CM1 : Institutions juridictionnelles
Cours introductif
Objet : familiariser avec le fonctionnement de la justice
La justice à deux sens :
- Elle consiste à faire respecter le droit et constitue l'un des trois pouvoirs qui
coexistent au sein de l'État. Ce pouvoir judiciaire est assuré par l'autorité
judiciaire, comme le prévoit la Constitution de la Cinquième République. Il
fonctionne aux côtés des pouvoirs législatif et exécutif.
- La justice regroupe l'ensemble des organes qui concourent à son
administration. On distingue d'une part les juridictions, et d'autre part les
acteurs de la justice. Actuellement, le pouvoir judiciaire appartient
exclusivement à l'État. En effet, la justice constitue un monopole de l'État et
elle est indépendante des pouvoirs législatif et exécutif.
I- Justice, un monopole de l’Etat
La justice est devenue un monopole de l'État depuis la Révolution française.
Toutefois, cela n'a pas toujours été le cas. Historiquement, on est passé d'une justice
privée à un monopole étatique.
Le monopole de l'État en matière de justice signifie que seul l'État a la responsabilité
de trancher les litiges. Toutefois, ce ne sont pas toujours les juges agissant au nom de
l'État qui statuent sur les différends. Les Modes Alternatifs de Règlement des
Différends (MARD) se sont développés et ont été encouragés par le législateur. Dans
le cadre des MARD, les parties soumettent leur différend à un tiers qui n'est pas un
juge, offrant ainsi une alternative au procès traditionnel. L’existence de ces MARD
invite à s’interroger sur la portée du monopole de l’État en matière de justice, car il
est concurrencé par ces dispositifs.
A) De la justice privée à un monopole de l’Etat
Le droit objectif peut être défini comme l’ensemble des règles de conduites socialement
édictées et sanctionnées qui s’imposent aux membres de la société. L'ensemble des règles de
droit a qui on impose des sanctions. (expl= permis de conduire -système de sanction)
Droit subjectif désigne les prérogatives octroyées à un sujet de droit par le droit objectif.
Par exemple, nous avons le droit de ne pas subir d'atteinte à notre vie privée, et cela impose
des limites aux autres membres de la société.
Sans une autorité en charge de prononcer des sanctions, la justice serait laissée à des
pratiques privées. En France, la justice a évolué au fil du temps. Elle était d’abord privée
avant de devenir un attribut de la royauté.
1. La justice au Moyen Âge
Au Moyen Âge, la France fonctionnait sous un système féodal, caractérisé par une
superposition de juridictions. En plus de la justice royale, on trouvait la justice seigneuriale.
À cette époque, l’Église jouait également un rôle important, avec ses propres juridictions
ecclésiastiques.
Entre le XIIe et le XVIe siècle, une lutte de pouvoir a opposé les grands seigneurs et le roi.
Les seigneurs, souvent plus puissants financièrement, cherchaient à conserver leur influence.
Toutefois, le roi souhaitait avoir le dernier mot en matière de justice afin d’étendre son
autorité.
2. L’instauration d’un monopole royal
Pour étendre son pouvoir, le roi a instauré un recours contre les décisions rendues par les
juridictions seigneuriales, devant les cours royales. Peu à peu, la justice est devenue un
attribut exclusif de la royauté, et sous l’Ancien Régime, la justice était donc royale.
À l'époque, les juges étaient rémunérés par les parties au litige, ces derniers devaient donc
payer le juge. Cependant, cela rendait la justice accessible principalement aux personnes
aisées et posait des questions d'impartialité.
3. La Révolution et le monopole de l’État
La justice seigneuriale fut abolie par la loi du 4 août 1789, qui mit également fin aux
parlements de l’Ancien Régime, ces derniers étant concurrents du pouvoir législatif royal. La
Révolution marqua ainsi l’affirmation du monopole de l’État en matière de justice.
