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Variétés Différentiables et Atlas C r

Differential geometry

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§2 VARIETES DIFFERENTIABLES

Une variété est un espace topologique sur lequel est définie la


notion de différentielle d’une fonction et par conséquent, sur
lequel nous pouvons faire du calcul différentiel. Nous
montrons d’abord, de manière informelle, comment le désir de
généraliser le calcul différentiel classique à des espaces plus
généraux que les ouverts des espaces numériques nous mène
naturellement à la notion d’atlas; nous donnons, ensuite, la
définition rigoureuse de la structure de variété. Nous
terminons ce chapitre par plusieurs exemples détaillés de
variétés importantes (sphère, espaces projectifs,
grassmanniennes ...).

2-1 Introduction informelle de la notion d’atlas


La notion de différentielle est définie classiquement pour les
applications entre ouverts d’espaces numériques IR n et IR p , comme
nous l’avons vu dans le §1. La notion de variété de classe C r est la
réponse à la question suivante: existe-t-il des espaces M, plus généraux
que les ouverts d’espaces IR n , pour lesquels la notion de C r -
différentiabilité d’une fonction f: M → IR puisse être définie ? Un tel
espace, s’il existe, s’appellera une variété différentiable de classe C r (
nous dirons variété C r ou variété pour abrèger).
La notion de différentielle nécessitant des considérations topologiques
(ouverts, continuité, limites...), une variété devra être, au minimum, un
espace topologique M. Soit, alors, f : M → IR une application et x un
point de M. Il faut répondre à deux questions:

(1) Comment définir la C r -différentiabilité de f au voisinage de x ?

(2) Comment définir la différentielle de f en x ?

La réponse à (1) nous conduira à la notion d’atlas C r sur M et la


réponse à (2) à celle, fondamentale, d’espace tangent à M en x.
Dans ce chapitre, nous répondons à (1); la réponse à (2) fera l’objet du
chapitre suivant.

Réponse informelle à (1):


La différentiabilité, étant une notion locale, il suffit de considérer la
restriction de f à un voisinage ouvert arbitraire U de x, i.e. f : U → IR .
La définition classique de la différentielle:
INTRODUCTION INFORMELLE 37

lim
h →0
1
h
(
f(x + h ) − f(x ) − Dxf(h ) ) = 0

n’a plus de sens ici vu que ‘x+h’ n’est pas défini, en général, sur un
espace topologique.
L’idée est de se ramener à une situation connue, c.a.d. à une fonction
définie sur un ouvert U’ d’un espace IRn . Faisons l’hypothèse suivante:

supposons que x possède un voisinage ouvert U homéomorphe à un


ouvert U’ d’un espace numérique IRn , soit : U → U'  IRn .

L’homéomorphisme  nous permet de passer d’un cas où la notion de


différentielle n’est pas définie (c.a.d. f : U → IR ) à un cas où cette
notion a un sens ( à savoir f   -1 : U’ → IR ):

M
U
x f

IR

 f   -1

IRn
a U’

Le couple (U,  ) s’appelle une carte locale de M au voisinage de x.


Posons a = ( x) et “essayons” la définition suivante de la
différentiabilité de f en x:

f est différentiable de classe C r au voisinage de x ( nous dirons C r-


différentiable pour abréger) si f   -1 est C r -différentiable au
n
voisinage de a U’  IR .
p
Voyons si cette définition est cohérante. Soit  :V → V’  IR une
autre carte locale en x (c.a.d.  est un homéomorphisme d’un
voisinage ouvert V de x dans M sur un ouvert V’ d’un espace
numérique IRn .
38 §2 VARIETES DIFFERENTIABLES

Soient a =  (x) , b =  (x) et h =    -1 . Il est clair que h est un


homéomorphime de  (U  V ) sur  (U  V) (ce qui implique, d’après
le théorème de l’invariance du domaine, que n = p); on l’appelle
morphisme de transition de la carte locale (U,  ) vers la carte (V,  ).
Nous avons, après restriction à  (U  V): f   -1 = (f   -1)  h

 (U  V ) f   -1 IR

h  f   -1

 (U  V)

Si le morphime de transition h est un difféomorphisme de classe C r,


alors par composition, f   -1 sera une fonction C r - différentiable.
Nous sommes donc amenés à considérer la relation d’équivalence
suivante sur l’ensemble des cartes locales de M:
deux cartes locales (U,  ) et (V,  ) sont dites C r-compatibles si, ou
bien U  V=  ou bien le morphisme de transition h =    -1 est
un C r -difféomorphisme .

