est pas
systématiquement objet de déchirure et n’est pas forcément double. Cette
appartenance peut aussi être banale, constructive et multiple. Néanmoins, aux
prémisses des séjours d’observation, il pouvait être attendu que ces difficultés
identitaires, couramment associées aux jeunes issus de l’immigration, soient
également associées aux enfants migrants. Une attente antérieure aux observations
est donc indéniable mais il s’agit surtout de celle de l’inconnu. L’attente envisage des
possibles et non une réalité prévue. Ce qui découlera ensuite des enquêtes sera issu
de co-constructions. Dans ce sens, les connaissances ou expériences en amont à la
recherche sont définies comme étant subjectives et donc réfutables. Tout comme on
peut s’attendre à des discours plaintifs sur les déchirures identitaires des jeunes
inscrits dans la migration (première ou deuxième génération), il est aussi
conscientisé qu’une autre mouvance discursive consiste à promouvoir ce qu’on peut
appeler la « pluridentité » :
« L’un des discours à la mode en ce début de IIIe millénaire veut en effet que
l’horizon du monde soit celui du transculturalisme et du métissage, voire de
l’hybridation, des cultures, lequel provoquerait à la langue un effacement
possible des frontières identitaires. » (LETOURNEAU, 2001 : 15).
135
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avec, par exemple au Québec, les tensions entre le groupe majoritaire et les
« communautés culturelles ». Le risque est évidemment de dresser ou de cristalliser
des cloisons entre des groupes qui, vus autrement, ne sont pas perçus comme étant
opposés. Dans l’opposition intergénérationnelle, par exemple, les jeunes migrants
sont en position solidaire avec les jeunes non migrants. En contrepartie, ces travaux
constituent des passerelles fondamentales pour le développement des
connaissances sur l’altérité.
141
Cf. aussi Ch. I-2.1.3 ; les « compromis de recherche » (Ch. III-2.4) et les négociations
terminologiques ou conceptuelles (Ch. VIII-3.1).
136
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Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
142
Collège d’Enseignement Général et Professionnel. Etablissement pré-universitaire au Québec qui
dispose d’enseignements techniques.
143
Le groupe d’âge que nous désignons par la notion « enfants » comprend ici ceux inscrits au
primaire.
144
Cf. la désignation des communautés culturelles et migrantes parmi les défis sociétaux d’égalité et
de francisation, par exemple, dans BEAUDOIN, 2000. D.C. ; CENTRALE DES SYNDICATS DU
QUEBEC, 2001. D.C. ; CHOUINARD, 1997. D.C. ; CIC, 2002. D.C. ; CSDM, 2000. D.C. ; CSLF, 1986-
b. D.C. ; 1987. D.C. ; Mc ANDREW, 2001. D.C. ; MELS, 2006-b. D.C. ; RENAUD, 2004. D.C.
145
Nous avons également interrogé le Fichier Central des Thèses. URL : [[Link] Mise
en ligne : 25/01/07. Dans ce cas comme pour l’AFEC, des travaux corrélés (représentations,
plurilinguisme, migration) mais portant sur d’autres terrains ou d’autres publics ont pu être recensés :
Annette BOUDREAU (1998). « Représentations et attitudes linguistiques des jeunes francophones de
l’Acadie du Nouveau-Brunswick. » Linguistique. Université de Paris 10. Thèse de doctorat (Ph. D.)
137
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1.2. Migration, enfance et plurilinguisme
soutenue, réalisée sous la direction de Françoise Gadet ; Daphné Laure MASLIAHI ROMY (1998).
« L’anglais et les cultures : analyse sociolinguistique des situations plurilingues multiculturelles au
Canada, en Australie et aux Etats-Unis. » Linguistique. Université de Paris 4. Thèse de doctorat
(Ph. D.) soutenue, réalisée sous la direction de Maurice Paul Gautier ; Mylène JACQUET (1999). « Le
développement des compétences civiques, culturelles et interculturelles chez les adultes nouveaux
arrivants : analyse comparative des stratégies d’enseignement du français langue seconde au
Québec et en France. » Sciences de l’éducation. Université de Paris 12. Thèse de doctorat (Ph. D.)
soutenue, réalisée sous la direction d’Alain Montandon.
138
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« Des phénomènes d’intrusion d’une langue dans l’autre au sein des énoncés,
trop longtemps ignorés ou accusés de révéler la confusion des sujets bi-
/plurilingues, sont désormais mieux perçus comme une compétence discursive
supplémentaire, obéissant à des règles d’apparition élaborées. »
146
Sur cet ouvrage, voir aussi les notes de lectures par Marie-Pascale HAMEZ et Philippe
BLANCHET (2007) dans Le français à l’Université ; n°3 : 8-9.
147
Maranaho N’GUESSAN et Thomas POMMIER. Dossier d’initiation à la recherche en cours (travaux
dirigés) de Communication Interculturelle. Année universitaire 2007-2008, semestre 1.
139
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
« comprendre l’autre » implique. » 148
148
Ibid.
149
Programme d’Eveil au langage et ouverture à la diversité linguistique, URL : [[Link]
Mise en ligne : 21/04/07. A ce sujet, voir aussi ARMAND & DAGENAIS, 2005 ; MARAILLET &
ARMAND, 2006 ; ARMAND, 2005 ; MARAILLET, 2005. Cf. aussi Ch. III ; 3.2.2. Sur le projet
ressource, voir notamment Michel CANDELIER (2003). L’éveil aux langues à l’école primaire. Evlang :
bilan d’une innovation européenne. Bruxelles : De Boeck & Larcier. 379 p. ; MOORE (2006 : 224) cite
également : Louise DABENE (1992). « Le développement de la conscience métalinguistique : un
objectif commun pour l’enseignement de la langue maternelle et des langues étrangères. » Repères ;
n°6 ; 13-22 ; Danièle MOORE (éd.). (1995). L’Eveil au langage. Notions en Questions. N°1. Paris :
Didier.
140
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Singy 150 dans MARAILLET, op. cit. : 58). Ces normes sont effectivement décisives
en ce qu’elles régulent les pratiques linguistiques utilisées dans la société ; on
comprendra donc l’importance de la préadolescence dans le façonnage du rapport à
ces normes. Par conséquent, les plus jeunes qui évoluent dans les premiers cycles
de la scolarité font plus rarement l’objet des démarches d’investigation. Leurs
perceptions suscitent encore plus de précaution compte tenu des sentiments
d’inachevé, de fluctuations et de dépendance qui sont généralement associés à leur
bas âge (cf. Ch. II-3.1.1). Dans notre optique, l’éphémère des pensées qu’ils peuvent
manifester n’enlève rien à la réalité 151 des sentiments qu’ils peuvent éprouver à un
instant précis. Que l’expérience mise en discours relève d’un observable prolongé ou
pas, dans le temps et dans l’espace, elle n’est pas moins légitime et éclairante sur
leur histoire. Cela rappelle la validité contextuelle de tout autre observable qui n’a de
pertinence que dans une inscription spatio-temporelle donnée. Les discours des plus
jeunes sont donc intégrés à ce projet d’étude avec le postulat qu’ils contribuent, à
leur tour et à leur manière, à donner du sens. Dans une certaine mesure, il s’agit
d’une démarche innovatrice et complémentaire, car on a choisi considérer le point de
vue d’un groupe peu récurrent dans les travaux analogues d’où, sous cet angle-là, la
mise à disposition de données concernant un groupe minoritaire.
150
Pascal SINGY (1997). « Le rôle de l’école dans l’élaboration des représentations linguistiques » in
Marie MATTHEY (éd.). Les langues et leurs images. Neuchâtel : IRDP ; 277-283. Référence citée
dans MARAILLET, 2005 : 58.
151
C’est-à-dire leur « fondement ».
141
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ensuite opérer une certaine identification de la pensée émanant de la tête (vers
8 ans). On atteint enfin la « dématérialisation de la pensée » (vers 11-12 ans).
Etudier l’altérité au sein d’un groupe d’enfants traversant ce continuum
représentationnel situe le motif « langues » en tant que référent accessible à tous –
car inscrit dans leurs rituels communicationnels et disciplinaires – et appropriable par
tous. Ce choix thématique localise aussi les activités en entretien collectif comme
observatoire pour voir comment l’informateur dialogue sur ses propres opinions et
comment il peut comprendre le point de vue de l’autre. C’est en effet dans le même
échelonnement d’âges, de sept à douze ans, que l’enfant dépasse le centrisme des
règles perçues comme « sacrées » pour concevoir leur validité par « consentement
mutuel » (PIAGET, op. cit. : 141 ; Jean Piaget 152 dans MOSCOVICI, 2003-a : 90).
L’émancipation de l’enfant en tant qu’adulte dépend alors de sa capacité à réaliser la
subjectivité de ses pensées et de les assumer. Cela paraît à la fois ambitieux et
faisable dès lors où le tissage des actes et pensées du sujet adulte, plus
couramment perçu comme « étudiable », est tout aussi peu aisé à saisir.
152
Cf. PIAGET, 2003.
153
Sur la portée dynamique et interpersonnelle du terme en tant que conception de l’altérité et de la
subjectivité, voir OUELLET (2003 : 17-8). Cf. aussi l’introduction de la Partie III et Ch. VIII.
142
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dans la littérature scientifique. Le cœur de ce travail repose sur ce que disent les
enfants migrants sur leurs propres langues et expériences de migration. Ce n’est
cependant qu’en cours d’élaboration que cette délimitation empirique est apparue
signifiante. Au-delà des travaux analogues, l’expérience en observation s’ajoute donc
au préconstruit pour permettre de croire en la pertinence des choix de recherche. De
même, la centralité des « langues » et du choix d’informateurs « enfants migrants,
allophones, plurilingues » n’apparaît fondée qu’à la lumière d’autres expériences de
l’empirique qui ont été théorisées en « méthode ».
154
Le terme est à comprendre au sens institutionnel puisque l’école étudiée est de langue française.
155
« La démarche va du global (prise d’indices multiples en contexte complexe par observation
participante) à l’analytique (via enquêtes semi-directives et directives, traitement des données,
validation) pour revenir à une synthèse interprétative. » (BLANCHET, 2000 : 40-1).
143
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donc été réalisés auprès de profils migrants et non migrants. C’est uniquement à
l’issue des étapes « élaboratoires » de construction de données que l’échantillon
principal pour cette thèse doctorale 156 a pu être resserré autour d’un sous-groupe
d’informateurs. Dans cette optique ouverte aux particularités du chercheur et des
informateurs, la problématique du rapport aux autres à travers celui aux langues a
non seulement parue réalisable mais est aussi importante, compte tenu du poids des
profils plurilingues participants et des tensions habitées par la concentration
plurilinguistique.
« Oui, l’enjeu de la sociolinguistique est bien de nous rappeler sans cesse le lien
qui tresse notre vie et notre langage, qui n’est pas un outil mort mais une part de
nous-mêmes. » (KLINKENBERG, 1981 : 300).
156
D’autres travaux plus généraux ont aussi pu être proposés à partir des mêmes données, cf.
RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2007-a et b.
144
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
157
Deux entretiens ont eu lieu en anglais et plusieurs échanges comportent des productions en
espagnol, arabe, kabyle, bengali, etc.
145
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éventuelle de certains discours dans la mesure où cette délimitation quantitative se
fait de manière réfléchie et motivée conformément à l’intervention souhaitée. En
somme, parler des langues, des enfants migrants, allophones, plurilingues et parler
des langues avec ces mêmes enfants veut s’accomplir avec la conscience d’une
contribution partielle aux connaissances sur l’« identité ». Il s’agit d’un travail à la fois
usité – l’« identité » relève d’une des questions qui mobilisent le plus de chercheurs
dans le monde académique occidental en sciences humaines (LETOURNEAU,
2001) – et singularisé, l’identité observée est plurielle et minorisée. Le sujet
générique, les langues, vise à déconstruire les perspectives normatives pour faire
valoir d’autres, acceptant aussi les différenciations, voire les hiérarchisations, mais
davantage intégratives et réversibles.
146
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
Les discours recueillis nous intéressent surtout dans ce qu’ils indiquent sur
l’Autre, l’informateur énonciateur ; or, ils portent aussi sur des indices relatifs au soi,
le sujet chercheur qui sollicite le discours. Comme pour toute forme d’échange
interpersonnel, la situation de communication en entretien est circonscrite à une
dynamique réactive que l’on ne peut sous-estimer : « Parler modifie l’autre, modifie
soi » (VAN HOOLAND, 2006). Le choix thématique est donc imparfait car réducteur
158
Ajouts de GADET, 2003.
159
Olivier SCWARTZ (1993). « L’empirisme irrésistible. » Postface à la version française de Le Hobo :
sociologie du sans-abri de N. Anderson. Paris : Nathan ; 271. Référence citée dans GADET, 2003.
147
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en focalisant uniquement sur des morcellements de l’entretien, lui-même, fraction
d’un ensemble plus étendu et plus complexe. La focalisation est aussi restreinte aux
discours sur les langues, entrée partielle et transitoire dans le rapport aux autres
mais les discours importent en ce qu’ils agissent aussi sur le réel. De même, les
discours sur les langues sont signifiants en ce qu’ils produisent des incidences sur
les réalités des langues (BULOT, 2006-b : 329). L’imparfait fait ainsi émerger les
paradoxes définitoires du sujet « langues » aux modes de lecture possibles mais à
l’exhaustivité en échappée constante. Par conséquent, la science qui s’institue
autour de cette acceptation complexifiante du processus « langue » est
nécessairement « tendancielle » CALVET (2007 : 63) :
160
Cf. aussi les propositions d’explicitations dans la « Bibliographie générale ».
148
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
161
Emploi du terme à la lumière de l’Institut National de la Recherche de Recherche Pédagogique, (cf.
Politiques Compensatoires. Education prioritaire en France et dans le monde anglo-saxon. 2004 : 32).
Intitulé comparable à celui de « Webographie » comme dans : FEUSSI, 2006 : 703 ; MENESR, 2006 :
URL : [[Link] Mise en ligne : 19/04/07 ; Ecole Polytechnique de Montréal,
2002 : URL : [[Link] Mise en ligne : 19/04/07.
162
Expression empruntée à Philippe BLANCHET pour désigner le positionnement du type « bon
élève » où l’on fait référence aux travaux d’autrui « sans pour autant les exploiter effectivement, voire
sans même les avoir lus ». Correspondance par courriel du 20/01/07.
149
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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qui a donc primé. Plusieurs références sont en effet issues de recherches sur
Internet (cf. précisions d’URL) compte tenu de l’intérêt multiple qu’offre, pour nous, le
support numérique en termes de distance, de rapidité d’accès, de stockage, de
classement mais aussi d’écologie. L’abondance et l’hétérogénéité des ressources
disponibles via Internet soulèvent toutefois plusieurs questions de méthode et
d’interprétation 163, les potentialités estimées peuvent alors s’avérer piégeurs à force
de privilégier le souhait de rentabilité et de facilité. Les choix effectués s’assument et
se revendiquent pourtant comme porteurs de sens pour le décideur. Toute illégitimité
associée est alors conséquence d’écueils dans la transmission dudit sens ; en
l’occurrence, ces écueils seront également assumés. Par exemple, mentionner les
travaux et textes de loi relatifs aux langues amérindiennes (cf. Ch. IV-3.3.2 ; Ch. VI-
3.2.2) peut à priori sembler éloigné des thématiques autour d’enfants migrants en
milieu urbanisé à Montréal. L’étude de discours de jeunes Québécois sur leur(s)
langue(s) révèle pourtant des processus de constructions identitaires par rapport aux
Amérindiens (cf. Ch. IV-1.1.3). Dans ce cas de figure, les modes de vie étaient en fait
mis en opposition de par les rapports inférés à la modernité.
163
Cf., par exemple, Isabelle PIEROZAK (2005). « Les discours de l’internet : nouveaux corpus,
nouveaux modèles ? ». Lidil ; 32. URL : [[Link] Mise en ligne :
11/01/08.
164
Cf., par exemple, Ch. VI-3.1.3.
150
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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151
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2.1. Valorisation de la recherche
Compte tenu de la place symbolique des langues, des élèves migrants et des
thématiques de l’interculturel dans les observables du terrain ainsi que dans les
politiques éducatives, cette absence semble paradoxale. La valorisation de la
recherche par la CSDM, soucieuse d’ouvrir ses établissements aux mondes
universitaires et scientifiques, permet néanmoins de faire valoir des interventions
autres. Définis en tant que « allophones », les profils nouvellement arrivés et
« débutants » 165 en FLC font, à ce jour et à notre connaissance, rarement l’objet
d’entretiens en raison de leur récence dans l’espace de la langue française. Les
difficultés associées à l’intercompréhension avec les apprenants locuteurs s’ajoutent
à celles qui sont communément associées aux informateurs en bas âge (cf. Ch. II-
3.1.1 ; Ch. III-1.1.1. et 1.2.2). Il nous a donc paru risqué mais formateur d’aller à la
rencontre de ces profils à la double particularité « enfant-apprenant locuteur du
FLC ». En complémentarité, les profils non allophones ou non inscrits en CA ont
également fait l’objet d’entretiens. Il peut s’agir d’une sécurité stratégique pour
contrôler les tâtonnements avec les enfants en CA mais ces données sont intégrées
à part entière en tant que connaissances également effectives du milieu. Au vu des
exigences protocolaires et des contraintes institutionnelles, les présences sur les
lieux ont effectivement été optimisées d’où la largesse des profils sondés et des
espaces de collecte (CA, CR, cours de récréation, salle de cantine, salle des
professeurs, quartier…). La conscientisation était que les seules phases
d’observation permettaient de « vivre » les lieux, c’est-à-dire d’y acquérir une
165
Ils sont effectivement inscrits en CA en raison d’une maîtrise diagnostiquée insuffisante en français
et reçoivent donc un enseignement prioritaire en langue.
152
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Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
166
Terminologie employée par la CSDM et englobant toute forme d’enquête ou de sondage impliquant
les établissements ou leur population.
153
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Le souci de cohérence et de crédibilité peut ainsi jouer sur les explicitations,
l’écriture, ou encore les analyses. En obtenant l’aval du comité scientifique de la
CSDM, je suis en effet consciente du pouvoir d’influence que cette autorisation peut
exercer sur le façonnage de mon travail. Le souhait n’est évidemment pas d’occulter
toute influence ou possibilité d’influence mais il est vrai que lors des différentes
phases de ce travail, le souci de répondre aux attentes de la CSDM est apparu
moins pressant que celui de répondre à des attentes sociales qui ont été plus
personnellement définies selon un cheminement précis (cf. Ch. II). La coïncidence
des deux vaut pour l’importance accordée aux langues et aux compréhensions des
milieux de vie (cf. exigences 2 et 3 ci-dessous, CSDM, 2006-d : 3). Les enjeux qui
seront dégagés des observables peuvent ensuite être investis, questionnés et
transférés par d’autres observateurs, chercheurs, acteurs, d’où le souci de diffusion
et d’accessibilité (cf. Ch. I-1.1). Le travail scientifique offre en effet un moyen
privilégié pour prendre part aux débats sociaux, en l’occurrence sur l’interculturalité,
l’altérité et la pluralité. Enfin, les rencontres mises en place dans le cadre des ateliers
ont aussi permis d’éveiller ou de développer les réflexions des participants quant aux
langues, aux autres et aux « autres langues ». Il importe d’emblée de souligner qu’il
ne s’agit pas de verser dans l’essentialisme de ces interventions, mais plutôt de
démontrer en quoi le protocole scientifique a également inciter à davantage soupeser
des intérêts ou écueils qui n’étaient pas forcément anticipés. Le prochain critère de
sélection de la CSDM a ainsi permis de faire émerger quelques imperfections et
insatisfactions avant de les retravailler.
154
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
155
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L’ensemble de ces facteurs protocolaires a servi à affiner l’approche du
terrain, de façon à ce que la production finale soit conforme aux normes
déontologiques de la recherche, aux règlementations de la CSDM ainsi qu’aux
exigences de l’école. Nous venons d’évoquer la réduction nécessaire de la longueur
des questionnaires écrits ; d’autres modifications, preuves d’ajustement et de
compromis, impliquent aussi l’entretien oral. En premier lieu, l’entretien oral individuel
(E.O.I.) était conçu comme principale forme de rencontre, l’entretien oral en groupe
(E.O.G.) représentant un apport complémentaire. Compte tenu des préférences de la
Direction, soucieuse d’éviter tout risque de dérives ou de polémique, cette
configuration s’est inversée faisant des E.O.G. les principaux modes d’observation.
Le contrat implicite de confiance ne permettait effectivement pas aux personnels
d’encadrement de me « surveiller » pendant les entretiens d’autant plus qu’ils avaient
lieu pendant les plages horaires habituels de travail et de cours. On comprend alors
la prudence adoptée par ceux responsables des élèves aux yeux des parents et de
la communauté. Les changements provoqués ont davantage été abordés comme
des « négociations » 167 ou des « compromis » dans le respect de la collaboration
mise en place avec l’établissement cible. La souplesse des activités du programme
de recherche a été mise en exergue lors de la sollicitation de l’école et a
certainement joué en faveur de son acceptation ; dès lors, l’adaptation à leurs
contraintes incombait à ma rigueur professionnelle. En ce sens, il était aussi de ma
responsabilité de m’efforcer à rendre constructives les conditions souhaitées ou
imposées par les partenaires de recherche. L’intégration des ateliers de discussions,
par exemple, s’est avérée tout à fait productive et a permis de découvrir les
dynamismes de groupe et les débats collectifs, soit une première expérience dans
mes observations de terrain. Le souci, quant à la réciprocité des apports, également
souligné lors des prises de contacts, a constitué un autre argument fondamental
auquel a souscrit la Direction. Plusieurs attentes pouvaient donc logiquement être
évoquées de la part des participants et des responsables. Lors des séjours sur
place, la prise en compte de ces demandes ou interrogations a ainsi soulevé de
nouvelles problématiques et des occasions pour réfléchir sur les opérations définies
et leurs possibles incidences sur autrui.
167
Voir aussi les négociations terminologiques ou conceptuelles avec les informateurs, Ch. VIII-3.1.
156
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Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
Le matériau relevé chez nos informateurs se décline, comme il a été dit, sous
forme multiple alliant les expressions discursives, gestuelles ou graphiques mais ce,
dans la limite de mes compétences d’observation et d’interprétation. Il en découle
des restrictions dans l’étendue des observables mais aussi une non-neutralité dans
leur sélection. Dès lors, quelles intentions ont permis de structurer les observations ?
157
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d’analyses. En l’occurrence, cette sélection se fait suite à l’examen global des
données, des perspectives potentielles et des domaines d’interventions souhaitées ;
elle se fait donc en cohérence avec la configuration générale des problématisations
définies. Tout en prenant conscience de l’incomplétude des observations recueillies
ainsi que de leur valeur indicative, je défends cependant leur validité en tant
qu’entrée ethno-sociolinguistique à part entière. Certes, elle est d’ordre micro-
sociologique mais dès lors où les précautions œuvrent à expliciter les conditions de
construction, il semble tout à fait profitable d’en faire un fondement réflexif. De plus,
l’association de différents types d’observation (écrits, oraux, graphiques) permet
aussi de pallier aux insuffisances respectives (cf. Ch. III-3.2). Pour autant, les
observables peuvent-ils être qualifiés de données objectives ou objectivées ?
LANDREAU (1990-b) 168, quasi systématique d’où une autre source d’influence
pouvant orienter le discursif et le comportemental :
Enfin, nous ne disposons pas de moyens pour établir ni même mesurer les
liens de causalité entre tel observable et telle intention. Qu’elle soit clairement liée,
indistinctement liée ou non liée à une présence explicitement observatrice, l’action
discursive ou comportementale est bien là, et c’est dans cette visibilité qu’elle devient
observable pour nous. La recherche de l’« authentique neutralisée » paraît plutôt
illusoire devant l’omniprésence de ces ambivalences. Dans quel(s) objectif(s) le
recueil de données empiriques s’inscri(vent)t-il(s) alors ?
168
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159
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observateur lui-même est une autre source de variabilité car son unique présence,
aussi discrète ou familière soit-elle, se traduit forcément pour nous sous forme de
« participation ». En ce sens, les éventuelles perturbations du cours « normal » 169
des interactions se problématisent moins à travers la mesure polémique de
l’influence du sujet externe qu’à travers son intégration et son pouvoir d’action. La
démarche ethnographique intègre « la personnalité du chercheur » à l’enquête
(BIANQUIS-GASER, 2004 : 177). Cela ne revient toutefois pas à en nier les limites.
La difficulté consiste notamment à mettre en œuvre un mode instantané de sélection
devant l’intensité, la rapidité et la complexité des interactions :
169
C’est-à-dire en l’absence de l’observateur, ou encore les productions dites « spontanées ».
170
Les références aux observables non sollicités portent l’indication : C.N.S.
171
Cf. Ch. II-1.2.3.
160
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Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
172
Cf. Ch. II-1.2.3.
173
Cf. Ch. II-2.3.1.
161
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rapports aux vérités et réalités situées, construites, perçues ou décrites. Dans cette
ethno-sociolinguistique, la forme de collecte se veut perméable aux complexités
interactionnelles car capable de les lire et de les décrire. De fait, le corpus est conçu
en tant qu’« exemplier d’observables » (BLANCHET, 2007-c : 3). Ce qui permet
d’accepter les limites représentatives et exhaustives du travail nécessairement
imparfait de recueil ainsi que de dégager des rentabilités empiriques. Bien que les
observations ne visent pas la reconstitution conforme des situations observées,
différentes approches ont été combinées afin d’investir le plus d’espaces possible sur
le terrain. Il s’agit aussi de structurer des complémentarités afin de pallier aux
faiblesses respectives de chaque mode d’enquête :
Notre corpus général comprend donc des « traces » situées telles qu’elles ont
pu être remarquées, identifiées et (re)transcrites d’où la combinaison de données
discursives (discours coproduits en situations d’entretien et d’observation
participante) et non discursives (gestes et attitudes observés en interaction,
autoportraits). De plus, nombre d’indications contextuelles à la fois discursives et non
discursives (affichages, disposition des salles de cours, codes vestimentaires…) sont
également prises en compte lorsqu’on investit le terrain d’où la prise de notes, soit
directement en situation d’observation ou immédiatement après. C’est ce que nous
incorporons dans les données contextualisantes (cf. Ch. III-3.4.3) ; pour s’y référer,
nous indiquerons les sources comme relevant des « notes de terrain » (N.D.T.) 174.
Nous pouvons aussi considérer des discours produits en dehors du dispositif
explicite des observations. Comme nous avons pu l’observer dans FEUSSI (2006-b :
297), nous utiliserons l’appellation « corpus non sollicité » (C.N.S.). Pour ce projet, il
est question d’opinions personnelles énoncées lors de différentes situations de
communication (blogs, forums, interviews radiophoniques, correspondance
personnelle) et mises à disposition du public ou, dans le cas des correspondances
personnelles, du chercheur. Lorsqu’il s’agit de ressources numériques, les
références sont répertoriées dans la bibliographie générale sous la section
174
Cf., par exemple, Ch. IV-1.2.2.
162
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Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
175
Cf. Bibliographie générale, section 3 : « Corpus non sollicité ».
176
Cf. Bibliographie générale, section 2 : « Documentation complémentaire » ; voir aussi Ch. III-1.4.
163
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3.2.2. Organisation des activités d’observation
Les séjours de recherche réalisés dans le cadre de ce projet se sont étendus
entre décembre 2004 et février 2007 177, chaque présence dans l’établissement s’est
définie selon des objectifs d’observations différents :
Ce qui rejoint l’emprise, déjà évoquée, du discursif 178 sur le réel car ce que
nous disons et la façon dont nous le disons (forme et contexte de production) est
significatif de ce « nous » et de ce qui l’entoure. L’acte déclaratif fonctionne donc en
interdépendance avec ceux des perceptions et des réalisations. On comprend alors
la complexité éclairante du discours, sorte de pont entre l’imaginaire et le réel, entre
l’individu et son milieu. Parmi les données principales du corpus, le recueil des
marqueurs discursifs s’est réparti en fonction des classes (CR ou CA). La conduite
(ou pas) des collectes explicites s’est ensuite décidée en accord avec les
enseignants d’où certaines disparités. Les tableaux suivants regroupent ainsi les
principales activités d’enquête.
177
Des enquêtes sociolinguistiques aux thématiques complémentaires ont également été menées
avant 2004 et ont permis de recueillir des discours métalinguistiques sur les sentiments de jeunes
Québécois et Franco-Ontariens face à leur(s) langue(s). (cf. respectivement
RAZAFIMANDIMBIMANANA 2005 ; 2003).
178
Nous incluons les formes orale et écrite du discours.
164
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Classes régulières
179
Entretien Oral Individuel.
180
Entretien Oral en Groupe.
165
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La plupart des réponses aux questionnaires écrits étaient saisies à la maison
et les enfants avaient le délai allant du vendredi au lundi suivant pour les remplir.
Toutefois, certains enseignants pouvaient leur permettre, selon l’avancement de
l’élève en cours, d’occuper leur temps libre en classe pour commencer ou finir leurs
questionnaires. En termes de données de recherche, la matérialité du langage
représente notre principale voie compréhensive du terrain et des acteurs en jeu d’où
l’importance des sondages écrits et entretiens oraux et de l’explicitation de leur
coproduction. L’utilisation de ces données est aussi optimisée puisque les
enregistrements audio, traces écrites et retranscriptions permettent de travailler à
partir de diverses formes dont celle écrite ou orale d’origine. Certaines impasses
liées à la communication écrite avec le groupe cible qui a été choisi font toutefois
primer l’apport des entretiens oraux aux sondages écrits.
Dans les deux cas, mais plus particulièrement en ce qui concerne les CA, ces
questions semblaient être trop abstraites. Suite aux interrogations des élèves dans
166
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
une classe de CA, quelques explications ont été apportées de vive voix afin de
préciser que les questions portent sur ce qu’ils pensent des langues
(représentations, affect, rationalisations…). Les ambiguïtés liées à ces rapports
subjectifs aux mots s’ajoutent aux complexités de l’écrit(ure). Présentés, distribués et
collectés en milieu scolaire, les questionnaires d’enquête étaient inévitablement
porteurs d’une forme d’autorité. La peur de se « tromper », le souhait de « bien »
répondre ou de « bien » faire pouvaient donc contraindre les élèves à associer leur
participation à une activité normative. A l’image du double statut du chercheur, « ni
parent ni maître » (DANIC et al. (2006 : 106), l’identification des questionnaires et de
leurs objectifs pouvait être source de confusions pour les jeunes. Ce n’est ni un jeu ni
un examen. Les appréhensions peuvent être légitimement amplifiées lorsqu’on prend
également en compte ce qu’implique l’acte d’écriture :
« l’écriture, bien plus qu’une simple traduction visuelle de l’oral, fait généralement
accéder une langue, dans le cours de son évolution, à des fonctions
sociolinguistiques nouvelles, qui exigent l’intelligibilité du message même lorsque
celui-ci est coupé des conditions d’énonciation qui ont présidé sa production. »
(ROBILLARD (de), 1997-a : 136).
167
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Autoportrait 1
168
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Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
169
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Ce principe de l’intersubjectivité permet aux participants de vivre les entretiens
de manière souple sans être régis par une technicité formelle, voire même
oppressante. Le réinvestissement rigoureux et productif des observables-ressources
recueillis engage ensuite la seule intervention du chercheur (cf. Ch. I-2.2), placé au
centre de sa recherche sans en être l’unique occupant agissant. Dans une approche
ethno-sociolinguistique qualitative et critique, il est néanmoins responsable de la
sélection des données, d’où un pouvoir qu’il convient de problématiser (HELLER,
2002-a : 27-8) : quelles sont les conséquences des interventions et positionnements
opérés dans la réalisation de la recherche ? La réflexion éthique implique aussi la
sélection des données : « Qu’est-ce qui comptera comme données et comment les
recueillir, les analyser, les représenter ? » (ibid.). L’explicitation de chacune de ces
étapes processuelles de la recherche offre un premier cheminement pour parcourir
ces interrogations sans toutefois les envisager comme pouvant être traitées dans
leur globalité ou de manière absolue.
171
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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évidemment encouragé un compromis de recherche (cf. Ch. III-2.3) mais cela a aussi
initié la mise en place de débats collectifs en classe, lorsque possible. Dans l’une
des CA, les réactions générales face aux questions sociolinguistiques (qu’est-ce
qu’une langue ? à quoi sert une langue ? à quoi te fait penser telle langue ?) ont ainsi
pu être sondées. Si l’entretien collectif est également « un outil approprié à la saisie
du sens partagé » (DUCHESNE & HAEGEL, op. cit. : 37), la composition des
groupes a été réfléchie de telle sorte à ce que suffisamment de différences et de
ressemblances puissent permettre d’identifier les participants. Cet effort d’équilibrage
rejoint le principe d’homogénéité relative, condition de productivité lors d’échanges à
plusieurs :
181
Sur le facteur « genre », cf. Ch. VIII-1.1.3.
172
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
présence ne fait l’objet de toutes les attentions ? Mis en groupe, il se serait sans
doute senti moins accablé devant l’observateur mais, là encore, nous sommes dans
l’hypothétique car il n’est pas moins soumis au regard de ses camarades, ceux-là
mêmes qui l’entendent peu en cours. Bien qu’il soit important de veiller à une
compatibilité certaine lors de la composition des groupes (cf. Ch. I-2.1.5), viser à
atteindre une égalité réelle entre tous les participants relève ainsi pour nous d’une
quête illusoire. Son obtention serait également peu pertinente dans une recherche
qui se veut observatrice et interrogatrice des complexités en interaction sociale.
L’inégalité, les rapports de pouvoir et les négociations tendues quant à la place de
chacun sont des phénomènes de socialisation auxquels toute rencontre est soumise.
Les entretiens individuels et collectifs marquent des inégalités d’ordre social en
fonction des différences d’âge, de genre, d’activité sociale, etc. (cf. Ch. I-2.1.1). Nous
appréhendons ces inégalités en tant que constructions sociales ; elles sont donc
relatives et réversibles. Le regard porté sur les discours qui en émergent est tout
aussi relatif et la démarche visée face aux entretiens n’est ni de « faire comme si de
rien n’était », ni de « tout faire pour le voir ». L’objectif est de « faire avec et du mieux
qu’on pense » :
« L’entretien n’est pas la voie royale d’accès à la parole des locuteurs mais un
moyen commode de provoquer sa production – et donc sa récolte – dans un
cadre particulier : l’interaction de l’interview. Il convient donc de le concevoir en
complémentarité avec – et non en substitution de – l’observation des pratiques
langagières de la vie sociale. » (BRES, 1999 : 75).
L’entretien oral est donc perçu comme un espace imparfait, non neutre et
complexe qui ne peut suffire à lui-même.
173
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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3.4.1. Sélection intra-groupale
Les nombreux séjours organisés depuis 2004 ont permis de constituer une
masse importante d’informations. L’inclusion des deux types de classes (CA et CR)
dans les enquêtes – choix par ailleurs nécessaire pour le suivi des profils ayant
passé d’une classe à l’autre – accroît aussi le nombre de données et de perspectives
potentielles à développer. Au final, 98 participants ont répondu aux sondages écrits,
44 ont pris part aux échanges oraux et 8 différentes classes ont pu être observées
de manière régulière. Un entretien informel a également été mis en place avec une
enseignante de CA 182. Le nombre d’élèves répondants est à peu près équivalent
dans les CA et CR comme le détaillent les tableaux ci-dessous :
6ème 13 ans 1
ème
5 10 à 12 ans 28 2 5 groupes de 3
3ème 9 ans 2 1
ème
2 7 à 8 ans
13 3 groupes de 2
1ère
Tableau 10
Classes d’accueil
Section Groupe d’âge
Sondage écrit EOI EOG
3 10 à 12 ans 10 1 2 groupes de 3
2 groupes de 2
2 9 à 10 ans 18 2 groupes de 3
1 6 à 8 ans 26 1 groupe de 3
maternelle
Participation totale 54 1 19 (7 groupes)
Tableau 11
182
Nejma (Ens. ; CA). Cf. [E.O.I. 01_04 ; (Ens. CA)].
174
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
183
Cf. Ch. II-1.2.3.
175
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Processus de définition du groupe « noyau » et le nombre 184 d’élèves relié
Figure 1
Au final, le nombre de répondants inscrits en CA, ayant pris part aux enquêtes
écrites, orales et qui ont fait partie des classes observées est de 20. Les
observables-ressources corrélés seront notamment complétés par ceux de Leyla 185
(F ; 9A). Elève inscrite en CR lors du déroulement des entretiens, elle a d’abord été
rencontrée lorsqu’elle était en CA lors des observations exploratoires (cf. Séjour 1,
Ch. III-3.2.2). Les échanges réalisés avec Nejma 186 (Ens. ; CA) serviront aussi
d’apports complémentaires. Enseignante en CA, elle est elle-même migrante et fait
part de son parcours, perceptions et questionnements. Ces deux rencontres offrent
ainsi des visions complémentaires à ceux des enfants migrants inscrits en CA au
moment des enquêtes principales. En dépit d’une certaine hétérogénéité (différences
de trajectoires, de dates d’arrivée, d’âge…), le groupe « noyau » partage
l’expérience commune de la migrance, soit l’ancrage principal de notre étude. Des
descriptions plus détaillées seront proposées plus loin (cf. Ch. VIII-1) mais
soulignons que la négociation autour des profils « noyau » n’est pas motivée par un
idéal quelconque si ce n’est celui de regrouper des profils ayant vécu le déplacement
migratoire. Cette sélection intra-groupale répond aussi à une contrainte de
184
Le recensement de la population totale de l’école se base sur les estimations effectuées à la
rentrée de l’année scolaire 2005-2006, complétées par les renseignements offerts sur place en février
2006.
185
Cf. [E.O.I. 24_01 ; (F : 9A) ; CR3].
186
Cf. [E.O.I. 01_04 ; (Ens. CA)].
176
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Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
pertinence qualitative car les entretiens oraux, déjà riches en données, ont d’abord
été réalisés selon une approche souple et variable (cf. Ch. III-3.3.1). Il était donc
nécessaire de restreindre le nombre de profils afin de mieux investir la complexité
leurs subjectivités et de mieux les articuler autour de thématiques fécondes. Les
particularismes visés privilégient ainsi les élèves en CA, acteurs de la migration, du
plurilinguisme et de la francisation au Québec. Cette focalisation intra-groupale
expose toutefois le travail aux risques de ce qu’on peut désigner le « confinement
empirique » : l’impossibilité de transposer des analyses hyper-spécifiques à d’autres
terrains. Cela rejoint les mêmes limites que celles de l’insuffisance
représentationnelle que l’on associe communément à l’observation participante :
187
Dans le sens « tout ce que l’on aurait pu anticipé, souhaité, craint, imaginé, sollicité… ou pas ».
188
Sur ce point, voir aussi Ch. I-1.2.
177
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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recherche. Elle importe aussi pour cette étude en ce qu’elle permet d’intégrer et donc
d’assumer cette imperfection et cette intersubjectivité. Devant l’impossibilité de
« maîtriser totalement et précisément les variables » qui interviennent dans les
phénomènes humains (op. cit. : 30), la responsabilité du chercheur est aussi
d’endosser une liberté de manœuvre, d’innover et de diffuser ses intentions et
démarches. Divers « contribuables » ont donc été intégrés au corpus global à travers
les interactions informelles vécues (avec ou sans participation directe) dans
l’enceinte de l’établissement ainsi qu’à travers les traces variées de discours donnés
(documentations pédagogiques ou administratives, affichages, notes au
tableau, etc.). Sans en faire une liste exhaustive, voici un aperçu des
fonctionnements propres à l’école qui ont fait l’objet d’observations informelles et
complémentaires :
Cours de l’école ;
Classe ;
Gymnase ;
Bibliothèque ;
Salle des professeurs ;
Bureaux de la Direction ;
Secrétariat ;
Bureau de l’orthophoniste ;
Couloirs.
En l’absence de plan de questions anticipées et d’appareil d’enregistrement
systématique, ces expériences du terrain forment des indications contextualisantes
et complémentaires. Au même titre que les observations de classe où les
interventions dépendaient des disponibilités et des préférences des enseignants, ces
indications ont été obtenues grâce aux propositions diverses. L’enseignante chargée
des PELO, par exemple, a été à l’instigation des observations de ses cours de
vietnamien ainsi que de ceux de sa collègue en espagnol. Dans les deux cas, la
prise en compte des réglementations d’expérimentation ainsi que du facteur
« temps » a déterminé de la faisabilité des modes d’observations complémentaires.
178
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Chapitre III – Co-constructions et négociations de corpus
179
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Discussions – 1
DISCUSSIONS 1
189
Cf. Ch. II-2.3.1.
181
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projet de réalisation personnelle. Le socle commun de ces différentes dimensions
demeure le rapport réflexif au socio langagier, reflet des paradoxes propres à
l’Homme et à son (in)humanité :
« Le paradoxe de l’unité multiple est que ce qui nous unit nous sépare, à
commencer par le langage : nous sommes jumeaux par le langage et séparés
par les langues. » (MORIN, 2001 : 59).
182
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Discussions – 1
190
Voir aussi BLANCHET (2000 : 43).
191
Cf. Introduction de la Partie I.
183
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davantage représentatives. Ces derniers se heurtent aussi à des limites de
« transférabilité » dès lors où les entreprises généralisantes s’apparentent
difficilement à des domaines d’intervention précis. Détachées de toute
contextualisation, elles peuvent être inefficaces face aux configurations usuelles que
sont finalement les complexités humaines, individuelles ou collectives. Justifier
l’apport des études également appelées « micro-sociolinguistiques » (BLANCHET,
2000 : 43) revient alors à reprendre une « vérité » devenue un poncif : les généralités
valent en tant que telles dans leur dimension objectivante car sujets et contextes,
agglomérats de spécificités, sont avant tout « uniques ». Le propos n’est ni de
s’affranchir de tout besoin de généraliser ni d’essentialiser ce dernier. En considérant
le général autrement que par un ensemble aseptisé de toute complexité mais plutôt
comme un « empilement » 192 d’uniques, ce travail de questionnement – aussi
spécifiable soit-il – vise aussi à contribuer à mieux le connaître. Le choix du
particulier comme entrée scientifique est alors conforme à la volonté de prendre part
à une science du particulier, de l’altérité et de la complexité. Il s’agit d’une science
contextuelle où les intentions, postures et regards du sujet chercheur font de lui un
acteur pleinement impliqué dans sa production et s’assumant en tant que tel. Cette
perspective de la recherche se veut humanisée en produisant des connaissances qui
œuvrent moins pour la maîtrise du savoir (ou d’autrui) que pour la reconnaissance
des savoirs et des autres.
192
Expression empruntée à MAINGUENEAU (1998) dans « Les tendances françaises en analyse du
discours ». Compte rendu consultable en ligne sur l’URL : [[Link]
[Link]/~benoit/fle/conferences/[Link]]. Mise en ligne : 02/10/07.
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PARTIE 2
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Introduction
« Le paysage québécois s’est beaucoup diversifié au cours des
dernières décennies, faisant place à des cultures dites
émergentes. Y voyons-nous un signe d’enrichissement ou
d’émiettement de la culture québécoise ? Devons-nous
rechercher la consolidation d’une culture commune ou aménager
la cohabitation d’une mosaïque de cultures et d’identités ? Une
question fondamentale coiffe l’ensemble de la démarche : quel
avenir voulons-nous pour la culture québécoise ? »
(BOUCHARD, G. & SAINT-PIERRE, texte introductif, « Le
rendez-vous stratégique sur la culture ». INM, 2007. D.C.)
Dynamiques de société(s)
A la lumière du profil linguistique du Canada, « une société plus multilingue »
(STATISTIQUE CANADA : 2003-b. D.C.), l’environnement linguistique du Québec
contemporain est caractérisé par l’accroissement de réalités plurilingues d’où les
qualificatifs de « mutation », « métamorphose », voire de « révolution », qui
ponctuent l’écriture des dynamiques circonstanciées. Ce qui suscite la révision du
répertoire des appellatifs préexistants ou traditionnels. Une organisation
combinatoire de critères temporels et politiques offre trois appellations des langues
qui se recensent sur l’ensemble du territoire : langues amérindiennes, langues
officielles et langues de l’immigration. Un deuxième mode de découpage
sociolinguistique se formule en fonction d’une autre tripartition entre langues
française, anglaise et langues non officielles d’où les groupes usuels de :
francophones, anglophones et allophones. Ce schéma référentiel est
particulièrement significatif pour le cadre québécois dont les caractéristiques se
démarquent de toutes les autres provinces, d’où l’adoption double (usuelle et
spécialisée 1) de ces expressions et mesures démolinguistiques dans l’identification
de l’Autre linguistique (cf. infra). L’usage commun peut articuler la définition du
groupe linguistique à l’indicateur « langue maternelle » qui, dans sa
conceptualisation canadienne, renvoie à la première langue apprise dès l’enfance et
encore comprise lors du recensement. Toutefois, l’organisme national de
recensement introduit la possibilité de pratiques plurielles en acceptant les réponses
1
Cf. Ch. IV-2.2. Cette division triptyque est toutefois remise en cause pour son inadaptation à la
population montréalaise dont le taux de trilinguisme est sans cesse à la hausse (LAMARRE,
PAQUETTE, KAHN & AMBROSI, 2002).
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multiples depuis 1986 1. L’identification statistique des groupes linguistiques peut
aussi se baser sur d’autres indices (cf. Ch. IV-4.2.1) mais, dans tous les cas, une
première distanciation s’avère utile par rapport à la notion de « allophone ». Elle
recouvre une pluralité de réalités et de pratiques. L’interprétation des chiffres
concernant ce groupe pose donc la condition de l’hétérogénéité comprise
(TERMOTE, op. cit. : 268), populations autochtones et migrantes habituellement
distinguées dans leurs statuts et appellations respectifs (cf. Ch. IV-2.2 et 2.3) se
confondent ici pour représenter l’ensemble du groupe « allophone » :
1
Cf. Ch. IV-2.4.2 et 4.2.1 ; STATISTIQUE CANADA, 2006-a. D.C. ; TERMOTE, 2003-b : 265.
2
Sur l’analyse démographique des donnes canadiennes divisée en trois grandes « forces »
(Autochtones, groupes colonisateurs, minorités raciales et ethniques) voir aussi DEWING & LEMAN,
2006.
3
Il s’agit du résultat combinatoire des réponses uniques et multiples. En réponse unique, l’identité
autochtone représente 1,91 % de l’ensemble du Canada. Recensement 2001 sur la répartition de la
population canadienne en fonction de l’origine ethnique. STATISTIQUE CANADA, 2003-d. D.C.
L’identité autochtone désigne, pour Statistique Canada, une « personne ayant déclaré appartenir à au
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Partie 2 – Introduction
moins un groupe autochtone, c'est-à-dire Indien de l'Amérique du Nord, Métis ou Inuit (Esquimau)
et/ou personne ayant déclaré être un Indien des traités ou un Indien inscrit tel que défini par la Loi sur
les Indiens du Canada et/ou personne ayant déclaré appartenir à une bande indienne ou à une
première nation. » (STATISTIQUE CANADA, 2005-a. D.C.). Sur les enjeux liés, voir aussi Ch. IV-2.2.
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conception impérialiste au profit d’une rationalisation économique et assumée du
trafic de l’immigration, phénomène interne dont la gestion intégrante se dit rentable.
Les statistiques démontrent en fait que, depuis 2001, l’apport migratoire dépasse
l’accroissement naturel 1 (ISQ, 2006-a : 15, 41, 42. D.C.). Et en cela, le pluralisme de
fait devient objet d’autorité sur la plate-forme de négociation où se débattent
idéologies (HELLY, 2002) et où se reconstruisent identités. L’alliance des deux nous
conduit à considérer et à interpréter les observables d’ordre comportemental. En
parallèle avec l’attitude générale face au pluralisme, « le Québec est passé de la
peur à l’ouverture en matière d’immigration » (PICHE, op. cit. : 225), celle face au
plurilinguisme est passée d’un stade d’appréhension à celle d’une ouverture relative.
L’acquisition de plusieurs langues relève, par exemple, des attentes des parents
quant à la formation scolaire (Mc ANDREW, op. cit. : 32). Toutefois, les rouages
collectifs et politiques tanguent encore entre la « libre circulation » des langues et
l’acceptation surveillée de ces dynamiques. Les réticences à l’inclusion
plurilinguistique se basent également sur un principe de protectorat linguistique dans
la mesure où la langue majoritaire au Québec est considérée trop vulnérable pour
pouvoir absorber d’autres langues. Accepter et favoriser la diversité linguistique
compromettrait alors la survivance nationale. Ces divergences s’inscrivent dans les
axes antagonistes de la mémoire collective autour des notions de l’« ambivalence
identitaire » (LETOURNEAU & MOISAN, 2004 : 338 ; DUBE, 2002 ; HELLY &
VAN SCHENDEL, 2001) et de l’« ambiguïté sociolinguistique » (Mc ANDREW, op.
cit. : 33), deux articulations qui nous serviront de balises contextuelles.
1
L’accroissement naturel représente la « variation de l’effectif d’une population due au solde des
naissances et des décès » tandis que l’accroissement migratoire ou la migration nette correspond à la
« variation de l’effectif d’une population due au solde des migrations internationales, interprovinciales
ou régionales, selon le cas. » (ISQ, 2006-a : 339. D.C.).
2
Pour ce concept, nous reprenons la perspective proposée par Mc ANDREW & LEDOUX (1995 : 162)
au Québec : « les communautés d’autres origines que française, britannique ou autochtone ». Au
sujet de l’ethnicité et de l’identité, du point de vue des statistiques démographiques, voir aussi les
définitions d’utilisation pour Statistique Canada. URL :
[[Link] Mise en ligne : 11/08/06.
L’expression « communauté ethnoculturelle » semble être une variante, cf. le portail du
Gouvernement du Québec :
[[Link] Mise en
ligne : 17/04/07. Il s’agit toutefois d’une construction relative pour nous et l’emploi ici vise surtout à
une certaine conformité (compromis) en reprenant les termes usuels au Québec. Dans son approche
générale, nous considérons plutôt le terme « communauté » comme le reflet d’un « sentiment
d’identité qu’éprouvent fortement les membres d’un groupe » (HALL, 2007 : 303 ; 320). En cela, il
s’applique aussi à la « communauté québécoise ». Le terme revêt donc des ambivalences et des
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Partie 2 – Introduction
de la société québécoise s’est ainsi accru lors de la dernière décennie. Les objectifs
sont nombreux mais se recoupent sous les paradigmes utilitaristes de l’économie, de
la démographie et de la politique nationale (PICHE, 2006). Ce qui soulève d’autres
questions d’ordre civique. Nous verrons la politique « interculturelle » et la Réforme
adoptée au Québec, dont la mission du « savoir vivre ensemble » (MICC, 1990.
D.C.) inclut aussi le principe d’équité pour tous. Au-delà de l’intégration participative
à travers l’insertion professionnelle et le partage des ressources démocratiques, le
plein essor d’une société dont le dynamisme dépend d’apports externes tient de fait
de l’acceptation effective et affective des « nouveaux contribuables ». Dans
l’intervalle allant de 1999 à 2003, la fourchette du nombre d’immigrants permanents
entrant au Québec s’évalue entre 29 200 et 39 500 par an (MRCI, 2004-a : 11. D.C.).
Cette donne migratoire constitue un terreau électoral pour les partis et candidats au
pouvoir d’où l’investissement politique envers les immigrants et leurs descendants.
Dès lors, la prise en compte – si ce n’est l’inclusion – des particularités des
communautés culturelles se doit d’être visible afin d’optimiser leur adhésion aux
causes et aux valeurs promues. Or, le concept générique de la « diversité », sorte de
menace mythique, renvoie couramment au spectre de la division nationale ou
désagrégation sociétale. L’imaginaire collectif canadien ne fait pas exception à cette
hantise ancrée des différences, mais le rapport actualisé à la diversité marque une
nuance discordante entre les déclarations d’acceptation de la « diversité » en soi 1 et
les conditions anti-différentialistes décrites pour « édifier un pays uni » 2.
réductions quant à ce qui constitue l’altérité notamment lorsqu’il est employé par un groupe pour
exclusivement désigner un autre.
1
« Les récents sondages montrent que l’acceptation de la diversité devient la norme au Canada.
Dans un sondage publié en octobre 2003 par le Centre de recherche et d’information sur le Canada
(CRIC), 54 p. 100 des personnes interrogées affirment que le multiculturalisme les rend très fières
d’être canadiennes. Ce pourcentage atteint même 66 p. 100 dans le groupe d’âge des 18 à 30 ans. »
(DEWING & LEMAN, 2006). Comme le souligne Patricia Lamarre, il serait aussi intéressant de croiser
les données interrégionales, intraprovinciales et comparer les variables milieux urbains/périphéries.
2
« C’est là l’opinion de l’énorme majorité des participants [au Forum des citoyens sur l’avenir du
Canada, mis sur pied en 1991] qui nous ont rappelé que, pour édifier un pays uni, il convient de
mettre l’accent sur nos traits communs plutôt que de nous accrocher à nos différentes origines […]
Bien qu’ils acceptent et apprécient la diversité culturelle du pays, les Canadiens ne prisent pas la
plupart des activités prévues dans le cadre du programme du multiculturalisme. Ils les perçoivent
comme coûteuses et comme une source de divisions, du fait qu’elles rappellent aux Canadiens leurs
origines diverses plutôt que leurs symboles, leur société et leur avenir communs. » (DEWING &
LEMAN, 2006).
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en survient des incidences sur les questionnements identitaires localisés. Face à
cette densification syncrétique des référents et des modes d’expressions, le
gouvernement québécois y discerne un défi linguistique :
1
Cf. « La politique internationale du Québec » sur le site officiel du MRI. URL :
[[Link] Mise en
ligne : 22/01/08.
2
Voir aussi BEACCO, 2005 : 20.
3
Citation dans O’NEAL, 1995. Sur ce sujet, voir aussi TAYLOR, 1992 : 72-84.
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CHAPITRE IV
1.1. Rationalisation
1
Voir ROCHER (2003 : 277) : « le gouvernement était conscient de présenter une loi qui n’allait
laisser personne indifférent ».
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francophones (BERNARD, 2003 : 292 ; DE LA SABLONNIERE & TAYLOR, D. M.,
2006 : 239). Si l’on a pu la qualifier de « deuxième Révolution tranquille » (op. cit. :
283), son rôle canonique, fédérateur et coercitif dans l’unicité sous-étatique lui
confère plutôt le statut d’événement cataclysmique 1 dans le paysage environnant.
L’émergence de ce pouvoir francophone et québécois (LARRIVEE, 2003 : 170) est
authentifiée comme suit dans le préambule de ce texte clé :
1
L’on parle par exemple du « séisme » ressenti au sein de la communauté anglophone du Québec
qui vit cette loi comme une marque d’exclusion : “The reaction of the Anglophone community to the
French Language Charter was initially extremely negative. English speakers underwent a profound
sense of shock in their symbolic passage from being a part of the Canadian majority to having a
minority status. The Anglophones felt rejected, stripped of their traditional implicit prestige, robbed of
their unchallenged position of power” (LARRIVEE, 2003: 173-4).
2
Emphase personnelle.
3
Expression extraite de la Charte (OQLF, 2006-a. D.C.) mais également repérée dans différentes
conversations usuelles lors des phases d’observation sur le terrain.
4
Ministre d’Etat au développement culturel, il est le père fondateur de la Charte de la langue française
notamment avec l’abrogation en 1977 de Loi 22 (1974), « qui avait le tort » de viser simultanément la
francisation du Québec et le bilinguisme institutionnel (ROCHER, 2003 ; 278).
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Lise Thériault, ministre de l’Immigration et des communautés culturelles. Allocution du 31 mai 2005,
(THERIAULT, 2005. D.C.).
2
Groupe linguistique représentant la population de langue maternelle unique « français » ainsi que la
population de langues maternelles « français et langue non officielle ». (STATISTIQUE CANADA,
2001. D.C.).
3
Groupe linguistique représentant la population de langue maternelle unique « anglais » ainsi que la
population de langues maternelles « anglais et langue non officielle ». (STATISTIQUE CANADA,
2001. D.C.).
4
Données concernant les réponses uniques.
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non officielles dont 35 560 de langues autochtones, soit à peine 5 % des allophones
et 0,49 % sur l’ensemble du Québec. Quant à la communauté ayant déclaré des
langues importées, elle est composée de plusieurs générations de migration sachant
que les principaux pays fournisseurs d’immigrants pour le Québec sont l’Italie
(9,8 %), la France (7,1 %) et Haïti (6,8 %)1 (STATISTIQUE CANADA, 2001. D.C.). La
recomposition ethnoculturelle et linguistique de la province est en phase de mutation
car les bassins traditionnels que sont l’Europe (40 % des provenances en 2001) et
l’Asie (27 %) sont progressivement dépassés par les pays arabophones du Moyen-
Orient et d’Afrique du Nord (MICC, 2006-c. D.C.). Le bagage linguistique qui s’en
établit représente plus d’une centaine de langues selon les classifications des
pratiques sociales qu’il est convenu de gérer :
1
Les autres pays sont le Liban, les Etats-Unis, la Chine, le Viet Nam, le Portugal, la Grèce et le
Maroc.
2
« La catégorie de l'immigration économique comprend les candidats immigrants indépendants qui se
destinent à une activité économique (occuper un emploi, gérer une entreprise ou investir). » (MICC,
2006-e. D.C.). « La catégorie d’immigration économique comprend : les travailleurs (aussi appelés
travailleurs qualifiés), les travailleurs autonomes, les entrepreneurs, les investisseurs. » (MRCI, 2003-
b : 9. D.C.).
3
Cf. GOUVERNEMENT DU QUEBEC, 2006. D.C. pour la grille de sélection, également en ligne sur
l’URL : [[Link] Mise en ligne : 04/02/07. Voir aussi MICC, 2006-g ; h. D.C.
4
En 2002, par exemple, le plan canadien fixait une fourchette de 210 000 à 235 000 individus et le
nombre de personnes accueillies de façon permanente était de 229 000. En 2003 et 2004, les
objectifs ont été revus à la hausse avec une fourchette de 220 000 à 245 000 personnes et l’on a
198
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
CANADA, 2006-e : 45. D.C.). Il s’agit d’une contribution entière et multiple avec un
rôle prépondérant dans le renouvellement générationnel (cf. Ch. IV-2.1), la
régénérescence de vitalité et le renforcement géopolitique comme il y paraît dans
l’invitation participative suivante du ministère de l’immigration :
« Le Québec est une société démocratique. Son système politique repose sur la
liberté, l’égalité et la participation des citoyens à des associations et à des partis
politiques. […]
Choisir le Québec, pour l’immigrant, c’est donc accepter de respecter ces valeurs
fondamentales. Si tel est votre choix, le gouvernement du Québec vous souhaite
la bienvenue et vous invite à joindre les sept millions et demi de Québécois,
venus de partout, qui travaillent à bâtir l’avenir. » (MICC, 2006-c. D.C.).
admis 221 400 en 2003 puis, 235 8000 en 2004. (STATISTIQUE CANADA, 2006-e : 45. D.C.).
1
Nous le noterons désormais FLC.
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L’adhésion à cette cause nationale étant fonction d’une véritable réciprocité de
la reconnaissance, le gouvernement déploie un encadrement incitatif et éducatif afin
d’encadrer les relations intercommunautaires 1. Les défaillances du système de
francisation et de l’égide de l’interculturalisme seront pourtant mises en saillance à
l’appui de contre-arguments empiriques (cf. Ch. I-3.1) en termes d’efficacité politique
et juridique mais aussi en termes de pertinence éthique (MACLURE, 2006 ; PAGE,
2006 ; SEYMOUR, 2006). Le drame de proximité que signifie la rencontre entre les
Premières Nations et les valeurs de dernier cri est peu traité dans les préoccupations
quotidiennes. L’ouverture au monde moderne constitue une de ces forces sociales
qui « tentent de couvrir leur voix ou même de la faire totalement taire » (CLEARY &
DORAIS, 2005 : 233) et la préséance du renouvellement tend déjà à faire oublier ce
qui est encore pourtant d’actualité. Sur ce point, le gouvernement québécois rejoint
le Canada, car une part de leur histoire commune empiète sur les projets d’avenir et
ceux comme le « dévoilement de la vérité » qui viseraient à offrir une « meilleure
compréhension des faits et une plus grande sensibilisation du public » (APN, 2001 :
5. D.C. ; cf. Ch. V-2.2 ; Ch. VI) ramènent toujours vers ce passé. Ce qui est avenir se
dénoue effectivement à l’interférence de dissonances.
« Je crois que vous pensez que nous avoir des Wigwams comme maison et que
nous utilisons de moto-neiges et mettons des mocassins mais vous devez vous
détromper nous n’allons pas au Magasin général mais bien à l’épicerie. » 2
1
Voir, par exemple, « Québec interculturel » dans MICC, 2006-b. D.C.
2
Répondant en école secondaire au Québec dans RAZAFIMANDIMBIMANANA (2005 : 98).
200
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
sociales (le « Magasin général » 1 est associée au monde rural et traditionnel) sont
désignés par des mots véhicules de réalités déclarées dépassées. L’ancrage des
emprunts aux langues amérindiennes (« mocassin » est d’origine algonquine) pose
d’ailleurs la transférabilité de ces unités à l’ère de la modernité.
1
Etablissement commercial dont la connotation est associée au Québec rural, notamment du 19e
siècle où l’on y stockait des marchandises ou denrées et qui servait de lieu de rassemblement. En
opposition à l’épicerie et l’innovation du commerce de détail, du « libre service ». Voir aussi OQLF
(1996 ; 1985) sur Le grand dictionnaire terminologique. URL : [[Link] Mise
en ligne : 19/11/06.
2
Reprise du titre de l’article de BELANGER Yves (2004). « L’économie de défense du Québec entre
l’arbre américain et l’écorce européenne ». Observatoire des Amériques ; n°19. 8 p.
3
N.D.T., Montréal : février 2007. L’américanité relevée dans le discours d’un même individu :
« Mc Do, c’est ma religion ! » versus « On n’est pas comme les Américains… ». Observations
informelles. Voir aussi HELLY & VAN SCHENDEL, 2001 ; RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2005.
4
Voir le rapport du Sénat en France : « Québec : le choc des modèles en terre américaine de langue
française ». Mission du groupe interparlementaire France-Québec du 8 au 15 septembre 2002. URL :
[[Link] Mise en ligne : 11/12/05. Voir aussi BELANGER, 2003.
5
Cf. DELISLE, 1997. D.C. ; CASTONGUAY, 1997. D.C.
6
80 % des nouveaux arrivants choisissent l’île de Montréal comme lieu de résidence d’où la
multiethnicité des écoles montréalaises comme une « réalité incontournable » (Mc ANDREW, 2001-b:
5).
201
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d’innovation scientifique, écologique, architecturale, politique, culturelle, etc.
Paradoxalement, les changements sociaux occasionnés par les mutations
économiques et les déplacements démographiques contraignent les acteurs à
rechercher sans cesse des stratégies 1 de contrôle des traditions. Face aux flux
migratoires, par exemple, la crainte observée dans les conversations usuelles,
articles journalistiques ou productions culturelles est bien souvent celle de la
perdition identitaire : « une inquiétude, une angoisse parfois, de ce que nous
sommes collectivement et de ce que nous deviendrons » (BOUCHARD, C., 2002 :
14). C’est aussi à cela que l’on peut associer la modernité à que TAYLOR (2003 :
352) relie à la notion d’« identité » :
« L’« identité » est en fait une notion moderne. Nous parlons constamment de
nos jours de mon identité, ton identité, notre identité. Il s’agit de l’horizon moral à
l’intérieur duquel nous vivons notre vie ; il s’agit de points de repères essentiels
pour savoir « qui nous sommes ». A partir de mon identité, je sais ce qui est
vraiment important pour moi et ce qui l’est moins, je sais ce qui me touche
profondément et ce qui est de signification moindre.
Or ce qui est spécifiquement moderne, ce n’est pas le fait que nous ayons besoin
d’un tel horizon pour nous orienter. Les êtres humains ont toujours été ainsi. Ce
qui est nouveau, c’est que nous sommes prêts à envisager cet horizon comme
une réponse à la question : qui suis-je ? »
Dans cette quête de sens et de sens aux projets de vie, la notion « langue »
ne résiste pas aux tiraillements entre les aspirations individuelles et collectives,
pragmatiques et symboliques, anciennes et à venir…
Du moins, la pensée reste mélancolique de cette unité qualitative qui influe sur
les « représentations ethno-sociolinguistiques » 3 de la langue du passé que l’on
imagine vaillamment unificatrice de la collectivité. En cela, les projections de
1
Sur la notion de « stratégie », voir Ch. VIII-2.1.2 et 2.1.4.
2
Répondant en école secondaire au Québec dans RAZAFIMANDIMBIMANANA (2005 : 98).
3
Cf. Ch. II-2. pour une explicitation plus détaillée de l’expression utilisée.
202
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
variations linguistiques à venir ne laissent présager qu’un parler honteux sous une
pluie ombrageuse de perversions technologiques :
« Moi, j’ai peur que le français dans 20 ou 30 ans sera très mal employé par une
autre génération, il y aura du sacrage, des chu, des té et encore des nouvelles
expressions. » 1
« Parce que les besoins des francophones n’ont pas été pris en compte au début
de l’ère informatique, il a longtemps fallu que ceux-ci se consentent de courriels
sans accents ou pollués (« All/ Rijean Roy ! »). Il ne faudrait pas que cette
situation se reproduise aujourd’hui. Pour que les outils de traitement de la langue
soient, demain, aussi conviviaux et puissants en français qu’en anglais, les
Québécois et les autres francophones doivent aujourd’hui être en mesure de
faire sentir leur présence aux tables de normalisation et de standardisation, tout
comme ils doivent assurer la diffusion de l’information qui en émane. »
1
Répondant en école secondaire au Québec dans op. cit. : 99.
2
Voir Le grand dictionnaire terminologique. URL : [[Link]
Mise en ligne : 04/02/07. La Banque de dépannage linguistique. URL :
[[Link] Mise en ligne : 04/02/07.
3
Cf. Ch. IV-2.4.1.
4
Si l’on prend le « culturel » au sens large, les rapports de force s’inscrivent effectivement entre tous
203
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existentiels. Montréal – tout comme la province de Québec – dépendant du capital
exogène, paraît alors comme un espace d’ambivalence identitaire face à « ceux
venus d’ailleurs » avec l’héritage de cette « mentalité particulière » teintée
d’impressions de fierté et de désillusions (HELLY & VAN SCHENDEL, 2001).
Comme l’on y travaille parfois au sein d’instituts spécialisés visant à « neutraliser 1
l’accent indien » (ROY, 2005 : 101) et porteurs d’empreintes ethnoculturelles, seront-
ils l’objet de démarches visant à atténuer leurs différences en vue d’ententes
intercontinentales sans le port (perçu) limitatif du label ethnique d’origine ?
les groupes pouvant se distinguer selon l’âge, l’appartenance sexuelle, le milieu socioprofessionnel, la
confession religieuse, l’adhésion politique, bref, tout ce qui peut constituer un mode de vie ou de
penser distinctif.
1
Voir aussi la neutralisation du langage oral dans les auto-descriptions de jeunes Québécois
conscients des projections d’images sociales dans l’interaction verbale dans
RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2005 : 139.
2
Il ne s’agit pas de généraliser l’impression de « perte » lors du processus migratoire, sentiment qui
n’est pas validé par tous les profils (HELLY & VAN SCHENDEL, 2001) mais plutôt de comprendre en
quoi ses réalisations peuvent constituer des enjeux importants pour la gestion institutionnelle et
administrative de leur intégration.
3
Par exemple : le Programme d’Accompagnement des Nouveaux Arrivants (PANA) ; le Programme
Régional d’Intégration (PRI) ; le Programme d’Appuis aux Relations Civiques et Interculturelles
(PARCI) ; le Programme d’Aide Financière pour l’intégration Linguistique des Immigrants (PAFILI).
Tous sont consultables sur le site du MICC (2006) : URL : [[Link] Mise en ligne :
3/05/07. Voir aussi le Service d’Orientation et d’intégration des Immigrants au Travail de Québec
(SOIIT). URL : [[Link] Mise en ligne : 13/04/06.
204
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Reproduction 1
Immigration et Communautés Culturelles. Portail offrant des
renseignements statistiques, économiques et administratifs aux personnes
prospectant l’installation au Québec. Matérialisation de l’approche
interculturelle et de la dimension informative adoptée par le gouvernement.
“there is, of course, no such thing as what one of our colleagues has referred to
as a “ready-to-wear immigrant.” The migration process is disruptive and
settlement and integration is challenging. It is in the best interests of both
immigrants and Canadian society as a whole that the disruption be minimized
and that the challenges be met as effectively and rapidly as possible. Importantly,
the responsibility for meeting these challenges is shared by newcomers and
other Canadians.” (WINNEMORE & BILES, 2006: 25).
205
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responsabilisation partagée, chacun s’impliquant pour l’optimisation des corollaires
de l’échange, les extrémités entre la minimisation des difficultés engendrées par un
projet migratoire et l’acculturation des caractéristiques de la personne migrante
(MONTREUIL, BOURHIS & VANBESELAERE, 2004 ; KANOUTE, 2002-a ;
CHOPRA, 2001) demeurent néanmoins poreuses. Paradoxalement, l’insistance
utilitariste sur la rapidité de l’intégration plutôt que sur les réalités lentes et parfois
sinueuses que l’adaptation interculturelle requiert, peut au contraire enfermer la
migration dans la rupture sans l’assortir du continuum dynamique qu’implique tout
changement dans la vie, que ce soit d’ordre résidentiel, professionnel, socioculturel,
etc., en tant que seuil transitoire s’imbriquant dans le même itinéraire existentiel. On
peut aussi y entrevoir la valeur unidimensionnelle et réductrice que peut induire la
centralisation des obstacles à la compréhension interculturelle (COHEN-EMERIQUE,
2003). La vision de l’efficacité accélérée semble ainsi s’attacher à la migration tel un
processus où une nouvelle identité se substituerait à la première, tout comme l’idée
que l’apprentissage d’une nouvelle langue exclurait le maintien de celles
préalablement acquises afin d’en optimiser les performances. L’intériorisation de ces
prérequis exclusivistes s’observe aussi dans le discours collectif où l’assimilation
prévaut sur l’échange.
1
Sur l’indistinction entre récit et discours identitaire, voir note de bas de page Ch. I-2.1.
206
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1.2. Reproduction
1
Disponibilité des moyens contraceptifs et la volonté d’y recourir ainsi que la non-interdiction de
l’avortement. (LAPIERRE-ADAMCYK & LUSSIER, 2003 : 104).
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marquant la série de particularismes qu’a connue la société québécoise à cette
époque :
« Les Québécoises en âge d'avoir des enfants en ont de moins en moins. Après
avoir détenu un des niveaux de fécondité les plus élevés au monde, le Québec
est passé à la fin des années 60 sous le seuil de renouvellement de la
population, qui se situe à 2,1 enfants, enregistrant une chute de natalité dont la
rapidité n'a pas d'équivalent ailleurs au monde. » (CSLF, 1986. D.C.).
Les manchettes sur le regonflement des chiffres sur la natalité causeront sans
doute d’ailleurs les incompréhensions des résidents, qui, comme nous le verrons
plus loin, sont parfois perplexes ou sceptiques quant aux politiques pro-migratoires
(cf. Ch. IV-2.1.4 ; Ch. V). En fait, malgré ces changements récents, l’indice de
fécondité du Québec demeure toujours en deçà du seuil de renouvellement (1,62 en
2006 au lieu de 2,1) et le solde migratoire global 3 reste majoritairement négatif
depuis les années 1990 4. L’apport des populations migrantes continue donc à
constituer de moteur pour l’accroissement démographique du Québec : « depuis
2001, l’augmentation de la population québécoise est principalement imputable à la
migration » (ISQ, 2004. D.C.). Le rôle prépondérant ainsi attribué aux migrants fait
1
L’Actualité.com. Edition du 6 février 2007. URL :
[[Link] Mise en ligne :
6/02/07
2
ISQ, 2007. D.C.
3
C’est-à-dire la différence entre l’émigration et l’immigration.
4
Sur ce sujet, voir aussi les publications de l’ISQ (URL : [[Link] et les analyses
descriptives proposées sur L’encyclopédie canadienne (URL : [[Link]
208
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1
Indice Synthétique de Fécondité.
2
« Région Métropole de Recensement » (STATISTIQUE CANADA, 1999 : xvii D.C.). Explication :
« Territoire formé d’une ou de plusieurs municipalités voisines les unes des autres qui sont situées
autour d’un grand noyau urbain. Une région métropolitaine de recensement doit avoir une population
d'au moins 100 000 habitants et le noyau urbain doit compter au moins 50 000 habitants.
L'agglomération de recensement doit avoir un noyau urbain d'au moins 10 000 habitants »
(STATISTIQUE CANADA, 2007-b D.C.) ; Voir aussi STATISTIQUE CANADA, 2007-a : 24. D.C.
Distinction RMR/Municipalité : Les municipalités correspondent à la subdivision de recensement. La
municipalité de Montréal, qui a donné son nom à la RMR, est la municipalité centrale de la RMR,
(STATISTIQUE CANADA, 2007-a : 27. D.C.).
3
Comme le signalent BLANCHET et ROBILLARD (de) dans BLANCHET (2007-c : 3), le terme de
« donnée » comporte des ambiguïtés référentielles étant donné l’induction possible d’une « réalité
objective » qui suppose l’évacuation de l’intervention du chercheur. En accord avec leur précaution, le
terme d’« observable » offre des pistes interprétatives mieux adaptées à notre démarche ethno-
sociolinguistique. Toutefois, la documentation ayant servie à l’élaboration de ce travail comportant à la
fois des informations présentées comme factuelles ou objectivantes (notamment les résultats
statistiques) et des observables de terrain relevant des interventions sur le terrain, nous employons
prudemment le terme de « donnée » dans une perspective non-close, englobant nos divers types de
ressources.
209
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sont les enfants (MONTANDON, 1997). Relatant du lien intrinsèque entre la valeur
sociétale de l’enfant et les désirs d’enfanter, le propos suivant permet en effet
d’interroger la genèse de cet appel aux immigrants et de la préciosité accordée
particulièrement aux enfants au sein de la société québécoise :
« La valeur que prend l’enfant dans la société constitue aussi une dimension
rattachée aux conditions sociales. Lorsque l’enfant ne remplit plus de fonction
économique, mais au contraire exige que l’on investisse dans sa formation, la
fécondité tend à diminuer. De façon parallèle, lorsque l’environnement social
stimule les aspirations personnelles des individus, la décision d’avoir des enfants
fait de plus en plus l’objet d’un choix délibéré et fait de moins en moins partie
intégrante d’un cheminement tracé d’avance. » (LAPIERRE-ADAMCYK &
LUSSIER, 2003 : 100).
« La meilleure chose à faire pour le Québec c’est de faire venir des enseignants
de France qui parlent le vrai français et au bout de quelques générations, on
parlera la même langue ici qu’en France. » 1
1
N.D.T. Montréal : septembre 2002. Reconstitution d’idées énoncées par un enseignant en école
francophone lors d’échanges informels.
210
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Les chiffres et sources cités par BONDOL (2007) sont : La proportion des citoyens ayant le français
comme langue d’usage chute de 57 % à 55,2 % entre 1991 et 2001 sur l’Ile de Montréal alors que la
proportion de ceux qui parlent une tierce langue grimpe, sur la même période, de 17,1 à 20,3 %.
Article « Mauvais chiffres pour le français au Québec ». Selon les chiffres de Charles CASTONGUAY
sur Languefranç[Link]. URL : [[Link] Mise en ligne : 2/05/07. Pour les
résultats et analyses mentionnés dans cet article et dans BONDOL (2007), cf. CASTONGUAY, 2005-
c.
2
La « francotropie » est présentée comme étant la qualité d’un pays ou d’une personne « tourné vers
le français », qui adopte (ou dit adopter) une approche compatible la francophonie. L’idée de
compatibilité peut aussi être associer avec l’expression « French friendly ».
3
Voir, par exemple les débats méthodologiques quant à la manipulation des chiffres dans LANGLOIS,
2002 ; CASTONGUAY, 2002-b. L’OQLF renvoyant la responsabilité des publications aux auteurs, ne
commente pas les données de CASTONGUAY (cf. Languefranç[Link]. Références citées plus
haut). Voir aussi les controverses : CASTONGUAY, 1999. D.C. ; BERNARD & PENAUD, 1999. D.C.
211
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En fonction des propensions d’obéissance à l’obligation linguistique, une
vision normative de l’identité québécoise peut être intériorisée entre les « vrais »
Québécois et les « autres » (cf. Ch. IV-2.2 et 2.3), mais il en émerge aussi une vision
manichéenne du « bon » et du « mauvais » immigrant (HELLY & VAN SCHENDEL,
2001), les dissidents étant ceux qui transgressent les frontières des sphères privées
et publiques sans rétention culturelle :
Pour ce profil, le pluralisme culturel est toléré dès lors que les différences ne
marquent pas le paysage public, « les quartiers ethniques deviennent l’emblème
d’une mosaïque honnie » (HELLY & VAN SCHENDEL, op. cit.). Au-delà des
arguments éthiques qui incitent à revoir le bénéfice d’une politique de l’immigration
« francotrope », des questionnements pragmatiques quant à sa faisabilité s’ajoutent :
accorder la préséance aux pays culturellement « proches » du Québec revient en
effet à supposer que des unités de mesures seraient opérables et comparables. En
quoi ces mesures permettraient-elles de mesurer la compatibilité culturelle des
principaux pays fournisseurs pour le Canada que sont la Chine (42 291 entrants en
2005), l’Inde (33 146), les Philippines (13 576) ou même les Etats-Unis (9 262) ? Sur
le plan éducatif, la concertation des études quantitatives sur les performances
académiques tend aussi à minimiser l’efficacité accréditée aux profils
francophonisés. Pourtant, les plus faibles résultats scolaires concernent aussi les
élèves « francophiles » que sont les créolophones et les hispanophones ; et les taux
de diplomation 2 des allophones sont comparables 3 à ceux des francophones
1
Répondant, homme d’ascendance canadienne-française dans HELLY & VAN SCHENDEL, 2001.
2
Définition : « Proportion d'élèves ou d'étudiants qui obtiennent ou ont obtenu un diplôme dans une
population donnée. » Note : « Le taux de diplomation correspond, par exemple, à la proportion
d'élèves d'une cohorte qui obtiennent un diplôme dans un programme d'études. Il peut s'agir
également de la proportion de personnes titulaires d'un diplôme universitaire dans une population
donnée, qu'on comparera avec celle d'un autre pays ou d'un autre établissement d'enseignement. »
Le grand dictionnaire terminologique. Source : Ministère de l’Education, Québec, 2004. URL :
[[Link] Interrogé le : 21/01/04.
3
Les allophones ont généralement plus de difficultés en français mais les tendances varient
sensiblement en fonction des sous-groupes linguistiques (ANTONIADES, CHEHADE, LEMAY,
ARMAND & LAMARRE, 2001) ; au secondaire et au collège, les allophones réussissent mieux que les
francophones en termes d’obtention de diplôme (ARMAND, 2005-a : 147). Voir aussi ST-GERMAIN,
1980.
212
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Les aptitudes linguistiques ont d’ailleurs été revues à la baisse dans la distribution des points
d’admissibilité à l’immigration au Québec (Mc ANDREW, 2001-b: 5).
213
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1.3. (Re)construction
1
Voir aussi KYMLICKA, 2005 et PICHE, 2005-a.
2 Echantillonnage de ménages tiré selon une « méthode probabiliste » parmi les abonnés du
téléphone au Canada, à l’exclusion des Territoires et du Yukon ; 1002 répondants âgés de 18 ans et
plus et sondés au téléphone du 11 au 22 janvier 2007 (CROP, 2007 : diap. 3). Les données sont
essentiellement quantitatives et fondées sur un questionnaire à choix multiples donc nous nous
servons uniquement des résultats en tant qu’indicateurs partiels et non déterminés des tendances
générales et non en tant que reflet complexe et réel des réalités.
3
Voir [Link]. URL : [[Link]
Mise en ligne : 2/05/07.
4
Emphase personnelle.
214
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
1.3.2. Qui ils sont
Au carrefour de la spécificité collective et de la diversité généralisée, le
Québec – et à plus forte raison, Montréal – habite une époque « traversée par une
« question nationale » » (BEAUCHEMIN, 2007. D. C.) où le réveil des minorités et le
brassage continu des communautés requièrent de la part des encadreurs un
aiguillage quant à l’exercice de la démocratie sans se la réserver. Face aux
croyances ou comportements réticents à la diversification sociétale, les volontés
politiques d’accompagnement, de valorisation et de conciliation auprès des résidents
dans leur rencontre avec les « autres » sont plutôt orientées à construire un espace
réceptif au pluriel. L’un des moyens privilégiés emprunte, tout comme les autres
stratégies de communication à vocation persuasive, la voie de l’information ciblée et
variée 1. Néanmoins, les enfants nouvellement arrivés s’inscrivent dans un espace où
les tensions – comme le reflète le texte ci-dessus soulignant la peur de l’éviction
d’une « société distincte » 2 et où le coupable n’a d’implicite que la non-mention –
sont hypertrophiées dès que surgit une altérité démographique :
« Faire une place aux minorités signifie-t-il nier son identité et les références
culturelles qui constituent un pays dans lequel au départ, comme dans la plupart
des pays, les nouveaux arrivants doivent « à Rome, faire comme les Romains ».
Voilà ce que les débats entourant la déclaration récente somme toute statistique
de M. Parizeau 3 soulèvent comme question de fond.
Coincés entre une situation de minoritaires dans un ensemble canadien qui les
traite de plus en plus comme une ethnie parmi d'autres, les Québécois n'ont
d'autre choix que d'affirmer leur identité majoritaire par les moyens qui leur
restent, tout en offrant ce projet à leurs minorités (déjà protégées par une charte)
comme étant un devoir envers la majorité qui les a accueillis. » (GARDIN, 1993.
D.C.).
1
Cf., par exemple, les publications et événements interculturels sur le site officiel du MICC : URL :
[[Link] Mise en ligne : 3/05/07. Voir aussi les différentes campagnes
promotionnelles par voie de slogans, affichage public, messages télévisuels, festivités interculturelles,
sensibilisation historielle et diffusions artistiques.
2
Cette expression porte une forte charge symbolique et historique dans les revendications pour la
reconnaissance constitutionnelle de la spécificité du Québec, « foyer d'une société distincte par la
langue, la culture, l'histoire, les institutions et le vouloir vivre de sa population » (Parti libéral du
Québec. Maîtriser l'avenir. Février 1985 : 45). Citation dans O’NEAL, 1995. Sur ce sujet, voir aussi
TAYLOR, 1992 : 72-84.
3
Cf. Ch. IV-3.2 ; Ch. V-1.2.
216
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Par exemple : « allophone », « communauté ethnique », « minorité visible », etc. Cf. le parcours plus
exhaustif des termes : Ch. IV-2.2. Voir aussi GAGNE, M. 1993 ; LABELLE, 1990.
2
Cf. Ch. VIII pour la notion de « migrance ».
3
Cf. Pour la définition détaillée du concept de l’« immigration » et des différents statuts accordés
selon le recensement, voir les explications méthodologiques sur STATISTIQUE CANADA. URL :
[[Link] Mise en ligne : 10/10/06.
4
Voir aussi la « tendance grégaire » dans le rapport aux pratiques linguistiques dans CALVET, 2007 :
62.
217
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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personnes à qui les autorités de l'immigration ont accordé le droit de résider au
Canada en permanence. […] La désignation du statut d'immigrant reçu est
accordée à vie, aussi longtemps qu'une personne réside au Canada. Par
conséquent, les immigrants sont classés selon la période d'immigration dans le
but de faire la distinction entre les personnes arrivées récemment et celles qui
résident au Canada depuis un certain nombre d'années. » (STATISTIQUE
CANADA, 2006-a. D.C.)
En tant que moyen descriptif des entrants sur le territoire, les résultats
statistiques servent aussi de bornes logistiques pour le contrôle des nouveaux
arrivants dans leur installation. Une autre conception à visée plus rationnelle, où
l’immigration serait la réponse pondérée aux manquements internes, s’entrecroise
avec celle plus autoritaire :
1
Emprunt de l’expression en anglais « replacement migration » (ONU. 2004. D.C.).
2
Voir aussi la discussion autour des indicateurs d’intégration et la notion de FLC. Ch. VII-1.3.
3
Préséance accordée en fonction de l’âge, du niveau de scolarité, des connaissances des langues
officielles et de l’employabilité sur le marché canadien. (STATISTIQUE CANADA, 2006-e : 46). Cf.
GOUVERNEMENT DU QUEBEC, 2006. D.C. pour la grille de sélection, également en ligne sur l’URL :
218
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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“In every society, there is always some free-floating anxiety about “the other,”
and nostalgia for a time when everyone was assumed to share thick bonds of
common history and identity.” (KYMLICKA, 2005: 84).
Les discours officiels qui accompagnent les processus d’immigration mettent
en exergue des valeurs politiques, humaines, socioculturelles et
économiques comme pour mieux « justifier » du recours au capital humain des
autres sociétés et de leur gouvernance. PICHE (2006) interroge le fondement réel
des barrières à un nouveau paradigme plus humaniste où l’immigration serait moins
une privilège et plus un « droit ». Il questionne le paradigme 2 utilitariste qui
schématise l’immigration comme un « privilège » que l’on acquiert à coups de
qualifications selon les conditions du pays destinataire. Il s’appui aussi sur les
chiffres de la migration internationale 3 qui s’avère davantage relever de la rareté que
de l’incommensurable, ce qui donne peu de fondement aux alertes sécuritaires et
nationalistes 4. Afin de prolonger le comparatif qu’il établit entre la libre circulation
des biens à celle étonnamment plus restreinte des hommes, voyons en quoi le
passage de frontières est contrôlé quand il advient de la circulation des langues.
219
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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2. DE LA DEMOGRAPHIE : CONTRIBUABLES OU FARDEAUX
1
NETS
1
Reprise du couple référentiel (« net contributors/net burdens ») auquel peuvent renvoyer les discours
collectifs à l’égard des immigrants dans KYMLICKA, 2005 : 84.
2
Augmentation de 2,3 à 3,8 entre 1940 et 1957 aux Etats-Unis et de 2,7 à 3,9 au Canada mais de 3,4
à 4,1 pour la même période au Québec. (LEGARE, 2003 :180).
3
Les personnes de 65 ans et plus représentaient environ 5 % de la population québécoise au début
du XXe siècle et en forment actuellement 13 % ; et 24 % selon les projections en 2026. (LEGARE,
2003 : 176).
4
Prise en charge de la population âgée étudiée en tant qu’investissement en matière de gestion du
travail suite aux cessations d’activité et de développement de services de santé, etc., avec la notion
de « perte d’autonomie ». Voir aussi Graig McKIE. « Le vieillissement de la population : la génération
baby-boom et le XXIe siècle ». Tendances sociales canadiennes ; n°29 ; STATISTIQUE CANADA,
2002. « Enquête sociale générale : vieillissement et soutien social ». Auteur : Kelly Cranswick. N° au
catalogue : 98-583-XWF. Hors série consultable en ligne. URL : [[Link] Mise en ligne :
22/03/07.
5
Expression utilisée par LEGARE (2003 : 179) pour parler du baby boom, allusion ici aux
changements démographiques inattendus qui ont amené à la mise en place d’une politique proactive
en matière d’immigration au Canada comme au Québec.
220
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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« Au cours des dernières années, les personnes immigrantes ont représenté plus
de 60 % de la croissance de la population active, contribuant ainsi à atténuer les
effets liés au vieillissement. […] L’accueil et l’intégration réussie des nouveaux
arrivants et des Québécoises et Québécois des communautés culturelles sont
des responsabilités que nous devons tous partager. » (MRCI, 2004-a : iv. D.C.).
221
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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cadre du parrainage familial (4 %). Le système de solidarité sociale est régi par des
conditions institutionnelles contrôlant l’accès aux prestations ainsi que leur montant :
D’où les études visant à souligner les difficultés pour les immigrants du
troisième âge à recevoir des services de santé minimaux, ou encore adaptés à leurs
différences ethnoculturelles (GOUVERNEMENT DU CANADA, 1993. D.C. ; DURST,
2005) 1. De plus, les réalités démopolitiques canadiennes font montre de la
prédominance de « travailleurs qualifiés » parmi les migrants puisque trois entrants
sur cinq entre 2002 et 2004 ont été admis à titre d’« immigrants économiques »
(STATISTIQUE CANADA, 2006-e :46. D.C.). Donc à l’inverse du portrait
scandalisant relaté dans la coupure de presse plus haut et malgré ses rééditions
sous différentes plumes, les derniers rapports de recensement 2 ainsi que plusieurs
analyses démographiques désignent ce qu’on peut appeler l’« immigration désirée »
comme recours choisi afin de pallier au manquement des ressources ou d’y anticiper
tel que nous avons pu le soulever précédemment. Le critère « ressources » s’avère
influant pour l’acceptabilité des migrants dans les représentations, et le vieillissement
des immigrants n’est aussi autre qu’une retombée encombrante de cette procédure
de compensation. L’âge d’or, se déroulant également « sous le signe d’une
expressivité et d’une créativité exacerbées », peut aussi constituer une « ressource
potentielle » pour la société (DURST, 2003 : 38 ; 42) ; c’est d’ailleurs ce qui explique
en partie l’explosion du nouveau marché visant la clientèle d’âge « mûr » comme en
témoigne l’inauguration du salon des Baby boomers plus 3 réservé à ces
consommateurs dorés :
1
Voir aussi le « Rapport de l’Atelier national sur l’ethnicité et le vieillissement ». Ottawa : 21-4 février,
1988. ASSOCIATION CANADIENNE DE SANTE PUBLIQUE. 1988. URL : [[Link] Mise
en ligne : 11/05/07.
2
« C’est à une hausse de l’immigration internationale que l’on doit l’augmentation du taux
d’accroissement canadien [+ 1,6 million de personnes, soit un taux de croissance de 5,4 %] au cours
des cinq dernières années [2001-2006]. […] Environ les deux tiers de la croissance démographique
canadienne proviennent aujourd’hui du solde migratoire international. » (STATISTIQUE CANADA,
2007-a : 7. D.C.).
3
Exposition initiée par Sheldon Kagan avec l’objectif de développer l’événementiel consacré au
marché croissant des personnes âgées. Le premier salon est organisé à Montréal, du 26 au 27 mai
2007. Source : article de K.S. 14/04/07 sur Le Marché des Seniors. URL :
[[Link] Mise en ligne : 11/05/07.
222
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Source : portail du salon des Baby Boomers Plus. 2007. URL :
[[Link] Mise en ligne : 11/05/07.
2
Au gré de l’âge, la perte est d’ordre financier, physiologique, émotionnelle, intellectuelle ou
psychologique pour l’homme (DURST, 2005 : 38). L’on parle aussi de « la perte d’autonomie » de
manière plus générale (WITYK & PEYES, 2005 ; LEGARE, 2003).
3
« Le moment où l’accroissement naturel deviendra négatif dépend davantage de l’évolution future de
la natalité que de celle de la mortalité […] À l’effet de la natalité et de la mortalité sur l’évolution de
l’accroissement naturel, il faut aussi ajouter l’effet indirect de l’immigration puisque les nouveaux
arrivants contribuent aussi aux naissances et aux décès. […] selon cinq des six scénarios de
projection analysés, on assisterait à une hausse de l’accroissement migratoire au Canada d’ici 2031.
Celui-ci passerait de 183 000 personnes en 2005-2006 à un nombre qui se situerait
en 2031 à 150 000 avec le scénario de faible croissance, à environ 223 000 selon les scénarios de
croissance moyenne et à 305 000 selon le scénario de forte croissance (tableau explicatif 3.1 ). »
(STATISTIQUE CANADAA, 2005. D.C.).
4
« La Grille de sélection est l'outil d'application universelle qui permet aux conseillers à l'immigration
d'évaluer les chances de réussir l'intégration à la société québécoise de tous les candidats de la
catégorie des immigrants indépendants (immigration économique). » (GOUVERNEMENT DU
QUEBEC, 2006. D.C.) Cf. l’URL : [[Link] Mise en ligne : 04/02/07. Voir
aussi MICC, 2006-g ; h. D.C.
5
Cf. également les mentions sur la « Loi 101 » sur les politiques linguistiques.
223
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
les fondements des discours de méfiance ou d’exclusion mais il convient de noter
comment ces derniers se déclinent surtout avec l’impression de « surcharge »
financier à l’égard des personnes cumulant les statuts de migrants et de personnes
âgées tel qu’évoqué plus haut, mais aussi à l’égard de celles cumulant la
minorisation migratoire à la minorisation physionomique :
« Comme ils doivent vivre dans une société racialisée composée à majorité de
gens d’origine européenne, ces nouveaux immigrants, pour réussir leur
intégration, doivent surmonter les difficultés liées à leur expérience non
seulement en tant que nouveaux arrivants mais aussi en tant que personnes de
couleur. » (PRESTON & MURNAGHAN, 2005 : 76).
1
Reprise du titre de l’article de TOUPIN, 2007. D.C.
2
80 % des flux récents d’immigration proviennent de l’Asie, de l’Amérique Centrale, de l’Amérique du
Sud et de l’Afrique alors que l’immigration traditionnelle n’en comptait qu’environ 20 % dans les
224
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
Photographie
accompagnant l’article
de TOUPIN (2007,
D.C.) : « 800 000
demandeurs sur le
pas de la porte. »
Archives de la presse.
URL :
[[Link]
[Link]/]. Mise en ligne :
30/04/07.
Reproduction 2
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
2.1.2. Quand le code de vie est à défaire
Les actualités socioculturelles du premier trimestre 2007 fortement marquées
par l’« affaire Hérouxville » 1 et le renouveau des débats autour des
« Accommodements raisonnables » 2. Le 25 janvier 2007, le Conseil municipal de la
commune aux 1300 habitants vote une résolution imposant un « code de conduite » 3
destiné aux « immigrants éventuels » afin qu’ils se conforment aux valeurs internes
et dont les interdictions les plus détonantes incluent le fait d’exciser, lapider ou brûler
les femmes vives. Couplées aux précisions quant aux fêtes et coutumes locaux
(décorer les sapins à l’occasion de Noël, boire de l’alcool et se montrer à visage
découvert sauf lors des festivités d’Halloween) 4, ces normes ont agi comme une
subversion événementielle déliant les langues et étendant les échanges sur ces
thématiques à toutes les tables de conversations. Par conséquent, les
5
retentissements polémiques et médiatiques de ces textes ont créé une conjoncture
particulièrement féconde en matière de réflexions autour des « communautés
culturelles » mais plus généralement, autour de l’interculturel. Les espaces de débats
publics offraient ainsi l’occasion propice d’observer comment les positionnements
discursifs prenaient forme sur un sujet désormais libéré de ses carcans
conventionnels car depuis les premières annonces du « code de vie anti-
lapidation » 6, les sensibilités de chacun, qui semblaient jusque-là mises en veille
dans une sorte de latence prolongée, ont pu être exprimées et écoutées car celles-ci
étaient aussi massivement sollicitées 7. Bien que l’origine périphérique du texte
1
Voir aussi les interventions du Premier ministre à cet égard (CHAREST, 2007-a et b. D.C.). Cf. aussi
les archives télévisuelles sur [Link], 2007. URL : [[Link]
[Link]/nouvelles/societe/2007/01/10/[Link]]. Mise en ligne : 21/02/07.
2
« Obligation juridique découlant du droit à l’égalité, applicable dans une situation de discrimination,
et consistant à aménager une norme ou une pratique de portée universelle, en accordant un
traitement différentiel à une personne qui, autrement, serait pénalisée par l’application d’une telle
norme. Il n’y a pas d’obligation d’accommodement en cas de contrainte excessive. » (CDPDJ, 2006-
b). Sur ce sujet, voir aussi Mc ANDREW, M., 2006. D.C. ; BOSSET, 1994. D.C. ; CDPDJ, 2006-b.
URL : [[Link] Mise en ligne : 2/02/07. Sur les réactions dans le milieu scolaire, voir
CSDM, 2007-a et b. D.C.
3
La version consultable en ligne est plus modérée, cf. : « Normes de vie ». URL :
[[Link] Mise en ligne : 21/02/07. 5 p.
4
RADIO CANADA (2007). « Strict code de conduite pour les immigrants ». [Link]. Edition
du 27/01/07. URL : [[Link] Mise en ligne : 21/02/07; Métro. Montréal. Edition du
mardi 30/01/07. « Actualités » ; 6.
5
Voir la remise en cause des précisions informationnelles dans les médias au Ch. IV-2.2.1.
6
Expression reprise de l’article « Hérouxville : un cas isolé selon Charest. » Journal Métro. Edition du
mardi 30 janvier 2007. « Actualités », p. 6.
7
Les émissions radiophoniques, télévisuelles ainsi que la presse écrite ont largement fait appel aux
226
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
HEROUXVILLE
« Le code d’Hérouxville devait être repris par tous les pays qui sont encore libres.
Le Canada devrait en tenir compte immédiatement, j’espère qu’on va se réveiller
avant qu’il ne soit trop tard. » (Léger Provost dans Journal de Montréal. Edition
du 5/02/07. « Vos commentaires. » Courrier reçu via Internet et boîtes vocales,
p. 24.)
témoignages de chacun sur ces sujets avec la diffusion de « commentaires », « opinions », ou encore
des « blogues » des citoyens. Les thématiques de l’intégration des immigrants et des enjeux
identitaires ont ainsi occupé une place importante en termes de récurrence topique et d’espace
temporel ou graphique sur la scène médiatique de masse. L’étude de la presse gratuite distribuée
dans les transports métropolitains à cette même période (fin janvier – février 2006) a notamment
permis de recueillir quelques-unes de ces déclarations ouvertes. Cf. aussi CDPDJ, 2006-b :
« Plusieurs événements récents ont suscité de multiples réactions au sein de la population » ;
CHAREST, 2007-b : « Il y a un débat qui a cours au Québec depuis plusieurs semaines. Je parle
évidemment du débat sur les accommodements raisonnables. »
1
François-Emmanuël BOUCHER, correspondance par courriel du 6/03/07.
