Bulletin AFDD n°63 : Droit et Innovations
Bulletin AFDD n°63 : Droit et Innovations
Jacques Mestre
Directeur
Agrégé des Facultés de droit, Président de l’Association
scientifique française des docteurs en droit.
(jacquesmestre81@[Link])
Patrick de Fontbressin
Comité Avocat au Barreau de Paris.
scientifique Julia Heinich
Professeur de droit à l'Université de Bourgogne (Dijon).
Sandie Lacroix-de Sousa
Maître de conférences HDR à l’Université d’Orléans.
Marie-Eve Pancrazi
Professeur de droit à l'Université d'Aix-Marseille.
Béatrice Parance
Professeur de droit à l'Université de Paris VIII.
David Richard
Avocat au Barreau de Paris.
Sabrina Dupouy
Rédacteur en Maitre de conférences à l'Université de
chef Clermont-Auvergne.
____________________
Un ouvrage dont on ne peut donc que recommander la lecture, d’autant qu’à partir
de situations vécues, il fourmille également de conseils pratiques et de nombreux
aide-mémoires !
Jacques Mestre
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
NDOUMGA Müller
Chargé de Cours-Université de Douala
____________________
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
Résumé
Avec l’électronique, le législateur OHADA marque une volonté très forte de
moderniser les procédures simplifiées de recouvrement et les voies d’exécution dans
l’ensemble des États membres de son espace. Dans cette œuvre de simplification et
de fluidification des procédures, il a consacré les actes de procédure électroniques et
par la même occasion leur signification. Alors, examiner les procédures simplifiées
de recouvrement et les voies d’exécution à l’aune du digital, il convient véritablement
de faire une halte sur la question de la dématérialisation desdites procédures.
Comme tout fait, l’électronique semble encore avoir précédé le droit qui de facto est
à sa remorque. Désormais, omniprésent dans tous les secteurs d’activités
professionnelles, l’électronique s’invite au sein de l’AUPSRVE. Cet arrimage à la
quatrième révolution : le digital, impose de se questionner sur l’appréciation que l’on
pourrait faire de son avènement au regard de la dématérialisation des actes de
procédure de recouvrement des créances et des voies d’exécution. À cette
préoccupation, soulignons d’emblée qu’elle présente un double visage qui consiste
d’une part, à mettre en facteur l’actualité de la dématérialisation à travers sa
réception juridique cristallisée par l’AUPSRVE et d’autre part, de se projeter dans
l’avenir de cette dématérialisation au sein de l’espace OHADA. Ce format permettra
d’avoir une vue d’ensemble sur la question.
1
Martor B. et Thouvenot S., « L’uniformisation du droit des affaires en Afrique par l’OHADA », La
semaine juridique, éd. E, Cahiers de droit de l'entreprise, suppl. n° 5 au n° 44 du 28 octobre 2004, p.
9 ; Pougoue P.-G. et Kalieu Elongo Y. R., Introduction critique à l’OHADA, Yaoundé, Presse
Universitaire d’Afrique, 2008, p. 68.
2
« La présentation du nouvel acte uniforme sur les procédures simplifiées et voies d’exécution »,
[Link]
dexecution/, consulté le 09/06/2024 à 18 heures 55 minutes. « La présentation du Nouvel Acte
Uniforme portant organisation des Procédures Simplifiées de Recouvrement et des Voies d’Exécution
(AUPSRVE) ».
3
Notamment les actes uniformes portant sur : le droit commercial général et le droit des sociétés
commerciales et groupement d’intérêt économique.
4
Cornu G., Vocabulaire juridique, 9e éd., Paris, Quadrige/PUF, 2011, p. 19.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
1
Op. et loc. cit.
2
Ibidem.
3
Ibid., p. 802.
4
Moneboulou Minkada H. M., « Les procédures simplifiées de recouvrement des créances en droit
OHADA », Séminaire international de formation organisé par l’Association Camerounaise des Avocats
d’Affaire, cité par Ema’a Mofa J. G., L’intérêt du créancier dans les procédures simplifiées de
recouvrement et des voies d’exécution dans l’espace OHADA, thèse de doctorat, droit privé des
affaires, FSJP, Université de Douala, 2022-2023, p. 21.
5
[Link]
procedure/#:~:text=Un%20acte%20de%20proc%C3%A9dure%20est%20un%20ensemble%20d%E2
%80%99actes,justice%20dans%20la%20cadre%20d%E2%80%99une%20action%20en%20justice,
consulté le 21/07/2024 à 15 heures 57 minutes.
6
Pour plus amples informations, consulter aussi le lien via l’adresse :
[Link]
ordonnances.
7
Ibidem, p. 281.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
1
Ibid. p. 281. Lire aussi Bitsamana (H. A.), Dictionnaire de droit OHADA, Ohadata D-05-33,
[Link].
2
Ibid., p. 857.
3
Bitsamana H. A., Dictionnaire de droit OHADA, Ohadata D-05-33, [Link]; Anne-Marie H.,
Assi-Esso, Ndiaw Diouf, OHADA. Recouvrement des créances, éd. Bruylant, Coll. Droit Uniforme
Africain, 2002, pp. 2 et s.
4
Art. 2 et ss. de l’AUPSRVE. Lire aussi Pougoue P.-G., James J. C., Kalieu Elongo Y. R. et alii,
« Actes uniformes », in Pougoue P.-G. (dir.), Encyclopédie du droit OHADA, Bénin, Lamy, 2011, p. 72.
5
Art. 19 et ss. de l’AUPSRVE ; Pougoue P.-G., James J. C., Kalieu Elongo Y. R. et alii, « Actes
uniformes », op. cit., p. 73.
6
Pougoue P.-G., James J. C., Kalieu Elongo Y. R. et alii, « Actes uniformes », op. cit., pp. 72 et 75 ;
Massamba R. et Pougoue P.-G., « Attractivité économique du droit OHADA », in Pougoue P.-G. (dir.),
Encyclopédie du droit OHADA, Bénin, Lamy, 2011, p. 383.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
1
Art. 28 de l’AUPSRVE. Lire égal. Ema’a Mofa J. G., L’intérêt du créancier dans les procédures
simplifiées de recouvrement et voies d’exécution dans l’espace OHADA, thèse précitée, pp. 21-22.
