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Bulletin AFDD n°63 : Droit et Innovations

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N° 63

Jacques Mestre
Directeur
Agrégé des Facultés de droit, Président de l’Association
scientifique française des docteurs en droit.
(jacquesmestre81@[Link])

Patrick de Fontbressin
Comité Avocat au Barreau de Paris.
scientifique Julia Heinich
Professeur de droit à l'Université de Bourgogne (Dijon).
Sandie Lacroix-de Sousa
Maître de conférences HDR à l’Université d’Orléans.
Marie-Eve Pancrazi
Professeur de droit à l'Université d'Aix-Marseille.
Béatrice Parance
Professeur de droit à l'Université de Paris VIII.
David Richard
Avocat au Barreau de Paris.

Sabrina Dupouy
Rédacteur en Maitre de conférences à l'Université de
chef Clermont-Auvergne.

Les demandes de publications sont à adresser à


I’adresse suivante : [Link]@[Link]

ISSN 2777- 9149


Sommaire
Bulletin n° 63 – juin-juillet-août 2025

Page 5 Les membres de l’AFDD publient :


Dominique BASCHET, Franchiseur-Franchisé,
Comment réussir ? (Guide pratique et juridique),
LGDJ-Lextenso 2025, préface Laurent AYNES

Page 6 L’Acte Uniforme portant organisation des


Procédures Simplifiées de Recouvrement et des
Voies d’Exécution (AUPSRVE) révisé, Vers la
dématérialisation des actes de procédures dans
l’espace OHADA ?
NDOUMGA Müller

Page 41 L’information du système de l’état civil au


Cameroun
Achille CHETIMA MALLA et Alhadji Djougdoum
HAMAN ADJI

Page 68 AI Hallucinations in Law : Few Lessons


based on recent Case Laws
David RICHARD et Emma ROOS
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit

Les membres de l’AFDD publient

Dominique BASCHET, Franchiseur-Franchisé, Comment réussir ?


(Guide pratique et juridique), LGDJ-Lextenso 2025, préface Laurent
AYNES

____________________

Dominique BASCHET, membre de longue date de l’AFDD, vient de publier cet


ouvrage qui retiendra l’attention de toutes celles et de tous ceux qui s’intéressent à la
vie des affaires et, tout particulièrement, au monde de la distribution. En ses qualités
d’avocat, de médiateur et d’arbitre, et aussi d’expert de la Fédération Française de la
Franchise, l’auteur analyse les conditions nécessaires à la mise en place d’un bon
réseau de franchise et celles que doit remplir tout commerçant qui souhaite devenir
commerçant. Et, de manière très originale, il conduit également une réflexion
approfondie autour des récentes innovations (RGPD, réseaux sociaux, intelligence
artificielle…) qui contribuent à améliorer le fonctionnement des réseaux de franchise.

Un ouvrage dont on ne peut donc que recommander la lecture, d’autant qu’à partir
de situations vécues, il fourmille également de conseils pratiques et de nombreux
aide-mémoires !

Jacques Mestre
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit

L’Acte Uniforme portant organisation des Procédures


Simplifiées de Recouvrement et des Voies d’Exécution
(AUPSRVE) révisé, Vers la dématérialisation des actes de
procédures dans l’espace OHADA ?

NDOUMGA Müller
Chargé de Cours-Université de Douala

____________________
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit

Résumé
Avec l’électronique, le législateur OHADA marque une volonté très forte de
moderniser les procédures simplifiées de recouvrement et les voies d’exécution dans
l’ensemble des États membres de son espace. Dans cette œuvre de simplification et
de fluidification des procédures, il a consacré les actes de procédure électroniques et
par la même occasion leur signification. Alors, examiner les procédures simplifiées
de recouvrement et les voies d’exécution à l’aune du digital, il convient véritablement
de faire une halte sur la question de la dématérialisation desdites procédures.
Comme tout fait, l’électronique semble encore avoir précédé le droit qui de facto est
à sa remorque. Désormais, omniprésent dans tous les secteurs d’activités
professionnelles, l’électronique s’invite au sein de l’AUPSRVE. Cet arrimage à la
quatrième révolution : le digital, impose de se questionner sur l’appréciation que l’on
pourrait faire de son avènement au regard de la dématérialisation des actes de
procédure de recouvrement des créances et des voies d’exécution. À cette
préoccupation, soulignons d’emblée qu’elle présente un double visage qui consiste
d’une part, à mettre en facteur l’actualité de la dématérialisation à travers sa
réception juridique cristallisée par l’AUPSRVE et d’autre part, de se projeter dans
l’avenir de cette dématérialisation au sein de l’espace OHADA. Ce format permettra
d’avoir une vue d’ensemble sur la question.

Mots-clés : Actes de procédure, dématérialisation/électronique, équivalence


fonctionnelle, OHADA, recouvrement des créances, voies d’exécution.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit

S’ouvrant un peu plus, et de par son originalité et son efficacité1, la révision de


l’Acte Uniforme OHADA portant organisation des Procédures Simplifiées de
Recouvrement et Voies d’Exécution (AUPSRVE), intervenue en octobre 2023, était
attendue. Eu égard aux différents contentieux portant sur cet acte du fait
l’inadéquation de ses précédents textes par rapport à la réalité du climat des affaires
dans les États membres2, il convient de préciser que cette révision était plus qu’une
nécessité. Aussi, depuis le 10 avril 1998 à nos jours, importe-t-il de souligner que des
aménagement et réformes s’imposaient afin de mieux satisfaire aux nouvelles
exigences. Parmi ces nécessités, il fallait tenir compte des avancées techniques et
technologiques dans l’optique de faire corps avec notre ère du tout numérique ou
digital. Autant dire que le nouvel AUPSRVE, au même titre que les précédentes
révisions d’autres actes uniformes3, s’inscrit profondément et résolument dans la
modernité.
Au regard de ce qui précède, la présente réflexion a pour visée de mettre en
lumière la trajectoire nouvelle vers laquelle les textes juridiques en général et ceux
de l’OHADA en particulier notamment le nouvel AUPSRVE semble s’orienter et en
entendant saisir le « digital ». Il s’agit également de voir quel est le niveau de
pénétration de ces technologies de l’information et de la communication (TIC) dans
l’espace des États-membres OHADA en ce qui concerne les procédures de
recouvrement de créances et des voies d’exécution. Toutefois, clarifier les concepts
s’avère être essentiel et même fondamental pour qu’on puisse avoir le meilleur
substrat de notre analyse.
Du latin actus, l’acte désigne à la fois tout fait de l’homme4, une opération
juridique consistant en une manifestation de la volonté ayant pour objet et effet la

1
Martor B. et Thouvenot S., « L’uniformisation du droit des affaires en Afrique par l’OHADA », La
semaine juridique, éd. E, Cahiers de droit de l'entreprise, suppl. n° 5 au n° 44 du 28 octobre 2004, p.
9 ; Pougoue P.-G. et Kalieu Elongo Y. R., Introduction critique à l’OHADA, Yaoundé, Presse
Universitaire d’Afrique, 2008, p. 68.
2
« La présentation du nouvel acte uniforme sur les procédures simplifiées et voies d’exécution »,
[Link]
dexecution/, consulté le 09/06/2024 à 18 heures 55 minutes. « La présentation du Nouvel Acte
Uniforme portant organisation des Procédures Simplifiées de Recouvrement et des Voies d’Exécution
(AUPSRVE) ».
3
Notamment les actes uniformes portant sur : le droit commercial général et le droit des sociétés
commerciales et groupement d’intérêt économique.
4
Cornu G., Vocabulaire juridique, 9e éd., Paris, Quadrige/PUF, 2011, p. 19.
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production d’une conséquence juridique1, ou encore un écrit rédigé en vue de


constater un instrument juridique ou un fait juridique et dont l’établissement peut être
exigé soit à peine de nullité, soit aux fins de preuve2 dans le cadre d’une procédure.
Suivant le Vocabulaire juridique, Cornu Gérard entend la procédure comme étant
une « branche de la science du droit ayant pour objet de déterminer les règles
d’organisation judiciaire, de compétence, d’instruction des procès et d’exécution des
décisions de justice et englobant la procédure administrative, civile et pénale »3. Bien
que ratissant large, la susdite définition ne retient pas les faveurs d’une certaine
doctrine. En effet, Moneboulou Minkada Hervé Magloire la présente comme « une
démarche qui permet d’obtenir une décision de justice rapidement lorsque les
conditions sont réalisées »4. Cette définition a le mérite d’être précise et concise.
En ce qui concerne l’acte de procédure, il est généralement présenté comme
un ensemble d’actes ou de procédures à accomplir par les parties, leurs
représentants, les juges ou les auxiliaires de justice dans la cadre d’une action en
justice5. Dans cette logique, notons qu’il existe diverses catégories d’actes de
procédure. Aux rangs de ces actes, il y a les actes dits des juges (jugements,
ordonnances) ; des avocats (requêtes, conclusions, sommations) ; des greffiers
(actes authentiques des jugements, réception de certains actes) ; des huissiers, qui
sont qualifiés d'exploits (assignations, actes d'appel, sommations, constats, procès-
verbaux)6. Lesdits actes de procédure peuvent avoir pour finalité la réclamation d’une
créance.
Du latin credere, la créance renvoie à « l’obligation considérée comme un
actif »7. Par ailleurs, c’est aussi un « droit personnel en vertu duquel une personne

1
Op. et loc. cit.
2
Ibidem.
3
Ibid., p. 802.
4
Moneboulou Minkada H. M., « Les procédures simplifiées de recouvrement des créances en droit
OHADA », Séminaire international de formation organisé par l’Association Camerounaise des Avocats
d’Affaire, cité par Ema’a Mofa J. G., L’intérêt du créancier dans les procédures simplifiées de
recouvrement et des voies d’exécution dans l’espace OHADA, thèse de doctorat, droit privé des
affaires, FSJP, Université de Douala, 2022-2023, p. 21.
5
[Link]
procedure/#:~:text=Un%20acte%20de%20proc%C3%A9dure%20est%20un%20ensemble%20d%E2
%80%99actes,justice%20dans%20la%20cadre%20d%E2%80%99une%20action%20en%20justice,
consulté le 21/07/2024 à 15 heures 57 minutes.
6
Pour plus amples informations, consulter aussi le lien via l’adresse :
[Link]
ordonnances.
7
Ibidem, p. 281.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
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nommée créancier peut exiger d’une autre nommée débiteur l’accomplissement


d’une prestation »1. Ce droit peut être mis en œuvre au moyen d’un recouvrement.
Aussi, le recouvrement, recuperare, s’entend-il comme la perception de sommes
d’argent dues par le canal des opérations judiciaires ou extrajudiciaires tendant à
obtenir le paiement d’une dette d’argent2. À la suite, l’on pourrait parler de
recouvrement d’une pension, de l’impôt, des dépens ou d’une créance.
Singulièrement, le recouvrement de créance pourrait donc être entendu comme cette
procédure judiciaire ou extrajudiciaire ayant pour visée d’obtenir le règlement d’une
obligation considérée comme un droit personnel qui autorise le créancier à exiger de
son débiteur de s’exécuter.
Dépourvu de définition formelle, le recouvrement des créances au sein du
droit OHADA est connu sous l’appellation de « procédures simplifiées de
recouvrement des créances ». Elles sont alors désignées comme des « voies par
lesquelles un créancier peut rapidement obtenir un titre exécutoire, c’est-à-dire une
décision judiciaire de condamnation de son débiteur au paiement de la créance »3.
Ladite décision de justice peut être la résultante d’une procédure d’injonction de
payer4 ou celle tendant à la délivrance ou à la restitution d’un bien meuble
déterminé5. La finalité étant l’obtention rapide d’un acte ou d’un titre exécutoire6.
Soulignons par ailleurs que cette exécution peut être volontaire ou forcée. Cette
dernière modalité fait intervenir la mise en œuvre des voies d’exécution qui se
distinguent des procédures simplifiées de recouvrement des créances et se
présentent comme étant la version soft de celle-là.
Les voies d’exécution sont, aux termes de l’AUPSRVE, entendues comme des
procédures légales permettant à un créancier impayé soit de saisir les biens de son
débiteur pour les faire vendre, le cas échéant, et se faire payer, soit de procéder à la