Les principes fondamentaux de la justice en France ont ensuite été posés par la loi des 16 et
24 août 1790, qui restent encore d’actualité aujourd’hui en France. Parmi ces principes, on
trouve :
● La séparation des ordres judiciaire et administratif
● Le principe d'égalité devant la justice
● La gratuité de la justice (tout le monde y a donc accès)
● Le droit de faire appel
● Jury populaire en matière criminelle
● La professionnalisation des magistrats, avec l’exigence de juges professionnels
Ainsi, dire que l’Etat possède le monopole de la justice, c’est dire que seul les juridictions
instituées par l’Etat peuvent rendre la justice, peuvent trancher les litiges aux moyens de
décisions qui présentent deux caractéristiques:
1. Autorité de la chose jugée : Une décision rendue par un juge a force de loi et ne peut
être remise en cause lorsqu’aucune voie de recours n’est plus possible. Ce principe
confère une immutabilité à la décision judiciaire.
2. La force exécutoire : Les décisions judiciaires peuvent être exécutées par la force
publique si nécessaire. Par exemple, si un juge ordonne une expulsion, mais que la
personne refuse de partir, la police peut être sollicitée pour faire exécuter la décision.
4. Les obligations imposées par la CEDH
Le monopole de l’État en matière de justice a évolué sous l’influence de la Cour européenne
des droits de l’homme (CEDH). L’article 6, paragraphe 1 de la CEDH impose aux juges
l’obligation de trancher les litiges, autrement dit un juge ne peut pas refuser de se prononcer
sur un litige qui lui est soumis. S'il le faisait, il serait coupable de déni de justice, il
méconnaît son office, son rôle. Cette interdiction figure également à l’article 4 du code civil.
L’article 6 paragraphe 1 évoque le droit à un procès équitable : « Il dispose que toute
personne soit entendue équitablement, publiquement et dans un délais raisonnable, par un
tribunal indépendant et impartial, établi par la loi »
Il y a donc une obligation de célérité. En France, la lenteur de la justice, en raison du nombre
insuffisant de juges par rapport aux affaires à traiter, a conduit à des condamnations par la
CEDH pour non-respect de l’article 6, paragraphe 1. Cela explique l’encouragement législatif
au recours aux MARD pour désengorger les juridictions.
B) La portée du monopole de l’Etat
Le monopole de l’État en matière de justice semble concurrencé par l’émergence des
Modes Alternatifs de Règlement des Différends (MARD). Cependant, il convient de
distinguer entre les différents types de MARD et de comprendre dans quelle mesure
ces alternatives viennent réellement remettre en cause le monopole étatique.
Parmi les MARD, on distingue deux grandes catégories :
● Les modes juridictionnels, tels que l'arbitrage, qui ressemblent à une véritable
procédure judiciaire ;
● Les modes non juridictionnels, comme la médiation, la conciliation, la
transaction ou encore la procédure participative.
1. Les modes juridictionnels de règlement de différends
L'arbitrage est le principal mode juridictionnel de règlement des différends parmi
les MARD (Modes Alternatifs de Règlement des Différends). À la différence des
autres MARD, l’arbitrage est un mode de règlement de litiges dans lequel la décision
émane d’une personne privée choisie par les parties, mais qui suit une démarche
similaire à celle d’un tribunal.
Bien que les MARD soient encadrés par le droit, toutes les décisions qui en résultent
n'ont pas immédiatement force exécutoire. En effet, une sentence arbitrale, même si
elle est rendue à l'issue d'une procédure juridictionnelle, doit être validée par un juge
pour devenir exécutoire. Depuis quelques années, la tendance est de favoriser les
modes non juridictionnels, tels que la médiation ou la conciliation, en particulier
pour des litiges de moindre gravité.
Ainsi, la loi du 23 mars 2019 permet aux juges de proposer aux parties de recourir
à une conciliation ou une médiation avant de trancher le litige. Par exemple, pour un
différend entre locataire et propriétaire, si chacun fait des efforts, il est souvent
possible de trouver un accord sans recourir à une procédure judiciaire. Cette même
loi rend même obligatoire le recours à un MARD pour certains litiges, notamment les
demandes de paiement d’une somme d’argent inférieure à 5000 euros. Si cette
obligation n'est pas respectée, la demande sera irrecevable devant les juridictions.
Il est important de souligner que les MARD ne concernent pas uniquement les
juridictions judiciaires. Le Code de justice administrative, qui régit le
contentieux administratif, contient également de nombreuses dispositions relatives à
la médiation. Par conséquent, les MARD se retrouvent dans tous les domaines du
droit.
