Déterminants de l’inclusion financière
En mesurant l’inclusion financière à travers l’accès à un compte, à l’épargne et au crédit, Fungacova et
Weill (2016) étudient les déterminants de l’inclusion financière sur une douzaine de pays en Asie. Ils
trouvent que malgré que le produit réel ait un impact significatif sur la détention de compte, l’inclusion
financière en Asie est majoritairement influencée par les caractéristiques individuelles notamment le
sexe, l’âge, le niveau d’éducation et le revenu. Ngo (2019) trouve également que le produit par tête n’a
pas d’effet significatif sur l’inclusion en Asie. Les résultats de Ngo (2019) indiquent que la détention de la
téléphonie mobile a une influence positive et significative sur l’inclusion financière mais que les individus
au chômage ou vivant en milieu rural ont moins de chance d’être financièrement inclus en Asie. Le et al
(2019) par contre trouvent que la croissance économique a un impact significatif sur l’inclusion
financière. Ils indiquent également l’effet positif de l’éducation financière et l’effet négatif du chômage
sur l’inclusion financière.
De leur côté, Zins et weill (2016) utilisent la base de données Global Findex de la Banque mondiale pour
examiner les déterminants de l’inclusion financière en Afrique. Leurs résultats indiquent que les plus
âgés, les plus riches, les hommes et les plus éduqués ont plus de chance d’être inclus financièrement
comparativement aux autres. Kombo (2021) va dans le même sens lorsqu’il étudie le cas du Congo. A
travers un modèle logistique, ses résultats indiquent la contribution positive du niveau d’éducation et du
revenu pour l’inclusion financière. Les résultats de Kombo (2021) indiquent également qu’avoir un
compte mobile money et être un homme augmentent les chances d’être inclus financièrement.
En menant une analyse comparative de l’inclusion financière au sein d’une trentaine de pays de
l’Afrique subsaharienne, Asuming et al (2018) insistent sur les déterminants macroéconomiques de
l’inclusion financière en Afrique. En effet, en usant des données du Global Findex, du World
Development Indicators (WDI) et du « Heritage Foundation », Asuming et al (2018) indiquent qu’au- delà
des caractéristiques microéconomiques, ce sont les facteurs macroéconomiques tels que la croissance
économique, le nombre de guichets automatiques, le nombre d’institutions financière ou encore le
climat des affaires qui sont les réels moteurs de l’inclusion financière au sein des pays de l’Afrique
subsaharienne. Oumarou et Celestin (2021) confirment ces résultats lors de leur étude pour les pays de
l’Union Economique et Monétaire Ouest Africain (UEMOA). Oumarou et Celestin (2021) utilisent un
panel pour étudier les déterminants de l’inclusion financière au sein des pays de l’UEMOA. Leurs
résultats indiquent le rôle positif du produit réel par tête, de la pénétration de la téléphonie mobile et
du taux d’alphabétisation sur le niveau d’inclusion financière au sein des pays de l’UEMOA. Par contre, le
poids de la population rurale et le refinancement interbancaire freinent l’inclusion financière. Oumarou
et Celestin (2021) relèvent aussi le rôle positif clé que pourrait jouer le financement du secteur agricole
dans une dynamique d’inclusion financière au sein des pays de l’UEMOA.
Cette section a permis d’entrevoir les principaux déterminants de la finance digitale et de l’inclusion
financière. En premier, il en ressort une réelle similarité entre les principaux déterminants de ces deux
concepts. En second, on entrevoit facilement certaines des mesures de la finance digitale comme
déterminants de l’inclusion financière. La section suivante se questionne alors sur la contribution de la
finance digitale à l’inclusion financière. Elle tente d’apporter des éléments de réponses au vu de la
littérature récente traitant du sujet.
3. FINANCE DIGITALE COMME MOTEUR DE L’INCLUSION FINANCIÈRE
D’abord, cette section présentera les différents résultats auxquels ont abouti les études récentes du
point de vue des ménages et des firmes. Ensuite, elle poursuivra à travers l’optique des fournisseurs des
services financiers.
Du point de vue des ménages et des firmes
En étudiant le rôle de la digitalisation financière pour l’inclusion financière, Rauniyar et al (2021)
trouvent que l’utilisation des technologies permet de fournir des services financiers aux populations
exclues du système financier formel. En effet, la digitalisation financière permettrait aux populations
enclavées de réaliser des paiements, d’envoyer et de recevoir des fonds, et ainsi, d’avoir accès à des
services de crédit et d’épargne (Rauniyar et al, 2021 ; Kanungo et Gupta, 2021. Yue et al, 2022). En
étudiant les opportunités permises par les nouvelles technologies de l’information et de la
communication, Bansal (2014) trouve également que la digitalisation financière permet d’accroître
l’offre des services financiers au sein des milieux ruraux en Inde. Senou et al (2019) aboutissent aux
mêmes résultats pour l’UEMOA. En effet, en utilisant la méthode des moments généralisés, ils trouvent
que l’utilisation de la téléphonie mobile et de l’internet contribuent à accroître l’inclusion financière.