2
Lire Pougoue P.-G., James J. C., Kalieu Elongo Y. R. et alii, « Actes uniformes », in Pougoue P.-G.
(dir.), Encyclopédie du droit OHADA, Bénin, Lamy, 2011, pp. 73 et ss.
3
[Link] consulté le 02 mars 2024 à 18 heures
28 minutes.
4
En date du 17 mai 2024, le Secrétaire Permanent de l’OHADA en la personne de Mayatta Ndiaye
Mbaye a animé une conférence de presse pour informer et sensibiliser la population burundaise sur
les fonctionnalités de cette organisation. Ce faisant, il souhaite que le Burundi adhère à cette
organisation. Consulter [Link]
[Link], 04
juin 2024 à 22 heures 57 minutes. Consulter également [Link]
[Link], 04 juin 2024 à 22 heures 59 minutes.
5
Moneboulou H. M., « L’OHADA, le système juridique et le système judiciaire », Penant, n° 905, 1er
octobre 2018, pp. 417 et ss.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
la mise en œuvre de ses ambitions1 traduisant un peu plus sa mesure mais encore
sa démesure2.
Au sein de l’espace OHADA, la dématérialisation rime toujours avec
l’électronique. Ayant pour synonyme le numérique, le digital ou plus généralement
les technologies de l’information et de la communication (TIC), l’électronique traduit
globalement un mot valise qui regroupe tous les métiers qui utilisent Internet, les
supports digitaux et le mobile dans leurs activités, leurs produits et services. Si l’on
regarde avant toute chose la provenance du mot digital, il convient de souligner qu’il
descend de l’anglais « digit » dont la signification est « numérique » et dont le sens
est « chiffre ». Le numérique traite les informations. Le mot digital qui vient du latin «
digitalis » signifie « qui a l’épaisseur d’un doigt ». En français, il se traduit par « qui
appartient aux doigts » mais son sens commun se rapporte à l’adjectif « numérique
». De plus en plus aujourd’hui, ce mot renvoie désormais, au-delà du numérique, au
rôle que jouent les doigts sur l’écran. Autour du digital, le champ lexical qui le
détermine permet de voir, et sans être exhaustif, les termes comme technologie,
data, informatique ou informatisation, binaire, électronique, etc. L’avènement de
l’électronique marque le début d’un bouleversement profond qui engendre trois
phénomènes nouveaux à savoir : l’accélération et la simplification,
l’internationalisation progressive et la dématérialisation. À l’ère des TIC, il est
désormais un truisme que de parler de dématérialisation lorsque nous sommes en
présence des domaines impliquant l’électronique. La dématérialisation semble saisir
quasiment tous les secteurs d’activités professionnelles traduisant ainsi son
omniprésence3. Mais que traduit véritablement la dématérialisation ?
Y revenant, la dématérialisation représente ce processus de remplacement
des supports d'information matériels, généralement sur le papier, par des fichiers
informatiques et des ordinateurs. Elle vise à permettre une gestion entièrement
électronique des données ou des documents produits en interne ou émanant des
partenaires sous format numérique ou numérisés à leur entrée. La dématérialisation
1
Code Vert OHADA 2016 : Traité et actes uniformes commentés et annotés, consulté le 18/07/2024 à
08 heures 43 minutes à l’adresse : [Link]
uniformes-commentes-et-annotes.
2
Pougoue P.-G. et Kalieu Elongo Y. R., Introduction critique à l’OHADA, Yaoundé, Presse
Universitaire d’Afrique, 2008, pp. 68 et 89.
3
Kessous E. et Metzger J.-L., Le travail avec les technologies de l’information, Paris, Hermes science,
Lavoisier, 2005, p. 13 ; Ndoumga M., Les règles applicables au commerce électronique, Mémoire de
Master Recherche, FSJP, Université de Douala, 2016, pp. 42-43.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
1
Piette-Coudol Th., Le numérique au service du droit de l’OHADA et des États parties, LGDJ, 2016,
pp. 1 et ss.
2
Art. 2 (c) de l’acte uniforme du 22 mars 2003 relatif aux contrats de transport de marchandises par
route.
3
Art. 193 à 195 du Règlement N° 03/CEMAC/UMAC/CM relatif aux systèmes, moyens et incidents de
paiement du 21 décembre 2016.
4
Le législateur OHADA a pris à bras le corps la question de l’électronique au point de projeter un Acte
uniforme OHADA relatif aux transactions électroniques. Cet acte devra aborder les aspects comme la
publicité et le démarchage électronique, la protection du consentement et la conclusion de contrats
par voie électronique, la signature électronique, la preuve électronique sans omettre les éléments
probatoires introduits par les techniques numériques telles que l’horodatage, les certifications,
certificats qualifiés, etc.
5
Courant 2010, le Cameroun a légiféré plusieurs textes dans le sens de s’arrimer aux TIC. Il s’agit
principalement des Loi n° 2021/012 du 21 décembre 2010 relative à la cybersécurité et la
cybercriminalité au Cameroun et Loi n° 2010/021 du 21 décembre 2010 régissant le commerce
électronique au Cameroun.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
s’enregistrer au RCCM par voie électronique. Du moins, c’est ce qui est prévu par les
textes. Dans ce sillage, l’acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et
du groupement d’intérêt économique (AUDSCGIE) a effectivement accueilli le
numérique en consacrant la modalité d’un fonctionnement électronique au sein des
sociétés commerciales. En effet, la tenue des Assemblées1 et la participation au
vote2 par le moyen des supports dématérialisés sont désormais possibles à condition
toutefois qu’elles soient prévues dans les statuts. Dernière intervenante d’un
mouvement législatif résolument tourné vers le numérique, la révision de l’AUPSRVE
entend apprivoiser l’étalon numérique en proposant les actes de procédure
électroniques se rapportant au recouvrement des créances et des voies d’exécution.
En effet, cette modalité est prévue dans les dispositions de l’article 1-5 dudit acte
uniforme.
Alors, au regard des développements qui précèdent, il convient de se
demander quelle appréciation peut-on faire de l’avènement de l’électronique dans la
dématérialisation des actes de procédure de recouvrement des créances et des
voies d’exécution. Pour répondre à cette préoccupation, notons que dans le droit de
l’espace OHADA, et tel le Janus, l’avènement de l’électronique dans les procédures
de recouvrement des créances et des voies d’exécution appelle une appréciation qui
présente un double visage dont l’un traduit l’actualité et l’autre les défis à venir qu’il
faudrait véritablement prendre en compte lorsqu’on parle de dématérialisation.
