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Exponentielles de Matrices et Propriétés

Dm evn

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Exponentielles de Matrices et Propriétés

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My Ismail Mamouni

http ://[Link]
MP*. 1 (Rabat)
Groupe 2 ÉJ«AÖÞ @ ø BñÓ úG ñÜØ
Devoir Maison (EVN)

Mines 2022
Autour des exponentielles de matrices

Dans tout le sujet, le corps K sera R ou C, et n est un entier naturel supérieur


ou égal à 2.
On note k · k une norme sur l’espace vectoriel Mn (K), vérifiant les propriétés

kIn k = 1 . (N1 )
2
∀(A, B) ∈ Mn (K) kABk ≤ kAk kBk . (N2 )

On rappelle que l’exponentielle d’une matrice A de Mn (K) est la matrice, notée


eA , ou bien exp(A), définie par
+∞
X Ak
eA = .
k=0
k!

On rappelle que, pour tout A ∈ Mn (K), l’application

fA : R → Mn (K) , t 7→ fA (t) = etA

est de classe C 1 sur R, avec

∀t ∈ R fA0 (t) = A etA = etA A .

On admettra que, si A et B sont deux matrices semblables de Mn (K), plus


précisément si on a B = P −1 AP avec P ∈ GLn (K), alors

eB = P −1 eA P.

Si A et B sont deux matrices de Mn (K), on définit leur crochet de Lie par

[A, B] = AB − BA .

La partie 4 du problème est indépendante des parties 2 et 3.

1 Questions préliminaires
On se donne deux matrices A et B dans Mn (K). On suppose dans les
questions 1) et 2) que A et B commutent.

1 . Montrer que les matrices A et eB commutent.

1
On définit une application
g : R → Mn (K)
t 7−→ g(t) = et(A+B) e−tB .
2 . Montrer que l’application g, et l’application fA définie en préambule, sont
solutions d’un même problème de Cauchy. En déduire une démonstration
de la relation
∀t ∈ R et(A+B) = etA etB . (1)

3 . Réciproquement, on suppose la relation (1) satisfaite. En dérivant deux fois


cette relation par rapport à la variable réelle t, montrer que les matrices
A et B commutent.

4 . Pour toute matrice A ∈ Mn (K), prouver la relation eA ≤ ekAk .

5 . Montrer que det(eA ) = etr(A) .

2 Formule de Trotter-Kato
Dans cette partie, on note A et B deux matrices quelconques de Mn (K).
L’objectif est de prouver la relation
 k  A  B k
A B
lim ek ek = eA+B ou lim exp exp = exp(A+B) . (2)
k→+∞ k→+∞ k k
Pour tout k entier naturel non nul, on pose
A B  A + B 
Xk = exp exp et Yk = exp ·
k k k

6 . Prouver les majorations


 kAk + kBk   kAk + kBk 
∀k ∈ N∗ kXk k ≤ exp et kYk k ≤ exp .
k k

On introduit la fonction
h : R −→ Mn (K)
t 7−→ h(t) = etA etB − et(A+B)

2
7 . Montrer que
1
Xk − Yk = O lorsque k → +∞ .
k2
8 . Vérifier la relation
k−1
Xki (Xk − Yk )Ykk−i−1 .
X
Xkk − Ykk =
i=0

En déduire la relation (2).

3 Vers les algèbres de Lie


Dans cette partie, K = R. Pour tout n entier naturel, n ≥ 2, on introduit
l’ensemble, dit groupe spécial linéaire :

SLn (R) = M ∈ Mn (R) | det(M ) = 1 .
Si G est un sous-groupe fermé de GLn (R), on introduit son algèbre de Lie :
etM ∈ G .

AG = M ∈ Mn (R) | ∀t ∈ R
L’ensemble SLn (R), ainsi que le groupe orthogonal On (R), sont bien des sous-
groupes fermés de GLn (R). On ne demande pas de le démontrer.

9 . Déterminer AG lorsque G = SLn (R).

10 . Si G = On (R), montrer que AG = An (R), ensemble des matrices antisy-


métriques.

Dans les questions 11) à 14), G est un sous-groupe fermé quelconque


de GLn (R).

11 . En utilisant la partie 2, montrer que AG est un sous-espace vectoriel de


Mn (R).

12 . Soient A ∈ AG et B ∈ AG . Montrer que l’application


u : R −→ Mn (R)
t 7−→ u(t) = etA · B · e−tA
est à valeurs dans AG .

3
13 . En déduire que AG est stable par le crochet de Lie, i.e.
∀A ∈ AG , ∀B ∈ AG , [A, B] ∈ AG .

