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Introduction à la classification automatique

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Chapitre 8

Classification automatique :
introduction

La classification (clustering) est une méthode mathématique d’analyse de données : pour


faciliter l’étude d’une population d’effectif important (animaux, plantes, malades, gènes, etc...),
on les regroupe en plusieurs classes de telle sorte que les individus d’une même classe soient le
plus semblables possible et que les classes soient le plus distinctes possibles. Pour cela il y a
diverses façons de procéder (qui peuvent conduire à des résultats différents...). Dans ce cours
nous présentons deux algorithmes, un premier appelé classification hierarchique ascendante et
un second appelé méthode des centres mobiles.

8.1 Distances entre individus d’une même population


Pour regrouper les individus qui se ressemblent (et séparer ceux qui ne se ressemblent pas),
il faut un “critère de ressemblance”. Pour cela on examine l’ensemble des informations dont on
dispose concernant les individus (pression artérielle, température, taux de métabolisme, ... par
exemple s’il s’agit de malades) notées (xi , yi , . . .) pour le ième individu, et on imagine que chaque
individu est un point Mi = (xi , yi , zi , . . .) de l’espace. S’il n’y a que deux variables relevées (xi , yi )
on obtient ainsi un nuage Γ de points dans le plan, Γ = {Mi , i = 1, . . . , n} où n est l’effectif
total de la population. La distance euclidienne de deux individus Mi et Mj est par définition
q
d2 (Mi , Mj ) = (xi − xj )2 + (yi − yj )2

Elle est d’autant plus petite que les deux individus sont semblables (du point de vue des valeurs
des deux critères retenus) et d’autant plus grande qu’ils sont différents.
On peut associer à chaque nuage d’individus une matrice D = (dij )0≤i≤n,0≤j≤n = (d2 (Mi , Mj )),
dite matrice des distances. C’est une matrice à n lignes et n colonnes, à coefficients positifs,
symétrique (puisque d2 (Mi , Mj ) = d2 (Mj , Mi )) et nulle sur la diagonale (puisque d2 (Mi , Mi ) =
0). Pour un nuage d’effectif n, il y a donc n(n−1)
2 distances à calculer.
A coté de la distance euclidienne, on peut définir d’autres distances (et donc d’autres matrices
des distances). Par exemple

d1 (Mi , Mj ) = |xi − xj | + |yi − yj |

d∞ (Mi , Mj ) = Max {|xi − xj |, |yi − yj |}

8.2 Ecarts entre classes


Supposons le nuage Γ = {Mi , i = 1, . . . , n} décomposé en plusieurs classes Γ1 , Γ2 , .... , Γk et
notons G1 , G2 , .... , Gk les centres de gravité respectifs de chaque classes et notons p1 , p2 , ... ,

55
56 CHAPITRE 8. CLASSIFICATION AUTOMATIQUE : INTRODUCTION

pk les poids respectifs de chaque classe que l’on définit de la façon suivante : si l’on suppose que
tous les individus ont le même poids égal à n1 , le poids pl de la classe Γl est égal à l’effectif de
Γl divisé par n. De cette façon la somme des poids de toutes les classes vaut 1. Rappelons que
le centre de gravité G d’un nuage de points Γ est le point moyen du nuage, c’est-à-dire le point
P P
G = (x, y, . . .) de coordonnées x = n1 ni=1 xi , y = n1 ni=1 yi , ....
Pour mesurer la proximité ou l’écart entre deux classes Γl et Γm , il existe de nombreuses
façons de procéder. On calcule par exemple la quantité Min {d(Mi , Mj ), Mi ∈ Γm , Mj ∈ Γl }
appelée distance du plus proche voisin ou encore Max {d(Mi , Mj ), Mi ∈ Γm , Mj ∈ Γl } ou sim-
plement la distance des centres de gravité d2 (Gm , Gl ). Mais la mesure que l’on utilise le plus
souvent appelée écart de Ward est définie par :
p m pl
d(Γm , Γl ) := d2 (Gm , Gl )2
pm + p l
où pl et pm sont les poids des deux classes.

