Comportement élastique des roches saturées
Comportement élastique des roches saturées
et fragile
des roches saturées par un liquide
par
F.-H. Cornet
Physicien-Adjoint
à l'Institut de Physique du Globe
de Paris
81
Comité Français de Mécanique des Roches
82
étude du comportement élastique et fragile
des roches saturées par un liquide
par F.-H. CORNET
1. INTRODUCTION
La géométrie excessivement compliquée, tant de la
matrice solide que des pores qui constituent une roche, La théorie de l’élasticité linéaire appliquée aux mi
rend illusoire la détermination exacte des mouvements lieux poreux est ensuite présentée et les théories de
d’un point quelconque à l’intérieur d’un volume ro Biot (1941, 1955) et de Lubinski (1954) sont discutées.
cheux lorsque celui-ci subit une déformation. Aussi, la L’analyse de mesures expérimentales sur le grès de
roche est-elle généralement assimilée à un matériau Berea et le calcaire de l’Indiana permet alors de préciser
continu équivalent dont on essaie de déterminer les le domaine de validité de ces lois ainsi que la notion de
caractéristiques de façon que son comportement méca limite élastique.
nique soit aussi proche que possible de celui de la Puis la description des résultats d'essais triaxiaux
roche. drainés, effectués au moyen d’une presse servo-asservie
L'objet de cet exposé est de discuter de l’applicabilité sur les deux roches précédemment mentionnées, permet
des principes de la mécanique des milieux continus à d’aborder le problème de la dilatance ainsi que celui de
l'étude des matériaux intrinsèquement hétérogènes, la résistance des roches saturées et drainées.
discontinus et biphasiques que sont les roches saturées. Finalement, la notion de contrainte effective est
Tout d’abord, la notion de porosité est discutée et la discutée et le problème de la modélisation du compor
loi d’équilibre dynamique pour le matériau continu tement « post-élastique », non quasi-statique, des roches
équivalent est dérivée dans le cas où la porosité est saturées brièvement abordé.
isotrope et où le liquide s’écoule selon la loi de Darcy.
2. EQUATIONS D’EQUILIBRE
La dérivation des équations d’équilibre pour une
roche saturée requiert tout d'abord que le rapport géo
métrique solide-liquide soit explicité. où \up\ est la portion de « qui recoupe l’espace poreux.
2.1. Etude de la porosité Si u = 0 :
La porosité est définie traditionnellement soit de 1 (x, 0) = 0 si x appartient à la matrice solide;
façon volumique, soit de façon surfacique, soit encore 1(x, 0) = 1si x appartient à l’espace poreux.
de façon linéaire (voir, par exemple, Scheideger 1964). Si l’on représente les variations, quand |w| augmente,
Cependant, ces définitions classiques ne sont pas
complètement satisfaisantes car elles ne permettent pas de 1(x, u) pour un point x situé à l’intérieur de la
de représenter les variations possibles de porosité dans matrice solide et pour un point x' situé dans l’espace
l’espace considéré ; elles devraient donc être modifiées. poreux au voisinage immédiat de x, on obtient des
Considérons deux points x et y à l’intérieur d’un courbes du type de celles représentées sur la figure 1.
volume rocheux; on peut définir la porosité linéaire du Pour une valeur de u suffisamment grande les valeurs
vecteur x —y = u par la relation : de 1 (x, u) et de 1(x u ) deviennent très proches l’une
de l’autre.
( 1)
83
Ainsi on peut définir la porosité linéaire en un point x
d’une roche dans la direction n (n vecteur unitaire) par
la relation :
1 = 1 (x, u0)
( 10)
où u0 = k n est défini par la relation :
(en coordonnées sphériques u0 dépend de 0 et 9 ).
|1 (x, m0) - 1 (x', u0)| < e (2 )
On observera que si la porosité est isotrope alors :
e est choisi en relation avec la précision requise. Il est n (x) = /(x, a0n) = 1 (x, u0) (11)
bien évident que pour des valeurs de e infiniment
petites, le vecteur u0 ne peut être défini; on choisira Le fait que la porosité soit isotrope n’implique pas
généralement s de l’ordre de 0.005. Lorsque la porosité obligatoirement que |w0| soit indépendant de [’orien
linéaire est indépendante de la direction de n elle est tation de u0 (0 et 9 , dans le cas du système de référence
dite isotrope; c’est le cas lorsque les pores sont distri sphérique adopté précédemment) mais seulement que
bués de façon quelconque.