De leur côté, Shen et al (2019) utilisent la méthode des moindres carrés partiels pour analyser les
canaux par lesquels l’inclusion financière peut-être améliorée en Chine. Leurs résultats suggèrent une
forte contribution de la digitalisation financière pour l’inclusion financière en Chine. L’utilisation de
l’internet dans l’offre des services financiers permettrait d’accélérer l’accès des populations aux services
financiers. Toutefois, Shen et al (2019) relèvent une contribution positive de la digitalisation sur
l’inclusion financière seulement si le niveau d’éducation des populations est élevé. En effet, si les
populations ont une faible éducation financière, la digitalisation financière n’aurait qu’un faible effet sur
l’inclusion financière. Rauniyar et al (2021) soulèvent aussi l’éducation comme un possible frein à
l’inclusion financière à travers la digitalisation financière. Ainsi, dans un tel contexte de faible
alphabétisation, la digitalisation financière ne constituerait pas une réelle plateforme pour booster
l’accès aux services financiers aux seins des populations vulnérables. De plus, Rauniya et al (2021)
indiquent que les services numériques seraient plus accessibles aux personnes à hauts revenus qu’aux
personnes à revenus faibles. Dans un tel contexte, la finance digitale exclurait de fait les populations
n’ayant pas accès aux services numériques. Ainsi, en cas d’absence des conditions préalables de base
telles que la téléphonie mobile ou la connectivité internet, la digitalisation financière n’aurait pas un réel
impact sur les populations marginalisées du système financier formel.
Aussi, les résultats de Yue et al (2022) et de Bollaert et al (2021) montrent que même si la finance
digitale accélère la participation des ménages et des firmes au marché de crédit, elle constitue un
véritable risque pour eux. Les firmes et les ménages pourraient rentrer dans un cercle vicieux
d’endettement. De plus le manque de confiance des agents économiques vis-à- vis des nouvelles
technologies peut contraindre la propagation de la finance digitale et par ricochet son effet sur
l’inclusion financière (Rauniyar et al, 2021). En effet, l’utilisation des nouvelles technologies de
l’information et de la communication dans l’offre des services financiers s’accompagne de nouveaux
problèmes de confidentialité et de sécurité des données (Mhlanga, 2020).
Du point de vue des institutions financières
En utilisant un modèle logistique binaire, Rauniyar et Gupta (2021) indiquent que la digitalisation
financière renforce la performance des institutions financières en leur permettant de réaliser plus
efficacement leurs opérations. Elle leur permettrait de réduire les coûts, de réduire la paperasse et le
nombre d’agences financières nécessaires pour fournir des services financiers (Ozili, 2018). Mhlanga
(2020) va dans le même sens en relevant le rôle décisif que pourrait jouer la digitalisation financière
dans la gestion des risques par les institutions financières. L’utilisation de ces nouvelles technologies
financières permettrait de réduire les problèmes d’asymétrie d’information et d’améliorer la détection
de fraude (Kshetri, 2021). Dans ce sens, en renforçant la performance des banques la digitalisation
financière contribuerait à accroître l’inclusion financière. En effet, les résultats de Sodokin et al (2022)
montrent que la stabilité du système financier permet de renforcer la confiance des agents vis-à-vis des
institutions financières. Ceci encouragerait les institutions financières à fournir de nouveaux produits et
services financiers à de nouvelles tranches de population. Toutefois, Ozili (2018) indique qu’en raison
des stratégies de profit, les institutions financières opèrent une discrimination au profit des zones
urbaines et non des populations enclavées.
Cette section a ainsi permis de faire transparaître un certain consensus quant au potentiel que pourrait
avoir la finance digitale dans l’optique d’améliorer l’accès des agents économiques aux services
financiers. Toutefois, la littérature relève les différents risques liés à ces nouvelles technologies
notamment en termes de sécurité. De surcroît elle insiste sur des conditions préalables pour une réelle
contribution de la finance digitale à l’inclusion financière notamment
au sein des populations marginalisées. A travers les données de la Banque mondiale, la section suivante
essaie de voir dans quelle mesure les tendances globales de la finance digitale et de l’inclusion financière
évoluent ensemble sur cette dernière décennie.