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Dualité des ordres juridictionnels en France

Le document traite des institutions juridictionnelles en France, en mettant l'accent sur la séparation des pouvoirs entre l'autorité judiciaire et le pouvoir exécutif. Il décrit les différents ordres de juridiction, leur organisation, ainsi que les principes fondamentaux qui régissent leur fonctionnement, tels que l'indépendance des magistrats, la hiérarchie des juridictions et le principe de collégialité. Enfin, il aborde le rôle du Tribunal des conflits dans la résolution des litiges entre les ordres judiciaire et administratif.

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Dualité des ordres juridictionnels en France

Le document traite des institutions juridictionnelles en France, en mettant l'accent sur la séparation des pouvoirs entre l'autorité judiciaire et le pouvoir exécutif. Il décrit les différents ordres de juridiction, leur organisation, ainsi que les principes fondamentaux qui régissent leur fonctionnement, tels que l'indépendance des magistrats, la hiérarchie des juridictions et le principe de collégialité. Enfin, il aborde le rôle du Tribunal des conflits dans la résolution des litiges entre les ordres judiciaire et administratif.

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CM2 : Institutions juridictionnelles

II- Autorité judiciaire et pouvoir exécutif

Principe 1 : Le gouvernement ne doit pas interférer avec la fonction de juger,


et cette protection repose sur un statut spécifique des magistrats.

ORDRE JUDICIAIRE :
● Magistrats du siège (ceux qui tranchent les litiges) : Ils sont
inamovibles (article 64 alinéa 3 de la Constitution), ce qui signifie qu'ils
ne peuvent être révoqués, suspendus ou mutés sans leur accord, sauf en
cas de mesures disciplinaires. Leur indépendance est garantie par le
Conseil supérieur de la magistrature, qui veille à ce que les nominations
ne compromettent pas cette indépendance.
● Magistrats du parquet (représentants du ministère public) :
Ils représentent l'État, notamment dans les affaires pénales, et sont
placés sous la direction du garde des sceaux, ministre de la justice, selon
l'article 5 de la loi du 22 décembre 1958. Bien qu'ils soient sous contrôle
hiérarchique, leur parole à l'audience est libre, même si elle diffère des
directives de leur hiérarchie, conformément à la maxime : « La plume
est serve, mais la parole est libre. »
● Article 30 CPP : Le garde des sceaux ne peut donner que des
instructions générales, sans interférer directement dans des affaires
spécifiques.

ORDRE ADMINISTRATIF :
● TA et CAA : Les magistrats administratifs sont inamovibles, principe
posé par une loi de 1986 et maintenant codifié à l’article L.231-3 du CJA.
La gestion de leur carrière et les procédures disciplinaires à leur
encontre sont assurées par le CSTACAA (Conseil supérieur des
tribunaux administratifs et des cours administratives d’appel).

Principe 2 : Le juge ne doit pas s'immiscer dans la fonction exécutive.


Ce principe s’applique principalement en droit public, devant les juridictions
administratives. Le juge administratif refuse de contrôler ce qu’on appelle les
actes de gouvernement (actes édictés par une administration bénéficiant
d’une immunité juridictionnelle totale, donc insusceptibles de contrôle, pour
des raisons politiques ou diplomatiques). Il s’agit notamment des actes relatifs
aux relations entre le gouvernement et le Parlement, ou encore des actes liés
aux relations diplomatiques entre États. Ces actes relèvent exclusivement du
pouvoir exécutif, et le juge administratif refuse de s’y immiscer.
De plus, le juge administratif refuse d’adresser des injonctions à
l’administration. Cependant, une exception a été prévue par la loi de 1995.
Lorsqu’un jugement ou un arrêt implique qu’une personne morale de droit
public ou un organisme de droit privé chargé d’un service public prenne une
mesure d'exécution dans un sens déterminé afin d’assurer la bonne exécution
de la décision de justice, la juridiction peut imposer cette mesure à
l’administration.

