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Comportement élastique des roches saturées

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étude du comportement élastique

et fragile
des roches saturées par un liquide
par
F.-H. Cornet
Physicien-Adjoint
à l'Institut de Physique du Globe
de Paris

ETUDE DU COMPORTEMENT ANALYSIS OF THE ELASTIC BRITTLE BEHAVIOR


ELASTIQUE ET FRAGILE DES ROCHES OF SATURATED POROUS ROCKS
SATUREES PAR UN LIQUIDE
The purpose of this article is to discuss the
L'objet de cet article est de discuter de l'appli­ applicability of continuum mechanics principles to
cabilité des principes de la mécanique des milieux the analysis of the mechanical behavior of saturat­
continus à l'étude des roches poreuses et saturées ed porous rocks.
par un liquide. A new definition of rock porosity is proposed
Une nouvelle définition de la porosité est propo­ which provides a mean for characterizing porosity
sée pour caractériser les variations de porosité variations in a given rock space. This definition is
dans l'espace rocheux considéré. Cette définition used first to derive equilibrium equations in satu­
est utilisée pour dériver l'équation d’équilibre des rated porous rocks, secondly to discuss the various
roches saturées et discuter les différents modèles theory which have been proposed previously for
de comportement élastique linéaire proposés pré­ the analysis of the linearly elastic response of
cédemment pour ces matériaux. Ces résultats ont these rocks. The validity of the results have been
été vérifiés expérimentalement sur un grès et un investigated experimentally on Indiana limestone
calcaire ; ils se sont révélés satisfaisant pour le and Berea sandstone. It has been found that
calcaire mais non applicable au grès, celui-ci pré­ whilst Indiana limestone exhibits a linearly elastic
sentant un comportement élastique fortement non behavior, Berea sandstone is strongly non-linear.
linéaire. Du fait de cette non linéarité, une nouvelle Because of this lack of linearity a new definition
définition de la limite de comportement élastique for the limits of the elastic domaine, derived from
a été proposée. energy considerations, has been proposed.
Le comportement post-élastique de ces deux The post elastic behavior of these two rocks, i.e.
roches, c’est-à-dire de leur désintégration, a été the désintégration process, was investigated expe­
étudié expérimentalement par des essais triaxiaux rimentally by servo-controlled drained triaxial tests
drainés effectués avec une presse doublement (confining pressure ranging from 30 bars to
servo-asservle (de 30 bars à 500 bars de pression 500 bars). It has been observed that for some
de confinement). Il a été observé que pour certaines domaine of effective confining pressures, both
valeurs de la pression de confinement effective la rocks exhibited a negative dilatancy, called contrac-
roche présentait une dilatance négative, ou contrac- tancy; this contractancy was associated with an
tance, phénomène qui était associé à un comporte­ unstable behavior with respect to the work of
ment instable vis-à-vis du travail des forces exté­ external forces for Berea sandstone and a stable
rieures. Il est donc proposé de distinguer deux one in the case of Indiana limestone. These obser­
types de dilatance : vations support the hypothesis that two kinds of
- la dilatance irréversible associée au dévelop­ dilatancy should be considered;
pement de microfissures ; - an irreversible dilatancy associated with the
- la dilatance réversible associée à un comporte­ development of microfissures;
ment élastique non linéaire. - a reversible dilatancy associated with a non­
Les différentes notions de contrainte effective linear elastic response.
ont été discutées ; seule la théorie classique de Finally the various effective stress concepts have
Terzaghi (1923) s'est révélée satisfaisante et ce been discussed; only that proposed by Terzaghi
uniquement lorsque certaines hypothèses simplifi­ In 1923 was found reasonable, and this only when
catrices sont vérifiées. some simplifying assumptions are valid. In this
Finalement l'influence de la vitesse de déforma­ context, the strain rate influence has been dis­
tion est discutée et une nouvelle technique d'essais cussed; a new testing procedure for saturated
pour les roches saturées est proposée qui permet­ rocks has been proposed which removes part of the
tra de lever les limitations imposées actuellement testing constraints normally imposed by the drai­
par les conditions de drainage. nage conditions.

81
Comité Français de Mécanique des Roches

82
étude du comportement élastique et fragile
des roches saturées par un liquide
par F.-H. CORNET

1. INTRODUCTION
La géométrie excessivement compliquée, tant de la
matrice solide que des pores qui constituent une roche, La théorie de l’élasticité linéaire appliquée aux mi­
rend illusoire la détermination exacte des mouvements lieux poreux est ensuite présentée et les théories de
d’un point quelconque à l’intérieur d’un volume ro­ Biot (1941, 1955) et de Lubinski (1954) sont discutées.
cheux lorsque celui-ci subit une déformation. Aussi, la L’analyse de mesures expérimentales sur le grès de
roche est-elle généralement assimilée à un matériau Berea et le calcaire de l’Indiana permet alors de préciser
continu équivalent dont on essaie de déterminer les le domaine de validité de ces lois ainsi que la notion de
caractéristiques de façon que son comportement méca­ limite élastique.
nique soit aussi proche que possible de celui de la Puis la description des résultats d'essais triaxiaux
roche. drainés, effectués au moyen d’une presse servo-asservie
L'objet de cet exposé est de discuter de l’applicabilité sur les deux roches précédemment mentionnées, permet
des principes de la mécanique des milieux continus à d’aborder le problème de la dilatance ainsi que celui de
l'étude des matériaux intrinsèquement hétérogènes, la résistance des roches saturées et drainées.
discontinus et biphasiques que sont les roches saturées. Finalement, la notion de contrainte effective est
Tout d’abord, la notion de porosité est discutée et la discutée et le problème de la modélisation du compor­
loi d’équilibre dynamique pour le matériau continu tement « post-élastique », non quasi-statique, des roches
équivalent est dérivée dans le cas où la porosité est saturées brièvement abordé.
isotrope et où le liquide s’écoule selon la loi de Darcy.

2. EQUATIONS D’EQUILIBRE
La dérivation des équations d’équilibre pour une
roche saturée requiert tout d'abord que le rapport géo­
métrique solide-liquide soit explicité. où \up\ est la portion de « qui recoupe l’espace poreux.
2.1. Etude de la porosité Si u = 0 :
La porosité est définie traditionnellement soit de 1 (x, 0) = 0 si x appartient à la matrice solide;
façon volumique, soit de façon surfacique, soit encore 1(x, 0) = 1si x appartient à l’espace poreux.
de façon linéaire (voir, par exemple, Scheideger 1964). Si l’on représente les variations, quand |w| augmente,
Cependant, ces définitions classiques ne sont pas
complètement satisfaisantes car elles ne permettent pas de 1(x, u) pour un point x situé à l’intérieur de la
de représenter les variations possibles de porosité dans matrice solide et pour un point x' situé dans l’espace
l’espace considéré ; elles devraient donc être modifiées. poreux au voisinage immédiat de x, on obtient des
Considérons deux points x et y à l’intérieur d’un courbes du type de celles représentées sur la figure 1.
volume rocheux; on peut définir la porosité linéaire du Pour une valeur de u suffisamment grande les valeurs
vecteur x —y = u par la relation : de 1 (x, u) et de 1(x u ) deviennent très proches l’une
de l’autre.
( 1)

Fig. 1. — Variations de la poro­


sité linéaire en fonction du
module du vecteur u.