1
Ibid. p. 281. Lire aussi Bitsamana (H. A.), Dictionnaire de droit OHADA, Ohadata D-05-33,
[Link].
2
Ibid., p. 857.
3
Bitsamana H. A., Dictionnaire de droit OHADA, Ohadata D-05-33, [Link]; Anne-Marie H.,
Assi-Esso, Ndiaw Diouf, OHADA. Recouvrement des créances, éd. Bruylant, Coll. Droit Uniforme
Africain, 2002, pp. 2 et s.
4
Art. 2 et ss. de l’AUPSRVE. Lire aussi Pougoue P.-G., James J. C., Kalieu Elongo Y. R. et alii,
« Actes uniformes », in Pougoue P.-G. (dir.), Encyclopédie du droit OHADA, Bénin, Lamy, 2011, p. 72.
5
Art. 19 et ss. de l’AUPSRVE ; Pougoue P.-G., James J. C., Kalieu Elongo Y. R. et alii, « Actes
uniformes », op. cit., p. 73.
6
Pougoue P.-G., James J. C., Kalieu Elongo Y. R. et alii, « Actes uniformes », op. cit., pp. 72 et 75 ;
Massamba R. et Pougoue P.-G., « Attractivité économique du droit OHADA », in Pougoue P.-G. (dir.),
Encyclopédie du droit OHADA, Bénin, Lamy, 2011, p. 383.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
Revue de l'Association Française des Docteurs en Droit

saisie de créance en vue de se faire attribuer un bien mobilier corporel. Au total


soulignons qu’elles sont l’ensemble des mécanismes légaux visant à permettre au
créancier de contraindre son débiteur défaillant à exécuter une obligation à son
égard ou à pratiquer une mesure conservatoire pour assurer la sauvegarde de ses
droits1. Ces mécanismes ou « voies » contraignant à l’exécution forcée sont institués
pour être mis en œuvre, en l’absence de d’exécution volontaire, par une série de
dispositions dont la variété répond à la diversité des matières et solutions
souhaitées2. Ces voies d’exécution sont également fonction de l’espace juridique
convoqué. L’espace OHADA pourrait être illustratif.
Espace OHADA ! L’OHADA, Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du
Droit des Affaires, est l’une des expériences d’intégration juridique les plus réussies
de la fin du XXème siècle. Créée par le Traité de Port-Louis du 17 octobre 1993,
révisé le 17 octobre 2008 à Québec au Canada, l’OHADA se positionne telle une
organisation internationale de plein exercice et dotée d’une personnalité juridique
internationale, qui poursuit une œuvre d’intégration juridique entre les pays qui en
sont membres3. Elle compte à ce jour dix-sept (17) États membres à savoir le Bénin,
le Burkina-Faso, le Cameroun, les Comores, le Congo, la Côte d'Ivoire, le Gabon, la
Guinée, la Guinée Bissau, la Guinée Équatoriale, le Mali, le Niger, la République
Centrafricaine, la République Démocratique du Congo, le Sénégal, le Tchad et le
Togo. Il se pourrait que le nombre des États membres passe à dix-huit (18) d’ici peu
avec l’adhésion du Burundi4. La contenance superficielle de ces divers États
constitue l’espace de cette organisation juridique commune5 qui, progressivement
mais résolument, se tourne vers des nouvelles solutions comme l’électronique pour

1
Art. 28 de l’AUPSRVE. Lire égal. Ema’a Mofa J. G., L’intérêt du créancier dans les procédures
simplifiées de recouvrement et voies d’exécution dans l’espace OHADA, thèse précitée, pp. 21-22.
2
Lire Pougoue P.-G., James J. C., Kalieu Elongo Y. R. et alii, « Actes uniformes », in Pougoue P.-G.
(dir.), Encyclopédie du droit OHADA, Bénin, Lamy, 2011, pp. 73 et ss.
3
[Link] consulté le 02 mars 2024 à 18 heures
28 minutes.
4
En date du 17 mai 2024, le Secrétaire Permanent de l’OHADA en la personne de Mayatta Ndiaye
Mbaye a animé une conférence de presse pour informer et sensibiliser la population burundaise sur
les fonctionnalités de cette organisation. Ce faisant, il souhaite que le Burundi adhère à cette
organisation. Consulter [Link]
[Link], 04
juin 2024 à 22 heures 57 minutes. Consulter également [Link]
[Link], 04 juin 2024 à 22 heures 59 minutes.
5
Moneboulou H. M., « L’OHADA, le système juridique et le système judiciaire », Penant, n° 905, 1er
octobre 2018, pp. 417 et ss.
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la mise en œuvre de ses ambitions1 traduisant un peu plus sa mesure mais encore
sa démesure2.
Au sein de l’espace OHADA, la dématérialisation rime toujours avec
l’électronique. Ayant pour synonyme le numérique, le digital ou plus généralement
les technologies de l’information et de la communication (TIC), l’électronique traduit
globalement un mot valise qui regroupe tous les métiers qui utilisent Internet, les
supports digitaux et le mobile dans leurs activités, leurs produits et services. Si l’on
regarde avant toute chose la provenance du mot digital, il convient de souligner qu’il
descend de l’anglais « digit » dont la signification est « numérique » et dont le sens
est « chiffre ». Le numérique traite les informations. Le mot digital qui vient du latin «
digitalis » signifie « qui a l’épaisseur d’un doigt ». En français, il se traduit par « qui
appartient aux doigts » mais son sens commun se rapporte à l’adjectif « numérique
». De plus en plus aujourd’hui, ce mot renvoie désormais, au-delà du numérique, au
rôle que jouent les doigts sur l’écran. Autour du digital, le champ lexical qui le
détermine permet de voir, et sans être exhaustif, les termes comme technologie,
data, informatique ou informatisation, binaire, électronique, etc. L’avènement de
l’électronique marque le début d’un bouleversement profond qui engendre trois
phénomènes nouveaux à savoir : l’accélération et la simplification,
l’internationalisation progressive et la dématérialisation. À l’ère des TIC, il est
désormais un truisme que de parler de dématérialisation lorsque nous sommes en
présence des domaines impliquant l’électronique. La dématérialisation semble saisir
quasiment tous les secteurs d’activités professionnelles traduisant ainsi son
omniprésence3. Mais que traduit véritablement la dématérialisation ?
Y revenant, la dématérialisation représente ce processus de remplacement
des supports d'information matériels, généralement sur le papier, par des fichiers
informatiques et des ordinateurs. Elle vise à permettre une gestion entièrement
électronique des données ou des documents produits en interne ou émanant des
partenaires sous format numérique ou numérisés à leur entrée. La dématérialisation

1
Code Vert OHADA 2016 : Traité et actes uniformes commentés et annotés, consulté le 18/07/2024 à
08 heures 43 minutes à l’adresse : [Link]
uniformes-commentes-et-annotes.
2
Pougoue P.-G. et Kalieu Elongo Y. R., Introduction critique à l’OHADA, Yaoundé, Presse
Universitaire d’Afrique, 2008, pp. 68 et 89.
3
Kessous E. et Metzger J.-L., Le travail avec les technologies de l’information, Paris, Hermes science,
Lavoisier, 2005, p. 13 ; Ndoumga M., Les règles applicables au commerce électronique, Mémoire de
Master Recherche, FSJP, Université de Douala, 2016, pp. 42-43.
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
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implique alors plusieurs phases, telles que la numérisation, l'indexation, l'archivage,


le versionnage et la certification. Aussi peut-elle entraîner la mise en œuvre du
fameux « bureau sans papier » dans une entreprise.
L’examen des implications de l’électronique sous le prisme de la
dématérialisation dans les activités professionnelles de l’OHADA est encore dans
ses balbutiements. Dans leur globalité, Piette-Coudol Thierry traite du numérique au
service du droit de l’OHADA dans les États membres dans l’optique de présenter la
problématique du passage au numérique appelant une réflexion sur l’application des
TIC dans le droit des affaires. Aussi, l’auteur conduit-il son analyse non sans omettre
de se poser au passage la question de savoir comment intégrer les TIC dans le droit
d’un État ?1
En vue de corriger certaines aspérités qui plombaient encore les procédures
et formalités, les législateurs ont cru bon de devoir se tourner vers le numérique et
ouvrir la porte à la dématérialisation pour tendre à une bonne fluidification et par voie
de conséquence à la simplification des actes de procédure. Les premières marques
de l’électronique dans le système OHADA interviennent en 2003 avec la
reconnaissance de l’écrit électronique dans le cadre des contrats de transport de
marchandises par route2. Rappelons également qu’en décembre 2016, la CEMAC a
suivi et intégré l’électronique avec la prise en considération de la monnaie
électronique3. Toutefois, dans l’espace OHADA en général4 et au Cameroun5 en
particulier, en 2010, soulignons qu’intervenait la modification de l’Acte uniforme relatif
au droit commercial général (AUDCG) où, il est désormais possible, conformément
aux dispositions des articles 79 alinéa 1er de l’AUDCG et 256-1 de l’AUDSCGIE, de

1
Piette-Coudol Th., Le numérique au service du droit de l’OHADA et des États parties, LGDJ, 2016,
pp. 1 et ss.
2
Art. 2 (c) de l’acte uniforme du 22 mars 2003 relatif aux contrats de transport de marchandises par
route.
3
Art. 193 à 195 du Règlement N° 03/CEMAC/UMAC/CM relatif aux systèmes, moyens et incidents de
paiement du 21 décembre 2016.
4
Le législateur OHADA a pris à bras le corps la question de l’électronique au point de projeter un Acte
uniforme OHADA relatif aux transactions électroniques. Cet acte devra aborder les aspects comme la
publicité et le démarchage électronique, la protection du consentement et la conclusion de contrats
par voie électronique, la signature électronique, la preuve électronique sans omettre les éléments
probatoires introduits par les techniques numériques telles que l’horodatage, les certifications,
certificats qualifiés, etc.
5
Courant 2010, le Cameroun a légiféré plusieurs textes dans le sens de s’arrimer aux TIC. Il s’agit
principalement des Loi n° 2021/012 du 21 décembre 2010 relative à la cybersécurité et la
cybercriminalité au Cameroun et Loi n° 2010/021 du 21 décembre 2010 régissant le commerce
électronique au Cameroun.
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s’enregistrer au RCCM par voie électronique. Du moins, c’est ce qui est prévu par les
textes. Dans ce sillage, l’acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et
du groupement d’intérêt économique (AUDSCGIE) a effectivement accueilli le
numérique en consacrant la modalité d’un fonctionnement électronique au sein des
sociétés commerciales. En effet, la tenue des Assemblées1 et la participation au
vote2 par le moyen des supports dématérialisés sont désormais possibles à condition
toutefois qu’elles soient prévues dans les statuts. Dernière intervenante d’un
mouvement législatif résolument tourné vers le numérique, la révision de l’AUPSRVE
entend apprivoiser l’étalon numérique en proposant les actes de procédure
électroniques se rapportant au recouvrement des créances et des voies d’exécution.
En effet, cette modalité est prévue dans les dispositions de l’article 1-5 dudit acte
uniforme.
Alors, au regard des développements qui précèdent, il convient de se
demander quelle appréciation peut-on faire de l’avènement de l’électronique dans la
dématérialisation des actes de procédure de recouvrement des créances et des
voies d’exécution. Pour répondre à cette préoccupation, notons que dans le droit de
l’espace OHADA, et tel le Janus, l’avènement de l’électronique dans les procédures
de recouvrement des créances et des voies d’exécution appelle une appréciation qui
présente un double visage dont l’un traduit l’actualité et l’autre les défis à venir qu’il
faudrait véritablement prendre en compte lorsqu’on parle de dématérialisation.
La réflexion par le truchement de la question sus-énoncée présente un intérêt
double : théorique et pratique. Premièrement, il est théorique dans la mesure où il
invite à débattre sur l’opportunité et l’importance de recourir aux TIC. Il en est ainsi
parce que le paradigme légistique semble désormais s’adapter et, à prendre le bras
le corps les questions qui intéressent le numérique dans sa globalité3.
Deuxièmement, l’intérêt pratique ici est noté à travers les diverses questions qui
pourraient mettre à mal l’application effective du numérique dans les situations
réelles. En effet, à l’heure où le numérique semble s’affranchir des « frontières », il
ne faudrait pas que l’enjeu prenne le pas sur le jeu juridique. Aussi, les questions de

