1.
Définition d’un milieu continu
Un milieu matériel est continu dans une région de l’espace,
s’il occupe entièrement cette région sans discontinuité
spatiale ou temporelle pour ses propriétés. Alors, à chaque
instant et en chaque point de ce milieu, on peut définir des
grandeurs physiques locales continues représentées
mathématiquement par des champs scalaires (densité,
température, pression, concentration d’un polluant, . . . ),
vectoriels (vitesse, accélération, forces volumiques, . . . ) et
tensoriels (tenseur des déformations, tenseur des
contraintes, . . . ).
Dans cette définition, on ignore les détails microscopiques du
milieu matériel et on se limite à des descriptions macroscopiques.
Par exemple, un bocal fermé rempli d’air au repos est un milieu
continu pour un observateur “macroscopique”.
Le champ de vitesse observé par exemple avec un vélocimètre
laser est nul partout et la pression est uniforme. Par contre, un
observateur “microscopique” voit des molécules se déplaçant dans
le vide de manière aléatoire (le mouvement Brownien) et est
incapable d’y voir un milieu continu.
La différence entre les deux observations provient de l’échelle
d’observation. Un point pour l’observateur macroscopique est en
fait un petit volume qui contient un grand nombre de molécules.
La vitesse moyenne observée (nulle dans cet exemple) est une
moyenne statistique du mouvement Brownien.
2. Particule en milieu continu
Par abus de langage, on appelle particule (ou encore point
matériel) d’un milieu continu, un petit élément de volume
(autour d’un point géométrique M) qui contient un nombre
suffisamment grand de molécules pour que la mesure soit
une moyenne statistiquement significative sur cet élément. Il
doit être également suffisamment petit pour pouvoir le
repérer par sa seule position M. Pour une particule, la notion
de forme est ignorée et sa vitesse est égale à la vitesse
moyenne des molécules qui la composent.
3. Déformations
3.1 Définition
A la différence de la mécanique des solides, la mécanique
des milieux continus s’intéresse à des transformations dans
lesquelles la distance entre les particules n’est pas
constante. Dans un référentiel R d’origine O (lié à
l’observateur), on considère un milieu qui passe d’une
configuration initiale Ci à une configuration finale Cf.
Ci Cf
f
M0 M
Une particule occupant la position M0 dans Ci, occupe la
position M dans Cf. Alors, on peut définir l’application
suivante :
f : 𝐶𝑖 → 𝐶𝑓
𝑀0 → 𝑀 = 𝑓(𝑀0 )
L’application f est bijective et différentiable. Pour traduire la
continuité du milieu, l’application associée à cette
transformation et définie par : 𝑂𝑀 = ∅(𝑂𝑀0 )
est bijective, continue et continument dérivable. Il résulte de
ces propriétés que :
deux particules qui occupent dans Ci des positions infiniment
voisines restent infiniment voisines dans Cf;
toute courbe, surface et volume se transforme
respectivement en courbe, surface et volume ;
la frontière de Cf est constituée des mêmes particules que la
frontière de Ci ;
une surface fermée, Si, située à l’intérieur de Ci, se
transforme en une surface fermée, Sf, située à l’intérieur de
Cf. De plus, les particules qui se trouvent à l’intérieur de la
surface Si avant déformation, se trouvent à l’intérieur de la
surface Sf après déformation.
La transformation f ne conserve ni les longueurs ni les
directions.
3.2 Caractérisation d’une déformation
Pour caractériser une déformation, on définit un certain
nombre de quantités mesurant les variations des longueurs et
des angles dans le milieu continu. Considérons deux particules
voisines repérées par les positions 𝑀0 et 𝑀′0 dans la
configuration initiale Ci, et par 𝑀 et 𝑀′ , respectivement,
dans la configuration finale Cf. Après déformation, le segment
matériel élémentaire 𝑑𝑀0 (qui est identique à 𝑀0 𝑀′0 ) se
transforme en 𝑑𝑀 (qui est identique à 𝑀𝑀′). En utilisant les
vecteurs unitaires 𝑛0 et 𝑛, on peut écrire :
𝑑𝑀0 = 𝑑𝑀0 𝑛0 ; 𝑑𝑀 = 𝑑𝑀 𝑛
Ci Cf
n M’
n0
f
M
M0 M’0
3.2.1 Dilatation f
𝑑𝑀
La dilatation est définie par : 𝜆 = On a une dilatation si
𝑑𝑀0
𝜆 >1 et une contraction si 𝜆 <1.
3.2.2 Allongement unitaire
On l’appelle aussi allongement relatif et il est donné par :
𝑑𝑀 − 𝑑𝑀0
= =𝜆−1
𝑑𝑀0
3.2.2 Elongation
L’élongation est donnée par :
𝑑𝑀𝑝 − 𝑑𝑀0 n
′=
𝑑𝑀0
dMp n0
dM0
Où 𝑑𝑀𝑝 est la projection de 𝑑𝑀 sur 𝑑𝑀0 .
On a : 𝑑𝑀𝑝 = 𝑑𝑀. 𝑛0
3.2.4 Rotation 𝜽
La rotation,𝜽, subie par un segment 𝑑𝑀0 est donnée par :
𝑑𝑀0 .𝑑𝑀 𝑑𝑀0 .𝑑𝑀
𝑐𝑜𝑠𝜃 = donc 𝜽 = 𝑨𝒓𝒄𝒐𝒔
𝑑𝑀0 𝑑𝑀 𝑑𝑀0 𝑑𝑀
dM0
3.2.5 Cisaillement (ou glissement)
Dans la configuration initiale, on considère deux
segments orthogonaux 𝑑𝑀0 et 𝑑𝑀′0 situés en M0. La
𝑑é𝑓𝑜𝑟𝑚𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 donne les correspondances :
n’0
𝑑𝑀0 ⟶ 𝑑𝑀 n’0
𝑑𝑀′0 ⟶ 𝑑𝑀′ f
M0 n0 n0
M
𝜑 est l’angle entre 𝑑𝑀 et 𝑑𝑀’ .Le cisaillement 𝛾 s’écrit :
𝜋 𝑑𝑀.𝑑𝑀′
𝛾 = 𝛾1 + 𝛾2 et 𝛾 = − 𝜑 𝑠𝑖𝑛𝛾 = 𝑐𝑜𝑠𝜑 =
2 𝑑𝑀 𝑑𝑀′
3.2.6Dilatation volumique 𝜽𝒗
Dans la configuration initiale, on considère trois
segments matériels 𝑑𝑀0 , 𝑑𝑀′0 et 𝑑𝑀′′0 situés en M0. La
déformation donne les correspondances :
𝑑𝑀0 ⟶ 𝑑𝑀; 𝑑𝑀′0 ⟶ 𝑑𝑀′; 𝑑𝑀′′0 ⟶ 𝑑𝑀′′
Soient 𝑑𝑣0 et 𝑑𝑣 les volumes des parallélépipèdes
construits sur les segments matériels avant et après
déformation respectivement. La dilatation volumique est
𝑑𝑣 𝑑𝑀.(𝑑𝑀′∧𝑑𝑀′′)
définie par : 𝜃𝑣 = =
𝑑𝑣0 𝑑𝑀0 .(𝑑𝑀′0 ∧𝑑𝑀′′0 )
𝑑𝑣
𝑑𝑣0 dM’’
dM’’0 dM’
dM’0 f
dM
dM0
La dilatation volumique relative est :
𝑑𝑣−𝑑𝑣0
𝜃𝑣𝑟 = = 𝜃𝑣 − 1
𝑑𝑣0
𝜃𝑣𝑟 = 0; alors la transformation est isochore (i.e. à
volume constant)