On rappelle que, si M est une matrice de Mn (R), on dit que M est tangente
à G en In s’il existe ε > 0 et une application γ :] − ε, ε[→ G, dérivable, telle
que γ(0) = In et γ 0 (0) = M . L’ensemble des matrices tangentes à G en In est
appelé espace tangent à G en In , et noté TIn (G).
On rappelle aussi que l’application det : Mn (R) → R est différentiable en
tout point, par exemple parce qu’elle est polynomiale.

14 . Prouver l’inclusion AG ⊂ TIn (G).

15 . Soit M ∈ Mn (R), que l’on pourra aussi considérer comme matrice


complexe, soit l’application δM : R → R, t 7→ δM (t) = det(In + tM ).
En utilisant un développement limité à l’ordre 1, montrer que δM est
0 (0).
dérivable en 0 et calculer δM

16 . Montrer que la différentielle au point In de l’application det : Mn (R) → R


est la forme linéaire “trace”.

17 . Montrer que, dans les cas particuliers G = SLn (R) et G = On (R), on a


TIn (G) = AG .

4 Comportement asymptotique
Étude d’un exemple
On considère deux nombres complexes distincts α et β. On suppose qu’une
matrice A ∈ M3 (C) admet α pour valeur propre simple, β pour valeur propre
double.

18 . Montrer que A est semblable à une matrice de la forme


 
α 0 0
T =  0 β a
 
0 0 β
où a est un certain nombre complexe. Calculer T n pour n entier naturel,
puis etT pour t réel. En déduire une condition nécessaire et suffisante sur
α et β pour que l’on ait limt→+∞ etA = 03 .

4
Cas général
Dans tout ce qui suit, K = C. On pose E = Cn . L’espace vectoriel E, identifié
à Mn,1 (C), peut être muni d’une quelconque norme notée k · kE , on rappelle
qu’elles sont toutes équivalentes. On se donne A ∈ Mn (C) une matrice carrée
à coefficients complexes, et on note u l’endomorphisme de Cn canoniquement
associé à cette matrice. On s’intéresse au comportement asymptotique de la
fonction fA introduite dans le préambule, et à celui des fonctions vectorielles
solutions du système différentiel linéaire à coefficients constants X 0 = AX. Pour
tout t réel et pour (i, j) ∈ [[1, n]]2 , on notera vi,j (t) le coefficient d’indices (i, j)
de la matrice etA . Ainsi,

fA (t) = etA = vi,j (t)



∀t ∈ R 1≤i,j≤n
∈ Mn (C) .

Pour toute valeur propre λ de la matrice A, on note mλ sa multiplicité, et on


introduit le sous-espace vectoriel

Fλ = Ker (A − λIn )mλ = Ker (u − λ IdE )mλ .


 

On posera aussi α = maxλ∈Sp(A) Re(λ).

19 . Montrer que, si limt→+∞ fA (t) = 0n , alors α < 0.

20 . Montrer que Cn =
L
λ∈Sp(A) Fλ .

21 . En déduire l’existence de trois matrices P , D et N dans Mn (C) telles


que :

P est inversible,
D est diagonale,
N est nilpotente,
N D = DN,
A = P (D + N )P −1 ,
χA = χD .

22 . En déduire qu’il existe un entier naturel p tel que, pour tout (i, j) ∈ [[1, n]]2 ,
on ait
vi,j (t) = O(tp eαt ) lorsque t → +∞ .

5
23 . Étudier la réciproque de la question 19).

24 . On suppose, dans cette question seulement, que les valeurs propres de la


matrice A ont toutes des parties réelles positives ou nulles. Montrer que,
si X ∈ Cn , on a
lim etA X = 0 ⇐⇒ X = 0 .
t→+∞

Dans les questions qui suivent, on introduit les polynômes suivants :


Y
Ps (X) = (X − λ)mλ ,
λ∈Sp(A)
Re(λ)<0
Y
Pi (X) = (X − λ)mλ ,
λ∈Sp(A)
Re(λ)>0
Y
Pn (X) = (X − λ)mλ ,
λ∈Sp(A)
Re(λ)=0
  
et les sous-espaces Es = Ker Ps (A) , Ei = Ker Pi (A) et En = Ker Pn (A)
de E = Cn . Les indices s, i, n signifient respectivement stable, instable et neutre.

25 . Après avoir justifié que E = Es ⊕ Ei ⊕ En , montrer que


Es = X ∈ E | lim etA X = 0 .

t→+∞

On prouverait de même, mais ce n’est pas demandé, que


Ei = X ∈ E | lim etA X = 0 .

t→−∞

26 . Montrer que
∗ p
ketA XkE ≤ C 1 + |t|

En = X ∈ E ∃C ∈ R+ ∃p ∈ N ∀t ∈ R .

