Socket Shield Technique en Esthétique
Socket Shield Technique en Esthétique
en secteur esthétique
Harold Butler
THESE
Aix-Marseille Université
(Président : Monsieur le Professeur Éric BERTON)
Butler Harold
THESE
Aix-Marseille Université
(Président : Monsieur le Professeur Éric BERTON)
Butler Harold
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reconnaissance à votre égard.
INTRODUCTION 1
1. L’extraction implantation en zone esthétique 2
a. Rappels 2
b. Situations cliniques pour pose d’implants 2
i. Indications pour la pose tardive d’implants (≥ 6 mois de cicatrisation post extraction): 2
ii. Indications pour la pose précoce d'implants avec guérison osseuse partielle (12-16 semaines) 3
iii. Indications pour la pose précoce d'implants avec cicatrisation des tissus mous (4-8 semaines) 3
iv. Indications pour la pose immédiate d'implants 4
c. Intérêts de l’extraction implantation immédiate 5
2. Alvéole post extractionnelle : cicatrisation, classification et préservation 5
a. Cicatrisation de l'alvéole post extractionnelle 5
b. Classification des alvéoles d'extraction pour la pose immédiate d'implants 7
i. Type 1 8
ii. Type 2 8
iii. Type 3 9
iv. Type 4 9
c. Préservation de l'alvéole post-extractionnelle 9
i. Dans la littérature 9
ii. Exemple clinique 10
3. Extraction et implantation immédiate : technique chirurgicale classique 12
a. Phase pré-opératoire 12
b. Peropératoire 13
i. L’extraction 13
ii. La position tridimensionnelle de l’implant 13
iii. Critères de décisions dans la gestion du “gap” 15
4. Technique chirurgicale du Socket Shield Technique 16
5. Mise en évidence des résultats de la SST dans la littérature 19
a. Etudes histologiques chez l’animal 20
b. Etude histologique chez l’Homme : 21
c. Etudes cliniques chez l’Homme 22
i. Analyses volumétriques 22
ii. Analyses esthétiques du projet prothétique 22
CONCLUSION 24
INTRODUCTION
La gestion de l’esthétique dans le secteur antérieur maxillaire est fondamentale dans l’arsenal
thérapeutique du chirurgien-dentiste. Lorsqu’un patient se présente avec une problématique
nécessitant une extraction en secteur esthétique, le chirurgien-dentiste se doit de proposer une
solution adaptée à ses demandes afin de rétablir la fonction de la dent extraite, tout en s’assurant
de l’intégration esthétique de la future réhabilitation. L’implantologie fait aujourd’hui partie
intégrante de cet arsenal.
Dans certains cas, l’intervention peut être rapide avec la technique d’extraction-implantation
immédiate (EII) et mise en esthétique immédiate grâce à la pose d’une prothèse provisoire dans un
même temps chirurgical.
Cependant, pour assurer un résultat viable et esthétiquement satisfaisant, il est essentiel pour le
chirurgien-dentiste d’anticiper et de contrôler de nombreux paramètres chez son patient, tel que le
stade de résorption osseuse post-extractionnelle. En effet, la gestion de l’effondrement de la crête
alvéolaire vestibulaire à la suite d’une avulsion, est un des challenges les plus délicats de
l’implantologie orale. La technique conventionnelle (extraction-implantation immédiate) permet à
ce jour d'obtenir des résultats esthétiques satisfaisants. Cependant, l'évolution de l’implantologie
va dans le sens de l’amélioration des protocoles. Ainsi, en 2010, une équipe de chercheurs (1) s’est
penchée sur une nouvelle technique chirurgicale prometteuse, la Socket Shield Technique (SST).
Cette méthode, qui est une proposition d’évolution de l’EII, semble permettre une préservation
maximale du volume osseux alvéolaire grâce au maintien du fragment vestibulaire dans l’alvéole
de la dent à extraire.
