Ziglôbitha,
Revue des Arts,
Linguistique,
Littérature
Université & Coulibaly -
Peleforo Gon
Korhogo
Analyse socio-anthropologique des déterminants du chômage
des jeunes diplômés de l’enseignement technique et
professionnel à BAMAKO
Daouda KASSOGUE
Doctorant à l’IPU, Bamako, Mali
Lamine Boubacar TRAORE
Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako (ULSHB),
Bamako, Mali
Issa DIALLO
Institut National de Formation des Travailleurs Sociaux (INFTS),
Bamako, issosfr@[Link]
Résumé : En dépit des efforts des autorités nationales, internationales,
les ONG, on assiste à la persistance du chômage des jeunes de
l’enseignement technique et professionnel dans le district de Bamako.
Selon les statistiques de l’ONEF (2016, p. 6) le taux de chômage de cette
catégorie sociale de la promotion 2013 est de 76,1 %, soit 51,8% pour
les femmes et 24, 3% pour les hommes au Mali. C’est sur cette base que
cet article se propose d’analyser les facteurs explicatifs de la persistance
du chômage des jeunes diplômés de l’enseignement technique et
professionnel dans le district de Bamako. Au plan méthodologique,
l’étude repose sur une approche mixte (quantitative, qualitative). À cet
effet, nous avons administré un questionnaire à 250 jeunes diplômés
détenteurs du CAP et BT sortants (garçons et filles) de l’enseignement
technique et professionnel et un guide d’entretien adressé aux
responsables de structures en charge de l’insertion et aux responsables
des écoles techniques et professionnelle. Les résultats des données
quantitatives ont été soutenues par les entretiens semi-directifs auprès
des personnes ressources et certains jeunes diplômés à la recherche
d’emploi. Cette étude révèle que les raisons du chômage des jeunes
diplômés de l’enseignement technique et professionnel sont liées au
profil socioprofessionnel des parents, aux inaccessibles relations
sociales, à la méconnaissance des structures en charge d’emploi et la
faille dans la collaboration entre les écoles de l’enseignement technique
et professionnel et les structures en charge de l’emploi.
Mots-clés : diplômés, enseignement technique et professionnel,
chômage, jeunes.
Socio-Anthropological Analysis of the Determinants of
Unemployment of Young Graduates of Technical and Vocational
Education in BAMAKO.
Abstract: Despite the efforts of national and international authorities
and NGOs, there is persistent unemployment among young people in
technical and vocational education in the Bamako district. According to
ONEF statistics (2016, p. 6) the unemployment rate for this social
Ziglôbitha, Revue des Arts, Linguistique, Littérature & Civilisations
Éditeur : Ziglôbitha, Université Peleforo Gon Coulibaly – Côte d’Ivoire
ziglobitha@[Link]
ISSN-L 2708-390X
eISSN 2709-2836
Analyse socio-anthropologique des déterminants du chômage des jeunes diplômés de
l’enseignement technique et professionnel à BAMAKO
category of the class of 2013 is 76.1%, 51.8% for women and 24, 3% for
men in Mali. It is on this basis that this article sets out to analyze the
factors explaining the persistence of unemployment among young
graduates of technical and vocational education in the district of
Bamako. Methodologically, the study is based on a mixed (quantitative,
qualitative) approach. To this end, we administered a questionnaire to
250 young CAP and BT graduates (boys and girls) from the technical and
vocational education system, and an interview guide addressed to the
heads of structures in charge of integration and to the heads of technical
and vocational schools. The results of the quantitative data were
supported by semi-directive interviews with resource persons and some
young graduates seeking employment. This study reveals that the
reasons for unemployment among young graduates of technical and
vocational education are linked to the socio-professional profile of their
parents, inaccessible social relations, lack of knowledge of the structures
in charge of employment and the gap in collaboration between technical
and vocational schools.
Keywords: graduates, technical and vocational education,
unemployment, youth.
Introduction
La problématique du chômage des jeunes diplômés est
aujourd’hui au centre des débats politiques. En effet, dans un
contexte plus large, le monde fait face à une crise croissante d’emploi
des jeunes. Les économies mondiales sont confrontées au défi de
créer des emplois décents et durables pour le grand nombre des
jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail. Le
chômage mondial se stabilise après une hausse en 2016. Il s’élève à
5,6 % en 2017. Cela représente 192,7 millions de chômeurs et une
hausse de 2,6 millions par rapport à 2016 (BIT, 2018, p 6). En Afrique
subsaharienne, le chômage s’apparente aujourd’hui comme une
menace plus préoccupante, 60% de la population soit 200 millions de
jeunes de 15 à 24 ans et 11 millions de jeunes entrent chaque année
sur le marché du travail (CIEP, 2014, p.1). Malgré une croissance
économique soutenue depuis des années et des progrès en termes
d’éducation et formation, la question d’emploi des jeunes et leur
employabilité reste une préoccupation majeure pour les pays.
Au Mali, la situation de l’emploi se détériore depuis les années
1987 et les jeunes sont fortement touchés (âgés de 15 à 24 ou plus).
En cela, la lutte contre le chômage des jeunes est une condition
essentielle pour vaincre la pauvreté, établir la stabilité politique et
sociale, et impulser le développement économique durable. Dans ce
même contexte, les autorités maliennes procèdent aussi depuis
l’année 2000 à la mise en œuvre d’un Programme National d’Action
pour l’Emploi en vue de Réduire la Pauvreté (PNA/ERP) qui vise à
428
RA2LC n°10 volume 4 Juin 2024 pp.???