3.3. Tenseurs mesurant les déformations.
3.3.1 Gradient de la déformation
La transformation f est différentiable, donc on peut
écrire :
𝜕0𝑀
𝑑0𝑀 = 𝑔𝑟𝑎𝑑𝑓 ⨂𝑑0𝑀0 = 𝑔𝑟𝑎𝑑0𝑀⨂𝑑0𝑀0 = ⨂𝑑0𝑀0
𝜕 𝑀0
𝜕0𝑀
On pose 𝐹 = 𝑔𝑟𝑎𝑑𝑓 = 𝑔𝑟𝑎𝑑0𝑀 =
𝜕𝑀0
F est un tenseur d’ordre 2 appelé tenseur gradient de la
déformation. Ce tenseur est inversible et son déterminant
est strictement positif. En introduisant ce tenseur, on peut
simplifier la relation entre les segments matériels 𝑑𝑀0 et 𝑑𝑀:
𝑑𝑀 = 𝐹𝑑𝑀0
pour raison de simplicité on pose 𝑑𝑀 = 𝑑𝑂𝑀
En posant : 𝑑𝑀 = 𝑑𝑥 𝑖 𝑒𝑖 ; 𝑑𝑀0 = 𝑑𝑋𝑗 𝑒𝑗
En introduisant le vecteur déplacement 𝑈 = 𝑀0 𝑀 on a :
𝑂𝑀=𝑂𝑀0 +𝑀0 𝑀 = 𝑂𝑀0 + 𝑈
𝑑0𝑀 = 𝑑0𝑀0 + 𝑑𝑈
𝜕0𝑀0 𝜕𝑈
𝑑0𝑀 = 𝑑0𝑀0 + 𝑑0𝑀0
𝜕𝑀0 𝜕𝑀0
𝑑0𝑀 = (𝐺 +grad𝑈)𝑑0𝑀0
D’où 𝐹 = 𝐺 + grad𝑈
avec grad𝑈) 𝑖𝑗 = 𝑈𝑖,𝑗 − 𝑈𝑘 Γ𝑖𝑗𝑘
dans la base naturelle (G étant le tenseur métrique)
Remarque :
Le déplacement 𝑈 dépend généralement de la position M0. Si
𝑈 est indépendant de M0, alors la déformation est une
translation pure et 𝐹 = 𝐺.
On peut décomposer grad𝑈 et 𝐹 en partie symétrique et
partie antisymétrique :
1 𝑇 1
grad𝑈 = (grad𝑈 + grad𝑈) + (grad𝑈 − 𝑇grad𝑈) = 𝜀 + 𝜑
2 2
𝜀 𝜑
𝑠𝑦𝑚é𝑡𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑎𝑛𝑡𝑖𝑠𝑦𝑚é𝑡𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒
D’où 𝐹 = 𝐺+𝜀 + 𝜑
𝑠𝑦𝑚é𝑡𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑎𝑛𝑡𝑖𝑠𝑦𝑚é𝑡𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒
𝜀 est appelé tenseur d’élongation ou tenseur des petites
déformations et 𝜑 tenseur des rotations moyennes
locales. En terme de composantes, on a :
1
𝜀𝑖𝑗 = grad𝑈)𝑖𝑗 + grad𝑈)𝑗𝑖
2
1
𝜑𝑖𝑗 = grad𝑈)𝑖𝑗 − grad𝑈)𝑗𝑖
2
La rotation d’un segment 𝑑𝑀0 et l’élongation 𝛿′ sont
directement liées au tenseur 𝜀 :
Rotation d’un segment 𝑑𝑀0 :
𝑑𝑀0 .𝑑𝑀 𝑑𝑀0
𝑐𝑜𝑠𝜃 = = 𝑛0 𝐹𝑛0
𝑑𝑀0 𝑑𝑀 𝑑𝑀
𝑑𝑀0 1
𝑐𝑜𝑠𝜃 = 𝑛0 𝑮𝑛0 + 𝑛0 𝜀𝑛0 + 𝑛0 𝜑𝑛0 = 1 + 𝑛0 𝜀 𝑛0
𝑑𝑀 𝜆 𝑀0 ,𝑛0
Rappelons que 𝑛0 𝜑𝑛0 = 0 puisque le tenseur 𝜑 est
antisymétrique.
