Probabilités et Espaces Probabilisés
Probabilités et Espaces Probabilisés
Probabilités
Probabilités
14 Espaces probabilisés 309
14.1 : Loi de succession de Laplace 309
14.2 : Ruine du joueur 310
14.3 : Lemmes de Borel-Cantelli 313
14.4 : Apparition de mots dans une suite de piles ou faces 315
14.5 : Produit eulérien 318
15 Variables aléatoires discrètes 321
15.1 : Natalité 321
15.2 : Cartes à collectionner 322
15.3 : Compétition d’athlétisme 323
15.4 : Nombre de poussins 325
15.5 : Loi conjointe et lois marginales 326
15.6 : Temps de jeu à la roulette 328
15.7 : Le paradoxe de l’inspection 332
15.8 : Un jeu de pile ou face 335
15.9 : Processus de Galton-Watson 336
15.10 : Une inégalité de concentration 341
15.11 : Théorème de Weierstrass 344
CHAPITRE
Espaces probabilisés
14
Exercice 14.1 : Loi de succession de Laplace
1. Le but de cette question est de calculer une probabilité conditionnelle. Pour pouvoir
la calculer, on a besoin de savoir dans quelle urne on est en train de tirer. On tire
nécessairement dans une urne de numéro comprise entre 0 et N , il faut donc utiliser
la formule des probabilités totales.
Pour n ∈ N et N ∈ N∗ , on a
N −1
N n n !
1 X k N 1 X k 1
= +
N +1 N N +1 N N N
k=0 k=0
Z 1
1
−→ tn dt =
N →+∞ 0 n+1
par opérations sur les limites, puisque
N −1 Z 1
1 X k
f −→ f (t)dt
N N N →+∞ 0
k=0
si f est continue sur [0, 1].
On déduit de ceci que
n+1
P(Bn+1 |Bn ) −→ .
N →+∞ n+2
Deux joueurs s’affrontent lors d’une succession de parties de pile ou face. Ils
possèdent initialement un montant a et b respectivement, et à chaque victoire le
perdant donne un euro au gagnant. Le joueur A a une probabilité p de gagner à
chaque lancer. Le jeu s’arrête lorsqu’un joueur n’a plus d’argent.
On pose N = a + b, q = 1 − p, et pour a ∈ {0, . . . , N } on note pa (respectivement
qa ) la probabilité que le joueur A (respectivement B) finisse ruiné s’il commence
avec n euros.
1. Montrer que si 0 < a < N , pa = ppa+1 + qpa−1 .
2. En déduire l’expression de pa .
3. Calculer de même qa puis pa + qa . Que peut-on en déduire ?
1. Soit a ∈ {1, . . . , N −1}. Pour relier pa à pa+1 et pa−1 , on étudie l’issue de la première
partie de pile ou face : si le premier joueur gagne, on est ramené au problème avec un
montant initial de a + 1, s’il perd, avec un montant initial de a − 1.
2. La suite finie (pa )06a6N satisfait une équation de récurrence double, on utilise donc
la technique vue en première année pour calculer pa .
On a p0 = 1 et pN = 0.
1
• Si p =
6 , on obtient alors le système
2
λ+µ=1
λ + µq N p−N = 0
1
En effectuant L1 − L2 , on trouve µ(1 − q N p−N ) = 1 et µ = .
1 − q N p−N
Par suite,
1 q N p−N
λ=1−µ=1− =− .
1− q N p−N 1 − q N p−N
En conclusion, on obtient donc
a
q q N p−N − q a p−a
pa = λ + µ = .
p q N p−N − 1
1 1
• Si p = , on obtient λ = 1 et λ + µN = 0, donc µ = − , et il vient
2 N
1
pa = 1 − a.
N
1
On calcule alors dans le cas p 6=
2
q N p−N − q a p−a pN q −N − pN −a q a−N
pa + qa = +
q N p−N − 1 pN q −N − 1
N −N a −a
q p −q p 1 − p−a q a
= +
q N p−N − 1 1 − p−N q N
N −N
q p −1
= N −N = 1.
q p −1
1
Ceci reste vrai si p = . On en déduit que le jeu se termine de manière presque
2
sûre, c’est-à-dire que l’un des joueurs sera ruiné en temps fini avec probabilité
1.