En est donc l’ensemble des vecteurs X de Cn tels que la fonction vectorielle


t 7→ etA X ait un comportement polynomial en −∞ et +∞.
Fin du problème

6
UN CORRIGÉ du SUJET MINES-PONTS, MATH-2-MP, 2022

Partie A. Questions préliminaires.


1. Si AB = BA, alors par une récurrence immédiate, on a AB k = B k A pour tout k entier naturel
puis, par combinaisons linéaires, A · Q(B) = Q(B) · A pour tout polynôme Q de IK[X]. En
particulier, pour tout k entier naturel,
k k
X Bj   X Bj 
A· = ·A.
j=0
j! j=0
j!

En faisant tendre k vers l’infini, par continuité du produit matriciel, il vient A · eB = eB · A.


2. Par dérivation d’un produit (justifié car le produit matriciel est bilinéaire), on obtient
g 0 (t) = (A + B) · et(A+B) e−tB − et(A+B) · B · e−tB .
Mais, si A et B commutent, alors B et t(A + B) commutent pour tout t, donc B et et(A+B)
commutent d’après Q1. Finalement,
g 0 (t) = (A + B) · et(A+B) e−tB − B · et(A+B) e−tB = A · g(t) .
D’autre part, fA0 (t) = A · fA (t). Comme fA (0)(= g(0) = In , les fonctions fA et g sont
M 0 (t) = A M (t)
solutions du même problème de Cauchy (P): . Notons que l’équation
M (0) = In
différentielle M 0 (t) = A M (t), où la fonction inconnue est M : IR → Mn (IK) de classe
C 1 , peut s’écrire sous la forme M 0 (t) = α M (t) , où α est l’endomorphisme de Mn (IK)


défini par α(M ) = AM . Il s’agit donc bien d’un problème de Cauchy dans les termes du
programme MP. Par unicité de la solution d’un tel problème de Cauchy, on déduit que
g = fA . En particulier, dans le cas où A = 0n , on obtient etB e−tB = In , ce qui montre que
la matrice etB est inversible, d’inverse e−tB . On en déduit imédiatement la relation (1) de
l’énoncé.
3. Supposons la relation (1) satisfaite. Les deux membres sont évidemment des fonctions de
classe C ∞ de la variable t. Une première dérivation donne par exemple
∀t ∈ IR (A + B) et(A+B) = etA · A · etB + etA · B · etB = etA (A + B) etB .
Une deuxième dérivation fournit
∀t ∈ IR (A+B)2 et(A+B) = etA ·A(A+B)etB +etA (A+B)B ·etB = etA (A2 +2AB +B 2 )etB .
En évaluant pour t = 0, on obtient (A + B)2 = A2 + 2AB + B 2 , ce qui se simplifie en
BA = AB.
4. Des propriétés (N1) et (N2) de la norme k · k, on déduit d’abord par récurrence que
kAj k ≤ kAkj pour tout j entier naturel. Puis, pour tout k entier naturel, par inégalité
triangulaire et homogénéité de la norme, on a
k k k
X Aj X kAj k X kAkj
≤ ≤
j=0
j! j=0
j! j=0
j!
Par continuité de la norme (qui est 1-lipschitzienne), en faisant tendre k vers l’infini dans
l’inégalité entre les deux termes extrêmes, on obtient eA ≤ ekAk .
5. Sur C au moins, la matrice A est trigonalisable: il existe P ∈ GLn (C) et T ∈ Mn (C)
triangulaire supérieure telle que A = P T P −1 . Notons λ1 , · · ·, λn les coefficients diago-
Xn
naux de T , qui sont alors les valeurs propres de A. On a tr(A) = tr(T ) = λi . Un
i=1
calcul classique montre que, pour tout k entier naturel, la matrice T k est triangulaire
supérieure de coefficients diagonaux λk1 , · · ·, λkn . Puis, par combinaisons linéaires, pour tout
polynôme Q de IK[X], la matrice Q(T ) est triangulaire supérieure de coefficients diagonaux
k
X Xj
Q(λ1 ), · · ·, Q(λn ). Cela vaut en particulier si Q = Qk = . Enfin,
j=0
j!

eλ 1
   
Qk (λ1 ) (×) (×)
eT = lim Qk (T ) = lim 
 .. =
  ..  ,

k→+∞ k→+∞
. .
(0) Qk (λn ) (0) eλn
n
Y
donc det(eT ) = eλi = etr(A) . Enfin, eA est semblable à eT (rappelé dans les préliminaires),
i=1
donc elle a le même déterminant.

Partie B. La formule de Trotter-Kato.