Daouda KASSOGUE, Lamine Boubacar TRAORE & Issa DIALLO
opérationnaliser la politique nationale de l’emploi et certains axes du
cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (Traoré, 2008, p1).
Pendant longtemps, c’est l’Office National de la Main d’Œuvre et de
l’Emploi (ONMOE) qui s’occupait de répondre aux besoins de main
d’œuvre des entreprises. En outre, depuis 2001, cet office a été
remplacé par l’Agence Nationale pour l’Emploi. Cette nouvelle agence
qui dispose d’une longue antenne dans chacune des régions du Mali,
opère plus en amont comparativement à l’ancien ONMOE, notamment
en prospectant auprès des entreprises et en proposant aux jeunes
des stages de formations professionnelles. Aussi, dans l’optique de
résorber le chômage des jeunes diplômés, l’ANPE (Agence Nationale
Pour l’Emploi) a été créée par l’ordonnance N°01-016/PRM du 27
février 2001 ([Link]). À l’instar de l’Agence Nationale
pour l’Emploi (ANPE), l’Agence pour la Promotion d’Emploi des Jeunes
(APEJ) a été créée par la loi n°03-031 du 25 Août 2003 et a pour
mission de concourir à la création d’emploi pour les jeunes hommes
et femmes de 15 à 40 ans en milieu rural ou urbain, résidant ou
expatriés en facilitant leur accès au marché du travail et du crédit.
([Link]).
En dépit de la mise en place de ces structures (ANPE, APEJ) par
les autorités politiques, le Mali connait des taux de chômage élevés
pour les sortants du système secondaire d’enseignement technique
et professionnel. Selon ONEF, (INSTAT, 2010 et 2015, p.1) au Mali, les
taux de chômage des jeunes issus de l’enseignement technique et
professionnel est passé de 24,7% en 2010 et 17,8% en [Link]é
cette baisse, ce taux reste préoccupant. Selon l’EMOP (2016, p 44),
au niveau de de l’enseignement technique et professionnel, on
constate 3512 soit 1,2% hommes et 6943 soit 2,3 % femmes au
niveau CAP sont touchés par le chômage, pour le taux du chômage du
BT, 10.336 soit 3,6 % d’hommes et 7696 soit 2,5 % de femmes. Ces
constats nous amènent à nous poser la question suivante : Quels sont
les facteurs explicatifs du chômage des jeunes diplômés de
l’enseignement technique et professionnel dans le district de Bamako
en dépit de l’existence des filières porteuses d’emploi ? Nous partons
de l’hypothèse selon laquelle, le statut socioprofessionnel des parents
est le résultat de la persistance du chômage des jeunes de
l’enseignement technique et professionnel à Bamako.
Cet article a pour objectif d’analyser les facteurs explicatifs de
la persistance du chômage des jeunes diplômés de l’enseignement
technique et professionnel dans le district de Bamako. Ce travail est
429
Ziglôbitha
Analyse socio-anthropologique des déterminants du chômage des jeunes diplômés de
l’enseignement technique et professionnel à BAMAKO
structuré autour d’une méthodologie, des résultats et de la
discussion.
1. Méthodologie
Ce travail s’effectue dans le District de Bamako. Le choix de
cette zone d’étude repose sur deux raisons :
- en premier lieu, le principe qu’avec l’indépendance, Bamako reste le
principal centre de concentration de toutes les activités économiques
(les centres administratifs, politiques et économiques majeurs) ;
- en deuxième lieu, l’enseignement technique et professionnel a été
créé pour répondre aux besoins économiques. Mais nous constatons
dans notre société actuelle précisément dans le district de Bamako
que beaucoup de nos amis, parents proches détenteurs du Certificat
d’Aptitude Professionnel (CAP) et Brevet de Technicien (BT) dans les
filières administratives, industrielles etc. à leur sortie des écoles
professionnelles n’arrive pas à s’insérer dans le tissus social et
économique. Malgré leurs formations professionnelles ils se
retrouvent dans la détresse due au manque d’emploi.
1.1. Approches et instruments utilisés
Dans ce travail, nous avons eu recours à une approche mixte
(quantitative et qualitative), pour déterminer les instruments de
collecte des données tels que le questionnaire et le guide d’entretien.
Le choix de cette approche permet d’avoir les informations
approfondies sur le chômage et le processus d’insertion des jeunes
diplômés de l’enseignement technique et professionnel.
1.2. Analyse documentaire
L’analyse documentaire porte sur la lecture des ouvrages, des
articles, et des mémoires ayant traité le thème. Elle nous a permis
d’avoir des informations relatives au sujet de recherche, à construire
non seulement la problématique et d’avoir une meilleure
compréhension sur le chômage et processus d’insertion des jeunes de
l’enseignement technique et professionnel.
1.3. Population cible
Dans la démarche quantitative, nous avons administré un
questionnaire à 250 jeunes chômeurs, titulaires de Certificat
d’Aptitude Professionnel (CAP) et Brevet de Technicien (BT) dans le
district de Bamako à la base sur un échantillon par commodité.
Concernant les spécialités, le sexe et l’âge aucun critère n’a été
430
RA2LC n°10 volume 4 Juin 2024 pp.???