Probabilités 313
Soit (Ω, T , P) un espace probabilisé. On considère une suite (An )n∈N d’événe-
ments et on note A l’ensemble des x ∈ Ω qui appartiennent à une infinité de
An .
1. Écrire l’ensemble A en fonction
P des An et montrer que A ∈ T .
2. On suppose que la série P(An ) converge, montrer que P(A) = 0.
On suppose maintenant les An mutuellement indépendants et que la série
+∞
P
P(An ) diverge.
n=0
3. Pour x ∈ R, montrer que 1 + x 6 ex . En déduire que pour m 6 n ∈ N,
n
! n
!
\ X
P Ak 6 exp − P(Ak ) .
k=m k=m
puis A ∈ T .
+∞
S
2. La suite Ak est clairement décroissante pour l’inclusion. On va donc
k=n n∈N
pouvoir utiliser la continuité décroissante de P.
+∞
P
D’autre part, la probabilité de cet événement est plus petite que P(Ak ) par sous-
k=n
additivité. Comme c’est le reste d’une série convergente, on trouvera le résultat cher-
ché.
Pour n ∈ N, on note
+∞
[
Dn = Ak .
k=n
Il est clair que Dn+1 ⊂ Dn , donc (Dn )n∈N est décroissante. Ainsi on a
+∞
!
\
P(Dn ) −→ P Ap = P(A).
n→+∞
p=0
En conclusion, P(A) = 1.
1. Pour montrer qu’un événement est presque sûr (ou négligeable), on utilise très
souvent la continuité croissante ou décroissante. Ici par exemple, on peut considérer
l’événement An : « Aucun lancer jusqu’au n-ième n’a donné pile. » et l’intersection
des An correspond à l’événement A : « Aucun lancer n’a donné pile. ». Comme la suite
des An est décroissante pour l’inclusion, on peut appliquer la continuité décroissante.
puisque 1 − p < 1. Par suite, P(A) = 1 et il est presque sûr d’obtenir au moins
une fois pile.
On montre de même qu’il est presque sûr d’obtenir au moins une fois face (car
p > 0).
3. Avec l’indépendance des lancers, le calcul de cette probabilité est très simple.
4. Si l’on regarde les lancers par tranches de N successifs, l’apparition du mot m a une
probabilité de pa (1 − p)N −a par la question précédente. Comme c’est un réel de ]0, 1[,
on peut appliquer la question 2, en considérant chacun des N comme une expérience
de Bernoulli ayant probabilité P = pa (1 − p)N −a de réussir. Cela montrera que le
mot m apparaît une infinité de fois dans la suite des mots donnés par les lancers de
kN + 1 à k(N + 1), donc en particulier dans la suite de lancers.
1. Pour montrer que P est une probabilité, il faut vérifier que les P({n}) sont des
réels positifs ou nuls dont la somme vaut 1.
Pour n ∈ Ω, P({n}) est un réel positif ou nul, terme général d’une série conver-
gente (par le critère de Riemann) et on a
+∞ +∞
X X 1 1 X 1
P({n}) = = = 1.
n=1
ζ(s)ns ζ(s) n=1 ns
n∈Ω
Probabilités 319
Pour n ∈ N∗ , on a alors
+∞ +∞
X X X 1
P(An ) = P({p}) = P({kn}) =
ζ(s)(kn)s
p∈An k=1 k=1
+∞
1 X 1 1
= = s
ns ζ(s) k s n
k=1
On suppose que dans un pays donné, tous les couples ont des enfants jusqu’à
obtenir un garçon. Le but de cet exercice est de trouver la proportion P de
garçons dans la population (en supposant que garçon et fille sont équiprobables
à la naissance).
1. Soit X le nombre d’enfants dans un couple. Donner la loi de la variable aléa-
toire X.
2. Calculer P , puis E(P ).
1
Un couple donné a X − 1 filles et 1 garçon, par définition, donc P = .
X
322 Chapitre 15 Variables aléatoires discrètes
Pour fidéliser ses clients, une entreprise décide de joindre à ses produits des cartes
à collectionner de n types différents. On considère que les cartes jointes à chaque
produit suivent des lois uniformes (sur l’ensemble des n possibles) indépendantes.