8.3 Inertie interclasse et inertie intraclasse


On appelle inertie totale d’un nuage Γ = {Mi , i = 1, . . . , n} la somme pondérée des carrés
des distances de ses points au centre de gravité du nuage. Donc, si G désigne le centre de gravité
de Γ, l’inertie totale de Γ est, si tous les points du nuage sont de même poids égal à n1 ,

1 
I(Γ) = d2 (M1 , G)2 + d2 (M2 , G)2 + . . . + d2 (Mn , G)2 . (8.1)
n
Notons que le centre de gravité est précisément le point G pour laquelle cette somme pondérée
est minimal. L’inertie “mesure” la dispersion du nuage. Si le nuage Γ est composé de k classes
Γ1 , Γ2 , .... , Γk (disjointes deux à deux), celles-ci seront d’autant plus homogènes que les inerties
de chaque classe, I(Γ1 ), I(Γ2 ), .... , I(Γk ), calculées par rapport à leurs centres de gravité G1 ,
G2 , .... , Gk respectifs, sont faibles. La somme de ces inerties est appelée inertie intraclasse :

Iintra = I(Γ1 ) + I(Γ2 ) + . . . + I(Γk )


Les inerties des classes I(Γ1 ), I(Γ2 ), ... sont simplement calculées avec la formule (8.1) ci-dessus
où l’on remplace le centre de gravité G par celui de la classe G1 , G2 , ... et le poids n1 par celui
de la classe.
L’inertie totale d’un nuage n’est généralement pas égale à la somme des inerties des classes
qui le composent, c’est-à-dire à l’inertie intraclasse (sauf dans le cas où les centres de gravité
de toutes les classes sont confondus) car il faut prendre en compte également la dispersion des
classes par rapport au centre de gravité du nuage. Il s’agit de l’inertie interclasse définie par

Iinter = p1 d2 (G1 , G)2 +p2 d2 (G2 , G)2 +. . .+pk d2 (Gk , G)2 , où pj désigne le poids total de la classe Γj .

On montre le résultat suivant appelé décomposition de Huygens :

Théorème 8.1 L’inertie totale d’un nuage de points composé de différentes classes disjointes
deux à deux est la somme de son inertie intraclasse et de son inertie interclasse, c’est-à-dire :

I(Γ) = I(Γ1 ∪ Γ2 ∪ . . . ∪ Γk ) = Iintra + Iinter .

8.4 Classification hiérarchique ascendante


Pour classifier une population d’effectif n dont les individus sont numérotés 1, 2, ..., on
considère cette population comme la réunion de n classes à un seul élément et on regroupe
progressivement les classes deux à deux selon l’algorithme suivant :
8.5. MÉTHODE DES CENTRES MOBILES2 57

1.2

0.8

0.6

0.4

0.2

0
21 25 23 27 22 30 24 26 28 29 1 6 9 5 11 12 20 17 14 15 16 19 13 18 2 3 7 10 4 8

Etape 1 : Calculer la matrice des distances D = (d(Mi , Mj )0≤i≤n,0≤j≤n ou directement la ma-


pi pj
trice des distances de Ward des classes réduites aux points W = ( pi +p j
(d(Mi , Mj )2 )1≤i≤n,1≤j≤n .
Etape 2 : Remplacer les deux individus de distance minimale par une classe (à 2 éléments)
numérotée n + 1, qui sera représentée par le centre de gravité des individus et affectée de la
somme des poids des individus.
Etape 3 : Calculer la perte d’inertie interclasse (ou gain d’inertie intraclasse) dû au regroupe-
ment précédent : il s’agit exactement de l’écart de Ward des deux individus regroupés.
Après ces trois étapes, la population compte alors n − 1 classes (n − 2 classes à un élément
et une à 2 éléments). On peut donc recommencer à l’étape 1 en remplaçant “individus” par
“classes” si nécessaire (et donc “distance entre individus” par “écarts entre classes”). Après
n − 1 itérations, tous les individus sont regroupés en une classe unique.
On construit alors un arbre, appelé dendrogramme (voir dessin ci-dessus) de la façon suivante.
On aligne sur l’axe horizontal des points représentant les différents individus et on les joint
deux à deux, successivement, en suivant cet algorithme de classification hierarchique ascendante
(commençant par les plus proches, etc...). On poursuit ainsi jusqu’à regroupement de tous les
individus en une classe unique. Pour plus de lisibilité, on pourra disposer les individus dans
l’ordre dans lequel les regroupements ont été effectués. Le niveau (hauteur) de chaque noeud de
l’arbre est, le plus souvent, choisi proportionnel à la nouvelle d’inertie intra ; en choisissant le
rapport (inertie intra)/(inertie totale) ce niveau est zéro lorsque tous les individus sont séparés
(en bas) et vaut 1 lorsqu’il sont tous réunis en une seule classe (en haut). En fait, on trace ce
dendrogramme afin de visualiser le niveau où couper cet arbre pour réaliser la meilleure partition
de l’ensemble initial. On peut comprendre qu’il sera optimal de couper le dendrogramme à un
niveau où le regroupement entre classes conduit à une perte d’inertie inter maximale. On peut
vérifier que l’écart de Ward entre deux classes est en fait égal à la perte d’inertie inter (ou le
gain d’inertie intra) que produirait la réunion de ces deux classes en une seule. Le niveau des
noeuds de l’arbre est donc facile à calculer à partir des écarts de Ward entre les classes.