le rapport [uq|/|u0| reste constant dans toutes les direc
On peut maintenant définir la porosité de surface de
la roche considérée par la relation : tions. La notion d’isotropie pour la porosité fait donc
moins intervenir la notion d’orientation préférentielle
des pores que celle de distribution préférentielle. Il
semble, en première approximation, que pour la plupart
où n est la normale à la surface plane d’aire a0 définie des roches, y compris des roches métamorphiques telles
en coordonnées polaires par la relation : que les schistes, on puisse considérer la porosité comme
étant isotrope car on peut supposer que dans toutes les
(4) directions la distribution des pores est quelconque.
avec Ayant défini la porosité en un point quelconque
d’une masse rocheuse, il est possible de définir un
(5) gradient de porosité dans l’espace considéré; celui-ci
est défini par la relation suivante ;
Raisonnant en coordonnées polaires, on suppo » ô l (x, u0) »
sera .que Uq dépend de x et de ϴlorsque n est donné. (12)
où I; sont les vecteurs unitaires du repère considéré.
Pour les corps à porosité isotrope la relation (11)
implique que :
n,t =f, i = l,i (13)
84
s'expriment de la façon suivante : Dans le modèle proposé, on suppose que lorsque le
volume dv de la roche saturée tend vers zéro, il le fait
(13) de telle sorte que pour dv < va (va volume défini pour
la porosité de volume) la porosité reste constante. Ce
où l’on suppose que l’aire a0 comporte m pores d’aire modèle n’est donc équivalent à la roche réelle que pour
des volumes supérieurs à v0. On a, alors, l’équivalence
Amet rri parties solides Am.. entre l’une ou l’autre des représentations suivantes pour
Appliquant le théorème de la moyenne, on peut la résultante des forces de surface :
écrire que pour le m**"' pore :
(21 a)
(21 b)
où afj est la valeur de ety au point ymde Am. On peut définir, de même, une densité moyenne en
tout point de la roche par la relation :
Il est donc possible de définir la valeur moyenne ajj P = f pF + (1 - f )PM (22)
de (j.f pour l’aire a0 de S considérée : où ρF et ρm sont respectivement les densités moyennes
du liquide et du solide pour le volume vQ(défini pour
(16) la porosité de volume).
L’équation (14) peut alors s’écrire :
On définira de façon similaire une valeur moyenne (23)
des contraintes supportées par la partie solide de
l’aire a„ : Ainsi, après avoir transformé l’intégrale de surface
en intégrale de volume et après avoir observé que
(17) l’équation (15) doit être vérifiée pour tout volume V,
on en déduit la relation classique d’équilibre des maté
Ainsi la traction supportée par l’aire a0 peut s’expri riaux continus :
mer par l’une ou l’autre des relations (15) ou (18) : div σ + ρ b = 0 (24)
(18) qui peut encore s’écrire, si l’on fait intervenir les
Si l’on définit, pour touf point de la roche saturée, la composantes moyennes des contraintes supportées par
notion de contrainte moyenne par la relation : le liquide et par le solide défini en tout point du
matériau continu équivalent :
e,j = / < + ü - / K M (19)
la relation (18) peut encore s’écrire : f (div σ'F + ρ'Fb) + (1 - f ) (div σ M+ p'Mb) +
(20) (25)
3. ELASTICITE LINEAIRE
3.1. Théorie
assimilés à la matrice solide, on définit ainsi un matériau
On supposera ici que la matrice solide ainsi que le continu M équivalent à la matrice solide et aux pores
matériau global solide + liquide (matériau B) sont non connectés ; la notion de porosité doit alors être
linéairement élastiques. On peut alors déterminer aisé comprise comme étant la « porosité interconnectée ».
ment la loi de comportement du matériau B en appli D’après Nur et Byerlee (1971), on peut montrer que la
quant la décomposition des contraintes indiquée sur la déformation causée par cette pression hydrostatique
figure 2. La première composante (composante I) cor s’exprime par la relation :
respond à une pression hydrostatique appliquée aussi
bien sur la surface extérieure de l’élément considéré eij = P/KM· 8iJ (26)
qu’à l’intérieur de l’espace poreux interconnecté. Il où 1/KM est la compressibilité du matériau équiva
convient de souligner ici le fait que les pores qui n’ap lent M.