Dans ce manuscrit, nous allons dans un premier temps expliquer les conditions requises pour
réaliser une extraction-implantation immédiate dans le secteur esthétique. Puis, nous mettrons en
avant les protocoles chirurgicaux de ces deux méthodes. Pour finir, nous ferons état des
connaissances sur la SST, afin de comprendre si cette méthode est une évolution satisfaisante de
l’extraction-implantation immédiate.
1
1. L’extraction implantation en zone esthétique
a. Rappels
Pour commencer, il semble important de rappeler ce qu’est l’implantologie dentaire. Il s’agit d’une
technique basée sur l'ostéointégration, décrite par le Pr P.I. Branemark en 1983 (2).
L’implantologie dentaire a pour but de remplacer l’organe dentaire absent. Composé d’une vis
cylindrique en titane implanté dans l’os alvéolaire, l’implant est relié à la prothèse d’usage par des
connectiques. Il permet de restaurer l’esthétique et les fonctions perdues par la dent manquante.
Il existe différentes situations cliniques de pose d’implant en secteur esthétique. Selon les
indications, la pose peut être immédiate, précoce ou tardive. Cette classification est basée sur
l'article de Buser et Chen (3) qui synthétise la conférence de consensus de ITI 2014 :
Dans certains cas, il n’existe pas de volume osseux suffisant pour satisfaire une stabilisation
primaire de l’implant. Il est donc nécessaire d'observer un temps de cicatrisation supérieur à 6 mois
pour la réintervention. Pour maintenir le volume osseux il sera important de réaliser des techniques
de comblement par biomatériaux et d’apporter du tissu conjonctif dans le futur.
2
- Indisponibilité du patient.
Cette situation thérapeutique n’est pas attractive pour le patient tant le temps de traitement est long
et nécessite une réintervention par le biais d’un lambeau et d’une chirurgie invasive.
ii. Indications pour la pose précoce d'implants avec guérison osseuse partielle
(12-16 semaines)
Cette méthode est utilisée dans un cas où une lésion apicale lors de l’avulsion est trop importante
et ne permettra pas d’assurer la stabilité primaire de l’implant dans l’alvéole.
Cette situation peut se trouver idéale dans les secteurs postérieurs, notamment les premières
molaires mandibulaires mais est rarement utilisée en secteur antérieur (3).
iii. Indications pour la pose précoce d'implants avec cicatrisation des tissus
mous (4-8 semaines)
Ce processus apporte un avantage pour le praticien et le patient car une multitude de processus
biologiques se déroulent dans l'alvéole post-extractionnelle et réduisent ainsi le risque de
complications post chirurgicales.
3
Les avantages sont les suivants :
- Les tissus mous vont cicatriser, apportant 3 à 5 mm de muqueuse kératinisée supplémentaire
(5).
- D’après une étude de Chappuis et al. (6) dans les sites qui présentent une corticale
vestibulaire faible, la quantité de tissus mous peut être augmentée par sept, améliorant la
vascularisation et l’épaisseur du lambeau muco-périosté. Cela permet d’améliorer la
cicatrisation post chirurgicale et de réduire le besoin d’une greffe de conjonctif.
- A ce stade les lésions apicales se sont résorbées dans l'alvéole post-extractionnelle,
entraînant une réduction considérable des bactéries dans le site implantaire (7).
- Une nouvelle formation osseuse est observée, améliorant la stabilité implantaire primaire.
La pose immédiate d’implant doit se faire dans des conditions idéales (5) :
- Os vestibulaire totalement intact
- Phénotype de paroi épaisse (> 1mm)
- Gencive kératinisée (> 2mm)
- Absence d’infection aiguë purulente
- Stabilité primaire suffisante
Ces conditions limitent les possibilités et nous contraignent à n’utiliser cette méthode que dans
certains cas précis (3) :
- Traumatisme sans atteinte de l’os vestibulaire
- Résorption radiculaire
- Échec endodontique
- Lésions carieuses trop importantes avec impossibilité de conserver la dent
- Agénésies
Pour majorer les chances de réussite, il est important de réaliser la pose immédiate d’implant sans
lambeau. Lorsque toutes ces conditions sont réunies, il y a une diminution du risque de récession
4
de la muqueuse vestibulaire et de perte de l’os vestibulaire (5) afin que la prothèse d’usage
remplisse le cahier des charges établi au préalable avec le patient.
