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Comportement hydromécanique des fractures granitiques

dsd

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Comportement hydromécanique des fractures granitiques

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Comportement

hydromécanique
des fractures naturelles
en milieu granitique

Kun SU
Résumé
Cette communication présente les résultats des essais
hydromécaniques réalisés sur des fractures naturelles
Groupement d'intérêt public d'un granite. Un dispositif spécifique est présenté,
pour l'étude des Structures permettant d'effectuer dans une cellule triaxiale des
souterraines de stockage essais de cisaillement et de compression sur une fracture
(G1P-G.3S) colmatée ou non. Sur plusieurs fractures naturelles, les
École polytechnique, essais mécaniques avec différents chargements sont
91128 Palaiseau Cedex effectués. Ils sont accompagnés des tests hydrauliques au
gaz ou à l'eau. Ainsi, on obtient les propriétés
mécaniques et hydrauliques des fractures de même que
les paramètres de couplages. Le comportement
mécanique des fractures colmatées du granite est plutôt
linéaire tant que les fractures sont fermées. La
perméabilité hydraulique initiale des fractures colmatées
est du même ordre de grandeur que celle du granite sans
fracture (10-20m2). Les propriétés hydrauliques changent
significativement lorsque la résistance au cisaillement est
atteinte. L'ouverture hydraulique à l'eau est de l'ordre de
10 µm une fois la fracture rompue par le cisaillement. On
constate que la perméabilité à l'eau des fractures est cinq
fois moins élevée que celle au gaz.

Hydromechanical behaviour
ofnatural fractures
inagraniteformation
Abstract

This paper is devoted to the exprimental study of


hydromechanical coupled behaviour of natural fractures. A new
experimental set up is presented allowing to perform shear and
compression test on closed or open discontinuities. The are
submitted to different mechanical loadings accompanied
hydraulic tests using gaz or water at different stress levels. Both
mechanical and hydraulic properties of discontinuities as well as
coupled parameters are obtained. It is found that closed
fractures of granite have a linear mechanical behavior before
their failure. The initial hydraulic permeability of these fractures
is of the same order as that of granite without fracture (10-20m2).
Significant change in permeability beyond shear strenght is
observed. Hydraulic aperture to water calculated using a cubic
law is about 10µm after failure of natural fractures. Furthemore
permeability to water is five times less then that to gaz.