Daouda KASSOGUE, Lamine Boubacar TRAORE & Issa DIALLO
soumis au préalable. Quant à la démarche qualitative, nous avions
choisi 20 personnes, notamment (10) personnes ressources dans les
structures chargées de la formation et d’insertion professionnelle des
jeunes diplômés (ANPE, APEJ, ONEF) et les responsables des écoles
techniques et professionnelles, et (10) jeunes à la recherche d’un
emploi. La technique de boule de neige a été utilisée pour rentrer en
contact avec les chercheurs d’emploi. Cette technique a permis à nos
informateurs de départ ou aux responsables des structures de nous
donner des contacts (téléphone, noms, résidence, le lieu d’emploi) de
personnes pouvant faire partir de l’enquête.
2. Résultats
2.1. Chômeurs selon l’âge
L’âge est un important indicateur qui permet d’apprécier
l’employabilité des jeunes diplômés particulièrement les sortants des
établissements techniques et professionnels. En effet, les
investigations du terrain ont fait ressortir que dans le district de
Bamako, il y a un prolongement de l’âge des jeunes sortants des
établissements techniques et professionnels. Le tableau n o 1 met en
évidence la répartition des enquêtés selon l’âge.
Tableau n°1 : La répartition des chômeurs selon l’âge
431
Ziglôbitha
Analyse socio-anthropologique des déterminants du chômage des jeunes diplômés de
l’enseignement technique et professionnel à BAMAKO
Age Effecti %
f
15 à 20 ans 32 12,80
%
20 à 25 ans 68 27,20
%
25 à 30 ans 90 36,00
%
30 à 35 ans 40 16,00
%
35 à 40 ans 17 6 ,80
%
40 ans et plus 03 1,20%
Total 250 100%
Source : enquête personnelle, Bamako, juin 2023
Il ressort de ce tableau que le chômage concerne
principalement les jeunes diplômés se trouvant dans la tranche d’âge
de 25 à 30 ans soit 36% et le plus faible taux est de 1,20 % qui
correspond à la tranche d’âge de 40 ans et plus. Cela explique que
cette tranche d’âge de 40 ans et plus est composée de chômeurs
découragés, c’est-à-dire un chômeur qui ne cherche plus un emploi
de façon active et disparait dans les statistiques. Comme le dit Robert
Holcman (1997, p 36) dans son ouvrage :
Un travailleur découragé, est une personne qui souhaiterait travailler,
mais qui ne cherche pas d’emploi parce qu’elle pense qu’il n’y a
d’emploi disponible. On peut ajouter à cette définition les personnes à la
recherche d’un emploi qui, après des échecs successifs, abandonnent
leurs recherches et ne s’inscrivent plus sur les listes des organismes de
placement.
2.2. Enquêtés selon le sexe
La variable sexe est un élément qui permet de comprendre
l’effet du chômage chez les hommes et les femmes diplômés de
l’enseignement technique et formation professionnelle
432
RA2LC n°10 volume 4 Juin 2024 pp.???
Daouda KASSOGUE, Lamine Boubacar TRAORE & Issa DIALLO
Figure n°1 : Répartition des enquêtés selon le sexe
160
14500%
140
120
10500%
100
80
60
40
20
58% 42%
0
Effectif %
Hommes Femme
Source : enquête personnelle, Bamako, juin 2023.
La lecture de ce graphique montre que 58% des enquêtés sont
de sexe masculin contre 42 % féminin. Au regard de cette figure,
parmi les chômeurs de l’enseignement technique et professionnel, les
hommes sont les plus touchés par le chômage que les femmes. En
effet, cela peut avoir plusieurs raisons : d’abord, les hommes sont
plus actifs dans la recherche d’emploi sur le marché du travail que les
femmes. Elles s’accrochent beaucoup à l’entreprise familiale ou le
ménage qu’à la recherche d’un emploi. C’est pourquoi la candidature
féminine est vivement encouragée dans les annonces des offres
d’emploi, une manière de les inciter à la recherche d’un emploi.
Malgré une augmentation de sensibilisation de la scolarité des filles,
le taux demeure toujours inférieur à celui des garçons. Comme
évoqué dans le rapport PNUD (2012, p. 9) :
Malgré les progrès réalisés, des inégalités entre les sexes subsistent
dans le système éducatif malien de manière générale. Avec un taux brut
de 74,9% au primaire contre 92,2% pour les garçons (ACDI, 2009),
l’accès des filles à l’éducation scolaire demeure faible. Le niveau de vie
des ménages influe sur l’éducation des enfants. Les ménages les plus
démunis ne scolarisent que la moitié de leurs filles. Dans la plupart des
contextes culturels c’est le mariage et non l’éducation scolaire.
Figure n°2 : la répartition selon la raison du choix de filière de
formation
433
Ziglôbitha
Analyse socio-anthropologique des déterminants du chômage des jeunes diplômés de
l’enseignement technique et professionnel à BAMAKO
275
225
175
125
75
25
Conseil des Orientation Conseil des Vous même Total
parents de l’État amis
Effectif 32 11 164 43 250
% 0.128 0.044 0.656 0.172 1
Effectif %
Source : enquête personnelle, Bamako, 2023.
Dans ce tableau, 65,60% des chômeurs ont été guidé par les
amis pour le choix des filières, suivi de 17,20% des chômeurs qui ont
été orienté par leur gré, 12, 80% par le conseil des parents et 4,40%
ont été orienté par l’État. Il ressort que la plupart des chômeurs de
l’enseignement technique et professionnel ont été guidé par les amis
alors que pour mieux choisir une filière, il est important de se baser
sur une réflexion personnelle et avoir des informations auprès des
personnes sollicitées capables de vous orienter vers les filières
porteuses d’emploi. Ce qui permet d’avoir une vision plus claire sur la
filière et faire une carrière professionnelle réussie.