Il est important de noter que lors d’une extraction-implantation immédiate, il faut réaliser une
planification méthodique. Une imagerie volumétrique par faisceaux coniques (CBCT) et un logiciel
de planification implantaire, sont essentiels pour évaluer le volume osseux et le positionnement
tridimensionnel de l’implant. La planification reste guidée par le projet prothétique, car la finalité
est toujours la prothèse d’usage.
C’est une technique qui présente plusieurs intérêts à la fois pour le praticien et pour le patient.
Elle permet de réduire le nombre d’interventions chirurgicales et ainsi d’augmenter la satisfaction
du patient (8). La cicatrisation des tissus durs et mous peut être guidée grâce à une mise en
esthétique immédiate, en maintenant un profil d'émergence. L’ostéointégration est satisfaisante
grâce à la phase de cicatrisation de l'alvéole.
Malgré les avantages notables, il est important de rappeler les quelques inconvénients :
- Au cours de la mise en place de l'implant, l’anatomie de l’alvéole peut induire en erreur le
praticien inexpérimenté, provoquant la mauvaise position tridimensionnelle de l’implant.
- La morphologie de l'alvéole peut apporter une mauvaise stabilité primaire de l’implant.
5
Dans le secteur antérieur maxillaire, la perte osseuse est plus importante, à cause de la faible
épaisseur de l’os cortical vestibulaire. La plus grande partie des phénomènes de résorption va se
produire dans les 3 mois après l’extraction (10).
D’un point de vue plus général, la cicatrisation alvéolaire se constitue de trois étapes (11) :
- Une phase inflammatoire, qui aboutit à la constitution d’un caillot fibrino-plaquettaire dans
l’alvéole.
- Une phase proliférative, durant laquelle le caillot va être remplacé par du tissu de
granulation composé de cellules inflammatoires et de vaisseaux d'érythrocytes. Il sera par
la suite remplacé par une matrice fibro-conjonctive.
- La phase de maturation, dans laquelle la matrice fibro-conjonctive va se transformer de
tissu osseux immature (ostéoïde) à tissu osseux mature minéralisé. La phase de maturation
est assez longue et peut mettre plusieurs mois après l’avulsion.
Figure 1 : Représentation schématique des étapes de cicatrisation d’une alvéole osseuse après
extraction dentaire (11)
L’article de 2012 de Tan et Al. permet d’analyser le volume de modifications dimensionnelles des
tissus dans l’année qui suit l’extraction (10) :
6
Les phénomènes de modifications se déroulent les 6 premiers mois et sont moins intenses par la
suite. Sans technique de préservation alvéolaire, la table vestibulaire s’effondrera, ce qui pourrait
compromettre la réussite prothétique (12).
Dans la mesure du possible, l'extraction dentaire doit être atraumatique sans élévation du lambeau
vestibulaire. Après l'extraction de la dent, les tissus durs et mous sont évalués. Une petite curette
ou sonde est utilisée pour vérifier l’intégrité de la corticale osseuse alvéolaire. En fonction de la
topographie des tissus durs et mous, les alvéoles d'extraction peuvent être classées comme suit
(13)(14) :
- Type I : l'alvéole osseuse est intacte et la forme des tissus mous n'est pas perturbée.
- Type II : l'alvéole osseuse est intacte dans la partie coronaire de l'alvéole, mais une
fenestration est présente dans la zone apicale. Les tissus mous restent intacts et non
perturbés.
- Type III : la perte osseuse est présente dans la partie coronaire de l'alvéole. Les tissus mous
restent intacts et non perturbés.
- Type IV : les défauts osseux sont associés à une déformation des tissus mous. Souvent, la
gravité de ce défaut empêche la pose d'un implant.