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REVUEFRANÇAISEDEGÉOTECHNIQUE
N°84
3e trimestre1998
1 Il est à noter que les études présentées dans les réfé­
rences sont en général réalisées sur des fractures rom­
Introduction pues ou préalablement créées par des essais de trac­
tion (essai Brésilien, par exemple).
Les formations cristallines figurent parmi les Objet de l'étude : Nos études portent sur le com­
milieux géologiques étudiés dans nombreux pays pour portement des discontinuités naturelles colmatées à
le stockage de déchets radioactifs. Comme c'est sou­ l'état initial. Ces fractures ont été prélevées à partir de
vent le cas des massifs cristallins, cette formation géo­ sondages dans le granite. Elles présentent une très
logique est caractérisée par des discontinuités essen­ faible porosité. Un dispositif spécifique a été développé
tiellement colmatées à différentes échelles. et permet d'effectuer des essais de cisaillement et de
Il convient de noter que dans la suite le terme «frac­ compression sur des fractures naturelles. Après une
ture » est utilisé pour les discontinuités marquées, présentation succincte du dispositif, les résultats expé­
visibles, avec ou sans remplissage. Ces discontinuités rimentaux sont présentés et analysés. Les couplages
sont étudiées du fait de leur incidence sur l'étanchéité hydromécaniques et la différence entre la perméabilité
du milieu géologique, car la matrice granitique a une au gaz et à l'eau mise en évidence permettent de carac­
résistance élevée et une très faible perméabilité. Ces pro­ tériser le comportement hydromécanique des fractures.
priétés sont-elles susceptibles d'être altérées par suite de
sollicitations mécaniques et thermomécaniques ? Cette 2
question constitue l'objet de l'étude présentée.
Revue bilbiographique : La rugosité des épontes Dispositif expérimental
est une caractéristique importante des fractures. De
nombreux auteurs (Gentier et al., 1990; Belem et al., L'étude expérimentale du comportement méca­
1993; Hakami et Barton, 1990; Schimittebuhl et al., nique de la fracture se fait, en général, à partir d'une
1988) ont étudié la morphologie des épontes des frac­ machine de cisaillement. Ce type d'essais peut être réa­
tures. Diverses techniques de caractérisation de la lisé sur des discontinuités orientées dans la direction
rugosité ont été employées, parmi lesquelles le vario- de l'application du cisaillement. Or, dans notre cas, les
gramme et la densité spectrale de puissance consti­ discontinuités sont verticales ou sub-verticales et on
tuent les techniques les plus utilisées. Une différence dispose des échantillons cylindriques issus des son­
entre les valeurs de la dimension fractale, calculées à dages dont le diamètre n'excède pas 90 mm. C'est pour­
partir de ces deux méthodes, a été remarquée par quoi, nous avons été amenés à concevoir un autre type
Huang ét al. (1991), Belem et al. (1993). La simulation de d'essai de cisaillement compatible avec les échantillons
l'écoulement à partir d'images numériques a été étu­ disponibles et l'orientation des fractures. Cet essai
diée par plusieurs auteurs (Mourzenko et al., 1995; devait en plus permettre d'imposer des sollicitations
Amadei et al., 1994; Brown et al., 1987). Mourzenko a thermo-hydromécaniques, ce qui n'est pas en principe
réalisé des calculs en 3D afin de modéliser l'écoulement le cas des essais de cisaillement traditionnels. Nous
dans une fracture grâce à l'équation de Stokes. L'auteur avons développé une nouvelle méthode pour procéder
précise que la différence de débit entre le résultat d'un à l'essai de cisaillement dans une cellule triaxiale équi­
modèle en 2D et celui en 3D est très grande. Par pée de circuits hydrauliques et de température, en y
ailleurs, Didry et Su (1997) ont modélisé les interactions apportant certaines modifications. La figure 1 illustre le
thermo-hydromécaniques d'une fracture isolée dans un principe du dispositif mis au point.
milieu continu régi par un comportement thermo-élas­ L'éprouvette se présente sous une forme cylin­
tique. Cette étude a permis de hiérarchiser l'importance drique. Une fracture naturelle (ou créée préalablement
des différents couplages intervenants. à l'essai) traverse l'axe de l'éprouvette. On ôte 5 mm à
L'étude expérimentale des fractures a également fait l'une des deux extrémités de chaque moitié de l'éprou­
l'objet de nombreux travaux scientifiques initiés par vette (Fig. 1). De cette façon, on peut admettre un mou­
Boussinesq (1868). Lomize (1951) (cité par Gale. 1990), vement relatif entre les deux épontes des fractures.
Louis (1969) sont parmi les premiers investigateurs qui L'éprouvette est gainée et ensuite placée dans une cel­
ont proposé des équations concrètes pour l'écoulement lule triaxiale (Fig. 2). Le rapprochement des talons,
dans une fracture, à partir des données expérimentales. supérieur et inférieur, crée une contrainte de cisaille-
Des termes de frottement, liés à la rugosité des frac­
tures, sont proposés et introduits dans les expressions
de la perméabilité. Une revue bibliographie approfon­
die sur le comportement hydraulique des fractures a
été présentée par Gale (1990). L'influence de la
contrainte normale au plan de fracture obtenue par
plusieurs auteurs a été analysée. L'auteur constate une
déviation de la loi cubique sous forte contrainte nor­
male. D'autre part, l'expérience faite par Witherspoon
et al. en 1980 a permis de conclure que la linéarité entre
le débit et la charge hydraulique reste valable lorsque
l'ouverture est supérieure à 4 µm. Sibai et al. (1997) ont
dévéloppé un dispositif permettant de mesurer la pres­
sion interstitielle à l'intérieur d'une fracture soumise à
des charges hydraulique et mécanique. La distribution
non linéaire de la pression des pores dans la fracture a

66
été mise en évidence. La morphologie des fractures F1G. 1 Dispositif de cisaillement à l'intérieur
d'une cellule triaxiale.
joue un rôle essentiel dans la répartition de la pression Shear test device placed inside a triaxial cell.
des pores.