2.3. Enquêtés selon les diplômes obtenus
Le diplôme est un important capital humain, c’est-à-dire un
investissement nécessaire d’accéder à l’emploi. S’il est nécessaire
que le capital humain tel que le diplôme qui donne accès à des
structures d’insertion telles que la fonction publique, les entreprises, il
est essentiel de prendre en compte le niveau d’étude des jeunes
diplômés qui est plus sollicité sur le marché de l’emploi. La figure n° 3
nous renseigne davantage sur la répartition selon le diplôme.
Figure n° 3 : Répartition des jeunes chômeurs selon les diplômes
obtenus
434
RA2LC n°10 volume 4 Juin 2024 pp.???
Daouda KASSOGUE, Lamine Boubacar TRAORE & Issa DIALLO
BT CAP
180 16700.00%
160
140
120
100 8300.00%
80
60
40
20
66.80% 33.20%
0
Effectif %
Source : enquête personnelle, Bamako, juin 2023
À l’analyse de ce graphique, on constate que 66,80% des
chômeurs sont des détenteurs du BT contre 33,20% de chômeurs qui
sont détenteurs de CAP. Cela peut s’expliquer par le fait qu’après le
CAP, plusieurs diplômés continuent au BT pour mieux améliorer leur
savoir et savoir-faire en vue d’avoir un salaire confortable et une
position hiérarchique au sein des services.
2.4. Déterminants du chômage des jeunes diplômés
La problématique du chômage au Mali apparait comme une
question sociale, entendue comme un défi majeur. Selon les jeunes
enquêtés, il revêt plusieurs raisons, parmi lesquelles nous retenons :
Figure n°3 : les causes du chômage selon les diplômés en quête
d’emploi
Series2 Series1
Autres à préciser 1.20%
Méconnaissance des structures en charge de 2.80%
l’emploi
Critères exigeants des entreprises ou ONG 6.00%
Insuffisance des acquis scolaire 4.00%
Incompatibilité de la formation à l’emploi 8.00%
Manque de relations sociale 37.20%
Statut socioprofessionnel des parents 40.80%
0 20 40 60 80 100 120
Source : Enquête personnelle, Bamako, juin 2023
Dans cette figure, il ressort plusieurs raisons expliquant le
chômage des jeunes diplômés de l’enseignement technique et
435
Ziglôbitha
Analyse socio-anthropologique des déterminants du chômage des jeunes diplômés de
l’enseignement technique et professionnel à BAMAKO
professionnel. 40,80% des chômeurs pensent que la raison de leur
chômage est dû au statut socioprofessionnel des parents, 37,20%
pensent que le fait qu’ils sont au chômage est dû au manque de
relation sociale, 8,00%, pensent que cela est lié à l’incompatibilité de
la formation à l’emploi, 6,00% croient à l’exigence des critères des
entreprises ou des ONG, 4,00% des chômeurs mettent l’accent sur
l’insuffisance des acquis scolaire, 2,80% ne connaissent pas les
structures en charge de l’emploi et enfin 1,20% autres croient que le
chômage est lié à la crise économique que traverse le pays. Cette
étude montre que le fait d’avoir accès à l’emploi, le capital social et le
réseau d’appartenance familiale, ethnique, religieuse,
socioprofessionnelle, s’imposent selon les résultats avérés ci-dessus.
2.5. L’impact de l’origine sociale sur le choix des filières
La famille joue un rôle important dans le cursus scolaire des
enfants et même dans le processus d’insertion socioprofessionnelle.
La motivation et le choix d’une filière par l’enfant en dépend
fortement à l’orientation de ses parents. Les parents peuvent être un
repère pour les enfants, ils doivent découvrir la capacité des enfants
car chacun vient avec un talent. Ils peuvent réussir par sa capacité
innée ou d’autres métiers proposés par les parents. Comme le dit un
agent de l’APEJ FD chargé de l’entrepreneuriat des jeunes : « Avant
que le jeune choisisse une spécialité, il faut des personnes tout comme les
parents, les conseillers d’orientations scolaire et les structures d’appuis ».
Paul et Renaud (1976, p328), s’appuient sur le rôle de la famille
dans l’accès à l’emploi. Ils défendent l’idée selon laquelle un fils qui
vient d’une famille de statut élevé, obtient des ressources
économiques dont il sert pour acquérir une éducation, de
l’équipement et des réseaux de relations.
Partant de la pensée de ces auteurs, plusieurs diplômés ont
choisi certaines options sans orientations des parents pour la simple
raison que leurs parents n’ont pas étudié ou n’ont pas un niveau
élevé pour les orienter. Selon S.S :
J’ai 35 ans, marié et père d’un enfant. Je réside à Banakanbougou
dans la commune VI du district de Bamako. Je suis musulman,
mon père est un guérisseur et ma mère ménagère. J’ai un CAP en
employer de Banque et un BT en comptabilité. J’ai choisi cette
filière par une motivation personnelle car je pensais que, avec
cette filière je pouvais travailler dans tous les secteurs que ce soit
privé ou public.
D.K abonde dans le même sens que son prédécesseur :
436
RA2LC n°10 volume 4 Juin 2024 pp.???
Daouda KASSOGUE, Lamine Boubacar TRAORE & Issa DIALLO
J’ai 38 ans, je suis marié et père de 3 enfants, je réside
actuellement à Bamako mais mes parents vivent dans la région
de Ségou. Mon père est un cultivateur et ma mère ménagère. J’ai
un diplôme de BT en comptabilité. Concernant la motivation du
choix, j’ai choisi cette filière parce que toutes les entreprises ont
besoin d’un comptable.