La réflexion par le truchement de la question sus-énoncée présente un intérêt
double : théorique et pratique. Premièrement, il est théorique dans la mesure où il
invite à débattre sur l’opportunité et l’importance de recourir aux TIC. Il en est ainsi
parce que le paradigme légistique semble désormais s’adapter et, à prendre le bras
le corps les questions qui intéressent le numérique dans sa globalité3.
Deuxièmement, l’intérêt pratique ici est noté à travers les diverses questions qui
pourraient mettre à mal l’application effective du numérique dans les situations
réelles. En effet, à l’heure où le numérique semble s’affranchir des « frontières », il
ne faudrait pas que l’enjeu prenne le pas sur le jeu juridique. Aussi, les questions de
1
Art. 133-2 de l’AUDSCGIE.
2
Art. 133-1 de l’AUDSCGIE.
3
Les illustrations se présentent avec l’AUCTMR, l’AUDCG, l’AUDSCGIE et l’AUPSRVE. Ces actes
uniformes ont le mérite d’avoir franchi le pas du numérique et en faire une formalité équivalente à celle
des procédures physiques.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
champ d’application, les lieu et horaire sont des données capitales dans le cadre des
procédures de façon générale et singulièrement en ce qui concerne les procédures
OHADA de recouvrement des créances et des voies d’exécution.
Dictant et alors surtout de façon concrète la manière d’envisager ou
d’organiser la recherche1, la méthodologie nous suggère de faire recours aux
méthodes juridique et empirique auxquelles les techniques de collecte des données
comme l’observation de la réalité sociale2, l’interview et l’exploitation des données
numériques. À ces outils, il conviendrait également de faire recours à la méthode
comparative pour mettre en facteur les réalités pouvant exister entre deux ou
plusieurs systèmes juridiques3 notamment ceux de l’OHADA et d’ailleurs. Afin
d’apporter une réponse à notre question centrale présentée ci-dessus, il importe de
structurer nos propos sur deux axes dont l’un présentera la réception juridique
favorable qu’a reçu la dématérialisation des actes de procédure de recouvrement des
créances et des voies d’exécution (I) ; et l’autre consistera à mener une réflexion
prospective sur l’opérationnalisation de ladite dématérialisation qui s’avère être sujet
à question (II).
1
Grawitz M., Les méthodes en sciences sociales, Paris, 11e éd., Dalloz, 2001, p. 301.
2
Charlier J.-É. et Van Campenhoudt L., 4 méthodes de recherche en sciences sociales, Paris,
DUNOD, 2014, pp. 33-84.
3
Kenfack P.-E., « La gestion de la pluralité des systèmes juridiques par les États d’Afrique noire : les
enseignements de l’expérience camerounaise » CRDF, n° 7, 2009, pp. 153 et ss., accessible via le
lien : [Link] Lire aussi Moneboulou H. M., « L’OHADA, le
système juridique et le système judiciaire », op. cit.
4
Intervention de Michel S., secrétaire général de l’organisation mondiale des douanes sur le thème
« L’internet, un élargissement des marchés mondiaux », juin 2000, consulté à l’adresse :
[Link] cité par Dione A., Le droit douanier, le commerce électronique et la
dématérialisation, Paris, L’Harmattan, 2015, p. 9 ; Ngom N., « Titres et valeurs mobilières », in
Pougoue P.-G. (dir.), Encyclopédie du droit OHADA, Bénin, Lamy, 2011, p. 2089.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
1
Art. 1/10 de l’Avant-projet de l’acte uniforme OHADA sur le droit des contrats ; V. aussi Principes
d’Unidroit 2010 art. 1.11.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
»1. Sans revenir sur la définition de l’électronique, il est désormais une réalité qui
voudrait que l’on parle de l’écrit électronique dans le jargon juridique. Alors
s’inscrivant dans ce sillage, l’écrit électronique serait donc, au vu des différentes
définitions précédemment évoquées, tous documents ou toutes données sur support
numérique et échangés par l’informatique ou par le biais de l’Internet2. Plus
généralement, l’on conçoit l’écrit électronique comme étant un message de données
désignant l’information créée, envoyée, reçue ou sauvegardée par les moyens
électroniques optiques ou analogues, mais sans s’y limiter3.
Avant la consécration légale de l’écrit électronique dans les instruments
juridiques de l’espace OHADA, il était simplement considéré comme une modalité de
preuve littérale et non comme un mode de preuve à part entière4. Cela revient à dire
que l’écrit électronique au titre de la valeur ad probationem5 était au mieux considéré
comme un début de preuve. Et au titre de la valeur ad validitatem6, il ne revêtait
aucune valeur. Se prévaloir d’un document électronique n’était pas pertinent parce
que ne correspondant pas aux critères légaux en vigueur.
Faisant désormais corps avec les procédures simplifiées de recouvrement et
voies d’exécution, l’écrit électronique se conforme aux exigences légales et se
présente comme un acte juridique rédigé sur un support informatique
(éventuellement codé) et pouvant servir de preuve par écrit à condition que ses
1
Art. 2 c) § 1 de l’Acte uniforme du 22 mars 2003 relatif aux contrats de transport de marchandises
par route.
2
Art. 82 et s. de l’AUDCG nouveau ; Shandi Y., La formation du contrat à distance par voie
électronique, thèse de doctorat, Université Robert Schuman Strasbourg III, 2005, p. 277 et ss. Lire sur
la question l’art. 13 al. 1er de la Loi régissant le Commerce Electronique au Cameroun : « Lorsqu’un
écrit est exigé pour la validité d’un acte juridique, il peut être établi et conservé sous forme
électronique dans les conditions prévues aux articles 1317 et suivants du Code civil, relatifs à la
preuve littérale » ; Lire également Castets-Renard C., Droit de l’internet, Montchrestien, 2010, p. 182.