6. De la propriété (N2) de la norme k · k et de Q4., on déduit
     
A B  kAk kBk kAk + kBk
kXk k ≤ exp exp ≤ exp exp = exp ,
k k k k k
et, par inégalité triangulaire et croissance de la fonction exponentielle,
   
kA + Bk kAk + kBk
kYk k ≤ exp ≤ exp .
k k
7. La fonction h est de classe C 2 sur IR par théorèmes classiques d’opérations, et on calcule
∀t ∈ IR h0 (t) = etA (A + B) etB − (A + B) et(A+B) .
On observe notamment que h(0) = 0n et h0 (0) = 0n . La formule de Taylor-Young à l’ordre
2 pour les fonctions vectorielles donne alors le développement
t2 00
h(t) = 0n + t 0n + h (0) + o(t2 ) ,
2
dont nous retiendrons seulement que
h(t) = O(t2 ) lorsque t → 0 .
Il en résulte que
1 1
Xk − Yk = h =O 2 lorsque k → +∞ .
k k
8. On reconnaı̂t une somme télescopique:
k−1 k−1
k−(i+1)
X X
Xki (Xk Yk )Ykk−i−1 Xki+1 Yk − Xki Ykk−i = Xkk − Ykk .

− =
i=0 i=0

La question Q7. nous apprend qu’il existe un réel strictement positif C tel que, pour k
C
entier naturel assez grand, on ait kXk − Yk k ≤ 2 . À l’aide des propriétés de la norme k · k,
k
on majore:
k−1
X k−1
X k−1
X
kXkk −Ykk k ≤ Xki (Xk −Yk )Ykk−i−1 ≤ i
kXk k kXk −Yk kkYk k k−i−1
= kXk −Yk k kXk ki kYk kk−i−1 .
i=0 i=0 i=0

Par ailleurs, grâce à Q6.,


"  #i "  #k−i−1  
i k−i−1 kAk + kBk kAk + kBk kAk + kBk
kXk k kYk k ≤ exp exp = exp (k−1)
k k k

donc kXk ki kYk kk−i−1 ≤ exp kAk+kBk . Comme la somme comporte k termes, on aboutit


donc à
 C
kXkk − Ykk k ≤ k · exp kAk + kBk · 2 ,
k
il en résulte que lim (Xkk − Ykk ) = 0. Comme (Ykk ) est une suite constante de valeur
k→+∞
eA+B , on conclut que lim Xkk = eA+B , ce qu’il fallait démontrer.
k→+∞

Partie C. Vers les algèbres de Lie.


9. Les matrices considérées ici sont à coefficients réels. Pour de telles matrices, la trace est réelle,
donc pour M ∈ Mn (IR), avec G = SLn (IR), on a d’après Q5.,
M ∈ AG ⇐⇒ ∀t ∈ IR det(etM ) = 1
⇐⇒ ∀t ∈ IR etr(tM ) = 1
⇐⇒ ∀t ∈ IR t tr(M ) = 0
⇐⇒ tr(M ) = 0 .

Ainsi AG = Ker(tr), c’est l’hyperplan de Mn (IR) constitué des matrices de trace nulle.
T
10. Notons d’abord que, pour toute matrice A, on a (eA )T = eA : pour le prouver, on procède
comme dans Q1. et Q5., i.e. on prouve que (Ak )T = (AT )k pour tout k ∈ IN, puis que
T
Q(A) = Q(AT ) pour tout polynôme Q, puis on passe à la limite en considérant la suite
de polynômes (Qk ) introduite dans le corrigé de Q5.
T
Donc si A ∈ An (IR), on a AT = −A donc (etA )T etA = etA etA = e−tA etA = e0n = In
puisque tA et −tA commutent. La matrice etA est donc orthogonale pour tout t réel. On a
ainsi prouvé l’inclusion An (IR) ⊂ AG .
Réciproquement, si A ∈ AG , pour tout t réel, on a etA ∈ On (IR), donc (etA )T etA = In , soit
T T T
etA = (etA )−1 , soit etA = e−tA . En dérivant, on obtient ∀t ∈ IR AT etA = −A e−tA ,
T
enfin en évaluant pour t = 0, il vient A = −A, donc A ∈ An (IR), on a ainsi prouvé
l’inclusion réciproque.
11. Comme In ∈ G, on déduit 0n ∈ AG . La stabilité par multiplication par un scalaire (réel)
est immédiate: si M ∈ AG et λ ∈ IR, alors pour tout t réel, et(λM ) = e(λt)M ∈ G, donc
λM ∈ AG . Enfin, la stabilité par addition résulte de la Partie 2. En effet, soient A ∈ AG
et B ∈ AG , alors pour tout k entier naturel non nul et pour tout t réel, les matrices
 tA   tB 
exp et exp appartiennent à G ; de la structure de groupe de G, on déduit que
k k
  tA   tB k
exp exp ∈ G. Enfin, G est fermé donc “stable par passage à la limite”, on
k k
déduit donc de la relation (2) démontrée en Q8. que et(A+B) ∈ G. Ceci étant vrai pour
tout t réel, on a prouvé que A + B ∈ AG .
12. Soient t et s réels. Alors, d’après la propriété rappelée en préambule, on a
 
es u(t) = exp etA (sB) etA )−1 = etA esB e−tA .