83
Ainsi on peut définir la porosité linéaire en un point x
d’une roche dans la direction n (n vecteur unitaire) par
la relation :
1 = 1 (x, u0)
( 10)
où u0 = k n est défini par la relation :
(en coordonnées sphériques u0 dépend de 0 et 9 ).
|1 (x, m0) - 1 (x', u0)| < e (2 )
On observera que si la porosité est isotrope alors :
e est choisi en relation avec la précision requise. Il est n (x) = /(x, a0n) = 1 (x, u0) (11)
bien évident que pour des valeurs de e infiniment
petites, le vecteur u0 ne peut être défini; on choisira Le fait que la porosité soit isotrope n’implique pas
généralement s de l’ordre de 0.005. Lorsque la porosité obligatoirement que |w0| soit indépendant de [’orien­
linéaire est indépendante de la direction de n elle est tation de u0 (0 et 9 , dans le cas du système de référence
dite isotrope; c’est le cas lorsque les pores sont distri­ sphérique adopté précédemment) mais seulement que
bués de façon quelconque.
le rapport [uq|/|u0| reste constant dans toutes les direc­
On peut maintenant définir la porosité de surface de
la roche considérée par la relation : tions. La notion d’isotropie pour la porosité fait donc
moins intervenir la notion d’orientation préférentielle
des pores que celle de distribution préférentielle. Il
semble, en première approximation, que pour la plupart
où n est la normale à la surface plane d’aire a0 définie des roches, y compris des roches métamorphiques telles
en coordonnées polaires par la relation : que les schistes, on puisse considérer la porosité comme
étant isotrope car on peut supposer que dans toutes les
(4) directions la distribution des pores est quelconque.
avec Ayant défini la porosité en un point quelconque
d’une masse rocheuse, il est possible de définir un
(5) gradient de porosité dans l’espace considéré; celui-ci
est défini par la relation suivante ;
Raisonnant en coordonnées polaires, on suppo­ » ô l (x, u0) »
sera .que Uq dépend de x et de ϴlorsque n est donné. (12)
où I; sont les vecteurs unitaires du repère considéré.
Pour les corps à porosité isotrope la relation (11)
implique que :
n,t =f, i = l,i (13)

2.2. Conditions d’équilibre du matériau


continu équivalent
On considère que le liquide s’écoule selon la loi de
Darcy et que la porosité est isotrope.
Soit un volume V, à l’intérieur de la masse consi­
dérée, de surface S. On appellera Vf la partie de V
Dans le cas général u0 et 1(x, u0) dépendent de ϴet occupée par le liquide et VMcelle occupée par la ma­
la porosité de surface se déduit de la porosité linéaire trice solide. On définira de même Sf la partie de S qui
par la relation : traverse le liquide et SA, celle qui traverse le solide.
Avec ces notations, l’équilibre dynamique du volume V
est représenté par l’équation :
( 6)

Dans le cas d’une porosité isotrope 1 (x, u0) est (14)


indépendant de l’angle 0 et par conséquent :
/(x, a0n) = 1(x, u0) (7) où aF et aM sont respectivement les tenseurs des
contraintes définis dans le liquide et dans le solide;
On définira de même une porosité de volume mais pFet pMsont respectivement les densités dans le liquide
pour cette définition seules interviendront les coor­ et dans le solide;
données du point considéré : b est la force gravitationnelle (généralement g Si3 I(),
n (x) = rg/uo (8) n est la normale à l’élément de surface da = da n.
où le volume u0 est défini par la relation : Considérons l’élément d’aire a0 de S, ainsi qu’il a été
défini pour la porosité de surface. Cet élément est sou­
(9) mis à la force de surface dt dont les composantes

84
s'expriment de la façon suivante : Dans le modèle proposé, on suppose que lorsque le
volume dv de la roche saturée tend vers zéro, il le fait
(13) de telle sorte que pour dv < va (va volume défini pour
la porosité de volume) la porosité reste constante. Ce
où l’on suppose que l’aire a0 comporte m pores d’aire modèle n’est donc équivalent à la roche réelle que pour
des volumes supérieurs à v0. On a, alors, l’équivalence
Amet rri parties solides Am.. entre l’une ou l’autre des représentations suivantes pour
Appliquant le théorème de la moyenne, on peut la résultante des forces de surface :
écrire que pour le m**"' pore :
(21 a)

(21 b)
où afj est la valeur de ety au point ymde Am. On peut définir, de même, une densité moyenne en
tout point de la roche par la relation :
Il est donc possible de définir la valeur moyenne ajj P = f pF + (1 - f )PM (22)
de (j.f pour l’aire a0 de S considérée : où ρF et ρm sont respectivement les densités moyennes
du liquide et du solide pour le volume vQ(défini pour
(16) la porosité de volume).
L’équation (14) peut alors s’écrire :
On définira de façon similaire une valeur moyenne (23)
des contraintes supportées par la partie solide de
l’aire a„ : Ainsi, après avoir transformé l’intégrale de surface
en intégrale de volume et après avoir observé que
(17) l’équation (15) doit être vérifiée pour tout volume V,
on en déduit la relation classique d’équilibre des maté­
Ainsi la traction supportée par l’aire a0 peut s’expri­ riaux continus :
mer par l’une ou l’autre des relations (15) ou (18) : div σ + ρ b = 0 (24)
(18) qui peut encore s’écrire, si l’on fait intervenir les
Si l’on définit, pour touf point de la roche saturée, la composantes moyennes des contraintes supportées par
notion de contrainte moyenne par la relation : le liquide et par le solide défini en tout point du
matériau continu équivalent :
e,j = / < + ü - / K M (19)
la relation (18) peut encore s’écrire : f (div σ'F + ρ'Fb) + (1 - f ) (div σ M+ p'Mb) +
(20) (25)

3. ELASTICITE LINEAIRE
3.1. Théorie
assimilés à la matrice solide, on définit ainsi un matériau
On supposera ici que la matrice solide ainsi que le continu M équivalent à la matrice solide et aux pores
matériau global solide + liquide (matériau B) sont non connectés ; la notion de porosité doit alors être
linéairement élastiques. On peut alors déterminer aisé­ comprise comme étant la « porosité interconnectée ».
ment la loi de comportement du matériau B en appli­ D’après Nur et Byerlee (1971), on peut montrer que la
quant la décomposition des contraintes indiquée sur la déformation causée par cette pression hydrostatique
figure 2. La première composante (composante I) cor­ s’exprime par la relation :
respond à une pression hydrostatique appliquée aussi
bien sur la surface extérieure de l’élément considéré eij = P/KM· 8iJ (26)
qu’à l’intérieur de l’espace poreux interconnecté. Il où 1/KM est la compressibilité du matériau équiva­
convient de souligner ici le fait que les pores qui n’ap­ lent M.
partiennent pas au volume poreux interconnecté sont