7
Figure 2 : Illustration des différents types d'alvéoles d’extraction (13)
Les approches chirurgicales et prothétiques recommandées pour traiter les situations ci-dessus avec
des implants placés immédiatement sont les suivantes :
i. Type 1
La pose immédiate d'implants dentaires sans incision ni lambeau est recommandée. Le pilier de
cicatrisation ou le dispositif de rétention des tissus mous doit être mis en place au moment de la
pose de l'implant. Cela ne signifie pas que l'implant est immédiatement mis en charge ou temporisé,
mais les preuves suggèrent que c'est une option de traitement viable. Le pilier de cicatrisation peut
être positionné au niveau ou juste au-dessus de la marge gingivale. Un apport de conjonctif peut
être nécessaire par la suite en fonction du phénotype gingival (15).
ii. Type 2
Aucune incision ou lambeau ne doit être utilisé dans l'aspect coronal du site gingival. La mise en
place immédiate de l'implant est effectuée ; le dispositif de cicatrisation est utilisé pour retenir la
forme gingivale. Une greffe de conjonctif associée à la pose de l’implant est recommandée. La
greffe permet un meilleur résultat esthétique, car elle participe à la préservation alvéolaire (15).
8
iii. Type 3
Des incisions coronaires de pleine épaisseur au niveau du bord gingival et des lambeaux sont
nécessaires pour réparer le défaut osseux par des techniques de régénération osseuse. Un dispositif
de rétention des tissus mous peut être utilisé pour aider à conserver la forme des tissus mous au
moment de la pose immédiate.
iv. Type 4
Si le praticien juge approprié de placer immédiatement un implant après l'extraction, des incisions
et des lambeaux sont nécessaires car les tissus mous et durs doivent être réparés. Une augmentation
osseuse est nécessaire au moment de la pose de l'implant. L'augmentation des tissus mous, comme
une greffe de tissu conjonctif sous-épithélial, peut être effectuée pendant la pose de l'implant ou à
une date ultérieure.
i. Dans la littérature
Nous avons expliqué précédemment qu'à la suite d’une avulsion dentaire un phénomène de
résorption se met en place (10). Le but de tout praticien dans la restauration esthétique antérieure,
est de maintenir un niveau osseux et gingival satisfaisant, pour pouvoir poser un implant qui
permettra de réaliser une prothèse d’usage fonctionnelle et esthétique.
Il existe des méthodes pour limiter ce phénomène de résorption et réaliser une préservation
alvéolaire, notamment décrites et comparées lors de la conférence de consensus en 2009 (ITI) (16).
9
Dans une méta-analyse de 2014, Avilla-Ortiz et coll (17) confirment que les techniques de
préservation alvéolaire réduisent de manière significative la résorption osseuse, lorsque ces
paramètres sont respectés :
- Réalisation d’une extraction atraumatique
- Positionnement de matériaux de comblement ostéoconducteur dans l’alvéole
- Placement d’une membrane ou d’une greffe de conjonctif enfouie pour fermer l’alvéole
Une technique chirurgicale mini-invasive a été décrite par Elian (13) notamment pour les alvéoles
de type II, dans lesquelles une partie de la crête alvéolaire a disparu à la suite de l'avulsion.
Cette technique consiste à placer une membrane de collagène dans l’alvéole, afin de séparer les
parois osseuses alvéolaires du parodonte vestibulaire et ainsi d'éviter l’invasion des tissus mous au
sein de l’alvéole. Les cellules osseuses de l’alvéole peuvent alors repeupler le défaut en formant
un nouvel os.
10
Figure 4 : Illustration clinique de la technique de préservation énoncée par Elian (13)
Malheureusement, malgré les techniques qui sont évoquées, il est impossible d’éviter totalement
le phénomène de résorption.
a. Phase pré-opératoire
Dans un premier temps, une planification très précise du futur site implantaire doit être réalisée. La
planification, grâce à un CBCT et un logiciel de planification implantaire, permet d’anticiper la
position qu’aura l'implant dans l’alvéole. La planification est guidée par le projet prothétique. En
effet, comme démontré précédemment, les situations sont variables et le maintien d’une crête
vestibulaire est primordiale dans la réussite esthétique de l’implant.
