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Représentations au Moyen Âge : Analyse Historique

Formas de la representación en la Edad Media

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Formas de la representación en la Edad Media

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LES REPRÉSENTATIONS AU MOYEN ÂGE : QUELQUES PISTES

DE RÉFLEXION

Claude Gauvard

Éditions de la Sorbonne | « Sociétés & Représentations »

2015/2 N° 40 | pages 277 à 287


ISSN 1262-2966
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Claude Gauvard

Les représentations au Moyen Âge :


quelques pistes de réflexion

Les historiens du Moyen Âge ont avec les « représentations » un long commerce
qui oscille entre la fascination et la méfiance, voire le rejet. Pour comprendre
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cette attitude, il faut remonter jusqu’au xixe siècle, quand l’érudition fait croire
aux savants qu’il est possible d’atteindre la vérité des faits en se fiant au récit des
sources « véritables », celles qui sont exhumées avec les règles de la diploma-
tique. Toute forme de représentation, narration ou image, est considérée avec
suspicion et elle est, dans la plupart des cas, écartée. La fondation de l’École
des chartes, en 1821, suivie par celle de la Revue historique par Gabriel Monod
en 1876 allaient dans ce sens : le document peut et doit être considéré comme
le révélateur des faits et toute la méfiance de l’historien consiste à ne pas se lais-
ser emporter par la rhétorique du texte, en particulier celle des préambules ou
des formules répétitives qui sont considérées comme stéréotypées, donc sans
intérêt. C’est la raison pour laquelle les actes médiévaux ont pu être publiés
en étant amputés d’une partie de leur contenu, celui qui ne portait pas sur des
faits « véritables », par exemple les listes de témoins assistant à une scène ritua-
lisée ou les formules de chancellerie qui viennent clore un acte pour mieux le
justifier. Dans les années 1970, les analyses portent à une attitude inverse, sous
l’effet d’une histoire des mentalités qui est devenue à la mode. La réception de
l’œuvre de Norbert Elias, qui vient d’être traduite, favorise l’analyse des repré-
sentations collectives et le développement d’une histoire des sensibilités appli-
quées au social1. Les médiévistes sont au fait de ce changement en la personne

1. Sur la genèse du concept de « représentation », voir Pierre Monnet, « Représentation(s) », dans Claude
Gauvard et Jean-François Sirinelli (dir.), Le Dictionnaire de l’historien, Paris, PUF, 2015.

Claude Gauvard, « Les représentations au Moyen Âge : quelques pistes de réflexion »,


S. & R., no 40, automne 2015, p. 277-287.
et l’œuvre de Jacques Le Goff qui lance la Nouvelle Histoire2. Le renversement
est de taille : c’est désormais dans le préambule des actes que l’historien peut
saisir la force des représentations collectives ; c’est dans la répétition des sté-
réotypes que peuvent être cernées les valeurs que porte la société. Il peut et
doit aussi s’attaquer à l’imaginaire et prendre en compte l’histoire des images.
Mais cette histoire des mentalités évolue vite car elle est rapidement considé-
rée comme un concept mou aboutissant à des analyses fourre-tout. En 1988,
lors de la deuxième édition de la Nouvelle Histoire, le mot « représentation » a
détrôné celui de « mentalité »3. Autrement dit, l’accent est mis de façon plus
précise sur le contenu culturel du terme « représentation », sur la façon dont
« les groupes disent et construisent pour eux-mêmes et pour les autres le social
en tant justement qu’il se [re]présente comme social4 ». Même reprise sous
cette forme, l’idée de représentation est cependant remise en cause, en même
temps d’ailleurs que se profile la « crise de l’Histoire ». Il existe, semble-t-il, un
278 énorme hiatus entre les discours et les réalités sociales, entre l’objectivité des
structures que, seules, peut atteindre l’historien, et la subjectivité des représen-
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tations dont l’étude ne peut se prétendre scientifique. Certes, en 1989, Roger
Chartier plaide dans les Annales pour une histoire des représentations qui soit
susceptible de penser les identités sociales et l’expression du politique, mais
l’histoire, et en particulier l’histoire médiévale, continue de vaciller sur ses
bases… et à se méfier des représentations5. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Les historiens du Moyen Âge ont depuis longtemps l’habitude de décon-
struire les documents sur lesquels ils appuient leur démonstration. Cette
méthode ne leur est pas propre, mais elle est chez eux une tradition d’analyse
qui leur évite quelques écueils. C’est à ce titre que, par exemple, ils ont pu criti-
quer la vision de l’enfance au Moyen Âge que pouvait donner Jacques Le Goff
conforté par Philippe Ariès. La représentation figurée du Christ comme un
adulte en miniature dans les bras de Marie ne renvoie pas à une indifférence
vis-à-vis de l’enfant ou à un manque d’amour maternel. Elle correspond à la
représentation d’un Dieu qui porte la sagesse dès son enfance comme une
preuve nécessaire de la trilogie divine, Père, Fils et Saint-Esprit. L’amour
maternel et paternel existe bel et bien au Moyen Âge, comme toutes les études