Fig. 2. —Décomposition de l’état


de contrainte pour l’analyse de
la déformation des roches po­
reuses et saturées.
85
La composante II, que l’on notera (σ —P I) est Cette équation s’écrit sous forme vectorielle
appliquée sur le matériau rocheux saturé (matériau B)
libre de toute pression interstitielle. La déformation
correspondante est donc :
(35')
(27) On retrouve ainsi le fait que la force de percolation
due au gradient de pression ΔP dans le liquide, n’est
où vB et EB sont respectivement le coefficient de Pois­ assimilable à une force de volume que si la compressi­
son et le module d’Young du matériau B. bilité 1/KMest négligeable devant 1/KB.
a = σII/3 est la contrainte sphérique appliquée sur On remarquera que les équations (24) et (35) sont
l'élément considéré. La déformation totale est donc : similaires à celles dérivées par Biot (1941), avec l’équi­
valence suivante entre les constantes :
(28) Biot (1941) Dérivation présentée
1/H 1/KB - 1/KM
où 1/KB= 3(1—2 vb)/Eb est la compressibilité du a = 2 (1 + v) G/
matériau B. 3 H ( 1 —2 v) I - KB/KM
On retrouve ainsi aisément le résultat de Geertsma 1/Q - 1/KM(KB/KM- 1 + / )
(1957) : On observe donc que la constante Q, considérée
par Biot, n’est pas vraiment une constante puisque f,
(29) la porosité isotrope, n’est pas constante.
où Ɛ est la déformation volumique. Dans une dérivation postérieure, Biot (1955) a pro­
posé de différencier la partie de la contrainte, s'exerçant
En appliquant le théorème des travaux réciproques sur un cube représentatif, supportée par la matrice so­
on obtient le résultat classique (Geertsma 1957) : lide de celle qui est supportée par le liquide.
(30) Ainsi que cela a été montré dans le précédent para­
graphe, la partie de la contrainte a supportée par la
ou ΔVP/Vp est la variation relative de volume poreux matrice solide peut être représentée par a'M et celle
interconnecté, n est la porosité volumique (elle est égale supportée par le liquide par o'f = P 1 (P = pression
à la porosité de surface / dans le cas considéré ici). interstitielle). Or Biot suppose d’une part que la partie
On en déduit la variation de porosité relative : de la contrainte supportée par la matrice M est égale
(31) à (1 —f ) σ'Me t d’autre part que c’est cette contrainte
qui est responsable de la déformation s décrite par
Si la compressibilité 1/Kw du matériau M est négli­ l’équation (28). Il vient d’être montré que la déforma­
geable devant la compressibilité 1/KB du matériau B, tion s était obtenue si l’on considérait la contrainte
la relation (28) devient : totale a = f σ'F + (1 —f ) σ'M aussi l’équation (35')
(32) diffère-t-elle de celle dérivée par Biot en 1955.
On relèvera finalement que l’équation (28) pour e
Si 1/KMn’est pas négligeable, ce qui est le cas si le est également différente de celle proposée par Lubinski
volume poreux non interconnecté est important, la va­ (1954) puisque cet auteur proposait la relation suivante :
riation de pression interstitielle observée pour des
conditions non drainées est donnée par :
(33)
(36)
ou Cp est la compressibilité du liquide. Dans ce cas, la '
déformation du matériau B est donnée par : où f est la porosité d’aire supposée constante dans toute
la roche.

3.2. Vérification expérimentale


(34) Afin de vérifier l’applicabilité de la théorie de l’élas­
ticité linéaire aux roches poreuses et saturées, des éprou­
Pour des conditions drainées où l’écoulement obéit à vettes cylindriques de deux roches sédimentaires (grès
la loi de Darcy, les déplacements dans le matériau B de Béréa et calcaire de l’indiana), saturées artificielle­
sont calculés en intégrant l’équation (35), obtenue en ment par de l’huile légère de faible viscosité, ont été
substituant l’équation (28) dans l’équation d’équilibre soumises à des efforts de compressions triaxiaux. Au
(24) ; en remplaçant par 1/2 (ui,j + uj i) où u est cours du processus de déformation, les déformations
axiales et volumiques ainsi que les variations de volume
le vecteur déplacement : poreux interconnecté ont été mesurées. La technique
expérimentale est décrite dans le paragraphe suivant.
Les courbes ainsi obtenues sont représentées sur les
figures 5, 6, 7, 8, 9 et 10. On remarque que la théorie
(35) de l’élasticité linéaire fournit des résultats tout a fait
avec GB= 2(1 + vB)/EB= module de Coulomb du satisfaisants pour le calcaire de l’Indiana et que la
matériau B. compressibilité \/KMest du même ordre de grandeur,
86
bien que plus petite, que le coefficient 1/Kfl de la roche
saturée. Au contraire, pour le grès de Béréa, la définition
d’un comportement linéaire à faible pression de confi­
nement apparaît tout à fait subjective alors qu’elle de­
vient plus réaliste dans le domaine des hautes pressions
de confinement (supérieur à 200 bars). Pour ce compor­
tement non linéaire un nouveau modèle devrait être
défini, ce point est discuté aux paragraphes 4.2, 4.3 et
5.2.

3.3. La notion de limite élastique


Lorsque le comportement d’une roche est élastique
et linéaire, la limite élastique est définie comme étant
l’effort maximal pour lequel la relation effort-déforma­
tion reste linéaire. Toutefois, ce point est parfois diffi­
cile à définir et il est connu, par exemple, que la limite
de linéarité pour la relation effort-déformation volu­
mique est généralement plus faible que celle définie à
partir de la relation effort-déformation axiale (Brace et
al. (1966), Morlier (1969). De plus, cette limite de
linéarité n’est évidemment pas définie pour les maté­ Fig. 3. — Comparaison des valeurs calculées et mesurées
riaux non linéaires bien qu’élastiques. Nous proposons pour l'énergie de déformation accumulée dans la matrice
donc de définir cette limite par comparaison entre le solide par unité de volume global d’un échantillon saturé
travail des forces extérieures appliquées à l’éprouvette de calcaire de l'Indiana.
et l’énergie élastique supposée être accumulée dans la
roche pour une déformation donnée. forces extérieures devient inférieur à l’énergie de défor­
Si le travail des forces extérieures est supérieur ou mation élastique, cela indique qu’un nouveau phéno­
égal à l’énergie de déformation élastique calculée, on mène est intervenu dans le mode de déformation, à
peut considérer que la roche est encore dans le domaine savoir rupture fragile ou déformation plastique, et que,
élastique et que la différence entre le travail des forces par conséquent, les conditions de chargement n’appar­
extérieures et l’énergie de déformation élastique corres­ tiennent plus au domaine de définition du comportement
pond à la quantité d’énergie absorbée par les phéno­ élastique. Les figures 3 et 12 indiquent qu’une telle
mènes de frottement. Au contraire, lorsque le travail des définition devrait apporter des résultats satisfaisants.

4. ETUDE DE LA DESINTEGRATION QUASISTATIQUE SOUS CONTRAINTE TRIAXIALE


DE COMPRESSION EN CONDITIONS DRAINEES

4.1. Etude expérimentale 4.1.1. Technique expérimentale


Afin d’analyser l’influence mécanique d’un liquide Les essais triaxiaux drainés, effectués sur des éprou­
sur le processus de désintégration d’une roche saturée, vettes saturées artificiellement mais indépendamment
il est apparu nécessaire d’individualiser tout d’abord des essais proprement dits, ont été réalisés au moyen
les différents mécanismes mis en jeu. d'une presse asservie de façon à assurer continuellement
Une série d’essais triaxiaux drainés, effectués sur un mode de déformation quasistatique.
des éprouvettes cylindriques de grès de Béréa Le principe des presses servo-asservies a déjà été
et de calcaire de l’Indiana (diamètre 5 cm, élan­ exposé (Rummel and Fairhust (1970), Hudson et al.
cement 2) au moyen d’une presse servo-asservie, ont (1971)) et nous nous contenterons de décrire la tech­
permis d’obtenir des informations sur le comportement nique expérimentale ainsi qu’elle est schématisée sur la
de ces deux roches après que leur limite élastique ait figure 4. La première boucle d’asservissement impose
été dépassée et avant que la résistance résiduelle ne soit que la pression de confinement soit maintenue constante
atteinte (domaine appelé ici domaine post-élastique). tout au long de l’essai. Ainsi, si la pression a tendance à
Ces deux roches ont été choisies car elles présentent diminuer, la charge axiale est augmentée, ce qui fait
toutes deux une forte porosité (18 % pour le grès, 15 % pénétrer le piston de chargement à l’intérieur de la
pour le calcaire) mais des perméabilités très différentes cellule et donc augmente la pression de confinement.
(perméabilité à l’eau pour le grès de 0.58 |im/s, pour le Au contraire, si la pression de confinement a tendance
calcaire de 0.007 nm/s) ainsi que des comportements à augmenter, la charge axiale est diminuée, ce qui se
rhéologiques complémentaires (fragile pour le grès, ten­ traduit par une sortie du piston et donc une diminution
dance ductile pour le calcaire quand la pression de de pression de confinement, Le deuxième circuit d’as­
confinement devient supérieure à 175 bars). servissement impose un écoulement du fluide de confi­
Ces essais ont permis de compléter certains résultats nement monotone avec le temps. Ce circuit impose
publiés précédemment sur ce sujet (par exemple Robin­ donc une diminution de pression à l’intérieur de la cel­
son (1959), Handin et al. (1963), Baron et al. (1963), lule et, par réaction de la première boucle, un
Brace et al. (1966), Brace and Martin (1968), Wawer- chargement de l’éprouvette tel que sa déformation laté­
sik (1968), Edmund and Paterson (1971), Schok et al. rale moyenne (e„ 4- s33) soit une fonction monotone du
(1973)). Ils seront discutés après que la technique temps.
expérimentale ait été décrite.
87
Fig. 4. —Représentation schéma­
tique de l'appareillage triaxial
utilisé.