3
Hamza J., Ou-Yacoub A., « La valeur juridique de l’écrit électronique en droit Marocain et
comparé », Revue Internationale du chercheur, 2022, 3 (2), p. 831, consulté le 12/07/2024 à
l’adresse : [Link]
4
Diffo Tchunkam J., « Le contrat selon la loi camerounaise du 21 décembre 2010 sur le commerce
électronique », Juridis pér., N° 87, juillet-août-septembre 2011, p. 85.
5
Diffo Tchunkam J., « Le contrat selon la loi camerounaise du 21 décembre 2010 sur le commerce
électronique », op. cit., pp. 85-86. Lire aussi Castets-Renard C., Droit de l’internet, Montchrestien,
2010, pp. 183-184 ; V. également Adamou M., « La valeur de l’écrit électronique dans l’espace
UEMOA », Penant, N° 877 - octobre/décembre 2011, p. 502.
6
Castets-Renard C., Droit de l’internet, op. cit., pp. 184-185 ; Lire aussi Adamou M., « La valeur de
l’écrit électronique dans l’espace UEMOA », op. cit., p. 502 ; [Link]/Ohadata D-12-81 ; Mpondo
Mboka G., « Le droit de la preuve et le commerce électronique », Janus, Revue Camerounaise de
Droit et de Science Politique, 2e Année, N° 2, Janvier 2007, pp. 149-151 ; Causse H., « Le contrat
électronique, technique du commerce électronique », in Études réunies par Hallouin J. C. et Causse
H., Le contrat électronique au cœur du commerce électronique. Le droit de la distribution, droit
commun ou droit spécial ?, LGDJ, décembre 2005, pp. 24 et ss.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
auteurs soient identifiés sans difficulté avec certitude et que son contenu ne puisse
être ni modifié ni altéré. Dans cette veine, il est important de noter, que l’écrit
électronique peut être soit un acte authentique ou sous seing privé, soit une copie du
document ayant été rédigée sur support électronique. Avec cette forme d’écrit au
sein de l’OHADA, l’assiette s’en trouve élargie. Aussi, ces écrits sont-ils logés à la
même enseigne.
Au sein du droit OHADA et particulièrement dans l’AUPSRVE, dans le cadre
du recouvrement des créances et des voies d’exécution, et comme annoncé ci-
dessus, la consécration de la dématérialisation des actes de procédures trouve son
véritable fondement dans les dispositions de l’article 1-5 alinéa 1er de l’acte suscité.
En effet, il est disposé que « les actes dressés en vue de la conservation ou du
recouvrement des créances peuvent être établis… sur support électronique ». Aussi,
s’en trouve-t-il que les actes de procédure électronique ont désormais la même
valeur que ceux établis sur support papier. En effet, l’article 1-5 alinéa 1er dispose
que « les actes dressés en vue de la conservation ou du recouvrement des créances
peuvent être établis sur support papier ou sur support électronique ». L’alinéa 2 du
texte susmentionné prescrit que « les actes sous forme électronique sont équivalents
aux actes sur support papier ». Ce rapport se traduit par l’équivalence fonctionnelle.
Dans le cadre du recouvrement des créances et des voies d’exécution,
conformément à l’AUPSRVE, divers actes à l’instar des jugements ou des
ordonnances peuvent faire l’objet d’une signification sur support papier ou par voie
électronique1. Cette prescription met ainsi en relief la coexistence d’une version
matérielle avec celle dématérialisée. Ce sont les deux faces d’une même pièce
qu’est la signification des actes de procédure. Toutefois, soulignons que
contrairement à l’écrit papier, l’écrit électronique ne fait pas de différence entre
l’original et la copie. Si d’aventure, il arrivait qu’une des parties n’ait pas conservé
l’original de son document, la preuve de son existence peut être rapportée par la
présentation d’une copie2 qui doit correspondre à la reproduction non seulement
fidèle mais également durable, à condition que l’auteur puisse être dument identifié
et qu’il ait été établi et conservé dans les conditions qui sont de nature à en garantir
1
Art. 1-8 de l’AUPSRVE.
2
Boucher E., « Copie numérique : pourquoi en créer et comment la conserver ? », consulté à
l’adresse : [Link] le
28/07/2024 à 22 heures 35 minutes.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
l’intégrité1.
En prescrivant que les actes sous forme électronique sont équivalents aux
actes sur support papier, le législateur de l’AUPSRVE entendait leur conférer la
même valeur juridique qui repose principalement sur deux aspects à savoir : ad
validitatem2 et ad probationem3. Néanmoins, des réserves peuvent être soulevées.
En effet, pour un auteur :
« afin que l’écrit électronique atteigne le sommet de la hiérarchie des
modes de preuve au même titre que l’écrit papier, il est indispensable que
les justiciables aient confiance dans ce système de preuve. À défaut, la
reconnaissance de l’écrit électronique sera vaine puisqu’au lieu de
remplacer le papier, le support électronique viendra en juxtaposition avec
celui-ci »4.
Le législateur ayant fait abstraction de cette éventualité, implicitement, il a
consacré la neutralité technologique dans la mesure où le format papier et le format
électronique ne devraient pas pouvoir poser de difficulté de hiérarchie. Nonobstant
cela, la pratique donnera vraisemblablement une préférence pour le support
physique ou papier. Toutefois, l’emploi des actes de procédure sous forme
électronique requiert la réunion de certaines caractéristiques.
N’ayant pas seulement fait œuvre de consécration des actes sous forme
électronique, le législateur OHADA prescrit certaines conditions pour qu’ils soient
considérés comme équivalent des actes sur support papier. Ce faisant le législateur
entend déterminer les caractéristiques techniques minimales que devrait présenter
un acte électronique dans l’espace OHADA pour être reconnu valable et valablement
établi. En effet, la lecture de l’AUPSRVE permet de noter que « les actes sous forme
électronique sont équivalents aux actes sur support papier lorsqu’ils sont établis et
1
Hamza J. et Ou-Yacoub A., « La valeur juridique de l’écrit électronique en droit Marocain et
comparé », op. cit., p. 833.
2
Cornu G., Vocabulaire juridique, op. cit., p. 38.
3
Ibidem.