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N° 84
3etrimestre 1998
ment sur le plan de la fracture. Comme la force est Les mesures des déformations sont réalisées par
décentrée, un mouvement de basculement a tendance à des extensomètres MTS placés volontairement sur
se produire, rendant l'éprouvette instable. Pour garan­ l'éprouvette à l'intérieur de la cellule. L'extensomètre
tir la stabilité de l'éprouvette, quatre tiges en acier sont axial est fixé sur un support permettant de mesurer le
fixées sur une des deux moitiés de l'éprouvette, dans déplacement relatif des épontes, tandis que l'extenso­
des trous de 8 mm de diamètre. Ces tiges sont vissées mètre circonférentiel entoure le périmètre de l'éprou­
sur les talons. En conséquence, le mouvement horizon­ vette par une chaînette, et mesure la variation circonfé­
tal de la demi-éprouvette hébergeant les tiges est blo­ rentielle de l'éprouvette. Les extensomètres ont une
qué, mais l'autre moitié est libre de son mouvement résolution meilleure que 10-6 en déformation et fonc­
horizontal. Sur les deux extrémités, deux bagues en tionnent, sans dérive sous pression élevée (140 MPa) et
demi-cercle spéciales ont également été utilisées afin sous température (200 °C).
d'empêcher la pénétration du fluide de confinement Par ailleurs, une jauge de déformation a été collée
dans les extrémités de l'éprouvette. sur la partie saine de l'éprouvette, permettant ainsi de
La méthode de cisaillement adoptée permet d'utili­ mesurer la déformation de la matrice du granite. On en
ser les possibilités offertes par la cellule triaxiale à déduit la déformation circonférentielle, et on obtient
haute pression, à savoir: circuits hydrauliques, disposi­ donc la déformation de la fracture.
tifs de mise en température (chauffage de la cellule), Il convient de rappeler que les extensomètres doi­
pression de confinement (c'est-à-dire la contrainte nor­ vent être installés sur la gaine, isolant l'échantillon de
male à la fracture), etc. l'huile de confinement. La mesure des déformations
La cellule (Fig. 2) a été conue et mise au point par locales est perturbée lorsque la pression de confine­
G.3S, et installée sur une presse MTS de 1 500 kN de ment varie. Par ailleurs, une jaquette très fine se perce
grande rigidité (108N/m). Un système d'asservissement souvent au cours d'un essai qui demande une longue
hydraulique précis de la pression de confinement a été préparation.
conçu également par G.3S pour cette cellule. Upermet Ainsi, nous sommes contraints d'utiliser une
d'atteindre une pression de 100 MPa. jaquette relativement épaisse de 1,6 mm (en Viton).
Pour corriger l'effet de la compressibilité de la jaquette,
nous avons effectué sur une éprouvette en acier des
essais de compression isotrope. Avec l'hypothèse (jus­
tifiée) du comportement isotrope de l'éprouvette, nous
pouvons déduire la déformation de la jaquette en se
référant à la déformation axiale. De cette manière, une
circuit de correction a été apportée à la déformation circonféren­
tielle. La formule adoptée de correction pour la défor­
refroidissement mation latérale est un polynôme d'ordre 2 :
εlat = ε'lat + 2,2977.10-5P - 4.9266.10-8P2
où P étant la pression de confinement en MPa, ε'lat, étant
chauffage la déformation circonférentielle mesurée par l'extenso­
mètre, sans tenir compte de l'effet de la pression.
La figue 3 illustre les déformations axiale et latérale
éprouvette (mesurées et corrigées) de l'éprouvette en acier, en
fonction de la pression de confinement pendant un
essai de compression isotrope. La déformation latérale
corrigée pendant la charge a la même pente que celle
de la déformation axiale.

circuits
hydrauliques

FIG. 2 Schéma simplifié de la cellule triaxiale.


Triaxial cell scheme.
Déformations axiale et latérale
FIG. 3 Correction de l'influence de la pression de
La force axiale peut être complètement indépen­ confinement sur la mesure de la
déformation latérale.

67
dante de la pression de confinement. Ainsi, on peut
exercer une contrainte normale au plan de fracture Correction of the jacket effect for the lateral
sans influer sur la contrainte de cisaillement. strain measurement.