La mesure de la quantité de fluide s’écoulant hors de donné qu’aucun gradient de pression interstitielle ne
la cellule triaxiale ainsi que celle des déplacements du s’est développé (lorsque l’éprouvette était maintenue
piston permettent de déterminer la déformation axiale sous charge constante après une période de chargement,
moyenne et la déformation volumique moyenne de aucune variation de pression de pore n’était observée),
l’éprouvette saturée (c’est-à-dire du matériau B défini on peut en déduire que dans le premier cas un certain
dans le paragraphe précédent). Les déformations ont nombre de microfissures se sont développées, ou se sont
lieu de façon quasistatique (vitesse de déformation ouvertes, mais sont restées sèches alors que dans le
latérale moyenne de 10-6 s-1) ce qui permet d’assurer second cas, des pores qui étaient isolés du système inter­
manuellement la constance de la pression interstitielle connecté se sont trouvés reliés à lui par le dévelop­
tout au long de l’essai. Les quantités de liquide s’écou­ pement de fissures. Ce dernier effet dépend d’ailleurs
lant hors, ou vers, l’éprouvette fournissent une mesure de la pression de confinement, étant donné qu’elle
directe de la variation de volume poreux interconnecté. influence le nombre de pores isolés du réseau
interconnecté.
4.1.2. Résultats D’autre part, les résultats obtenus pour le grès indi­
quent clairement qu’une même roche peut présenter un
Les figures 5 à 10 fournissent une synthèse des résul­ mode de rupture stable ou instable selon l’amplitude de
tats obtenus. Il est à noter que ces courbes ne corres­ la pression de confinement et que, contrairement à ce
pondent pas aux courbes effort-déformation de la qui est généralement admis, une augmentation de pres­
rhéologie mais à des courbes force moyenne par unité de sion n’est pas automatiquement accompagnée d’une
surface-déformation moyenne par unité de longueur, plus grande stabilité.
surface ou volume. En effet, si dans le domaine élas­ Rappelons la classification proposée par Wawersik
tique, on peut, en première approximation, supposer que (1968) pour caractériser le comportement post-élastique
la relation effort-déformation peut être étudiée par des des roches à savoir la classe I lorsqu’il faut fournir
essais triaxiaux, au cours de la désintégration de continuellement de l’énergie à la roche pour la déformer
l’éprouvette la présence de nombreuses discontinuités et la classe II lorsque le développement quasistatique
rend illusoire la détermination exacte des contraintes à de la rupture requiert qu’une certaine quantité d’énergie
l’intérieur de l’éprouvette à partir de la seule connais­ soit soustraite (par déchargement des plateaux de la
sance des forces appliquées. Ainsi, pour chaque essai, presse) à l’énergie de déformation élastique accumulée
a-t-on déterminé les trois courbes suivantes : dans le roche (cette classification introduit, en fait, la
- Courbe a : force axiale moyenne-déplacement axial notion de stabilité vis-à-vis du travail des forces exté­
moyen (Al/1) ; rieures plutôt que vis-à-vis des forces extérieures elles-
- Courbe b : force axiale moyenne-variation moyen­ mêmes).
ne du volume global (ΔVB/VB) ; On observe ainsi que, pour le grès, lorsque son
- Courbe c : force axiale moyenne-variation moyen­ comportement est de classe II, l’augmentation de vo­
ne du volume poreux interconnecté lume produit par le développement de la rupture reste
par unité de volume global (ΔVP/VB). plus petite que la diminution causée par le relâchement
Les figures 5, 8, 9 montrent clairement le phénomène des charges appliquées, effet qui donne naissance à une
de dilatance classiquement décrit dans la littérature. certaine « contractance ». Cette « contractance » reflète
On observe cependant que, pour ces deux roches, la en fait un comportement non linéaire élastique marqué ;
variation de volume poreux interconnecté et les varia­ il est causé par la présence des nombreuses microfis­
tions de volume globales de l’échantillon sont similaires sures développées avant la formation de la surface de
mais non identiques. Ainsi, pour la première série macro-rupture.
d’essais sur le grès (fig. 5) les variations de volume Plus la densité de microfissures au moment du dé­
poreux interconnecté sont toujours restées plus faibles clenchement de la rupture instable sera importante et
que les variations de volume globale alors que le plus grande sera l’instabilité car plus petite étant la rai­
contraire a été observé pour les autres essais. Etant deur de la roche plus grande sera l’énergie élastique
88
Fig. 5.

Fig. 5 à 7. — Essais triaxiaux


drainés sur le grès de Berea :
axe des x :
- courbe a, déformation axiale
moyenne A 1/1 ;
- courbe b, déformation vo­
lumique globale moyenne
ΔVb/Vb ;
- courbe c. variation de volume
poreux interconnecté par
unité de volume global ;
A Vp/VB.

Fig. 7.
susceptible d’être libérée. C’est ce phénomène que reflète tance », observé pour le calcaire, et qui correspond à
indirectement l’effet de « contractance » précédemment un comportement de type ductile. Cette « contractance »
décrit. n’est pas un phénomène élastique ; il correspond à ce
Notons finalement le deuxième type de « contrac- que les géologues appellent l’écoulement cataclastique

89
Fig. 8.

Fig. 8 à 10. — Essais triaxiaux


drainés sur le calcaire de l'In­
diana :
axe des x :
- courbe a, déformation axiale
moyenne A1/1 ;
- courbe b, déformation vo­
lumique globale moyenne
AVb/Vb ;
- courbe c, variation de volume
poreux interconnecté par
unité de volume global ;
AV,/Vb.

Fig. 9.

c’est-à-dire le développement de microfissures, suivi de


microglissements le long de ces discontinuités, tendant
à diminuer irréversiblement le volume des pores. Ce
phénomène est observable sur les figures 10 et 11.
Ces résultats indiquent donc que le développement
de la rupture n’est pas toujours associé à une augmenta­
tion de volume mais qu’au contraire, il existe deux
types de «contractances » possibles, le premier associé
à un phénomène de rupture instable caractéristique de
certains comportements fragiles, le deuxième associé
au développement de microfissures et de microglisse­
ments caractérisé par un comportement de type ductile.
Rappelons que ce deuxième type avait été précédem­
ment décrit et analysé par Edmund et Paterson (1971)
et Schock et al. (1973).

Fig. 10.

90
Fig. 11. — Déformation volumique moyenne en fonction de la défor­
mation axiale moyenne pour un échantillon de calcaire de l'Indiana
soumis à des efforts de compression triaxiaux.