partiennent pas au volume poreux interconnecté sont
La mesure de la quantité de fluide s’écoulant hors de donné qu’aucun gradient de pression interstitielle ne
la cellule triaxiale ainsi que celle des déplacements du s’est développé (lorsque l’éprouvette était maintenue
piston permettent de déterminer la déformation axiale sous charge constante après une période de chargement,
moyenne et la déformation volumique moyenne de aucune variation de pression de pore n’était observée),
l’éprouvette saturée (c’est-à-dire du matériau B défini on peut en déduire que dans le premier cas un certain
dans le paragraphe précédent). Les déformations ont nombre de microfissures se sont développées, ou se sont
lieu de façon quasistatique (vitesse de déformation ouvertes, mais sont restées sèches alors que dans le
latérale moyenne de 10-6 s-1) ce qui permet d’assurer second cas, des pores qui étaient isolés du système inter
manuellement la constance de la pression interstitielle connecté se sont trouvés reliés à lui par le dévelop
tout au long de l’essai. Les quantités de liquide s’écou pement de fissures. Ce dernier effet dépend d’ailleurs
lant hors, ou vers, l’éprouvette fournissent une mesure de la pression de confinement, étant donné qu’elle
directe de la variation de volume poreux interconnecté. influence le nombre de pores isolés du réseau
interconnecté.
4.1.2. Résultats D’autre part, les résultats obtenus pour le grès indi
quent clairement qu’une même roche peut présenter un
Les figures 5 à 10 fournissent une synthèse des résul mode de rupture stable ou instable selon l’amplitude de
tats obtenus. Il est à noter que ces courbes ne corres la pression de confinement et que, contrairement à ce
pondent pas aux courbes effort-déformation de la qui est généralement admis, une augmentation de pres
rhéologie mais à des courbes force moyenne par unité de sion n’est pas automatiquement accompagnée d’une
surface-déformation moyenne par unité de longueur, plus grande stabilité.
surface ou volume. En effet, si dans le domaine élas Rappelons la classification proposée par Wawersik
tique, on peut, en première approximation, supposer que (1968) pour caractériser le comportement post-élastique
la relation effort-déformation peut être étudiée par des des roches à savoir la classe I lorsqu’il faut fournir
essais triaxiaux, au cours de la désintégration de continuellement de l’énergie à la roche pour la déformer
l’éprouvette la présence de nombreuses discontinuités et la classe II lorsque le développement quasistatique
rend illusoire la détermination exacte des contraintes à de la rupture requiert qu’une certaine quantité d’énergie
l’intérieur de l’éprouvette à partir de la seule connais soit soustraite (par déchargement des plateaux de la
sance des forces appliquées. Ainsi, pour chaque essai, presse) à l’énergie de déformation élastique accumulée
a-t-on déterminé les trois courbes suivantes : dans le roche (cette classification introduit, en fait, la
- Courbe a : force axiale moyenne-déplacement axial notion de stabilité vis-à-vis du travail des forces exté
moyen (Al/1) ; rieures plutôt que vis-à-vis des forces extérieures elles-
- Courbe b : force axiale moyenne-variation moyen mêmes).
ne du volume global (ΔVB/VB) ; On observe ainsi que, pour le grès, lorsque son
- Courbe c : force axiale moyenne-variation moyen comportement est de classe II, l’augmentation de vo
ne du volume poreux interconnecté lume produit par le développement de la rupture reste
par unité de volume global (ΔVP/VB). plus petite que la diminution causée par le relâchement
Les figures 5, 8, 9 montrent clairement le phénomène des charges appliquées, effet qui donne naissance à une
de dilatance classiquement décrit dans la littérature. certaine « contractance ». Cette « contractance » reflète
On observe cependant que, pour ces deux roches, la en fait un comportement non linéaire élastique marqué ;
variation de volume poreux interconnecté et les varia il est causé par la présence des nombreuses microfis
tions de volume globales de l’échantillon sont similaires sures développées avant la formation de la surface de
mais non identiques. Ainsi, pour la première série macro-rupture.
d’essais sur le grès (fig. 5) les variations de volume Plus la densité de microfissures au moment du dé
poreux interconnecté sont toujours restées plus faibles clenchement de la rupture instable sera importante et
que les variations de volume globale alors que le plus grande sera l’instabilité car plus petite étant la rai
contraire a été observé pour les autres essais. Etant deur de la roche plus grande sera l’énergie élastique
88
Fig. 5.