Partie 1: Le service public de la justice

régalienne, elle constitue un service public (c'est-à-dire une structure


organisée pour exercer une activité d'intérêt général). Cette activité est
généralement assurée par une personne publique (par exemple, une
collectivité territoriale) ou parfois par une personne privée sous le contrôle
d’une personne publique (comme dans le cas de l'éducation). En ce qui
concerne la justice, elle est un service public à finalité d’ordre et de régulation.
Comme tout service public, elle est régie par des principes.

Chapitre 1 : Les principes régissant l’organisation

La justice se compose de juridictions internes (nationales) et de


juridictions indépendantes (comme le tribunal des conflits, le Conseil
constitutionnel, ou la Haute Cour de justice). On distingue également deux
ordres de juridiction : l’ordre administratif et l’ordre judiciaire, ainsi
que des juridictions internationales.

Section 1 : L’existence de deux ordres de juridictions

En France, on distingue l’ordre administratif et l’ordre judiciaire.


● L’ordre administratif se compose de juridictions statuant sur les
litiges opposant les particuliers aux pouvoirs publics. Il statue
également sur les litiges entre personnes publiques.
● L’ordre judiciaire, quant à lui, est compétent pour régler les litiges
entre personnes privées et pour sanctionner les auteurs d’infractions. Il
comprend donc des juridictions civiles et pénales.
Cette dualité des ordres juridictionnels a été reconnue par le Conseil
constitutionnel dans une décision QPC (Question prioritaire de
constitutionnalité) du 26 novembre 2010, qui consacre l’existence de deux
ordres de juridiction, aux sommets desquels se trouvent le Conseil d’État et la
Cour de cassation.

I- Naissance de la dualité d’ordre de juridiction

Cette dualité trouve son origine dans le principe de la séparation des pouvoirs.
Montesquieu prônait la séparation des pouvoirs pour rompre avec
l’absolutisme royal, qui réunissait tous les pouvoirs dans les mains d’une seule
personne. Selon lui, les trois pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire) devaient
être exercés par des organes distincts.
La loi des 16 et 24 août 1790 a posé cette distinction, interdisant aux tribunaux
de connaître des actes de l’administration. Cette interdiction a été réaffirmée
par le décret du 16 fructidor an III (2 septembre 1795), marquant une
séparation très nette entre les autorités administratives et judiciaires. Cette
volonté visait à prévenir tout empiétement de l’autorité judiciaire sur le
pouvoir administratif.
À cette époque, les révolutionnaires n’ont pas créé de juridictions
administratives, et les juges judiciaires ne pouvaient pas connaître des actes de
l'administration. C'est ainsi que l'administration se retrouvait juge de ses
propres actes. L’ordre juridictionnel administratif a émergé sous le Consulat et
l'Empire.
- Etape 1: Le Conseil d’État a été créé par la Constitution du 22 frimaire
an VIII. À l’origine, ce n’était pas une juridiction, mais un conseil
proposant des solutions aux chefs de l’État ou aux ministres. Il assurait
également la répartition des compétences entre l'administration et le
juge judiciaire. Les conseils de préfecture ont ensuite été créés par la loi
du 28 pluviôse an VIII, devenant des juridictions administratives en
1953.

- Etape 2: Le Conseil d’État a été reconnu comme une véritable


juridiction par la loi du 24 mai 1872. Cette loi place également le Conseil
d’État au sommet de l’ordre administratif. Dès lors, il ne se contente
plus de proposer des solutions, mais il tranche les litiges. Cette loi a
également instauré le Tribunal des conflits pour arbitrer les difficultés
de compétences entre l’ordre administratif et l’ordre judiciaire.

II- Le tribunal des conflits


Le Tribunal des conflits est chargé de répartir les litiges entre les juges
judiciaires et les juges administratifs lorsqu'un conflit de compétence est
soulevé entre les deux ordres juridictionnels.

Sa principale mission : résoudre les conflits de compétence


Le Tribunal des conflits intervient dans deux hypothèses :
1. Conflit négatif : Les deux ordres de juridictions se sont déclarés
incompétents pour traiter un litige.
2. Conflit positif : L'ordre judiciaire s’est déclaré compétent, mais
l'administration conteste cette compétence.