Les trois matrices de ce produit appartiennent à G, donc ∀s ∈ IR es u(t) ∈ G, ce qui


prouve que u(t) ∈ AG .
13. L’application u introduite en Q12. est dérivable et u0 (t) = etA [A, B] e−tA . En particulier,
u0 (0) = [A, B]. Comme  u est à valeurs dans le sous-espace vectoriel AG , pour tout k entier
1
naturel non nul on a k u − u(0) ∈ AG . Or, un sous-espace vectoriel F d’un espace
k
vectoriel de dimension finie E est toujours fermé (on peut toujours le considérer comme le
noyau d’un certain endomorphisme ϕ de E, par exemple un projecteur, et comme ϕ est
continu d’après le cours, F = Ker(ϕ) = ϕ−1 {0E } est fermé). En faisant tendre k vers


l’infini, on a alors u0 (0) ∈ AG , soit [A, B] ∈ AG .


14. Soit M ∈ AG . Considérons l’application γ : IR → G définie par γ(t) = etM . Alors γ est
dérivable sur IR avec γ(0) = In et γ 0 (0) = M , donc M ∈ TIn (G).
15. La matrice M est trigonalisable sur C, soit M = P T P −1 avec P ∈ GLn (C) et T ∈ Mn (C)
triangulaire supérieure de coefficients diagonaux λ1 , · · ·, λn qui sont les valeurs propres
complexes de M . Pour tout t réel, on a alors
n
Y
δM (t) = det P (In + tT )P −1 ) = det(In + tT ) = (1 + tλi )
i=1
= (1 + tλ1 ) · · · (1 + tλn )
X n 
= 1+t λi + o(t) lorsque t → 0
i=1
= 1 + t tr(M ) + o(t) .

Comme δM admet un développement limité à l’ordre un en zéro, elle est dérivable en ce


0
point, avec δM (0) = tr(M ).
16. L’application det étant différentiable en tout point, on a, d’après le cours, la dérivabilité de
0
δM avec δM (t) = d(det)(In + tM ) · M , en particulier
0
δM (0) = d(det)(In ) · M ,
et ceci pour tout M ∈ Mn (IR). La forme linéaire d(det)(In ), i.e. la différentielle du
déterminant en In est donc M 7→ tr(M ).
17. • Avec G = SLn (IR), prenons M ∈ TIn (G), alors il existe ε > 0 et γ :] −  ε, ε[→ G, dérivable,
0
telle que γ(0) = I
 n et γ (0) = M . Pour tout t ∈] − ε, ε[, on a det γ(t) = 1, ce qui se dérive
en d(det) γ(t) · γ 0 (t) = 0 et, en évaluant pour t = 0, on obtient d(det)(In ) · M = 0, soit
tr(M ) = 0, donc M ∈ AG d’après Q9. Avec Q14., on a prouvé que TIn (G) = AG .
• Avec G = On (IR), prenons M ∈ TIn (G), alors il existe ε > 0 et γ :] − ε, ε[→ G, dérivable,
T
telle que γ(0) = In et γ 0 (0) = M . Pour tout t ∈] − ε, ε[, on a γ(t) · γ(t) = In , ce qui se
T T
dérive en γ 0 (t) · γ(t) + γ(t) · γ 0 (t) = 0n et, pour t = 0, on obtient M T + M = 0n ,
donc M ∈ An (IR). Avec Q10. et Q14., de nouveau on a montré que TIn (G) = AG .

Partie D. Comportement asymptotique de fA .


18. Notons u l’endomorphisme de E = C 3 canoniquement associé à A. Soit ε1 un vecteur propre
de u pour la valeur propre α, et ε2 un vecteur propre de u pour la valeur propre β. Comme
χu = χA = (X − α)(X − β)2 annule u d’après Cayley-Hamilton, le lemme des noyaux
nous apprend que C 3 = F1 ⊕ F2 avec F1 = Ker(u − α IdE ) et F2 = Ker (u − β IdE )2 .