4.2. Essais d'analyse appel au théorème de représentation des fonctions ten-


sorielles isotropes (Truesdell (1952)). Toutefois, cette
4.2.1. Fissures et microfissures proposition est très simplificatrice car elle néglige les
phénomènes de frottement. Des expériences simples de
Il est maintenant admis que des discontinuités dues à charge et décharge d’échantillons microfissurés indi­
des ruptures locales se développent dans une roche quent que la quantité d’énergie dissipée par les frot­
lorsque celle-ci est soumise à des efforts supérieurs à tements est d’autant plus élevée que la densité de
sa limite élastique. 11 est toutefois nécessaire de diffé­ microfissures est plus grande et que la variation de
rencier deux types de discontinuités : les microfissures contrainte au cours du cycle de chargement est plus
et les fissures. importante.
Les microfissures ont des dimensions du même ordre En outre, le théorème proposé par Truesdell ne s’ap­
de grandeur que celles des éléments constitutifs de la plique, par définition, qu’à des fonctions tensorielles
roche. Elles sont à l’origine des variations de volume isotropes ; or, la déformation des roches fissurées n’est
global observées dans le domaine post-élastique. On pas toujours une fonction isotrope de la contrainte. En
essaiera de représenter leur développement et leur effet, les microfissures sont souvent orientées dans une
influence sur le comportement de la roche en imposant direction priviligée (celle de la contrainte principale
certaines propriétés particulières au matériau continu maximale existant lors du développement des micro­
équivalent B. fissures) ce qui entraîne un comportement anisotrope
Les fissures sont définies de façon macroscopiques ; du matériau continu équivalent B. Ce point a été récem­
elles sont la cause de la rupture totale des éprouvettes. ment confirmé par les travaux de Hadley (1975) sur
Elles peuvent être issues soit de la coalescence de nom­ l’anisotropie des vitesses de propagation des ultrasons
breuses microfissures soit de l’extention d’une seule. On dans les roches microfissurées.
étudiera leur développement et leur influence sur le Toutefois cette représentation, même simpliste, du
comportement de la roche en les assimilant à des dis­ comportement non linéaire élastique mérite d’être rete­
continuités dans le champs des déplacements. nue car elle fournit le seul élément de calcul actuel­
lement disponible pour représenter la dilatance
4.2.2. Dilatance et « contractance » réversible.
Le terme de dilatance est généralement utilisé pour Rappelons que le théorème de la représentation des
décrire l’augmentation de volume associée à l’application fonctions isotropes permet d’écrire la relation effort-
d’une contrainte de cisaillement pur. Aussi, plutôt que déformation sous la forme :
d’employer les termes dilatance et « contractance », il (37)
paraît plus simple de parler de dilatance positive pour
les augmentations de volume global et de dilatance né­
gative pour les diminutions en conservant le terme dila­ où est le tenseur déformation ;
tance, sans préciser si elle est positive ou négative, pour u est le vecteur déplacement,
représenter les variations de volume non prévisibles par
la théorie de l’élasticité linéaire. est le tenseur contrainte,
Etant donné cette définition, deux types de dilatance ϕ k sont des fonctions polynomiales des invariants du
doivent être distingués : premier ordre de a.
- l’un, réversible, fait intervenir le comportement
élastique non linéaire d’une roche ; Si l’on ne retient que les termes d’ordre inférieur
- l’autre, irréversible, fait intervenir le développement ou égal à deux et que l’on prend comme état de réfé­
de microfissures et est associé au processus de rence l’état indéformé, l’équation devient :
désintégration.
Dilatance réversible (38)
Il a été proposé (Stuart and Dietrich (1974) ; Freu­ avec
denthal (1975)) d’associer la dilatance réversible à un
comportement élastique non linéaire isotrope en faisant
91
ou encore :
(41')
I3 =π σ i= det a
Pour un tel comportement, six constantes doivent La relation (39) apparaît donc comme plus générale
être déterminées, ce qui nécessite que des essais que l’équation (41') puisqu’elle fait intervenir la notion
polyaxiaux (triaxiaux vrais) soient effectués. d’orientation de la surface ds considérée. Pour un
Les coefficients a et d sont, en fait, les constantes matériau homogène, l’influence de l’orientation de ds
classiques de l’élasticité linéaire plus souvent notées ne fait que refléter Tanisotropie éventuelle du matériau.
où v est le coefficient de Poisson et Pour un matériau hétérogène, tel qu’une roche, il
permet d’inclure l’effet possible du gradient des
E le module d’Young. contraintes en tête de fissure. En effet, ainsi que l’ont
Dilatance irréversible montré Hoagland et al. (1972), lorsqu’une fissure de
traction se développe dans une roche, une zone
Comme cela a déjà été dit, la dilatance irréversible d’intense microfissuration se forme en tête de fissure et
est due au développement de microfissures. Toutefois, absorbe donc une quantité non négligeable d’énergie.
bien que l’on puisse essayer de corréler directement la L’étendue de cette zone dépend de la distribution des
dilatance à la croissance des microfissures, il semble
qu’une approche globale, où la roche est assimilée à contraintes en fond de fissure ou plus précisément du
un matériau continu soit plus prometteuse. C’est ce gradient de contrainte. Aussi, pour les roches, l’in­
qu’ont proposé Rudniki et Rice (1975) et Rice (1975). fluence de l’orientation de ds fait-elle intervenir l’ani-
Toutefois, leur modèle, bien qu’il permette de préciser sotropie possible ainsi que cet effet du gradient de
et formaliser mathématiquement certaines caractéris­ contrainte. En fait, dans les calculs actuels on suppose
tiques du comportement post-élastique des roches, im­ encore que le critère énergétique de Griffith reste valide
plique que le facteur de dilatance β= dp ε/dpy (où dpε dans sa forme initiale. Un modèle numérique à deux
est la variation volumique irréversible et dpy est la
déformation de cisaillement irréversible) soit déterminé dimensions (conditions de déformations planes), déve­
au laboratoire pour différentes conditions de contraintes loppé à partir du critère exprimé par l’équation (41') et
et de déformation puisque β n’est pas constant. Ce utilisant la méthode des discontinuités de déplacement
modèle représente donc plus une analyse des consé­ proposé par Crouch (1975), permet en effet d’obtenir
quences qu’une étude du développement proprement une modélisation satisfaisante de l’influence de la
dit de la dilatance. Le problème de la modélisation du contrainte principale minimale sur l’orientation de la
développement de la dilatance irréversible reste donc propagation des fissures soumises à des contraintes de
à résoudre. compression (Cornet 1976).
4.2.3. Le développement des fissures Pour des conditions données de vitesse de chargement,
et la notion de résistance de géométrie d’échantillon et de conditions aux fron­
tières, on devrait théoriquement pouvoir établir une
Le terme fissure doit être compris ici comme repré­ relation entre énergie de surface et résistance à la
sentant des discontinuités macroscopiques dans le compression puisque la notion de résistance ne fait que
champ des déplacements définis dans le matériau refléter la notion de stabilité, ou plutôt d’instabilité, des
continu équivalent B. fissures vis-à-vis des forces apliquées. Cependant, étant
Pour des conditions quasistatiques, la propagation de donné que l’on ne sait pas encore modéliser correcte­
ces fissures peut être analysée en considérant une géné­ ment le développement de la microfissuration, cette
ralisation du critère de Griffith (Griffith (1920)) à sa­ relation n’a encore pu être dérivée.
voir qu’une fissure se propage si la quantité d’énergie
élastique libérée par cette propagation est supérieure à 4.3. Influence de la pression interstitielle
celle absorbée par le développement de nouvelles sur­
faces. Ce critère, qui est dérivé du théorème de l’énergie L’essai d’analyse du développement de la désintégra­
potentielle minimale, est représenté par la relation tion des roches a montré qu’essentiellement trois points
Δ WE(ds) Δ WB(ds) (39) devaient être considérés :
- formation des microfissures ou développement de la
où A WE(ds) est la variation d’énergie élastique impli­ dilatance irréversible ;
quée par le développement de ds; - comportement élastique de la roche microfissurée ;
A WB(ds) est la quantité d’énergie absorbée par la - initiation et propagation des fissures ; étude de leur
stabilité vis-à-vis des forces appliquées (notion de
formation de ds; ds = n da est la surface nouvellement résistance), vis-à-vis du travail des forces appliquées
créée. (notions de classe I classe II).
Griffith a supposé de plus que Δ WB(ds) était directe­ Si l’espace des pores est quasiment complètement
ment proportionnel à l’aire des surfaces créées : interconnecté, en sorte que les fissures et microfissures
sont presque toutes saturées par le liquide interstitiel,
Δ WB(ds) = y da (40) la compressibilité du matériau M, équivalant à la
où y est l’énergie de surface du matériau considéré; matrice solide et aux pores non interconnectés, peut
da est l’aire de la surface ds. être considérée constante et donc indépendante de l’état
de déformation du matériau B. Dans ces conditions, on
Le critère de Griffith s’exprime donc par la relation : peut déduire le comportement de la roche microfissurée
A WE(ds) ≥ y da (41) par superposition des états de contrainte indiqués sur
la figure 2 (en fait d’ailleurs, dans ces conditions, la
92
déformation due à la pression P 1 est souvent négli­ d’énergie de déformation élastique dans la matrice
geable devant celle causée par l’état de contrainte dépend des variations de la contrainte (σ —P 1) où a
σ —P 1). Si le comportement de la matrice M n’est pas et P sont définis pour tout point du matériau continu
linéaire, le principe de superposition n’est plus appli­ équivalent, si 1/KMest négligeable devant 1/KB. On en
cable et une autre approche doit être proposée. La déduit donc que pour de tels matériaux les conditions
théorie des milieux continus inter-actifs (Green et requises pour le développement de ruptures fragiles ne
Steel 1966) devrait fournir la solution. Il n’est pas dépendent que de (σ —P 1).
certain cependant que l’ampleur du phénomène justifie Or ce résultat a également été observé pour le grès
la complexité d’une telle démarche et le principe de de Béréa, matériau qui a été décrit comme étant for­
superposition, même s’il est légèrement erroné, devrait tement non linéaire; la notion de linéarité ne devrait
fournir des résultats satisfaisants dans la plupart des donc pas intervenir. Considérons le raisonnement
cas. physique suivant.
Reste donc à résoudre le problème de l’influence de Les ruptures fragiles (fissures et microfissures) sont
la pression interstitielle sur les ruptures fragiles (fissures dues à des instabilités énergétiques causées par des
et microfissures), c’est-à-dire sur les variations d’éner­
gie de déformation élastique dans la matrice solide, si concentrations de contrainte locales. Si l’espace des
l’on adopte le critère de Griffith, car seul le solide peut pores est entièrement interconnecté et si la matrice
se rompre. solide est homogène, la composante hydrostatique de la
Considérons tout d’abord l’essai triaxial classique et décomposition de contrainte indiquée sur la figure 2
analysons ce qui se passe dans la matrice solide lorsque induit simplement une contrainte hydrostatique dans
la charge axiale est augmentée de As, tandis que la le solide et les ruptures ne peuvent donc être causées
pression de confinement Pc et la pression interstitielle que par la composante (σ —P 1). Toutefois, si les pores
Pp sont maintenues constantes. La différence entre le ne sont pas tous interconnectés, ou si la matrice solide
travail des forces extérieures et le travail effectué par est très hétérogène, la composante hydrostatique P 1
la pression de pore fournit le travail effectué sur le
matériau continu équivalent M. Si l’on suppose ce peut donner naissance à de fortes concentrations de
matériau M ainsi que le matériau B être linéairement contraintes et le principe précédent ne sera plus valide.
élastiques, en appliquant les résultats du paragraphe 3.1, La figure 12 représente les variations de travail
on montre que la variation d’énergie élastique ΔWM effectué sur le matériau M en fonction de la déformation
dans le matériau M associé à la variation Δj , est :
axiale moyenne pour des échantillons de calcaire de
l'indiana soumis à des pressions de confinement Pc et
des pressions interstitielles Pp différentes mais telles que
leur différence Pc —Pp soit la même pour tous les
(42) essais. On observe que pour des valeurs de Pp supé­
rieures à 175 bars le principe selon lequel le travail
où est la déformation axiale du maté­ effectué sur le matériau M ne dépend que de (σ —P 1)
ne s’applique plus. Pour cette roche, le volume poreux
riau B. non interconnecté est important et il est permis de
Ainsi, si 1/KMest négligeable devant 1/KB, le travail penser que la valeur 175 bars correspond à la valeur de
effectué sur M, et donc sur la matrice solide si l’on la pression interstitielle pour laquelle les concentrations
suppose vides les pores non connectés, est le même que de contraintes qu’elle induit ne sont plus négligeables.
si la pression de pore était nulle et la pression de On ajoutera d’ailleurs que si la pression de pore est
confinement égale à Pc — Pp. trop élevée, le comportement rhéologique du matériau
En généralisant ce résultat, on montre que pour les M est modifié et qu’en conséquence, la théorie précé­
matériaux linéairement élastiques et fragiles la variation demment proposée ne s’appliquerait pas.
Fig. 12. — Travail total effectué sur la matrice solide d'échan­
tillons de calcaire de l’indiana soumis à des efforts de
compression triaxiaux tels que la pression effective de confi-
r nement soit la même.
5. APPLICATION AUX ROCHES NON DRAINEES ET A DRAINAGE PARTIEL