Elongation 𝜹′
𝑑𝑀𝑝 = 𝑛0 . 𝑑𝑀 = 𝑑𝑀0 1 + 𝑛0 𝜀 𝑛 0
𝑑𝑀𝑝 − 𝑑𝑀0
Donc ′= = 𝑛0 𝜀𝑛0
𝑑𝑀0
Exemple de déformation :
Dans un repère cartésien orthonormé 𝑅(𝑂, 𝑒1 , 𝑒2 , 𝑒3 )on
considère la transformation suivante :
𝑋0 𝑓 𝑋
𝑀0 𝑌0 → 𝑀 𝑌
𝑍0 𝑍
2𝑌0
avec le vecteur déplacement 𝑈 = −𝑋0
0
𝑋0 + 2𝑌0
Dans cette déformation on a : 𝑂𝑀 = 𝑌0 − 𝑋0
𝑍0
Donc le tenseur F est donné par :
𝜕𝑋 𝜕𝑋 𝜕𝑋
𝜕𝑋0 𝜕𝑌0 𝜕𝑍0
𝜕𝑌 𝜕𝑌 𝜕𝑌
𝐹=
𝜕𝑋0 𝜕𝑌0 𝜕𝑍0
𝜕𝑍 𝜕𝑍 𝜕𝑍
𝜕𝑋0 𝜕𝑌0 𝜕𝑍0
1 2 0
𝐹 = −1 1 0
0 0 1
3.3.2 Tenseur des dilatations
Ce tenseur permet de mesurer des caractéristiques de la
déformation comme les dilatations des longueurs, les
allongements unitaires, les glissements et les dilatations
volumiques.
Dilatation des longueurs
2
Pour 𝑑𝑀 on a :
2 2
𝑑𝑀 = 𝑑𝑀. 𝑑𝑀 = 𝐹𝑑𝑀0 . 𝐹𝑑𝑀0 = 𝑑𝑀0 (𝐹𝑛0 )(𝐹𝑛0 )
𝑗 𝑗
𝐹𝑛0 = 𝐹 ⨂𝑛0 = 𝐹𝑖𝑗 𝑛0 𝑒 𝑖 = 𝑛0 ( 𝑇𝐹)𝑗𝑖 𝑒 𝑖 = 𝑛0 ⨂ 𝑇𝐹
Donc : 𝐹𝑛0 𝐹𝑛0 = 𝐹𝑛0 ⨂ 𝐹𝑛0 = 𝑛0 ⨂ 𝑇𝐹 ⨂ 𝐹 ⨂𝑛0
𝑇 𝑇
= 𝑛0 ⨂ 𝐹 ⨂𝐹 ⨂𝑛0 = 𝑛0 ⨂𝐶 ⨂𝑛0 on pose 𝐹 ⨂𝐹 = 𝐶
𝐶
On obtient :
2 2
𝑑𝑀 = 𝑑𝑀0 𝑛0 ⨂𝐶 ⨂𝑛0 = 𝑑𝑀0 ⨂𝐶 ⨂𝑑𝑀0
Ainsi, la dilatation est donnée par :
𝑑𝑀
𝜆 = = 𝑛0 ⨂𝐶 ⨂𝑛0
𝑑𝑀0
Le tenseur symétrique 𝐶 = 𝑇𝐹 ⨂𝐹 est appelé tenseur des
dilatations ou tenseur de Cauchy-Green droit (on peut
également rencontrer l’appellation: tenseur de Green). Les
composantes de C sont données par :
𝑇 𝑗
𝐶𝑖𝑗 = ( 𝐹)𝑖𝑘 𝐹 𝑘
𝑗 = 𝐹𝑘𝑖 𝐹 𝑘
𝑗 𝐶𝑖 = ( 𝑇𝐹)𝑖𝑘 𝐹𝑘𝑗 = 𝐹𝑘𝑖 𝐹𝑘𝑗
En général 𝜆 dépend de M0 et de la direction 𝑛0 . Ainsi
𝜆(M0, 𝑛0 ) est la dilatation au point M0 pour un petit segment
de direction , 𝑛0 .
Si on travaille dans une base orthonormée (𝑒1 , 𝑒2 , 𝑒3 ) les
dilatations subies par les segments portés par les vecteurs de
la base sont respectivement :
𝜆 M0, 𝑒1 = 𝐶11 ; 𝜆 M0, 𝑒2 = 𝐶22 ; 𝜆 M0, 𝑒3 = 𝐶33
On en déduit que les éléments de la diagonale du tenseur C
mesurent les dilatations des longueurs dans les directions
parallèles aux vecteurs de la base de travail.
• Allongement unitaire :
=𝜆 − 1 = 𝑛0 ⨂𝐶 ⨂𝑛0 − 1
• Cisaillement (ou glissement)
𝑑𝑀. 𝑑𝑀′ = 𝐹𝑑𝑀0 . 𝐹𝑑𝑀′0
𝑑𝑀0 𝐶𝑑𝑀′0 = 𝑑𝑀0 𝑑𝑀′0 𝑛0 ⨂𝐶 ⨂𝑛′0
𝑑𝑀𝑑𝑀′
𝑠𝑖𝑛𝛾 =
𝑑𝑀 𝑑𝑀′
𝑑𝑀0 𝑑𝑀′0
𝑠𝑖𝑛𝛾 = 𝑛0 𝐶𝑛′0
𝑑𝑀 𝑑𝑀′
1
𝑠𝑖𝑛𝛾 = 𝑛0 𝐶𝑛′0
𝜆 M0, 𝑛0 𝜆 𝑀′0 , 𝑛′0
Par exemple, le glissement pour les directions 𝑒1 et 𝑒3 est :
𝐶13
𝛾 𝑒1 , 𝑒3 = arcsin( )
𝐶11 𝐶33
Si 𝑛0 et 𝑛′0 sont des directions propres du tenseur C (les
directions propres d’un tenseur symétrique sont
orthogonales), alors le glissement 𝛾 = 0. Donc les directions
propres de C ne subissent pas de glissement.
n’0
M0 n0
𝑛0 et 𝑛′0 //aux directions propres de C
• Dilatation volumique 𝜽𝒗
En posant : 𝑑𝑀 = 𝐹𝑑𝑀0 ; 𝑑𝑀′ = 𝐹𝑑𝑀′0 ; 𝑑𝑀′′ = 𝐹𝑑𝑀′′0
et en exprimant les segments élémentaires dans une base
orthonormée directe (sachant que le résultat est
indépendant de la base), on peut montrer que :
𝑑𝑣 𝑑𝑀. (𝑑𝑀′ ∧ 𝑑𝑀′′)
= = 𝑑𝑒𝑡 𝐹 = 𝑱
𝑑𝑣0 𝑑𝑀0 . (𝑑𝑀′0 ∧ 𝑑𝑀′′0 )
Où 𝑱 est appelé jacobien de la transformation
D’où 𝜽𝑣 = 𝑑𝑒𝑡 𝐹 = 𝑑𝑒𝑡(𝐶)
3.3.3 Tenseur des déformations de Green-Lagrange.
Le tenseur de Green-Lagrange, L, est lié au tenseur des
1
dilatations, C, par la relation : 𝐿 = (𝐶 − 𝐺)
2
2 2
En calculant la différence 𝑑𝑀 − 𝑑𝑀0 on montre que
ce tenseur donne une bonne mesure des déformations
dans un milieu continu. En effet :
2 2 2 2
𝑑𝑀 − 𝑑𝑀0 = 𝑑𝑀0 𝑛0 𝐶𝑛0 − 1 = 2 𝑑𝑀0 𝑛0 𝐿𝑛0
Ainsi, on constate que L=0 pour une transformation
rigide.