2
Léon FESTINGER (1957). A Theory of Cognitive Dissonance. Stanford, CA: Stanford University
Press. Référence citée dans CRAIG, 1998 : « Psychological discomfort caused by inconsistency
227
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
en dépit de la validité du contraire, de réduire la tension désagréable qui surgit de
l’inconsistance ici entre le préconçu et le perçu. La disposition biaisée consiste donc
à retenir des réalités observées, les seules occurrences pouvant servir plus ou moins
à valider les idées et sentiments premiers. L’idée étant qu’il est plus difficile de
modifier ses convictions premières plutôt que d’œuvrer à les maintenir et à
convaincre les autres de leur fondement car les revoir serait synonyme de « s’être
trompé ». Avec l’homme rationalisant, ces stratégies de maintien des perceptions
préétablies sont ainsi réalisées afin d’assurer une cohérence de façade. C’est
également ce cheminement qui s’observe dans le positionnement personnel d’un
collègue lorsqu’il tente, lors d’échanges informels par courriel, d’expliquer les
hostilités à l’interculturalité et l’intégration des migrants au Québec observées lors
des tensions autour des « Accommodements raisonnables » (cf. Ch. IV-2.1.2) :
« L'une de mes idées est que les discours extrémistes, crépusculaires, reposent
sur des cas d'exception et des inductions fautives. Un seul contre-exemple
devient suffisant pour tirer une règle qui alimente peur et angoisse! »
(Communication personnelle, mars 2007).
among a person’s beliefs, attitudes and / or actions.” Voir aussi MUCCHIELLI, 2003 : 98 ;
MALEWSKA-PEYRE, 1990 : 130.
228
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1
Voir aussi les billets et textes officiels du Premier ministre Jean CHAREST, 2007-a et b. D.C.
229
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2.1.3. Quand la science est à refaire
Du point de vue des apports sociétaux, un texte datant de la fin des années
1980 rappelle comment les travaux scientifiques peuvent servir à relativiser les
croyances communes :
Aujourd’hui, les donnes sont différentes puisque le solde migratoire net est
demeuré positif depuis 1985, à l’exception de l’année 1997 (ISQ, 2006-b. D.C.).
Nous devons toutefois préciser que les tendances diffèrent de manière significative
entre les tendances pour la migration interprovinciale, internationale, ou encore
celles reflétant le solde des deux. S’il est vrai que depuis 1962 et à l’exception de
2003, le solde migratoire interprovincial a toujours été négatif pour le Québec, le
solde pour l’international s’est maintenu à la positive depuis 1971 (ISQ, 2006-b.
D.C.). Depuis le début des années 1960, les mouvements migratoires pour le
Québec représentent donc trois fluctuations distinctes : la migration interprovinciale
est presque exclusivement négative ; l’internationale est majoritairement positive et
le solde total est davantage inconstant avec des périodes négatives (1963-72 ; 1977-
84 ; 1997) et positives dont les sept dernières années de recensement (1962 ; 1973-
1976 ; 1984-96 ; 1998-2005). Il en découle, à travers la continuité des interversions
migratoires internationales reflétant l’intensité des entrées sur le territoire, des
perceptions alimentées par la peur d’être envahis ou « dissous » 2. Nous verrons
dans quelle mesure de telles associations condamnatrices à l’égard des migrants
sont reproduites ou se répercutent dans quelques discours recueillis (cf. Ch. VI ;
Partie III). Dans cette partie préparatoire aux analyses des données empiriques, il
convient de voir en quoi ces attitudes souvent inspirées de croyances aux masques
« scientifiques » relèvent du « néoracisme » 3. En opposition au racisme traditionnel
visant les minorités visibles, et articulé sur l’innéité (TOUGAS et al., 2004), le
concept s’applique plutôt aux donnes postcoloniales issues de l’émancipation des
minorités ethniques et des réactions quant à leurs revendications. Il est davantage
question d’une discrimination plus subtile car rationalisée, nourrie de postulats
1
Emphase personnelle.
2
Extrait de discours relevé en mars 2007 lors d’observations informelles.
3
Voir aussi le traitement en bioéthique dans Marie-Hélène PARIZEAU & Soheil KASH (2006).
Néoracisme et dérives génétiques. Québec : Presses Universitaires de Laval. 321 p.
230
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1
Pour une étude de cas sur les constructions identitaires de migrants originaires de l’Afrique de
l’ouest à Montréal, voir LEBLANC, 2002. Sur la réussite scolaire des jeunes de la communauté noire,
voir aussi Mc ANDREW, 2006.
231
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notion d’« élitisme ethnique » dans la mesure où il corrobore à l’organisation
pluraliste que conçoit le néoracisme sans déloger à la logique inégalitaire de la forme
classique. L’élitisme ethnique – aux référents plus génériques que ceux de la
« race » – permet en outre de traiter des hiérarchisations construites sur la grille des
pratiques culturelles, linguistiques, religieuses, etc. Cette perméabilité notionnelle
sera particulièrement pertinente pour la description des attitudes des enfants en
milieu scolaire. La confrontation aux discours recueillis sera aussi l’occasion de
mesurer les applications signifiantes mais aussi de dépister les complexifications
manquantes.
1
Voir aussi PC (2005). « Propos controversés tenus à l’émission Tout le monde en parle » sur
[Link]. URL : [[Link] Mise en ligne : 24/09/05.
2
Par exemple, RUSHTON J. Philippe & JENSEN Arthur R. (2004). “Thirty years of research on race
differences in cognitive ability. Psychology, Public Policy and Law; n°11: 235-294; Donald I.
TEMPLER & Hiroko ARIKAWA (2006). “Temperature, shin color, per capita income and IQ: an
international perspective”. Intelligence; 34: 121-139. URL :
[[Link] Mise en ligne : 06/02/08.
3
Les récents débats en France autour de la politique migratoire et aux quotas à appliquer (ou pas),
des langues maternelles, de l’identité nationale, etc. font également état des défaillances
communicationnelles intragroupales (au sein des différents champs de réflexion, d’action et
d’intervention) et intergroupales (entre ces différents champs).
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
« Ces nouveaux arrivants, comme ceux qui les ont précédés, viennent au
Québec pour partager notre réussite, vivre librement et se construire une
nouvelle vie. Ils sont les bienvenus. » (CHAREST, 2007-a. D.C.).
« Nous avons besoin de leur apport au Québec. Ils viennent enrichir le Québec
de leur savoir et de leur culture. Avec nous ils construisent le Québec. » (Ibid.).
La migration peut ainsi être étudiée sous forme d’accord, mais pour insister
sur la part économique du phénomène, aussi de « transaction ». En ce sens, elle
résulte d’un marché sciemment conclu par deux signataires avec chacun leur part de
gains, de pertes et de compromis à accepter et à concéder en vue de s’engager
dans la copropriété. La particularité de la situation démographique du Québec 3 fait
de ce marché, une entente aux rôles réversibles pour chacun des partenaires qui
détiennent tour à tour le pouvoir de l’offre et de la demande. Les flux migratoires se
font ainsi à l’instigation des avis gouvernementaux demandeurs de candidatures et à
la lumière du « climat politique et socio-économique des pays fournisseurs » (GODIN
& RENAUD, 2005). Matérialisée par une série de décisions politiques, la définition
transactionnelle de la migration se concrétise officiellement le 5 novembre 1968 avec
1
Expression que l’on doit à Philippe BLANCHET et employé dans le sens d’une « évaluation » sans
l’insistance normative ou corrective.
2
Une « Commission de consultation sur les pratiques d’accommodements reliées aux différences
culturelles » présidée par Gérard Bouchard (Université du Québec à Chicoutimi) et Charles TAYLOR
(Université de Mc Gill) a été instituée afin d’étudier la situation en profondeur et de formuler des
recommandations au gouvernement. Voir aussi CHAREST, 2007-a. D.C ; CSDM, 2007-a. D.C.
3
« [L]e déséquilibre entre l'immigration et l'émigration accentue la rapidité avec laquelle le Québec
s'achemine vers la décroissance de sa population. » (CSLF, 1986. D.C.).
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
la création d’un ministère de l’Immigration 1, marquant l’entrée en action du Québec
dans cet espace de cotation. Il s’agit aussi d’un tournant dans l’attitude générale
adoptée face au processus lui-même (HAWKINS, 1988 : 214-216 ; PICHE, 2003 :
244), longtemps conçu comme objet de méfiance ou de rejet par acteurs politiques
comme acteurs sociaux.
1
Voir aussi le document d’archives : « Le Québec se dote d’un ministère de l’immigration » sur Radio-
[Link], 1968. URL : [[Link]
10/index_souvenirs/politique_economie/quebec_ministere_immigration]. Mise en ligne : 14/11/06.
2
Voir aussi la théorie de « conspiration » dans HAWKINS (1988 : 217) avec les suspicions envers le
gouvernement fédéral et son traitement inégal dans une gestion de l’immigration défavorisant le
Québec.
3
Cf. GOUVERNEMENT DU QUEBEC, 2006. D.C. pour la grille de sélection, également en ligne sur
l’URL : [[Link] Mise en ligne : 04/02/07. Voir aussi MICC, 2006-g ; h. D.C.
4
L’immigration relève de compétences partagées entre le gouvernement fédéral et celui des
provinces.
5
Au sujet du « multiculturalisme » canadien et de la politique différentielle du Québec, cf. aussi
Ch. IV-3.1.
6
Les trois catégories d’immigration au Québec incluent le regroupement familial, l’immigration
économique et les réfugiés (et des personnes en situation semblable). MICC, 2004-d : 6-11. D.C. Voir
aussi STATISTIQUE CANADA, 2006-e. D.C.
234
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
Depuis l’énoncé politique de 1990 (MICC, 1990. D.C.), pièce maîtresse dans
le discours contemporain militant pour la valorisation de l’immigration à tous les
niveaux structurels du Québec, les migrants sont officiellement accrédités du rôle
moteur en matière de croissance économique et de redressement démographique et
deviennent porteurs du potentiel pour la continuité franco-linguistique,
l’enrichissement interculturel. Ils sont aussi chargés d’assurer la flexibilité idéologique
ou comme le formule PICHE (2003 : 245), l’« ouverture sur le monde » 1. En partant,
investissement et mobilisation en faveur d’une insertion rapide et facilitée seront
caractériels de la politique des trente – quarante dernières années, les efforts
vaudront même la qualification d’« excellence » par CHAREST (2007. D.C.).
Toutefois, comme tout marché sans monopole, les donnes migratoires au Québec
sont soumises à la concurrence et en cela, le poids « demandeur » de la province
s’accroît d’autant plus qu’une autre, celle « des grands lacs », attisent beaucoup les
migrants prospecteurs.
1
Sur les apports de la migration, voir aussi TURBIDE & JOSEPH, 2006 : 5 ; MRCI, 2004-a : 13. D.C. ;
ISQ, 2006-a : 15, 41, 42. D.C. ; MRCI, 2004-a : iv. D.C. ; CHAREST, 2007-a. D.C. ; MICC, 1990.
2
En 2001, la mégalopole anglophone de Toronto représentait effectivement la destination la plus
recherchée par une grande partie des immigrants (46 %), Vancouver figure au deuxième rang en
accueillant 15 % des nouveaux arrivants puis ensuite Montréal avec 13 % (STATISTIQUE CANADA,
2003-a. D.C.).
3
« Environ 728 600 allophones ont déclaré au cours du Recensement de 2001 qu'ils vivaient dans un
autre pays cinq ans plus tôt. De ces nouveaux arrivants, 55 % se sont installés en Ontario et les trois
quarts d'entre eux se sont dirigés vers la région métropolitaine de recensement de Toronto. Le
cinquième des nouveaux venus se sont installés en Colombie-Britannique, particulièrement dans la
région de Vancouver. » (STATISTIQUE CANADA, 2002-c : 8. D.C.). Sur ce sujet, voir aussi l’Enquête
Longitudinale auprès des Immigrants du Canada (ELIC) qui révèle que « S’ils s’établissent un peu
partout au Canada, les nouveaux immigrants choisissent surtout de vivre en Ontario. […] près de 6
immigrants sur 10 (57 %) vivaient dans cette province six mois après leur arrivée et la plupart d’entre
eux avaient élu domicile à Toronto (46 %). » (STATISTIQUE CANADA, 2005-c. D.C.).
4
La croissance démographique de l’Ontario depuis 2001 représente la moitié de celle du Canada et
l’immigration internationale y joue un rôle prépondérant. Pour la période allant de 2001 à 2006, on
estime qu’« environ un immigrant sur deux reçus au Canada » ait été accueilli en Ontario
(STATISTIQUE CANANDA, 2007-a : 16).
235
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
demeurer à plus long terme 1. Nous approfondirons ce point plus loin à travers les
représentations ethno-sociolinguistiques que les jeunes informateurs disent avoir
eues sur la province avant leur arrivée (cf. Partie III), mais force est de rappeler le
pouvoir d’idéalisation investi par l’ordre juridique – transcription prescriptive des
appareils directionnels et de leurs orientations – quant aux perceptions sociales y
compris celles des langues (MOSCOVICI, 2003-a : 102 ; MOORE, 2006 : 30 ;
CALVET, 2000-b : 189).
1
Les données statistiques concernant les déplacements interprovinciales pour les populations
allophones déjà installées au Canada vont en ce sens : « Les allophones vivant déjà au Canada en
1996 ont aussi migré en grand nombre vers l'Ontario à partir des autres provinces et territoires. De
1996 à 2001, l'Ontario a affiché un gain net de 18 800 allophones dans les échanges migratoires
interprovinciaux. L'Alberta et la Colombie-Britannique ont aussi enregistré des gains nets. Le Québec
a affiché toutefois des pertes nettes d'allophones, environ 19 200, principalement au bénéfice de
l'Ontario. » (STATISTIQUE CANADA, 2002-c : 8. D.C.).
2
A la lumière des premiers ateliers menés dans le cadre du « Rendez-vous stratégique : Que devient
la culture québécoise ? Que voulons-nous qu’elle devienne ?» (Institut du Nouveau Monde, 2007), les
principales valeurs associées ou souhaitées au concept des « droits fondamentaux » incluent la
liberté d’expression, l’égalité homme-femme, le droit à la protection juridique, le droit à l’instruction,
etc. Cette lecture des fondements éthiques du Québec est également visible dans les discours
officiels des représentants politiques : « Au Québec, nous vivons dans une société de droit, fondée
sur des valeurs, qui sont des valeurs que nous partageons, d’égalité, entre autres, entre les femmes
et les hommes. Nous avons une Charte des droits et libertés » (Jean CHAREST, premier ministre du
Québec dans l’article « Hérouxville : un cas isolé selon Charest. » Journal Métro. Edition du mardi 30
janvier 2007. « Actualités », p. 6.). Voir aussi CHAREST, 2007-a. D.C. Enfin au niveau fédéral, ces
valeurs priment aussi dans ce qui fait du Canada, une destination attractive, à savoir : « la liberté, le
respect des droits, la sécurité et les perspectives d’avenir » (STATISTIQUE CANADA, 2007-c : 4.
D.C.).
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
Comment une société qui compte 350,000 chômeurs dont 70,000 immigrants, et
375,000 assistés sociaux, dont 70,000 immigrants, pour à peine 70,000 emplois
disponibles, peut avoir besoin de 48,000 immigrants en 2006, quatre fois plus per
capita que les USA ? Voilà le grand mystère ?
[…] En Russie, seulement 68 enfants ont vu le jour pour chaque 100 décès. La
Russie se meurt, pas le Québec.
C'est sans doute le plus gros mensonge. Non seulement les immigrants ne
rajeunissent pas le Québec, mais ils le vieillissent. […] On trouve même 2,715
Africains de plus de 75 ans ! […] Il y a maintenant plus -beaucoup plus en fait-
d'immigrants âgés au Canada que de Canadiens français âgés. Pourtant c'est
bien nous la nation en péril !
Les communautés culturelles qui, selon certains, ont déjà la chance d’être
accueillies dans une société « où ils [les migrants] sont libres » 2, devraient
1
Réactions envoyées le 9/02/07 par Jacques Noël sur [Link], « Vos réactions » dans le
contexte des « Accommodements raisonnables » et suite à la publication de l’article
« Accommodements, Charest appelle à la raison ». ROBITAILLE, 2007. D.C. URL :
[[Link] Mise en ligne : 13/02/07.
2
Extrait d’une production précise en situation informelle où une jeune fille disait ne pas comprendre
pourquoi les membres des communautés culturelles reproduisent leurs « chicanes » et traditions au
Québec : « T’sais, j’ai envie de leur dire « R’garde, on t’offre une belle occasion de recommencer ta
vie ! Ramène pas tes histoires de guerre ici, on te donne cette chance. T’sais ils peuvent vivre ici où
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
simplement adhérer aux normes de leurs hôtes 1 et où celles des pays d’origine(s)
apparaissent comme des vestiges devant appartenir au passé car « ailleurs ». Dans
la théorie Taylorienne de la « reconnaissance » (TAYLOR, 1992 : 41 ; 75), nous
pouvons y appliquer une dichotomie définitoire avec l’inférence (légitimiste) du
« besoin », d’une part, exprimée par le groupe nationaliste majoritaire et, d’autre part,
celle de l’« exigence », léguée aux groupes « subalternes ». Les deux requêtes,
différenciables selon la posture dominante/dominée, partagent donc un vecteur
commun qu’est celui du profit respectif à travers les termes de ce marché, perçu
comme étant « vital » pour les uns comme pour les autres :
« Le Québec se trouve donc [parce que l’immigration actuelle devra doubler voire
tripler pour compenser l’excédent prévu des décès sur les naissances] devant le
dilemme suivant : ou bien il accepte de voir diminuer, lentement mais sûrement,
le nombre de ses habitants […], ou bien il tente de remplacer les naissances
manquantes par un nombre très élevé d’immigrants, avec les conséquences
sociales et culturelles (problèmes d’intégration linguistique et économique) et
territoriales (déséquilibre croissante entre Montréal et le reste du Québec) que
cela implique… » (TERMOTE, 2003-a : 348).
ils sont libres […]. » (N.D.T. Montréal : février 2006). Voir aussi Ch. IX-1.1.
1
Cf., par exemple, l’article de Dany Laferrière paru dans La Presse le 28/01/07 : « Pourquoi
l’immigrant n’arrive-t-il pas à dire simplement merci ? ». Voir aussi LAFERRIERE, 2006. C.N.S.
2
Au sens de leur contribution dans l’élection de leur gouvernement, soit le fondement de la
citoyenneté en concordance avec la conception de Charles TAYLOR (1989 : 178). « Cross-Purposes :
the Liberal-Communitarian Debate » in Nancy ROSENBLUM (dir.). Liberalism and the Moral Life.
Cambridge, Mass. : Harvard University Press ; 159-182. Référence citée dans PAGE, 1997-b : 180.
3
Voir aussi les mécanismes de réactions défensives aux atteintes identitaires dans MUCCHIELLI,
2003 : 119-120.
4
Outre les controverses autour du port du voile en 1998-9 (NADEAU, 1999. D.C.) et autour du port du
« kirpan » en 2002 (KARMIS, 2006. D.C. ; DES RIVIERES, 2002. D.C. ; BARIBEAU, 2003. D.C.), voir
aussi la récente polémique avec l’affaire « Hérouxville » et les débats sur les « Accommodements
raisonnables » (BOSSET, 1994. D.C. ; CSDM, 2007-a. D.C. ; Mc ANDREW, 2006. D.C. ; CITOYENS
TEMOINS, 2007. C.N.S.). Voir aussi Ch. IV-2.1.2.
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Cf. MAURAIS, (dir.), 1992 ; ROULAND et al., 1996 ; MACKEY, 1992 ; APN, 2001. D.C. ; TLFQ,
2006-b. D.C. Les rapports annuels des Affaires indiennes (1864-1990) ainsi qu’une liste détaillée (non
complète) des traités historiques, cessions de terres et autres ententes avec les Autochtones au
Canada sont consultables en ligne sur le site de Bibliothèque et Archives Canada. URL :
[[Link] Mise en ligne : 15/07/05.
2
Extrait d’une allocution de THERIAULT (2005. D.C.).
3
Pour preuve, cf. les irruptions polémiques au Parlement avec comme points de référence les
ressources médiatiques : « Alors, M. le Président, depuis plusieurs jours, chez nous comme ailleurs,
les signaux d'alarme sont allumés à propos de la grippe aviaire. Et des spécialistes québécois le
disent clairement dans les médias depuis plusieurs jours, il y a un danger de pandémie planétaire, et
le Québec n'est pas à l'abri de cette pandémie-là. Alors, face à cette situation-là, la question dans le
fond est très simple : Est-ce qu'on est prêts, oui ou non, à faire face à la situation ? Et la question est
d'autant plus pertinente que, quand on regarde ce qui se dit dans les médias, on a des réponses
officielles contradictoires. » M. J-P. CHARBONNEAU. Journal des débats ; vol. 35 ; n°171. Mardi 18
octobre 2005.
4
L’emploi imprécis ou abusif de certains termes dans la description de faits divers a été explicitement
mis en cause par plusieurs acteurs politiques dans la diffusion réductrice voire trompeuse : « Le mot
« accommodement » étant familier en français en général dans son sens général, plusieurs l’ont
utilisé récemment dans les médias pour décrire diverses situations qui ne relevaient pas du domaine
de la discrimination. » (CDPDJ, 2006-b. D.C.). Cf. aussi CHAREST (2007-b. D.C.) : « Ces histoires qui
ont fait les manchettes, je pense aux vitres givrées du YMCA, à cette note indiquant qu’une policière
doit éviter de parler à un Juif hassidique, à cet homme qui a dû sortir de la piscine parce que des
femmes musulmanes s’y baignaient… Ce ne sont pas des accommodements raisonnables. Ce sont
des arrangements contraires aux valeurs de notre nation. » Pour consulter un exemplaire des titres en
question, voir aussi [Link], 2006. URL : [[Link]
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peuvent engendrer des raccourcis dans le contenu textuel. Nous pouvons peut-être
et en partie y imputer la production ou l’entretien de perceptions bienfaitrices du pays
« hôte » au regard empathique envers ses immigrants « reçus ». Le portrait brossé
des nouveaux arrivants dans une récente déclaration visant l’apaisement en plein
cœur des débats sur les « Accommodements raisonnables » (cf. Ch. IV-2.1.2)
s’appuie en effet sur une certaine bienveillance caritative des Québécois dans leur
rôle civique. Sans pour autant négliger l’adaptation mutuelle que la migration
implique – « Chacun d’eux [les nouveaux arrivants] a la responsabilité de s’intégrer à
notre nation. Cela signifie qu’ils doivent adhérer à nos valeurs fondamentales. »
(CHAREST, 2007-a. D.C.) – le Premier ministre fait aussi appel au sens d’assistance
des citoyens :
« M. Charest a ajouté que le Québec était une société d’accueil, où les nouveaux
arrivants étaient les bienvenus, mais que chacun avait la responsabilité de
s’intégrer et de respecter les valeurs fondamentales. » 3
Rares sont effectivement, dans le rayon des observations que nous avons pu
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
effectuer auprès des discours destinés au grand public, les situations où le Québec
est clairement positionné comme une société « demandeuse » de migrants (au lieu
de société d’accueil), ne fût-ce que de « travailleurs qualifiés » et ce, dans les traces
journalistiques mais surtout dans les conversations informelles repérées. Nous
insistons sur la nature médiatique à diffusion massive 1 des supports à partir desquels
nous avons pu relever cette apparente carence informative ainsi que sur
l’observation des situations quotidiennes 2. Il n’en est pas de même pour ce qui est de
la documentation spécialiste ou officielle ; nous l’avons souligné, les propos
ministériaux sont au contraire promoteurs de l’immigration. Ils assurent de concert
« la promotion, à l’étranger, du Québec comme terre d’immigration démocratique et
prospère » (MICC, 2001-b : 15. D.C.). Cette entreprise proactive et bilatérale de la
« société ouverte à l’immigration » (MICC, 2006-b. D.C.; 2006-c. D.C.) n’est toutefois
pas exempte de déclarations ambiguës, voire réductrices dans ses attentions
commerçantes :
1
Nous nous sommes appuyés sur la lecture suivie des quotidiens gratuits distribués dans les
transports en commun à Montréal, des journaux payants et leur version électronique, des documents
télévisuels et radiophoniques. Les observations participantes réalisées auprès de différents réseaux
sociaux (conversations formelles et informelles) lors des séjours sur place nous ont aussi servi
d’indicateurs.
2
Cela revient à refuser toute généralisation des lectures proposées aux individualités et subjectivités
québécoises, à réduire ces complexités à n’être que les récepteurs d’images présupposées ou à
croire qu’il s’agit là d’une situation exceptionnelle. Par exemple, MALEWSKA-PEYRE (1990 : 116)
nous rappelle que les « immigrés sont souvent assimilés dans la société française aux fauteurs de
troubles, chômeurs, délinquants et considérés comme encombrants, désagréables et presque jamais
perçus comme citoyens à part entière. »
3
Evénement annuel dans le cadre du « Forum Economique International des Amériques. » URL :
[[Link] Mise en ligne : 15/05/2005.
241
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SHIOSE (1994 : 79) fait état de l’adoption, par les enseignants de la catégorisation
dichotomique et hermétique, des enfants « Autres » et des « Québécois tout court (le
« Nous ») ».
« Ce qui fait le pouvoir des mots et des mots d’ordre, pouvoir de maintenir l’ordre
ou de le subvertir, c’est la croyance dans la légitimité des mots et de celui qui les
prononce, croyance qu’il n’appartient pas aux mots de produire. »
1
Voir aussi BULOT, 2001.
2
L’on remarque aussi (productions journalistiques, politiques, usuelles…) une variante diminutive de
cette expression avec la nominalisation : « les ethniques ». Cf., par exemple : « Quand vous parlez
d'obscure déclaration de Parizeau sur les ethniques, vous oubliez celle du soir du référendum qui fut
profondément marquante et divisante. Laquelle fut une saloperie, celle de Parizeau ou celle de
Charest pointant du doigt celui qui la répétait? » (LEPINE David, réactions au texte de PARENTEAU
François, Impertinences. Renard dodu contre le bilan à deux faces. Fév. 2007. URL :
[[Link] Mise en ligne : 7/03/07). Voir aussi
SHIOSE, 1994 : 77-8 ; MEINTEL, 1992 : 74.
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pas plus affaiblie si l’on considère que l’apparition plus ou moins récente de termes
comme « nouveaux arrivants », « néo-Québécois » 1 et « communautés culturelles »
aux critères variants suit l’approche non élitiste de la politique québécoise des trois
ou quatre dernières décennies. Le déplacement des perceptions conduit même à
l’inclusion presque militante des migrants : « Les Québécois des communautés
culturelles sont d’abord et avant tout des Québécois tout court. » (Normand Cherry
dans MICC, 1990 : 5).
« Oh ! j’haï [sic] ça cette expression-là mais bon t’sais, les minorités visibles-
là… » 2 ;
« comme ils disent, les minorités visibles… » 3 ;
« J’aime pas du tout le terme mais disons les minorités visibles… » 4 ;
« […] si l’on souhaite estimer l’importance de ce qu’il est convenu d’appeler les
« minorités visibles » » (TERMOTE, 2003-b : 267).
La prise en charge du terme est atténuée par des périphrases qui lui attribuent
une utilisation consensuelle, c’est-à-dire portée et approuvée par le groupe et donc à
valeur impersonnelle. On en conviendra, la double identification par énonciation du
statut d’infériorité numérique et de l’apparence phénotypique peut effectivement
paraître lourdement stigmatisante tant elle est abrupte et sans détour. Les dérivés
satiriques 5 peuvent aussi traduire le refus relatif des utilisateurs qui, par la déviation,
marquent une insuffisance certaine quant à la pertinence ou à la moralité de
1
Cf., par exemple : CHOUINARD, 1997. D.C. ; GAGNON, R., 1996.
2
N.D.T. Montréal : février, 2007. Observations lors des « Rendez-vous stratégiques » de l’Institut du
Nouveau Monde. Montréal, Université de Québec à Montréal : 2 et 3 février 2007. Voir INM, 2007.
D.C.
3
Ibid.
4
N.D.T. Montréal : janvier – février 2007. Observation d’échanges informels. Voir aussi la définition
informelle de QUOILIN (1998 : 175. D.C.) et la perception des enjeux « souverainistes » de l’aide
linguistique proposée au profil « immigration visible ».
5
Cf. « L’invisibilité des minorités visibles dans la campagne électorale au Québec. » (BOCAR LY,
2007. D.C.) ; « les minorités audibles » en référence aux minorités linguistiques (ESCOMAR, 1999.
D.C.).
243
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l’expression. L’insertion initiale de celle-ci dans le répertoire québécois, du moins
dans le verbatim officiel, s’inscrit paradoxalement dans l’objectif même de combattre
la discrimination 1.
« les femmes, les personnes handicapées […], les autochtones, les personnes
qui font partie d’une minorité visible en raison de leur race ou de la couleur de
leur peau et les personnes dont la langue maternelle n’est pas le français ou
l’anglais et qui font partie d’un groupe autre que celui des autochtones et celui
des personnes qui font partie d’une minorité visible » (CDPDJ, 2000 ; 2006.
D.C.).
1
Pour les différents textes de loi, voir le site de la CDPDJ : URL : [[Link] Mise en
ligne : 21/04/06. Voir aussi la définition du concept par Statistique Canada (2006-b. D.C.) sur l’URL :
[[Link] Mise en ligne : 2/05/07 ; CAJ,
2004. D.C. ; CONSEIL PERMANENT DE LA JEUNESSE, 2004. D.C.
2
La dernière mise en ligne pour interroger les bases de données est le 5/02/08.
244
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
Selon PICHE (2003 : 253), « la catégorie « minorité ethnique » est basée sur
des critères qui font référence parfois à la couleur de peau (Noirs), parfois à
1
L’organisme opère une distinction non cumulative entre langue et ethnicité : « on fait souvent
référence aux Canadiens français et aux Canadiens anglais, qui renvoient non à l’ethnicité
proprement dite mais à la langue parlée. » (STATISTIQUE CANADA, 2006-c. D.C.).
245
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l’appartenance culturelle (Arabes), parfois à l’origine nationale (Chinois) ». Il convient
de comprendre les spécificités historiques du territoire Canada et Etats-Unien dans
ces approches terminologiques et statistiques des groupes humains. Les attitudes et
raisons de crispation divergent en effet, chacun y associant ce qui lui paraît
convenable ou pas. Celui d’« ethnicité », par exemple, « ne bénéficie pas d’un
préjugé favorable » dans le champ intellectuel français (POLICAR, 2003 : 123-124) :
« l’invoquer supposerait que l’on se range à une conception « communtariste » de
l’organisation sociale, opposée à notre tradition nationale pour laquelle n’existe qu’un
lien direct entre l’Etat et le citoyen. » Du point de vue éthique, le terme suscite aussi
de fortes réticences avec le risque de « primordialisation » d’un trait partiel,
cristallisé et différentiel de l’identité de l’Autre alors qu’elle en est aussi tout
autrement. En fait, l’adoption de catégories ethnoculturelles desquelles émergent les
minorités s’explique, dans le contexte canadien, du fait de la discrimination positive
(« affirmative action » 1) afin d’assurer l’équité en matière d’emploi (« La loi sur
l’équité en matière d’emploi », MINISTERE DE LA JUSTICE, 1995. D.C.) comme le
décrit ARMONY (2003 : 209) :
« L’objectif d’une telle classification est d’établir une différenciation entre les
individus afin de donner priorité au recrutement de ceux qui appartiennent à l’un
ou à l’autre de ces groupes [personne autochtone, membre d’une minorité
visible]. L’État cherche ainsi à corriger les inégalités dont certaines populations
sont ou ont été victimes et, donc, à promouvoir une égalité effective. »
1
Politique inspirée des interventions gouvernementales aux Etats-Unis à partir de 1965 (Président
Johnson) pour favoriser l’insertion des « Noirs et d’autres minorités officiellement reconnues, en
particulier les Latinos » (LE BARS, 2007 : 42).
2
Cf. la problématisation du concept d’« identité culturelle » dans BLANCHET & FRANCARD, 2003-b :
157, Ch. IX-2.3.3 et Discussions 3. Voir aussi BLANCHET (2000 : 99), Ch. VIII-2.2.3.
246
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de la volonté de protéger les groupes identifiés comme étant les plus vulnérables afin
de redessiner la carte du pouvoir selon une matrice égalitaire. Sous-jacente à cette
intervention politique aux incidences terminologiques se voit bien « un cas particulier
des luttes des classements » comme le décrit BOURDIEU (1982 : 137), où la
sommité du pouvoir se décline en « propriétés (stigmates ou emblèmes) liées à
l’origine à travers le lieu et les marques durables qui en sont corrélatives ».
L’efficacité de la catégorie politique qu’est l’ethnicité en tant que force mobilisatrice
(LABELLE, 1980 : 6) requiert alors des outils de mesure élaborés qui s’en trouvent
aussitôt légitimés.
1
Cf., par exemple, « Population selon certaines origines ethniques, province et territoire ». URL :
[[Link] Mise en ligne : 6/02/08.
2
Emprunt du terme communément utilisé en anglais pour désigner le suivi rigoureux des politiques en
place.
3
Droit de citation obtenu le 10/05/07.
4
MICC (1981). « Autant de façons d’être Québécois : Plan d’action du gouvernement du Québec à
l’intention des communautés culturelles. » 78 p. Référence citée dans PAGE, 1997-b : 166 ; HELLY,
1997 : 218 ; PAILLE, 1986.
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Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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les démarches de l’inclusion et de la réciprocité 1 dans l’agenda politique du Québec.
C’est ainsi que les recensements admettront les réponses additives 2 dès 1981 en
réponse à la question des origines 3 (STATISTIQUE CANADA, 2004-b. D.C. ; PICHE,
op. cit. : 247 ; TERMOTE, op. cit. : 265) et on compte plus d’une dizaine
d’expressions visant à mettre en mots l’identification des « minorités » :
- minorités culturelles
- minorités ethniques
- immigrants de sources (non) traditionnelles
- communautés ethnoculturelles
- membres issus des groupes ethnoculturels autres
qu’uniquement français, britanniques et autochtones
- Québécois de souche plus récente (plus ancienne)
- Communautés issues de l’immigration
- Québécois d’origines diverses
- minorités raciales
- membres des minorités visibles
- différentes collectivités ethnoculturelles
(GAGNE, 1993 : 548).
1
Egalement perçue comme garante de l’adhésion au marché de l’intégration (PAGE, 1997-b : 166).
2
« Les instructions données avec la question du recensement sur l'origine ethnique n'ont pas toujours
été les mêmes au fil des ans ; elles ont été modifiées en fonction de la présentation de la question et
du contexte social. En 1971, il fallait déclarer le groupe ethnique ou culturel auquel appartenaient les
ancêtres du répondant du « côté paternel » et n'indiquer qu'une seule origine ethnique. À partir de
1981, l'origine ethnique n'a plus été définie comme émanant des ancêtres paternels ; les répondants
pouvaient alors déclarer un ou plusieurs groupes ethniques du côté tant paternel que maternel. Même
si les répondants n'étaient pas expressément invités à indiquer plus d'une origine ethnique, il s'agit de
la première fois où des réponses multiples ont été acceptées au recensement. » (STATISTIQUE
CANADA, 2004-b. D.C.).
3
Toutefois, le libellé se présente graphiquement avec l’alternatif du pluriel à partir de 1986 : « A
quel(s) groupe(s) ethnique(s) ou culturel(s) appartenez-vous ou vos ancêtres appartenaient-ils ? » ;
tandis que la formule de 1981 se présentait comme suit : « A quel groupe ethnique ou culturel
apparteniez-vous, vous ou vos ancêtres, à votre arrivée sur ce continent ? » (STATISTIQUE
CANADA, 2004-b. D.C.). Cf. aussi Ch. IV-2.4.2.
4
Sur la différenciation entre l’aspect davantage subjectif de « l’identité ethnique » (sentiment
d’appartenance, sens d’unicité, d’histoire et de devenir partagé) et le phénomène plus global de
l’« ethnicité » (inclusion des modèles culturels, politiques et socio-économiques au niveau macro) voir
MEINTEL, 1992 : 73-4. Voir aussi les « nouvelles ethnicités » dans HALL (2007).
248
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En effet, sans une forme de prise en compte des termes observables sur le
terrain dans le choix des termes pour décrire ce même terrain, il semble difficile de
dissoudre les dérives d’utilisation et d’interprétation éventuelles de catégorisations
potentiellement « ambiguës » car infériorisant l’Autre. Difficile aussi de voir comment,
sans ce pamphlet informationnel contextualisé et diffusé, des termes qui sont plus ou
moins censurés dans l’usage quotidien tels que « race » peuvent être repris dans
ces mêmes situations informelles sans être assujettis à l’ambiguïté. Le terme,
couramment employé au 18e et 19e siècles au Canada, au même titre que
« nationalité », pour « désigner un peuple et sa langue, ses usages, ses mœurs, ses
traditions » (MONIERE, 2003 : 105), se prête moins facilement à la simplicité
sémantique au vu des dérapages à caractère discriminatoire qui ont défrayé le décor
international depuis. A partir d’une définition doctrinale du concept de « racisme » 1,
BANTON (1969 : 21. D.C.) situe même les plus grands dangers des simplifications
dans le domaine des sciences sociales plutôt que dans celui des sciences
biologiques :
1
Apparu pour la première fois dans les déclarations de l’UNESCO en 1964 (BANTON, 1969 : 17-8.
D.C.). Voir aussi les Quatre déclarations sur la question raciale. UNESCO, 1969. D.C. Voir aussi la
recherche du bouc émissaire dans BILLIG, 2003 : 457.
249
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« on peut définir le racisme comme la doctrine selon laquelle le comportement
individuel est déterminé par des caractéristiques héréditaires stables
correspondant à des souches raciales distinctes qui possèdent des particularités
propres et sont d’ordinaire considérées comme supérieures ou inférieures les
unes aux autres. » (BANTON, 1969 : 18. D.C.) .
1
Voir aussi les déclarations et recommandations sur le multilinguisme et les droits de l’homme de
l’UNESCO sur l’URL : [[Link] Mise en ligne : 11/01/06.
2
Cf. la Déclaration de 1967 (UNESCO, 1969 : 52-58. D.C.).
3
Voir aussi MONIERE, 2003 sur l’émergence du sentiment nationaliste au Québec ; ERK, 2002 sur
les comparaisons avec les nationalismes sous-étatiques belges. Sur la question de « nation » et du
pluralisme culturel, voir HELLY, 2002.
4
Les implications de ce terme nourrissent régulièrement les débats médiatiques en invoquant
notamment les personnages politiques à offrir leurs définitions, cf., par exemple l’article « Qu’est-ce
250
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qu’un Québécois ? » (PRESSE CANADIENNE, 2006). Voir aussi POIRIER, C., 1997 ; THERIAULT,
2003 ; TREPANIER, 2002 ; ZAGOBLIN, 1983 ; LABELLE, 1990 ; SHIOSE, 1994.
1
Emphase personnelle.
2
A ce sujet, voir aussi « l’idéal de l’authenticité ». (TAYLOR, 1997).
3
Cf. aussi les bases de données informatisées : URL : [[Link] et
[[Link] Mise en ligne : 3/05/07.
4
Transcription personnelle de l’adjectif observé en malgache pour désigner les Québécois. Terme
également repéré sur des forums de discussion sur Internet. Cf. « TSY manao hotry ny Kebany
aloha » (Traduction proposée : N’imitons pas les Québécois). Forum Tafatafa. URL :
[[Link] Mise en ligne : 14/01/08.
5
Voir quelques exemples de citations : LEVESQUE & TRUDEAU, 2001 ; APN, sur l’URL :
[[Link] Mise en ligne : 29/04/07.
6
N.D.T. Montréal : décembre 2004. Observation d’occurrences relevées dans les réseaux familiaux et
sociaux.
7
Cf., par exemple, « Bloke », « Tête carrée », « Anglais » dans les noms désignant les Canadiens
anglais ; et « Canadien », « Canayen », « Frog », « pea-soup » comme désignant les Canadiens
français, puis les Québécois. POIRIER, C., rédacteur principal. (1988). Dictionnaire du français plus :
à l’usage des francophones d’Amérique. Montréal : Centre Educatif et Culturel. 1856 p.
251
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
permet d’exercer en tant qu’expulsion de la nationalité d’origine et en cela l’auto-
application du terme paraît compromettante :
« la conscience aiguë que cette recherche [sur l’ethnic group] portait justement la
plupart du temps sur ces phénomène d’assimilation ou, pire encore, de
discrimination de type réserve indienne ou ghetto noir, provoquait en moi un
refus de cette sociologie de l’ethnic group appliquée à mon propre groupe
national. Il n’était pas possible, il n’est toujours pas possible d’appliquer au
« Canada français » le destin sociologique des Polon-Américains, ou des Italo-
Américains ou encore de leurs équivalents canadiens. Nous – puisque je n’étais
pas le seul – refusions à cause de cela de modèle américain de la sociologie
appliquée pour les minorités ethnique ou nationales, mais notre comportement,
fait d’indifférence et souvent de mépris vis-à-vis les autres groupes ethniques
québécois, valait bien celui que tout groupe ethnique nord-américain affichait vis-
à-vis les autres groupes minoritaires. » (LA BORGUE, 1984 : 421-2).
« Si la notion de groupe ethnique s’est imposé de tout temps dans toutes les
sociétés, chaque communauté, chaque langue, chaque civilisation a avancé
différemment dans l’élaboration des termes et concepts précis permettant de
cerner les réalités complexes. En général on passe par une opposition plus ou
moins consciente entre soi et les autres, entre le groupe, la société, la civilisation
à laquelle on appartient – duquel se distinguent les agrégats extérieurs
innombrables, confus, étranges et sans doute, dangereux. » (BRETON, 1992 :
12).
1
N.D.T. : 2005-2006. Pour certaines personnes rencontrées ou entendues dans des situations
d’observations informelles, les cloisons entre les différents groupes linguistiques ne sont pas
franchissables. Pour une enseignante de CA, par exemple, ses élèves ne seront en aucun cas
considérés comme des « francophones » mais toujours comme des « allophones », tant le terme
porte une définition précise et immuable pour elle.
252
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
D’un autre côté, la rigidité que l’on prétend au terme « francophone » semble
irréductible. Aux dires de GUEYE (2003), explorant le définitoire de l’identité
francophone « à travers le prisme d’un Autre défini comme des intellectuels
africains » résidant au Québec (op. cit. : 351), la valeur « francophone » est
1
A ce propos, voir BOUCHARD, G. au Ch. IV-4.2.2. Voir aussi les débats et réalisations autour ou en
faveur du plurilinguisme dont ARMAND, 2004 ; GEORGEAULT, HARVEY & PAQUIN, 1998. D.C.
2
L’auteur rappelle les déclarations de la présidente du CSLF, Nadia Brédimas-Assimopoulos. Sur
l’élaboration (et les débats autour) de la mesure synthétique « indice des langues d’usage public »
voir aussi le Bulletin du Conseil de la langue française ; vol. 15 ; n°3. URL
[[Link] Mise en ligne : 22/11/07.
253
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
« atrophiée au Québec » lui refusant l’assignation d’autres locuteurs du FLC et du
français, langue maternelle, qui se retrouvent en « quêtance » de l’entendement de
leur francophonie. La typologie représentative des discours de ses informateurs
(échantillon de 41) se lit comme suit :
« Je sais que, lorsqu’on dit francophone ici, ce n’est point à moi que l’on fait
allusion. On a décidé malgré tous les faits qui prouvent le contraire, que je suis
un allophone ; la qualité de francophone a été étroitement réservée à ceux qu’on
appelle ici les « pure laine » (?). Eh ben, c’est-à-dire les Québécois de père, ou
de mère québécois, blancs, descendants de personnes qui sont venues ici il y a
quelque 100 ans, 200 ans, ou plus, de la France. Mais, à chaque fois que
l’occasion de le souligner se présente, je dis à ceux qui veulent par la force me
nier mon caractère francophone que je ne suis pas un allophone, que je ne me
sens pas moins francophone que les personnes qu’on considère francophones
ici. Car la vérité c’est que l’identité francophone n’est pas une affaire de sang ou
de pureté de laine, comme on veut le faire accroire au Québec. » (Op. cit. : 356).
1
Symbole de l’association « d’isolats géographico-anthropologiques » partageant la pratique officielle
de la langue française (GUEYE, 2003 : 357). Voir aussi l’OIF (Organisation Internationale de la
Francophonie) : « Sous l'impulsion de trois chefs d'État africains, Léopold Sédar Senghor du Sénégal,
Habib Bourguiba de Tunisie, Hamani Diori du Niger et du Prince Norodom Sihanouk du Cambodge,
les représentants de 21 Etats et gouvernements ont signé à Niamey, le 20 mars 1970, la Convention
portant création de l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT). Nouvelle organisation
intergouvernementale fondée autour du partage d'une langue commune, le français, elle est chargée
de promouvoir et de diffuser les cultures de ses membres et d'intensifier la coopération culturelle et
technique entre eux. La convention de Niamey indique que l'ACCT doit être l'expression d'une
nouvelle solidarité et un facteur supplémentaire de rapprochement des peuples par le dialogue
permanent des civilisations. » URL : [[Link] Mise en ligne :
11/04/06.
2
Cf. aussi les parallèles entre la littérature africaine et québécoise dans la construction contemporaine
de l’identité nationale dans KLAUS, 1999.
254
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
« Certains travaux semblent indiquer que toute distinction qui permet à l’individu
d’opposer, dans sa pensée, « les gens comme moi » aux « autres » acquiert des
résonances affectives et aboutit à l’expression de préférences que la nature de la
différence ne justifie pas. Chaque fois qu’une minorité se distingue par un signe
extérieur – la couleur de la peau par exemple – les connotations affectives sont
d’autant plus fortes que la différence est plus marquée. » (BANTON, 1969 : 23.
D.C.).
1
Voir aussi LE GALL, 2003.
2
Extrait de l’appel à contributions, « Statistiques sociales et diversité ethnique, doit-on compter,
comment, et à quelles fins ? » en vue d’une conférence internationale organisée par le Centre
Interuniversitaire Québécois des Statistiques Sociales et l’Institut National d’Etudes Démographiques
(INED). Montréal : 6-8 décembre 2007. Appel consulté sur le site de l’INED, URL : [[Link]
Mise en ligne : 01/02/07.
255
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
« On a cru, par exemple, qu’en procédant à des enquêtes sur la fréquence des
cas de discrimination on susciterait une prise de conscience qui faciliterait
l’application de mesures correctives. En réalité, c’est souvent le résultat contraire
qui a été obtenu. Les partisans de la discrimination, se sachant nombreux, ont
redoublé d’audace. » (BANTON, 1969 : 22. D.C.).
1
Cf., par exemple, les rapports annuels de PATRIMOINE CANADA dans le suivi des lois sur le
multiculturalisme, les documents datant de 1997 à présent sont consultables en ligne. URL :
[[Link] Mise en ligne : 13/04/07.
2
La part croissante de la diversification démographique ainsi que la multiplication des services (de
protection, de recherche, d’information, de politisation, de commercialisation…) qui leur sont destinés
ne peuvent en effet qu’expliquer le demande de plus en plus forte pour les études sur les origines
ethniques. Voir aussi STATISTIQUE CANADA, 2003-c. D.C. Les décideurs font aussi part du besoin
continu des données et de leur utilité : « L'Enquête sur la diversité ethnique témoigne à la fois du
chemin extraordinaire que nous avons parcouru et de l'ampleur du travail qu'il nous reste à faire, […]
Cette statistique [sur la vulnérabilité des minorités visibles et en particulier, des Noirs] nous rappelle
avec force que nous devons redoubler d'efforts et faire tout ce qui est en notre pouvoir pour lutter
contre le racisme et la discrimination sous toutes ses formes ». Déclaration de la ministre d'État,
Multiculturalisme et Situation de la femme, Augustine Jean. Ottawa : 6 février 2004. URL :
[[Link] Mise en ligne : 11/11/06.
3
Les réponses multiples sont admises à partir du recensement de 1991 en matière d’origine ethnique
et la catégorie canadienne est incluse dans la liste. « En 1996, la présentation de la question sur
l'origine ethnique a changé considérablement. Bien que le libellé lui-même n'ait pas changé, les
catégories de réponse à cocher fournies aux répondants de 1971 à 1991 n'étaient plus présentes. Les
répondants ont plutôt été invités à inscrire leur(s) origine(s) ethnique(s) dans quatre cases pour
réponse écrite. Une liste de 24 exemples d'origines ethniques a été fournie afin d'aider les répondants
à comprendre l'objet de la question. Il est important de prendre note que « Canadien » était l'un des
exemples figurant sur le questionnaire du recensement de 1996. » STATISTIQUE CANADA, 2004-b.
D.C. Voir aussi PICHE, 2003 : 247.
256
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
« En lisant une des premières études québécoises sur les groupes ethniques,
The French-English Division of Labour in the Province of Québec, une thèse de
W. J. ROY présentée à l’Université de Mc Gill en 1935, j’ai appris ce jour-là qu’on
est toujours l’« ethnique » de l’autre. »
1
Voir, par exemple, STATISTIQUE CANADA, 2003-d. L’auto-attribution de l’ethnicité est aussi
problématique comme l’admet LA BORGUE (1984).
2
Incluant : « Américain (E-U) », « Canadien », « Terre-Neuvien » ainsi que les autres groupes
provinciaux ou régionaux.
3
Selon la constitution des effectifs significatifs, la variable « québécoise » est englobée dans « autres
origines » au même titre que Canadien, Américain, Australien, Néo-Zélandais, à titre illustratif, cf. les
données sur la « Population totale selon l’origine ethnique, Québec, recensement de 1996 » :
STATISTIQUE CANADA, URL : [[Link] Mise
en ligne : 14/04/07. Voir aussi la configuration de la question dans l’exemplaire du questionnaire de
recensement, 2006 : STATISTIQUE CANADA, 2006-d : 10. D.C.
4
Un exemple frappant des implications profondément identitaires des travaux terminologiques,
éminemment diplomatiques et donc délicates à manipuler, est l’incidence à ampleur internationale de
« la bataille du « S » » dans la désignation des Autochtones (people-S). Voir ROULAND et al., 1996 :
444-5.
257
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
sans que lui soit retirée sa différence culturelle 1. Or, la société québécoise, comme le
témoigne la problématisation suivante discutée lors d’une table ronde 2 étudiant la fin
du nationalisme ethnique 3 au Québec, est elle-même aux prises avec la quête de
passerelles identitaires dans le contexte déjà largement balisé de l’immigration
résultante de la mondialisation :
Les conditions étant posées, l’ethnicité est un repère historique pour l’identité
québécoise sans pourtant y trouver guère d’inscription dans l’auto-identification
contemporaine de la majorité. D’après les réflexions construites dans le cadre de
cette table ronde, elle serait dépassée par le concept fédérateur et libérateur de
l’identité « civique », devenue par là même l’orientation émergente du nationalisme
sous-étatique du Québec 4.
1
Sur la conception des langues et des identités culturelles comme « systèmes », voir aussi
BLANCHET (2000 : 99), Ch. VIII-2.2.3 ; BLANCHET & FRANCARD (2003-a et b), Ch. IX-2.3.3 et
Discussions 3.
2
Extrait du résumé de la table ronde du 8 novembre 2006, « La fin du nationalisme ethnique ? ».
(BOCK-COTE, 2006.).
3
Voir aussi l’idée du passage d’un « nationalisme ethnique » à un « nationalisme territorial » dans
Mc ANDREW & JACQUET, 1996 : 280.
4
Voir aussi PAGE, 1997-b ; 2006 ; BELAND, 2006 ; PICHE, 2003 ; 2005-a ; pour une interrogation
comparable sur la place de la majorité franco-québécoise, cf. BEAUCHEMIN, 2007. D.C. Sur
l’orientation inclusive, cf. l’« Enoncé politique en matière d’intégration et d’immigration. » (MICC, 1990.
D.C.).
5
Voir aussi l’étude de la rhétorique idéologique derrière le « nous autres » dans TREPANIER, 2002.
Pour aller plus loin, HALL (2007 : 305-310) questionne aussi les liens entre racialité, ethnicité et
identité à l’instar de la notion de « britannicité ».
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Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Expressions identitaires du « Québécois » selon les principales références :
degré d’ethnicité/degré de francité
« Canadien-Français de souche »
« Canadien québécois »
« Canadien » 4
Tableau 12
Cette division est largement discutable et ne se base que sur la présence (ou
pas) d’un qualificatif explicitement linguistique. Les utilisations et interprétations ne
sont évidemment pas aussi hermétiques car les perceptions et les sentiments
d’appartenance sont avant tout fluctuants. De plus, comme le soulignent LAMARRE,
PAQUETTE, AMBROSI & KAHN (2004 : 24), les projets sociétaux promeuvent la
1
Cf., par exemple : MENEY, 2004. D.C.
2
Lors du premier repérage de cette expression en situation de conversation usuelle, il est intéressant
de noter qu’il s’agissait d’une jeune femme québécoise de descendance française à qui l’on présente
un Québécois lui aussi francophone « de souche » et décrit comme tel. Souhaitant sans doute une
prise de contact personnalisée avec ce dernier, elle s’adressa joyeusement à lui en disant : « Ouin !
t’es Québécois au coton ein ?! » Le jeune homme fronça des sourcils en grimaçant comme pour
marquer le rejet de l’identification et rétorqua : « Au coton ?! Qu’est-ce tu veux dire au coton ? » Après
une tentative d’explication de la jeune femme comme quoi « c’était pour dire un vrai de vrai », le jeune
homme finit par préciser : « Ben non, pas au coton juste Québécois-là ! » (Observations de terrain,
janvier 2006).
3
Cf. l’emploi inclusif du corps ministériel dans les programmes de politique d’intégration scolaire :
« Les Québécois des communautés culturelles sont d’abord et avant tout des Québécois tout court. »
(Normand Cherry dans MICC, 1990 : 5).
4
Apparition de la catégorie ethnique « canadienne » dans les recensements 1991. (PICHE, 2003 :
247 ; STATISTIQUE CANADA, 2004-b. D.C.
260
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
redéfinition d’un Québec pluraliste depuis les années 1970. Il est vrai que les voix
des milieux de la recherche 1 et du gouvernement 2 esquissent les nouvelles
perspectives visant à dépasser des conceptions d’identités enracinées aux seuls
degrés d’ethnicité comme cela pouvait existait :
1
Cf., par exemple, GEORGEAULT & PAGE, 2006.
2
Cf., par exemple, MICC., 1990. D.C.
3
Je remercie Patricia Lamarre ici pour l’incitation à complexifier les catégorisations proposées.
4
Acronyme usuel pour « Bien-être social », soit le système d’assistance sociale au Québec. Voir le
récent article de Norman BELISLE (2007) sur l’aspect péjoratif du terme, employé par le Ministre de la
Solidarité Sociale pour désigner ses prestataires : URL :
[[Link] Mise en
ligne : 2/05/07.
5
Télé série québécoise, extrait du synopsis : « La famille Bougon est un clan de joyeuses petites
fripouilles complètement en marge de la société, sympathiques, qui se donnent beaucoup de mal à
magouiller, à préparer toutes sortes de petites combines « propres » afin de ne pas travailler et de ne
jamais se conformer. Les Bougon sont des décrocheurs du système qui ne croient plus aux Hommes ;
ce sont des vautours qui s'accaparent de tout ce que la société produit en trop. » [Link].
URL : [[Link] Mise en ligne :
2/05/07.
261
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
linguistiques. Néanmoins, lorsque la pluralité identitaire est reconnue et
communément admise, les expressions se façonnent aux nouvelles hybridités d’où
l’interrogation de OAKES & WARREN (2007 : 148) à travers un titre
intraduisible “‘Pure new wool’ Quebecers?”. L’intégration de l’Autre, ethnicisé, revient
alors à (re)formaliser sa propre ethnicité mais du point de vue collectif. Cette
modification mutuelle n’est pas toujours évidente :
“New Quebecers are changed in that, in the main, they do successfully add
French to their linguistic repertoires and they may well end up feeling at home,
but not necessarily in the way that Quebec might envisage. Quebec in its turn is
being challenged by the language practices of New Quebecers, practices in
which French may not have a central place.” (Op. cit. : 149).
On trouve actuellement un exemple éclairant dans le cas des Etats généraux sur
la langue tenus au Québec en 2001 (Commission des Etats généraux sur la
situation et l’avenir de la langue française au Québec 2001 2). Ces Etats
généraux, organisés par le gouvernement du Québec, devaient recueillir les
renseignements les plus à jour afin de faire des recommandations concernant la
politique et la législation linguistiques au Québec […]. Le problème central fut
1
L’auteure renvoie à Will KYMLICKA (1995). Multicultural Citizenship. A Liberal Theory of Minority
Rights, Oxford : Clarendon Press Press.
2
Egalement appelée « Commission Larose » du nom du Président de la Commission, Gérald Larose.
cf. GOUVERNEMENT DU QUEBEC, 2001. D.C. Voir aussi les mémoires présentés à la Commission
sur le site du Secrétariat à la politique linguistique : URL :
[[Link] Mise en ligne : 22/11/07.
262
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Sur la « plasticité » relative des positionnements identitaires des jeunes immigrants de la deuxième
génération, voir MEINTEL, 1992.
2
Définition entendue : « processus d’influence sociale, ayant généralement pour source une minorité
ou un individu qui s’efforce, soit d’introduire ou de créer des idées nouvelles, de nouveaux modes de
pensée ou de comportement, soit de modifier des idées reçues, des attitudes traditionnelles,
d’anciens modes de pensée ou de comportement. » (DAMS & MOSCOVICI, 2003 : 53).
263
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
mis en interaction. Dès lors, la notion de « minorité » renvoie surtout à une
construction sociale à base de diverses subjectivisations à visée légitimisante
incluant des causes politiques, idéologiques et économiques. L’organisation
divisionnaire n’est alors autre que subjective et la ségrégation n’en serait que la
résultante. L’intériorisation de l’incompassible 1 intergroupal dépend alors des
messagers auprès des collectifs, d’où l’omnipotence aujourd’hui des mass media 2
qui offrent le rayonnement du sensoriel et de l’intellectuel au destinataire. Bien qu’en
accord avec la fiction sociologique du « vide » du téléspectateur ou du
consommateur (ROUQUETTE, 2003 : 502-3), l’unilatéralité pratique de ces
communications se voit largement renégociée au vu du perfectionnement stratégique
requérant aux producteurs de peaufiner le ciblage de leurs messages mais aussi à
travers le développement intense de l’interactivité médiatique. La passivité du
receveur se voit limitée avec les « droits de réponses » 3 mis à disponibilité de
chacun ainsi que la multiplication des recours technologiques du particulier pour se
médiatiser à son tour. Le passage de l’emmagasinement subi à l’activation critique
responsabilise avant tout chaque interlocuteur et la force du recevoir réside en son
potentiel de distanciation :
Au pouvoir des médias s’oppose alors celui des médiatisés interactifs, mais le
rééquilibrage se fait aussi à l’image des représentations véhiculées d’où la circularité
ramenant sans cesse au rappel du dominant :
1
Emprunt de l’anglais pour désigner le concept de « co-existence impossible ». Terme repéré dans
Webster’s Revised Unabridged Dictionary, (1913) : « Not capable of joint existence ; incompatible ;
inconsistent ». (i.e. Inca [Link]. URL : [[Link] Mise en ligne : 20/11/06.
2
Conçu ici comme un « phénomène social total » (ROUQUETTE, 2003 : 499) également appelé
« média de masse » dans son application aux supports journalistiques, télévisuelles et
radiophoniques. Le grand dictionnaire terminologique. Source : OLFQ, 1998. URL :
[[Link] Interrogé le : 11/01/07.
3
Cf., par exemple, l’espace « Vos réactions » sur [Link] ainsi que les débats par articles
différés [[Link] Mise en ligne : 13/02/07. Voir aussi ROBITAILLE, 2007. D.C. ;
LETOURNEAU, 2006. D.C. ; FOURNIER, J-M. 2006. D.C.
264
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Voir aussi l’exemplaire de questionnaire : STATISTIQUE CANADA, 2006-d. D.C.
2
Ici, ce sont divers échanges informels en situation de vie mais aussi de discussions usuelles portant
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
sur le statut minoritaire de l’Autre : « minorité visible », « minorité ethnique »,
« minorité linguistique », « minorité religieuse », « minorité sexuelle »… Le recours
au paraverbal en mimant l’emploi des guillemets avec le bout des doigts s’observe
d’ailleurs comme si l’on est contraint, à défaut de mieux ou de plus intelligible pour
les interlocuteurs, d’utiliser ces formules. A l’écrit, les signes typographiques balisent
aussi les occurrences, comme pour signifier que l’on est conscient des dérives
interprétatives. Lorsque l’indicible (moralement) est énoncé (à l’oral ou à l’écrit), ces
marques de distanciation signaleraient alors qu’une transgression est en cours ou à
venir. Est-ce là les prémisses de glissements sémantiques où la charge préjudiciable
des termes viendrait à se nuancer à force de le signaler ? Ou serait-ce déjà la quête
implicite de nouveaux mots ? Dans tous les cas, ces utilisations feutrées des
« minorités » rejoignent les occurrences raturées du terme « race » comme le
constate HALL (2007 : 306) à partir du contexte britannique :
« […] les groupes humains que l’on est tenté de ranger dans la catégorie des
minorités ne s’approprient pratiquement jamais ce terme, car il n’est pas
valorisant. » (Christian Guyonvarc’h 1 dans PUREN, 2004-b : 27)
précisément sur ces termes qui nous permettent de rendre compte d’une certaine gêne, chez
quelques profils rencontrés face à ces termes. Ces occurrences ne relèvent pas d’un fait
généralisable mais leur validité n’en est pas moins réelle.
1
GUYONVARC’H Christian (1999). « Etre minoritaire en 1996 » in GDM & CETOB, Les minorités en
question. Actes du colloque. Paris : 29 et 30 novembre 1996. Paris : Groupement pour les Droits des
Minorités ; 80. Référence citée dans PUREN, 2004-b : 27.
266
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
membres des « minorités visibles » sont aussi celles qui font partie des plus
« vulnérables » (face au pouvoir et aux ressources situés). Avec toute la prudence
que les enquêtes quantitatives requièrent, les tendances abondent effectivement
dans le même sens. En 2002, les personnes des « minorités visibles » sont trois fois
plus nombreuses à « se sentir mal à l’aise ou pas à leur place » à cause de
caractéristiques ethnoculturelles. Près de 20 % d’entre elles affirment avoir subi un
traitement discriminant 1 ou injuste, contre 5 % pour l’exogroupe ; les deux principales
causes des discriminations étant la « race » et la « couleur » (STATISTIQUE
CANADA, 2003-c : 18-23. D.C.). Au-delà des partialités représentationnelles, la
Déclaration de 1967 de l’UNESCO (1969 : 55. D.C. ; HIERNAUX, 1969 : 9. D.C. ;
BANTON, 1969 : 26. D.C.) souligne que les constructions sociales imputant les
causes d’injustices aux facteurs « race » et « couleur » trouvent plus souvent
qu’autrement leurs véritables fondements dans des inégalités moins intégrées 2 que
sont les disparités économiques et fractures sociales. L’admission de la conception
égalitaire et indifférenciée entre les hommes puise alors sa dissidence dans des
croyances biologiques. Ces tendances justificatrices s’observent aussi au Canada
qui, en dépit de sa politique multiculturaliste et du système de pointage tendant vers
une « objectivité » 3 plus évidente, offre un terrain beaucoup plus hostile aux migrants
de minorité visible (PRESTON & MURNAGHAN, 2005). Les expériences de
l’aliénation, de racisme et du sentiment de non-appartenance apportent tout autant
d’indices quant au modelage de l’image endogroupe du « « vrai » Canadien », terme
qui « renvoie encore principalement à un occidental de race blanche » (RAJIVA,
2005 : 27 ; 31) :
1
« L'Enquête sur la diversité ethnique témoigne à la fois du chemin extraordinaire que nous avons
parcouru et de l'ampleur du travail qu'il nous reste à faire, […] Je constate avec regret que, encore
aujourd'hui, près de 50 p. 100 des Noirs au Canada disent avoir été victimes de discrimination ou de
traitements injustes au cours des cinq dernières années, selon l'Enquête sur la diversité ethnique.
Cette statistique nous rappelle avec force que nous devons redoubler d'efforts et faire tout ce qui est
en notre pouvoir pour lutter contre le racisme et la discrimination sous toutes ses formes ».
Déclaration de la ministre d'État, Multiculturalisme et Situation de la femme, Augustine Jean. Ottawa :
6 février 2004. URL : [[Link] Mise en ligne : 11/11/06.
2
Nous parlerons aussi du « linguicisme » cf. Ch. IV-4.1.2.
3
Car non fondées sur la nationalité, l’origine ethnique, la race, la religion ou la couleur de la peau des
candidats mais sur leurs compétences, âge, degré de scolarité et perspectives d’emploi. LI Peter -
2003). “Initial Earnings and Catch-Up Capacity of Immigrants”. Canadian Public Policy; vol. 29: 319-
337.
267
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
arrivait constamment quand j’étais jeune par la suite. » 1
1
Répondant « N » dans RAJIVA (1996 : 27 ; 31).
2
Cf. les réflexions proposées dans l’ouvrage collectif GEORGEAULT & PAGE (dirs.). 2006. Voir aussi
PAGE, 2005 : 226.
268
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
MICC (1981). « Autant de façons d’être Québécois : Plan d’action du gouvernement du Québec à
l’intention des communautés culturelles. » 78 p. Référence citée dans HELLY, 1997 : 218 ; PAILLE,
1986 ; PAGE, 1997-b : 166.
2
SIMON Pierre-Jean (1995). « Minorité ». Pluriel Recherches. Vocabulaire historique et critique des
relations interethniques. Paris : L’Harmattan. Cahier n° 3 : 59. Référence citée dans PUREN, 2004-b :
27.
269
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Typologie des oppositions constitutives d’une « minorité »
1
GRAU Richard (1985). Les langues et les cultures minoritaires en France. Une approche juridique
contemporaine. Québec, Editeur officiel du Québec : URL :
[[Link] Mise en ligne : 22/01/08.
Référence citée dans PUREN, 2004-b : 26-7.
2
VERMES Geneviève & BOUTET Josiane (éds.) (1987). France, pays multilingue. Tome 1 : Les
langues en France, un enjeu historique et social. Paris : L’Harmattan ; 163-188. Référence citée dans
PUREN, 2004-b : 26-7.
3
GOGOLIN Ingrid (2002). Diversité linguistique et nouvelles minorités en Europe, Strasbourg, Conseil
de l’Europe. Référence citée dans PUREN, 2004-b : 26-7.
4
BERQUE Jacques (1992). De nouveaux minoritaires dans la cité européenne. Rapport de la
Conférence pluridisciplinaire sur les aspects éducatifs et culturels des relations intercommunautaires.
Strasbourg : 5-7 décembre 1989. Conseil de la Coopération culturelle, Strasbourg, Les Editions du
Conseil de l’Europe. Référence citée dans PUREN, 2004-b : 26-7.
270
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
« Il [choix pour la définition subjective] signifie que les cultures sont mortelles, et
que leur survie dépend des croisements et intermariages qu’elles sont capables
d’opérer. »
1
Par exemple : « Premières Nations », « peuples fondateurs », etc.
2
Par exemple : « néo-minorités », « communautés culturelles », etc.
3
Nous devons à un échange avec Didier de ROBILLARD (Journée doctorale sur l’Altérité à l’UHB de
Rennes 2 : 5/06/07), l’idée selon laquelle la « hiérarchie » ne peut être niée ou évacuée en tant que
pratique sociale (on sélectionne, ordonne quotidiennement donc on hiérarchise forcément) bien
qu’elle soit éthiquement perturbante (elle suppose et accepte l’« inégalisation ») mais que ce qui est
fondamentalement « dérangeant » tient de la pratique d’une seule forme d’hiérarchie et que celle-ci
soit imposée à tous. Ce qui en ferait une idéologie unique et uniforme de l’unique et de l’uniforme.
4
C’est-à-dire ce qui relève du commun au sens de « banal » (caractère intériorisé) mais aussi au sens
de « typique » (caractère distinctif) ; et qui est commun à plusieurs personnes (facteur de
cohésion/communauté). Cf. Ch. II-1.2.2.
271
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
2.4. Qu’appelle-t-on « majorité » ?
1
Ernesto LACLAU (1996). Emancipation(s). Londres : Verso. 126 p. Référence citée dans HALL,
2007 : 322.
2
Sur la défense de la norme transnationale, cf. MENEY, 2004 ; MENEY, 2005-b. D.C. ; sur la
description et la valorisation d’un standard québécois, cf. POIRIER, 2004. D.C. ; MARTEL, P. &
CAJOLET-LAGANIERE, 2003 ; plusieurs répliques différées par voie d’articles médiatiques peuvent
être consultées sur l’URL : [[Link] Mise en ligne : 11/12/06. Voir aussi les
discours métalinguistiques des jeunes Québécois sur la différenciation et la reconnaissance du
français dans RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2005 ; 2006.
3
Partisans de l’autonomie du français standard au Québec.
4
Défenseurs d’une norme transnationale non distincte.
272
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
« Il éclaire aussi ce qu’est pour nous la fonction d’un droit des minorités et des
autochtones. Non pas, comme beaucoup le croient à tort, une justification
juridique du repli sur soi, l’ouverture de la boîte de Pandore qui conduirait à un
nouvel apartheid et aux affrontements « ethniques ». Mais au contraire la
recherche de solutions juridiques permettant à des groupes que l’histoire a
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
déchirés et placés en situation d’infériorité de se redéfinir en fonction des
nécessités du présent et de trouver les moyens d’une coexistence pacifique
construite par les divers mécanismes d’alliance. » (ROULAND et al., 1996 : 19).
« On ne saurait parler d’identité civique à leur sujet sans rappeler que les
Peuples autochtones se considèrent historiquement comme les premiers
Canadiens, comme les peuples dont l’une des langues a donné son nom à ce
pays et dont l’occupation du continent a précédé l’arrivée des premiers
Européens. Les Peuples autochtones se sont vigoureusement opposés à l’idée
que Français et Anglais soient considérés comme les « peuples fondateurs » du
Canada, un statut dont ils estiment que la légitimité leur revient. » (CHURCHILL,
2003 : 37).
La possession des droits civiques et linguistiques est aussi contestée par les
co-colonisateurs anglophones avec une période d’installation concomitante et dont
les populations actuelles se reconnaissent peu dans les valeurs franco-québécoises,
voire qui « refusent de s’identifier au peuple québécois » (SEYMOUR, 2006 : 181).
Différentes lectures s’offrent néanmoins avec l’attitude inverse qui consiste à créer
une sorte d’identité syncrétique anglo-québécoise et à la revendiquer. Nous verrons
aussi, à travers les positionnements des enseignants et enfants migrants que nous
avons rencontrés, que le rejet ou le refus de l’auto-appropriation de l’identité
québécoise ne peut être généralisable. Ce qui permet d’exclure ces éventuelles
1
Sur le projet sexualisé du fondement de la nation, voir VUKOV, 2000 : 122.
2
Pour consulter un exemplaire des questionnaires du dernier recensement, voir STATISTIQUE
CANADA, 2006-d : 10. D.C.
3
Répondant en école secondaire au Québec dans RAZAFIMANDIMBIMANANA (2005 : 98).
274
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
275
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Construction de la majorité franco-québécoise : qualités constitutives de la
majorité, contre-pouvoir(s) éventuel(s) et « minorité(s) résultante(s) » 1
Historico-territoriale :
« peuples fondateurs » « Premières nations » « nouveaux arrivants »
« fondateurs anglo- « immigrants »
Canadiens »
Généalogico-ethnique :
« européen » « européen » « néo-québécois »
« canadien » « canadien anglais » « autochtones »
« canadien français » « anglo-québécois » « québécois d’origine [X] »
« franco-québécois » « québécois des
communautés
« québécois de souche »
culturelles »
Linguistique :
« francophone » x « allophone »
« anglophone »
« autochtone »
Tableau 14
1
Compte tenu de l’aspect très arbitraire de telles synthétisations, je tiens à rappeler qu’il s’agit ici
d’une lecture de (dé)constructions, lecture elle-même inscrite dans une dynamique de
(dé)constructions car intersubjective, relative et située. Comme me l’ont fait justement remarquer mes
codirecteurs, cela ne revient pas à minimiser ou à nier l’existence contraire d’une domination ou d’une
(re)valorisation d’un groupe pouvant être répertorié ici dans la colonne des « minorités résultantes ».
2
81,24 % de francophones au recensement de 2001. STATISTIQUE CANADA, 2001. D.C.
276
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
comme suit :
Depuis plus de 100 ans, on recueille des Précisez toutes les origines qui
données du recensement sur les origines s’appliquent en lettres majuscules.
ancestrales afin de connaître la diversité de la
population du Canada.
Au même titre que la nationalité, fonder l’ethnicité sur les filiations ancestrales
et sanguines relève en effet d’une certaine incohérence en situant dans la génétique
des constructions socioculturelles et politiques (JUTEAU & Mc ANDREW, 1992 :
164-5) : « Faut-il le rappeler que les « liens » du sang ne fondent pas l’ethnicité et
que cette dernière est socialement produite notamment dans le contexte d’un
processus d’humanisation des nouveau-nés ? ».
L’appui chiffré d’une majorité ethnique basé sur les données collectées en
2001, admettant donc des réponses multiples, n’est pas moins alambiqué. Selon ce
recensement, les personnes revendiquant au moins une ascendance « québécoise »
ne représentent qu’environ 1,33 % de l’ensemble des 7 125 580 recensés au
Québec (STATISTIQUE CANADA, 2003-d. D.C.). Celles se déclarant être d’au
moins une ascendance « française » 1 s’élèvent à 29,79 %, mais la prise en compte
de ce pourcentage ainsi que ceux des identités européennes, nord-américaines ou
canadiennes ne peut être exploitée étant donné qu’ils incluent tout autant les profils
s’étant récemment installés au Québec et relevant plutôt des populations migrantes
que des peuples fondateurs. Ce qui consolide l’aspect subjectif et construit de
1
La variable se subdivise en « Acadien » et « Français ».
277
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
l’identité majoritaire qui, territorialisée et ethnicisée, édifie des barrières difficilement
franchissables pour celui qui en ressort en tant que minorité. De ce déséquilibre
rationalisé, née la « nation québécoise » :
Linda Cardinal laisse entendre que le discours au sujet des francophones hors
Québec est en définitive très centré sur les enjeux du Québec.
1
Sur les enjeux des littératures et des dynamiques minoritaires, voir les contributions remarquées de
François PARE. (2001). Les littératures de l’exiguïté. Ottawa : Le Nordir. 232 p. ; (2003) La distance
habitée. Essai. Ottawa : Le Nordir. 277 p.
2
Ecrivain québécois qui notamment a publié, chez Québec-Amérique (Montréal), les romans
suivants : L'Enfirouapé (1974), Le Matou (1981), Juliette Pomerleau (1989), Le Second Violon (1996).
3
Linda CARDINAL (1995). « Identité et dialogue : l’expérience des francophonies canadienne et
québécoise ». Pour un renforcement de la solidarité entre francophones au Canada. Québec : Conseil
de la langue française. Référence citée dans O’KEEFE (2001 : 36).
278
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
« Depuis les années 1960, le Québec s’engage dans la transition entre une
nation dite ethnique, basée sur l’identité des Canadiens français, et une nation
1
Voir aussi GUEYE, 2003.
279
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
dite civique et territoriale, fondée sur l’individualisme et ouverte à ceux qui
résident au Québec. » (OAKES, 2006 : 107).
1
Patricia LAMARRE, échanges informels : janvier 2008.
2
Terme emprunté à Yannick GASQUY-RESCH (1982). « La critique québécoise à la recherche de sa
québécité », Lectures européennes de la littérature québécoise : actes du Colloque international de
Montréal, avril 1981, pages 247-258. Autres occurrences littéraires et usuelles relevées du terme
« québécité » : Clarke GEORGE ELLIOT (2003). Quebecité, A Jazz Fantasia in Three Cantos.
Kentville: Gaspereau Press, 104 p. Jean-Luc GOUIN (1997). « Québécité, Leçon 1 ». URL :
[[Link]/histoire/[Link]]. Mise en ligne : 6/03/07. Granderousse (pseudonyme) (2003).
« Un mot pour le dire : Québécité, Québécitude ». URL :
[[Link]/granderousse/2003/07/un_mot_pour_le_dire_quebecite.html]. Mise en ligne :
6/03/07. Etolane (pseudonyme) (2006). « Québécités et tolérances ». URL :
[[Link]/2006/10/[Link]]. Mise en ligne : 6/03/07.
280
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
« Le phénomène des immigrés, leur présence réelle, est à penser comme une
épreuve de vérité pour toutes les parties concernées. […] Comme étrangers,
avec des problèmes en apparence très spécifiques, ils révèlent au pays d’accueil
ses points de crise latents. »
1
TESSIER, (2000 : 129) parle de la référence au « Nous » chez les Québécois francophones comme
construite en fonction des années 1960 avec la Grande noirceur et la Révolution tranquille. Voir aussi
PAGE, 1997-b : 177 ; SHIOSE, 1994 ; GUEYE, 2003 ; VENNE & FAHMY, (dirs.), 2006. D.C. ; FALL &
BUYCK, 1995 ; PLOURDE, et al., 2003 ; BISSOONDATH, 1999-a et b. D.C. ; VENNE, 2006-b. D.C. ;
ROBITAILLE, 2005. D.C. ; LA BORGUE, 1984.
2
Enquête pancanadienne.
3
MOUFFE Chantal (1944 : 14). La politique et ses enjeux. Paris : La Découverte. 175 p.
281
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
identité nationale et ceux d’une identité migrante mais la finalité étant plutôt la
conciliation des oppositions, elle offre une condition certes capitale, mais initiale à
franchir. La dépolarisation des stigmates que représentent l’entité « majoritaire »
pour la minorité et celle, « minoritaire », pour la première, permet de poursuivre la
démarche, en tentant d’accéder au seuil supérieur de l’égalité (car reconnaissance)
interculturelle. En l’occurrence, la légitimité n’est pas focalisée sur « la seule
majorité » mais plutôt sur celle des différentes réalités en cohabitation, d’où l’idée
d’un cheminement négocié et réfléchi par les différents acteurs en interaction. L’objet
est de tendre vers une pluralité conciliée en faisant de la « coresponsabilité » 1 et de
la reconnaissance égale une banalité signifiante pour la communauté. C’est-à-dire,
faire des politiques du vivre ensemble, une communité 2 qui transcende les
classifications numériques, ethniques, religieuses, etc. Groupe « hôte » et groupe
« autre » peuvent s’affranchir des identités objectivées pour accepter
l’intersubjectivité (l’Autre peut être autrement) afin de s’inscrire dans une dynamique
altéritaire des échanges. Penser à l’altérité en termes de ressources requiert une
inscription commune au sein d’espaces, de références et de temporalités partagées.
Cela permet de rompre avec l’amertume ou la nostalgie où chacun perpétue la
préciosité d’un passé ou d’un ailleurs idéalisés, que l’on imagine préservés de toute
décoloration (KYMLICKA, 2005 : 84).
De fait, tout « autre » devient celui qui nous met à l’épreuve de nous-mêmes
en nous rappelant nos « béances identitaires » en laissant en suspens le sens de
notre fonction culturelle (SIBONY, ibid.). Le « nous » pouvant être symbiose de
plusieurs déictiques et, par là même, étant par nature traversé par la polyvalence,
assumer sa perméabilité au-delà des frontières nationales ou ethnoculturelles met en
exergue cette « fluidité » avec laquelle l’identité québécoise, canadienne peut
valoriser en synchronie avec une origine « autre » (MEINTEL, 1992 : 83).
Nonobstant, l’école québécoise étant, comme dans la plupart des pays recourant à la
migration internationale, l’appareil essentiel dans l’absorption des différences
culturelles, observons les stratégies d’adaptation identitaire dictées par rapport aux
codes du terrain en accordant une attention particulière aux références linguistiques.
De fait, si nous devions ébaucher la mise en scène de ce qu’est la majorité au
pouvoir au Québec, ces dernières y représenteraient le noyau.
1
Cf. « La responsabilité existe avant même la relation. » (Emmanuel Levinas dans ABDALLAH-
PRETCEILLE, 2004 : 148). Voir aussi LEVINAS, 1991 : 237-244.
2
C’est-à-dire à une banalité, typique et commune à plusieurs, cf. Ch. II-1.2.2.
282
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
Sans pour autant négliger le rôle des autres lieux de socialisation, notamment
283
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
pour les enfants migrants, l’école serait le lieu et le vecteur du changement
linguistique où les langues principales « autres » peuvent être remplacées par le
français. La scolarisation s’étudie déjà en tant que phénomène de francophonisation,
il s’agirait alors d’observer en quoi les pouvoirs de cette francophonisation peuvent
tendre vers une pratique exclusive du FLC. C’est ce processus qu’on a tenté de
formaliser en tant que « translation linguistique », c’est-à-dire le glissement du
répertoire « langues principales = langues autres » vers celui « langue principale =
langue française ». Cela s’appuie moins sur le factuel (évaluation effective des
pratiques changées) que sur les pratiques « mises en discours » et impliquées dans
les représentations (discussions autour des répertoires et des rapports à ceux-ci). Un
suivi longitudinal et le recours à d’autres indicateurs plus adéquats constitueraient
des conditions minimales à remplir pour pouvoir envisager l’effectivité d’une
« translation linguistique » dans les pratiques. Par contre, il est de notre ressort de
(re)penser à sa plausibilité selon les locuteurs.
284
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
La translation linguistique : pratiques « autres » vers celles du FLC, langue
unique ?
Répertoire
Figure 2
286
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
« L’un des reproches que l’on peut faire aux définitions de la langue qui la
ramènent à un « instrument de communication » est qu’elles risquent de laisser
croire à un rapport neutre entre le locuteur et sa langue. […]. Il existe en effet
tout un ensemble d’attitudes, de sentiments des locuteurs face aux langues, aux
variétés de langues et à ceux qui les utilisent, qui rendent superficielle l’analyse
de la langue comme simple instrument. » (CALVET, 2002 : 46).
1
Par exemple, le titre du rapport du Conseil de la langue française sur la place du français dans les
écoles à clientèle pluriethnique de l’île de Montréal : « Vivre la diversité en français » (CSLF, 1987.
D.C.).
2
Nous avons mentionné la dimension identitaire de l’acte d’écriture (Partie I) et verrons également les
manifestations sociales des identités à travers les actes de langage en interaction (Partie II).
3
Jean-Claude CORBEIL (1980). L’aménagement linguistique du Québec. Montréal : Editions Guérin.
Référence citée dans CORBEIL (2003 : 306). Cf. Ch. IV-3.1.1.
287
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
alors que l’identité collective, société québécoise francophone, prime à celle,
individuelle, subjective des langues diverses et diversifiées, afin d’assurer une
continuité de l’histoire identitaire du Québec. Face à une majorité située et à la
domination sociale située qu’elle représente, la légitimité des individualités me
semble néanmoins important à soulever afin de continuer à tendre vers cet équilibre,
sans cesse glissant, entre l’imagination, l’élaboration et la réalisation des projets
collectifs et personnels. Les diversités de la société québécoise amènent « le
Québec, tout comme plusieurs sociétés de démocratie libérale, à chercher à
atteindre une plus grande cohésion sociale » (GAGNON, A-G., 2003 : 343). Et si
cette quête requiert la redéfinition des « responsabilités de l’Etat, des communautés
issues de l’immigration et de l’ensemble des citoyens » (ibid.), elle ne doit pas sous-
estimer le poids des complexités subjectives à chaque individu et à l’histoire
personnelle qui le relie aux autres.
« Il est tout à fait légitime pour l’Etat québécois de défendre des objectifs
collectifs, tout en assurant l’ouverture à la diversité culturelle pour la société
québécoise et l’affirmation du français comme langue civique du Québec. »
(GAGNON, A-G., 2003 : 346).
288
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
L’extrait suivant du Rapport sur la place du français dans les écoles à clientèle
pluriethnique de l’île de Montréal concerne les pratiques linguistiques situées. Outre
1
Cf. L’avis sur l’atteinte possible à la liberté d’expression en milieu scolaire dans CDPDJ, 1990. D.C.
Voir aussi : MICC, 1990 ; 1996-a ; 2002-b ; OQLF, 2007-a. Voir aussi MOORE, 2006 ; BRETON,
1995 ; HOHL, 1996-b ; PAGE, 2006 ; Mc ANDREW, 2001. D.C.
289
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
sa finalité descriptive, le détail des faits avancés permet de comprendre à quel point
la langue revêt cette fonction sociale double de cohésion (le recours au FLC est
dominant en classe) et de différenciation intragroupale (milieu pluriethnique et
plurilinguistique). Datant de 1987, les tensions que nous pouvons y associer (ou pas)
se doivent de prendre en compte l’ancrage temporel du texte :
1
Voir aussi SEYMOUR, 2006 ; PAGE, 2005 ; MACLURE, 2006 ; OAKES, 2006.
2
Voir aussi Ch. VII-2.3.1.
290
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
« Le français est dans une situation favorable et nous devons faire basculer ces
préjugés qui extrapolent que la langue anglais règne en maître au centre-
ville. […] Même si les résultats sont concluants, nous devons toujours continuer
un travail de vigilance que requiert la protection du français. » (Line Beauchamp
4
dans Métro. Montréal. Edition du 31/01/07, p. 3).
1
En différenciation, selon les auteurs, à la politique de « multiculturalisme » adoptée par le Canada
qui défend l’égalité entre toutes les communautés tout en reconnaissant les particularités de chacune.
2
En reprenant la distinction entre pluralisme normatif, lignée d’idéologies qui conçoit la citoyenneté
par le biais du pluralisme sociologique, et le pluralisme sociologique, différences identitaires – nation,
ethnicité, langue, sexe, religion, etc. – à partir desquelles les états modernes se sont construits,
(KARMIS, 1993 : 70), nous pouvons considérer le « pluralisme sociétal » comme englobant ce dernier
tout en étant guidé par une approche idéologique au potentiel (ou aux tendances) normatif(ves).
3
Appellation commune pour désigner la Charte de la langue française de 1977.
4
« Français au centre-ville. Les commerçants passent le test. » Métro. Edition du 31/01/07, p. 3.
291
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Le protectorat du français, dont le potentiel vulnérable ne peut que
difficilement être nié pour le locatif que nous considérons, peut se combiner à celui
d’autres langues également fragiles ou vouées à diminuer – voire disparaître – dans
cet environnement. L’infrastructure géopolitique est adaptable et s’est adaptée aux
revendications des groupes minoritaires, et ne peut donc servir de seule barrière
majeure à la protection ou au développement du plurilinguisme social. Nous venons
de l’évoquer et nous le questionnerons plus loin, mais les représentations
individuelles et collectives peuvent aussi freiner l’inclusion de la ou des langues des
autres. Marqués par une sorte de « monomanie » encensant une identité homogène,
scellés par une lingua comuna, et renforcés par les volontés étatiques normatives,
plusieurs facteurs ont donc forgé l’idéal de l’identité unique et indivisible :
292
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Voir aussi OAKES & WARREN, 2007 : 148-149.
2
Cf. Ch. IV-1.2.
3
Sur la notion de « compétence plurilingue et pluriculturelle », voir les travaux du Conseil de l’Europe,
URL : [[Link] Mise en ligne : 11/09/07. Voir aussi COSTE, MOORE &
ZARATE, 1998.
4
Voir aussi TOOHEY, 2001.
5
Sur le rôle de l’éducation dans la lutte contre le racisme cf. aussi : UNESCO, 1969. D.C. : 55-57 ;
BANTON, 1969 : 22 ; 28. D.C.
293
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
2.5.4. Ressources sociolinguistiques
Nous avons vu quels apports démographiques, économiques ou culturels
(versification des produits et des pratiques) pouvaient être repris dans les discours
des analystes face à l’immigration et nous verrons plus loin ce qui es retenu dans
ceux des citoyens (cf. aussi BOISSONNEAULT, 2003. D.C.). Chez les uns comme
chez les autres, il en ressort généralement que les intérêts premiers sont de nature
pragmatique. A contrario, la plupart des réticences notées concernent davantage les
craintes « identitaires » avec la peur de « perdre » l’identité québécoise, ou de voir la
« société distincte » disparaître. Caractéristiques non pas d’une mouvance discursive
ou majoritaire quelconque mais plutôt de la passation héritière des « peurs »
passées vis-à-vis des étrangers et ayant pu mener à un régime d’immigration
« raciste et assimilationniste » (PICHE, 2003 : 234), les élans « nationalistes » 1 qui
sont décriés au nom de l’ouverture interculturelle (PAGE, 1997-b ; BEAUCHEMIN,
2006) ou de la « diversité croissante de la société québécoise » tendent désormais à
s’effacer au profit d’un discours inclusivement civique (PICHE, op. cit. : 256 ; PAGE,
1997-b ; 2006 ; SEYMOUR, 2006). L’assertion qui suit pourrait y correspondre mais
pouvons-nous clairement associer ses tenants aux défenseurs de cette conciliation
mutuelle ?
1
A l’instar du « mercantilisme » nationaliste et protectionniste que définit MONNIERE (1977 : 44-5 ;
69 ; 113), il s’agit surtout pour nous d’une idéologie teintée d’un « primordialisme » (SPENCER &
WOLLMAN, 2003 : 27) ethnocentrique et exprimée à travers des revendications pour l’autogestion
étatique ou l’indépendance juridique. Le principal critère de distinction est alors l’adhésion (ou pas) à
l’appartenance nationale. Le nativisme désigne alors un dogme hiérarchisant, privilégiant d’abord les
porteurs ethniques de l’identité « de souche » dans l’accès aux ressources territoriales (possessions
matérielles) et sociétales (possessions juridiques). Dans ce dernier cas, l’identité est essentiellement
perçue comme étant unique et authentique. Voir aussi BRETON, 1992 : 88. Sur la récence des débats
au niveau parlementaire et l’ampleur des retombées, voir aussi le « nationalisme ethnique » dans
(CHONG, 2006. D.C.). Sur les nationalistes engagés dans la défense du français à Montréal, voir la
Société Saint-Jean-Baptiste (GAGNON, R., 1996 : 233-4).
2
Lors de la rédaction du mémoire dont est extrait ce texte, la Centrale comprenait environ 145 000
membres dont plus de 100 000 font partie des intervenants en éducation, c’est-à-dire : enseignants,
professionnels et personnel de soutien (CENTRALE DES SYNDICATS DU QUEBEC, 2001 : 3. D.C.).
3
Sur la charge potentiellement discriminatoire et au moins différenciateur du terme, « sorte de méta-
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
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exemple, de l’unicité linguistique la garante « intouchable » (BEAUCHEMIN, 2006 :
133) de la cohésion sociale ; et le texte de la CENTRALE n’en est pas exempt :
1
Voir aussi BENES & DYOTTE, 2001 : 150 ; Mc ANDREW, 2001-a ; 2001-b : 9 ; 27-8.
2
L’adoption de la Charte québécoise des droits de la personne en 1975 (CDPDJ, 2006-a) s’inscrit
pour certains dans la perspective d’un « nationalisme civique », c'est-à-dire reconnaissant les droits
individuels et collectifs de tous les résidents du Québec sans distinction ethnique, linguistique ou
culturelle. Cf. DERRIENNIC, 1995. D.C. Sur les comparaisons Québec-Belgique du concept de
« nationalisme civique », voir ERK, 2003 : 500. Voir aussi « les grands nationalismes » dans HELLY,
2002 : 154-6.
3
Voir aussi Ch. VII.
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
« toutes les fois que la rencontre de deux « entités » met en présence deux
fantasmes ; l’épreuve est de savoir ce que chacun peut risquer de son fantasme,
et s’il peut le voir partagé par l’autre, s’il peut vivre la tension d’un fantasme
partagé, où se profile une origine partagée – donc dessaisie de son rôle d’abri
ultime et intact. » (SIBONY, 1991 : 52).
Cette piste réflexive sur l’« origine en partage » sera questionnée dans la
troisième partie de cette étude, à partir des données recueillies auprès du groupe
cible. L’idée permet de baliser des thématiques contextuelles et conceptuelles, en
tentant de dépasser la partition nativiste et conflictuelle entre les différents occupants
de l’espace québécois attribuant essentiellement aux migrants une fonction
« utilitaire ». De même, l’utilitarisme des langues et du plurilinguisme gagnerait à être
relativisé en considérant les sentiments des plurilingues eux-mêmes. Une étude
menée auprès de jeunes cégépiens 1 trilingues nous offre ainsi une vision des
langues en tant que promoteurs socio-économiques et de tremplins altéritaires :
« Ces jeunes sont aussi très conscients de la valeur de leur bilinguisme français-
anglais et de leur multilinguisme dans un marché linguistique québécois de plus
en plus ouvert à la mondialisation. De plus, leur multilinguisme est perçu comme
un atout permettant une mobilité accrue dans un marché d’emploi international.
Ils le décrivent surtout comme quelque chose de bien et d'utilitaire, donc en
termes économiques, mais ils le décrivent aussi comme un trait particulier et une
expérience de vie permettant une plus grande ouverture à d'autres personnes et
à d’autres cultures, y inclut la culture des pays d'origine des parents. »
(LAMARRE, 2001).
1
Etudiants inscrits au CEGEP, Collège d’Enseignement Général et Professionnel. Etablissement
collégial propre au système éducatif québécois, formation technique et pré-universitaire.
297
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compte des complexités du milieu car la langue nationale, à laquelle DEWING &
LEMAN (2006) associaient une « suprématie incontestée » (cf. Ch. IV-2.5.2), est
aussi vécue et observable comme pouvant être « insécurisée ». Les variétés
intralinguistiques s’ajoutent aux sentiments de vulnérabilité avec les évaluations
interpersonnelles et institutionnelles de la qualité de langue (cf. Ch. VI-1).
Reconnaître les pluralités sans les résorber et sans s’y assimiler, cela amène à
problématiser les limites de chacun, acteurs, décideurs, observateurs, à se mobiliser
autour des faits langagiers autrement qu’en les essentialisant.
« La plupart des participants aux groupes témoins 1 disaient s'être heurtés à des
attitudes de racisme et de xénophobie. C'était spécialement le cas pour ceux qui
appartenaient à une minorité visible. Pour les participants plus jeunes, ce
problème était surtout vécu à l'école ; pour les participants plus âgés, ils y
faisaient face quand ils cherchaient un emploi. Plusieurs d'entre eux ont dit que
la discrimination raciale au Canada était d'habitude déguisée. Ils avaient peu
d'espoir que le racisme et la xénophobie seraient un jour complètement
éliminés. » (CCSD, 2000. D.C.).
1
Enquêtes examinant les barrières linguistiques, le pays d'origine, les modes de vie et la participation
à la main-d'œuvre des jeunes de 12 à 24 ans récemment immigrés au Canada. Les soutiens
communautaires disponibles aux immigrants récents pour les aider à s'adapter à la vie au Canada
sont également étudiés. Les statistiques sont établies à partir des discussions de groupes témoins
organisées par les associés de recherche Ekos Inc. Responsables du projet : Jean Lock Kunz
(CCSD) et Louise Hanvey (directrice de projet pour Le Progrès des enfants au Canada). URL :
[[Link]/francais/pubs/2000/jic/[Link]]. Mise en ligne : 22/01/08.
298
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
Intervenir sur le statut d’une langue implique aussi une intervention sur celui
des autres mais aussi la nécessité d’intervenir sur les conditions d’existence de ces
derniers lorsque le paysage linguistique est diversifié et abrite des rivalités réifiées.
La répartition budgétaire devient aussi sujet aux contestations, d’autant plus que
l’injection gouvernementale – subordonnée à l’éthique de la transparence – en
matière de langue représente une tribune essentielle du Québec :
« Aucun pays n’a autant investi dans la politique linguistique que le Canada et,
en particulier, le Québec. » (William Mackey dans MORRIS, 2003 : 7).
299
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
BLANCHET (1998-b : 29) étend la distinction « discours ≠ pratique » aux
notions de « politique linguistique », forme discursive des décisions institutionnelles
sur les langues, et de « planification linguistique », interventions en vue d’assurer
l’application logistique de ces décisions. Dans cette approche distinctive, nous
retiendrons les définitions suivantes en conformité avec celles en vigueur au
Québec :
Politique linguistique
« ensemble des choix conscients concernant les rapports entre langue(s) et vie
sociale » (CALVET, 2002-b : 110)
« une action volontariste, le plus souvent conduite par un Etat, ou une entité
officielle, ou encore une communauté spontanée soudée par le souci de
préserver (ou de développer) sa langue ou sa culture. […] Une politique
linguistique repose toujours sur l’idée qu’une langue est un bien symbolique à la
fois précieux et utile. Le volontarisme suppose que des décisions soient prises,
qui, elles, sont d’abord proprement politiques puis technologiques » 1
« un effort à moyen et à long terme pour mieux tirer parti d’une ressource
collective, la ou les langues, en fonction des besoins et des intérêts de la nation,
selon un plan souple qui orient l’évolution de la société sans la brusquer mais au
contraire en réclamant son adhésion et sa participation. » 3
1
PORCHER Louis (1996). « Politiques linguistiques : orientations ». Les Cahiers de l’ASDIFLE ; n° 7.
Actes des 15e et 16e rencontres « Les politiques linguistiques ». Paris et Montpellier : janvier et
septembre 1995 ; 10. Référence citée dans PUREN, 2006-b : 16.
2
La notion de « politique linguistique » implique aussi « des appellations différentes selon les
contextes – on parle d’aménagement linguistique au Québec, de normalisation linguistique en
Catalogne » (PUREN, 2006-b : 16). Par ailleurs, nous pouvons observer une autre conceptualisation
où aménagement linguistique, politique linguistique et planification linguistique constituent trois
opérations distinctes dans la gestion des langues. L’aménagement linguistique serait alors « un
ensemble d’efforts délibérés visant à la modification des langues en ce qui concerne leur statut ou leur
corpus » (ROBILLARD (de), 1997-b : 36). Ici, elle inclut quatre niveaux dont l’analyse diagnostique de
la situation (évaluation), la formulation des objectifs et stratégies (politique), la programmation des
actions corrélées (planification) et la mise en œuvre concrète des termes de l’intervention (actions)
(op. cit. : 39). Sur cette différenciation tripartite, voir aussi ROBILLARD (de), 1997-c ; 1997-d.
3
Jean-Claude CORBEIL (1980). L’aménagement linguistique du Québec. Montréal : Editions Guérin.
Référence citée dans CORBEIL (2003 : 306).
300
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
choix » 1
Note(s) :
La notion de politique linguistique est la notion la plus large. Elle renvoie à toute
forme de décision prise pour orienter et régler l'usage d'une ou de plusieurs
langues. Elle englobe donc les notions d'aménagement et de législation
linguistique.
Le terme et la définition sont extraits du site Internet du Centre international de
recherche en aménagement linguistique (CIRAL), lexique de la section «
Aménagement linguistique ».
La planification linguistique est ce qu'on appelle au Québec, depuis les années
70, l'aménagement linguistique. C'est la traduction de language planning.
1
CALVET Louis-Jean (1993). Sociolinguistique. Paris : PUF. Référence citée dans BLANCHET,
1998-b : 29.
2
CALVET Louis-Jean (1987). La guerre des langues et les politiques linguistiques. Paris : Payot ;
154-155.