K.K est du même avis que les deux premiers :
J’ai 32 ans, je suis une femme mariée et mère de deux enfants. Je
réside à Medinacoura, j’ai un diplôme en secrétariat de direction
niveau BT depuis 2020. Mes parents résident à Mopti et
précisément à Konan. Mon père est un commerçant et ma mère
ménagère. Concernant la motivation du choix, elle est personnelle
sans orientation d’un parent ou un ami car je croyais cette filière
porteuse d’emploi.
T.K : évoque, contrairement à KK et DK, son orientation dans
une filière à son insu par rapport à ces prédécesseurs qui ont été
orientés par leur choix :
J’ai 20 ans, je suis mariée et résident à Yirimadio dans la
commune VI. J’ai obtenu mon diplôme depuis de CAP depuis 2020
en électricité. Je suis dogon et musulmane et mon père est un
cultivateur et ma mère ménagère résidants à Bamako.
Concernant la motivation du choix de cette formation, j’ai été
orienté par l’État sans mon gré. Après, je n’ai pas demandé un
transfert pour d’autres filières.
En effet, à l’analyse de ces discours ci-dessus, l’insertion dans le
monde du travail dépend dans une large mesure de la position du
demandeur d’emploi dans le jeu social et de son appartenance à un
champ ou un domaine d’activité sociale. Ainsi, un demandeur
d’emploi sortant d’une école de formation technique et
professionnelle bénéficiant d’une position sociale confortable dispose
presque toujours plus d’opportunité pour son insertion sur le marché
du travail que son collègue qui a une position sociale faible malgré
que les deux soient dotés des mêmes compétences. On comprend
plus aisément que certains élèves choisissent des filières techniques
et professionnelles sans être guidés par leurs parents. Or, les sortants
des écoles de formation n’ayant pas eu l’opportunité d’être orientés
par les parents dans leurs cursus scolaires, sont toujours d’autant
plus confrontés aux difficultés d’obtention d’un emploi qui correspond
à leur spécialité de formation. Pour Bourdieu et Passeron « l’école se
présente avant tout comme une instance de reproduction sociale.
C’est-à-dire les inégalités sociales transformées en inégalités
437
Ziglôbitha
Analyse socio-anthropologique des déterminants du chômage des jeunes diplômés de
l’enseignement technique et professionnel à BAMAKO
scolaires redeviennent ensuite des inégalités sociales à la sortie du
système scolaire » (www. Revue-idées-com).
2.6. Les relations sociales comme facteur d’accès à l’emploi
Vu le manque de relation sociale qui affecte les jeunes diplômés
de l’enseignement technique et professionnel à leur accès à l’emploi,
certains sont toujours à l’attente d’une réponse favorable par ces
structures, d’autres sont découragés de constituer toujours des
dossiers.
Selon cet enquêté A.K détenteur d’un CAP en filière employé de
Banque :
Si tu n’as un parent pour t’aider à avoir un emploi c’est difficile de
façon personnelle car j’ai fait une demande d’emploi dans une
banque depuis 6 mois, mais rien n’a été signalé, donc c’est
décourageant de faire toujours les demandes qui n’aboutissent
jamais.
Un autre enquêté S.S donne son avis dans le même sens :
Après avoir décroché mon BT en comptabilité, je suis allé déposer
ma demande d’emploi dans une entreprise. À mon arrivé, après
avoir salué la secrétaire, et exposé mon souhait pour l’emploi, elle
m’a demandé qui vous a envoyé ? J’ai répondu que personne. Elle
a pris mes dossiers mais jusque-là pas de suite favorable.
À l’analyse ces discours des différents enquêtés, on remarque
que les relations sociales favorisent l’accès à l’emploi. Cela provoque
très souvent le détriment de la compétence et des aptitudes
professionnelles acquises par certaines jeunes. Les jeunes diplômés
sont de plus en plus victimes de ce mécanisme informel de sélection
par des recruteurs. Leur longue attente s’explique par ce type de
sélection basé sur le niveau de capital social des candidats. Les
extraits de quelques enquêtés lors de l’entretien prouvent que
quelques collègues ont accédé à un emploi suite à des relations de
leurs parents :
T.K, détenteur d’un BT en comptabilité dans son discours,
montre l’inégalité d’accès à l’emploi de certains de son ami dû à son
appartenance sociale :
Concernant l’emploi, je ne compte pas sur l’aide des parents pour
l’obtenir car ils n’ont aucune relation. Leurs statuts
socioprofessionnels ne me procurent pas de relation sociale pour
y avoir accès à un emploi. Au Mali pour accéder à l’emploi, il faut
un diplôme mais les relations priment sur le diplôme. Par exemple
j’ai une promotion que l’on a terminé ensemble comme son père
travaille à la mine, elle a été immédiatement recrutée là-bas.
438
RA2LC n°10 volume 4 Juin 2024 pp.???
Daouda KASSOGUE, Lamine Boubacar TRAORE & Issa DIALLO
S.S, détentrice du CAP en Secrétariat de Direction s’aligne aux
idées de son prédécesseur :
Concernant l’obtention d’un emploi je ne compte pas sur mes
parents, ils ne sont pas relationnels et instruits. Oui, je connais un
ami que l’on a terminé de même année, il a obtenu son premier
emploi à l’EDM car son père travaille là-bas étant qu’un agent.
