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Philosophie et psychologiePHILOSOPHIQUE
A ÉFLEXION ([Link]?title=Philosophie et psychologie__39)
INTÉRÊT Ce premier texte inaugure une série d’articles visant à présenter la
75 ( Philosophie. Intrinsèque à la pensée humaine, la réflexion 1
22) ( philosophique nous concerne tous. En voici une présentation qui se
) veut accessible.
Table des matières [cacher]
1. Nécessité de la réflexion philosophique
2. Les caractères de la réflexion philosophique
2.1. L'exigence de lucidité
2.2. Réflexion et difficulté d’être
2.3. La réflexion philosophique naît du refus et de l’étonnement
2.4. L’allégorie de la caverne : de la réflexion oubliée à la
réflexion retrouvée
2.5. La réflexion philosophique et l’attitude dubitative
2.6. L’acte de réflexion
1. NÉCESSITÉ DE LA RÉFLEXION PHILOSOPHIQUE
« C’est pourquoi, voyant que c’est une plus grande perfection de connaître la
/a>
vérité, encore même qu’elle soit à notre désavantage, que de l’ignorer, j’avoue
qu’il faut être moins gai. » (Descartes)
« L’oiseau de Minerve ne prend son envol qu’à la tombée de la nuit. » (Hegel)
La philosophie est connaissance et art de vivre qui conduisent à l’amour, c’est-à-
dire à la recherche de la vérité. C’est, avant tout, une réflexion alors que la vie fait
des hommes des automates. La pensée « est le caractère distinctif de
l’humanité. » Or, la vie quotidienne apporte son lot de réponses (religieuses,
politiques, scientifiques, etc.) qui hypothèquent le libre exercice de la pensée. Il
est plus confortable, en effet, de se plier aux conformismes qui nous entourent et
qui nous apportent des réponses toutes faites et des solutions immédiates. Mais la
conséquence en est une mise en sommeil de la pensée qui s’apparente au silence
des choses. C’est ainsi que pour Jean-Paul Sartre, le « pour soi » (ou sujet
conscient) serait attiré par l’ « en-soi » (la chose) par conformisme. L’ « en-soi » -
qui est plein – ne peut que fasciner le « pour-soi » dans la mesure où la
conscience est toujours hors d’elle puisque conscience de quelque chose qui lui
est différent. La conscience souffre donc de cette distance et rêve à l’impossible
fusion avec le monde de la plénitude qu’est l’ « en-soi ».
Ainsi apparaît une contradiction au cœur
même de la conscience. Dans un premier
mouvement elle tend à retrouver la
plénitude des choses qui se manifeste par
un mouvement de chosification dont le
conformisme est un exemple. Mais au
moment où cette quiétude paraît atteinte,
la conscience fait l’expérience cruciale de
son originalité perdue. (1) Et elle maintient
sa différence en s’opposant par la pensée
(/[Link]?title=Image:[Link])
aux choses qui l’entourent. Aussi ne peut-il
y avoir de quiétude pour l’être humain :
« L’angoisse, c’est le fond de la vie. » professe Gisors dans La Condition humaine
d’André Malraux. Autrement dit, l’homme est un être pour qui la réalité est moins
un ensemble de solutions toutes prêtes qu’une longue suite de problèmes.
Cette capacité de réflexion est toutefois menacée par une série de dangers qui ont
pour noms le dogmatisme ou le scepticisme.
La pensée ne peut pas être au service d’une fin particulière sinon la fin devient le
maître de la pensée et si le dogme échappe à la réflexion n’existent plus ni
honnêteté intellectuelle ni lucidité. Le propre de la pensée dogmatique est de ne
pas discuter ce qu’elle admet dès le départ et au nom de quoi elle prononce
condamnations et exclusions. Cette pensée dogmatique et serve rend toute
discussion impossible puisque autrui est considéré non comme un égal et un
interlocuteur valable, mais comme un sujet qu’il s’agit de convertir ou, à l’inverse,
comme un hérétique qu’il convient de proscrire.