4
Mikalef-Toudic V., « La preuve à l’aide des nouvelles technologies » Procédures, 2010, 4 [dossier 3],
pp. 12-16, consulter le lien : hal-04315012.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
maintenus selon un procédé technique fiable qui garantit, à tout moment, leur
accessibilité, leur origine et leur intégrité au cours des traitements et transmissions
électroniques »1. Cette disposition présente un principe qui n’est opérationnel que
suivant le respect de certaines conditions bien précises. En effet, les actes sous
forme électronique sont reconnus comme étant équivalents à ceux sur support papier
à condition de satisfaire à certaines caractéristiques. Toutefois, l’on s’interroge sur le
procédé de technique fiable. À partir de quel moment doit-on le considérer comme
fiable ? Quels sont les éléments caractéristiques de la fiabilité ? Répondre à ces
préoccupations nécessite que l’on démembre la structure de l’article 1-5 de
l’AUPSRVE en trois composantes.
La première, fragmentée ainsi qu’il suit : « les actes sous forme électronique
sont équivalents aux actes sur support papier … », a déjà été abordée plus haut et
ne retiendra pas davantage ici notre attention. Le second fragment se présente
comme suit : « … lorsqu’ils sont établis et maintenus selon un procédé technique
fiable … ». Aussi, la lecture de cette portion de l’article 1-5 de l’AUPSRVE dans son
alinéa 2e laisse entrevoir qu’il faudrait réunir deux éléments fondamentaux à savoir :
une majeur et une mineure.
L’élément majeur est représenté ici par le procédé technique fiable. Le
législateur OHADA n’ayant pas proposé de définition de cette terminologie, il
convient de se référer à la conceptualisation proposée par Berson Jean-Luc. Selon
lui, un procédé fiable peut être assimilé à un procédé dont nous pouvons prédire le
comportement et ainsi disposer d’un levier pour agir et influencer ses résultats. A
contrario, et c’est ce que nous voulons éviter, un processus réputé non fiable ne
permet pas d’en prédire le comportement, car il est sensible aux aléas, dérives et
autres « événements indésirables » ; tous ces éléments vont in fine le faire varier et
en impacter la donnée de sortie ou le résultat2. À la suite de cette définition, il ne
nous reste plus qu’à clarifier l’esprit du texte OHADA. En prescrivant « l’exigence
d’un procédé technique fiable », le susdit législateur offre l’opportunité au juge de se
prononcer sur cette modalité comme cela a été le cas en France3.
1
Art. 1-5 alinéa 2 de l’AUPSRVE.
2
Berson J.-L., « Fiabiliser un procédé », [Link]
industriel-th6/piloter-et-animer-la-qualite-dt34/fiabiliser-un-procede-0588/#corps-article, consulté le
04/07/2024 à 21 heures 38 minutes.
3
Gelles V., « Qu’est-ce qu’une copie fiable au sens de l’article 1379 du Code civil ? », consulté à
l’adresse : [Link]
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
Au même titre que les actes notariés il faut le dire, les actes d’huissiers ou
ceux des autorités ayant en charge l’exécution doivent revêtir un certain formalisme
de solennité afin d’être valables. Cela dit, faute de satisfaction de cette
caractéristique, l’acte encourt vraisemblablement nullité. Ainsi donc, l’acte d’huissier
est solennel du fait qu’il est soumis au respect de certaines formes obligatoires. A la
lecture du nouvel AUPSRVE, l’on note que tout acte établi par un huissier de justice
ou par une autorité chargée de l’exécution, qu’il soit sous forme électronique ou sous
forme papier, devrait comporter un certain nombre d’éléments qui leur sont
communs. Aussi le législateur prescrit-il que l’acte doit contenir : une date ; des
informations sur l’identité des personnes qu’elles soient physiques (nom, prénoms et
domicile) ou morales (dénomination, forme juridique, siège social et représentant
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
1
A l’ère de la digitalisation, la signature de l’huissier peut être apposée électroniquement comme
évoqué plus haut.
2
Gelles V., « Qu’est-ce qu’une copie fiable au sens de l’article 1379 du Code civil ? », précité ;
Montero E., « L’avant-projet d’Acte Uniforme OHADA sur le droit des contrats : l’adéquation aux
contrats électroniques », Actes du Colloque sur l’harmonisation du droit OHADA des contrats,
Ouagadougou 2007, Rev. dr. unif., 2008, p. 301 ; Ndoumga M., Les règles applicables au commerce
électronique, Mémoire de Master recherche, FSJP, Université de Douala, févier 2016, p. 69.
3
Consulté le 08/07/2024 à l’adresse : [Link]
electroniques/#:~:text=En%20r%C3%A9sum%C3%A9%2C%20l%E2%80%99horodatage%20est%20
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
un%20dispositif%20qui%20consiste,%C3%A9t%C3%A9%20modifi%C3%A9%20%C3%A0%20une%
20certaine%20date%20et%20horaire.
1
Consulté à l’adresse : [Link]
le 08/07/2024 à 12 heures 09 minutes.
2
« L'intelligence artificielle (IA) est un processus d'imitation de l'intelligence humaine qui repose sur la
création et l'application d'algorithmes exécutés dans un environnement informatique dynamique. Son
but est de permettre à des ordinateurs de penser et d'agir comme des êtres humains ». Consulté pour
plus détails l’adresse : [Link]
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
Dans le même ordre d’idée, il importe de noter qu’il est désormais possible,
avec le service de messagerie classique sur smartphone (Android et iPhones),
d’activer l’option permettant de savoir si le message a été envoyé, reçu et même lu
avec en prime l’indication des heure et date. L’option à activer est celle de
« message de service de communication enrichis chiffré de bout en bout »
communément connue sous l’appellation de Chats RCS. Cette fonctionnalité permet
également d’identifier l’émetteur et le destinateur du message.
En somme, il revient à dire, suivant les dispositions de la disposition ci-dessus
énoncée, qu’est considérée comme effectuée la signification par voie électronique
des actes de procédure dématérialisés lorsqu’elle est réalisée par des moyens
électroniques permettant de remplir les conditions sus-présentées. Et elles semblent
de facto être cumulatives. C’est dire que si l’une des exigences arrivait à manquer, la
signification ne saurait être considérée comme faite.
En dépit des éléments précédemment exposés qui ont concouru à démontrer
la réalité de la réception juridique favorable de la dématérialisation des actes de
procédure de recouvrement et voies d’exécution dans le nouvel AUPSRVE, il n’en
demeure pas moins vrai que des questions subsistent sur l’opérationnalisation de
ladite dématérialisation. D’où l’intérêt de mener une réflexion prospective y relative.