En résumé, si (U,  ) et (V,  ) sont deux cartes locales en x M (donc


U  V   ) , C r-compatibles et si l’application f : U → IR est C r -
différentiable pour la carte (U ,  ) , c.a.d. f   -1 : U’ → IR est C r -
différentiable , alors , f est également C r - différentiable pour l’autre
carte locale (V ,  ) .
Supposons que l’espace topologique M puisse être recouvert par les
domaines Ui d’une famille ( U i , i ) iI de cartes locales C r-
équivalentes (  i : U i → U' i  IR ni ).

Uj Uk
Ui M

Soit alors f : M → IR une application et x  M . Si f est C r -


différentiable au voisinage de x pour la carte locale (Ui,  i) pour un
certain indice i I, alors f est C r - différentiable pour toute autre carte
locale (Uj ,  j) en x . Une telle famille ( U i , i ) iI de cartes locales sur
M s’appelle un atlas de classe Cr , par analogie à un atlas
INTRODUCTION INFORMELLE 39

géographique où les pays de la sphère terrestre sont représentés par


des cartes en deux dimensions (c.a.d. dans IR 2).
Etant donné un C r -atlas A = ( U i , i ) iI , on peut lui adjoindre toutes
les cartes locales ( V,  ) de M qui sont C r -compatibles avec toutes
les cartes (Ui,  i ) de A, obtenant ainsi un C r -atlas maximal M; il est
clair que les atlas A et M admettent les mêmes fonctions C r -
différentiables .

2-2 Variétés différentiables


2-2-1 Définition: M est appelé une variété topologique de
dimension n si les conditions suivantes sont satisfaites:
i) M est un espace topologique séparé
ii) Pour tout élément x de M, il existe un voisinage U de x
homéomorphe à un ouvert U’ de IR n (on dit que M est localement
homéomorphe à IR n ).

Si U est un ouvert de M et  un homéomorphisme de U sur un ouvert


de IRn , on dit que le couple (U ,  ) est une carte locale de M.
Comme  (p)  IRn , pour p U, nous avons:
(
 (p) = x1 ( p), x 2 ( p),, x n ( p) )
où, pour i = 1, 2,..., n, x i : U → IR est une fonction de U dans IR .
Le système ( x1 ,, x n ) de n fonctions définies et continues sur U est
appelé un systéme de coordonnées locales de M.

M  (U)
p U  2
x (p)  (p)

x 1(p)

Soient ( U,  ) et ( V,  ) deux cartes locales de M; on suppose que


U  V   . L’application h =    −1 : ( U  V) → ( U  V) est un
homéomorphisme appelé morphisme de transition. Il permet de
(
passer d’un système de coordonnées  (p) = x1 ( p), x 2 ( p),, x n ( p) à )
(
un système ( p) = y ( p),, y ( p)
1 n
) et vice-versa. Les deux cartes
40 §2 VARIETES DIFFERENTIABLES

(U,  ) et (V,  ) sont dites Cr-compatibles si h est un Cr-


difféomorphisme.

2-2-2 Définition: On appelle atlas de classe C r (ou C r -


atlas) sur M un ensemble de cartes locales A = ( U i , i ) iI de M
vérifiant les conditions suivantes:
i) ( U i ) iI est un recouvrement ouvert de M.
ii) Pour tout i , j I , les cartes locales (Ui ,  i ) ( )
et U j ,  j sont C r
- compatibles.

Soit A un C r - atlas de M; une carte locale ( U,  ) est dite compatible


avec A si A ‘ = A   ( U,)  est encore un C r
-atlas; il est équivalent
de dire que la carte (U,  ) est C r - compatible avec toutes les cartes
de A . Nous noterons A* l’ensemble de toutes les cartes locales
compatibles avec A .

2-2-3 Définition: Les deux C r - atlas A et B sont dits


équivalents si A* = B* .