5.1. La notion de contrainte effective aucun cas, être confondue avec l’état de contrainte réel
dans la matrice solide.
Il est connu depuis longtemps que le comportement
des roches saturées est influencé par la pression inter­ 5.1.2. Contrainte effective et porosité d’aire
stitielle (voir par exemple Terzaghi (1945), Robinson
(1959), Baron et al. (1963), Handin et al. (1963), Brace Biot (1955) a proposé d’étudier le comportement
and Martin (1968)). 11 a été proposé, en conséquence, d’une roche saturée en considérant les déformations
d’analyser le comportement des roches saturées de la d’un matériau continu C obtenu en supposant que la
même façon que celui des roches sèches en remplaçant matrice solide remplit la totalité du volume occupé par
toutefois la notion de contrainte par celle de contrainte la roche saturée mais que la pression du liquide inter­
effective. Trois définitions ont été proposées pour ces stitiel n’est définit qu’à l’intérieur de l’espace poreux
contraintes effectives et une certaine confusion en est interconnecté. Ainsi, selon son modèle, le comportement
résultée. Ces trois conceptes seront analysés maintenant de la roche saturée serait simplement fonction de la
en utilisant les résultats précédemment décrits. contrainte effective :
5.1.1. Définition classique a" = a - a P 1 (45)
de la notion de contrainte effective où :
Cette définition a été proposée en 1923 par Terzaghi a est la contrainte définie pour le matériau équiva-
pour les sols saturés. Elle consiste à assimiler la roche ~ lent B,
saturée à un matériau continu équivalent, à supposer la a est la porosité de surface (supposée constante),
pression de pore définie en tout point de ce matériau P est la pression hydrostatique dans les pores.
équivalent et à négliger l’influence de cette pression
uniforme. Il en résulte que le comportement mécanique Il a été montré au paragraphe 3.1. que l’équation
du matériau équivalent est simplement une fonction de constitutive dérivée par Biot était équivalente à celle
la contrainte effective a' définie par la relation : dérivée pour le matériau B ; elle ne s’applique donc pas
au matériau C considéré par Biot en 1955 dans son
σ' = σ - P 1 (43) équation d’équilibre et seule sa première étude est donc
en accord avec le modèle proposé ici.
Si Ton se réfère à l’analyse du paragraphe 2.2., on Les résultats expérimentaux indiquent tous que la
remarque que la contrainte effective n’est autre que la désintégration des roches ne dépend pas de la contrainte
valeur moyenne (1 —f ) σ'Met la pression P 1la valeur effective caractérisée par l’équation (45). Nous conclu­
rons qu’apparemment ce modèle ne peut être appliqué
moyenne f σ'F. Avec cette notation l’équation d’équi­ de façon simple à l’étude de la déformation des roches
libre du matériau B s’écrit donc : saturées ; il devrait donc être abandonné.
div a' + grad P + p b = 0 (44)
5.1.3. Contrainte effective et porosité limite
Il a été montré en outre que le comportement élas­ Cette théorie, proposée par Terzaghi en 1945 pour
tique (linéaire et non linéaire) du matériau continu B, l’étude de la résistance à la compression des roches
équivalent à la roche saturée, pouvait également être saturées, est supposée prendre en compte le fait que la
exprimé en fonction de cette contrainte effective si porosité d’aire (définie de la façon classique par le
l’effet de la compressibilité du matériau M, équivalent rapport des aires occupées par le liquide sur Taire totale
à la matrice et aux pores non connectés, était négli­ de la surface considérée) d’une surface donnée dépend
geable devant la déformation du matériau B. de la géométrie de cette surface et qu’il existe une
Finalement il a été proposé que le développement des surface pour laquelle la porosité d’aire est maximum,
ce maximum est appelé porosité d’aire limite.
ruptures fragiles (fissures et microfissures) ne dépendait
que de l’état de contrainte (a —P 1) si la pression En effet, même dans le cas d’une porosité isotrope, il
est possible de définir une surface pour laquelle la
interstitielle ne générait pas de concentrations de porosité d’aire est supérieure à la porosité de surface
contraintes (espace des pores entièrement interconnecté, telle qu’elle a été définie au paragraphe 2.1. de ce texte.
matériau relativement homogène) et ne modifiait pas le Considérons, par exemple, un empilement de sphères
comportement rhéologique de la matrice solide (évo­ rigides ; une surface qui ne passe que par les vides et
lution d’un comportement fragile vers un comporte­ les contacts sphères à sphères présente une porosité
ment ductile quand la pression hydrostatique augmente d’aire bien supérieure à la porosité de surface de ce
ainsi que celà est le cas pour la calcite ou le sel gemme système.
par exemple). Ainsi, pour des conditions de chargements données,
Nous concluerons donc que bien que la notion clas­ les contraintes moyennes supportées par la portion
sique de contrainte effective ne constitue pas une loi solide d’une telle surface sont bien supérieures à celles
physique rigoureuse, elle représente une approximation qui seraient supportées par la fraction solide des sur­
réaliste lorsque certaines conditions sont satisfaites. faces planes. Si Ton suppose que la rupture doive se
développer dans les régions où les contraintes moyennes
Notons finalement que cette notion de contrainte sont les plus grandes, on en déduit que les surfaces de
effective n’est applicable que pour l’étude du comporte­ ruptures doivent correspondre à des surfaces à porosité
ment global de la roche saturée et qu’elle ne peut, en d’aire limite. Pour caractériser la rupture des roches
94
saturées, on devrait donc considérer les contraintes théorie classique des contraintes effectives sont satis­
effectives définies par la relation : faites, le processus de déformation d’une roche saturée
σ " = σ - a' P 1 (46) peut être analysé grâce aux trois équations du système
(47) si l’on suppose que le liquide s’écoule selon la loi
où a' est la porosité d’aire limite. Hp. Dflrr.v ·
Les résultats expérimentaux de Robinson (1959)
semblaient confirmer cette hypothèse et ont conduit
Robinson et Holland (1969) a proposer des valeurs de
la porosité d’aire limite variant de 0,6, pour les roches (47)
très faiblement perméables telles que les marnes cal­
caires, à 1 pour les roches très perméables telles que les
grès. De plus, Robinson et Holland ont observé que
cette porosité limite augmentait avec la pression de
confinement pour devenir quasiment égale à 1 pour
toutes les roches lorsque la pression de confinement avec :
effective était suffisamment élevée.
Cependant, les résultats expérimentaux de Brace et
Martin (1968) ont indiqué que même pour des roches
à très faible perméabilité (donc à faible porosité limite)
la résistance à la compression dépendait des contraintes Üi = vitesse du liquide;
effectives classiques telles que définies par Terzaghi
en 1923. Cependant, ce point ne peut être vérifié expé­ ù[ = vitesse du solide;
rimentalement que si la vitesse de déformation utilisée Kij· = perméabilité de la roche;
pour les essais triaxiaux drainés, effectués sur ces bj = g δJ3 généralement (g est l’accélération de la
roches, est suffisamment faible pour éviter le développe­ pesanteur);
ment de gradient de pression dans le liquide interstitiel
(Ladanyi (1970)) du fait de la dilatance. dans le cas de l’élasticité linéaire b = c = e = g = 0.
Or, les essais de Robinson sur le calcaire de l’India­ La loi de Darcy, ainsi qu’elle est représentée par la
na, dont les résultats ont été utilisés par Robinson et troisième équation du système (47), suppose que la
Holland pour leur vérification expérimentale de la perméabilité est indépendante de l’état de contrainte, ce