Comme dim(F1 ) = 1 car la valeur propre α est simple, on a dim(F2 ) = 2. Comme (ε2 )
est une famille libre dans F2 , on peut la compléter en une base (ε2 , ε3 ) de F2 , et alors
B = (ε1 , ε2 , ε3 ) est une base de C 3 . Enfin, F2 est stable par u, donc il existe a et b scalaires
tels que u(ε3 ) = aε2 + bε3 . Comme Tr(u) = α + 2β, on a b = β, ainsi MatB (u) = T , ce qui
montre que A est semblable à T pour une certaine valeur de a. On peut s’arranger pour
avoir a = 1.
On décompose T en T = D + N , avec D = diag(α, β, β) et N = aE2,3 , ces deux matrices
commutent et N 2 = 0. La formule du binôme donne alors, pour tout n entier naturel non
nul,  n 
n   1   α 0 0
X n X n
Tn = Dn−k N k = Dn−k N k = Dn + nDn−1 N =  0 β n naβ n−1  .
k k
k=0 k=0 0 0 βn
Ensuite, pour tout t réel,
 +∞ 
X tn
αn 0 0
 n=0 n!
 
 
etα

0 0
+∞ n
 
+∞ n +∞
X t  X t X tn 
etT = n
T = 0 βn a β n−1 
= 0 etβ atetβ  .

n! n! (n − 1)!
0 0 etβ
 
n=0  n=0 n=1 
 +∞
Xt n 
βn
 
0 0
n=0
n!

Comme etα = et·Re(α)


 , on voit que les coefficients
 diagonaux ont une limite nulle en +∞
si et seulement si Re(α) < 0 et Re(β) < 0 , cette condition est donc nécessaire pour que
l’on ait lim etT = 03 . Elle est aussi suffisante puisque, si elle est réalisée, par croissances
t→+∞
comparées, le coefficient d’indices (2, 3) aura aussi une limite nulle en +∞.
Enfin, A étant semblable à T , on peut écrire A = P T P −1 avec P ∈ GL3 (C) et, d’après une
propriété rappelée en préambule, on aura alors etA = P etT P −1 pour tout t réel, et donc
aussi etT = P −1 etA P . De la continuité du produit matriciel, on déduit finalement que
 
lim etA = 03 ⇐⇒ lim etT = 03 ⇐⇒ Re(α) < 0 et Re(β) < 0 .
t→+∞ t→+∞

19. Il s’agit de montrer que les valeurs propres de A ont toutes une partie réelle strictement
négative. Soit donc λ ∈ Sp(A), soit Z un vecteur propre associé, i.e. Z = (z1 , · · · , zn ) ∈ C n ,
Z 6= 0 et AZ = λZ. Soit t un réel. On a alors P (A) · Z = P (λ) Z pour tout polynôme P de
k
X tj X j
C[X] par un calcul classique, donc en particulier si P est l’un des polynômes Pk = ,
j=0
j!
puis etA · Z = etλ Z en faisant tendre k vers l’infini, par continuité du produit matriciel.
Comme lim etA = 0n dans Mn (C), on déduit lim etλ Z = lim etA · Z = 0 dans C n
t→+∞ t→+∞ t→+∞
(encore par continuité du produit matriciel). Au moins une des coordonnées zi
(1 ≤ i ≤ n) du vecteur Z est non nulle. De lim etλ zi = 0, on déduit lim etλ = 0, puis
t→+∞ t→+∞
etλ = et Re(λ)
−→ 0, on en déduit enfin que Re(λ) < 0, ce qu’il fallait prouver.
t→+∞
Y
20. On sait que χA = (X − λ)mλ . Le théorème de Cayley-Hamilton dit que χA (A) = 0n .
λ∈Sp(A)
Les polynômes (X −λ)mλ étant deux à deux premiers entre eux, le lemme de décomposition
des noyaux donne l’égalité
M
C n = Ker χA (A) =

Fλ .
λ∈Sp(A)

21. Indexons les valeurs propres distinctes de A sous la forme λ1 , · · ·, λk et, pour tout i ∈ [[1, k]],
posons Fi = Fλi pour simplifier, mi = m  λi , puis di = dim(Fi ). Chaque “sous-espace
caractéristique” Fi = Ker (u − λi IdE )mi est stable par u puisque c’est le noyau d’un
polynôme en u, et l’endomorphisme ui induit par u sur Fi admet pour polynôme annulateur
(X − λi )mi , donc ui = λi IdFi +νi , où νi est un endomorphisme nilpotent de Fi . Dans une
base Bi de Fi , l’endomorphisme induit ui est donc représenté par une matrice de la forme
λi Idi + Ni , où Ni ∈ Mdi (C) est nilpotente. Dans la base B de E obtenue par concaténation
des bases Bi , l’endomorphisme u est donc représenté par la matrice diagonale par blocs
MatB (u) = ∆ = diag(λ1 Id1 + N1 , · · · , λk Idk + Nk ) .
Si P ∈ GLn (C) est la matrice de passage de la base canonique de C n vers la base B, on a
alors A = P ∆P −1 . Enfin, ∆ = D + N où D = diag(λ1 Id1 , · · · , λk Idk ) est diagonale, et
N = diag(N1 , · · · , Nk ) est nilpotente. En effet, si Nipi = 0di pour tout i ∈ [[1, k]], alors
N p = 0n en posant p = max pi . Donc A = P (D + N )P −1 . Chaque matrice Ni commute
1≤i≤k
avec λi Idi qui est une matrice scalaire, donc par un calcul par blocs, D et N commutent.
Enfin, chaque endomorphisme induit ui sur Fi admet pour seule valeur propre λi , donc
admet pour polynôme caractéristique (X − λi )di . Par un calcul par blocs,
k
Y k
Y
χA = χu = χui = (X − λi )di = χD
i=1 i=1

(ce qui montre au passage l’égalité di = mi pour tout i).