Par ailleurs, il faut éviter l’écueil du scepticisme. Le sceptique porte atteinte à la
pensée en doutant de son pouvoir - tout comme le dogmatique l’asservissant à
une fin. Dans les deux cas, il s’agit d’humilier la pensée.
Or, entre la prétention du dogmatique et le renoncement du sceptique, se place
une attitude intellectuelle qui ne conçoit la vérité ni comme définitivement
possédée ni comme irréparablement ajournée : elle consiste à rechercher la
vérité. Cette recherche de la vérité définit précisément la question philosophique.
2. LES CARACTÈRES DE LA RÉFLEXION PHILOSOPHIQUE
Elle est liée à l’aptitude qu’a l’homme de mettre le monde et lui-même en question.
Cette propension est singulière et liée à l’aspect inachevé de l’être humain. Dès
lors, l’expérience de l’inachèvement permet l’exercice d’une pensée consciente
d’être une promesse, une esquisse ou une possibilité : l’homme n’est jamais tout à
fait ce qu’il a été et il ne sera jamais tout à fait ce qu’il est. Il fait d’abord
l’expérience de sa pauvreté ontologique puisque sa plénitude lui est refusée. La
misère de l’homme est donc la condition de l’exercice de sa pensée. Ensuite, par
la réflexion, il prend conscience de sa situation dans le monde et il a conscience
du monde qui l’environne et le sollicite. Cette prise de conscience instaure une
rupture entre lui et le monde. Penser, c’est donc se séparer de soi, des autres et
du monde, ce qui est pensé étant toujours à distance de ce qui le pense et ce qui
pense n’étant jamais sans viser ce qui peut être pensé. Toutefois si les deux
termes sont distincts, ils sont corrélatifs : il n’y a pas d’insularité du sujet pensant
et d’autonomie absolue du monde. « Si j’étais arbre parmi les arbres, chat parmi
les animaux, je serai ce monde végétal ou animal. Or, je m’oppose à celui-ci par
toute ma conscience (…) ce qui fait le fond de cette fracture entre le monde et
mon esprit, c’est la conscience que j’en ai. » De cette fracture naît la situation
tragique du sujet pensant. Il ne peut s’identifier au monde sans se perdre. Il est au
monde au moment où il cesse de penser, c’est-à-dire à l’instant de la mort. Bref,
l’existence humaine est rejetée hors du monde tout en lui étant corrélative. Cette
situation est à la source de ses affections existentielles que sont le souci,
l’angoisse, le sentiment d’inutilité et, enfin, le désespoir. Ainsi que le dit Gisors (A.
Malraux, La Condition humaine) : « Tous souffrent et chacun souffre parce qu’il
pense et la conscience de la vie ne peut être qu’angoisse. » Il faut toutefois
nuancer : ce n’est pas l’exercice de la pensée qui provoque la souffrance, c’est
plutôt la souffrance vécue à la suite de la séparation entre l’homme et l’univers qui
provoque la réflexion.
2.1. L'EXIGENCE DE LUCIDITÉ
La souffrance est donc liée à un exigence de lucidité. L’homme lucide rejette les
justifications consolantes et les explications rassurantes. Il veut une existence
authentique et non une vie masquée ; si la vie authentique est angoisse (Cf.
Sartre et Heidegger), cette dernière ne sera pas occultée mais approfondie. Il se
peut que bonheur et condition humaine soient incompatibles. Etre lucide, c’est
constater la finitude de l’existence humaine : limite de la mort et de son corps qui
l’individualise dans le monde des choses. La conscience que l’être humain n’est
donc pas tout et qu’il n’est pas éternel. On peut faire référence à Kyo, le
personnage de La Condition humaine de Malraux : « Une grande dépendance
pénétrait Kyo : l’angoisse de n’être qu’un homme, que lui-même. Il se souvint des
musulmans chinois qu’il avait vus par des nuits pareilles, prosternés dans des
steppes de lavande brûlée, hurler ces chants qui déchiraient depuis des
millénaires l’homme qui souffre et qui sait qu’il mourra. » On peut aussi rappeler la
phrase de Camus (Le Mythe de Sisyphe [1] ([Link]
title=Le_Mythe_de_Sisyphe_d%27Albert_Camus)) : « Les hommes meurent et ne
sont pas heureux. » Ce caractère misérable de la condition humaine apparaît
quand l’être humain ne s’oublie pas dans un objet ou un être qui le divertit.