Autre mission : trancher les conflits de décisions

Le Tribunal des conflits peut également être saisi pour statuer sur une
contrariété de décisions définitivement rendues dans le même litige par
une juridiction de chacun des deux ordres. Cela se produit lorsque des
décisions contradictoires sont rendues, par exemple lorsqu'une partie gagne
dans une juridiction et perd dans l'autre. Le Tribunal des conflits intervient
alors pour éviter tout déni de justice.

Troisième mission : statuer sur les demandes


d'indemnisation

Le Tribunal des conflits est compétent pour examiner les demandes


d'indemnisation résultant de la durée excessive d'une procédure, qu’elle soit
judiciaire ou administrative.

Quelle est sa composition ?

Le Tribunal des conflits est composé de :


● 4 conseillers d’État (élus par l’Assemblée générale du Conseil d’État).
● 4 magistrats du siège de la Cour de cassation (élus par l’ensemble
des magistrats du siège pour un mandat de 3 ans).
Parmi ces membres, ils élisent alternativement un conseiller d’État ou un
magistrat de la Cour de cassation comme président. Depuis janvier 2023, le
président du Tribunal des conflits est un magistrat de la Cour de cassation.
Les membres du Tribunal des conflits sont élus pour un mandat de 3 ans.

Réforme de 2015
La réforme opérée par la loi du 16 février 2015 a retiré la présidence du
Tribunal des conflits au garde des sceaux, pour renforcer l’indépendance de
cette juridiction. Le Tribunal des conflits n'est pas une juridiction permanente
; il siège en fonction des besoins. Par exemple, en 2023, comme en 2022, le
Tribunal des conflits a siégé 8 fois. Cela s’explique par le faible nombre de
conflits à gérer. En 2023, il a rendu 23 décisions, contre 22 en 2022.

Section 2 : L'organisation interne aux deux ordres de


juridictions

Plusieurs principes régissent l'organisation des deux ordres de juridictions,


notamment le principe de hiérarchie.

I- Principe de hiérarchie
Les deux ordres de juridictions sont représentés sous la forme d'une
pyramide :

● À la base, on trouve les juridictions de premier degré, qui sont les


plus nombreuses.
● Au milieu, se situent les juridictions de second degré, c’est-à-dire les
cours d’appel pour l’ordre judiciaire et les cours administratives
d’appel (CAA) pour l’ordre administratif, qui sont moins nombreuses.
● Au sommet, il y a une seule haute juridiction dans chaque ordre : la
Cour de cassation pour l’ordre judiciaire et le Conseil d’État pour
l’ordre administratif. Les deux siègent à Paris.

La principale mission des hautes juridictions est de contrôler la conformité des


décisions qui leur sont transmises aux règles de droit. Dans cette fonction,
elles sont dites juges de cassation : si une décision qui leur est soumise n'est
pas conforme au droit, elle sera cassée. En tant que juges de cassation, la Cour
de cassation et le Conseil d’État ne jugent que le droit, pas les faits.

[Link] voies de recours

Pour réguler les relations entre les différentes juridictions, des voies de
recours ont été instaurées :

● Entre le premier et le second degré, la voie de recours est l'appel.


● Entre le second degré et la haute juridiction, la voie de recours est la
cassation.
Cette hiérarchie est également liée au principe du double degré de
juridiction : selon ce principe, après une première décision, la même affaire
peut être entièrement réexaminée. L'appel a un effet dévolutif, car la totalité
du litige est transmise à la cour d’appel, qui réexamine l’ensemble du dossier.
Il s'agit d'une voie de réformation, car si la décision de première instance
n’est pas conforme au droit, elle est annulée et remplacée par celle de la cour
d’appel.