8.5 Méthode des centres mobiles1


Cette méthode s’applique lorsque l’on sait à l’avance combien de classes on veut obtenir.
Appelons k ce nombre. L’algorithme est le suivant :
Etape 0 : Pour initialiser l’algorithme, on tire au hasard k individus appartenant à la population,
C1 (0), C2 (0), ..., Ck (0) : ce sont les k centres initiaux.
Etape 1 : On regroupe les individus autours de ces k centres de sorte à former k classes Γ1 (0),
Γ2 (0), ..., Γk (0) de la manière suivante : chaque classe Γl (0) est constituée des points plus proches
du centre Cl (0) que des autres centres Γm (0) pour m 6= l.
Etape 2 : On calcule alors les centres de gravité G1 , G2 , .... , Gk des k classes obtenues et on
désigne ces points comme nouveaux centres C1 (I) = G1 , C2 (I) = G2 , .... , Ck (I) = Gk
1
Hors programme en 2007/2008
58 CHAPITRE 8. CLASSIFICATION AUTOMATIQUE : INTRODUCTION

On répète les étapes 1 et 2 jusqu’à ce que le découpage en classes obtenu ne soit presque
plus modifié par une itération suplémentaire. On peut montrer que la variance intra classe ne
peut que décroı̂tre lorsque l’on passe d’un découpage en classes au suivant.

8.6 Exercices
Exercice 1 : La succession des quatres dessins suivants correspond aux étapes successives
d’une classification hierarchique ascendantes des cinq points M1 (2, 0), M2 (0, 1), M3 (0, 2),
M4 (3, 4) et M5 (5, 4) progressivement regroupées en classes de deux ou trois points dont les
centres de gravité sont notés G6 , G7 et G8 . On suppose que les cinq points initiaux sont
tous affectés du poids 1. La distance choisie pour cette classification, qui apparait dans les
quatres matrices de distance, est l’écart de Ward.
8.6. EXERCICES 59

1. Compléter le troisième dessin en y plaçant les trois points devant y figurer et indiquer
sur les quatres dessins le nom des points.
2. Compléter les six distances manquantes dans les matrices de distances.
3. Préciser les coordonnées des points G6 , G7 et G8
4. Calculer les coordonnées du centre de gravité G9 des cinq points.
5. Tracer un dendrogramme résumant cette classification.

Exercice 2 : Soient M1 = (1, 0), M2 = (0, 1) et M3 = (3, 1) trois points du plan.

1. Calculer les matrices des distances du nuage formé de ces trois points en utilisant
successivement la distance euclidienne d2 puis les distances d1 et d∞ .
2. On ajoute au nuage précédent les deux points M4 = (4, 2) et M5 = (4, 3). Décrire
les étapes successives d’une classification hiérarchique ascendante en calculant no-
tamment les coordonnées et poids des classes obtenues par regroupement et la perte
d’inertie intraclasse à chaque regroupement.
3. En déduire le dendrogramme. Quelle coupure suggérez-vous ?

Exercice 3 : (Sujet inspiré d’un article de John Hartshorne, paru dans le journal de la “British
Ecological Society”)
Un laboratoire d’écologie étudie les espèces micro-animales (larves, ..) présentes dans les
rivières et les étangs. Il réalise, dans 6 sites de rivière, notés R1, R2, R3, R4, R5 et R6, et 3
sites d’étangs, notés E1, E2 et E3, des prélèvements répétés qui lui permettent d’avancer
une liste des espèces présentes dans chacun de ces sites et de repérer les espèces présentes
dans plusieurs sites à la fois. La matrice suivante contient, pour chaque paire de sites A et
B, le nombre d’espèces communes aux 2 sites. Ainsi on y lit par exemple que 11 espèces
sont présentes au site R1 et qu’il y a 7 espèces présentes à la fois au site R1 et au site R2.