Fig. 7.
susceptible d’être libérée. C’est ce phénomène que reflète tance », observé pour le calcaire, et qui correspond à
indirectement l’effet de « contractance » précédemment un comportement de type ductile. Cette « contractance »
décrit. n’est pas un phénomène élastique ; il correspond à ce
Notons finalement le deuxième type de « contrac- que les géologues appellent l’écoulement cataclastique
89
Fig. 8.
Fig. 9.
Fig. 10.
90
Fig. 11. — Déformation volumique moyenne en fonction de la défor
mation axiale moyenne pour un échantillon de calcaire de l'Indiana
soumis à des efforts de compression triaxiaux.
5.1. La notion de contrainte effective aucun cas, être confondue avec l’état de contrainte réel
dans la matrice solide.
Il est connu depuis longtemps que le comportement
des roches saturées est influencé par la pression inter 5.1.2. Contrainte effective et porosité d’aire
stitielle (voir par exemple Terzaghi (1945), Robinson
(1959), Baron et al. (1963), Handin et al. (1963), Brace Biot (1955) a proposé d’étudier le comportement
and Martin (1968)). 11 a été proposé, en conséquence, d’une roche saturée en considérant les déformations
d’analyser le comportement des roches saturées de la d’un matériau continu C obtenu en supposant que la
même façon que celui des roches sèches en remplaçant matrice solide remplit la totalité du volume occupé par
toutefois la notion de contrainte par celle de contrainte la roche saturée mais que la pression du liquide inter
effective. Trois définitions ont été proposées pour ces stitiel n’est définit qu’à l’intérieur de l’espace poreux
contraintes effectives et une certaine confusion en est interconnecté. Ainsi, selon son modèle, le comportement
résultée. Ces trois conceptes seront analysés maintenant de la roche saturée serait simplement fonction de la
en utilisant les résultats précédemment décrits. contrainte effective :
5.1.1. Définition classique a" = a - a P 1 (45)
de la notion de contrainte effective où :
Cette définition a été proposée en 1923 par Terzaghi a est la contrainte définie pour le matériau équiva-
pour les sols saturés. Elle consiste à assimiler la roche ~ lent B,
saturée à un matériau continu équivalent, à supposer la a est la porosité de surface (supposée constante),
pression de pore définie en tout point de ce matériau P est la pression hydrostatique dans les pores.
équivalent et à négliger l’influence de cette pression
uniforme. Il en résulte que le comportement mécanique Il a été montré au paragraphe 3.1. que l’équation
du matériau équivalent est simplement une fonction de constitutive dérivée par Biot était équivalente à celle
la contrainte effective a' définie par la relation : dérivée pour le matériau B ; elle ne s’applique donc pas
au matériau C considéré par Biot en 1955 dans son
σ' = σ - P 1 (43) équation d’équilibre et seule sa première étude est donc
en accord avec le modèle proposé ici.
Si Ton se réfère à l’analyse du paragraphe 2.2., on Les résultats expérimentaux indiquent tous que la
remarque que la contrainte effective n’est autre que la désintégration des roches ne dépend pas de la contrainte
valeur moyenne (1 —f ) σ'Met la pression P 1la valeur effective caractérisée par l’équation (45). Nous conclu
rons qu’apparemment ce modèle ne peut être appliqué
moyenne f σ'F. Avec cette notation l’équation d’équi de façon simple à l’étude de la déformation des roches
libre du matériau B s’écrit donc : saturées ; il devrait donc être abandonné.
div a' + grad P + p b = 0 (44)
5.1.3. Contrainte effective et porosité limite
Il a été montré en outre que le comportement élas Cette théorie, proposée par Terzaghi en 1945 pour
tique (linéaire et non linéaire) du matériau continu B, l’étude de la résistance à la compression des roches
équivalent à la roche saturée, pouvait également être saturées, est supposée prendre en compte le fait que la
exprimé en fonction de cette contrainte effective si porosité d’aire (définie de la façon classique par le
l’effet de la compressibilité du matériau M, équivalent rapport des aires occupées par le liquide sur Taire totale
à la matrice et aux pores non connectés, était négli de la surface considérée) d’une surface donnée dépend
geable devant la déformation du matériau B. de la géométrie de cette surface et qu’il existe une
Finalement il a été proposé que le développement des surface pour laquelle la porosité d’aire est maximum,
ce maximum est appelé porosité d’aire limite.