On note N la variable aléatoire représentant le nombre de produits à acheter
pour avoir les n cartes. Déterminer l’espérance de N et en donner un équivalent
quand n → +∞.
n−1
P
Par suite, comme N = Nn = (Ni+1 −Ni )+N1 (par télescopage), la linéarité
i=1
de l’espérance donne N d’espérance finie et on a :
n−1 n−1 n−1
X X n Xn
E(N ) = E(Ni+1 − Ni ) + E(N1 ) = +1= +1
i=1 i=1
n−i i=1
i
n
X 1
=n .
i=1
i
1 1 1
Pour k ∈ N∗ , et t ∈ [k, k + 1], on a 6 6 . En intégrant, il vient
k+1 t k
Z k+1
1 dt 1
6 6 .
k+1 k t k
n
X 1
Ainsi, notant Sn = , on obtient (par la relation de Chasles) :
k
k=1
Z n+1
dt
Sn+1 − 1 6 6 Sn .
1 t
On a donc ln(n + 1) 6 Sn 6 ln(n) + 1, dont on déduit aisément que Sn ∼ ln n.
Un équivalent de E(N ) quand n → +∞ est donc n ln n.
Lors d’une compétition de saut en hauteur, un athlète tente de franchir des barres
successives numérotées 1, 2, . . . , n, . . . . Il n’a droit qu’à un seul essai par barre.
On suppose les sauts indépendants, et que la probabilité de réussite du n-ième
1
saut est .
n
1. On note X la variable aléatoire égale au numéro du dernier saut réussi. Calculer
la loi de X.
2. Déterminer la fonction génératrice de X.
3. Montrer que X 2 est d’espérance finie et calculer E(X) et V(X).
324 Chapitre 15 Variables aléatoires discrètes
Pour t ∈ R∗ , on a :
+∞ +∞ +∞
X X n X 1 1
GX (t) = P(X = n)tn = n
t = − tn
n=1 n=1
(n + 1)! n=1
n! (n + 1)!
+∞ n +∞
X t 1 X tn+1 et − 1 − t
= − = et − 1 −
n=1
n! t n=1 (n + 1)! t
tet − et + 1
=
t
Les séries entières considérées sont bien de rayon de convergence infini puisqu’il
s’agit de combinaisons linéaires de la série exponentielle.
Une poule pond N oeufs, où N suit une loi de Poisson de paramètre λ. Chaque
oeuf éclôt avec probabilité p, et les éclosions sont des événements indépendants.
On note K la variable aléatoire donnant le nombre de poussins.
Calculer la fonction génératrice de K puis reconnaître la loi de K.
P
1. On détermine la valeur de a en utilisant la relation P(X = j, Y = k) = 1.
(j,k)∈N2
Pour calculer cette somme, on regroupe les termes à j + k constant (au vu de la
formule donnant P(X = j, Y = k)) et on va reconnaître la dérivée seconde d’une série
géométrique.
On a
X n
+∞ X X n
+∞ X +∞
X
1= P(X = j, Y = n − j) = an2−n = an(n + 1)2−n ,
n=0 j=0 n=0 j=0 n=0
1
la série considérée étant convergente (c’est un o par croissance com-
n2
+∞
P n
parée). On note f la somme de la série entière x sur ] − 1, 1[. On sait
n=0
Probabilités 327
que
1
∀x ∈] − 1, 1[, f (x) = ,
1−x
et comme on peut dériver terme à terme,
+∞
X +∞
X
f 00 (x) = n(n − 1)xn−2 = n(n + 1)xn−1 ,
n=2 n=0
a 00 1
ce qui montre que la relation plus haut se réécrit 1 = f . D’autre part,
2 2
on calcule
1 (−2)(1 − x) 2
f 0 (x) = 2
puis f 00 (x) = − 4
=
(1 − x) (1 − x) (1 − x)3
1
et 1 = 8a, donc a = .
8
1. Pour que le temps de jeu soit plus grand que N (n + 1), il faut qu’il soit plus grand
que N n et que les parties nN + 1 à N (n + 1) donnent une fortune restant entre 0 et
N.
La majoration demandée est de montrer que la probabilité de ce dernier événement
est plus petite que (1 − pN ), c’est-à-dire que l’événement contraire a une probabilité
plus grande que pN , la probabilité de gagner N fois d’affilée.