2.2. RÉFLEXION ET DIFFICULTÉ D’ÊTRE
Le malaise existentiel – que Sartre nomme la nausée (sentiment de se sentir de
trop) et Camus la lassitude – est à l’origine d’un malaise intellectuel (que puis-je ?)
et d’un malaise d’ordre pratique (que dois-je faire ?). la connaissance et l’action
sont d’abord comprises comme des taches problématiques.
Aussi la réflexion sur le contenu du savoir
et sur le sens discuté de nos actes n’est
pas l’effet d’une grâce mais aux liée aux
difficultés rencontrées par l’être humain. La
réflexion naît donc de l’expérience de la
précarité de son savoir et du sens discuté
de ses actes. C’est au moment où la vie
machinale se défait, où les décors familiers
(/[Link]?title=Image:[Link]) s’écroulent qu’apparaît l’interrogation. Une
interrogation qui concerne la place
exceptionnelle de l’homme dans le monde selon la pensée occidentale. Si la
répétition caractérise le monde végétal et animal (le gland reproduit le chêne ;
l’animal est guidé par son instinct), elle est le tombeau de la pensée humaine qui
se nourrit d’invention. Cette position exceptionnelle dans la nature est diversement
expliquée : pour le christianisme, l’être humain est la seule créature faite à l’image
de dieu ; le rationalisme cartésien oppose radicalement l’homme qui est une
pensée au reste du monde ; les matérialismes capitaliste et marxiste exaltent la
domination de la nature par l’humanité. Ainsi peut-on admettre que l’objet de la
réflexion philosophique est l’homme et que toute philosophie est un humanisme.
Mais la réflexion philosophique est-elle pour autant centrée sur le seul sens de
l’existence humaine ?
2.3. LA RÉFLEXION PHILOSOPHIQUE NAÎT DU REFUS ET DE L’ÉTONNEMENT
« Je pensais que pour ce que nous avons été enfant avant que d’être homme et
qu’il nous a fallu être gouverné par nos appétits et nos précepteurs (…) il est
presque impossible que nos jugements soient si ni si solides qu’ils auraient été si
nous avions l’usage entier de notre raison dès le point de notre naissance. »
(Discours de la Méthode, 2ème partie)
Descartes refuse ainsi l’évidence trompeuse
qui s’attache aux habitudes d’agir et de
penser fondées sur notre sensibilité et sur
notre éducation qui développent un besoin
humain d’accepter, qu’il s’agisse de notre
tendance à partager nos croyances, à
participer à la vie sociale, à penser et à faire
comme autrui de peur de se distinguer. Bref,
il convient de refuser l’opinion commune et
impersonnelle au profit du jugement et de (/[Link]?title=Image:[Link])
l’examen critique. Par le refus, le sujet
autonome se désaccorde de la société dont il vise à mettre en question les idées
et les mœurs. Le philosophe est la mauvaise conscience de la société, comme le
montre l’exemple de Socrate vis-à-vis de la société athénienne.
Ce refus de tous les immédiats – qui ne doit pas être un jeu – est soutenu par
l’étonnement. Etre étonné, c’est en effet être frappé par l’insolite, ce qui
prédispose à examiner. Cet étonnement suppose, par ailleurs, la disponibilité (ne
pas favoriser l’esprit de sérieux par l’absorption dans un amour, un métier ou une
croyance) et une manière d’être définie par la recherche de la justification
(« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? », Leibnitz) qui précède la
recherche d’un savoir (« Qu’est-ce que ? ») Le philosophe est ainsi le contraire de
l’homme qui croit savoir – par exemple l’esclave dans Le Ménon de Platon – qui
s’imagine tout résoudre croyant qu’il possède la solution des problèmes.