22. Soit p l’indice de nilpotence de la matrice N , i.e. p = min{k ∈ IN∗ | N k = 0}. Comme tD et
tN commutent pour tout réel t, on a
p−1
tA P (tD+tN )P −1 t(D+N ) −1 tD tN −1 tD
X N k  −1
e =e =Pe P =Pe e P =Pe tk P .
k!
k=0
tD tλ1 tλn
La matrice e est diagonale, de coefficients diagonaux e , · · ·, e , où λ1 , · · ·, λn sont les
valeurs propres (non nécessairement distinctes) de D, et donc aussi de A d’après Q21.
(k)
Si l’on note νi,j le coefficient d’indices (i, j) de la matrice N k , wi,j (t) celui de la matrice
et(D+N ) = etD etN , on a donc, par le calcul des coefficients d’un produit matriciel,
p−1 (k)
X νi,j
wi,j (t) = etλi tk .
k!
k=0

Comme, pour t > 0, etλi = et Re(λi ) ≤ eαt , on a alors wi,j (t) = O(tp−1 eαt ) lorsque
t → +∞. Enfin, le calcul de vi,j (t) fait intervenir la multiplication à gauche par P , à droite
par P −1 , et comme ces matrices de passage sont indépendantes de la variable t, chaque
fonction vi,j est combinaison linéaire des fonctions wr,s , (1 ≤ r, s ≤ n) , on en déduit que
vi,j (t) = O(tp−1 eαt ) lorsque t → +∞.
23. On a vu en Q19. qu’une condition nécessaire pour que lim etA = 0n était que α < 0.
t→+∞
Réciproquement, cette condition est suffisante puisque, si elle est réalisée, la question Q22.
ci-dessus montre, par croissances comparées, que lim vi,j (t) = 0 pour tout couple (i, j),
t→+∞
donc lim etA = 0n .
t→+∞

On conclut donc que lim etA = 0n si et seulement si toutes les valeurs propres
t→+∞
de A ont une partie réelle strictement négative.
24. Le sens indirect est évident.
Réciproquement, procédons par contraposition. Commençons par trigonaliser A: on a
A = QT Q−1 avec Q ∈ GLn (C) et T ∈ Mn (C) triangulaire supérieure de coefficients
diagonaux λ1 , · · ·, λn qui sont les valeurs propres de A. Si X ∈ C n est un vecteur non nul,
alors etA = Q etT Q−1 , et etA X = Q etT Y en posant Y = Q−1X = (y1 , · · · , yn ). Comme
Y est un vecteur non nul, on peut considérer l’indice p = max k ∈ [[1, n]] | yk 6= 0 , ainsi
Y = (y1 , · · · , yp , 0, · · · , 0) ∈ C n avec yp 6= 0. La matrice etT est aussi triangulaire supérieure,
de coefficients diagonaux etλ1 , · · ·, etλn (cf. Q5.). En effectuant le produit matriciel
 tλ1
e (×) y1
 
..   .. 
.  . 


 tλp   yp 
 
etT Y =  e
  ,

tλp+1 0
 e
..  . 
  .. 