Pour écrire ceci rigoureusement, il faut utiliser l’indépendance des parties, en distin-
guant les cas de résultats possibles au bout de nN parties.
La relation précédente donne alors une majoration de P(tk > N n) par le terme
général d’une série géométrique convergente (par récurrence triviale). Il faut alors
relier l’espérance de tk avec la série de terme général P(tk > n). C’est un calcul très
classique.
l’inversion des deux signes sommes étant possible car il s’agitPd’une famille
de réels positifs sommable (la première série converge). Ainsi cP(tk = c)
converge (absolument) et tk admet une espérance.
Il est important de bien retenir cette dernière formule, qui relie l’espé-
rance d’une variable aléatoire X aux P(X > n) car elle est extrêmement
classique.
3. Les Tk suivent une équation de récurrence double, mais pas tout à fait linéaire (il
y a un p + q = 1 qui nous ennuie).
Probabilités 331
Supposons maintenant p = q.
Pour k ∈ {0, . . . , N }, on pose maintenant vk = Tk + αk 2 , avec α ∈ R à
déterminer. On a alors
pvk+1 + qvk−1 − vk
1 α 1 α
= Tk+1 + (k + 1)2 + Tk−1 + (k − 1)2 − Tk − αk 2
2 2 2 2
α 2
= (k + 2k + 1 + k − 2k + 1) − 1 − αk 2 = α − 1
2
2
1 1
et l’on pose α = 1 pour avoir vk+1 − vk + vk−1 = 0, c’est-à-dire
2 2
vk+1 − 2vk + vk−1 = 0.
L’équation caractéristique est x2 − 2x + 1 = 0, admet pour solution double
x = 1, donc on a (λ, µ) ∈ R2 tel que pour tout k ∈ {0, . . . , N }, vk = λ + µk .
Comme v0 = T0 = 0 et vN = TN + αN 2 = N 2 , on a λ = 0 et µ = N . Ainsi,
pour k ∈ {0, . . . , N }, on a
Tk = vk − k 2 = N k − k 2 = k(N − k).
C’est pour cette raison que les casinos existent : même si un joueur
arrive avec une fortune initiale k très petite, son temps de jeu est (si
p = q) en moyenne égal à k(N − k), donc très grand par rapport à k.
Dans une usine, une machine a, chaque jour, une probabilité p ∈ ]0, 1[ de tomber
en panne. Chaque fois qu’elle tombe en panne, un technicien vient la réparer
dans la soirée.
On note q = 1 − p, Xn la variable aléatoire qui vaut 1 si la machine est tombée
en panne le n-ième jour, 0 sinon, et, pour i ∈ N∗ , Ti le jour où la machine est
tombée en panne pour la i-ème fois. Les variables aléatoires Xn sont supposées
indépendantes.
On pose enfin τ1 = T1 puis pour k > 2, τk = Tk − Tk−1 le nombre de jours
écoulés entre deux pannes consécutives. On note enfin Nn le nombre de pannes
survenues entre les jours 0 et n.
1. Déterminer la loi de τ1 et montrer que les τk , k ∈ N∗ , sont indépendantes, de
même loi que τ1 .
2. Pour n ∈ N∗ . Déterminer la loi conjointe de (T1 , . . . , Tn ).
3. Un inspecteur vient le n-ième jour, n ∈ N∗ , et reste jusqu’à la prochaine panne.
Calculer la loi des variables aléatoires Vn = TNn +1 − n et Un = n − TNn .
Probabilités 333
1. Pour montrer que des lois sont indépendantes, il faut vérifier la définition du cours.
On calcule les probabilités des événements τi = ni et (τ1 , . . . , τl ) = (n1 , . . . , nl ) en
utilisant l’indépendance des variables aléatoires Xk .
2. Par définition, la loi conjointe d’un n-uplet (T1 , . . . , Tn ) est donnée par les proba-
bilités des événements P(T1 = k1 , . . . , Tn = kn ).
Soit (k1 , . . . , kn ) ∈ (N∗ )n . Notons que s’il existe i ∈ {1, . . . , n − 1} tel que
ki+1 6 ki , P(T1 = k1 , . . . , Tn = kn ) = 0 (la suite des Ti étant strictement
croissante).