1
Art. 133-2 de l’AUDSCGIE.
2
Art. 133-1 de l’AUDSCGIE.
3
Les illustrations se présentent avec l’AUCTMR, l’AUDCG, l’AUDSCGIE et l’AUPSRVE. Ces actes
uniformes ont le mérite d’avoir franchi le pas du numérique et en faire une formalité équivalente à celle
des procédures physiques.
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champ d’application, les lieu et horaire sont des données capitales dans le cadre des
procédures de façon générale et singulièrement en ce qui concerne les procédures
OHADA de recouvrement des créances et des voies d’exécution.
Dictant et alors surtout de façon concrète la manière d’envisager ou
d’organiser la recherche1, la méthodologie nous suggère de faire recours aux
méthodes juridique et empirique auxquelles les techniques de collecte des données
comme l’observation de la réalité sociale2, l’interview et l’exploitation des données
numériques. À ces outils, il conviendrait également de faire recours à la méthode
comparative pour mettre en facteur les réalités pouvant exister entre deux ou
plusieurs systèmes juridiques3 notamment ceux de l’OHADA et d’ailleurs. Afin
d’apporter une réponse à notre question centrale présentée ci-dessus, il importe de
structurer nos propos sur deux axes dont l’un présentera la réception juridique
favorable qu’a reçu la dématérialisation des actes de procédure de recouvrement des
créances et des voies d’exécution (I) ; et l’autre consistera à mener une réflexion
prospective sur l’opérationnalisation de ladite dématérialisation qui s’avère être sujet
à question (II).

I-LA RECEPTION JURIDIQUE FAVORABLE DE LA DEMATERIALISATION DES


ACTES DE PROCEDURE DE RECOUVREMENT DES CREANCES ET DES VOIES
D’EXECUTION

Dans l’optique de véritablement améliorer son droit au regard des diverses


critiques qui ont émaillé l’application de l’AUPSRVE de 1998, le législateur OHADA a
entendu apporter un certain nombre de correctifs aux fins de s’arrimer au « principal
progrès technologique du XXIe siècle »4. Au rang de cette œuvre, l’électronique
occupe une place honorable puisque figurant dans le chapitre préliminaire

1
Grawitz M., Les méthodes en sciences sociales, Paris, 11e éd., Dalloz, 2001, p. 301.
2
Charlier J.-É. et Van Campenhoudt L., 4 méthodes de recherche en sciences sociales, Paris,
DUNOD, 2014, pp. 33-84.
3
Kenfack P.-E., « La gestion de la pluralité des systèmes juridiques par les États d’Afrique noire : les
enseignements de l’expérience camerounaise » CRDF, n° 7, 2009, pp. 153 et ss., accessible via le
lien : [Link] Lire aussi Moneboulou H. M., « L’OHADA, le
système juridique et le système judiciaire », op. cit.
4
Intervention de Michel S., secrétaire général de l’organisation mondiale des douanes sur le thème
« L’internet, un élargissement des marchés mondiaux », juin 2000, consulté à l’adresse :
[Link] cité par Dione A., Le droit douanier, le commerce électronique et la
dématérialisation, Paris, L’Harmattan, 2015, p. 9 ; Ngom N., « Titres et valeurs mobilières », in
Pougoue P.-G. (dir.), Encyclopédie du droit OHADA, Bénin, Lamy, 2011, p. 2089.
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notamment à la section troisième. Pour marquer la réception des pratiques


dématérialisées des actes de procédure, sa consécration légale était une nécessité
(A). Toutefois, ces actes de procédure dématérialisés doivent satisfaire à un
minimum d’exigences eu égard à leur signification (B).

A-La consécration légale des actes de procédure dématérialisés dans l’espace


OHADA

Sur le fondement de l’article 1-5 alinéa 1er de l’AUPSRVE, la dématérialisation


des actes de procédure s’en trouve consacrée. De manière générale, la
dématérialisation vise la simplification et la fluidification des procédures. L’application
de ces fonctionnalités au recouvrement des créances et voies d’exécution permet de
relativement assouplir les procédures en mettant de côté un certain nombre de
goulots d’étranglement. Alors parler de consécration des actes de procédure
électronique revient à dire que l’écrit électronique et l’équivalence fonctionnelle ont
été reconnus par le législateur OHADA (1) qui, par la même occasion, a entendu
définir un cahier des charges que devraient satisfaire lesdits actes (2).

1-La reconnaissance de l’écrit électronique et de l’équivalence fonctionnelle


des actes de procédure sur support électronique

Au regard de la conceptualisation de l’acte de procédure précédemment sus-


évoqué, il convient de souligner qu’il est constitué d’un agencement de signes et
symboles qui caractérisent un écrit. Et celui-ci s’entend comme étant tout mode de
communication qui permet de conserver l’information qui y est contenue et qui est de
nature à laisser une trace matérielle1. Mais encore, il serait « une suite de lettres, de
caractères, de chiffres ou tous autres signes ou symboles dotés d’une signification
intelligible et mis (…) sur un support faisant appel aux technologies de l’information

1
Art. 1/10 de l’Avant-projet de l’acte uniforme OHADA sur le droit des contrats ; V. aussi Principes
d’Unidroit 2010 art. 1.11.
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»1. Sans revenir sur la définition de l’électronique, il est désormais une réalité qui
voudrait que l’on parle de l’écrit électronique dans le jargon juridique. Alors
s’inscrivant dans ce sillage, l’écrit électronique serait donc, au vu des différentes
définitions précédemment évoquées, tous documents ou toutes données sur support
numérique et échangés par l’informatique ou par le biais de l’Internet2. Plus
généralement, l’on conçoit l’écrit électronique comme étant un message de données
désignant l’information créée, envoyée, reçue ou sauvegardée par les moyens
électroniques optiques ou analogues, mais sans s’y limiter3.
Avant la consécration légale de l’écrit électronique dans les instruments
juridiques de l’espace OHADA, il était simplement considéré comme une modalité de
preuve littérale et non comme un mode de preuve à part entière4. Cela revient à dire
que l’écrit électronique au titre de la valeur ad probationem5 était au mieux considéré
comme un début de preuve. Et au titre de la valeur ad validitatem6, il ne revêtait
aucune valeur. Se prévaloir d’un document électronique n’était pas pertinent parce
que ne correspondant pas aux critères légaux en vigueur.
Faisant désormais corps avec les procédures simplifiées de recouvrement et
voies d’exécution, l’écrit électronique se conforme aux exigences légales et se
présente comme un acte juridique rédigé sur un support informatique
(éventuellement codé) et pouvant servir de preuve par écrit à condition que ses

1
Art. 2 c) § 1 de l’Acte uniforme du 22 mars 2003 relatif aux contrats de transport de marchandises
par route.
2
Art. 82 et s. de l’AUDCG nouveau ; Shandi Y., La formation du contrat à distance par voie
électronique, thèse de doctorat, Université Robert Schuman Strasbourg III, 2005, p. 277 et ss. Lire sur
la question l’art. 13 al. 1er de la Loi régissant le Commerce Electronique au Cameroun : « Lorsqu’un
écrit est exigé pour la validité d’un acte juridique, il peut être établi et conservé sous forme
électronique dans les conditions prévues aux articles 1317 et suivants du Code civil, relatifs à la
preuve littérale » ; Lire également Castets-Renard C., Droit de l’internet, Montchrestien, 2010, p. 182.
3
Hamza J., Ou-Yacoub A., « La valeur juridique de l’écrit électronique en droit Marocain et
comparé », Revue Internationale du chercheur, 2022, 3 (2), p. 831, consulté le 12/07/2024 à
l’adresse : [Link]
4
Diffo Tchunkam J., « Le contrat selon la loi camerounaise du 21 décembre 2010 sur le commerce
électronique », Juridis pér., N° 87, juillet-août-septembre 2011, p. 85.
5
Diffo Tchunkam J., « Le contrat selon la loi camerounaise du 21 décembre 2010 sur le commerce
électronique », op. cit., pp. 85-86. Lire aussi Castets-Renard C., Droit de l’internet, Montchrestien,
2010, pp. 183-184 ; V. également Adamou M., « La valeur de l’écrit électronique dans l’espace
UEMOA », Penant, N° 877 - octobre/décembre 2011, p. 502.
6
Castets-Renard C., Droit de l’internet, op. cit., pp. 184-185 ; Lire aussi Adamou M., « La valeur de
l’écrit électronique dans l’espace UEMOA », op. cit., p. 502 ; [Link]/Ohadata D-12-81 ; Mpondo
Mboka G., « Le droit de la preuve et le commerce électronique », Janus, Revue Camerounaise de
Droit et de Science Politique, 2e Année, N° 2, Janvier 2007, pp. 149-151 ; Causse H., « Le contrat
électronique, technique du commerce électronique », in Études réunies par Hallouin J. C. et Causse
H., Le contrat électronique au cœur du commerce électronique. Le droit de la distribution, droit
commun ou droit spécial ?, LGDJ, décembre 2005, pp. 24 et ss.
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auteurs soient identifiés sans difficulté avec certitude et que son contenu ne puisse
être ni modifié ni altéré. Dans cette veine, il est important de noter, que l’écrit
électronique peut être soit un acte authentique ou sous seing privé, soit une copie du
document ayant été rédigée sur support électronique. Avec cette forme d’écrit au
sein de l’OHADA, l’assiette s’en trouve élargie. Aussi, ces écrits sont-ils logés à la
même enseigne.
Au sein du droit OHADA et particulièrement dans l’AUPSRVE, dans le cadre
du recouvrement des créances et des voies d’exécution, et comme annoncé ci-
dessus, la consécration de la dématérialisation des actes de procédures trouve son
véritable fondement dans les dispositions de l’article 1-5 alinéa 1er de l’acte suscité.
En effet, il est disposé que « les actes dressés en vue de la conservation ou du
recouvrement des créances peuvent être établis… sur support électronique ». Aussi,
s’en trouve-t-il que les actes de procédure électronique ont désormais la même
valeur que ceux établis sur support papier. En effet, l’article 1-5 alinéa 1er dispose
que « les actes dressés en vue de la conservation ou du recouvrement des créances
peuvent être établis sur support papier ou sur support électronique ». L’alinéa 2 du
texte susmentionné prescrit que « les actes sous forme électronique sont équivalents
aux actes sur support papier ». Ce rapport se traduit par l’équivalence fonctionnelle.
Dans le cadre du recouvrement des créances et des voies d’exécution,
conformément à l’AUPSRVE, divers actes à l’instar des jugements ou des
ordonnances peuvent faire l’objet d’une signification sur support papier ou par voie
électronique1. Cette prescription met ainsi en relief la coexistence d’une version
matérielle avec celle dématérialisée. Ce sont les deux faces d’une même pièce
qu’est la signification des actes de procédure. Toutefois, soulignons que
contrairement à l’écrit papier, l’écrit électronique ne fait pas de différence entre
l’original et la copie. Si d’aventure, il arrivait qu’une des parties n’ait pas conservé
l’original de son document, la preuve de son existence peut être rapportée par la
présentation d’une copie2 qui doit correspondre à la reproduction non seulement
fidèle mais également durable, à condition que l’auteur puisse être dument identifié
et qu’il ait été établi et conservé dans les conditions qui sont de nature à en garantir

1
Art. 1-8 de l’AUPSRVE.
2
Boucher E., « Copie numérique : pourquoi en créer et comment la conserver ? », consulté à
l’adresse : [Link] le
28/07/2024 à 22 heures 35 minutes.
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l’intégrité1.
En prescrivant que les actes sous forme électronique sont équivalents aux
actes sur support papier, le législateur de l’AUPSRVE entendait leur conférer la
même valeur juridique qui repose principalement sur deux aspects à savoir : ad
validitatem2 et ad probationem3. Néanmoins, des réserves peuvent être soulevées.
En effet, pour un auteur :
« afin que l’écrit électronique atteigne le sommet de la hiérarchie des
modes de preuve au même titre que l’écrit papier, il est indispensable que
les justiciables aient confiance dans ce système de preuve. À défaut, la
reconnaissance de l’écrit électronique sera vaine puisqu’au lieu de
remplacer le papier, le support électronique viendra en juxtaposition avec
celui-ci »4.
Le législateur ayant fait abstraction de cette éventualité, implicitement, il a
consacré la neutralité technologique dans la mesure où le format papier et le format
électronique ne devraient pas pouvoir poser de difficulté de hiérarchie. Nonobstant
cela, la pratique donnera vraisemblablement une préférence pour le support
physique ou papier. Toutefois, l’emploi des actes de procédure sous forme
électronique requiert la réunion de certaines caractéristiques.