Il est facile de vérifier que c’est bien une relation d’équivalence sur
l’ensemble de tous les C r - atlas de M . Si A et B sont des C r - atlas
non- équivalents , leurs ensembles de fonctions C r - différentiables
sont distincts: il existe une fonction f de M dans IR qui est C r -
différentiable pour l’atlas A et ne l’est pas pour B .

2-2-4 Définition: Une classe d’équivalence D de l’ensemble


des C r - atlas de M s’appelle une structure différentiable sur M de classe
Cr .

Dans D , il existe un plus grand atlas M , appelé atlas maximal, qui


est la réunion de tous les atlas de la classe d’équivalence D .

2-2-5 Définition d’une variété:


Une variété différentiable de classe C r et de dimension n , est la
donnée d’un couple ( M , D ) où M est une variété topologique de
dimension n , et D une structure différentiable de M de classe C r .
DEFINITION D’UNE VARIETE 41

Remarques:
• on obtiendrait une définition équivalente en remplaçant le couple
(M , D ) par le couple (M , M) où M est un C r - atlas maximal de M
.

• sur un même espace séparé M , il peut coexister plusieurs


structures C r - différentiables non- équivalentes, c.a.d. des C r - atlas
non équivalents, n’admettant pas les mêmes fonctions C r -
différentiables. Pour un espace donné M, trouver le nombre de
structures différentiables “supportées” par M, est encore un problème
ouvert. J. Milnor a étudié le nombre de structures différentiables sur
certaines sphères. Il a montré que la sphère S7 possède 28 structures
différentiables et S31 en possède plus de 16 millions. Donaldson a,
quant à lui, découvert une nouvelle structure différentiable sur IR 4,
non équivalente à la structure canonique.

• l’hypothèse que M soit séparé est nécessaire car elle n’est pas
conséquence du fait que M est localement homéomorphe à IRn . En
fait, on peut donner une définition plus générale de la noton de variété
où l’on n’exige plus la séparation de l’espace M; nous pouvons alors
obtenir (et même construire) des variétés non séparées . Ce type de
variétés étant rare dans la pratique, il est préférable, dans un cours
introductif, de travailler avec des variétés séparées.

• en pratique, on ne travaille jamais avec un atlas maximal (en fait,


on ne le peut pas); il suffit d’avoir un C r - atlas avec un nombre
minimum de cartes locales qui nous permettent de nous « déplacer »
entre M et IRn .

2-3 Exemples de variétés


2-3-1 Les ouverts de IR n :
Soit U un ouvert de IR n muni de la topologie induite; U est séparé.
Nous pouvons définir un atlas composé d’une unique carte locale: A
= {(U , Id)} où Id: U → U  IR n est l’application identité. L’unique
morphisme de transition étant l’identité de U, qui est une application
C  , l’atlas obtenu est de classe C  . Ainsi , tout ouvert de IR n , et en
particulier IR n , est muni canoniquement d’une structure de variété
C .
42 §2 VARIETES DIFFERENTIABLES

2-3-2 Le graphe d’une fonction C r :


Soit f : U → IR une fonction C  définie sur l’ouvert U de IR n . Son
graphe est :
G = (x ,..., x , f (x ,..., x )) (x ,..., x )  U  IR
1 n 1 n 1 n n+1
.

Considérons la carte locale  : G → U  IRn définie par


( ) (
 x1 ,..., x n , x n +1 = x1 ,..., x n . )
Cette application est bien un homéomorphisme et G, muni de la
topologie induite par IR n+1, est une variété C  de dimension n .

(x,y,f(x,y))

G

U (x,y)

2-2-3 La sphère S n :
 1 n +1

(  ) ( )
n +1 2
n n
La sphère S est définie par S =  x ,..., x x i = 1  IR n+1 .
 i =1 
Les pôles nord et sud sont respectivement:
N = ( 0,...,0,1 ) et S = ( 0,...,0, -1 ).
Nous considérons les deux projections stéréographiques  N et  S de
pôles respectifs N et S:
 N : U1 = S n - N → IRn
P → p = intersection de la droite NP avec le plan équatorial
identifié à IRn .
 S : U2 = S n - S → IRn
P’ → p’ = intersection de la droite SP’ avec le plan équatorial

P
EXEMPLES DE VARIETE 43

N

IRn

P’