Ayant à l’esprit que chaque innovation intervenue dans le cadre des actes
uniformes l’a été pour résoudre une difficulté ou un problème observé dans les
différents États-membres, il importe également de souligner que chaque innovation
charrie avec elle son lot de difficultés. En effet, la problématique de la
dématérialisation des actes de procédures de recouvrement des créances et des
voies d’exécution dans l’espace OHADA présente des zones d’ombres qui
subsistent. Pour cette raison, la présente réflexion est réservée à l’étude qui se veut
prospective1 de l’opération de la dématérialisation des susdits actes. Alors pour y
1
Godet M., Manuel de prospective stratégique, L’art et la méthode, Paris, DUNOD, T. 2, 3e éd., 2007,
pp. 1 et ss, accessible en ligne via l’adresse :
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
parvenir, deux temps seront impératifs. D’une part, l’examen de la mise en œuvre
des actes de procédure dématérialisés (A) qui sera complété d’autre part, par
l’exposé d’un plaidoyer sur l’urgence d’une prise de hauteur relative à la
dématérialisation des actes de procédure à l’aune des risques électroniques dans la
mesure où l’environnement paraît peu favorable (B).
[Link]
[Link], consulté le 19/07/2024 à 11 heures 37 minutes.
1
Cornu G., Vocabulaire juridique, op. cit., p. 687. Art. 1-1 tiret 14 de l’AUPSRVE. La notification est
une « opération consistant à porter à la connaissance d’une personne un acte ou un fait ».
2
Cornu G., ibidem, p. 958. Art. 1-1 tiret 15 de l’AUPSRVE. La signification est la « notification réalisée
par acte d’huissier de justice ou d’une autorité chargée de l’exécution ».
3
Art. 1-1 de l’AUPSRVE.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
1
Art. 1-1 et art. 1-7 de l’AUPSRVE.
2
Art. 609 de l’Arrêté n° 6750 du 16 décembre 1954 portant codification et réglant la procédure en
matière civile et commerciale devant les tribunaux Français du Cameroun, modifié par Décret n°
68/DF/441 du 08 novembre 1968, Ordonnance n° 72/21 du 19 octobre 1972 et Loi n° 89/019 du 26
décembre 1989. CS, Arrêt n° 171/L du 27 août 1968 ; CS, Arrêt n° 20/L du 08 janvier 1984, Aff.
Mbouock Firmin c/ Mme Mbouock née Ngoune Nitedem Louise.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
1
CS, Chambre pénale, Arrêt n° 81/P du 16 janvier 1986, Aff. Zassou Christophe c/ Ministère public et
Dakehi Joseph Gilbert ; CS, Chambre pénale, Arrêt n° 47/P du 25 novembre 1982, Aff. Ndoguima
Dominique, Société ITINERA c/ Ministère public et Elong Paul, Ekange Paul.
2
Supra.
3
Ndoumga M., La théorie générale du contrat à l’épreuve du numérique, thèse de doctorat, Université
de Maroua, mai 2020, pp. 111 à 124.
4
Art. 3 al. 1er du Décret n° 2023/042 du 25 janvier 2023 portant statut et organisation de la profession
d’Huissier de justice et agent d’exécution.
5
Art. 1-6 Para. C) de l’AUPSRVE. Lire aussi Pougoue P.-G. et Teppi Kolloko F., « Saisie
immobilière », in Pougoue P.-G. (dir.), Encyclopédie du droit OHADA, Bénin, Lamy, 2011, pp. 1668,
1674, 1696 et 1697.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
justice et autres autorités chargées de l’exécution est circonscrite dans les limites du
département où est domiciliée l’étude. La délimitation des zones géographiques à
l’ère où l’abolition des frontières est favorisée par la dématérialisation qui entend
simplifier les procédures, semblerait incongrue. En effet, il se pourrait que le débiteur
destinataire d’une signification portant soit sur une procédure simplifiée de
recouvrement soit sur une voie d’exécution réside en dehors du champ spatial de
compétence de l’Huissier de justice. Dans un tel cas de figure, vu que désormais, le
législateur OHADA dans son AUPSRVE consacre la signification par voie
électronique, l’on est en droit de se demander si une signification électronique faite à
un débiteur résidant ou domicilié dans le département du Wouri région du Littoral par
un huissier instrumentaire qui se trouverait dans le département de la Benoué région
du Nord, serait valable. Au regard de la législation camerounaise, nous serions en
présence d’un vice de procédure conformément aux dispositions de l’article 3 alinéa
1er du Décret n° 2023/042 du 25 janvier 2023 portant statut et organisation de la
profession d’Huissier de justice et agent d’exécution1. Dans le même ordre d’idée,
nous pouvons également nous interroger sur la solution à retenir pour les actes
devant être signifiés au-delà des frontières. Un Huissier de justice ou une autorité
chargée de l’exécution peut-il valablement notifier ou signifier un acte hors de ses
limites frontalières2 par voie électronique sur les fondements des article 1-8 alinéa 1er
de l’AUPSRVE et article 10 du Traité OHADA3 ? Une réponse favorable à cette
préoccupation pourrait être donnée sur la base de l’article 10 du traité susmentionné.
En effet, compte tenu du fait que les actes uniformes sont directement applicables et
obligatoires dans les États parties nonobstant toute disposition contraire de droit
interne fusse-t-il antérieure ou postérieure, cet article 10 contient une règle de
supranationalité4 qui peut être invoquée par un justiciable.
À titre de droit comparé, notons que le législateur français a également
envisagé la possibilité de signifier les actes d'huissier de justice par voie
1
« La charge d’huissier de justice est créée par décret du Président de la République et rattachée
auprès d’un Tribunal de Première Instance. Toutefois, la compétence territoriale de l’Huissier couvre
l’ensemble du Département où son étude est domiciliée ».
2
Par exemple un huissier camerounais peut-il valablement signifier un acte à une personne se
trouvant au Sénégal ou en Côte d’Ivoire ?
3
Traité du 17 octobre 1993 relatif à l’harmonisation du droit des affaires en Afrique tel que révisé par
le Traité de Québec du 17 octobre 2008.