2-La définition des caractéristiques particulières des actes de procédure


électroniques

N’ayant pas seulement fait œuvre de consécration des actes sous forme
électronique, le législateur OHADA prescrit certaines conditions pour qu’ils soient
considérés comme équivalent des actes sur support papier. Ce faisant le législateur
entend déterminer les caractéristiques techniques minimales que devrait présenter
un acte électronique dans l’espace OHADA pour être reconnu valable et valablement
établi. En effet, la lecture de l’AUPSRVE permet de noter que « les actes sous forme
électronique sont équivalents aux actes sur support papier lorsqu’ils sont établis et

1
Hamza J. et Ou-Yacoub A., « La valeur juridique de l’écrit électronique en droit Marocain et
comparé », op. cit., p. 833.
2
Cornu G., Vocabulaire juridique, op. cit., p. 38.
3
Ibidem.
4
Mikalef-Toudic V., « La preuve à l’aide des nouvelles technologies » Procédures, 2010, 4 [dossier 3],
pp. 12-16, consulter le lien : hal-04315012.
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maintenus selon un procédé technique fiable qui garantit, à tout moment, leur
accessibilité, leur origine et leur intégrité au cours des traitements et transmissions
électroniques »1. Cette disposition présente un principe qui n’est opérationnel que
suivant le respect de certaines conditions bien précises. En effet, les actes sous
forme électronique sont reconnus comme étant équivalents à ceux sur support papier
à condition de satisfaire à certaines caractéristiques. Toutefois, l’on s’interroge sur le
procédé de technique fiable. À partir de quel moment doit-on le considérer comme
fiable ? Quels sont les éléments caractéristiques de la fiabilité ? Répondre à ces
préoccupations nécessite que l’on démembre la structure de l’article 1-5 de
l’AUPSRVE en trois composantes.
La première, fragmentée ainsi qu’il suit : « les actes sous forme électronique
sont équivalents aux actes sur support papier … », a déjà été abordée plus haut et
ne retiendra pas davantage ici notre attention. Le second fragment se présente
comme suit : « … lorsqu’ils sont établis et maintenus selon un procédé technique
fiable … ». Aussi, la lecture de cette portion de l’article 1-5 de l’AUPSRVE dans son
alinéa 2e laisse entrevoir qu’il faudrait réunir deux éléments fondamentaux à savoir :
une majeur et une mineure.
L’élément majeur est représenté ici par le procédé technique fiable. Le
législateur OHADA n’ayant pas proposé de définition de cette terminologie, il
convient de se référer à la conceptualisation proposée par Berson Jean-Luc. Selon
lui, un procédé fiable peut être assimilé à un procédé dont nous pouvons prédire le
comportement et ainsi disposer d’un levier pour agir et influencer ses résultats. A
contrario, et c’est ce que nous voulons éviter, un processus réputé non fiable ne
permet pas d’en prédire le comportement, car il est sensible aux aléas, dérives et
autres « événements indésirables » ; tous ces éléments vont in fine le faire varier et
en impacter la donnée de sortie ou le résultat2. À la suite de cette définition, il ne
nous reste plus qu’à clarifier l’esprit du texte OHADA. En prescrivant « l’exigence
d’un procédé technique fiable », le susdit législateur offre l’opportunité au juge de se
prononcer sur cette modalité comme cela a été le cas en France3.

1
Art. 1-5 alinéa 2 de l’AUPSRVE.
2
Berson J.-L., « Fiabiliser un procédé », [Link]
industriel-th6/piloter-et-animer-la-qualite-dt34/fiabiliser-un-procede-0588/#corps-article, consulté le
04/07/2024 à 21 heures 38 minutes.
3
Gelles V., « Qu’est-ce qu’une copie fiable au sens de l’article 1379 du Code civil ? », consulté à
l’adresse : [Link]
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Néanmoins, au regard du droit comparé, le cas français est illustratif en la


matière. Alors, que pouvons-nous effectivement entendre par procédé technique
fiable ? Suivant le Code civil français, dans sa formulation résultant de l’Ordonnance
du 10 février 2016 portant réforme du droit des contrats, l’article 1379 dispose que «
la copie fiable a la même force probante que l’original ». Sur cette disposition légale,
Gelles Viviane souligne fort à propos que si la fiabilité est laissée à l’appréciation du
juge, le texte renvoie à la fixation par décret des conditions dans lesquelles ladite
fiabilité peut être présumée1. Dans la perspective d’apporter des précisions, le décret
français n° 2016-1673 du 05 décembre 2016 permet d’établir que sera présumé
fiable un document résultant soit d’un procédé de reproduction qui entraîne une
modification irréversible du support de la copie ; soit, en cas de reproduction par voie
électronique, d’un procédé répondant à certaines conditions.
Ainsi, le procédé de reproduction par voie électronique doit produire des
informations liées aux documents et destinées à l’identification de ceux-ci. À cet effet,
elles précisent le contexte de la numérisation, en particulier la date de création de la
copie. Bien plus, la qualité du procédé doit être établie par des tests sur des
documents similaires à ceux reproduits et vérifiée par des contrôles. Au total,
l’intégrité du document résultant d’un procédé de reproduction par voie électronique
est attestée par une empreinte électronique qui garantit que toute modification
ultérieure de la copie à laquelle elle est attachée est détectable.
Aussi convient-il de souligner que cette condition est présumée remplie par
l’usage d’un horodatage2 qualifié, d’un cachet électronique3 qualifié ou d’une

civil/, le 04/07/2024 à 02 heures 53 minutes ; Com. 9 févr. 2022, n° 20-17.532.


1
Gelles V., « Qu’est-ce qu’une copie fiable au sens de l’article 1379 du Code civil ? », op. cit. sur la
compréhension de l’appréciation du juge, lire Le billet, « L’appréciation souveraine des juges du fond :
une expression trop souvent galvaudée », consulté à l’adresse : [Link]
billet/article/lappreciation-souveraine-des-juges-du-fond-une-expression-trop-souvent-
galvaudee/h/[Link], le 28/07/2024 à 22 heures 01 minute.
2
L’horodatage est un processus automatique d'enregistrement de l'heure et de la date associées à un
événement. Pour Eyoukeliye Kogoe J.-B., Les défis de la dématérialisation en Afrique, « Il s’agit d’un
document de spécification qui précise les exigences sur les formats de contremarques de temps
fournies par les autorités d’horodatage, ainsi qu’un certain nombre d’exigences de sécurité
applicables », consulté à l’adresse :
[Link] le 28/07/2024 à 22 heures 26
minutes. Horodatage qualifié, Art. 3 du Règlement (UE) n° 910/2014 du parlement européen et du
Conseil du 23 juillet 2014 (Règlement eIDAS).
3
Art. 3 du Règlement (UE) n° 910/2014 du parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014
(Règlement eIDAS) : « Un cachet électronique est un ensemble de données sous forme électronique,
qui sont jointes ou associées logiquement à d’autres données sous forme électronique pour garantir
l’origine et l’intégrité de ces dernières ». Lire aussi Zaki Micky, « Quelle est la valeur légale du cachet
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signature électronique1 qualifiée, au sens du Règlement de l’Union Européenne n°


910/2014 du 23 juillet 2014 sur l’identification électronique et les services de
confiance.
Par ailleurs, le document électronique doit être conservé dans des conditions
propres à éviter toute altération de sa forme ou de son contenu. D’où l’élément
mineur de l’article 1-5 de l’AUPSRVE dans son alinéa 2 qui se traduit par le fait que
l’établissement et le maintien de l’acte sous forme électronique repose
essentiellement sur le procédé technique. A contrario, cela sous-entendrait que
l’existence d’un acte de procédure électronique qui serait établi et maintenu en
dehors de tout procédé technique dépourvu de fiabilité serait nul et de nul effet.
Le troisième fragment se présente ainsi qu’il suit : « … qui garantit, à tout
moment, leur accessibilité, leur origine et leur intégrité au cours des traitements et
transmissions électroniques ». À la suite des développements qui précèdent, il est
important de préciser que les opérations requises pour assurer la lisibilité des
documents sous forme électronique dans le temps ne puissent pas constituer une
source d’altération de son contenu ou de sa forme dès lors qu’elles sont tracées et
donnent lieu à la génération d’une nouvelle empreinte électronique de la copie2.
Dans ce sillage, il importe de noter que les actes sous forme électronique qui sont
établis et maintenus par des procédés techniques fiables doivent toutefois être
garantis et ce à tout moment dans leur accessibilité, leur originalité et leur intégrité
durant tout le processus dématérialisé. En effet, le texte OHADA dispose que
« les actes sous forme électronique sont équivalents aux actes sur support
papier lorsqu’ils sont établis et maintenus selon un procédé technique
fiable qui garantit, à tout moment, leur accessibilité, leur origine et leur
intégrité au cours des traitements et transmissions électroniques »3.
Le législateur OHADA des procédures simplifiées de recouvrement et des voies
d’exécution semble donc avoir fermé l’énumération des caractéristiques propres au

électronique ? », consulté à l’adresse : [Link]


le 28/07/2024 à 22 heures 14 minutes.
1
Art. 2 de la Loi relative au Commerce Electronique au Cameroun, la signature électronique est une
« signature obtenue par un algorithme de chiffrement asymétrique permettant d’authentifier l’émetteur
d’un message et d’en vérifier l’intégrité » ; Sur la reconnaissance de la signature électronique, lire
aussi Castets-Renard C., Droit de l’internet, op. cit., pp. 176-180. Également Terre F., Simler Ph. et
Lequette Y., Droit civil, Les obligations, Paris, Dalloz, 11e éd., 2013, pp. 183-184.
2
Gelles V., « Qu’est-ce qu’une copie fiable au sens de l’article 1379 du Code civil ? », précité.
3
Art. 1-5 al. 2 de l’AUPSRVE.
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procédé technique qualifié de fiable et devant servir à l’établissement et au maintien


des actes de procédure électronique. Aussi, les instruments technologiques utilisés
doivent garantir à tout moment au cours du processus électronique « l’accessibilité »,
« l’originalité » et « l’intégrité ».
Pour terminer sur cette analyse, il convient de noter que la consécration des
actes de procédure dématérialisés dans l’AUPSRVE, ci-dessus présentée, est
également assortie d’une obligation de satisfaire à certaines exigences qui peuvent
être à la fois technique et légale.

B-La signification des actes de procédure électroniques soumise à une double


exigence dans l’espace OHADA

Comme tous les actes de procédures, ceux électroniques présentent la


particularité d’obéir à deux ordres d’exigences. Le premier ordre relatif aux exigences
qui sont communes à tous les types de signification d’actes (1) et en second ordre, il
existe des exigences qui sont spécifiques à la nature de l’acte de procédure
électronique signifié (2).