301
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décideurs » et, d’autre part, la dimension exécutive des actes linguistiques située au
niveau in vivo, « dans la pratique des locuteurs ». L’interdépendance
« politique/planification » qui en découle rend donc indissociable l’étude de l’une et
de l’autre pour le contexte de recherche que nous avons défini. Difficile en effet de
négliger l’une ou l’autre dans le cadre scolaire, tant les lois linguistiques en vigueur
sont puissantes dans leurs présences matérielles – matière visuelle, matière scolaire
et matière conversationnelle, mais aussi dans ses influences sociales – intendance
normative et influence interprétative des interactions. Cette dernière offre
effectivement une entrée profitable aux réflexions « démolinguistiques » 1 mais aussi,
et c’est ce qui retiendra notre attention, aux réflexions sociolinguistiques en termes
d’attitudes, de discours et de représentations face aux langues coexistantes et à
leurs « marquages » 2.
Le volet interprétatif des lois linguistiques sera plus largement abordé dans
notre troisième partie, à travers les observables-ressources 3 propres au terrain.
Examinons pour l’instant la vitrine du Québec en matière de stratégies linguistiques.
Nous accordons cette importance dans une perspective concordante à celle de la
politique linguistique impliquant « une langue dans son identité structurale » (Henri
Boyer 4 dans PUREN, 2006-b : 16-7) et celle, par voie de conséquence, de la
politique linguistique impliquant « les fonctionnements socioculturels d’une langue
face à ceux d’une autre/d’autres langue(s), également en usage dans la même
communauté ou sur un espace transcommunautaire ». Ce qui fait (re)jaillir la
discussion autour des pans sociolinguistiques valorisés par la politique linguistique
du Québec.
1
Nous entendons « étude des faits linguistiques par une approche démographique statistique ».
2
Dans ce sens, les « marquages » d’une langue renvoient aux différentes formes visibles de celle-ci
et qui constituent le « paysage linguistique », ou encore l’« environnement linguistique ». Cela inclut
les formes politiques de la langue.
3
Cf. Ch. II-1.2.3.
4
BOYER Henri (1996). « Les politiques linguistiques. Aspects sociolinguistiques et institutionnels ».
Les Cahiers de l’ASDIFLE ; n°7. Actes des 15e et 16e Rencontres. « Les politiques linguistiques ».
Paris et Montpellier : janvier et septembre 1995 : 64. Référence citée dans PUREN, 2006-b : 16-7.
5
Voir aussi TAYLOR, 1992 ; LETOURNEAU, 2001 ; MAGNAN & PILOTE, 2007 ; PUTTAGUNTA,
1992 ; BARIL, 2005. D.C. ; BOURDON, 2004. D.C. ; MINISTRE DE LA JUSTICE, 2007 ; DAGENAIS
302
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
& BERRON, 2001. Pour des perspectives comparatives sur le plan international, voir le numéro
spécial de Diversité canadienne ; vol. 4 ; n°1. Hiver 2005. « Avenirs multiculturels ? Les approches
internationales du pluralisme ».
1
Cette orientation est toujours d’actualité au vu de la ratification du Canada à la nouvelle Convention
sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles en décembre 2005. Ce
faisant, il reconnaît la diversité culturelle comme une « source d’échanges, d’innovation et de
créativité » mais aussi comme « patrimoine commun de l’humanité ». Le Canada est d’ailleurs le
premier pays à ratifier la convention. Source : Centre de nouvelles ONU, UNESCO. URL :
[[Link] Mise en ligne : 11/05/06. Voir aussi Mc ANDREW, 2001-b.
2
Voir aussi STATISTIQUE CANADA, 2004-b. D.C.
3
Enoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration. MICC, 1990. D.C.
4
Sens entendu dans les enquêtes prises en compte : « Les attitudes à l'égard de la diversité
peuvent servir à évaluer la mesure dans laquelle les Canadiens sont prêts à accepter et à comprendre
les différences entre les groupes socioculturels. Une société qui offre les mêmes possibilités à tout le
monde est une société qui encourage la réussite, la participation, l'harmonie et le sentiment
d'appartenance. » (SCT, 2003 : 68. D.C.).
5
Rapport annuel au parlement, 2004. URL : [[Link]
rc_f.asp#s4]. Mise en ligne : 12/12/07.
6
Le bilan est identique depuis 2004 (SCT, 2004 : 17. D.C. ; 2005 : 38. D.C.) mais beaucoup plus
positif en 2003 : 80 % des Canadiens sont d’avis que le maintien du patrimoine multiculturel de la
population accroît la valeur de la citoyenneté canadienne et 77 % pensent qu’il favorise le partage de
valeurs communes. (SCT, 2003 : 10. D.C.).
303
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des allogènes aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale en transitant d’un
positionnement plutôt récalcitrant 1 à l’immigration, à celui de pays commanditaire
(DEWING & LEMAN, 2006). Une voie de médiation à base équitable aux fragments
ethnoculturels et linguistiques concentrés au sein d’une même société s’ouvre alors
aux unités centrales d’où la réponse suivante qu’offre PATRIMOINE CANADA 2
(2004) à celui qui s’interroge sur ce qu’est le multiculturalisme :
1
Sur la vague d’immigration clandestine des années 1970 et la proposition du “Multiculturalism within
a bilingual framework” de Trudeau puis, l’avènement du nouveau traité sur l’immigration, voir
HAWKINS, 1988 : 373-400.
2
PATRIMOINE CANADA, 2004. URL :
[[Link] Mise en ligne : 11/01/07.
3
Traduction de l’anglais : “legal, non-Muslim and skilled”.
304
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Les discours ne convergent pas tous pour un soutien sans faille de la politique
publique mais en dépit des dissonances ou paradoxes dans les déclarations
statistiques 3 qui ne peuvent d’ailleurs qu’être relativisées, le multiculturalisme est la
véritable empreinte identitaire des Canadiens et ce, tant dans leurs auto-perceptions
que dans leur réputation (JEDWAB, 2005-a : 96 ; PICHE, 2006 ; PUTTAGUNTA,
1998 ; DYANE, 2002-a. D.C.). L’effort discursif du collectif et des représentants
publics dans la préservation égale des diversités scinde cependant le principe d’un
Canada uni sous le dogme multiculturaliste lui-même avec la dissidence sous-
étatique du Québec pour qui, aux yeux de certains observateurs, celui de
l’« interculturalisme » où la primauté du fait français est – idéologiquement et
juridiquement – inatteignable (DEWING & LEMAN, 2006 ; voir aussi Ch. IV-2.5.2 ;
2.5.4).
1
PATRIMOINE CANADA, 1998. D.C.
2
STATISTIQUE CANADA, 2007-a. D.C.
3
“When asked in 2002, some 83 % Canadians agreed the “people from different racial and cultural
groups are enriching the cultural life of Canada.” Yet in the same survey some 47 % stated that the
fact of accepting immigrants from different cultures makes “our culture” stronger […] 23 % said that it
weakened” (JEDWAB, 2005-a : 96).
305
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égalitaire (« mosaïque canadienne »), le régime québécois fait plutôt figure
d’innovation en matière d’intégration (JUTEAU & Mc ANDREW, 1992 : 166). Il fait de
la jonction entre « nation québécoise » et « communautés culturelles » les
« Québécois des communautés culturelles » pour dessiner sa propre alternative du
rapprochement interculturel (ibid.). Signe de morcellement parmi d’autres, cela
vaudra du Canada le qualificatif du pays « à majorité divisée » (FRIDERES, 2005 :
65). Cette démarcation perpétuée entre Québec et le reste du pays, couplée des
réussites respectives dans l’industrialisation de leurs langues, cultures, économies et
structures sociales, inspirera une invariance dans les comparatifs qui naissent sous
l’optique des observateurs avec cette image constante du hiatus endogène : césure
d’une nation déchirée par le même « drame existentiel » (CARDINAL, 2000 : 135),
coexistence de « deux solitudes » 1, « sociétés parallèles » allant jusqu’à ignorer
(sciemment ou pas) le patrimoine historique et contemporain l’un de l’autre
(KYMLICKA, 2002 : 12). De ce rejet mutuel, les non efforts en matière linguistique
s’en ressentent aussi où le désintéressement se justifie variablement par déni,
dénigrement ou indifférence. Les Anglophones installés au Québec de longue date
prêteront parfois au français la réputation de difficulté technique pour expliquer leur
non-bilinguisme (VIERA, 2006) 2 tandis que les ardents défenseurs de cette dernière
langue s’abstiendront de tout anglicisme avec comme leitmotiv la non-contamination
linguistique.
1
Titre emblématique de l’héritage conflictuel entre francophones et anglophones au Canada du roman
de MACLENNAN Hugh, 1945. Two Solitudes. Toronto : MacMillan. Pour une interprétation critique du
roman, voir aussi CARDINAL, 2000.
2
Lors de la présentation d’un texte semblable à une conférence, il est d’ailleurs intéressant de noter
comment ces faits ont pu provoquer indignation et incompréhension auprès de l’assistance franco-
québécoise.
306
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Pour le texte intégral de la Charte, cf. OQLF, 2007-a. D.C. Voir aussi ROCHER, 2003.
2
TAYLOR Donald M. (1991). “The Social Psychology of Racial and Cultural Diversity : Issues of
Assimilation and Multiculturalism” in Allan G. REYNOLDS (dir.), Bilingualism, Multiculturalism and
Second Language Learning, Hillsdale, Lawrence Erlbaum Associates; 1-19.
307
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pouvoirs provinciaux et fédéraux, aux groupes ethniques en question sous le cadre
du Programme des Langues Ethniques (PLE), assurant « la vitalité linguistique et
culturelle des communautés » (BENES & DYOTTE, op. cit. : 152). De l’historique des
recherches traitant de ces programmes linguistiques détaillée par HELLY (1997), on
peut faire remarquer la complexité infrastructurelle avec la juxtaposition des
divergences à la fois dans la réception et l’évaluation des ces précédentes initiatives.
Aux tensions autour du contrôle et des enjeux concurrentiels plus évidentes
impliquant l’école versus les communautés, s’ajoutent effectivement les
concurrences entre parents et école, familles francophones et familles allophones,
Etat et « associations ethniques » (op. cit. : 158) ainsi que les conflits d’intérêt entre
les communautés elles-mêmes. Se greffent aussi les clivages dans l’approche
pédagogique adoptée. Malgré un bilan positif à la première décennie de ces mesures
et inscrivant clairement les « institutions majoritaires dans un sens pluraliste » (Marie
Mc Andrew 1 dans HELLY, 1997 : 116), l’impact à plus long terme sur la
sensibilisation à l’interculturel reste à mesurer.
Ce constat prend notamment appui sur une conclusion que HELLY (op. cit :
124) formule en deux temps :
« Si l'existence de conflits, d'incidents racistes et de tensions culturelles est
rapportée par la plupart des études approchant les relations entre élèves de
diverses origines culturelles à l'école, les raisons de cet état de fait sont peu
explicitées ».
1
Mc ANDREW Marie (1987). « Le PELO 10 ans après : défis et réalisations ». Actes du colloque sur
le programme d'enseignement des langues d'origine 10 ans après. Montréal : Commission des écoles
catholiques de Montréal ; 9-19. Référence citée dans HELLY, 1997 : 116.
2
En réalité, « les incidents racistes connus dans les écoles de Montréal sont le plus souvent survenus
non pas dans des écoles à forte présence immigrée et à forte différenciation ethnoculturelle mais dans
des écoles où coexistent de forts groupes d'élèves d'origine canadienne-française et des immigrés »
(HELLY, 1997 : 125).
3
« De fait, pour l'ensemble des jeunes, l'ignorance et les préjugés des parents semblent à la source
des problèmes de racisme et la composition ethnoculturelle du quartier et de l'école influence leurs
attitudes » (HELLY, 1997 : 125).
4
BEAUCHESNE André & HENSLER Hélène (1987). « L'école française à clientèle pluriethnique de
l'Ile de Montréal : situation du français et intégration psychosociale des élèves. » Montréal : Conseil de
la langue française 618 p. (Coll. Document, no 25) ; 289-295. Référence citée dans HELLY, 1997 :
114-5.
308
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
“People may have an intrinsic and irrational fear of diversity, but they do not want
to appear as racists or xenophobes, so they look around for some more
“acceptable” reason to oppose immigration, such as fears about the illegal entry,
illiberal practices or economic burden of certain migrants. If necessary, people
invent or exaggerate these risks, even when there is little or no evidence for
them, in order to hide the true nature of their opposition to immigrants.”
(KYMLICKA, 2005: 84).
1
BENEDICT Ruth (1940). Race: science and politics. Référence citée dans BANTON, 1969 : 21. D.C.
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Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
« le Québec doit avoir au minimum comme stratégie de contrôler la formation
scolaire des francophones et, par-dessus tout, celle des allophones immigrés au
Québec. Le programme découlant de la loi 101 fonctionne bien à cet effet »
(BILINSKY, 2003 :76).
1
Voir Ch.I-4 pour la définition du concept.
310
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
« C'est vrai, c'est vrai qu'on a été battus, au fond, par quoi ? Par l'argent puis des
votes ethniques, essentiellement. » (PARIZEAU, 1995. D.C.).
Bien que les jeunes nouvellement arrivés ne soient pas ceux visés par cette
référence parfois reçue comme « accusatrice » 4 de PARIZEAU en 1995, ils n’en
1
PARIZEAU, 1995. D.C.
2
Nous entendons le concept, comme un construit, variable et subjectif mais dans l’application
contextuelle, c’est-à-dire, au Canada et au Québec et dans les productions médiatisées à destination
du grand public, il est à priori associable aux « minorités ethniques ». C’est dans ce sens, par
exemple, que l’on parle des « études ethniques », « médias ethniques », de « télévision ethnique »
comme le présente le réseau Education-Medias, rubrique « medias ethniques au Canada » sur l’URL :
[[Link] Mise en ligne : 13/05/07. Voir aussi les communiqués de presse
comme celui du 31 mai 2005 du Conseil interculturel du gouvernement du Québec sur l’URL :
[[Link] /]. Mise en ligne : 13/05/07.
3
Question référendaire : « Acceptez-vous que le Québec devienne souverain après avoir offert
formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de
loi sur l'avenir du Québec et de l'entente signée le 12 juin 1995 ? » (SAIC, 2001 : 484. D.C.).
4
« M. Parizeau avait alors accusé « l'argent et le vote ethnique » d'être responsables de la défaite du
camp du Oui, des propos qui avaient suscité critique et indignation et qui continuent de hanter le
mouvement souverainiste. » Source : PRESSE CANADIENNE. URL
311
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
demeurent pas moins les porteurs contemporains. Dans le contexte comparable des
élections fédérales, PUTTAGUNTA (1998 : 6) expliquera en effet comment les
matrices grossissantes des médias et des personnages publics dans leurs
références aux immigrants seront à l’origine de ses interrogations quant à l’image
des immigrants au Canada :
“There had always been racist undertones to the separatist cause. Quebec
independence was a dream which only a “pure wool” Quebecker could fully
understand.” (EVANS, 2001. D.C.) ;
312
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Voir le rapport du Sénat en France : « Québec : le choc des modèles en terre américaine de langue
française ». Mission du groupe interparlementaire France-Québec du 8 au 15 septembre 2002. URL :
[[Link] Mise en ligne : 11/12/05.
2
« Bernard Landry, vice-premier ministre et ministre des Affaires internationales, de l'Immigration et
des Communautés culturelles, avait fait des commentaires méprisants au sujet des communautés
ethniques, propos qui avaient été recueillis par le journal Le Devoir, dans son édition du vendredi 24
février. Philippe Paré, député du Bloc québécois, a avancé dimanche dernier que les communautés
ethniques ne devraient pas participer au référendum sur la souveraineté et qu'ils devraient laisser les
Québécois de souche décider de l'avenir de leur province. Le même jour, Pierre Bourgault, jusqu'à
tout récemment conseiller spécial du premier ministre Jacques Parizeau, a soutenu, à l'occasion d'une
rencontre du Bloc québécois, que les anglophones du Québec étaient racistes parce qu'ils s'opposent
à la séparation du Québec. » PATRIMOINE CANADA. 1995. URL :
[[Link] Mise en ligne : 09/12/06. Sur ces faits, voir aussi EVANS, 2001 ;
PUTTAGUNTA, 1998 : 145. Sur l’approche comparative au sein du Canada en matière d’immigration,
voir HAWKINS, 1998 : 218-234.
3
L’objet du débat est l’étude d’une Loi sur la Commission des droits de la personne et de la protection
des droits de la jeunesse visant à modifier la Charte des droits et libertés de la personne du Québec.
La question qui préside cette séance est liée au contexte budgétaire restrictif mais la préoccupation
est de veiller à ce que les droits et services protégés, et donc les actions corrélées ne soient pas
pareillement affectés. La principale crainte étant de voir le bilan « déjà très mitigé » de la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse s’aggraver. M. Paul-Eugène QUIRION lors des
travaux parlementaires (35e législature, 1re session). Débats de l’Assemblée Nationale du jeudi 18 mai
1995. Journal des débats. URL : [[Link]
35leg1se/fra/Publications/debats/journal/ch/[Link]]. Mise en ligne : Mise en ligne : 09/12/06.
313
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
de plus en plus dans la deuxième moitié de 1990] quant à la montée des
mouvements racistes et intolérants est fort à propos. En fait, la Commission a
tout à fait raison, comme en font foi certaines déclarations plus ou moins
récentes des indépendantistes. Ainsi, M. le Président, vous vous souviendrez de
Philippe Paré, lors des auditions de la commission de la capitale, le 26 février
1995, qui lançait: « Pourriez-vous accepter que le prochain référendum ne porte
que sur les Québécois de souche, pour une fois? » On se souviendra aussi, M. le
Président, de l'impayable Guy Chevrette qui a fait entendre, en janvier dernier, à
l'occasion de l'étude du projet de loi 40, que 250 000 Québécois issus de
communautés culturelles sont des fraudeurs potentiels et votent illégalement. On
se souviendra aussi du chef de ce parti lui-même, qui, lors du Conseil national du
Parti québécois, le 23 janvier 1993, a fait un affront aux Québécois issus de
communautés culturelles: « Il faut être conscient que les Québécois peuvent
atteindre l'objectif qu'ils se sont fixé, même si ce sont presque exclusivement des
Québécois de souche qui votent pour. » Tiens, tiens, toujours les Québécois de
souche. » 1
« Il est essentiel que les séparatistes clarifient les déclarations dans lesquelles ils
rabaissent les droits des communautés culturelles. […] Affirmer que les
communautés culturelles devraient avoir des droits différents des autres
Canadiens et Canadiennes relève de la pure démagogie. » (Sheila
FINESTONE 4, 2005)
1
M. Paul-Eugène QUIRION, cf. note précédente.
2
Sur la notion de la « migrance », voir aussi OUELLET (2003 : 17-8), l’introduction de la Partie III et
Ch. VIII.
3
MICC, 1990. D.C. ; voir aussi GAGNE, M., 1993 : 548.
4
Communiqué de presse de Sheila FINESTONE, secrétaire d’Etat au Multiculturalisme et à la
Situation de la femme. Ottawa : 28 février 2005. URL :
314
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
Les échanges informels observés sur place ou sur divers supports discursifs
(blogs, forums de discussion, sites personnels…) et qui traitent de sujets similaires,
font souvent correspondre les groupes référents suivants : « immigrants »,
« ethniques », « minorités visibles » ou « allophones ». Dans tous les cas, lorsque la
posture des « immigrants » est perçue de manière péjorative, le stigmate de « ces
hordes invasives » 1 consiste en une menace aux origines externes pour celle
imaginée unique de l’interne. Le répertoire allusif est abondant de ces « immigrants
envahisseurs » 2, qui s’empareraient des emplois en acceptant des salaires réduits et
profiteraient du système social (cf., par exemple, les extraits journalistiques sur
Hérouxville, Ch. IV-2.1.2), ainsi leur présence et l’exercice de leurs droits se feraient
donc au détriment de ceux des contribuables natifs dont la légitimité territoriale paraît
moins discutable. En tant que membres d’au moins deux communautés, les
immigrants peuvent aussi être perçus comme ayant une plus forte aptitude à la
traîtrise.
[[Link]
NR021]. Mise en ligne : 09/12/06.
1
PUTTAGUNTA, 1992.
2
Cf. aussi BLOGUE OPINIONS, (2007). C.N.S.
315
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
3.3. Place des « minorités » dans le droit collectif
1
Reprise du titre de l’essai de Guy BOUTHILLIER (L’Obsession ethnique. 1997. Québec : Lanctôt
éditeur. 240 p.) selon lequel, l’obsession ethnique consisterait « en une manipulation et en une
exacerbation, à des fins politiques, de différences réelles ou imaginaires. » (PREVOST, 1998).
2
A ce sujet, voir aussi Pierre NOREAU. 2003. Le droit en partage : le monde juridique face à la
diversité ethnoculturelle. Montréal : Editions Thémis. 269 p.
316
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
Attendu :
qu’elle dispose, de même que la Loi sur les langues officielles, que le français et
l’anglais sont les langues officielles du Canada et que ni l’une ni l’autre ne
portent atteinte aux droits et privilèges des autres langues » Loi sur le
multiculturalisme canadien, Préambule, 1985 : ch. 24, 4e suppl., C-18.7.
(MINISTERE DE LA JUSTICE, 2007. D.C.).
ii) les choix logistiques – le Québec exerce une gérance indépendante des
entrées 2 sur son territoire, « Le Québec est responsable de la sélection des
travailleurs souhaitant s'installer sur son territoire. Le pouvoir de sélection du
Québec s’effectue à l’aide d’un ensemble de critères qu'il a lui-même établis en
fonction de ses objectifs en matière d'immigration » (MICC, 2006-g. D.C.) ;
1
Loi à jour du 26 mars 2007.
2
Cf. GOUVERNEMENT DU QUEBEC, 2006. D.C. pour la grille de sélection, également en ligne sur
l’URL : [[Link] Mise en ligne : 04/02/07. Voir aussi MICC, 2006-g ; h. D.C.
3
L’emploi de ces qualificatifs fut à l’instigation d’interprétations confuses et donc d’autres débats
notoires : désigneraient-ils exclusivement la population d’ascendance francophone ou toute celle
résidant au Québec ? A ce sujet, voir aussi THOMPSON, 2007. D.C.
4
Equivalent en français proposé par l’OQLF (1983) pour le terme « standing ovation ». URL :
[[Link] Mise en ligne : 19/11/06.
317
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
cette même période, un sondage 1 réalisé par la firme Léger Marketing révélera
que 67 % des Canadiens estiment au contraire que le Québec n’est pas une
nation (LEGER & LEGER, 2006 : 5. D.C.). Plus évocateur encore de la fragilité du
tissu national devant la question québécoise, la démission de Michael CHONG 2
(2006. D.C.) du cabinet qui, sans renier l’unicité du fait français au Canada et
retirer son soutien 3 à celui-ci, explique qu’il ne peut appuyer la reconnaissance
« d’un nationalisme ethnique » impliquée par la motion ;
1
Le sondage a été effectué du 16 au 26 novembre 2006 auprès d’un échantillon de 1527 adultes
canadiens et présentant une marge d’erreur de ± 2,6 %, 19 fois sur 20 (LEGER & LEGER, 2006 : 2.
D.C.).
2
Ministre fédéral des Affaires intergouvernementales, ministre des Sports et président du Conseil
privé.
3
Sur la conciliation politique de la diversité linguistique, le Ministre déclare : « Je crois aussi que nous
devons non seulement assurer sa survie [du fait français] mais aussi son épanouissement. Et je crois
que la meilleure façon d’accomplir ces résultats est par le biais de nos politiques sur le bilinguisme et
le multiculturalisme. Par-dessus tout je pense que nous ne pouvons atteindre ces buts en reculant
dans nos solitudes mais plutôt en nous engageant dans un nationalisme civique commun » (CHONG,
2006. D.C.).
318
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Emphase personnelle.
2
Voir ROULAND et al. (1996 : 33 ; 434-5) sur la distinction opératoire et revendiquée entre
« minorité » et « Autochtone » notamment en raison de l’ancienneté résidentielle. Au Canada, ils ne
sont pas considérés membres des catégories statistiques : « minorités visibles », « minorités
culturelles ». Cf. la variable « Population autochtone » : « En fait, les chiffres des personnes
autochtones au Canada devraient inclure les habitants du Canada dont les origines remontent aux
populations indigènes ou aux peuples des Premières nations qui habitaient la région (tout ce qui est
aujourd'hui le Canada), ou aux populations indigènes ou peuples des Premières nations qui, à
l'arrivée des Européens, étaient membres des familles linguistiques susmentionnées. En outre,
certaines personnes ont acquis des droits autochtones en vertu de la loi ([Link]. Les conjoints de
personnes autochtones). » STATISTIQUE CANADA, 2006-a. D.C.
3
Création du groupe de travail sur les populations autochtones à l’ONU en 1982. (ROULAND et al.,
1996 : 486).
4
Pour une remise en question du droit à la différence, l’obsession de l’égalité et les déviances à l’ère
du postmodernisme, cf. aussi LE POURHIET, 2001.
319
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
« La notion de représentativité est donc une des instances où s’effectue une
double acculturation. Celle des autochtones, qui doivent s’adapter à une
modernité dont certains aspects leur sont encore étrangers. Celle des autorités
gouvernementales et judiciaires, qui doivent tenir compte des revendications
identitaires de leurs partenaires, souvent difficiles à insérer dans les dispositifs
idéologiques et judiciaires de l’Etat-nation moderne. » (Op. cit. : 482).
1
ENGELHARD Philippe (1996). L’homme mondial. Les sociétés humaines peuvent-elles survivre ?
Paris : Arléa ; 504. Référence citée dans MARTINEZ, 2005 : 39.
320
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
des références migrantes en milieux urbains. Mais cette observation dénote non
moins d’une stratification des minorités faisant de l’inégalité première, situant les
groupes en subordination par rapport à l’autorité provinciale, une nouvelle source
d’inégalisation entre ces mêmes substrats. Les Autochtones sont situés au bas de la
pyramide élitiste, les canaux de valorisation des « immigrants » encensent
invariablement leurs contributions aux desseins communs d’ambitions futures tandis
que ceux reconnaissant la valeur historique des Autochtones se limitent davantage
aux apports culturels et artistiques du patrimoine national, sans projection évidente.
La désignation nominative des « Premières Nations » les cantonne en permanence,
sinon au stade primitif, à l’imagerie figée telle que constatée dans ROULAND et al.
(1996 : 347) : « les médias nous habituent à les classer parmi les groupes humains
en voie de disparition ».
1
Sur l’importance de la langue dans l’historicité ou dans la construction de l’identité québécoise, voir
aussi ZARKA (1995) ; LETOURNEAU (1997 ; 2001 ; 2002) ; RAZAFIMANDIMBIMANANA (2005 ;
2006). Sur la connexion entre l’avènement du statut « humain » et « l’acquisition de langages humains
riches d’expérience », cf. TAYLOR, 1992 : 49.
321
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
« Ces principes s'inscrivent dans le mouvement universel de revalorisation des
cultures nationales qui confère à chaque peuple l'obligation d'apporter une
contribution particulière à la communauté internationale. » (OQLF, 2006-a :
L.R.Q. chap. C-11. D.C.).
« Nous sommes tous des êtres poly-identitaires dans le sens où nous unissons
en nous une identité familiale, une identité locale, une identité régionale, une
identité nationale, une identité transnationale (slave, germaine, latine) et
éventuellement une identité confessionnelle ou doctrinale… »
1
Cf. aussi BEACCO, 2005. D.C.
322
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Voir aussi ABDALLAH-PRETCEILLE, 2005 : 21.
2
A ce sujet, voir aussi BRETON, R., 1995 ; CALVET, 1999 ; MAALOUF, 1998 ; YACOUB, 1995.
3
Sont considérés comme principaux traits constitutifs de l’ethnie ici, les éléments suivants et leur
localisation structurelle : anthropologie, physique, démographie, langue et territoire (préstructure ou
base de l’ethnie) ; économie, classes et formations sociales, culture et conscience ethniques
(structure de l’ethnie) ; organisation politique et urbaine (postructure ou achèvement de la structure)
(BRETON, 1992 : 15-6).
323
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
« La diversité ethnique de l’humanité, pour être patente, n’est encore ni
pleinement répertoriée ni vraiment acceptée. Parmi le grand nombre de groupes
ethniques – 2 à 3 000, en s’en tenant au critère de la langue – beaucoup restent
encore méconnus et certains quasi inconnus ; mais la majorité d’entre eux,
contestés dans leur identité même, par la minorité des nations établies, sont, de
ce fait, menés à la contestation des structures politiques et mentales qui veulent
les rejeter dans le néant. » (BRETON, 1992 : 110).
S’il est vrai qu’au Canada les canadiens français transcrivent un trajectoire
successivement berné par le « spectre de l’apostasie » (GAGNON, R., 1996 : 186)
puis par la privation économique (BERNARD, 2006) et incessamment assombri par
l’aspiration anglo hégémonique, l’écume de ce débâcle revendiquant « une
reconnaissance formelle et explicite de leur existence collective » (Benoît Pelletier 1
dans SAIC, 2007. D.C.) de la part de la dominance anglo-canadienne et fédérale met
aussi en parallèle les manifestations contestatrices des minorités endogènes
(anglophones, allophones, communautés culturelles, autochtones…) dans la
reconnaissance de leurs particularités 2. Tous deux se situent en tant que minorités
en quête d’une existence en diapason avec leurs propres codes, soit la quête
du « respect pour la valeur intrinsèque des différentes formes culturelles dans et par
lesquelles les individus matérialisent leur humanité et expriment leur personnalité
unique » (ROCKEFELLER, 1992 : 116).
1
« Les Québécois veulent une reconnaissance formelle et explicite de leur existence collective dans
la Constitution du Canada. Ils souhaitent aussi que l’architecture constitutionnelle canadienne soit
empreinte à la fois de flexibilité et de respect pour le rôle fondamental des provinces en général, et du
Québec en particulier, au sein du fédéralisme canadien » Benoît Pelletier, ministre responsable des
Affaires intergouvernementales canadiennes, le 17 avril 2007 (SAIC, 2007. D.C.). Voir aussi « société
distincte » dans O’NEAL, 1995.
2
Cf. SEYMOUR, 2006 ; VIERA, 2006 ; LARRIVEE, 2003 ; CLEARY & DORAIS, 2005 ; MACLURE,
2006.
3
Voir aussi les engagements officiels comme preuves de l’interdépendance entre la sous-
représentation identitaire et le sentiment de minorisation : « Le gouvernement est déterminé à ce que
« la fonction publique du Canada » continue d’évoluer et de s’adapter. Innovation et dynamisme, tels
sont les attributs d’une fonction publique à l’image de la diversité canadienne. Elle sera en mesure
d’attirer et de développer les talents nécessaires pour servir les Canadiens au XXIe siècle. » Discours
du Trône, 30 janvier 2001 (CFPC, 2002. D.C.). Pour le texte québécois, voir la Charte des droits et
libertés de la personne du Québec (CDPDJ, 2006-a. D.C.).
324
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
3.4.2. Autorité
Nous avons pu évoquer une forme d’autorité engendrant des tensions dans le
rapport au territoire 2, il en émerge aussi une autre liée au pouvoir lui-même. La
documentation et les pistes de réflexion qu’elle a permis d’ouvrir tout au long de
l’élaboration de cette étude nous mènent ici, à esquisser les premiers paliers d’une
transdisciplinarité que nous exploiterons dans les analyses de données. Engagés
dans une visée compréhensive de la prédication politique impliquant les minorités, il
nous est effectivement paru pertinent de mettre en relief le pont à trois piliers entre
minorité, politique et autorité. En partant du postulat que les groupes désireux ou
demandeurs de légitimation seraient aussi en quête de pouvoir, et en adhésion avec
la reconnaissance comme forgeur d’identité (TAYLOR, 1992 : 89), le déni ou
l’inadéquation de cette reconnaissance constituerait alors « une forme
d’oppression » (op. cit. : 42 ; 52). Conséquemment, la déviance vers l’hégémonisme
ne peut être tout à fait écartée. Cette éventualité permet d’effectuer la comparaison
de cette notion de « reconnaissance » avec la désignation qu’en fait MOREAU DE
BELLAING (2005 : 142) en tant que « processus » et « codage », c’est-à-dire en tant
que « production simultanée du désir et de la loi ». Ce qui paraît incisif concernant
cette « production simultanée » est la précision que « seule une domination centrale
et unique […] se donne l’illusion de [la] rompre » (op. cit. : 142). L’intérêt pour nous
est encore plus évident lorsque l’auteur décrit :
1
L’auteur reprend l’idée de FANON Frantz (1961). Les Damnés de la Terre. Paris : Maspéro.
2
Cf. Ch. IV-1.3.3 ; voir aussi BRETON, 1995 : 40-5.
325
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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politique du multiculturalisme dont jouit le Québec aux yeux du Canada et celle de
l’interculturalisme dont bénéficient les minoritaires aux yeux du Québec, il ne semble
avoir de meilleur compromis pour allier la diversité croissante aux besoins régénérés
d’une unité cohésive si ce n’est celui d’un certain décloisonnement visant
l’intercompréhension :
“I would argue that, in the long-term, the only visible response to the presence of
large numbers of immigrants is some form of liberal multiculturalism, regardless
of how these immigrants arrived, or from where. But we need to accept that the
path to liberal multiculturalism in many countries will not be smooth or linear.”
(KYMLICKA, 2005: 25).
1
Pour LE BARS, la notion renvoie, avec une application aux rapports de force entre l’anglais (langue
nationale de fait) et l’espagnol aux Etats-Unis, à ce que signifierait la reconnaissance de cette
dernière langue en tant que l’une des langues principales parlées dans le pays. (LE BARS, 2004 :
199). Nous empruntons la même idée de « gain stratégique de pouvoir ». MACLURE le traduit plutôt
comme un « processus d’autonomisation » (MACLURE, 2006 : 155).
326
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Sur les enjeux politiques et l’autogestion des peuples autochtones, voir aussi le numéro thématique
sous la direction de Daniel SALEE de la revue Politique et Société (2004) ; vol. 23 ; n°1. URL :
[[Link] Mise en ligne : 22/01/08. Sur la justification
des mentions des langues autochtones dans ce projet, voir aussi Ch. III-1.4.2.
2
Voir aussi PUREN, 2004 ; MOORE, 2006.
3
Changement non cumulatif, chez une personne, de la langue d’usage à la maison (ou « langue
maternelle ») pour une langue autre. L’on parle aussi d’« abandon » ou de « perte » de la langue
d’origine au profit d’une autre langue, nouvelle langue maternelle. (MICC, 1990 : 13).
4
Voir le caractère « immuable » du paradigme colonial et les entraves aux mécanismes de
gouvernance concernant les Autochtones dans un rapport équitable dans LADNER & ORSINI, 2004.
5
Voir les énoncés de politique et plans d’action en matière d’immigration et d’éducation interculturelle
(MICC, 1990 ; MELS, 1998-a et b ; 2005 ; 2006-a et b. D.C.) ainsi que les motions reconnaissant
l’existence des Premières Nations, leur droit de préserver et de promouvoir leur langue et culture
d’origine (1977, 1985, 2001). Sur le bilan actuel de la situation des peuples autochtones ainsi que les
nouvelles recommandations proposées, voir APN, 2001, 2005. D.C.
6
Voir aussi HELLY, 2005 ; BEACCO, 2005 : 20-4.
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
des bilans globalement positifs, le programme PELO (cf. Ch. IV-2.5.2 ; Ch. VII-2.3.1)
dénote en effet d’insuffisances et d’obstacles logistiques (HELLY, 1997 : 115 ; 117 ;
LAFERRIERE, M., 1983 : 130). Les discontinuités budgétaires affectent aussi les
langues autochtones 1, pour lesquelles 92 % des « fonds initialement alloués au
groupe de travail sur les langues autochtones » ont été retirés en 2006 (APN, 2001 :
21. D.C.) d’où la conclusion sans appel de l’Assemblée des Premières Nations 2
(APN) lors de l’évaluation décennaire de la « Commission royale sur les peuples
autochtones » 3 :
1
Cf. TLFQ, 2006-b. D.C. Pour un aperçu plus approfondi des donnes historiques, politiques et
situationnelles des langues autochtones, voir aussi MAURAIS, (dir.), 1992.
2
Sur les projets de loi qui ont échoué ou qui n’ont pas été finalisés, cf. le numéro « Peuples
autochtones et enjeux politiques », sous la direction de Daniel Salée : Politique et Société (2004) ; vol.
23 ; n°1. URL : [[Link] Mise en ligne : 12/12/07.
3
Le gouvernement fédéral a institué l’investigation la plus complète et approfondie (4-5 ans de travail)
sur l’évolution de la relation entre les autochtones, le gouvernement et l’ensemble de la société
canadienne afin de résoudre les problèmes relationnels et pluriels du passé et avec lesquels les
communautés sont toujours aux prises. (MINISTERE DES AFFAIRES INDIENNES ET DU NORD
CANADA, 1996 : Vol. I. D.C.). L’objectif était aussi, à l’aide de recommandations précises et étayées,
de « permettre aux Autochtones d’aller de l’avant » (APN, 2001 : 1. D.C.).
4
Des fonds initialement alloués pour le travail sur les langues autochtones (172,5 millions de dollars),
le montant destiné à la préparation du rapport du groupe de travail (160 millions) a été retiré du
budget en 2006. (APN, 2001 : annexe A. D.C.).
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
Auprès des migrants, le Québec détient une image linguistique unifiée sous le
qualificatif « francophone » mais au gré de leur ancienneté résidentielle, la valeur
« multilingue » semble croître dans leurs représentations. Une étude longitudinale
menée entre 1989 et 1999 (RENAUD, GINGRAS, VACHON, BLASER, GODIN &
GAGNE, 2001-a : 35) démontre en effet qu’alors que la part des répondants
percevant le Québec comme une société multilingue évolue de 4 % à 21 %, celle
considérant qu’il est une société « majoritairement francophone » passe de 71 % à
57 %. Nous tenterons ici de voir comment se perçoit la coexistence des langues
auprès de l’ensemble des résidents.
1
Pour des comparaisons avec le contexte européen, par exemple, voir aussi la politique linguistique
éducative du Conseil de l’Europe. URL : [[Link] Mise en
ligne : 2/02/08.
2
Référence à une affiche de la campagne électorale du Parti libéral du Québec en 1962 et portant
l’inscription : « MAINTENANT OU JAMAIS ! MAITRES CHEZ NOUS ». Le slogan « est à la base du
début de la Révolution tranquille et illustre le besoin d’autonomie des Québécois, désireux de gérer
eux-mêmes leurs ressources naturelles, l’électricité d’abord, la langue ensuite… » (PLOURDE, et al.,
2003 : 238).Voir aussi l’affiche « 101 % Français » en allusion à la Loi 101 (BERNARD, 2003 : 294).
3
Voir aussi les interventions relatives dans le milieu scolaire, éducation interculturelle et éducation à
329
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Les réflexions menées autour de la langue ne peuvent suffire à saisir la complexité
sociale et les rapports de pouvoir relatifs à la migration à Montréal, mais elles auront
le mérite, pensons-nous, de proposer un autre accès compréhensif des tensions
socio-ethniques, et au Québec, l’importance pluridimensionnelle – historique,
identitaire, politique, économique… – de la langue relie toujours les faits de sociétés
aux questions linguistiques : « Les règles du vivre-ensemble ne se limitent
évidemment pas aux questions linguistiques, bien qu'au Québec tout finisse par
passer par là. » (VENNE, 2006-a. D.C.). Le plurilinguisme pose alors problème, ne
fut-ce qu’en tant que réalité effacée dans les textes de loi où le privilège des droits
d’expression identitaire par la langue est détenu par la majorité francophone :
« Langue distinctive d'un peuple majoritairement francophone, la langue française
permet au peuple québécois d'exprimer son identité » (OQLF, 2006-a : L.R.Q. chap.
C-11. D.C.).
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Autres références citées par Mc ANDREW à ce sujet : CAPPON (1975). Conflit entre les Néo-
Canadiens et les francophones de Montréal. Québec : Université Laval, CIRB ; MALLEA, John R.
(1977). Quebec’s Language Policy: Background and Responses. Québec : CIRB ; PLOURDE, Michel
(1988). La politique linguistique du Québec 1977-1987. Montréal : IQRC ;
PLOURDE, (dir.). 2000.
2
Les premières mesures spécifiques pour la clientèle allophones apparaissent après 1930. Voir aussi
Ch-IV.
3
A ce sujet, voir aussi les débats reportés dans la presse sur les « tests linguistiques » de l’OQLF du
centre-ville de Montréal et des constats sur le visage plurilingue qui y est mentionné : OQLF, 2007-b.
D.C. ; PARENT, 2006. D.C. ; PRESSE CANADIENNE., 2007. D.C.
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Reproduction 3
Photographie accompagnant l’article de Marie-Joëlle PARENT (2006). « La
loi 101, Who cares ? » Journal de Montréal. Edition du 17/06/06. Source :
[Link]. URL :
[[Link]
[Link]]. Mise en ligne : 21/04/07.
C’est d’ailleurs une visibilité qui semble provoquer une certaine « gêne »
auprès de la population, tout comme auprès d’adresses officielles comme l’évoque la
mise en garde suivante :
332
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
Or, sans même citer les réalités où elle n’entrave ni à la gestion effective
d’une communauté ni au fonctionnement institutionnel des appareils de celle-ci, et
sans non plus revenir sur ses apports utilitaires ou symboliques, la diversité est
également viable en assurant l’équité même des citoyens. Elle devient
conséquemment nécessaire pour l’équité des citoyens. Le partage du droit culturel et
linguistique revient en effet à permettre la diversité, soit pour BEACCO (2005 : 22) la
« manifestation commune mais plurielle de [notre (nos)] identité(s). »
1
Revendication marquée sur une affiche que tient un enfant, photo tirée de l’album Le français, je le
parle par cœur – rétrospective d’une démarche collective : l’Année du français. TELE-UNIVERSITE,
1979. Illustration des « luttes pour la primauté du français au Québec » dans les années 1970.
Référence citée et reproduite dans GEMAR, 2003 : 256.
2
Cf. les organismes en charge de l’application de la Charte dans ROCHER, 2003 : 277 ;
RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2005 : 41-42.
3
Sur la « science xénophobe » cf. aussi Ch. V-2.2.2.
4
Nous reviendrons plus loin (cf. Ch. V-2.2) sur les propos de Schlesinger mais ce qui retient notre
attention ici est l’explication à travers ce trouble que provoque l’autre.
333
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Dans tous les cas, l’environnement ethnoculturel québécois connaît un
métissage intense et, face à ces changements, le maintien des séparations
linguistiques (sphères privées/sphères publiques) ainsi que la gestion de ces
juridictions devront sans doute s’armer d’explications convaincantes pour se défaire
du carcan caricatural des conflits linguistiques comme : « Quebecistan » (KAY 1,
2006), « québécisation », « Balkanisation du Québec » (cf. Ch. V-2.2.2). En effet, le
liminaire du bouclier identitaire à travers la structuration de frontières linguistiques
dans l’institution québécoise pour protéger et promouvoir le français risque de
paraître insuffisant ou incohérent face aux inscriptions « interculturelles » et
« inclusives » des communautés minoritaires. La « langue », si présente dans
l’affirmation de l’identité québécoise, peut en effet sembler anormalement élucidée
lorsqu’on parle des manifestations de la diversité de la « société pluraliste » (MICC,
2006-b. D.C.) ou de la ville cosmopolite 2. La déviance discriminatoire, pour
développer les analogies sociologiques autour du « linguicisme » non pas au sens
des attitudes interpersonnelles ou intercommunautaires (BOURHIS, et al. 2005 : 4 ;
cf. Ch. V-2.1), mais la langue n’étant qu’éminemment politisée (JOSPEH, 2006),
d’abord au sens des politiques institutionnelles qui subsistent en amont, demeure
éventuelle. Le concept d’échelonnement linguistique qu’est le « linguicisme » pourrait
ainsi se définir comme suit :
1
KAY Barbara (2006). « The rise of Quebecistan ». National Poste. Edition du 09/08/06. L’expression
apparaît aux lendemains d’une manifestation le 5 août 2006 à Montréal protestant contre la guerre au
Liban avec la participation de personnages politiques québécois dont le chef du Bloc québécois, Gilles
Duceppe. La chronique interroge la corrélation entre les indépendantistes et les terroristes : « Would
an independent Quebec be a friend to terrorists ? ».
2
Voir aussi les entretiens menés par BOISSONNEAULT, 2003. D.C.
334
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
L’école québécoise est unilingue mais accorde, comme nous l’avons vu,
l’enseignement aux langues « modernes » (cf. Ch. VII-2.1) et aux langues d’origine
(PELO) (cf. Ch. IV-2.5.2 ; Ch. VII-2.3.1). L’école de langue anglaise ainsi que le droit
au maintien des langues autochtones (MICC, 1990. D.C. ; OQLF, 2006. D.C.) sont
aussi légiférés. L’approche se veut pratiquement pluraliste en intégrant les
patrimoines linguistiques des profils allophones et anglophones dans l’institution
éducative (HELLY, 1997 : 113 ; Mc ANDREW, 2001 : 93), mais malgré les visées du
respect interculturel qu’incarnent de tels programmes (HAMEL, 2002 : 77), les limites
au développement des langues d’origine 1 à l’école, les craintes de « ghettoïsation »,
de fragmentation, d’interférences, etc. 2 relativisent l’intégration sociopolitique des
minorités linguistiques aux droits collectifs (SEYMOUR, 2006). A la question en
titrage de cette sous-section quant à l’acceptabilité politique du plurilinguisme au
Québec, l’intention n’est évidemment pas de la clore mais plutôt de la replacer dans
une approche non hermétique nourrie de la compréhension de la notion de
« coresponsabilité » (cf. Ch. IV-2.4.3) et de l’essence de la diversité :
« le plurilinguisme est une situation banale et normale pour les sociétés et les
individus, alors que le monolinguisme reste, sauf exception, une bizarrerie
artificielle produite de façon autoritaire dans des Etats ethnocentristes (souvent
occidentaux) » (BLANCHET, 2003 : 35).
1
Sur les difficultés du maintien des langues d’origine en contexte de migration internationale, voir
aussi DEPREZ, 2004 ; HELLY, 1997. Notons que le singulier à « origine » est usuellement adopté.
2
Pour des descriptions quant aux craintes exprimées et observables, voir notamment : HELLY, 1997 ;
HELLY & VAN SCHENDEL, 2001 ; Mc ANDREW, 2001.
335
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4.2. Comment parle-t-on des « autres » langues ?
1
Notons par exemple, les écritures des vitrines et affiches relatives aux restaurants, magasins et
services proposés dans le Quartier chinois, la rue St-Hubert, etc. mais aussi les supports informatifs
administratifs ou gouvernementaux incluant des messages écrits en espagnol, coréen…
2
Indications quant aux pratiques linguistiques déclarées lors des recensements.
3
Cf. Les variables : « groupe ethnique », « minorité visible », « communauté culturelle ».
STATISTIQUE CANADA, 1999 ; 2004-a, b ; 2006-a, b, c. D.C. ; « origine ethnique » dans TERMOTE,
2003-b : 265. Voir aussi Ch. IV-2.2.2.
336
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
1
Cf. L’atlas de l’immigration (ROSE, BEAUDRY, MAROIS, RAY, 2001) ; pour une étude sur la
situation résidentielle des immigrants dans la région métropolitaine de Montréal, voir ROSE,
GERMAIN, FERREIRA, 2006.
2
L’ajout d’un pluriel éventuel n’apparaît pas dans les textes sources et relève d’un choix personnel.
337
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réponses répertoriées selon cet indice sont effectivement : « l’ensemble des
langues », « l’anglais seulement », « le français seulement », « français
uniquement », « anglais uniquement », « ni français ni anglais ».
(STATISTIQUE CANADA, 2004-c. D.C.).
1
Référence organisationnelle des langues adoptée pour regrouper les réponses recensées. Par
exemple, le français, l’espagnol et l’italien sont classés sous la famille des « langues latines ».
STATISTIQUE CANADA, 2006-a. D.C. Pour consulter la liste compète des classifications type, voir le
détail sur STATISTIQUE CANADA, 2006 : l’URL :
[[Link] Mise en ligne : 02/05/07.
2
Nous y voyons également une application dans le cadre des enquêtes auprès des enfants. Voir, par
exemple, la notion de « mutisme », Ch. VIII-3.1.
338
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
notamment profitables pour brosser les descriptifs généraux des contextes étudiés,
et c’est cette distanciation systématique 1 qui permet de distinguer la complexité
tendancielle des tendances statistiques.
1
Voir aussi DABENE (1994 : 10-5) et MOORE (2007 : 107) pour l’association incongrue entre
« langue » – centralité de la notion d’invariant, et « maternelle » – appartenance à des catégories
souples en fonction des vécus.
2
L’objectif est de mettre en exergue quelle méthode de catégorisation Statistique Canada semble
adopter face aux groupes linguistiques lorsqu’il traite des données définies sous la rubrique
« démolinguistique ».
3
Toutes les références reportées renvoient à la section « Documentation Complémentaire » de la
bibliographie générale.
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Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
démontre une enquête sur la « Diversité Ethnique » réalisée par le même organisme,
Statistique Canada 1, principal fournisseur de renseignements statistiques au
Canada, des questionnaires complexes sont applicables pour la prise en compte du
domaine des langues (STATISTIQUE CANADA, 2002-b. D.C.). Visant à « recueillir
des renseignements qui aideront à mieux comprendre comment les Canadiens de
différentes origines ethniques interprètent et déclarent leur appartenance ethnique »
(ibid.). Une module entière de cette enquête comprenant 16 questions est en effet
consacrée à la « connaissance » et à l’« utilisation des langues » des personnes
interrogées. Les entrées complexes envisagées (combinaison de questions semi-
directives et ouvertes avec des possibilités de réponses multiples) donnent accès
aux détails pouvant faire état du plurilinguisme collectif. Le point de litige ne semble
pas être non plus dans la reconnaissance discursive de la diversité en soi. Au
Québec, comme au Canada, les postures politiques en faveur du multiculturalisme et
des apports de l’interculturel abondent :
- « Nous pouvons donc dire que nous vivons maintenant dans un Québec
multiculturel aux mille et un visages. » (MRCI, 2006. D.C.).
- « Le Québec est une société de plus en plus diversifiée, tant au chapitre des
croyances, des religions, des habitudes de vie que des origines de ses
citoyennes et de ses citoyens. » (MICC, 2006-b. D.C.).
Nous l’avons vu, l’inclusion des populations migrantes n’est pas souvent
remise en question par le corps gouvernemental. Ce qui semble moins évident à
accepter, ou du moins à évoquer, c’est la pluralité linguistique québécoise.
L’équilibre entre le pouvoir cohésif de l’identité collective, soudée par une langue
publique commune, et la reconnaissance des pratiques plurielles individuelles est
éminemment délicat ; et toute crispation d’un côté ou de l’autre recouvre une crise
potentielle. La langue, fleur de lys symbolique de la société québécoise, est-elle
négociable ? Pour Gérard Bouchard 2, « La langue n’est pas négociable. La langue,
c’est le fond, le cœur de l’affaire […] », mais elle est adaptable d’où la volonté
d’élargir l’étymologie de l’être « Francophone » à toute personne « capable de traiter,
de communiquer en français, de participer à la vie de la nation. » (ibid.). Cette
politique d’inclusion (ou de non-exclusion vis-à-vis de l’Autre) se doit malgré tout
d’être négociée avec l’Autre linguistique dans un mouvement de distanciation par
rapport aux tentations essentialistes (de la langue, de la « nation » ou de l’identité).
1
Voir URL : [[Link] Mise en ligne : 10/11/06.
2
Gérard BOUCHARD (2000). Genèse des nations et cultures du Nouveau Monde. Montréal : Boréal.
Référence citée dans TAYLOR (2003 : 356).
340
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Chapitre IV – Marquages contextuels du collectif
Ces trois mêmes pôles peuvent être négociés dans une politique dynamique
altéritaire :
Mais on peut comprendre que, dans une société plurielle comme la nôtre,
chacun de ses éléments est le foyer de tensions possibles. Pour que l’identité
commune rassemble vraiment tout le monde, il faut beaucoup de souplesse et de
doigté dans la réalisation concrète de ses composantes essentielles.
Pour ce qui est de la langue, il faudrait que la défense du français ne soit plus
identifiée, comme elle l’est encore par certains ultra-nationalistes, à un texte de
loi sacrée. Il s’agit moins de compter le nombre d’amendements qu’a subi le
texte originel de la Loi 101, pour déterminer combien sa chair vivante a été
« charcutée », que de trouver l’équilibre nécessaire, toujours à modifier, entre
une langue publique dominante et les autres langues inséparables d’une société
polyglotte ouverte au monde où une lingua franca circule qui n’est pas notre
langue commune. Au lieu de chercher une sécurité illusoire dans labelle totalité
d’une loi définitive, nous ferions mieux d’admettre que notre situation nous
posera une séries de dilemmes sans fin, que nous devrions affronter avec la plus
grande créativité. » (TAYLOR, 2003 : 353).
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
pluralités et dynamiques ethniques, culturelles et linguistiques dont le mot d’ordre, au
Québec, semble être « l’ouverture sur le monde » 1 nous semble intéressante à
(ré)investir et à renverser en nous efforçant d’y entrer par différentes portes, en nous
exposant à différents regards. Cela exige aussi l’acceptation des limites qui nous
sont propres ou possibles. Le souhait d’explorer les expressions minoritaires nous a
tour à tour amené à évoquer les lieux de tensions, les discours haineux (cf. Ch. IV-
2.1.2), les quantifications statistiques et les catégorisations identitaires. Tenter de
voir ce qui se passe du côté des minorités situées rappelle que le Québec est
définissable comme telle face au Canada, au continent… la reconnaissance
minorités intraprovinciales dépend donc des contextualisations et historicisations
pouvant resituer/restituer le statut majoritaire de la majorité intraprovinciale.
Ironiquement, la question de la légitimité se pose ici autour de la « réelle » minorité !
Sur le plan ethno-sociolinguistique, est-elle d’abord associée au français, à l’anglais
ou aux langues « autres » ? La profondeur des crises face à l’anglais nous incite à
ne pas sous-estimer les causalités de ces dominations/minorisations imbriquées :
1
Expression repérée dans plusieurs documents, allocutions officiels et reprise par le ministre de
l’Immigration et des Communautés culturelles sur le site du MICC pour les vœux de fin d’année :
« Que 2007 vous apporte la paix, l’amitié, la solidarité et l’ouverture sur le monde. » URL :
[[Link] Mise en ligne : 20/12/06.
2
Emphase personnelle.
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CHAPITRE V
Indicateurs representationnels de la
cohabitation
Langues (et leurs statuts) et représentations (ou leur construction), soit deux
fils distincts entrelacés dans l’élaboration d’un même tissu social, portent ensemble
des indications quant aux conditions d’existence des individus et des groupes qui
forment cette société. Elles sont aussi chargées des valeurs perceptives
préexistantes, construites ou songées au sein du groupe. Le statut des langues, de
leurs locuteurs et des sociétés appartenantes dépend donc des représentations
raccordées (MOORE, 2006 : 30), c’est en vue de ce dialogisme que nous proposons
d’appréhender l’expérience québécoise à travers des positionnements subjectifs
publics.
1.1. Intégration
A travers des discussions issues d’une rencontre avec des jeunes Québécois
âgés de 18 à 29 ans réunis en 2003 par Bernard BOISSONNEAULT (2003. D.C.)
pour une Table ronde sur « L’identité : la langue, les autres cultures et la
1
Les articles de presse présentent aussi un intérêt particulier en tant que (re)producteurs d’images
sociales sur divers faits auprès des communautés. Nous verrons plus loin la couverture médiatique de
l’affaire « Hérouxville » avec des extraits d’opinions de lecteurs à l’appui.
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Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
spiritualité », plusieurs positionnements reflètent comment les « communautés
culturelles » offrent à la fois des « ponts interculturels » – notamment à travers les
manifestations gastronomiques ou artistiques – tout en perpétuant des frontières
interactionnelles avec l’attribution d’un refus d’ouverture aux membres de la société
d’accueil :
1
Julie est finissante en bibliothéconomie à l’Université de Montréal.
2
Patrick est directeur du développement des affaires, Groupe financier Laplante.
3
Sophie est étudiante en littérature à l’Université du Québec à Montréal.
4
Sébastien est étudiant en journalisme à l’Université du Québec à Montréal.
5
Cindy est étudiante en enseignement primaire à l’Université de Montréal.
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Chapitre V – Indicateurs représentationnels de la cohabitation
Dans un projet de nation, je pense qu'il faut inclure les autres et adapter le
discours. Un immigrant qui ne parle plus sa langue est assez peu sensible au fait
que nous soyons menacés de perdre la nôtre. »
1
Présentation des faits saillants d’une étude menée à l’Institut National de la Recherche Scientifique-
Urbanisation, culture et société (INRS) par Madelaine GAUTHIER. Entrevue par Bernard
BOISSONNEAULT en mars 2003. URL : [[Link]
cs/[Link]?topic=27164&lang=1]. Mise en ligne : 23/02/07.
347
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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1.1.2. Vulnérabilités linguistiques
Si le sentiment de vulnérabilité linguistique du fait français en Amérique est
explicable par l’isolement géographique, sorte de raison externe dont la
responsabilité ne peut être imputée à quiconque, des facteurs sociologiques en
termes de pratiques linguistiques apparaissent aussi dans les discours d’opinion. Tel
est notamment le cas lorsque l’on tente de justifier les politiques linguistiques de
francisation en vigueur, ou encore la nécessité de les renforcer. A titre illustratif,
observons les associations « immigrants – raison d’être de la loi 101 » présentes
dans les représentations du même groupe de jeunes réunis par BOISSONNEAULT :
Sophie 2 : Il y a encore cette vieille idée des années 1950 où l'on disait aux
immigrants qu'il était préférable pour eux d'apprendre l'anglais pour ne pas rester
simple ouvrier toute sa vie. Ils ont donc choisi l'anglais spontanément comme
c'est le cas de la communauté italienne. Aujourd'hui, à cause de la loi 101, ces
gens sont trilingues. Ils connaissent le français parce qu'on les a forcés à
l'apprendre.
Patrick 3 : On n'a pas le choix de défendre la langue parce qu'il s'agit de nos
racines et que c'est l'essence de notre culture. Si on ne fait rien, tout cela risque
de disparaître rapidement. » (BOISSONNEAULT, 2003. D.C.).
Dans une certaine mesure, ce que les jeunes articulent ici reflète une partie de
l’entendement collectif des Québécois francophones, majoritaires, à savoir que
l’installation sur le sol québécois devrait coïncider avec l’adoption systématique de
l’unique langue officielle : « c’est en français que ça se passe ». Le constat qui
semble jaillir est la non-coopération linguistique des nouveaux arrivants, décrits
comme préférant l’anglais et encore attachés à leur(s) langue(s) d’origine(s). Ce qui
paraît controversé n’est pas tant la conservation des langues importées en soi mais
le souhait de leur maintien, interprété comme une forme de résistance au français.
La cumulation des langues se pose d’emblée en tant que phénomène problématique
puisque le plurilinguisme constaté est principalement explicable par la contrainte :
1
Sébastien est étudiant en journalisme à l’Université du Québec à Montréal.
2
Sophie est étudiante en littérature à l’Université du Québec à Montréal.
3
Patrick est directeur du développement des affaires, Groupe financier Laplante.
348
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre V – Indicateurs représentationnels de la cohabitation
Dans les faits, certaines mesures des pratiques linguistiques des immigrants
et des taux de transfert linguistique indiquent pourtant que, depuis 1976, l’orientation
linguistique des immigrants allophones se fait davantage en faveur du français plutôt
que de l’anglais (LAPIERRE-VINCENT, 2007 : 10). Certes, ces tendances ne
peuvent qu’être indicatives compte tenu de la complexité des variables observées et
de leur appui essentiellement déclaratif. De plus, la législation portant sur l’usage des
langues officielles n’implique que le domaine public (CSLF, 1999-a. D.C.). Donc, les
pratiques relevant des sphères domestiques et privées revêtent un caractère plutôt
confidentiel, plus difficile à mesurer et délicat à problématiser. Ces chiffres
relativisent néanmoins l’ampleur des « torts linguistiques » imputés aux nouveaux
arrivants dits plutôt « anglotropes » 3 et peu enclins à apprendre le français.
1
Le transfert linguistique dont il est question ici réfère au changement non cumulatif, chez une
personne, de la langue d’usage à la maison (ou « langue maternelle ») pour une langue autre. L’on
parle aussi d’« abandon » ou de « perte » de la langue d’origine au profit d’une autre langue, nouvelle
langue maternelle. (MICC, 1990 : 13). Voir aussi Ch.I-4.
2
Collectivités minoritaires de langue officielle (CMLO).
3
Les « anglotropes » pouvant aussi être définis comme étant « ceux qui proviennent de pays
culturellement anglophiles » (CSLF, 2005-a : 19. D.C.), précisons que l’utilisation du terme ici se veut
plus large incluant à la fois ceux provenant de pays culturellement anglophiles mais aussi ceux
ressentant des intérêts personnels ou éprouvant des sentiments d’attachement privilégiés au monde
anglophone. Sur la réputation « anglotrope » des immigrants, voir aussi « Je sens que beaucoup de
néo-Québécois sont beaucoup plus proches de la culture américaine que de la culture québécoise. Ils
écoutent la télévision et la musique en anglais. On jouait ensemble dans la ruelle, mais quand mes
amis rentraient chez eux, ils vivaient en anglais. »
349
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
communautés cohabitant un même territoire 1. S’il est tout à fait aisé de concevoir
l’importance et la légitimité des citoyens pour la transmission de leurs valeurs et
pratiques aux nouveaux arrivants, et ce, même avec le souci premier de leur
préservation identitaire, il paraît quelque peu dissonant d’opérer une « transmission
assimilatrice » 2 qui requiert ou qui engendre chez le néo-citoyen la perte
conditionnelle de ses valeurs et pratiques d’origine(s), afin de pouvoir pleinement
être reconnu en tant que tel. Le migrant se doit-il d’être francophone monolingue ou
francophone bilingue (anglais-français) pour être identifiable en tant que
3
« Québécois » ? Au vu de la description de la politique d’immigration québécoise,
les mesures adoptées s’inscrivent pourtant dans une démarche intégrative c’est-à-
dire inclusive face aux choix personnels :
« En outre, la politique d'immigration en matière linguistique est une politique
d'intégration et non d'assimilation. En d'autres mots, la politique linguistique
n'intervient pas dans le domaine de la vie privée des citoyens, notamment dans
le choix personnel d'une langue à la maison. » (CSLF, 1999-a. D.C.).
1
Voir aussi la « mentalité séparatiste élevant l’identité ethnique au-dessus de l’identité humaine
universelle » de ROCKEFELLER (1992 : 118).
2
« L’assimilation se définit comme la perte de la langue maternelle » (GOUVERNEMENT DU
CANADA, 2006). Par transposition, nous désignons par « transmission assimilatrice », une forme
d’échange qui provoque la perte des valeurs ou des références de départ.
3
Voir aussi l’étude de la question à partir d’enquêtes sociolinguistiques menées auprès de jeunes
franco-québécois dans « Faut-il parler français pour être québécois ? » (RAZAFIMANDIMBANANA,
2007-b) ; GUEYE, 2003.
4
Pour un parcours de différents discours d’appartenance au Québec et d’identification ethnoculturelle,
voir aussi HELLY & VAN SCHENDEL, 2001.
350
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre V – Indicateurs représentationnels de la cohabitation
1
« Un immigrant reçu est une personne à qui les autorités de l'immigration ont accordé le droit de
résider au Canada en permanence. » (STATISTIQUE CANADA, 1999 : 48. D.C. ; voir aussi
STATISTIQUE CANADA, 2006-a. D.C.). Voir aussi (Ch. IV-2.1). Pour la définition détaillée de du
concept de l’« immigration » et des différents statuts accordés, consulter les explications
méthodologiques sur STATISTIQUE CANADA. URL :
[[Link] Mise en ligne : 10/10/06.
2
«De l’avis de M. Bouthillier, les immigrants qui sont favorables à l’indépendance du Québec se font
traiter de "traîtres". Ils se font dire qu’ils "n’ont pas le droit d’être séparatistes" parce qu’ils ont prêté un
serment d’allégeance au Canada. (PC - 23.04.99) » sur [Link]. URL [[Link]
societe/[Link]]. Mise en ligne : 17/04/07.
3
Serment de citoyenneté : « Je jure fidélité et sincère allégeance à Sa Majesté la Reine Elizabeth
Deux, Reine du Canada, à ses héritiers et successeurs et je jure d’observer fidèlement les lois du
Canada et de remplir loyalement mes obligations de citoyen canadien. » Affirmation solennelle :
« J’affirme solennellement que je serai fidèle et porterai sincère allégeance à Sa Majesté la Reine
Elizabeth Deux, Reine du Canada, à ses héritiers et successeurs, que j’observerai fidèlement les lois
du Canada et que je remplirai loyalement mes obligations de citoyen canadien. » (Loi sur la
citoyenneté, C-29. 1974-75-76, ch. 108, ann., art. 24).
4
Cf. Ch. V-1.1.1. « Ils préfèrent l’American Dream ». Répondant dans BOISSONNEAULT (2003.
D.C.).
5
Voir par exemple le titre évocateur du reportage « Garder ses racines, malgré la migration ». Radio
des Nations Unies, 2006. URL : [[Link] Mise en
ligne : 10/01/07.
6
A ce sujet, voir aussi BOUCHARD, R. et al. (2001), ou encore les discours d’opinion lors de
l’« affaire Hérouxville », cf. Ch. IV-2.1.2.
351
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
« je porte mes racines dans mes poches » (Neil Bissoondath dans BARIL, 1996.
D.C.) – l’immigrant qui rejetterait ainsi toute imminence du collectif au nom du
libéralisme individuel se verrait alors accusé d’une sorte d’égocentrisme exacerbé,
nuisible à l’intérêt et à la valorisation aux collectifs accueillant et d’origine.
1
Cette revendication a également été constatée auprès de plusieurs jeunes profils métis, migrants et
issus de l’immigration, lors des observations sur le terrain en février – mars 2007.
352
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre V – Indicateurs représentationnels de la cohabitation
2.1. Identifications
1
En accord avec la nuance formulée entre « préjugé » (attitudes négatives) et « discrimination », nous
désignons par ce dernier : « un comportement négatif dirigé contre des membres d’un exogroupe à
l’endroit duquel nous entretenons des préjugés. » (BOURHIS et al., 2005 : 4).
2
Comportement discriminatoire personnifié par une institution ou organisation institutionnelle.
3
Analyse des résultats d’une étude à envergure nationale au Canada, Enquête sur la diversité
ethnique (2003), réalisée en 2002 par Statistique Canada et le ministère de Patrimoine canadien,
auprès d’un échantillon représentatif de 42,000 Canadiens âgées de 15 ans et plus. Dans cette étude,
la définition de la discrimination pouvait se lire comme suit : « La discrimination peut survenir
lorsqu’une personne est maltraitée parce qu’elle est vue comme étant différente des autres. »
(BOURHIS et al., 2005 : 7).
4
Suite à la tenue d’une Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la
xénophobie et l’intolérance (Durban, Afrique du Sud en 2001), les participants ont fait part de la
nécessité réelle de la prévention et de la lutte contre les différentes formes de « pratique
discriminatoire à l’égard des migrants » (ONU, 2004 : 38. D.C.). Voir aussi KYMLICKA, 2005 : 85.
5
Cf. les articles parus dans la presse sur ce sujet, par exemple : « L'agrégation des nations ethniques
ne peut faire une nation dynamique. Elle ne peut qu'entretenir des velléités de démembrement. »
(CHARRON, C. G., De BELLEFEUILLE, et. al., « Actualisation du projet souverainiste. » Le Devoir.
Edition du 28 janvier 2000. D.C.).
6
Utilisation des termes à la lumière de l’approche statistique des organismes de recensement (cf.
STATISTIQUE CANADA, 1996-a, b ; 2007-a, b ; RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2005 : 36-40). Voir
aussi Ch. IV-2.2.
353
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questions dérivées mais aussi des termes usuels largement répandus auprès de la
population 1. Marqueur identitaire par essence dans ce contexte, la langue devient
aussi un lieu de discrimination d’où le terme « linguicisme » (BOURHIS et al., 2005 :
4) aussi forgé pour pouvoir désigner l’observation suivante :
“Indigenous and immigrant languages are under attack, around the world,
subjected to seemingly irresistible social, political, and economic pressures. […]
there is also accumulating evidence that language policy and language education
can serve as vehicles for promoting the vitality, versatility and stability of these
languages.” (HORNBERGER, 1998: 439).
1
Outre les observations de terrain, l’observateur extérieur pourra facilement comprendre l’usité de la
primauté identitaire en fonction du groupe linguistique en parcourant la presse à grande diffusion (Le
Journal de Montréal, Métro – quotidien gratuit, Le Devoir). Cf. aussi les liens proposés dans la
Sitographie.
2
La question concernée dans l’Enquête sur la diversité ethnique (2003) est formulée au singulier.
354
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Chapitre V – Indicateurs représentationnels de la cohabitation
2.2. Comparaisons
1
Nous pourrons plus justement parler de « sub-continentalité » en référence à l’Amérique du Nord et
non aux Amériques en général.
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
« Les enquêtes 1 laissent penser que les gestionnaires de l’administration
québécoise ont tendance à privilégier les candidats qui partagent les mêmes
repères culturels et linguistiques qu’eux. Cette tendance à favoriser les
candidatures de « Québécois de souche » se manifeste durant le processus de
sélection et joue un rôle dans l’attribution de promotions 2. » (Ibid.).
1
Les auteurs font référence aux travaux de la CDPDJ (1998). « Les programmes d’accès à l’égalité
au Québec : Bilan et perspectives. » Montréal, Québec : Commission des droits de la personne et des
droits de la jeunesse.
2
Les auteurs citent Carolle SIMARD (1998). La place de l’autre : fonctionnaires et immigrés au
Québec. Montréal, Québec, Canada : Fides. Voir aussi SIMARD, C. (2003).
3
En réduisant la description des associations négatives de la diversité linguistique au continent nord-
américain, nous n’insinuons pas minimiser l’existence de celles-ci dans d’autres zones géographiques
(voir notamment : BLANCHET, (éd.), 1992 ; CALVET, 1999 ; DAGLIAGAN, 2000 ; YAGUELLO, 1998-
a ; ZHOU, 2003) mais simplement la particulariser afin de mieux comprendre les enjeux qui peuvent
émerger.
356
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre V – Indicateurs représentationnels de la cohabitation
1
ALLEN, 2004 ; PEDALINO PORTER, 2006 ; CRAWFORD, 1992 ; 2001, D.C. ; SOLLORS, 1998 ;
BAKER, 1996 ; BRETON, R., 1995 ; SIBONY, 1991 ; SEYMOUR, 2006 ; YACOUB, 1995 ; LE BARS,
2004 et 2007. Nous insistons sur le caractère limitatif des représentations dressées ici en tant que
discours et attitudes à l’égard du « plurilingue » en général ; les réalités sont évidemment plus
complexes, contradictoires et fluctuantes selon les langues prises en compte, les situations
d’observations, les statuts des plurilingues en question, etc.
2
L’unilinguisme non souhaité dans le discours pourrait aussi être entretenu par des clichés mobilistes
nourris de la croyance (d’une personne ou d’un groupe) à son (leur) inaptitude à l’apprentissage et à
la pratique d’une langue nouvelle. Voir aussi YAGUELLO, 1998-a ; BLANCHET, (éds). 1992.
357
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Proportionnellement, les tares insinuées semblent dangereusement
exponentielles lorsqu’il est question du niveau collectif, ce qui revêt aux politiques
linguistiques le blason des garants de l’identité unidimensionnelle de la patrie. Ceux
en non-conformité des pratiques unilinguistes préconisées dans les valeurs
construites à travers l’histoire et relayées par les institutions, peuvent d’ailleurs
s’identifier comme marginaux, d’où l’idée du « voleur linguistique » 1 (“language thief”)
lorsque les élèves allophones dérobent une intrusion conversationnelle en langue(s)
autre(s) à l’école (ALLEN, 2004 : 114-5 ; voir aussi Ch. IX-1.2.1) :
1
Voir aussi Jean-Louis JOUBERT (2006). Voleurs de langue. Paris : Philippe Rey. 134 p.
2
Répondant dans ALLEN (2004 : 110) : Dani, d’origine libanaise et arrivé au Québec à l’âge de
17 ans, il se considérait comme un monolingue arabophone à son arrivée.
3
Intervention lors du 2e Congrès des Ecrivains et Artistes Noirs en 1959 à Rome.
4
Jacques RABEMANANJARA (1959). « Les Fondements de notre unité tirés de l'époque coloniale »,
Présence africaine ; nouvelle série ; n° XXIV-XXV. Février-mai 1959. « Deuxième Congrès des
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre V – Indicateurs représentationnels de la cohabitation
Écrivains et Artistes Noirs ». Tome I. « L'Unité des Cultures Négro- Africaines » : 66-81. Référence
citée dans JOUBERT, 1991. La littérature de l’Océan Indien. Vanves : EDICEF. E-book consulté sur la
Bibliothèque en ligne de l’AUF. URL : [[Link] Mise en ligne : 11/04/05.
359
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
L’effet des adhésions communes et uniques à une identité nationale mériterait
d’être développé mais l’allusion au (dé)loyalisme n’est pas sans rappeler de récentes
crispations hautement symboliques. On réclamait, devant la double nationalité
canadienne et française de Michaëlle Jean, Gouverneur générale du Canada depuis
2005, « une déclaration sans ambiguïté sur ses allégeances envers la patrie
canadienne » (BUZZETTI, 2005. D.C.). Locuteurs de plusieurs langues et porteurs
de plusieurs nationalités, l’image de l’hybridité individuelle semble déranger : l’altérité
transcende la singularité pour devenir objet de suspicion. Sous la thématique de la
fidélité patriotique cette fois, et nourrie de tensions géopolitiques dont on imagine
toujours potentialité à l’irruption en veille, nous y trouvons les représentations
honnies de la double allégeance. C’est ainsi que le débat gagne l’opinion publique où
l’on s’interroge pourquoi le « double citoyen » (DESCOTEAUX, 2006. D.C.), en la
personne de Stéphane Dion 1, devrait renoncer à son autre identité, en l’occurrence
française. Outre les risques de partialité lors de négociations commerciales de la part
du politicien, une raison plus d’ordre déontologique est mesurée :
1
Elu chef du Parti Libéral depuis le 2 décembre 2006. URL : [[Link]
Mise en ligne : 11/04/05.
2
Voir aussi MAALOUF, 1998 ; YACOUB, 1995.
3
CIC (2004) sur l’URL : [[Link] Mise en ligne :
11/04/05. Voir aussi CIC (2004. D.C.).
360
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre V – Indicateurs représentationnels de la cohabitation
“There can be no divided allegiance here. Any man who says he is an American
but something else also, isn’t an American at all. We have room but for one flag,
the American flag, […]. We have room but for one language here and that is the
English language, for we intend to see that the crucible turns our people out as
Americans, of American nationality, and not as dwellers in a polyglot
boardinghouse 1; and we have room for but one soul loyalty, and that loyalty is
to the American people.” (Théodore Roosevelt dans DYER, 1992 : 134).
Plus que tout comparatif hasardeux et sans fondement ici, cette énonciation
nous intéresse en tant que produit du paysage discursif nord-américain, devenu
référence clé dans la conjugaison des emblèmes nationaux au singulier : Québécois,
fleur de lys, français.
“In America, the reality is that we have not yet properly achieved mono literacy,
much less multiliteracy… Linguistic pluralism would make sense for us only on
the questionable assumption that our civil peace and national effectiveness could
survive multilingualism. But, in fact, multilingualism enormously increases
cultural fragmentation, civil, antagonism, illiteracy, and economic-
technological ineffectualness 3” (E. D. Hirsch dans BAKER & HORNBERGER,
2001: 286; SOLLORS, 1998: 2).
“During the past decade, the alleged dangers of cultural diversity have been
1
Emphase personnelle.
2
Certains observateurs lui attribuent aussi l’une des pistes explicatives quant aux abrogations
récentes de l’éducation bilingue dont les votes en Arizona (1997) et en Californie (1998), où le slogan
“If you live in America, you need to speak English” y a était reçu comme faisant écho à l’idéal de
Roosevelt. (CRAWFORD, 2001. D.C.). Sur les répercussions dans la politique éducative, voir aussi
CRAWFORD, 1992, 1998 et 2006.
3
Emphase personnelle.
361
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
highlighted by academics concerned that the rapid growth of diversity endangers
the coherence and unity of the United States. These authors [allusion incluant
E.D. Hirsch] have articulated a form of intellectualized xenophobia intended to
alert the general public to the infiltration of the ‘other’ into the heart and soul of
American institutions. Cultural diversity has become the enemy within, far more
potent and insidious in its threat than any external enemy.” (BAKER &
HORNBERGER, 2001 : 286).
“Testimony is mixed but indications are that bilingual education retards rather
than expedites the movement of Hispanic children into the English-speaking
world and that it promotes segregation rather than it does integration.
Bilingualism shuts doors. It nourishes self-ghettoization, and ghettoization
nourishes racial antagonism… Using some language other than English dooms
people to second-class citizenship in American society… Monolingual
education opens doors to the larger world… institutionalized bilingualism
remains another source of the fragmentation of America, another threat to the
dream of ‘one people’ 3” (Arthur Schlesinger Jr. dans BAKER & HORNBERGER,
2001 : 286-7).
1
En référence au « danger de l’intérieur » (voir aussi BAKER & HORNSBERGER, 2001 : 286-8). De
manière moins restrictive à l’identité nationale, il peut aussi s’agir pour nous d’une différence
quelconque, basée sur un critère donné (comme l’affiliation politique), identifiée chez une personne
affichant par ailleurs une appartenance groupale (par exemple, socioprofessionnelle) avec soi et
identifiable comme telle.
2
Voir aussi MACLURE, 2006 : 159.
3
Emphase personnelle.
4
Soit une « forme de transgression, de subversion des codes tant anglais qu’espagnol, langue
hybride qui s’utilise aussi bien dans la rue, que chez les poètes » (LE BARS, 2004 : 205).
5
Pour cela, nous référons le lecteur à BAKER & HORNBERGER, 2001.
362
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre V – Indicateurs représentationnels de la cohabitation
1
Traduction personnelle.
363
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2.3.1. Catalogue des priorités
En empruntant et en adaptant l’hypothèse binaire qui se pose pour la
reconnaissance du système littéraire francophone, tentons de comprendre l’inconfort
attribué au migrant plurilingue :
“The greatness of a nation depends on the swift assimilation of the aliens she
welcomes to her shores.” (CRAWFORD, 1992: 85).
Dans les deux cas de figure, le conflit s’enlise dès lors qu’il s’agit du traitement
de la « différence » ou de l’interface « visible » de celle-ci (ARMAND & DAGENAIS,
2005 : 46 ; BAKER & HORNBERGER, 2001 : 287). Le sort qui est tracé pour l’« alter
homo », compromis entre l’effacement pour être comme l’autre ou l’opposition pour
1
Pierre HALEN, 2001. « Notes pour une topologie institutionnelle du système littéraire francophone. »
Littérature et sociétés africaines. Regards comparatistes et perspectives intellectuelles. Mélanges
offerts à János Riesz à l’occasion de son soixantième anniversaire. Etudes réunies par Papa Samba
Diop et Hans-Jürgen Lüsebrink, rééditées par Ute Fendler et Christoph Vatter. Gunter Narr Verlag :
63. Référence citée dans KAPOR, 2006 : 173.
2
Personne ayant comme langue maternelle, apprise pendant l’enfance et encore comprise, une
langue autre que le français ou l’anglais.
3
Personne ayant comme langue maternelle, apprise pendant l’enfance et encore comprise, le
français.
364
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Chapitre V – Indicateurs représentationnels de la cohabitation
être contre l’autre, produit dans un sens comme dans l’autre, la « minimisation » de
l’étranger. En cela, il constitue une étrange résonance par rapport aux griefs
qu’expriment certains Québécois francophones dans la mythification active de
l’ambivalence (LETOURNEAU, 2004 ; 2006 ; LEVY, 2006. D.C. ; DUBE, 2002) au
passé de « peuple soumis » (LETOURNEAU & MOISAN, 2004 ;
RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2005 : 96) :
« Après les révoltes de 1837-38, pour régler le problème "français", les autorités
britanniques hésitaient entre une franche politique d'assimilation et une politique
de minimisation des français du Canada. On sait aujourd'hui que l'assimilation a
joué à fond en Ontario et que la minimisation française est désormais chose faite
dans la confédération canadienne. » (BOULANGER, 1997. D.C.).
365
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
« on trouvera aussi une remarquable discrétion du groupe francophone
majoritaire-minoritaire devant ses propres préjugés et ses propres attitudes
discriminatoires, et seuls les auteurs issus de ces groupes minoritaires oseront
en faire état, pour notre plus grande édification et aussi pour rafraîchir notre
mémoire un peu trop sélective. » (LA BORGUE, 1984 : 423).
L’histoire s’avère toujours délicate pour une communauté devant explicitement
reconnaître une participation quelconque à l’injustice, la maltraitance ou la disparition
d’une autre, d’où ce « difficile travail de mémoire » dont parle le Comité pour la
mémoire de l’esclavage (2005 : 8. D.C.) 1. L’annexion et ses variétés étant presque
l’universel de l’histoire des nations (BRETON, 1992 : 113), le « dévoilement de la
vérité » (APN, 2001 : 5. D.C.) serait aussi culpabilisant que réconciliant dans
l’interculturel. C’est la trame du projet que mène, par exemple, l’APN afin de
« demander des excuses aux pouvoirs publics et de réclamer la création d’une
commission sur la vérité et la réconciliation » (op. cit. : annexe A. D.C.; cf. Ch. IV-
1.1 ; Ch. VII). Le procès symbolique intenté aux suprématies libérales en Occident
tient effectivement en partie de leur passé colonial mais aussi de la marginalisation
des « populations originaires d’autres cultures » (TAYLOR, 1992 : 86-7) et il en
découle parfois une certaine amertume 2 paralysante des partis majoritaires au
pouvoir, qui s’enliserait dans le ruminement identitaire. La réécriture de l’histoire
accordant davantage de place à l’expression des minoritaires n’est sans doute pas
aux yeux de la majorité l’issue la plus efficace pour sortir des ornières du marasme
collectif insinué à leur passé colonial. Le réinvestissement constructif de l’histoire,
dans toutes ses versions, pourrait pourtant dévier le cheminement postcolonial
cantonné à l’obscurité mémorielle en offrant un rapport dialogique avec le passé :
1
Voir aussi les archives du Mouvement Antiesclavagiste au Canada (fondé en 1851). Bibliothèque et
Archives Canada. URL : [[Link] Mise en ligne :
5/07/06.
2
Voir aussi la « mauvaise conscience » à combattre dans BEAUCHEMIN, 2007. D.C. Pour des
appels au ralliement combatif comparables mais face au nationalisme perçu comme enlisant, voir
« Penser en gagnants ! » (DUBUC, 2000-a. D.C.).
366
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre V – Indicateurs représentationnels de la cohabitation
le canon collectif, est aussi dite « révisionniste » 1 (TESSIER, 2000 : 56). Elle permet
néanmoins d’occuper l’espace mémoriel dans une perspective comparative (car
critique) et d’y établir un lieu de projection stimulant. Dès lors, il subsiste une option
autre sortant l’histoire collective du carcan dialectique factuel primaire/factuel
secondaire et évitant l’approche sélective des faits du passé, car ce dernier
processus résulterait pour nous en une forme de hiérarchisation sociale : les
souffrances des uns étant plus « reconnues » et donc plus racontées que celles des
autres, cela entraverait la construction (ou l’entretien) d’une « identité ouverte » 2. Là
encore, l’importance des porteurs des valeurs minoritaires au sein des différents
niveaux des interventions sociales s’en trouve renforcée 3, certes pour y servir de
médiateur mais aussi pour offrir une voix alternative aux clientèles en tant qu’acteur.
Pour la société québécoise dont certaines volontés sont animées par des
élans séparatistes 4 cf., par exemple, le précepte « Jamais un peuple n’acceptera
d’être la simple province d’un autre peuple » (Bernard Landry 5 sur Québec Libre,
2006), la position « minoritaire » par rapport au reste du Canada anglophone est
reconduite au niveau intraprovincial face à l’altérité linguistique où deviennent
minoritaires les Autochtones, Anglophones et Allophones 6. Si l’on applique le
questionnement de la « politique de la différence » de TAYLOR (1992 : 58-9) à cette
imbrication des minorisations, cela reviendrait à se demander si « certaines minorités
acquerront le droit d’en exclure d’autres pour préserver leur intégrité culturelle ». Le
point suivant a notamment pour objet de voir comment, en effet, se remémore le
passé socioculturel des Québécois.
1
Le terme aux connotations ambivalentes traduit assez justement les attitudes divergentes face à
cette approche comparative et critique de l’histoire.
2
Voir aussi BEACCO, 2005 : 21.
3
Cf. Ch. VII-3.2.
4
Expression du désir d’indépendance, d’autogestion, d’autonomie législative ou désir pour le “self-
government”, jugé nécessaire pour la survivance (TAYLOR, 1992 : 73).
5
Citation de 1995 de Bernard LANDRY, ancien premier ministre du Québec, et symbole de la
détermination des partisans de l’indépendance. Portail de Québec libre. URL :
[[Link] Mise en ligne : 11/12/06. Sa réadaptation lors d’une
allocution cérémoniale en 2002 actualise cette volonté : « Il n’est pas normal que notre Québec ait le
statut d’une simple province du Canada. » Site officiel du Premier ministre du Québec.
[[Link]
Mise en ligne : 11/12/06.
6
Voir aussi CLEARY & DORAIS, 2005 ; SALEE, 2004 ; VIERA, 2006 ; LARRIVEE, 2003.
367
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
CHAPITRE VI
1
Voir aussi BOUCHARD, C., 2002 : 273
2
Aussi lié à l’image du Québec « à la marge des temps, attardé, reculé, en retard face à toutes les
autres sociétés » (TESSIER, 2000 : 129) ; voir aussi Ch. IV-2.1. Expression également repérable dans
des présentations plus généralistes sur le Québec, cf., par exemple, QUOILIN, 1998 : 88. D.C.
3
Cf. enquêtes menées auprès de jeunes francophones québécois dans RAZAFIMANDIMBIMANANA,
2005.
369
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
sensationnels sur la vitalité ou qualité linguistique font toujours partie du paysage
médiatique 1 et scientifique 2 du quotidien au Québec. La monomanie normative de la
langue serait aussi liée, chez certains, à la crainte de l’infériorisation qui se traduit
par l’autosurveillance de la langue parlée (HELLY & VAN SCHENDEL, 2001) : « On
est obligé d’être vigilants parce que, sinon, on va nous dire qu’on est rien » 3. La
dimension interactive de la langue, lieu de négociations et de projections d’images
sociales (i), est aussi présente dans les discours de jeunes, comme nous avons pu le
constater lors d’enquêtes précédentes, s’applique aussi pour la langue écrite (ii).
L’intimidation de l’autre, dont la puissance observatrice est conscientisée, articule
parfois l’autoperception autour de la thématique de la honte (iii) :
(ii) « Moi, lorsque j’écris à une amie, j’essaie de faire de mon mieux car
mon écriture, c’est aussi l’image que les autres se font de moi. »
1
Cf. les articles journalistiques dans la section « Documentation complémentaire » de la
bibliographie ; la rubrique « Langue : qualité de la langue » sur l’URL : [[Link] Mise en
ligne : 2/05/07. Voir aussi CASTONGUAY, 1996. D.C. ; 1997. D.C. ; 1999. D.C. Un récent article par
dans La Presse fait aussi état de la « vingtaine de fautes » commises par un député dans un
communiqué de presse. L’importance accordée au sujet s’illustre en particulier par la reproduction
intégrale du communiqué en question avec la mise en relief des « erreurs ». Article de Tommy
CHOUINARD. « Un député adéquiste rebaptise son parti ». La Presse, édition du 4/12/07.
2
Cf. CASTONGUAY, 2002-a ; 2005-a ; 2006. Voir aussi CSDM, 2000 : 20. D.C. ; BOUCHARD, C.,
2002 : 274 ; HELLER, 2002-a : 160.
3
Répondant, femme d’ascendance canadienne-française dans HELLY & VAN SCHENDEL (2001).
4
Sur ces avancées, cf. MARTEL & CAJOLET-LAGANIERE, 2003 ; ROY, 2003 ; 2005 ; PLOURDE, et
al., 2003 : 441, LANGLOIS, S., 2003 : 430 ; DE VILLIERS, 2003 : 412 ; CORBEIL, 2003 : 311 ;
BOUCHARD, C., 2002 : 273-8 ; voir aussi les travaux terminologiques du CQLF.
370
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VI – Repérages historiques et mémoire collective
prend sa place » (PLOURDE, et al., op. cit. : 301) : « le Québec est un mot qui
grandit » (Pierre Perrault dans op. cit. : 440). Les réflexions suivantes questionnent,
à la lumière de récits historiels, ce français « qui s’impose » (op. cit. : 237) en tentant
de voir quel dynamisme s’opère entre le rejet ou l’acceptation des autres et de leurs
langues. La reconduite d’un effet de minorisation engendrerait une « arithmétique
de la dévalorisation » où rejet et exclusion identitaires aggravés par la perte d’une
propriété linguistique (ou la perte de motivation dans la préservation de celle-ci)
multiplieraient les chances d’intolérance à nouveau face à la différence 1. Le
développement de l’expression multiculturelle serait donc fécond pour
l’épanouissement du « vivre ensemble », auquel le premier antidote s’avérerait être
« l’homogénéité culturelle » (ibid.).
1
Voir aussi l’application de Joshua Fishman dans CLEARY & DORAIS, 2005 : 250.
2
Cf. ROBITAILLE, 2006-a. D.C. ; FOURNIER, J-M., 2006. D.C.
371
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
« Ce récit reprend la trame suivante : nous, les pauvres Québécois victimes de
l’autre hier, aujourd’hui et demain, ayant résisté farouchement à notre
enfermement collectif, dans l’attente de notre achèvement final. »
1
L’objet énonciatif de l’article est de répondre à un article antécédent de ROBITAILLE (2006. D.C.) et
dont le contenu est à revoir à la lumière des précisions qu’offre ici LETOURNEAU (2006 D.C.). Voir
aussi FOURNIER, 2006. D.C. Le contexte plus global situe l’échange autour de la réception du
nouveau programme d’enseignement pour la discipline « Histoire et éducation à la citoyenneté » (voir
MELS, 2006-c. D.C.) d’où la proposition reproduite ici de LETOURNEAU, quant au rapport que
peuvent entretenir les jeunes Québécois avec leur histoire collective.
2
Résultats d’enquêtes menées entre 1998 et 2001 avec 403 copies obtenues auprès d’élèves de
secondaire IV (53 copies), V (51 copies), CEPEG francophone (24 copies), CEGEP anglophone (38
copies), et d’université (237 copies). LETOURNEAU & MOISAN, 2004 : 329-333. Les références à
« LETOURNEAU (dir.), 2006 » font part d’un projet semblable sur les récits historiels, mené au cours
des années académiques 2003-2004 et 2004-2005 auprès de plus de 2 000 élèves de secondaire IV
ou V dans 17 établissements scolaires du Québec.
3
Pour ne pas alourdir la typographie, toutes les citations insérées entre guillemets qui suivront
renverront à cette référence bibliographique et ce, jusqu’à l’indication d’une nouvelle entrée.
372
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VI – Repérages historiques et mémoire collective
L’âge d’or
Le retournement de destin
Le recommencement
Une grande période de réveil collectif (années 1960) marque alors la troisième
ère, celle du « recommencement » avec la culture – voire le culte – de la modernité.
Les Québécois « s’ouvrent au monde, se libèrent du joug des Anglais dont le
gouvernement fédéral est devenu l’instrument privilégié d’intervention ». Les
trajectoires de l’avenir sont surtout redevables à René Lévesque. Désormais dotée
d’une figure emblématique, la langue vient ainsi homologuer l’identité et l’existentiel :
la survie du français équivaut à celle des Québécois.
L’hésitation
1
A ce sujet, voir aussi DE VILLERS, 2005 ; MARTEL & CAJOLET-LAGANIERE, 2000 ; MENEY,
2004 ; RAZAFIMANDIMANANA, 2007-b ; CORBEIL, 1986 ; POIRIER, 2004. D.C. ; MENEY, 2004.
373
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
camps s’anime, d’une part, de volontés d’un alignement distinctif (Denis Dumas dans
MARTEL & CAJOLET-LAGANIERE : 382) et, d’autre part, d’accusations de
nivellement séparatiste de la langue québécoise « pour les populistes » ou français
québécois standard « pour les élitistes » (MENEY, 2004 : 2-4). Le double stratagème
de normalisation officielle et opérationnelle (production d’outils de référence) du
français serait émancipateur pour les uns – valorisation de la spécificité sans vision
corrective par rapport à la norme extérieure de l’Académie française (DE VILLERS,
2005), mais oppresseur pour les autres car elle équivaudrait à l’accentuation de
l’isolement (MENEY, 2005-b. D.C.). Le duel autour du statut local ou transnational du
français au Québec pourrait ainsi devenir le trait caractériel du sujet sociolinguistique
contemporain, avec des taxations idéologistes imprégnées de la rhétorique politique
comme en témoigne la métaphore interrogative : « Faut-il rapatrier la norme ? » 1
(MENEY, 2004). En arrière-plan de cette opposition passionnée, se greffe sans
imprécision l’équivoque autour de la question nationale. Elle appert pesante en tant
que héritage conscientisé de la trajectoire déviée qu’évoquent les jeunes dans leurs
écrits : « le destin manqué d’un peuple victime des Autres et de ses propres
hésitations » (LETOURNEAU & MOISAN, 2004 : 332). Pour cette dernière période,
le choix d’un intitulé synthétisant la mouvance complexe et controversée
d’appropriation de la langue nous paraît adapté : l’avenir du Québec en langue
française ou québécoise ?
D.C.
1
Référence aux divergences quant au rapatriement de la Constitution canadienne en 1992.
2
La compilation des indexations thématiques dans l’ouvrage collectif ne pouvant avoir certes qu’une
374
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VI – Repérages historiques et mémoire collective
Les périodes coïncident plus ou moins avec celles des récits des jeunes mais
on retrouve surtout la même lecture d’une phase pionnière animée par « le rêve
français en Amérique » (op. cit. : 45), puis s’ensuivent la conquête et la non-
reconnaissance linguistique souffertes, qui sont toutes deux contestées (oppression,
résistance, vaillance). Le dénominateur commun dans la troisième période pour les
deux trames met en exergue l’instrumentalisation de la langue (par les anglophones)
et la prise de conscience de ce pouvoir linguistique (par les francophones) d’où le
« réveil » linguistique. Enfin, les dernières périodes se rejoignent dans la passation
des sentences du type « Québec français ! », aux recherches davantage unificatrices
du type « le français : langue commune » (op. cit. : 341). Le français est désormais
présenté comme le lieu de rassemblement, comme le signifie le titre « la langue de la
diversité québécoise » (GEORGEAULT & PAGE, 2006).
valeur indicative mais non moins dénouée de signification quant au poids du traitement de ces
groupes sociaux, peut également témoigner de la mention apostillée de ces trois groupes sociaux.
1
Collège d’Enseignement Général et Professionnel. Etablissement collégial propre au système
éducatif québécois, formation technique et pré-universitaire.
375
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
par le cœur et partagent la même langue » (TERMOTE, 2003-a : 351). Quant aux
relativisations à l’inclusion identitaire pluraliste, les irrégularités se situent dans le
paysage discursif mettant en exergue le sentiment des « déracinés et des exclus » 1
mais aussi dans le paysage graphique exhibant des marqueurs pouvant paraître
hostiles à la venue de la diversité et des langues autres :
Support discursif
Support graphique
Graffiti :
QUEBEC FRANÇAIS
LANGAGE TOI
ENGAGE TOI
Reproduction 4
Graffiti. Photographie sur Panorama Québec. URL : [[Link]
[Link]/]. Mise en ligne : 20/12/06.
1
Voir aussi GUEYE, 2003 ; MONTREUIL, BOURHIS & VANBESELAERE, 2004.
2
Sur un échantillon de 84 personnes, résidant à Montréal et incluant 12 émigrés et 12 natifs du
Québec et d’ascendance canadienne-française. Les quatre personnes en question sont : « deux
émigrés haïtiens et deux émigrés vietnamiens ». Enquête réalisée en 1995.
376
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VI – Repérages historiques et mémoire collective
1
Répondant en école secondaire au Québec dans RAZAFIMANDIMBIMANANA (2005 : 98).
377
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
(LETOURNEAU, 2000 ; 2006-a) en proclamant la continuité nécessaire de la
« lutte » 1 socioculturelle (notamment face aux Anglophones et aux Américains) et de
la sauvegarde identitaire (également face aux « immigrants »). Lors des dernières
polémiques autour des « Accommodements raisonnables » (cf. Ch. IV-2.1.2) une
question lancinante semblait préoccuper les esprits quant aux limites des droits
accordés aux « ethniques ». Certains, y inclus d’autres migrants installés depuis plus
longuement, estiment que les réclamations des autres communautés culturelles se
font à outrance – « ils exagèrent quand même ! » 2 – et aboutissent à ce qui est
désormais communément appelés des « accommodements déraisonnables » 3 tandis
que d’autres pourront retenir de leurs réclamations de l’ingratitude : « Pourquoi
l’immigrant n’arrive pas à dire simplement merci ? » (Dany LAFERRIERE 4, 2007.
C.N.S.). Outre les débats sur la pertinence même d’une migration importante, la
place juridique accordée aux nouveaux arrivants semble sans cesse controversée
d’où la problématique interlinguistique : jusqu’à quel point les Québécois sont-ils
prêts à concéder le partage de l’espace de l’importance linguistique ?
1
Le terme est presque symptomatique du poids des conflits interethniques et interlinguistiques au
Québec, cf. l’omniprésence de ce mot clé dans les textes d’opinion ou encore, dans les discours
recueillis lors de sondages réalisés auprès de jeunes élèves du Secondaire
(RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2005).
2
N.D.T. Montréal : février 2007. Commentaires entendus lors d’observations informelles. Voir aussi
« C’est bien beau les accommodements raisonnables mais moi, dans tout ça, je ne me sens pas du
tout respectée par les immigrants qui veulent faire régresser le Québec » dans l’article « L’affaire
Hérouxville déchaîne les passions. » Mario GIRARD. La Presse. Edition du 29/01/07.
3
Expression relevée dans plusieurs discours conversationnels (N.D.T., 2007) mais aussi dans
nombre de productions écrites, voir par exemple les articles journalistiques dont PAYETTE, 2007.
D.C.
4
Article paru dans La Presse. Edition du 28 janvier 2007. A ce sujet, voir aussi les entretiens
radiophoniques sur [Link] avec Dany LAFERRIERE (2006). C.N.S.