La dilatation est liée au tenseur L par :
= 2𝑛0 𝐿𝑛0 + 1
On peut mesurer d’autres caractéristiques des déformations
à l’aide du tenseur L. Par exemple, pour la dilatation
volumique on a :
𝜽𝑣 = 𝑑𝑒𝑡(𝐶) = det(2𝐿 + 𝐺) = 1 + 2𝐼𝐿1 + 4𝐼𝐿2 + 8𝐼𝐿3
Où 𝐼𝐿 , 𝐼𝐿 et 𝐼𝐿 sont les invariants scalaires de L
1 2 3
Exercice :
En écrivant le tenseur L dans sa base propre (L est
symétrique), démontrer l’expression de 𝜽𝑣 .
Remarques :
- Les tenseurs C et L possèdent les mêmes directions
propres. On les appelle directions principales des
déformations (elles sont orthogonales car C et L sont
symétriques) Leurs valeurs propres (notées 𝜆𝐶 et 𝜆𝐿
1
respectivement) sont liées par la relation : 𝜆𝐿 = (𝜆𝐶 − 1)
2
Une transformation rigide ⟺ 𝐶 = 𝐺 ⟺ 𝐿 = 0 ⟺ 𝐹 −1 = 𝑇𝐹
(i.e. F est orthogonal)
On peut exprimer le tenseur L en fonction du vecteur
déplacement comme suit :
1 𝑇 𝑇
L= (grad𝑈 + grad𝑈 + grad𝑈grad𝑈)
2
1 𝑘
𝐿𝑖𝑗 = (grad𝑈)𝑖𝑗 + grad𝑈)𝑗𝑖 + grad𝑈)𝑘𝑖 grad𝑈) 𝑗
2
Dans une base cartésienne on a:
𝜕𝑈𝑖
grad𝑈)𝑖𝑗 = 𝑈𝑖,𝑗 = (𝑥𝑗 étant les coordonnées 𝑀0 )
𝜕𝑥𝑗
1 𝜕𝑈 𝜕𝑈1 2 𝜕𝑈2 2 𝜕𝑈3 2
𝐿11 = [2 1 + + + ]
2 𝜕𝑥1 𝜕𝑥1 𝜕𝑥1 𝜕𝑥1
1 𝜕𝑈1 𝜕𝑈2 𝜕𝑈1 𝜕𝑈1 𝜕𝑈2 𝜕𝑈2 𝜕𝑈3 𝜕𝑈3
𝐿12 = [ + + + + ]
2 𝜕𝑥2 𝜕𝑥1 𝜕𝑥1 𝜕𝑥2 𝜕𝑥1 𝜕𝑥2 𝜕𝑥1 𝜕𝑥2
3.3.4 Tenseurs caractérisant la transformation inverse
Par analogie avec la transformation 𝑓, on peut définir les
tenseurs correspondant à la transformation inverse 𝑓 −1 qui
fait passer de la configuration finale à la configuration
𝜕0𝑀0 𝜕0𝑀0
initiale. On a :𝑑0𝑀0 = 𝑑0𝑀 = 𝐻𝑑0𝑀 avec 𝐻 =
𝜕𝑀 𝜕𝑀
H est le tenseur gradient de la transformation inverse 𝑓 −1
(𝐻 = 𝐹 −1 autrement 𝐻𝐹 = 𝐺)
En faisant un calcul analogue à celui fait pour calculer la
dilatation en fonction du tenseur C’, on montre que :
2
𝑑𝑀0 1
= = 𝑛 𝑇𝐻𝐻𝑛 = 𝑛𝐶′𝑛 avec 𝐶 ′ = 𝑇𝐻𝐻 = (𝐹 𝑇𝐹)−1
2 2
𝑑𝑀
1
Donc =
𝑛𝐶′𝑛
𝐶 ′ est
un tenseur symétrique (c’est l’inverse du tenseur de
Cauchy Green gauche, 𝐹 𝑇𝐹 ) ; il joue un rôle analogue à celui
du tenseur C dans la détermination des caractéristiques de la
transformation inverse (on peut déterminer d’autres
caractéristiques de la déformation à l’aide du tenseur 𝐶 ′ ).
Par analogie avec le tenseur de Green-Lagrange, on définit le
tenseur d’Euler-Almanci, 𝐿′ , comme suit :
On peut montrer, en utilisant le tenseur 𝐶 ′ qu’une petite
sphère de centre M0 se transforme en une petite ellipsoïde
de centre M En effet, si le segment 𝑑0𝑀0 décrit une sphère
2
de centre M0 (i.e 𝑑𝑀0 est constant), on peut montrer, en
2
utilisant la relation 𝑑𝑀0 = 𝑑0𝑀𝐶 ′ 𝑑0𝑀
En écrivant 𝑑𝑀 dans la base propre de 𝐶 ′ , que 𝑑𝑀 décrit une
ellipsoïde de centre M. Soient 𝑑𝑥, 𝑑𝑦 et 𝑑𝑧 les composantes de 𝑑𝑀
dans la base orthonormée propre du tenseur 𝐶 ′ et 𝛽1 ,𝛽2 et 𝛽3 les
valeurs propres de ce tenseur. On a :
2
′ 2 2 2
𝑑0𝑀𝐶 𝑑0𝑀 = 𝛽1 𝑑𝑥 + 𝛽2 𝑑𝑦 + 𝛽3 𝑑𝑧 = 𝑑𝑀0 = 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑡𝑎𝑛𝑡𝑒
Donc les composantes 𝑑𝑥, 𝑑𝑦 et 𝑑𝑧 vérifient bien l’équation
d’une ellipsoïde (les valeurs propres de 𝐶 ′ sont strictement
positives) .