1-Les exigences communes relatives à la signification des actes de procédure

Au même titre que les actes notariés il faut le dire, les actes d’huissiers ou
ceux des autorités ayant en charge l’exécution doivent revêtir un certain formalisme
de solennité afin d’être valables. Cela dit, faute de satisfaction de cette
caractéristique, l’acte encourt vraisemblablement nullité. Ainsi donc, l’acte d’huissier
est solennel du fait qu’il est soumis au respect de certaines formes obligatoires. A la
lecture du nouvel AUPSRVE, l’on note que tout acte établi par un huissier de justice
ou par une autorité chargée de l’exécution, qu’il soit sous forme électronique ou sous
forme papier, devrait comporter un certain nombre d’éléments qui leur sont
communs. Aussi le législateur prescrit-il que l’acte doit contenir : une date ; des
informations sur l’identité des personnes qu’elles soient physiques (nom, prénoms et
domicile) ou morales (dénomination, forme juridique, siège social et représentant
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légal) ; les nom et prénoms, adresse professionnelle et signature1 de l’agent


instrumentaire (l’huissier de justice ou l’autorité chargée de l’exécution) ; l’heure à
laquelle l’acte est établi ; et compte tenu du fait que l’acte devra certainement être
signifié pour les causes de recouvrement des créances et même des voies
d’exécution, il doit contenir des précisions sur le destinataire suivant qu’il est une
personne physique ou une personne morale conformément aux spécifications
précédemment évoquées (art. 1-6 AUPSRVE).
Par ailleurs, il convient de souligner que toutes ces prescriptions du législateur
OHADA relatives aux actes établis par des Huissiers de justice ou des autorités
chargées de l’exécution doivent figurer à peine de nullité. À cette exigence commune
aux actes établis par les huissiers de justice ou autorités chargées de l’exécution,
une exigence toute spécifique aux actes de procédure électronique s’agrège.

2-Les exigences propres relatives aux actes de procédure électroniques

En sus des éléments précédemment présentés, les moyens électroniques


usités pour la signification des actes de procédure dématérialisés doivent
impérativement pouvoir permettre, primo, d’attester de la date. Cette exigence du
législateur qui voudrait que l’acte électronique généré par le moyen de même nature
doive permettre, suivant l’article 1-8 alinéa 2 de l’AUPSRVE, d’attester la date de cet
acte. En langage informatique, cette exigence se traduit par l’horodatage2.
Généralement, il est compris comme un dispositif qui consiste à lier une date et une
heure précises à un événement, à une information ou à une donnée informatique. Il
permet notamment de vérifier l’authenticité d’un document électronique ou de
déterminer si un fichier a été modifié à une certaine date et horaire3. L’horodatage

1
A l’ère de la digitalisation, la signature de l’huissier peut être apposée électroniquement comme
évoqué plus haut.
2
Gelles V., « Qu’est-ce qu’une copie fiable au sens de l’article 1379 du Code civil ? », précité ;
Montero E., « L’avant-projet d’Acte Uniforme OHADA sur le droit des contrats : l’adéquation aux
contrats électroniques », Actes du Colloque sur l’harmonisation du droit OHADA des contrats,
Ouagadougou 2007, Rev. dr. unif., 2008, p. 301 ; Ndoumga M., Les règles applicables au commerce
électronique, Mémoire de Master recherche, FSJP, Université de Douala, févier 2016, p. 69.
3
Consulté le 08/07/2024 à l’adresse : [Link]
electroniques/#:~:text=En%20r%C3%A9sum%C3%A9%2C%20l%E2%80%99horodatage%20est%20
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électronique consiste donc à apposer une heure ou une date de référence


infalsifiable sur une facture électronique ou tout autre document dématérialisé. C’est
une condition indispensable pour certifier l’existence d’un document, en assurer la
conformité et la non-modification1 à l’heure où les manifestations de l’Intelligence
Artificielle (IA)2 nous poussent à réfléchir.
Secundo, lesdits moyens de signification électronique doivent permettre de
garantir l’identité de l’expéditeur et du destinataire qui, soulignons-le, peuvent être
soit personne physique soit personne morale. Dans le premier cas, son identité devra
mettre en facteur les données comme son nom et prénoms ainsi que son domicile.
Pour le deuxième cas, il faudrait que l’on soit à même de déterminer sa dénomination
sociale, sa forme juridique, son siège social et éventuellement son représentant
légal. Cette exigence n’appelle pas plus de développements.
Tertio, l’article 1-8 alinéa 2 de l’AUPSRVE dispose que les moyens
électroniques intervenant dans le processus de transmission de l’acte de procédure
dématérialisé doivent garantir la réception effective de l’acte. La disposition ne fait
aucunement mention d’un type de moyen électronique. En utilisant les expressions
« tout moyen électronique », le législateur OHADA du recouvrement des créances et
des voies d’exécution n’a pas entendu restreindre l’éventail des technologies
pouvant être employées pour la signification des actes de procédure électroniques.
Alors, au rang de ces moyens électroniques, nous pouvons évoquer des outils
classiques comme WhatsApp, Messenger, Gmail, Outlook de Microsoft ou encore
Yahoo pour ne citer que ces exemples-là. En dehors de Yahoo, les autres services
de messagerie électronique susmentionnés ont en commun qu’ils peuvent
effectivement garantir la réception de l’acte signifié. En effet, l’activation de la
fonction « demander confirmation de lecture » ou « demander une notification de
remise » ou plus simplement « accusé de réception » permet véritablement de
garantir la réception effective telle que recommandée par l’article 1-8 alinéa 2 de
l’AUPSRVE.

un%20dispositif%20qui%20consiste,%C3%A9t%C3%A9%20modifi%C3%A9%20%C3%A0%20une%
20certaine%20date%20et%20horaire.
1
Consulté à l’adresse : [Link]
le 08/07/2024 à 12 heures 09 minutes.
2
« L'intelligence artificielle (IA) est un processus d'imitation de l'intelligence humaine qui repose sur la
création et l'application d'algorithmes exécutés dans un environnement informatique dynamique. Son
but est de permettre à des ordinateurs de penser et d'agir comme des êtres humains ». Consulté pour
plus détails l’adresse : [Link]
Horizons du Droit - Bulletin n° 63, 2025
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Dans le même ordre d’idée, il importe de noter qu’il est désormais possible,
avec le service de messagerie classique sur smartphone (Android et iPhones),
d’activer l’option permettant de savoir si le message a été envoyé, reçu et même lu
avec en prime l’indication des heure et date. L’option à activer est celle de
« message de service de communication enrichis chiffré de bout en bout »
communément connue sous l’appellation de Chats RCS. Cette fonctionnalité permet
également d’identifier l’émetteur et le destinateur du message.
En somme, il revient à dire, suivant les dispositions de la disposition ci-dessus
énoncée, qu’est considérée comme effectuée la signification par voie électronique
des actes de procédure dématérialisés lorsqu’elle est réalisée par des moyens
électroniques permettant de remplir les conditions sus-présentées. Et elles semblent
de facto être cumulatives. C’est dire que si l’une des exigences arrivait à manquer, la
signification ne saurait être considérée comme faite.
En dépit des éléments précédemment exposés qui ont concouru à démontrer
la réalité de la réception juridique favorable de la dématérialisation des actes de
procédure de recouvrement et voies d’exécution dans le nouvel AUPSRVE, il n’en
demeure pas moins vrai que des questions subsistent sur l’opérationnalisation de
ladite dématérialisation. D’où l’intérêt de mener une réflexion prospective y relative.

II-L’OPERATIONNALISATION QUESTIONNABLE DE LA DEMATERIALISATION


DES ACTES DE PROCEDURE DE RECOUVREMENT DES CREANCES ET DES
VOIES D’EXECUTION : REFLEXION PROSPECTIVE

Ayant à l’esprit que chaque innovation intervenue dans le cadre des actes
uniformes l’a été pour résoudre une difficulté ou un problème observé dans les
différents États-membres, il importe également de souligner que chaque innovation
charrie avec elle son lot de difficultés. En effet, la problématique de la
dématérialisation des actes de procédures de recouvrement des créances et des
voies d’exécution dans l’espace OHADA présente des zones d’ombres qui
subsistent. Pour cette raison, la présente réflexion est réservée à l’étude qui se veut
prospective1 de l’opération de la dématérialisation des susdits actes. Alors pour y

1
Godet M., Manuel de prospective stratégique, L’art et la méthode, Paris, DUNOD, T. 2, 3e éd., 2007,
pp. 1 et ss, accessible en ligne via l’adresse :
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parvenir, deux temps seront impératifs. D’une part, l’examen de la mise en œuvre
des actes de procédure dématérialisés (A) qui sera complété d’autre part, par
l’exposé d’un plaidoyer sur l’urgence d’une prise de hauteur relative à la
dématérialisation des actes de procédure à l’aune des risques électroniques dans la
mesure où l’environnement paraît peu favorable (B).

A- La mise en œuvre discutée des actes de procédure dématérialisés dans


l’espace OHADA

Consacrer la dématérialisation des actes de procédure au sein de l’espace de


l’OHADA est une décision importante mais qui ne saurait être suffisante. Il faudrait
bien plus que l’on s’appesantisse davantage sur sa mise en œuvre. Comme il se dit
dans l’imagerie populaire, c’est au pied du mur qu’est attendu le maçon. Alors, traiter
du problème de la mise en œuvre des actes dématérialisés dans les procédures
simplifiées et les voies d’exécution impose de voir dans une première approche la
signification de ces dits actes (1) pour par la suite constater qu’ils peuvent être
source de minimisation des risques d’atteinte à l’intégrité physique des Huissiers et
autorités d’exécution (2).

1-La réalité de la signification des actes de procédure dématérialisés

En matière procédurale, la notification1 ou la signification2 est le mécanisme


qui permet d’une part, de porter à la connaissance des intéressés les actes les
concernant et d’autre part, de fixer le point de départ du décompte des divers délais
et par voie de conséquence joue un rôle important dans la computation de ces
délais. Alors, la notification est au sens de l’AUPSRVE « l’opération consistant à
porter à la connaissance d’une personne un acte ou un fait »3. Pour plus de
solennité, l’intervention d’un huissier de justice ou une autorité chargée de

[Link]
[Link], consulté le 19/07/2024 à 11 heures 37 minutes.
1
Cornu G., Vocabulaire juridique, op. cit., p. 687. Art. 1-1 tiret 14 de l’AUPSRVE. La notification est
une « opération consistant à porter à la connaissance d’une personne un acte ou un fait ».
2
Cornu G., ibidem, p. 958. Art. 1-1 tiret 15 de l’AUPSRVE. La signification est la « notification réalisée
par acte d’huissier de justice ou d’une autorité chargée de l’exécution ».
3
Art. 1-1 de l’AUPSRVE.
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l’exécution est requise et se traduit par la signification. Aussi, celle-ci est-elle


entendue comme l’opération consistant à porter à la connaissance d’une personne
un acte ou un fait réalisé par exploit d’huissier de justice ou d’une autorité chargée
de l’exécution1. Avec les TIC ou encore l’électronique, ce procédé modifie
sensiblement, par la technique, les repères classiques d’espace et de temps. A la
faveur de la révision du texte susvisé, le législateur a innové en incluant dans son
dispositif juridique la modalité de la signification par voie électronique. Si le principe a
été bien pensé, il convient néanmoins de noter que des zones d’ombre demeurent
ou du moins n’ont pas été entièrement envisagées. Il s’agit notamment des questions
se rapportant aux compétences ratione temporis et ratione loci tant est-il que la
signification peut être faite par voie électronique conformément aux dispositions de
l’article 1-8 alinéa 1er de l’AUPSRVE.
Sur le premier point, la compétence ratione temporis des huissiers de justice
ou autorités chargées de l’exécution met en facteur le cadre dans lequel ils doivent
accomplir l’exercice de leur fonction c’est-à-dire la signification des actes de
procédure. Ne l’ayant pas explicitement mentionné, le législateur OHADA laisse le
soin aux États membres de pouvoir l’organiser. Aussi, suivant le Code de procédure
civile et commerciale applicable au Cameroun, il est expressément libellé
qu’« aucune signification ni exécution ne pourra être faite, avant six heures du matin
et après six heures du soir ; … »2. Avec la dématérialisation des procédures, cette
exigence pourrait prêter à équivoque. Loin s’en faut car, implicitement, le législateur
OHADA a réglé la question en prescrivant en son article 1-8 alinéa 2 que « la
signification par voie électronique est considérée comme effectuée lorsqu’elle est
réalisée par tout moyen électronique permettant d’attester la date de l’acte ». Faisant
suite à cette disposition, il convient de souligner que la référence à la date d’un
document pour attester de sa communication avait déjà reçu une application au
Cameroun. Il en est ainsi dans la mesure où la théorie « du timbre ou du cachet de la
poste faisant foi » qui permet d’attester de la date d’un acte a reçu une consolidation