378
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VI – Repérages historiques et mémoire collective
1
Celui « d’une société où l’on ne jugera plus sur la couleur de la peau, mais plutôt sur la valeur
intrinsèque d’une personne. » (HERZBERGER-FOFANA, 2005. D.C.).
2
Cf. la mission d’assurer « un Canada uni chez lui » du Premier Ministre. URL : [[Link]
Mise en ligne : 11/04/07. Voir aussi les déclarations à la presse (ne s’inscrivant pas parmi les
communiqués officiels) : « Je pense que c’est une soirée importante, une soirée historique. Les
Canadiens ont dit oui au Québec et les Québécois et Québécoises ont dit oui au Canada. En
politique, on prend des risques. Mais les questions d’unité nationale et de réconciliation nationale sont
plus importantes que n’importe quel parti ou n’importe quelle personne » dans BELLAVANCE &
TOUPIN, 2006. D.C. Voir aussi LEVESQUE, 2006. D.C.
379
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
les migrants. Dans tous les cas, le « dialogue » (ibid.) est décrit comme fondement
du pays et de la construction de son « identité nationale » 1.
1
L’exposition virtuelle sur la thématique « identité nationale » et l’image du « Canada Cool » sur le
site de Bibliothèque et Archives Canada est particulièrement intéressante dans son approche du
concept de l’« identité nationale ». URL : [[Link]
Mise en ligne : 5/07/06. Il est notamment intéressant de voir que dans la documentation archivée et
numérisée, le répertoire thématique canadien incluant, par exemple, Peuples autochtones, Politique et
gouvernement, Art et photographie, Guerre et armée n’inclut pas de thème Langue. Voir aussi
ARCAND, 1998 ; BONIN, 1998.
2
Désignation faisant référence à la période antérieure aux années 1980 où la territorialisation de
l’identité québécoise n’avait pas encore d’ancrage dans l’esprit collectif. L’adoption massive tant à
l’intérieur qu’à l’extérieur du Québec de l’appellation « Québécois » serait notamment redevable à
l’absence d’un passé commun (Gérard Bouchard dans PLOURDE, et al., 2003 : 355) mais sans doute
aussi au manque d’autres référents identitaires dont l’impression d’un intérêt et d’un dessein
communs.
380
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VI – Repérages historiques et mémoire collective
1
Voir par exemple le portail du ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCC). URL
: [[Link] Mise en ligne : 28/04/07. Sur la valorisation de la création et le
rayonnement des œuvres, l’aide à l’exportation des produits culturels, voir aussi la Société de
développement des entreprises culturelles (SODEC). URL : [[Link] Mise en
ligne : 28/04/07.
381
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
arbitraire, non « a-culturelle » (MACLURE, 2006 : 158) et qui, malgré une façade
pluraliste, s’avère parfois inadaptée à ses propres complexités : « n’y a-t-il pas une
majorité d’anglophones au Québec qui refusent de s’identifier au peuple
québécois ? » (SEYMOUR, 2006 : 181) 1. De fait, parmi les grands mythes
symboliques qu’énumère BOUCHARD, G. (2007 : 29. D.C.), il n’apparaît guère de
dimension plurilinguistique ou de valorisation du plurilinguisme.
1
Sur la situation des anglophones au Québec, voir aussi VIERA, 2006 ; LARRIVEE, 2003 ; ALLEN,
2004.
2
Voir aussi CALVET, 2004. D.C.
382
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VI – Repérages historiques et mémoire collective
1
La peur de voir l’identité ou la culture « diluée » a été relevée, avec l’emploi du même terme, lors des
observations informelles sur le terrain. Cf. aussi « les cours d’histoire dilués » (ROBITAILLE, 2006.
D.C.) au Ch. VI-3.2.3.
2
Voir aussi HORNBERGER, 1998 sur les « langues en danger » et le « linguicisme ».
3
Sur l’« impérialisme linguistique », cf. PHILLIPSON, 1992.
383
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
résulte aussi en génocide (op. cit. : 259 ; 263). Cette expansion de l’un au prix de
l’extinction de l’autre se réfère, selon BRETON (1995 : 104-5), au « linguicide »,
sorte de mise à mort autoritaire d’une communauté linguistique :
« Le linguicide est une forme d’ethnocide qui se limite à l’éradication de la langue
native d’une population. Plutôt que les techniques répressives […]. Cela devient
alors une politique de développement culturel, […]. Et les bienfaits de l’instruction
obligatoire pourront être étendus indifféremment aux populations autochtones –
ethnies sans Etat ou minorités transfrontalières – comme aux immigrés. »
A défaut de traces manifestes (hors toponymie) des langues autochtones au
Québec, l’architecture linguistique se compose certes de nombreuses présences
graphiques des langues natives allophones – l’exemple le plus connu et le plus lisible
étant sans doute l’affichage commercial et culturel au centre-ville de Montréal
(OQLF, 2007-b. D.C.) avec en tribune, les devantures du Quartier chinois – mais en
vertu des interdictions coercitives définies par la Charte 1, surveillances mandatées 2
et plaintes déposées 3 convoquent ce que nous pourrons nommer « les dissidents de
101 » au bord des accusés. Lorsqu’ils sont jugés d’infraction linguistique, les
sanctions sont juridiques mais aussi médiatiques 4. Du pouvoir représentationnel de
ce dernier, il convient d’en questionner les bénéfices car la référence pose d’emblée
l’objectif du côté de la langue majoritaire.
1
Cf. OQLF, 2007-a. D.C.
2
L’une des missions de l’OQLF consiste à « veiller à ce que le français soit la langue habituelle et
normale du travail, des communications, du commerce et des affaires dans l'Administration et les
entreprises ». Cf. l’URL : [[Link] Mise en ligne : 2/05/07. Voir
aussi OQLF, 2006-a. D.C.
3
Voir « Respect des droits linguistiques et plaintes » : URL :
[[Link] Mise en ligne : 2/05/07.
4
Cf. PRESSE CANADIENNE, 2007. D.C. Voir aussi « Victoires et déboires du français à Montréal ».
[Link]. URL : [[Link]
[Link]]. Mise en ligne : 2/05/07.
5
Cf. « Victoires et déboires du français à Montréal ». [Link]. URL : [[Link]
[Link]/regions/Montreal/2007/01/30/[Link]]. Mise en ligne : 2/05/07.
384
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VI – Repérages historiques et mémoire collective
langues importées en soi, mais leur vitalité situationnelle n’en demeure pas moins
affectée faisant d’elles des langues contextuellement en danger (HORNBERGER,
1998). Les deux formes de perte – localisée et mondialisée – formalisent cependant
les langues endémiques des Premières Nations 1.
1
Cf. URL : [[Link] Mise en ligne : 2/05/07.
2
Voir aussi le rapport de la Commission royale (MINISTERE DES AFFAIRES INDIENNES ET DU
NORD CANADA, 1996. D.C.).
3
MINISTERE DES AFFAIRES INDIENNES ET DU NORD CANADA, 1996. D.C.
4
Voir aussi WURM, 1996.
385
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
sans conséquence sur le sort de l’anglais, des langues amérindiennes et des
langues maternelles des immigrants non francophones au Québec. […] la norme
de neutralité promue par le libéralisme et le républicanisme est non seulement
inapplicable, mais elle est aussi partiale. L’exigence de neutralité fournit un
critère de jugement pour invalider les demandes de reconnaissance,
d’accommodement ou d’autonomie formulées par les minorités, alors que
l’inévitable irrigation des normes publiques par les valeurs de la majorité assure à
celle-ci un relais continu entre la culture et la politique. Dans les faits, cette
séparation hermétique alléguée entre le culturel et le politique risque fort de
pousser les cultures minoritaires, en les privant de toutes ressources politiques
pour assurer la reproduction ou la recréation de certains de leurs attributs
culturels, de la pente glissante de la folklorisation et, à terme, de l’acculturation. »
(MACLURE, op. Cit. : 158-9).
1
Sur la représentation des minorités ethniques et visibles dans le monde des divertissements, voir
TALLIM, 2005. D.C. Sur la politique pour l’augmentation de la représentation ethnoculturelle dans les
grands médias de socialisation, cf. MICC, 1990 : 92. D.C.
2
Voir aussi les lois non discriminatoires à l’embauche. CDPDJ, 2000. D.C. ; 2006-a. D.C.
3
Les mentions figurent notamment dans les rapports annuels des activités du ministère, cf. MICC,
2000 ; 2002-b ; 2003-a. D.C.
386
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VI – Repérages historiques et mémoire collective
psychologues ont tous travaillé, selon les modalités appropriées, les processus
de différenciation. Ce n’est que par une captation de cet héritage que se sont
multipliés les discours réducteurs comme moyen de domination, voire de
ségrégation par enfermement de l’individu ou du groupe dans une identité
monolithique, réduite à une seule dimension. » (ABDALLAH-PRETCEILLE,
2005 : 21).
1
Droits de reconnaissance collective (vie, langue, culture, travail), d’autogestion du territoire collectif
(propriété, institutions, accès et exploitation des ressources naturelles, protection du marché et
organisation autocentrée). (BRETON, 1992 : 117 ; 120-123).
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
comme pour entrer dans l’« inter-dit » (SERRES, 2007 : 31) mais aussi de dire ce qui
se passe entre eux.
1
« Tout et aussi longtemps que la seule alternative à la modernité à couleur unique sera la tradition, il
ne faudra pas se surprendre du refus organique et largement répandu au sein des communautés
autochtones de reconnaître une valeur quelconque à la modernité. » (LEVESQUE & TRUDEAU,
2001 : 23).
388
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VI – Repérages historiques et mémoire collective
1
Chef du conseil de bande de Betsiamites, dans BOVE, 1995. D.C.
2
Droits de reconnaissance collective (vie, langue, culture, travail), d’autogestion du territoire collectif
(propriété, institutions, accès et exploitation des ressources naturelles, protection du marché et
organisation autocentrée). (BRETON, 1992 : 117 ; 120-123).
3
Cf. APN, 2001 ; Rapports et recommandations de la Chambre des communes (2006) sur les droits
dans les réserves. 6e rapport, 39e législature. URL : [[Link] Mise en ligne : 14/12/06.
Voir aussi les archives médiatiques sur « La paix des braves » (2002) et les polémiques corrélés :
[Link]. URL : [[Link]
6120/politique_economie/droits_autochtones/]. Mise en ligne : 3/02/07.
4
Programme d’Eveil au langage et ouverture à la diversité linguistique, URL : [[Link]
389
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
principal pourrait s’illustrer, tant pour les langues autochtones que pour les langues
de l’immigration, comme suit :
Reconnaître les langues des Premiers Peuples comme les premières langues
du Québec.
Reconnaître ces langues comme officielles dans les territoires où elles sont
parlées.
Reconnaître la nécessité d’un enseignement en langues autochtones le plus
poussé possible.
Or, compte tenu de la complexité liée, entre autres, aux mesures des
diagnostics, de l’extériorisation difficile des minorisés, du pouvoir électoral en jeu,
des limites budgétaires, de l’administration des infrastructures, etc., la prise en
compte des minorités au sein d’un groupe continentalement minoritaire – et donc au
statut de minorité lui aussi – dessine un environnement aux revendications
juxtaposées, où traitement et acceptation de chacune requièrent toutes les
Mise en ligne : 21/04/07. A ce sujet, voir aussi ARMAND & DAGENAIS, 2005 ; MARAILLET &
ARMAND, 2006 ; ARMAND, 2005 ; MARAILLET, 2005.
1
Les prochaines références au « français, langue seconde » seront effectuées par le biais de
l’acronyme FLS. Sur l’historique distinctif entre FLM, FLE et FLS, voir COSTE, 2007.
2
Cf. aussi l’« arithmétique de la dévalorisation » au Ch. VI-1.
3
Voir aussi TAYLOR, 1992.
390
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Chapitre VI – Repérages historiques et mémoire collective
« La langue mohawk, c’est comme une ligne téléphonique directe qui me met en
contact avec mes ancêtres. » (Activiste culturel mowhawk de Kahnawake dans
CLEARY & DORAIS, 2005 : 251).
1
Cf. le concept de « langues menacées » ou en danger et la liste publiée par SALIMEN, (dir.), 1993-
1999. UNESCO Red Book on Endangered Languages: Europe. URL :
[[Link] Mise en ligne : 29/04/07. Voir aussi WURM, S. A.
(éd). 1996. Atlas des langues en péril dans le monde. Paris : UNESCO. 60 p.
2
Sur la prise en compte des discours sur l’altérité, notamment en milieu urbain, et des perceptions
discursives sur l’« étranger », voir aussi BULOT, 2001.
391
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
3.2.3. Emergence de révisions historiques
Nous parlons de l’aspect « émergeant » plutôt qu’« existant » en raison,
premièrement, de la nouveauté relative des productions où sont circonscrites les
revendications des groupes linguistiques minoritaires, si ce n’est par leur narration
des tensions vécues (LA BORGUE, 1984), au moins par la description distanciée de
celles-ci. L’un des premiers événements sociolinguistiques révélateur de l’inconfort
des minorités et largement relaté est la crise de Saint-Léonard 1 dans les années
1960. Suite à une proposition de loi pour abroger les classes bilingues en classes
unilingues (1967), l’apogée d’émeutes en 1969 deviendra en effet emblématique des
conflits aux enjeux tripartites entre allophones (en l’occurrence les « Italo-
Québécois »), anglophones et francophones :
« D’un côté, les tenants du libre choix veulent laisser les parents choisir la langue
d’enseignement de leurs enfants. De l’autre, les nationalistes francophones
réclament la fin de l’anglicisation des minorités linguistiques, qui selon eux,
menace l’avenir du français. » (GAGNON, R., 1996 : 279).
1
Voir aussi les archives télévisuelles sur la Crise de Saint-Léonard et autres documents connexes sur
[Link]. URL : [[Link]
Mise en ligne : 3/02/07.
2
L’on assistera effectivement dans les années 1970, en amont de l’adoption de la Charte, à la mise
en place de plusieurs Commissions d’enquête étudiant prioritairement la situation de la langue
française mais abordant également la question des droits linguistiques (GAGNON, 1996 : 279). En
matière d’interventions politiques adaptées aux besoins spécifiques des populations minoritaires,
l’historicité s’échelonne donc sur une période de 30-40 ans (voir aussi BENES & DYOTTE, 2001 ;
Mc ANDREW, 2001-b).
3
Voir, entre autres, PAGE, 1997-a ; 2005 ; 2006 ; SEYMOUR, 2006 ; LARRIVEE, 2003 ; PICHE,
2003 ; 2005-a ; Mc ANDREW, 2001-b ; LAMARRE, 2001 ; LAPERRIERE, 1990 ; 1994-b ;
LETOURNEAU, 2006-b ; KANOUTE, 2002-a ; MEINTEL, 1989 ; 1992.
392
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre VI – Repérages historiques et mémoire collective
- « diluer l’histoire » ;
- « mémoire collective bafouée […] cette réforme semble donc conçue dans le
1
Cf. aussi MELS, 1997-a. D.C.
2
Avec la Géographie, la discipline fait partie du « domaine de l’univers social ». Dans ce programme
destiné à préparer les écoliers du XXIe siècle, les trois missions imputées à l’école sont : instruire dans
un monde du savoir, socialiser dans un monde pluraliste (au sens interpersonnel comme au sens
interculturel) et qualifier dans un monde en changement. (MELS, 2006-c : 11). Voir aussi Ch. VII-1.3.
3
Voir aussi les répliques différées suscitées suite à cet article : LETOURNEAU, 2006. D.C. ;
FOURNIER, J-M. 2006. D.C. Pour les applications au primaire de l’« éducation à la citoyenneté », cf.
Ch. VII-1.3.
4
Cette observation s’appuie sur les réactions publiées en ligne sur le site de diffusion de l’article.
5
Il s’agit des réactions saisies en ligne dans l’immédiateté de la publication de l’article (26/04/06)
étendues du 27/04/06 au 03/05/06 sauf pour une, éditée le 28/12/06. Au moment de la consultation
(21/01/07) il y avait 28 commentaires au total.
393
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
but de tuer le nationalisme Québécois » ;
- « une neutralité appauvrissante […] je déplore que l’on veuille gommer les
aspects plus politiques de cette ‘fabuleuse’ histoire du Canada et du
Québec » ; « cette initiative est une ignominie » ;
- « des traîtres […] histoire concepteurs […] des vendus » ;
- « un cours de français sans accent » ;
- « assujettissement au fédéralisme ; propagande fédéraliste ».
1
Voir aussi LA BORGUE, 1984 : 423.
2
Pour reprendre le titre de l’ouvrage de LETOURNEAU, 2000.
394
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Chapitre VI – Repérages historiques et mémoire collective
d’investir le présente et l’« alternité » 1. Si parfois, comme ici, il n’est pas réellement
question de revenir sur les termes actés d’une éventuelle copropriété, ce qui paraît
moins intouchable est le contrat moral à rétablir, et dont dépendront les conditions de
vie – inévitablement – « communes » à venir. Enfin, malgré les imperfections ou
provocations attribuées, l’instauration de l’éducation à la citoyenneté dans le
programme scolaire consiste néanmoins, en soi, et en tant que pédagogie visant à
développer des compétences transversales en matière de vie sociale, une avancée
dans l’optimisation de la pluralité. Au même titre que l’éducation antiraciste et la
formation en interculturel, il s’agit d’un investissement dans une communauté
compétente dans la formalisation de l’altérité (KANOUTE, GERVAIS, SERCIA &
CANTIN, 2006 : 13) et dans la pratique conjointe de la différence et de l’unité.
1
Proposé pour désigner la permanence de l’altérité ou le fait de l’altérité. Voir l’Introduction générale.
395
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VI – Repérages historiques et mémoire collective
CHAPITRE VII
Les écoles font partie des acteurs publics sollicités et réactifs lors des débats
inclusifs sur les pratiques d’accommodements raisonnables avec la Commission
Bouchard-Taylor (cf. Ch. IV-2.12 ; GOUVERNEMENT DU QUEBEC, 2007. D.C. ;
CHAREST, 2007-a et b. D.C.). A cette occasion, la Commission Scolaire De
Montréal (CSDM) a publié un mémoire faisant état des caractéristiques plurielles de
sa population, des défis qu’elles représentent et de 13 recommandations. L’une
consiste à « faire reconnaître les réalités et les particularités du milieu montréalais
pluraliste dans toutes les autres régions du Québec. » (CSDM, 2007-b : 18. D.C.),
d’où l’importance qu’on peut accorder aux diversités en jeu. Outre ce besoin de
reconnaissance que nous traiterons également du point de vue individuel avec les
récits identitaires des enfants (Partie III), la population de la CSDM est présentée
selon les principes éthiques du « mieux-vivre ensemble » et de l’« accommodement
raisonnable réciproque » (cf. Ch. VII-2) . L’ajout de ces qualificatifs constitue une
autre recommandation en vue d’une gestion civique de la « diversité culturelle,
linguistique et religieuse » de la société comme le titre le mémoire de la CSDM
(ibid.). Ce qui distingue la CSDM est effectivement présenté à travers les effets des
flux migratoires sur les plans ethnoculturels, sociolinguistiques et socio-
économiques :
« La population avec laquelle la CSDM est en contact, à savoir près de 106 000
élèves 1, jeunes et adultes, représente une part importante de la population
montréalaise. Les flux migratoires au sein de la région métropolitaine ont un
impact certain dans nos établissements scolaires. Ainsi, 23 % des élèves qui
fréquentent nos établissements du secteur jeune sont nés hors Québec et
proviennent de 193 pays où sont pratiqués des religions et cultes divers, dont les
neuf principaux sont : le bouddhisme, le catholicisme, l’hindouisme, l’islam, le
judaïsme, le christianisme orthodoxe, le protestantisme, le sikhisme et le vaudou.
1
Données pour l’année 2006-2007.
397
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Globalement, les élèves parlent plus de 151 langues 1 tandis qu’à peine plus
de 50 % d’entre eux ont le français comme langue maternelle 2. La sous-
scolarité de plusieurs élèves immigrants est à considérer. En 2006-2007, la
Commission scolaire a évalué les connaissances de 360 élèves nouvellement
arrivés, âgés entre 12 et 15 ans et accusant un retard scolaire de trois ans ou
plus. Ces élèves, considérés sous-scolarisés par rapport aux normes du
ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), proviennent
principalement de l’Afrique, de l’Inde, du Proche-Orient, du Moyen-Orient, de
l’Amérique centrale, de l’Amérique du Sud et, enfin, de l’Asie du Sud-Est 3.
Avant d’étudier précisément l’école montréalaise et les défis qui lui sont
prêtés, il sera question de l’« école » avec le rôle du FLC pour le contexte québécois.
Enfin, l’ensemble de ces paramètres seront à prendre en compte pour la
compréhension du système éducatif des « classes d’accueil » (CA).
D’une durée de six années, la scolarité au primaire se planifie ainsi dans les
normes démocratiques de la « société moderne » (MICC, 2006-c. D.C.) dont se
définit le Québec. La division du système peut se représenter comme suit :
1
Emphases personnelles pour cet extrait.
2
Déclaration de la clientèle 2006-2007.
3
Bilan annuel des évaluations de mathématiques, année 2006-2007.
398
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VII – Ancrages du monde scolaire
Enseignement primaire
1ère année 2ème année 3ème année 4ème année 5ème année 6ème année
Figure 3
« l’ensemble des valeurs qui animent notre système démocratique et qui sous-
tendent en particulier nos chartes des droits et nos institutions. Ce sont
notamment les valeurs de la justice sociale telles que la non-discrimination et
l’équité, les valeurs relatives à l’existence du droit telles que le respect de l’autre,
l’égalité – notamment des sexes – et la responsabilité, les valeurs relatives à la
participation démocratique comme la négociation, la résolution pacifique des
conflits, la solidarité et l’information. » (MELS, 1998-a : 2. D.C. ; 1997-b : 34-5.
D.C.).
399
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
et positionnements individuels est soumise au pouvoir institutionnel car l’école est
aussi porteuse des politiques sociétales. L’école québécoise fait la mention explicite
de cet objectif à vocation sociale en intégrant la propension à la diversité dans le
triple mandat dont elle s’est dotée :
Productrice d’une culture qui lui est propre (DE QUIEROZ, 2006 : 37), l’école
offre aussi « un terrain fertile d'influence et d'appropriation dans la mesure où sa
population en est la plus vulnérable » (DUBE, 2002). Ce façonnage institutionnel de
l’être se fait à l’intersection des modes de valorisations, d’où le pouvoir élévateur de
l’école à travers les sanctions académiques mais aussi, et par ces mêmes
paramètres, de discriminateur. Le facteur des différenciations sociales est d’autant
plus crucial au Québec compte tenu des recompositions démographiques que nous
lui connaissons, l’encadrement politique a donc pour objet d’armer l’école d’une
approche civique adaptée. Les programmes retenus dès l’aube du 21e siècle 3 par le
ministère de l’Education semblent en adéquation avec une intention promotionnelle
d’une société « ouverte » (Robert Bourassa dans MICC, 1990 : I. D.C.). Les rôles de
1
Répondant dans ALLEN (2004 : 114-5) ; cf. Ch. V-2.2.1.
2
Sorte de leitmotiv du monde scolaire qui apparaît dès 1990 dans les objectifs concernant les
relations intercommunautaires (MICC, 1990 : 88. D.C.). Pour la CSDM, le principe est précisément de
« mieux-vivre ensemble » (CSDM, 2007-b. D.C.).
3
Cf. « Enoncé politique en matière d’intégration et d’immigration. » (MICC, 1990. D.C.).
400
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VII – Ancrages du monde scolaire
« Les principes d’action sur lesquels s’appuie l’école québécoise pour traiter la
diversité ethnoculturelle, linguistique et religieuse se rattachent à certains
fondamentaux de l’éducation et aux énoncés gouvernementaux qui sous-tendent
l’intégration des personnes immigrantes à la société québécoise. Ces principes,
partagés et soutenus par l’ensemble des institutions, sont l’égalité des chances,
la maîtrise du français, langue commune de la vie publique, et l’éducation à la
citoyenneté démocratique dans un contexte pluraliste. » (MELS, 2001-b : 6.
D.C.).
1
Pour un comparatif sur le continent, voir aussi la politique “No child left behind” adopté en 2001 aux
Etats-Unis. (U.S. DEPARTEMENT OF EDUCATION, 2001. D.C.). Voir aussi DICKERS (2003) pour un
contre discours aux restrictions linguistiques.
401
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
promotion de la pluralité est portée par des principes d’interculturalité et d’égalité
mais elle est aussi soumises à certaines conditions.
1
Sur cette notion, voir IMBERT, 2007 ; Partie III (Introduction).
2
La référence est à la politique de la reconnaissance de TAYLOR (1992).
3
Voir aussi MICC, 2006-b ; c. D.C.
402
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VII – Ancrages du monde scolaire
Depuis la réforme du système éducatif qui s’est opérée dès les années 1960
au Québec (MELS, 2001-b : 2. D.C.), l’école démocratisée tend à conjuguer aux
savoirs fondamentaux les modes de sensibilisation et de participation au projet
collectif qu’est la « culture commune » (LEVASSEUR, 2006 : 614). Dans cette
optique dialogique du socle culturel, l’arbitraire du préexistant se veut dépassé afin
d’inclure l’action des groupes minoritaires autant que celle du groupe majoritaire. Le
projet culturel s’entend donc comme « définition intersubjective des normes ou des
références sociales » (ibid.). La mission citoyenne de l’école répond alors aux
exigences d’une société à constance pluraliste afin de produire un mode relationnel
acceptant la diversité. Dans le sens d’une culture « à co-construire », les forces de
reproduction ou d’influence conceptuelles sont incorporées dans l’instruction aux
jeunes afin qu’ils adoptent un regard avisé quant à leur pouvoir d’assertion
personnelle :
L’utilisation critique des médias est aussi visée dans l’Enoncé de 1990 avec le
rôle des « médias de socialisation » 1 afin de cultiver le sentiment d’appartenance de
« tous les Québécois à une même société » (MICC, 1990 : 88. D.C.). L’inclusion
interculturelle à orientation réaliste signifiée par cette préoccupation, quant au
formatage réducteur des médias mais aussi les efforts de non-stéréotypisation des
produits culturels et des manuels scolaires (MICC, 1990 : 92. D.C. ; MELS, 1998-a :
13. D.C. ; 2001-b : 49. D.C.), n’est pas sans soulever une première difficulté
d’application. Une idéologie inclusive des complexités des réalités se voit en effet
contrer par l’infini des faits et des variations. Reconnaître ces derniers comme
existants et valables représente une part symbolique dont la matérialisation
1
Le MICC (1990 : 88. D.C.) définit l’expression comme désignant « l’ensemble des moyens utilisés
par une société pour développer dès l’enfance et, par la suite, durant la vie adulte, un sentiment
d’appartenance et d’identification chez ses membres. La plupart du temps, cette socialisation est
largement inconsciente et repose sur les images véhiculées quant aux critères d’appartenance à la
société commune dans différents médias, notamment les manuels et les programmes scolaires, les
émissions de télévision, les articles de journaux et les messages publicitaires ainsi que la
toponymie. »
403
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
envisagée ici, suppose la faisabilité de l’exhaustivité ou du moins, sa maximisation.
1
Cf. Ch. II-1.2.2.
404
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VII – Ancrages du monde scolaire
« L’éducation est l’action exercée par les générations adultes sur celles qui ne
sont pas encore mûres pour la vie sociale. Elle a pour objet de susciter et de
développer chez l’enfant un certain nombre d’états physiques, intellectuels et
moraux que réclament de lui et la société publique dans son ensemble et le
milieu spécial auquel il est particulièrement destiné. » (Emile Durkheim 2 dans
DARMON, 2006 : 12)
1
Référence au regroupement des institutions et des professionnels qui interviennent sur
l’encadrement de l’enfance au sein du même lieu social qu’est l’école (DARMON, 2006 : 61).
2
Emile DURKHEIM (1922). Education et sociologie. Paris : PUF : 51. Référence citée dans
DARMON, 2006 : 12.
405
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
effectives pour « éviter le piège de l’imposition de la norme culturelle de la majorité
ou de l’ethnocentrisme » et donc « de la marginalisation des expressions
culturelles » des minorités (LEVASSEUR, 2006 : 612). Autre écueil en substance
avec une « logique de la différence » (ABDALLAH-PRETCEILLE, 2005 : 75), le
stigmate de l’altérité suppose comme inhérente aux communautés mises en
opposition, leur union contradictoire, voire incompatible. La nécessité de la
« dépolarisation » de l’opposition « eux-nous » formulée il y a plus de dix ans par
Mc ANDREW & JACQUET (1996 : 296) trouve en cela une actualisation encore
saillante. Il en émerge aussi le risque du « relativisme culturel » excessif (op. cit. :
616), rendant chancelante toute tentative d’accréditation même historique ou
majoritaire. L’enjeu épineux pour l’école québécoise dans sa politique du « savoir
vivre ensemble dans une société francophone, démocratique et pluraliste » (MELS,
1998-a : 23 ; 28. D.C.) consiste en fait à valoriser l’engagement participatif à une
communauté des différences tout en incitant la souscription à la primauté de l’unique
langue commune. Il y a tension dans cette volonté de communier la diversité
ethnoculturelle à l’unicité linguistique, car bien que les langues autres soient admises
et transmises dans l’enceinte de l’école, leurs droits de pratiques sont différemment
restreints et le passage à l’acte en langue autre – au potentiel pourtant intégrateur et
conciliateur de l’identité plurielle (MOORE, 2006 : 68-72) – reçoit un décodage illicite
quelque peu limitatif.
1
Sur l’altérité sans position en surplomb dans la méthode scientifique en linguistique, voir aussi
ROBILLARD (de), 2007-b ; RICOEUR, 1996 ; CALVET, 2007. Cf. aussi Ch. V.
406
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1.4. FLC
1
Cf. Ch. IV-2.3.3 et 2.4.3.
407
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1.4.1. Approches visées de la notion « FLC »
Par FLC, nous faisons référence à cette politique à la fois socioculturelle et
politique où la langue se voit officiellement attribuer le rôle de rassembleur.
Paradoxalement, cette visée (ré)unificatrice des identités hétérogènes tend à
hiérarchiser les pratiques sociales, ce qui retient particulièrement notre attention.
Comment les identités réservées/reléguées aux sphères privées s’expriment et se
vivent-elles ? Les discours subjectifs sur l’utilisation du FLC représentent également
des indications innovantes permettant de confronter les politiques aux pratiques :
La visée altéritaire permet aussi de puiser dans les discours subjectifs pour
explorer la vitalité (qualitative) plurilinguistique. Nombre d’études évaluent
effectivement l’arrivée des migrants dans l’espace culturel ou professionnel (GODIN
& RENAUD, 2005 ; RENAUD et al., 2001-a et 2001-b) ainsi que les effets des
« concentrations ethniques » sur la société d’accueil (Mc ANDREW & LEDOUX,
1995 ; Mc ANDREW, VELTMAN, LEMIRE, ROSSELL, 1999 et 2000). De même, on
dispose d’une littérature et d’indications importantes concernant l’arrivée des
migrants dans l’espace francophone québécois : « l’apprentissage du français aux
petits immigrants » (Mc ANDREW, 2001. D.C.). Les écueils ont déjà été soulignés
pour œuvrer à davantage adapter les indicateurs aux complexités situationnelles
comme l’illustre l’invitation de Mc ANDREW dès 1994 lors du « Séminaire sur les
indicateurs d’intégration des immigrants » :
« […] réfléchir sur un certain nombre d’indicateurs de nature plus sociale, afin de
tenir compte du mandat de socialisation plus large de l’école, sans tomber dans
l’alarmisme, sans oublier la temporalité nécessaire à l’intégration et sans
retourner à une conception culturaliste de ce processus. »
408
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Les discours subjectifs des migrants plurilingues sur leurs rapports aux
langues constituent, pour nous, une surface visible et potentielle sur les (res)sources
des diversités québécoises. En travaillant autour de la notion de FLC, nous
souhaitons donc observer l’expérience (ou pas) du français en tant que
« communité ». Il s’agit, dans cette perspective, d’un premier seuil aux mesures
potentielles d’une politique du français, langue commune de la vie publique sans
pour autant restreindre la circulation des langues. Les enjeux ethno-
sociolinguistiques se répercutent certes – comme tout enjeu identitaire – sur la
territorialisation des pouvoirs mais la problématique en amont concerne, à notre avis,
les aptitudes individuelles et institutionnelles à percevoir le partage d’une langue
commune et la pratique d’autres langues comme étant compatibles au sein d’un
même projet :
1
Voir aussi LAMARRE, 2001 ; LAMARRE & PAREDES, 2003 ; LAMARRE & DAGENAIS, 2003.
409
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Il en découle des questionnements importants quant aux conceptions sous-
jacentes à toute politique linguistique en termes d’enjeux humains :
1
Les compétences intellectuelles, méthodologiques, personnelles et sociales ainsi que les aptitudes
communicationnelles constituent les compétences dites « transversales » car elles transcendent les
domaines généraux de la formation et ses disciplines (MELS, 2001-b : 7. D.C.).
2
Cf. MCC, 1996. D.C. ; BEAUDOIN, 2000. D.C. ; MELS, 1998-a : 7. D.C.
3
Cf. HELLY, 2001 ; FCSQ, 2001. D.C. ; CSDM, 2000. D.C.
4
169 200 exemplaires vendus par semaine, soit 2,5 % du marché global québécois et 2,9 % du
marché francophone québécois (CEM, 2007 : 5. D.C.).
410
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Chapitre VII – Ancrages du monde scolaire
« Le Québec se félicite, à bon droit, que l’école francise les enfants d’immigrants.
Mais cela ne fait pas une politique d’intégration. Pas avec une immigration
concentrée à Montréal, où les enfants de communautés culturelles monopolisent
certaines écoles et où le lien avec la société d’accueil est de fait ténu. […]
Et une fois le français acquis (ou déjà maîtrisé), l’immigrant se butera à nos
tabous : on ne lui avait pas dit qu’à Montréal parler anglais est un atout
professionnel et qu’il vaudrait mieux qu’il en maîtrise aussi quelques
rudiments ! » (BOILEAU, 2007. D.C.).
L’article contient les assises de ce qui est d’actualité avec la question des
migrants c’est-à-dire : les retombées des mesures de francisation ; le rôle de l’école
dans leur intégration ; les disparités dans la répartition démolinguistique
intraprovinciale et intra-Montréal ; les « tabous » des réalités contextuelles... Cette
thématique « migration/intégration » dont la couverture médiatique et polémique est
actuellement d’une ampleur exceptionnelle, car inégalée jusque-là (TERMOTE,
2003 : 348), se voit pourtant imposer un nuancier dans son importance compte tenu,
par exemple, de son « absence » lors de la dernière campagne électorale en mars
2007 (BOCAR LY, 2007. D.C. ; CITOYENS TEMOINS, 2007. C.N.S.). Qu’il s’agisse
d’« un mauvais moment pour parler de certains sujets chargés d’émotions » (Martin
Lambert dans CITOYENS TEMOINS, op. cit.) ou de la non-correspondance des
prérogatives abordées, cela renvoie en somme à la variabilité des priorités que l’on
associe face aux cohortes migrantes et à l’« étranger » en général. Nous avons
évoqué comment leur préséance peut servir de réceptacle aux problèmes socio-
économiques autres (cf. Ch. I-2), mais au-delà du concept du « bouc émissaire »
sociétal (BILLIG, 2003 : 457-9), l’immigrant québécois revêt aussi une responsabilité
symbolique et quantifiée 1 du fait linguistique. L’inscription complexe du FLC au
Québec révèle alors l’école comme étant sans conteste de ces embrayeurs
polémiques de la performance linguistique et de la permanence du fait français en
Amérique.
1
Les donnes démolinguistiques chiffrent, entre autres, l’« évolution » de la situation du français et de
la population francophone (CSLF, 1986-a. D.C. ; LANGLOIS, A., 2000 ; LANGLOIS, S., 2003),
l’assimilation des francophones (CASTONGUAY, 2002-a) et des transferts linguistiques effectués en
faveur du français (LAPIERRE-VINCENT, 2007 ; MICC, 1990. D.C.).
411
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Ce que l’article en sus, parmi d’autres, signifie est bien cette crispation autour
du pouvoir de l’école dans la francisation des nouveaux venus. Si l’éducation à la
citoyenneté doit insuffler aux jeunes la vocation de la communion plurielle, « la
maîtrise et l’usage du français » doivent alors permettre de « contrer l’exclusion et la
marginalisation » avec le pouvoir fédérateur du sentiment d’appartenance qui en
résulte (MELS, 1998-a : 7). Ayant à l’esprit l’aspect prioritaire, mais aussi précaire
car éminemment sensible, du sujet « immigrant », nous proposons à présent de
parcourir les fondements de l’école dans son insertion du migrant : processus d’ordre
socio-territorial car l’« explosion scolaire » (DE QUIEROZ, 2006 : 16) est aussi le
produit par excellence des métamorphoses guidées.
412
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Chapitre VII – Ancrages du monde scolaire
2.1. (Post)Modernité
1
LETOURNEAU (2001 : 10) propose une distinction entre l’hypermodernité (approfondissement des
logiques politiques, économiques et sociales propres à la modernité) et la postmodernité (sortie de
ces logiques). En accord avec la nuance nécessaire entre ces deux notions, la postmodernité paraît
pertinente pour notre propos compte tenu de l’emphase opérée sur les formes de rupture par rapport
aux dynamismes préexistants ou traditionnels. Ce faisant, nous n’excluons pas le caractère tout aussi
hypermoderne de la société québécoise puisque selon nous, il y a toujours une tension entre la
continuité des logiques et leur abandon.
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désormais relocalisée au registre linguistique. Autre forme de rupture face aux codes
traditionnels, la vigueur (trans)formatrice se fait par rapport à la ville, pulse des
innovations socioculturelles car c’est là que commutent, cohabitent et s’entrecroisent
les agents de la diversité qui n’ont d’exceptionnels que l’intensité et le symbolique :
1
Pour une historique complète des commissions scolaires, voir MELS, 2007-a. D.C. ; site de la
Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) sur l’URL : [[Link] Mise en
ligne : 22/02/07. Pour l’histoire de la Commission des écoles catholiques de Montréal, voir aussi
GAGNON, 1996.
2
Selon les données de la FCSQ, URL : [[Link] Mise en ligne : 22/02/07.
3
129 écoles primaires, 37 écoles secondaires, 13 centres d’éducations des adultes, 9 écoles de
formation professionnelle et 28 lieux de services de scolarisation. (CSDM, 2006-a. D.C.).
4
Pour voir la répartition de la carte scolaire de la CSDM, cf. l’URL :
[[Link] Mise en
ligne : 11/01/07.
5
Voir aussi CSDM, 2000. D.C. : 43-46 et 2001 : 7-9. D.C. pour les spécificités situationnelles,
budgétaires et professionnelles.
6
Voir aussi la carte scolaire de la CSDM sur l’URL :
[[Link] Mise en
ligne : 11/01/07.
414
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Chapitre VII – Ancrages du monde scolaire
qui s’y rapportent, peuvent logiquement se retrouver dans ceux propres aux
établissements scolaires.
1
Voir aussi les corrélations avec le concept de l’« urbanisation » de BULOT, désignant cette
« dislocation première et située des rapports entre la morphologie urbaine et la fonction sociale des
espaces spécifiques d'un point de vue sociologique et, sur les aspects langagiers, à une
recomposition complexe des espaces autour de la mobilité spatiale qui agit à la fois sur les
comportements et les représentations sociolinguistiques ». Thierry BULOT (2004). « Espace urbain et
mise en mots de la diversité linguistique » dans Les langues de la ville : signes, textes et différence.
Paris/Tübingen : Stauffenburg Verlag/ l'Harmattan. Référence citée dans BULOT, 2001.
2
Des archives documentaires recensent ainsi les chroniques comparatives, comme « Des progrès,
plus rapides chez les anglo-protestants », signalant les inégalités entre les groupes religieux avant
que l’opposition se fonde sur la distinction linguistique. Source : Eduction Québec ; vol. 11 ; n°1.
Septembre 1980.
3
Selon GAGNON, R., (1996 : 89), la période d’urbanisation de Montréal et de la CSDM se situe dans
l’intervalle de 1897-1919.
415
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
d’arcs offensifs du contre-pouvoir. D’une part, le développement industriel propulse
la ville en tête parmi les références occidentales et, d’autre part, les néologismes et
normalisation linguistiques (BOUCHARD, C., 2003) donnent une dimension avant-
gardiste au français québécois.
416
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Chapitre VII – Ancrages du monde scolaire
2.2. Pauvreté
1
Soit 72 % de l’ensemble des écoles pauvres de l’île de Montréal en 2000-2001 (CSDM, 2001 : 11.
D.C.).
2
Données de 2000 pour les régions métropolitaines de 500 000 habitants et plus (CSDM, 2005-b : 7.
D.C.).
3
« La population de la ville de Montréal représente environ 12 % de la population du Québec.
Pourtant, on y trouve le quart des ménages québécois prestataires de l’aide sociale » (CSDM, 2001 :
10. D.C.).
4
« Toute proportion gardée, c’est à Montréal que l’on retrouve le plus grand nombre de familles
monoparentales, de personnes seules, de personnes âgées vivant seules, de familles pauvres »
(CSDM, 2001 : 10. D.C.).
5
Nous entendons par cela, le creusement des différences entre le locatif central (la ville) et celui
perçu plus rural en périphérie.
6
A ce sujet, voir ARMAND, 2005-b.
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installations préfabriquées 1, la pénurie dans les services de garde et le retard dans
l’entretien du parc immobilier (CSDM, 2001 : 9-10. D.C.) 2. Ces facteurs,
symptomatiques du déséquilibre entre les services disponibles et ceux requis,
couplés de la forte concentration d’une croissance démographique, peuvent aussi
constituer des indices de pauvreté. Les écoles de la CSDM accueillent aussi la
majorité d’élèves issus de familles défavorisées de l’île tant par rapport au revenu
familial que par la sous-scolarité parentale (CSDM, 2005-f : 2. D.C.). La prospérité de
la « société du savoir » (MELS, 1997-a : 7. D.C.) récuse de fait la valorisation des
catégories de la population appartenant aux analphabètes, non diplômés, en
situation de retard scolaire, etc., où le niveau académique sert de mesure des
ressources. La « pauvreté » s’étendant de la sorte sous plusieurs configurations, les
tentatives d’explication sont nombreuses.
« plus de la moitié des écoles (58 %) ont 25 % et plus d’élèves dont la langue
maternelle est autre que le français et l’anglais. Cela signifie, par exemple, dans
le cas d’une école de 375 élèves, la présence de 95 élèves dont la langue est
autre que le français. Le nombre est suffisamment important pour avoir un impact
significatif sur l’environnement éducatif de l’école. » (CSDM, 2000 : 14. D.C.).
1
La CSDM a recensé 62 unités préfabriquées dans les cours de ses écoles (CSDM, 2001 : 10. D.C.).
2
Voir aussi CSDM (2005-e. D.C.) sur les constats et inquiétudes concernant la santé mentale au
travail.
3
De langue maternelle autre que le français, l’anglais ou une langue amérindienne.
418
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VII – Ancrages du monde scolaire
1
Voir aussi Mc ANDREW, 2001-a ; CSDM, 2000 : 13. D.C.
2
En 2001, on recense 45 % des immigrants de minorité visible à Toronto, 19 % à Vancouver et 11 %
à Montréal (STATISTIQUE CANADA, 2003-d. D.C.).
3
Les taux sont plus élevés en ce qui a trait aux réalités « de la dépression parentale, des familles
monoparentales et du rôle parental hostile » (BEISER, HOU, KASPAR & NOH, 2000 : 7). L’on inclut
aussi les problèmes liés à la consommation d’alcool et le recours à la garde non parentale des enfants
comme autres facteurs de risque (BEISER, HOU, HYMAN & TOUSIGNANT, 1998 : 24).
4
En 2001, le taux de chômage de la population immigrée est de 11,7 % contre 7,8 % pour la
population immigrée (PAGE, 2005 : 221). Voir aussi les facteurs d’insertion et d’accès à l’emploi dans
RENAUD, GINGRAS, VACHON, BLASER, GODIN & GAGNE, 2001-a ; b.
419
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2.2.3. Incidences académiques
L’accumulation des conditions difficiles n’est cependant pas sans lien avec les
décalages en termes de rendement académique si l’on compare l’effectif de Montréal
à celui d’autres commissions scolaires et d’autres régions au Québec. En toute
relativité par rapport aux chiffres, la CSDM détient les taux les plus faibles de
réussite éducative et de « diplomation » 1, que ce soit pour le nombre de passages
primaire – secondaire avec retard 2, du taux de décrochage scolaire (ou sortie sans
diplôme), du taux de réussite aux épreuves uniques ou du taux d’obtention de
diplômes (CSDM, 2005-b : 16 ; 34. D.C.). Il est certain que nombre de facteurs
scolaires et extrascolaires influent sur les performances de chaque élève et que
seule une approche soigneusement approfondie permettrait de mesurer la validité
générique de ces tendances, mais elles demeurent toutefois significatives de la
désarticulation spatiale entre la ville et les périphéries. L’école, investissement à long
terme pour apprenants, intervenants, familles et gouvernements, est véritablement
une institution importante – voire la plus importante 3 – dans la projection sociétale.
Or, cette transmission des principes et fondamentaux culturels la rend aussi
intrinsèquement dépendante des fluctuations socioculturelles, elles-mêmes soumises
aux mouvances politiques et idéologiques du collectif. En ce sens, nous avons vu en
quoi la scolarisation est aussi le biais de prédilection pour assurer la reproduction
des valeurs définies pas les agents sociaux. L’une des constantes dans l’histoire et
l’imaginaire de la société québécoise étant évidemment la volonté de préserver et de
promouvoir le fait français, le milieu scolaire est aussi l’espace privilégié pour la
normalisation sociolinguistique. Au-delà de son rôle emblématique, la langue assure
alors la double responsabilité socio-pragmatique d’intégration et de conformation des
nouveaux arrivants. Et c’est dans cette dimension qu’elle devient aussi la plus
problématique.
1
« Proportion d’élèves ou d’étudiants qui obtiennent ou ont obtenu un diplôme dans une population
donnée. » Le grand dictionnaire terminologique. Source : OQLF, 2004. URL :
[[Link] Interrogé le : 19/06/07.
2
Bien que les chiffres ne peuvent être qu’indicatifs, ils fournissent néanmoins une vision globale des
disparités éducatives. L’on constate, par exemple, une baisse générale du nombre de profils
effectuant le passage primaire – secondaire avec retard, mais Montréal maintient les taux les plus
élevés : environ 22 % en 2000-2001 à environ 16,9 % en 2004-2005 pour Montréal par rapport à la
baisse de 19,8 % à 15,9 % pour la même période sur l’ensemble du Québec. Le retard scolaire est
calculé selon l’âge au 30 septembre (CSDM, 2005-b : 2. D.C.).
3
« L'école occupe une place stratégique dans le phénomène de culturation : le jugement Arsenault-
Cameron nous répétait récemment qu'elle est l'institution la plus importante en ce qui a trait à la
vitalité et à la pérennité de la communauté. » (DUBE, 2002).
420
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VII – Ancrages du monde scolaire
2.3. Unicité
« Seuls les parents, et en particulier la mère, ont un contact avec leurs enfants.
Si ces derniers sont d’origine étrangère elles devront s’obliger à parler le
Français dans leur foyer pour habituer les enfants à n’avoir que cette langue pour
s’exprimer. » (Op. cit. : 9. D.C.)
1
Voir aussi DARMON, 2006 : 55.
2
Il s’agit du rapport préliminaire de la convention du groupe d’études parlementaires sur la sécurité
intérieure. Cf. URL : [[Link] Mise en ligne :
20/11/06. Voir aussi PUREN, 2006-b.
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Ayant notamment provoqué le soulèvement protestataire du milieu
universitaire, cette version originale – dont la production est aussi révélatrice des
dangers de la non-coopération entre les unités du pouvoir et celles de la recherche
scientifique – sera finalement revue en profondeur pour conclure sur la
« reconnaissance du bilinguisme précoce comme facteur d’intégration » (BENISTI,
2004-b : 40. D.C.). Néanmoins, les regrets demeurent habituels face aux disparités
entre les pratiques linguistiques à l’école et celles à la maison comme il a pu être
constaté sur le terrain. Les enseignants trouvent en effet difficile de parfaire leurs
missions lorsque les élèves n’évoluent pas dans des milieux majoritairement
francophones une fois à l’extérieur de l’école. La mission de l’école montréalaise est
dotée de deux valeurs éducatives fondamentales en veillant à la transmission de « la
fierté de parler et d’écrire une langue française de qualité » et du « goût de la culture,
en particulier du patrimoine culturel québécois, et la volonté de contribuer à son
essor » (CSDM, 2005-b : 11). Ces motivations ont une certaine cohérence par
rapport aux spécificités d’une capitale urbaine au rôle quasi iconoclaste au sein de la
province et où la préservation de la langue identitaire fait l’objet de vives tensions 1.
Le consensus semble se baser sur une répartition des langues selon l’espace
d’utilisation dans la mesure où la circulation des langues non officielles est à priori
réservée au domaine privé. Toutefois, l’enseignement des « langues d’origine » (voir
aussi Ch. IV-2.5.2) fait partie du programme éducatif du Québec accordant plutôt à
celles-ci un statut semi-public :
1
Cf. Ch-IV-1.1.3, 1.3.1 et 2.5.2 ; Ch-V-1.1.2.
422
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dans les services offerts par les établissements publics, cette reconnaissance
institutionnelle des langues autres érige paradoxalement frein aux volontés en
matière de pluralité et de diversité linguistique. Le discours public ainsi que la
réalisation du PELO soutient, en proposant uniquement des cours élémentaires, que
les langues d’origine peuvent se cantonner aux fonctions communicationnelles « de
base ». Cela peut en effet négliger la dimension symbolique mais non moins
importante du poids des langues dans la construction identitaire des sujets locuteurs.
L’indissociation emblématique du Québec entre la langue et l’identité de la Province
s’applique-t-elle aux communautés allophones et plurilingues ? Bien que
l’apprentissage des langues d’origine(s) soit souvent promu pour des raisons
pragmatiques, on y associe néanmoins des apports sociétaux :
« Cet enseignement [des langues d’origine] aide aux apprentissages de toutes
les matières, y compris celui de la langue seconde, que ce soit le français ou
l’anglais, qui devient la langue cible pour l’élève. De plus, le PELO contribue à
l’ouverture interculturelle par l’apprentissage de langues tierces. » (MELS, 2007-
b : 8. D.C.).
La réalisation d’activités oeuvrant pour le plurilinguisme demeurent locales
mais leurs reconnaissances font désormais partie des contributions valorisées :
« D’autres écoles, publiques et privées, ont mis en oeuvre des projets
pédagogiques centrés sur l’éducation internationale afin de favoriser le
plurilinguisme et l’ouverture sur la communauté et sur le monde. » (Ibid.).
Dans les écoles montréalaises, l’explication des enrichissements du
plurilinguisme en soi incitera élèves, enseignants, parents et décideurs à contribuer à
l’essor du vivier plurilinguistique que représente sa démographique scolaire. Les
besoins en matière d’éveil aux langues et le rappel des potentialités de ces activités
en milieu scolaire ont notamment été soulevés par ARMAND (2004) :
« Tant au Québec qu’en Colombie Britannique, les programmes scolaires
mettent l’accent sur la nécessité de favoriser le « vivre ensemble dans une
société pluraliste ».
Toutefois, la diversité linguistique n’a pas, à notre connaissance, constitué
jusqu’ici l’objet des interventions dans le domaine de l’éducation interculturelle ou
de l’éducation à la citoyenneté. »
1
Voir aussi les recommandations du GOUVERNEMENT DU QUEBEC (2001 : 233) où l’« ouverture
aux autres langues » mention l’anglais, langue seconde et « une troisième langue » à introduire
progressivement à partir du secondaire. Les recommandations au sujet de l’enfant nouvel arrivant
focalisent également sur leur « francisation » sans prise en compte du potentiel des compétences
plurilingues, passerelles vers le FLC sans supposer l’incompatibilité entre langues « autres » et le
FLC. (Op. cit. : 71-73).
423
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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2.3.2. « Communité » culturelle
Dans les domaines généraux de formation primaire, la « lutte à la pauvreté »
(MELS, 2001-b : 50) s’insère dans l’axe de développement de la « culture de la
paix ». Le précepte de l’interdépendance des personnes et des peuples croise celui
de l’égalité des droits et du « droit à la différence ». Or, face à la « crise du lien
social » qui est identifiée par l’éclatement des familles, l’inégalité socio-économique,
la violence et la perte des repères traditionnels (MELS, 1997-a : 7. D.C.), l’entremise
scolaire fait de l’indifférenciation « commune » son armature stratégique :
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3. CLASSE D’ACCUEIL 1 : LIEU D’ADAPTATION(S)
1
Nous rappelons que les « Classes d’Accueil » et « Classes Régulières » sont respectivement notées
CA et CR.
2
Cf. notamment Ch. IX et X.
3
“For a period of one year from and after the date hereof the landing in Canada shall be [sic] and the
same is prohibited of any immigrants belonging to the Negro race, which race is deemed unsuitable to
the climate and requirements of Canada.” Michael PAYNE (2007) sur The Canadian Encyclopedia.
URL : [[Link] Mise en ligne : 11/01/07.
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Chapitre VII – Ancrages du monde scolaire
3.1. Conceptualisation
1
La population scolaire de la CSDM pour cette période est de 76 713 jeunes (formation générale).
CSDM, 2005-a. D.C.
2
Au sens de Statistique Canada.
3
La population scolaire de la CSDM en 2004-2005 est de 74 392 jeunes (formation générale) CSDM,
2005-a. D.C.
4
Cf. Ch. IV-2.1.2.
5
BLACK J. & HAGEN D. (1993). “Quebec immigration politics and policy: Historical and comparative
perspectives” in GAGNON Alain-G. (ed.). Quebec state and society. Scarborough, Ontario : Nelson
Canada ; 280-303. Référence citée dans ALLEN, 2004 : 10.
6
Commission des Ecoles Catholiques de Montréal. Jusqu’au 2 juillet 1998, l’organisation des
427
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minoritaires et en refusant la création d’écoles qui leur soient spécifiques. La priorité
était accordée à la diffusion de la foi plutôt qu’à l’expansion linguistique :
commissions scolaires au Québec était fondée sur la confession religieuse. Depuis, ce sont des
commissions scolaires linguistiques qui opèrent. Voir l’archive documentaire sur MELS, 1998-c. D.C.
1
Sur l’historique des services d’accueil et de francisation, voir aussi MELS, 1996-d. D.C. : 3-11.
2
Egalement créé en 1969, le mandat du SOFI est d’intégrer les nouveaux immigrants à la société
francophone et de mettre sur pied des classes d’accueil.
3
Voir aussi le cas minoritaire mais non moins problématique de la cohabitation scolaire dans
BEDARD & St-GERMAIN, 1980.
428
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Chapitre VII – Ancrages du monde scolaire
1
L’entente Couture-Cullen en 1978 accorde quelques droits au Québec en matière d’immigration,
dont relève aussi l’enseignement des nouveaux arrivants. Cf. Ch. IV-2.1.
2
La « Loi 22 » de 1974 pose les premières restrictions de l’accès à l’école anglaise, elle sera abrogée
en 1977 avec l’adoption de la Charte. Voir aussi ROCHER, 2003 ; BERNARD, 2003.
3
Soit le groupe ethnique le plus important à la Commission.
4
La gestion de l’immigration relevait encore prioritairement du ressort du gouvernement canadien cf.
Ch. IV-2.1 ; GOUVERNEMENT DU QUEBEC, 2006. D.C.
429
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dialecte franco-québécois à travers des indices particuliers, tels l’accent, le
vocabulaire et les expressions typiques. Ces indices peuvent fonctionner comme
des marques de reconnaissance ou d’identification partielles par rapport au
groupe d’accueil. » (FALL & BUYCK, 1995 : 96).
1
Il s’agit-là d’une tendance historicisée au Québec car on recense même dans les archives
journalistiques du 18e siècle l’intériorisation de l’importance économique de l’anglais : « Pour réussir
dans la vie, APPRENEZ L’ANGLAIS » titre une annonce de l’époque. L’administration des affaires
publiques étant alors principalement en langue anglaise, le discours ambiant est déjà imprégné de
l’importance professionnelle que présentait cette langue. Source : Eduction Québec ; vol. 11 ; n°1.
Septembre 1980. Voir aussi PAGE, 2005 : 208-9.
430
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Chapitre VII – Ancrages du monde scolaire
1
Jean-Pierre PROULX (1999). « Laïcité et religions : perspective nouvelle pour l’école québécoise. »
Rapport du Groupe de travail sur la place de la religion à l’école. Québec : ministère de l’Education du
Québec. Référence citée dans Mc ANDREW, 2002 : 78.
2
Jocelyn BERTHELOT (1991). Apprendre à vivre ensemble. Immigration, société et éducation. 2e
édition. Québec : Centrale de l’enseignement du Québec ; Editions coopératives Albert Saint-Martin
de Montréal ; 64.
3
DUGAS André, professeur à l’UQAM et responsable de la formation des futurs enseignants en
linguistique à l’époque. Correspondance par courriel du 7/03/05.
431
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3.2. Fonctionnement actuel
1
Nous utiliserons cet acronyme pour désigner les « classes régulières » à partir de ce point.
432
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Chapitre VII – Ancrages du monde scolaire
« on note une différence entre, d’une part, les milieux à forte densité ethnique où
l’intégration sociale se fait de manière naturelle, mais où l’on assiste parfois à la
formation de ce que l’on désigne abusivement comme des « ghettos ethniques »
et, d’autre part, les milieux à faible densité ethnique où l’intégration scolaire est
moins facile, et où certains enseignants et enseignantes ont parfois des
réticences à recevoir les élèves non francophones dans leur classe. » (MELS 2,
ibid.).
1
On pourra aussi questionner les conceptions et politiques sociétales impliquées par les notions
d’« intégration » et d’« inclusion » selon la place accordée à l’individu « à intégrer » ou à « inclure »,
les rôles des institutions, etc. Voir, par exemple, ALLEN, 2006.
2
Il s’agit des résultats d’études menées auprès de 98 commissions scolaires sur 119 pour chacune
des années scolaires 1989-1990 et 1993-1994. Une enquête a également été menée sur le terrain
auprès de 7 écoles primaires et 6 écoles secondaires ayant des CA et des classes de francisation.
3
Les proportions entre les élèves issus de l’immigration qui bénéficiaient des programmes de soutien
et ceux qui n’en recevaient pas étaient de 36,1 % contre 30,5 % en 1994-1995, et de 37,3 % contre
21,1 % en 2003-2004.
433
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corroborer une position tranchée quelconque, les élèves migrants arrivés au primaire
affichant un parcours scolaire sans anomalie, voire même plus performant que la
moyenne. Ces chiffres n’étant pas sans contestation 1, le discours évaluatif semble
préconiser pour un assouplissement du système en fonction des profils et des
diagnostics préalablement analysés des élèves 2 (ARMAND, 2005 : 146 ;
Mc ANDREW, 2001-b : 15 ; Mc ANDREW, 2001. D.C.). Les projets en discussions
tendraient ainsi à faire des CR, « le principal lieu d’intégration des nouveaux
arrivants au Québec » (Mc ANDREW, 2001. D.C.).
1
Mc ANDREW (2001-b : 14) cite : CONSEIL DE LA LANGUE FRANCAISE (1987). Réfléchir
ensemble sur l’école française pluriethnique. Notes et Documents. Québec : CLF. 63 p. ; Claude
LESSARD (1991). La profession enseignante. Québec : MEQ ; MINISTERE DE L’EDUCATION DU
QUEBEC (1988). L’école québécoise et les communautés culturelles. Rapport du Comité dirigé par G.
LATIF. Québec : Direction des services aux communautés culturelles.
2
Selon l’expérience scolaire antérieure, les langues maîtrisées et les compétences déjà activées.
3
Sur les allocations et le coût des stratégies de francisation, voir MELS, 1996-d : 9. D.C. ; MELS,
2006-b. D.C. ; ARMAND, 2005 : 145.
434
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Chapitre VII – Ancrages du monde scolaire
1
CHAPELLE Gaëtane (1999) dans Sciences Humaines ; n°95.
2
VAN HAECHT Anne (1990) parle de « L’enfance : terre inconnue du sociologue. » Bulletin AISLF ;
n°6 : 87-97. Référence citée dans MONTANDON, 1997 : 18.
3
Sur la « fluidité » identitaire des jeunes issus de l’immigration, voir MEINTEL, 1992 : 83 ; cf. aussi
Ch. IV-2.4.3.
435
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
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DISCUSSIONS 2
1
Lionel GROULX (1936). Notre maître le passé. Tome II : 324. Référence citée dans MONIERE,
1977 : 238.
2
Citation de DUPUY, J. 1995. Dépêche du Midi. Edition du 19/04/04, reprise sur Société de la St-Jean
Baptiste de St-Hubert : URL [[Link] Mise en ligne : 12/12/06.
437
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générations à venir :
« Au Québec, l’usage des mots n’est jamais resté neutre. Pendant longtemps,
par exemple, on a dit que les mots amérindiens enrichissaient notre vocabulaire,
tandis que les anglicismes l’appauvrissaient. C’est dire la charge politique et
culturelle dont a été et est encore investie la langue française au Québec. »
(MATHIEU & LACOURSIERE, 1991 : 307).
« Toute personne habitant le territoire du Québec, quelle que soit son origine,
reçoit en partage la langue officielle et commune du Québec. Le français devient
ainsi la voie d’accès privilégiée au patrimoine civique (valeurs, droits, obligations,
institutions, etc.) commune à l’ensemble des Québécoises et des Québécois et
sur lequel se fonde leur citoyenneté. La langue française devient le lieu de
recherche et de développement des valeurs propres à l’ensemble de la société
québécoise. Elle est aussi le lieu d’un vouloir-vivre collectif, l’espace public
commun où chacun peut rencontrer l’autre. » (GOUVERNEMENT DU QUEBEC,
2001 : 13).
qu’il insuffle la notion d’« étrange(r) » parce que je suis en partie externe au terrain et
aux personnes impliquées ; mais surtout parce que je ne peux (et ne souhaite)
prétendre que les lectures proposées soient fédératrices d’un consensus généralisé
ou indifférencié. L’intention demeure l’étude située des différentes perceptions et
gestions politiques, médiatiques, historiques ou institutionnelles du « vivre-
ensemble », telles que j’ai pu les observer, ressentir et réorganiser. Qu’en est-il de la
gestion individuelle en milieu public ? Nous investirons l’intra-corpus afin de
questionner les rapports à l’altérité et les reliances 1 dans leurs manifestations
imparfaites de l’individuel (donc subjectif), du socialisé (intersubjectif et co-construit)
et du pluriel (non homogène). Les lieux investis sont ceux de la classe et de l’école
dans un quartier typiquement montréalais de par ses diversités.
1
MORIN, 2004. Voir aussi Ch. I-2.2 ; Discussions 2.
439
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cette deuxième partie a tenté de problématiser. D’autres perspectives, en opposition
ou pas, éclairent autant sur les tensions identitaires observables dans l’espace
québécois. L’approche suivante, par exemple, s’appuie sur une distinction entre deux
problématiques :
440
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
PARTIE 3
441
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Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Introduction
« Dans une société pluriethnique comme la nôtre
(Québec), « l’intégration », c’est d’abord quelque chose qui
fait parler.
Il faut donc écouter. » (Marc Angenot dans la préface de
FALL & BUYCK, 1995.)
Pouvoirs identitaires
Face aux diversités et aux phénomènes de mutations, il est à la fois intrigant
et stimulant d’écouter ce qui se dit sur ce qui fait parler 1. Au Québec, le fait
linguistique est tantôt source de ruptures, tantôt d’unité, tantôt d’ambivalence d’où le
lien étroit avec la notion d’« intégration ». La langue, espace où l’on se « traduit » à
l’Autre, peut y être perçue comme condition d’intégration. Un projet sociétal aux
implications identitaires, culturelles, linguistiques se greffe alors aux tensions
traditionnelles qui subsistent autour des projets nationalistes. Les langues
deviennent problématiques car leur gestion suppose une répartition des espaces et
des ressources pour leurs utilisations, transmissions et légitimations. Dans la partie
précédente, nous avons vu en quoi la légitimité des individus à la différence
sociolinguistique est assignée ou co-définie. Sans réduire l’altérité à ses propres
problématiques (ROBILLARD (de), 2007-c : 132), l’objectif de cette dernière partie
est d’investir les « altérités identitaires » au Québec à travers les manifestations
expressives (discours, pratiques et autoportraits) coproduits avec des enfants
migrants, plurilingues et allophones. Les rencontres sur le terrain mettent en relief
des postures identitaires situées de ces porteurs de pluralités, notamment dans leurs
rapports au FLC, aux langues en général, aux espaces, à eux-mêmes et aux autres.
1
Les mutations sociétales suscitent aussi des questionnements par rapport aux méthodes de
recherche, cf., par exemple, le colloque de l’Association Suisse de Linguistique Appliquée (VALS-
ASLA) : « Sociétés en mutation : les défis méthodologiques de la linguistique. » URL : [[Link]
[Link]/cms/]. Mise en ligne : 14/11/07. Voir aussi PEIGNE & RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2008.
443
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
chez eux (cf. Ch. III-3.2.2) donc les parents ont pu les aider à comprendre les
questions, voire même à remplir les questionnaires. Les différences de calligraphie
étaient l’une des indicatrices de cette aide parentale, souvent observable pour la
partie « factuelle » où l’identité civile (nom, prénom, date et ville de naissance, etc.)
des enfants était demandée (voir Annexe 5 et Ch. VIII-1.2.1). Quant aux entretiens
oraux, ils ont tous eu lieu dans l’enceinte de l’école pendant les heures de cours ou
les périodes de récréation. Ces informations sont portées au début de chaque
retranscription d’entretien (cf. Vol. 2). Dans cette partie, j’aborderai l’acte de mise en
discours comme une mise en commun (conscientisée ou pas) de différentes parts de
soi. Ces intersubjectivités plurielles seront étudiées selon trois axes principaux : la
migrance (Chapitre VIII), les déplacements symboliques (Chapitre IX) et les
interculturalités (Chapitre X). Toutefois, indifféremment des axes, les actes de parole
seront reliés à des formes de pouvoir, de compétences et de consciences.
444
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Partie 3 – Introduction
[…]. « Parler de soi » signifie aussi s’exprimer à partir de soi, de ce que l’on est
[…]. C’est donc affirmer son individualité et sa singularité, et par là se différencier
des autres. Mais ce mouvement, en même temps qu’il répond à un besoin
identitaire profond, suscite des peurs et des défenses : peur du jugement, de la
dévalorisation ou du rejet ; défense contre le soupçon de vanité ou de
narcissisme […]. »
1
Cf. Ch. II-1.2.3.
445
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
déchirures lorsqu’on parle de la migration, de l’enfance sous le paradigme de la
pluralité critique. Ce faisant, je contribue néanmoins à parler de problèmes. Ma non
neutralité discursive ou attitudinale me mène en effet à exclure tout intérêt de
l’indifférence, du non investissement ou du non échange. De même,
l’interdépendance qui me paraît évidente et féconde entre l’être social et l’être
langagier me fait croire en ses potentialités pour susciter questionnements et
critiques. En articulant les miens autour des mondes sociolinguistiques, enfances,
migratoires et scolaires, la volonté est bien d’y voir ceux des autres.
Cette analyse du regard des écrivains marque une certaine rupture avec l’idée
que la « (dé)perdition » est intrinsèque au déplacement migratoire. Sans en refuser
l’existence, l’aspect formel du départ pour l’ailleurs comme exclusivement déchirant
et destructeur est nuancé en y voyant aussi une fragmentation émancipatrice. La
migrance est perçue comme déplacement « géo-symbolique ». L’expression,
empruntée à IMBERT (2007), est employée ici pour désigner la dimension
emblématique de la migration, chargée et porteuse des notions de déracinement,
d’exode, voire d’exil mais aussi d’espoir, d’ouverture et de mixité. Le réel défi serait
d’y voir autre chose que ces mythes répandus ou de réinvestir ceux-ci autrement
qu’en empruntant les sentiers déjà battus ; mais nous souhaitons davantage
traverser ces tensions duelles pour habiter et analyser l’entre-deux. Notre défi de
l’altérité complexe et critique serait alors d’y voir autre chose que des dualités et
autre chose qu’un entre-deux. Le voyage migratoire allie départ, déplacement et
arrivée au pays de destination vers le « renouvellement » (car tout n’est pas
446
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Partie 3 – Introduction
« nouveau »). Nous parcourrons comment il a été revécu par les pensées des plus
jeunes, non décideurs dans le départ migratoire mais souvent à l’instigation du projet
familial et « actifs » 1 dans sa réalisation. La migrance les relie à autrui et c’est dans
l’enchâssement du projet familial à celui de la société québécoise qu’ils devront
négocier le leur. Dès lors, les expressions identitaires de ces passagers symboliques
prennent une résonance polyphonique à la lumière des phases processuelles allant
du départ à l’apprentissage du FLC.
Cette troisième partie prend appui sur les surfaces discursives coproduites –
car relatives à l’intersubjectivité 2 – avec les enfants pour parler de leurs expériences
d’altérités et d’interculturalités. Allant des sentiments de différence à ceux de
l’indifférence affichée, les enfants se sont tour à tour positionnés par rapport à leurs
trajectoires et aux composantes de leurs environnements (climatique, socioculturel,
ethnolinguistique, scolaire…) mais aussi à celles des autres. En conformité avec les
intentions et contraintes de recherche qui nous sont propres, trois pôles ont été
dégagés pour nouer analyses et conceptualisations des identités sollicitées autour
des thématiques de la migrance, des trajectoires symboliques et des créativités des
regards, rencontres. Ces trois mouvements ne couvrent que partiellement les
complexités vécues, imprimées 3, réinvesties ou énoncées, mais ils nous paraissent
féconds en ce qu’ils transcendent les oppositions ici/ailleurs, individuel/collectif,
langue/pas langue. En effet, ces oppositions ne sont pas d’emblée posées comme
étant évidentes ou au contraire évitables, d’où, par ailleurs, le recours aux entretiens
du type conversationnel et flexible (cf. Partie I). Les rencontres visent à voir comment
chaque enfant se (re)définit, et se veulent complémentaires aux modes
d’identification administratifs davantage adaptés aux statistiques génériques et
souvent basés sur des catégorisations homogénéisantes. Le souhait est de voir
comment l’enfant se met en scène dans ses expressions 4, décloisonne-t-il (ou pas)
des repères spatiaux, sociaux et linguistiques ? Il demeure qu’en parlant de leurs
propres expériences, ils profilent des regards sur eux-mêmes et sur autrui. Nous
proposerons enfin de travailler les potentialités de ces réflexivités autour du récit
(Discussions 3).
1
Notion parallèle à l’emploi de DARMON (2006 : 43) concernant la participation de l’enfant à sa
propre socialisation : « « actif » au sens où c’est effectivement dans une rencontre entre l’activité des
socialisateurs et des socialisés que s’élabore le processus de socialisation ».
2
Cf. Ch. I-1.2 ; 3.3 ; Ch. III-3.3.1 ; 3.4.
3
Au sens de « mémorisées », « intériorisées ».
4
Sur l’indistinction entre récit et discours identitaire, voir note de bas de page Ch. I-2.1.
447
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Sur le plan conceptuel, l’ensemble de ces analyses œuvre à repenser les
formes d’altérité mises en jeu. La non-essentialisation des résultats d’enquête et des
analyses qui en découlent rappelle que les observables-ressources sont issus d’un
système de la complexité où le tout comme les parties demeurent insaisissables
dans leur intégralité. Les interactions sollicitées (ou pas) génèrent des discours que
nous interprétons en tant que matérialisations de représentations ; le système ne
peut être réduit aux représentations, et ces dernières ne peuvent être généralisables
au système. Afin de dépasser la circularité à laquelle on s’expose dans la
reconnaissance d’une interdépendance des parties et du tout par rapport aux parties,
d’autres travaux pourront alors ouvrir des perspectives comparatives. Des regards
critiques s’ouvriront constamment sur les apports et limites de ce que nous
construisons.
448
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
CHAPITRE VIII
Identités et migrances
449
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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laquelle se grefferont discours, lectures et distanciations : l’identité est-elle une
fiction ? Certes rhétorique, cette question n’est pourtant pas sans nous ramener au
paradoxe du concept de l’« identité », à la croisée d’autant de dualités que
d’observables ou de niveaux d’observation : « identité identique » versus « identité
distinctive » ; identité individuelle versus identité collective ; identité située versus
identité pérennisée... En reconnaissant aux différentes disciplines leur légitimité,
nous nous situons néanmoins dans une visée davantage sociologique et moins
psychologique du concept 1 et de ses implications. Pour s’en convaincre prenons les
définitions suivantes relevées dans des ouvrages de références respectivement en
psychologie (A) et en sociologie (B) :
1
Voir aussi TRIMAILLE (2003 : 153-159) pour une « petite histoire de l’identité » et un parcours de
quelques définitions dans une approche sociolinguistique.
450
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VIII – Identités et migrances
1
C’est-à-dire ce qui relève du commun au sens de « banal » (caractère intériorisé) mais aussi au sens
de « typique » (caractère distinctif) ; et qui est commun à plusieurs personnes (facteur de
cohésion/communauté). Cf. Ch. II-1.2.2.
2
Rappelons que les données sur lesquelles nous nous focaliserons font partie d’un ensemble
d’observables plus conséquent (cf. Ch. III-3.4.1) d’où la référence aux profils « noyau » du corpus.
451
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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subjectives. Face aux identités plastifiées, nous invoquons les notions de « pays » et
de « langues » pour explorer la plasticité des identités.
Rappelons que le groupe noyau est constitué des seuls 20 profils en CA qui
ont conjointement pris part aux enquêtes écrites (questionnaires et autoportraits),
orales (E.O.I. ou E.O.G.) et interactives (observations de classe). La construction du
groupe noyau résulte donc d’un ensemble de facteurs dont l’acceptation de
l’enseignant responsable et de l’enfant, de l’autorisation parentale, de la restitution
des enquêtes écrites et de la participation aux enquêtes orales. Ce sont ensuite
principalement des contraintes de temps qui expliquent la délimitation autour de
20 profils 1. Toutefois, des observations-participantes ont été réalisées dans
l’ensemble des classes concernées et ce à plusieurs reprises pendant les séjours de
recherche. Un entretien oral avec la classe CA1 (cf. Ch. VIII-1.1.2, Tableau 16) a
également pu être effectué, d’où le codage E.O.C. et la retranscription [E.O.C.
27_01 ; CA1]. Les sélections intra-corpus reflètent néanmoins un processus
d’homogénéisation relative (Ch. III-3.2.2). Membres d’une même population scolaire,
nos informateurs font effectivement partie d’une même territorialisation et sont tous
apprenants du FLC. Pourtant, des différences intrinsèques subsistent. Elles se
situent évidemment au niveau des subjectivités et pensées individuelles comme le
montreront leurs expressions identitaires, mais des irrégularités s’observent aussi
selon les recoupements davantage administratifs ou factuels 2. Ces critères de
distinction proviennent des renseignements fournis par les fiches de la CSDM et les
sondages écrits. Ils sont donc limitatifs puisque d’autres critères, par exemple les
confessions religieuses, sont tout aussi pertinents et auraient pu être mentionnés.
Toutefois, les bases de données n’incluent pas (ou ne permettent pas d’inclure) les
informations qui ne sont pas prises en compte ici.
1
Les modalités relatives au corpus et aux sélections intra-corpus sont explicitées dans la première
partie de ce travail, cf. Ch. III.
2
On pourrait aussi considérer cela en termes de conséquences juridiques différentielles dans la
mesure où les caractéristiques administratives conditionnent parfois l’accès à telle école, telle classe,
tel type de service, etc.
452
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre VIII – Identités et migrances
Les profils du groupe noyau évoluent tous dans cet arrondissement au portrait
à la fois typique de Montréal et différent des moyennes montréalaises. Tous sont
concernés par ces propriétés territoriales car elles définissent leur environnement
sociologique même si, à l’image du schéma monoparental, la réalité effective de
chaque propriété ne se valide pas pour chaque famille. Les liens entre telle ou telle
spécificité de l’arrondissement varient selon les trajectoires, histoires et conjonctures
1
Données pour la population de 15 ans et plus.
2
Voir, par exemple, les orientations stratégiques de la CSDM (2005-b : 30. D.C.). Cf. aussi VATZ
LAAROUSSI, 2003 ; VATZ LAAROUSSI, et al., 2005.
453
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situées. L’image du quartier tient aussi de son « allophonie » 1 dans la mesure où
84 % des immigrants du quartier déclarent, selon les données de 2001, une langue
maternelle autre que le français ou l’anglais. A titre comparatif, le taux est d’environ
73 % pour Montréal (IMMIGRATION & METROPOLIS, op. cit. : 3. D.C.). De manière
générale, l’appartenance à l’arrondissement Villeray – Saint-Michel – Parc-Extension
est absente des présentations personnelles ou des descriptions identitaires (cf.
Ch. VIII-2.1 ; Ch. IX) et nous verrons qu’il en est de même pour ce qui est des villes
de naissance (cf. Ch. VIII-1.2.1). Sans doute l’entité territoriale, lorsque délimitée à
un espace trop restreint, paraît-elle peu signifiante encore pour nos jeunes profils ?
Ce qui vient plus spontanément (ou plus fréquemment) dans leurs références
concerne plutôt les données globalement associables à leurs statuts civil et scolaire.
1
Le terme est employé pour désigner la caractéristique linguistique de personnes ayant pour langue
maternelle une langue autre que le français ou l’anglais. Il s’agit d’une extrapolation de l’usage
statistique et diffère de celui lui associant un trait linguistique, forcément temporaire en contexte
d’intégration, de personnes qui s’expriment dans une langue autre que le français ou l’anglais
(ANTAKI, 1995).
2
C’est-à-dire dans leur enfance ou préadolescence.
454
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Chapitre VIII – Identités et migrances
1
Voir Ch. IV-2.1.2 ; Ch. VII.
2
Pour l’étude des élèves en « grand retard scolaire », voir MELS, 2002-b. D.C. ; voir aussi ARMAND,
2005-b pour l’étude de leurs capacités métalinguistiques.
455
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manière négociable, comme une « identité immédiate et banale » (MUCCHIELLI,
2003 : 24). Cette identification est faite face au groupe afin d’ordonner les
connaissances sur chacun des profils autour de caractéristiques qui, au regard de la
focalisation ethno-sociolinguistique, sont non centrales dans la constitution du
groupe noyau, des groupes d’ateliers, etc. Or, une identification sexuée est bien
opérée donc il ne s’agit pas d’imposer une neutralisation des genres ou de croire en
sa potentialité (avec les participants ou pendant le travail d’interprétation). Au vu des
ambiguïtés entre l’écartement du facteur genre et sa centralité dans l’identification
des enfants, des précisions éclaireront davantage quant aux choix et intentions.
1.1.3. Genre
Les constructions sociales du genre me servent à reconnaître l’une des
particularités identitaires de l’Autre. Il s’agit d’un des premiers facteurs « visibles »
auxquels je peux rapporter celui, jusque-là inconnu, des connaissances,
expériences, réflexions mémorisées et mobilisées afin de reconnaître cet Autre. Les
enjeux de la rencontre viennent ensuite réactualiser les préconstruits concernant le
groupe « genre » ainsi que toute autre spécificité identitaire qui a été remarquée et
imprimée. C’est en cela que l’identité sexuée est posée, face au groupe, comme
étant « immédiate ». Sa banalité relève ensuite du fait que l’appartenance sexuelle
de chacun existe naturellement. Rappelons que l’on se situe en tant qu’observateur
externe au processus cognitif de l’Autre et, de ce point de vue, son identité de genre
est effectuée de manière spontanée. Ce qui n’empêche pas la problématisation de la
(des) sexualité(s) interprétée(s), affichée(s) ou énoncée(s). Les lectures
ethnoculturelles peuvent ainsi investir la construction « genre » de manière réflexive
et complexe. Pour nous, il s’agira d’abord d’un repère identitaire plus ou moins
neutralisé au même titre que l’âge. Sa neutralité s’explique uniquement du fait de sa
non prise en compte (consciente). Par exemple, la mise en place d’entretiens
« sexués » vise à recueillir des données qui « montrent davantage la face masculine
ou féminine des sociabilités » (DANIC et al. : 2006 : 104). L’homogénéité relative 1
des ateliers a été construite à partir de l’ensemble du groupe « enfants » sans
distinction du facteur « genre » : l’intention est de travailler avec le groupe d’âge
indifféremment des répartitions filles/garçons. Les constructions sociales à partir
desquelles s’articulent ensuite les thématiques problématisées sont, entre autres,
celles de la migrance, du plurilinguisme, de l’allophonie, de l’inscription en CA, etc.
1
Voir aussi Ch. III-3.3.3.
456
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Chapitre VIII – Identités et migrances
Pour ce faire, nous partons des observables interactionnels et expressifs, les liens
(ou pas) aux identités de genre, d’âge, de statut civil, etc. découleront alors de ce qui
a été retenu de ces ressources empiriques.
1
Par exemple : âge, composition des familles, repères et environnements socioculturels, loisirs
extrascolaires, modèles sociaux, etc., mais aussi les facteurs psychologiques et cognitifs qui influent
sur les rapports à autrui.
457
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Devant toute construction de tendance propre au groupe, notons qu’elle
reflète un ensemble où, statistiquement, les écarts intragroupaux (d’âge, de classe et
de sexe) sont peu significatifs. Les mentions au groupe en général seront donc à
prendre avec une prudence distanciée d’autant plus que la variable suivante, « pays
de naissance », trace une première limite interprétative aux regroupements
administratifs et civils.
1
Cf. TERMOTE, 2003-a : 351 ; MICC, 2006-b. D.C. ; Ch. IV-1.2.2 et 4.2.2 ; Ch. VII-2.1 et 3.3 ;
Ch. VIII-1.1.1.
458
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Chapitre VIII – Identités et migrances
L’utilisation du pays natal en tant que marqueur d’identité se doit aussi d’être
nuancée, pour nous, car les réponses aux questionnaires s’appliquaient à l’enfant
seul (cf. Annexe 5). Ce qui exclut toute considération des pluralités intrafamiliales.
Les renseignements administratifs sont davantage complets en ce sens qu’ils
mentionnent aussi les pays de naissance des parents. L’étude de ces données
révèle que trois enfants sont concernés par ces pluralités intrafamiliales (voir aussi
Tableau 20) :
On peut ainsi noter que Aaron (G ; 9A) est né au Canada alors qu’il est inscrit
en CA au même titre que les enfants migrants nés hors Canada. Les critères
sociolinguistiques sont donc nécessaires pour comprendre les constructions des
identités sociales et scolaires des élèves et de notre groupe cible. Reconnaissons
d’emblée qu’ils ne suffisent pas à expliquer telle ou telle forme d’identification ; par
exemple le français fait partie des langues parlées et comprises par Aaron depuis sa
naissance (cf. aussi Tableaux 20 ; 21). Or, comme nous venons de le souligner, il est
en CA. Cela relativise le poids de l’allophonie en tant que critère d’admission en CA.
Les enseignants rencontrés tendent à questionner l’inscription d’Aaron en CA et
estiment que son progrès y est hypothéqué compte tenu des différences d’aisance
linguistique par rapport aux enfants allophones.
Quant aux difficultés qu’il peut éprouver, son parcours plurimigratoire, plus
que son plurilinguisme, est souvent mis en exergue. Les enseignants invoquent en
effet l’instabilité résidentielle de l’enfant qui a changé de pays, de ville et
d’établissement scolaire à plusieurs reprises, y compris au cours d’une même année
scolaire. En s’efforçant de rationaliser le factuel (inscription en CA) qui leur paraît
illogique, les enseignants soulèvent indirectement les limites des constructions
administratives. Leurs problématiques reviennent à réorganiser les réalités propres à
l’historicité individuelle de l’enfant, qui se prêtent difficilement aux catégorisations
uniques. Les indicateurs objectivés de l’identité peuvent aussi soulever des
contradictions entre l’appartenance juridique et les sentiments d’appartenance. L’un
tend à faire du pays de naissance le principal pays d’identification tandis que l’autre
rend légitime l’identification par rapport à tout pays indifféremment de celui de sa
459
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naissance. Tenir compte des sentiments mis en actes, en discours ou en projets par
l’individu permet pertinemment d’envisager l’appartenance plurielle. L’association
systématique « pays de naissance » et identité omet aussi le pouvoir d’action des
individus dans l’élaboration de ce qui les définit ou pas. Dès lors où la pluralité
individuelle peut être incompatible avec l’identification administrative, comment
pouvons-nous essayer de saisir ce qui distingue les identités de l’Autre ?
Tenter de décrire les identités qui composent le groupe cible est d’emblée
problématique. Les déclarations recueillies par le biais d’enquêtes ou de
documentation complémentaire (fiches administratives) confondent plusieurs types
d’identifications. En reprenant la terminologie de MUCCHIELLI (op. cit. : 21), nous
traitons ainsi des différentes identités selon les conditions d’énonciation :
Dans les deux cas, l’objet est de voir ce que les identités énoncées peuvent
nous indiquer quant aux tensions sociales qu’elles impliquent. Il ne s’agit pas
d’évaluer les degrés de véracité ou d’authenticité en tentant de mesurer à quel point
ce qui est dit est réellement pensé. Pour nous, ce qui est dit est car le discours est
envisagé à la fois comme réalité observable et susceptible d’en créer une autre.
C’est sous cet angle que nous nous emploierons à mettre en parallèle les
460
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Chapitre VIII – Identités et migrances
énonciations quant aux lieux de naissance et d’origine pour constituer les premières
approches vers des histoires individualisées.
Je m’appelle ______________________________________________________,
1
Emphase rajoutée ici.
2
Milieu urbanisé équipé des infrastructures hospitalières versus lieu de vie effectif ; lieu de passage
versus lieu de résidence, etc.
461
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à une entité nationale. Cela nous paraissait d’autant plus important que la notion
d’appartenance nationale pouvait porter des valeurs sensiblement différentes selon
les facteurs géographiques, historiques, sociopolitiques, etc. des pays. Cette
anticipation s’est toutefois avérée peu pertinente au vu des réponses obtenues et de
la non-mention de cette indication lors des autoprésentations lors des échanges
oraux. L’identité visée (lieu de naissance) exclut d’emblée la possibilité de réponse
multiple et on pouvait croire que cette déclaration relevait d’une démarche d’auto-
identification simple (absence d’autres occurrences possibles). Toutefois, cinq
répondants ont simultanément indiqué le pays et la ville de naissance. Pour diverses
raisons, la formulation choisie s’est avérée plus ambiguë ou incongrue qu’intelligible
et pertinent pour les répondants. Peut-être le lieu exact de naissance, notamment
lorsqu’il s’agit d’une ville autre que celle d’habitation ou de scolarisation, est-il peu
significatif pour l’enfant ? Ou l’acte de naissance lui est-il trop abstraite pour en
attribuer une significativité mémorielle, l’acte étant également éloigné à ses yeux de
sa temporalité réelle ? On peut aussi sous-tendre la rareté de l’évocation de la
« ville » (de naissance, de résidence, de scolarisation, d’origine…) lorsque l’enfant
est perçu et se perçoit comme Autre par rapport à une altérité nationalisée ou
continentalisée. La fiction identitaire distribue en effet des rôles différents à chaque
acteur d’identité et d’identification, à chaque mise en situation correspond alors un
personnage nouveau (ou le même mais autrement). L’identité « ville natale »
trouverait alors davantage de sens face à celui qui vit (ou est né) dans le même pays
mais appartenant à une autre ville.
462
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Chapitre VIII – Identités et migrances
« Exceptés dans les débats philosophiques (qui n’eurent guère d’influence au-
delà d’un cercle étroit [popularisation du mot en France vers la moitié du XXème
siècle]), l’identité avait été une catégorie administrative avant de devenir un
concept. » (KAUFMANN, 2004 : 22-23).
463
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
L’intérêt estimé était alors lié à l’exercice d’un pouvoir centralisé d’où la
centralisation (simplificatrice) des identités régies par ce même pouvoir : « Il était
nécessaire d’identifier pour administrer, de réduire la complexité du réel en attribuant
une réalité qui se fondait sur quelques éléments enregistrés sur papier. » (Op. cit. :
18). De ce pragmatisme formel découle l’écueil symbolique et idéologique :
464
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Chapitre VIII – Identités et migrances
Extrait 7 Leyla
60. (I) : je réponds « je viens du Maroc / mais j’ai un 2ème pays c’est l’Algérie » /
61. (E) : d’accord / comment ça se fait que tu as un 2ème pays / l’Algérie ?
62. (I) : parce que mon vrai c’est l’Algérie parce que je suis née là-bas /
[E.O.I. 24_01 ; (F : 9A) ; CR3].
Extrait 8 Nana
103. (I3) : non parce que le pays que l’on vient de fait qu’on DIT notre vrai pays / ici
c’est pas notre vrai pays / c’est pas ici qu’on était né /
[E.O.G. 27_02 ; (G : 11A, F : 11A½, F : 10A½ ) ; CA1].
Nous verrons aussi que Nana applique la même logique lorsqu’elle se projette
en tant que maman, selon leur lieu de naissance, ils seront soit québécois, soit
ghanéens (cf. Extrait 77, Ch. IX-2.1). Toutefois, son argumentation tient aussi sur
l’interdépendance entre les critères « pays de naissance », « langue » et
« couleurs » (cf. Ch. X-3.1.3). Dans la suite de l’échange (Extrait 9), sa logique se
confond avec celle de la filiation parentale (l. 118-120) lorsque Dinesh (G ; 11A)
répète l’historicisation identitaire d’Anka (F ; 11A½) et de son identité bulgare. En
effet, la continuité intergénérationnelle dont ils seront porteurs est admise comme
pouvant changer pour l’identité canadienne dans l’hypothèse où les enfants naissent
au Canada (l. 122) :
Extrait 9
118. (I1) : elle dit comme son parent c’est bulgarien on dit je suis bulgarien / comme ça /
119. (E) : ça dépend des parents /
120. (I1) : ouais quand mon parent c’est Indien moi c’est je suis Indien /
121. (E) : ah c’est intéressant ! mais si jamais vous restez ici vous vivez ici et vous avez
des enfants ICI plus tard eux ils vont être quoi ?
122. (plusieurs) : canadiens / canadiens ! Ouais /
[E.O.G. 27_02 ; (G : 11A, F : 11A½, F : 10A½ ) ; CA1].
465
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Au même titre que le prénom et le sexe, le pays de naissance détient un
pouvoir imaginé à stabiliser l’identité, au sens d’« intégrité intrinsèque ». Cette force
est imaginée mais peu contestée dans le sens commun et dans une certaine
mesure, nous nous y conformons puisque le genre servira toujours de repère
identitaire des enfants dans la trame de nos réflexions. Lorsque les enfants
« primordialisent » leur pays de naissance, lorsque nous « neutralisons » le genre,
lorsque le citoyen plastifie sa nationalité, ce sont autant de quêtes de cet « invariant
relationnel » qui donnerait à soi ou à l’Autre une « signification forte de permanence
dans le temps » (RICOEUR, 1996 : 143). A l’inverse, les identifications empiriques,
intersubjectives, interrelationnelles reprennent, défont ces fixités intériorisées ou
institutionnalisées pour ensuite les refondre en épisodes d’histoires de vie, difficiles à
objectiver ou à « déproblématiser ». Il en va de même pour la démarche scientifique
dans lequel ces co-constructions s’inscrivent, les protagonistes ne sont pas
interchangeables donc les lectures peuvent être variables. Nous ne nous épargnons
pas de cette volonté piégeuse à toujours vouloir trouver un équilibre situé d’où, entre
autres, les tentatives pour mettre les compilations administratives à l’épreuve du
complexe. Dans ce même élan, nous proposons d’investir les individualités en
voyant derrière les données, l’être, enfant, ambivalent, non administratif et particulier.
467
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pertinent de voir quelles interprétations identitaires peuvent se faire du point de vue
de l’observateur externe.
1
Les autoportraits commentés sont reproduits en Annexe 7, voir aussi sur le support CD.
2
Lorsqu’ils s’agit d’autoportraits d’enfants du groupe noyau ou de ceux en CR et évoqués dans cette
partie, nous indiquerons le pseudonyme.
468
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Chapitre VIII – Identités et migrances
Quant aux langues pratiquées lors des activités collectives, nous verrons que
c’est généralement le FLC qui est déclaré en entretien (voir aussi Ch. X-1.2). Outre
ces loisirs, quelques garçons se dessinent aussi en train de réaliser des activités
intellectuelles ou scolaires avec des croquis situés en salle de cours. L’association
de la consigne « dessin de moi dans mon école » et les activités scolaires apparaît
dans la plupart des autoportraits des filles qui proposent majoritairement un cadre
studieux (Autoportraits 5-7). Elles s’illustrent parfois devant leur école ou en salle de
cours comme lors des pauses prises devant l’objectif d’un photographe. La plupart
des inscriptions écrites sur les dessins indiquent le nom du dessinateur et des
personnages (souvent des amis de l’école), mais elles peuvent aussi mentionner le
statut relationnel par rapport à l’enfant (maman, papa, Mme. X). Quelques
personnages portent l’indication de leur genre (fille, garçon, cf. D1 sur support CD).
On peut aussi avoir l’explicitation des activités et des lieux : « j’aime lire » (C3 ibid.) ;
« à la bibliothèque de ma classe » (C4 ibid.). Les objets représentés portent aussi
des inscriptions symboliques comme la marque « Reebok » sur les vêtements d’un
garçon (cf. M6 ibid.). Lorsqu’il s’agit d’objets perçus en tant qu’outils, on retrouve
alors des livres de conjugaison (cf. Mariva ibid.) ou didactiques comme celui intitulé
« Lire tôt » dans l’Autoportrait 6. Ainsi, serait-ce un rappel quant à l’importance de
l’apprentissage précoce du FLC ?
469
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Autoportrait 6 Autoportrait 7 (Indira) Autoportrait 8 (Avantika)
Bien que tous produits par des enfants migrants en CA et membres des
« communautés culturelles », des facteurs explicitement « ethnicisés » ne sont pas
immédiatement repérables dans le sens où l’observateur peut difficilement les
associer à tel ou tel groupe ethnoculturel (canadien ou pas). En l’occurrence, les
enfants sont respectivement d’origine pakistanaise, bangladeshi et indienne. A
l’image de ces autoportraits, les personnages mis en scène sont plus ou moins
neutralisés par rapport aux identifications plus physionomiques. Nous verrons en
quoi ces traits peuvent être signifiants pour quelques enfants (cf. Ch. X-3.1.2), mais il
est vrai qu’ils sont peu mentionnés en discours. Les marqueurs ethnoculturels les
plus distincts des pratiques dominantes situées reflètent l’appartenance religieuse.
Alors qu’ils portent ces marqueurs au quotidien, seuls quelques 1 enfants se sont
dessinés avec leurs marqueurs d’identification religieuse. Les deux portraits suivants
peuvent s’interpréter selon les reconnaissances identitaires suivantes : un garçon de
confession sikh (Autoportrait 9) et une fille (dont le groupe d’âge ne peut être
réellement déterminé) de confession musulmane (Autoportrait 10) :
1
Soit environ 4 dessins sur les 98 questionnaires du corpus (cf. Ch. III-3.4.1).
470
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Chapitre VIII – Identités et migrances
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Extrait 10
53. (I2) : j’aime pas le chinois !
54. (E) : pourquoi ?
55. (I2) : parce que je comprends rien quand ils parlent 1 /
56. (E) : ah ! ok /
57. (I1) : je me suis trompé moi !
58. (E) : oui ?
59. (I1) : oui je me suis trompé / la… la langue que j’aime pas c’est… c’est les
hindous /
60. (E) : pourquoi ?
61. (I1) : ah ! c’est parce que première chose c’est parce que les filles ils ont un point
rouge ici là (pointe son front) /
62. (E) : mais c’est pas une langue ça !
63. (I1) : et aussi c’est parce que à… à tous les jours… à tous les jours les garçons ils
ont comme des petits cheveux longs ils mettent une grosse boule ici (met
la main sur sa tête) /
[E.O.G. 02_01 ; (G : 7A, F : 8A) ; CR4].
1
Nous conviendrons qu’un passage d’entretien mis en gras correspond à une emphase personnelle.
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Chapitre VIII – Identités et migrances
Autoportrait 11
1
Seul le principe de l’anonymat justifie les retouches numériques des autoportraits avec l’effacement
des personnages ou de celui de l’école.
473
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La grande place accordée à la langue dans ce dessin m’est presque parue
« normale » compte tenu de l’interdépendance que je situe entre langue(s) et
identité(s). Elle résulte peut-être aussi des descriptions de l’enquête, selon les
intermédiaires, en tant que recherche sur le français ou sur les langues 1. Dans tous
les cas, cette prépondérance mérite d’être soulignée et reliée aux autres symboles
identitaires. Parcours scolaire, appartenances ethno-sociolinguistiques et amicales
transparaissent comme éléments constitutifs de sa vie à l’école. Les représentations
physionomiques des personnages permettent d’identifier une personne aux traits
asiatiques qui signale sa réussite dans l’apprentissage du FLC : « Maintenant, je
parle français ! ». Le déictique temporel laisse effectivement entendre qu’il y a eu,
auparavant, un processus de scolarisation en FLC comme celui suivi par les élèves
en CA. Ce passage est d’ailleurs énoncé par le personnage situé au centre du
dessin et devient son principal marqueur d’individualisation culturel par rapport aux
autres. Plus encore, l’intégration sociale des personnages allophones à la société
dominante passe implicitement ici par la maîtrise du FLC. D’où, sans doute, la mise
en avant de ces caractéristiques identitaires plus que d’autres (par exemple, « je
viens de… »). La même démarche d’intégration sociale est signifiée et explicitement
reconnue à travers la précision « Elles sont mes deux amies » venant de celle qui se
décrit comme « d’origine canadienne ».
1
Je ne le rappelle pas systématiquement, mais il est entendu que les réponses et dessins dans les
questionnaires, comme les discussions en entretien, peuvent être induits par les représentations que
les enfants, enseignants, parents, etc. ont de moi selon les identités qu’ils m’attribuent ou que j’ai
énoncées et qui font sens pour eux (enquêtrice, adulte, femme, malgache…). Voir aussi Ch. I-2 et 3.
474
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Chapitre VIII – Identités et migrances
1
Voir, par exemple, Roland G. FRYER & Steven D. LEVITT (2003). "The Causes and Consequences
of Distinctively Black Names." National Bureau of Economic Research, Inc.