2. Jacques Le Goff et Jacques Revel (dir.), La Nouvelle Histoire, Paris, Retz, 1978.
3. Jacques Le Goff (dir.), La Nouvelle Histoire, éd. abrégée et mise à jour, Bruxelles, Complexe, 1988.
4. Pierre Monnet, « Représentation(s) », art. cité.
5. Joseph Morsel et Christine Ducourtieux, L’Histoire (du Moyen Âge) est un sport de combat… Réflexions
sur les finalités de l’histoire du Moyen Âge destinées à une société dans laquelle même les étudiants d’his-
toire s’interrogent, 2007 ([Link] consulté le 3 septembre
2015).

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sociales l’ont prouvé depuis6. Mais la critique du document est devenue hyper-
critique au point de pouvoir affirmer que les documents ne sont qu’une repré-
sentation et ne reflètent qu’une idéologie portée par le groupe social qui a émis
le document ou qui l’a commandé. Dans ces conditions, l’historien ne pourra
jamais atteindre une autre vérité que partielle : c’est ainsi que la vision des pay-
sans, en particulier dans les textes narratifs ou dans les représentations figurées,
ne disent pas grand-chose de leur groupe social, mais disent le profond mépris
dans lequel ils sont tenus, comme « vils et grossiers7 ». À ce point de négation
du sens des représentations, l’historien peut être tenté d’arrêter là son analyse.
L’art pour l’art conduit ainsi au silence de la plume, si on oublie que l’histoire
est aussi un récit qui charrie la chair et le sang. Il suffit de décrire l’écriture
et le travail de l’historien s’arrêterait là. Ou alors, l’historien peut donner un
sens si fort à l’écriture qu’il la décrit comme instituant le réel. La tentation est
forte quand il s’agit des institutions que le droit permet de codifier. Retenons
seulement, pour notre propos, que la critique aiguë des représentations peut 279
être très utile comme l’ont montré les travaux sur les inventaires d’archives qui
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sont une forme de représentation intermédiaire fossilisant la couche inférieure
des archives manuscrites et créant des objets plus ou moins faux dont l’histo-
rien peut s’emparer à tort8. Mais, globalement, l’analyse qui croit que tout est
représentation peut se révéler stérilisante. Cette tendance est en repli. Elle a eu
l’avantage de mettre l’accent sur la quête des manuscrits, sur leur étude codi-
cologique, et sur l’érudition qui s’en est trouvée « transfigurée9 ». Cette atti-
tude signe par exemple un retour aux cartulaires qui sont étudiés à nouveaux
frais dans leur forme archivistique10. Or le cartulaire, qu’il soit monastique

6. Sur ce débat, voir Didier Lett, L’Enfant des miracles. Enfance et société au Moyen Âge (xiie-xiiie siècle),
Paris, Aubier, 1997.
7. Pierre Boglioni, Robert Delort, Claude Gauvard (dir.), Le petit peuple dans l’Occident médiéval. Termino-
logies, perceptions, réalités, Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, en particulier Joseph Morsel, « Les
“pauvres gens” (arme Leute) en Haute-Allemagne à la fin du Moyen Âge. Ou : une histoire des “petites
gens” a-t-elle un sens ? », p. 153-172.
8. C’est ce que démontre Yann Potin à propos des inventaires du Trésor des chartes, en particulier ceux qui
sont relatifs aux enquêtes de Louis IX, La Mise en archives du Trésor des chartes, thèse de l’École nationale
des chartes, 3 vol., Paris, 2007, dactylographiée (résumée dans Position des Thèses de l’École nationale des
chartes, 2007, p. 173-182) et « Archiver l’enquête ? Avatars archivistiques d’un monument historiogra-
phique : les enquêtes “administratives” de Louis IX (1247-1248) », dans Claude Gauvard (dir.), L’Enquête
au Moyen Âge, Rome, École française de Rome, 2008, p. 241-267.
9. Olivier Guyotjeannin, « L’érudition transfigurée », dans Jean Boutier et Dominique Julia (dir.), Passés
recomposés : champs et chantiers de l’histoire, Paris, Autrement, 1995 ; Olivier Guyotjeannin, Jacques
Pycke et Benoît-Michel Tock, Diplomatique médiévale, 3e éd., Turnhout, Brepols, 2006.
10. En particulier Pierre Chastang, Lire, écrire, transcrire. Le travail des rédacteurs de cartulaires en Bas-
Languedoc (xie-xiiie siècle), Paris, CTHS, 2002.