Pourquoi l’État encourage-t-il les MARD ? L’État encourage ces modes
alternatifs pour plusieurs raisons :
● Pacification des relations sociales : Il est souvent préférable qu’un litige
prenne fin par un accord mutuel plutôt que par une décision judiciaire
imposée. Cela permet de maintenir des relations apaisées entre les parties.
● Réduction des coûts et délais : Les procès sont souvent longs et coûteux,
tant pour les parties (frais d’avocat) que pour l’État (qui rémunère les
magistrats). Les MARD permettent de désengorger les tribunaux et de réduire
les délais.
L'arbitrage se distingue des autres MARD en ce qu'il est un mode de règlement
juridictionnel des différends. Cela signifie que la solution du litige provient d’un acte
juridictionnel.
Un acte juridictionnel peut être compris de deux manières :
● Sens matériel : C’est une démarche intellectuelle qui consiste à confronter
les faits à la règle de droit applicable pour en tirer une conclusion. Cette
démarche repose sur un syllogisme en trois étapes :
1. Majeure : L’énoncé de la règle de droit applicable au litige.
2. Mineure : La confrontation des faits du litige avec cette règle.
3. Conclusion : Le résultat de cette confrontation, qui résout le litige.
● Sens formel : L’acte juridictionnel émane d’un organe indépendant
(l’arbitre) qui suit des règles destinées à garantir un examen impartial du
litige.
Soumission à l’arbitrage :
L’arbitrage est un mode de résolution contractuel des différends. Les parties à un
contrat choisissent une ou plusieurs personnes privées (généralement en nombre
impair) pour trancher le litige qui les oppose. Toutefois, l'arbitrage est exclu dans
le domaine du droit public, notamment pour les personnes publiques (exemple :
les collectivités territoriales). Cela est dû au principe de l’indisponibilité de la
compétence juridictionnelle pour ces entités, qui ne peuvent pas renoncer à la
juridiction étatique selon le conseil d’Etat soit la plus haute juridiction de l’ordre
administratif. C’est à dire que les personnes publiques n’ont pas le choix, elles ne
peuvent pas écarter le recours au tribunal au profit d’un arbitrage.
Cependant, le législateur a prévu des exceptions pour certains établissements publics
industriels et commerciaux (EPIC), comme la SNCF ou La Poste, qui peuvent
recourir à l'arbitrage.
Il existe deux façons de recourir à l'arbitrage :
1. Clause compromissoire : Avant même la naissance d'un litige, les parties à
un contrat peuvent prévoir une clause qui stipule que tout litige futur sera
soumis à l’arbitrage.
2. Compromis : Après la naissance du litige, les parties peuvent, d’un commun
accord, décider de recourir à l’arbitrage.
Les parties peuvent aussi choisir si l'arbitre doit trancher le litige conformément aux
règles de droit ou en amiable composition, ce qui signifie que l’arbitre peut
décider selon l'équité, ce qu'un juge ne peut pas faire.
La décision rendue par les arbitres s’appelle une sentence arbitrale, mais
contrairement à une décision judiciaire, elle n’a pas automatiquement force
exécutoire. Si une partie refuse d’exécuter la sentence, il faudra recourir à un juge
pour obtenir une ordonnance d'exequatur, qui permettra de rendre la sentence
exécutoire.
Avantages de l'arbitrage
● Discrétion : Contrairement à la justice étatique, qui est publique, l’arbitrage
est généralement confidentiel, ce qui est souvent préféré dans le milieu des
affaires.
● Célérité : L'arbitrage est généralement plus rapide que les procédures
judiciaires, qui souffrent souvent de lenteurs et d'encombrement.
● Coût : Bien que les arbitres soient rémunérés, les frais sont souvent moindres
que ceux d’un long procès.
[Link] non juridictionnelles de règlement de différends
Les modes non juridictionnels de règlement des différends comprennent
plusieurs procédés visant à éviter le recours au juge, tels que la médiation, la
conciliation, la transaction et la procédure participative. Ces méthodes
favorisent une résolution amiable des conflits en dehors du cadre d’un procès.
A. Médiation et Conciliation
Traditionnellement, la médiation se distingue de la conciliation sur trois
points :
1. La qualité du tiers intervenant :
○ Le conciliateur doit généralement avoir une certaine expérience
dans le domaine juridique.