REVUE FRANÇAISE DEGEOTECHNIQUE


N° 84
3etrimestre 1998
3 TABLEAU I Caractéristiques géométriques des
fractures naturelles étudiées.
Geometric data of the studied natural fractures.
Procédure des essais
N° de l'éprouvette Épaisseur de Angle d'inclinaison
Le montage de l'essai, nous l'avons déjà dit, est rela­ remplissage (mm) (°)
tivement complexe et demande un temps de prépara­
tion relativement long. Pour les fractures naturelles, A 2 68
l'échantillon se fait rare. Il est donc nécessaire d'adop­ B 3 70
ter une méthodologie adaptée permettant de tirer un
maximum d'informations d'un nombre limité d'essais. C 1 68
Nous avons mis au point une méthodologie consti­
tuée par les étapes de chargement suivantes :
a) Étude de sollicitations normales au plan de frac­ l’éprouvette. Des corrections sont donc nécessaires
ture et de la perméabilité initiale pour étudier le comportement de la fracture perpendi­
Cette étape consiste à soumettre l'éprouvette à diffé­ culaire à ce plan. Le tableau I présente les caractéris­
rentes contraintes normales, en maintenant constante la tiques géométriques des fractures étudiées.
contrainte de cisaillement nulle. On effectue la mesure
de la perméabilité à différents niveaux de la contrainte 4.1
normale. Dans le cas où la perméabilité est très faible, la
seule méthode opérationnelle permettant de mesurer la Comportement hydro-mécanique
perméabilité de l'éprouvette dans un temps relativement
court est une méthode en régime transitoire.
à la compression normale
La courbe «contrainte normale-variation de l'ouver­ La figure 4 illustre la courbe de pression de confine­
ture » de la fracture renseigne sur le comportement ment-déformation latérale corrigée de l'éprouvette B
mécanique dans le sens normal à la fracture. On peut (matrice rocheuse + fracture). La déformation est mesu­
déterminer ainsi la raideur normale. A priori, nous ne rée, comme nous l'avons déjà précisé, à l'aide d'un
pouvons pas exercer une contrainte normale au-delà de extensomètre circonférentiel MTS. La pente de la
20MPa, car les deux demi-cercles des bagues anti­ courbe correspond au rapport E/(l-v), E et v étant le
extrusion ont une résistance mécanique limitée et sont module d'Young et le coefficient de Poisson respecti­
soumis à une traction. L'épaisseur de la bague est aussi vement. Pour cette éprouvette, on obtient une valeur de
limitée, pour des raisons liées au montage de la jaquette. 38 GPa pour la pente.
b) Étude du comportement au cisaillement d'une
fracture et de la variation de la perméabilité au gaz
Après un cycle de charge-décharge de la contrainte
normale, une valeur de contrainte normale est imposée
à l'éprouvette. Ensuite, nous imposons aux épontes de
la fracture une vitesse de déplacement relatif. A plu­
sieurs niveaux de contrainte de cisaillement, nous
mesurons la perméabilité. Une décharge est program­
mée avant d'atteindre la limite de rupture au cisaille­
ment. Une fois la résistance au cisaillement atteinte, on
arrête l'application du cisaillement. Dans ce cas, le
débit est suffisant et sa mesure s'avère possible. Alors,
on impose deux pressions différentes aux deux extré­
mités de l'éprouvette et on mesure le débit du gaz par
l'intermédiaire d'un débitmètre. Ainsi, on mesure la
perméabilité au gaz de la fracture. Cette perméabilité Déformation latérale
est comparée aux perméabilités à l'eau mesurée dans
la suite de l'essai. FIG. 4 Déformation latérale de l'éprouvette
(roche + fracture).
Le comportement au cisaillement de fracture peut Lateral strain of the sample.
aussi être déterminé par ce trajet de charge.
c) Mesure de la perméabilité à l'eau