4
CCJA, avis n° 01/2001/EP du 30 avril 2001, Ohadata J-02-04, obs. Issa Sayegh j.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
1
Loi n° 2010-1609 du 22 décembre 2010 relative à l'exécution des décisions de justice, aux
conditions d'exercice de certaines professions réglementées et aux experts judiciaires.
2
Décret n° 2012-366 du 15 mars 2012 relatif à la signification des actes d'huissier de justice par voie
électronique et aux notifications internationales.
3
Lauvergnat L., « Le décret n° 21012-366 du 15 mars 2012 : un nouveau souffle en matière de
notification », Rev. Proc., 2012, Fasc. 6 n° 3.
4
Art. 662-1 et 663, al. 4 du CPC.
5
Ces dispositions sont entrées en vigueur le 1er septembre 2012, en même temps que l'arrêté
définissant, en application de l'art 748-6 CPC, les garanties que doivent présenter les procédés
utilisés par les huissiers pour signifier les actes par voie électronique (Arr. 28 août 2012).
6
Consultez l’adresse : [Link].
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
huissiers de justice audienciers, peuvent être signifiés par ces derniers aux avocats
et au Ministère public, et copie de cette signification transmise au greffe. C’est dire
combien la chaîne de la procédure électronique semble avoir été maîtrisée de bout
en bout afin de véritablement procurer toutes les facilités attachées au digital.
Lesdites facilités attachées à la dématérialisation s’observent également au niveau
de la réduction voire même de la minimisation de certains risques que pouvaient
encourir les personnes ayant en charge le ministère de la signification des actes de
procédure.
Comme annoncé plus haut, chaque nouvelle disposition des actes uniformes
et singulièrement celle de l’AUPSRVE semble constituer une réponse précise à un
problème précis. Aussi, outre les autres aspects louables advenus avec la
consécration de la dématérialisation des actes de procédure, notamment en ce qui
concerne la signification par voie électronique avec la simplification mise en avant, la
réduction du temps d’exécution et parfois des frais engagés, il s’avère qu’un autre
aspect réside dans le fait que les personnes ayant en charge le ministère de la
signification des actes de procédure pourront être épargnées des diverses atteintes à
leur intégrité tant morale que physique dont elles pouvaient être et étaient
régulièrement l’objet. Ici, nous allons particulièrement insister sur le cas des
violences physiques.
Dans la pratique, il arrive malheureusement que des débiteurs indélicats,
prennent à partie les huissiers de justice ou toute autre personne venant leur servir
un acte de procédure à eux décerné par les instances compétentes. En effet, les
huissiers et autres personnes font souvent face à des menaces et des voies de fait
portant atteinte à leur intégrité physique. Alors, ayant bien compris l’existence de tels
actes et dans l’optique de prévenir de pareils écarts, les législateurs nationaux à
l’instar de celui camerounais avaient déjà envisagé la possibilité des oppositions1
pouvant conduire à des voies de fait sur la personne des agents d’exécution. Au
1
Art. 4 al. 3 du Décret n° 2023/042 du 25 janvier 2023 portant statut et organisation de la profession
d’Huissier de justice et Agent d’exécution.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
1
Mackaay E., Rousseau S., Larouche P. et Parent A., Analyse économique du droit, Dalloz, 3e éd.,
Thémis, 2021.
2
Fometeu J., « Théorie générale des voies d’exécution OHADA », in Pougoue P.-G. (dir.),
Encyclopédie du droit OHADA, Bénin, Lamy, 2011, p. 2068.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
civiles1. Alors, au même titre que les innovations qui ont marqué notre ère, traiter des
questions relatives à l’avènement de l’électronique au sein du droit OHADA et
singulièrement dans l’AUPSRVE convie à observer de près la situation des divers
risques qui, potentiellement, affectent la sécurité des données (1) et qui, par voie de
conséquence, appelle la conscience générale à une prise de mesures
supplémentaires (2) y relatives.
1
Blery C. et Teboul J.-P., « Dématérialisation des procédures : saisine d’une juridiction par le Portail
du justiciable », Procédure civile, Dalloz Actualité, accessible en ligne via l’adresse :
[Link]
portail-du-justiciable, consulté le 21/07/2024 à 20 heures 03 minutes.
2
Feuga M. P., « Cyberespace, nouvelles menaces et nouvelles vulnérabilités, Guerre silencieuse et
paix imprédictible », Sécurité globale, 2017/1, N° 9, pp. 83 et ss.
3
De Broglie L., Physique et microphysique, Paris, éd. Albin Michel, 1947.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
1
DIONE A., Le droit douanier, le commerce électronique et la dématérialisation, Paris, L’Harmattan,
2015, p. 131.
2
Bakam Titgoum N. J. Epse Djeya, « Intermédiaires techniques et ordre public numérique : étude à
l’aune de quelques législations en Afrique noire francophone », RIDSP, Vol. 4, N° 7, juillet 2024, p.
207.
3
Le terme de « serveur » possède deux significations en informatique : le Serveur Hardware et le
serveur Software. Pour plus amples informations, consultez l’article de l’équipe éditoriale IONOS
« Qu’est-ce qu’un serveur » à le l’adresse : [Link]
ce-quun-serveur-une-notion-deux-definitions.
4
L’octet s’entend comme une unité de mesure de la quantité de données informatiques. Il se
compose toujours de huit bits (c'est-à-dire huit "0" ou "1") et permet de coder une information. Il a pour
mission principale de stocker un caractère (il peut s'agir d'un chiffre, d'une lettre, etc.). Par ailleurs, de
symbole o, l'octet est le plus souvent utilisé sous ses formes multiples avec les préfixes kilo, méga et
giga. On voit ainsi plus souvent Ko (pour kilooctet), Mo (mégaoctet), et Go (gigaoctet). S'ensuivent,
plus rarement employés, le téraoctet (To), le pétaoctet (Po), et l'exaoctet (Eo). Consulté le 18/07/2024
à 08 heures 32 minutes à l’adresse : [Link]
webmastering/1203629-octet-definition-traduction.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
1
Loi n° 2010/021 du 21 décembre 2010 régissant le commerce électronique au Cameroun.
2
Loi n° 2021/012 du 21 décembre 2010 relative à la cybersécurité et la cybercriminalité au Cameroun.