[Link] de l’appel

L’appel n’est pas toujours possible dans l’ordre judiciaire ni dans l’ordre
administratif, mais pour des raisons différentes :

● Dans l’ordre judiciaire, l’appel est limité par le taux de ressort,


c'est-à-dire le montant de l’intérêt litigieux. En dessous de 5 000 euros,
l’appel n'est pas possible. Lorsque l’appel est fermé, on dit que la
décision a été rendue en premier et dernier ressort.
● Dans l’ordre administratif, l’appel n’est pas toujours possible en
fonction de la nature du litige, indépendamment du taux de ressort.
Certaines affaires ne sont pas soumises à l’appel. Toutefois, même si
l’appel est parfois fermé, le recours en cassation est toujours ouvert.

II- Principe de spécialisation

Le principe de spécialisation concerne principalement l’ordre judiciaire,


mais il touche également l’organisation des magistrats dans les deux ordres.

i. Dans l'ordre judiciaire

On distingue les juridictions civiles au sens large et les juridictions


répressives ou pénales. Au sein des juridictions civiles, certaines sont
spécialisées en fonction de leur domaine de compétence. Lorsque la
compétence d'une juridiction spécialisée n’est pas pertinente, la juridiction
de droit commun est compétente, à savoir le tribunal judiciaire.

Dans l'ordre judiciaire, on observe une double distinction :

1. Les juridictions civiles (compétentes pour les affaires civiles et


commerciales).
2. Les juridictions répressives ou pénales (compétentes pour les
infractions pénales).
ii. Dans l’ordre administratif

Le principe de spécialisation concerne également les magistrats des deux


ordres juridictionnels, qu’ils appartiennent à l’ordre judiciaire ou
administratif.

Dans l’ordre administratif, il existe quatre corps de magistrats, chacun


spécialisé dans son domaine :

1. Les magistrats des tribunaux administratifs (TA) et des cours


administratives d’appel (CAA).
2. Les magistrats du Conseil d’État (CE).
3. Les membres de la Cour des comptes.
4. Les membres des chambres régionales des comptes.

● Illustration dans l’ordre judiciaire


- Magistrats du parquet (qui poursuivent les infractions) vs
magistrats du siège (qui jugent).
- Dans les juridictions pénales, le principe de spécialisation prend
également la forme de la séparation des fonctions : le magistrat qui
poursuit une affaire (ministère public) ne peut être le même que celui
qui instruit (mène l’enquête) ou celui qui juge.

III- Principe de collégialité


Le principe de collégialité consiste à ce que les jugements soient rendus
par plusieurs juges, qui délibèrent ensemble pour déterminer la solution à
donner au litige. Cela garantit une justice de meilleure qualité et une plus
grande impartialité, car les juges se surveillent mutuellement dans le
processus de délibération.

Cependant, ce principe tend à disparaître progressivement au profit du juge


unique, pour des raisons de coût et de désencombrement des juridictions.

i. Dans l'ordre judiciaire

Le principe de collégialité n’a pas de valeur constitutionnelle dans l’ordre


judiciaire, ce qui signifie que le législateur peut le déroger et permettre à un
juge unique de statuer dans certaines situations.
● En matière pénale, le juge unique intervient notamment dans
l’instruction et pour certaines infractions mineures, comme les
contraventions devant le tribunal de police.

ii. Dans l’ordre administratif

Le principe de collégialité n’a pas non plus de valeur constitutionnelle dans


l’ordre administratif, et le législateur peut également y déroger.

Plusieurs arguments sont invoqués en faveur de la collégialité :

- Justice de meilleure qualité


- Gage d’impartialité, car les juges travaillent sur le joug des uns et des
autres.
Inversement il ya des arguments en faveur du juge unique :
- Le coût
- Le désencombrement des juridictions

Au principe de collégialité est attaché le principe d’imparité. Lorsque les


juges statuent en formation collégiale ils doivent être en nb impaire. L'intérêt
est de dégager une majorité, de pouvoir trancher. Ce principe figure tant dans
le code de l’organisation judiciaire que de l’organisation administrative.

IV- Principe d'indépendance et d’impartialité.