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ou urbain, est la représentation que le monastère ou la ville veulent donner
d’eux-mêmes. Ils se donnent à voir à travers lui, et cette mise en scène leur
permet effectivement d’exister politiquement11. Ce retour à l’écriture comme
représentation aboutit aussi à sa valorisation culturelle et politique, ou plutôt
politique parce que culturelle. C’est le cas des études récentes sur les préam-
bules royaux où le vocabulaire et les formulations sont disséqués pour montrer
l’origine complexe et multiple des formules qu’ils véhiculent, mais aussi leur
portée idéologique12. Au départ est effectivement le regard qui, à la manière
kantienne, crée le monde. Nul doute que les études récentes sur l’écriture,
d’une part, et sur la façon dont l’écriture modèle l’espace, d’autre part, ont
ouvert de nouvelles pistes de recherche, surtout quand elle est confrontée aux
représentations figurées13. On sait désormais que les communautés urbaines
se sont construites autant par le biais de la rédaction de leurs archives que par
celui, concret et chargé de chiffres et plus généralement de faits, des échanges
280 commerciaux ou des antagonismes politiques. Mais on sait aussi que le désir de
coucher les faits par écrit, de s’inventer un passé et un présent ne sont pas seu-
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lement mus par une sorte de paranoïa politique : ils peuvent être une réponse
à des contraintes bien réelles celles-là, à savoir l’urgence de la guerre qui aiguise
les comptabilités, le développement de pouvoirs concurrents, en particulier
le pouvoir royal ou princier qui oblige les villes à une administration plus
sophistiquée, les transformations de la justice qui multiplient les tribunaux,
etc. Ce peut même être le résultat de contraintes pour une ville que de tenir ses
archives en bon ordre, si on en croit la ville d’Amiens, fortement obligée par
les réformateurs envoyés par le roi à tenir correctement ses archives en ouvrant
un coffre à cet usage14 ! Plutôt que d’instituer la vie sociale et politique, l’écri-
ture répond alors à un besoin, et c’est par un effet dialectique qu’elle incite au

11. Première approche synthétique dans Olivier Guyojeannin, Laurent Morelle et Michel Parisse (dir.),
Les Cartulaires, Paris, École des chartes, 1993. Depuis, des travaux sur les cartulaires urbains sont en
cours et donnent une nouvelle vision des villes du royaume de France : Marie-Ameline Sterlin, « Afin de
memoire ». Cartulaires, cartularisation et gouvernement urbain dans les municipalités du Nord et de l’Est
du royaume de France, xiiie-xve siècle, thèse de doctorat d’histoire sous la direction d’Olivier Guyotjeannin
et Olivier Mattéoni, en cours, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne/École des chartes.
12. Sébastien Barret et Benoît Grévin, Regalis excellentia. Les Préambules des actes des rois de France au
xive siècle (1300-1380), Paris, École des chartes, 2015.

13. Juliette Dumasy-Rabineau, « La vue, la preuve et le droit : les vues figurées de la fin du Moyen Âge »,
Revue historique, n° 668, 2013, p. 805-831 ; Patrick Gautier Dalché, « Les usages militaires de la carte, des
premiers projets de croisade à Machiavel », Revue historique, n° 673, 2015, p. 45-80.
14. Sur ce lien entre réforme et archives développé à propos de l’action d’Aleaume Cachemarée à Amiens
en 1403, alors huissier au Parlement, voir Claude Gauvard, « De grace especial ». Crime, État et Société en
France à la fin du Moyen Âge, 2 vol., Paris, Publications de la Sorbonne, 1991, nouv. éd., 2010, coll. « Les
classiques du Moyen Âge », p. 43.