1
Art. 1-1 et art. 1-7 de l’AUPSRVE.
2
Art. 609 de l’Arrêté n° 6750 du 16 décembre 1954 portant codification et réglant la procédure en
matière civile et commerciale devant les tribunaux Français du Cameroun, modifié par Décret n°
68/DF/441 du 08 novembre 1968, Ordonnance n° 72/21 du 19 octobre 1972 et Loi n° 89/019 du 26
décembre 1989. CS, Arrêt n° 171/L du 27 août 1968 ; CS, Arrêt n° 20/L du 08 janvier 1984, Aff.
Mbouock Firmin c/ Mme Mbouock née Ngoune Nitedem Louise.
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constante de la part de la Cour Suprême du Cameroun1. Par cette formulation, l’on


pourrait aisément savoir avec exactitude à quelle heure l’acte a été signifié. Aussi,
convient-il de souligner que les moyens électroniques utilisés de nos jours
permettent de faire bien plus que d’attester de la date. L’heure y est également
mentionnée. C’est d’ailleurs la caractéristique des technologies reposant sur
l’horodatage2.
Si le temps fait quasiment l’unanimité de tous sur sa consistance, l’espace
suscite quelques préoccupations. La remarque la plus virulente concerne les limites
géographiques dans le cadre de l’appréciation de la compétence ratione loci. Depuis
l’introduction du numérique ou du digital dans les relations juridiques ou des faits
juridiques, les concepts comme la théorie de l’émission et la théorie de la réception
n’ont eu de cesse d’être convoqués ou encore d’être appliqués aux contrats à
distance afin de déterminer le moment ou le lieu de formation du contrat3. Aussi
s’interroge-t-on néanmoins sur l’avenir de la compétence ratione loci des autorités
d’exécution et des huissiers de justice à l’ère de la dématérialisation. La charge
d’Huissier de justice, suivant le droit positif camerounais, est rattachée auprès d’un
Tribunal de Première Instance (TPI). Toutefois, sa compétence territoriale couvre
l’ensemble du département où son étude est domiciliée4. Ce cantonnement
géographique reste somme toute valable dans un monde matérialisé. Dans le
montage des actes d’huissiers valant acte de signification, la mention de l’indication
de la ville de résidence professionnelle doit être faite à peine de nullité5. Avec
l’avènement des TIC où la dématérialisation tend à se généraliser, les
caractéristiques particulières du numérique comme l’opacité, l’ubiquité et sa faculté à
transcender les frontières nous interpelle face aux actes de procédure électroniques.
Marquant un arrêt majeur sur la faculté du numérique à s’affranchir des
frontières, il convient de souligner que la compétence territoriale des huissiers de

1
CS, Chambre pénale, Arrêt n° 81/P du 16 janvier 1986, Aff. Zassou Christophe c/ Ministère public et
Dakehi Joseph Gilbert ; CS, Chambre pénale, Arrêt n° 47/P du 25 novembre 1982, Aff. Ndoguima
Dominique, Société ITINERA c/ Ministère public et Elong Paul, Ekange Paul.
2
Supra.
3
Ndoumga M., La théorie générale du contrat à l’épreuve du numérique, thèse de doctorat, Université
de Maroua, mai 2020, pp. 111 à 124.
4
Art. 3 al. 1er du Décret n° 2023/042 du 25 janvier 2023 portant statut et organisation de la profession
d’Huissier de justice et agent d’exécution.
5
Art. 1-6 Para. C) de l’AUPSRVE. Lire aussi Pougoue P.-G. et Teppi Kolloko F., « Saisie
immobilière », in Pougoue P.-G. (dir.), Encyclopédie du droit OHADA, Bénin, Lamy, 2011, pp. 1668,
1674, 1696 et 1697.
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justice et autres autorités chargées de l’exécution est circonscrite dans les limites du
département où est domiciliée l’étude. La délimitation des zones géographiques à
l’ère où l’abolition des frontières est favorisée par la dématérialisation qui entend
simplifier les procédures, semblerait incongrue. En effet, il se pourrait que le débiteur
destinataire d’une signification portant soit sur une procédure simplifiée de
recouvrement soit sur une voie d’exécution réside en dehors du champ spatial de
compétence de l’Huissier de justice. Dans un tel cas de figure, vu que désormais, le
législateur OHADA dans son AUPSRVE consacre la signification par voie
électronique, l’on est en droit de se demander si une signification électronique faite à
un débiteur résidant ou domicilié dans le département du Wouri région du Littoral par
un huissier instrumentaire qui se trouverait dans le département de la Benoué région
du Nord, serait valable. Au regard de la législation camerounaise, nous serions en
présence d’un vice de procédure conformément aux dispositions de l’article 3 alinéa
1er du Décret n° 2023/042 du 25 janvier 2023 portant statut et organisation de la
profession d’Huissier de justice et agent d’exécution1. Dans le même ordre d’idée,
nous pouvons également nous interroger sur la solution à retenir pour les actes
devant être signifiés au-delà des frontières. Un Huissier de justice ou une autorité
chargée de l’exécution peut-il valablement notifier ou signifier un acte hors de ses
limites frontalières2 par voie électronique sur les fondements des article 1-8 alinéa 1er
de l’AUPSRVE et article 10 du Traité OHADA3 ? Une réponse favorable à cette
préoccupation pourrait être donnée sur la base de l’article 10 du traité susmentionné.
En effet, compte tenu du fait que les actes uniformes sont directement applicables et
obligatoires dans les États parties nonobstant toute disposition contraire de droit
interne fusse-t-il antérieure ou postérieure, cet article 10 contient une règle de
supranationalité4 qui peut être invoquée par un justiciable.
À titre de droit comparé, notons que le législateur français a également
envisagé la possibilité de signifier les actes d'huissier de justice par voie

1
« La charge d’huissier de justice est créée par décret du Président de la République et rattachée
auprès d’un Tribunal de Première Instance. Toutefois, la compétence territoriale de l’Huissier couvre
l’ensemble du Département où son étude est domiciliée ».
2
Par exemple un huissier camerounais peut-il valablement signifier un acte à une personne se
trouvant au Sénégal ou en Côte d’Ivoire ?
3
Traité du 17 octobre 1993 relatif à l’harmonisation du droit des affaires en Afrique tel que révisé par
le Traité de Québec du 17 octobre 2008.
4
CCJA, avis n° 01/2001/EP du 30 avril 2001, Ohadata J-02-04, obs. Issa Sayegh j.
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électronique1. A la faveur d’un décret2, il institue aux côtés de la signification papier


une signification par voie électronique des actes d'huissier conformément à l’article
653 de son Code de Procédure Civile (CPC)3. Resté muet sur les modalités de mise
en œuvre pratique de la signification par voie électronique, le législateur français,
contrairement à son homologue OHADA, estime que la signification par voie
électronique ne peut être effectuée qu'avec l'accord du destinataire et doit faire l'objet
d'un avis électronique de réception indiquant la date et l'heure de celle-ci. Cette
exigence pose le principe de l’acceptation préalable du débiteur. Plus encore, l'acte
doit porter la mention du consentement du destinataire à ce mode de signification
d’une part, et les originaux des actes doivent mentionner les date et heure de l'avis
de réception émis par le destinataire d’autre part4.
Contrairement au législateur OHADA qui est encore resté muet sur la question
de la précision sur quand un acte signifié par voie électronique serait considéré
comme étant fait à personne ou à domicile, le législateur français a apporté des
pistes de solutions. En effet, il prescrit que la signification par voie électronique est
une signification à personne dès lors que le destinataire de l'acte en a pris
connaissance le jour de la transmission. Lorsque le destinataire de l'acte n'en prend
pas connaissance ou en prend connaissance après ce délai, la signification est une
signification réputée faite à domicile5. Pour une meilleure exécution ou mise en
œuvre des actes de procédure dématérialisés au sein de l’espace OHADA, le
législateur devrait emboiter le pas à ce qui se fait ailleurs et prendre un règlement
d’application aux fins de fixer le cahier des charges à appliquer à cette nouvelle
pratique qui combine procédure et électronique/digital. Pour clore ce chapitre,
soulignons que la Chambre nationale des huissiers de justice français a mis sur pied
en date du 10 janvier 2013, une plateforme « e-palais »6 permettant une transmission
sécurisée des actes du palais. Les actes déposés sur la plateforme, auprès des

1
Loi n° 2010-1609 du 22 décembre 2010 relative à l'exécution des décisions de justice, aux
conditions d'exercice de certaines professions réglementées et aux experts judiciaires.
2
Décret n° 2012-366 du 15 mars 2012 relatif à la signification des actes d'huissier de justice par voie
électronique et aux notifications internationales.
3
Lauvergnat L., « Le décret n° 21012-366 du 15 mars 2012 : un nouveau souffle en matière de
notification », Rev. Proc., 2012, Fasc. 6 n° 3.
4
Art. 662-1 et 663, al. 4 du CPC.
5
Ces dispositions sont entrées en vigueur le 1er septembre 2012, en même temps que l'arrêté
définissant, en application de l'art 748-6 CPC, les garanties que doivent présenter les procédés
utilisés par les huissiers pour signifier les actes par voie électronique (Arr. 28 août 2012).
6
Consultez l’adresse : [Link].
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huissiers de justice audienciers, peuvent être signifiés par ces derniers aux avocats
et au Ministère public, et copie de cette signification transmise au greffe. C’est dire
combien la chaîne de la procédure électronique semble avoir été maîtrisée de bout
en bout afin de véritablement procurer toutes les facilités attachées au digital.
Lesdites facilités attachées à la dématérialisation s’observent également au niveau
de la réduction voire même de la minimisation de certains risques que pouvaient
encourir les personnes ayant en charge le ministère de la signification des actes de
procédure.

2-Actes de procédure dématérialisés, minimisation des risques d’atteinte à


l’intégrité physique des Huissiers et autorités d’exécution

Comme annoncé plus haut, chaque nouvelle disposition des actes uniformes
et singulièrement celle de l’AUPSRVE semble constituer une réponse précise à un
problème précis. Aussi, outre les autres aspects louables advenus avec la
consécration de la dématérialisation des actes de procédure, notamment en ce qui
concerne la signification par voie électronique avec la simplification mise en avant, la
réduction du temps d’exécution et parfois des frais engagés, il s’avère qu’un autre
aspect réside dans le fait que les personnes ayant en charge le ministère de la
signification des actes de procédure pourront être épargnées des diverses atteintes à
leur intégrité tant morale que physique dont elles pouvaient être et étaient
régulièrement l’objet. Ici, nous allons particulièrement insister sur le cas des
violences physiques.
Dans la pratique, il arrive malheureusement que des débiteurs indélicats,
prennent à partie les huissiers de justice ou toute autre personne venant leur servir
un acte de procédure à eux décerné par les instances compétentes. En effet, les
huissiers et autres personnes font souvent face à des menaces et des voies de fait
portant atteinte à leur intégrité physique. Alors, ayant bien compris l’existence de tels
actes et dans l’optique de prévenir de pareils écarts, les législateurs nationaux à
l’instar de celui camerounais avaient déjà envisagé la possibilité des oppositions1
pouvant conduire à des voies de fait sur la personne des agents d’exécution. Au

1
Art. 4 al. 3 du Décret n° 2023/042 du 25 janvier 2023 portant statut et organisation de la profession
d’Huissier de justice et Agent d’exécution.
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regard donc de la pratique, il arrive concrètement que les agents instrumentaires