334 Chapitre 15 Variables aléatoires discrètes
On lance une infinité de fois une pièce ayant une probabilité p ∈]0, 1[ de donner
pile, les lancers étant mutuellement indépendants. On note N le nombre de lan-
cers nécessaires pour donner pile. On lance ensuite N fois la même pièce et on
note X le nombre piles obtenus.
1. Déterminer la loi de N puis la loi de X.
2. Calculer la fonction génératrice de X.
3. En déduire E(X) et V(X).
1. N suit une loi géométrique de paramètre p (premier succès dans une suite d’ex-
périences de Bernoulli indépendantes). Ensuite, lorsqu’on connaît la valeur n de N ,
X suit une loi binomiale de paramètres n et p (nombre de succès dans n expériences
de Bernoulli indépendantes), ce qui permet de déterminer la loi conditionnelle de X
sachant N = n.
On utilise ensuite la formule des probabilités totales pour déterminer la loi de X.
N suit une loi géométrique de paramètre p (premier succès dans une suite d’ex-
périences de Bernoulli) donc en notant q = 1 − p, par la formule des probabilités
6 0,
totales, il vient, si k =
+∞ +∞
X X n k n−k n−1
P(X = k) = P(X = k, N = n)P(N = n) = p q pq
n=1
k
n=k
+∞
X n!
= pk+1 q 2n−k−1
k!(n − k)!
n=k
+∞
X n(n − 1) . . . (n − k + 1) k+1 2n−k−1
= p q
k!
n=k
+∞
pk+1 q k−1 X
= n(n − 1) . . . (n − k + 1)(q 2 )n−k
k!
n=k
pk+1 q k−1 (k) 2
= f (q )
k!
336 Chapitre 15 Variables aléatoires discrètes
+∞
X 1
où f : x 7→ xn = (puisque q 2 ∈]0, 1[). On a donc
n=0
1−x
pk+1 q k−1 k! pk+1 q k−1
P(X = k) = × =
k! (1 − q 2 )k+1 (1 − q)k+1 (1 + q)k+1
k−1
q
= .
(1 + q)k+1
D’autre part
+∞ +∞ +∞
X X
n n−1 p X 2n
P(X = 0) = P(X = 0|N = n)P(N = n) = q pq = q
n=1 n=1
q n=1
p q2 pq q
= × = = .
q 1 − q2 (1 − q)(1 + q) 1+q
Comme GX est deux fois dérivable en 1, X 2 est d’espérance finie (et en parti-
culier X est d’espérance finie). Pour x ∈ [0, 1], on calcule
1 1 + q(1 − x) + qx 1
G0X (x) = × 2
=
1+q (1 + q(1 − x)) (1 + q(1 − x))2
puis
2q
G00X (x) =
(1 + q(1 − x))3
Ainsi, E(X) = G0X (1) = 1 et E(X(X − 1)) = G00X (1) = 2q. On en déduit que
V(X) = E(X 2 ) − E(X)2 = 2q + E(X) − 1 = 2q.
Probabilités 337
Concrètement (Zn )n∈N modélise l’évolution d’une population dont, à chaque ins-
tant n, les individus meurent en donnant naissance (de manière indépendante)
à des nombres d’enfants suivant la loi X.
On note ϕ la fonction génératrice de X, on suppose que X admet une espérance
finie que l’on note m = E[X] et que P(X = 0) + P(X = 1) < 1.
1. Montrer que ϕ est strictement croissante, dérivable et que ϕ0 est strictement
croissante sur [0, 1].
2. Pour n ∈ N, on note ϕn la fonction génératrice de Zn (définie sur [0, 1]).
Montrer que ϕn+1 = ϕn ◦ ϕ. En déduire E(Zn ).
3. Soit T la variable aléatoire représentant le plus petit entier n (ou +∞ si cet
entier n’existe pas) tel que Zn = 0 (extinction de la population). Montrer que
P(T < +∞) est le plus petit point fixe de ϕ.
4. Montrer que la population s’éteint presque sûrement si et seulement si m 6 1.
1. Par définition la fonction génératrice est une série entière définie sur [0, 1]. Elle est
donc dérivable sur son intervalle ouvert de convergence. La dérivabilité en 1 équivaut
à l’existence d’une espérance finie. On étudie ensuite la stricte croissante via le signe
de la dérivée et de la dérivée seconde.