Analytiquement, nous avons:


( x ,..., x )
1 n

(
 N ( P) =  N x ,..., x , x
1 n n +1
) =
1 − x n +1

( x ,..., x )
1 n

(
 S ( P) =  S x ,..., x1 n +1
) =
1 + x n +1

Munie de la topologie induite par IR n+1 , S n est un espace séparé et


{U1 ,U2 } en est un recouvrement ouvert. On vérifie facilement que
les applications  N et  S sont des homéomorphismes; nous obtenons
ainsi un atlas ( U ,  ), ( U
1 N 2 ,  S ) dont il s’agit de déterminer la
classe. Nous avons seulement deux morphismes de transition ,
inverses l’un de l’autre:  S   N-1 et  N   S-1 . Pour le premier ,
x
nous avons:  S   N-1 (x ) = 2
( inversion de IR n -{0} sur lui-
x
même) qui est manifestement une application C  . Nous avons un
résultat analogue pour l’autre morphisme  N   S-1 . La sphère S n
est donc une variété C  .

2-2-4 L’espace projectif réel P n(IR ):

Cet espace a été défini au §0 où nous l’avions muni d’une topologie


séparée. Utilisant les notations du §0 , nous le munissons maintenant
d’une structure C  .
Pour i = 1,..., n + 1, posons
44 §2 VARIETES DIFFERENTIABLES

Ui = x = x ,..., x   P (IR )


1 n +1 n
xi  0 
et définissons, sur U i , l’ application
 x1 x i −1 x i +1 x n +1 
 i  x =  i ,..., i , i ,..., i   IR n .
x x x x 
Pour n + 1 = 3, i = 2 , nous avons la représentation suivante :

x3

IR 2+1 IR 2 [x]

 2 ( x)

O 1 x2

x1

Il est clair que  2 ( x) n’est autre que l’intersection de la droite Ox


avec le plan affine d’équation x i = 1, identifié avec IR n . Comme
x  0, il existe toujours une composante x i non nulle; par conséquent
la famille ( U i ) , i = 1,...,n + 1 , est un recouvrement de Pn(IR). Chaque
Ui est un ouvert de P n(IR) car son image réciproque dans IR n+1 par la
projection canonique est l’ouvert:
 −1 ( U i ) = IR  ...  IR *  ...  IR,
où le facteur IR * correspond à la coordonnée x i . Les applications  i
sont continues car leurs composées avec  , c.a.d  i   définie sur
 −1 ( U i ) , le sont de façon évidente.
De plus, on a  i ( x) =  i ( y)  x = y,   0   x =  y ; les  i
sont donc bijectives (la surjectivité est évidente).
L’application réciproque  i -1 est définie par:
i
−1
( y ,..., y ) = ( y ,..., y
1 n 1 i −1
)
,1 , y i ,..., y n ;
EXEMPLES DE VARIETE 45

elle est donc continue et  i est bien un homéomorphisme de U i sur


son image IR n . Nous avons donc un atlas (U i ,  i ) sur P n ( IR )
composé de ( n + 1) cartes locales .
Cherchons sa classe. Le morphisme de transition  j   i −1 est
facilement calculable:
 y1 y i −1 1 y j yn 
 j   i −1 ( y 1 ,..., y n ) =  j , , j , j , , j , , j  où le terme
y y y y y 
portant le signe ^ doit être omis. Comme y j  0 , la formule
précédente définie bien une application de classe C  . Les espaces
projectifs sont donc des variétés C  . Notons que, puisque P n (IR) est
le quotient de la sphère S n par la relation identifiant un point x et son
antipode ( -x ), il est compact car image continue de l’ espace compact
Sn .

2-4 Morphismes de variétés


Soit f : M ⎯ ⎯→ N une application continue entre deux variétés C r ,
a  M et b = f(a). Considérons deux cartes locales (U,  ) et (V,  ) en
a et b respectivement, telles que f(U)  V ; celles-ci nous permettent
de « lire » l’application f (au voisinage de a et b) dans IR n et IR p :
~
l’application f    f   -1 :  (U)  IR n ⎯ ⎯→  (V)  IR p
s’appelle l’expression locale de f dans les cartes locales (U,  ) et
(V,  ).
UM f VN

 

~
 (U)  IR n f    f   -1  (V)  IR p

2-4-1 Définition: L’application continue f : M ⎯


⎯→ N est
dite C r -différentiable si, pour tout point x de M, il existe un couple
de cartes locales (U,  ) et (V,  ) en x et y = f(x) respectivement,
~
telles que l’expression locale f de f dans ces cartes soit une
46 §2 VARIETES DIFFERENTIABLES

application C r -différentiable de l’ouvert U’ =  (U) de IR n dans


l’ouvert V’ =  (V) de IR p .