ruptures fragiles (fissures et microfissures) ne dépendait
que de l’état de contrainte (a —P 1) si la pression En effet, même dans le cas d’une porosité isotrope, il
est possible de définir une surface pour laquelle la
interstitielle ne générait pas de concentrations de porosité d’aire est supérieure à la porosité de surface
contraintes (espace des pores entièrement interconnecté, telle qu’elle a été définie au paragraphe 2.1. de ce texte.
matériau relativement homogène) et ne modifiait pas le Considérons, par exemple, un empilement de sphères
comportement rhéologique de la matrice solide (évo rigides ; une surface qui ne passe que par les vides et
lution d’un comportement fragile vers un comporte les contacts sphères à sphères présente une porosité
ment ductile quand la pression hydrostatique augmente d’aire bien supérieure à la porosité de surface de ce
ainsi que celà est le cas pour la calcite ou le sel gemme système.
par exemple). Ainsi, pour des conditions de chargements données,
Nous concluerons donc que bien que la notion clas les contraintes moyennes supportées par la portion
sique de contrainte effective ne constitue pas une loi solide d’une telle surface sont bien supérieures à celles
physique rigoureuse, elle représente une approximation qui seraient supportées par la fraction solide des sur
réaliste lorsque certaines conditions sont satisfaites. faces planes. Si Ton suppose que la rupture doive se
développer dans les régions où les contraintes moyennes
Notons finalement que cette notion de contrainte sont les plus grandes, on en déduit que les surfaces de
effective n’est applicable que pour l’étude du comporte ruptures doivent correspondre à des surfaces à porosité
ment global de la roche saturée et qu’elle ne peut, en d’aire limite. Pour caractériser la rupture des roches
94
saturées, on devrait donc considérer les contraintes théorie classique des contraintes effectives sont satis
effectives définies par la relation : faites, le processus de déformation d’une roche saturée
σ " = σ - a' P 1 (46) peut être analysé grâce aux trois équations du système
(47) si l’on suppose que le liquide s’écoule selon la loi
où a' est la porosité d’aire limite. Hp. Dflrr.v ·
Les résultats expérimentaux de Robinson (1959)
semblaient confirmer cette hypothèse et ont conduit
Robinson et Holland (1969) a proposer des valeurs de
la porosité d’aire limite variant de 0,6, pour les roches (47)
très faiblement perméables telles que les marnes cal
caires, à 1 pour les roches très perméables telles que les
grès. De plus, Robinson et Holland ont observé que
cette porosité limite augmentait avec la pression de
confinement pour devenir quasiment égale à 1 pour
toutes les roches lorsque la pression de confinement avec :
effective était suffisamment élevée.
Cependant, les résultats expérimentaux de Brace et
Martin (1968) ont indiqué que même pour des roches
à très faible perméabilité (donc à faible porosité limite)
la résistance à la compression dépendait des contraintes Üi = vitesse du liquide;
effectives classiques telles que définies par Terzaghi
en 1923. Cependant, ce point ne peut être vérifié expé ù[ = vitesse du solide;
rimentalement que si la vitesse de déformation utilisée Kij· = perméabilité de la roche;
pour les essais triaxiaux drainés, effectués sur ces bj = g δJ3 généralement (g est l’accélération de la
roches, est suffisamment faible pour éviter le développe pesanteur);
ment de gradient de pression dans le liquide interstitiel
(Ladanyi (1970)) du fait de la dilatance. dans le cas de l’élasticité linéaire b = c = e = g = 0.