D.K, détenteur d’un BT en comptabilité soutient les propos de
ces précédents dans la même allure : « Moi, j’ai un ami qui a eu son
premier emploi dans une ONG grâce à l’intervention de son grand frère qui
est aussi lui-même dans les ONG. Le diplôme et la compétence comptent
très bien mais il faut aussi souvent un bras long ».
Dans l’analyse de ces discours, l’appartenance du groupe
sociale d’un individu joue un rôle important dans son insertion
socioprofessionnelle. Une personne issue d’une famille dotée d’une
relation sociale lui permet d’accéder à l’emploi. Comme le dit Vincent-
Arnaud (2021, p 2) : « La reproduction sociale s’aborde notamment
de façon intergénérationnelle, en étudiant la façon dont le destin
social des individus est fortement influencé par leur catégorie
d’appartenance, notamment déterminée par la catégorie socio-
professionnelle de leurs parents ».
2.7. Le problème de l’inadéquation-formation-emploi
La résolution de l’inadéquation doit être un facteur cohérent
entre la formation et les emplois afin de faciliter l’insertion des jeunes
diplômés de l’enseignement technique et professionnel. En effet,
selon nos enquêtes du terrain, nous constatons qu’il y a moins de
relation entre les concepts de l’offre et de la demande d’emploi.
Comme le dit certains enquêtés : A.D : « je suis au chômage parce
que le poste proposé n’a aucune référence avec ma formation ».
Selon un autre enquêté, DK : « J’ai un diplôme de BT en comptabilité
concernant l’adéquation, c’est une autre réalité car souvent les offres
proposées ne sont pas compatibles à notre formation surtout on parle de
certain logiciel en comptabilité que moi je n’ai jamais utilisé ».
C’est donc à une formation en phase caduque que nous
observons. Or le niveau de compétitivité recherché par les entreprises
ne peut s’accommoder sans la maitrise de certains logiciels
demandés. Donc les formations demeurent encore en peu de lien
avec les besoins et les réalités des entreprises. Comme le dit un
agent de l’APEJ, FD : « Les jeunes doivent aller vers les formations
digitales pour être efficace sur le marché d’emploi. Par exemple, si les
métiers évoluent sur la base des outils informatiques, ils doivent aller vers
ces outils ».
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Analyse socio-anthropologique des déterminants du chômage des jeunes diplômés de
l’enseignement technique et professionnel à BAMAKO
En outre, les maquettes de la formation des écoles techniques
et professionnelles ne répondent pas souvent aux exigences des
entreprises. Ces formations intéressent peu l’entreprise et restent
invariables au fil des années alors que les pratiques en entreprise
s’améliorent et se complexifient. Comme le dit un responsable d’une
école d’enseignement technique et professionnel, S.D :
Non ! bon ! pas tellement bien outillé actuellement mais avant
que les machines soient usées, on était bien outillé mais
aujourd’hui beaucoup de machines sont en pannes et les
formateurs se débrouillent avec le peu qu’on a. Il faut que l’État
nous accompagne sinon il y a un manque des matériels
sophistiqués et les personnels qualifiés pour que nos apprenants
répondent aux exigences du marché d’emploi.
2.8. La méconnaissance des structures en charge d’embauche par les
jeunes diplômés
L’information est capitale en tant qu’elle est une démarche
importante dans le processus de l’emploi des jeunes. En effet, ce sont
les canaux d’information qui nous situent sur le profil recherché dans
le cadre des informations afférentes à une offre d’emploi. La
communication sur les offres et les interventions des structures
d’appui à l’emploi sont les moyens nécessaires pour informer les
jeunes en quête d’emploi tout comme la télévision, radio, presse et
l’internet. Elle est aussi un moyen de mobiliser les jeunes d’être en
contact permanant avec le monde d’emploi. Mais déficit de
communication ou d’information reste sombre entre les structures en
charge d’emploi et les jeunes à la cherche d’emploi.
Selon K.K, spécialiste en Dessin Bâtiment :
Concernant les structures en charge d’insertion, je ne connais que
l’APEJ qui offre presque chaque année des stages. J’ai même
postulé pour ce stage mais pas il n’y a de suite favorable. Bon, je
ne sais pas la mission de l’ANPE ni le FAFPA dans l’insertion des
jeunes.
Un autre enquêté T.K détenteur d’un BT en Bâtiment confirme
les propos de son prédécesseur :
Parlant des structures d’insertion, j’ai de tout temps déposé mes
dossiers à l’APEJ pour le stage. C’est pourquoi je sais que cette
structure aide les jeunes. Bon, à ce qui ce qui est l’ANPE ou PAFPA
j’entends parler mais je ne connais pas leurs missions. Pour les
critères on parle le diplôme et le formulaire à remplir pour l’APEJ.
Selon les explications données par les responsables de l’APEJ,
notamment C.S:
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Daouda KASSOGUE, Lamine Boubacar TRAORE & Issa DIALLO
Beaucoup de jeunes disent qu’ils n’ont pas d’emploi alors qu’ils
ne partent pas vers les informations. Un jeune malien en France
est plus informé qu’un jeune qui vit au Mali à propos de notre
mission. Les jeunes ne vont pas vers les informations sinon nous
sommes sur WhatsApp, Instagram, Facebook pour donner les
informations en temps réel aux jeunes en quête d’emploi.
Un autre agent de l’APEJ F.D affirme :
Il faut rassembler tous les acteurs en charge d’emploi sur un
guide qui pourrait mieux orienter les jeunes, à savoir où
s’adresser. Cette visibilité n’est pas existante pour le moment.