3.4 Approximations pour les petites déformations
𝑂𝑀=𝑂𝑀0 + 𝑈 ⟹ 𝑑𝑀 = 𝑑𝑀0 + 𝑑𝑈
Si, en toute position d’un milieu,𝑑𝑈 ≪ 𝑑𝑀0 (ce qui implique
que 𝑑𝑀 est proche de 𝑑𝑀0 ), alors la transformation est
caractérisée par des petites déformations (on dit aussi que la
transformation est infinitésimale) . L’approximation des
petites déformations est valable si :
𝑔𝑟𝑎𝑑𝑈 ≪ 1,
avec 𝑔𝑟𝑎𝑑𝑈 = 𝑔𝑟𝑎𝑑𝑈⨂𝑔𝑟𝑎𝑑𝑈 = 𝑔𝑟𝑎𝑑𝑈)𝑖𝑗 ⨂𝑔𝑟𝑎𝑑𝑈)𝑖𝑗
Dans une base orthonormée (les simplifications qu’on fera
restent valables dans le cas des bases non orthonormées), les
composantes de 𝑔𝑟𝑎𝑑𝑈 doivent être petites(i.e. 𝑔𝑟𝑎𝑑𝑈 ≪ 1 )
pour pouvoir appliquer l’approximation des petites
déformations (il en est de même pour les composantes du
tenseur des petites déformations 𝜀) .
En négligeant les termes du second ordre (termes non
linéaires) devant les termes du premier ordre dans l’expression
du tenseur de Green-Lagrange L, on obtient :
1 𝑇 𝑇 1 𝑇
L= (grad𝑈 + grad𝑈 + grad𝑈grad𝑈) ≈ L= (grad𝑈 + grad𝑈)
2 2
Doncon peut exprimer les tenseurs L et C en fonction du
tenseur des petites déformations 𝜀 : L ≈ 𝜀 ;C ≈ G + 2𝜀
En tenant compte de ses simplifications et sachant que les
composantes du tenseur 𝜀 sont petites pour les déformations
infinitésimales, les caractéristiques de la déformation
deviennent :
La dilatation
= 2𝑛0 𝐿𝑛0 + 1 = 2𝑛0 𝜀𝑛0 + 1 ≈ 𝑛0 𝜀𝑛0 + 1
Si 𝑛0 est une direction propre de 𝜀 avec 𝜀𝑛0 = 𝛼𝜀 𝑛0
(𝛼𝜀 étant une valeur propre de 𝜀 ) on obtient : ≈ 1 + 𝛼𝜀
• allongement unitaire
=−1 ≈ 𝑛0 𝜀 𝑛0
Si 𝑛0 est une direction propre de 𝜀 :
≈ 𝛼𝜀
• Glissement 𝛾:
1
𝑠𝑖𝑛𝛾 = 𝑛 𝐶𝑛′0 ≈ 2𝑛0 𝜀𝑛′0 (on utilise
M0,𝑛0 𝜆 M′0,𝑛′0 0
𝜆
l’approximation : 𝜆 ≈ 1)
• Dilatation volumique relative 𝜽𝑣𝑟
𝜽𝑣𝑟 = 𝜽𝑣 − 1 ≈ 1 + 2𝐼𝜀1 + 4𝐼𝜀2 + 8𝐼𝜀3 − 1
𝐼𝜀1 ; 𝐼𝜀2 et 𝐼𝜀3 étant les invariants scalaires de 𝜀
Dans la base propre de 𝜀
𝛼1
on a : 𝜀 = 𝛼2
𝛼3
𝐼𝜀1 = 𝛼1 + 𝛼2 + 𝛼3 ; 𝐼𝜀2 = 𝛼1 𝛼2 + 𝛼2 𝛼3 + 𝛼1 𝛼3 et 𝐼𝜀3 = 𝛼1 𝛼2 𝛼3
En petites déformations, les valeurs propres 𝛼𝑖 sont petites.
Donc 𝐼𝜀2 et 𝐼𝜀3 sont très petits devant 𝐼𝜀1 , 𝜽𝑣𝑟 alors devient :
𝜽𝑣𝑟 = 1 + 2𝐼𝜀1 − 1 = 𝐼𝜀1 = 𝑇𝑟𝑎𝑐𝑒(𝜀) (𝐼𝜀1 ≪ 1)
1
𝑇𝑟𝑎𝑐𝑒 𝜀 = Trace(grad𝑈 + 𝑇grad𝑈) = 𝑑𝑖𝑣 𝑈
2
Donc 𝜽𝑣𝑟 = 𝑑𝑖𝑣𝑈
Remarque :
Le tenseur 𝜀 est symétrique, alors il admet trois valeurs
propres réelles et trois vecteurs propres orthogonaux. Dans
le cas des déformations infinitésimales, les valeurs propres
de 𝜀 sont appelées déformations principales (ou
allongements relatifs principaux) et ses directions
propres sont appelées directions principales de
déformation (ou directions principales d’allongement).
3.5 Décomposition polaire
3.5.1 Cas d’une déformation quelconque :
Pour faciliter la compréhension de ce paragraphe, on va
travailler dans des bases orthonormées et on désignera par I
la matrice unité. Comme on l’a montré au paragraphe 4.3.1,
le tenseur F permet de passer d’un segment élémentaire 𝑑𝑀0
de la configuration initiale à un segment 𝑑𝑀 de la
configuration finale. Ce passage peut être décomposé en une
déformation pure (déformation pure n’implique pas
l’absence complète de rotation comme on le verra par la
suite) qui fait passer de 𝑑𝑀0 à un élément intermédiaire 𝑑𝑀𝑖
à 𝑑𝑀.