Or, les essais de Robinson sur le calcaire de l’India La loi de Darcy, ainsi qu’elle est représentée par la
na, dont les résultats ont été utilisés par Robinson et troisième équation du système (47), suppose que la
Holland pour leur vérification expérimentale de la perméabilité est indépendante de l’état de contrainte, ce
théorie de porosité limite, ont été réalisés à des vitesses qui n'est généralement pas le cas (Mordecai et Morris
de déformations relativement importantes (de l’ordre de (1969) ; Jouanna (1972)), elle n’est valide, en outre, que
10_4s_l) incompatibles avec des conditions de drainage pour des conditions d’écoulement bien précises.
parfait. On peut donc conclure, si l’on considère les Ainsi donc, même dans les meilleures conditions
résultats expérimentaux exposés au paragraphe 4.1.2., d’analyse, la représentation du comportement dyna
que la mesure de porosité limite proposée par ces mique des roches saturées reste approximative.
auteurs ne faisait que refléter les variations de dilatance.
Dès que les conditions de chargement sont telles que
Ces résultats expérimentaux indiquent que le déve des ruptures fragiles se développent, on ne sait plus
loppement des ruptures fragiles ne dépend donc pas représenter mathématiquement le comportement d’une
de la valeur maximum des contraintes moyennes dans roche saturée, étant donné que d’une part la loi de
la matrice solide mais d’instabilités énergétiques locales variation de la perméabilité est inconnue et que d’autre
dues aux concentrations de contraintes introduites par part la dilatance irréversible ne peut être modélisée.
l’hétérogénéité de la roche. Cette observation met en Pour les roches sèches, on prend en compte le compor
cause la validité du concept de critères de rupture éta tement post-élastique de la roche en introduisant dans
blis à partir des contraintes moyennes calculées d’après les calculs (programme d’éléments finis par exemple)
les forces extérieures appliquées sur l’échantillon (no une représentation numérique schématique des courbes
tion de courbe intrinsèque par exemple). Etant donné obtenues expérimentalement (Daemen (1975)).
que l’état de contrainte exact en tout point de la matrice Pour obtenir de telles courbes dans le cas des roches
ne peut être calculé, seuls des critères de rupture, du saturées, deux types d’essais doivent être effectués :
type de celui proposé au paragraphe 4.2.3., dérivés de
la notion de balance énergétique, devrait permettre - des essais drainés pour lesquels la pression de pore
d’analyser de façon satisfaisante le développement de la est maintenue constante (cas des essais précédem
désintégration dans les roches. ment décrits) ;
Concluons simplement que de toutes les définitions - des essais non drainés pour lesquels la pression de
de contrainte effective proposées dans la littérature, pore évolue en fonction des variations de volume
seule la définition proposée par Terzaghi en 1923 est poreux interconnecté et de la compressibilité du
vérifiée expérimentalement ; un raisonnement physique liquide de saturation.
simple a montré cependant que l’hypothèse de Terzaghi Ces deux conditions extrêmes de drainage permettent
n’est valide que si les effets de la pression hydrosta en effet de définir des comportements limites encadrant
tique appliquée dans l’espace poreux interconnecté est les lois de comportement réels observés pour des
négligeable. Cette théorie ne constitue donc pas une loi conditions de drainage quelconque.
physique rigoureuse mais correspond simplement à une
simplification pratique. Lorsque la vitesse de variation de volume poreux
interconnecté, résultant de la vitesse de chargement
imposé, est supérieur à la vitesse d’écoulement du
5.2. Influence de la vitesse de déformation liquide, il devient impossible d’effectuer des essais
et des conditions de drainage drainés. On peut alors utiliser l’une des deux méthodes
suivantes pour déduire des courbes de déformations
Lorsque l’hypothèse d'un comportement élastique est drainées fictives. Elles supposent toutes deux que le
acceptable et que les conditions d’application de la principe classique de contrainte effective est valide.
95
La première méthode consiste à effectuer des essais
non drainés au cours desquels la pression de confine
ment varie de la même quantité que la pression inter
stitielle, de sorte que la pression de confinement effective
reste constante. Cette technique, qui à notre connais-
n’a jamais été appliquée, devrait permettre d’étudier
l’influence des vitesses de déformation sur le comporte
ment de la roche saturée sans être gêné par l’effet de
drainage partiel précédemment décrit ; il permettrait
ainsi de préciser les effets physicochimiques d’inter
action solide-liquide.
La deuxième méthode consiste à effectuer des essais
non drainés classiques, c’est-à-dire à maintenir la pres
sion de confinement constante mais à effectuer les essais
à partir d’un certain nombre de pressions de confi
nement effectives initiales différentes.