C’est ce qui fait que les jeunes n’ont pas d’information sur qui fait
quoi et ou aller ? Sinon dans les pays développés, les guides de
création de l’emploi sont disponibles, on verra toutes les
structures en charge d’emploi. Malheureusement nous n’avons
pas encore réussit à mettre ensemble.
Dans ces discours des uns et des autres, la question a donc été
de savoir qui doit s’approcher de l’autre pour faciliter l’insertion car
deux acteurs sont face à face. D’un côté, les diplômés de
l’enseignement technique et de l’autre, les structures d’appui à
l’emploi. Autant l’on peut reprocher à l’APEJ et L’ANPE de n’avoir pas
communiqué assez, autant l’on peut reprocher aux diplômés de n’être
pas allés vers ces structures. En tout état de cause, les
responsabilités à ce niveau sont partagées. En effet, malgré de
nombreuses initiatives et structures mises en place par l’Eat pour
faciliter l’emploi des jeunes sur le marché du travail, la connaissance
de ses structures du marché du travail, de ses caractéristiques et de
son mode de fonctionnement, reste toujours méconnaissant aux yeux
des jeunes diplômés chercheurs d’emploi.
2.9. La faiblesse collaboration structures en charge d’emploi et les
écoles techniques et professionnelles
La collaboration est un facteur de mieux comprendre les failles
qui minent les structures en charge d’emploi et les écoles techniques
et professionnelles afin de faciliter l’insertion des jeunes de façon
adéquate. Or, nous constatons dans les propos de plusieurs
personnes ressources, qu’il existe moins de collaboration entre ces
deux entités.
Selon S.D, un responsable d’une école technique et
professionnelle :
De façon officielle, il n’y a pas de collaboration entre nous et les
structures en charge d’emploi des jeunes ainsi les entreprises
mais de façon particulière, surtout les filières industrielles telles
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Analyse socio-anthropologique des déterminants du chômage des jeunes diplômés de
l’enseignement technique et professionnel à BAMAKO
que : électromécanique, hydraulique, mécanique auto souvent les
entreprises demandent au chef d’atelier les jeunes diplômés sinon
les filières administratives non.
Par ailleurs, Un autre responsable de l’école technique et
professionnelle I.D, chef des travaux évoque dans le même sens que
son prédécesseur :
Il n’y a pas de lien très dynamique entre les structures en charge
d’emploi des jeunes et nous les écoles technique et
professionnelle. Mais quand on arrive à mettre une courroie de
transmission entre ces deux milieux, je pense que ça va marcher
parce que ceux qui sont les acteurs du marché de l’emploi
connaissent mieux les réalités du marché. Quand ils transposent
ça à l’école cela ne fait, que renforcer les programmes
d’enseignements et faciliter l’insertion de nos jeunes diplômés.
Abondant dans le même sens, un responsable de l’école
technique et professionnelle A.S.S chargé de l’emploi part plus loin
dans son propos :
Nous avons une convention avec l’ANPE depuis 2012, aucune
action n’a été menée jusqu’à maintenant. Nous sommes membre
de conseil d’administration de l’ANPE. Normalement les structures
comme ANPE, APEJ doivent travailler en synergie avec les Centres
de formation professionnelle, en principe ce sont nos produits
qu’ils doivent financer. Certains de nos produits bénéficient l’aide
de ces structures s’ils ont des parents là-bas. Normalement, ils
doivent prendre attache avec nous.
Responsable d’un cadre de l’ANPE, MKK partage le point de vue
de ces responsables des écoles techniques et professionnelles tout en
évoquant la faiblesse collaboration entre l’ANPE et ces écoles :
Au paravent on passait dans les écoles professionnelles pour les
donner des informations, sensibiliser les jeunes pour la mission de
l’ANPE mais on a arrêté depuis quelques années.
On constate dans ces entretiens qu’il n’y a pas de partenariat
entre les écoles de formation technique et professionnel et structures
en charge d’emploi. Certains responsables des écoles techniques et
professionnelles engagent généralement des démarches personnelles
en vue de faciliter davantage la collaboration entre eux et les
entreprises afin de mieux ajuster la formation à l’emploi par le biais
du stage. Cette disjonction est due au fait qu’il n’existe pas un
véritable cadre de concertation et de rencontre entre les écoles et
structures en charge de l’emploi, les entreprises.
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Daouda KASSOGUE, Lamine Boubacar TRAORE & Issa DIALLO
3. Discussion
Les résultats de cette étude révèlent les raisons du chômage
des jeunes diplômés de l’enseignement technique et professionnel à
certains niveaux : l’impact du statut socioprofessionnel de leurs
parents sur le chômage de ces jeunes diplômés, l’inaccessible à des
relations pour accéder à l’emploi, le problème d’adéquation entre la
formation et l’emploi, la faible collaboration entre les structures en
charge d’emploi des jeunes et les écoles professionnelles. Ces raisons
constituent les difficultés d’insertion des jeunes au marché d’emploi.
Elles vont dans le même sens des données de notre étude sur
les causes du chômage de jeunes. Ces données nous révèlent que
40,80% des chômeurs pensent que la raison de leur chômage est due
au statut socioprofessionnel des parents, car la famille joue un rôle
important dans le cursus scolaire des enfants et même dans le
processus d’insertion socioprofessionnelle. La motivation et le choix
d’une filière par l’enfant dépend fortement à l’orientation de ses
parents. Les parents peuvent être un repère pour les enfants, Ils
doivent découvrir la capacité des enfants car chacun vient avec un
talent. Ils peuvent réussir par leur capacité innée ou d’autres métiers
proposés par les parents. Et nos données confirment dans notre étude
que plus 50 % des parents des chômeurs sont non instruits.