ϕ est une série entière de rayon de convergence supérieur à 1. Elle est définie
sur [0, 1] et est de classe C ∞ sur [0, 1[. Comme X est d’espérance finie, sa
fonction génératrice ϕ est dérivable en 1. Ainsi, ϕ est définie et dérivable sur
[0, 1]. Pour x ∈ [0, 1[, on a (en dérivant terme à terme sur l’intervalle ouvert de
convergence) :
+∞
X +∞
X
ϕ0 (x) = nP(X = n)xn−1 > 0 et ϕ00 (x) = n(n − 1)P(X = n)xn−2
n=1 n=2
sinon P(X = n) = 0 pour tout n > 2 (ou 1), et P(X = 0) + P(X = 1) = 1,
ce qui est exclu.
ϕ et ϕ0 sont donc strictement croissantes sur [0, 1].
2. Les fonctions ϕn et ϕn+1 étant définies sur [0, 1], il faut d’abord vérifier que
ϕ([0, 1]) ⊂ [0, 1] pour que la formule ait un sens. On fait ensuite le calcul de la série
entière définissant ϕn+1 (t) pour t ∈ [0, 1]. Les P(Zn+1 = p) se calculent en fonction
des P(Zn = k) via la formule des probabilités totales.
338 Chapitre 15 Variables aléatoires discrètes
Comme ϕ est strictement croissante sur [0, 1], avec ϕ(0) = P(X1 = 0) > 0 et
ϕ(1) = 1, ϕ([0, 1]) ⊂ [0, 1]. On peut donc considérer la composée ϕn ◦ ϕ.
Pour t ∈ [0, 1], on calcule, par la formule des probabilités totales et sous réserve
de justifications :
+∞
X +∞ X
X +∞
p
ϕn+1 (t) = P(Zn+1 = p)t = P(Zn+1 = p|Zn = k)P(Zn = k)tp
p=0 p=0 k=0
+∞ X
X +∞
= P(Xn,1 + · · · + Xn,k = p)P(Zn = k)tp
p=0 k=0
+∞
X +∞
X
= P(Zn = k) P(Xn,1 + · · · + Xn,k = p)tp
k=0 p=0
+∞
X
= P(Zn = k)ϕn,k (t)
k=0
où ϕn,k est la fonction génératrice de Xn,1 + · · · + Xn,k , sous réserve de justi-
fication de l’inversion des deux signes sommes.
Comme Xn,1 , . . . , Xn,k est une suite indépendantes de variables aléatoires de
même loi que X, ϕn,k = ϕk . On en déduit que
+∞
X
ϕn+1 (t) = P(Zn = k)ϕ(t)k = ϕn (ϕ(t)).
k=0
Il reste à justifier l’interversion des deux signes sommes dans le calcul plus haut.
Il faut montrer que la famille (P(Xn,1 + · · · + Xn,k = p)P(Zn = k)tp )(n,k)∈N2
est sommable (pour intervertir les deux signes sommes). Or c’est une famille de
réels positifs dont la somme vaut ϕn (ϕ(t)) < +∞, elle est donc sommable.
Pour en déduire l’espérance de Zn , il faut justifier la dérivabilité de ϕn en 1 et calculer
ϕ0n (1). La justification vient aisément de la dérivabilité de ϕ en 1, et par récurrence
sur n. Pour la valeur, on a E(Zn+1 ) = ϕ0n+1 (1) = ϕ0 (1)ϕ0n (ϕ(1)) = mE(Zn ), dont on
déduit que E(Zn ) = mn .
3. L’événement {T < +∞} est la réunion des {Zn = 0} pour n ∈ N. C’est une réunion
croissante, on appliquera donc la continuité croissante de P.
De plus P(Zn = 0) = ϕn (0) = ϕn (0) (par la question précédente) si n > 1. Ainsi
P(T < +∞) est la limite des P(Zn = 0) = ϕn (0), donc la limite d’une suite récurrente
définie via la fonction ϕ, donc un point fixe de ϕ.
4. On sait que 1 est un point fixe de ϕ. Il faut montrer que c’est le plus petit point
fixe de ϕ si et seulement si m 6 1. On traite séparément les deux implications.