2.4. L’ALLÉGORIE DE LA CAVERNE : DE LA RÉFLEXION OUBLIÉE À LA
RÉFLEXION RETROUVÉE
Description
Dans un premier moment, au Livre VII de La République, Socrate demande à
Glaucon d’imaginer des hommes dans une caverne qui sont enchaînés là depuis
leur enfance et tournent le dos à l’entrée de manière qu’ils ne peuvent tourner la
tête. Sur une hauteur, au loin, un feu est allumé. Entre la caverne et le feu se situe
un chemin, bordé d’un mur, sur lequel passent des hommes, porteurs de différents
ustensiles, dont certains sont muets quand d’autres parlent. Les prisonniers de la
caverne ne voient donc que des ombres projetées et croient que ces ombres sont
des choses réelles. (Pour Socrate « Il est indubitable que pour ces gens-là la
réalité ne saurait être autre chose que les ombres des objets. »)
Dans un deuxième moment, l’un des
hommes est libéré de ses chaînes,
forcé à tourner la tête vers l’entrée
de la grotte et à s’avancer vers la
lumière. Ebloui, il ne voit rien au
point que les choses vues
antérieurement lui semblent être la
(/[Link]?title=Image:[Link])
seule réalité. (Il s’agit de l’amorce
d’une critique du réalisme naïf pour
lequel les choses sont telles qu’on les voit.)
Dans un troisième moment, si les prisonniers sont forcés à gravir la montée et si
on les maintient à demeurer dans la lumièrre qui les éblouit, ils se révolteront
contre le traitement qui leur est infligé et maudiront ceux qui, sous prétexte de leur
faire voir le réel, ne parviennent qu’à blesser leurs sens au point qu’ils ne voient
plus rien. (Platon montre ainsi qu’il faut s’habituer à la réalité comme auparavant
le prisonnier était habitué à l’obscurité, c’est-à-dire à l’illusion.)
Le quatrième moment est celui au cours duquel le prisonnier doit d’abord regarder
les ombres, puis les images des hommes et des choses dans l’eau et, enfin, il
élève son regard vers la lumière des astres avant de regarder le soleil (Platon
affirme ainsi qu’il faut éviter la précipitation et introduire des intermédiaires, phase
au cours de laquelle la conscience se libère lentement des anciennes illusions en
même temps qu’elle prend possession de la vérité.)
Signification
Le sens immédiat du texte est de démontrer que les habitudes font échec à
l’exercice de la réflexion critique. Ses habitudes de penser rendent l’être humain
réfractaire aux problèmes nouveaux et en interdisent toute intelligence claire.
S’y ajoute la dénonciation de l’accoutumance comme source de facilité et de
dogmatisme : il est plus facile de voir ce que nous avons coutume de voir et il est
intolérable de voir mettre en question la réalité que nous considérons comme telle.
Le prisonnier de la caverne est prisonnier de l’évidence sensible qui succombe au
dogmatisme du sens commun.
Cette allégorie a, en outre, une signification ontologique. En effet, la réalité perçue
par notre sensibilité n’est qu’une réalité apparente qui, certes, existe mais dépend
de quelque chose d’autre qui fonde sa réalité. C’est le sens du rapport
ombres/ustensiles/statues/lumière : sans statues il n’y a pas d’ombres ; sans feu, il
n’y a pas d’ombre projetée. Bref, la réalité ne nous est pas donnée
immédiatement, elle réclame, pour être trouvée, un véritable effort de recherche.