Les explications de Goux et Maurin (1997, p. 13) confirment
notre résultat dans la mesure où ils évoquent que l’origine sociale des
individus a un impact direct sur les destinées sociales, sur les
parcours scolaires. Au-delà de l’école, selon eux, le devenir des
individus porte la marque de leurs origines. À diplôme donné, les
individus ont notamment une nette tendance à reproduire la situation
sociale de leurs parents.
Bourdet et al (2015, p36) se sont aussi intéressé à cette
question quant-ils affirment que les inégalités dans l’espace et les
inégalités de genres reflètent d’abord les différences d’accès à
l’emploi. En parlant des inégalités sociales, ils donnent raison à notre
résultat, car les inégalités sociales liées à la vie en société font
empêcher certains parents et leurs enfants de certains avantages
dans la société, tels que l’accès à l’emploi des jeunes. Nan Lin (1995,
page 599-632) part aussi de l’hypothèse générale selon laquelle
l’accès au meilleur capital social constitue un facteur de succès des
actions engagées par les individus dans la course aux emplois. Selon
lui, même si l’instruction reste un outil incontournable dans la
recherche d’un emploi, les relations et la position initiale comptent
beaucoup plus que le niveau d’étude dans la course aux meilleurs
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Ziglôbitha
Analyse socio-anthropologique des déterminants du chômage des jeunes diplômés de
l’enseignement technique et professionnel à BAMAKO
emplois. Qu’il soit fondé sur les relations de parenté, d’amitié ou de
connaissances, le capital social est un instrument efficace de succès
dans la recherche d’emploi.
Ensuite, d’autres auteurs se sont penchés sur la fameuse
question de l’inadéquation entre l’offre et la demande de travail.
Niang et Koné (2022, p. 232) évoquent les difficultés d’insertion
par l’incompabilité dans certaines filières de formation débouchant
sur des métiers administratifs. Selon eux, la pléthore de diplômés
dans ces filières offre peu d’opportunités d’emplois.
Dans ce sens, il conviendra selon eux de revoir les programmes
d’enseignement en introduisant des modules sur l’entreprenariat
jeunes, d’adapter les formations aux réalités du marché du travail
enfin d’encourager les jeunes vers les filières pouvant aboutir à l’auto
emploi, métiers d’agronome et BTP. Les résultats de ces deux auteurs
confirment le résultat de notre étude si l’on s’en tient à ces deux
enquêtés :
En droite ligne avec les précédents, Walther et al,(2009, p.10)
conclut qu’il faut former et qualifier les jeunes selon les besoins réels
de développement du pays, en mettant à niveau les formations et les
équipements existants par rapport à l’évolution professionnelle et
technologique afin de ne pas qualifier les jeunes selon des référentiels
du métier et un niveau technique largement obsolètes, et donner aux
jeunes formés les compétences nécessaires à la création de leur
propre activité et les moyens financiers adoptées, depuis leur sortie
de la formation jusqu’à leur entrée effective dans le monde du travail.
L’auteur Sodigh (2003, p.12) voit le chômage comme une
pathologie engendrée par le non-respect des principes de l’économie
salariale. Selon lui aucune politique économique, quelle qu’en soit ne
parviendra à écarter ses maux si elle ne met pas en application le
respect des principes de l’économie. Lecerf (2002, p. 284) évoque
dans le même sens que le chômage est dû d’un facteur d’incapacité
politique. Ce qui est avéré par ces deux responsables une faiblesse
politique des informations et sensibilisations entre les différents
acteurs en charge d’emploi et les jeunes diplômés à la recherche d’un
emploi.
Conclusion
Le présent article a pour objectif d’analyser les facteurs
explicatifs de la persistance du chômage des jeunes diplômés de
l’enseignement technique et professionnel dans le district de Bamako.
Cette position est soutenue par une réponse provisoire structurée
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Daouda KASSOGUE, Lamine Boubacar TRAORE & Issa DIALLO
comme suite : le statut socioprofessionnel des parents est le résultat
de la persistance du chômage des jeunes de l’enseignement
technique et professionnel à Bamako.
En outre, il ressort de l’étude que les facteurs explicatifs de la
persistance du chômage des jeunes diplômés de l’enseignement
technique et professionnel dans le district de Bamako s’étendent sur
plusieurs points : la première phase décrit la situation
sociodémographique des chômeurs notamment les informations
relatives à l’âge, le sexe, le diplôme obtenu, la durée du chômage
chez les jeunes diplômés de l’enseignement technique et
professionnel a un effet sur leur accès à l’emploi. Cette étape a
permis de mieux s’imprégner sur l’identité sociodémographique des
jeunes diplômés de l’enseignement technique et professionnel.
La deuxième phase décrit les déterminants du chômage des
jeunes diplômés de l’enseignement technique et professionnel, a
permis de décrire les représentations sociales des enquêtés sur le
chômage, notamment les causes qui sous-entendent le chômage des
jeunes diplômés de l’enseignement technique et professionnel sont
liées aux statuts socioprofessionnels des parents, la failles des
relations sociales, le problème d’adéquation entre la formation et
l’emploi, la méconnaissance des structures en charge d’embauche et
le manque de collaboration entre les structures en charge d’emploi et
les écoles de l’enseignement technique et professionnelle.
En somme, cette étude a permis de confirmer notre hypothèse
et de montrer que le statut socioprofessionnel des parents a une
influence directe sur le chômage des jeunes diplômés de
l’enseignement technique et professionnel dans le district de Bamako.
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