(autorités d’exécution et huissiers de justice) soient souvent victimes d’agressions
physiques sur leurs personnes. Ces actes, suivant la législation d’usage, peuvent
être qualifiés de violences ou menaces de violence graves comme prévu par l’article
4 alinéa 4 du Décret du 25 janvier 2023 portant statut et organisation de la profession
d’Huissier de justice et Agent d’exécution.
Avec la révision de l’AUPSRVE, il importe de souligner que les innovations
apportées tiennent à résoudre une difficulté observée sur le théâtre des procédures.
La dématérialisation des procédures en ce qui concerne la signification des actes de
procédures pourrait contribuer à limiter si ce n’est réduire à sa plus simple
expression, la survenue des cas d’atteinte à l’intégrité. Cela est possible par le fait
que les contacts physiques sont coupés et place est faite à la virtualité. Empruntant à
la logique de l’analyse économique du droit de Mackaay Ejan1, l’électronique, dans le
processus de délivrance des significations des actes de procédure comme le
recouvrement des créances ou même des voies d’exécution, contribue à la
« minimisation » des risques d’atteinte à l’intégrité physique des huissiers ou
autorités d’exécution.
Au regard de ce qui précède, il convient de souligner qu’il importe désormais
de véritablement regarder autrement la question de la dématérialisation des actes de
procédure qui appelle des réflexions urgentes dans la mesure où avec la
dématérialisation des actifs patrimoniaux, il est un fait que le débiteur ciblé par une
procédure quelconque réussira à dissimuler certains de ses biens à la convoitise de
ses créanciers2.
B-L’environnement peu favorable à la dématérialisation des actes de procédure
dans l’espace OHADA

Au regard de ce qui se fait désormais en France, Blery Corinne et Teboul


Jean-Paul font observer que le Portail du justiciable permet aux justiciables, depuis le
21 février 2020, d’adresser des requêtes par voie électronique à certaines juridictions

1
Mackaay E., Rousseau S., Larouche P. et Parent A., Analyse économique du droit, Dalloz, 3e éd.,
Thémis, 2021.
2
Fometeu J., « Théorie générale des voies d’exécution OHADA », in Pougoue P.-G. (dir.),
Encyclopédie du droit OHADA, Bénin, Lamy, 2011, p. 2068.
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civiles1. Alors, au même titre que les innovations qui ont marqué notre ère, traiter des
questions relatives à l’avènement de l’électronique au sein du droit OHADA et
singulièrement dans l’AUPSRVE convie à observer de près la situation des divers
risques qui, potentiellement, affectent la sécurité des données (1) et qui, par voie de
conséquence, appelle la conscience générale à une prise de mesures
supplémentaires (2) y relatives.

1-Les risques liés à la sécurisation des données à l’heure de la


dématérialisation

Comment s’opère la protection du traitement des données à caractère


personnel ? Quels sont les garde-fous aux risques liés à la confidentialité et à la
sécurité des données ? Ces préoccupations sont la résultante logique de
l’avènement du digital ou du moins ont été amplifiées par celui-ci. Ces interrogations
ci-dessus posées trouvent un écho favorable dans les travaux de Feuga Muller
Philippe où il explique que le cyberespace semble constituer le terreau de nouvelles
menaces et qui, par voie de conséquence, nous exposent à de nouvelles
vulnérabilités2.
En migrant vers l’univers de la dématérialisation et dont la transformation
digitale se dessine de plus en plus, le législateur OHADA, au travers de son nouvel
AUPSRVE, a voulu tirer parti des bienfaits du numérique dans l’exécution des
procédures. Toutefois, comme De Broglie Louis le mentionnait dans le sens de
signifier que toute augmentation de nos capacités en technologie augmente
également notre capacité de nuisance3, la dématérialisation des divers actes et
procédures amène aussi des risques qui insécurisent les données s’y rapportant.
Alors, en sa qualité de mode de traitement automatisé des données dont
l’exploitation s’effectue par le biais de l’internet sous forme de services fournis par un
prestataire, l’informatique en nuage connu plus généralement sous l’appellation de

1
Blery C. et Teboul J.-P., « Dématérialisation des procédures : saisine d’une juridiction par le Portail
du justiciable », Procédure civile, Dalloz Actualité, accessible en ligne via l’adresse :
[Link]
portail-du-justiciable, consulté le 21/07/2024 à 20 heures 03 minutes.
2
Feuga M. P., « Cyberespace, nouvelles menaces et nouvelles vulnérabilités, Guerre silencieuse et
paix imprédictible », Sécurité globale, 2017/1, N° 9, pp. 83 et ss.
3
De Broglie L., Physique et microphysique, Paris, éd. Albin Michel, 1947.
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« cloud computer » est une forme particulière de gérance de l’informatique dans


laquelle l’emplacement et le fonctionnement du cloud ne sont pas portés à la
connaissance des clients1. Associée à l’informatique, l’électronique démocratise la
dématérialisation des documents et procédures. Les documents sur support papier
passent alors sous une forme de données chiffrées binaires s’exprimant par des
« 0 » et des « 1 ». Ainsi, nous avons désormais les procédures qui se trouvent être
dématérialisées du fait de l’introduction de l’électronique. Toutefois, parler de
dématérialisation implique également de s’interroger sur le lieu de stockage desdites
données. Alors, où sont stockées les données numériques générées ?
Reprenant l’esprit de l’article 1-5 de l’AUPSRVE en son alinéa 2e, il est
disposé que les actes sous forme électronique doivent être établis et maintenus
selon un procédé technique fiable qui garantit, à tout moment, leur accessibilité, leur
origine et leur intégrité au cours des traitements et transmissions électroniques. Les
mots-clés qu’il convient de retenir ici sont « à tout moment leur accessibilité ». Pour
garantir un accès à tout moment au document électronique, il est fondamental que
celui-ci soit situé dans un emplacement qui sied c’est-à-dire chez un fournisseur
d’hébergement (hébergeur)2 qui stocke ce document sur ces serveurs
informatiques3. Alors, qui est-ce en réalité un hébergeur ?
En sa qualité d’intermédiaire technique, l’hébergeur tient en quelque sorte un
hôtel virtuel en ce sens qu’il met à la disposition de ses clients un espace de
stockage d’informations et des mécanismes de maintenance dans le cadre d’un
contrat de prêt d’octets4. L’hébergeur ne participe pas à l’élaboration des données
hébergées et refuse par conséquent les responsabilités des éléments illicites qui

1
DIONE A., Le droit douanier, le commerce électronique et la dématérialisation, Paris, L’Harmattan,
2015, p. 131.
2
Bakam Titgoum N. J. Epse Djeya, « Intermédiaires techniques et ordre public numérique : étude à
l’aune de quelques législations en Afrique noire francophone », RIDSP, Vol. 4, N° 7, juillet 2024, p.
207.
3
Le terme de « serveur » possède deux significations en informatique : le Serveur Hardware et le
serveur Software. Pour plus amples informations, consultez l’article de l’équipe éditoriale IONOS
« Qu’est-ce qu’un serveur » à le l’adresse : [Link]
ce-quun-serveur-une-notion-deux-definitions.
4
L’octet s’entend comme une unité de mesure de la quantité de données informatiques. Il se
compose toujours de huit bits (c'est-à-dire huit "0" ou "1") et permet de coder une information. Il a pour
mission principale de stocker un caractère (il peut s'agir d'un chiffre, d'une lettre, etc.). Par ailleurs, de
symbole o, l'octet est le plus souvent utilisé sous ses formes multiples avec les préfixes kilo, méga et
giga. On voit ainsi plus souvent Ko (pour kilooctet), Mo (mégaoctet), et Go (gigaoctet). S'ensuivent,
plus rarement employés, le téraoctet (To), le pétaoctet (Po), et l'exaoctet (Eo). Consulté le 18/07/2024
à 08 heures 32 minutes à l’adresse : [Link]
webmastering/1203629-octet-definition-traduction.
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peuvent s’y trouver. Il a par contre l’obligation de mettre à la disposition de ses


clients le volume disque prévu et de faire en sorte que le site ou la page hébergé soit
toujours disponible et accessible. Compte tenu du fait que l’hébergeur est astreint de
garantir l’accès libre et à tout moment, sa responsabilité pourrait être engagée sur le
fondement des article 30 de la Loi sur le Commerce électronique1 et article 33 de la
Loi sur la cybersécurité et la cybercriminalité2.
Au regard de l’exposé qui précède, il n’empêche néanmoins que des
questions subsistent. D’une part en effet, il s’agit du traitement des données à
caractère personnel. Les données à caractère personnel sont toute information
concernant une personne physique identifiée ou identifiable directement ou
indirectement, par référence à un numéro d'identification ou à un ou plusieurs
éléments, propres à son identité3. Suivant le législateur européen, « est réputé
identifiable une personne qui peut être identifiée, directement ou indirectement,
notamment par référence à un numéro d’identification ou à un ou plusieurs éléments
spécifiques, propres à son identité physique, physiologique, psychique, économique,
culturelle ou sociale »4.
Faire recours au moyen électronique dans le traitement et la transmission des
actes de procédure dématérialisés fait naître un certain nombre de risques se
rapportant à la protection des données à caractère personnel. Cette préoccupation
est d’autant plus intéressante que l’Union Africaine au travers de sa Convention5 a
voulu apporter des pistes de solution pour résorber les difficultés inhérentes à la
venue des outils digitalisés6. Lesdits risques semblent être aggravés du fait des

1
Loi n° 2010/021 du 21 décembre 2010 régissant le commerce électronique au Cameroun.
2
Loi n° 2021/012 du 21 décembre 2010 relative à la cybersécurité et la cybercriminalité au Cameroun.
3
Art. 1er de la Convention de l’Union Africaine sur la cybersécurité et la protection des données à
caractère personnel, Adopté par la 23ème Session Ordinaire de la Conférence de l’Union à Malabo, le
27 juin 2014. Une définition plus fournie nous est proposée par l’art. 5 paragraphe 14 de la Loi n°
2024/017 du 23 décembre 2024 relative à la protection des données à caractère personnel au
Cameroun.
4
Le Groupe de protection des personnes à l’égard du traitement des données à caractère personnel
institué en vertu de la directive 95/46/CE du parlement européen et du Conseil du 24 octobre 1995,
JO L 281 du 23 novembre 1995, consulté le 15 juillet 2024 à 13 heures 00 minute à l’adresse :
[Link] de travail « Article
29 » sur la protection des données, Avis 4/2007 sur le concept de données à caractère personnel, p.
4 ; Tilli N., « La protection des données à caractère personnel », Documentaliste-Sciences de
l’information, N° 3, Vol. 50, 2013, pp. 63-69. Lire aussi
5
Convention de l’Union Africaine sur la cybersécurité et la protection des données à caractère
personnel, Adopté par la 23ème Session Ordinaire de la Conférence de l’Union à Malabo, le 27 juin
2014.
6
Dans le sens véritablement sécuriser l’environnement digital des structures, il existe des structures
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transferts transfrontaliers de données compte tenu de ce que le stockage se fait


généralement dans des serveurs des hébergeurs basés hors du territoire émetteur
desdites données.
D’autre part, il s’agit aussi de voir ce qu’il en est de la situation des risques se
rapportant à la confidentialité et à la sécurité des données. A l’heure où les données
à caractère personnel revêtent désormais une valeur économique, le recours à la
solution de la dématérialisation soulève également des questions de confidentialité et
de sécurité des données. Il en est ainsi parce que l’accès aux données et
applications y relatives par les huissiers ou autorité de l’exécution et les destinataires
des actes de procédure dématérialisés se fait à distance via les serveurs de
stockage des hébergeurs. Par ailleurs, pour satisfaire les exigences de l’alinéa 2e de
l’article 1-5 de l’AUPSRVE qui voudrait que « l’accessibilité » soit garantie et afin de
pour accéder aux données stockées chez le fournisseur d’hébergement, il est
impératif de recourir aux services d’un autre intermédiaire technique1. Alors, cet
accès est facilité par les services des fournisseurs d’accès à internet (FAI)2 qui
permettent d’établir le pont entre les disques de stockage des fournisseurs
d’hébergement et des personnes impliquées directement dans les procédures de
recouvrement et des voies d’exécution.
Les risques liés à la sécurisation des données à l’heure de la dématérialisation
dans l’espace des États membres de l’espace OHADA pourraient être accentués par
le Comité technique de normalisation des procédures électroniques.