D’unpoint de vue purement mathématique, on peut montrer
que tout tenseur d’ordre deux peut s’écrire comme le
produit d’un tenseur orthogonal, R (𝑅 −1 = 𝑇𝑅 qui signifie
aussi que 𝑇𝑅𝑅 = 𝑅 𝑇𝑅 = 𝐼 ) qui assure la rotation et d’un
tenseur symétrique défini positif, U, qui assure la
déformation : 𝐹 = 𝑅𝑈 = 𝐹2 𝐹1 (où 𝐹1 = 𝑈 et 𝐹2 = 𝑅)
𝐹1 =𝑈 𝐹2 =𝑅
𝑑𝑀0 𝑑𝑀𝑖 𝑑𝑀
On a 𝑑𝑀𝑖 = 𝐹1 𝑑𝑀0 = 𝑈𝑑𝑀0 et 𝑑𝑀 = 𝐹2 𝑑𝑀𝑖 = 𝑅𝑑𝑀𝑖
On peut monter que la deuxième transformation (caractérisée
par F2=R) conserve les longueurs (rotation pure). En effet :
2 𝑇 2
𝑑𝑀 = 𝑑𝑀𝑖 𝐹2 𝐹2 𝑑𝑀𝑖 = 𝑑𝑀𝑖 ( 𝑇𝐹2 𝐹2 = 𝐼)
Le tenseur U étant symétrique, admet trois directions propres
orthogonales et trois valeurs propres réelles. Ainsi, si l’élément
𝑑𝑀0 est parallèle à une direction propre de U, alors il subit une
dilatation pure (i.e. absence de rotation pour 𝑑𝑀0 ) après la
première transformation caractérisée par 𝐹1 = 𝑈 :
𝑑𝑀𝑖 = 𝐹1 𝑑𝑀0 = 𝑈𝑑𝑀0 = 𝜆𝑈 𝑑𝑀0 (𝜆𝑈 étant une valeur propre de
U)
Pour un élément 𝑑𝑀0 quelconque, on peut l’écrire dans la base
propre de U comme suit :
1 2 3
𝑑𝑀0 =𝑑𝑋0 𝑒𝑈1 + 𝑑𝑋0 𝑒𝑈2 + 𝑑𝑋0 𝑒𝑈3
où(𝑒𝑈1 , 𝑒𝑈2 , 𝑒𝑈3 ) est une base propre de U correspondant aux
valeurs propres (𝜆𝑈1 , 𝜆𝑈2 , 𝜆𝑈3 )
En appliquant la première transformation à 𝑑𝑀0 on a :
𝑑𝑀𝑖 = 𝐹1 𝑑𝑀0 = 𝑈𝑑𝑀0
𝑑𝑀𝑖 = 𝜆𝑈1 𝑑𝑋01 𝑒𝑈1 + 𝜆𝑈2 𝑑𝑋02 𝑒𝑈2 + 𝜆𝑈3 𝑑𝑋03 𝑒𝑈3
On constate ainsi que les trois projections de 𝑑𝑀0 sur les
directions propres de U sont multipliées par les valeurs
propres 𝜆𝑈𝑖 (i.e. subissent des dilatations 𝜆𝑈𝑖 ) sans changer
de direction. Cependant, la résultante 𝑑𝑀𝑖 ne garde pas la
même direction que 𝑑𝑀0 (sauf si les trois valeurs propres
sont égales). Par conséquent, le tenseur de déformation U ne
conserve les directions que pour des segments parallèles à
ses directions propres.
Onen déduit aussi qu’un petit rectangle dont les côtés sont
parallèles aux directions propres de U subit une dilatation
tout en gardant sa forme rectangulaire après déformation
comme le montre le schéma suivant :
Par contre, un rectangle dont les côtés ne sont pas parallèles aux
directions propres de U perd sa forme rectangulaire après
déformation:
Dans une déformation générale du milieu continu, les tenseurs R
et U dépendent de la position M0. Dans le cas particulier d’une
transformation rigide, le tenseur R est le même pour tous les
points du milieu continu (rotation d’ensemble) et le tenseur U=I.
Pourobtenir le tenseur U à partir du tenseur F, on utilise la
relation :
𝐶 = 𝑇𝐹𝐹 = 𝑇𝑈 𝑇𝑅𝑅𝑈 = 𝑈 2
Le tenseur U est donc la racine carrée du tenseur C. Ces
deux tenseurs admettent les mêmes directions propres.
De plus, les valeurs propres de U sont les racines carrées
des valeurs propres de C. Alors, dans la base propre
orthonormée de C on a :
𝜆1 𝜆1
𝐶 = 𝜆2 𝑈= 𝜆2
𝜆3 𝜆3
Pour déterminer R on utilise la relation :
𝑅 = 𝐹𝑈 −1
Remarque :
Dans la décomposition précédente, U est appelé tenseur de
déformation droit. On peut aussi appliquer une rotation
pure suivie d’une déformation pure : F=VR. Dans ce cas, les
tenseurs V et R sont donnés par :
𝑉2 = 𝐹 𝑇𝐹 ; 𝑅 = 𝑉 −1 𝐹
et V est appelé tenseur de déformation gauche.
3.5.2 Cas des petites déformations
En petites déformations les composantes des tenseurs 𝜀 et 𝜑 sont
petites, alors en négligeant les termes du second ordre on peut
écrire :
𝐹 = 𝐺 + 𝜀 + 𝜑 ≈ (𝐺 + 𝜑)(𝐺 + 𝜀)
𝐹2 𝐹1
En petites déformations, le tenseur de déformation pure est
𝐹1 = 𝐺 + 𝜀 et le tenseur de rotation pure est 𝐹2 = 𝐺 + 𝜑.
𝑇
𝐹2 𝐹2 = 𝐺 − 𝜑 𝐺 + 𝜑 = 𝐺 − 𝜑 2 ≈ 𝐺
Donc 𝐹2 est orthogonal
De plus, on peut constater que les valeurs propres de 𝐹1 = 𝐺 + 𝜀
sont données par la relation :
𝜆𝐹1 𝑖 =𝜆𝜀𝑖 + 1 Où 𝜆𝜀𝑖 sont les valeurs propres de 𝜀.
En petites déformations 𝜆𝜀𝑖 sont petites, donc les valeurs propres
de 𝐹1 sont strictement positives.
Et puisque 𝜀 est symétrique, alors 𝐹1 est symétrique défini positif.
On peut constater qu’en petites déformations, 𝜀 = 0 pour une
transformation rigide.
En effet :
𝜀 = 0 ⟺ 𝐹1 = G ⟺ 𝐹 = 𝐹2 ⟺f est une transformation rigide
3.6 Transformation rigide en petites déformations
Dans le cas des petites déformations la transformation rigide
correspond à 𝜀 = 0 donc 𝐹 = 𝐺 + 𝜑.
Un tenseur antisymétrique 3D ne possède que trois
composantes indépendantes.
A chaque tenseur antisymétrique 𝜑 est associe l'unique
vecteur Ω tel que : Ω ∧ 𝑑𝑀0 = 𝜑𝑑𝑀0
Ω vecteur rotation (ou vecteur rotationnel) donné par :
1
Ω = 𝑟𝑜𝑡𝑈 (𝑈 est le vecteur déplacement )
2
Dans une base orthonormée les composantes de Ω sont liées
aux composantes de 𝜑 par Ω1 , Ω2 , Ω3 = 𝜑32 , 𝜑13 , 𝜑21 .