Une fois la fracture ouverte par cisaillement, on Sur la figure 5, est reportée la déformation de la
mesure la perméabilité à l'eau sous différentes pressions matice rocheuse en fonction de la pression de confine­
d'injection ou de pressions de confinement. On s'inté­ ment. Elle est mesurée par une jauge de déformation.
resse, à ce stade, aux propriétés hydrauliques d'une frac­ La pente de la courbe contrainte-déformation est de
ture naturelle ouverte par chargement mécanique. 100 GPa.
La différence entre les valeurs des modules mesu­
rés s'explique par la présence de la fracture qui a un
4 faible module de compressibilité. Cette différence per­
met de déduire la variation de l'ouverture de la fracture
Analyse des résultats en fonction de la pression de confinement. Celle-ci est
tracée sur la figure 6.
Trois éprouvettes avec des fractures naturelles plus
ou moins parallèles à l'axe de l'échantillon ont été pré­ On constate que la fracture naturelle a un compor­
parées. Rappelons qu'il est difficile de trouver des frac­ tement linéaire dans le sens perpendiculaire à son plan
tures naturelles parfaitement parallèles à l'axe de jusqu'à 20MPa de contrainte normale. La non-linéarité
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REVUE FRANÇAISEDEGÉOTECHNIQUE
Ν '84
3° trimestre 1998
Déformation latérale mesurée par une jauge
FIG- 5 Déformation de la matrice rocheuse. Variation d'ouverture de fracture (mm
Rock matrix strain measurement.
FIG. 6 Variation de l'ouverture de fracture en
fonction de la contrainte normale.
Variation of fracture opening as a function of
observée au début du chargement est liée à l'effet de la normal stress.
jaquette, et non à la propriété mécanique de la discon­
tinuité. La raideur normale (Kn) de cette fracture natu­
relle est de 633 GPa/m. La différence peut être due au fait que, dans notre cas,
Il s'agit d'une valeur relativement élevée, qui cor­ à la différence des autres, il s'agit de fractures natu­
respond bien à une fracture colmatée. Comme le com­ relles bien colmatées. Le matériau de remplissage
portement est linéaire, en connaissant l'épaisseur de la manifeste un comportement élastique linéaire en com­
fracture, on peut exprimer simplement le module pression. Par conséquent, le comportement de la frac­
d'élasticité de cette fracture par la relation ci-dessous : ture est linéaire dans la direction normale à son plan.
E = Knx e (1) La perméabilité initiale de la fracture étant faible, la
mesure du débit à ce stade s'avère impossible. Ainsi,
avec : e = épaisseur de la fracture, (e = 3 mm pour cette nous avons été amenés à utiliser la méthode dite du
fracture). Pulse test. Il s'agit de soumettre l'une des extrémités de
On obtient ainsi: E = 1,9GPa. Le module de rem­ l'éprouvette à une pression de gaz contenu dans un
plissage est environ 50fois moins élevé que celui de la réservoir à volume constant. Au fur et à mesure de la
matrice rocheuse. pénétration du gaz dans l'éprouvette, la pression du
Les autres éprouvettes testées manifestent un com­ réservoir diminue. La courbe de décroissance de la
portement similaire et les modules de remplissage sont pression dans le réservoir permet de déterminer la per­
tous de l'ordre de 2 GPa. méabilité. Le détail de cette méthode a été présenté par
Dans la littérature, on trouve souvent une expres­ Su en 1997.
sion non linéaire du comportement normal des frac­ Les figures 7 et 8 illustrent l'évolution de la pression
tures ou des joints (Goodman, 1976; Zhao, 1992), tan­ du réservoir en fonction du temps. Comme le montre la
dis que nous avons trouvé un comportement linéaire. figure 7, les essais sont effectués à différents niveaux de

