Introduction
En droit pénal, la tentative se définit comme une phase de la réalisation d'une infraction qui,
bien qu'inachevée, est susceptible de sanction. Elle se distingue du crime ou du délit
consommé, où le résultat a été atteint, ainsi que des actes préparatoires, qui ne sont en
principe pas punissables. La répression de la tentative soulève une problématique majeure :
comment sanctionner un acte qui n’a pas produit tous ses effets, tout en tenant compte de
l’intention criminelle de son auteur ? Cet équilibre délicat est au cœur de la réflexion
juridique et justifie que le législateur, dans certains cas, assimile la tentative à l'infraction
consommée.
Pour comprendre ce régime, nous examinerons d'abord la notion de tentative en droit pénal,
en distinguant ses différentes formes et son positionnement sur l' iter criminis. Ensuite, nous
analyserons les conditions de sa caractérisation et son régime répressif, en tenant compte
des spécificités du droit pénal français.
I. La notion de tentative en droit pénal
A. Définition et place sur l’iter criminis
L' iter criminis, ou « chemin du crime », représente les étapes successives menant à la
réalisation d'une infraction. Il commence par une pensée criminelle, se poursuit par une
résolution criminelle (la décision d'agir), des actes préparatoires (la préparation de l'acte) et,
enfin, le commencement d'exécution et la consommation de l'infraction.
La tentative se situe précisément entre le commencement d'exécution et l'infraction
consommée. Pour qu'elle soit punissable, il est impératif que l'auteur ait franchi le stade des
actes préparatoires pour s'engager dans l'exécution de l'infraction. L’article 121-5 du Code
pénal français ne sanctionne ainsi que la tentative qui a été « manifestée par un
commencement d'exécution ».
B. Les différentes conceptions doctrinales et les types de tentatives
Afin de déterminer la frontière entre actes préparatoires et commencement d'exécution, la
doctrine a proposé deux conceptions.
La conception objective met l'accent sur le caractère matériel de l'acte. Pour qu'il y ait
commencement d'exécution, l'acte doit faire partie des éléments constitutifs de l’infraction.
Cette approche, bien que sécurisante, peut se révéler trop restrictive.
La conception subjective, à l’inverse, se focalise sur l’intention de l'auteur. Elle considère que
la répression est légitime dès l'instant où la décision de commettre le crime est devenue
irrévocable, même si les actes matériels ne sont pas encore directement liés à l'infraction.
Le droit pénal français a adopté une conception mixte, combinant ces deux approches. La
jurisprudence exige à la fois que l'acte tende "directement et immédiatement" à la
commission de l'infraction (critère objectif) et qu'il révèle de manière "sans équivoque"
l'intention criminelle de son auteur (critère subjectif).
Le Code pénal distingue également plusieurs formes de tentatives :
La tentative interrompue : L'auteur n'a pas pu aller au bout de son action en raison
de circonstances extérieures indépendantes de sa volonté (ex : l'intervention de la
police).
La tentative manquée ou impossible : L'auteur a accompli tous les actes qu'il pensait
nécessaires, mais l'infraction n'a pas été consommée en raison d'un obstacle de fait
(inefficacité des moyens) ou de droit (absence d'un élément constitutif de l'infraction,
comme une victime déjà décédée).
II. Le régime juridique de la tentative
A. Les conditions de la répression
Pour qu’une tentative soit punissable, trois conditions cumulatives doivent être réunies.
1. Le préalable légal : La répression de la tentative dépend de la nature de l'infraction.
o Pour les crimes : La tentative est toujours punissable.
o Pour les délits : La tentative n'est punissable que si un texte de loi spécial le
prévoit explicitement.
o Pour les contraventions : La tentative n'est jamais punissable en raison de
leur faible gravité.
2. Le commencement d'exécution : C'est l'élément matériel de la tentative. Il se
distingue des actes préparatoires et doit tendre directement et sans équivoque à
l’infraction.
3. L'absence de désistement volontaire : C'est l'élément moral. La tentative n'est
punissable que si l'échec de l'infraction est dû à des circonstances indépendantes de
la volonté de son auteur. Si l'auteur renonce de son plein gré à son projet, on parle de
désistement volontaire, et la tentative n'est pas sanctionnée. Cette notion est
distincte du repentir actif, qui se produit après la commission de l'infraction et n'a
aucune incidence sur la responsabilité pénale.
B. Les conséquences de la répression
Le droit pénal français pose un principe d’équivalence de répression. L'auteur d'une
tentative encourt les mêmes peines que l'auteur d'une infraction consommée. Ce principe,
qui prévaut sur la conception subjective de la tentative, sanctionne la dangerosité de
l'auteur. L'article 121-4 du Code pénal, en assimilant l'auteur de la tentative à l'auteur de
l'infraction consommée, illustre parfaitement cette approche.
Cependant, il convient de nuancer ce principe par l'application du principe de
personnalisation des peines (anciennement principe d'individualisation des peines). Même
si la peine encourue est la même, le juge a la possibilité de moduler la sanction en fonction
des circonstances de l'infraction, de la personnalité de l'auteur et des motifs de l'échec. Ainsi,
un auteur de tentative pourrait se voir infliger une peine plus légère que si l'infraction avait
été consommée.
Conclusion
La théorie de la tentative constitue un pilier essentiel du droit pénal. Elle permet de concilier
le principe de légalité des délits et des peines avec la nécessité de protéger la société contre
les prémices d'une action criminelle. En sanctionnant le commencement d'exécution, le
législateur ne punit pas seulement l'atteinte effective à un bien social, mais aussi la
dangerosité manifestée par l'auteur. Le régime de la tentative, par son exigence d'un acte
extérieur, d'une intention criminelle et d'un échec involontaire, démontre la complexité de
cette construction juridique qui, tout en réprimant l'intention coupable, garantit que la
simple pensée criminelle ne soit jamais sanctionnée.