En préopératoire il faudra :
- Réaliser un CBCT pour faire une analyse dimensionnelle de la table osseuse vestibulaire
11
Figure 5 : Image issue d’un CBCT pour une planification avant EII (18)
- Anticiper l’orientation palatine de l’implant car la perte osseuse aura lieu de manière plus
significative en vestibulaire
b. Peropératoire
i. L’extraction
12
Figure 7 : Alvéole post extractionnelle (18)
C’est une des caractéristiques majeures dans la réussite esthétique de l’implantation immédiate.
L’axe et le positionnement de l’implant vont obéir à des règles précises. Ils sont déterminés à
l'avance lors de la planification grâce à un guide chirurgical. Il s'agit de le positionner dans une
situation idéale qui respecte la topographie des tissus environnants. Le but est de maintenir un
espace biologique au col de l’implant, qui jouera un rôle primordial dans la réussite esthétique à
long terme (19).
Par exemple :
- Lors d'un mauvais placement sagittal, la prothèse d’usage ne pourra pas être réalisée, même
avec un pilier qui rattrape l’axe. En effet, en secteur antérieur, il n’est pas possible de
réaliser un puits de vissage en vestibulaire.
- Lors d’un mauvais placement vertical, si l’implant est placé de manière trop apicale, cela
donnera une sensation de “dent longue”, alors que s’il est placé trop coronairement, le col
implantaire sera visible, ce qui n’est pas esthétique.
- Lors d’un mauvais placement mésio-distal, il ne sera pas possible de réaliser la prothèse
d’usage.
13
Cela nous permet de mettre en avant l’importance de ne pas suivre l’axe de l’alvéole. En effet, cela
risque de provoquer une position trop vestibulaire de l’implant, ne permettant pas de maintenir les
2 mm nécessaires à l’obtention d’un os vascularisé et induisant ainsi une perte de la crête
vestibulaire. (21).
En revanche, un implant positionné trop en palatin subira des contraintes horizontales importantes
pouvant résulter à l'échec prothétique.
Pour résumer, la précision de la planification et du geste chirurgical sont essentielles car la marge
de manœuvre est réduite pour le placement de l’implant et la réussite d’un point de vue fonctionnel
et esthétique. Pour optimiser le placement par rapport à la planification, le chirurgien-dentiste peut
utiliser d’un guide chirurgical ou la chirurgie naviguée.
Dans le positionnement sagittal, l'implant doit se situer derrière une droite reliant les collets des
dents adjacentes. Dans la plupart des cas, il va en résulter un volume péri-implantaire (hiatus) entre
l’implant et le mur vestibulaire.
14
Il existe deux cas de figure :
- Cas 1 :
Hiatus inférieur à 1 mm. Le caillot sanguin permet la cicatrisation du gap. Il n’est pas
nécessaire d’ajouter un substitut osseux
- Cas 2 :
Hiatus supérieur à 1,5mm. Une fois l'implant posé, le praticien ajoute un comblement
osseux au niveau du gap afin de favoriser la cicatrisation et le maintien volumétrique de
l’alvéole.
Nous allons désormais parler d’une nouvelle technique, qui permettra de réaliser une
prothèse d’usage esthétiquement satisfaisante, en utilisant un axe de réflexion différent.
Cette technique est la Socket Shield Technique (SST).
Nous avons vu précédemment que les conditions requises à la réalisation d’une extraction et
implantation immédiate (EII) sont importantes tant les indications sont précises pour la réussite
esthétique. La technique “Socket Shield Technique” proposée par Hürzeler en 2010 (1) a pour but
d’augmenter les indications d’une EII.
Cette technique consiste à sectionner la dent antérieure dans l’axe mésio-distal et d’extraire la partie
palatine de la dent, ainsi que toute section canalaire pour éviter les infections. Le but de conserver
15
ce fragment, est de maintenir la vascularisation de l’os fasciculé vestibulaire et maintenir le
desmodonte pour préserver les tissus environnants.