L'absence de parti pris, de préjugé, de référence, d’idées préconçues est
essentielle : le juge se doit d’être impartial au regard de la fonction qu’il exerce.
Il doit trancher un litige, départager deux personnes qui s'opposent sans en
avantager une par rapport à l’autre. Afin d’être impartial, le juge doit être
indépendant. L'indépendance est une condition préalable à l’impartialité, car
elle permet au juge d'exercer seul et en toute liberté les pouvoirs qui lui sont
conférés. Le juge doit être indépendant à l'égard des pouvoirs exécutif et
législatif (pas de consignes de jugement) mais également des parties au litige.
En conséquence, tant le Code de l’organisation judiciaire que le Code de justice
administrative prévoient la possibilité de récuser un juge si son impartialité est
mise en doute (Article L111-6 du COJ).

i. Code de l'organisation judiciaire (COJ)

● Pas de liens entre le juge et les parties (lien personnel, lien de


subordination ou lien contractuel).
● Il ne doit pas y avoir de litige antérieur entre le juge et l’une des parties.
● Aucun antécédent professionnel ne doit exister entre le juge et les
parties.
● Il ne doit y avoir ni amitié ni inimitié notoire.

Si l’une de ces hypothèses se présente, le plaideur peut demander la récusation


du juge, autrement dit, il conteste son impartialité et demande à ce que le juge
ne statue pas sur l'affaire.

[Link] de justice administrative (CJA)

L’article L721-1 du CJA précise que la récusation est prononcée s'il existe une
raison sérieuse de mettre en doute l'impartialité du juge.

L'exigence d’impartialité des juges, et plus généralement des juridictions, a été


influencée par la Convention européenne des droits de l'Homme, notamment
l’article 6, paragraphe 1. La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH)
apprécie l’impartialité selon deux points de vue :

● Objectif : tenir compte de la composition de la juridiction.


● Subjectif : évaluer si un juge a un parti pris ou un préjugé personnel.

Chapitre II- Le fonctionnement du service public de la


justice

Section 1: Les principes

I- L’égalité devant la justice


Ce principe renvoie à une expression bien connue : "La justice doit être la
même pour tous".

La valeur du principe s’observe au regard de la hiérarchie des normes qui le


consacrent. Il a une valeur constitutionnelle, la plus importante, confirmée par
la décision du Conseil constitutionnel du 23 juillet 1975, qui a retenu que le
principe d’égalité devant la justice est inclus dans celui de l’égalité devant la
loi, proclamé par la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789.
Il a également une valeur conventionnelle, consacrée par l’article 14,
paragraphe 1 du Pacte international de New York sur les droits civils et
politiques : "Tous sont égaux devant les tribunaux et cours de justice".

L'égalité devant la justice implique :


● Une égalité de traitement entre les justiciables, à la fois dans
l’accès à la justice et dans le fonctionnement du service public de la
justice.
○ Toute personne, quelle que soit sa nationalité ou sa situation
(régulière ou irrégulière), doit pouvoir faire valoir ses droits
devant une juridiction. Cela est considéré comme un droit
fondamental.
○ À situation identique, le traitement doit être identique. Deux
justiciables dans une même situation doivent être jugés devant la
même juridiction, selon les mêmes règles de procédure et de fond.

II- La neutralité du SP de la justice

Le service public de la justice doit être neutre. Cette neutralité concerne à la


fois les agents du service public et le lieu de justice.

● Neutralité des agents : Les magistrats ne peuvent pas manifester


d’opinions politiques ou religieuses. Ce principe protège les justiciables
des convictions personnelles du juge, rejoignant ainsi le principe
d’impartialité.
● Neutralité du lieu : Les salles de jugement récentes sont totalement
neutres d’un point de vue religieux, ce qui n’est pas toujours le cas des
salles plus anciennes. L’article 28 de la loi de 1905 interdit d’élever ou
d’apposer des signes religieux sur les monuments publics, à l’exception
des édifices servant au culte, des cimetières, des monuments funéraires,
et des musées ou expositions.