○ En revanche, aucune expérience juridique particulière n'est exigée
pour le médiateur.
2. Le rôle actif ou passif du tiers :
○ Le médiateur joue un rôle actif, en proposant des pistes de
solution et en guidant les parties vers une résolution du litige. Il
est le moteur de la discussion.
○ Le conciliateur, lui, adopte une posture plus passive. Il se
contente de favoriser un accord entre les parties sans être aussi
impliqué que le médiateur. Cependant, cette distinction peut
varier en fonction de la personnalité du tiers intervenant.
3. Le coût :
○ La conciliation est gratuite.
○ La médiation, en revanche, est payante.
Malgré ces différences de forme, l’objectif de ces deux modes est le même :
parvenir à une solution (processus amiable) entre les parties afin d’éviter le
recours à un juge.
Différences contextuelles dans la médiation et la conciliation :
● Dans le cadre d’une procédure juridictionnelle (c’est-à-dire un
procès) :
○ Conciliation : Le juge peut soit jouer lui-même le rôle de
conciliateur, soit déléguer ce rôle à un conciliateur de justice.
○ Médiation : Le juge peut nommer un médiateur.
● En dehors d’une procédure juridictionnelle (en dehors de tout
procès) :
○ La conciliation et la médiation ne sont pas distinguées. L’article
1530 du Code de procédure civile les définit de manière
identique : « De tout processus structuré, par lequel deux ou
plusieurs parties tentent de parvenir à un accord en dehors de
toute procédure judiciaire en vue de la résolution amiable de
leurs différends, avec l’aide d’un tiers choisi par elles qui
accomplit sa mission avec impartialité, compétence et diligence»
Le tiers choisi (médiateur ou conciliateur) peut être une personne physique ou
morale. Il doit être capable et qualifié, soit en raison de ses compétences
actuelles, soit en raison de son expérience passée ou de son activité de
médiateur.
Si un accord est trouvé à l'issue de la médiation ou de la conciliation, les
parties peuvent demander son homologation par un juge, ce qui rend
l’accord obligatoire.
B. La Transaction
La transaction est définie à l’article 2044 du Code civil comme un contrat
par lequel les parties, par des concessions réciproques, mettent fin à une
contestation née, ou préviennent une contestation à naître. La transaction est
donc un mode conventionnel de règlement des différends, car elle repose
sur un accord entre les parties.
● Caractéristiques :
○ La transaction est un contrat solennel, c’est-à-dire qu’elle doit
être passée par écrit.
○ Les parties doivent faire des concessions réciproques,
c’est-à-dire que chacune doit accepter de faire un pas vers l’autre
pour régler le conflit par le biais d’une transacaction
○ La transaction a autorité de la chose jugée entre les parties.
Cela signifie qu’elle empêche toute action en justice pour les
points réglés par la transaction.
Cependant, la transaction n’a pas force exécutoire, ce qui signifie que si une
partie refuse de l'exécuter, il faudra obtenir l’homologation de la transaction
par un juge pour la rendre exécutoire.
C. La Procédure Participative
La procédure participative est un mode de résolution amiable qui est également
encadré par le Code civil et le Code de procédure civile. Il s’agit «d’une
convention par laquelle les parties à un différend s’engagent à œuvrer
conjointement et de bonne foi à la résolution amiable de leur différend ou à la
mise en état de leur litige» Article 2062 C Civ.
Cette convention elle peut avoir deux objets:
- La résolution amiable d’un différend (se mettre d’accord)
- Mettre en état leur litige (=prêt à être jugé). Ainsi les partis vont
s’entendre sur les pièces qui sont nécessaires, les modalité de leur
transmission (pour qu’un dossier soit en état d’être jugé, toutes les
pièces doivent être rassembler)
ette procédure se déroule en deux temps :
1. La procédure conventionnelle :
○ Dans cette phase, les parties tentent de trouver un accord par
elles-mêmes, assistées ou non par leurs avocats.
○ Cette phase prend fin soit par :
■ l’arrivée du terme de la convention (un délai a été fixé pour
parvenir à un accord),
■ une résiliation anticipée (si les discussions échouent),
■ la conclusion d’un accord,
■ le constat de l'inexécution de la convention.