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durcissement de la communauté. Elle est donc à la fois instituante et instituée.
L’historien ne peut pas se contenter d’une réflexion sur l’écriture, même si
les textes constituent sa source principale. Il n’empêche qu’il doit s’en méfier
au plus haut point, y compris quand il peut sembler évident qu’ils décrivent
soi-disant la réalité. C’est ainsi qu’il a été démontré que les comptes ne sont
pas la représentation de flux réels, mais une représentation culturellement pen-
sée par les commanditaires et par les rédacteurs qui n’hésitent pas à les orner
à leur convenance. Ils peuvent même être dotés d’une mission qui transcende
leur seul aspect comptable, une mission judiciaire, mais aussi mémorielle15.
La société sur laquelle travaillent les médiévistes et les sources qu’ils uti-
lisent les portent effectivement à un esprit critique particulièrement aigu. Pre-
nons un cas concret, celui de l’histoire de la criminalité : rien n’est a priori plus
« réel » que l’histoire d’un crime puisqu’il peut y avoir mort d’homme, vol
d’objets ou atteinte à la personne sous forme d’un viol par exemple. Ce sont
des faits intangibles, recensés, qui peuvent donner lieu à des procès et à des 281
sentences que l’historien peut classer, compter, comparer. Mais à quels récits
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peut-il se fier ? En 1386, a lieu à Paris un duel judiciaire célèbre, qui oppose
Jean de Carrouges à Jacques Le Gris. La femme de Jean Carrouges, chevalier,
accouche d’un enfant pendant la longue absence de son mari parti guerroyer
en Écosse et, pour justifier son état, elle prétend avoir été victime d’un viol
dont Jacques Le Gris, un simple écuyer, serait l’auteur. Celui-ci clame son
innocence, mais personne ne le croit. L’affaire, portée devant le Parlement à
la demande du mari lésé, se termine par un duel judiciaire au cours duquel il
tue Le Gris. La voix de Dieu a parlé et le corps mort du coupable est porté au
gibet à grand déshonneur. Le récit des faits est connu par plusieurs versions,
dont celle que rapporte le chroniqueur de l’abbaye de Saint-Denis, Michel
Pintoin. Il décrit en particulier longuement la scène du viol : se fait-il l’écho
d’un bruit colporté par le Tout-Paris que cette affaire passionne ? Pour l’histo-
rien de la criminalité, sa narration est une aubaine, car les descriptions de viols
sont rares. Encore faut-il ne pas se laisser prendre au piège. Chez Pintoin, ce
viol est transcendé par l’écriture et, comme l’a montré magistralement Bernard

15. Voir les travaux d’Olivier Mattéoni, en particulier « La Chambre des comptes du roi de France et l’affir-
mation de l’État au milieu du xve siècle : le registre KK 889 (Musée AE II 523) des Archives nationales », dans
Corinne Leveleux-Texeira, Anne Rousselet-Pimont, Pierre Bonin et François Garnier (dir.), Le Gouvernement
des communautés politiques à la fin du Moyen Âge (xiiie-xve siècle). Entre puissance et négociation : État,
ville, finances. Actes du colloque en l’honneur d’Albert Rigaudière, Paris, Éditions Panthéon-Assas, 2010,
p. 279-292 ; id., « Codicologie des documents comptables (xiiie-xve siècles). Remarques introductives »,
ComptabilitéS, n° 2, 2011, Approche codicologique des documents comptables du Moyen Âge (http://
[Link]/382, consulté le 3 septembre 2015). Autre exemple par Christine Jehanno, « La
série des comptes de l’Hôtel-Dieu de Paris à la fin du Moyen Âge : aspects codicologiques », ibid.

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Guenée, il prend presque mot pour mot les traits du viol de Lucrèce décrit par
Tite-Live16. Le moine de Saint-Denis suit la version du manuscrit du texte
antique que possédait l’abbaye dans sa bibliothèque et qu’il connaît sans doute
par cœur17. Sa propre culture affleure sous le fait criminel. La procédure, un
duel judiciaire, l’issue de l’affaire, la mort du coupable, justifient sans doute
cette métamorphose à ses yeux pour mieux marquer la solennité du sujet et
susciter l’intérêt de ses lecteurs. Son récit risque cependant d’induire l’histo-
rien de la criminalité dans l’erreur : le texte ne renseigne guère sur l’histoire du
crime proprement dit, son intérêt est ailleurs, dans une histoire des représen-
tations qui est ici une histoire socioculturelle.
Si nous poursuivons les exemples de représentations du crime, nous pou-
vons affirmer que toutes les sources judiciaires ont besoin d’être décodées.
Les lettres de rémission qui sont accordées par le roi de France et rédigées à la
Chancellerie à la suite d’une requête ne disent pas exactement les faits. Elles
282 répondent globalement à des exigences politiques qui justifient l’existence du
pardon royal et à un discours de circonstance émis par le coupable ou par ses
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amis qui attendent de cette présentation les effets de la grâce. Conservées à
partir de 1304, les lettres de rémission ont un contenu formel qui s’est rapi-
dement mis en place. Il a pour but de montrer la puissance du souverain en
matière judiciaire. Le roi restitue le coupable à « sa fama, au païs et a ses biens
non confisquez », selon une formule qui correspond à l’affirmation que les
juristes médiévaux, romanistes et canonistes, utilisent pour justifier le pou-
voir de l’empereur et du pape quand ils glosent le Digeste18. Le roi n’est-il
pas ainsi devenu, par l’écriture et de façon quasi officielle, « empereur en son
royaume » ? Son pouvoir ne s’arrête pas là, puisqu’il est aussi sur terre l’ex-
pression de la miséricorde divine, celui qui gracie en « preferant misericorde
a rigueur de justice », en particulier les jours de grandes fêtes religieuses, telle