475
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qui donne un aperçu de la variabilité des arrivées à l’école et, par conséquent, de la
flexibilité nécessaire des structures (institutionnelles, pédagogiques, évaluatives,
etc.) et des fluctuations quant aux compositions des classes. Les pays de naissance
sont également reportés avec, lorsque l’entrée est différenciée, les mentions
concernant chaque parent. Enfin, les langues déclarées sur les fiches scolaires, les
questionnaires écrits et lors des entretiens oraux ont été reportées sous la colonne
« Langues parlées ». Cela se base donc à la fois sur les déclarations administratives
et plus ethnographiques selon les descriptions de chaque enfant sur ses propres
pratiques. Sous cette rubrique, les langues en italique sont celles qui sont
simultanément déclarées dans les fiches, les sondages écrits et entretiens oraux
Bien que le tableau demeure restrictif en tant que compilation de données figées, le
propos vise à compléter les informations « factuelles » ou « immédiates » dont nous
disposons sur l’ensemble des profils du groupe noyau avant d’investir leurs discours
situés.
1
Les langues en italique sont celles qui sont simultanément déclarées dans les fiches, les sondages
écrits et entretiens oraux. Pour une discussion plus problématisée sur les « langues » en tant que faits
factuels/objectivés, se référer au Chapitre VIII-1.3.
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Chapitre VIII – Identités et migrances
1
Les langues en italique sont celles qui sont simultanément déclarées dans les fiches, les sondages
écrits et entretiens oraux. Pour une discussion plus problématisée sur les « langues » en tant que faits
factuels/objectivés, se référer au Chapitre VIII-1.3.
477
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Lors de l’atelier avec Sandun (G ; 12A) 1, Otilio (G ; 12A) et Idriss (G ; 11A), un
problème technique a entravé l’enregistrement complet des échanges. Les
observations et interactions retranscrites manuellement proposent une reconstitution
des échanges et contiennent des coproductions qu’il nous importe d’envisager (cf.
Ch. I-2.3.2). Ces trois profils font donc partie intégrante du groupe noyau,
caractérisable par des facteurs à la fois ressemblants et dissemblables. Cette
synthèse des individualités, présentée sous forme de tableau, se veut donc
comparative car on peut facilement y repérer tant les principaux faits en commun que
les spécificités plus individuelles. On remarque par exemple les trajectoires de Kirsan
(G ; 11A), Pravar (G ; 11A) et Aaron (G ; 9A), nés de parents mixtes et pouvant
inclure d’emblée plusieurs territoires dans leurs repères identitaires. Bien que 8
élèves soient déjà inscrits à l’école au moment de la rentrée scolaire 2005-2006, les
périodes d’arrivée reflètent aussi une distribution diversifiée. A l’exception de Indira
(F ; 7A), inscrite en septembre 2004, une nouvelle inscription est en effet recensée
chaque mois entre septembre 2005 et février 2006, période à laquelle a été réalisé le
Séjour 2 (cf. Ch. III-3.2.2). La complexification de cet environnement s’avère
également nécessaire au vu des problématiques terminologiques et
méthodologiques reliées à la co-construction des observables concernés.
1
Pour faciliter l’identification formelle des profils, les références aux pseudonymes seront complétées
par des indications de sexe (F/G) et d’âge (A).
2
Cf. aussi Ch. I-1.1.1 ; Ch. I-2.1.3 ; les « compromis de recherche » (Ch. III-2.4) et les négociations
terminologiques ou conceptuelles (Ch. VIII-3.1).
478
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Chapitre VIII – Identités et migrances
1
L’exemple donné évoque les expériences d’autodescription de l’identité où les sujets sont invités à
répondre, toujours en des termes nouveaux, à la question « Qui êtes-vous ? ». Référence citée par
l’auteur : René L’Ecuyer (1975). Le concept de soi. Paris : PUF.
479
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Certes, les entretiens ethnographiques ne s’apparentent pas aux démarches
expérimentales mais l’ambiguïté des questions d’auto-identifications me semble
comparable. En paraphrasant la réponse de MUCCHIELLI (ibid.), la réponse à la
question citée importe peu. Je dirais aussi que la question est d’une importance
moindre dans la mesure où la réponse du sujet est quelque part porteuse de sens,
d’une quelconque façon pour autrui. Indifféremment des raisons pour lesquelles elle
est produite, la réponse qui est fournie fait sens pour celui qui l’a produite. C’est ainsi
qu’un questionnement à priori banal pour l’un peut avoir des résonances
particulièrement symboliques pour l’autre. Nous verrons, par exemple, les blocages
(cf. Ch. VIII-3) qui ont pu être provoqués par une question d’apparence presque
banale : « Quelle(s) langue(s) parles-tu ? ». Au vu des réactions (y inclus le silence),
la question fait sens. Elle fait sens pour celui qui y réagit et compte tenu des
interactions en situation d’entretien, notamment collectif, les réponses auto-
énoncées 1 se croisent avec celles qu’autrui peut énoncer sur soi. Il s’avère donc
difficile de trancher les pratiques linguistiques de manière dichotomique (il parle
versus il ne parle pas). Le tableau proposé plus haut (Tableau 20) reflète cette
difficulté dès lors où les réponses sur les langues parlées varient chez les mêmes
profils en fonction, notamment et d’après mes interprétations, du support
d’énonciation, des dynamiques de groupes et des contextes d’interaction. Par
conséquent, il est plus fécond pour nous de dépasser les oppositions (pratiques
versus discours) pour les mettre en corrélation : que disent les discours sur les
pratiques environnantes et inversement ? Que disent les discours de l’un sur ceux de
l’autre ? De même, que peuvent impliquer les définitions formelles de pratiques
linguistiques ?
1
Cf. Ch. VIII-1.2 ; MUCCHIELLI, 2003 : 21.
480
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Chapitre VIII – Identités et migrances
1
Cf. aussi Ch. II-1 et 1.2.2.
2
Voir aussi BLANCHET, 2007-d : 347 ; ROBILLARD (de), 2007-b : 112 ; Partie I-Introduction ; Ch. I-
1.2 et 3.3 ; Ch. III-3.1.3 et 3.3.1.
3
Voir aussi la structure identitaire binaire mentionnée par MORIN (2006) dans l’Introduction générale.
4
Cf. Ch. IV-2.4.2 et 4.2.1 ; STATISTIQUE CANADA, 2006-a. D.C. ; TERMOTE, 2003 : 265.
5
Cf. Ch. IV-2.5.1.
6
Le terme est à prendre au sens d’immédiateté sans forcément insinuer l’absence de raisonnement.
481
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Extraits 11
94. Sandun (G ; 12A) : / je parle tamoul anglais un peu français / [E.O.C. 27_01 ;
CA1]
99. Otilio (G ; 12A) : / je parle espagnol un peu français / [E.O.C. 27_01 ; CA] ;
11. Pravar (G ; 11A) : […] I speak Hindi Ourdu and like... SOOO little French ! /
[E.O.G. 27_06 ; (F : 11A, G : 11A) ; CA1] ;
191. Tijani (G : 9A) : je parle un peu arabe /
[E.O.G. 01_01 ; (G : 9A, G : 9A, F : 10A) ; CA2] ;
77. Idriss (G ; 11A) : / je parle arabe un petit peu kabyle / [E.O.C. 27_01 ; CA1].
482
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Chapitre VIII – Identités et migrances
chez lui (présence de la langue kabyle), Ilian (G : 11A½) effectue des distinctions
spécifiques entre les langues qu’il parle, celles qu’il connaît et celles qu’il comprend :
Extrait 12
39. (E) : et toi tu comprends ?
40. (I) : un peu ouais /
41. (E) : et tu parles ?
42. (I) : non je n’parle pas je connais un petit peu des mots / mais je
comprends /
[E.O.I. 28_01 ; (G : 11A½) ; CA1].
Cette complexification des auto-performances linguistiques compromet la
portée des constructions catégoriques qui ne coïncident pas aux pratiques auto-
attribuées (Ch. VIII-2.2.1). Elle fait également état d’une aptitude qui ne se chiffre
pas, qui ne se voit pas et qui pourtant, permet à l’enfant de se mesurer à lui-même,
de se mesurer par rapport aux autres, de se décentrer et de se distancier des autres.
En mobilisant « l’information cognitive » dont il dispose au sujet de l’univers
langagier, de son répertoire plurilingue et des normes correspondantes, l’enfant fait
montre d’une « conscience métalinguistique » (DABENE, 1994 : 98-104 ; MOORE,
2006 : 229-232).
Extrait 13
182. (E) : quelles langues vous voulez parler avec vos enfants ? (I3) ?
183. (I3) : moi j’aimerais français parce que quand je vais être grand je va oublier tout le
albanie parce que maintenant j’ai oublié un petit peu de albanie / quand je va
être grand je va sais tout le français / le albanie je vais la oublier /
[E.O.G. 02_04 : (F : 7A, F : 8A, F : 6A). CA3].
1
Sur les perceptions des « mélanges » interlinguistiques, voir Ch. IX-1.2.
483
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La transmission intergénérationnelle telle qu’elle la projette n’est effectivement
pas portée par des motivations symboliques comme pour assurer la continuité d’une
filiation identitaire ou socioculturelle. Il n’est pas envisagé non plus de maintenir une
pluralité où différentes langues représenteraient le patrimoine familial. De fait,
l’accumulation des langues relève du non-possible pour elle. Toutefois, l’oubli d’une
langue n’entraîne pas systématiquement un détachement par rapport à celle-ci.
Lorsqu’elle nous explique les raisons pour lesquelles elle aime l’espagnol, elle
l’attribue, au contraire, au fait de ne plus s’en souvenir :
Extrait 14
63. (I3) : par… parce que je le parle et je veux la… je… je l’avais apprend maintenant
j’avais appris le français et je le sais plus mais… et… j’aime l’espagnol la
parler /
[E.O.G. 02_04 : (F : 7A, F : 8A, F : 6A). CA3].
Extrait 15
65. (I3) : parce que… parce que tous mes amis quand j’étais dans une autre pays tous
mes amis ils l’ont parler espagnol / et c’est ça pourquoi j’aime l’espagnol /
[E.O.G. 02_04 : (F : 7A, F : 8A, F : 6A). CA3].
484
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Chapitre VIII – Identités et migrances
autre. Cela offre aussi une piste explicative quant à la non-appropriation de son
plurilinguisme ; le répertoire de Besjana inclut quatre langues (albanais, espagnol,
français, anglais) mais elle s’en approprie qu’une (« mon langue ») :
Extrait 16
151. (I3) : tu…tu sais pourquoi j’ai oublie mon langue ? parce que ti… toujours quand
mes amis ils parlent une autre langue et moi je l’apprends toujours et après je
l’oublie je l’oublie je oublie / après je dis à mon cousine elle elle sait parler très
bien… en a… albanais et elle elle m’explique qu’est-ce qu’elle dit des fois
mama /
[E.O.G. 02_04 : (F : 7A, F : 8A, F : 6A). CA3].
Forte de l’idée que les langues ne peuvent se cumuler, elle pense ne pouvoir
en posséder qu’une. En l’occurrence, il s’agit de l’albanais qu’elle dit déjà le perdre.
La mobilité géographique qu’elle a vécue semble se refléter dans la dynamique
fluctuante qu’elle construit par rapport aux langues. L’« intrusion » 1 d’une nouvelle
langue dans son répertoire est la résultante de celle d’une nouvelle culture, d’un
nouveau réseau social et invariablement pour elle, toute intrusion équivaut à une
expulsion. Dans son parcours, l’équation éliminatoire se réitère en mettant en
exergue un mouvement cyclique où les substitutions et dépossessions de langues
s’enchaînent :
Figure 4
La dernière langue d’acquisition de Besjana (F ; 6A) est le français ; dans sa
perception, il est en train de supplanter les autres langues qu’elle possède et qu’elle
finira par oublier afin de maîtriser « tout » le français. Dans le schéma, l’idée de la
langue – bloc monolithique – est représentée par la forme finie de rectangles. La
1
Image empruntée à MOORE, 2006.
485
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dernière langue d’acquisition est la plus actualisée dans sa mémoire d’où la couleur
pleine. Au fil de l’apprentissage de la nouvelle langue, les autres tendent à être
oubliées (d’où la réduction progressive des formes rectangulaires et du dégradé). On
voit que le phénomène de la « translation linguistique » (cf. Ch. IV-2.5.1) pourrait
s’appliquer ici avec l’idée que la substitution des langues « autres » s’effectue en
faveur du FLC et ce, par l’intermédiaire de la scolarisation en FLC.
Bien qu’aucun déchirement affectif n’est reporté dans ses récits, Besjana
décrit que pour elle, l’albanais est en cours d’oubli et cela entrave les
communications avec d’autres membres de sa famille (« mon cousine »). On
comprend alors les sentiments de frustration qu’elle peut ressentir avec la récurrence
1
Sur les rivalités possibles et significatives en entretien de groupe avec les enfants, voir aussi DANIC
et al., 2006 : 101.
486
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Chapitre VIII – Identités et migrances
des situations où elle s’investit dans une nouvelle langue afin de pouvoir parler avec
l’entourage immédiat et où, ensuite, le processus doit recommencer suite à un
nouveau déplacement. Au-delà de ces mouvements de substitutions, la vision non
cumulative des langues ou non productive de la cumulation linguistique génère aussi
des sentiments négatifs à l’égard de(s) la(les) langue(s) en trop. Fiddia (F ; 8A) dit
ainsi ne pas aimer la langue sujette à l’oubli, en l’occurrence et à ce moment là de
l’échange, il est question du français :
Extrait 17
64. (I2) : pourquoi que je sais parler ourdou je n’aime pas le… parce que je parler avec
mes parents et j’ai oublié… oublier français /
[E.O.G. 02_04 : (F : 7A, F : 8A, F : 6A). CA3].
Lors de cet atelier, il y a clairement un effet de reprise avec une forte influence
de Besjana (F ; 6A). Fiddia fait donc parfois écho à ce qui est dit auparavant et
produit des contradictions apparentes. Plus loin, par exemple, elle dit plutôt aimer le
français et vouloir l’apprendre encore davantage. Néanmoins, son attachement à
l’ourdou prédomine dans ses expressions personnelles puisqu’il s’agit notamment de
la première langue qu’elle aimerait transmettre à ses enfants. Nous avons, à travers
ces deux témoignages, différentes tangentes qui se dégagent dans les rapports aux
langues qui se recoupent toutefois autour d’une peur commune, soit celle de l’oubli.
Pour Tijani (G ; 9A), il existe toutefois une solution pour palier au risque de
dépossession de l’arabe : les livres.
Extrait 18
66. (E) : et est-ce que vous lisez des livres aussi à la maison ?
[…]
72. (E) : d’accord / et quelle langue tu lis ?
73. (I1) : en français /
74. (E) : est-ce que tu lis en arabe ?
75. (I1) : oui ! hier j’ai trouvé un livre en arabe mais j’ai… j’ai j’ai pas ramené ma carte
pour prendre je peux pas le prendre /
76. (E) : ah ! d’accord et à la maison tu as des livres en arabe ?
77. (I1) : non /
78. (E) : non ?
79. (I1) : oui ! j’ai apporté de… je venu avec… j’ai apporté pour pas l’oub… l’oublier… ma
langue /
[E.O.G. 01_01 ; (G : 9A, G : 9A, F : 10A) ; CA2].
487
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Cependant, tous ne pensent pas bénéficier des mêmes recours car un peu
plus loin dans l’échange 1, Fareesha (F ; 10A) dit lire en anglais, français « parce que
y est pas de livres en ourdou beaucoup ». Ce qui soulève la question des pratiques
familiales et plus généralement sociales dans les moyens choisis, mobilisés ou non
pour la continuité des pratiques plurilingues dans le pays de l’Autre ou de l’Autre
dans son pays. Comment apparaissent d’ailleurs les rapports aux langues et à
l’altérité lorsqu’on confronte les différentes situations d’énonciations linguistico-
identitaires ?
2. (AUTO)IDENTIFICATIONS SITUEES
2.1. Langue(s)
En essayant de se décrire à travers les langues qu’ils parlent, les discours des
enfants rencontrés sont parfois traversés de doutes. Afin de pouvoir explorer les
représentations qu’ils peuvent relier aux langues, nous parlerons des incidences
éventuelles engendrées par le (choix du) mot.
1
Cf. l. 89 dans l'entretien [E.O.G. 01_01 ; (G : 9A, G : 9A, F : 10A) ; CA2].
2
Au sens factuel, stable et non relatif. Par exemple, lorsqu’elle est réduite à un objet-outil que l’on
possède ou pas sans possibilité d’entre-deux.
3
Voir Ch. II-1.2.2.
4
Sur les occurrences de non-attribution (réactions muettes), cf. Ch. VIII-2.3.
488
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Chapitre VIII – Identités et migrances
1
Voir aussi les problématisations intéressantes entre le pouvoir discursif, le pouvoir de réalisation et le
pouvoir idéologique dans HALL, 2007 : 93-97.
2
Séjour 1 : décembre 2004-janvier 2005. Cf. Ch-III-3.2.2.
3
Terme à prendre surtout dans le sens « non attribuée » par l’enquêtrice, comme c’est le cas pour le
français (l. 5).
489
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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« régulier » 1. La non-mention du français ne peut alors être associée au sentiment
d’une maîtrise (technique ou normative) insuffisante. Peut-être l’objet « langue » est-
il soumis à certaines conditions d’acquisition par Leyla afin d’être revendiqué comme
pratique ? Dans tous les cas, elle associe l’outil communicationnel à ses dimensions
intellectuelles (l. 6), symboliques (l. 12) et interrelationnelles (l. 16) :
Extrait 19
2. (I) : bonjour / je m’appelle (I) / j’ai 9 ans / je suis en… en 3ème année… 3ème année
(Y1) / et… ben… je viens du Maroc / je parle… l’arabe /
3. (E) : tu parles arabe ?
4. (I) : mmm… ouais /
5. (E) : est-ce qu’il y a d’autres langues que tu parles ?
6. (I) : non / il y a français aussi que j’ai appris /
7. (E) : ok / et… comment tu trouves le français ?
8. (I) : vraiment très bien !
9. (E) : très bien ?
10. (I) : j’aime ça !
11. (E) : ça te fait penser à quoi le français ?
12. (I) : ben ça me fait penser à quand on était au Maroc / on apprenait... /
13. (E) : ah! t’apprenais déjà le français au Maroc ?
14. (I) : ouais /
15. (E) : ok / et l’arabe pour toi / c’est quoi comme langue ? c’est une… ça te fait penser
à quoi ?
16. (I) : ben ça fait penser à mes amis là / quand on était à l’école mais… mais quand
même / je vais retourner au Maroc / je vais voir mes amis puis après je vais
revenir /
[E.O.I. 24_01 ; (F : 9A) ; CR3].
Extrait 20
49. (E) : et t’apprenais / tu disais « un peu » le français /
1
Voir ALLEN (2006) pour une étude des réactions d’élèves (niveau secondaire) qui ont été reconduits
en CA après une année de scolarisation et les effets sur leur auto-perception. Voir aussi X-3.1.3.
490
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Chapitre VIII – Identités et migrances
50. (I) : hmm mmm (acquiescement) / on a… / le prof elle nous a donné un livre / il y a
du français et on apprend / chaque jour quand on va à l’école / on apprend un
peu /
[Idem que supra].
Extrait 21
124. (E) : d’accord / et tu vas parler plusieurs langues [à tes enfants] ?
125. (I) : peut-être /
126. (E) : tu ne sais pas ?
127. (I) : si il comprend /
[Idem que supra].
Pour autant, la notion ne renvoie pas un vide symbolique, elle évoque quelque
chose pour elle et elle en est consciente lorsqu’elle fait part des souvenirs qui lui
reviennent à l’idée du français. Quant aux potentialités du sujet « langue » aux
interprétations non définies au préalable, les associations ethnolinguistiques se sont
parfois co-construites comme avec l’enseignante en CA, Nejma (Ens ; CA4), qui relie
son univers langagier à celui de ses identités tout en négociant avec l’enquêtrice
l’intelligibilité de ce qu’elle énonce et vice-versa :
Extrait 22
64. (I1) : je pense que c’est inconscient parce qu’on a TOUJOURS utilisé les deux
langues alors euh… notre identité a toujours été teintée des deux langues / ce
qui fait qu’il y a pas de différences à ce niveau-là /
65. (E) : ouais vous êtes bilingues /
66. (I1) : ouais / je vais pas me dire je suis québécoise parce que je parle français / parce
que je l’ai toujours parlé le français /
[E.O.I. 01_04 ; (Ens. CA)].
En optant pour une utilisation non définie du mot « langue », il nous est ainsi
paru enrichissant de nous appuyer sur sa polysémie afin de laisser l’interlocuteur y
insérer ce qui lui paraissait signifiant ou pas. Cela supposait certes une grande
variabilité des réponses, raison des difficultés éventuelles dans l’analyse et
l’organisation des données, mais l’objectif prioritaire était de s’ouvrir à la double
perspective du métalangage. Parler de la langue pour voir ce qui pouvait y être
associé tout en réfléchissant sur les mots et leurs combinaisons dans la chaîne
parlée ou de discours écrit. Le double décentrement que cela requiert face à son
répertoire et à ses performances immédiates offrait, pour nous, un champ à la fois
stimulant et exigeant en ce que sa rentabilité dépend d’abord de nos efforts
491
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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d’investissements.
1
L’approche identitaire de la notion sera abordée notamment au Ch. VIII-2.1.4.
2
Voir aussi Ch. I-2.2 ; Ch. III-3.3.2.
492
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre VIII – Identités et migrances
comme moteur des décisions qu’il élabore, structure et réalise. Cette intervention, où
se déploient différentes formes d’actions, se réorganise de manière à atteindre un
but situationnel ou à construire un projet longitudinal à travers lesquels le sujet se
profile un cheminement optimisé.
Ce qui permet d’« introduire dans l’analyse des phénomènes sociaux une
dimension subjective » (ibid.). Plus précisément, nous avons choisi la voie de
l’intersubjectif pour travailler à inverser les points de vue ou d’entrée face au terrain,
aux phénomènes qui s’y observent et aux individus qui y appartiennent d’une
manière ou d’une autre. La volonté de réfléchir à partir d’inversions de perceptions
explique aussi pourquoi la notion de « langue » n’est pas été définie avant ou
pendant les rencontres avec les enfants. Ce qui ouvre les champs d’interprétation,
1
CAMILLERI (1990 : 46) reprend ici une expression de Georges DEVEREUX (1972).
Ethnopsychanalyse complémentariste. Paris : Flammarion.
2
Voir aussi Ch. VIII-2.1.2.
493
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de compréhension et de décisions en réaction. Objet, outil, valeur, symbole, matière
scolaire, corps humain… le paradigme de « langue » pouvait ainsi être exploré et
réinvesti tel qu’il a pu être vécu, pratiqué, énoncé, imaginé, défini, etc. par le sujet
informateur. Ce qui se négocie relève alors d’un morcellement relatif de l’entité
« empirique » d’où les limites que nous serons constamment amenés à prendre en
compte ou à recycler, sous forme de problématisation rétrospective, lorsqu’elles
n’ont pas été anticipées, évitées ou suffisamment adaptées. L’intérêt du
renversement est aussi d’encourager l’Autre à se distancier de lui-même et de ce qui
le représente. Une attitude réceptive, compréhensive mais non moins « autonome »
(donc différente et potentiellement d’avis différent) face aux co-acteurs en jeu pas les
inciter à s’impliquer à leur tour dans le co-construction de sens en situation. C’est
aussi dans cette perspective qu’une affiche a été remise à l’école afin qu’eux aussi
puisse prendre en compte ce qui est « langue » pour moi (cf. Annexe 1, Ch. I-1.3).
Sans évacuer les limites de l’intersubjectivité discursive en tant qu’observable de
travail, il semble donc utile de ne pas y voir des biais 1 absolus de la recherche mais
aussi des paramètres contextuels, contextualisables et contextualisants pouvant
nourrir les réflexions scientifiques et sociales.
1
A ce sujet, voir aussi BLANCHET, 2007-d ; GADET, 2003.
494
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre VIII – Identités et migrances
Une autre absence de restriction prise en charge est celle induite par la forme
plurielle « langues », parfois utilisée par défaut. Le pluriel peut inciter l’énonciation
hypertrophiée des pratiques linguistiques. Le répondant qui ressent une pression
pour mettre en avant des expériences ou caractéristiques données tendrait, en
réaction de défense à cette pression, à en amplifier la description. S’il anticipe que la
situation peut lui être défavorable, il agirait alors de manière à compenser les déficits
dont il s’estime à même de combler, et dont il s’estime responsable, en
« surenchérissant » 1 ses productions de réponses. Lors des questionnaires écrits,
par exemple, le pluriel par défaut (A) a été préféré à une suggestion du pluriel (B) :
1
Nous reprenons le terme à TABOADA-LEONETTI (1990 : 66) sans pour autant l’utiliser, ici, dans le
même sens que l’auteure. Dans ce dernier cas, la stratégie de la « surenchère » met en scène un
rapport de domination où l’acteur minorisé assimilerait les stigmates qui lui sont prescrites en en
renforçant les stigmatisations. CAMILLERI (1990 : 90) parle aussi de la sur-affirmation comme forme
d’« identité polémique » où la (re)construction identitaire se fait en adversité ou agressivité contre
autrui, perçu comme dépréciateur, voire contre soi.
2
Voir notamment LAMARRE, 2001 et 2002.
495
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identitaire à base de comparaisons interpersonnelles (je parle comme...). Devant
cette polysémie interprétative, la forme plurielle a donc paru plus judicieuse. Enfin,
en cas de non correspondance face aux sentiments sociolinguistiques du répondant
et au vu des tensions uniformisatrices du cadre institutionnel en question, le pluriel
s’apparente mieux aux réponses uniques que l’inverse. Ce qui ne sous-entend pas
que seul le plurilingue peut ressentir des inhibitions face à un formulaire qui suppose
d’emblée qu’il ne parle qu’une langue. Face à l’exclusion par défaut de sa spécificité,
l’effet de la minorisation implique aussi le monolingue. La désignation de ce dernier
comme un « non plurilingue » le situe tout autant en opposition face au
plurilinguisme, érigé en tant que centre référentiel. Les mots exercent bien des
incidences sur le social d’où l’intérêt, pour nous, d’aller au-delà du lexique et de la
syntaxe. La dimension extralinguistique des échanges détermine aussi l’efficacité
des mots choisis et des rencontres envisagées. En l’occurrence, l’enfant demeure le
principal évaluateur de ce qui peut être attendu (ou pas) derrière chaque question.
Ce sont ses sentiments et raisonnements qui définissent en réactivité les
caractéristiques des entretiens et des thématiques proposés tels qu’ils peuvent
paraître du côté de leur réception. L’ensemble de ces (ré)actions offre donc un reflet
fragmentaire des représentations et (re)constructions que façonne l’enfant répondant
face à tel mot, telle mise en situation, telle altérité, telle part de soi. En énonçant la
réponse qui lui semble la plus judicieuse, il est donc l’auteur d’un certain nombre de
« décisions » (cf. supra) et l’articulation de ces décisions au sein d’une même
destinée nous permet de croire qu’il en a évalué des intérêts (aux retombées
immédiates ou différées). Même dans le mimétisme ou l’hypertrophisme de ses
discours ou comportements (ou ce que l’observateur adulte perçoit comme tel), les
actes de l’homme, enfant, ne relèvent donc pas systématiquement de l’impensé.
496
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Chapitre VIII – Identités et migrances
1
Sur les différentes analogies entre « corps biologique » et « corps culturel », voir, par exemple,
HERBAUT & WALLET, 1996 ; CAMILLERI, 1996 : 328.
2
Nous actualisons l’élaboration (« élaborant ») et n’insistons pas sur le fait qu’il en est « capable »
(« est capable d’élaborer) au risque de contribuer à la présupposition inverse.
3
Les auteurs citent aussi Florence GIUST-DESPRAIRIES (1989). L’enfant rêvé. Significations
imaginaires d’une école nouvelle. Paris : Armand Colin.
497
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découle pour beaucoup de sa propre réflexivité subjective, PIAGET (op. cit. : 140-
141) parle de l’égocentrisme enfantin, car il est relativement moins pris dans des
constructions sociales ou « communités ». Et il est vrai qu’on s’en extasie parfois
lorsque sa pensée surgit, insolite, perspicace, créative. On appréciera cela dans
l’extrait suivant des travaux de PIAGET (op. cit. : 37) avec la conclusion qu’il en
propose :
« C’est en effet vers l’âge scolaire, vers 7-8 ans qu’apparaît chez l’enfant une
aptitude nouvelle qui va profondément modifier sa vie relationnelle : l’aptitude à
la décentration par rapport à son entourage immédiat, grâce à laquelle il peut se
mettre à la place d’autrui et ainsi voir les choses et lui-m^me comme il pense que
les autres le voient.
L’enfant migrant porte et agit aussi dans une pluralité plurielle, et il s’y
construit. L’interculturalité qui découle de la migration est-ouest, sud-nord vers le
Canada de notre groupe noyau fait d’autant plus appelle à sa créativité personnelle :
1
Harold GARFINKEL (1967). Studies in ethnomethodology. New York : Englewood Clifford, Prentice
Hall. Référence citée dans DANIC et al. (2006 : 97).
498
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Chapitre VIII – Identités et migrances
Nous pourrons d’abord discuter des degrés de prévisibilité selon les cultures
(l’auteur s’appuie sur des travaux opposant les contextes « traditionnel » à ceux
« modernistes ») dans la mesure où le destin des enfants « modernisés » peut
également être circonscrit à certaines réalisations, prescrites ou inscrites, dans
l’environnement culturel « moderniste ». Il en va de même quant au poids (ou non)
du collégial, l’idée étant que ce dernier existe au sein de toute communauté, société
ou « culture », mais se présente différemment et engendre différentes implications.
Cela attribue la culturalité et l’ethnicité aux dynamiques identitaires qui structurent
toute communauté sans réellement y apposer une unité de mesure quant à celle qui
est plus culturelle ou plus ethnique en soi : « Tout groupe humain a une spatialité et
une temporalité en d’autres termes encore, une territorialité et une segmentarité,
dimensions de son histoire. » (IZARD, 2007 : 305). L’identification se construisant
suite à une différenciation, c’est dans ce sens – relatif et subjectivé – qu’il importe
d’accepter l’échelonnage ou la hiérarchisation des altérités car cela se fait sans
universalisation de la comparaison pensée. Néanmoins, la créativité de l’enfant
« interculturalisé » par sa trajectoire migratoire prend un sens pluriel pour nous.
1
L’auteur a tirée cette définition, à connotation militaire, du Petit Robert.
499
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Le défi qui nous est posé consiste alors à réinvestir les interactions où l’enfant
migrant, plurilingue, allophone paraît passif, dominé, minoré ou comme celui qui
subit l’échange en tant qu’occurrence éventuelle d’une stratégie située. L’inverse
pose pareillement le défi de se soustraire d’une lecture à priori survalorisante où
l’enfant semble (se) dominer pour tenter d’y voir autre chose qu’une situation
maîtrisée.
1
Cf. notamment Ch. IV-2.5, 3.1 et 4 ; Ch. VI-3.
500
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Chapitre VIII – Identités et migrances
Extrait 23
81. (P) : your name and your language… ok ?
82. (I11) : my langue <?> is ourdou and my name is (I11) /
83. (I8) : on dit en français !
84. (P) : en français t’es-tu capable ? (plusieurs élèves expliquent à (I11) et
répètent en français ) « mon nom est… » /
85. (I11) : « (I11) » /
86. (P) : oui pis le langage que tu parles c’est… /
87. (I11) : ourdou /
88. (P) : comment ? 1
89. (I11) : ourdou /
90. (I8) : anglais aussi /
91. (P) : anglais aussi un peu / (I6) /
[E.O.C. 27_01 ; CA1].
L’instant de cette interaction, nous pouvons noter une forme de rupture par
rapport aux schémas habituels où l’incarnation de la norme et des règles scolaires
n’est plus l’enseignant mais un élève. MOORE & SIMON (2002) utilisent une
expression fort pertinente pour cette « déritualisation » située puisqu’en effet,
« l’expertise « change de mains » ». Nous reviendrons sur ce phénomène afin de
discuter des « interculturalités » comme objets d’enseignement (Ch. X-2.1, voir aussi
MOORE, 2006). Ici, trois éléments explicatifs semblent se dégager, au vu des
observables-ressources, quant à l’autorité exercée par Otilio (G ; 12A) sur son
camarade : l’âge (il est l’aîné), l’ancienneté 2 (il est arrivé trois mois avant Pravar) et
la perception d’aisance en français 3. L’idée de « perception » est importante car il
s’agit d’un sentiment ponctuel, construit par rapport à la situation d’énonciation. Son
point de comparaison situé est un autre élève, arrivé quelques semaines avant cet
échange et parlant surtout anglais. Otilio en déduit donc qu’il est en mesure
d’assurer un rôle autoritaire à l’égard de son pair. Lors de l’atelier de groupe auquel
2
Cf. Ch. VIII-1.2.3.
3
Cf. [E.O.G. 27_04 ; (G :12A, G : 12A, G : 11A) ; CA1].
501
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participe Otilio, cette fois-ci avec d’autres pairs, il ne s’attribue effectivement pas de
grandes compétences en français : « je parle espagnol et un peu 1 français ». Cette
occurrence a lieu en début d’échange donc on peut à juste titre y associer les
stratégies de mises en garde devant une situation à laquelle il est peu familiarisé.
Plus loin dans les échanges et se sentant sans doute davantage à l’aise, il dit trouver
ses cours de français « faciles ». Enfin, en réitérant les règles de l’école (cf. Ch. I-
2.2.3), il s’abroge aussi le statut de celui qui les applique. On peut retrouver plusieurs
discours de ce type à l’instar de Besjana (F ; 6A) :
Extrait 24
66. (I3) : tu... tu sais avec mes amis des fois eux ils me parlent en anglais mais je lui dis
« non il faut parler français à l’école ! »
[E.O.G. 02_04 : (F : 7A, F : 8A, F : 6A). CA3].
Extrait 25
44. (E) : à la télé / l’émission que vous préférez /
45. (I2) : je je regarde la télévision en français parce que mon père m’a dit je parle
beaucoup français après m’a dit je regarde /
46. (E) : ça va aider à apprendre le français /
47. (I1) : ouais /
48. (E) : toi aussi tu regardes en français ou en anglais ?
49. (I1) : français anglais hmm… (lève les sourcils comme pour bien réfléchir, hésitation)/
50. (E) : ça dépend ?
44. (I1) : oui /
[E.O.G. 27_04 ; (G : 12A, G : 12A, G : 11A) ; CA1].
L’objet langue est synonyme de devoirs et donc d’interdits, Otilio dit ne pas
parler anglais lors de son entretien et hésite à y associer des pratiques sociales.
Nous reviendrons sur les reconductions d’autorité entre pairs (cf. Ch. IX-1.2.3) mais
en considérant la posture inverse, de dominé situé, d’autres éléments peuvent
appuyer la soumission apparente de Pravar (G ; 11A). Dans les échanges reportés
plus haut (Extrait 23, l. 86-89), l’enseignante exerce aussi une pression sur Pravar
1
Cf. [E.O.G. 27_04 ; (G :12A, G : 12A, G : 11A) ; CA1].
502
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Chapitre VIII – Identités et migrances
afin qu’il réponde aux questions. A la réponse énoncée par l’élève, « ourdou », sa
réaction interrogative (« comment ? ») manifeste une incompréhension. Celle-ci est à
la fois attribuable aux difficulté d’audibilité (bruits environnants et voix basse de
Pravar) et de l’intelligibilité interculturelle 1 puisque l’enseignante demandera par la
suite comment écrire la langue. Il est donc permis de croire que la situation
d’interaction est déstabilisante pour Pravar qui peut se sentir particulièrement
vulnérable. On aurait également pu y associer l’emploi par l’enseignante du terme
« langage » qui peut générer des effets de minoration 2. Cette éventualité doit
toutefois être nuancée du fait que le terme résulte d’une traduction simultanée en
situation d’enseignement où l’enseignante est exposée au regard de l’Autre. Le poids
évaluatif de ce regard s’explique par les quelques spécificités liées à son statut (en
remplacement temporaire, plus jeune que l’enseignant principal, en cours de
formation). En plus de ces imbrications situationnelles, le terme « langage » est
traduit de l’anglais par une locutrice, dont la langue principale est le français, à
l’endroit d’un locuteur dont l’une des langues principales situées est l’anglais. Il nous
paraît donc plus hypothétique de mettre le terme choisi en relation avec l’éventuel
sentiment de vulnérabilité de Pravar (G ; 11A).
1
Sur l’enseignement à l’interculturel, voir aussi les discussions au Ch. IX-3.2.
2
Perspective qualitative ici avec l’application en termes d’enjeux de pouvoir : dominant/dominé. Voir
aussi BLANCHET, 2005.
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2.2.2. Auto-attributions des langues et réalisations du soi
Afin de confronter les différentes auto-attributions de pratiques linguistiques, le
tableau suivant indique les langues déclarées selon les contextes et supports
énonciatifs :
504
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Chapitre VIII – Identités et migrances
Nom Age Pays de Langues Langues déclarées à Langues déclarées à Langues déclarées à l’oral en
naissance déclarées à l’écrit sur le l’oral en E.O.C. 3 E.O.I. / E.O.G.
(enfant) l’écrit sur la questionnaire 2
fiche CSDM 1
Classe : CA1
Dinesh 11 Inde penjâbi penjâbi, hindi, ourdou, hindi, penjâbi, penjâbi, hindi, ourdou, anglais,
français, anglais français français
Anka 11½ Bulgarie bulgare (LM), bulgare, turc, anglais, bulgare bulgare, turc, anglais, français
turc (LP) français
Nana 10½ Ghana twi twi, anglais twi, anglais anglais, twi, français
Charbel 12 Liban arménien arménien, arabe, arménien, arabe, arménien, arabe, anglais, français
français, anglais anglais, français
Kirsan 11 Ukraine russe russe, ukrainien, russe, ukrainien, ukrainien, russe, anglais, français
anglais, français anglais, français
Sandun 12 Sri Lanka tamoul tamoul, anglais tamoul, anglais, tamoul
français
Otilio 12 Mexique espagnol espagnol espagnol, français espagnol, français
Idriss 11 Algérie arabe arabe, kabyle, français arabe, kabyle arabe, français, kabyle
1
Fiches à deux entrées : langue maternelle (LM) et langue parlée (LP). Lorsque les réponses sont différenciées, nous utiliserons les signes (LM) et (LP).
2
Cf. Annexe 5.
3
E.O.C. : Entretien oral collectif ou en classe. Cf.: [E.O.C. 27_01 ; CA 1].
505
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Nom Age Pays Langues Langues Langues (E.O.C.) Langues (E.O.I. / E.O.G.)
CSDM
Mariva 11 Bulgarie bulgare bulgare, anglais bulgare, anglais bulgare, anglais, russe
Pravar 11 Inde ourdou ourdou, anglais, hindi ourdou hindi, ourdou, anglais, français
Ilian 11½ Algérie arabe arabe, kabyle arabe, français arabe, kabyle 1
Classe : CA2
1
Ilian (G ; 11A½) : « je parle arabe / euh… je comprends kabyle ». [E.O.I. 28_01 ; (G : 11A½) ; CA1].
506
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
Il est évident que la formulation des questions est décisive dans l’éventail de
réponses suscitées. La présence du seul terme « langue », utilisée de manière
spontanée ou pas par l’enquêteur, risque en effet d’imputer aux interlocuteurs des
possibilités de réponses en leur imposant néanmoins une forme de conceptualisation
sociolinguistique :
Extrait 26
69. (E) : et toi est-ce qu’il y a des langues que tu n’aimes pas ?
70. (I2) : y a ukraine (rires) /
71. (E) : pourquoi ?
72. (I2) : parce que c’est petite langue / c’est pas la histor /
[E.O.G. 27_03 ; (G : 12A, G : 11A) ; CA1].
1
Cécile CANUT (2000). « Quelle sociolinguistique en Afrique ? Questions de méthodologie » in Pierre
DUMONT et Christine SANTODOMINGO. La coexistence des langues dans l’espace francophone,
approche macrosociolinguistique. Paris : AUPEL/UREF ; 83-88. Référence citée dans BLANCHET,
2007-d : 13.
507
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
m’assurer de l’intercompréhension. C’est dans ce sens que l’entretien est vécu
comme un espace de négociations. Je tente d’y connaître les représentations ethno-
sociolinguistiques de l’Autre, mais il m’est difficile d’y parvenir sans au moins les
mettre en comparaison avec les miennes. Une fois mises en relation avec ce que je
(re)connais ou pas, les représentations de l’Autre peuvent alors être réinvesties et
problématisées. Outre la conceptualisation éthique, la notion d’« altérité » est
également conciliable avec celle des (auto)identifications linguistiques. Penser la
langue en termes de continuum revient à s’affranchir des visions dichotomiques
(bien/mal parler ; parler/pas parler) qui peuvent engendrer des sentiments de repli,
de blocages ou de rejet. Devant la difficulté que peut représenter une langue vue
comme un « bloc » qu’il convient de maîtriser les fonctionnalités et usages, l’enfant
peut en effet se convaincre de son inaptitude. Dans ce cas, les impressions de
difficulté – souvent imputables à d’autres facteurs – se traduisent par des formes de
disqualification irréversibles. Comme le laissent supposer les descriptions des
performances linguistiques observées chez certains enfants, une langue peut
s’oublier dans sa totalité. C’est ce qu’Anka (F ; 10A½) décrit en parlant de sa mère :
Extrait 27
178. (I3) : […] / moi je prends le français parce que aujourd’hui matin ma mère m’a
demandé une question et je l’ai répondu en français elle m’a dit
« quoi ? » elle n’a pas compris parce qu’elle a oublié tout son français !
[E.O.G. 27_02 ; (G : 11A, F : 11A½, F : 10A½ ) ; CA1].
508
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
Extrait 28
69. (E) : et toi est-ce qu’il y a des langues que tu n’aimes pas ?
70. (I2) : y a ukraine (rires) /
71. (E) : pourquoi ?
72. (I2) : parce que c’est petite langue / c’est pas la histor /
[E.O.G. 27_03 ; (G : 12A, G : 11A) ; CA1].
1
Participant à deux ateliers différents, Charbel (G ; 12A) et Idriss (G ; 11A) disent, par exemple,
pouvoir se définir comme « Canadiens et [nationalité actuelle] » ou « Canadiens » mais seulement
après un délai de « 3 ans ». Cela renvoie à la durée minimale de résidence au Canada requise
(1 095 jours) par la Loi sur la citoyenneté pour pouvoir soumettre une demande de citoyenneté. Un
exemplaire du formulaire à remplir est téléchargeable à partir de l’URL :
[[Link] Mise en ligne : 5/02/08.
2
Voir Ch. III-1.2.2.
3
A ce sujet, voir aussi DE QUIEROZ, 2006 : 50 ; Ch. I-3.1.1.
4
Extrait de l’appel à communications diffusé sur le site de l’observatoire européen du plurilinguisme
pour le colloque « Grandes » et « petites » langues et didactique du plurilinguisme et du
pluriculturalisme. Modèles et expériences. Paris, juillet 2006. INALCO. URL :
[[Link] Rubrique « Colloques, parutions et manifestations 2006 ».
Mise en ligne : 20/01/08.
509
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Les rapports aux langues retracent l’histoire de Kirsan comme ils retracent
celle de chaque locuteur, ce que nous pensons et ressentons à l’égard des langues
est en partie le reflet de ce que nous avons vécu. Il est donc légitime de revendiquer
des positionnements et des jugements à propos de ce que l’on estime constitutif de
soi. Cela représente une forme de distanciation par rapport à ce qui nous constitue
pour en prendre conscience et réagir (en acte ou en pensée) en connaissance-
conséquence. Cette opération permet d’actualiser ses ressources intellectuelles et
socioculturelles pour mieux se situer par rapport à soi et aux autres. A la lumière de
nos données, les enfants sont pleinement capables de réaliser ces prises de
distances. Certes, ils peuvent croire en l’universalité de ce qu’ils énoncent mais cela
n’invalide pas leurs prises de distances. Le décentrement représente une première
forme d’ouverture à l’Autre et donc de conscience altéritaire. Dans le fil des
raisonnements, les représentations affectives (dimension plutôt personnelle) de
Kirsan ne sont d’ailleurs pas toujours distinctes (ou distinguées) de celles qu’il rend
objectives (dimension plutôt impersonnelle).
Extrait 29
84. (E) : (I1) ? pourquoi tu aimes le russe ?
85. (I1) : parce qu’il y avait une bataille et la russe nous aidaient et j’aime la russe
parce que c’est presque les mêmes mots et les mêmes lettres comme la…
bulgare /
86. (E) : et c’est pour ça que tu aimes cette langue /
87. (I1) : oui ! et c’est… /
88. (E) : d’accord /
89. (I1) : oui parce qu’il y avait une bataille avec les Turcs avec les Russes et les
Bulgares et les Russes nous aidaient /
90. (E) : ah ok /
91. (I1) : la plus grand l’armée dans… sur la planète c’est la russe /
[E.O.G. 01_02 ; (G : 10A, G : 9A, F : 9A) ; CA2].
1
Ce qui est dit sur les aspects linguistiques (internes) de la langue.
2
Le russe est classé parmi les langues slaves orientales (ou slaves de l’Est) tandis que le bulgare est
510
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
relation de deux autres systèmes qui font partie de son répertoire. Il fait état de ses
observations (similitudes interlinguistiques, épisodes historiques) et se positionne
(charge affective). L’attachement à la langue russe est tissé à celui qu’il éprouve
pour un pays qu’il valorise ainsi qu’aux facilités de passage entre deux langues
voisines. Notons qu’il ne s’agit pas de son pays natal, la Bulgarie, d’où une forme
d’ouverture lorsqu’il fait part de son admiration pour la Russie. Les contacts de
langues sont réinvestis à travers leurs enjeux géopolitiques et Milan y puise des
repères héroïques. Certes, l’enjeu personnel est aussi de jouir indirectement de ce
prestige mais c’est en cela que nous cernons l’acte de décentration interculturelle.
Cela rappelle plutôt l’inscription des rapports à l’Autre à travers ceux aux langues et
aux cultures. L’enfant sélectionne un épisode historique de l’Autre et l’intègre à son
univers ; il franchit par la même les frontières géopolitiques qui peuvent confiner celui
qui ne parvient pas à s’en détacher. Sa prise de parole pouvait à priori sembler
réductrice des événements historiques mais en nous décentrant de ce qui nous
paraît incongru, on perçoit bien une aptitude à l’interculturel.
511
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identité de plurilingue, sans tous les risques qui peuvent y être associés. »
(MOORE, 2006 : 72).
Extrait 30
14. (E) : d’autres personnes souhaitent dire c’est quoi le français ? ((I4) lève la main)
oui ?
15. (I4) : moi ? c’est un peu difficile parce que c’est la / dans le français / c’est le grand
histor / et… c’est difficile /
[E.O.C. 27_01 ; CA1].
1
Terme employé ici au sens large en désignant tout locuteur du français, sans distinction du mode ou
du moment d’acquisition ni du degré de maîtrise.
2
Voir aussi DANIC et al., 2006 : 104 ; Ch. II-1.2.
512
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
ii. effort : il demande la parole (cf. l. 14. ((I4) lève la main) oui / ; moi ?), [E.O.C.
27_01 ; CA1].
Son discours oral s’inscrit dans des conditions d’énonciation précises où ses
efforts s’orientent à la fois vers la gestion de difficultés immédiates (en cours
d’énonciation) et anticipées (ses progrès en français). En attribuant l’explication de
ses éventuelles contre-performances, immédiates ou à venir, Kirsan agit par
anticipation et décharge en partie la responsabilité qui pourrait lui revenir à des
1
Ou « attribution ».
513
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facteurs externes et dissociés de son pouvoir de contrôle. Conscient de sa récence
dans l’espace sociolinguistique francophone et du poids normatif de sa nouvelle
langue, l’attribution causale opérée par Kirsan lui permet de réaliser une tâche
appréhendée dans sa multiplicité (cf. les performances différenciées plus haut). Cela
lui offre un rempart pour surmonter les difficultés anticipées et se légitimer comme le
ferait tout acteur éprouvant le sentiment d’insécurité 1. Les prises de parole pour
s’identifier comme pour identifier l’Autre peuvent ainsi être étudiées sous forme de
prises/crises de pouvoir situé. Ces opérations peuvent sans doute être reliées à des
traits identitaires plus stabilisés mais nous ne sommes pas en mesure de stipuler en
quoi la « personnalité » 2 de Kirsan tend à recourir aux attributions causales. De notre
point de vue, elle est observable in situ et est investie en tant que telle sans
généralisation. Cette subjectivité permet en effet de relier l’attribution causale située
à une perception disjonctive entre les entités « langue » et « locuteur ». Les pouvoirs
situés peuvent être associés à un statut particulier mais, pour nous, ils demeurent
négociables 3 et épousent différentes formes et matérialités (administration/individu ;
adulte/enfant ; enseignant/élève ; informateurs/enquêtrice ; parole/silence).
1
A l’idée d’intégrer une CR, Kirsan émet aussi des doutes quant à ses qualifications (l. 109) « ah !
oui ! m… j’sais pas parce que moi pas parler pas beaucoup / ». [E.O.G. 27_03 ; (G : 12A, G : 11A) ;
CA1]. Dans ce cas précis, cette hésitation est à relier à l’incompréhension manifestée de Kirsan à
l’égard du mot « hâte » utilisé par l’enquêtrice dans sa question sur l’intégration des CR. Sur
l’insécurité linguistique, voir aussi FRANCARD, 1993-4 et 1997 ; GUENIER, 1994 ; BRETEGNIER &
LEDEGEN, 2002.
2
Les théories de la personnalité sont nombreuses et diversifiée mais les approches contemporaines
tendent à s’accorder sur l’utilisation de « méthodes quantitatives d’identification des traits
caractéristiques » (FRÖLICH, 1997 : 294-295).
3
Cf., par exemple l’inversion des rapports de pouvoir en situation d’entretien (Ch. I-2.1).
514
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
1
Nous nous basons ici sur des constructions de la « pluralité » à partir les discours et perceptions
dominants chez les enfants en CA et CR où la société native, québécoise, francophone serait plus
homogène. Il s’agit donc d’une catégorisation subjective, construite et située, et non d’une
identification absolue. L’étude des profils en CR démontre d’ailleurs que les trajectoires individuelles
et répertoires sociolinguistiques des élèves font montre de nombreuses formes de pluralité.
2
A ce sujet, voir aussi Partie II.
3
Réponse à la question n°6 : « Si tu n’as jamais été en classe d’accueil, que penses-tu des classes
d’accueil en général ? » (cf. Annexe 6).
515
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autour des chocs frontaux découle parfois aussi d’une conceptualisation
uniformisante de la société d’« accueil » qui aurait été homogène, unifiée et
authentique avant les contacts générés par les « nouveaux arrivants ». L’imaginaire
leur prescrit alors l’exclusivité des hétérogénéités. En termes identitaires, la
nécessaire redéfinition ne peut donc pas être à sens unique 1. L’espace urbain de
Montréal rend également caduque la concentration des diversités au sein des seules
CA :
« En milieu montréalais, il n’est désormais plus possible d’opposer une classe
d’accueil caractérisée par sa diversité linguistique à une classe régulière conçue
comme homogène. » (Mc ANDREW, 2001. D.C.).
1
On considère que toute communauté comporte des diversités et des variabilités internes. Avant les
bouleversements sociétaux post 1970, il semble effectivement trompeur de stipuler que la société
québécoise était une communauté homogène sans pluralités identitaires. Plutôt que d’opposer l’avant
(unifié) à un après (diversifié), il semble plus pertinent de voir que ce sont les critères de
différenciations et les modes de perceptions de ceux-ci qui ont changé. Ce qui crée de nouvelles
formes d’oppositions, elles-mêmes nouvellement abordées et interprétées.
2
Sur les questionnements parallèles au niveau macro, cf. Ch. IV-2.2 ; 2.3 ; 2.4 ; 2.5.
3
N.D.T. Montréal : février 2007. Echanges semi-formels car hors du dispositif d’entretien mais
effectués lors du bilan du dernier séjour de recherche avec les membres de la Direction et une
enseignante.
4
N.D.T. Montréal : février 2007. Observations complémentaires. Jour de la Saint-Valentin dans la
salle du personnel. A l’occasion de cette fête, l’école organise le concours de « la classe la plus
rouge » où la classe constituée du plus grand nombre d’élèves habillés en rouge remporte le prix.
Devant le constat que personne « en accueil » n’était vêtu de rouge, une enseignante tire la
conclusion reportée ici.
5
N.D.T. Montréal : février 2007. Echanges informels avec un élève de classe régulière où je lui
demandais s’il savait dans quelle classe je pouvais trouver un autre élève.
6
Chaque classe de l’établissement porte un nom indiquant le type de classe (classe d’accueil ou
classe régulière) ainsi que l’année scolaire. La particularité retenue ici est l’appellation des classes
d’accueil contenant la mention « accueil » alors que les classes régulières ne correspondent pas aux
classes : Régulier 1, Régulier 2…
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
vient-elle amplifier les dissymétries déjà présentes dans les représentations entre les
élèves en CA et ceux en CR ? Sans doute, l’opération est-elle double dans le sens
où le champ référentiel de l’expression « Classe d’Accueil » et de ses variantes est
marqué de significations minorisantes ; en même temps que les démarcations
minorisantes sont elles-mêmes signifiées par les expressions. Tout en se dissociant
de « ce qui se dit » et des représentations stigmatisantes, une élève de CR met en
scène les associations négatives que l’on peut recevoir en tant qu’élève en CA :
1
Voir Ch. VII-3.3 ; ARMAND, 2005 : 146 ; Mc ANDREW, 2001-b : 15 ; Mc ANDREW, 2001. D.C.
2
Sur la notion de « lutte » sociale dans le discours, l’auteur se réfère également aux travaux de Louis
ALTHUSSER (1969). Lénine et la philosophie. Paris : Maspero ; (1996). Pour Marx. La découverte ;
Roland BARTHES (1957). Mythologies. Paris : Editions du Seuil ; Mikhail BAKHTINE (1977). Le
Marxisme et la philosophie du langage (essai d’application de la méthode sociologique en linguistique.
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sans doute les contours de ces rapports de force que pressentent les membres du
personnel lorsqu’ils se disent gênés par l’identification réduite des élèves. Désignées
par le seul statut de leur classe temporaire (« les Accueils »), c’est un peu comme si
les personnes évoquées n’étaient perçues qu’à travers leur statut d’arrivants 1. On
remarque la même focalisation sur un trait altéritaire dans « immigré », « noir ».
L’utilisation du raccourci 2 « CA » dans ce manuscrit engendre les mêmes
simplifications à la seule différence qu’il vient désigner un modèle scolaire ou une
classe institutionnelle et non des personnes. L’aspect réducteur de toute
identification est néanmoins perturbant parce que, consciemment ou pas, on éprouve
cette difficulté constante à mettre en mots la complexité des êtres. Outre notre
propre sélectivité perceptive, on est contraint par les limites discursives et
langagières dont on dispose pour effectuer le compromis que requiert toute
intelligibilité ou traduction à l’Autre.
« L’homme s’est fait dans le langage qui a fait l’homme. Le langage est en nous
Paris : Minuit ; Michel PECHEUX (1975). Les Vérités de La Palice. Paris : Maspero.
1
Le psychanalyste verrait-il dans le terme « accueil », par opposition à celui de « accueillis », le refus
(situé ou refoulé) d’intégrer les personnes dans l’espace pourtant commun de la « société
d’accueil » ?
2
Ce type d’abréviation s’apparente aussi aux opérations technolectes comme pour mieux objectiver le
rapport aux faits désignés, voir aussi : IL pour « Insécurité Linguistique » (BRETEGNIER &
LEDEGEN, 2002), CS pour « Codeswitching » (CAUBET, 2001) ; et plus généralement, FLE, FLS,
etc.
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
« Chose certaine, la définition ne doit pas être telle qu’elle oblige l’individu à
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choisir entre langue maternelle et langue française, car ce serait en contradiction
explosive avec le fait du multilinguisme, mais en harmonie avec la tendance
unilinguiste. La définition du mot « francophone » pourrait donc être celle-ci :
« celui qui s’intègre et participe à un univers culturel multinational dont la langue
d’usage est le français, bien que ce ne soit pas forcément sa propre langue
maternelle. » (CORBEIL, 1981 : 276).
Le français c’est aussi ce que ses différents locuteurs disent qu’il est,
souhaitent qu’il soit et disent vouloir qu’il soit.
1
Français, langue étrangère.
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
Extrait 31
192. (I1) : hmmm (acquiescement) et des fois… (soupir) moi je trouve ça même dur que
les gens me demandent d’où je viens finalement ! parce que je me dis oh ! je
vais dire « algérienne » ils vont me poser toutes les questions par rapport à
leurs élèves / euh… « est-ce que je fais le ramadan ? est-ce que… »
finalement dans les deux moules… je fitte [fit] 3 pas dans les deux moules /
parce que quand je suis ici… /
193. (E) : il y a un inconfort… /
194. (I1) : oui il y a un inconfort dans les deux quelque part parce que quand je suis ici
et que j’explique aux gens que je fais ce que je veux que je fais pas le
ramadan euh… et que j’ai une certaine liberté / les gens ils me font « ah oui ?
pourtant t’es ARABE ! tes parents te LAISSENT ? ton chum te LAISSE ? »
[E.O.I. 01_04 ; (Ens. CA)].
1
« En définitive, pour que l’ont ait affaire à un acteur porteur d’un système de dispositions ou de
schèmes homogène et cohérent, il faut des conditions sociales tout à fait particulières qui ne sont pas
toujours réunies, et qui ne le sont même qu’exceptionnellement. » (LAHIRE, 2001 : 38).
2
Données également traitées dans RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2007-b.
3
Canadianisme, emprunté de l’anglais « to fit » pour désigner l’action de « rentrer » (sens littéral et
figuré), « correspondre », « convenir », « coïncider »… Pour quelques précisions complémentaires,
cf. Annick FARINA (2001). Dictionnaires de langue française du Canada : lexicographie et société au
Québec. Paris : Honoré Champion. 445 p. Voir aussi PLOURDE et al., 2000 ; sur cet ouvrage voir le
compte rendu de Russon WOOLDRIDGE (2002) paru primitivement dans le University of Toronto
Quarterly ; vol. 72 : 174-7. URL : [ [Link] Mise
en ligne : 13/05/06.
521
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Dès lors, les sentiments de liberté individuelle auxquels elle a pu associer son
projet migratoire (cf. Ch. IX-1.1.3) s’inversent en sentiments d’oppression. Les
« fissures » 1 identitaires occasionnées par le projet migratoire prennent une ampleur
collective à travers les regards des autres. Selon les différentes stratégies
d’adaptation culturelle formulées par CAMILLERI (1990 : 102 ; 2004 : 87), la
réorganisation des pratiques sociales de Nejma correspond à l’« attitude
syncrétique » égocentrée, soit l’emprunt d’éléments aux deux cultures « sans souci
de cohérence ». Face aux tendances dominantes et situées, c’est l’hybridation qui lui
correspond le mieux. Les tendances à homogénéiser l’identité de l’Autre s’observent
toutefois de manière multilatérale (inter ou intracommunautaire), sans sens
prédéterminé et indifféremment des pouvoirs situés. La disproportion qui subsiste est
celle qui oppose le particulier au groupe majoritaire mais la pensée ou ses actes sont
réalisables de part et d’autre. Ce dialogisme des idéologies uniformisantes peut
s’apercevoir à travers le récit de Nejma (Ens. ; CA) qui en est à la fois productrice
(l. 47, « j’suis dans un pays francophone ? » ; l. 51, « c’est comme en France » ; « je
devais faire un effort pour parler juste en français ») et réceptrice (« tout le monde
pensait que j’étais française ») :
Extrait 32
47. (I1) : ben… / moi quand je suis arrivée tout le monde me disait « oh ! t’arrives de
France ? » je disais « non non non j’arrive pas de France » / parce que tout le
monde pensait que j’étais française à cause de mon accent mais j’ai eu
BEAUCOUP et… et les deux premiers mois je comprenais pas du tout ce que
les gens me disaient / je me disais… / parce que voilà moi j’suis dans un pays
francophone ? parce que les expressions l’accent et tout me faisaient que
ça… ça cassait complètement ma compréhension / j’avais beaucoup de mal
mais au bout de quelques mois… je pense qu’en parlant avec les voisins pis à
l’école et tout j’ai fini par me faire une oreille / mais… c’était pas évident au
début /
48. (E) : est-ce que ça t’as surpris ? tu savais pas que… /
49. (I1) : oui ça m’a surpris /
50. (E) : …c’était vraiment différent comme ça ici /
51. (I1) : oui ça m’a vraiment surpris parce que je me disais bon c’est comme en
France / les gens vont me parler je vais comprendre / puis moi je vais aussi
faire un effort pour parler juste en français parce que je mélange beaucoup
les deux / parce que avec des gens qui parlent en arabe alors je me disais bon
on se concentre sur le français puis… / mais non j’avais quand même beaucoup
de mal à comprendre que… de parler finalement parce que je parlais quand
même bien français / [E.O.I. 01_04 ; (Ens. CA)].
1
Référence à MACLURE (2000 : 190) qui parle des fissures constitutives des identités. A ce sujet,
voir Ch. VII-1.3.1.
522
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
Le paradigme de la complexité (cf. Ch. I-1) trouve un écho intéressant ici dans
celui de la « différance ». Réactualisé par HALL (op. cit.) dans une lecture sociale
des « luttes » identitaires et culturelles, il appelle à (re)penser ces rapports à
l’altérité. Celle-ci inscrit les acteurs sociaux dans une temporalité d’où les effets
complexes de ce qui est produit, ce qui se produit et ce qui est en projet. HALL
souligne la potentialité sociale du paradigme initialement défini par Derrida 1 :
1
« Pour Derrida, la différance consiste à la fois en le fait de « différer » (être différent de) et de
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« Dans le contexte mondial, la lutte ici [plans de la firme News International 1 pour
la Chine et l’Inde], entre intérêts « locaux » et « mondiaux » n’est pas encore
terminée.
C’est là que Derrida, dans un tout autre contexte, appelait la différance : « le
mouvement de jeu qui « produit », par ce qui n’est pas simplement une activité,
ces différences, ces effets de différence. » Il ne s’agit pas là toutefois d’une
forme binaire de différence, entre ce qui est absolument le même et ce qui est
absolument « autre ». C’est un « tissu » de similarités et de différences qui
refusent de se diviser en oppositions fixes et binaires. » (Op. cit. : 298-299).
« différer » (reporter). Elle se fonde sur des stratégies de retard, de sursis, d’élision, de détour,
d’ajournement et de réserve. » (HALL, 2007 : 299). Jacques DERRIDA (1972). De la dissémination.
Paris : Seuil. Référence citée dans HALL, ibid.
1
URL : [[Link] Mise en ligne : 2/02/08. Filiale britannique de News Corporation.
URL : [[Link] Mise en ligne : 2/02/08.
2
Voir aussi les discussions sur les constructions sociales, territoriales et politiques des statuts de
majorité/minorité au Québec (Ch. IV-2.3 et 2.4). On a également évoqué la territorialisation de
l’identité francophone d’où l’émergence d’une dualité : majorité intraprovinciale francophone
québécoise/minorité sur le plan fédéral (Ch. IV-2.4.2).
524
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
1
Homi BHABHA (1997). “Life at the border: hybrid identities of the present”. New Perspectives
Quaterly; hiver 1997; 14 : 30-31. Référence citée dans HALL, ibid.
525
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2.3.4. Autour et au-delà du FLA
Quelles peuvent être les potentialités sociales et pédagogiques du FLA, autre
voie d’attribution des langues ? Refuser l’idéal homogénéisant et exclusiviste des
langues ou œuvrer à en déconstruire ses fondements vient aussi, pour reprendre le
raisonnement de HALL (ibid.), à « combler des failles et des apories » dans le tissu
social. Le FLA offre différentes possibilités d’entrées à l’espace francophone sans
discrimination par rapport à ce qu’on appellera les « quatre M d’acquisition », à
savoir, le moment, le moyen, le mode et/ou les mémorisations d’acquisition de la
langue. Les non-conformités ne sont plus l’affaire de profils particuliers mais elles ne
sont pas non plus généralisables. Ce qui est prioritaire est l’historicité des espaces
langagiers dans leur complexité et surtout, celle des personnes qui y circulent, qui s’y
projettent et/ou qui s’y reconnaissent. Les « passeurs langagiers » 1 ne sont pas
condamnés à choisir leur espace d’expression ou d’identification dès lors où les
revendications ou aspirations alternatives peuvent s’accorder au pluriel. Celui qui
passe les constructions frontalières entre les langues cumule des voies d’accès,
certes subjectivées donc non généralisables à d’autres passeurs éventuels (et
encore moins aux communautés), mais la stratégie d’accession est non moins
opérationnelle. Le FLA nous intéresse particulièrement dans sa contribution à
l’« alternativité » qui, dans le domaine de la didactique des langues, oblige à revoir le
modèle du surdoué de naissance qu’est le locuteur natif. La cristallisation autour des
dons génétiques en matière de compétences langagières entraîne inévitablement
aux interprétations biologiques 2 des différences humaines, intellectuelles et
ethniques d’où cette « faille » dans laquelle peuvent se construire des résistances :
1
J’emprunte ici l’expression à Virginie Doubli-Bounoua en allusion à Jean-Michel ZAKHARTCHOUK
(1999). L'enseignant, un passeur culturel. Paris : ESF. Voir aussi RAZAFIMANDIMBIMANANA &
DOUBLI-BOUNOUA, 2008.
2
Voir aussi Ch. VII-2.2.3 ; 2.3.2.
526
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
B)« Et il est clair que des paires telles que « langue maternelle / langue étrangère »
527
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(au singulier), « langue source / langue cible », non seulement maintiennent cette
forme de dichotomie mais véhiculent souvent l’idéal inatteignable d’un bilinguisme
« parfait ». » (COSTE, MOORE & ZARATE, 1996 : 11).
528
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
A) « Comme le français est une langue seconde pour les enfants qui fréquentent
ces classes [les CA], il faudrait également faire en sorte que les enseignants des
classes d’accueil aient une formation en enseignement du français langue
seconde. » (GOUVERNEMENT DU QUEBEC, 2001 : 72. D.C.).
1
Confiner la parole d’autrui à son intériorisation peut par ailleurs être voulu et vécu comme un acte de
maltraitance. VAN HOOLAND, 2006.
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langue autre que celle de l’école peut alors réguler et être régulé selon ses relations
aux autres. Nous traiterons ainsi de l’altérité à l’échelle des espaces scolaires
explorés et ce, dans ses différentes formes ethno-sociolinguistiques, institutionnelles
et (non) langagières.
L’emploi générique du mot « langue » lors des rencontres suppose que les
éléments proposés en réponse à la question « Tu parles quoi ? » y font plus ou
moins référence. Ce qui est répondu fait « langue » d’une manière ou d’une autre
pour celui qui s’exprime. A l’oral comme à l’écrit, les questions ne comportent pas de
précisions explicites quant à l’interprétation du mot « langue » car les
« expérienciations » 1 (ROBILLARD (de), 2007-b : 32) sur le terrain permettent de
croire en des représentations minimales et communes du terme. Ensuite, l’absence
de définitions préliminaires s’explique par la significativité des données résultant
d’échanges où chacun peut justement s’approprier la notion de « langue ». Ce qui
rappelle la coïncidence tridimensionnelle entre l’objet (recherche sur les langues), le
sujet (parler des langues) et le support (utilisation de langues) des échanges situés.
Toute réponse à la question « Tu parles quoi ? » est donc potentiellement indicatrice
de ce qu’est et ce qui n’est pas une langue pour l’Autre. La non-énonciation des
pratiques effectives offre d’ailleurs une transposition intéressante du concept
psychosociologique de « mutisme sélectif ».
Conformément aux grilles de lectures dont nous disposons, l’objet n’est pas de
diagnostiquer les causes cliniques de la non-réponse ou de la non-énonciation de
certaines réponses face à la question « Tu parles quoi ? ». Il s’agit plutôt de
1
Voir aussi Ch. I-2.1.3.
530
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
1
Voir aussi Ch. VIII-1.2.2.
2
Dans le sens usuel au Canada : « langue maternelle, apprise dans l’enfance et encore comprise ».
Cf. Ch. IV-2.4.2 et 4.2.1 ; STATISTIQUE CANADA, 2006-a. D.C. ; TERMOTE, 2003 : 265.
3
Cf. Ch. II-2.2.2 ; III. 3.3 ; BLANCHET, 2007-b et 2007-d ; HELLER, 2002-a ; LAPASSADE, 1993.
531
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d’interaction, le mutisme affecte donc le(s) choix de langues (je ne parle pas de telles
langues dans telles situations) mais celui des langues revendiquées (je ne dis pas
que je parle telles langues). Des représentations ethno-sociolinguistiques influent sur
ces décisions plus ou moins conscientisées dans la mesure où l’enfant associe ce
qu’il pourra dire à la façon dont il pourra être perçu. L’identité, la construction située
de celle-ci est donc bien en jeu. Nous relions aussi ces productions langagières (et
les décisions qu’elles impliquent en amont) aux appartenances socioculturelles dans
la mesure où chaque enfant entretient ses relations aux mots, aux langues et aux
autres selon les codes culturels qu’il a intériorisé ou qu’il co-construit. D’ailleurs la
dimension collective de ces codes maintient des liens identitaires entre l’enfant,
individu, et les groupes qui partagent des pratiques langagières et socioculturelles
plus ou moins semblables. En cela, les choix communicationnels en interaction
renvoient au groupe situé le degré de proximité culturelle supposée et dans le cas de
l’acte mutique en observation, elle est plutôt interprétée comme une distance
plurielle. Le produit langagier de l’individu n’est donc sans incidences sur son
identification, ses interrelations et ses appartenances culturelles. Il est à la fois
individualisant et « liant » au même titre que l’est le culturel :
Plus que le pouvoir « liant », celui de la « reliance » (MORIN, 2004 ; voir aussi
Ch. I-2.2 ; Discussions 2) sera sous-jacent aux approches que nous adoptons par
rapport aux enjeux ethnoculturels et ethnolinguistiques. Plus que « la culture », c’est
l’interculturel qui retiendra notre attention dans les reliances qu’il suppose dans les
dualités/synergies individu(s)-groupe(s), individu(s)-individu(s), groupe(s)-
groupe(s)… Cela nous permet d’envisager les appartenances plurielles qu’elles
soient ressenties de manière simultanée ou différée. Face au phénomène de
« mutisme sélectif », le pouvoir « reliant » de l’interculturel est donc mis à l’épreuve.
Nous retiendrons schématiquement deux approches possibles dans les observations
de cet acte pluridimensionnel.
1
Jean-Claude FORQUIN (1989). Ecole et culture. Le point de vue des sociologues britanniques.
Bruxelles : De Boeck. Référence citée dans GOHIER, 2006 :154.
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1
Séjour 1 : décembre 2004-janvier 2005.
533
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pratiques linguistiques attendues. L’enfant mutique trouble de par son silence son
interlocuteur qui se retrouve face à sa propre question : est-elle infondée ? Fait-elle
sens ? Est-elle déplacée ? A défaut d’une prise de parole qui aurait rompu
simultanément le silence et le fil de ces doutes, le léger signe de tête sera interprété
comme un compromis au dialogue : « oui ». Cela peut être vécu comme un retour au
dialogue, refuge des êtres en interaction sans lequel la présence de l’Autre serait
trop pesante. Ainsi, si le silence est persécuteur, le fait de parler à la suite de la
persécution revient-il à s’excuser ?
Le « mutisme sélectif » que nous observons peut ainsi être signifiant en lui-
même : choisir de ne pas parler ou de ne pas dire quelles langues je parle est
porteur de sens. Sans doute l’anticipation des réactions est-elle intimement reliée au
choix du non-audible. Qu’elles soient comprises comme étant positives ou
péjoratives, les réactions anticipées ne sont pas assumées. Elles sont certainement
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Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
considérées trop réductrices des complexités vécues, d’où le choix d’une stratégie
d’effacement devant l’éventualité d’une tension conflictuelle ou dépréciative. Cela
renvoie à la typologie des réactions défensives de MUCCHIELLI (2003 : 119). En
transférant cette classification à la situation d’interaction en entretien (écrit ou oral),
le mécanisme d’autoprotection se déclencherait suite à une question reçue et perçue
comme une atteinte identitaire. Lorsque l’enfant opte pour une réponse silencieuse, il
établit une distance relationnelle par rapport à celui qui est identifié comme
menaçant ou insécurisant et choisit l’« évitement » 1. Divers cas de figure peuvent se
rapporter à ces réactions où les caractéristiques identitaires sollicitées par une
question sont retenues. En CR, une jeune fille n’a pas souhaité faire son autoportrait
et inscrit explicitement que cela est dû à sa timidité « Je suis gênée ! » (cf. Ch. III-
3.2.3). Lors des ateliers, cela s’observe, entre autres, avec une réponse qui annonce
le silence : « je ne sais pas ».
Extrait 34
17. (E) : est-ce que tu peux nous raconter / qu’est-ce que t’as pensé du Canada ?
comment t’as trouvé ça quand t’es descendu de l’avion… /
18. (I1) : quand j’allais à la maison je dormais 16 heures après XXX /
19. (I1) et (I2) : (échanges) /
20. (E) : (vers (I2)) et toi ?
21. (I2) : ne sais pas /
22. (E) : t’as trouvé ça beau ? t’as trouvé ça froid ?
23. (I2) : pas froid ! parce que dans le russe dans dans… moi avec mon grand-mère et
mon grand-père moi aller dans le siber / c’est plus froid /
[E.O.G. 27_03 ; (G : 12A, G : 11A) ; CA1].
1
Voir aussi les stratégies d’invisibilité de HELLY, VATZ LAAROUSSI & RACHEDI (2001 : 59).
535
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ne sait pas que répondre. En l’occurrence, il ne s’agit pas directement d’un
effacement identitaire dans la mesure où il se prononce à la suite d’amorces qui lui
sont proposées (l. 22). Néanmoins, la première réaction implique de par la prudence
qu’elle représente un certain désengagement. Le raisonnement serait alors du type :
je pense que je ne sais pas donc, au risque de me tromper, d’être hors sujet, etc., je
ne me prononce pas. Et je dis que je ne sais pas. La question n’est pas perçue
comme une atteinte identitaire au sens social du terme mais elle peut induire un
sentiment de mise en danger intellectuel. En disant qu’il ne souhaite pas s’exprimer
davantage et en expliquant pourquoi (l. 21 « ne sais pas »), Kirsan sélectionne ses
prises de parole, affirme sa sélection et l’assume. Il ne s’agit pas explicitement d’une
occurrence du phénomène de « mutisme » mais les prises de parole, et donc les
actes identitaires, sont quelque peu retenues de peur de tel ou tel effet chez autrui.
L’enfant n’essaie pas d’éviter l’interaction globale mais il s’y efface ponctuellement
pour éviter qu’elle ait une issue qui lui serait socialement défavorable. Quand on sait
l’humilité que requiert la manifestation d’un non savoir, on l’associe souvent même à
la notion d’« aveu », la mise en danger ressentie nous permet d’y voir une extension
du « mutisme ». Kirsan aurait peut-être répondu à la même question de manière plus
spontanée, plus risquée dans une autre situation d’interaction, dans une autre
langue ?
Lorsque ce sont les mots qui font défaut ou qui entravent l’intercompréhension
dans la langue située, on trouve en effet les mêmes attitudes de retenues explicitées.
Cet « incident linguistique » a des implications sociales du point de vue des
perceptions interpersonnelles, nous y reviendrons (cf. Ch. IX-1.2). Le discours
commun sur la grande vulnérabilité des apprenants adultes par rapports aux enfants
qui seraient beaucoup moins susceptibles mérite d’être nuancé. Au vu de nos
observations, les enfants (en CA et CR) peuvent effectivement « se lancer » dans
des productions orales où ils y risquent l’évaluation de leurs compétences
(intellectuelles, linguistiques, etc.). Ceci est surtout vérifiable lorsqu’ils sont mis (ou
se mettent) en comparaison avec d’autres enfants plus âgés, des adultes ou des
pairs reconnus comme davantage expertisés qu’eux. Toutefois, lorsqu’ils investissent
l’interaction comme l’espace de rivalités (plus ou moins équitables) au sein duquel ils
veulent se démarquer, la mise en concurrence rend la « mauvais réponse » ou
l’« erreur » fortement symbolique sur le plan social. Dans ce sens, la prise de
conscience de ce que l’on ne sait pas et son « aveu » implique un double risque :
celui de « perdre la face » devant ses pairs et autrui ; et celui de « perdre le jeu »
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
contre ses pairs. Dans l’extrait suivant, Otilio (G ; 12A) fait savoir qu’il n’a pas les
mots en français pour traduire l’activité qu’il aimerait évoquer (Extrait 35, l. 35).
Devant la difficulté qu’il ressent et les risques de se tromper, il explicite le problème
langagier (l. 35 « en français »). L’enquêtrice lui propose de le dire en espagnol,
langue qui lui est plus familière, mais là aussi, les mots lui manquent. Son dernier
recours est celui du gestuel :
Extrait 35
34. (E) : et à part le soccer qu’est-ce que tu aimes faire ?
35. (I2) : (hésitation) ben… ne sais pas comment on dit en français /
36. (E) : dis en espagnol /
37. (I2) : euh… (gestes, il mime la manipulation d’une manette) /
38. (E) : c’est les jeux vidéo ou la « Playstation » ?
39. (I2) : oui /
[E.O.G. 27_04 ; (G :12A, G : 12A, G : 11A) ; CA1].
537
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recherché en espagnol, ce qui s’observe est qu’un besoin langagier situé (comment
désigner l’activité ou l’objet) n’est pas satisfait en FLC et qu’en dépit de l’invitation
(ou sollicitation) de son interlocutrice à utiliser l’espagnol, il ne fait pas appel à ces
compétences là. S’impose-t-il les mêmes exigences terminologiques en espagnol
que celles que nous lui supposons en FLC ? Le recours aux gestes est-il un choix à
part entière ou celui par défaut ? S’interdit-il d’employer une langue autre comme il
l’a rappelé à un camarade ? Que ce soit en raison de son souci d’obéissance au
français, langue de scolarisation ou pas, ici, c’est le gestuel qui lui paraît plus
« naturel » ou plus adapté et plus performant. Il en résulte une forme de
communication stratégique et à travers une lecture sociale, celle-ci ne peut être
dissociée – même le temps d’une réponse en interaction orale – d’éventuelles
anticipations de minoration, de stigmatisation ou de rejet.
1
Dans la perspective non pathologique, nous préférons le terme « indication » à celui de
« symptôme ».
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langues parce que celles-ci sont minorisées parce que… Nous ne nions pas l’intérêt
pluriel de la question portant sur les causes du mutisme et pouvons même nous
risquer à y associer le phénomène de l’« insécurité linguistique » 1 : « manifestation
d’une quête de légitimité linguistique » (FRANCARD, 1997 ; 171). Ce qui nous
permis c’est de réinvestir la situation d’interaction et d’analyser l’acte en contexte, car
il est observable, « matérialisable » et interprétable. En effet, le choix d’analyser
précisément cet acte est motivé par la conceptualisation que l’on peut ébaucher
autour de l’« insécurité identitaire ». Le mutisme stratégique permet de décoder le
silence comme un choix. Il ne s’agit pas de prôner une approche positiviste car cette
lecture ne se veut pas exclusive ou absolue. Le principe consiste à rendre
l’alternative possible et, par rapport à l’approche pathologique, l’idée est de
construire une lecture non pathologique du silence en situation d’interaction. Par
« mutisme stratégique », le choix du silence met en relief un mécanisme de défense
que l’enfant migrant, plurilingue peut rendre opérationnel pour se protéger des
réactions qu’il craint. L’ironie de l’acte tient du fait que l’enfant souhaite « protéger »
son identité (ou des marqueurs identitaires) en réaction à une question ethno-
sociolinguistique visant explicitement à l’identifier. Au risque de s’exposer à ce qu’il
craint, l’enfant tente alors d’opérer à sa « désidentification » (voir aussi Ch. VIII-
1.2.2). Choisir de ne pas parler de ses langues revient néanmoins à exercer son
pouvoir d’action et donc à marquer son existence. En l’occurrence, elle se fait par le
biais de l’action inaudible et cet acte, selon nous, représente pleinement la vie et le
sens car il renvoie l’Autre à sa propre conscience.
En l’état actuel, cette problématisation comporte des zones d’ombre qu’il convient
d’assumer. Le « mutisme stratégique » considère-t-il l’autocontrôle en tant qu’acte
conscient ou inconscient ? La première perspective fait du silence le résultat d’une
intervention délibérée de la part du sujet, alors que la seconde en ferait le résultat
d’une pensée refoulée. De même, peut-on supposer le phénomène observé d’être
« stratégique » si on accepte de désigner des actes indifféremment de leur
dimension consciente ou inconsciente ? Ce qui justifie le choix du terme tient à
nouveau de ce qui nous est accessible et interprétable car nous observons les
interactions dans leur extériorité (externe aux fonctionnements cognitifs). L’idée de
« stratégie » ne prétend donc pas désigner ce qui demeure invisible et non
interprétable pour le chercheur en ethno-sociolinguistique. En dépit des faiblesses
1
Voir, par exemple, GUENIER, 1994 ; FRANCARD, 1997 ; BRETEGNER & LEDEGEN, 2002 ; DE
PIETRO & MATTHEY, 1993 ; BOUSMAN, GIOT & MENAGER, 1993.
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conceptuelles, la problématisation du mutisme sélectif permet de rendre compte des
choix de langues en tant que « gestes de pouvoir » (HELLER, 2002-a : 155). Les
langues agissent comme des indicateurs sociologiques, tels des signes
extériorisables (ou intériorisables) selon les pouvoirs 1 et richesses qui y sont prisées.
Enfin, si l’acte mutique est la négation de celui de parler, renverser les interprétations
possibles du mutisme et les inclure dans l’étude compréhensive des faits langagiers
s’inscrivent alors dans le paradigme de la complexité où l’on repense « la négativité
comme faisant partie du tout » (MUKUNGU KAKANGU, 2005 : 176). On reconnaît le
défi interactionnel que pose le silence de l’Autre : comment y faire face ? L’accepter
reviendrait-il à renoncer à une rencontre visible et conforme aux conventions des
communications langagières ? Le refuser reviendrait-il, au contraire, à imposer ses
conditions et à s’imposer à l’Autre ? Face à l’acte mutique, le trouble
communicationnel s’entremêle peut-être aussi à des sentiments de nostalgie. Je
pense à un personnage dans KUNDERA (1997 : 55. D.C.) habité par la nostalgie
dans le contexte paradoxal de l’étrangeté intime. On s’interroge alors sur l’absence
troublante d’une relation encore en cours :
« Nostalgie ? Comment pouvait-elle éprouver de la nostalgie puisqu’il était en
face d’elle ? Comment peut-on souffrir de l’absence de celui qui est présent ?
(Jean-Marc saurait répondre : on peut souffrir de nostalgie en présence de l’aimé
si on entrevoit un avenir où l’aimé n’est plus ; si la mort de l’aimé, invisiblement,
est déjà présente.) »
Dans notre contexte, l’Autre n’est pas forcément intégré dans le réseau affectif
et nous ne traitons pas des relations intimes. Il demeure que les facteurs contextuels
nous amènent à former un couple ou un groupe situé avec l’Autre et cette proximité
interactionnelle suppose la faculté à échanger. Ce qui explique, en partie, le
sentiment de gêne devant le silence comme une confirmation violente de la (réelle)
distance interpersonnelle. Ainsi, la nostalgie peut se ressentir car face à cet Autre, le
silence exhibe qu’on ne veut pas s’atteindre (au sens de se rencontrer, se
comprendre), qu’on ne pense pouvoir le faire ou qu’on est déjà conscient qu’on ne
s’atteindra jamais (complètement).
1
Voir aussi la contextualisation autour des notions de « territoire » (IV-1.3.3), BRETON, 1995 : 40-et
d’« autorité » (Ch. IV-3.4.2).
540
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CHAPITRE IX
Trajectoires et Symboliques
1. DEPLACEMENTS REINVESTIS
Tel que mentionné (cf. Ch. VIII-1.2.4), les profils noyau relèvent d’une
migrance relativement récente car tous, à l’exception d’Indira (F ; 11A), sont arrivés à
l’école entre septembre 2005 et février 2006 avec une majorité (8 profils sur 20)
présente dès la rentrée scolaire. Les discours autour de leur arrivée au Canada 1 font
donc partie intégrante des espaces référentiels qu’ils sont amenés à investir à la fois
dans des cadres institutionnels et formels. Les souvenirs sont souvent ponctués
d’éléments très concrets et cette remémoration parvient à tisser des ponts entre l’ici
et l’ailleurs (personnes, mots, modes de vie, ville, école, objets…). Parfois, le
1
Le choix du terme découle en partie des pratiques observées auprès des enfants (ils parlent plus
souvent du pays d’installation que de la province).
541
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passage entre le lieu de vie en cours et celui en devenir requiert une réorganisation
des dynamiques de familles. Il serait donc intéressant d’étudier comment les
déplacements, dans ces cas-là, sont repensés par les enfants. La traversée des
frontières peut aussi occasionner la réorganisation du rôle que l’enfant s’attribue.
Enfin, nous traiterons de la mobilité dans ses références davantage symboliques.
542
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
moteur, tel qu’indiqué auparavant (Ch. VI-3.3). C’est aussi ce qu’on peut noter
auprès des discours de parents dans les recherches de HELLY & VAN SCHENDEL
(2001) :
Extrait 36
80. (I1) : j’ai venu euh… avec mon oncle parce qu’on n’a pas de maison pour habiter / et
j’ai vu sa femme elle parle français mais j’ai un peu euh… comment dire… j’ai
un peu per… comme j’ai perdu un peu français parce que euh… comme ça j’ai
choqué un peu après c’est normal /
[E.O.G. 01_01 ; (G : 9A, G : 9A, F : 10A) ; CA2].
Le vide matériel s’est rempli grâce à la solidarité familiale tandis que le vide
sémantique est comblé grâce à la temporalité (« choqué » versus « après c’est
normal »). La réunification physique de la famille élargie s’accompagne de la
reconstruction du sens autour de lui. Tijani se réapproprie ainsi l’espace tangible et
symbolique autour de lui.
1.1.2. Papa
Pour d’autres enfants, les changements engendrés par les déplacements
fragmentés sont vécus de manière sereine grâce au pouvoir réconfortant d’un
personnage principal. Ce dernier constitue alors le point focal de leurs récits de
voyage et y donne une valeur affective. Le projet migratoire revêt un sens
réunificateur aux yeux de l’enfant. Avantika (F ; 9A) relie par exemple l’arrivée à
destination aux retrouvailles avec sa mère :
Extrait 37
125. (I3) : j’ai content pour venir avec dans le Canada / ma mère elle est dans le
Canada j’ai reste avec ma grand-mère et mon grand-père / et ma m…
j’ai parce que… j’ai content qui je suis avec… dans avec ma m… ma
1
Répondante vietnamienne dans HELLY & VAN SCHENDEL (2001).
2
Répondant salvadorien dans op. cit.
3
Répondante marocaine dans op. cit.
543
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mère / j’aime beaucoup ma mère parce que… /
[E.O.G. 01_02 ; (G : 10A, G : 9A, F : 9A) ; CA2].
Arriver au Canada signifiait retrouver sa mère, cet événement lui est donc
source de satisfaction. C’est également le cas pour Indira (F ; 7A), cette fois-ci à
l’égard de la figure paternelle. Elle revit ses souvenirs de la descente de l’avion à
travers la réunification avec son père. Disloqué des autres membres de la famille, le
père est parti en éclaireur préparateur (cf. « il a dit nous on peut venir ») :
Extrait 38
200. (E) : quand tu es descendue de l’avion… et tu es arrivée au Canada / est-ce
que tu te rappelles ? est-ce que tu peux me dire comment tu as trouvé
ça ? comment c’était ? (I1) ?
201. (I1) : parce qu’en premier c… mon père il était venu ici et après il a dit nous
on peut venir ici après nous on a venir ici / dans l’avion j’ai rien mangé
après moi mal au ventre papa est venu tr… nous chercher après j’ai
mangé /
[E.O.G. 02_04 ; (F : 7A, F : 8A, F : 6A) ; CA3].
Extrait 39
202. (E) : ah mais comment tu as trouvé le Canada ? quand tu as regardé le
Canada / tu es descendue de l’avion tu as regardé le pays les gens /
comment tu as trouvé ?
203. (I1) : parce que mon papa il était là je l’ai vu mon papa je l’ai demandé
« qu’est-ce qu’on fait ici ? »
204. (E) : et qu’est-ce qu’il a dit ?
205. (I1) : il a dit « on travaille » / [E.O.G. 02_04 ; (F : 7A, F : 8A, F : 6A) ; CA3].
544
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
1
Cf. [E.O.G. 01_02].
2
En plus des pratiques observées en dehors du dispositif de l’entretien.
545
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d’autonomie personnelle et/ou de maintien d’une unité familiale ou d’une lignée »
(op. cit. : 2). Dès lors, l’émigration traduit la volonté de (re)construire une expérience
pluridimensionnelle qui, elle-même, est toujours « sous-tendue par la volonté de
maintenir le sens d’une continuité, selon une dynamique fondamentale de toute
identification personnelle et de toute recomposition culturelle. » (op. cit. : 126). On
comprend alors que la reconstitution physique de l’unité familiale relie le processus
complexe du déplacement à la notion de satisfaction pour Indira (F ; 7A) :
Extrait 40
206. (E) : et tu as… tu étais contente ou tu étais triste ?
207. (I1) : conte… j’étais contente /
Extrait 41
22. (I1) : ben moi j’étais très contente parce que je voulais pas faire toute ma… en tout
cas je voulais pas vieillir en Algérie parce que pour les femmes c’est un peu
difficile on a une mentalité quand même très… très macho parce que les
hommes décident pas mal pour nous… /
[E.O.I. 01_04 ; (Ens. CA)].
1
En référence à « recomposition culturelle » (HELLY, VATZ LAAROUSSI & RACHEDI, 2001 : 126).
2
Nous indiquerons désormais son statut d’enseignante de CA comme suit : (Ens. ; CA).
546
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Extrait 42
25. (I1) : […] / parce qu’on s’imagine toujours que « on arrive / tout est facile
quand on arrive » / « tout est zen » / moi c’est le discours que j’entends
tous les jours et ça finit par me… (gestes avec les mains écartées de
chaque côté des tempes et qui amplifient la tête pour évoquer
l’énervement) /
26. (E) : ouais c’est ce que tu disais 2 du coup tu préfères… parfois t’isoler pour
laisser… /
27. (I1) : ouais on en parlait avec (X1) 3 tout à l’heure /
28. (E) : ah ouais ?
29. (I1) : ouais / c’est dur ! parce que les gens s’imaginent pas c’est toute une
partie de… de lutte quand on arrive ici / c’est pas… ça se fait pas
comme ça en deux minutes (clique des doigts) /
[Idem que supra].
Extrait 43
245. (I2) : […] / j’ai pris vite le français parce que l’espagnol c’est presque comme le
français / mais je sais pas écrire /
1
Cf. aussi Ch. IV-2.1.4 ; N.D.T. Montréal : février 2006. Extrait d’une production précise en situation
informelle où une jeune fille disait ne pas comprendre pourquoi les membres des communautés
culturelles reproduisent leurs « chicanes » et traditions au Québec : « T’sais, j’ai envie de leur dire
« R’garde, on t’offre une belle occasion de recommencer ta vie ! Ramène pas tes histoires de guerre
ici, on te donne cette chance. T’sais ils peuvent vivre ici où ils sont libres […]. »
2
Référence ici à des conversations informelles précédentes où (I1) m’avait fait part de sa préférence
parfois à s’isoler plutôt que d’entendre les railleries sur les élèves migrants ou allophones.
3
Une autre collègue qui enseigne en CA et qui est migrante, d’origine française.
547
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[…]
250. (I1) : moi aussi… ça a été pour moi... facile parce que nous en Algérie c’est le
deuxième langue c’est le français /
[E.O.G. 01_01 ; (G : 9A, G : 9A, F : 10A) ; CA2].
1
Voir Ch. IV-2.1.2 ; Ch. VII.
548
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
Bien que souvent absents dans leurs discours, « Montréal » et ces polarités
apparaissent sous différentes facettes des identités coproduites avec la prégnance
urbaine et plurielle de ce que LETOURNEAU (2006-b : 206) appelle la
« montréalité » et la « multiplicitude » :
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par exemple, est celle ce que les enfants appellent « les mauvais mots » 1. En
dénonçant les autres, ils sous-entendent qu’ils s’empêchent eux-mêmes de les
utiliser pour ne pas offenser autrui. Ces armes blessent de diverses manières
comme le décrit Aaron (G ; 9A) avec, entre autres, le sentiment d’antipathie (Extrait
44). Ici, le pouvoir du langagier est presque corporel puisqu’on couple les mots aux
coups (l. 315) comme si les premiers étaient matérialisés par les seconds. La
production des deux s’explique par la méchanceté (l. 319). Aaron évoque aussi
l’importance du FLC pour son père (Extrait 45) : « je veux qu’il apprend français »
(l. 336). Sans cet outil de travail, il s’expose à une infériorisation double en ignorant
que quelque chose de « mauvais » est dit à son encontre tout en ignorant
précisément ce qui a été dit. Fareesha (F ; 10A) reprend cette idée d’opacité de la
langue « autre » en l’associant à une impression de rejet (Extrait 46). On déplace ici
la valeur pragmatique de l’objet « langue » pour y réinvestir celles d’ordre plus
symbolique :
1
Voir aussi les « mauvais mots » chez Tijani et Anka avec la conscience ethno-sociolinguistique :
Discussions, 4.
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
« Ainsi retrouve-t-on parmi les discours les plus constants et explicites de l’ESM
l’importance de connaître et d’utiliser le français pour en faire une lingua franca
égalisatrice. Soutenir ce discours franco-centrique équivaut à tenir un discours
d’exclusion linguistique et culturelle qui, d’une certaine façon, dénonce les
différences comme une menace à l’égalité. Toutefois, compte tenu de la
prévalence de l’anglais en général et de son utilisation à titre de lingua franca
parmi tant d’autres au sein de l’ESM, certains interpréteront ce discours
davantage comme une protection contre l’omniprésence de l’anglais que comme
le déni de la diversité. » (ALLEN, 2006).
1
Nejma (Ens. ; CA) parle aussi des « nouvelles habitudes » que les enfants vont devoir acquérir pour
« s’adapter au nouveau moule » [E.O.I. 01_04 ; (Ens. CA)]. Voir Ch. X-3.1.3.
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l’égalité » d’où des similarités avec ALLEN (2006) ou, du moins, à un potentiel de
désordre.
Extrait 47
106. (I3) : tu.. tu sais avec mes amis des fois eux ils me parlent en anglais mais je lui
dis « non il faut parler français à l’école ! »
[E.O.G. 02_04 : (F : 7A, F : 8A, F : 6A). CA3].
Besjana fait partie des élèves les plus autonomes de sa classe. Perspicace et
décrite comme telle par l’enseignante, elle attire souvent l’attention de cette dernière
et devient ponctuellement son auxiliaire. Son attitude prescriptive par rapport à ceux
de ses amis qui « parlent en anglais » s’inscrit donc dans une certaine continuité
avec, entre autres, son rôle d’auxiliaire implicite. L’incident réprimé par le biais de
ses amis est bien la langue empruntée. Si prôner l’unilinguisme français à l’école
suppose l’expulsion de la diversité et de l’altérité linguistiques, l’inverse se vaut aussi
et on comprend alors l’implication des enseignants et élèves qui s’en sentent
offensés. Utiliser une langue interdite revient à menacer la légitimité de la langue
décrétée « commune ». Sous cet angle-là, la langue empruntée ouvrirait une brèche
au sein de la communauté et en cela, je pense que le sentiment d’une « menace à
l’égalité » est tout aussi légitime que celui d’une exclusion de la diversité ou de
l’altérité. Se pose alors la question de comprendre les constructions de ces
(il)légitimités, qui en sont les représentants aux yeux des enfants ?
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
figue, mi-raisin « facile difficile » 1. Idriss (G ; 11A) s’exclame ensuite « c’est facile ! »
puis, l’enquêtrice demande à un autre participant, Otilio. Ce dernier fait part de son
incompréhension (« comprends pas ») et, en dépit de quelques moments
d’hésitation, il (I1) qualifie le FLC de langue facile. Sandun argumente alors en quoi le
FLC est facile pour lui et, pour ce faire, s’appuie sur une figure d’autorité absente des
échanges et de l’école (l. 83, « mon père »). Ce qui permet d’asseoir une forme de
crédibilité quant à son sentiment métalinguistique d’aisance en FLC. La dualité
initiale, « facile difficile », est reprise sous un seul angle avec une argumentation
autour du caractère le plus valorisant intellectuellement d’où, peut-être, son dessein
à visée interactionnelle en vue de rehausser son image auprès de ses pairs. Cette
revalorisation de soi peut aussi être destinée à l’enquêtrice mais compte tenu de la
première réponse, fournie avant les positions de ses pairs, il nous est permis de
croire que ce sont davantage les regards entre pairs qui ont pu l’influencer
ici. L’importance d’une certaine conformité et des figures de pouvoir pour ce groupe
se ressent d’ailleurs via l’intervention spontanée (non directement sollicitée par l’un
des autres protagonistes) de Idriss (I3) :
Extrait 48
79. (I2) : ouais / ouais je pense que c’est facile /
80. (E) : c’est facile ?
81. (I2) : ouais /
82. (E) : et toi ?
83. (I1) : français c’est facile parce que mon père dit toi parle beaucoup de français
/
84. (I3) : il faut parler français !
[E.O.G. 27_04 ; (G : 12A, G : 12A, G : 11A) ; CA1].
1
La dualité est aussi présente dans la question de l’enquêtrice « vous trouvez ça facile difficile » mais
les expressions en interactions permettent de croire qu’il ne s’agit pas d’une reprise sans
positionnement de la part de Sandun.
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1.2.2. Incidents illogiques : produits interlinguaux
Les décisions sur les langues se veulent socialement logiques. Or, que ce soit
aux niveaux interpersonnels ou institutionnels, elles découlent et véhiculent toujours
des caractères subjectifs, voire « idéologiques » :
« Une politique linguistique est en effet portée, investie, alimentée par des
valeurs sociolinguistiques, des attitudes, une idéologie, plus ou moins avouées,
plus ou moins assumées, plus ou moins consensuelles. » (BOYER & LAMUELA,
1996 : 151).
voulu nous arrêter sur l’illogique. Ainsi convient-il d’abord de comprendre les
constructions de logiques manifestées.
Extrait 49
18. (E) : très bien et ça sert à quoi le français ?
19. (I2) : de parler français !
20. (E) : c’est tout ?! (rires)
21. (P) : (elle interpelle (I5) parce qu’il est distrait) (I5) ça sert à quoi le français ?
22. (I5) : quoi ?