Ce fragment prend la forme d’un bouclier, d'où le terme "shield'' et permet dans un seul temps
chirurgical de maintenir les tissus environnants et notamment la crête vestibulaire lors de
l’avulsion. Ceci permettra d’augmenter les possibilités en matière d’extraction implantation,
notamment en cas de corticale vestibulaire fine.
La première équipe à déterminer un protocole chirurgical sur le long terme est celle de Siormpas
en 2014 (22). Ils ont suivi 46 patients entre 2 et 5 ans.
L'objectif avant de poser l’implant, est d’obtenir dans l’alvéole 3 parois osseuses (mésiale, distale
et palatine) et une paroi vestibulaire constituée d’un mince fragment de cément, de desmodonte et
de paroi osseuse. Le protocole que nous allons décrire a été synthétisé par Payal Rajender Kumar
(23). Les illustrations qui suivent sont issues de leur travail.
Le protocole :
- Le patient est anesthésié localement.
- La couronne est éliminée par fraisage jusqu'à 1 mm au-dessus du niveau osseux. Ceci
permet de maintenir le desmodonte intact pour des raisons esthétiques, comme expliqué
précédemment.
16
Figure 11 : Image en bouche du fraisage de la couronne (23)
- La partie vestibulaire de la dent est séparée de la racine par fraisage puis les fragments
résiduels sont éliminés grâce à un instrument chirurgical fin (davier racine par exemple).
Figure 12 : Schéma de la dépose de la racine afin de laisser le fragment résiduel dans l’alvéole
(23)
17
- Une séquence classique de forage porté en palatin est réalisée, afin de préserver le
“bouclier” vestibulaire.
- La dimension de l’implant doit ensuite être rigoureusement choisie. Il est essentiel de laisser
au moins 1 mm d'épaisseur de fragment dentaire pour éviter toute fracture.
- La stabilité primaire de l’implant est recherchée, afin de pouvoir réaliser une mise en
esthétique immédiate.
- Des conseils post opératoires classiques de mise en place d’implant sont ensuite apportés
au patient.
- Pour finir, un contrôle doit être réalisé 3 mois plus tard pour déterminer l'ostéointégration
de l’implant.
Nous avons vu que lors d’une avulsion dentaire en secteur esthétique, les phénomènes biologiques
provoquaient un effondrement de la table osseuse vestibulaire, impactant la réussite du projet final.
La simple mise en place de l’implant dans l'alvéole, ne la préserve en aucun cas. Il faut l’associer
18
à un comblement, ainsi qu’à la mise en place d’une membrane pour maintenir le niveau osseux
vestibulaire. Or, nous savons que ces altérations sont plus importantes lorsque le phénotype
gingival est fin et que la corticale vestibulaire est inférieure à 2mm (27). Ces paramètres qui
semblent pouvoir être maîtrisés grâce à la SST.
Nous allons désormais nous pencher sur les différences entre la technique conventionnelle
d’extraction-implantation immédiate et la technique du bouclier que nous retrouvons à ce jour dans
la littérature.
Certains auteurs ont cherché à étudier les données histologiques en lien avec la SST chez l’animal
et d’autres directement chez l’Homme.
Cette étude réalisée par Calvo Guirado et Coll (28) a permis de mettre en évidence que, grâce à
l’utilisation de la SST, les fragments dentaires sont restés en place et sont liés à l’os de manière
physiologique via leur ligament dento-alvéolaire. Cette étude a aussi permis de remarquer la
présence d’un os néoformé dans le hiatus os-implant.
Cette étude est centrée sur une analyse de 36 implants postérieurs placés chez six chiens. Les dents
des chiens ont été fraisées jusqu'à la crête osseuse et les implants placés au milieu de la dent.
Après trois mois, ils ont réalisé une analyse histologique et morphométrique, qui a permis de
mesurer la crête osseuse au col de l’implant. Grâce à cela, ils ont pu évaluer le volume de la
corticale vestibulaire et linguale. Trois implants ne se sont pas intégrés parmi les trente-six pour
des raisons inflammatoires. Cette technique est une réussite dans le maintien de l’os fasciculé, de
la corticale vestibulaire et dans l’ostéointégration des implants.