3
Art. 1er de la Convention de l’Union Africaine sur la cybersécurité et la protection des données à
caractère personnel, Adopté par la 23ème Session Ordinaire de la Conférence de l’Union à Malabo, le
27 juin 2014. Une définition plus fournie nous est proposée par l’art. 5 paragraphe 14 de la Loi n°
2024/017 du 23 décembre 2024 relative à la protection des données à caractère personnel au
Cameroun.
4
Le Groupe de protection des personnes à l’égard du traitement des données à caractère personnel
institué en vertu de la directive 95/46/CE du parlement européen et du Conseil du 24 octobre 1995,
JO L 281 du 23 novembre 1995, consulté le 15 juillet 2024 à 13 heures 00 minute à l’adresse :
[Link] de travail « Article
29 » sur la protection des données, Avis 4/2007 sur le concept de données à caractère personnel, p.
4 ; Tilli N., « La protection des données à caractère personnel », Documentaliste-Sciences de
l’information, N° 3, Vol. 50, 2013, pp. 63-69. Lire aussi
5
Convention de l’Union Africaine sur la cybersécurité et la protection des données à caractère
personnel, Adopté par la 23ème Session Ordinaire de la Conférence de l’Union à Malabo, le 27 juin
2014.
6
Dans le sens véritablement sécuriser l’environnement digital des structures, il existe des structures
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
CONCLUSION
1
« Un comité technique de normalisation des procédures électroniques institué au sein de l’OHADA
est chargé de la normalisation des procédures effectuées au moyen de documents et de
transmissions électroniques ».
2
Adopté le 15 décembre 2010, publié au Journal Officiel de l’OHADA du 15 février 2011 et entré en
vigueur le 15 mai 2011.
3
Avis d’Appel d’Offres International (AA0I) N° 01/SP-OHADA/PACI/2016/AOI Fourniture des matériels
informatiques pour le déploiement de la Solution logicielle intégrée de gestion des fichiers nationaux
du Registre du Commerce et du Crédit Mobilier (RCCM) dans les pays membres de l’espace OHADA.
Aux rangs des États membres ayant déjà fait l’objet du déploiement de cette solution, nous avons : le
Togo (2017), la Côte d’Ivoire (2017), le Congo Brazzaville (2017), le Burkina Faso (2017), le Mali
(2017), la Guinée Bissau (2017), le Cameroun (2019) et le Tchad (2020). Plus de détail, consulter
[Link] le 17 juillet 2024 à 00 heures 52 minutes.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
1
Kant E., Critique de la raison pure, Paris, Flammarion, 3e éd., 2006, cité par Cambon L., « De l’étude
des comportements de santé à la définition de stratégies de prévention : un chemin linéaire ? »,
Sciences sociales et santé, n° 1, Vol. 38, 2020, p. 67. Consulté à l’adresse :
[Link] le 21/07/2024 à 23
heures 17 minutes. Lire aussi Kwame Nkumah, Le conciencisme, Paris, éd. Présence Africaine, 1976.
2
Feuga M. P., « Cyberespace, nouvelles menaces et nouvelles vulnérabilités, Guerre silencieuse et
paix imprédictible », Sécurité globale, 2017/1, N° 9, pp. 83 et ss.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
1
Kameni G. M., La vie privée en droit camerounais, thèse de doctorat en cotutelle, Université de
Toulouse et Université de Douala, Droit privé, 2012/2013, p. 192 ; Ndoumga M., Les règles
applicables au commerce électronique, précité, p. 90. Lire aussi Russell R. (dir.), Stratégies anti-
hackers, Paris, Eyrolles, 3e éd., 2002.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
____________________
1
Doctorant en droit public, Chef service de la formation et de la sensibilisation au BUNEC-Nord
(Cameroun), Expert en ingénierie de la formation.
2
Docteur en droit privé et Sciences Criminelles – Maitre-Assistant CAMES – Chargé de Cours –
Coordonnateur du Centre d’Etudes et de Recherche en Sciences Criminelles, Droit de l’Homme et
Droit Humanitaire – FSJP - Université de Maroua (Cameroun).
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit
Résumé
La modernisation de l’état civil au Cameroun fait partie des priorités pour les
prochaines années. Depuis 2009, il a amorcé un processus de modernisation de son
système d’enregistrement des faits d’état civil en réformant le cadre juridique et
institutionnel. Cependant, les démarches entreprises ne reflètent pas la réalité sur le
terrain, malgré les récentes réformes intervenues à travers la loi N°2024/016 du 23
décembre 2024 portant organisation du système d’enregistrement des faits d’état
civil au Cameroun. Si les services d’enregistrement des faits d’état civil sont assurés
au niveau local et les registres sont tenus à la main, il faut tout de même mentionner
que ces documents, sont souvent mal conservés, mal classés ou égarés, présentant
d’importantes lacunes sur le plan de la qualité. C’est dans ce contexte que l’absence
de numérisation pose véritablement problème. Pourtant, le cadre institutionnel a été
renforcé avec la création du Bureau National de l’Etat civil (BUNEC), dans le but
d’optimiser le fonctionnement du système. Malgré ces initiatives mises en œuvre par
les politiques, la question du faible enregistrement des faits d’état civil demeure non
résolue, et les taux de couverture par le système d’état civil restent insignifiants. Or,
le processus d’informatisation déjà approuvée depuis 2018 par le gouvernement
camerounais tarde à être opérationnel. A cette fin, il importe que des réflexions
structurées soient menées afin de rechercher des solutions adaptées. Cette
contribution aura le mérite de faire un état des lieux à la suite de la nouvelle vision
gouvernementale du système national de l’état civil, tant sur le pan de la
numérisation que sur le pan de la sécurisation.
1
Éric OWONA NGUINI et Michel OYANE, L'état civil au Cameroun : un révélateur de l'étatisation -
Tome 1, éditions SOCIETE DES ECRIVAINS, Publibook, février 2021, 256 pages.
2
Article 26 alinéa 2 de la Constitution du 18 janvier 1996, qui traduit la volonté du gouvernement
camerounais de moderniser le système de l’état civil à travers l’informatisation de l’enregistrement des
faits d’état civil, ainsi que l’établissement et la délivrance des actes d’état civil.
3
Samuel KELODJOUE, L'état civil au Cameroun : contribution à l'analyse de la dynamique générale
de la population, L’Harmattan, Paris, 2015, 101P.