La neutralité n'exclut pas la symbolique judiciaire. L'image de la justice est


souvent représentée par une femme avec les yeux bandés, tenant une balance
dans sa main gauche et un glaive dans sa main droite. La balance renvoie à la
mesure et à l’équilibre dans les jugements et peines prononcées, tandis que le
glaive symbolise la puissance : juger, c'est trancher et sanctionner.

III- La publicité

● La publicité des débats et des audiences : Ce principe a une valeur


constitutionnelle depuis une décision du 23 mars 2019, et une valeur
conventionnelle, selon l’article 6, paragraphe 1 de la CEDH. Les débats
doivent se tenir publiquement, dans un lieu accessible au public.
○ Toutefois, certaines audiences peuvent se tenir à huis clos,
notamment en droit pénal pour préserver l’ordre ou les mœurs, la
sérénité des débats, ou la dignité des personnes.
○ En droit civil, commercial ou social, certaines audiences peuvent
avoir lieu en chambre du conseil (sans public), notamment pour
des affaires touchant à l'état des personnes ou à la vie privée.
● Les délibérations ne sont jamais publiques, afin d'éviter toute
pression extérieure sur les juges. Le secret des délibérations est inhérent
aux décisions collégiales (art. 448 du Code civil).

En matière pénale, la phase d'instruction est également soumise au secret : les


personnes impliquées (magistrats, greffiers, policiers, etc.) ne peuvent
divulguer des informations sur le dossier. Ce secret est justifié par le droit à la
présomption d’innocence.

● Les décisions de justice sont rendues publiquement. Cette


publicité se fait soit par une lecture publique, généralement en matière
pénale, soit en permettant la consultation des décisions au greffe, en
matière civile ou administrative. Avec le développement du numérique,
les décisions de justice sont aujourd'hui mises à disposition sous forme
électronique. Afin de concilier le principe de publicité et le respect de la
vie privée, les décisions publiées en ligne sont anonymisées, les noms et
prénoms étant remplacés par des lettres.

IV- La continuité
Le principe de continuité est un principe à valeur constitutionnelle et résulte
d’une décision du Conseil constitutionnel du 25 juillet 1979 → Droit de grève à
la radio et à la TV.
Le principe de continuité signifie que le service public doit fonctionner sans
interruption, cela signifie que les tribunaux doivent siéger de manière
continue tout au long de l’année.
Article L111-4 du COJ
Article R111-1 du COJ
S'il n’y a pas d’audiences programmées les week-ends et les jours fériés, il y a
des magistrats qui sont de permanence. Ce principe souffre toutefois d’un
tempérament : certaines juridictions siègent non pas de manière continue
mais par session, autrement dit quand il y a besoin, comme le Tribunal des
conflits, le tribunal paritaire des baux ruraux, et les Cours d’assises. Ces
juridictions vont se réunir selon les besoins.

Ce principe invite à s'interroger sur les congés des magistrats et des greffiers.
Ont-ils des vacances ?
Vacances judiciaires → avant 1974, cette expression désignait la période
durant laquelle il n’y avait pas d’audience. Une période sans audience =
période sans continuité. Elle a donc été supprimée. Depuis 1974, ce terme
signifie un rythme d’audience allégé. Il y a des audiences mais le
calendrier est très fortement allégé. Cela permet aux magistrats et aux greffiers
de bénéficier de leurs congés légaux. Mais il reste des magistrats de
permanence. 12 semaines par an en service allégé.

Ont-ils le droit de grève ?


L'ordonnance du 22 décembre 1958 a réglé la question pour l’ordre judiciaire
→ Interdit toute action concertée de nature à arrêter ou entraver le
fonctionnement des juridictions. Autrement dit, la grève est interdite si elle
fait obstacle à la continuité des juridictions.
Dans l'ordre administratif, il n’y a pas de règles textuelles mais le Conseil
d’État a posé les règles dans un arrêt : Arrêt Dehaene → les magistrats
peuvent faire grève, mais le gouvernement peut adopter toute mesure
nécessaire à la continuité du service public.

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