 .
(0) etλn 0
on observe que la p-ième coordonnée de ce produit vaut yp etλp , elle a donc pour module
|yp | et Re(λp ) et, comme Re(λp ) ≥ 0 et yp 6= 0, elle ne tend pas vers 0 lorsque t tend vers
+∞. Donc le vecteur etT Y ne tend pas vers 0, et donc le vecteur etA X = Q etT Y non plus
(raisonner par contraposition, en utilisant la continuité du produit matriciel).
25. Le polynôme caractéristique de A est χA = Ps Pi Pn , et ces trois facteurs sont deux à deux
premiers entre eux (ils sont deux à deux sans racine commune). Comme χA (A) = 0n par
Cayley-Hamilton, le lemme de décomposition des noyaux donne immédiatement
E = C n = Es ⊕ Ei ⊕ En .
Chacun des trois sous-espaces Es , Ei , En est stable par u (car ces sous-espaces sont des
noyaux de polynômes en u), notons us , ui et un les endomorphismes induits. Chacun des
trois sous-espaces est alors stable par tout polynôme en l’endomorphisme u, puis en passant
à la limite comme en Q1. est stable aussi par l’endomorphisme etu (représenté par la matrice
etA ) pour tout t réel. En effet, tout s.e.v. est fermé en dimension finie, ce qui justifie ce
passage à la limite.
L’endomorphisme us de Es n’a que des valeurs propres de partie réelle strictement négative
puisqu’il admet Ps pour polynôme annulateur. Il résute alors de Q23. que lim etus = 0
t→+∞
(endomorphisme nul de Es ), ou encore que, pour tout vecteur X de Es , lim etA X = 0.
t→+∞
L’endomorphisme ui de Ei n’a que des valeurs propres de partie réelle strictement positive
puisqu’il admet Pi pour polynôme annulateur. Il résute alors de Q24. que, si X est un
vecteur de Ei , on a lim etA X = 0 si et seulement si X = 0. Même remarque pour un
t→+∞
vecteur X de En puisque un n’a que des valeurs propres de partie réelle nulle.
Munissons chacun des sous-espaces Es , Ei , En d’une norme, ces normes seront notées
respectivement k · ks , k · ki et k · kn . Pour tout vecteur X de E = C n , se décomposant en
X = Xs + Xi + Xn , posons
kXkE = kXs ks + kXn kn + kXi ki .
Il est immédiat que k · kE est alors une norme sur E.
Si X est un vecteur de C n se décomposant en X = Xs + Xi + Xn , alors la décomposition
du vecteur etA X est etA X = etA Xs + etA Xi + etA Xn , donc
ketA XkE = ketA Xs ks + ketA Xi ki + ketA Xn kn .
Il est donc clair que l’on a l’équivalence
lim etA Xs = 0

(1) :
t→+∞




lim etA X = 0 ⇐⇒ (2) : lim etA Xi = 0 .
t→+∞  t→+∞

 (3) : tA
lim e Xn = 0

t→+∞

Par les remarques ci-dessus, la condition (1) est satisfaite pour tout vecteur Xs de Es , et
les conditions (2) et (3) sont satisfaites si et seulement si Xi = Xn = 0.
Finalement,
lim etA X = 0 ⇐⇒ Xi = Xn = 0 ⇐⇒ X ∈ Es .
t→+∞
26. • Soit X ∈ En , alors etA X = etun (X) (notation un introduite ci-dessus), et l’endomorphisme
un de En n’a que des valeurs propres imaginaires pures, on peut donc appliquer  Q22. avec
α = 0 pour affirmer qu’il existe un entier naturel p tel que vi,j (t) = etAn i,j = O(tp )
lorsque t → +∞, An étant la matrice représentant un dans une certaine base de En .
Lorsque t tend vers +∞, les coordonnées dans cette base du vecteur etA X sont alors aussi
O(tp ), puis finalement, quelle que soit la norme choisie sur En puisqu’elles sont équivalentes,
ketA XkE = ketA Xkn = O(tp ) lorsque t tend vers +∞. On a le même résultat lorsque
t → −∞ en remplaçant un par −un , qui est aussi à valeurs propres imaginaires pures. Il
existe donc des constantes positives B, B 0 , K, K 0 telles que
t ≥ B =⇒ ketA XkE ≤ K tp et t ≤ −B 0 =⇒ ketA XkE ≤ K 0 |t|p .
ketA XkE
La fonction t 7→ est alors continue sur IR, bornée sur ] − ∞, −B 0 ] et sur [B, +∞[,
(1 + |t|)p
et elle est aussi bornée sur [−B 0 , B] car c’est un segment, elle est finalement bornée sur IR.
On a ainsi prouvé l’inclusion
p
En ⊂ X ∈ E ∃C ∈ IR∗+ ∃p ∈ IN ∀t ∈ IR ketA XkE ≤ C 1 + |t|

.
• Soit X ∈ C n \ En , écrivons X = Xs + Xi + Xn , au moins l’un des deux vecteurs Xs ou Xi
étant non nul. Si, par exemple, Xi est non nul, le raisonnement de Q24. montre que l’une
des coordonnées (dans une base de trigonalisation de ui ) du vecteur etA Xi = etui (Xi ) a une
croissance exponentielle lorsque t tend vers +∞. Il en résulte que ketA Xi ki n’est dominé
par aucun monôme tp lorsque t → +∞. Alors ketA XkE ≥ ketA Xi ki n’est pas dominé non
plus par un monôme tp en +∞. Même raisonnement lorsque t → −∞ si la composante Xs
p
est non nulle. Donc X 6∈ X ∈ E ∃C ∈ IR∗+ ∃p ∈ IN ∀t ∈ IR ketA XkE ≤ C 1 + |t| ,
ce qui prouve l’inclusion inverse.

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