U f V b
a

 

U’ V’
~
 2(a)  (a) f  2(b)  (b)

 1(a)  1(b)

Une application C r -différentiable entre deux variétés M et N de


classe C r sera appelée également un morphisme de M dans N.
Montrons que la définition ne dépend pas du couple de cartes locales
choisies: soient ( U 1 ,  1 ) et ( V1 ,  1 ) de nouvelles cartes en x et
y = f(x) respectivement, telles que f(U 1)  V1 ; l’expression locale de
f pour ces nouvelles cartes est
f 1 =  1  f   1−1 : U1 ' =  1 ( U1 ) ⎯
⎯→ V1 ' =  1 ( V1 ) .
~
~
Montrons que f 1 est C r -différentiable; posons U2 = U  U1,
V2 = V  V1 et considérons le diagramme ci-dessous :

U2 f V2

 
~
1  (U 2 ) f  (V 2) 1
h k
~
 (U 2 ) f1  (V 2 )
MORPHISMES DE VARIETES 47

où h et k sont les morphismes de transition :


h =  1   −1 et k =  1   −1 .
~ ~
Nous avons (voir le diagramme ci-dessus): f1 = k  f  h −1 . Cette
dernière application, étant la composée d’applications C r , est
également de classe C r .

Nous pouvons donc énoncer la proposition suivante :

2-4-2 Proposition: L’application f : M ⎯


⎯→ N est C r -
différentiable  pour tout couple de cartes locales (U,  ) et (V,  )
de M et N respectivement, telles que f(U)  V, l’expression locale
~
f =   f   -1 de  (U) dans  (V) est de classe C r .

Notations: Si (U,  ) est une carte locale de M et x  M, nous


avons  (x)  IR n où n = dim M, donc ( x) = (  1 ( x) , ,  n ( x) ) où
les  i , i = 1,...,n, sont les fonctions coordonnées de  . En pratique,
« la coutume » est d’utiliser les notations suivantes pour les systèmes
de coordonnées: ( x) = ( x 1 ( x) , , x n ( x) ) où l’on utilise les mêmes
lettres pour la variable de M et pour les fonctions coordonnées. Ainsi,
si y est la variable de N, nous poserons:

(
 ( y ) = y 1 ( y ),  , y p ( y ) )
où p = dim N.

Comme exemples importants d’applications C r , soit (U,  ) une carte


locale de M et, pour i = 1,...,n, considérons les fonctions coordonnées
xi: U ⎯ ⎯→ IR , où IR est muni de sa structure canonique de variété et U
de la structure induite par celle de M: x i = pr i   = Id  pr i   où Id est
l’identité de IR et pr i : IR n → IR la i éme projection canonique.
L’expression locale de x i , dans les cartes locales (U ,  ) et (IR , Id), est
donc ~ x i = pr i :  (U)  IR n → IR qui est bien une application C r -
différentiable, pour tout r  IN  .

2-4-3 Difféomorphisme: Une application f : M → N entre


48 §2 VARIETES DIFFERENTIABLES

variétés Cr est un difféomorphisme si elle est bijective, C r - différentiable


ainsi que f −1 .

2-4-4 Rang d’un morphisme: Soit f : M → N un morphisme


~
de variétés C r , a  M et b = f(a) ; soit f une expression locale de f au
voisinage de a (pour les cartes locales ( U,  ) en a et ( V,  ) en b).
~
Le rang de f en a est le rang de f au point  (a)   (U):
~
rg a f  rg  ( a ) f .

Deux expressions locales de f au voisinage de a  M étant reliées par des


morphismes de transition (qui sont des difféomorphismes), il s’ensuit que
le rang ainsi défini , ne dépend pas de l’expression locale particulière
utilisée.