théorie de porosité limite, ont été réalisés à des vitesses qui n'est généralement pas le cas (Mordecai et Morris
de déformations relativement importantes (de l’ordre de (1969) ; Jouanna (1972)), elle n’est valide, en outre, que
10_4s_l) incompatibles avec des conditions de drainage pour des conditions d’écoulement bien précises.
parfait. On peut donc conclure, si l’on considère les Ainsi donc, même dans les meilleures conditions
résultats expérimentaux exposés au paragraphe 4.1.2., d’analyse, la représentation du comportement dyna­
que la mesure de porosité limite proposée par ces mique des roches saturées reste approximative.
auteurs ne faisait que refléter les variations de dilatance.
Dès que les conditions de chargement sont telles que
Ces résultats expérimentaux indiquent que le déve­ des ruptures fragiles se développent, on ne sait plus
loppement des ruptures fragiles ne dépend donc pas représenter mathématiquement le comportement d’une
de la valeur maximum des contraintes moyennes dans roche saturée, étant donné que d’une part la loi de
la matrice solide mais d’instabilités énergétiques locales variation de la perméabilité est inconnue et que d’autre
dues aux concentrations de contraintes introduites par part la dilatance irréversible ne peut être modélisée.
l’hétérogénéité de la roche. Cette observation met en Pour les roches sèches, on prend en compte le compor­
cause la validité du concept de critères de rupture éta­ tement post-élastique de la roche en introduisant dans
blis à partir des contraintes moyennes calculées d’après les calculs (programme d’éléments finis par exemple)
les forces extérieures appliquées sur l’échantillon (no­ une représentation numérique schématique des courbes
tion de courbe intrinsèque par exemple). Etant donné obtenues expérimentalement (Daemen (1975)).
que l’état de contrainte exact en tout point de la matrice Pour obtenir de telles courbes dans le cas des roches
ne peut être calculé, seuls des critères de rupture, du saturées, deux types d’essais doivent être effectués :
type de celui proposé au paragraphe 4.2.3., dérivés de
la notion de balance énergétique, devrait permettre - des essais drainés pour lesquels la pression de pore
d’analyser de façon satisfaisante le développement de la est maintenue constante (cas des essais précédem­
désintégration dans les roches. ment décrits) ;
Concluons simplement que de toutes les définitions - des essais non drainés pour lesquels la pression de
de contrainte effective proposées dans la littérature, pore évolue en fonction des variations de volume
seule la définition proposée par Terzaghi en 1923 est poreux interconnecté et de la compressibilité du
vérifiée expérimentalement ; un raisonnement physique liquide de saturation.
simple a montré cependant que l’hypothèse de Terzaghi Ces deux conditions extrêmes de drainage permettent
n’est valide que si les effets de la pression hydrosta­ en effet de définir des comportements limites encadrant
tique appliquée dans l’espace poreux interconnecté est les lois de comportement réels observés pour des
négligeable. Cette théorie ne constitue donc pas une loi conditions de drainage quelconque.
physique rigoureuse mais correspond simplement à une
simplification pratique. Lorsque la vitesse de variation de volume poreux
interconnecté, résultant de la vitesse de chargement
imposé, est supérieur à la vitesse d’écoulement du
5.2. Influence de la vitesse de déformation liquide, il devient impossible d’effectuer des essais
et des conditions de drainage drainés. On peut alors utiliser l’une des deux méthodes
suivantes pour déduire des courbes de déformations
Lorsque l’hypothèse d'un comportement élastique est drainées fictives. Elles supposent toutes deux que le
acceptable et que les conditions d’application de la principe classique de contrainte effective est valide.
95
La première méthode consiste à effectuer des essais
non drainés au cours desquels la pression de confine­
ment varie de la même quantité que la pression inter­
stitielle, de sorte que la pression de confinement effective
reste constante. Cette technique, qui à notre connais-
n’a jamais été appliquée, devrait permettre d’étudier
l’influence des vitesses de déformation sur le comporte­
ment de la roche saturée sans être gêné par l’effet de
drainage partiel précédemment décrit ; il permettrait
ainsi de préciser les effets physicochimiques d’inter­
action solide-liquide.
La deuxième méthode consiste à effectuer des essais
non drainés classiques, c’est-à-dire à maintenir la pres­
sion de confinement constante mais à effectuer les essais
à partir d’un certain nombre de pressions de confi­
nement effectives initiales différentes.
Si l’on suppose que la déformation d’une roche
saturée est indépendante du chemin de chargement,
on peut alors déduire de ces essais des courbes fictives
correspondant à des essais drainés en joignant les points
de diverses courbes pour lesquels la pression de confi­
nement effective est la même (voir fig. 13). Toutefois,
cette approche n’est pas très satisfaisante car dans le
domaine post-élastique, pour une même pression de
confinement effective ponctuelle, le degré de micro­ Fig. 13. — Obtention des courbes de réponses pour des
fissuration dépendra du chemin de chargement parcouru conditions de drainage parfait à partir d'essais triaxiaux
ainsi que cela est indiqué ci-après. non drainés :
Les figures 14, 15 et 16 représentent l’influence des - courbes a : variations de la grandeur V, en fonction
conditions de drainage sur le comportement d’une roche de la grandeur V2 pour différentes condi­
saturée. Sur la figure 14, par exemple, on notera que, tions de pression de confinement effective
pour des conditions non drainées, la déformation axiale initiales (Pc — Pp) (indices 1, 2, 3);
moyenne (B„) qui correspond à la charge axiale moyen­ - courbes d : variations de la pression interstitielle en
ne pour laquelle la pression interstitielle reprend sa fonction de la grandeur V2.
valeur originale, est plus grande que celle obtenue pour Les points A,1.A2, A3 correspondent à une valeur identique
la même pression de confinement effective en conditions de la pression de confinement effective (Pc — Pp).
drainées (point Brf). Etant donné que, pour les condi­
tions non drainées, avant que ce point de déformation
ne soit atteint, la pression de confinement effective est
plus faible que celle que l’on aurait en condition drai­ évident que le comportement en conditions de drainage
née, la densité de microfissures est plus grande et, par quelconque s'écartera d’autant plus du comportement en
conséquent, la déformation correspondante est plus conditions drainées que la dilatance sera importante et
importante. que la vitesse d’écoulement du fluide sera plus faible
En raisonnant de façon similaire, on peut montrer vis-à-vis de la vitesse de déformation de la roche
que la transition classe I-classe II est fortement in­ saturée.
fluencée par les conditions de drainage. Ainsi, par Le même type de raisonnement peut d’ailleurs s’ap­
exemple, dans le cas de la dilatance positive, on observe pliquer aux déformations par cisaillement direct ainsi
l’effet classique de renforcement apparent (écrouissage) que cela est schématiquement représenté figure 17. On
dû à la diminution de pression interstitielle, tandis que observera que les conditions de variations de pression
dans le cas de la dilatance négative, on observe l’effet, de pore dans les blocs influencent le comportement
moins connu, d’affaiblissement apparent (contre écrouis­ apparent du joint du fait qu’elles influencent la
sage) dû à l’augmentation de pression de pore. Il est contrainte normale effective.