Si l’on suppose que la déformation d’une roche
saturée est indépendante du chemin de chargement,
on peut alors déduire de ces essais des courbes fictives
correspondant à des essais drainés en joignant les points
de diverses courbes pour lesquels la pression de confi
nement effective est la même (voir fig. 13). Toutefois,
cette approche n’est pas très satisfaisante car dans le
domaine post-élastique, pour une même pression de
confinement effective ponctuelle, le degré de micro Fig. 13. — Obtention des courbes de réponses pour des
fissuration dépendra du chemin de chargement parcouru conditions de drainage parfait à partir d'essais triaxiaux
ainsi que cela est indiqué ci-après. non drainés :
Les figures 14, 15 et 16 représentent l’influence des - courbes a : variations de la grandeur V, en fonction
conditions de drainage sur le comportement d’une roche de la grandeur V2 pour différentes condi
saturée. Sur la figure 14, par exemple, on notera que, tions de pression de confinement effective
pour des conditions non drainées, la déformation axiale initiales (Pc — Pp) (indices 1, 2, 3);
moyenne (B„) qui correspond à la charge axiale moyen - courbes d : variations de la pression interstitielle en
ne pour laquelle la pression interstitielle reprend sa fonction de la grandeur V2.
valeur originale, est plus grande que celle obtenue pour Les points A,1.A2, A3 correspondent à une valeur identique
la même pression de confinement effective en conditions de la pression de confinement effective (Pc — Pp).
drainées (point Brf). Etant donné que, pour les condi
tions non drainées, avant que ce point de déformation
ne soit atteint, la pression de confinement effective est
plus faible que celle que l’on aurait en condition drai évident que le comportement en conditions de drainage
née, la densité de microfissures est plus grande et, par quelconque s'écartera d’autant plus du comportement en
conséquent, la déformation correspondante est plus conditions drainées que la dilatance sera importante et
importante. que la vitesse d’écoulement du fluide sera plus faible
En raisonnant de façon similaire, on peut montrer vis-à-vis de la vitesse de déformation de la roche
que la transition classe I-classe II est fortement in saturée.
fluencée par les conditions de drainage. Ainsi, par Le même type de raisonnement peut d’ailleurs s’ap
exemple, dans le cas de la dilatance positive, on observe pliquer aux déformations par cisaillement direct ainsi
l’effet classique de renforcement apparent (écrouissage) que cela est schématiquement représenté figure 17. On
dû à la diminution de pression interstitielle, tandis que observera que les conditions de variations de pression
dans le cas de la dilatance négative, on observe l’effet, de pore dans les blocs influencent le comportement
moins connu, d’affaiblissement apparent (contre écrouis apparent du joint du fait qu’elles influencent la
sage) dû à l’augmentation de pression de pore. Il est contrainte normale effective.
96
Fig. 14.
Fig. 15
Fig. 16.
6. CONCLUSION
Cette étude a montré qu’il était possible d’étudier le
comportement mécanique des roches saturées en suppo fissures), seule une étude expérimentale permet de pré
sant que tout point de l’espace occupé par la roche est ciser le comportement mécanique des roches fragiles et
en partie solide et en partie liquide. saturées. Il semble que la meilleure façon de procéder
Lorsque le comportement de la matrice solide est pour cette caractérisation consiste à effectuer des essais
linéairement élastique, que celui du matériau continu triaxiaux de compression (éventuellement polyaxiaux)
équivalent à la roche saturée est élastique (linéaire ou sur deux séries d’éprouvettes saturées placées sous
non-linéaire) et que le liquide interstitiel s’écoule selon conditions drainées pour les unes et non-drainées pour
la loi de Darcy, les déformations d’une roche saturée les autres. Si le principe des contraintes effectives est
peuvent être analysées de façon rigoureuse si l’on sup valide, il est alors possible de prendre en compte le
pose que les variations de perméabilité en fonction de phénomène de dilatance (positive et négative) en carac
l’état de contrainte sont négligeables ou connues. térisant le comportement de la roche saturée par une
série de courbes schématiques correspondant aux
Lorsque les conditions de chargement sont telles que conditions limites de drainage.
des ruptures fragiles se produisent (fissures au micro-
REMERCIEMENTS
98
REFERENCES
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