Posons n = dim M et p = dim N ;


• si rg a f = n , f s’appelle une immersion au point a ;
• si rg a f = p , f s’appelle une submersion au point a ;
• f est une immersion ( resp. une submersion ) si elle vérifie cette
propriété en tout point a de M .

Exercices et Problèmes sur les variétés


1) Soit M une variété C r , M’ un ensemble et u : M → M’ une bijection.
a) définir une topologie sur M’ de sorte que u devienne un
homéomorphisme.
b) utiliser la structure différentiable de M et l’homéomorphisme u pour
définir une structure de variété C r sur M’ (appelée transportée de la
structure de M par u ).
c) soit E un espace vectoriel sur IR , de dimension n; le munir d’une
structure canonique de variété C  .
note: considérer un isomorphisme  : IR n → E, transporter la structure
canonique de IR n à E par  et montrer que l’on obtient une structure
indépendante de l’isomorphisme choisi .

2) Soit M une C r - variété et U un ouvert de M. Montrer que M induit


canoniquement une structure de même type sur U .
EXERCICES ET PROBLEMES 49

3) Soit M une variété C r ; montrer que :


i) M est localement compacte.
ii) M est localement connexe.
iii) tout point de M possède un voisinage homéomorphe à un espace
métrique complet.

4) Soit C le cône de IR 3 défini par ( x, y, z) x2 + y2 = z2  muni de la


topologie induite par IR 3 :
i) en considérant un voisinage de (0,0,0), montrer que C ne peut être une
variété topologique.
ii) montrer que C - ( 0,0,0 ) est une variété C  .

5) Soient M et N deux variétés C r , de dimension respective m et n; munir


M  N d’une structure C r , de dimension (m + n).

6) Montrer que le tore de dimension n, Tn = IR n /Zn , est muni d’une


structure de variété C  pour laquelle il existe un atlas C  comportant (n
+1) cartes locales, dont les images sont des translatés dans IR n du cube
ouvert
I n = ] 0,1 [ n .
50 §2 VARIETES DIFFERENTIABLES

0 1

7) Soit S 2 = ( x , x
1 2 
, x 3 ) x12 + x 22 + x 23 = 1 la sphère unité dans IR 3 et e i
le point de la sphère dont les coordonnées sont nulles sauf la i eme qui vaut 
(i = 1,2,3;  = + 1, -1). Posons U i = la demi-sphère dont le pôle est e i ,
privée de son équateur, et  i la projection de U i sur le plan x i = 0.
Montrer que ( U ,  )

i

i 
i = 1,2,3;  = 1 est un atlas C  compatible avec
l’atlas à deux cartes défini en cours.

8) Soit IR muni de l’atlas à une seule carte locale {(U = IR , x 3)} où x 3 est
l’application x → x 3 . Comparer cet atlas avec l’atlas canonique .

9) Soient M une variété C  , A et A ‘ deux atlas C  maximaux sur M, F


et F ‘ leurs algèbres des fonctions C sur M ( à valeurs dans IR ).

i) Montrer que A = A ‘  F = F‘ .
ii) En déduire que IR , munie de sa topologie ordinaire, possède une infinité
de structures C  -différentiables non- équivalentes.

10) Soit f : M → N une application continue entre deux C r - variétés,


a  M et b = f (a) . Montrer qu’il existe des cartes locales ( U,  ) et
(V,  ) en a et b respectivement, telles que f (U)  V .

11 ) Grassmanienne infinie:
Soit E un espace de Banach, G(E) l’ensemble des sous-espaces directs ( ie.
admettant un supplémentaire topologique) de E.
i) soit F un sous-espace direct de E. Etablir une bijection  F entre
l’ensemble UF des supplémentaires topologiques de F et le sous-espace
affine VF  L(E/F,E) des applications u  L(E/F,E) telles que pF  u = Id
E/F (pF désigne la projection de E sur E/F).
EXERCICES ET PROBLEMES 51

ii) montrer que si F’ est un autre sous-espace direct,  F ( UF  UF’ ) et


 F’ (UF  UF’ ) sont ouverts dans VF et VF’ respectivement, et que  F’   F
est un difféomorphisme du premier sur le second.
Déduire de tout ceci qu’il existe une structure de variété C  et une seule sur
G(E) pour laquelle les UF sont tous ouverts, et  F est un difféomorphisme
de UF sur son image.

iii)* on suppose maintenant que E est un espace de Hilbert. Montrer que


l’application x → px qui, au sous-espace fermé x de E, fait correspondre
le projecteur orthogonal sur x , est un isomorphisme de G(E) sur une sous-
variété fermée de l’espace L(E) des endomorphismes continus de E.