19
La deuxième équipe, Tan et al. en 2018 (30) montre l'importance de l'épaisseur du fragment et sa
corrélation avec l’alvéolyse. En effet, alors que la hauteur a peu d’incidence, plus l'épaisseur du
fragment (entre 1,5 et 2mm) est importante moins l’alvéolyse sera importante.
Zhang Z et coll (31) ont quant à eux mis en lumière les altérations dimensionnelles de la crête
alvéolaire en fonction de la présence d'un fragment résiduel, ou d’une préservation alvéolaire avec
matériaux de comblement sans prêter attention à l'épaisseur et longueur du fragment.
Dans ce cas, ils comparent chez des chiens, la hauteur de la corticale vestibulaire à la suite de 32
extractions qu’ils vont répartir en 4 groupes :
- Premier groupe : extraction simple où il n’y a aucune interférence lors de la cicatrisation.
- Deuxième groupe : l’extraction sera couplée d’un ajout de matériel de comblement.
- Troisième groupe : extraction avec maintien d’un fragment dentaire vestibulaire.
- Quatrième groupe : fragment dentaire associé à matériel de comblement osseux.
Ils ont ensuite réalisé des études histologiques et radiologiques, pour analyser les altérations
dimensionnelles de la crête vestibulaire. Il en résulte que cette technique du fragment dentaire
permet de maintenir la hauteur et la largeur de la crête alvéolaire significativement.
20
Maintenant que nous avons abordé les résultats des études histologiques chez l’animal et chez
l’Homme, nous allons désormais nous pencher sur les études cliniques disponibles à ce jour, en
comparant dans un premier temps, les analyses volumétriques puis dans un second, le volet
esthétique de la technique.
Les équipes Hinze et de Han ont démontré dans leurs études de 2018 (33), le faible changement
volumétrique de l’alvéole post-extractionnelle avec la SST.
En effet, la première équipe s’est penchée sur une série de quinze implants unitaires immédiats
placés chez quinze patients différents. Après étude volumétrique, il n’y a pas de changement
significatif au niveau de l’alvéole post-extractionnelle.
La deuxième étude de Han et coll. sur un an, évalue quarante extractions implantations et
temporisations immédiates chez trente patients avec un fragment résiduel d’1,5mm et sans matériel
de comblement. Ici encore, il n’y a pas de changement volumétrique significatif. (34)
Ces deux études mettent en lumière l’absence de modifications volumétriques de l’alvéole lors de
l’utilisation de la SST, ce qui est assez prometteur.
Ces analyses cliniques sont basées sur deux critères principaux à savoir l'ostéointégration et le
résultat esthétique avec le Pink Esthetic Score (PES). Le PES est un système de notation esthétique
des tissus mous (noté sur 14), donné grâce à des notes d’observateurs sur l’adaptation de la gencive
autour d’une prothèse sur implant en comparaison avec une dent naturelle (35).
L’étude réalisée par Bramanti et coll (36), compare des implants placés selon une méthode
conventionnelle avec d’autres placés selon la SST. Dans les deux groupes, 100% des implants sont
21
ostéointégrés. En revanche, à trois ans, de meilleurs résultats sont relevés avec la SST, notamment
au niveau du PES et au niveau de l’os marginal.
La même conclusion a été tirée de l’étude de Sun et al (37). En se basant sur l’évaluation de la
gencive, cette étude compare deux groupes sur 2 ans. Dans le premier groupe, 15 implants ont été
placés selon la technique conventionnelle et dans le deuxième groupe, 15 implants selon la SST.
Le placement de ces implants est immédiat, en secteur antérieur et unitaire. La SST montre de
meilleurs résultats concernant la stabilité du collet, l’épaisseur ainsi que la hauteur de la corticale
vestibulaire. Par ailleurs, il n’existe pas de différence significative dans l’évaluation du PES entre
les deux groupes.
Zhu et al. (38) étudient quant à eux le cas de dix implants immédiats, placés selon cette technique
dans le secteur antérieur maxillaire chez neuf patients. Ils ont relevé un PES moyen de 13,5, une
perte osseuse moyenne mesurée sur des radios de 0,17 mm en mésial et 0,22 mm en distal.