R1 R2 R3 R4 R5 R6 E1 E2 E3
R1 11 7 4 6 6 7 4 4 3
R2 7 15 8 8 9 6 3 3 2
R3 4 8 13 7 7 4 2 3 2
R4 6 8 7 15 7 6 6 8 6
R5 6 9 7 7 12 4 3 5 4
R6 7 6 4 6 4 10 6 5 5
E1 4 3 2 6 3 6 13 10 9
E2 4 3 3 8 5 5 10 15 11
E3 3 2 2 6 4 5 9 11 12

On se propose de regrouper les 9 sites en trois ou quatre classes composées de sites où ce
sont pratiquement les mêmes espèces qui sont présentes. Pour réaliser cette classification,
on propose de mesurer la distance entre deux sites A et B par la formule

nA + nB − 2nAB
d(A, B) =
nA + n B

où nA (resp. nB ) désigne le nombre d’espèces présentes au site A (resp. au site B) et nAB
le nombre d’espèces en commun entre les sites A et B. On obtient la matrice des distances
suivante :
60 CHAPITRE 8. CLASSIFICATION AUTOMATIQUE : INTRODUCTION

R1 R2 R3 R4 R5 R6 E1 E2 E3
R1 0 0, 462 0, 666 0, 538 0, 478 0, 334 0, 666 0, 692 0, 74
R2 0, 462 0 0, 428 ...... 0, 334 0, 52 0, 786 0, 8 0, 852
R3 0, 666 0, 428 ...... ...... 0, 44 0, 652 0, 846 0, 786 0, 84
R4 0, 538 0, 466 ...... 0 0, 482 0, 52 0, 572 0, 466 0, 556
R5 0, 478 0, 334 0, 44 0, 482 0 0, 636 0, 76 0, 63 0, 666
R6 0, 334 0, 52 0, 652 0, 52 0, 636 0 ..... ..... 0, 546
E1 0, 666 0, 786 0, 846 0, 572 0, 76 0, 478 ..... ..... 0, 28
E2 0, 692 0, 8 0, 786 0, 466 0, 63 0, 6 ..... ..... 0, 186
E3 0, 74 0, 852 0, 84 0, 556 0, 666 0, 546 0, 28 0, 186 0
1. Compléter les coefficients manquants de cette matrice.
2. Préciser quels sont les deux sites les plus proches ainsi que les deux sites les plus
éloignés.
3. La classification conduit au dendrogramme représenté ci-dessous. Décrire la compo-
sition des classes de la partition qui vous semble la plus appropriée.

0.8

0.7

0.6

0.5

0.4

0.3

0.2

0.1

0
8 9 7 1 6 2 5 3 4

4. Un autre choix de distance entre les sites aurait-il pu conduire à une partition
différente ? Pourquoi n’a-t-on pas choisi la distance euclidienne ?
Exercice 4 : 1. En choisissant un nuage de trois points alignés sur l’axe des x regroupés
en deux classes, calculer l’inertie totale, l’inertie intraclasse et l’inertie interclasse.
Vérifier le théorème de Huygens dans cet exemple.
2. En considérant cette fois trois points du plan non nécessairement alignés, montrer
le théorème de Huygens (on pourra utiliser le fait que leurs projections sur les deux
axes de coordonnées vérifient le théorème).
Exercice 5 : Soit Γ := {Mi = (xi , yi ), i = 1, . . . , n} un nuage de points du plan, chacun étant
pondéré d’un poids n1 .
1. Quelle formule donne les coordonnées (x, y) du centre de gravité G du nuage en
fonction de xi , yi et n ?
2. En utilisant votre calculette, vérifier sur quelques exemples de nuages la “transitivité”
du centre de gravité, c’est-à-dire le fait que pour calculer les coordonnées de G on
peut, lorsque le nuage est la réunion de deux classes Γ1 et Γ2 , calculer d’abord les
centres de gravité G1 et G2 des deux classes puis calculer le centre de gravité de G1
et G2 affectés de leurs poids respectifs.
Exercice 6 : On considère les 6 points M1 = (−2, 3), M2 = (−2, 1), M3 = (−2, −1), M4 =
(2, −1), M5 = (2, 1) et M6 = (1, 0).
1. En supposant que les deux premiers points M1 et M2 sont les centres initiaux, décrire
par une succession de dessins, l’algorithme des centres mobiles en représentant les
centres, les classes, les nouveaux centres ... jusqu’à stabilisation de l’algorithme. On
calculera au passage si nécessaire les coordonnées des centres.
8.6. EXERCICES 61

2. Recommencer en choisissant différemment les centres initiaux. Obtient-on la même


classification ?
Exercice 7 : Classifier les points du nuage précédent par une classification hiérarchique as-
cendante et représenter le dendrogramme (à noter que lorsqu’on doit regrouper les deux
points les plus proches et qu’il existe deux couples de points satisfaisant cette condition,
on convient de choisir les deux points dont les numéros sont les plus petits).

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