16. Bernard Guenée, « Comment le religieux de Saint-Denis a-t-il écrit l’Histoire ? L’exemple du duel de
Jean de Carrouges et Jacques Le Gris (1386) », dans Monique Ornato et Nicole Pons (dir.), Pratiques de la
culture écrite en France au xve siècle, Louvain-la-Neuve/Paris, Brepols, 1995, p. 331-343. Pour l’ensemble
du récit, voir Eric Jager, The Last Duel: A True Story of Crime, Scandal and Trial by Combat in Medieval
France, New York, Broadway Books, 2004. Pour le récit proprement dit, voir Louis Bellaguet (éd.), Chro-
nique du Religieux de Saint-Denys, nouv. éd. t. 1, Paris, 1994, p. 463-467.
17. Tite-Live, Historie romaine, Livre I, chap. LVIII ; le manuscrit de Saint-Denis est l’actuel BnF, ms lat. 5736.
18. Corinne Leveleux-Texeira, « Fama et mémoire de la peine dans la doctrine romano-canonique (xiiie-
xve siècle) », dans Jacqueline Hoareau et Pascal Teixier (dir.), La Peine : discours, pratiques, représentations,
Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2005, p. 45-61. Sur l’emploi de cette formule dans les lettres
de rémission, voir mes deux contributions aux Vecteurs de l’Idéel, I et II, Patrick Boucheron et Jean-Philippe
Genet (dir.), à paraître aux Publications de la Sorbonne en 2015.

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Pâques19. Cette mise en scène doit donc être décodée pour être interprétée
comme un acte politique. Quant aux coupables et à leurs amis, ils se pré-
sentent volontairement comme des requérants. Ils se disent « pauvres »,
« chargés d’enfants », rendus misérables par la prison ou la torture, par l’exil
auquel leur fuite les a contraints après le crime, autant de postures qui les
rangent dans la catégorie des pénitents effectuant leur operosa probatio face
à un souverain qui est un quasi clerc. Inutile de chercher l’adéquation entre
le statut social et ces déclarations. Nombreux sont les requérants « pauvres »
qui possèdent des biens et sont confortablement insérés dans des réseaux de
sociabilité. Ils ont d’ailleurs les moyens de payer la lettre de rémission et de se
présenter finalement comme de bons sujets, se référant à un lieu d’habitation
dans l’espace du royaume, mariés, possédant un métier, etc. La représentation
a ici pour fonction de prouver leur sujétion au souverain : elle fait partie de ce
qu’on peut appeler un dialogue – certes inégal, mais un dialogue que porte la
requête – entre le roi et ses sujets. Le don de la grâce vient le conforter et lui 283
instiller cette dose d’amour sans laquelle la contrainte judiciaire serait insup-
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portable. Enfin, le discours de la lettre de rémission est d’autant plus complexe
qu’il doit prendre en compte la partie lésée. Le texte le dit clairement : « satis-
faccion civile faite a partie tant seulement ». Cette clause suppose qu’un autre
dialogue a été enclenché, celui du dédommagement entre les deux familles.
Le plus souvent, l’accord a précédé la demande de rémission et on peut aller
jusqu’à penser que les termes de la requête tiennent compte de cet accord. En
effet, pour être entérinée, la lettre doit in fine être acceptée par la justice du
lieu où a été commis le crime, en présence de la partie adverse. Si cette dernière
conteste le contenu et que l’entérinement a quand même lieu, elle peut faire
appel au Parlement pour qu’elle soit déclarée « incivile, subreptice, obreptice
et desraisonnable », sans préjuger de la sentence finale. Ces cas constituent,
selon les années, entre 4 et 9 % des affaires traitées au Parlement criminel. Ce
n’est pas négligeable, mais par rapport au nombre de lettres scellées annuel-
lement par la Chancellerie (environ 200), on peut en déduire que la majorité
d’entre elles sont conformes. Cette conformité prouve certainement la force
de l’accord entre les parties qui a précédé la requête, mais elle n’exclut pas