L'étude rétrospective de Gluckman et al (39), analyse un suivi de 128 patients sur quatre ans.
Seulement 5 implants ont dû être retirés et 20 ont montré des complications, tous les autres se sont
intégrés normalement. Ces 25 implants sur 128 représentent un pourcentage de 19,5%. Les 20
implants ayant subi une complication se sont tous ostéo-intégrés à 4 ans, après un geste clinique
ou une surveillance. Concernant le critère d’ostéo-intégration, le pourcentage d’implant non
intégrés dans cette étude (4%) est compétitif avec la méthode d'extraction implantation immédiate
classique.
En effet, selon la méta-analyse de T. Chen (40) 5% des implants sont non intégrés en moyenne lors
d’une EII classique.
Grâce à toutes ces études, selon les critères étudiés, à savoir, l’ostéointégration, un score esthétique
satisfaisant (PES), une préservation alvéolaire et une faisabilité prothétique, cette méthode semble
être efficace et fera certainement sa place dans l’arsenal thérapeutique du chirurgien-dentiste.
22
CONCLUSION
Les études histologiques et cliniques ont pu démontrer que cette technique n'influe pas sur les
processus biologiques d'ostéointégration. Elle permet également de maintenir un niveau osseux et
gingival satisfaisant grâce à la préservation de l’os fasciculé.
23
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IV
SERMENT MEDICAL
En présence des Maîtres de cette Faculté, de mes chers condisciples, devant l’effigie
d’HIPPOCRATE.
Je promets et je jure, d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité dans l’exercice de la
Médecine Dentaire.
Je donnerai mes soins à l’indigent et n’exigerai jamais un salaire au-dessus de mon travail, je ne
participerai à aucun partage clandestin d’honoraires.
Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.
Admis dans l’intérieur des maisons, mes yeux ne verront pas ce qui s’y passe, ma langue taira les
secrets qui me seront confiés et mon état ne servira pas à corrompre les mœurs ni à favoriser le
crime.
Je ne permettrai pas que des considérations de religion, de nation, de race, de parti ou de classe
sociale viennent s’interposer entre mon devoir et mon patient.
Même sous la menace, je n’admettrai pas de faire usage de mes connaissances médicales contre les
lois de l’humanité.
J'informerai mes patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne
tromperai jamais leur confiance et n'exploiterai pas le pouvoir hérité des connaissances pour forcer
les consciences.
Je préserverai l'indépendance nécessaire à l'accomplissement de ma mission. Je n'entreprendrai rien
qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les
services qui me seront demandés.
Respectueux et reconnaissant envers mes Maîtres, je rendrai à leurs enfants l’instruction que j’ai
reçue de leur père.
Que les hommes m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses.
Que je sois déshonoré et méprisé de mes confrères si j’y manque.
Butler Harold – Intérêts thérapeutiques de la « socket shield technique » en secteur esthétique
Butler Harold – Therapeutic interests of the "socket shield technique" in the aesthetic sector
Abstract:
Managing esthetics in the maxillary anterior region is of paramount importance to dentists. When
a patient requires extraction in this area, it is important to provide a solution that restores the
function of the extracted tooth while ensuring its esthetic integration.
Immediate extraction-implantation (IEE) allows the placement of a temporary prosthesis in the
same surgical time as the extraction. This procedure reduces treatment time and therefore
improves patient comfort. However, to ensure a viable and aesthetically pleasing result, it is
essential for the dental surgeon to anticipate and control many parameters in the patient, such
as post-extraction bone resorption. Indeed, the management of vestibular alveolar ridge collapse
is one of the most difficult challenges in oral implantology.
To improve protocols, a new surgical technique that appeared in 2010, the Socket Shield
Technique (SST), seems to allow maximum preservation of the alveolar bone volume by
maintaining the vestibular fragment in the alveolus of the tooth to be extracted.
In this research work we will compare the EII technique to the socket shield technique and we
will synthesize the data to date in the literature.