2-La nécessité de l’implémentation du Comité Technique de Normalisation des


procédures électroniques OHADA

Pour l’accomplissement des formalités procédurales relatives aux procédures


simplifiées et les voies d’exécution par voie électronique dans l’espace OHADA, la
mise en place de la signification électronique des actes de procédure va nécessiter le
recours à des procédures techniques et sécurisées. Ce procédé devra être l’œuvre
d’un comité technique de normalisation qui se présente comme étant une instance

comme « JEJA Services » qui se focalisent sur la cybersécurité.


1
Bakam Titgoum N. J. Epse Djeya, « Intermédiaires techniques et ordre public numérique : étude à
l’aune de quelques législations en Afrique noire francophone », op. cit., pp. 200 et ss.
2
Ibidem, pp. 205 et ss.
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de régulation instituée en vue de contribuer à la promotion et la mise en place des


normes techniques applicables aux procédures électroniques présentées comme
procédures dématérialisées. Dans cette perspective, le Conseil des Ministres a
d’ailleurs adopté le Règlement n° 02/2010/CM/OHADA du 15 décembre 2010 portant
création, attribution, organisation et fonctionnement du comité technique de
normalisation des procédures électroniques de l’OHADA. Par ailleurs, il importe de
souligner que cette normalisation parait essentielle pour assurer l’interopérabilité
entre les terminaux des huissiers ou autorités de l’exécution et de ceux des usagers
destinataires des significations des actes de procédures via le canal électronique.
Toutefois, notons que, et suivant les commentaires faits sous l’article 81 de
l’AUDCG1, la tentation de vouloir tout dématérialiser au même moment débouche
souvent sur des échecs. En l’espèce et en guise d’illustration, nous pouvons
convoquer le cas de l’informatisation du RCCM, du fichier national et du fichier
régional où, même plusieurs années après l’entrée en vigueur de l’AUDCG2, aucun
État n’a pu jusqu’à lors mettre en place ne serait-ce que le RCCM informatisé
nonobstant toute la bonne volonté de l’OHADA à travers son Secrétariat Permanent
qui a procédé courant 2016 à la matérialisation du déploiement de la Solution
logicielle intégrée de gestion des fichiers nationaux du RCCM3. Sur cette lancée, la
même observation peut être faite avec le Comité technique de normalisation qui
existe au sein de l’OHADA depuis 2010 comme on le constate avec l’adoption du
Règlement y relatif. Alors, la vulgarisation ou l’implémentation véritable de ce Comité
technique serait une bonne fondation pour la mise en œuvre des procédures
électroniques au sein de l’espace OHADA et singulièrement dans le cadre des
procédures simplifiées de recouvrement des créances et des voies d’exécution.

CONCLUSION

1
« Un comité technique de normalisation des procédures électroniques institué au sein de l’OHADA
est chargé de la normalisation des procédures effectuées au moyen de documents et de
transmissions électroniques ».
2
Adopté le 15 décembre 2010, publié au Journal Officiel de l’OHADA du 15 février 2011 et entré en
vigueur le 15 mai 2011.
3
Avis d’Appel d’Offres International (AA0I) N° 01/SP-OHADA/PACI/2016/AOI Fourniture des matériels
informatiques pour le déploiement de la Solution logicielle intégrée de gestion des fichiers nationaux
du Registre du Commerce et du Crédit Mobilier (RCCM) dans les pays membres de l’espace OHADA.
Aux rangs des États membres ayant déjà fait l’objet du déploiement de cette solution, nous avons : le
Togo (2017), la Côte d’Ivoire (2017), le Congo Brazzaville (2017), le Burkina Faso (2017), le Mali
(2017), la Guinée Bissau (2017), le Cameroun (2019) et le Tchad (2020). Plus de détail, consulter
[Link] le 17 juillet 2024 à 00 heures 52 minutes.
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En définitive, tout au long de cette réflexion, il a été question de présenter


l’appréciation qui pouvait être faite de la dématérialisation des actes de procédure de
recouvrement des créances et des voies d’exécution dans un espace comme celui
de l’OHADA au regard de l’avènement de l’électronique. Alors, il s’est agi de mettre
en exergue d’une part, la consécration faite des actes de procédure de recouvrement
des créances et des voies d’exécution qui trouve une application avec la
reconnaissance de l’écrit électronique et de l’équivalence fonctionnelle et d’autre
part, les modalités de mise en œuvre de la signification desdits actes. Aussi, ces
deux aspects permettent-ils de véritablement traduire la situation de la réception
juridique favorable de la dématérialisation qui est faite au sein de l’OHADA. Par
ailleurs, pareil à la logique de Kant Emmanuel où « la théorie est absurde sans la
pratique et la pratique aveugle sans la théorie »1, il apparaît alors que simplement
légiférer sur l’électronique ne saurait suffire. Il faudrait donc penser à sa mise en
œuvre véritable d’où la problématique y relative se rapportant aux actes de
procédure dématérialisés dans l’espace OHADA. Parler de signification à l’heure où
le temps et l’espace deviennent des réalités difficilement appréhendables, il urge
désormais de véritablement jeter un regard sur les risques électroniques qui
pourraient émailler les susdits actes électroniques. Aussi, pour terminer sur cette
analyse, l’appréciation qui est faite correspond à la situation suivant laquelle le
législateur OHADA des procédures simplifiées de recouvrement des créances et des
voies d’exécution semble-t-elle partagée entre le présent et l’avenir qui sied à la
dématérialisation des actes de procédure. Toutefois, pour une bonne exécution de la
dématérialisation des actes de procédure électronique au sein de l’OHADA et
particulièrement au regard des dispositions du nouvel AUPSRVE du 17 octobre
2023, il serait idoine de prévoir un cadre institutionnel ou du moins, un cahier de
charge qui soit applicable. Et par voie de conséquence, réguler véritablement
l’ensemble des procédures ayant trait à la dématérialisation et ce, dans l’optique de
faire face aux « nouvelles menaces et nouvelles vulnérabilités »2 comme les

1
Kant E., Critique de la raison pure, Paris, Flammarion, 3e éd., 2006, cité par Cambon L., « De l’étude
des comportements de santé à la définition de stratégies de prévention : un chemin linéaire ? »,
Sciences sociales et santé, n° 1, Vol. 38, 2020, p. 67. Consulté à l’adresse :
[Link] le 21/07/2024 à 23
heures 17 minutes. Lire aussi Kwame Nkumah, Le conciencisme, Paris, éd. Présence Africaine, 1976.
2
Feuga M. P., « Cyberespace, nouvelles menaces et nouvelles vulnérabilités, Guerre silencieuse et
paix imprédictible », Sécurité globale, 2017/1, N° 9, pp. 83 et ss.
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pratiques des hackers1 qualifiées de cybermenaces.

1
Kameni G. M., La vie privée en droit camerounais, thèse de doctorat en cotutelle, Université de
Toulouse et Université de Douala, Droit privé, 2012/2013, p. 192 ; Ndoumga M., Les règles
applicables au commerce électronique, précité, p. 90. Lire aussi Russell R. (dir.), Stratégies anti-
hackers, Paris, Eyrolles, 3e éd., 2002.
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L’informatisation du système de l’état civil au


Cameroun

CHETIMA MALLA Achille1 et HAMAN ADJI Alhadji Djougdoum2

____________________

1
Doctorant en droit public, Chef service de la formation et de la sensibilisation au BUNEC-Nord
(Cameroun), Expert en ingénierie de la formation.
2
Docteur en droit privé et Sciences Criminelles – Maitre-Assistant CAMES – Chargé de Cours –
Coordonnateur du Centre d’Etudes et de Recherche en Sciences Criminelles, Droit de l’Homme et
Droit Humanitaire – FSJP - Université de Maroua (Cameroun).
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Résumé

La modernisation de l’état civil au Cameroun fait partie des priorités pour les
prochaines années. Depuis 2009, il a amorcé un processus de modernisation de son
système d’enregistrement des faits d’état civil en réformant le cadre juridique et
institutionnel. Cependant, les démarches entreprises ne reflètent pas la réalité sur le
terrain, malgré les récentes réformes intervenues à travers la loi N°2024/016 du 23
décembre 2024 portant organisation du système d’enregistrement des faits d’état
civil au Cameroun. Si les services d’enregistrement des faits d’état civil sont assurés
au niveau local et les registres sont tenus à la main, il faut tout de même mentionner
que ces documents, sont souvent mal conservés, mal classés ou égarés, présentant
d’importantes lacunes sur le plan de la qualité. C’est dans ce contexte que l’absence
de numérisation pose véritablement problème. Pourtant, le cadre institutionnel a été
renforcé avec la création du Bureau National de l’Etat civil (BUNEC), dans le but
d’optimiser le fonctionnement du système. Malgré ces initiatives mises en œuvre par
les politiques, la question du faible enregistrement des faits d’état civil demeure non
résolue, et les taux de couverture par le système d’état civil restent insignifiants. Or,
le processus d’informatisation déjà approuvée depuis 2018 par le gouvernement
camerounais tarde à être opérationnel. A cette fin, il importe que des réflexions
structurées soient menées afin de rechercher des solutions adaptées. Cette
contribution aura le mérite de faire un état des lieux à la suite de la nouvelle vision
gouvernementale du système national de l’état civil, tant sur le pan de la
numérisation que sur le pan de la sécurisation.

Mots clés : digitalisation, sécurisation, numérisation, fichiers, état civil.


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L’état civil reflète la situation de la personne dans la famille et la société,


résultat d’une procédure écrite d’identification administrative. Dans la conception
moderne, cette identification se fait avec l’attribution dès la naissance à l’individu d’un
numéro d’identification unique auquel seront rattachés tous les faits d’état civil le
concernant. Selon les principes prônés par l’Organisation des Nations Unies,
l’enregistrement des faits d’état civil remplit trois fonctions fondamentales. D’abord,
une fonction juridique qui consiste à enregistrer les évènements et actes juridiques
qui sont à l’origine de l’état civil et forment la base de l’organisation de la famille,
ensuite une fonction statistique qui consiste à collecter au moment où les faits d’état
civil sont enregistrés, les données nécessaires pour établir les statistiques de l’état
civil, et enfin une fonction collaboratrice qui consiste pour l’état civil à prêter son
concours aux autres organismes pour la réalisation de leurs missions1. Malgré son
fondement constitutionnel2, au Cameroun l’état civil a connu de nombreux
dysfonctionnements. Pour y faire face, les pouvoirs publics ont souscrit aux principes
du Programme Africain d’Amélioration Accélérée d’Enregistrement et de Production
des Statistiques des faits d’État Civil APAI-CRVS. Ce programme vise à aider les
pays à se doter des systèmes complets et efficaces d’enregistrement des faits d’état
civil et de production des statistiques des faits d’état civil. La mise en application de
ces principes a induit à une réforme visant à dématérialisation des registres d’état
civil, la digitalisation et la production des nouveaux actes.

Numérisation, dématérialisation et digitalisation sont des notions couramment


confondues. Même si les trois techniques visent à atteindre le même résultat, à
savoir l’optimisation de la gestion documentaire et de données, il est important de
connaître les nuances de définition avant d’appliquer ces pratiques au sein de son
environnement professionnel mais aussi personnel3. Car elles ne font pas appel aux
mêmes équipements et processus, et ne répondent pas aux mêmes besoins. La

1
Éric OWONA NGUINI et Michel OYANE, L'état civil au Cameroun : un révélateur de l'étatisation -
Tome 1, éditions SOCIETE DES ECRIVAINS, Publibook, février 2021, 256 pages.
2
Article 26 alinéa 2 de la Constitution du 18 janvier 1996, qui traduit la volonté du gouvernement
camerounais de moderniser le système de l’état civil à travers l’informatisation de l’enregistrement des
faits d’état civil, ainsi que l’établissement et la délivrance des actes d’état civil.
3
Samuel KELODJOUE, L'état civil au Cameroun : contribution à l'analyse de la dynamique générale
de la population, L’Harmattan, Paris, 2015, 101P.

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