Exercices et Problèmes sur les morphismes de variétés

1) Soit f : M → N une application continue entre deux variétés C r


;
montrer l’équivalence des assertions suivantes:
i) f est de classe C r .
ii) pour toute C r - fonction h : N → IR , l’application h  f : M → IR
est C r .

2) Soient M , N , P des variétés C r et p1 : M  N → M et p2 : M  N


→ N les projections sur les facteurs; pour (a,b)  M  N, soient les
inclusions i : M → M  N et j : N → M  N définies par i (x) = (x , b) et
j (y) = (a , y) .
i) Montrer que p1 , p2 , i et j sont de classe C r .
ii) Montrer qu’une application F: P → M  N est C r  f1 = p1  F et
f2 = p2  F sont C r .

3) Soient M, N, P, Q des variétés C r , f : M → P et g: N → Q des


applications C r . Montrer que (f, g) : M  N → P  Q , définie par
(f , g) (x, y) = ( f(x) , g(y) ) , est de classe C r .

4) Soit M une variété connexe , a et b deux points de M . Montrer qu’il


existe un difféomorphisme F : M → M tel que F(a) = b .

5) Soit f : M → N une immersion et dim M = dim N ; montrer que f est


ouverte et en déduire qu’il n’existe aucune immersion de S n dans IRn .

6) Définition d’une variété par le faisceau de ses fonctions


différentiables :
52 §2 VARIETES DIFFERENTIABLES

Soit M une variété C r , de dimension n . Pour tout ouvert U de M , on


pose F(U) = l’ensemble des applications C r de U dans IR . Montrer que les
F(U) ont les propriétés suivantes :
a) Pour tout ouvert V  U, les restrictions à V des fonctions f  F(U)
F
appartiennent à (V).
b) Pour tout ouvert U  M, et tout recouvrement ouvert ( U  ) de U par
des ouverts contenus dans U , si f : U → IR est telle que , pour tout  , la
F F
restriction f  de f à U  appartienne à ( U  ), alors f  ( U ).
c) Pour tout x M, il existe un homéomorphisme  d’un voisinage ouvert

F
U de x sur un ouvert de IR n tel que, pour tout ouvert V  U, (V) soit
l’ensemble des fonctions de la forme g   , où g parcourt l’ensemble des
fonctions C r de  ( U ) dans IR .
Réciproquement, soit M un espace topologique métrisable et séparable;
F
supposons donné pour tout ouvert U de M un ensemble (U) ayant les
propriétés précédentes. Montrer qu’il existe une structure différentiable
F
unique C r sur M , pour laquelle (U) soit l’ensemble des fonctions C r de
U dans IR , pour tout ouvert U de M .
remarque: les fonctions coordonnées  i , i = 1,..,n, de  appartiennent à

F( U) .
7) Si V est une variété C r ( r  2 ) et f : V → IR une fonction C 2 , on dit
~
que x  V est un point critique non dégénéré de f , si l’on a D( x) f = 0 ,
~
où f est une expression locale de f au voisinage de x, et la matrice
  2 ~f 
hessienne H( f ) ( x )   i j  est inversible.
~
 x x ( x )
Soit la sphère S = {(x,y,z)  IR 3 | x 2 + y 2 + z 2 = 1}, P 2(IR ) le plan
2

projectif, quotient de S2 par la relation identifiant deux points


diamétralement opposés.
i) Montrer que la fonction p1 : S 2 → IR, définie par p1(x,y,z) = x, possède
exactement deux points critiques, et que ceux-ci sont non dégénérés.
ii) Montrer que la fonction f : S 2 → IR , définie par f(x,y,z) = x 2 - y 2,
passe au quotient de S2 à P 2(IR) et admet sur P 2(IR) exactement 3 points
critiques non dégénérés.

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