Ω ∧ 𝑑𝑀0
𝑑𝑀0
Si Ω ⊥ 𝑑𝑀0 la figure ci-dessus indique que la rotation
Ω ∧ 𝑑𝑀0
𝜃 ≈ 𝑡𝑔𝜃 = = Ω .
𝑑𝑀0
Si Ω ∕∕ 𝑑𝑀0 , alors 𝜃 = 0 (absence de rotation ).
Donc le solide tourne d’un angle 𝜃 ≈ Ω autour d’un axe
parallèle à Ω. On peut montrer que 𝜑 et Ω sont indépendants
de la position (ils sont indépendants des coordonnées spatiales,
mais peuvent dépendre du temps ) quand 𝜀 = 0
Cas d’une base cartésienne :
𝜀 = 0 ⟹ 𝑈𝑖,𝑗 = −𝑈𝑗,𝑖 ⟹ 𝜑𝑖𝑗 = 𝑈𝑖,𝑗
Ω1 , Ω2 , Ω3 = (𝑈3,2 , 𝑈1,3 , 𝑈2,1 )
Si la déformation est plane (et représentative dans le plan
OX1X2), alors 𝑈3 = 0 et 𝑈1 et 𝑈2 sont indépendant de 𝑋3 ainsi on
obtient Ω1 , Ω2 , Ω3 = 0,0, 𝑈2,1 = 0,0, −𝑈1,2
Ce qui veut dire que le solide tourne d’un angle 𝜃 = 𝑈2,1 autour de
l’axe OX3
3.7 Signification physique des composantes des
tenseurs 𝜺, 𝝋 𝒆𝒕 𝒈𝒓𝒂𝒅𝑼 dans le cas d’une petite
déformation plane.
Dans un repère cartésien orthonormé 𝑅(𝑂, 𝑖, 𝑗, 𝑘) , une particule
est repérée dans la configuration initiale par (𝑋0 , 𝑌0 , 𝑍0 ) et dans la
configuration finale par (𝑋, 𝑌, 𝑍) . On considère une déformation
plane caractérisée par un vecteur déplacement perpendiculaire à
la direction 𝑘 et indépendant de 𝑍0 .On peut ainsi ramener l’étude
des déformations au plan (𝑂, 𝑖, 𝑗). Dans la base (𝑖, 𝑗) les tenseurs
𝜺 𝒆𝒕 𝝋 sont donnés par :
𝜺11 𝜺12 0 φ12
𝜺=
𝜺12 𝜺22 et φ = −φ12 0
En fait, pour cette déformation, la troisième ligne et la troisième
colonne de 𝜺 et 𝝋 sont nulles.
Un point 𝑀0 (𝑋0 , 𝑌0 , 𝑍0 ) de la configuration initiale occupe la
position 𝑀(𝑋, 𝑌) dans la configuration finale. Le vecteur
déplacement 𝑈 𝑋0 , 𝑌0 = 𝑈1 𝑖 + 𝑈2 𝑗 et le tenseur 𝑔𝑟𝑎𝑑𝑈 est
donné par :
U1,1 U1,2
𝑔𝑟𝑎𝑑𝑈 =
U1,2 U2,2
Un segment parallèle à 𝑖, soit 𝑑𝑀0 = 𝑑𝑀0 𝑖 = 𝑑𝑋0 𝑖, se
transforme en 𝑑𝑀 tel que :
𝑑𝑀 = 𝑑𝑀0 + 𝑑𝑈 = 𝑑𝑋0 𝑖 + 𝑑U1 𝑖 + 𝑑U2 𝑗
Selon la figure ci-dessus, l’allongement 𝑑U1 subi par 𝑑𝑀0
dans la direction OX est donné par
𝑑U1 =U1 𝑀0′ − U1 𝑀0 = U1 𝑋0 + 𝑑𝑋0 , 𝑌0 − U1 𝑋0 , 𝑌0 = U1,1 𝑑𝑋0
sachant que 𝑌0 est constant entre 𝑀0 et 𝑀′0 . Le déplacement
parallèle à OY est donné par :
′
𝑑U2 =U2 𝑀0 − U2 𝑀0 = U2 𝑋0 + 𝑑𝑋0 , 𝑌0 − U2 𝑋0 , 𝑌0 = U2,1 𝑑𝑋0
Sachant qu’en petites déformations les quantités U1,1 et U2,1
sont très petites devant 1, et en négligeant les termes du
second ordre, l’allongement relatif subi par 𝑑𝑀0 est :
𝑑𝑀 − 𝑑𝑀0 (𝑑𝑋0 +𝑑U1 )2 +(𝑑U2 )2 −𝑑𝑋0 𝜕𝑈1
= = ≈ = 𝜀11
𝑑𝑀0 𝑑𝑋0 𝜕𝑋0
Doncle terme 𝜀11 représente l’allongement relatif subi par
un petit segment parallèle à OX.
calculons la rotation 𝜃1 subie par 𝑑𝑀0 :
𝑑U2 𝜕𝑈2
𝜃1 ≈ 𝑡𝑔𝜃1 = ≈
𝑑𝑋0 +𝑑U1 𝜕𝑋0
𝜕𝑈2
Donc le terme = 𝜀12 − 𝜑12
𝜕𝑋0
représente la rotation subie par un petit segment parallèle à
OX.
Dela même façon en prenant un segment 𝑑𝑁0 parallèle à OY
(𝑑𝑁0 = 𝑑𝑁0 𝑗 = 𝑑𝑌0 𝑗) et qui se transforme en
𝑑𝑁 = 𝑑𝑁0 + 𝑑U1 𝑖 + 𝑑U2 𝑗 (𝑋0 reste constant dans ce cas), on
𝜕𝑈2
montre que = 𝜀22 représente l’allongement relatif subi
𝜕𝑌0
par un petit segment parallèle à OY.