19. Sur ces différents points, je me permets de renvoyer à Claude Gauvard, « De grace especial », op. cit.
et, plus récemment, « Le roi de France et le gouvernement par la grâce à la fin du Moyen Âge : genèse et
développement d’une politique judiciaire », dans Hélène Millet (dir.), Suppliques et requêtes : le gouver-
nement par la grâce en Occident xiie-xve siècle, Rome, École française de Rome, 2003, p. 371-404. Pour
une période postérieure, voir Michel Nassiet et Aude Musin, « L’exercice de la rémission et la construction
étatique (France, Pays-Bas), Revue historique, n° 314, 2012, p. 1-26.

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une vision faussée du récit, avec la complicité des deux parties, même si les
traits de la victime ne sont pas à son avantage et si le coupable plaide plutôt la
légitime défense.
Que retenir alors de ce type de document si le rapport à la vérité n’est pas
assuré et si seul subsiste le type de crime ? Et encore ! Il est tout à fait possible
que le montant d’un vol soit faussé, bien entendu avec l’accord monnayé des
parents de la victime, et qu’un meurtre avec préméditation soit maquillé en
crime d’honneur, là encore avec l’assentiment du parti de la victime. En fait,
le récit raconte moins la vérité que le vraisemblable et il permet à l’historien,
justement, d’analyser le contenu des représentations que donnent à voir ces
hommes et ces femmes de la fin du Moyen Âge. À condition de recadrer les
documents judiciaires sur cette focale, ils deviennent essentiels pour l’histo-
rien. Cela ne signifie pas de ne pas compter les crimes recensés dans les docu-
ments ou de ne pas en définir la typologie, par exemple la différence entre
284 l’homicide et le meurtre. L’histoire de ces représentations est à la fois anthro-
pologique et sociologique. C’est ainsi qu’en suivant les comportements mis
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en valeur dans le récit de crime, on peut en déduire que la société médiévale
des xive et xve siècles est une société à honneur et que cette caractéristique
n’est pas propre aux élites. Elle concerne les populations les plus ordinaires,
dans les villages comme dans les grandes villes, y compris Paris. Les historiens
de l’époque moderne, à partir des mêmes séries de documents arrivent à des
conclusions identiques et les dernières rencontres sur la façon dont la ven-
geance a subsisté en Europe montrent la permanence de la riposte d’honneur
jusqu’au xviiie siècle, et sans doute au-delà20.
Cette affirmation ne repose pas sur une surinterprétation, voire sur une
interprétation erronée. Elle découle d’une analyse rigoureuse des paroles et
des gestes des participants qui précèdent le crime, qui sont émis pendant le
crime, puis qui le suivent. Dans le cas des crimes remis, qui sont en majorité
des crimes d’honneur parce que toute la société, y compris le roi, loue la vio-
lence qui lave l’offense, l’altercation se déroule le plus souvent en commençant
par une injure. « Fils de putain » jeté à la figure de l’adversaire crée une situa-
tion qui implique immédiatement le démenti : « Tu as menti par ta sanglante
gorge ». C’est le défi lancé comme pour la guerre en milieu nobiliaire. Le
petit couteau à trancher le pain ou une arme de fortune sert alors à blesser

20. Voir les travaux de Michel Nassiet, en particulier « L’honneur au xvie siècle : un capital collectif » dans
Hervé Drévillon et Diego Venturino (dir.), Penser et vivre l’honneur au xvie siècle, Rennes, Presses univer-
sitaires de Rennes, 2011, p. 71-90, ainsi que Claude Gauvard et Andrea Zorzi (dir.), La Vengeance en
Europe, xiie-xviiie siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 2015.