FIG. 7 Pression du réservoir en fonction du FIG. 8 Pression du réservoir en fonction du


temps pour différentes contraintes temps pour une contrainte normale au
normales (pas de contrainte de plan de fracture de 20 MPa (pas de
cisaillement). contrainte de cisaillement).

69
Pressure in the reservoir as a function of time Pressure to the reservoir as a function of time
for different values of normal stress (without for a normal stress of 20 MPa (without shear
shear stress). stress).

REVUE FRANÇAISEDEGÉOTECHNIQUE
N° 84
3° trimestre 1998
contrainte normale. La pression du réservoir (connecté
au talon inférieur) reste pratiquement constante une
fois que le gaz est injecté.
La légère décroissance de la pression en fonction du
temps (Fig. 8) signifie que l'éprouvette (fracture +
matrice rocheuse) n'est pas strictement imperméable.
La perméabilité globale est de l'ordre de l 0 - 20m
2si l'on
compare la courbe avec les abaques numériques éta­
blis par Su en 1997. Cette valeur est proche de celle de
la perméabilité du granite sans fracture. On peut ainsi
conclure que la fracture naturelle colmatée a une per­
méabilité aussi faible que la matrice sans discontinuité.

4.2
Comportement mécanique FIG. 10 Variation d'ouverture de la fracture
des fractures naturelles au cisaillement pendant un essai au cisaillement.
Variation of the fracture aperture during a
Les essais de cisaillement sont effectués avec diffé­ shear test.
rentes valeurs de contrainte normale maintenue
constante au cours d'un essai. On impose une vitesse
de déplacement relatif des épontes de fracture à l'aide Avant la rupture, la dilatance est relativement faible.
d'un extensomètre axial. L'ouverture de la fracture est La figure 11 montre qu'il y a eu seulement 7µm de dila­
mesurée avec l'extensomètre circonférentiel. Comme la tance dans la phase «élastique » du cisaillement, soit un
pression de confinement est constante pendant l'essai angle de 8°.
de cisaillement, la mesure circonférentielle n'est pas
affectée par la pression. La transition entre cette faible dilatance (8 °) de la
phase «élastique » et la dilatance associée au compor­
La figure 9 présente la courbe «contrainte de tement post-rupture se fait au moment de la rupture
cisaillement-déplacement relatif des épontes de frac­ (Fig. 11). Il est évident que l'angle de dilatance devrait
ture » pendant un essai de cisaillement sur l'éprou­ tendre vers une valeur nulle quand le déplacement
vette A, la pression de confinement étant de 5 MPa. On relatif des épontes devient grand. Il faut signaler que le
constate que la discontinuité colmatée a un comporte­ déplacement relatif des épontes de fracture obtenu
ment linéaire avant sa rupture (pic au cisaillement). La pendant nos essais de cisaillement est inférieur à 1mm,
raideur de cisaillement de cette fracture est de K valeur probablement trop faible pour permettre
= 347 GPa/m. d'atteindre la phase de stabilisation de la dilatance de la
fracture. La rugosité de la fracture a aussi un rôle
important dans la dilatance.
L'angle de dilatance est un paramètre important
intervenant dans le couplage hydromécanique. Il
exprime l'ouverture mécanique de fracture due au
cisaillement.
Le tableau II résume les résultats des essais de
cisaillement sur les trois fractures naturelles étudiées, la
raideur de cisaillement n'apparaît pas très sensible à
l'épaisseur de la fracture.

FIG. 9 Contrainte de cisaillement en fonction du


déplacement relatif des épontes de la
fracture.
Shear stress versus relative displacement of
fracture walls.

Sur la figure 10, est reportée l'évolution de l'ouver­


ture de la fracture pendant un essai de cisaillement.
Comme la pression de confinement est constante, toute
variation de déplacement circonférentiel est attribuée déplacement relatif des épontes de fracture (mm)
à la variation d'ouverture de la fracture. La dilatance est FIG. 11 Dilatance de la fracture pendant la phase

70
très significative. On définit la pente de la courbe de élastique au cisaillement.
dilatance qui donne l'angle de dilatance d ; nous avons Dilatance of the fracture in the elastic phase
pour cette fracture : d = 37 °. during a shear test.

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N° 84
3etrimestre 1998
TABLEAU II Résultats des essais de cisaillement.
Results of shear tests.

N° Épaisseur Raideur Contrainte Résistanceau Anglede dilatance Déplacement


d'éprouvette de la fracture tangentielle normale cisaillement avant/après à larupture
(mm) (GPa/m) (MPa) (MPa) larupture (°) (mm)
A 2 347 5 21.5 8/37 0,07
B 3 388 10 38 8/37 0,13
C 1 555 15 42 7/36 0,07