23. (P) : ça sert à quoi le français (I5) ?
24. (I5) : parle français /
25. (P) : parler / (I5) ça sert à quoi d’autre ?
26. (I5) : comprend français /
27. (P) : comprendre / ça sert à parler à comprendre / qu’est-ce que vous regardez
en français ?
28. (plusieurs) : la télévision /
29. (P) : poser des questions / ouais /
30. (E) : ((I6) lève la main) vas-y /
31. (I6) : communiquer /
32. (E) : avec qui ?
33. (I6) : avec euh… les Français /
[E.O.C. 27_01 ; CA1].
555
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subtile : le français sert à « parler français » (l. 19, 24), « comprend français »
(l. 26). Plus loin dans l’échange, Ilian (G ; 11A½) dira également que le français lui
fait penser à la France. On retrouve les mêmes correspondances d’apparences
tautologiques dans les homogénéisations construites en discours où les Québécois
parlent québécois, les Français, le français, les Canadiens, le canadien, etc. Ces
représentations s’observent chez les enfants en CA comme en CR mais lorsqu’ils
développent davantage leurs idées en interactions, quelques décalages se
produisent où « le français » devient « québécois » (Extrait 50, l. 120) et où les
descriptions révèlent davantage d’hétérogénéités internes au groupe francophone
(l. 132). Dans l’échange suivant, Nasir (G ; 7A), né au Liban et inscrit en CR, met
ainsi ses logiques à l’épreuve :
556
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
Extrait 51
114. (I) : y a « yogourt » c’est pas ya… c’est « yaourt » en… en France /
115. (E) : (rires)
116. (I) : « tu manges yogourt ? » moi je dis c’est quoi « yogourt » ?
[E.O.I. 28_01 ; (G : 11A½) ; CA1].
1
Voir aussi Ch. X-2.
557
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variabilité relève de l’habituel et de l’universel. Pour certains enfants, cela est
davantage illogique et conflictuel.
Extrait 52
242. (I) : ouais / moi mon père j’ai dit « allez ! apprends-moi kabyle » il dit « si je
t’apprends kabyle et le français et l’arabe comment tu vas faire ? tu vas
mélanger tout ! » parce que le kabyle c’est pas comme… il écrit pas comme
l’arabe /
[E.O.I. 28_01 ; (G : 11A½) ; CA1].
« […] je pense que ce qui est très important et ce que j’ai toujours inculqué à
mes enfants, c’est que quand on parle une langue, on la parle à fond… on ne
passe pas d’une langue à l’autre parce qu’à ce moment-là, ça devient une
paresse intellectuelle de trouver le mot juste dans une langue. » 1
1
Enseignante en école francophone à Ottawa, répondante dans RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2003 :
558
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
Extrait 53
90. (E) : est-ce qu’il y a des langues que vous oh ! n’aimeriez pas du tout apprendre ?
que vous n’aimez pas trop ?
91. (I2) : ish ! (… /…) j’aimerais pas apprendre le marocain ni l’algérien /
92. (E) : pourquoi ?
93. (I2) : je sais pas / parce que… j’ai déjà une langue libanaise pis si je dis… si
j’apprends l… deux autres langues libanaises ben j’vais commencer à me
mélanger /
94. (E) : ok mais c’est pas parce que tu n’les aimes pas ces langues ? c’est juste pour
ne pas mélanger ?
95. (I2) : ouais parce que t’sais uh en algérien pis en marocain quand tu dis « allô »
c’est presque la même chose /
96. (E) : ok /
97. (I2) : ça qui fait que si tu veux dire « allô » en algérien pis en libanais là t’es faite
toute mélangée /
[E.O.G. 03_04 ; (F : 10A, F : 10A) ; CR1].
Du point de vue social, les mythes comme les pratiques sont des indicateurs
précieux des rapports entre locuteurs et entre sociétés. Les rigidités des uns et des
autres tendent à enraciner les phénomènes d’exclusions ; mais, compte tenu du rejet
usuel des « discours métissés » 1, il est utile de rappeler qu’ils remplissent les mêmes
115.
1
Terme emprunté à MELLIANI (2001) pour qui il désigne « une sorte de troisième forme langagière »
issue de deux modèles linguistiques (français véhiculé par l’école et variétés maternelles de l’arabe).
Pratiques observées chez des jeunes (16-28 ans) résidents d’un même quartier dans l’agglomération
rouennaise et tous majoritairement issus de l’immigration marocaine.
559
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fonctions que toute pratique sociolinguistique. Bien que marginalisés de par
l’absence de structures institutionnelles, les pratiques langagières plurielles et
hybrides apparaissent aussi comme des lieux identitaires où les acteurs en jeu
négocient, expriment et affirment leurs positionnements les uns par rapport aux
autres (MELLIANI, op. cit. : 70). Cependant, la surface visible des dynamiques
linguistiques est stabilisée comme les identités que l’on plastifie (cf. Ch. VIII) et, sous
cet angle, la résilience consiste à mobiliser ses ressources pour atteindre une
perfection tout aussi visible.
560
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
Leyla (F ; 9A) est l’une des élèves avec laquelle les échanges se sont
déroulés pendant les différents séjours de recherche. Lors de l’année scolaire 2004-
2005, était en CA avant d’être en CR en 2005-2006, moment auquel un E.O.I. a été
réalisé avec elle. En l’absence de comparables pertinents entre les deux périodes, il
est difficile de voir à quel point elle a changé d’attitude vis-à-vis des « infractions
linguistiques » (Ch. IX-1.2.4). On peut néanmoins remarquer en quoi celles-ci
peuvent être sources d’agacement pour elle (Extrait 54). L’échange porte sur les
personnes qui parlent « bien » le FLC et en réponse à une question lui demandant si
elle en connaît, elle fait part des productions qu’elle relève chez ses camarades de
classe et qu’elle n’aime « pas vraiment » (l. 195) :
Extrait 54
1
Cf. Extrait 56 dans les « infractions linguistiques », Ch. IX-1.2.4.
561
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197. (I) : mais il y a des personnes dans ma classe qui parlent vraiment bien mais
(X3) elle parle… quand il y a des choses qu’on peut dire / on… / parce
qu’UN film / elle [diz] « UNE film » / alors j’aime pas vraiment ça /
198. (E) : d’accord / t’aimes pas quand les personnes font des fautes / quand ils… /
199. (I) : non parce qu’elle dit toujours ça ! j’sais pas c’est quoi son problème mais
je la dis « c’est UN film / elle elle dit « c’est UNE film » /
[E.O.I. 24_01 ; (F : 9A) ; CR3].
Extrait 55
64. (E) : vous trouvez ça [les cours de français] facile difficile /
65. (I1) : facile difficile /
66. (E) : les deux ?
67. (I3) : c’est facile !
68. (E) : pourquoi tu aimes ça ?
69. (I3) : parce que c’est une langue… MA langue préférée /
70. (E) : c’est ta langue préférée ?
71. (I3) : oui /
562
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
En fait, la transmission des règles linguistiques auprès des autres, sous forme
de tutorat en classe ou de remarques informelles, marque des nouvelles
appartenances sociales et linguistiques. L’élève à même d’aider ou de corriger les
autres quitte le statut d’apprenant débutant pour celui d’« expert ». Lorsque les
interactions visent en partie à stipuler les règles linguistiques situées en servir de
modèle de référence linguistique soi-même, la réussite peut aussi s’interpréter
autrement. On peut parler d’un phénomène parallèle en abordant la transmission des
règles comme la reconduction des mêmes impératifs que l’élève a antérieurement
reçus et a progressivement intériorisées. Dans son accession à l’élite du FLC
qualitatif, son seuil de tolérance face aux écarts à la norme visée baisse et lui permet
graduellement d’asseoir ses nouvelles formes d’autorité linguistique. Les rejets qu’il a
pu ressentir (ou pas) sont donc reconduits à ceux n’ayant pas encore accédés aux
niveaux qu’il juge suffisants d’où le « syndrome de la réussite
linguistique ». L’apprenant du FLC jouit d’un statut nouveau et convoité en intégrant
l’élite située. Ce qui peut expliquer qu’il tend ensuite à s’irriter des écarts de ceux,
« débutants », dont il se différencie désormais en tant qu’« expert »
(Razafimandimbimanana, 2008).
563
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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élève ». Le syndrome de la réussite linguistique peut avoir des incidences sociales
plus ou moins minorantes auprès de ceux qui sont différenciés par leurs productions
non attestés par l’expert. Toutefois, l’insistance sur cette lecture sociale ne doit pas
négliger les potentialités constructives des marques de reconnaissance attribuées à
l’enfant s’expertisant. On peut d’ailleurs considérer qu’en tant que membres d’autres
groupes minorés numériquement et socialement, ces mêmes aspirants à l’élite
linguistique du FLC à l’école y puiser des ressources symboliques pour assumer et
travailler des identités minorées. Sa reconnaissance aux yeux des autres prend donc
une significativité plurielle au même titre que l’enfant (migrant ou pas) qui se satisfait
de l’attention positive que génère ses réalisations. Les trajectoires de réussite
individuelle sont aussi significatives pour les autres groupes minorés qui lui sont
reliés, c’est ce qu’on peut noter dans le constat de valorisation suivant :
« Il nous paraît d’autant plus pertinent d’identifier ces trajectoires de réussite que,
dans ces deux groupes, les immigrants et les autochtones, l’accent est plus
souvent mis sur l’échec, le décrochage ou l’absence de collaboration » (VATZ
LAAROUSSI et al., 2005 : 14).
1
Voir MOORE, 2006 ; ARMAND & DAGENAIS, 2005 : 49 ; ARMAND, 2000 et 2005-b.
564
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
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Observons d’ailleurs que les discours sur lesquels on s’appuie témoignent d’une
autre forme d’hétérogénéité des « infractions linguistiques » puisque celles-ci
peuvent y apparaître comme thème conversationnel ou comme acte en soi. Nous
avons pu répertorier les typologies suivantes en tant que manifestations de
consciences métalinguistiques quant aux « normes prescriptives » (MOREAU, 1997 :
219). En reprenant parfois des exemples d’infractions traités dans cette partie, un
court descriptif (lorsque l’appellation est estimée insuffisante) avec une illustration
discursive seront proposés ici :
Extrait 56
74. (I10) : je m’appelle (I10)… je parle bulgare / je pris <suis> 11 ans (rires de plusieurs)/
75. (I1) : NON ! j’AI 11 ans ! (rires)
[E.O.C. 27_01 ; CA1].
566
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
langue « étrangère »
Extrait 61
168. (E) : ok / est-ce qu’il y a des langues que vous n’aimez pas ? oh ! vous n’aimez
pas ! des langues ? ou NON / il n’y en a pas ? c’est possible aussi… / ou
est-ce qu’il y a des langues que vous aimez pas ?
169. (I3) : bangla c’est comme ça (imite quelques sons) je comprends pas (rires) /
c’est pas beau que comme ça !
[E.O.G. 01_01 ; (G : 9A, G : 9A, F : 10A) ; CA2].
Les mêmes productions qui vaudront une popularité située de par l’ironie,
l’inattendu ou le caustique mis en images, deviendront des « fautes » en prouvant
aux yeux d’autrui une forme d’infériorité construite. La constatation d’une infraction
linguistique suspend le cours initial de l’interaction, le temps d’une remarque ou le
détourne carrément pour en devenir l’unique objet.
568
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
Extrait 63
287. (I2) : parce que je… je pas connaître toutes les langues /
288. (E) : ah ! parce que tu ne peux pas connaître toutes les langues /
289. (I2) : oui /
290. (E) : (I3) ?
291. (I3) : tu sais pourquoi je veux mettre la magie 1 dans tous les langues pa… parce
que si… si y a les enfants qu’il connaît pas les langues et il vient de un autre
pays après eux il va sait pas c’est quelle langue / et… après si je mets une
langue dans tous les pays après eux il va sait c’est quelle langue il peut
parler tout le monde / il peut dire « bonjour comment ça va » /
[E.O.G. 02_04 : (F : 7A, F : 8A, F : 6A). CA3].
1
Inspirée des méthodes du Programme d’Eveil au langage et ouverture à la diversité linguistique
(ELODil), la mise en situation invitait les enfant à s’imaginer avec une baguette magique pour
transformer ou non les langues du monde. C’est en reprenant cette mise en situation que Besjana fait
mention de la « magie » ici. URL : [[Link] Mise en ligne : 21/04/07.
570
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
donc cette peur que nous avons évoquée plus haut (cf. Ch. VIII-1.3.4). Nous verrons
que les mêmes arguments peuvent apparaître pour l’intérêt et la stimulation
intellectuels avec les nouvelles langues qu’on peut apprendre. Néanmoins, ces
visions illusoires de la simplicité unilinguistique et réticentes face au conflictuel de la
pluralité font indirectement référence à la mythologie de Babel : l’unicité linguistique
serait synonyme du paradis relationnel. Il en découle un troisième type de défense
pour l’unilinguisme lié au fantasme de la pacification interculturelle. Cet idéal se
retrouve, par exemple, dans les propos de Anka (F ; 11A½) avec l’idée d’accès aux
« mauvais mots » susceptibles d’être produits dans d’autres langues (Extrait 64,
l. 188). Ses arguments sont admis par Nana (F ; 10A½) (l. 192) mais les deux avis
ne sont pas tranchés :
Extrait 64
188. (I2) : je ne sais pas / quand toutes les personnes parlent français il n’y a
pas de chicanes / je ne pense pas que d’autres a dit quelque chose pour
moi / quand il parle penjâbi puis il me regarde je pense qu’il dit mauvais
mots à moi / il parle de moi puis… /
189. (E) : } donc toi tu préfères qu’il y ait une langue pour le monde entier ?
190. (I2) : } c’est ça aussi /
191. (I2) : puis j’aime l’autre langue pour savoir l’autre langue mais dans l’école on
parle juste une langue /
192. (I3) : moi aussi je accepte qu’est-ce qu’elle a dit parce que comme il y a des
gens qui disent des choses puis moi je pense qu’ils parlent mal / il y a
des fois qu’ils disent (I3) ça / (I3) c’est qui ? parce que… / j’aime pas / ce
monde… /
[E.O.G. 27_02 ; (G : 11A, F : 11A½, F : 10A½ ) ; CA1].
Extrait 65
65. (I1) : Arabe, j’aime pas /
66. (E) : L’arabe t’aimes pas, pourquoi ?
67. (I1) : Je ne sais pas parce que comme… / il y a des personnes ici, si tu dis que
tu parles arabe, il dit que… / ils te regardent comme… / il fait comme
quelque chose comme t’es pas bon / comme ça… (grimace)
[E.O.G. 27_03 ; (G : 12A, G : 11A) ; CA1].
572
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
Extrait 66
112. (E) : et tout à l’heure j’ai demandé à (P1) « (P1) toi tu es quoi ? » / (P1) elle me
dit « moi je suis québécoise / je suis canadienne » / si je demande à toi /
toi tu es quoi ?
113. (I1) : libanais /
114. (E) : tu es libanais /
115. (I1) : pas libanais ! arménien !
116. (E) : arménien / et toi tu es quoi ?
117. (I2) : la russien / XXX /
118. (E) : tu es russe /
119. (I2) : oui /
120. (I1) : moi j’aime pas dire libanais j’aime dire arménien /
121. (E) : pourquoi ?
122. (I1) : j’sais pas parce que personne aime Liban /
[Idem que supra].
573
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l’accès à l’espace qu’on a définit. Le choix langagier relève alors d’une double
stratégie en mettant le voile devant ce qui est exprimé devant un groupe tout en
tissant des liens de proximité avec un sous-groupe. Les liens d’appartenance sont
fortement resserrés car on affiche et assume l’identification au sous-groupe avec les
risques sociaux que cela peut encourir (mépris, rejet, distanciation, etc. en retour).
Ce qui prime ici est le réseau qu’on estime plus proche de ses sentiments, projets et
priorités situés. L’espace plurilingue équivaut donc une marge de manoeuvre qui
permet aux idées d’ordre privé de circuler tout en étant dans un espace public :
Extrait 67
183. (I1) : parce que quand comme on parle quelque chose il va comprendre lui /
parce que quand moi mes amis parlent dans hindi… /
184. (E) : les autres ils ne comprennent pas !
185. (I1) : c’est ça !
186. (E) : et ça tu aimes !
187. (I3) : ouais / <secret> /
[E.O.G. 27_02 ; (G : 11A, F : 11A½, F : 10A½ ) ; CA1].
Ilian (G ; 11A½) est l’un de ceux qui parle plus explicitement du capital
symbolique relié à la diversité des langues et des identités : « les langues c’est un
richesse ». L’intérêt est également décelé comme étant intellectuel puisque cette
diversité stimulerait curiosités, créativités et savoirs. A l’inverse des images de
fardeau, on décrit un certain épanouissement dans la découverte des langues et des
apprentissages qu’elles impliquent. Enfin, le plurilinguisme apparaît comme le reflet
d’une organisation cohérente du monde et des identités culturelles qui la composent.
Dans cette optique, chaque pays est associé à une langue ou une identité culturelle
et l’effacement de ces distinctions enlèverait alors une valeur symbolique à chacune :
« tous les pays ils ont une langue / c’est plus bien comme ça » Charbel (G ; 12A).
Selon Kirsan (G ; 11A), la charge historique qui est propre à chaque pays serait
574
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
« Toujours selon Taylor, c'est dans les années 60 qu'émergent, dans plusieurs
pays occidentaux, des approches « multiculturalistes », en même temps que des
mouvements de revendication des droits culturels et linguistiques chez des
groupes minoritaires. Sur le plan politique, cela a mené à une reconnaissance et
à une plus grande tolérance pour la diversité ethnique et linguistique. Ce type
d'approche a eu des effets sur des interventions scolaires qui visaient
auparavant, de façon plus ou moins explicite, l'assimilation des groupes
minoritaires. Des politiques d'éducation multiculturelle et antiraciste, ainsi que
des programmes visant le bilinguisme et le maintien des langues d'origine,
apparaissent alors. Parallèlement, dans le milieu scolaire, de nouvelles façons
d'aborder le bilinguisme dans la recherche et de nouvelles théories sur le
bilinguisme considèrent celui-ci comme une ressource et un avantage, plutôt
qu'un problème. » (LAMARRE, 2001).
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Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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nouveaux et aux sonorités « différentes ». Ils reconnaissent ainsi ce qui peut faire
« Québécois » 1. Outre l’acuité de leurs perceptions, les consciences subjectives face
aux variétés sont alambiquées à travers des descriptions métalinguistiques, des
comparaisons inter ou intralinguistiques et des repérages d’exemples précis. Entre le
rejet et l’éloge, il est de nouveau difficile d’établir des tendances cloisonnées quant
aux coproductions du groupe. Par contre, quelques exceptions s’observent comme le
relativisme esthétique de Kim (F ; 10A) et Mélinda (F ; 10A) qui a aussi une certaine
valeur morale (Extrait 68). Toutes les deux sont inscrites en CA et elles s’auto-
identifient respectivement comme « québécoise mais… de.. d’origine vietnamienne »
et « canadienne mais d’origine portugaise ». Par la suite, Mélinda dit peut-être
préférer uniquement « portuguaise » pour être différente des autres, une idée qui lui
plaît. Face aux questions portant sur les langues qu’elles n’aiment pas
éventuellement, Kim (l. 111) et Mélinda (L 119) disent estimer que les langues ne
peuvent être jugées selon des canons esthétiques :
Extrait 68
111. (I3) : moi j’trouve toutes les langues sont belles pis uh y a pas une langue que
j’aime pas /
[…]
119. (I1) : ben moi j’pense pas qu’y a une langue que j’aime pas parce que si tu
connais comme différentes langues… comme toutes… n’importe quelles
langues / une langue c’est pas… comme une langue ça peut pas être
laid t’sais / une langue c’est une langue pis des langues c’est beau
t’sais /
[E.O.G. 03_01 ; (F : 10A, F : 10A, F : 10A) ; CR1].
1
Voir LANDREAU,1990-a.
576
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
quant à une politesse ou soumission affichée si l’on tient compte du fait que ce
qu’elle répond peut aussi être pris pour une « non-réponse ». Elle ne se prononce
pas sur les langues qu’elle n’aime pas et ce faisant, c’est plutôt elle qui invalide la
question de l’enquêtrice. Ce retournement de situation est vécu de manière sereine,
sans tension de part et d’autre d’où davantage l’interprétation d’un positionnement
réflexif.
Les mobilités des faits imaginés, énoncés s’observent aussi au sein d’un
même « je ». Ce sont également, dans notre cas, les produits dérivés des facteurs
interactionnels. Dans l’échange suivant, par exemple les transgressions plurilingues
sont saisies pour jouer avec les mots et les sonorités en langue « autre ». C’est
Fareesha (F ; 10A) qui veut ainsi faire part de ses compétences en arabe. Il s’agit
d’une langue qui fait partie du répertoire de Tijani (G ; 9A) (I1) ainsi que de
l’environnement familial de Aaron (G ; 9A) (I2) dont le père, né en Algérie, parle
arabe :
Extrait 69
191. (I3) : je parle un peu arabe /
192. (E) : aussi ?
193. (I2) : ah bon ? c’est quoi que tu parles ?
194. (I3) : je dis « assalam alaïkoum » (rires) /
195. (I1) : oui /
196. (E) : ça c’est bonjour… /
197. (I1) : oui /
198. (I3) : oui / « aslim aslim » et moi aussi « aslim aslim » /
[E.O.G. 01_01 ; (G : 9A, G : 9A, F : 10A) ; CA2].
577
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La « multiplicitude » montréalaise dont parle LETOURNEAU (2006-b) se réifie
ici dans les passages entre une langue à la laquelle les accès et les maîtrise diffèrent
mais avec laquelle se co-construire ensemble des ressources individuelles et
collectives. Outre les connaissances que Fareesha peut réactiver voir renouveler
avec ses pairs, le fait plurilingue, espace hors FLC, objet pouvant être interdit est
habité pour autre chose que du transgressif. Le passage entre les langues n’est pas
provoqué ici par le souhait d’une rupture quelconque mais simplement par celui
d’une décompression à travers l’aspect ludique que permettent les (dé)constructions
et échanges distanciés de connaissances. L’objet du rire qui est partagé découle
d’une « multiplicitude » qui n’est plus une expérience solitaire dans l’espace public
unilingue. Fareesha emprunte une autre langue commune pour en faire un espace
de créativité. L’interaction, sous cet angle, est donc vécue avec un sentiment de
sécurité et une impression de liberté. Evoquer le plurilinguisme, les jeux, en milieu
minoritaire complexe (système de minorités) et la notion de « liberté » avec les
enfants n’est pas sans rappeler l’un des fondamentaux universels défendus par
l’UNESCO (2003 : 16-17) :
578
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
Extrait 70
110. (I) : « oui je comprends [le français quand il est arrivé au Canada] mais il y a
beaucoup de mots comme « chandail » on… je… elle… elle dit « enlève c…
ton chandail » parce que comme mon oncle le… sa femme est canadienne
moi je comprends pas / elle dit « chandail » moi je sais… je ne sais pas
c’est quoi « chandail » / » [E.O.I. 28_01 ; (G : 11A½) ; CA1] ;
Nous verrons plus loin les dimensions identitaires qui peuvent s’articuler à ces
repérages intralinguistiques (cf. Ch. X-1.3). Ce que l’on peut déjà noter chez Anka
(Extrait 73) est la distinction des identités situées (« ici ») qui opposent deux statuts
dont l’un issu de la migrance (immigrant) et l’autre de la nativité (Québécoises). Le
« nous » peut aussi être interprété comme inclusif de ses pairs puisqu’elle connaît
leur statut migratoire. Il peut aussi inclure l’enquêtrice à qui elle s’adresse en raison
de son extériorité visible (et audible) de l’espace québécois qu’elle est en train de
différencier. On peut aussi noter, au même titre que les jeux introduits par Fareesha
plus haut (Extrait 69), le détachement humoristique avec lequel Mélinda et Kim
(Extrait 72) s’approprie les habitudes et caractéristiques de l’Autre linguistique situé.
L’observateur, dans un autre contexte, pourrait tout à fait les prendre pour des
Québécoises à travers leurs prononciations. Elles s’identifient d’ailleurs, en partie, en
tant que telles (cf. infra). Or, ici, elles se situent dans l’exogène le temps des
exagérations ludiques. Enfin, ce qui retient aussi l’attention est l’acuité avec laquelle
sont effectuées, imitées, déconstruites et énoncées les différences linguistiques
qu’ils repèrent et les comparaisons qu’ils en font.
579
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2. MIGRANCE, REPERES ET FILIATIONS
Migrance et mobilité retracent d’abord, nous l’avons vu, une histoire familiale
d’aspiration et d’épanouissement pluriels (cf. Ch. IX-.1.1). En partant de ce qui peut
être ressenti vis-à-vis des pays d’origine(s), nous verrons aussi quels projets
individuels se greffent aux espaces « Canada » ou « Québec ». Rappelons à ce
propos que l’indistinction des deux est observables chez plusieurs enfants d’où sa
reproduction dans certaines analyses. Ces parcours nous permettront de voir en quoi
le sentiment d’appartenance peut être énoncé ou pas et quelles illustrations sont
avancées pour appuyer l’affecte.
Chez l’adulte, elles rallient aussi des quêtes individuelles comme chez Nejma
(Ens. ; CA), qui fait explicitement référence aux pratiques sociales dont elle souhaite
s’approprier. Toutefois, la traversée des frontières géographiques lui fait
ironiquement prendre conscience de celles construites par les hommes :
Extrait 74
180. (I1) : c’est drôle parce que quand je suis avec des Algériens ils me considèrent pas
comme une Algérienne parce que j’suis cool j’rentre pas dans le moule /
j’suis… écoute moi je bois de l’alcool je fais pas le ramadan / je rentre pas
dans les crit… /
181. (E) : et tu le vis bien /
182. (I1) : moi je le vis bien / j’assume / écoute moi je me dis je suis ici j’ai le droit de
faire ce que je veux / mes parents le savent / je fais ça avec beaucoup de
respect / j’fais pas de façon hypocrite donc soit les gens ils l’acceptent soit ils
l’acceptent pas /
[E.O.I. 01_04 ; (Ens. CA)].
1
Cf. Ch. VIII-2.3.3.
580
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
Extrait 75
81. (I3) : puis… je en PLUS j’ai oublié les noms de… ma famille ! pas tout le monde je
me rappelle… /
[E.O.G. 27_02 ; (G : 11A, F : 11A½, F : 10A½ ) ; CA1].
Lorsque les enfants évoquent les réseaux au sein desquels ils tissent leur
filiation identitaire, le poids d’un ailleurs absent s’en ressent. Nana ancre
l’attachement à son pays au pôle des liens sociaux que l’éloignement géographique
et la séparation physique ont distendu et que la temporalité risque de rompre :
Extrait 76
151. (I3) : moi j’aime mon pays parce que c’est des gens que… / il y a des personnes
qui sont tes meilleures amies tes sœurs et quelque chose / tu vas les
manquer tu peux plus les reconnaître / comme si tu retournes à ton école
avant / tu vas plus reconnaître tes amis ton professeur quelle classe… / puis
ici aussi c’est bien je rencontre beaucoup des amis puis c’est bien mais j’aime
Ghana plus /
[E.O.G. 27_02 ; (G : 11A, F : 11A½, F : 10A½ ) ; CA1].
Les sentiments sont doubles car elle n’est pas en rejet par rapport au pays qui
la retient des siens (« ici aussi c’est bien ») et l’attrait de deux espaces n’évoque pas
de difficultés de positionnement ici. Au moment des échanges, c’est l’alliance avec le
pays d’origine qui est plus forte. Il n’est pourtant pas question d’une loyauté
patriotique d’où l’importance de la mention sociale pour Nana. En effet, elle conçoit
de manière presque aussi limpide que ses enfants s’identifieront en conformité avec
leur lieu de naissance, repère clé pour elle :
Extrait 77
128. (I3) : Québécois parce que s’ils sont nés ici mais s’ils sont nés au Ghana puis ils
1
Un répondant adulte dans VATZ LAAROUSSI (2003 : 153) partage, par exemple, cette sensation de
perte et d’abandon : « Dans l’avion, on pensait qu’on venait de laisser tout, qu’on devait recommencer
de nouveau, que c’était une vie qu’on laissait derrière nous, tout le travail, l’effort. On était heureux
mais on se demandait ce qu’on allait faire au Canada. »
581
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sont venus ici après ils vont dire ghanéen parce que c’était pas ici qu’ils sont
nés /
[Idem que supra].
Extrait 78
108. (E) : d’accord / et plus tard t’aimerais rester vivre au Canada ou tu aimerais vivre
dans un autre pays ?
109. (I) : j’aimerais plus [+] eh… vivre ici /
110. (E) : ouais ? pourquoi ?
111. (I) : parce que les profs sont gentils / puis j’aime le Canada / il y a trop de
choses… il y a trop de bonnes choses à faire là /
[E.O.I. 24_01 ; (F : 9A) ; CR3].
Extrait 79
114. (E) : et est-ce que tu sais quelles langues tu aimerais parler dans… dans ta maison
avec tes enfants plus tard ?
115. (I) : nous… /
116. (E) : quand tu seras maman /
117. (I) : nous on parle arabe… l’arabe / ouais /
118. (E) : donc toi si t’es maman un jour tu vas parler arabe ?
119. (I) : hmm mmm (acquiescement) / mais je ne ferai pas ma maison ici /
120. (E) : non ?
121. (I) : mais dans le Maroc alors je prendrais mes enfants avec moi ici au Canada…
pour leur montrer des <aventures> des choses /
[Idem que supra].
Le Canada est alors repris pour son attrait culturel et ludique. Leyla énoncé
ainsi une forme de reproduction sociale en s’imaginant d’abord fonder sa famille au
Maroc, puis leur « montrer des choses ». Dans le même ordre d’idée, Dinesh (G ;
582
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
11A) reconnaît les ressources culturelles découvertes au Canada par rapport à l’Inde
(l. 146). Pour autant, il se voit repartir en Inde une fois « devenu grand » :
Extrait 80
140. (I1) :
moi après quand je devenu grand moi je aller au Inde / pas rester ici /
141. (E) :pourquoi ? est-ce que tu peux me dire pourquoi ?
142. (I1) :
j’aime pas ici parce que… /
143. (I3) :
c’est trop froid !
144. (I1) :
ouais… non ! pas pour ça ! Inde on l’a pas… quand vient ici… on fait
beaucoup de choses… pas ici /
145. (E) : est-ce qu’il y a quelque chose que tu n’aimes pas ici ?
146. (I1) : c’est bon / ici aussi c’est bon / mais j’aime Inde beaucoup /
147. (I1) : ouais… non ! pas pour ça ! Inde on l’a pas… quand vient ici… on fait
beaucoup de choses… pas ici /
[E.O.G. 27_02 ; (G : 11A, F : 11A½, F : 10A½ ) ; CA1 ].
Sa position positive à l’égard du Canada (l. 146, « ici aussi c’est bon ») ne
permet de soutenir qu’un sentiment d’inconfort ou d’insécurité identitaire puisse
expliquer ce détachement relatif par rapport à son actuel lieu de vie. Il semble surtout
avoir hiérarchiser ses pôles d’attache et au moment de l’échange, le pays dans
lequel il se voit le mieux ou préfère se voir est celui dicté par l’affect « mais j’aime
Inde beaucoup ». En l’absence d’effort de rationalisation de cette préférence, la
légitimité de son choix tient de sa subjectivité. Que ce soit conscient ou pas, il
s’appuie sur un acquis du sens commun permettant à chacun de préférer son pays à
celui d’Autrui. Il semble être admis que la continuité de sa trajectoire individuelle est
plus cohérente lorsqu’elle coïncide avec l’histoire collective de notre pays de
naissance ou d’origine. Dinesh dit préférer l’Inde, en dépit des activités qui, selon lui,
sont moindres, sans essayer d’avancer des arguments objectivés pour convaincre
les autres. Sur le plan des pouvoir en jeu dans la situation d’interaction, cela est
significatif dans le sens où le recours aux stratégies argumentatives n’est pas vécu
comme condition de la crédibilité de son discours d’appartenance. Arrivé depuis
septembre 2005 (environ 5 mois avant les entretiens), Dinesh crée la forme de
conciliation qui lui convient et qui lui permet de jouir des ressources actuelles sans
s’empêcher de repartir « ailleurs » et sans s’empêcher de le dire. Cette mise en
cohérence entre ce qu’il peut ressentir et ce qu’il affiche révèle une gestion située
des tensions identitaires externes (présences et influences d’autrui et du contexte)
avec celles, internes : « L’identité est un ensemble de critères de définition d’un
sujet et un sentiment interne. » (MUCCHIELLI, 2003 : 41). Nous verrons que ce n’est
pas le cas de tous puisque d’autres enfants qui éprouveront plus de difficultés à
583
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assumer leurs préférences pour le pays d’origine. Pour d’autres encore, l’épisode de
vie au Canada n’est pas décrit comme étant aussi épanouissant. D’autres jeunes
oscillent davantage en se positionnant au cœur d’une pluralité de sentiments et des
lieux d’appartenance. Moins habités par la prégnance de cet ailleurs qu’ils n’ont
souvent pas connu mais dont ils ont hérité des connaissances et expériences
personnelles, les enfants n’ayant pas pris part au voyage migratoire et nés au
Québec font part d’autres modes d’identifications.
Au même titre que celui des enfants en CA, le parcours des discours
coproduits avec ceux en CR ne nous permet pas d’avancer de telles tendances,
quant aux positionnements généraux. Lors des séjours sur place, la diversité des
trajectoires de chacun se cumule à l’hétérogénéité de leurs gestions individuelles en
plus des facteurs d’interactions. Il est vrai que les modalités d’enquête n’ont pas non
plus favorisé la compilation de données (construites comme étant) objectivées ; et
que la validité des autodescriptions ne peut être dissociée de leurs situations
d’énonciation. Ce qui n’invalide pourtant pas le sens pensé et formulé par l’acteur
informateur car, au moment des interactions, ce qu’il dit fait sens (intellectuel, social,
psychoaffectif…) pour lui. Notre intention est de déplacer à d’autres groupes sociaux
les thématiques que nous associons à la migrance et aux migrants, que nous avons
postulés comme les représentants situés de la diversité. Nous croiserons les
témoignages et itinéraires discursifs des élèves rencontrés en CR en examinant ceux
d’autres « jeunes plus âgés », ou partageant d’autres espaces référentiels, afin
d’analyser les spécificités subjectives endogènes (ou pas).
Extrait 81
219. (I2) : moi je sais pas /
584
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
Extrait 82
226. (E) : si quelqu’un dit e… par exemple (P) je lui ai demandé « ben toi comment tu
te définis ? » elle elle m’a dit « ben moi je suis canadienne je suis
québécoise » et elle m’a même dit « je peux même dire je suis
montréalaise » / toi si je te pose la question e… /
227. (I2) : ben j’aurais pu dire e… ben j’suis québécoise vietnamienne j’sais pas…
je viens de Montréal /
228. (E) : ok tu vas essayer de préciser que tu viens de… de Montréal mais t’es aussi
vietnamienne /
229. (I2) : ouais /
230. (E) : et est-ce qu’on te pose souvent la question « tu es quoi ? » /
231. (I2) : non /
232. (E) : « tu viens d’où ? »
233. (I2) : ben on me pose souvent « est-ce que t’es vraiment vietnamienne ou
chinoise ? »
234. (E) : ok /
235. (I2) : pis là je réponds que je suis vietnamienne /
[Idem que supra].
1
Les transcriptions d’entretiens réalisées avec les élèves en CR se trouvent sur le support CD qui
accompagne ce manuscrit.
585
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définir dans une production restreinte (temporellement pour l’oral et graphiquement
pour l’écrit) puisse être traversé de doutes. La démesure de la tâche
d’(auto)identification fait écho à ce que KAUFMANN (2004 : 23) saisit à propos de
l’incohérence intrinsèque aux cartes d’identités :
C’est cette même fixité qui s’annonce en entretien car l’instant est censé
« capter » l’identité de l’Autre, l’enregistrer et la figer pour en faire un objet inchangé,
inchangeable. Vanessa, tout comme les autres sujets informateurs, présuppose que
la relation sera ponctuelle d’où, parfois, le soin dans le « don » de ses récits de vie et
récits identitaires. A l’oral, c’est la fixité mémorielle qui guette l’identité de l’Autre. En
somme, les choix se doivent aussi d’être relativement succincts car le cadre de
l’entretien décompte le temps tandis que le dispositif de l’atelier redistribue les prises
de paroles. En dépit de ses hésitations, elle semble trancher avec davantage de
certitude (Extrait 82, l. 235 « pis là je réponds que je suis vietnamienne ») lorsqu’elle
est présentée devant une alternative restituée (l. 233 « ben on me pose souvent
« est-ce que t’es vraiment vietnamienne ou chinoise ? »). Apparemment, ce type
d’alternatif lui est « souvent » proposé donc on peut croire qu’elle s’y est familiarisée,
y a construit ses marqueurs et y trouve momentanément satisfaction.
586
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
(1993 : 84) souligne ainsi la « plasticité des appartenances » des jeunes 1 tout en
rappelant qu’elle est relative, non assimilée par le groupe majoritaire et cohérente
dans ses contradictions. En dépit des différences supposées par rapport aux autres
groupes d’âges, notamment les plus jeunes 2, plusieurs ponts interprétatifs
s’appliquent aux négociations identitaires de Vanessa. La bi-polarité que l’on associe
généralement aux enfants issus de l’immigration (op. cit. : 74) s’élargit au vu de
l’ensemble de son discours pour y inclure, comme pour quelques-uns des
répondants de MEINTEL (ibid.), des espaces nationaux, ethniques, urbains et
linguistiques. Cette pluralité n’est pas envahie de conflits ou de déchirures non plus
mais on y dénote une certaine difficulté d’énonciation. D’autres enfants en CR
tentent de concilier leurs repères géo-symboliques (RAZAFIMANDIBIMANANA,
2007-c) avec, parfois, la primauté de l’affiliation familiale. C’est le cas de Kim (F ;
10A), née à Montréal, mais revendiquant d’abord sa part vietnamienne et s’efforçant
par là même d’établir une logique identitaire :
Extrait 83
190. (I3) : […] … j’suis Vietnamienne alors je dois savoir au moins le vietnamien parce
que… (… /…) /
191. (E) : ça fait partie de toi /
192. (I3) : ouais /
[E.O.G. 03_01 ; (F : 10A, F : 10A, F : 10A) ; CR1].
La logique n’est pas d’ordre quantitative ou exclusiviste puisqu’elle ne suggère
pas « je suis Vietnamienne donc je parle vietnamien » ; elle est plutôt d’ordre moral
avec une auto-responsabilisation face à son héritage identitaire : « je dois savoir au
moins » (Extrait 83, l. 190). Devant la possibilité de combiner ses marqueurs, elle
conçoit une forme de pluralité non conflictuelle sans pour autant y exclure des
hiérarchisations situées. Dans son discours, elle ordonne effectivement le poids
subjectif accordé à chacun :
Extrait 84
193. (E) : ben justement toi tu dis tu es vietnamienne est-ce que ça t’arrive de dire que
tu es québécoise ? ou tu es canadienne aussi ?
194. (I3) : ben c’est sûr… ben j’suis québécoise mais… de.. d’origine vietnamienne-là…
mais ouais ça m’arrive de dire ça là /
[Idem que supra].
1
Le groupe d’étude comprend des jeunes âgés de 18 à 22 ans.
2
L’auteure mentionne notamment les 14 ou 15 ans qui seraient davantage soucieux de se démarquer
des parents et de ressembler aux pairs. Notre groupe d’âge est encore plus jeune et compte tenu de
son aspect non quantitatif, nous ne pourrons relativiser ces différences que dans la limite des
subjectivités rencontrées et situées.
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Lors du même atelier, Mélinda (F ; 10A) se définit aussi comme héritière d’une
double appartenance en se comparant à son amie, Kim (I3), mais si le pays
d’ascendance est préféré, c’est pour accentuer sa différence (Extrait 85, l. 212) :
Extrait 85
208. (I1) : um ben… j’s… c’est sûr que j’suis née ici au Canada j’suis comme
canadienne mais d’origine portugaise comme (I3) mais (I3) c’est vietnamien-là
mais comme (I3) a dit mais… j’pense que je dirais portugais parce qu’y a pas
beaucoup de personnes qui sont portugais /
209. (E) : mmm hmm (acquiescement) /
210. (I1) : pis comme ça serait… /
211. (E) : différent /
212. (I1) : ouais ça serait différent / pis j’aime ça être différente à d’autres
personnes /
[Idem que supra].
Extrait 86
127. (I2) : uh moi j’suis libanaise mais j’suis québécoise aussi parce que moi j’suis née
ici /
[E.O.G. 03_04 ; (F : 10A, F : 10A) ; CR1].
1
Voir aussi les débats sur la « double citoyenneté », Ch. V-1.2 ; 2.2.1.
588
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
l’identité québécoise n’est pas dénivelée par rapport au Canada, comme nous le
verrons chez Isfra (F ; 10A) plus loin. Pour Julien, le lieu de naissance appelle plutôt
à une certaine fierté (l. 245) :
Extrait 87
237. (I1) : ben je suis canadien mais d’origine portugais pis… ben j’suis né… j’suis né au
Canada pis /
238. (E) : est-ce que des fois des gens te demandent d’expliquer comment ça t’es
portugais mais que t’es canadien ?
239. (I1) : ouais mais j’dis mais-là mes parents… mes deux parents sont portugais pis
moi ben… j’suis né au Canada /
240. (E) : mais tes parents ils sont nés au Portugal ?
241. (I1) : ouais /
242. (E) : et est-ce que ça vous arrive ou arrivera de dire « moi je suis québécois / je
suis québécoise ? »
243. (I1) : ouais /
244. (E) : toi ouais ? pourquoi ?
245. (I1) : ben il me semble que tu devrais être fier de toi de où est-ce que t’es né /
[E.O.G. 02_02 ; (G : 11A, F : 13A, F : 11A) ; CR1].
Extrait 88
247. (I1) : genre… si t’es né au Canada genre t’es né au Canada ! tu peux rien ! tu vas
pas te tuer (rires de tous) pis tu vas pas te… /
[Idem que supra].
La migration de ses parents l’avait prédestiné à un autre espace natal et c’est
sans doute cet exotisme de naissance qui enferme l’héritier d’une identification
« ailleurs » dans une double-identité à laquelle il se résout tant bien que mal (Extrait
88, l. 247 « tu peux rien ! »). Au risque de subir la catégorisation de ceux pour qui la
dualité est preuve d’impureté ou d’infidélité, la volonté est de s’assumer avec un
certain détachement :
589
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Extrait 89
249. (E) : tu l’as déjà dit [je suis québécois] ?
250. (I1) : ça me dérange pas / ça me dérange pas /
[Idem que supra].
Extrait 90
252. (I1) : ouais une fois à… à mon frère il m’a dit « hein t’es… t’es quoi toi ? t’es
portugais ou t’es québécois ? » j’ai dit « ben-là j’suis québécois » /
[Idem que supra].
La nouveauté culturelle que représente le statut québécois n’est pas habitée
par un sentiment de culpabilité ici, c’est ce qui – sur le moment et avec son frère – lui
est paru le plus significatif. Une autre forme de différence nouvelle et assumée en
situation apparaît chez Isfra (F ; 10A), ce qui relativise l’influence des pairs ou
l’absence d’individualisation que l’on prête généralement aux jeunes. Son auto-
identification se décline en deux niveaux de bi-polarités internationaux, avec deux
pays repères (Liban/Canada), puis, intranationaux avec la distinction
Québec/Canada. Elle inscrit sa québécité en lien avec le sentiment d’appartenir à un
groupe uni autour d’une même « prononciation » :
Extrait 91
143. (I1) : moi j’suis libanaise… canadienne… /
144. (E) : tu dis les deux… /
145. (I1) : …et un… p’tit peu québécoise / mais ce… qu’est-ce que je trouve de différent
entre canadien québécois c’est que québécois on prononce comme… je sais
pas comment on… /
146. (I2) : comme Québec /
147. (E) : mmm hmmm (acquiescement) /
148. (I1) : comme Québec / pis comme canadien on… /
149. (I2) : pis canadien c’est Canada… /
150. (I1) : …on prononce comme uh… normalement /
[E.O.G. 03_04 ; (F : 10A, F : 10A) ; CR1].
590
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Chapitre IX – Trajectoires et symboliques
Porteurs de plusieurs cultures dont ils sont tantôt héritiers, tantôt créateurs, les
jeunes, les jeunes migrants et les jeunes descendants de migrants partagent alors
une certaine impermanence identitaire qu’ils tendent à stabiliser, à amplifier, à
effacer ou à réorganiser. Au moins un objectif semble également leur être commun
dans l’accomplissement intellectuel et social au sein des différents espaces investis,
traversés, ou même dans l’interstice qui sépare le temps d’une question, d’une
rencontre, d’une relation, les personnes derrières leurs identités situées. Dans une
certaine mesure et sans verser dans une autre uniformisation simpliste, ces
manœuvres réflexives et altéro-réflexives concernent aussi les acteurs sociaux en
tant que porteurs (différents) d’une identité polymorphe (différente). Tous sont
effectivement passagers de différentes trains de vie d’où l’expérience commune de la
« pluricontextualité » : « Nous vivons donc (relativement 2) simultanément et
successivement dans des contextes sociaux différenciés. » (LAHIRE (2001 : 5). Tous
sont aussi détenteurs de répertoires socioculturels et sociolinguistiques pluriels ; et
1
Certaines études de cas ont eu lieu à Madagascar, en Afrique du Sud et au Maghreb tandis que
d’autres explorent d’autres temporalités.
2
Note de bas de page de l’auteur : « Contrairement à ce qu’écrit James M. Ostrow : « Je suis blanc,
juif, issu d’une banlieue aisée, fils d’un avocat, je suis un homme, un mari, un père, un enseignant, un
collègue – je suis tout cela à la fois » (1990, p. 81), nous ne sommes justement pas tout cela « à la
fois », mais – pour une partie d’entre elles du moins – souvent à des moments et en des lieux
différents de la journée. » Référence citée par LAHIRE (2001 : 54) : James M. OSTROW (1990).
Social Sensitivity: A Study of Habit and Experience. Albany : State University of New York Press.
591
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cette pluralité appelle (différemment) chacun à se repenser afin de négocier son
adaptabilité. L’identité humaine correspond alors à :
« une structure polymorphe, dynamique, dont les éléments constitutifs sont les
aspects psychologiques et sociaux en rapport à la situation relationnelle à un
moment donné, d’un agent social (individu ou groupe) comme acteur social. »
(KASTERSZTEIN, 1990 : 28).
« d’un centre de gravité qui est le fait de l’équilibre, toujours à reconstruire, entre
son identité personnelle, culturelle et sociale, le rapport à l’autre, l’exercice de la
citoyenneté et du pouvoir ».
592
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CHAPITRE X
1
Milan KUNDERA (1997). L’identité. Paris : Folio ; 44.
593
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1. CREATIVITES IDENTITAIRES
1
Sur ce point, voir Ch. VIII-2.3.4.
594
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
Recommandation n°57
« Que les liens étroits soient établis avec la famille pendant le processus de
francisation des enfants. » (Op. cit. : 73 ; 236. D.C.).
« Au sens large, les représentations peuvent être considérées comme des façons
d’organiser notre connaissance de la réalité, elle-même construite socialement ;
elles sont directement liées à notre appartenance à une communauté. »
(COLLES, 2003 : 175).
1
Christian LERAY (1995). Dynamique interculturelle et autoformation : Une histoire de vie en pays
gallo. Paris : l’Harmattan ; 139. Référence citée dans BLANCHET, 2003 : 91.
595
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qui réifie les représentations de l’ailleurs. La signalétique et le paysage graphique de
l’école font d’ailleurs miroir à ces représentations à travers les supports didactiques
et ludiques qui décorent les classes. Chacun peut aussi laisser les marques de sa
présence ou son passage dans l’école. Les noms d’élèves sur les portes de casiers,
l’écriture du jour de la semaine, les dessins exposés, le repérage de son pays de
naissance, les drapeaux des élèves de la classe sont autant de façons permettant à
chacun de se reconnaître.
Photographies de la CA1
Photographies 1
Ce sont autant de balises qui permettront à chacun de s’y sentir en lieu
familier et, en ce sens, de se sentir en sécurité. Comment s’y expriment alors les
identités culturelles de l’enfant ?
596
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
Extraits 92
15. (I1) : j’aime jouer le soccer / puis j’aime… travailler bien… le français… /
[…]
21. (I2) : j’aime beaucoup nager puis patiner / j’aime jouer avec l’ordinateur et
j’aime beaucoup le français /
[…]
23. (I3) : moi j’aime… j’aime jouer au tennis / j’aime patiner / j’aime faire du
ballet… puis… j’aime le français très beaucoup / mais maintenant je
trouve que j’oublie un petit peu l’anglais /
[E.O.G. 27_02 ; (G : 11A, F : 11A½, F : 10A½ ) ; CA1].
597
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Activités que « j’aime » en général et à l’école 1
(lorsque les activités sont juxtaposées, elles renvoient à un même répondant)
la natation français
le tennis faire du vélo
écrire être dans la classe régulière
lire des livres soccer
mes amis handball
mes parents pizza
danser chicken
travailler sur ordinateur
my teacher, my friends, teaching chanter
mathématique parler français, j’apprend la math, joue avec mon ami
faire du lecture et beaucoup activité
dessiner lire (2), écrire, mathématique, la récréation
jouer période d’éducation physique
A l’école, j’aime…
Tableau 22
1
Les indications entre parenthèses renvoient au nombre de répondants ayant saisi la même réponse,
dans la même forme.
2
L’enseignant de la classe.
598
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
Extrait 93
45. (I2) : je je regarde la télévision en français parce que mon père m’a dit je parle
beaucoup français après m’a dit je regarde /
[E.O.G. 27_04 ; (G : 12A, G : 12A, G : 11A) ; CA1].
1
Voir aussi Ch. IV-2.4.2.
599
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(« main-d’œuvre réputée », ibid.) destinés aux secteurs professionnels ou ceux de
l’enseignement supérieur :
Extrait 94
24. (E) : et quand vous faites les activités est-ce que vous parlez en français en anglais
ou dans une autre langue ?
25. (I1), (I2), (I3) : français /
26. (E) : (à (I3)) et au soccer tu parles en français ?
27. (I2) : français parce que… /
28. (I3) : quand quand en anglais oublier tout… français /
29. (E) : ah ?
30. (I2) : oui puis c’est pas bon ! les enseignants a dit que on parle pas assez parce
qu’on étudie le français pas notre langue /
31. (E) : mais à la maison vous parlez d’autres langues aussi ?
32. (I1), (I2) et (I3) : oui /
33. (I3) : moi je parle un petit peu le français mais mélangé avec l’anglais parce que
j’oublie !
34. (I1) : moi je parle avec ma sœur… français /
35. (E) : ah ouais ? et quand tu regardes la télévision ou quand tu joues à l’ordinateur ?
36. (I1) : moi je regarde tout en français la télévision /
37. (I2) : } moi aussi /
38. (I3) : } moi aussi /
39. (I3) : moi ma télévision tout en français / mes dvds mes cassettes sont tout en
français /
40. (I2) : moi aussi… mon ordinateur / le programme de télévision sont tous en
français /
[E.O.G. 27_02 ; (G : 11A, F : 11A½, F : 10A½ ) ; CA1].
600
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
Dans le tableau plus haut, les activités scolaires paraissent dans les deux
rubriques (« J’aime… »/« A l’école j’aime… ») et le FLC, sous plusieurs formes. Les
écrits le mettent en scène en tant que pratique (« parler français ») et en précisent
parfois la fréquence (conseillée ?) : « parler beaucoup français ». Il est aussi
présenté comme l’objet « langue » : « le français », « français », « langue
française ». S’il est difficile d’approfondir la notion de « créativité identitaire », ici, les
choix linguistiques résultant surtout d’une forme de conformisme situé, il importe
toutefois d’y voir – au-delà d’une simple soumission – un acte identitaire interculturel.
L’inclusion du FLC, langue autre, témoigne de l’accession à l’espace de l’Autre et de
la charge affective qui peut lui être associée ou déclarée. Qu’elle résulte d’une
volonté de conformité ou pas (par rapport au « bon élève » imaginé), ces
manifestations de l’affect par rapport à la langue de l’Autre représentent une
démarche interculturelle significative. Au-delà de l’ouverture à l’Autre, il s’agit d’être
avec l’Autre. On retrouve l’ébauche des visées de la politique du « vivre ensemble » 1
(MELS, 1998-a : 7 ; 2005-a : 7. D.C.) et de celles du FLC. L’interculturalité symbolise
ainsi une passerelle pour reconnaître l’Autre et l’importance de ses constructions
identitaires :
« On doit se rappeler également que si l’on veut former une personne avec des
assises culturelles fondées sur un sentiment d’appartenance, on désire aussi
former une citoyenne ou un citoyen capable de s’associer à tous les autres
membres de la société et d’investir l’espace public, une citoyenne ou un citoyen
apte au vivre-ensemble. » (GOHIER, 2006 : 155).
Nous avons vu en quoi le FLC peut tour à tour être revendiqué comme outil
communicationnel, pratique culturelle et individuelle, objet d’affection et/ou comme
moyen de socialisation. Cette dernière est elle aussi hétérogène, aux formes
mouvantes entre les attitudes de soumission face aux figures autoritaires et celles
1
Voir aussi Ch. VII-1.2.
601
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d’ouverture aux représentations médiatiques de la culture de l’Autre 1. La politique du
« vivre ensemble » (cf. supra) nous poussent à développer les rapports subjectifs et
narrés au FLC pour prendre le discours officiel au mot : l’enfant migrant se sent-il
chez lui en français ?
1
Il aurait d’ailleurs été intéressant d’étudier l’interculturalité des enfants en CR dans leurs démarches
d’ouverture et de rencontres par rapport aux migrants nouvellement inscrits à l’école et en CA. Les
questions des enquêtes en CR qui portent sur les perceptions des CA permettent surtout de relever
des regards pragmatiques quant à l’apprentissage du FLC, tandis que les questions en entretien avec
les jeunes en CR traitent plus généralement des langues, du plurilinguisme, des différences
intralinguistiques et de l’école.
602
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
Extrait 95
120. (E) : ok / est-ce qu’il y a une langue que vous aimez que vous aimez beaucoup
beaucoup beaucoup / est-ce qu’il y a une langue peut-être que vous parlez
cette langue peut-être que vous parlez pas mais une langue que vous aimez
beaucoup beaucoup beaucoup ? oui (I1) ?
121. (I1) : français /
122. (E) : français ? tu aimes beaucoup ?
123. (I1) : oui /
124. (E) : pourquoi ?
125. (I1) : parce que c’est facile 1 /
126. (E) : ok / c’est facile / (I2) ?
127. (I2) : l’espagnol parce que c’est très facile /
128. (E) : parce que c’est très facile / d’autres raisons ? à part facile / pourquoi vous
aim... toi tu aimes le français et toi l’espagnol /
129. (I2) : parce que c’est plus facile d’écrire les mots et… /
130. (E) : et de parler ?
131. (I2) : parce que regarde / à mettons « mama » tu écris M. A. M. A. /
[E.O.G. 01_01 ; (G : 9A, G : 9A, F : 10A) ; CA2].
L’affect est alors secondé par une acuité quant aux systèmes linguistiques de
son répertoire, d’où le détournement de l’échange désormais motivé par des
consciences métalinguistiques en démonstration. Aaron argument l’affectivité-facilité
qu’il a revendiquée en expliquant l’aspect quasi phonétique de l’écriture en langue
espagnole (l. 131) lorsqu’il épelle « M. A. M. A. ». La suite de l’atelier (Extrait 96) met
alors simultanément en scène des comparaisons intralinguistiques 2 et
interlinguistiques. Tijani investit les espaces francophones suite à une question qui
sollicite des mises en parallèle Algérie-Canada et il y répond en situant la France
comme point de repère. Il établit alors une invariance entre le français en Algérie et
celui en France (l. 202-205) puis une distinction nette du français au Canada. Afin
d’illustrer son propos, un exemple connu lui vient en tête, ici « tuque »/en France =
« bonnet » (l. 206) :
Extrait 96
201. (E) : ok / est-ce qu’il y a différentes sortes de français ? est-ce que le
français en Algérie c’est le même français qu’au Canada ?
202. (I1) : NON !
203. (E) : (I1) /
204. (I1) : je parle… c’est le même que la France /
205. (E) : ici c’est le même qu’en France ?
1
Emphases personnelles.
2
Nasir (G ; 7A) en CR répond à la question « est-ce que tu es québécois ? » en faisant la distinction
intralinguistique : « non mais je suis… je parle rien que le français / pas québécois ». [E.O.G. 02_01 ;
(G : 7A, F : 8A) ; CR4].
603
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206. (I1) : ici c’est pas le même / parce que ici on dit « tuque » et… en France
on dit « bonnet » /
207. (E) : et en Algérie on dit quoi ?
208. (I1) : huh ? on peut di… on peut dire « bonnet » il comprend / parce que… /
209. (E) : ok donc France et Canada c’est pas le même français ?
210. (I1) : c’est pas le même français /
[Idem que supra].
Extrait 97
117. (I) : les Algériens c’est comme ils parlent arabe et… mais l’arabe c’est
comme… parle beaucoup en français /
118. (E) : ok / mais c’est pas le même français /
119. (I) : ouais / comme il dit... env… / quelqu’un « traversa » c’est comme
« traverser » mais comme en Algérie / autoroute c’est « autoroute » /
[krazte] c’est cr… « écraser » / [tomobil] 1 « automobile » c’est ça en
Algérie il dit comme ça /
120. (E) : c’est juste un peu différent /
121. (I) : oui comme « tiens » on dit [ta] / (rires) /
[E.O.I. 28_01 ; (G : 11A½) ; CA1)].
Les distances entre les espaces français et algériens sont habitées et ce, sans
doute en partie par souhait d’appartenance au groupe dominant de référence à leurs
yeux. La cohabitation identitaire est matérialisée par les contacts de langues que les
deux frères relient explicitement aux relations historiques entre l’Algérie et la France.
Tous les deux mentionnent la présence française en Algérie : Ilian (G ; 11A½)
explique que le français lui fait penser à : « la France… elle a resté dans l’Algérie
130 ans ! ça me fait penser à ça / » [E.O.C. 27_01 ; CA1]. Quant à Tijani (G ; 9A), il
raconte cela à travers les effets sociolinguistiques de la guerre :
1
Voir aussi URL : [[Link] Mise en ligne : 11/06/05.
604
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
Extrait 98
334. (I1) : oui elle [la France] est venue / faire une bataille / après… après l’a changé
elle l’a changé les mots en arabe / « la glace » si tu dis « glace » en arabe
en en Algérie il te comprend parce que c’est comme ça /
[E.O.G. 01_01 ; (G : 9A, G : 9A, F : 10A) ; CA2].
1
Différents facteurs de variations externes peuvent être identifiés dont, principalement, le temps
(diachronie), l’espace (diatopie), la classe sociale (diastratie), le genre (diagénique) et la situation
d’interaction (diaphasie).
605
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l’écris ! » (l. 217) :
Extrait 99
211. (I2) : Cuba c’est un peu parce qu’avec « mama » MAMA c’est la même
chose que… on dit la même chose / « bonbon » bonbon / on dit la
même chose /
212. (E) : ah il y a des mots qui sont pareils /
213. (I2) : y regarde « bi… bicycleta » y c’est c’est presque égal on écrit la
même même écriture /
214. (E) : la même écriture il y a juste le « a » qu’on enlève / « bicycleta » en
espagnol et « bicyclette »… /
215. (I2) : non on écrit « bicycleta » un « a » /
216. (E) : mais en français… /
217. (I2) : tout c… tout c… tout ce que t’écoutes tu l’écris !
[Idem que supra].
Le jeu qui consiste à passer entre les langues permet à chacun de prendre
part et de prendre pouvoir. Certes, une forme de compétitivité s’instaure et peut créer
des tensions entre les acteurs en jeu. Toutefois, il ne me semble pas judicieux pour
l’école d’œuvrer à en préserver sa population. Les sphères scolaires et
extrascolaires assoient évidemment des fonctions distinctes auprès des individus et
des sociétés mais, pour moi, elles ne doivent pas être mutuellement épurées des
complexités de l’autre. C’est dans cette même lignée que s’inscrivent les volontés
d’intégrer les individualités, les pluralités et les subjectivités dans les dispositifs des
cours et de leurs programmes (cf. Ch. X-2).
606
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
1
Voir aussi Ch. VIII-1.2.2.
2
Voir Ch. IX-1.2.3.
607
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minorités situées (cf. Ch. V ; Ch. VI-3.4.1). Les enfants ressentent aussi le besoin de
pouvoir se projeter à travers les figures dont celles des pairs, des adultes et des
autorités publiques qui composent son environnement scolaire 1. Or, en situation de
minorité numérique, celles-ci sont également numériquement dominées par les
identités culturelles de la majorité. Ce que BOURDIEU (19872 : 136) appelle aussi
les « images mentales » sont pourtant productrices d’identités et d’identifications. Sur
le terrain étudié, les identités ethno-sociolinguistiques des enfants migrants ne font
pas partie des représentants dominants de leur école. Par conséquent, l’expression
des traits identitaires qui sont « autres » en eux tend à être exclue des espaces
interactifs et discursifs officiels de l’école. En tout cas, elle n’est pas intégrée en tant
que telle dans les rituels de vie, d’enseignement ou d’amusement formels. C’est le
cas lorsque leurs spécificités sont réduites à des « différences », aux singularités qui
interpellent le temps de rappeler les pratiques dominantes. Notons que certains
marqueurs vestimentaires qui renvoient à des pratiques sociales non dominantes
peuvent attirer ces formes d’exclusion en discours (cf. Extrait 10, Ch. VIII-1.2.3). Par
rapport aux langues d’origine(s) et au plurilinguisme, les inhibitions apparentes
peuvent aussi révéler le déficit des espaces où l’on pense pouvoir montrer telle
identité. Les supports pédagogiques représentent davantage la culture dominante et
on sait à quel point l’espace « cours » et ses matérialisations rendent légitimes les
identités qu’ils mettent en scène. Le manque d’expressions plurielles n’est pas, à
mon avis, un facteur favorable pour la co-construction de connaissances
intellectuelles, sociales et éthiques : connaissances de soi, connaissances
interculturelles, connaissances des altérités, des diversités et des subjectivités. Nous
nous efforcerons de voir comment ces besoins d’expressions identitaires peuvent
être (re)travaillés à travers l’approche interculturelle et les récits des individualités
(Ch. X-2.1 ; Discussions 3). L’observatoire a en effet permis de noter comment les
historicités individuelles sont dévoilées par bribes comme s’il s’agissait uniquement
de preuves de « différence » (et donc de distanciations que l’on ne souhaite pas
forcément) et non d’intérêts pluriels d’intelligences ou d’ouvertures interpersonnelles.
Ce qui nous amène à étudier en quoi l’enfant dit se sentir « chez lui » à l’école, au
Québec ou dans l’espace FLC. L’examen des degrés d’ouverture réciproque dans la
langue de l’Autre offrira quelques premières indications quant aux sentiments de
1
« La Commission scolaire compte au total près de 14 470 employés. Selon des données recueillies à
l’automne 2006 dans le cadre du Programme d’accès à l’égalité en emploi (Loi 143), le personnel de
la CSDM est composé d’un peu plus de 2 000 employés appartenant soit à une minorité visible soit à
une minorité ethnique, ce qui représente près de 14 % du personnel. » (CSDM, 2007-b : 3).
608
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
Extrait 100Anka
117. (I2) : parce que j’aime le français puis je pense que le langue est difficile puis le
langue qui est très bon / c’est le langue de… moi je trouve intéressant /
[E.O.G. 27_02 ; (G : 11A, F : 11A½, F : 10A½) ; CA1].
Extrait 101Besjana
130. (I3) : moi moi j’aimerais apprendre plus le français pa… parce que des fois mon
professeur il parle en français et je comprends pas des fois /
[E.O.G. 02_04 : (F : 7A, F : 8A, F : 6A). CA3].
1
Voir le PELO : Ch. IV-2.5.2 ; Ch. VII-2.3.1.
610
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2. CREATIVITES PEDAGOGIQUES
MOORE & SIMON (2002), MOORE (2006 : 63) rappellent ou font prendre
conscience des possibilités pédagogiques lorsqu’on rebondit sur les identités situées
pour impliquer enseignant et apprenants dans une dynamique de savoirs co-
construits. Cela suppose que l’enseignant puisse léguer les pouvoirs et
responsabilités qu’il centralise selon le schéma dominant de l’instruction scolaire. Du
côté de l’apprenant, cela l’extirpe de tout confort passif qui consisterait à
emmagasiner les savoirs, à les feindre ou à se détacher des interactions en cours.
Les exigences sont multiples et se distribuent de part et d’autre du bureau de
l’enseignant d’où cette idée des « déritualisations » (ou « déroutinisations »). Ces
moments sont à la fois déstabilisants et fédérateurs d’implications réflexives,
communicationnelles et interpersonnelles :
1
Enquête quantitative (questionnaires) et qualitative (entrevues) sur un total de 180 étudiants entre
septembre 2004 et décembre 2005 et inscrits aux trois principaux programmes en formation initiale
des maîtres de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal. (KANOUTE et al.,
2006 : 10-11).
611
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
pertinents » (op. cit. : 13), des résistances 1 sont perçues au sujet de la pertinence de
certaines démarches altéritaires. Les plus ciblées leur avaient été présentées sous la
forme des énoncés suivants :
« Poser un regard critique sur leurs propres origines et pratiques culturelles et sur leur
rôle social »
« Établir des relations entre la culture seconde prescrite dans le programme de formation
et celle des élèves »
(Op. cit. : 10).
Ce sont, pour nous, les bases réflexives nécessaires pour concilier la pensée
civique au partage des espaces et de leurs ressources, dès lors où l’Autre est
reconnu comme tel et dans sa forme de légitimité. La décentration et la
reconnaissance altéritaire sont également des cheminements vers les
déconstructions de hiérarchisations racistes. « Poser un regard critique sur leurs
[ses] propres origines » (cf. supra) requiert que l’on reconnaisse en amont l’universel
des origines et simultanément leur « intraçabilité » à partir d’une filiation épurée de
toute hybridité. Accepter son ethnicité requiert que l’on y voit une « communité »
dans laquelle l’individu n’est pas tenu de s’y enfermer par souci d’intégrité identitaire.
1
Sur les phénomènes de résistance à la diversité culturelle en milieu scolaire, voir aussi HOHL, 1996-
b.
2
Pour cette approche de l’interculturel, les auteurs se sont basés sur les travaux suivants :
ABDALLAH-PRETCEILLE, 1997 ; Mc ANDREW, 2004 ; Janine HOHL & Michel NORMAND (1996).
« Construction et stratégies identitaires des enfants et des adolescents en contexte migratoire : le rôle
des intervenants scolaires. » Revue française de pédagogie ; 117 ; 39-52 ; Fernand OUELLET (2002).
Les défis du pluralisme en éducation. Essais sur la formation interculturelle. Saint-Nicolas/Paris :
Presse de l’Université Laval/L’Harmattan.
612
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
1
Travaux dirigés en Didactique des langues, niveaux Licence 1, 2 et 3. Université de Rennes 2.
2
« Lettres », FLE, breton, anglais, espagnol, italien, espagnol, portugais, russe.
613
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
efforts d’explicitation, une récurrence s’observe donc en début d’année au sujet de la
pertinence de la dimension « culturelle » dans un cursus « Didactique des langues ».
Le rituel de la fin des semestres était pour moi de demander des « évaluations de
cours » 1 de la part des étudiants et ce sont notamment leurs bilans qui confirment
cette forme de dissociation (initiale) entre langues et cultures. Voici quelques extraits
répertoriés selon les problématiques interprétables :
Sans prétendre affirmer quels ont été les événements déclencheurs des
changements dans leurs représentations et comportements, les réactions observées
et énoncées soutiennent néanmoins que l’intérêt de l’interculturel (théorisé) devient
plus évident, une fois que les étudiants ont entamé leurs travaux de recherche en
communication interculturelle. La validation du cours dépendant de l’exercice
didactique, des efforts de décentrement leur étaient doublement exigés afin qu’ils
sollicitent la participation de la classe (les consignes distinguaient qu’ils ne s’agissait
pas d’un « exposé » mais bien d’un « atelier interactif »). Les liens entre les enjeux
interculturels et l’activité d’enseigner leur sont parus plus percutants, une fois cette
expérience passée. Parfois, les bilans de fin d’année dévoilent distinctement cette
réflexivité critique :
1
A l’issue de chaque semestre, j’invite les étudiants à faire part de leurs appréciations individuelles
quant au cours suivi, aux contenus et activités proposés. Les commentaires sont anonymes et portés
manuellement sur feuille libre, je les retranscris ensuite sur support numérique. Les seules
modifications apportées lors des retranscriptions concernent les points agrammaticaux,
orthographiques ou abréviations lorsque jugés nécessaires afin d’élucider les éventuelles ambiguïtés
d’un même propos.
614
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
« […] si une grande partie des problèmes posés par les langues d’origine ne
réside pas dans nos 3 difficultés à délaisser les paradigme d’« avant », par
exemple celui qui voudrait que « la sédentarité représente la norme ». On pense
à la sédentarité géographique bien sûr pour des migrants, mais également à la
« mobilité linguistique ». »
1
A défaut de pouvoir illustrer ce propos de manière suffisamment éclairée, le lecteur saura
notamment trouver une étude précise concernant la mise en place du CAPES de créole avec les
retranscriptions complètes des débats suscités dans l’article suivant : Didier de ROBILLARD (2005).
« Même pas peur des créoles ! La mise en place du CAPES de créole (2002-2003) comme action de
politique linguistique : langues minorées et/ou linguistiques minorées ? » Cahiers de
sociolinguistique ; n°10 : 111-138.
2
Le français aujourd’hui ; n°158.
3
Emphase personnelle.
4
Enseignante en école francophone à Ottawa à propos de l’alternance codique français-anglais dans
les productions langagières des jeunes. Répondante dans RAZAFIMANDIMBIMANANA, 2003 : 115.
617
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
souvent moins de conséquences, si elles n’étaient pas converties en hiérarchies
d’excellence. » 1 » (DE QUIEROZ, 2006 : 60).
1
Philippe PERRENOUD (1984). La Fabrication de l’excellence scolaire. Genève : Droz. Référence
citée dans DE QUIEROZ, 2006 : 60.
618
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
1
La charge identitaire des noms, des mots s’illustre notamment à travers l’exemple d’une enquête de
BARNECHE (2004 : 257) menée à Nouméa : un informateur évoque les « racines » en parlant de
l’identité « kanak », un terme et une image qui « renvoie à la fois au lien à la terre et au lien de sang ».
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
« Entre le relativisme absolu et l'intransigeance monopoliste d'un système sur un
autre, entre l'anomie par le nivellement des comportements et leur prolifération
désordonnée, entre une conception fonctionnaliste (les valeurs sont le produit
des structures) et son antithèse (les valeurs sont des variables indépendantes),
comment appréhender autrui sans chercher à le maîtriser? » (ABDALLAH-
PRETCEILLE, 1997 : 130).
L’école est aussi le lieu où se racontent les identités par diverses activités
alliant la mobilisation de connaissances plurielles et précises (écriture, énonciation,
lecture), aux ressources créatives et identitaires de l’enfant (je me raconte et me
mets en scène par rapport à autrui). A défaut d’une représentativité ethno-
sociolinguistique auprès des autorités situées et des supports pédagogiques
ministériels, l’ensemble des élèves peut révéler des formes de complexités
identitaires en se racontant. Il n’y a là aucune conceptualisation inédite et les
potentialités intellectuelles et interculturelles du récit autobiographique sont
notamment rappelées dans ce que GOHIER (2006 : 156) énonce :
Il n’y a pas non plus de nouveauté dans les pratiques actuelles puisque les
cours et enseignants du terrain (en CA et CR) accordent une place importante à
l’oralité du soi. Les lundis, par exemple, certains rituels consistent à raconter les
1
Paul RICOEUR (1983). Temps et récit. Tome I. L’intrigue et le récit historique. Paris : Seuil.
Référence citée par GOHIER (2006 : 156). Voir aussi l’étude « Le soi et l’identité narrative » dans
RICOEUR (1996 : 167-198) ; NORTON & TOOHEY, 2002 ; TOOHEY, 2000.
620
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
1
Voir aussi l’article de Daniel PIPES (2004). « Hating Valentine’s day. » New York Sun. Edition du
17/02/04. URL : [[Link] Mise en ligne : 14/02/07.
2
François PARE. (2001). La distance habitée. Essai. Ottawa : Le Nordir. 277 p.
621
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
démarche consultative a également fait appelle aux travaux de différents spécialistes
sur les pratiques bilingues, plurilingues. Entre la conscience des besoins
plurilinguistiques et l’importance identitaire du FLC, il serait illusoire d’y voir la
possibilité d’un équilibre à même de satisfaire chacun et à même de résister aux
fluctuations sociétales. Toute critique des approches adoptées se doit donc d’y voir
les ressources possibles pour tendre vers une conciliation sachant que celle-ci
prendra toujours de nouvelles formes selon les nouveaux besoins et nouvelles
conjonctures. L’« ouverture aux autres langues » se formule elle-même comme une
phase transitoire :
[…] Mais alors, comment expliquer que les jeunes et les parents se sentent
démunis et inquiets devant un système scolaire qui manque d'efficacité quand il
s'agit de l'enseignement de l'anglais ? C’est que le thème du bilinguisme, qui a
été largement discuté lors des tournées et consultations de la Commission, est
controversé. Or, pour aborder d’une façon réaliste la question du bilinguisme
comme celle du trilinguisme, il faut mettre cartes sur table.
« Les citoyens québécois ont acquis la conviction, notamment sur la foi des taux
inquiétants d’assimilation chez les Franco-Canadiens, que la langue la plus faible
cède toujours le pas à la langue la plus forte sur ce continent si rien n’est fait
pour la protéger. Aussi, dans les écoles québécoises de langue française,
veulent-ils que la priorité soit accordée à la maîtrise de la langue française. »
(Ibid.)
Sur le plan éthique, cela force à s’interroger sur la protection légitime des
langues non officielles au Canada comme au Québec. Si la conviction est que les
plus faibles cèdent à la plus forte, l’acceptation implicite est-elle que les langues
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
« Du point de vue éthique, il est devenu plus difficile d’asseoir la légitimité d’une
politique linguistique comme la Charte de la langue française et, de manière plus
générale, de la protection de certains traits identitaires trop étroitement associés
au parcours historique francophone. » (BEAUCHEMIN, 2006 : 136).
« Si, dans l'ensemble, les Québécoises et les Québécois sont d’accord pour que
leurs enfants apprennent l'anglais, les méthodes d'enseignement, l'âge idéal du
début de cet apprentissage et ses répercussions sur la langue maternelle sont
des questions qui ne font pas l'unanimité. En effet, il semble bien qu'il y ait une
mythologie du bilinguisme, une pensée magique, particulièrement chez les
tenants d'un enseignement précoce qui croient qu'ainsi leur enfant deviendra
parfaitement bilingue. De l'autre côté du spectre, on trouve une crainte très vive
qu'un enseignement trop précoce nuise à la maîtrise de la langue maternelle. La
Commission a entendu de nombreux témoignages à cet effet.
Par ailleurs, les spécialistes qui sont venus présenter leurs travaux à la
Commission sont unanimes sur deux points : la langue maternelle doit être
suffisamment maîtrisée, particulièrement à l'écrit, avant qu'on enseigne une
langue seconde et il est irréaliste de croire qu'un enfant puisse devenir parfait
bilingue au sortir de sa scolarité obligatoire ; dans le plus ordinaire des cas, il
sera un bilingue fonctionnel. En tentant de concilier toutes ces opinions, la
Commission a arrêté les conclusions qui suivent.
Recommandation n°36
« Que soit révisé le dispositif d’enseignement de l’anglais, langue seconde pour être
remplacé : Au début du primaire, par une stratégie d’éveil des enfants aux langues
étrangères conçue non pas en fonction de l’appropriation d’une autre langue mais en
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
fonction d’une consolidation de la connaissance et de la maîtrise de la langue
française. Au dernier cycle du primaire, au milieu et à la fin du secondaire, par un
enseignement concentré avec création d’un environnement culturel anglais et un
nombre d’heures d’enseignement au moins deux fois supérieures à ce qui existe dans
l’actuelle réforme. »
Recommandation n°37
« Que l’enseignement de l’anglais soit confié à des personnes qui maîtrisent l’anglais,
connaissent le milieu anglophone et ont une formation en enseignement des langues
secondes. »
Recommandation n° 38
Repenser les langues comme des lieux de vie, des projets de vie souligne que
la restriction autour des langues, restreint les libertés et créativités des individus,
familles et sociétés. La défense du FLC doit donc passer par la reconnaissance
mutuelle entre les ressources plurilinguistiques en partage et par la reconnaissance
collective du rapport subjectif aux langues, aux identités et aux historicités. Cette
voie éthique, certes infiniment étroite par rapport à l’étendue des complexités sous-
jacentes aux structures sociales et aux pouvoirs en jeu, nous parait néanmoins
centrale pour tendre vers l’intercompréhension quant au désir de continuité
identitaire de l’Autre :
624
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
s’agit d’une ouverture pour négocier avec les projets linguistiques, identitaires et
historiques des ressources humaines afin de voir comment chacun s’inscrit à un
moment donné dans un projet commun et mouvant. Le ressort complexe de cette
volonté d’ouverture, d’inclusion et de négociation est de passer de l’idéal d’une
société pluraliste à celui d’une société critique. Repenser les dynamiques situées
autrement qu’à travers des rapports de domination figés permet à chacune de
mobiliser ses forces, d’y croire et de les mettre à contribution pour agir en réflexivité
et en altéro-réflexivité. La société critique construit des projets sans se laisser croire
qu’il existe un passé à préserver, une harmonie à retrouver ou une pluralité à
pacifier. Elle ne fait pas non plus croire que l’ouverture peut un jour être atteinte sans
que le regard se lève pour se voir dans ses contradictions et y voir celles, tout aussi
troublantes, de l’Autre. A la suite d’un travail de réflexion ethno-sociolinguistique et
didactique fondé sur le corpus noyau (RAZAFIMANDIMBIMANANA & DOUBLI-
BOUNOUA, 2008), il est apparu important de prendre en compte l’existence de ces
normes subjectives et des représentations correspondantes comme indice des
compétences linguistiques des élèves. Cette démarche intégrative des répertoires
pluriels et des ressources qu’ils constituent œuvre ainsi pour une didactique
contextualisée. Le travail sélectif et réflexif en vue d’adapter les contenus, activités et
méthodes de cours conjointement aux besoins et compétences des apprenants
introduit aussi, selon moi, l’idée d’une didactique critique contextualisée. Un travail
ciblé sur ce qui est vécu, perçu, imaginé, inventé par rapport aux langues semble
opportun pour non seulement parfaire leurs acquisitions des codes mais aussi pour
travailler les pressions pouvant être subies par rapport à telle norme. Cela leur
octroie aussi une entrée compréhensive quant aux fonctionnements des langues
avec la conscientisation de leur double articulation pragmatique-symbolique.
625
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
2.3. A partir du FLC
Compte tenu du rôle central du FLC, les mises en récit de soi sont aussi
tributaires de la confiance linguistique de l’enfant. On observe ainsi comment un
élève en CR raconte à sa classe que son « nous » ne célèbre pas Noël, sans que
cette pratique soit perçue de manière particulièrement marginale. En fait, il renverse
l’intensité des fêtes et l’ampleur de la domination culturelle en sa faveur en affichant
une appartenance au groupe « asiatique » : « Nous les Asiatiques, c’est comme
Nouvel An, on fête pendant trois jours ! » (N.D.T. : janvier 2007). Son pouvoir situé
est en partie dû à la (re)connaissance générale du groupe affiché auprès d’autrui, la
référence ethnoculturelle ne renvoie pas à un vide symbolique. Elle est également
attribuable à l’expertise qu’on lui prête comme en témoigne la question de
l’enseignante : « Mais là, c’est-tu les Chinois ou les Vietnamiens ? ». De plus, le
capital confiance de l’élève lui est particulièrement favorable car l’enseignante le
décrit comme « très mature », éveillé, ne posant jamais de problèmes de discipline.
Sa maîtrise du FLC est telle que sa pratique est « neutralisée » (cf. infra) lors de ses
prises de parole : lors des interactions observées, l’enseignant n’intervient pas sur
les formes linguistiques qu’il choisit. L’enfant est donc en pleine possession de ses
ressources plurielles et, se sentant reconnu comme tel, il hésite peu à montrer quels
autres traits peuvent le distinguer par rapport aux autres. Ici, on voit comment, dans
une certaine mesure, les pratiques « autres » revêtent non plus un potentiel
dévalorisant mais, au contraire, de prestige. Néanmoins, l’exclusion – au sens de
« exogène » – demeure, cette fois-ci elle est ascendante. Dans un sens ou dans
l’autre, les caractéristiques ethnoculturelles sont « identifiées » au sens distinctif du
terme. C’est en cela que nous avons parlé de l’absence de leur « désidentification »
(Ch. VIII-2.2.2 ; Ch. X-1.3). Au regard des interactions situées, elles sont rarement
indifférenciées. Si plus l’enseignante a « neutralisé » la forme des productions
linguistiques de l’élève, elle ne les a pas moins reconnues comme étant
« correctes » et légitimes. L’attitude inverse peut s’illustrer par l’échange suivant,
retranscrit des notes de terrain :
626
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
Astrid raconte une histoire (liée aux superstitions) à son enseignante et dit « de le
oiseau » ; l’enseignante corrige « de l’oiseau » ; Astrid continue ; l’enseignante corrige
une autre forme ; agacement d’Astrid « Eh ! ».
1
La présence de l’observatrice a également pu exacerber son attitude correctrice.
627
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
forme en question ne renvoie à rien des les réalités si ce n’est que l’idéal construit
par la pensée. Est tout aussi réel par la pensée, le pouvoir représentatif et fédérateur
de pratiques aseptisées : l’idée (certes discutable) étant que plus l’objet est
neutralisé, plus il y aura d’individualités à pouvoir s’y projeter. En d’autres termes, le
vide symbolique inviterait davantage chacun à se projeter comme producteur du
sens absent. Cette théorie s’observe encore dans le monde industriel lorsqu’une
l’objet à vendre est représenté par le biais de modes de vie et de représentants
conformes aux tendances dominantes. Il y a neutralisation ethnoculturelle et
ethnolinguistique dans la mesure où le choix de la culture dominante porte sur ce qui
est davantage intériorisé et ce, par rapport à quoi le consommateur est moins
distancié. Cette distance pouvant opérer une conscience critique, l’objectif serait
alors de la minimiser. Il est vrai aussi que la prise en compte qualitative des
diversités des terrains s’oppose aux objectifs d’une expansion importante et rentable.
Les dynamiques plurilinguistiques subissent aussi les mêmes commercialisations
d’entités homogénéisées qui, en tant que produits culturels de consommation,
reflètent autant les priorités socio-économiques que les politiques centralisatrices.
Dans ce sens, le monde scolaire n’est pas une sphère exceptionnelle qui serait
préservée d’orientations idéologiques complexes. L’ambiguïté de sa posture en fait
une plaque tournante des enjeux sociétaux et un univers décalé avec ses propres
normes et rapports aux éléments du monde, dont celui à la temporalité.
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
modernités ; mais il est aussi en phase avec des pratiques sociales complexes pour
lesquelles le temps ne peut être compressé. Une deuxième balise réflexive s’inscrit
dans la continuité des passages entre ces différents épisodes de vie et de ceux que
parcourt plus rapidement l’enfant dans ses espaces de vie. Nous développerons sur
les potentialités plurielles du récit autobiographique (Discussions 3). La narration
identitaire, lieu de rencontre avec soi, d’ouverture envers autrui, de conscientisation
de ses subjectivités, complexités, contradictions me semble réellement constructive
à plusieurs niveaux. Elle fait appel à des compétences en interculturel : « Parler
modifie l’autre, modifie soi » (VAN HOOLAND, 2006) et les développe en même
temps. Parler de soi permet de mieux se connaître, mieux s’accepter et mieux vivre
ses complexités (ou souhaits de décomplexification). D’aucuns seraient tentés d’y
voir le palliatif contemporain aux ruptures sociales dans un monde où l’on ne se
communiquerait plus. L’avis est au contraire que l’on dispose d’innombrables outils
communicationnels, de supports expressifs, d’accès aux savoirs d’autrui et de
formes de légitimités personnelles. Des forces normalisatrices demeurent pourtant
au-dessus de ce foisonnement d’individualités et on retrouve là, sous un autre angle,
la double articulation propre aux systèmes et phénomènes humains pris entre les
aspirations distinctives et celles, unificatrices. Le récit de soi, dans le cadre scolaire,
est donc perçu comme une construction des rapports autres à ce qui est typiquement
commun : la parole, l’écriture, l’expression interpersonnelles. L’inclusion des espaces
personnalisés dans les activités institutionnalisées favoriserait la gestion critique du
rapport complexe à ses identités. La « communité » langagière rend la narration
identitaire accessible à tous, mais c’est la conscience critique qui permet à chacun
d’habiter l’acte et d’en faire un processus constructif et lieu de passage vers l’Autre.
Encore une fois, le rôle de l’école serait d’accompagner l’enfant dans ses travaux
intellectuels et interculturels afin qu’il puisse investir ses compétences de manière
dynamique, distanciée, déritualisée. C’est effectivement au cours de sa scolarisation
que l’enfant travaille et apprend à travailler ses rapports au monde :
629
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
« tresser, tisser ensemble, tisser avec. » (MUKUNGU KAKANGU, 2007 : 173). Une
scolarisation civique et interculturelle critique ne peut donc agir en profondeur sur
des spécificités localisées sans chercher à être en phase avec les droits et principes
régissant des valeurs universelles :
3. NARRATIONS CREATIVES
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
Extrait 102
149. (E) : d’accord mais c’est quoi la différence entre UN Québécois et UN Algérien ? à
part la langue… /
150. (I) : c’est pas la même chose comme les Algériens sont musulmans /
151. (E) : ok / m… les Québécois ils sont pas musulmans ?
152. (I) : ouais / mais il y a des musulmans mais il y en a pas beaucoup / comme /
153. (E) : d’accord / et toi donc tu peux pas dire tu es Québécois /
154. (I) : ouais /
155. (E) : non ? même quand t’as 80 ans et t’es très très vieux ?
156. (I) : non (rires) /
157. (E) : non ?
158. (I) : je dis Algérien /
159. (E) : et est-ce que tu aimes vivre ici au Canada ?
160. (I) : ouais /
[E.O.I. 28_01 ; (G : 11A½) ; CA1].
1
Terme à prendre au sens large ici en tant que tout locuteur du français.
632
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
vraiment différentes » (l. 89). Notons son emploi du « nous » (l. 89 et 103) : s’il est
preuve de l’inclusion de l’enquêtrice dans sa proximité énonciative (je + toi), cela
expliquerait en partie en quoi elle est encline à parler de ce qui peut faire parler d’elle
en mal. Les autres points disjonctifs entre les deux groupes mis en comparaison
incluent, pour elle, les pratiques culturelles (« la prière » et « le jambon », l. 91, l. 93),
les langues (« ils parlent juste le français puis l’anglais », l. 91), le lieu de naissance
(l. 91) et la physionomie (« il y en a qui sont blancs blancs », l. 103) :
Extrait 103
82. (E) : d’accord / et tu peux pas dire « québécoise ? »
83. (I) : non /
84. (E) : non ?
85. (I) : parce que je suis musulmane 1 /
86. (E) : ah et pour toi les Québécois / ils sont… ?
87. (I) : ils sont comme les Musulmans mais pas vraiment pareils /
88. (E) : d’accord / parce que moi / je connais pas très bien les Québécois / c’est
pour ça que j’aimerais que tu dises / c’est qui les Québécois ? qu’est-ce
qui… comment ils sont ?
89. (I) : ils sont comme… comme nous mais eux / leurs choses sont vraiment
différentes /
90. (E) : d’accord / par exemple… ?
91. (I) : par exemple la prière / ils prient comme ça (fait le signe de la croix) / puis
ils parlent juste le français puis l’anglais / ils sont nés au Canada… /
92. (E) : d’accord / est-ce qu’ils mangent des choses que… /
93. (I) : ouais / comme le jambon là… /
94. (E) : …toi tu ne manges pas ?
95. (I) : …des choses comme ça /
96. (E) : ouais et toi tu ne manges pas ça ?
97. (I) : nmm nmm (négation) /
98. (E) : et est-ce qu’ils sont différents ?
99. (I) : peut-être /
100. (E) : peut-être ?
101. (I) : ouais /
102. (E) : ça dépend ?
103. (I) : il y en a qui sont blancs blancs mais il y en a qui sont comme nous pareils /
104. (E) : est-ce qu’il y a des Marocains qui sont « blancs » ?
105. (I) : mais oui /
[E.O.I. 24_01 ; (F : 9A) ; CR3].
1
Emphases personnelles.
633
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La continuité identitaire est mise à l’épreuve par la migrance et les
transgressions qu’elle implique ici. Le souci (conscient ou pas) de conformité interne
se trouve confronté à différentes pratiques sociales, différentes façons d’être et
différentes apparences. Kella (F ; 8A), élève en CR et née au Maroc, décrit d’ailleurs
des différences vestimentaires. Elles lui donnent l’occasion de se distancier
socialement de l’exogroupe situé car, pour elle, les Québécois « se pensent bons
sauf que les gars mettent des pantalons baissés et les filles des pantalons
serrés / » ! Nana (F ; 10A½), quant à elle, reprend l’idée des différences d’apparence
physionomique. En fait, elle se distingue des Québécois selon des caractéristiques
ethno-sociolinguistiques. Ce sont explicitement ces deux notions identitaires qu’elle
construit en discours :
Extrait 104
106. (E) : pourquoi quelle est la différence entre vous et les Canadiens / les
Québécois ?
107. (I3) : les couleurs puis la langue /
[E.O.G. 27_02 ; (G : 11A, F : 11A½, F : 10A½ ) ; CA1].
Extrait 105
125. (I2) : Canadiens parce que… / et puis le différence entre le canadien et le bulgarien
sont juste la langue /
[E.O.G. 27_02 ; (G : 11A, F : 11A½, F : 10A½ ) ; CA1 ].
1
Sur la logique de conformité interne/externe de Nana, voir aussi Ch. VIII-1.2.2, Ch. IX-1.3.
2
Sur les questions de « visibilité ethnique », voir LAPERRIERE, 1990, 1992, 1996 ; BOURHIS et al.,
2005 ; MEINTEL : 1992 ; BARTH, 1995.
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
les réponses différentes de par leurs pairs, ils maintiennent une certaine autonomie
en faisant part de ce qui leur paraît pertinent. Pour Leyla et Nana, la « couleur » est
significative même si pour d’autres cette marque ne sera pas énoncée comme
distinctive ou constitutive des identités. De ce fait, il est apparu intéressant de voir en
quoi, consciemment ou pas, ces subjectivités pouvaient être négociées.
Extrait 106
154. (I1) : j’ai un question / (I2) je pense pas que t’as [pas] raison (vers (I1)) / parce que
les Québécois et les Français MANGENT du jambon / alors il y a pas de
différences entre jambon ou pas jambon non /
155. (E) : non mais elle parlait des Arabes et les Québécois /
156. (I1) : ouais c’est ça les Arabes et les… et les… /
157. (I2) : est-ce que les Arabes mangent du jambon ? NON !
158. (I1) : ben tu disais « je parle pas québécois parce que eux les Québécois ils
mangent du jambon » mais aussi… /
159. (I2) : c’est vrai ! (dans le sens ce qu’elle dit est vrai) /
160. (I1) : mais c’est pas rien que les Québécois qui mangent du… du jambon c’est
aussi les… les euh… /
[E.O.G. 02_01 ; (G : 7A, F : 8A) ; CR4].
1
Les tensions « perçues » lors des interactions se prêtent mal aux matérialisations tout comme il
m’est difficile de retranscrire l’agacement ou l’énervement que je prête à Nasir et Kella à ce moment
de l’échange. Outre le haussement des voix, les expressions corporelles et faciales demeureront
malheureusement masquées, faute de leur tangibilité.
635
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Les thématiques de la « rupture » et de la « transgression » relient les
déconstructions en perspective à celles de la migrance. Mise à l’épreuve des
changements, les redéfinitions des identités migrantes produit ainsi une littérature du
déracinement avec la prégnance d’une hantise universelle : « Partir c’est mourir un
peu » Edmond HARAUCOURT 1. Le départ migratoire s’investit en effet comme une
mort symbolique et c’est parfois sans pudeur que les enfants partagent les tristesses
ressenties (Extrait 107). Dans l’ordre des prises de parole, Avantika (F ; 9A) et
Milan (G ; 10A) racontent comment ils ont été affectés par le changement de (lieu de)
vie :
Extrait 107
276. (I3) : moi première fois je euh… viens je dis « je veux aller au Pakistan ! » après
c’est c’est bon… /
277. (E) : oui pourquoi la première fois t’as dit « non ! je veux rentrer au Pakistan ! » ?
278. (I3) : parce que j’ai « ooooh ! » (mime pleurs) XXX <laissé> comme ça quelqu’un
n’est pas mon ami… /
279. (E) : ah parce que t’avais pas ta famille et les amis ?
280. (I1) : il a pas… il a pas d’amis / moi aussi j’ai pleuré ben… pour… /
281. (E) : parce que t’étais triste /
282. (I1) : mon ami / le premier nuit de… / un nuit j’ai pleuré / ma mère elle a dit euh…
« pourquoi tu pleures ? » je dis « parce que mes amis j’ai laissé mes amis /
mais je vais pas… peut-être que je… je vais pas revoir mes amis » elle a dit
« NON on va retourner / on va retourner pour un voyage / pour les vacances
après on va retourner ici » /
[E.O.G. 01_01 ; (G : 9A, G : 9A, F : 10A) ; CA2].
Notons que fille et garçon mettent en scène leurs souffrances sans forcément
les voir comme des preuves de faiblesses. Milan aurait pu adopter une attitude plus
défensive en exhibant autre chose devant ses pairs d’autant plus qu’il était en
présence d’un autre garçon, Shaban (G ; 9A) lors de cet atelier. La rivalité entre pairs
et entre garçons est effectivement observable lors des périodes de récréation ou
d’activités de groupe. Ceux qui pleurent sont parfois cibles de moqueries : « Oooh !
le bébé lala 2 ! » N.D.T. : décembre 2004). C’est à la lumière de ces interprétations
qu’on peut souligner l’indifférenciation sexuée quant aux « pleurs migratoires ».
Outre le pouvoir de la temporalité à effacer l’appréhension de l’Autre « étranger »
(MALEWSKA-PEYRE, 1990 : 120 ; Ch. X-2.3) et des différences linguistiques
1
Edmond HARAUCOURT (1891). Rondel de l’adieu.
2
Expression à connotation péjorative pour insister sur le caractère enfantin de quelqu’un. Aussi mise
en équivalence avec « braillard » ou, en anglais « cry baby ». Entrée absente du Grand dictionnaire
terminologique. URL : [[Link] Interrogé le 29/01/08. Sur les discussions
informelles autour de l’expression, voir par exemple le forum de discussion de Word Reference sur
l’URL : [ [Link] Mise en ligne : 29/01/08.
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
(Ch. IX-1.1.1 et 2.1), Avantika évoque son aspect curatif (l. 276, « après c’est c’est
bon »). Le temps aussi atténue l’intensité du chagrin pour Milan (l. 282, « le premier
nuit… ») mais ce qui l’a aussi aidé à dominer ses pleurs et sans doute aussi, ses
peurs, c’est la perspective d’un voyage de retour que lui propose sa mère : « elle a
dit « NON on va retourner […] » (l. 282). Cette idée lui est particulièrement
significative car en amont au récit de ses pleurs, Milan explique les sentiments
négatifs reliés à son arrivée au Canada par cet attachement à son pays (Extrait
108) :
Extrait 108
119. (I1) : non moi j’étais pas content /
120. (E) : (I1) t’étais pas content ?
121. (I1) : non /
122. (E) : tu peux me dire pourquoi ?
123. (I1) : parce que je suis pas dans mon pays /
[E.O.G. 01_02 ; (G : 10A, G : 9A, F : 9A) ; CA2].
Le déracinement prend sens dans son discours et les récits qu’il produit
mettront d’ailleurs en scène son pays, la Bulgarie, à travers des personnages
héroïques et des épisodes historiques à valeur positive (cf. Extrait 29, Ch. VIII-2.2.4).
De manière moins dramatisée ou tragique, se ressent aussi en parallèle avec la
migrance des impressions de « creux » : on est désempli de ce qui nous a constitué
jusque-là. Une fois dans le nouveau pays d’accueil, les nouveaux espaces à occuper
se juxtaposent et se réarticulent. Nos observations nous conduisent à approfondir
ces formes de discontinuités à partir desquelles l’enfant migrant tente de créer une
certaine continuité.
Il nous est difficile d’avancer si les discours usuels tendent à dédramatiser (ou
pas) les effets de la migrance. Plusieurs versions de ce qui est entendu « pour le
sens commun » peuvent d’ailleurs s’observer dont une, à travers ce que l’étude
suivante rapporte et relativise, qui consisterait à exacerber les facilités d’adaptation
de l’enfant :
Une idée similaire et apparemment répandue, Nejma (Ens. ; CA), serait aussi
637
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
qu’il est facile de s’accommoder des nouveautés (systèmes socioculturels,
linguistiques, institutionnels, etc.) une fois arrivée sur la terre promise. L’expression
qu’elle prête à ces représentations communes est : « tout est facile quand on arrive »
(Extrait 42, Ch. IX-1.1.3). A l’inverse, nous avons également pu observer des
discours davantage plaintifs qui retiennent les difficultés des enfants migrants en
mettant l’accent sur les contraintes qu’ils subissent « malgré eux » : « c’est pas facile
ce qu’ils vivent ces enfants-là ! » (N.D.T., 2006). Plusieurs membres du personnel de
l’école mais aussi des observateurs externes ont ainsi fait part de leur
attendrissement à l’égard des enfants, souvent perçus comme les « victimes » des
adultes et des conjonctures difficiles. L’inquiétude s’exprime aussi face aux
changements drastiques qu’ils vivent. On débouche alors parfois sur l’admiration des
réalisations accomplies, dont l’apprentissage du FLC. Il est aussi souvent admis que
leurs facultés d’adaptation sont particulièrement saillantes par rapport aux adultes.