Claude Gauvard, « Les représentations au Moyen Âge : quelques pistes de réflexion »,


S. & R., no 40, automne 2015, p. 277-287.
et éventuellement à tuer l’adversaire. S’ensuit le plus souvent la fuite du cou-
pable, qui signe ainsi son acte aux yeux de tous. D’ailleurs, toute la scène s’est
passée en public, car seule cette publicité qu’assurent la rue, le choix du jour, de
préférence un jour de marché, la présence de gens de connaissance, permet de
réparer l’honneur blessé. D’où la demande de rémission. Mais sommes-nous
encore, avec cette déconstruction du récit, dans le monde des représentations
ou avons-nous atteint celui, bien réel, qui permet de compter les coupables et
les victimes et, plus généralement de comprendre comment fonctionnent les
rapports sociaux ? Incontestablement, l’attention portée aux représentations
conduit à définir les valeurs de la société concernée et à atteindre des realia.
Mais dans le cas de la société médiévale, l’effort n’est pas si difficile. Le réel et
sa représentation y sont le plus souvent confondus.
On vient de le voir : l’être de ces individus n’est que ce qu’il paraît aux
yeux des autres. Être et paraître sont intimement confondus. Si l’homme atta-
qué dans son honneur ne riposte pas, il risque de voir sa mère, sa femme ou 285
sa sœur être considérée comme une « putain ». Les récits de crime le disent
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très clairement pour justifier l’acte du coupable. Cet honneur réparé fait partie
de l’argumentaire de la rémission. Ce n’est pas une faiblesse dans le raisonne-
ment, au contraire. C’est dire que ce qui s’est joué sur la scène du crime était
un enjeu fondamental, en ce sens qu’il remettait en cause l’intégralité de la per-
sonne concernée. Mais cet honneur ne se lit que sur les yeux des autres. Ils le
portent et en sont les garants et c’est pour cela que la scène de réparation doit
se passer en public. Dans ces conditions, il existe une adéquation parfaite entre
la représentation et le réel. En 1991, dans sa réponse à Roger Chartier, Carlo
Ginzburg mettait l’accent sur le lien étroit qu’avaient, au Moyen Âge, l’image
et son objet21. À propos de la statue de sainte Foy, à Conques, il montrait que,
pour les fidèles contemporains de Bernard d’Angers, au xie siècle, l’image de
la sainte était la sainte elle-même et que l’écolâtre d’Angers, d’abord incrédule,
avait fini par adhérer pleinement à cette idée comme le prouve sa rédaction
des deux premiers livres du Liber miraculorum sanctae Fidis. Ginzburg repre-
nait aussi dans cet article l’idée, déjà développée par Chartier, que l’effigie et
le mannequin des cortèges royaux étaient le corps du roi trônant sur un cer-
cueil vide, justement parce qu’il y avait adéquation entre la fiction de la repré-
sentation et la réalité du corps. L’étude des rituels judiciaires montre que ce

21. Carlo Ginzburg, « Représentation : le mot, l’idée, la chose », Annales ESC, 1991, p. 1219-1234. Voir
aussi, à propos de la confusion entre sainte Foy et son image : Jean-Claude Schmitt, « Liberté et normes
des images occidentales », dans id., Le Corps des images. Essais sur la culture visuelle au Moyen Âge, Paris,
Gallimard, coll. « Le temps des images », 2002, p. 135-164.

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mimétisme n’est pas réservé à l’exercice de la royauté et qu’il peut concerner les
populations les plus ordinaires. Dans les cérémonies de restitution d’honneur
– l’honneur étant pris au double sens de renommée et de richesse en biens pos-
sédés, fonciers ou juridictionnels – un mannequin peut remplacer le cadavre
ou l’absence de cadavre si un homme a été, par exemple, injustement pendu.
La scène se déroule quand un juge laïc a condamné à mort un clerc ou quand
une juridiction concurrente s’est emparée à tort des droits de justice d’une sei-
gneurie rivale. Le mannequin figure l’homme restitué et celui qui l’a indûment
pendu doit réparer son erreur en tenue d’amende honorable et l’embrasser
sur la bouche avant d’ordonner son ensevelissement en terre chrétienne. Ce
baiser est un flux de vie, c’est aussi la preuve que la représentation est réelle
ou est devenue telle, au moins le temps de la cérémonie22. Ces scènes ont été
longtemps taxées d’archaïques : elles témoignent en fait de croyances qui sont
autant de conceptions du monde qui voient le réel dans la représentation du
286 réel. Les rituels n’auraient pas la même force si cette croyance ne soutenait pas
leur déroulement. Dans certains cas, lors de conflits de juridiction, le manne-
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quin joue à plein son rôle de restitution de l’honneur blessé. C’est le cas, par
exemple, à Paris, dans la très savante abbaye de Sainte-Geneviève qui consigne
soigneusement les scènes de « ressaisine » au cours desquelles ses droits bafoués
sont reconnus de façon éclatante, en général par le prévôt de Paris qui les a
usurpés. Ainsi, en 1263, l’abbaye est ressaisie « d’un sac plain de fuerre (paille)
et d’un chaperon » qui sont rendus à l’abbaye après la pendaison d’un larron
qui avait été pris en sa terre de Monthléry et pendu par le prévôt de Paris. Il
peut aussi s’agir d’une figure ou « vout » en paille, à laquelle donnent forme
une chemise et un chaperon, le tout étant porté aux hommes de l’abbaye par
les sergents du roi, sur une charrette. Il arrive même que l’abbaye fasse traîner
et pendre ce mannequin de paille à ses propres fourches, à Vanves, pour effacer
l’exécution précédente, bien réelle, mais injuste23. Dans d’autres occasions, ce