On peut, enfin, considérer que l’allégorie de la caverne a une signification
épistémologique qui apparaît à trois niveaux. Elle est, d’abord, critique de la
croyance naïve : le savoir que nous établissons nous renseigne davantage sur
nous-mêmes que sur les choses et représente une connaissance subjective. Elle
met, ensuite, en évidence la résistance de l’esprit à l’égard de toute réalité
nouvelle. Comme le corps, l’esprit est difficile à réformer en ce qu’il a tôt fait
d’acquérir des manières de penser qui font obstacle à l’utilisation de nouvelles
méthodes et à la compréhension de conceptions inédites. Elle enseigne, enfin,
que le temps de la vérité est nécessairement long et qu’il demande sa propre
maturation. Pour accéder à la vérité, ne faut-il pas parvenir à se détacher des
renseignements sensoriels et, ensuite, multiplier les intermédiaires qui
contraignent l’âme à la recherche, qui la détournent de ce qui est précaire (la
réalité sensible), avant de l’habituer à ce qui demeure et qui est éternel (la vérité
intelligible) ?
L’allégorie de la caverne vise à démontrer que les obstacles à l’entreprise
philosophique sont multiples et que la pensée doit surmonter ce qui la disperse
dans le monde des choses et qui tend à faire du sujet pensant une chose parmi
les choses.
2.5. LA RÉFLEXION PHILOSOPHIQUE ET L’ATTITUDE DUBITATIVE
« Je ne saurais aujourd’hui trop accorder à ma défiance puisqu’il n’est pas
maintenant question d’agir mais seulement de méditer et de connaître. »
(Descartes)
La réflexion implique la volonté de ne pas être dupe. Mais cette défiance ne doit
pas porter sur les actes quotidiens qui servent au maintien de la vie. Il faut vivre,
d’abord. Aussi l’irrésolution – la conséquence du doute – qui affecterait l’action
porterait atteinte à la conservation de la vie. L’homme irrésolu n’est pas un homme
réfléchi mais un être sans volonté soumis à l’inquiétude et au désarroi quand il
s’agit d’agir. Il s’agit de bien distinguer la vie et la pensée : la vie a besoin,
contrairement à la pensée, de réponses rapides à des situations urgentes.
Le doute concerne la pensée et il a pour but de nous délivrer de l’erreur et, donc,
à suspendre notre jugement. Par exemple, je me dis : « Ce bâton que je vois brisé
dans l’eau l’est-il réellement ou est-ce une banale illusion d’optique ? » Bref, je
doute de l’évidence sensible.
Ce doute socratique met en question les
acquis intellectuels et les valeurs morales
de l’époque : valeur des idées reçues,
des opinions, voire de toute prétention au
savoir. Il fait apparaître la philosophie
comme une superbe ignorance. Non,
certes, comme une mise en cause de la
connaissance, mais plutôt des produits de
(/[Link]?title=Image:[Link]) la connaissance qui sont proposés. Ce
doute a une valeur purificatrice : il nettoie
l’âme des connaissances résiduelles mal
fondées. Descartes fait même porter son doute non seulement sur les opinions
reçues mais sur les vérités qui apparaissent indubitables, telles les vérités
mathématiques.
Ainsi le doute commence par nous détacher de l’évidence sensible et rejette les
explications obscures ou confuses (« Je ne dois pas moins soigneusement
m’empêcher de donner créance aux choses qui ne sont pas entièrement certaines
et indubitables qu’à celles qui me paraissent manifestement être fausses. Ce me
sera assez pour les rejeter toutes si je puis trouver en chacune quelque raison de
douter.» (Descartes)
Mais une seconde fonction du doute est de nous séparer du mouvement naturel
de la vie pour revenir à nous-même. De même que l’on « s’installe dans la vie »,
on doit s’installer dans la pensée.
Enfin, le doute nous fait accéder à une vie authentique, par son pouvoir de recul,
dans la mesure où il nous fait nous reprendre en nous interdisant de nous perdre
dans les choses, de s’y « engluer », selon Sartre. Dans le doute perce la volonté
de refuser les divertissements qui dissimulent les problèmes de la vie intellectuelle
et pratique.
2.6. L’ACTE DE RÉFLEXION
Il apparaît évident que le sujet s’oublie en tant que sujet percevant dans ce qu’il
perçoit et que cette façon d’être semble aller de soi dans ce qu’elle a de naturel.
Or, c’est ce qui semble être tout naturel qui conduit au naturalisme, un naturalisme
pour lequel le monde est un monde où l’homme dans son originalité est absent.