I Sens direct :
Dans ce sens, on suppose que 1 est le plus petit point fixe de ϕ, et on doit montrer que
m 6 1. La fonction h : x 7→ ϕ(x) − x ne s’annule donc qu’en 1, et comme h(0) > 0,
elle est strictement positive sur ]0, 1[. Le graphe de la fonction ϕ restant au-dessus de
la droite y = x sur [0, 1], ses tangentes sont de coefficient directeur plus petit que 1.
340 Chapitre 15 Variables aléatoires discrètes
Supposons que ϕ admette un point fixe a < 1. Comme ϕ est continue sur [a, 1],
dérivable sur ]a, 1[, on a c ∈ ]a, 1[ tel que (ϕ(1) − ϕ(a)) = ϕ0 (c)(1 − a), i.e.
ϕ0 (c) = 1 par le théorème des accroissements finis.
Comme ϕ0 est strictement croissante, on a m = ϕ0 (1) > ϕ0 (c) = 1. Par
contraposée, si m 6 1, 1 est le plus petit point fixe de ϕ.
En conclusion, la population s’éteint presque sûrement si et seulement si on a
P (T < +∞) = 1 c’est-à-dire si le plus petit point fixe de ϕ est 1, si et seulement
si m 6 1.
Ce processus a été introduit par Sir Francis Galton en 1873 pour étudier
la statistique des patronymes, et plus particulièrement de leur dispari-
tion.
Probabilités 341
Soit (Xn )n∈N∗ une suite de variables aléatoires discrètes indépendantes de même
loi, centrées, à valeurs dans [−1, 1].
2
1. Montrer que pour tout x ∈ R+ , ch(x) 6 ex /2 (on pourra utiliser les séries
entières).
2
En déduire que pour λ ∈ R+ et x ∈ [−1, 1], eλx 6 eλ /2 + x sh λ.
2. Montrer que si X est une variable aléatoire centrée à valeurs dans [−1, 1], on
a, pour tout λ > 0,
2 2
λ λ
E(eλX ) 6 exp et E(e−λX ) 6 exp .
2 2
Pour n ∈ N∗ , on a
n
Y n
Y 2n
Y
2n n! = 2n i= (2i) 6 k = (2n)!.
i=1 i=1 k=1
Cette inégalité reste vraie pour n = 0, donc pour tout x ∈ R+ , on a :
+∞ +∞
x2n x2n
2
X X x
ch(x) = 6 n
= exp .
n=0
(2n)! n=0 2 n! 2
1+x
Comme x ∈ [−1, 1], t = ∈ [0, 1]. Par convexité de la fonction exponen-
2
tielle, on a donc
1 + x λ 1 − x −λ
exp(tλ + (1 − t)(−λ)) 6 teλ + (1 − t)e−λ = e + e .
2 2
342 Chapitre 15 Variables aléatoires discrètes
2. La question précédente s’applique à X, qui est à valeurs dans [−1, 1], il faut donc
simplement utiliser la croissance de l’espérance, après avoir vérifié que l’espérance
manipulée existe bien.
Notons que comme X est à valeurs dans [−1, 1], eλX 6 eλ donc eλX admet
une espérance, puisque pour x ∈ X(Ω) (où Ω est l’univers de définition de X),
|eλx |P(X = x) 6 eλ P(X = x), et la famille (P(X = x))x∈Ω est sommable.
Par suite, par croissance de l’espérance, et d’après la question précédente, on
a:
2 2
λ λ
E(eλX ) 6 E exp + X sh(λ) = exp + sh(λ)E(X)
2 2
2
λ
6 exp
2
puisque X est centrée. Comme −X vérifie les mêmes hypothèses que X, on a
également 2
λ
E(e−λX ) = E(eλ(−X) ) 6 exp .
2
Pour a ∈ R, les événements {X > a} et {eλX > eλa } sont identiques (par
croissance d’exponentielle et de ln, et puisque λ > 0). Ainsi, par l’inégalité de
Markov, on a :
E(eλX )
P(X > a) = P(eλX > eλa ) 6 = e−λa E(eλX ).
eλa
n
√1
P
4. Notons tout d’abord que l’événement Xi > a est la réunion des deux
n
i=1n
√ √ √
n
P P
événements Xi > n a (car n > 0) et (−Xi ) > n a .
i=1 i=1
Il faut alors combiner les deux questions précédentes avec l’indépendance des Xi .