Par l’exemple de l’apprentissage des langues nouvelles, REZZOUG et al. (2007 : 66-
67) mettent cet argument en avant :
« Souvent, ces enfants [enfants de migrants] ont une plus grand facilité que leurs
parents à apprendre une nouvelle langue. Comme leur identité n’est pas encore
fixée, ils sont à la fois plus perméables et plus ouverts à la possibilité de
nouvelles imitations et de nouvelles identifications. »
Nous ne discuterons pas des facilités d’accès aux langues nouvelles pour les
enfants par rapport aux adultes. Les différences de flexibilités s’observent également
en faveur des enfants pour ce qui a trait aux attachements identitaires. On peut
toutefois questionner l’idée d’une fixité identitaire qui ne serait pas « encore » atteinte
chez les enfants. La dimension en cours est admise dans les constructions
identitaires des enfants. Ainsi, me paraît-il plus important de nuancer l’idée que cette
mobilité identitaire serait réservée aux enfants du fait justement de leur âge. Se
pose, selon moi, la question de savoir si ces flexibilités, perméabilités et ouvertures
distinctives sont dues à l’âge des individus. Est-ce uniquement et absolument parce
qu’ils sont « enfants » qu’ils sont plus à même de passer entre telles frontières ? Je
pense que le facteur « âge » favorise sans doute ces souplesses en raison de la
récence des expériences, des enracinements et de leur nombre usuellement
moindre par rapport à ceux de l’adulte. Outre cet aspect, c’est en fait la « mobilité »
en tant que telle et la conscience réflexive de celle-ci qui me paraissent constitutives
des aptitudes à la flexibilité, à la perméabilité et à l’ouverture. Lorsque le profil est à
la fois « jeune » et « mobile », avec un répertoire pluriel, il me semble alors qu’on
cumule les facteurs qui favorisent le décentrement, les distanciations et les
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
Extrait 109
167. (E) : et est-ce que tu trouves parfois difficile de… de devoir t’adapter ou au
contraire ça c’est quelque chose qui vient facilement… t’adapter ?
168. (I1) : n… je pense qu’au début c’est dur parce que tu te poses beaucoup de
questions « est-ce bon qu’il faut que j’agisse comme ça ? est-ce que je
devrais faire ça ? est-ce que je devrais poser des questions parce que je
comprends pas ? » mais au début c’est des questions mais après ça devient
inconscient / pis… on… on POSE des questions / les gens nous expliquent
pis… / c’est comme mes élèves moi je leur explique il faut faire la file
d’attente 1 pour euh… l’aiguisoir euh… pour l’autobus ben c’est la même
chose / je pense que… si eux ils n’avaient pas l’habitude de faire mais à la
longue ils finissent par voir les autres pis… ils prennent des nouvelles
habitudes / j’pense que c’est inconscient / il y a des choses qu’on se force… à
1
Emphases personnelles.
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Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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faire mais il y a des choses qui viennent naturellement parce qu’on voit que le
moule est différent / donc on s’adapte au nouveau moule /
169. (E) : ok / et l’important pour toi du coup c’est de comprendre POURQUOI il faut
faire telle chose ? ou si tout le monde le fait… c’est pas grave si on comprend
pas ?
170. (I1) : non ben c’est sûr qu’il faut que ça soit logique / la file d’attente moi je
trouve que c’est un grand… un grand signe de respect parce que tout le
monde attend pour monter dans l’autobus on se garoche pas / mais euh…
j’sais pas moi manger du pâté chinois tous les jours non ! parce que si j’en ai
envie… tu comprends c’est euh… /
171. (E) : ok /
172. (I1) : il y a des choses culturelles qu’on adopte parce que ça nous plaît et des
trucs… d’autres trucs qu’on adopte parce que ça nous convient et d’autres
trucs on est obligé de faire / je pense ça dépend / ça dépend de… son
symbole /
[E.O.I. 01_04 ; (Ens. CA)].
Elle se charge donc du transfert des nouveaux codes culturels à ses élèves
mais elle y permet aussi une certaine marge d’autonomie. Dans un sens, l’adaptation
« au nouveau moule » (l. 168) ouvre trois formes de résilience 1 possible : l’attrait
interculturel (« ça nous plaît »), le conformisme (« ça nous convient ») et la résilience
face à[aux] « logique[s] » (l. 170) C’est d’ailleurs pour soupeser à ce type de discours
empathiques, à d’autres, plus plaintifs, ou dramatiques, qu’il est apparu important de
tenter de renverser les ordres de lectures des difficultés situées. L’aspect qualitatif de
notre corpus se prête également peu aux définitions des tendances du groupe ; nous
lui préférons l’investissement des subjectivités, des aspérités et des complexités.
Dans l’optique critique du renversement, la migrance met aussi à l’épreuve les
facultés individuelles à relier la continuité des discontinuités entre ce qui faisait
« sens » avant le voyage et ce qui fait « sens » après. De nouveau, le temps joue un
rôle important face aux « nouvelles habitudes » qu’il faut – comme le dit Nejma –
« prendre » (l. 168). Afin de tisser des liens entre les différentes formes de résilience
culturelle et identitaire, l’activité réflexive et critique du récit peut encore offrir, selon
moi, un lieu de travail constructif. Outre le récit de soi, la mise en scène de
personnages fictifs (sans doute largement inspirés du vécu ou de qui veut être vécu)
réalise une continuité des discontinuités et des absences. Les espaces, expériences,
connaissances du passé et de l’ailleurs dont on aurait peur d’être dépossédé,
comme les langues qu’on oublierait (cf. Ch. VIII-1.3.4), sont réinvestis, réactualisés
et retranscrits à travers une rencontre avec autrui. Pour l’enfant « sans biographie » 2,
1
Employé ici dans le sens d’une gestion stratégique en vue de s’adapter aux tensions situées et de
s’en servir pour construire et réaliser ses projets.
2
Expression utilisée par un personnage dans KUNDERA (1997 : 44. D.C.). Voir Ch. IX-3.
640
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
cette historicisation d’une part de soi et d’une part de ses compétences proposerait
une perspective intéressante pour travailler leurs besoins identitaires (cf. Ch. X-1.3).
On observe effectivement ce besoin, chez les enfants, au cours des entretiens et des
interactions à raconter ce qu’ils étaient, ce qu’ils faisaient, ce qu’ils avaient avant.
Tijani (G ; 9A) évoque en effet la maison qu’ils n’ont plus (cf. Extrait 36, Ch. IX-1.1.1).
Son frère, Ilian (G ; 11A½), raconte aussi ce qui définissait leurs parents :
Extrait 110
32. (I) : « ma mère elle parle français arabe / parce que elle était euh… comme euh…
comme docteur de français à l’école / »
[E.O.I. 28_01 ; (G : 11A½) ; CA1].
Dans les enquêtes de HELLY, VATZ LAAROUSSI & RACHEDI (2001 : 26),
une femme d’origine marocaine produit un discours d’« amertume » (ibid.) qui
comporte des récits autobiographiques visant aussi à relier ses identités du passé et
de l’ailleurs à celles situées. Des fonctions sociales et socioprofessionnelles lui font
défaut (« bien-être social » 1) et devant la narration de ce qui l’accable
(« désespoir »), elle réactualise ce qui pourrait redorer son identité sociale située
(« j’étais comme une princesse, j’étais fière de moi ») :
« Quand je suis allée au bien-être social, ça a été le désespoir pour moi quand
j’allais chercher le chèque. Mon Dieu, au Maroc j’étais comme une princesse,
j’étais fière de moi. Et ici, je suis avec les clochards et les pauvres. C’était
pénible pour moi. Je pleurais. Je me demandais pourquoi j’avais quitté mon
pays, là où j’étais très très bien et je suis venue ici parmi la minorité, les
défavorisés. Ça a été un choc pour moi. » 2
Le récit de ce qui n’est plus apparaît comme un moyen discursif pour recréer
la réalité d’une existence sociale plus valorisante. Ce serait comme signifier : certes,
« je suis avec les clochards et les pauvres » mais je suis capable d’autre chose ! La
preuve, voilà ce que j’étais avant. Notamment perçu comme la seule voie pour se
faire accepter et sortir d’un isolement social (ibid. : 28), le travail et sa faculté à
travailler prennent à travers son récit une réalité aux yeux de l’Autre. De même, pour
les enfants du voyage, les besoins de reconnaissance se situent sur le plan
symbolique des compétences et des performances plurielles. Malgré leur jeune âge,
on peut aussi retrouver cette idée où leur statut socioprofessionnel (scolaire) est
désempli d’importance ou perd de son sens à travers le changement de territoire.
Dans l’examen des constructions identitaires de dix-huit jeunes (13-18 ans) inscrits
1
Régime d’assistance sociale au Québec. Voir aussi l’image péjorative qui peut y être reliée au
Ch. IV-2.2.5.
2
Répondante dans HELLY, VATZ LAAROUSSI & RACHEDI, 2006 : 26.
641
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dans des CA en école secondaire à Montréal, ALLEN (2006) rencontre en effet de la
rancœur face aux pertes de raisons sociales. Celles-ci sont parfois liées à des
sentiments d’auto-rejet en raison de sous performances attestées par la scolarité en
FLC. Au terme d’une première année de scolarisation, cinq élèves n’ont, par
exemple, pu intégrer une CR « en raison de déficiences en français » (ibid.). L’une
d’entre eux tend alors à réinterpréter sa réaffectation en tant qu’incompétence
avérée alors qu’elle était venue au Québec dans l’espoir de devenir traductrice
trilingue et se remémore ses réussites passées :
D’autres projets axés sur les regards portés par les enseignants tendent aussi
1
Répondante dans ALLEN, 2006.
642
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Chapitre X – Rencontres ailleurs, rencontres créatives
“The preliminary findings from teacher interviews is definitely that more work
needs to be done in educating and informing teachers about Quebec's
intercultural policy and the Quebec Charter of Human Rights. Many teachers had
no idea what the policy or the Charter were about -- it was the first time they were
hearing about it. Others knew about it but said that they were no resources put
into implementation and so often the impact resulted in marginalizing "allophone"
children (including Arabic/Bengali) who are in welcome classes if they don't know
any French. Even after they are integrated into regular classrooms they continue
to be perceived as the students who are different -- from the welcome classes so
they never quite integrate.” (Shaheen SHARIFF 1).
1
Shaheen SHARIFF, correspondance par courriel du 21/09/05. Chercheure principale du projet de
recherche “Investigating Inclusion : From Educational Policies to Practice”. Programme soutenu par le
SSHRC (Social Sciences and Humanities Research Council). Collaborateurs de recherche : Mela
Sarkar & Michelle Hartman.
643
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
DISCUSSIONS 3
Autour du récit
1
En référence au concept de la « reliance » définie par MORIN (2004).
2
Mémoire de maîtrise sur les jeunes scolarisés en école secondaire au Québec et leurs rapports aux
langues.
646
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Discussions 3
renvoie des pluralités perçues. Les échanges avec Mai Linh (F ; 11A) permettent
d’illustrer cette idée. Elève en CR et née au Canada, elle combine plusieurs espaces
et langues dans son répertoire socioculturel. Lors de l’atelier, elle se présente à
travers les langues vietnamienne, chinoise, française et anglaise. A la question
d’autodéfinition quant à sa canadienneté (Extrait 111, l. 282) elle hésite à plusieurs
reprises et s’en explique :
Extrait 111
282. (E) : et toi ? est-ce que tu peux dire « je suis canadien » ?
283. (I3) : ben… moi oui parce que… euh… j’étais je suis né ici /
284. (E) : ok mais est-ce que tu… c’est quelque chose que tu dis souvent ou… ?
285. (I3) : non /
286. (E) : non ? tu dis plutôt je suis… /
287. (I3) : ben je dis… ben c’est rare que je l’dis /
288. (E) : ok et sinon tu dis quoi si on te demande « tu es quoi ? »
289. (I3) : on me l’a presque pas demandé c’est pour ça que j’ai pas… /
290. (E) : ah / et moi je te demande « tu es quoi ? »
291. (I3) : ben j’aurais dit j’étais cana… dien /
[E.O.G. 02_03 ; (F : 11A, F : 10A, G : 11A) ; CR2].
On admettra qu’il est difficile de se définir en soi. Dans cette troisième partie,
nous nous sommes questionnés sur cette épreuve (ou non) avec les « enfants du
voyage » aux répertoires pluriels. L’épreuve est pareillement difficile pour le pluriel
que sont nos « je » et « nous ». S’il est donc exigeant de s’identifier en soi, on
comprend que la rareté de l’exercice dans ses formes complexes puisse défavoriser
l’accès critique aux stratégies d’identifications et d’identités. Le cheminement et le
processuel requis peuvent être travaillés à travers la mise en récit de soi. Sans non
plus prétendre que cela effacerait les besoins parfois paralysants de ressembler à
l’Autre et de refouler ce qui différencie, on peut toutefois croire que cette première
étape vers la légitimation des subjectivités et pluralités identitaires tendrait à faciliter
la connaissance, l’acceptation et la distanciation par rapport à soi, à autrui et d’autrui
par rapport à soi. Le récit devient acte et preuve de mémoire et de mémorisation.
647
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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linguistique. Ainsi se pose, selon moi, la problématique des perceptions et des
relations aux formes linguistiques et non celle des formes (changeantes) en elles-
mêmes. L’une des questions fondamentales pour l’école, face à la gestion
linguistique des récits autobiographiques en ce qu’ils peuvent comporter des
productions académiquement « illégitimes », serait en effet de savoir gérer les
rapports aux variables et aux pluralités :
En tant qu’acte offrant des continuités entre pratiques extra et intra scolaires ;
en tant qu’espace discursif déployant des continuités entre ce qui est et ce qui est
mémorisé, imaginé, repensé ; en tant que création imaginée soumettant des
continuités entre les individualités et autrui, le récit intersubjectif permettrait aussi
648
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Discussions 3
1
Cf. Ch. IV-2.5.4.
649
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
principe d’égalité universelle une porte d’entrée à la politique de dignité. »
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Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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Discussions 3
Routine du matin
3. Je me fais corriger.
4. Je prends ma collation.
5. Je lis un livre.
Bon matin !
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Démarche de résolution de conflits à l’école
1
Voir aussi Extrait 10, Ch. VIII-1.2.3 ; Extrait 46, Ch. IX-1.2.1 ; Extrait 65, Ch. IX-1.3.1.
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Discussions 3
1
Projet préparé par les enseignants (CA et CR) avec la conseillère pédagogique : « Ce projet a pour
mission de favoriser et de faciliter l’apprentissage de la langue française et des mathématiques chez
les élèves non francophones, tant ceux des classes d’accueil que ceux nouvellement intégrés en
classe régulière. » (Extrait du projet, N.D.T. : février 2007).
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c’est-à-dire la faculté de mobiliser ses connaissances plurielles et de les mettre en
corrélation avec l’Autre, avec ce qui est connu (ou pas) de l’Autre dans un but
stratégique de l’adaptation situationnelle. La notion « intelligence » renvoie ici aux
approches relevant à la fois du paradigme de la complexité (A) et de la psychologie
(B) :
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Dans les limites de notre champ d’application concernant les enfants, les trois
dimensions présentent néanmoins des indications symboliques de la vie à l’école.
Nous avons ainsi pu constater les imaginaires ludiques, académiques ou
« égocentriques » 1. Parfois, la gestion du regard à l’Autre était aussi explicitement
assumée : on pose devant l’observateur ou on le fuit comme l’Autoportrait 1 (Ch. III-
3.2.3). La troisième dimension concernerait davantage l’interculturalité matérialisée
dans le dessin, que ce soit à travers les relations sociales ou l’appropriation des
produits culturels « autres ». L’intelligence de l’Autre à travers le récit de soi (oral,
écrit, dessiné) renvoie ainsi aux « savoirs d'altérité » que DIERKINS (2002) définit
comme « le savoir sur soi et sa relation aux autres ». Nous y intégrons les savoirs
que l’on prête aux autres et dont l’existence influe en retour sur nous.
1
Le terme n’est pas à prendre au sens négatif mais plutôt comme la description des autoportraits où
l’enfant se représente à travers un seul personnage, souvent situé au milieu du dessin.
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distanciation pour puiser dans ses ressources intellectuelles et les relier à ce qui est
externe à soi pour être en mesure de comprendre, de (re)construire du sens
(« intelligence ») et pour se projeter, se relier, se différencier, se repositionner par
rapport à l’Autre. Le conflictuel et la compétitivité ne sont pas non plus réduits à des
tares interactionnelles ni même exceptionnelles :
« La réflexivité est aussi une aptitude qui favorise l’articulation du divers en lui
donnant un sens, ce qui est important pour tout professionnel, qui se voit
fréquemment chargé d’articuler des activités, des compétences diverses, vers
des objectifs qui, seuls justifient que l’on puisse vouloir faire fonctionner
ensemble des domaines obéissant par ailleurs à des logiques si divergentes.
Il s’agit également d’une posture qui permet donc de s’exposer à l’altérité sans la
réduire à ses propres problématiques, sans non plus en faire un obstacle
insurmontable, puisque la réflexivité a pour carburant le divers, l’imprévu (un
univers prédictible n’a que faire de la réflexivité : la prédictibilité constitue
l’univers de la norme, du conformisme, des protocoles immuables, de l’expert en
posture de surplomb et du chercheur positif). »
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Discussions 3
« Les grandes réalités physiques du territoire, eau, terre, climat, ont stimulé
l’imagination et parfois créé l’illusion dans la mémoire québécoise. Elles ont
soutenu et enrichi un imaginaire fabuleux hérité des temps des plus anciens. Les
relations à cet espace physique à conquérir ont par la suite engendré des
personnages types qui ont projeté une image identitaire fort, en même temps
qu’une vue très simplifiée de la réalité. Ce territoire imaginaire a beaucoup
participé à la définition de l’identité québécoise et les Québécois s’y
reconnaissent encore facilement. Mais les représentations ainsi créées
paraissent de plus en plus éloignées des expériences actuelles de vie. L’écart
entre l’imaginaire et le réel s’agrandit, vidant de leur sens et de leur force ces
éléments autrefois définisseurs de l’identité. » (MATHIEU & LACOURSIERE,
1991 : 41).
1
Sur la problématisation du terme, voir Ch. VIII-2.3.3 et 2.3.4.
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récurrente dans les discours et interactions observés. Le récit critique coproduit en
intelligence avec l’Autre offre ainsi une entrée discursive pouvant, en reprenant les
trois principes nécessaires de la « reliance » complexe (MORIN, 2004 ; Ch. I-2.2 ;
Discussions 2) :
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Perspectives
PERSPECTIVES
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Le contexte québécois est problématisé en élargissant les réflexions autour
d’interrogations d’ordre terminologique, politique, éthique, éducatif… (Partie II). On
retient que le contexte n’est pas saisissable dans sa globalité, ne peut être mobilisé
et que les dynamiques sont diversifiées, voire antithétiques. Les discours d’opinion
sont parfois en rupture et en rejet avec les discours politiques publics. Au sein des
groupes situés, les divergences subsistent aussi en rendant réversibles et
discutables les statuts de majorité-minorité, d’ethnicité, de francité. Entre ces
complexités, l’équilibre y est délicat entre la promotion (ou protection) du FLC et celle
du pluralisme social. L’école est au carrefour de ces tensions tout en fonctionnant
selon ses propres temporalités et légitimités. Ma posture intérieure-extérieure me
rend-elle légitime dans la problématisation d’un contexte dans lequel je ne suis pas
quotidiennement insérée et qui, en ce sens, ne me concerne qu’indirectement ?
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« Un travail interdisciplinaire sérieux implique de prendre le risque intellectuel de
dire à des sociologues professionnels que ce qu’ils considèrent comme de la
sociologie est tout autre chose. »
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Perspectives
(1998 : 11) – des « lignes de fracture » qui, pour nous, renvoient aux espaces
ethnoculturels (les Québécois ne sont pas musulmans), sociolinguistiques (je suis
vietnamienne donc je dois parler vietnamien) et linguistiques (il faut bien parler
français). A certains moments, cette même aisance se replie et s’efface pour laisser
place à d’autres valeurs qui paraissent plus judicieuses ou victorieuses. Entre elles
aussi les transgressions se disputent leurs légitimités et les discours autour des
« infractions linguistiques » peuvent se remarquer tant chez les enfants en milieu
scolaire qu’auprès de l’opinion publique dans ses expressions subjectives.
L’intelligence de l’Autre me permet de croire dans les potentialités de la réflexivité qui
est mienne et celle d’autrui. Ce que nous contribuons à maintenir autour des
croyances en l’idéal homogène, peut être (re)travaillé aux modèles de l’altérité à
condition, il me semble, d’accepter notre part d’idéologie. Je peux dénoncer les
visions de la perfection mais celle-ci ne prend-elle pas une autre forme dans ce que
je préconise ?
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français, la francophonisation, etc. ne peuvent se penser sans reconnaître les
« autres » langues qui sont distanciées de l’espace public, officiel, dominant et
représentatif de la norme sociale. Les « Accommodements raisonnables » sont la
preuve que les identités « autres » peuvent être prises en compte. Migrants ou
descendants de migrants, les habitants du Québec ressentent aussi des besoins
ethno-sociolinguistiques. Pour ne citer qu’eux, je pense aux Malgaches qui
s’organisent pour s’enseigner « la langue du pays » entre eux ou à l’école du
dimanche. Locuteurs d’une langue non comparable aux langues mondialisées et en
ce sens non industrialisée, les craintes de discontinuité sont toutefois comparables à
celles des Québécois à l’égard du français sur le continent. Chacun œuvre à
retrouver ces formes d’homogénéité et à en assurer la transmission. Sur le plan
collectif, quelles peuvent être les légitimités éthiques qui se refusent les arguments
du nombre, de l’histoire, de la primauté territoriale avec l’idée qu’ils sont tous
réversibles ? Je pense qu’il ne faut pas dramatiser le poids des langues en société
mais il convient tout de même de garder à l’esprit leurs pouvoirs destructeurs :
« Ce sont les blessures qui déterminent, à chaque étape de la vie, l’attitude des
hommes à l’égard de leurs appartenances, et la hiérarchie entre celles-ci.
Lorsqu’on a été brimé à cause de sa religion, peau, ou de son accent, ou de ses
habits rapiécés, on ne l’oubliera pas. […] Il suffit de passer en revue les
événements de ces dernières années pour constater que tout communauté
humaine, pour peu qu’elle se sent humiliée ou menacée dans son existence,
aura tendance à produire des tueurs, qui commettront les pires atrocités en étant
convaincus d’être dans leur droit, de mériter le Ciel et l’admiration de leurs
proches. » (MAALOUF, 1998 : 35-37).
Outre les « bavures linguistiques » entre les langues (cf. Ch. VI-2.1), les
« crimes » se font aussi sous forme de mots qui peuvent « interdire, contraindre,
empêcher et tuer » (LETOURNEAU, 2006-b : 209). Ils produisent la légitimité des
uns au prix des autres. Sur le plan ethno-sociolinguistique, les enfants aussi sont
producteurs, reproducteurs et coproducteurs de mots et d’imaginations exclusivistes.
Les notions « vrai français », « grande histoire », « vrai Canadien » font sens pour
eux. Une des voies proposées pour faire valoir ces sentiments en tant que
subjectivités tout en nuançant leurs portées universelles et scientifiques consiste,
dans le cadre des milieux scolaires, à travailler le récit. Sorte de pédagogie réflexive
sur les identités et l’altérité, cela pourrait se relier aux travaux en plurilittéracies.
Faute d’expériences approfondies dans ce domaine, la concrétisation des études
comparatives et innovatrices constitue une des faiblesses de l’outil pédagogique
proposé. Entre autres, dans la continuité de ce projet, il serait intéressant de mener
une recherche critique au niveau des potentialités du récit en situation de classe
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« […] c’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites
appartenances, et c’est notre regard aussi qui peut les libérer. »
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Le regard éthique se doit pourtant d’accepter que cette cumulation ne soit ni un fait,
ni une logique mais le fruit d’une construction subjective. En m’immisçant à leur
place à travers leurs regards, l’Autre a pu être le Québécois, le diseur de « mauvais
mots », l’élève en CR, le nouvel élève… Les référents oscillent entre l’identitaire, le
linguistique, le normatif, le territorial, etc. Ce dernier peut être perçu de manière tout
aussi unidimensionnelle et simplificatrice que les perceptions attribuées au groupe
que j’ai posé en tant que « minorité » située car migrant et relié aux propriétés de la
migrance. Au sein de ce groupe « migrant », les altérités sont aussi mouvantes et
divergentes. J’espère avoir permis au lecteur de voir les « enfants du voyage »
autrement, y inclus différemment qu’à travers leur migrance, leurs déplacements
symboliques et leurs discours tels que je les ai réinvestis. Si d’éventuels sentiments
de simplifications quelconques se ressentent à travers les analyses de ce travail,
j’assume l’insuffisance des renversements, nuances et contextualisations et me
permets d’en rappeler les intentions du contraire. Je souhaite effectivement
contribuer à la construction de visions « autres » comme ROBILLARD (de) (2007-b :
93) nous y invite dans la synthèse au numéro consacré aux langues d’origine de la
revue Le français aujourd’hui :
« Nous croyons avoir décidé que ce sont les migrants qui doivent changer. Et si
c’était aussi nous, […] qui jou[ons] à changer un peu notre vision des choses ? »
L’équilibriste
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Perspectives
un uniforme temporaire. Cela m’est donc difficile d’accepter, par rapport au présent
travail, que « c’est fini ». La complétion de cette étude, et j’en suis progressivement
devenue consciente, n’aura de valeur ou de sens social qu’en qualité d’étape
transitoire traçant de nouvelles trajectoires menant à d’autres rencontres, d’autres
interrogations, d’autres projets, d’autres intelligences et d’autres prises de
conscience. En esquissant quelques perspectives de continuité, les limites de ce
travail se sont rappelées, d’où l’apport réflexif de la recherche en tant que voie
critique et relativisante pour (re)connaître sans se refuser de ne pas tout connaître,
tout maîtriser, tout posséder. Les rêves, dit-on aux aspirants Docteurs, sont aussi
faits pour être renoncés :
1
URL : [[Link] Mise en ligne :
11/01/08.
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TABLE DES MATIERES
NOTE LIMINAIRE.............................................................................................................................................. 5
REMERCIEMENTS ............................................................................................................................................ 7
SOMMAIRE........................................................................................................................................................ 15
ENTREES............................................................................................................................................................ 17
PARTIE 1..................................................................................................................................................... 27
CHAPITRE I....................................................................................................................................................... 33
2.1. INEGALITES......................................................................................................................................... 48
2.1.1. Chercheur ↔ informateur............................................................................................................. 49
2.1.2. Adulte ↔ enfant ............................................................................................................................ 50
2.1.3. Dominant ↔ dominé ..................................................................................................................... 51
2.1.4. Rapports de pouvoir ...................................................................................................................... 53
2.1.5. Expert ↔ Expert .......................................................................................................................... 55
2.2. ENGAGEMENTS ................................................................................................................................... 57
2.2.1. Anonymisation et reconnaissance ................................................................................................. 58
2.2.2. Retours et disponibilité.................................................................................................................. 59
2.2.3. Transparence et humilité............................................................................................................... 60
2.3. LIMITES .............................................................................................................................................. 62
2.3.1. Rentabilité versus responsabilité................................................................................................... 62
2.3.2. Pertes remplaçables versus pertes compensables ......................................................................... 63
2.3.3. Conventions versus adaptations.................................................................................................... 63
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3.1. ECRITURE : UNE PART DE SOI .............................................................................................................. 64
3.1.1. Priorités de rédaction.................................................................................................................... 65
3.1.2. « Interculturalité » rédactionnelle ................................................................................................ 66
3.1.3. Rédaction et espaces référentiels .................................................................................................. 67
3.2. PARCOURS : HISTORICITE DU SOI ........................................................................................................ 68
3.2.1. (Inter)Subjectivité.......................................................................................................................... 68
3.2.2. Pluralité ........................................................................................................................................ 71
3.2.3. Altérité........................................................................................................................................... 72
3.2.4. Réflexivité...................................................................................................................................... 73
3.3. POSTURE(S) : PROXIMITE(S) DU SOI..................................................................................................... 75
3.3.1. Familiarité distanciée ................................................................................................................... 75
3.3.2. Empathie réciproque ..................................................................................................................... 77
3.3.3. Conséquences................................................................................................................................ 80
3.3.4. Intermédiarité construite............................................................................................................... 82
CHAPITRE II ..................................................................................................................................................... 84
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2.3. AU-DELA DES REPRESENTATIONS ..................................................................................................... 116
2.3.1. Relativité et prises de risques...................................................................................................... 116
2.3.2. Intermédiarité et capital escompté .............................................................................................. 117
2.3.3. Altérité et sélection d’un « Autre ».............................................................................................. 118
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3. OBSERVATIONS : QUESTIONS ET SELECTIONS ........................................................................ 157
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2.1.2. Quand le code de vie est à défaire .............................................................................................. 226
2.1.3. Quand la science est à refaire..................................................................................................... 230
2.1.4. Quand l’homme est d’affaire....................................................................................................... 233
2.2. COMMENT S’APPELER LES UNS LES AUTRES? .................................................................................... 239
2.2.1. « Levier de développement » ....................................................................................................... 239
2.2.2. Minorité et infériorité.................................................................................................................. 242
2.2.3. Ethnicité légalisée ....................................................................................................................... 247
2.2.4. Ethnicité de l’Autre ..................................................................................................................... 250
2.2.5. Ethnicités du soi .......................................................................................................................... 258
2.3. APPELEZ-MOI « MINORITÉ » ............................................................................................................. 263
2.3.1. Affaire de média ? ....................................................................................................................... 263
2.3.2. Bras de fer ................................................................................................................................... 265
2.3.3. Que faire de la main-d’œuvre ? .................................................................................................. 268
2.4. QU’APPELLE-T-ON « MAJORITE » ? ................................................................................................... 272
2.4.1. Norme linguistique ? ................................................................................................................... 272
2.4.2. Majorité civique ? ....................................................................................................................... 273
2.4.3. Entité authentique ? .................................................................................................................... 280
2.5. « BONJOUR, JE M’APPELLE… » : L’ÉCOLE DES MIGRANTS ................................................................ 283
2.5.1. Translation linguistique .............................................................................................................. 283
2.5.2. Tensions linguistiques ................................................................................................................. 287
2.5.3. Reconnaissance linguistique ....................................................................................................... 291
2.5.4. Ressources sociolinguistiques ..................................................................................................... 294
2.5.5. Humanisations écolinguistiques.................................................................................................. 298
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4.2. COMMENT PARLE-T-ON DES « AUTRES » LANGUES ? ........................................................................ 336
4.2.1. Définitions statistiques : qu’est-ce qu’une langue ? ................................................................... 336
4.2.2. Mesures statistiques et langues non officielles............................................................................ 339
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1.3. EDUCATION A LA CITOYENNETE ....................................................................................................... 403
1.4. FLC .................................................................................................................................................. 407
1.4.1. Approches visées de la notion « FLC » ....................................................................................... 408
1.4.2. Identités communes ? .................................................................................................................. 410
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2. (AUTO)IDENTIFICATIONS SITUEES............................................................................................... 488
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1.3.3. Diversités ludiques et comparatives............................................................................................ 575
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TABLE DES TABLEAUX ET FIGURES
Tableaux
TABLEAU 1 – CONFERENCESET SEMINAIRES .......................................................................................................... 45
TABLEAU 2 - ECRITURE ......................................................................................................................................... 46
TABLEAU 3 – ECHANGES, DEBATS ......................................................................................................................... 46
TABLEAU 4 - SUBVENTIONS ................................................................................................................................... 46
TABLEAU 5 - COLLABORATIONS ............................................................................................................................ 46
TABLEAU 6 – RECAPITULATIF DES ATOUTS EVALUES DANS LE CHOIX DE LA VILLE DE MONTREAL ........................ 91
TABLEAU 7 – EDIFICE NOTIONNEL SUR LES IMAGINAIRES SOCIOLINGUISTIQUES (BOYER, 1994 : 16). ............... 103
TABLEAU 8 – PRINCIPALES ACTIVITES D’ENQUETE EN CR................................................................................... 165
TABLEAU 9 - PRINCIPALES ACTIVITES D’ENQUETE EN CA ................................................................................... 165
TABLEAU 10 – ANNEE, GROUPE D’AGE ET NOMBRE DE PARTICIPANTS EN CR...................................................... 174
TABLEAU 11 - ANNEE, GROUPE D’AGE ET NOMBRE DE PARTICIPANTS EN CA ...................................................... 174
TABLEAU 12 – EXPRESSIONS IDENTITAIRES DU « QUEBECOIS » SELON LES PRINCIPALES REFERENCES : DEGRE
D’ETHNICITE / DEGRE DE FRANCITE ............................................................................................. 260
Figures
FIGURE 1 – PROCESSUS DE DEFINITION DU GROUPE « NOYAU » ET LE NOMBRE D’ELEVES RELIE ......................... 176
FIGURE 2 – TRANSLATION LINGUISTIQUE : PRATIQUES « AUTRES » VERS CELLES DU FLC, LANGUE UNIQUE ? .... 286
FIGURE 3 – CYCLE ET ANNEES DANS LE SYSTEME PRIMAIRE ................................................................................ 399
FIGURE 4 – PERCEPTION DE LA DEPOSSESSION DES LANGUES-BLOCS PAR VOIE DE SUBSTITUTION ....................... 485
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Université Rennes 2 – Haute Bretagne
Ecole doctorale Humanités et Sciences de l’Homme
Equipe de recherche ERELLIF/PREFics (EA 3207/UMR CNRS 8143)
Doctorat
Sciences du langage, Sociolinguistique
Elatiana RAZAFIMANDIMBIMANANA
Avril 2008
Volume 2
Composition du jury :
Philippe Blanchet, Professeur – Université Rennes 2 Haute Bretagne (Rennes)
Patricia Lamarre, Professeure – Université de Montréal (Montréal)
Danièle Moore, Professeure – Université Simon Fraser (Vancouver)
Didier de Robillard, Professeur – Université François Rabelais (Tours)
Entretiens_CR
Extraits de questionnaires
Lorsque le texte renvoie à un élément figurant sur le support CD, cela sera précisé
et l’élément en question sera identifié d’après le nom du fichier.
5
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SOMMAIRE
6
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PRESENTATION DE LA BIBLIOGRAPHIE GENERALE
La bibliographie générale 1 est construite comme un répertoire incluant les ouvrages
cités dans le manuscrit et/ou consultés. Cette étude étant aussi le produit d’un
cheminement consultatif, l’application de la notion de « bibliographie » se veut élargie.
L’objectif pragmatique est d’optimiser le repérage intertextuel pour tout éventuel utilisateur.
Toutefois, la liste des documents consultés (non cités dans le texte) n’est pas exhaustive.
Du point de vue de la réflexion scientifique, la construction d’une bibliographie élargie en
fait un outil d’analyse et « un outil, pour aller plus loin » (MOORE, 2006 : 15).
1
Voir aussi la discussion sur la bibliographie (Ch. III-1.4).
2
A contrario, « les rapports de conférences ou de congrès, les rapports gouvernementaux, les revues de
littérature, les manuscrits de thèses, les bulletins institutionnels ou certaines publications de vulgarisation ne
sont pas considérés comme des publications primaires valides ».
7
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
travers ces divers sites de diffusion. La nature d’un même texte peut donc être hétérogène
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responsabilité du contenu n’incombe qu’à l’auteur principal), la pertinence de cette section
repose essentiellement sur le fait que les écrits qui y sont associés, invariablement
recevables en tant que discours officiel, politique, associatif, institutionnel ou personnel,
partagent tous la visée d’un destinataire « public ».
Section 4 : « Sitographie » 1
Il s’agit d’une liste non exhaustive de quelques sites Internet (de particuliers ou
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consultation précise (généralement la dernière mais pas exclusivement), signalant que
l’URL était valide (au moins) à cette date-là.
1
Emploi du terme à la lumière de l’Institut National de la Recherche de Recherche Pédagogique, (cf.
Politiques Compensatoires. Education prioritaire en France et dans le monde anglo-saxon. 2004 : 32).
Intitulé comparable à celui de « Webographie » comme dans : FEUSSI, 2006 : 703 ; MENESR, 2006 : URL :
[[Link] Mise en ligne : 19/04/07 ; Ecole Polytechnique de Montréal, 2002 : URL :
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Section 3. Corpus non sollicité (C.N.S.)
Liste alphabétique
ANONYME.
(2005) « Le déclin de l’école française se poursuit. » 20/06/05. URL : [[Link] Mise
en ligne : 27/09/05.
(2005) « Private radio stations get failing French grade. » 23/11/05. URL :
[[Link] Mise en ligne : 08/02/06.
BLOGUE OPINIONS.
(2007) « Photocaricature : Le Doc Mailloux... Pffft ! De la p'tite bière à côté du Doc Mazhari ! »
URL : [[Link] Mise
en ligne : 16/04/07.
CITOYENS TEMOINS.
(2007) Forum : « Avant la campagne, accommodements raisonnables et intégration des
immigrants ont fait couler beaucoup d’encore. Ces questions sont-elles suffisamment
abordées en cours de campagne ? » 14 mars 2007. 23 messages. URL :
[[Link]
[Link]?idQuestion=84328]. Mise en ligne : 21/03/06.
DANY LAFERRIERE.
(2006) « Aujourd’hui, petit choc culturel d’un immigrant… » Emission La vie en édito… avec
Dany Laferrière. Diffusée le vendredi 21 juillet 2006. URL : [[Link]
[Link]/radio/emissions/[Link]?docnumero=23731&numero=27]. Mise en
ligne : 11/10/06.
Section 4. Sitographie
Liste alphabétique
AGENCE BIBLIOGRAPHQIUE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR.
URL : [[Link] Mise en ligne : 25/01/08.
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
canadienne (CUC). Il observe et analyse en permanence l'opinion publique sur l'état de
santé de la fédération canadienne pour en instruire ses bénévoles. » (Rubrique A propos du
CRIC). URL : [[Link] Mise en ligne : 08/03/07.
CHILD HEALTH & EDUCATION.
« Santé et Éducation de l’Enfance : Revue interdisciplinaire vise à fournir un forum
international pour discuter des recherches sur des points reliés à la santé, aux soins et à
l’éducation, qui contribuent à améliorer la vie des jeunes enfants et de leurs familles. » (Page
d’accueil). URL : [[Link] Mise en ligne : 20/01/08.
CITOYENNETE ET IMMIGRATION CANADA (CIC).
« Source officielle de renseignements sur l’immigration et la citoyenneté du Canada. Les
programmes de citoyenneté et d’immigration du Canada aident à établir une collectivité de
citoyens respectés partout dans le monde. » (Rubrique Bienvenue). URL :
[[Link] Mise en ligne : 08/03/07.
DIRECTEUR GENERAL DES ELECTIONS DU QUEBEC (DGEQ).
« Au Québec, le « Directeur général des élections » désigne à la fois une personne et une
institution. […]. La mission du Directeur général des élections consiste à assumer
l’administration du système électoral en vue du renouvellement des membres de
l’Assemblée nationale et, dans une certaine mesure, celui des membres des conseils
municipaux et des commissions scolaires, en garantissant le libre exercice du droit de vote
des électrices et des électeurs du Québec. » (Rubrique Rôle, mission et organisation du
DGEQ). URL : [[Link] Mise en ligne : 03/04/07.
ERELLIF-PREFics.
« L’ERELLIF a pour but de rassembler et de développer un pôle régional et international de
recherche sur l’expression culturelle et les situations linguistiques du monde francophone,
c’est-à-dire sur la question très actuelle de la dialogique unité/diversité dans le monde
francophone, de France, d’Europe et d’ailleurs. » (Page d’accueil). URL :
[[Link] Mise en ligne : 20/01/08.
IMMIGRATION ET METROPOLES.
« Immigration et métropoles est l'un des cinq centres d'excellence canadiens créés dans le
cadre du projet Metropolis et représente un réseau de plus de soixante-dix chercheurs
qui proviennent de plusieurs institutions universitaires partout au Québec. Immigration et
métropoles participe également au projet Metropolis international, un réseau de chercheurs
et de décideurs provenant d'une quinzaine de pays et engagés dans un programme de
recherche comparatif en immigration et en intégration. » (Rubrique Bienvenue sur le site
d’Immigration et Métropoles !). URL : [[Link] Mise en ligne :
10/04/07.
INSTITUT CANADIEN DE RECHERCHE SUR LES MINORITES LINGUISTIQUES (ICRML).
« L'Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML) est né en 2002
grâce à un fonds de fiducie créé par le gouvernement du Canada. Organisme indépendant et
à but non lucratif, l'ICRML loge sur le campus de l'Université de Moncton et a comme
mission de promouvoir la recherche et la compilation de données sur des questions
essentielles pour les communautés minoritaires de langue officielle du Canada, soit les
communautés anglophones du Québec et francophones en dehors du Québec. » (Page
d’accueil). URL : [[Link] Mise en ligne : 20/01/08.
INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUEBEC (ISQ).
« L'Institut a pour mission de fournir des informations statistiques qui soient fiables et
objectives sur la situation du Québec quant à tous les aspects de la société québécoise pour
lesquels de telles informations sont pertinentes. L'Institut constitue le lieu privilégié de
production et de diffusion de l'information statistique pour les ministères et organismes du
gouvernement, sauf à l'égard d'une telle information que ceux-ci produisent à des fins
administratives. Il est le responsable de la réalisation de toutes les enquêtes statistiques
d'intérêt général. L'Institut établit et tient à jour le bilan démographique du Québec. À cette
78
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
fin, il recueille et compile les données notamment sur les naissances, les mariages, les
décès, l'immigration et l'émigration. Il procède en outre, annuellement, à une estimation de la
population des municipalités. » (Rubrique Historique et mission). URL :
[[Link]]. Mise en ligne : 03/04/07.
JASONS REFORME.
« […] vous pouvez compléter ici vos recherches d'information, mais vous pouvez surtout
discuter du « renouveau pédagogique », simplement. Il y est aussi possible de soulever des
interrogations et de formuler des commentaires. » (Rubrique Bienvenue !). URL :
[[Link] Mise en ligne : 03/04/07.
[Link].
« La revue entend offrir, grâce à l’internet, un vaste public aux innovateurs de la pensée et
du style, s’ils s’engagent personnellement dans ce qu’ils écrivent. Elle le fait sans exclusive,
privilégiant l’essai plutôt que l’article universitaire, et, en fiction et poésie, ceux qui
«attaquent» la langue plutôt que ceux qui la «défendent», comme le disait Marcel Proust. »
(Rubrique Qu’est-ce que [Link]). URL:
[[Link] Mise en ligne : 03/04/07.
MULTILINGUAL MATTERS.
“Multilingual Matters is an international independent publishing house, with books in
bilingualism, second/foreign language learning, sociolinguistics, translation, interpreting and
books for parents. We also publish 12 peer-reviewed academic journals, and a newsletter for
parents.” (Page d’accueil). URL: [[Link] Mise en ligne :
20/01/08.
(Résumé proposé en français : maison d’édition internationale et indépendante.
Thématiques de publication : le bilinguisme, l’acquisition de langues secondes/étrangères, la
sociolinguistique, la traducation, l’interprétariat et les livres pour les parents. Publications
également de 12 revues scientifique avec comités éditoriaux et d’un bulletin pour les
parents.)
PATRIMOINE CANADIEN.
« Patrimoine canadien est responsable des politiques et des programmes nationaux qui font
la promotion d'un contenu canadien, encouragent la participation à la vie culturelle et
communautaire, favorisent la citoyenneté active et appuient et consolident les liens qui
unissent les Canadiens et les Canadiennes. » (Page d’accueil). URL : [[Link]
Mise en ligne : 20/01/08.
RADIO CANADA INTERNATIONAL.
« Radio Canada International diffuse à travers le monde depuis 1945. RCI a pour mandat de
faire connaître les valeurs canadiennes et les activités sociales, économiques et culturelles
du Canada vers des cibles géographiques déterminées en consultation avec le
Gouvernement du Canada. RCI a comme mandat complémentaire d’adresser ces mêmes
sujets auprès des nouveaux immigrants au Canada. » (Rubrique Qui sommes-nous ?). URL :
[[Link] Mise en ligne : 03/04/07.
[Link]. Portail des revues de l’interculturalité. URL : [[Link]
[Link]/]. Mise en ligne : 20/01/08.
STATISTIQUE CANADA (SC).
« Statistique Canada produit des statistiques qui aident les Canadiens à mieux comprendre
leur pays, sa population, ses ressources, son économie, sa société et sa culture. Au
Canada, c'est au gouvernement fédéral qu'il incombe de fournir des statistiques. Aux termes
de la loi, Statistique Canada, organisme central de la statistique au pays, est tenu de
s'acquitter de cette tâche pour l'ensemble du Canada. […]. Outre le Recensement que
Statistique Canada effectue tous les cinq ans, il existe environ 350 enquêtes actives sur
pratiquement tous les aspects de la vie au Canada. » (Rubrique A propos de nous. Notre
travail). URL : [[Link]]. Mise en ligne : 03/04/07.
79
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
RESSOURCES HUMAINES ET DEVELOPPEMENT CANADA.
« Ressources humaines et Développement social Canada (RHDSC) est un ministère du
gouvernement du Canada. La mission de RHDSC est de bâtir un Canada plus fort et plus
concurrentiel, d’aider les Canadiennes et Canadiens à faire les bons choix afin que leurs vies
soient productives et gratifiantes, et d’améliorer leur qualité de vie. » (Rubrique A notre
sujet). URL : [[Link] Mise en ligne : 03/04/07.
VILLE DE MONTREAL.
Portail officiel de la ville de Montréal. URL : [[Link] Mise en ligne :
03/02/07.
80
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
RETRANSCRIPTIONS
SECTION 3 – Retranscriptions
81
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Section 1. Conventions de transcription
Signe Indication
(E) L’enquêtrice.
Lorsqu’un des informateurs est évoqué par son prénom et/ou patronyme, il
est signalé par le même signe pour respecter son anonymat.
(X1) Toute autre personne évoquée par son prénom et/ou nom de famille.
Lorsque plusieurs personnes sont citées dans un même entretien, chacune
peut être repérée avec le chiffre en indice. Le chiffrage reporté en indice
correspond à l’ordre chronologique des références effectuées dans
l’entretien.
1
En respect de la convention de recherche stipulée en accord avec le Comité scientifique de la CSDM,
l’identité des participants et des institutions est gardée anonyme. Un codage a donc été opéré afin de
pouvoir marquer la différence des entrées lors d’un entretien entre enquêteur, informateur, puis entre
informateurs eux-mêmes lorsqu’il s’agit d’entretiens en classe ou d’entretiens en groupes.
2
Souci de transcription exhaustive quant au repérage des énonciateurs car le discours porte sur l’identité,
l’auto-identification. L’auto-référence et les références aux autres sont donc nombreuses, leur repérage
dépend donc d’une codification complexifiée d’où le chiffrage chronologique des interventions, des
références pouvant servir à retrouver les mêmes co-occurrences d’une même indication.
82
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
(suite) Identification des personnes 1
(plusieurs) Désigne plusieurs locuteurs qui produisent le même énoncé en même temps
sans que l’on puisse clairement distinguer l’identité de chacun et sans que ce
soit l’ensemble des locuteurs présents.
(Y1) Toute institution (ex. une école) ou structure d’une institution (ex. une classe)
évoquée par son appellation officielle ou acronyme. Lorsque plusieurs
institutions sont citées dans un même entretien, chacune peut être repérée
avec le chiffre en indice. Le chiffrage reporté en indice correspond à l’ordre
chronologique des références effectuées dans l’entretien.
Signe Indication
1
En respect de la convention de recherche stipulée en accord avec le Comité scientifique de la CSDM,
l’identité des participants et des institutions est gardée anonyme. Un codage a donc été opéré afin de
pouvoir marquer la différence des entrées lors d’un entretien entre enquêteur, informateur, puis entre
informateurs eux-mêmes lorsqu’il s’agit d’entretiens en classe ou d’entretiens en groupes.
83
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
(suite) Retranscriptions des discours
« passage » Citation d’un discours rapporté, citation d’un personnage public ou d’un produit
culturel par son appellation (officielle ou usuelle), (ex. titre d’une émission de
télévision…).
(passage) Explicitation d’un référent qui n’est pas visible sur la retranscription car
occurrence antécédente à l’enregistrement ou explicitation d’une donnée
contextuellement implicite, non verbalisée.
? Marque la valeur à priori interrogative d’un énoncé, établie d’après les autres
données discursives et extra-discursives (expressions faciales…) mais
également d’après l’intonation hésitante, en attente de validation.
! Marque une valeur à priori exclamative d’un énoncé, établie d’après les autres
données discursives et extra-discursives (expressions faciales…) mais
également d’après l’intonation animée et vive.
<passage> Passage peu clair, souvent peu audible et dont la retranscription ne peut être
que hypothétique. Il s’agit donc uniquement d’une suggestion de
ou
retranscription.
<? passage>
[XXX] Indique les productions jugées « confidentielles » 1 qui ont été retirées de la
retranscription.
1
Cf. Ch. I-3.3.3.
84
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
(suite) Retranscriptions des discours
Didascalies 1
Signe Indication
1
Descriptions extradiscursives sur le para-verbal (gestes, expressions faciales…) ou description de données
contextuelles (silence, bruits environnants, interaction d’une tierce personne…) lorsqu’elles sont jugées
pertinentes pour le bon discernement des propos échangés.
85
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Section 2. Décodage des entretiens
1
Entretien Oral Individuel.
2
« Classe d’Accueil ».
3
« Classe Régulière ».
4
Entretien Oral en Classe.
5
Entretien Oral en Groupe (les groupes comprenaient un nombre restreint de participants allant de 2 à 4).
6
Observation de Classe.
86
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
(I3) : Avantika, 9 ans
- E.O.G. 02_04 (I1) : Indira, 7 ans AC 1
- CA3 (I2) : Fiddia, 8 ans
(I3) : Besjana, 6 ans
Organisation et codes des classes d’accueil
CA4
87
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Section 3. Retranscriptions
Contexte
Consignes générales
Raconter son histoire, les faits marquants de son parcours de migrante, de francophone et
aujourd’hui d’enseignante et ce qu’elle souhaite en exprimer. Echange convenu suite à
plusieurs conversations informelles dans la salle des professeurs avec l’intérêt manifesté
pour les recherches portant sur les jeunes migrants. Ayant vécu la migration elle-même et
étant exposée aujourd’hui aux réalités scolaires en tant qu’enseignante en Classe
d’accueil, elle a proposé de raconter son parcours personnel et de faire part de ses points
de vue.
Entretien
1. (E) : continue… /
2. (I1) : ben c’est ça moi j’suis arrivée à 19 ans je viens de l’Algérie / on a quitté l’Algérie
parce qu’il y avait des problèmes de terrorisme et de guerre civile et euh…
effectivement quand je suis arrivée ici tout était un peu difficile parce que tu
laisses tous les bagages en arrière euh… les amis la famille et tout c’est un peu
difficile le départ… et puis euh… /
3. (E) : et tu m’as dit que matériellement vous avez dû laisser beaucoup de choses /
4. (I1) : on est parti vraiment sur une décision de deux semaines / ouais ça s’est fait en
deux semaines on a pris nos valises et on est parti /
5. (E) : toute la famille /
6. (I1) : oui toute la famille donc c’était un choc pour tout le monde parce que euh… /
7. (E) : t’as combien de frères et sœurs ?
8. (I1) : j’ai deux soeurs /
9. (E) : grandes… ?
10. (I1) : j’ai une sœur qui a vingt maintenant 23 ans et une autre 16 ans /
11. (E) : d’accord /
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12. (I1) : donc euh… on est arrivé assez jeunes / moi j’avais 19 ans ma p’tite sœur elle
avait 5 ans quand on est arrivé et la moyenne elle avait 14 ans /
13. (E) : hmm mmm /
14. (I1) : donc la p’tite elle a vite appris le français parce qu’elle n’avait pas eu besoin de
faire l’accueil elle a appris avec les voisins / mais ma sœur qui a 23 ans
maintenant elle a fait la classe d’accueil / mais moi j’ai pas eu besoin de faire la
classe d’accueil parce que je parlais déjà assez bien français / et pis euh… quoi
d’autres ?
15. (E) : et tes parents euh… ils parlaient… comment eux ils ont vécu le changement
d’endroit / le voyage ?
16. (I1) : ben surtout pour ma mère c’était hyper difficile parce qu’on est parti surtout
surtout parce que mon père il était menacé en Algérie / donc on est parti surtout
sur le coup de la… /
17. (E) : de la force /
18. (I1) : oui sur de la force parce que vraiment on est parti / c’était pas une décision
« oui on réfléchit / où est-ce qu’on veut aller ? » / non c’était vraiment un départ
hâtif donc euh… l’adaptation c’était plus difficilement parce que c’était
vraiment… pas très décidé finalement on est vraiment parti parce qu’il fallait
sauver nos peaux mais pas pour… /
19. (E) : c’était pas les meilleures conditions /
20. (I1) : ouais c’était pas vraiment de bonnes conditions pour se dire « bon je me laisse
le temps pour m’adapter et tout » parce que ma mère… en tout cas pour ma
mère elle voulait pas vraiment quitter l’Algérie /
21. (E) : et toi quand t’as su que en deux semaines il se pouvait que tu partes pour le
Canada / comment t’as pris ça ?
22. (I1) : ben moi j’étais très contente parce que je voulais pas faire toute ma… en tout
cas je voulais pas vieillir en Algérie parce que pour les femmes c’est un peu
difficile on a une mentalité quand même très… très macho parce que les
hommes décident pas mal pour nous… /
23. (E) : et tu vivais mal ça /
24. (I1) : ouais je vivais mal parce que quand j’avais un copain et tout ça… /
25. (I1) : ça peut être… j’sais c’est… donc ça peut être bien pour toi si ça peut faire un
parallèle avec les élèves qui arrivent et tout / parce qu’on s’imagine toujours que
« on arrive / tout est facile quand on arrive » / « tout est zen » / moi c’est le
discours que j’entends tous les jours et ça finit par me… (gestes avec les mains
écartées de chaque côté des tempes et qui amplifient la tête pour évoquer
l’énervement) /
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26. (E) : ouais c’est ce que tu disais 1 du coup tu préfères… parfois t’isoler pour
laisser… /
27. (I1) : ouais on en parlait avec (X1) 2 tout à l’heure /
28. (E) : ah ouais ?
29. (I1) : ouais / c’est dur ! parce que les gens s’imaginent pas c’est toute une partie de…
de lutte quand on arrive ici / c’est pas… ça se fait pas comme ça en deux
minutes (clique des doigts) /
30. (E) : ben justement euh… j’étais en train de… t’étais en train de parler de CEGEP
tout ça et l’intégration à proprement parler quand t’es arrivée dans les écoles /
l’école secondaire / et CEGEP comment t’as vécu ça ? est-ce que tu t’es sentie
très différente par rapport aux autres… ?
31. (I1) : euh… non / je… /
32. (E) : est-ce qu’ils t’ont bien acceptée ?
33. (I1) : oui je pense que les gens m’ont bien acceptée / bon quand je suis arrivée je
disais l’Algérie / personne ne savait où c’était l’Algérie ils ne savaient pas que
c’était en Afrique du Nord / quand je disais en Afrique du Nord / « pourquoi t’es
pas noire na na na » / ça… les gens avaient du mal… /
34. (E) : au secondaire ?
35. (I1) : oui au secondaire /
36. (E) : et c’était à Montréal ou… ?
37. (I1) : à Montréal ouais / mais je pensais vraiment quand les événements
commençaient à se produire en Algérie que les gens ont commencé à réaliser
où ça se trouvait / mais non je pense que j’ai bien été intégrée dans les groupes
ben dans le groupe euh… camarades et copains copines / mais non je me suis
pas sentie différente / (elle fait NON de la tête)
38. (E) : et c’était quelle région de Montréal ?
39. (I1) : c’était l’école euh… l’école euh… je me rappelle plus comment ça s’appelle…
(Y1) / c’est dans le quartier… ben je pense c’est dans Saint-Léonard /
40. (E) : ok /
41. (I1) : mais c’est dans Montréal c’est un peu dans l’est mais… on remonte un peu vers
le nord / c’est le nord-est /
42. (E) : d’accord mais c’était pas je veux dire au centre-ville ou… /
43. (I1) : non non c’est pas au centre-ville /
44. (E) : ou par ici /
45. (I1) : non /
46. (E) : d’accord / et la différence de français / les variétés de français / comment t’as
trouvé le français québécois ?
1
Référence ici à des conversations informelles précédentes où (I1) m’avait fait part de sa préférence parfois
à s’isoler plutôt que d’entendre les railleries sur les élèves migrants ou allophones.
2
Une autre collègue qui enseigne en classe d’accueil et qui est migrante, d’origine française.
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47. (I1) : ben… / moi quand je suis arrivée tout le monde me disait « oh ! t’arrives de
France ? » je disais « non non non j’arrive pas de France » / parce que tout le
monde pensait que j’étais française à cause de mon accent mais j’ai eu
BEAUCOUP et… et les deux premiers mois je comprenais pas du tout ce que
les gens me disaient / je me disais… / parce que voilà moi j’suis dans un pays
francophone ? parce que les expressions l’accent et tout me faisaient que ça…
ça cassait complètement ma compréhension / j’avais beaucoup de mal mais au
bout de quelques mois… je pense qu’en parlant avec les voisins pis à l’école et
tout j’ai fini par me faire une oreille / mais… c’était pas évident au début /
48. (E) : est-ce que ça t’as surpris ? tu savais pas que… /
49. (I1) : oui ça m’a surpris /
50. (E) : …c’était vraiment différent comme ça ici /
51. (I1) : oui ça m’a vraiment surpris parce que je me disais bon c’est comme en France /
les gens vont me parler je vais comprendre / puis moi je vais aussi faire un effort
pour parler juste en français parce que je mélange beaucoup les deux / parce
que avec des gens qui parlent en arabe alors je me disais bon on se concentre
sur le français puis… / mais non j’avais quand même beaucoup de mal à
comprendre que… de parler finalement parce que je parlais quand même bien
français /
52. (E) : est-ce que… tu t’es dit « je vais essayer de prendre l’accent québécois »… /
53. (I1) : jamais /
54. (E) : …parce que je suis ici maintenant ou… ?
55. (I1) : non non / je pense que ça ça se fait naturellement / je… j’ai jamais je me suis
jamais dit « (I1) tu dois prendre l’accent québécois » / moi je pense qu’on doit
toujours garder son identité parce que… je… chacun a son accent pis… je… je
me suis jamais posé la question /
56. (E) : d’accord /
57. (I1) : jusqu’à maintenant les gens me disent… /
58. (E) : mais… et du coup quand à l’é… surtout à l’école ou au CEGEP quand
t’entendais tout le monde autour de toi parler avec des prononciations
québécoises ou même du lexique est-ce que parfois t’avais l’impression de
lutter… t’sais de faire… de résister pour ne pas prendre les mêmes expressions
pour ne pas… /
59. (I1) : non parce que des fois je peux utiliser les mêmes expressions pour dire… j’sais
pas moi une « tuque » au lieu de dire un « chapeau » un « bonnet » / mais c’est
pas une lutte je pense ça vient naturellement parce que maintenant je l’enseigne
aux élèves je suis obligée de leur donner le vocabulaire d’ici donc je m’adapte
quelque part / mais dans mon quotidien ça vient pas spontanément /
60. (E) : ok /
61. (I1) : si je parle euh… avec des gens euh… qui ont les mêmes références que moi si
c’est pas des références de personnes québécoises je vais utiliser mon
vocabulaire sans faire de variation mais en général euh… je m’adapte un p’tit
peu / des fois pour des blagues je parle en québécois (rires) / mais… mais non
j’sais / pas je pense je m’en rends pas compte ça doit être inconscient /
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62. (E) : ouais ou peut-être qu’à 19 ans tu maîtrisais déjà suffisamment le français et
t’avais TON accent à toi /
63. (I1) : oui /
64. (E) : ce qui faisait que t’avais pas l’impression d’être à contre-courant… /
65. (I1) : mais c’est drôle que tu me dis ça parce que même mes sœurs… écoute ma
sœur de 5 ans elle aurait vraiment pu s’imprégner de la… du français
québécois… mais c’est assez drôle parce que le premier mois qu’elle a joué
avec les voisins quand elle montait à la maison elle nous parlait en québécois
pis… nous on avait un gros point d’interrogation dans la face / nous on rigolait
parce que c’était drôle / on se disait « mon dieu ! en… (clique des doigts) un clin
d’œil elle va nous dépasser tous ! » / mais quand on a commencé à rire d’elle
sans faire exprès… là c’est pas parce que… elle a… elle a complètement
modulé son français / quand elle était avec ses amis elle parlait en québécois
pis quand elle était avec nous elle parlait le même français… et jusqu’à
maintenant… /
66. (E) : ah maintenant c’est pareil ?
67. (I1) : aujourd’hui elle a 16 ans / écoute quand elle est avec ses amis je me dis
« ayoye ! c’est pas ma sœur ! » (rires) je l’entends pis j’suis comme « oooooh ! »
mais… /
68. (E) : c’est comme si elle était bilingue /
69. (I1) : oui / exactement / exactement / quand elle est avec nous c’est un français plutôt
neutre /
70. (E) : et toi ?
71. (I1) : moi c’est resté neutre ça n’a pas changé /
72. (E) : d’accord /
73. (I1) : ma sœur de… de… qui a 23 ans maintenant elle a aussi le même accent / elle
a… on utilise quelques mots mais c’est drôle on n’a pas du tout l’accent… ben
tous les gens qui viennent nous voir ou qu’on rencontre demandent toujours
d’où est-ce qu’on vient / parce que l’accent vient… vient… chercher la… la
question !
74. (E) : (rires) et les parents comment… est-ce qu’ils parlent français ?
75. (I1) : oui ils parlent français / surtout français /
76. (E) : et quelle prononciation ?
77. (I1) : aussi neutre que moi je vais dire /
78. (E) : comme toi /
79. (I1) : ouais /
80. (E) : d’accord /
81. (I1) : ben des fois quelques mots de vocabulaire québécois mais en général…
82. (E) : et eux aussi trouvaient ça drôle quand ils sont arrivés ici ? ils trouvaient ça drôle
la façon dont les Québécois parlaient ?
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83. (I1) : oui on a trouvé ça drôle parce que t’sais t’arrive t’es complètement pommé /
« ah francophone ? » / je pense qu’au début on a trouvé ça drôle… en fait
quand t’arrives tu sais pas comment situer la langue / tu te dis « bon est-ce que
c’est juste un accent ? est-ce que c’est des mots différents ? » donc quand on
arrive c’est un peu le choc / on essaie de tout démêler ça mais ça prend du
temps /
84. (E) : et est-ce que tu pourrais me dire pour toi c’est quoi l’identité québécoise ?
85. (I1) : euh… pour moi ?
86. (E) : ouais / pour toi / qu’est-ce que c’est que l’identité québécoise ?
87. (I1) : ben moi c’est le fait que je sois adaptée à la vie d’ici écoute euh… j’ai des amis
de partout euh… / je travaille dans un milieu québécois euh… /
88. (E) : mais est-ce que pour autant tu te considères québécoise ?
89. (E) : je voulais savoir par rapport à ton positionnement identitaire / tu te qualifies plus
comme quoi maintenant que tu as vécu longtemps ici euh… /
90. (I1) : euh… comme… je t’avais dit un peu comme québécoise dans le mode de vie
dans la l’adaptation et tout / mais… ouais… plutôt comme une québécoise
mais… c’est plus… mon identité première si les gens me demandent je vais dire
« je suis algérienne » c’est par rapport à ça que tu me poses la question ?
91. (E) : oui oui tout à fait / donc les… les gens quand ils te rencontrent et disent « oui tu
es quoi ? » et tout / la première chose que tu dis c’est… /
92. (I1) : je suis algérienne /
93. (E) : et après tu précises mais je… /
94. (I1) : ouais /
95. (E) : je vis au Québec /
96. (I1) : ouais / en général on me pose toujours plus de questions quand je dis que je
suis algérienne « AH ! ça fait combien de temps que t’es là » na na na na na ni /
« qu’est-ce tu fais » et tout mais euh… non c’est… j’sais pas c’est comme un
vase qui vient d’un certain pays tu te dis « d’où… d’où est-ce ça vient ? » tu dis
d’abord la… j’sais pas moi… la provenance pis après là où… /
97. (E) : où ça été fabriqué… /
98. (I1) : ouais / c’est un peu comme ça… j’sais pas comment l’expliquer /
99. (E) : mais donc t’as vraiment l’impression et le sentiment d’avoir deux identités… une
première… /
100. (I1) : non ! je pense que la première c’est juste l’origine et la deuxième elle s’est
imbriquée dans la première /
101. (E) : ok /
102. (I1) : dans l’adaptation dans la facilité de vivre dans le… dans la curiosité vers…
d’aller vers les autres dans tout ça… /
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103. (E) : mais euh… mais t’as deux langues qui appartiennent à chaque… /
104. (I1) : hmm mmm (acquiescement) la première j’utilise… ma langue maternelle je
l’utilise qu’avec ma famille /
105. (E) : ok /
106. (I1) : donc je l’utilise pas BEAUCOUP / et je parle plutôt français même quand je suis
avec ma famille je mélange beaucoup le français et l’arabe / mais euh… la
langue ne fait pas de euh… séparation entre les deux… /
107. (E) : d’accord /
108. (I1) : …entre les deux identités /
109. (E) : pour toi ça fait partie de la même euh… /
110. (I1) : oui parce que même en Algérie je parlais énormément français / je mélangeais
beaucoup les deux / ce qui fait je vois… je vois… oui c’est vrai qu’il y a plus
l’utilisation du français mais je vois pas que ça a changé mon identité par
rapport à la langue /
111. (E) : ah !
112. (I1) : tu comprends ce que je veux dire ?
113. (E) : ouais ouais ouais !
114. (I1) : mon identité par rapport à la langue est toujours la même /
115. (E) : ok /
116. (I1) : mais j’ai toujours utilisé et l’arabe et le français /
117. (E) : ouais /
118. (I1) : c’est juste qu’ici j’utilise plus parce que je suis dans un monde où je suis obligée
de parler en français… ben les gens me comprendraient pas sinon / mais euh…
non la langue ne fait pas euh… /
119. (E) : est-ce que ça voudrait dire que du coup au lieu d’avoir une langue une identité
une deuxième langue une deuxième identité pour toi t’as une identité DEUX
langues ?
120. (I1) : oui tout à fait /
121. (E) : donc pour toi une identité c’est complètement compatible avec deux langues
puisque ça fait partie de toi /
122. (I1) : oui /
123. (E) : t’as toujours jonglé avec les deux /
124. (I1) : ouais tout à fait /
125. (E) : est-ce que c’est pareil dans… dans ta famille ? avec tes sœurs ?
126. (I1) : je pense que c’est inconscient parce qu’on a TOUJOURS utilisé les deux
langues alors euh… notre identité a toujours été teintée des deux langues / ce
qui fait qu’il y a pas de différences à ce niveau-là /
127. (E) : ouais vous êtes bilingues /
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128. (I1) : ouais / je vais pas me dire je suis québécoise parce que je parle français / parce
que je l’ai toujours parlé le français /
129. (E) : t’es plus québécoise juste parce que tu vis au Québec /
130. (I1) : oui / pis je vis comme ici / je respecte les mêmes… les mêmes règles / je suis
dans un monde social où… /
131. (E) : est-ce que tu… tu trouves beaucoup de ressemblances avec les Québécois
Québécoises autour de toi ?
132. (I1) : à quel niveau ?
133. (E) : euh en général… pour te dire « je suis comme eux »… /
134. (I1) : au niveau culturel je dirais que non parce que j’ai l’impression que… quand on
vient d’un autre pays on s’intéresse à plus de choses j’ai l’impression / quand on
bouge… /
135. (E) : oui ?
136. (I1) : …on pose plein de questions euh… / moi-même au… au niveau des cours
d’histoire-géo j’ai appris sur le monde j’veux dire j’ai pas appris des choses juste
sur l’Algérie / tandis qu’ici les gens sont un peu plus centrés sur… /
137. (E) : eux-mêmes ?
138. (I1) : les connaissances d’ici / ou sur eux-mêmes sur le Québec bon le Canada un
peu / je trouve ça manque un p’tit peu à ce niveau-là /
139. (E) : d’ouverture ?
140. (I1) : d’ouverture / je sais pas pourquoi c’est peut-être le système scolaire qui est fait
comme ça / mais j’ai l’impression que quand on vient d’ailleurs on est hyper
ouvert à… à beaucoup plus de choses /
141. (E) : ok et est-ce que tu penses que c’est pareil pour les… pour ceux qui sont nés ici
mais qui sont d’origine étrangère / est-ce que… /
142. (I1) : mais je pense qu’il y a quand même une petite différence parce que quand on
est… même… même nés ici j’ai l’impression que nos parents ils nous donnent
cette euh… ils essaient un peu / pas de de… pas prolonger pas de…
d’inculquer un peu… /
143. (E) : transmettre /
144. (I1) : de transmettre les valeurs les… un peu la mentalité un peu le fonctionnement
donc quelque part on doit avoir un peu… on a une richesse finalement de
plus… /
145. (E) : ok /
146. (I1) : autant au niveau de la langue que de la culture parce qu’on a un bagage pis on
s’en met un nouveau… sur le… /
147. (E) : ah donc on a une double… culture aussi /
148. (I1) : oui oui / moi je trouve que oui /
149. (E) : du coup comme on dit « bilingue » est-ce que tu te considères biculturelle ?
150. (I1) : oui / là oui par contre ouais /
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151. (E) : ça… ça t’identifie parfaitement ?
152. (I1) : les deux / c’est drôle eh ? je peux pas dire que la culture québécoise m’identifie
à 100 % /
153. (E) : ouais /
154. (I1) : et je peux pas dire que la culture algérienne m’identifie parce que le mélange
des deux a fait que j’ai une culture euh… /
155. (E) : nouvelle… /
156. (I1) : nouvelle qui est riche des deux /
157. (E) : …qui fait partie des deux / et est-ce que t’as l’impression de pouvoir choisir
piocher dans chaque culture les choses qui te plaisent ?
158. (I1) : oui / ouais / par exemple euh… j’sais pas moi je pourrais te donner un exemple
banal euh… pour ce qui est de l’accueil t’sais la famille / toutes les personnes…
toutes toutes les personnes peuvent te tomber dessus à la fin de semaine et
faire une grosse soirée autour d’un plat moi j’pourrais pas avoir autant de facilité
avec les gens d’ici parce qu’il faut être plus organisé… t’appelles… / c’est sûr
que… quand je vais être avec des gens de ma culture je vais plus me permettre
en sachant que ça… /
159. (E) : ça vient plus naturellement /
160. (I1) : oui en sachant que ça dérange pas / que c’est faisable / par contre je piocherais
pas dans la culture québécoise pour faire la même chose parce que je pourrais
pas euh… donc… /
161. (E) : ok donc il faut une certaine adaptation… en fonction de… /
162. (I1) : oui / mais je pense que c’est comme un caméléon eh ?
163. (E) : oui !
164. (I1) : on se retrouve dans ses pantoufles dans notre culture et on se retrouve dans les
autres pantoufles dans la culture d’accueil parce que… on y est tous les
jours… / (rires) c’est un peu… (geste des mains pour dire ambigu) /
165. (E) : ah c’est pas mal ça ! (rires)
166. (I1) : ouais !
167. (E) : et est-ce que tu trouves parfois difficile de… de devoir t’adapter ou au contraire
ça c’est quelque chose qui vient facilement… t’adapter ?
168. (I1) : n… je pense qu’au début c’est dur parce que tu te poses beaucoup de
questions « est-ce bon qu’il faut que j’agisse comme ça ? est-ce que je devrais
faire ça ? est-ce que je devrais poser des questions parce que je comprends
pas ? » mais au début c’est des questions mais après ça devient inconscient /
pis… on… on POSE des questions / les gens nous expliquent pis… / c’est
comme mes élèves moi je leur explique il faut faire la file d’attente pour euh…
l’aiguisoir euh… pour l’autobus ben c’est la même chose / je pense que… si eux
ils n’avaient pas l’habitude de faire mais à la longue ils finissent par voir les
autres pis… ils prennent des nouvelles habitudes / j’pense que c’est
inconscient / il y a des choses qu’on se force… à faire mais il y a des choses qui
viennent naturellement parce qu’on voit que le moule est différent / donc on
s’adapte au nouveau moule /
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169. (E) : ok / et l’important pour toi du coup c’est de comprendre POURQUOI il faut faire
telle chose ? ou si tout le monde le fait… c’est pas grave si on comprend pas ?
170. (I1) : non ben c’est sûr qu’il faut que ça soit logique / la file d’attente moi je trouve que
c’est un grand… un grand signe de respect parce que tout le monde attend pour
monter dans l’autobus on se garoche pas / mais euh… j’sais pas moi manger du
pâté chinois tous les jours non ! parce que si j’en ai envie… tu comprends c’est
euh… /
171. (E) : ok /
172. (I1) : il y a des choses culturelles qu’on adopte parce que ça nous plaît et des trucs…
d’autres trucs qu’on adopte parce que ça nous convient et d’autres trucs on est
obligé de faire / je pense ça dépend / ça dépend de… son symbole /
173. (E) : t’as l’impression d’avoir une certaine liberté puisque tu pioches dans les deux
cultures que tu connais / auxquelles t’es initiée ?
174. (I1) : oui mais je pense que quand même la culture algé… écoute quand je suis dans
les classes… à chaque fois qu’on rentre dans ma classe… ben j’sais pas si ça
arrive tout le temps-là mais souvent on me dit « quand on est dans ta classe il y
a… il y a un côté chaleureux » / tu touches les… (geste où elle se touche le
bras) alors qu’il y a des profs qui touchent pas du tout aux élèves / moi j’suis pas
capable d’être avec des enfants et ne pas donner une tape sur l’épaule pour
encourager ou j’sais pas moi faire un câlin ou… / pour moi (sonnerie signalant la
fin de la récréation) par rapport à ma culture je pense que c’est normal / c’est
réconfortant pour un enfant / mais est-ce que c’est culturel je sais pas mais je
pense qu’il y a un côté chaleureux / il y a une proximité qui est facile /
175. (E) : oui avec l’autre… /
176. (I1) : oui oui /
(échanges sur la fin de la récréation, les enfants vont rentrer dans 5 minutes)
177. (E) : est-ce que des fois tu souffres des stéréotypes que possèdent les deux
cultures ? par exemple tu t’identifies pas à la façon de parler au Québec et on te
dit « oh ! les Québécois ils parlent na na na » parce qu’on te considère toi
comme… /
178. (I1) : oui mais je pense que je souffre plus des stéréotypes d’ici du Québec que de…
de du côté algérien /
179. (E) : ah oui ?
180. (I1) : c’est drôle parce que quand je suis avec des Algériens ils me considèrent pas
comme une Algérienne parce que j’suis cool j’rentre pas dans le moule / j’suis…
écoute moi je bois de l’alcool je fais pas le ramadan / je rentre pas dans les
crit… /
181. (E) : et tu le vis bien /
182. (I1) : moi je le vis bien / j’assume / écoute moi je me dis je suis ici j’ai le droit de faire
ce que je veux / mes parents le savent / je fais ça avec beaucoup de respect /
j’fais pas de façon hypocrite donc soit les gens ils l’acceptent soit ils l’acceptent
pas /
183. (E) : et t’acceptes ceux qui ne font pas comme toi… /
97
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
184. (I1) : oui exactement / moi les gens qui le font… ça va / tant mieux c’est pour toi / t’as
tes convictions j’ai les miennes donc les gens en général m’identifient pas
vraiment comme une Algérienne euh… qui rentre dans un moule X / et quand
j’suis au Québec les gens… ben écoute… moi je t’avais dit que dans les
conversations souvent on entend « les Arabes ceci les… » ben ça me touche
quelque part parce que c’est des st… stéréotypes qui rejoignent MA culture /
donc quelque part euh… /
185. (E) : toi t’as l’impression que quand on t’associe… aux Arabes / on va sortir les
aspects négatifs ?
186. (I1) : ben souvent on ne le sait pas / on sait pas que je suis arabe donc souvent
quand je vais entendre des discussions (« tu peux aller t’asseoir » à un élève
qui est entré dans la classe) souvent quand on va m’associer à… ben quand je
vais entendre des discussions moi je me sens associée mais les gens ne le
savent pas que je suis arabe / parce que souvent les gens ils ne me posent pas
la question et euh… comme j’ai un teint assez basané ils vont penser que je
suis latino-américaine ou… c’est souvent… /
187. (E) : (rires) exotique mais on sait pas d’où !
188. (I1) : ouais exotique mais ! (rires) avec un petit doute on sait pas d’où… donc euh… /
189. (E) : ok bon… /
190. (I1) : donc euh… mais ça c’est pénible ! on en a… c’est drôle on en a discuté avec
plusieurs profs qui viennent d’ailleurs / (changement dans ses réflexions)
191. (E) : ah ouais ?
192. (I1) : hmmm (acquiescement) et des fois… (soupir) moi je trouve ça même dur que
les gens me demandent d’où je viens finalement ! parce que je me dis oh ! je
vais dire « algérienne » ils vont me poser toutes les questions par rapport à
leurs élèves / euh… « est-ce que je fais le ramadan ? est-ce que… » finalement
dans les deux moules… je fitte [fit] 1 pas dans les deux moules / parce que
quand je suis ici… /
193. (E) : il y a un inconfort… /
194. (I1) : oui il y a un inconfort dans les deux quelque part parce que quand je suis ici et
que j’explique aux gens que je fais ce que je veux que je fais pas le ramadan
euh… et que j’ai une certaine liberté / les gens ils me font « ah oui ? pourtant
t’es ARABE ! tes parents te LAISSENT ? ton chum te LAISSE ? »
195. (E) : (simulation des réactions évoquées) « c’est bizarre ! »
196. (I1) : oui ! / (reprise des simulations) « c’est bizarre ! » / et quand il y a des Algériens
ils trouvent que je suis « olé olé » parce que je rentre pas dans leur moule /
donc il y a quand même un… /
1
Canadianisme, emprunté de l’anglais « to fit » pour désigner l’action de « rentrer » (sens littéral et figuré),
« correspondre », « convenir », « coïncider »… Pour quelques précisions complémentaires, cf. Annick
FARINA (2001). Dictionnaires de langue française du Canada : lexicographie et société au Québec. Paris :
Honoré Champion. 445 p. Voir aussi PLOURDE et al., 2000 ; sur cet ouvrage cf. le compte rendu de Russon
WOOLDRIDGE (2002) paru primitivement dans le University of Toronto Quarterly ; vol. 72 : 174-7. URL : [
[Link] Mise en ligne : 13/05/06.
98
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
E.O.I. 01_04 ; (Ens. CA)
197. (E) : mais est-ce que tu préfères quand même que les gens viennent te demander
d’où tu viens ? au risque d’être classée de manière un peu stéréotype ou tu
préfères qu’ils fassent comme si de rien / et te posent pas la question ?
198. (I1) : ben l’un ou l’autre ne me dérange pas à la limite je me dis si les gens ont envie
de me connaître pis me parler ou dans la discussion ils voient que j’ai un accent
et me posent la question moi ça me pose pas de problèmes /
199. (E) : c’est juste les réactions après /
200. (I1) : je pense c’est les réactions des fois / ben avec tout ce qui se passe dans le
monde arabe et avec les Musulmans on entend parler que de ça donc souvent
les gens vont me poser des questions pour voir où est-ce qu’ils m’identifient /
qu’est-ce que je pense de ce qui se passe / des fois je me dis on n’est pas
obligé d’être dans des discussions qu’on n’a pas nécessairement envie
d’aborder /
201. (E) : ok /
202. (I1) : parce que les gens ont déjà leurs préjugés puis de venir leur dire une opinion ça
peut les étonner ça peut les surprendre et si demain si… donc c’est un peu
fatigant à la longue je trouve… /
(plusieurs élèves rentrent dans la classe)
203. (E) : très bien / merci beaucoup (I1) !
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Entretien oral individuel 24_01
Contexte
Vendredi 24/02/06, après les cours vers 15:00, dans une classe d’accueil.
Particularité de l’entretien
L’objectif de l’entretien est de mieux apprendre à connaître (I). Elle a été rencontrée lors
du premier séjour de recherche au sein de l’école au cours de l’année 2004-2005 et fait
partie des seuls à être restés dans l’établissement en 2005-2006. Selon les enseignants
qui l’ont suivie, cela l’a d’ailleurs beaucoup affectée car ces anciens camarades de Classe
d’accueil ont tous été transférés dans d’autres écoles. Elle est désormais en Classe
régulière. Il s’agit non seulement de savoir comment elle se situe par rapport à son
parcours, au français, au plurilinguisme, à l’identité canadienne ou québécoise mais
également d’obtenir des apports comparatifs par rapport aux autres profils de l’année
précédente, majoritairement primo-arrivants tout comme elle. Ce fut aussi le premier
entretien réalisé et servait donc de base méthodologique pour les autres rencontres à
venir.
Consignes générales
Suite à l’acceptation de (I) à participer à l’enquête, quelques précisions ont été données
afin de lui présenter la démarche rassurante de l’entretien. Ce qui importe était ainsi de
savoir quelles sont ses activités préférées, comment elle trouve l’école, ce qu’elle pense
du français, etc., avec des exemples de questions pour illustrer le propos. Quant à la
valeur de ses « réponses », il est rappelé qu’aucun regard évaluatif n’est porté donc « il
n’y a pas de bonnes ou mauvaises réponses », ce qui importe étant qu’elle fasse part de
ses sentiments et opinions personnels. Dans le fonctionnement de l’entretien, elle est
également invitée à poser des questions à son tour pour expliciter un fait dès qu’elle le
souhaite. Enfin, le matériel d’enregistrement est brièvement présenté dans son utilité,
précision également opérée pour rassurer l’informateur face à l’aspect formel de l’appareil.
Son accord est ensuite demandé pour pouvoir suivre le procédé décrit, l’entretien peut
100
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
E.O.I. 24_01 ; (F : 9A) ; CR3
alors débuter mais l’entrée en matière, tout comme le déroulement du reste de l’entretien,
se veut informelle sans formules conventionnelles ou impersonnelles.
Entretien
1. (E) : (I) pour la première question j’aimerais juste que tu me parles de toi / que tu te
présentes / que tu me dises je m’appelle… j’ai tel âge / tu me dis ce que tu
aimes faire / les langues que tu parles / et tu me décris ta personne d’accord ? /
pour que je puisse mieux connaître qui tu es /
2. (I) : bonjour / je m’appelle (I) / j’ai 9 ans / je suis en… en 3ème année… 3ème année
(Y1) / et… ben… je viens du Maroc / je parle… l’arabe /
3. (E) : tu parles arabe ?
4. (I) : mmm… ouais /
5. (E) : est-ce qu’il y a d’autres langues que tu parles ?
6. (I) : non / il y a français aussi que j’ai appris /
7. (E) : ok / et… comment tu trouves le français ?
8. (I) : vraiment très bien !
9. (E) : très bien ?
10. (I) : j’aime ça !
11. (E) : ça te fait penser à quoi le français ?
12. (I) : ben ça me fait penser à quand on était au Maroc / on apprenait... /
13. (E) : ah! t’apprenais déjà le français au Maroc ?
14. (I) : ouais /
15. (E) : ok / et l’arabe pour toi / c’est quoi comme langue ? c’est une… ça te fait penser
à quoi ?
16. (I) : ben ça fait penser à mes amis là / quand on était à l’école mais… mais quand
même / je vais retourner au Maroc / je vais voir mes amis puis après je vais
revenir /
17. (E) : et tu vas parler avec eux en arabe ?
18. (I) : ouais /
19. (E) : d’accord et ça fait combien de temps que tu es au Canada ?
20. (I) : ça fait… l’année passée j’étais venue dans… novembre ?
21. (E) : ah oui ?
22. (I) : ouais /
23. (E) : et tu n’es jamais retournée au Maroc ?
24. (I) : hmmm… non /
25. (E) : non ?
101
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26. (I) : non parce que ça fait pas vraiment long /
27. (E) : et est-ce que tu parles l’anglais l’espagnol / d’autres langues… /
28. (I) : non /
29. (E) : …que tu connais ?
30. (I) : non /
31. (E) : non tu sais que ça existe… /
32. (I) : ouais /
33. (E) : mais tu ne parles pas… /
34. (I) : non /
35. (E) : est-ce qu’il y a d’autres langues que tu aimerais apprendre à parler ?
36. (I) : ouais / l’anglais l’espagnol là… le chinois là… /
37. (E) : ah oui?
38. (I) : …des choses comme ça / toi tu viens de quel pays ?
39. (E) : moi je viens de Madagascar / ici (en pointant sur l’atlas affiché au mur)… tu te
rappelles ? (élève rencontrée l’année précédente)
40. (I) : ah! il y a des lémurs ?
41. (E) : des lémuriens oui! (rires) et parlons aussi du Maroc / qu’est-ce qu’il y a au
Maroc ?
42. (I) : eh il y a de bonnes choses / des écoles / c’est comme là mais dans cette école-
là les profs frappent /
43. (E) : ah /
44. (I) : …frappent les élèves /
45. (E) : d’accord mais est-ce c’était quand même une école où t’apprenais beaucoup de
choses ?
46. (I) : ouais / on apprenait plus les maths /
47. (E) : les maths /
48. (I) : ouais /
49. (E) : et t’apprenais / tu disais « un peu » le français /
50. (I) : hmm mmm (acquiescement) / on a… / le prof elle nous a donné un livre / il y a
du français et on apprend / chaque jour quand on va à l’école / on apprend un
peu /
51. (E) : ah oui / donc tous les jours un petit peu /
52. (I) : ouais /
53. (E) : d’accord / est-ce que c’est le même français qu’ici ?
54. (I) : ouais /
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87. (I) : ils sont comme les Musulmans mais pas vraiment pareils /
88. (E) : d’accord / parce que moi / je connais pas très bien les Québécois / c’est pour
ça que j’aimerais que tu dises / c’est qui les Québécois ? qu’est-ce qui…
comment ils sont ?
89. (I) : ils sont comme… comme nous mais eux / leurs choses sont vraiment
différentes /
90. (E) : d’accord / par exemple… ?
91. (I) : par exemple la prière / ils prient comme ça (fait le signe de la croix) / puis ils
parlent juste le français puis l’anglais / ils sont nés au Canada… /
92. (E) : d’accord / est-ce qu’ils mangent des choses que… /
93. (I) : ouais / comme le jambon là… /
94. (E) : …toi tu ne manges pas ?
95. (I) : …des choses comme ça /
96. (E) : ouais et toi tu ne manges pas ça ?
97. (I) : nmm nmm (négation) /
98. (E) : et est-ce qu’ils sont différents ?
99. (I) : peut-être /
100. (E) : peut-être ?
101. (I) : ouais /
102. (E) : ça dépend ?
103. (I) : il y en a qui sont blancs blancs mais il y en a qui sont comme nous pareils /
104. (E) : est-ce qu’il y a des Marocains qui sont « blancs » ?
105. (I) : mais oui /
106. (E) : ouais donc c’est… / donc il y a des choses semblables là-bas comme ici /
107. (I) : hmm mmm (acquiescement) /
108. (E) : d’accord / et plus tard t’aimerais rester vivre au Canada ou tu aimerais vivre
dans un autre pays ?
109. (I) : j’aimerais plus [+] eh… vivre ici /
110. (E) : ouais ? pourquoi ?
111. (I) : parce que les profs sont gentils / puis j’aime le Canada / il y a trop de choses…
il y a trop de bonnes choses à faire là /
112. (E) : d’accord donc t’aimerais avoir des enfants ici et vivre ici /
113. (I) : ouais /
114. (E) : et est-ce que tu sais quelles langues tu aimerais parler dans… dans ta maison
avec tes enfants plus tard ?
115. (I) : nous… /
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146. (E) : ok / il y a des choses que tu trouves difficiles ?
147. (I) : peut-être des fois dans la classe comme un projet sur les animaux des choses
comme ça là / il y a des choses que j’aime trop pas /
148. (E) : d’accord / qui sont difficiles à trouver ?
149. (I) : ouais /
150. (E) : ok / et dernière chose qu’est-ce que tu aimes bien faire ? quand tu es chez toi /
quand tu as du temps libre qu’est-ce que tu aimes bien comme activités ?
151. (I) : ben j’aime bien lire / j’aime m’amuser à l’ordinateur <trouver> des
recherches… /
152. (E) : ah oui ?
153. (I) : …des jeux / et j’aime regarder la télévision le samedi dimanche /
154. (E) : d’accord / et quand tu lis tu lis quel genre de livre ? des magazines ? ou… /
155. (I) : non parce que je lis de… comment on dit ? des romans !
156. (E) : d’accord ! des romans / des livres avec des histoires… /
157. (I) : ouais /
158. (E) : en quelle langue tu lis ?
159. (I) : en français ! ici en français /
160. (E) : d’accord / tu ne lis pas en arabe ?
161. (I) : non / parce qu’on n’a pas pris des livres en arabe /
162. (E) : ah d’accord / et à l’ordinateur c’est en français aussi ?
163. (I) : ouais /
164. (E) : ok / et tes émissions préférées ?
165. (I) : hmm… Sea witch ( ?) / Mona le vampire / les <? les Câlinours> / les Rockets
Power… et… attends minute… / jamais d’horreur quand j’étais petite /
166. (E) : ah ! d’accord mais surtout en français ?
167. (I) : ouais /
168. (E) : est-ce que tu regardes des fois les chaînes en anglais ou des… des films en
anglais ?
169. (I) : ah ! ok parce que j’ai une télé / deux télés en français et une une grande télé en
arabe 1 /
1
Au Québec et plus particulièrement à Montréal, plusieurs chaînes de télévision communautaires en plus
des chaînes satellites sont proposées par divers services analogiques ou numériques (ex. Vidéotron). Pour
quelques informations relatives aux initiatives culturelles dans ce domaine, cf. notamment l’allocution de
Andrée WYLIE (2003), Vice-présidente de la radiodiffusion au Conseil de la radiodiffusion et des
télécommunications canadiennes. URL : [[Link]
Mise en ligne : 15/05/06. Cf. aussi Canal VOX (2005) et la volonté affichée d’offrir « une télévision à l’image
de la communauté ». URL : [[Link]
Mise en ligne : 15/05/06.
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199. (I) : non parce qu’elle dit toujours ça ! j’sais pas c’est quoi son problème mais je la
dis « c’est UN film / elle elle dit « c’est UNE film » /
200. (E) : et tu penses qu’un jour elle va comprendre et elle va… /
201. (I) : oui oui /
202. (E) : est-ce que toi tu avais du mal comme ça au début ?
203. (I) : mouais /
204. (E) : un petit peu ?
205. (I) : ouais mais moi je prononçais les masculins puis les fém… (elle se reprend et
accentue l’articulation) féminins aussi /
206. (E) : d’accord / il y a des choses que tu trouvais difficile dans la langue française ?
207. (I) : euh…mmm (hésitation) non /
208. (E) : non /
209. (I) : l’année passée oui / quand elle disait « t’avais quel âge ? » / moi j’avais 8 ans
puis l’autre fille disait que moi / j’avais 11ans alors j’ai écrit dans mon cahier
« 11 ans » /
210. (E) : ok / parce que tu ne savais pas que 11 c’était plus grand /
211. (I) : ouais /
212. (E) : mais maintenant tu sais /
213. (I) : ouais /
214. (E) : et tu sais compter jusqu’à combien ?
215. (I) : à 100 !
216. (E) : ah !
217. (I) : plus que 100 !
218. (E) : (rires) c’est quoi le plus grand chiffre… /
219. (I) : teut teut…mille !?
220. (E) : wow ! […] et si avec une baguette magique / tu pouvais changer le monde et
donner une seule pour tout le monde / est-ce que tu penses que ça serait une
bonne idée ?
221. (I) : nnnon /
222. (E) : non ?
223. (I) : non parce que si j’ai dans une langue là / on pourrait pas apprendre des autres
langues /
224. (E) : ah et tu trouves que… /
225. (I) : euh… si je fais juste le français / alors on va apprendre juste le français pis c’est
vraiment difficile de faire les autres langues /
226. (E) : ah ok / mais tu préfères qu’il y ait plusieurs langues dans tout le monde /
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Entretien oral en classe 27_01
Contexte
Consignes générales
Echanges lors desquels l’enseignante (remplaçante) me présente à la classe : « elle est
venue pour observer comment les amis 1 travaillent en classe et pour mieux vous
connaître donc elle aimerait vous poser quelques questions ». Des explications sont
ensuite données directement aux élèves afin qu’ils puissent comprendre le déroulement
de l’échange. Le mode de fonctionnement s’inspire des conventions de cours où on lève la
main lorsqu’on veut prendre la parole, où il ne faut pas hésiter à poser des questions pour
demander des explications et où l’on veille à respecter la prise de parole d’un camarade
en écoutant ce qu’il a à dire. L’appareil d’enregistrement est brièvement présenté afin
qu’ils n’en soient pas perturbés.
Entretien
(quelques précisions quant aux questions précèdent l’entrée en matière d’où la première
question évoquée de manière indirecte)
1. (E) : …la première (question) c’est à propos de la langue française / et je voulais
savoir pour vous la langue française c’est quoi ?
((I1) lève la main)
2. (E) : oui ?
3. (I1) : c’est comme une bonne langue / c’est comme une bonne langue mais c’est
juste qu’il y a des verbes et des mots que… on ne sait pas / puis qu’on voulait
savoir /
4. (E) : ok / ((I2) lève la main) oui ?
1
Dans cet établissement, les enseignants désignent communément leurs élèves par « les ami(e)s ».
110
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E.O.C. 27_01 ; CA1
5. (I2) : c’est une bonne langue mais un peu difficile / parce que les langues que on
parle c’est pas la même chose / comme l’alphabet / alors c’est un peu difficile
pour nous /
6. (E) : d’accord /
7. (I2) : mais j’aime la langue /
8. (E) : ok / ((I3) lève la main) oui ?
9. (I3) : moi je pense c’est (se lève / rires de plusieurs) un peu facile parce que il y a
beaucoup… / pas difficile parce que le… le… / parce que comme / il y a des
verbes difficiles / il y a verbes faciles / le français un peu difficile parce que il y
a des comme / tu écris quelque chose mais c’est pas la même écriture /
comme tu dis / tu dis quelque chose après tu écris pas comme… /
10. (E) : ok / on ne prononce pas comme on écrit /
11. (I3) : ouais !
12. (E) : c’est ça ?
13. (I3) : ouais /
14. (E) : d’autres personnes souhaitent dire c’est quoi le français ? ((I4) lève la main)
oui ?
15. (I4) : moi ? c’est un peu difficile parce que c’est la / dans le français / c’est le grand
histor / et… c’est difficile /
16. (E) : ok c’est difficile parce qu’il y a une grande histoire derrière /
17. (I4) : oui /
18. (E) : très bien et ça sert à quoi le français ?
19. (I2) : de parler français !
20. (E) : c’est tout ?! (rires)
21. (P) : (elle interpelle (I5) parce qu’il est distrait) (I5) ça sert à quoi le français ?
22. (I5) : quoi ?
23. (P) : ça sert à quoi le français (I5) ?
24. (I5) : parle français /
25. (P) : parler / (I5) ça sert à quoi d’autre ?
26. (I5) : comprend français /
27. (P) : comprendre / ça sert à parler à comprendre / qu’est-ce que vous regardez en
français ?
28. (plusieurs) : la télévision /
29. (P) : poser des questions / ouais /
30. (E) : ((I6) lève la main) vas-y /
31. (I6) : communiquer /
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32. (E) : avec qui ?
33. (I6) : avec euh… les Français /
34. (P) : communiquer avec les Français / très bien / quoi d’autres ?
35. (plusieurs) : lire /
36. (P) : on peut lire / ouais /
37. (E) : ((I3) lève la main) oui ?
38. (I3) : notre… / (se lève) la langue c’est une richesse /
39. (E) : pourquoi c’est une richesse ?
40. (I3) : parce que si tu vas dans tout le monde / tu parles… / si tu parles anglais ou
français / si tu parles arabe / si tu connais beaucoup de… beaucoup de
langues / tu peux par-… / tu vas où tu veux tu parles /
41. (E) : tu parles avec beaucoup beaucoup de monde si tu parles beaucoup de
langues /
42. (I3) : ouais /
43. (E) : ok / et quand vous pensez « le français » / ça vous fait penser à quoi ? ((I3)
lève la main) oui ?
44. (I3) : la France /
45. (E) : la France ?
46. (I3) : oui /
47. (E) : seulement la France ?
48. (I3) : et le Québec et le Canada /
49. (E) : ok / ((I8) intervient un peu en aparté à (I3)…)
50. (I7) : ils parlent anglais…. Québec Canada parle l’anglais /
51. (E) : ok / ça vous fait penser à quoi d’autre ? ((I7) a lève la main) oui ?
52. (I6) : à les pays qui parlent français /
53. (E) : est-ce que t’en connais beaucoup ?
54. (I6) : (silence)
55. (P) : toi tu viens de quel pays déjà ?
56. (I6) : Algérie /
57. (P) : Algérie eh ? ils parlent français /
58. (I6) : euh… oui / France /
59. (E) : ok / ça vous fait penser à quoi d’autre le français ?
60. (plusieurs) : Québec / Canada /
61. (I3) : la Belgique elle parle français /
62. (E) : oui /
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E.O.C. 27_01 ; CA1
63. (P) : pis mis à part les pays ça vous fait penser à quoi le français ? à part les
pays… où on parle / ((I3) lève la main) oui (I3) ?
64. (I3) : la France… elle a resté dans l’Algérie 130 ans ! ça me fait penser à ça /
65. (P) : tu connais bien ton histoire !
66. (I3) : ah ! je connais !
67. (E) : (à (I1) qui semblait lever la main) tu voulais dire quelque chose ? ça te fait
penser à quelque chose ?
68. (I1) : non /
69. (E) : ça te fait penser à rien ?
70. (I1) : pas tellement /
71. (E) : et est-ce que chacun son tour / vous pouvez me dire quelles langues vous
parlez ? on va commencer par vous (I9) 1 / dites-moi votre nom et puis quelles
langues vous parlez… /
72. (I9) : je m’appelle (I9) et je parle espagnol / et j’ai 10 ans /
73. (I1) : je m’appelle (I1) / je parle twi et j’ai 10 ans et demi /
74. (I10) : je m’appelle (I10)… je parle bulgare / je pris <suis> 11 ans (rires de plusieurs) /
75. (I1) : NON ! j’AI 11 ans ! (rires)
76. (I2) : je m’appelle (I2) / je parle bulgare et j’ai 11 ans et demi /
77. (I7) : bonjour je m’appelle (I7) / je parle arabe un petit peu kabyle / j’ai 11 ans /
78. (P) : pis tu parles bien français / vous parlez tous bien français vous ne le nommez
pas ! (rires) oui ?
(un élève explique les questions à (I11), nouvel élève qui ne maîtrise pas encore
suffisamment le français pour être autonome).
79. (P) : (vers (I11)) euh… /
80. (plusieurs) : (vers (I11) pour lui expliquer comment répondre) « je m’appelle (I11) / je
parle… » /
81. (P) : your name and your language… ok ?
82. (I11) : my langue <?> is ourdou and my name is (I11) /
83. (I8) : on dit en français !