96
Fig. 14.

Fig. 15

Fig. 16.

Fig. 14 à 16. — Comparaison des essais triaxiaux drainés et non drainés :


- courbes ad, du : axe des x : déformation axiale moyenne ;
axe des y : variations de la charge axiale moyenne ;
- courbes cd, cu : axe des x : variations de volume poreux interconnecté par unité de volume global ;
axe des y : variations de la charge axiale moyenne ;
- courbe u : axe des x : déformation axiale moyenne ;
axe des y : variation de pression interstitielle pour l'essai non drainé ;
Le : limite élastique ;
P : maximum de la pression interstitielle.
97
Fig. 17. — Effet de la dilatance sur l'essai de cisaillement direct non drainé :
(a) glissement le long d'une fente inclinée ;
(b, c) essai de cisaillement direct.

6. CONCLUSION
Cette étude a montré qu’il était possible d’étudier le
comportement mécanique des roches saturées en suppo­ fissures), seule une étude expérimentale permet de pré­
sant que tout point de l’espace occupé par la roche est ciser le comportement mécanique des roches fragiles et
en partie solide et en partie liquide. saturées. Il semble que la meilleure façon de procéder
Lorsque le comportement de la matrice solide est pour cette caractérisation consiste à effectuer des essais
linéairement élastique, que celui du matériau continu triaxiaux de compression (éventuellement polyaxiaux)
équivalent à la roche saturée est élastique (linéaire ou sur deux séries d’éprouvettes saturées placées sous
non-linéaire) et que le liquide interstitiel s’écoule selon conditions drainées pour les unes et non-drainées pour
la loi de Darcy, les déformations d’une roche saturée les autres. Si le principe des contraintes effectives est
peuvent être analysées de façon rigoureuse si l’on sup­ valide, il est alors possible de prendre en compte le
pose que les variations de perméabilité en fonction de phénomène de dilatance (positive et négative) en carac­
l’état de contrainte sont négligeables ou connues. térisant le comportement de la roche saturée par une
série de courbes schématiques correspondant aux
Lorsque les conditions de chargement sont telles que conditions limites de drainage.
des ruptures fragiles se produisent (fissures au micro-

REMERCIEMENTS

Cet exposé résume une partie du travail que j’ai


effectué pour l’obtention d’un Ph. D. à l’Université du
Minnesota. Que le Professeur C. Fairhurst, mon Direc­
teur de thèse, trouve ici l’expression de mes sincères
remerciements pour son soutien et ses encouragements
durant la réalisation de ce travail.

98
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