√
2
− nλa λ
6e exp n
2
Ainsi, par sous-additivité de P,
n
! n
! n
!
1 X X X
P √ Xi > a 6 P Xi > a + P (−Xi ) > a
n i=1 i=1 i=1
√ λ2
6 2 exp − nλa + n .
2
On cherche alors pour quelle valeur de λ ∈ R+ la fonction
√ λ2
f : λ 7→ − nλa + n
2
admet son minimum. f est dérivable car polynomiale, et pour λ ∈ R + , on a
√
0 0 a a
f (λ) = −a n+λn, donc f est positive sur √ , +∞ , négative sur 0, √ .
n n
a2
a a
f admet donc un minimum en √ , avec f √ =− .
n n 2
On a donc finalement (l’inégalité étant triviale si a = 0) :
n
! 2
1 X a
P √ Xi > a 6 2 exp − .
n i=1 2
344 Chapitre 15 Variables aléatoires discrètes
Pour n ∈ N∗ et x ∈ [0, 1], on se donne Xn,x une variable aléatoire suivant la loi
B(n, x). On se donne f : [0, 1] → R une fonction continue, et on note
Xn,x
Yn,x = f pour x ∈ [0, 1].
n
1. Montrer qu’il existe Bn (f ) ∈ R[X] tel que ∀x ∈ [0, 1], E(Yn,x ) = Bn (f )(x).
Soit ε > 0.
2. Montrer que
|Bn (f )(x) − f (x)| 6 ε + 2kf k∞ P(|Yn,x − f (x)| > ε)
puis qu’il existe η > 0 tel que
|Bn (f )(x) − f (x)| 6 ε + 2kf k∞ P(|Xn,x − nx| > nη).
3. En déduire que
kf k∞
|Bn (f )(x) − f (x)| 6 ε +
2nη 2
puis que (Bn (f ))n∈N converge uniformément vers f sur [0, 1].
2. Il s’agit de majorer l’espérance de Yn,x − f (x). Cette espérance est une somme
finie dans laquelle on va séparer les termes |y − f (x)| qui sont plus petits que ε (ce
qui donnera le terme en ε) des termes qui sont plus grands que ε (ce qui donnera la
probabilité).
La fonction f est continue sur [0, 1], donc y est uniformément continue. On a
donc η > 0 tel que pour tout (a, b) ∈ [0, 1]2 , |a − b| < η ⇒ |f (a) − f (b)| < ε,
|f (a) −f (b)| > ε ⇒ |a − b| > η.
ou, par contraposée,
Xn,x Xn,x
Ainsi l’événement f − f (x) > ε implique − x > η puis
n n
Xn,x
P(|Yn,x − f (x)| > ε) 6 P − x > η = P(|Xn,x − nx| > nη).
n
On en déduit aisément l’inégalité voulue.
3. On cherche maintenant à majorer P(|Xn,x − nx| > nη). Comme Xn,x a pour
espérance nx. Il faut donc appliquer l’inégalité de Bienaymé-Tchebychev.
346 Chapitre 15 Variables aléatoires discrètes
Comme Xn,x suit la loi binomiale de paramètre x, E(Xn,x ) = nx. Ainsi, par
l’inégalité de Bienaymé-Tchebychev, comme V(Xn,x ) = nx(1 − x), on a :
V(Xn,x )
P(|Xn,x − nx| > nη) = P(|Xn,x − E(Xn,x )| > nη) 6
(nη)2
nx(1 − x) 1
6 6
n2 η 2 4nη 2
1
puisque la fonction h : [0, 1] → R, x 7→ x(1−x) atteint son maximum en x =
2
1 1
(sa dérivée ne s’annule qu’en ce point et h(0) = h(1) = 0) avec h = .
2 4
Au final, on a donc
kf k∞
|Bn (f )(x) − f (x)| 6 ε + .
2nη 2
Comme
kf k∞
−→ 0,
2nη 2 n→+∞
kf k∞
on a N ∈ N tel que pour tout n > N , 6 ε.
2nη 2
Ainsi pour tout n > N et tout x ∈ [0, 1], on a |Bn (f )(x) − f (x)| 6 2ε, donc
la suite (Bn (f ))n∈N converge uniformément vers f sur [0, 1].