4.3 p est la masse volumique de l'azote; elle est déter­


minée par l'équation d'état :
Comportement hydraulique au gaz et à l'eau
des fractures naturelles soumises (5)
au cisaillement
Au cours de l'essai de cisaillement, des mesures de p0et P0sont respectivement la masse volumique et la
perméabilité par la méthode du Pulse test sont effec­ pression de référence, pour l'azote p0= 1,1639kg/m3et
tuées à différents niveaux de cisaillement jusqu'à la P0=0,1MPa.
rupture. Nous ne constatons aucune variation signifi­
cative de la conductivité hydraulique de la fracture Pour une fracture de longueur Lavec deux pres­
avant la rupture. Pourtant nous avons observé, grâce à sions distinctes P1(x=0) et P2(x =L) imposées respec­
la mesure à l'extensomètre circonférentiel, qu'il existe tivement sur les deux extrémités, la solution de la pres­
bien des dilatances de la fracture. Ceci s'explique par sion s'écrit :
le fait que cette dilatance (quelques microns) n'est pas
suffisante pour provoquer une percolation significative. 6
( )
Une fois la fracture rompue, la mesure de la per­
méabilité au gaz montre que tout à fait naturellement
le fluide passe bien à travers la fracture. Sur l'éprou­ Le flux volumique (m3/s) traversant la fracture est
vette B, nous avons réalisé des mesures de la perméa­ égal à :
bilité au gaz suivies par des mesures à l'eau. Le gaz uti­
lisé était de l'azote. Nous avons mesuré le débit du gaz
en contrôlant la différence des pressions entre les (7)
talons supérieur et inférieur.
En connaissant le débit et le gradient, il est intéres­
sant de calculer l'ouverture hydraulique de la fracture avec : Dlargeur de la fracture.
qui est un paramètre clé caractérisant les propriétés Donc en connaissant le débit, on peut calculer
hydrauliques des fractures. Pour déterminer cette l'ouverture hydraulique e :
ouverture au gaz de fracture, deux hypothèses simplifi-
catrices sont faites, à savoir : (8)
H, : La géométrie de fracture est assimilée à deux
plaques parallèles avec une ouverture uniforme ;
H2: Localement, la vitesse moyenne du gaz est régie Le tableau III présente les résultats des mesures de
par la loi de Poiseuille : perméabilité au gaz dans la phase post-rupture du com­
portement au cisaillement. On constate que l'ouverture
hydraulique au gaz est de l'ordre de 20µm quand la
( )2 contrainte normale est de 2MPa. Par ailleurs, la varia­
tion du gradient de pression et de la pression d'injection
ne modifie pas significativement l'ouverture hydrau­
où : Pla pression (Pa); lique. Cela signifie que la relation (7) s'applique, et que
e l'ouverture hydraulique (m); les hypothèses prises sont justifiées. L'ouverture méca­
nique à ce stade est de 300pm. Le rapport entre l'ouver­
μ la viscosité dynamique (Pa s). ture hydraulique et l'ouverture mécanique est de 0,07.
Alors, l'équation de la conservation de masse en L'étape suivante consiste à mesurer la perméabilité
régime stationnaire, conduit à la relation suivante : à l'eau au lieu du gaz. La contrainte normale est main­
tenue à 2MPa. Le débit est contrôlé par la mesure de
la masse d'eau évacuée par minute. On admet à nou­
(3) veau la loi cubique et l'incompressibilité du fluide. Dans
ce cas l'ouverture hydraulique à l'eau peut être déduite
de la relation suivante :

Soit: (4) (9)

71
REVUEFRANÇAISEDEGÉOTECHNIQUE
N° 84
3etrimestre 1998
TABLEAU III Résultats des mesures de la perméabilité au gaz.
Results of permeability measurements to gas.

Mesure Pression du (P2-P1) 2


P Q(cm3/s) Ouverture
confinement 105 hydraulique
(MPa) (Pa) (µm)
1 2 0,34 2,3 1 18
2 2 0,17 4,8 1 17
3 2 0,195 10,7 3 18
4 2 0,22
105
13,4
(Pa) 4,17 18

où : Q est le débit volumique, m3/s, μ est la viscosité La variation de la pression interstitielle n'a pas
dynamique de l'eau Pa s. d'influence significative sur l'ouverture hydraulique.
Le tableau IV résume les résultats des mesures de la Quand la pression d'injection passe de 0,49 MPa à
perméabilité à l'eau. On constate que l'ouverture hydrau­ 1,6 MPa, le débit augmente proportionnellement, mais
lique à l'eau est cinq fois moins importante que celle au l'ouverture hydraulique déduite reste pratiquement la
gaz, cette dernière est seulement de l'ordre de 4 μm. Cette même.
différence est probablement liée aux effets suivants : Sur l'éprouvette A, l'ouverture hydraulique à l'eau
- par cisaillement, le remplissage de la fracture est est de l'ordre 9 µm. Au début de l'essai hydraulique, la
broyé et devient un matériau poreux. Ce matériau, ini­ perméabilité de la fracture est nulle. La circulation est
tialement sec, devient saturé ou partiellement saturé à bloquée. Il a fallu que l'on modifie la contrainte nor­
l'eau sous l'effet d'injection de l'eau. Les particules de male et la pression d'injection pour établir une circula­
remplissage peuvent être transportées par l'eau et bou­ tion. On constate que la relation linéaire entre le débit
cher plus loin les canaux de circulation ;
et la pression d'injection est maintenue, pourvu que la
- la taille des pores créés dans la fracture est extrême­ contrainte normale soit égale à 2 MPa (Fig. 12). L'aug­
ment petite. Par le fait que la taille moléculaire de gaz est mentation de la pression d'injection n'a pas entraîné
inférieure à celle de l'eau, alors certains canaux sont pro­ une ouverture hydraulique de la fracture. Pourtant
bablement inaccessibles à l'eau, mais accessibles au gaz ; l'extensomètre circonférentiel enregistre une variation
- il est possible qu'il existe des réactions chimiques entre d'ouverture de l'ordre de 20µm pour une variation de
l'eau et certains minéraux de remplissage. On constate, la pression d'injection de 1MPa. Cela signifie que cette
après l'essai, que le matériau de remplissage se trans­ ouverture mécanique ne s'est pas répercutée sur
forme en une sorte de pâte. Ainsi la circulation de l'eau l'ouverture hydraulique.
peut être bloquée, ce qui a été observé sur une éprouvette.
Une analyse diffractométrique aux rayons X sur le Quand la contrainte normale augmente à 3 MPa, la
matériau de remplissage broyé par le cisaillement a été relation linéaire «débit-pression d'injection» n'est plus
effectuée. Le résultat montre que le remplissage de la linéaire (Fig. 12). L'augmentation de la pression d'injec­
fracture est constitué presque, exclusivement de trois tion entraîne une variation de l'ouverture hydraulique.
phases cristallines, le quartz, la calcite et un minéral Ces différents types du comportement hydraulique
phylliteux, sans doute le chlorite. Des études supplé­ observés sur une même fracture montrent combien le
mentaires sont nécessaires pour apprécier l'ampleur couplage hydromécanique dans les fractures naturelles
des effets chimiques éventuels. initialement colmatées peut être complexe.