𝑑U1 𝜕𝑈1
𝜃2 ≈ 𝑡𝑔𝜃2 = ≈ = 𝜀12 + 𝜑12 représente la
𝑑𝑌0 +𝑑U2 𝜕𝑌0
rotation subie par le même segment. Le glissement subi par
deux directions parallèles à OX et OY est :𝛾 = 𝜃1 + 𝜃2 ≈ 2𝜀12
La rotation moyenne subie par ces deux directions (dans le
𝜃1 −𝜃2
sens trigonométrique) est : 𝜃= = −𝜑12
2
3.8 Conditions de compatibilité
Comme nous l’avons montré, les différents tenseurs
caractérisant une déformation peuvent être calculés si l’on
connaît le champ de déplacement 𝑈(rappelons que F=G+grad𝑈)
Maintenant examinons la démarche inverse.
Si on se donne un tenseur T, existe-il un champ de déplacement
𝑈 tel que T = grad𝑈.
On montre que la condition nécessaire est suffisante pour que
ce champ existe est : 𝑟𝑜𝑡𝑇 = 0
Et si on se donne un tenseur 𝜀 , la condition nécessaire est
suffisante pour trouver un vecteur 𝑈 vérifiant :
1 𝑇
𝜀 = (grad𝑈 + 𝑇grad𝑈) et rot 𝑟𝑜𝑡𝜀 = 0.
2
En développant cette relation, on détermine les conditions de
compatibilité qui s’écrivent, dans une base orthonormée
cartésienne, sous la forme :
𝜕𝜀𝑖𝑘
𝜀𝑖𝑘,𝑗𝑙 + 𝜀𝑗𝑙,𝑖𝑘 − 𝜀𝑖𝑙,𝑗𝑘 − 𝜀𝑗𝑘,𝑖𝑙 = 0 avec 𝜀𝑖𝑘,𝑗𝑙 =
𝜕𝑥𝑗 𝜕𝑥𝑙
𝜕2 𝜀𝑖𝑖 𝜕2 𝜀𝑗𝑗 𝜕2 𝜀𝑖𝑗
+ −2 = 0 avec (i,j)=(1,2),(1,3) et (2,3)
𝜕𝑥𝑗2 𝜕𝑥𝑖2 𝜕𝑥𝑖 𝜕𝑥𝑗
Et 3 autres équations de la forme :
𝜕2 𝜀𝑖𝑗 𝜕 𝜕𝜀𝑖𝑗 𝜕𝜀𝑖𝑘 𝜕𝜀𝑗𝑘
= + − avec (i,j,k)=(1,2,3) , (1 ,3,2) et
𝜕𝑥𝑖 𝜕𝑥𝑗 𝜕𝑥𝑖 𝜕𝑥𝑘 𝜕𝑥𝑗 𝜕𝑥𝑖
(2,1,3)
Ainsi, on a 6 équations de compatibilité à vérifier par le tenseur 𝜀
pour que ce dernier puisse représenter une déformation.
Remarque :
Les équations de compatibilité sont vérifiées si les composantes
de 𝜀 sont constantes ou varient linéairement avec 𝑥𝑖 .
3.9 Méthodes d’intégration en coordonnées
cartésiennes.
Lorsque 𝜀 est connu et vérifie les conditions de
compatibilité, on peut calculer le vecteur déplacement 𝑼 en
utilisant les relations suivantes :
𝑈𝑖,𝑗 + 𝑈𝑗,𝑖 = 2𝜀𝑖𝑗
𝜕𝑈1
= 𝜀11 ⟹ 𝑈1 = 𝜀11 𝑑𝑥1 + 𝑓1 (𝑥2 , 𝑥3 )
𝜕𝑥1
𝜕𝑈2
= 𝜀22 ⟹ 𝑈2 = 𝜀22 𝑑𝑥2 + 𝑓2 (𝑥1 , 𝑥3 )
𝜕𝑥2
𝜕𝑈3
= 𝜀33 ⟹ 𝑈3 = 𝜀33 𝑑𝑥3 + 𝑓3 (𝑥1 , 𝑥2 )
𝜕𝑥3
Les trois relations restantes permettent de déterminer
les fonction 𝑓1 , 𝑓2 , 𝑓3
Ilexiste une autre méthode qui consiste à calculer d’abord le
tenseur des rotations 𝜑. Une fois on obtient les composantes
de 𝜑 , on calcule les composantes 𝑈𝑖 en utilisant les relations
suivantes :
𝑈𝑖,𝑗 = 𝜀𝑖𝑗 + 𝜑𝑖𝑗
1
Pour calculer , on utilise les relations 𝜑𝑖𝑗 = (𝑈𝑖,𝑗 −𝑈𝑗,𝑖 )
2
En dérivant par rapport à 𝑥𝑘 , on obtient :
1 1
𝜑𝑖𝑗,𝑘 = (𝑈𝑖,𝑗 −𝑈𝑗,𝑖 ),𝑘 = (𝑈𝑖,𝑗𝑘 −𝑈𝑗,𝑖𝑘 )
2 2
1
= (𝑈𝑖,𝑗𝑘 +𝑈𝑘,𝑖𝑗 − 𝑈𝑘,𝑖𝑗 − 𝑈𝑗,𝑖𝑘 )
2
𝑈𝑖,𝑗𝑘 = 𝑈𝑖,𝑘𝑗
On peut noter que : 𝑈𝑘,𝑖𝑗 = 𝑈𝑘,𝑗𝑖
𝑈𝑗,𝑖𝑘 = 𝑈𝑗,𝑘𝑖
1
𝜑𝑖𝑗,𝑘 = (𝑈𝑖,𝑘𝑗 +𝑈𝑘,𝑖𝑗 − 𝑈𝑘,𝑗𝑖 − 𝑈𝑗,𝑘𝑖 )
2
1 1
𝜑𝑖𝑗,𝑘 = (𝑈𝑖,𝑘 +𝑈𝑘,𝑖 )𝑗 − (𝑈𝑘,𝑗 + 𝑈𝑗,𝑘 ) 𝑖
2 2
𝜑𝑖𝑗,𝑘 = 𝜀𝑖𝑘,𝑗 − 𝜀𝑘𝑗,𝑖
Le tenseur 𝜑 est antisymétrique, 𝜑12 , 𝜑13 et 𝜑23 donc il
suffit de calculer trois composantes 𝜑12 , 𝜑13 et 𝜑23
(rappelons que 𝜑𝑖𝑖 = 0 et 𝜑𝑖𝑗= −𝜑𝑖𝑗 ) Connaissant les
trois dérivées partielles pour chaque composante 𝜑𝑖𝑗 ,
celle-ci peut être calculée par simple intégration.