84. (P) : en français t’es-tu capable ? (plusieurs élèves expliquent à (I11) et répètent en
français ) « mon nom est… » /
85. (I11) : « (I11) » /
86. (P) : oui pis le langage que tu parles c’est… /
87. (I11) : ourdou /
1
Choix pour cette élève car au début de l’échange collectif, elle avait montré une certaine aisance à l’oral
donc l’idée était d’éviter à un profil plutôt timide ou réservé de devoir commencer les présentations.
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88. (P) : comment ?
89. (I11) : ourdou /
90. (I8) : anglais aussi /
91. (P) : anglais aussi un peu / (I6) /
92. (I6) : je m’appelle (I6) / je parle arménien arabe anglais et français /
93. (I5) : je m’appelle (I5) / je parle hindi penjabi français /
94. (I12) : je m’appelle (I12) / je parle tamoul anglais un peu français /
95. (I13) : je m’appelle (I13) / je parle penjabi / j’ai 9 ans /
96. (I3) : je m’appelle (I3) / je parle arabe français… /
97. (I8) : XXX… les deux ?
98. (I3) : parce qu’il y a deux arabes / parce que l’arabe de l’Algérie est pas comme…
pas comme de Liban / je connais le Liban… / parce que il y a deux / j’sais pas
comment on dit… (il parle en arabe) / c’est ça ?
99. (I8) : je m’appelle (I8) / je parle espagnol un peu français / j’ai 12 ans /
100. (I14) : je m’appelle (I14) / je parle penjabi ourdou hindi anglais français et j’ai 12 ans
et demi /
101. (plusieurs) : XXX… parle pas penjabi /
102. (I4) : je m’appelle (I4) / je parle russe ukraine un peu anglais et le français / j’ai
11 ans /
(bruits et paroles qui couvrent…)
103. (I15) : bonjour je m’appelle (I15) / je parle... /
104. (plusieurs) : plus fort !
105. (I15) : (reprend en parlant plus fort)…anglais ourdou penjabi / j’ai 12 ans /
106. (P) : tu peux dire comment tu t’appelles (I16) /
107. (I16) : bonjour je m’appelle (I16) /
108. (E) : et quelles langues tu parles ?
109. (I16) : espagnol / j’ai 12 ans /
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E.O.G. 27_02 ; (G : 11A, F : 11A½, F : 10A½ ) ; CA1
Contexte
Entretien
1. (I1) : je m’appelle (I1) / je viens du Inde et je parle penjâbi hindi ourdou puis
anglais puis français / j’ai 10 ans non 11 ans (rires) / c’est tout /
2. (I2) : allô je m’appelle (I2) / je viens de Bulgarie / je parle bulgare turc anglais et
français / j’ai 11 ans et demi /
3. (I3) : bonjour je m’appelle (I3) / je viens du Ghana / je parle twi et je 10 ans et
demi /
4. (E) : est-ce que tu parles autre chose aussi comme langues ?
5. (I3) : je parle anglais… mon langue 1 et…français /
6. (E) : maintenant première question / si vous devez vous présenter à quelqu’un
donc à part le nom les langues l’âge / qu’est-ce que vous dites ? je viens
de tel pays mais vous dites aussi quoi ?
7. (I3) : mmm…je dis… SALUT !
8. (E) : oui mais pour décrire votre personne / qu’est-ce que vous dites ?
9. (I2) : je dis j’étudie dans l’école (Y1) / j’habite à l’Acadie… hummm… /
10. (E) : qu’est-ce que tu aimes faire ?
11. (I3) : moi je veux dire que… / s’il me demande que quelle école ? je dis que suis
dans l’école (Y1) puis je suis dans Accueil (Y2)… / puis si les personnes ils
demandent que « quel âge as-tu ? » ou quelque chose comme ça je vais
dire « 11 ans et demi » / ou bien s’il dit « comment tu t’appelles ? » je vais
dire « je m’appelle (I3)… » /
12. (E) : ok et toi ? (vers ((I1)) /
13. (I1) : je comprends pas qu’est-ce que tu dis /
1
C’est-à-dire le twi.
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14. (E) : c’est juste comme elles ont dit l’école / ce que j’aime faire / les choses que
tu aimes faire les activités… /
15. (I1) : j’aime jouer le soccer / puis j’aime… travailler bien… le français… /
16. (E) : le weekend t’aimes bien faire du sport ?
17. (I3) : ouais le soccer comme ça /
18. (E) : t’es dans une équipe ?
19. (I1) : non /
20. (E) : non et toi ?
21. (I2) : j’aime beaucoup nager puis patiner / j’aime jouer avec l’ordinateur et j’aime
beaucoup le français /
22. (E) : ok et toi ?
23. (I3) : moi j’aime… j’aime jouer au tennis / j’aime patiner / j’aime faire du ballet…
puis… j’aime le français très beaucoup / mais maintenant je trouve que
j’oublie un petit peu l’anglais /
24. (E) : et quand vous faites les activités est-ce que vous parlez en français en
anglais ou dans une autre langue ?
25. (I1), (I2), (I3) : français /
26. (E) : (à (I3)) et au soccer tu parles en français ?
27. (I2) : français parce que… /
28. (I3) : quand quand en anglais oublier tout… français /
29. (E) : ah ?
30. (I2) : oui puis c’est pas bon ! les enseignants a dit que on parle pas assez parce
qu’on étudie le français pas notre langue /
31. (E) : mais à la maison vous parlez d’autres langues aussi ?
32. (I1), (I2) et (I3) :oui /
33. (I3) : moi je parle un petit peu le français mais mélangé avec l’anglais parce que
j’oublie !
34. (I1) : moi je parle avec ma sœur… français /
35. (E) : ah ouais ? et quand tu regardes la télévision ou quand tu joues à
l’ordinateur ?
36. (I1) : moi je regarde tout en français la télévision /
37. (I2) : } moi aussi /
38. (I3) : } moi aussi /
39. (I3) : moi ma télévision tout en français / mes dvds mes cassettes sont tout en
français /
40. (I2) : moi aussi… mon ordinateur / le programme de télévision sont tous en
français /
41. (E) : ok / et est-ce que vous vous souvenez quand vous êtes arrivés au
Canada ?
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65. (I3) : mais tu as parlé avec (X1) non ?
66. (I1) : ouais / je dis à (X1) puis lui traduit… /
67. (E) : il a traduit /
68. (I1) : ouais /
69. (E) : mais quand t’es arrivé à l’aéroport et que t’es sorti de l’avion comment t’as
trouvé le pays / comment tu as trouvé les gens ?
70. (I1) : parce que mon père il est ici / après c’est ma mère a dit… /
71. (E) : mais toi comment tu as trouvé ça ? c’était très différent c’était froid c’était
chaud… /
72. (I1) : oui c’est chaud !
73. (E) : parce que t’es arrivé l’été ?
74. (I1) : ouais /
75. (E) : l’été dernier ?
76. (I1) : ouais /
77. (E) : tu te rappelles la date ?
78. (I1) : non je ne sais pas /
79. (I3) : non parce que c’est longtemps !
80. (E) : ouais ?
81. (I3) : puis… je en PLUS j’ai oublié les noms de… ma famille ! pas tout le monde
je me rappelle… /
82. (I2) : puis ici dans Canada puis dans Bulgarie le climat ça c’est le même chose /
y la hiver le printemps l’été mais c’est pas comme dans le printemps avril
mars mai / la hiver puis dans l’été ça c’est la même chose que dans mon
pays /
83. (I3) : mais dans mon pays c’est juste l’été /
84. (I1) : mais dans Inde c’est… quelques pays / il y a beaucoup de froid que ici /
85. (E) : quand on monte dans les montagnes… /
86. (I1) : ouais /
87. (E) : et t’as déjà été là-bas là où il fait froid ?
88. (I1) : ouais / froid si plus haut < ?> /
89. (E) : et toi c’est quoi le pays que t’aimes le plus ?
90. (I1) : hmmm (hésitation) …. (parlant très bas) pas Canada / (rires (I3)) / Inde /
91. (E) : Inde ?
92. (I1) : ouais /
93. (E) : ok une autre question / par exemple on va demander à (P1) « (P1) tu es
quoi ? » (P1) va dire « je suis canadienne / je suis québécoise » / toi si on
te demande tu es quoi… /
94. (I1) : indien /
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125. (I2) : Canadiens parce que… / et puis le différence entre le canadien et le
bulgarien sont juste la langue /
(Interruption)
126. (E) : donc on disait si vous avez des enfants eux ils vont dire « canadiens » /
127. (plusieurs) :Canadiens /
128. (I3) : Québécois parce que s’ils sont nés ici mais s’ils sont nés au Ghana puis ils
sont venus ici après ils vont dire ghanéen parce que c’était pas ici qu’ils
sont nés /
129. (E) : toi tu penses la même chose ?
130. (I1) : ouais /
131. (E) : et est-ce que vous avez un pays où vous aimeriez vivre ? vraiment / dans
quel pays vous souhaitez vivre ?
132. (I3) : ah ! moi chez mon pays /
133. (E) : Ghana ?
134. (I3) : oui /
135. (E) : et toi ?
136. (I2) : Bulgarie /
137. (E) : et toi ?
138. (I1) : Inde /
(rires)
139. (E) : ah donc si vous pouvez vous rentrez chez vous ?
140. (I1) : moi après quand je devenu grand moi je aller au Inde / pas rester ici /
141. (E) : pourquoi ? est-ce que tu peux me dire pourquoi ?
142. (I1) : j’aime pas ici parce que… /
143. (I3) : c’est trop froid !
144. (I1) : ouais… non ! pas pour ça ! Inde on l’a pas… quand vient ici… on fait
beaucoup de choses… pas ici /
145. (E) : est-ce qu’il y a quelque chose que tu n’aimes pas ici ?
146. (I1) : c’est bon / ici aussi c’est bon / mais j’aime Inde beaucoup /
147. (I2) : moi je préfère Bulgarie mais j’aime ici beaucoup aussi parce que… sais
pas… j’aime le français j’aime la personne qui sont ici / puis je rencontre
beaucoup de personnes comme (I3) comme Indien comme Ghana comme
Québécoise parce que je rencontre juste le Turc puis le Bulgare pas le
Québécoise pas le Indien pas le Ghana / puis j’aime ça / j’aime les
personnes qui sont … /
148. (E) : de différentes cultures ici… /
149. (I2) : oui /
150. (E) : et toi ?
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151. (I3) : moi j’aime mon pays parce que c’est des gens que… / il y a des personnes
qui sont tes meilleures amies tes sœurs et quelque chose / tu vas les
manquer tu peux plus les reconnaître / comme si tu retournes à ton école
avant / tu vas plus reconnaître tes amis ton professeur quelle classe… /
puis ici aussi c’est bien je rencontre beaucoup des amis puis c’est bien
mais j’aime Ghana plus /
152. (E) : ok maintenant si on parle un peu des langues / est-ce que vous
connaissez d’autres sortes ou d’autres types de français ? ou est-ce qu’il y
a juste UN français ?
153. (I2) : ici dans le Québec le français c’est plus… / ici le immigrant le français que
nous parlons c’est plus différent que le français que les Québécoises
parlent parce que le vraiment Québécoises ne parlent pas le français que
nous parlons /
154. (E) : mais en dehors du Québec par exemple / vous avez dit en classe le
français on parle aussi en France on parle en Belgique / est-ce que c’est le
même français pour vous ?
155. (I1), (I2) et (I3) : non !
156. (E) : qu’est-ce qui change ?
157. (plusieurs) :(quelques échanges) /
158. (I1) : les mots /
159. (E) : les mots ?
160. (I1) : ils changent… /
161. (E) : est-ce qu’il y a d’autres choses ? comme le vocabulaire… /
162. (I1) : ouais / ça <change> /
163. (I3) : pis ils parlent vite là !
164. (E) : qui parle vite ?
165. (ens.) : les Québécoises / (rires) /
166. (I3) : comme si quelqu’un parle si vite je va rien comprendre !
167. (E) : et si vous pouviez choisir… changer votre langue maternelle / la langue
que vous parlez à la maison / est-ce que vous choisiriez une autre
langue ? si on vous dit « vous pouvez choisir la langue que vous parlez à
la maison » / quelle langue est-ce que vous allez choisir ?
168. (I-?) : <change pas> / <je sais pas> /
169. (I1) : penjâbi /
170. (E) : penjâbi ? pourquoi ? c’est une langue que tu aimes ?
171. (I1) : oui /
172. (I2) : à la maison je parle bulgare… /
173. (E) : mais si tu pouvais changer /
174. (I2) : ...puis turc / je vais le changer avec français /
175. (I3) : moi aussi /
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176. (E) : pourquoi ?
177. (I2) : parce que j’aime le français puis je pense que le langue est difficile puis le
langue qui est très bon / c’est le langue de… moi je trouve intéressant /
178. (I3) : d’un autre pays… / moi je prends le français parce que aujourd’hui matin
ma mère m’a demandé une question et je l’ai répondu en français elle m’a
dit « quoi ? » elle n’a pas compris parce qu’elle a oublié tout son français !
179. (E) : et si on vous donne un pouvoir magique comme dans les dessins animés
et on vous dit « vous pouvez donner à toute la terre / à TOUT le monde
entier / une seule langue / est-ce que vous pensez que c’est une bonne
idée pour que tout le monde parle UNE langue ? » /
180. (I1) : non !
181. (I3) : NON !
182. (E) : non ? pourquoi ?
183. (I1) : parce que quand comme on parle quelque chose il va comprendre lui /
parce que quand moi mes amis parlent dans hindi… /
184. (E) : les autres ils ne comprennent pas !
185. (I1) : c’est ça !
186. (E) : et ça tu aimes !
187. (I3) : ouais / <secret> /
188. (I2) : je ne sais pas / quand toutes les personnes parlent français il n’y a pas de
chicanes / je ne pense pas que d’autres a dit quelque chose pour moi /
quand il parle penjâbi puis il me regarde je pense qu’il dit mauvais mots à
moi / il parle de moi puis… /
189. (E) : } donc toi tu préfères qu’il y ait une langue pour le monde entier ?
190. (I2) : } c’est ça aussi /
191. (I2) : puis j’aime l’autre langue pour savoir l’autre langue mais dans l’école on
parle juste une langue /
192. (I3) : moi aussi je accepte qu’est-ce qu’elle a dit parce que comme il y a des
gens qui disent des choses puis moi je pense qu’ils parlent mal / il y a des
fois qu’ils disent (I3) ça / (I3) c’est qui ? parce que… / j’aime pas / ce
monde… /
193. (E) : et si c’était une langue comme vous deux vous pensez qu’il faut enfin vous
préférez… /
194. (I1) : comme ça (faisant allusion à la situation diversifiée actuelle) / c’est bon /
195. (I2) : non c’est pas bon /
196. (I1) : comme dans classe c’est 10 personnes / ils parlent pas comme eux…
deux vient de Inde / un vient de Inde un vient de Bulgarie un vient de
Canada / comme ça / un vient de Spain un vient de… /
197. (I2) : comme le semaine passée une fille vient de Bulgarie puis elle me
demandait des choses parce qu’elle ne comprend pas puis je dis en
bulgare… /
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E.O.G. 27_02 ; (G : 11A, F : 11A½, F : 10A½ ) ; CA1
Contexte
Lundi 27/02/06, pendant la 2ème récréation de la matinée, dans une salle de cours.
Entretien
1. (I1) : je commence ?
2. (E) : oui /
3. (I1) : ok / bonjour je m’appelle (I1) et viens du Liban / j’ai 12 ans / je parle
arménien arabe anglais français /
4. (I2) : bonjour je m’appelle (I2) / je viens daX dans la Ukraine / j’ai 11 ans / je
parle ukraine russe un peu anglais et français /
5. (E) : ok merci / si tu dois parler à quelqu’un que tu ne connais pas qu’est-ce que
tu vas dire de toi ? qu’est-ce que tu aimes faire ? qui tu es / qu’est-ce que
tu vas dire ?
6. (I1) : comme moi… que… quoi j’aime ?
7. (E) : hmm mmm (acquiescement) /
8. (I1) : comme sports j’aime le soccer /
9. (E) : ok / tu fais du soccer ?
10. (I1) : ouais je viens de commencer /
11. (E) : ok et toi qu’est-ce que tu aimes ?
12. (I2) : j’aime la sport / la tækwondo ah et soccer aussi /
13. (E) : t’en as fais la fin de semaine non ? t’as dis en classe que t’en as fais…
non ? (air dubitatif de (I2)) ou t’as lu un livre ! à la bibliothèque /
14. (I2) : la (Y1) / (cite une bibliothèque dans le quartier) /
15. (E) : à part donc ces choses là sur votre personne est-ce que vous vous
rappelez la première fois quand vous êtes arrivés au Canada ou quand
vous êtes arrivés au Québec à Montréal / est-ce que vous vous rappelez ?
oui ?
16. (I1) : oui /
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
17. (E) : est-ce que tu peux nous raconter / qu’est-ce que t’as pensé du Canada ?
comment t’as trouvé ça quand t’es descendu de l’avion… /
18. (I1) : quand j’allais à la maison je dormais 16 heures après XXX /
19. (I1) et (I2) : (échanges) /
20. (E) : (vers (I2)) et toi ?
21. (I2) : ne sais pas /
22. (E) : t’as trouvé ça beau ? t’as trouvé ça froid ?
23. (I2) : pas froid ! parce que dans le russe dans dans… moi avec mon grand-mère
et mon grand-père moi aller dans le siber / c’est plus froid /
24. (E) : c’est plus froid donc tu connais ! t’es arrivé l’été l’hiver ? ici ?
25. (I1) : moi je arrivais automne /
26. (I2) : moi la… le… oui le hiver /
27. (E) : l’hiver donc le froid ça t’a pas fait peur / tu connaissais déjà / et les gens /
comment vous avez trouvé les gens ? les personnes ici ?
28. (I1) : gentils /
29. (E) : gentils ?
30. (I2) : ouais /
31. (E) : et vous avez compris quand ils ont parlé ?
32. (I1) : ouais /
33. (I2) : (en riant) première fois non ! après !
34. (E) : oui après ! mais première fois NON ! (vers (I2)) t’as pas compris ?
35. (I2) : non /
36. (E) : et est-ce que vous avez envie de rester / vivre au Canada / ou vous
préférez rentrer au Liban ?
37. (I1) : non rester ici /
38. (I2) : oui rester ici /
39. (E) : pourquoi ?
40. (I1) : parce que c’est plus bon ici /
41. (I2) : oui parce que c’est pas la… comme… je ne sais pas comment dire… /
42. (E) : parce que l’école est bien / parce qu’il y a des activités /
43. (I2) : oui /
44. (I1) : au Liban il y a beaucoup d’amis mais c’est pas grave après on va… /
45. (E) : t’as de nouveaux amis ici /
46. (I1) : ouais /
47. (I2) : oui /
48. (E) : et d’autres choses que vous aimez beaucoup ici ?
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E.O.G. 27_03 ; (G : 12A, G : 11A) ; CA1
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79. (I1) : non /
80. (E) : non ? pourquoi ?
81. (I1) : parce que tous les pays ils ont une langue / c’est plus bien comme ça… /
82. (I2) : c’est bon parce que c’est tous les pays c’est une histor commune /
83. (I1) : comme une histoire /
84. (E) : c’est pour avoir beaucoup de culture beaucoup d’histoire /
85. (I1) : oui /
86. (E) : et comment vous trouvez les cours de français ici ? les classes de
français ? c’est difficile c’est bien ?
87. (I1) : première fois quand j’arrive c’est difficile maintenant c’est plus facile /
88. (E) : maintenant c’est facile ?
89. (I2) : parce que c’est la la professor… c’est la… c’est bien parce que parler et
expliquer /
90. (E) : elle prend le temps elle explique bien /
91. (I2) : ouais /
92. (E) : et vous aimez ? vous apprenez beaucoup de choses ? vous aimez ?
93. (I1) : ouais /
94. (I2) : ouais /
95. (E) : et vous avez hâte d’aller dans la classe régulière ?
96. (I1) : hmm ? (signes d’incompréhension, hésitation) /
97. (E) : vous avez hâte d’aller dans la classe régulière ? parce que là vous êtes en
classe d’accueil et après quand vous allez aller… aller dans une autre
classe… /
98. (I1) : ouais / moi l’année prochaine je vais aller secondaire 1 /
99. (I2) : la semaine prochaine ? (sourire) /
100. (I1) : non ! l’ANNEE prochaine !
101. (I2) : (rires) /
102. (E) : et tu as hâte ?
103. (I1) : ouais /
104. (E) : et toi ?
105. (I2) : j’sais pas /
106. (E) : tu vois ce que c’est HATE ? avoir hâte ?
107. (I2) : (hésitation) /
108. (E) : c’est avoir envie / vouloir aller / si tu VEUX aller ?
109. (I2) : ah ! oui ! m… j’sais pas parce que moi pas parler pas beaucoup /
110. (E) : mais après tu as envie ?
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144. (E) : c’est pareil ?
145. (I1) : oui /
146. (I2) : oui /
147. (E) : et à l’école est-ce qu’il y a des activités que vous aimeriez proposer ? de
nouvelles activités ?
148. (I1) : dans l’école ici ?
149. (E) : oui dans l’école dire à l’enseignant si il dit « qu’est-ce que tu aimerais faire
qu’on n’a jamais fait à l’école ? » / est-ce qu’il y a des activités que vous
aimeriez proposer ?
150. (I1) : comme danse /
151. (E) : danser /
152. (I1) : ouais /
153. (E) : ok et toi ?
154. (I2) : tout !
155. (E) : tout ! (rires) /
156. (I2) : oui /
157. (E) : est-ce que tu as des exemples ? des idées ? une activité ?
158. (I1) : soccer comme… quelque chose comme ça /
159. (E) : oui quelque chose /
160. (I2) : la mathématique /
161. (E) : ah ! ouais ça on a déjà / une nouvelle activité / parce que là j’ai vu vous
avez l’ordinateur vous pouvez jouer aux échecs / dessiner / est-ce qu’il y a
une nouvelle activité que vous aimeriez… /
162. (I1) : période de sciences /
163. (E) : période de ?
164. (I1) : de sciences /
165. (E) : de sciences ? des expérimentations / physique /
166. (I2) : périodes comme de sports jouer dans le hors / pas la gymnase / la soccer /
167. (E) : des sports dehors ?
168. (I2) : oui / parce que… /
169. (E) : comme à la récré mais avec tout le monde /
170. (I1) et (I2) : oui /
171. (E) : faire comme dans les jeux olympiques !
172. (I1) et (I2) : oui !
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E.O.G. 27_04 ; (G :12A, G : 12A, G : 11A) ; CA1
Contexte
Lundi 27/02/06, pendant une période libre de la matinée, dans la salle des
professeurs.
Entretien
1. (I1) : je m’appelle (I1) / je viens de Sri Lanka / je parle tamoul / j’ai 12 ans /
2. (E) : il y a d’autres langues que tu parles ?
3. (I1) : ouais anglais (mouvement de tête pour dire « un peu ») /
4. (E) : anglais un p’tit peu / et français ?
5. (I1) : un peu /
6. (E) : un peu aussi / d’accord et toi ?
7. (I2) : je m’appelle (I2) / j’ai 12 ans / je viens du Mexique / je parle espagnol et un
peu français /
8. (E) : et anglais ?
9. (I2) : non /
10. (E) : non / ok (vers (I3)) /
11. (I3) : bonjour je m’appelle (I3) / je viens de l’Algérie / je parle arabe / j’ai 11 ans /
je parle français arabe et kabyle /
12. (E) : et kabyle / …et anglais ?
13. (I3) : non /
14. (E) : non ? d’accord / alors maintenant ce que j’aimerais que vous me dites c’est
les loisirs que vous aimez faire les activités en dehors de l’école / quelles
activités /
15. (I1) : je jouer soccer /
16. (E) : (suggestion à voix basse) faut parler fort /
17. (I2) : (en parlant plus fort) je jouer soccer / après… (hésitation) /
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18. (E) : qu’est-ce que tu aimes faire la fin de semaine ?
19. (I1) : soccer /
20. (E) : soccer / pas de télévision ?
21. (I1) : « X-Box » / tu sais « X-Box » ?
22. (E) : oui « X-Box » c’est les jeux vidéo /
23. (I1) : oui / c’est ça ! (sourire) /
24. (E) : d’accord /ok / et toi ?
25. (I2) : soccer / jouer avec mon équipe /
26. (E) : tu joues dans une équipe ?
27. (I2) : oui /
28. (E) : t’as joué la fin de semaine / t’as dit à la classe / t’as joué cette fin de
semaine /
29. (I2) : ouais /
30. (E) : t’as gagné ?
31. (I2) : oui tous les vendredis /
32. (E) : c’est vrai ! (rires) /
33. (I2) : c’est pour vrai /
34. (E) : et à part le soccer qu’est-ce que tu aimes faire ?
35. (I2) : (hésitation) ben… ne sais pas comment on dit en français /
36. (E) : dis en espagnol /
37. (I2) : euh… (gestes, il mime la manipulation d’une manette) /
38. (E) : c’est les jeux vidéo ou la « Playstation » ?
39. (I2) : oui /
40. (E) : les jeux vidéo ! (rires) et toi ?
41. (I3) : j’aime nager (rires) / jouer soccer / faire du vélo /
42. (E) : ok quelle est votre émission de télévision préférée ?
43. (I3) : quelle émission ?
44. (E) : à la télé / l’émission que vous préférez /
45. (I2) : je je regarde la télévision en français parce que mon père m’a dit je parle
beaucoup français après m’a dit je regarde /
46. (E) : ça va aider à apprendre le français /
47. (I1) : ouais /
48. (E) : toi aussi tu regardes en français ou en anglais ?
49. (I1) : français anglais hmm… (lève les sourcils comme pour bien réfléchir,
hésitation) /
50. (E) : ça dépend ?
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E.O.G. 27_04 ; (G :12A, G : 12A, G : 11A) ; CA1
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84. (I3) : il faut parler français !
85. (E) : si vous pouvez changer avec des pouvoirs magiques comme dans les
bandes dessinées / si vous avez des pouvoirs magiques / des pouvoirs
spéciaux et on vous dit vous pouvez changer le monde entier et donner
une langue pour tout le monde dans tous les pays à toutes les personnes
est-ce que vous pensez que c’est une bonne idée ?
86. (I3) : ouais !
87. (E) : …ou vous pensez que c’est pas une bonne idée ?
88. (I3) : c’est une bonne idée /
89. (E) : dis-moi pourquoi ?
90. (I3) : parce que quand on sait tout le la langue français on peut faire qu’est-ce
qu’on veut /
91. (E) : quand tout le monde sait parler la même langue… on peut tous se
comprendre c’est ça ?
92. (I3) : oui /
93. (E) : toi tu penses c’est une bonne idée ?
94. (I2) : oui /
95. (E) : ça va ? t’as compris la question ?
96. (I2) : oui /
97. (E) : ok / dis-moi pourquoi tu penses c’est une bonne idée /
98. (I2) : parce que c’est les garçons est-ce que parlent beaucoup français autre
garçons et filles no parlent beaucoup français c’est… / (geste
désapprobateur dans le sens c’est pas bien lorsque tous ne parlent pas la
même langue) /
99. (E) : c’est ça que tu veux dire ? toi tu penses que c’est bien une langue pour
tous les pays ?
100. (I1) : NO ! /
101. (E) : non ? pourquoi ?
102. (I1) : un pays c’est penjâbi c’est comme ça / autre pays c’est quelque chose
comme ça /
103. (E) : et tu veux pas changer ?
104. (I1) : (fait « non » de la tête) /
105. (E) : pourquoi ?
106. (I1) : j’aime… Canada ( ?) /
107. (E) : tu aimes que chaque pays garde sa langue ?
108. (I1) : (acquiescement) /
109. (E) : est-ce que vous aimez beaucoup ici ? Québec /
110. (plusieurs) :oui / ouais /
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
E.O.G. 27_04 ; (G :12A, G : 12A, G : 11A) ; CA1
111. (E) : vous vous rappelez quand vous êtes arrivés ? est-ce que vous vous
rappelez quand vous êtes sortis de l’avion et vous êtes arrivés au
Canada ? vous vous rappelez ? non ? tu te rappelles ?
112. (I3) : oui /
113. (E) : est-ce que tu peux me dire comment tu as trouvé ça ? est-ce que c’était
froid est-ce que c’était chaud ((I2) « si ») / les gens étaient gentils / (non
distinct « oui »)
114. (I3) : j’étais… j’étais troublé /
115. (E) : tu étais troublé ? t’étais content ?
116. (I3) : parce que j’ai vu Canada / elle m’a beaucoup… j’ai senti… (met la main
sur le cœur pour mimer des palpitations) /
117. (E) : c’était de l’excitation t’étais content d’être arrivé /
118. (I3) : ouais / j’ai senti le… que c’est différent que c’est différent que quand
j’étais… /
119. (E) : et qu’est-ce qui était différent ? c’était quoi la plus grande différence ?
120. (I3) : tout /
121. (E) : tout ?
122. (I3) : oui /
123. (E) : et toi ?
124. (I2) : je pense que c’est même chose / différent TOUT parce que c’est… /
Reconstitution des faits saillants de la suite de l’échange à partir des notes prises sur
place.
133
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Entretien oral en groupe 27_06
Contexte
Entretien
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E.O.G. 27_06 ; (F : 11A, G : 11A) ; CA1
Reconstitution de la suite de l’entretien à l’aide des notes saisies sur place, pendant
l’échange.
[…]
30. (E) : would it be a good idea to have one single language for everyone,
everywhere? One and only that one language for the whole world?
31. (I2) : yes / English would be nice !
32. (E) : English? Why?
33. (I2) : cause easier for everyone /
34. (E) : what about you (I1)?
35. (I1) : no ! it would be bad / a bad thing /
[…]
36. (E) : ok / and do you think that one day / you’ll consider yourselves as
“Canadians”? would you say you are a Canadian?
37. (I2) : well / depending on how old I get /
38. (E) : I see / and (I1) ?
39. (I1) : yes « Canadian »/ I can say this /
40. (E) : when did you arrive here?
41. (I1) : I arrived the 28th of january /
42. (E) : right / and would you like to live in Canada later ? when you grow older ?
43. (I1) : } yes /
44. (I2) : } hmmm... yeah /
45. (E) : could you tell me about your first moments upon arrival here?
46. (I1) : I don’t understand /
47. (E) : I mean when you came here to Canada / by plane / the first time... how did
you find it?
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
48. (I1) : oh ! it was uh... yeah / nice /
49. (E) : (I2) ?
50. (I2) : the same I guess / I was happy / but it was kinda hard / with the language
and all /
51. (E) : now tell me about the “classe régulière” /
52. (I1) : } (air dubitatif) I don’t understand /
53. (I2) : } (air dubitatif) uh ?
54. (E) : do you know the “classe régulière”?
55. (I1) et (I2) : no /
56. (E) : it’s another type of class once you finished learning French in this class /
57. (… /…)
58. (E) : how often do you speak French ?
59. (I2) : my parents always tells me to speak French /
60. (E) : yeah ?
61. (I2) : I don’t like French because it’s difficult / I like the courses but the language
is hard / I guess... it’s really difficult /
62. (E) : what about you (I1)?
63. (I1) : well... / I like French but it is difficult / my mother speaks French but not my
dad /
64. (E) : ok /
65. (I1): and she tells me to speak French all the time/
66. (E) : ok / great thanks! is there anything you’d like to add? anything else?
67. (I2) : no... uh... French is difficult!
Proposition de traduction
Les formulations en français sont faites à la lumière des autres productions orales
des jeunes sans regard évaluatif.
1a. (I1) : je suis (I1) / je viens de la Bulgarie / j’ai 11 ans / euh… /
2a. (E) : quelle(s) langue(s) parles-tu?
3a. (I1) : bul… bulg… bulgare et anglais et bien... rus... /
4a. (E) : très bien / russe ?
5a. (I1) : oui mais… (geste mimant l’approximation) /
6a. (E) : juste un peu /
7a. (I1) : ouais /
8a. (E) : et le français?
9a. (I1) : oh… non ! (rires) non !
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
E.O.G. 27_06 ; (F : 11A, G : 11A) ; CA1
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
9b. (I2) : bien / cela dépendrait de mon âge /
10b. (E) : je vois / et toi (I1) ?
11b. (I1) : oui « canadien » / je peux le dire que je le suis /
12b. (E) : quand est-ce que tu es arrivée ici ?
13b. (I1) : je suis arrivée le 28 janvier /
14b. (E) : d’accord / et est-ce que vous aimeriez rester vivre au Canada ? plus tard
lorsque vous serez grands ?
15b. (I1) : } oui /
16b. (I2) : } euh... ouais /
17b. (E) : racontez-moi vos premiers instants lorsque vous êtes arrivés ici ?
18b. (I1) : je comprends pas /
19b. (E) : je veux dire lorsque vous êtes arrivés au Canada / pour la première fois /
en avion… et vous êtes arrivés ici / comment avez-vous trouvé ça ?
20b. (I1) : oh ! c’était euh... ouais / bien /
21b. (E) : (I2) ?
22b. (I2) : pareil je suppose / j’étais content / mais c’était un peu difficile / avec la
langue et tout /
23b. (E) : et maintenant parlez-moi de la « classe régulière » /
24b. (I1) : } (air dubitatif) je vois pas /
25b. (I2) : } (air dubitatif) uh ?
26b. (E) : vous connaissez la “classe régulière”?
27b. (I1) et (I2) : non /
28b. (E) : c’est une autre sorte de classe / pour quand vous aurez fini d’apprendre
les bases en français dans cette classe / (… /…) /
29b. (E) : vous arrive-t-il de souvent parler en français ?
30b. (I2) : mes parents me disent toujours de parler en français /
31b. (E) : ah ouais ?
32b. (I2) : j’aime pas le français parce que c’est difficile / c’est comme les cours mais
la langue est difficile / je dirais que… c’est très difficile /
33b. (E) : et toi (I1)?
34b. (I1) : bien... / j’aime le français mais c’est difficile / ma mère parle français mais
pas mon père /
35b. (E) : ok /
36b. (I1): et elle me dit toujours de parler en français /
37b. (E) : ok / parfait / merci! y a-t-il autres choses que vous aimeriez me dire ?
38b. (I2) : non... euh... le français est difficile !
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Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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E.O.I. 28_01 ; (G : 11A½) ; CA1
Contexte
Mardi 28/02/06, pendant une partie de la récréation et une période libre de l’après-
midi, dans le bureau de la conseillère.
Entretien
1. (E) : tu peux commencer /
2. (I) : je m’appelle (I) / je parle arabe / euh… je comprends kabyle / euh… je
viens de l’Algérie / j’ai 11 ans ½ / euh… /
3. (E) : qu’est-ce que tu aimes faire à la maison, en dehors de l’école /
4. (I) : oh ! à la maison j’aime jouer avec mon frère /
5. (E) : ton petit frère /
6. (I) : ouais petit frère /
7. (E) : il a quel âge ton petit frère ?
8. (I) : il a 9 ans ½ /
9. (E) : et qu’est-ce que tu fais avec lui comme activité ?
10. (I) : comme je joue… avec en ordinateur / choses comme ça /
11. (E) : et avec ton frère tu parles quelles langues ?
12. (I) : je… lui il dit s’il parle français s’il parle arabe /
13. (E) : ok /
14. (I) : mais parle français un peu /
15. (E) : il mélange les deux ?
16. (I) : donc si il sait pas il dit en arabe /
17. (E) : d’accord et est-ce que des fois dans une phrase il va dire français
arabe français… ?
18. (I) : NON ! parce que en Algérie il y a des mots comme de français !
19. (E) : ah oui ?
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Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
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20. (I) : parce que la France l’est restée 130 ans c’est que l’arabe l’est mélangé
avec le français /
21. (E) : d’accord / et donc lui il ne fait pas trop la différence entre les deux /
22. (I) : ouais !
23. (E) : ok / et avec tes parents tu parles quelles langues ?
24. (I) : mon père il parle avec moi français /
25. (E) : toujours ?
26. (I) : non pas toujours /
27. (E) : quand… quand est-ce qu’il parle arabe avec toi ?
28. (I) : il dit… non ! ... comme en la maison il dit « viens ! » en arabe ou quoi /
mais si on fait… /
29. (E) : des petits mots /
30. (I) : oui / si on fait la lecture il dit pas en arabe si je comprends il dit pas en
arabe il dit français si… si je comprends pas il répète /
31. (E) : d’accord / et ta mère ?
32. (I) : ma mère elle parle français arabe / parce que elle était euh… comme
euh… comme docteur de français à l’école /
33. (E) : ah oui et avec toi elle parle français arabe /
34. (I) : mais si je comprends pas elle dit en arabe /
35. (E) : d’accord / et kabyle ? qui parle kabyle chez toi ?
36. (I) : mon père et ma mère /
37. (E) : entre eux ?
38. (I) : non parle comme… en arabe ! mais… (… /…) /
39. (E) : et toi tu comprends ?
40. (I) : un peu ouais /
41. (E) : et tu parles ?
42. (I) : non je n’parle pas je connais un petit peu des mots / mais je
comprends /
43. (E) : d’accord / est-ce que t’as une langue que tu aimes BEAUCOUP ?
44. (I) : (répond quasi instantanément) OUAIS ! c’est le kabyle !
45. (E) : ouais ?
46. (I) : ouais /
47. (E) : pourquoi ?
48. (I) : comme ça /
140
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49. (E) : et est-ce que t’as une langue que tu n’aimes pas ? de toutes les
langues pas uniquement les langues que tu parles / une langue que
t’aimes pas /
50. (I) : moi ?
51. (E) : ou il n’y en a pas ?
52. (I) : une langue ? je hais le… le… cr… les… comment on dit ? tatare 1 ! /
53. (E) : pourquoi ?
54. (I) : j’aime pas tatare /
55. (E) : c’est une langue qui se parle où ?
56. (I) : il parle en Turquie / il parle en… mais j’aime turc mais j’aime pas… l… /
57. (E) : } le tatare /
58. (I) : } la tatare /
59. (E) : pourquoi ?
60. (I) : comme ça ! /
61. (E) : et le français tu trouves ça… une belle langue ou… ?
62. (I) : ouais une belle langue /
63. (E) : oui ?
64. (I) : ouais /
65. (E) : et tu trouves c’est facile ?
66. (I) : oh ! c’est un peu difficile !
67. (E) : hmm mmm… (acquiescement)
68. (I) : surtout en écriture il faut… comme « sion » [sjo~] elle écrit « tion »
[tjo~]… comme… /
69. (E) : ça n’écrit pas comme on… on prononce /
70. (I) : ouais / oui !
71. (E) : et ici quand tu as… quand tu es arrivé au Canada la première fois tu te
rappelles ?
72. (I) : neuh ?
1
« Il est parlé en Europe de l'Est et en Asie centrale. Ses locuteurs sont appelés Tatars de la Volga,
ou Tatars de Kazan, bien que depuis la prise de Kazan par Ivan le Terrible ils se soient largement
dispersés dans l'Empire russe, notamment dans les steppes du sud de l'Oural, en Sibérie, au
Turkestan, et quelque peu en Lituanie. Cette langue comporte de nos jours plusieurs dialectes, en
particulier le mishar et le « tatar de Sibérie », qui restent très proches de la langue littéraire.
Aujourd'hui, le tatar est, au même titre que le russe la langue officielle de la république du Tatarstan,
appartenant à la Fédération de Russie. » URL : [[Link] Mise en ligne :
12/06/06.
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73. (E) : quand tu es descendu de l’avion au C… /
74. (I) : ouais je rappelle /
75. (E) : te rappelles ?
76. (I) : ouais !
77. (E) : oui ? c’était comment ?
78. (I) : oh ! j’étais… (rires) la première fois je voyage !
79. (E) : c’était… t’étais… la PREMIERE fois que t’as pris l’avion ?
80. (I) : ouais ! ma mère elle a peur de comme il… vient… (mime le décollage
d’un avion)
81. (E) : quand ça décolle ? elle avait peur ?
82. (I) : ouais ! moi je regarde je regarde WOW WOW ! après dit OH ! NON ! tu
regardes pas ! (rires)
83. (E) : toi t’étais près du h 1 … de la fenêtre ?
84. (I) : ouais ! moi je regarde avec mon frère / comme ça (mime regarder à
travers la fenêtre) / comme ça /
85. (E) : et ton frère il n’avait pas peur ?
86. (I) : non l’a pas peur /
87. (E) : et c’était bien ?
88. (I) : oui c’était bien /
89. (E) : et quand tu es arrivé au Canada / quand tu es descendu de l’avion…
90. (I) : ouais /
91. (E) : c’était comment ?
92. (I) : l’était très froid ! c’est… eum… /
93. (E) : ah oui ?
94. (I) : première fois l’était moins… douze ! l’était très froid moi je (rires) suis
comme ça ! (mime avoir froid avec les bras autour de lui)
95. (E) : il fallait mettre un grand manteau !
96. (I) : ouais ! comme ça ! moi je mets comme ça ! (mime le fait de
s’emmitoufler pour avoir chaud)
97. (E) : et les gens ils étaient comment ?
1
J’ai voulu dire « hublot » mais devant l’éventuelle difficulté du terme pour l’informateur, option pour
« fenêtre ». Trace ici d’une forme d’adaptation lors des entretiens présentés comme des
« échanges ».
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126. (I) : a… Alger / je viens de Alger comme mon père il vient de Kabyle et ma
mère elle vient de Alger mais son père c’est… /
127. (E) : c’est les deux /
128. (I) : ouais / mais son père il est Kabyle /
129. (E) : d’accord / et est-ce que tu penses un jour peut-être après quand tu vas
être grand tu vas dire « moi je suis canadien / je suis québécois » ?
130. (I) : non /
131. (E) : non ?
132. (I) : non je dis pas !
133. (E) : pourquoi ?
134. (I) : parce que c’est algérien / je reste algérien /
135. (E) : tu peux m’expliquer la différence c’est quoi… parce que moi je viens
pas d’ici et je connais pas canadien québécois algérien ? c’est quoi la
différence canadien québécois algérien ?
136. (I) : québécois canadien / les canadiens… il y a Québec comme Québec
elle parle France /
137. (E) : ah ! les québécois parlent français /
138. (I) : ouais /
139. (E) : les canadiens ils… /
140. (I) : l’autre comme Ottawa euh… anglais / ils parlent anglais /
141. (E) : anglais / et c’est quoi la différence entre québécois et algérien ?
142. (I) : les algériens c’est comme ils parlent arabe et… mais l’arabe c’est
comme… parle beaucoup en français /
143. (E) : ok / mais c’est pas le même français /
144. (I) : ouais / comme il dit... env… / quelqu’un « traversa » c’est comme
« traverser » mais comme en Algérie / autoroute c’est « autoroute » /
[krazte] c’est cr… « écraser » / [tomobil] 1 « automobile » c’est ça en
Algérie il dit comme ça /
145. (E) : c’est juste un peu différent /
146. (I) : oui comme « tiens » on dit [ta] / (rires) /
147. (E) : (rires) /
148. (I) : c’est ça /
1
Voir aussi URL : [[Link] Mise en ligne : 11/06/05.
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180. (I) : ouais ils sont gentils mais il y a beaucoup de comme il dit mauvais
mots / toujours ça / il vient… il n’y a pas quelqu’un il vient Angleterre il
dit.. il dit pas mauvais mots /
181. (E) : et des Italiens tu en connais ?
182. (I) : ouais je connais Italiens /
183. (E) : et ils sont comment eux ?
184. (I) : il y a quelqu’un comme il vient d’Italie mais c’est pas mon ami / mon
ami… comme ma tante comme le frère de ma ta… de ma… le frère de
la… l’époux de m… ma tante il est Italien /
185. (E) : ah oui ?
186. (I) : oui /
187. (E) : et c’est pour ça que tu veux aller en Italie ?
188. (I) : non pas Italie ! j’aime l’Italie !
189. (E) : ok /
190. (I) : en soccer j’aime l’Italie ! j’aime <que / tout> de l’Italie !
191. (E) : (rires) pourquoi c’est quoi l’Italie ? qu’est-ce qu’il y a là-bas ?
192. (I) : l’y a beaucoup de choses / moi j’aime Rome et j’aime… /
193. (E) : ok /
194. (I) : comme la ville là… là où… /
195. (E) : hmm mmm…
196. (I) : comme l’eau… (geste de la main qui zigzague comme sur l’eau) il y a…
je aime ça /
197. (E) : ah Venise ?
198. (I) : OUI ! Venise /
199. (E) : ok / et après quand tu vas être papa avec tes enfants est-ce que tu
aimerais vivre au Canada ou dans un autre pays ?
200. (I) : ho ! (rires) /
201. (E) : avec tes enfants / imagine plus tard toi tu es papa et t’as des enfants où
est-ce que tu veux vivre avec eux ?
202. (I) : Canada Italie Angleterre / (gestes comme pour dire « peu m’importe »)
/
203. (E) : c’est pas… /
204. (I) : ouais /
205. (E) : c’est pas grave… /
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232. (I) : je choisirais le français /
233. (E) : ouais ?
234. (I) : ouais /
235. (E) : pourquoi ?
236. (I) : comme ça /
237. (E) : comme ça c’est facile pour toi ?
238. (I) : ouais c’est facile difficile /
239. (E) : et avec tes enfants tu vas parler quelle langue ?
240. (I) : OH ! si j’apprends le kabyle je pa… j’a… /
241. (E) : tu parles kabyle avec tes… /
242. (I) : ouais / moi mon père j’ai dit « allez ! apprends-moi kabyle » il dit « si je
t’apprends kabyle et le français et l’arabe comment tu vas faire ? tu vas
mélanger tout ! » parce que le kabyle c’est pas comme… il écrit pas
comme l’arabe /
243. (E) : l’arabe / c’est différent /
244. (I) : ouais / il écrit comme le français mais les lettres c’est pas comme… le
arabe c’est comme ça (geste de la main qui va de droite à gauche) pas
comme ça… (geste de la main allant de la gauche vers la droite) /
245. (E) : ah oui c’est dans l’autre sens /
246. (I) : ouais et le français c’est comme kabyle mais c’est pas la même chose
comme « a » / « a » il écrit comme ça (écrit sur la table pour montrer la
lettre) et kabyle « a » c’est ça… (idem) /
247. (E) : et tu sais lire ? en arabe en kabyle ?
248. (I) : kabyle je sais lire /
249. (E) : tu as des livres à la maison où tu lis en arabe et en kabyle ?
250. (I) : ouais je (… /…) /
251. (E) : oui ? et tu aimes ça ?
252. (I) : ouais j’ai les livres dans mon casier pas mon casier mon pupitre /
253. (E) : et si tu avais des pouvoirs magiques comme euh… un… « Batman »…
ou « Superman »… /
254. (I) : ah ! (grimace) c’est pour bébé ça !
255. (E) : oui ben imagine t’as des pouvoirs magiques et… / (devant la grimace
plaintive de (I), rires) /
256. (I) : je fais rien ! (rires)
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257. (E) : (rires) et tu peux changer le le monde… entier et tu donnes UNE langue
pour le monde entier / à tous les pays / tu penses c’est une bonne idée
ou c’est pas une bonne idée ?
258. (I) : non c’est pas une bonne idée /
259. (E) : pourquoi ?
260. (I) : parce que les langues c’est un richesse / si j’enlève ça et TOUT
kabyle ! c’est quoi ça ? tu p… tu parles que UN langue !
261. (E) : donc c’est pas une bonne idée /
262. (I) : ouais c’est pas une bonne idée ça !
263. (E) : donc tu veux pas de pouvoirs magiques /
264. (I) : non je veux pas !
265. (E) : ok ! merci beaucoup !
266. (I) : de rien !
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Entretien oral en groupe 01_01
Contexte
Entretien
1. (I1) : bonjour je m’appelle (I1) j’ai 9 ans et je parle français arabe / je viens de
pays de l’Algérie /
2. (E) : merci /
3. (I2) : bonjour je m’appelle (I2) j’ai 9 ans je parle… espagnol français… c’est tout /
4. (E) : et tu viens de quel pays ?
5. (I2) : CUBA ! (prononciation hispanophone) /
6. (E) : ok /
7. (I2) : en Canada / je suis né en Canada puis après ma maman elle m’a amené
en Cuba /
8. (E) : ah d’accord !
9. (I3) : bonjour je m’appelle (I3) j’ai 10 ans je viens de pays Pakistan / je parle
français et ourdou /
10. (E) : d’accord merci / qui est-ce qui parle anglais ?
11. (I3) : <à moi> anglais / (geste « comme çi comme ça ») /
12. (E) : un p’tit peu ?
13. (I3) : (acquiescement) /
14. (E) : d’accord / alors maintenant est-ce que vous pouvez me dire qu’est-ce que
vous aimez faire / quelles activités ? qu’est-ce que vous aimez faire ? (I2) ?
15. (I2) : le soccer !
16. (E) : le soccer /
17. (I3) : lire !
18. (E) : lire / (I1) ?
150
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48. (E) : un p’tit peu ?
49. (I1) : ouais /
50. (E) : et la télévision tu regardes en français ou en anglais ?
51. (I1) : en français /
52. (E) : d’accord /
53. (I1) : en français… /
54. (E) : (I2) ?
55. (I1) : peut-être en anglais mais PARFOIS /
56. (E) : ah d’accord des fois en anglais /
57. (I2) : moi aussi des fois en anglais en français… /
58. (E) : est-ce que tu regardes des fois des films ou télévision… /
59. (I2) : ouais /
60. (E) : …en espagnol ?
61. (I2) : non pas espagnol (rires) /
62. (E) : non ?
63. (I2) : ouais j’ai déjà vu un film de espagnol-là que… parce que maman [XXX] /
64. (E) : ah oui /
65. (I2) : que elle elle a ça que que elle a [XXX] /
66. (E) : et est-ce que vous lisez des livres aussi à la maison ?
67. (I1), (I2) et (I3) : ouais /
68. (E) : oui ?
69. (I1) : parfois je me rends dans la bibliothèque pas cette bibliothèque dans patron
Le Prévost /
70. (E) : ah oui de la ville /
71. (I1) : oui je lis /
72. (E) : d’accord / et quelle langue tu lis ?
73. (I1) : en français /
74. (E) : est-ce que tu lis en arabe ?
75. (I1) : oui ! hier j’ai trouvé un livre en arabe mais j’ai… j’ai j’ai pas ramené ma
carte pour prendre je peux pas le prendre /
76. (E) : ah ! d’accord et à la maison tu as des livres en arabe ?
77. (I1) : non /
78. (E) : non ?
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79. (I1) : oui ! j’ai apporté de… je venu avec… j’ai apporté pour pas l’oub…
l’oublier… ma langue /
80. (E) : d’accord / très bien / (I2) quelle langue tu lis ?
81. (I2) : euh… des fois… j’ai déjà lu en… euh… en français /
82. (E) : en français surtout /
83. (I2) : ouais parce que j’ai un prof de français maintenant /
84. (E) : ok /
85. (I2) : j’ai pas <peur> à perdre… /
86. (E) : (regard vers (I3)) /
87. (I3) : anglais français /
88. (E) : anglais français ?
89. (I3) : parce que y est pas de livres en ourdou beaucoup /
90. (E) : y en a pas beaucoup / à la maison t’en as pas ?
91. (I3) : non /
92. (E) : d’accord / et avec vos parents avec papa ou maman quelles langues vous
parlez ?
93. (I3) : ourdou /
94. (E) : ourdou /
95. (I3) : penjâbi /
96. (I2) : français… français espagnol /
97. (E) : français espagnol /
98. (I1) : moi aussi français e… beaucoup arabe et un peu français /
99. (E) : et est-ce qu’à la maison tu parles kabyle ?
100. (I1) : ah ? (interrogation) /
101. (E) : est-ce que tu parles kabyle ?
102. (I1) : je sais des mots mais je ne parle pas /
103. (E) : d’accord parce que hier ton frère m’a dit que tes parents parlent kabyle ?
104. (I1) : oui moi mon père il parle ma mère elle parle elle comprend aussi mon père
aussi… /
105. (E) : mais toi non /
106. (I1) : non ne parle pas /
107. (E) : est-ce que tu aimerais parler kabyle ?
108. (I1) : oui j’aimerais !
109. (E) : pourquoi ?
153
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
110. (I1) : parce que… quand je je… peut-être je retourne je veux aller kabyle / parler
avec eux /
111. (E) : ah ! d’accord /
112. (I1) : c’est pour ça /
113. (E) : pour parler avec les gens… /
114. (I1) : oui /
115. (E) : qui sont en Algérie /
116. (I1) : oui /
117. (E) : d’accord /
118. (I1) : ils parlent kabyle /
119. (I1) : je peux… je parler / maintenant je peux pas parler parce que je peux pas…
sais pas kabyle /
120. (E) : ok / est-ce qu’il y a une langue que vous aimez que vous aimez beaucoup
beaucoup beaucoup / est-ce qu’il y a une langue peut-être que vous parlez
cette langue peut-être que vous parlez pas mais une langue que vous
aimez beaucoup beaucoup beaucoup ? oui (I1) ?
121. (I1) : français /
122. (E) : français ? tu aimes beaucoup ?
123. (I1) : oui /
124. (E) : pourquoi ?
125. (I1) : parce que c’est facile /
126. (E) : ok / c’est facile / (I2) ?
127. (I2) : l’espagnol parce que c’est très facile /
128. (E) : parce que c’est très facile / d’autres raisons ? à part facile / pourquoi vous
aim... toi tu aimes le français et toi l’espagnol /
129. (I2) : parce que c’est plus facile d’écrire les mots et… /
130. (E) : et de parler ?
131. (I2) : parce que regarde / à mettons « mama » tu écris M. A. M. A. /
132. (I1) : c’est pas la même chose (en parlant du français) /
133. (E) : ah ! on écrit pas comme on parle c’est ça ?
134. (I1) : c’est pour ça /
135. (E) : on écrit… /
136. (I1) : en arabe c’est difficile parce que c’est pas… même pas la même écriture !
137. (E) : ah d’accord /
138. (I1) : tu changes d’écriture /
154
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139. (E) : ok /
140. (I1) : c’est pas la même écriture /
141. (I2) : ouais /
142. (I3) : en ourdou c’est très difficile parce que on a parle un autre et écrit un autre /
143. (E) : c’est pas la même chose et quelle est la langue que tu aimes beaucoup
beaucoup beaucoup ?
144. (I3) : français et ourdou /
145. (E) : français et ourdou mais lequel est le premier ? laquelle ?
146. (I3) : OURDOU !
147. (E) : pourquoi ?
148. (I3) : parce que c’est très beau et j’aime Pakistan et puis après après… on…
moi j’aime langues ici /
149. (E) : et ça te fait penser à ton pays Pakistan /
150. (I1) : mais moi j’aime arabe parce que mon pays il parle arabe /
151. (E) : d’accord donc tu aimes aussi l’arabe /
152. (I1) : oui /
153. (E) : mais laquelle la première ? français ou arabe ? c’est difficile ?
154. (I1) : ah l’arabe !
155. (E) : ah l’arabe ! d’accord /
156. (I1) : parce que c’est pour mon pays qu’ils parlent ça /
157. (E) : d’accord / et toi aussi tu parles arabe / oui (I2) ?
158. (I2) : peut-être un jour je vais apprendre l’arabe parce que mon papa il parle
arabe /
159. (E) : ah oui ?
160. (I1) : il vient de l’Algérie /
161. (I2) : ouais il vient dans l’Algérie /
162. (E) : et toi tu parles un p’tit peu arabe ?
163. (I2) : ouais /
164. (I1) : il dit des mots / oui /
165. (E) : il comprend ?
166. (I2) : ouais /
167. (I1) : oui il me dit des mots et moi je dis « ouais tu sais ! ouais c’est qui qui t’a
dit ? » il me dit « c’est mon père qui m’a montré… ces mots » /
155
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
168. (E) : ok / est-ce qu’il y a des langues que vous n’aimez pas ? oh ! vous n’aimez
pas ! des langues ? ou NON / il n’y en a pas ? c’est possible aussi… / ou
est-ce qu’il y a des langues que vous aimez pas ?
169. (I3) : bangla c’est comme ça (imite quelques sons) je comprends pas (rires) /
c’est pas beau que comme ça !
170. (I2) : ouais ben… /
171. (E) : bangla ?
172. (I3) : bangla /
173. (E) : c’est une langue que tu n’aimes pas parce que tu ne comprends pas ?
174. (I3) : ouais /
175. (I2) : ben c’est ça / moi regarde je ne comprends pas ton langue et la langue à
lui moi je… peut-être tu vas parler normalement… /
176. (E) : oui (I1) ?
177. (I1) : turc /
178. (E) : pourquoi tu n’aimes pas le turc ?
179. (I1) : parce que… il parle très vite / moi et je vu quelqu’un en Algérie qui vient de
Turc il parle un peu arabe mais trop vite / j’ai pas compris qu’est-ce qu’il dit
les mots en arabe / il dit des… /
180. (E) : il mélange /
181. (I1) : …des mots vite / il… il oublie et il dit des mots en turc et en Algérie on dit
« qu’est-ce qu’il parle toi ? » on n’a pas compris qu’est-ce qu’il parle /
182. (E) : d’accord / (I2) est-ce qu’il y a des langues que tu n’aimes pas ?
183. (I2) : euh… j’sais pas !
184. (I3) : (rires)
185. (E) : non ? tu sais pas ? c’est possible on PEUT ne pas avoir de langues qu’on
n’aime pas /
186. (I2) : ouais parce que des fois tu sais pas… /
187. (E) : ce qu’ils disent /
188. (I2) : ouais /
189. (E) : tu comprends pas /
190. (I2) : si… si j’apprends peut-être j’aime / j’sais pas /
191. (I3) : je parle un peu arabe /
192. (E) : aussi ?
193. (I2) : ah bon ? c’est quoi que tu parles ?
194. (I3) : je dis « assalam alaïkoum » (rires) /
195. (I1) : oui /
156
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
E.O.G. 01_01 ; (G : 9A, G : 9A, F : 10A) ; CA2
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
225. (I1) : il y a des mots en arabe c’est comme français parce que le France… euh
nous on parlait arabe comme l’Egypte comme les autres pays / après la…
la France elle est venue… /
226. (E) : dans ton pays /
227. (I1) : oui elle est venue / faire une bataille / après… après l’a changé elle l’a
changé les mots en arabe / « la glace » si tu dis « glace » en arabe en en
Algérie il te comprend parce que c’est comme ça /
228. (E) : c’est la même chose /
229. (I1) : oui / mélanger les mots… /
230. (E) : d’accord parce que la France est venue dans ton pays /
231. (I1) : tu peux dire « bicyclette » tu peux dire « vélo » oui il te comprend /
232. (E) : ah ! et est-ce que ici c’est très différent le français ? quand vous êtes
arrivés au Canada c’était très différent ?
233. (I3) : ouais /
234. (E) : le français ?
235. (I3) : oui /
236. (E) : tu veux raconter ?
237. (I3) : c’est très dur… diff… /
238. (E) : c’est très difficile /
239. (I3) : parce que moi parle ourdou après c’est nouveau langue et connais pas
ça… /
240. (E) : t’avais jamais entendu parler français ?
241. (I3) : ouais /
242. (E) : d’accord / oui (I2) ?
243. (I2) : moi j’ai… ici j’ai pas apprendu français c’est mon école normale /
244. (E) : oui ?
245. (I2) : eh… loin avec mes amis / j’ai pris vite le français parce que l’espagnol
c’est presque comme le français / mais je sais pas écrire /
246. (E) : et tu trouvais qu’ils parlaient comment ici ? ils parlaient vite ?
247. (I2) : non /
248. (E) : non ça a été pour toi ?
249. (I2) : ça été /
250. (I1) : moi aussi… ça a été pour moi... facile parce que nous en Algérie c’est le
deuxième langue c’est le français /
251. (E) : ah oui !
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E.O.G. 01_01 ; (G : 9A, G : 9A, F : 10A) ; CA2
252. (I1) : quand on est dans le 4ème année on apprend le français moi j’ai appris un
peu français / parce que j’étais dans le… de le 4ème année après on a
venu /
253. (E) : ah donc t’avais déjà appris le français /
254. (I1) : oui un peu /
255. (E) : d’accord /
256. (I1) : c’était pas difficile ou différent pour moi /
257. (E) : ok maintenant est-ce que vous vous rappelez quand vous êtes arrivés au
Canada dans l’avion vous êtes arrivés au Canada au Québec / est-ce que
v… tu te rappelles ? est-ce que tu te rappelles de la première journée au
Québec ? la PREMIERE journée / est-ce que tu te rappelles ? (gestes
mimant le souvenir, pointant la tête) (I1) tu te rappelles ?
258. (I1) : oui je le… me rappelle /
259. (E) : tu peux me raconter comment c’était la première journée ?
260. (I1) : j’ai venu euh… avec mon oncle parce qu’on n’a pas de maison pour
habiter / et j’ai vu sa femme elle parle français mais j’ai un peu euh…
comment dire… j’ai un peu per… comme j’ai perdu un peu français parce
que euh… comme ça j’ai choqué un peu après c’est normal /
261. (E) : t’étais surpris ?
262. (I1) : oui !
263. (E) : d’accord mais est-ce que… comment tu as trouvé le pays ? comment tu as
trouvé les gens ?
264. (I1) : beau /
265. (E) : c’était beau ?
266. (I1) : oui /
267. (E) : les gens ils étaient comment ?
268. (I1) : gentils /
269. (E) : gentils avec toi ?
270. (I1) : oui /
271. (E) : d’accord / (I2) ?
272. (I2) : moi aussi por… parce que moi ma mama elle avait une maison la… a des
français qui qui qui va chez ma… chez mama et tout ça là que ça fait
loin… Cuba… à Cuba parce mama elle a un… mon papa elle est… elle est
né en Algérie pero… elle a venu ici / pis ma mama elle chantait dans les
hôtels et tout ça / tout ça… por… c’est ça que c’est comme ça qu’on a
rencontré mon papa et tout ça-là bon / là-bas quand je venu ici je aller…
moi j’ai… sont très gentil les gens /
273. (E) : et tu as trouvé le pays comment ?
274. (I2) : bien /
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Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
275. (E) : bien ? et toi ?
276. (I3) : moi première fois je euh… viens je dis « je veux aller au Pakistan ! » après
c’est c’est bon… /
277. (E) : oui pourquoi la première fois t’as dit « non ! je veux rentrer au
Pakistan ! » ?
278. (I3) : parce que j’ai « ooooh ! » (mime pleurs) XXX <laissé> comme ça
quelqu’un n’est pas mon ami… /
279. (E) : ah parce que t’avais pas ta famille et les amis ?
280. (I1) : il a pas… il a pas d’amis / moi aussi j’ai pleuré ben… pour… /
281. (E) : parce que t’étais triste /
282. (I1) : mon ami / le premier nuit de… / un nuit j’ai pleuré / ma mère elle a dit
euh… « pourquoi tu pleures ? » je dis « parce que mes amis j’ai laissé mes
amis / mais je vais pas… peut-être que je… je vais pas revoir mes amis »
elle a dit « NON on va retourner / on va retourner pour un voyage / pour les
vacances après on va retourner ici » /
283. (E) : d’accord / maintenant est-ce que vous aimez VIVRE au Canada au
Québec ? est-ce que c’est bien ? vous aimez vivre ?
284. (I1) et (I3) : oui /
285. (E) : (I2) ?
286. (I2) : pas beaucoup !
287. (E) : pas beaucoup ? qu’est-ce que t’aimes pas ?
288. (I2) : je trouve… je trouve que dans Mo… dans Montréal j’aime pas beaucoup /
dans… quand j’étais dans classe normale y c’était comme des montagnes
j’avais un ami proche de moi son cousin ici il était proche / j’avais des amis
proches / <je les aime tous> avec mes amis qui <diX> avec moi / laissais
beaucoup des amis grands / très grand très grands avec mon… mon ami
mon petit frère-là / s’appelle (X3) / y y jouait avec lui /
289. (E) : donc ici Montréal t’aimes pas… /
290. (I2) : y ils me protégeaient aussi j’aime bien /
291. (E) : ah ! parce que t’avais beaucoup d’amis /
292. (I2) : ouais /
293. (E) : d’accord / (I1) ?
294. (I1) : moi aussi je venu… ben… pas… ici… c’est c’est c’est un peu pas beau
pour moi parce que y a pas ma famille je vois pas mon autre… mon oncle /
je vois pas mes tantes toutes mes tantes /
295. (E) : d’accord donc parfois tu penses à ta famille /
296. (I1) : oui /
297. (E) : et toi ?
160
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323. (I2) : espagnol / moi j’ai j’ai entendu tout ça j’ai pas aimé / la première fois j’ai
pas aimé… /
324. (E) : et c’était pas comme ça… /
325. (I2) : y aussi j’aime pas comme ça / moi j’ai vu que des Français qui parlent
juste mal français / moi j’avais beaucoup des amis parce que dans mon
autre école j’avais beaucoup d’amis parce que je parlais espagnol et tout
ça / tout le monde il voulait… tout le monde voulait être mon ami j’avais
beaucoup presque toute la classe /
326. (E) : oui ?
327. (I3) : au Pakistan il y a… très chaud /
328. (E) : il faisait très chaud ?
329. (I3) : ouais /
330. (E) : et à l’école là-bas ils étaient gentils ?
331. (I3) : non / ils frappent /
332. (E) : mais les amis là-bas ?
162
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
E.O.G. 01_01 ; (G : 9A, G : 9A, F : 10A) ; CA2
163
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Entretien oral en groupe 01_02
Contexte
Entretien
1. (I1) : je m’appelle (I1) / je viens euh… j’ai 10 ans / je viens de Bulgarie et je parle
anglais français bulgare et russe /
2. (E) : ok merci et tu t’appelles (I1) /
3. (I1) : oui /
4. (E) : oui ?
5. (I2) : (parle tout bas) je m’appelle (I2) /
6. (E) : (I2) est-ce que tu peux parler un peu plus fort ? pour que je puisse
entendre ?
7. (I2) : (élève sa voix) je m’appelle (I2) / j’ai j’ai 9 ans / je viens de Albanie / je
parler albanais français /
8. (E) : très bien / oui ?
9. (I3) : je m’appelle (I3) / j’ai 9 ans / euh… je parle anglais penjâbi hindi et
français /
10. (E) : et français et tu m’as dit tu es… (I3) /
11. (I3) : oui /
12. (E) : et tu viens de quel pays ?
13. (I3) : du l’Inde /
14. (E) : de l’Inde / très bien / maintenant est-ce que vous pouvez me dire qu’est-ce
que vous aimez faire ? quelles activités vous aimez beaucoup faire ? (I3) ?
15. (I3) : j’aime dessiner (intonation montante) /
16. (E) : dessiner /
17. (I3) : j’aime dessiner beaucoup et j’aime jouer piano /
164
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
E.O.G. 01_02 ; (G : 10A, G : 9A, F : 9A) ; CA2
165
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
51. (E) : et tu lis à la maison ?
52. (I2) : oui / j’apprendre de… de… à la maison de albanais j’apprendre… /
53. (E) : d’accord / à la maison est-ce que vous avez des frères ou des sœurs ?
oui ? (I3) ?
54. (I3) : moi deux sœurs et petite frère dans le ventre /
55. (E) : ah ! est-ce que tes sœurs sont grandes ou petites ?
56. (I3) : petit /
57. (E) : et tu parles avec elles en quelles langues ?
58. (I3) : penjâbi /
59. (E) : seulement penjâbi ?
60. (I3) : oui /
61. (E) : d’accord / et toi ?
62. (I2) : un petit frère /
63. (E) : un petit frère / et tu parles quelles langues avec lui ?
64. (I2) : albanais /
65. (E) : albanais / (I1) ?
66. (I1) : j’ai un grand frère qui a quinze ans /
67. (E) : hmm mmm (acquiescement) avec lui tu parles quelles langues ?
68. (I1) : je parle bulgare ! (comme une évidence) parce que je viens de Bulgarie /
69. (E) : très bien et à la maison les parents ils parlent quelles langues ?
70. (I1) : bulgare /
71. (E) : bulgare / (I2) ?
72. (I1) : albanais /
73. (E) : albanais / (regard vers (I3)) /
74. (I3) : penjâbi et anglais /
75. (E) : ah ! ils parlent les deux langues à la maison /
76. (I2) : moi mon papa parler alg… albanais /
77. (E) : ton papa… /
78. (I2) : albanais et anglais /
79. (E) : ah ton papa il parle deux langues / est-ce qu’il y a des langues dans le
monde que vous aimez beaucoup ? des langues que vous aimez
beaucoup beaucoup beaucoup / essayez de réfléchir… /
80. (I1) : russe !
166
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
E.O.G. 01_02 ; (G : 10A, G : 9A, F : 9A) ; CA2
1
Emploi du « je » comme le font les enseignants afin que les enfants puissent s’identifier au sujet de
l’énoncé.
167
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
108. (E) : très bien / maintenant essayez de vous rappelez quand vous êtes arrivés
au Canada / dans l’avion quand vous êtes arrivés au Canada / l’avion a
décollé de ton pays et puis l’avion est arrivé au Canada au Québec… /
109. (I1) : il y avait une catastrophe avec notre avion !
110. (E) : ooooh ! mais tu es ici… / donc est-ce que tu te rappelles quand tu es arrivé
dans l’avion / tu es descendu de l’avion et tu as regardé tu as vu Canada
Québec... /
111. (I1) : avec un parachute /
112. (E) : tu te rappelles ? (I2) ? tu te rappelles quand tu es arrivé ?
113. (I2) : oui /
114. (E) : comment c’était quand tu es arrivé ? c’était quel jour ? comment c’était ?
115. (I2) : bien… bien… /
116. (E) : tu étais content /
117. (I2) : oui /
118. (E) : de venir… d’arriver… /
119. (I1) : non moi j’étais pas content /
120. (E) : (I1) t’étais pas content ?
121. (I1) : non /
122. (E) : tu peux me dire pourquoi ?
123. (I1) : parce que je suis pas dans mon pays /
124. (E) : ah ! tu es pas dans ton pays toi tu es pas content ! (I2) lui était content
d’arriver au Canada / (I3) ?
125. (I3) : j’ai content pour venir avec dans le Canada / ma mère elle est dans le
Canada j’ai reste avec ma grand-mère et mon grand-père / et ma m… j’ai
parce que… j’ai content qui je suis avec… dans avec ma m… ma mère /
j’aime beaucoup ma mère parce que… /
126. (E) : elle était ici ta mère donc tu as retrouvé ta maman /
127. (I3) : oui /
128. (E) : d’accord / (I1) tu voulais dire quelque chose ?
129. (I1) : ah oui ! quand je suis arré… arrivé au Canada il y avait un problème avec
l’avion / euh… mes oreilles… euh il a fait comme ça (imitation
onomatopée) wouhéoun wouhéoun wouhéoun !
130. (E) : ah il y avait des turbulences ?
131. (I1) : oui et ça.. et ça fait mal à mes oreilles !
132. (I2) : (rires) moi aussi !
133. (E) : ah ! c’était la première fois que tu prenais l’avion ? la première fois ?
134. (I1) : non deuxième /
168
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
E.O.G. 01_02 ; (G : 10A, G : 9A, F : 9A) ; CA2
169
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
161. (E) : ah ok mais quand tu auras le passeport canadien est-ce que tu seras
quand même bulgare ? est-ce que toi tu es bulgare avec le passeport
canadien ?
162. (I1) : oui pourquoi /
163. (E) : ok / (I2) ?
164. (I1) : si si… je dans… dans mon pays je vais dire « MOI je suis bulgare !
pourquoi vous vous… vous nous arrêtez ? hmm ! » dans les deux pays
c’est la même chose /
165. (E) : dans les deux pays / ok / (I2) est-ce qu’un jour quand tu vas être grand tu
penses tu vas dire « je suis canadien » ?
166. (I2) : oui /
167. (E) : oui ?
168. (I2) : oui /
169. (E) : quand ? pourquoi ?
170. (I2) : parce que faire de sports… parce que ici… gagner… gagner… gagner
argent… /
171. (E) : tu vas gagner de l’argent ici / tu vas travailler ici /
172. (I2) : oui /
173. (E) : t’auras ton salaire /
174. (I2) : regarder le télévision /
175. (E) : ok tu vas vivre au Canada /
176. (I2) : oui /
177. (I1) : tu vas avoir des enfants ?
178. (E) : d’accord et (I3) ?
179. (I3) : (silence) hmm… suis content… /
180. (E) : est-ce que après tu vas dire je suis canadienne ? ou non tu vas pas dire
ça ?
181. (I3) : (fait « «non» de la tête) non /
182. (E) : non ? tu vas dire je suis indienne /
183. (I3) : oui /
184. (E) : d’accord / alors maintenant on va fermer les yeux on va imaginer qu’on a
des pouvoirs magiques comme « Superman » comme « Batman » / on a
des pouvoirs magiques / on peut transformer les choses / on a de la
magie /
185. (I1) : ouais ! (il s’enthousiasme et se lève pour faire « Batman ») /
186. (E) : (envers (I1)) doucement / [schhh] / (un rappel au calme pour pouvoir se
concentrer sur la suite) /
170
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
E.O.G. 01_02 ; (G : 10A, G : 9A, F : 9A) ; CA2
(fin informelle)
171
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Entretien oral en groupe 02_04
Contexte
Entretien
1. (I1) : bonjour je m’appelle (I1) / je… viens de Inde et je parle… penjâbi et je parle…
ourdou aussi et je 7 ans /
2. (E) : ah est-ce que tu parles français ?
3. (I1) : oui /
4. (E) : oui ? est-ce que tu parles espagnol ?
5. (I1 : non /
6. (E) : non ? est-ce que tu parles anglais /
7. (I1) : oui /
8. (E) : un p’tit peu ?
9. (I1) : oui /
10. (E) : (I2) ?
11. (I2) : bonjour je m’appelle (I2) /
12. (E) : (en hochant la tête pour l’encourager) plus fort /
13. (I2) : mmm… je… (… /…) /
14. (E) : tu as quel âge (I2) ?
15. (I2) : 8 ans /
16. (E) : tu as 8 ans et tu viens de quel pays ?
17. (I2) : Pakistan /
172
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
E.O.G. 02_04 : (F : 7A, F : 8A, F : 6A) ; CA3
173
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
44. (E) : elle est à l’école (Y1) ?
45. (I1) : non /
46. (E) : (I2) ?
47. (I2) : ma… ma parent parlent ourdou et moi et ma petite sœur et un autre petite sœur
et mon frère… petit /
48. (E) : et est-ce que tu parles français des fois à la maison ?
49. (I2) : humm… ma sœur /
50. (E) : avec ta sœur ? la petite ?
51. (I2) : oui /
52. (E) : merci / (I3) ? quelles langues tu parles à la maison ? quelles langues ils parlent
les parents ?
53. (I3) : mama y papa ils parlent anglais et albanie / et avec mon petit frère je parle
français et… aussi /
54. (E) : il a quel âge ton petit frère ?
55. (I3) : zéro !
56. (E) : zéro ! il est vraiment petit alors !
57. (I3) : (rires) oui ! juste il comprend le franç… il comprend juste le français !
58. (E) : très bien ! maintenant on va réfléchir (pointant la tête pour insister sur le temps
de réflexion) quelle langue j’aime le plus ? quelle langue j’AIME beaucoup
beaucoup ? (halètement de (I3) qui lève la main avec hâte) / on réfléchit / quelle
langue j’aime beaucoup beaucoup beaucoup ? ((I3) lance un cri d’enthousiasme
toujours avec la main levée) de toutes les langues peut-être que tu parles cette
langue peut-être que tu parles pas mais tu… réfléchis quelle langue j’aime
beaucoup ? (I3) /
59. (I3) : espagnol !
60. (E) : espagnol ?
61. (I3) : oui /
62. (E) : pourquoi toi tu AIMES l’espagnol ? pourquoi ?
63. (I3) : par… parce que je le parle et je veux la… je… je l’avais apprend maintenant
j’avais appris le français et je le sais plus mais… et… j’aime l’espagnol la parler /
64. (E) : ah pourquoi ? pourquoi ?
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65. (I3) : parce que… parce que tous mes amis quand j’étais dans une autre pays tous
mes amis ils l’ont parler espagnol / et c’est ça pourquoi j’aime l’espagnol /
66. (E) : ah ! dans quel pays tu étais ?
67. (I3) : en… dans… le Québec /
68. (E) : au Québec ?
69. (I3) : oui /
70. (E) : ok / (I1) ?
71. (I1) : euh… j’aime parler espagnol et parce que je prends… cours d’espagnol c’est
génial /
72. (E) : c’est la langue que tu AIMES le plus ?
73. (I1) : oui /
74. (E) : est-ce que tu aimes ourdou ? la langue ourdou ?
75. (I1) : non /
76. (E) : non ? tu n’aimes pas ?
77. (I1) : non /
78. (E) : pourquoi tu aimes pas ?
79. (I1) : parce que c’est difficile pour moi parce que je sais… j’ai oublié un petit peu /
80. (I3) : moi aussi /
81. (E) : et le penjâbi est-ce que tu aimes le penjâbi ?
82. (I1) : j’aime le penjâbi mais… j’ai oublié /
83. (E) : ah t’as oublié ! (I2) est-ce que toi t’as réfléchi quelle langue tu aimes beaucoup ?
84. (I2) : français /
85. (E) : le français ? pourquoi tu aimes le français ?
86. (I2) : parce que ici toutes les amies parlent en fra… français /
87. (E) : hmm mmm (acquiescement) /
88. (I2) : à la maison on avec sœur et vient aussi et lui parler français et je parler /
89. (E) : ah ! est-ce que tu aimes le ourdou ?
90. (I2) : un petit peu /
91. (E) : un petit peu ?
92. (I2) : oui /
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93. (E) : d’accord / maintenant… ((I3) a la main levée) oui (I3) ?
94. (I3) : tu.. tu sais pourquoi j’aime pas le albanie ?
95. (E) : non pourquoi ?
96. (I3) : pa… parce que avec mes parents eux ils comprend un petit peu le français et
moi des fois quand je sais pas parler en albanie / eux je lui dis en français / c’est
ça pourquoi /
97. (E) : tu n’aimes pas parce que tes parents… /
98. (I3) : ouais /
99. (E) : ils te parlent en albanais /
100. (I3) : ouais /
101. (E) : et toi t’es obligée de parler en français ?
102. (I3) : oui /
103. (E) : ok / ((I2) a la main levée) (I2) ?
104. (I2) : pourquoi que je sais parler ourdou je n’aime pas le… parce que je parler avec
mes parents et j’ai oublié… oublier français /
105. (E) : ah / ((I3) lève la main) oui (I3) ?
106. (I3) : tu.. tu sais avec mes amis des fois eux ils me parlent en anglais mais je lui dis
« non il faut parler français à l’école ! »
107. (E) : ok /
108. (I3) : c’est ça /
109. (E) : maintenant j’aimerais savoir… est-ce qu’il y a une langue que tu aimerais
apprendre ? une langue que tu ne sais pas parler mais que tu aimerais parler ?
110. (I3) : mmmm… ((I3) montre qu’elle cherche dans sa tête) /
111. (E) : on réfléchit / quelles langues tu aimerais apprendre ? il y a plein de langues
différentes dans le monde… /
112. (I3) : ah ! (lève la main avec hâte)
113. (E) : oui (I3) ?
114. (I3) : j’aime… j’aime la apprendre l’anglais parce que je ne sais pas parler /
115. (E) : tu aimerais apprendre l’anglais parce que tu ne connais pas l’anglais ?
116. (I3) : oui /
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142. (E) : donc tu es indienne ?
143. (I1) : oui /
144. (E) : (I3) toi tu es quoi ?
145. (I3) : albanais /
146. (E) : toi tu es albanaise / (I2) toi tu es quoi ?
147. (I2) : je viens Pakistan et je Pakistan /
148. (E) : tu es pakistanaise /
149. (I2) : oui /
150. (E) : ((I3) lève la main) (I3) ?
151. (I3) : tu…tu sais pourquoi j’ai oublie mon langue ? parce que ti… toujours quand mes
amis ils parlent une autre langue et moi je l’apprends toujours et après je l’oublie
je l’oublie je oublie / après je dis à mon cousine elle elle sait parler très bien…
en a… albanais et elle elle m’explique qu’est-ce qu’elle dit des fois mama /
152. (E) : d’accord mais est-ce qu’un jour toi tu penses… peut-être tu vas dire « moi je
suis canadienne » ? est-ce que oui non ? toi (I3) / (I1) / (I2) /un jour tu penses tu
vas dire « je suis canadienne » ? (I1) ?
153. (I1) : oui /
154. (E) : quel jour ? quand ?
155. (I1) : quand je va être grandi /
156. (E) : et pourquoi tu… toi tu vas dire « je suis canadienne » ?
157. (I1) : parce que je va… je va oublier quel pays je viens /
158. (E) : ah tu penses que après tu vas être grande et tu vas oublier de quel pays /
159. (I1) : oui /
160. (E) : donc tu vas plus dire « je suis indienne » tu vas dire « je suis canadienne » /
161. (I1) : oui /
162. (E) : (I2) /
163. (I2) : canadienne… canaDIENNE /
164. (E) : canadienne / quand est-ce que tu vas dire ça ? quand est-ce que tu vas dire « je
suis canadienne » ?
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165. (I2) : parce je partie je sais c’est ça c’est que Pakistan et je grand je sais pas quel
pays /
166. (E) : ah un peu comme (I1) /
167. (I2) : oui /
168. (E) : (I3) ?
169. (I3) : tu… tu sais pourquoi je veux être canadien ? pa… parce que je sais beaucoup
français et après il reste juste un petit peu que je dois apprendre et après je le
sais tout le français et quand je va être grandie je va dire « maintenant je suis
canadien » /
170. (E) : ah d’accord parce que tu vas bien parler français ?
171. (I3) : ouais !
172. (E) : et avec… / imagine tu es grande tu es maman… /
173. (I3) : oui /
174. (E) : tu as des enfants tu as des petits bébés / tu es grande tu as des petits bébés tu
as des enfants quelles langues tu veux parler avec tes enfants ? ((I3) s’agite)
réfléchis tu as le droit de choisir n’importe quelle langue / c’est TOI qui réfléchis
((I3) montre qu’elle veut répondre lance un petit cri d’excitation) / quelle langue
TOI tu veux parler à tes enfants ? (I2) ?
175. (I2) : ourdou anglais et e… français / (intonation montante) /
176. (E) : tu peux me dire pourquoi ?
177. (I2) : parce que lui aller… allez-y école et parler français anglais j’sais pas /
178. (E) : et toi tu vas lui parler ourdou /
179. (I2) : oui /
180. (E) : pourquoi ourdou ?
181. (I2) : <j’aime a ourdou> /
182. (E) : quelles langues vous voulez parler avec vos enfants ? (I3) ?
183. (I3) : moi j’aimerais français parce que quand je vais être grand je va oublier tout le
albanie parce que maintenant j’ai oublié un petit peu de albanie / quand je va
être grand je va sais tout le français / le albanie je vais la oublier /
184. (E) : ouais / est-ce que tu es contente ?
185. (I3) : oui /
179
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186. (E) : tu es triste parce que tu vas oublier « albanais » ? ou tu… ou comment tu te
sens ? c’est bien ou c’est pas bien que tu aies oublié l’albanais ?
187. (I3) : c’est bien /
188. (E) : c’est bien ? ok / (I1) ?
189. (I1) : je va parler français parce que… maintenant j’oublier un peu le penjâbi après je
va oublier tout / pour ça que je vais parler français /
190. (E) : est-ce que c’est bien ou pas bien que toi tu aies oublié le penjâbi ?
191. (I1) : c’est pas bien parce que je peux pas parler avec mes… mes parents /
192. (E) : ah donc… ((I2) lève la main) est-ce tu (vers (I1)) AIMERAIS continuer à parler
penjâbi ?
193. (I1) : oui /
194. (E) : d’accord alors… oui tu voulais dire quelque chose ? (vers (I2)) /
195. (I2) : oui je… je parler avec (I1) ourdou français /
196. (E) : ah donc toi tu peux parler avec elle en ourdou aussi /
197. (I2) : oui /
198. (E) : est-ce que toi tu te rappelles quand tu as pris l’avion ((I3) s’agite) et que tu es
arrivée au Canada / tu es arrivée avec l’avion 1 à Montréal / (réaction à l’agitation
de (I3) qui lève la main) attend on réfléchit / tu te rappelles ?
199. (I3) : oui moi je me rappelle /
200. (E) : quand tu es descendue de l’avion… et tu es arrivée au Canada / est-ce que tu
te rappelles ? est-ce que tu peux me dire comment tu as trouvé ça ? comment
c’était ? (I1) ?
201. (I1) : parce qu’en premier c… mon père il était venu ici et après il a dit nous on peut
venir ici après nous on a venir ici / dans l’avion j’ai rien mangé après moi mal au
ventre papa est venu tr… nous chercher après j’ai mangé /
202. (E) : ah mais comment tu as trouvé le Canada ? quand tu as regardé le Canada / tu
es descendue de l’avion tu as regardé le pays les gens / comment tu as trouvé ?
203. (I1) : parce que mon papa il était là je l’ai vu mon papa je l’ai demandé « qu’est-ce
qu’on fait ici ? »
204. (E) : et qu’est-ce qu’il a dit ?
180
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1
Adaptation langagière au contexte (« arrivée en avion »).
181
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230. (E) : pourquoi ici ?
231. (I1) : parce que mon père il veut vivre ici /
232. (E) : ah d’accord / (I3) ?
233. (I3) : tu sais pourquoi je veux vivre ici ? parce que quand je vais être grand a… après
en albanie je va aller en avion et mi… mi cousines ils vont être grand et après je
vais le sais… je le sais plus c’est qui mes cousines /
234. (E) : ah donc… /
235. (I3) : c’est ça pourquoi /
236. (E) : ok / (I2) ?
237. (I2) : tu sais pourquoi que je ici… parce que c’est très grand / et mon papa aussi ici /
238. (E) : ah donc c’est pour ça que tu veux pas aller au Pakistan parce que ton papa il
reste ici /
239. (I2) : oui /
240. (E) : et ici c’est grand /
241. (I2) : oui /
242. (E) : très bien /
243. (I2) : parce que je moi et ma sœur allez-y je sais pas c’est qui mon papa /
244. (E) : ah tu vas oublier ?
245. (I2) : oui /
246. (E) : (I1) ?
247. (I1) : quand je vais venir ici… quand je venir ici je savais pas j’ai pas trouvé mon papa
parce que premier il était pas grosse maintenant il est grosse ! (rires)
248. (E) : ah ! tu n’as pas reconnu ton papa parce qu’il avait changé /
249. (I1) : oui /
250. (E) : est-ce que vous connaissez la baguette magique ? est-ce que vous
connaissez ? oui ou non ?
251. (I1), (I2) et (I3) : oui !
252. (E) : est-ce que vous connaissez les pouvoirs magiques ?
253. (plusieurs) : oui !
254. (I-?) : non !
182
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277. (I1) : oui /
278. (E) : très bien / (I2) ?
279. (I2) : je viens ici et ma pa… je sais pas où est mon papa /
280. (E) : oui ?
281. (I2) : et ma papa qui l’est… donne photo et je le gardais et j’avais dit c’est mon papa
pas cheveux et je viens lui cheveux je sais pas où est mon papa /
282. (E) : ah ! et raconte-moi pour la baguette magique / est-ce que tu penses que c’est
bien ou c’est pas bien de donner une langue à tous le… les amis tous les pays ?
283. (I2) : c’est bon ça /
284. (E) : c’est bon ?
285. (I2) : oui /
286. (E) : pourquoi ?
287. (I2) : parce que je… je pas connaître toutes les langues /
288. (E) : ah ! parce que tu ne peux pas connaître toutes les langues /
289. (I2) : oui /
290. (E) : (I3) ?
291. (I3) : tu sais pourquoi je veux mettre la magie dans tous les langues pa… parce que
si… si y a les enfants qu’il connaît pas les langues et il vient de un autre pays
après eux il va sait pas c’est quelle langue / et… après si je mets une langue
dans tous les pays après eux il va sait c’est quelle langue il peut parler tout le
monde / il peut dire « bonjour comment ça va » /
292. (E) : ah dans la même langue / d’accord / dernière question après on va retourner en
classe / est-ce qu’il y a une langue que toi tu n’aimes pas ? beuh ! tu n’aimes
pas ? peut-être que oui peut-être que non / non il n’y a pas de langues que tu
n’aimes pas / mais est-ce… peut-être aussi qu’il y a UNE LANGUE que tu
n’aimes pas ? on réfléchit est-ce qu’il y a une langue que tu n’aimes pas ?
(… /…) on réfléchit on peut dire oui on peut dire non / toutes les réponses / elles
sont bonnes / c’est toi qui réfléchis / (I3) ?
293. (I3) : ben… j’aime pas le [bongali] parce que si je vais l’apprendre le [bongani]… li
(reprise) et après je va sais pas le français comment parler et mes amis ils vont
parler en français et moi je va pas les comprendre /
184
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ANNEXES
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Annexe 1
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Annexe 2
2005-2006
Elatiana Razafi est à l’Ecole [X] pendant deux semaines et se tient à votre
disposition pour toute autre question éventuelle, elle se fera un plaisir de vous répondre.
Coordonnées :
- Courriel : [Link]@[Link]
Valable en tout temps.
188
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une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Annexe 3
DEMANDE D'EXPÉRIMENTATION *
1. TITRE DU PROJET
Il est nécessaire de joindre à cette demande quatre copies du projet (hypothèse, méthodologie,
etc.).
Enquête sociolinguistique sur les jeunes et leurs langues en école francophone à Montréal (Titre
provisoire)
2. IDENTIFICATION DE L’ORGANISME
(Dans le cas des universités: inscrire la faculté, l’école, le département ou le groupe de recherche).
Chercheuse en doctorat affiliée à l’Université de Rennes 2
Ecole Doctorale Humanités et Sciences de l’Homme
Département de Lettres Modernes
ERELLIF (Equipe de REcherche sur la diversité Littéraire et Linguistique du monde Francophone)
CREDILIF (Centre de REcherche sur la DIversité Linguistique de la Francophonie)
4. ENGAGEMENT DE L’ORGANISME
Une fois la rédaction du rapport de recherche (de mémoire ou de thèse) terminée, le chercheur, la
chercheuse ou l'organisme concerné s'engage à faire parvenir une copie de ce rapport au Comité
de la recherche, Bureau de la planification institutionnelle, Service des services corporatifs, 4e
189
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étage ouest, CSDM, 3737, rue Sherbrooke Est, Montréal (Québec), H1X 3B3. De plus, il serait
approprié de diffuser les résultats à tous ceux et celles qui ont contribué à l’expérimentation. Dans
le cas d'un projet abandonné, on voudra bien en aviser par écrit le Comité de la recherche.
Signature du chercheur ou de la chercheuse Signature du responsable de la recherche
* Ce document doit être dactylographié.
5. CATÉGORIE DE RECHERCHE
Thèse de doctorat (3ème cycle)
Garçons
Mat. 4 Mat. 5 1re 2e 3e 4e 5e 6e Sec.I Sec. II Sec. III
[Link] Sec. V
Filles
Mat. 4 Mat. 5 1re 2e 3e 4e 5e 6e Sec.I Sec. II Sec. III [Link]
Sec. V
Écoles suggérées :
Des contacts et rencontres ont été effectués auprès de l’Ecole Primaire [X] Montréal (adresse [X])
au préalable lors d’un séjour sur le terrain réalisé en janvier 2005. Le directeur actuel, Monsieur
[X], a déjà formulé son accord pour participer au projet de recherche et a déjà accueilli la
chercheuse au sein de son établissement lors de ce premier séjour. Il s’est également dit prêt à
recevoir de nouveau en février 2006 et n’attend que l’approbation de la CSDM pour officialiser
cette collaboration de recherche.
190
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Si aucune école suggérée, indiquer de quel milieu :
(spécifier les particularités à respecter dans le choix des écoles : niveau socio-économique,
multiethnicité, etc.)
Autres caractéristiques de l'échantillon :
(si nécessaire)
Examen collectif : combien d'élèves à la fois? combien de groupes? combien de séances par
groupe? durée de chaque séance? (en minutes)
CF. aussi les réponses à la question n°6. La forme collective de collecte concerne les
questionnaires écrits, distribués à l’ensemble de la population définie par le Directeur.
8. SYNTHÈSE
Problématique :
Quels sont les sentiments des jeunes face à leur(s) langue(s) ? Comment se décrivent et se
perçoivent-ils à travers le français, langue principale d’enseignement ? Quelles représentations
semblent-ils avoir de l’école en général et des différents types de classes ?
Objectif(s) :
L’objectif du projet est double. Premièrement, l’on vise à contribuer à l’avancement des
connaissances sur les communautés scolaires en milieu diglossique, plurilingue et multiculturel.
Les données recueillies sur le terrain défini représentent une véritable base de données
interdisciplinaire, exploitable notamment dans les domaines des sciences du langage et de
191
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
l’éducation mais également en anthropologie et sociologie de l’école, ou de l’élève. La deuxième
visée est interculturelle puisque l’étude s’inscrit dans une codirection de recherche entre une
université montréalaise et rennaise. Les résultats et analyses présentés seront ainsi d’un
enrichissement réel pour les différentes unités de recherche, ouvrant des perspectives de réflexion
comparative entre les systèmes éducatifs et sociologiques des deux communautés québécoises et
françaises. Cette dernière finalité offre aussi de mettre le produit de la recherche à la disposition
des instances de décision et de conception éducatives, politiques et associatives tout en veillant à
rendre accessible les réflexions développées aux premiers concernés, les locuteurs eux-mêmes.
Lors d’une recherche précédente, également ciblée sur la population estudiantine du Québec,
nous avons effectivement pu réaliser des enquêtes enrichissantes et profitables pour tous. En
effet, une forme de diffusion interculturelle et non élitiste a été assurée à travers la publication des
travaux effectués dans un ouvrage chez un éditeur français en 2005.
Méthodologie :
La démarche visée peut être qualifiée de méthode « empirico-inductive » puisque le corps
analytique ou théorique de la recherche se fonde sur des pistes dégagées par les données
empiriques. L’organisation de l’ensemble de l’étude dépend donc des résultats qui, une fois
dépouillés et contextualisés, feront l’objet d’une organisation thématique, puis d’une analyse
interprétative.
Une primauté sera accordée aux enquêtes orales et aux observations ethnographiques
qualitatives réalisées et réactualisées sur le terrain tout au long de la phase de recueil des
données.
9. SIGNATURE
192
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
Annexe 4
Titre de la recherche :
Enquête sociolinguistique sur les jeunes et leurs langues en école francophone à Montréal
1. Objectifs de la recherche.
Ce projet de recherche vise à mieux comprendre la relation entre les jeunes et leurs
langues.
2. Participation à la recherche
et éventuellement à :
- prendre part à un entretien oral.
3. Confidentialité
Tous les renseignements donnés, que ce soit à l’écrit ou à l’oral, demeureront strictement
confidentiels. Aucun participant à la recherche ne sera désigné par son nom ou prénom
réel, seule la chercheure principale mandatée à cet effet aura accès à la liste des
193
Razafimandimbimanana, Elatiana. Langues, représentations et intersubjectivités plurielles :
une recherche ethno-sociolinguistique située avec des enfants migrants plurilingues en classe d'accueil à Montréal - 2008
participants. De plus, les renseignements seront conservés dans un classeur privé situé
dans un compartiment à clé du bureau personnel du chercheur. Aucune information
relative à l’identité nominative des participants ne sera publiée.
4. Avantages et inconvénients
Afin de limiter toute difficulté de compréhension face aux questions posées, les sondages
proposés ont été soigneusement préparés pour être adaptés aux élèves. Toutefois, si
votre enfant rencontre des problèmes pour répondre à une question ou pour faire part de
ses idées, il/elle peut facilement interroger la chercheure qui sera présent à l’école
pendant quelques semaines et qui demeure joignable par téléphone ou par courriel
(coordonnées insérées à la fin de ce document).
5. Droit de retrait
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B) CONSENTEMENT PARENTAL
Je déclare avoir pris connaissance des informations ci-dessus, avoir obtenu les réponses
à mes questions sur la participation à la recherche de mon enfant et comprendre le but, la
nature, les avantages ainsi que les éventuels inconvénients de cette recherche.
Après réflexion et un délai raisonnable, je consens librement à ce que mon enfant prenne
part à cette recherche. Je sais que je peux le retirer en tout temps sans préjudice et sans
devoir justifier ma décision.
Je déclare avoir expliqué le but, la nature, les avantages et les inconvénients de l'étude et
avoir répondu au meilleur de ma connaissance aux questions posées.
Pour toute question relative à la recherche, ou pour vous retirer de la recherche, vous
pouvez communiquer avec Elatiana Razafi (Doctorante) aux coordonnées suivantes : en
tout temps à l’adresse courriel suivante : [Link]@[Link] et/ou du 10 février au 11
mars 2006, au numéro de téléphone suivant : (450) 928-2885.
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Coupon de réponse
Consentement parental
Ecole [X] 2005-2006
Signature : _____________________________________
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Annexe 5
Questionnaire 2005-2006
suis…___________________________________________________________________________________________
________________________________________________________________________________________________
________________________________________________________________________________________________
J’aime….________________________________________________________________________________________
________________________________________________________________________________________________
_______________________________________________________________________________________________
A l’école, j’aime…._______________________________________________________________________________
________________________________________________________________________________________________
_______________________________________________________________________________________________
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4. Voici un dessin de moi dans mon école :
Merci !
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Annexe 6
Exemplaire du questionnaire destiné aux élèves en CR
Questionnaire 2005-2006
4. As-tu déjà été en classe d’accueil ? _________ Si oui, c’était en quelle année ? ________
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5. Si tu as déjà été en classe d’accueil, comment as-tu trouvé ça ?
________________________________________________________________________________________________
________________________________________________________________________________________________
________________________________________________________________________________________________
________________________________________________________________________________________________
6. Si tu n’as jamais été en classe d’accueil, que penses-tu des classes d’accueil en général ?
________________________________________________________________________________________________
________________________________________________________________________________________________
________________________________________________________________________________________________
________________________________________________________________________________________________
7. Dans le carré ci-dessous, peux-tu faire un dessin de toi dans ton école ?
Merci !
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Annexe 7
Autoportraits commentés dans le manuscrit
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Autoportrait 2, Ch. VIII-1.2.3
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Autoportrait 3, Ch. VIII-1.2.3
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Autoportrait 4, Ch. VIII-1.2.3
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Autoportrait 5, Ch. VIII-1.2.3
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Autoportrait 6, Ch. VIII-1.2.3
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Autoportrait 7, Ch. VIII-1.2.3
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Autoportrait 8, Ch. VIII-1.2.3
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Autoportrait 9, Ch. VIII-1.2.3
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Autoportrait 10, Ch. VIII-1.2.3
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Autoportrait 11, Ch. VIII-1.2.3
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Résumé /Summary
Key words : plurilingual dynamics, identities, speech and acts of representation, migration,
Quebec /Canada studies, otherness