2. La procédure aux fins de jugement :
○ Si un accord est trouvé, les parties peuvent demander son
homologation au juge.
○ Si l’accord est partiel, le juge homologue la partie de l’accord
trouvée et tranche le reste.
○ Si aucun accord n’est trouvé, la procédure judiciaire se poursuit et
le juge tranche le litige.
Cette procédure présente des avantages pour la préparation du dossier, car elle
permet aux parties de s’entendre sur les pièces nécessaires au jugement et sur
les modalités de leur transmission. Le juge, dans ce processus, conserve un
monopole sur l’homologation des décisions, pour leur donner force
exécutoire.
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II - La Justice : Un Pouvoir Indépendant
La justice, en tant que pouvoir judiciaire, coexiste avec les pouvoirs législatif et
exécutif, conformément à la séparation des pouvoirs énoncée par l’article 16 de
la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (DDHC). Ces trois
pouvoirs sont indépendants les uns des autres.
La Loi des 1er et 24 août 1790 a été adoptée pour empêcher les juges de
s’immiscer dans l’exercice des autres pouvoirs, notamment celui législatif et
exécutif. Elle souligne la distinction stricte entre les fonctions judiciaires et les
autres fonctions de l'État.
● Article 10 :
Les tribunaux ne peuvent en aucune manière prendre part à l’exercice
du pouvoir législatif, ni empêcher ou suspendre l’exécution des décrets
émis par le Corps législatif et sanctionnés par le Roi, sous peine de
forfaiture.
● Article 12 :
Les tribunaux ne peuvent faire de règlements généraux. S'ils estiment
nécessaire de clarifier une loi ou d’en créer une nouvelle, ils doivent
s’adresser au Corps législatif.
● Article 13 : Juge ne peut empiéter sur le pouvoir exécutif
Les fonctions judiciaires doivent toujours rester distinctes des fonctions
administratives. Les juges ne peuvent en aucune manière troubler les
activités des corps administratifs ni convoquer les administrateurs pour
des questions relevant de leurs fonctions.
Ces articles visaient à protéger l’intégrité des fonctions législatives et
administratives face à d’éventuelles ingérences des juges. Ils ont instauré une
méfiance historique envers les juges, par crainte qu’ils n'outrepassent leur rôle
et empiètent sur les autres branches du pouvoir.
L’Article 64 de la Constitution de la Vème République dispose que le
Président de la République est le garant de l’indépendance de l’autorité
judiciaire. Cela signifie que le Président joue un rôle d’arbitre pour s’assurer
que le pouvoir judiciaire demeure indépendant des autres pouvoirs.
Le Conseil constitutionnel joue également un rôle important dans la
protection de l’indépendance judiciaire, notamment en veillant à ce que les
lois soient conformes à la Constitution. Il a notamment reconnu
l’indépendance des juridictions administratives, ce qui marque un tournant
dans la garantie de l’autonomie des juges par rapport aux autres pouvoirs.
1. Décision du 3 décembre 2010 :
○ Le Conseil constitutionnel a affirmé que le principe
d’indépendance est indissociable de l’exercice des fonctions
juridictionnelles. Autrement dit, l’indépendance des juges est une
condition essentielle à l'exercice de leur mission.
2. Décision du 22 juillet 1980 :
○ Cette décision a consacré l’indépendance des juridictions
judiciaires comme un principe fondamental reconnu par
les lois de la République (PFRLR). Ce principe a une valeur
constitutionnelle et est garanti par l’article 64 de la Constitution.
○ Le Conseil constitutionnel a jugé que ni le législateur ni le
gouvernement ne peuvent porter atteinte à l'indépendance des
juridictions. Il est interdit d’adopter une loi qui compromettrait
cette indépendance.
Cette indépendance implique une séparation stricte entre les pouvoirs. Ainsi,
tout comme les autres pouvoirs ne peuvent interférer avec l’autorité judiciaire,
cette dernière ne doit pas non plus empiéter sur les prérogatives des pouvoirs
législatif et exécutif.
A) Autorité judiciaire et pouvoir législatif.
Principe 1: Le législateur ne doit pas s'immiscer dans le déroulement des
affaires, les procès en cours.