Ce qui n’est pas concevable.
Il faut donc revenir du monde que nous acceptons simplement à la conscience qui
le perçoit, ou encore revenir du monde des choses au sujet qui en prend
conscience. Ce retour constitue la réflexion. Elle est un retour à soi, une manière
de rentrer en soi, mais, simultanément, une façon de sortir de soi. La réflexion
porte sur quelque chose préalablement irréfléchi et lorsque nous réfléchissons sur
cet irréfléchi, nous le posons du même coup à distance et nous ne coïncidons pas
naïvement avec lui. Dans ce cas, le sujet qui réfléchit est amené à sortir de lui-
même, mais, dans le même temps, la réflexion suppose l’abandon passager de
cette attitude naturelle qui nous fait accepter ce que nous percevons d’une
manière naïve. La réflexion est double : réfléchir, c’est réfléchir sur quelque
chose ; réfléchir exprime la volonté de se dégager de la chose.
Or, au début, il y a la parole et le geste. Par la parole, l’homme décrit le monde ;
par le geste, il s’y adapte. La parole et le geste permettent son insertion dans le
monde : l’homme est d’abord attentif aux menaces qui pèsent sur cette insertion et
aux moyens de les déjouer. La réflexion va permettre de comprendre ces paroles
et ces gestes. Elle est le retour de l’attention à la vie, à soi dans la vie. Sorte de
recueillement, la réflexion philosophique vise à faire comprendre au sujet ses
paroles et ses gestes pour qu’il communique par le dialogue ce qu’il a analysé et
compris.
NOTE
(1) C’est ainsi que Jean Grenier (in Les Iles, 1933) rapporte l’expérience de l’un de
ses amis qui découvre Sienne à deux heures de l’après-midi : « Les volets
ouverts, il vit un immense espace où tourbillonnaient des arbres, des cieux, des
vignes et des églises, cette admirable campagne que Sienne domine de si haut, et
qu’il lui semblait voir par un trou de serrure (sa chambre n’était qu’un point noir.
Alors, il se mit à sangloter. Non pas d’admiration mais d’impuissance. Il comprit
(…) tout ce qu’il ne pourrait pas faire, la vie médiocre qu’il était condamné à subir,
il vit réalisé en un instant le néant de ses aspirations, de ses pensées, de son
cœur. On lui offrait tout et il ne pouvait prendre rien. Il me dit qu’à cette limite il
avait pris conscience pour la première et dernière fois du caractère définitif d’une
séparation qu’il n’imaginait jusqu’ici que provisoire et que pourtant il avait été seul
à vouloir. Il est vrai que certains spectacles, la baie de Naples, par exemple, les
terrasses fleuries de Capri, de Sidi-Bou-Saïd, sont des sollicitations perpétuelles à
la mort. Ce qui devait nous combler creuse en nous un vide infini (…) »
NB : Un article sur Libre Savoir enrichit ce qui précède : « La recherche de la
sagesse » [2] ([Link]
title=La_recherche_de_la_sagesse#tag0)
Par ailleurs, le sujet de dissertation : «La réflexion philosophique nous détache-t-
elle du monde ? » [3] ([Link]
title=Philosophie_%3A_La_r%C3%A9flexion_philosophique_nous_d%C3%A9tache-
t-elle_du_monde_%3F) proposé et développé sur le site complète cette étude.
(/[Link]? Les droits de ce document sont régis par un contrat Creative Commons
title=Image:Cc_somerights.png) ([Link] et plus précisement
par le contrat Creative Commons Paternité - Partage des Conditions
Initiales à l’Identique Licence France 2.0
(/[Link]?title=Image:32px- ([Link] de Creative
Cc_attrib.png) Commons (/[Link]?title=Creative_Commons), plus connue sous le
nom de "CC-BY-SA".
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Catégorie (1) Philosophie et psychologie ([Link]?title=Philosophie_et_psychologie__39)
Mots-clef pensée ([Link] Philosophie Réflexion Sens de la vie
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