TABLEAU IV Résulats des mesures de la perméabilité à


l'eau sur l'éprouvette B.
Results of permeability measurement to gas
obtained on the sample B.
Étape Contrainte Pression Q Ouverture
normale d'entrée (cm3/s) hydraulique
(MPa) (MPa) (µm)
1 2 1,37 0,0047 4,3
2 2 0,81 0,0020 3,8
3 2 0,51 0,00017 2,0
4 2 0,49 0,0013 4,0
5 2 0,84 0,0048 5,1 Pression d'injection (MPa)
6 2 1,44 0,0050 4,3 FIG.12 Relation entre le débit massique et la

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pression d'injection (éprouvette A).
7 2 1,6 0,0123 4,1 Plot of flow rate versus pressure of injection
(sample A).

REVUEFRANÇAISEDEGÉOTECHNIQUE
3etrimestre 1998
5 La perméabilité initiale des fractures naturelles étu­
diées est très faible. Elle est du même ordre de gran­
Conclusion deur que celle de la matrice rocheuse. Avant la rupture
au cisaillement aucune augmentation significative de la
Les essais hydromécaniques réalisés sur les discon­ perméabilité n'est constatée.
tinuités colmatées du granite ont apporté des résultats La rupture des discontinuités entraîne une augmen­
nouveaux et originaux sur le comportement hydrau­ tation significative de l'ouverture hydraulique. Cette
lique et le couplage hydro-mécanique de ce type de ouverture est de l'ordre de 10μm. Le rapport de l'ouver­
discontinuités. ture hydraulique sur l'ouverture mécanique est de
Le comportement mécanique de ces discontinui­ l'ordre de 7 %. La circulation de l'eau dans une fracture
tés colmatées est linéaire avant la rupture au cisaille­ naturelle après rupture est sensiblement liée à la nature
ment. Le module d'élasticité du matériau de rem­ du matériau de remplissage et à l'écrasement de ce
plissage de ces discontinuités est de l'ordre de matériau par le cisaillement. La circulation du fluide
2 GPa. La raideur normale des fractures colmatées peut être bloquée par la présence de petites particules
varie linéairement avec l'épaisseur de ces disconti­ créées par la rupture. L'ouverture hydraulique à l'eau
nuités. La raideur tangentielle des discontinuités des fractures est cinq fois moins élevée que celle au gaz.
colmatées n'est pas sensible à l'épaisseur et reste L'analyse de la rugosité des fractures naturelles et
voisine de 400GPa/m. La rupture des discontinuités de son influence sur le comportement hydraulique des
colmatées intervient lorsque le déplacement relatif fractures est en cours et sera complétée ultérieurement.
des épontes de la fracture atteint 70 à 130 µm. Une autre perspective intéressante est l'interprétation
L'angle de dilatance après la rupture est de l'ordre poussée des résultats disponibles à partir d'une modé­
de 37°. Dans la phase avant la rupture, cet angle est lisation hydro-mécanique couplée, si possible à trois
de l'ordre de 8e. dimensions.

REMERCIEMENTS

Cette recherche a été entreprise avec le soutien et la collaboration de l'Agence nationale pour la gestion des déchets
radioactifs (ANDRA). Qu’elle soit assurée de notre gratitude.

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REVUEFRANÇAISE DEGÉOTECHNIOUE
N° 84
3e trimestre 1998

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