22. Ces mannequins n’ont pas encore fait l’objet d’une étude synthétique. J’en donne une approche à
travers les archives du Parlement aux xive et xve siècles, dans « Pendre et dépendre à la fin du Moyen Âge :
les exigences d’un rituel judiciaire », Histoire de la justice, 4, 1991, p. 5-25, repris dans Violence et ordre
public au Moyen Âge, Paris, Picard, 2005, p. 66-78. Mais la pratique est répandue et fréquente, par
exemple à Corbie en 1255 où les habitants de la ville sont condamnés à rapporter une figure habillée en
femme à la maladrerie car ils l’avaient ensevelie après sa mort due à la lèpre, alors que ce droit apparte-
nait à l’abbé de Corbie, Dom Grenier, Histoire de la ville et du comté de Corbie, Amiens, 1910, p. 397. Je
remercie Christian de Mérindol pour cette référence.
23. Ces cas sont recensés et partiellement édités par Louis Tanon, Histoire des justices des anciennes
églises et communautés monastiques de Paris, suivie des registres inédits de Saint-Maur-des-Fossés,
Sainte-Geneviève, Saint-Germain-des-Prés, et du registre de Saint-Martin-des-Champs, Paris, 1883. Sur
leur interprétation comme actes de « ressaisine » dans le cadre des conflits de juridiction, voir Claude

Claude Gauvard, « Les représentations au Moyen Âge : quelques pistes de réflexion »,


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peut être un simple gant, une clé, une branche d’arbre, autant d’objets qui
représentent ce qui a été détruit. Représenter veut dire ici « être ». Le réel se
joue alors dans la représentation.
L’étude du Moyen Âge suppose d’avoir toujours présent à l’esprit cette
conformité entre le réel et la représentation. L’adéquation connaît bien sûr des
degrés et il ne faudrait pas croire que la société médiévale ne sait pas prendre
de la distance vis-à-vis du réel et de ses représentations. L’humour dans les
marges des manuscrits les plus sérieux, la déformation des images jusqu’aux
plus grands excès pour alimenter la propagande, par exemple dans le cas des
figures du supplice de Brunehaut représentée, à la fin du Moyen Âge, dépoi-
traillée et lubrique comme un symbole de la tyrannie – féminine de surcroît –,
témoignent d’une certaine distance vis-à-vis des sujets traités. La question
qui se pose alors est la suivante : ces hommes et ces femmes croient-ils à ces
représentations qui ne sont à nos yeux que des subterfuges ? Croient-ils, par
exemple, que celui qui prête un serment purgatoire, aidé en cela par un certain 287
nombre co-jureurs qui apparaissent comme autant de complices de son acte,
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est réellement innocent ? On sait ce que l’ordalie, encore de nos jours quand
elle est pratiquée, doit à la complicité de ceux qui l’organisent et à la pression
de l’assistance qui veut innocenter ou au contraire accabler l’une des parties. Il
est bien possible que cette adéquation entre le réel et la représentation ne relève
pas seulement de la croyance, mais aussi de la volonté tacite du vivre ensemble,
de croire pour mieux préserver ou établir la paix entre les parties. Dans ces
conditions, la représentation au Moyen Âge n’est pas seulement un moyen de
penser le monde, mais de le construire.

Gauvard, « Conflits de juridiction et rituels de ressaisine à Paris au début du xive siècle : l’exemple de l’ab-
baye de Sainte-Geneviève », dans Laurent Jégou, Sylvie Joye, Thomas Lienhard et Jens Schneider (dir.),
Faire lien. Aristocratie, réseaux et échanges compétitifs, Mélanges en l’honneur de Régine Le Jan, Paris,
Publications de la Sorbonne, 2015, p. 381-392.

Claude Gauvard, « Les représentations au Moyen Âge : quelques pistes de réflexion »,


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