3 catégories de lois suscitent des difficultés:
- Lois rétroactives : Article 2 du C civ. La loi ne dispose que pour
l’avenir; elle n’a point d’effet rétroactif : Cela va régir tout ce qui s’est
passé après l'entrée en vigueur. Cependant la difficulté c’est que cet
article est issu d’une loi, il a valeur législative, hors le législateur peut
déroger à une lois. Ainsi le législateur peut déroger à l’article 2. De fait le
législateur peut faire valoir qu' elle aura un effet rétroactif donc
réagir avant son entrée en vigueur. En matière pénale on doit être jugé
en vigueur de la loi en vigueur au moment des faits. Loi qui aggrave une
peine ne pourra jamais être rétroactive car a valeur constitutionnelle.
Cependant loi pénale plus douce, auront un effet rétroactif :
rétroactivité in mitius
- Lois interprétatives : Ces lois précisent le sens d'une disposition
existante et sont rétroactives, puisqu'elles clarifient la signification
d'une loi comme ayant toujours été ainsi.
- Lois de validation: Le législateur va sciemment empiéter sur
l’autorité judiciaire afin de changer le cours des procès en cours,
changer les solutions de jugements qui vont être rendues. Par une loi de
validation le législateur vient rétroactivement valider des actes qui sans
cette loi ne seraient pas valables.
Ce procédé tend à modifier l’issus de procès dans lesquels l’Etat à un
intérêt plus ou moins direct. = empêcher les juges d’annuler un acte en
le rendant valable . La loi vient valider un acte juridique originairement
irrégulier.
La France a été condamnée dans l’histoire des affaires d’amortissement: car
les lois de validations viennent rompre l’égalité des armes entre les partis car
ces lois portent atteinte à l’article 6 : procès équitable.
Principe 2: Le juge ne doit pas s'immiscer dans la fonction législative.
Cette interdiction se matérialise par l’Article 5 du C civ. = Prohibition des
arrêts de règlement.
Un arrêt de règlement : Une décision judiciaire rendue dans le cadre d’un
litige spécifique, mais dans laquelle le juge établit des principes généraux qui
vont au-delà du cas traité. Ces principes deviennent alors applicables à tous
les litiges présentant des caractéristiques similaires, ce qui revient à créer
une règle de droit.
Ce qui distingue l’arrêt de règlement est son caractère contraignant pour
les affaires futures, ce qui en fait une véritable norme. Toutefois, en droit
français, les décisions de justice sont soumises au principe de l'autorité
relative de la chose jugée : elles ne s’appliquent qu’aux parties concernées
et uniquement pour le litige en question. Par conséquent, un juge, confronté le
lendemain à une affaire similaire, n’est pas juridiquement obligé de rendre
une décision identique.
Cette interdiction des arrêts de règlement signifie que le rôle du juge est limité
à l'application des règles de droit existantes, sans pouvoir créer de nouveaux
précédents applicables à d'autres affaires similaires.
B) Autorité judiciaire et pouvoir exécutif
Principe 1: Le gouvernement ne doit pas interférer avec la fonction de juger,
et cette protection passe par un statut spécifique des magistrats.
ORDRE JUDICIAIRE :
● Magistrats du siège (ceux qui tranchent les litiges) : Ils sont
inamovibles (article 64 alinéa 3 de la Constitution), ce qui signifie qu'ils
ne peuvent être révoqués, suspendus, ou mutés sans leur accord, sauf en
cas de mesures disciplinaires. Leur indépendance est garantie par le
Conseil supérieur de la magistrature, qui veille à ce que les nominations
ne compromettent pas cette indépendance.
● Magistrats du parquet (représentants du ministère public) : Ils
représentent l'État, notamment dans les affaires pénales, et sont placés
sous la direction du garde des sceaux, ministre de la justice, selon
l'article 5 de la loi du 22 décembre 1958 : Ils sont placés sous la
direction et le contrôle de leur chef hiérarchique et sous l’autorité du
garde des sceaux, donc ministre de la justice. A l’audience, leur parole
est libre. Bien qu'ils soient sous contrôle hiérarchique, leur parole à
l'audience est libre, même si elle diffère des directives de leur hiérarchie,
conformément à la maxime : « La plume est serve, mais la parole
est libre. »
● Art. 30 CPP : Le garde des sceaux ne peut donner que des instructions
générales, sans interférer directement dans des affaires spécifiques.