Télécommunications et développement en RDC
Télécommunications et développement en RDC
CAHIERS DU [Link]
– DOCUMENTS DE TRAVAIL –
TELECOMMUNICATIONS
ET POLITIQUES DE
DEVELOPPEMENT AU
CONGO - R.D.C.
Jacques KIAMBU
1
TELECOMMUNICATIONS ET POLITIQUES DE DEVELOPPEMENT AU CONGO
- R.D.C.
Jacques KIAMBU
2
TELECOMMUNICATIONS ET POLITIQUES DE DEVELOPPEMENT AU CONGO
- R.D.C.
INTRODUCTION 4
3
INTRODUCTION
Les pays africains doivent-ils dorénavant consacrer aux télécommunications une partie plus
importante de leurs investissements qu'ils ne l'ont fait jusqu'à présent ? Certes, les
télécommunications ont aujourd'hui dans nos sociétés, un rôle économique et social d'une
extrême importance. C'est grâce à elles que se répandent aussi bien les informations que les
motivations nécessaires à un rapide essor. Comme le rappelle C.S. Carreon (1976) : ce rôle est
d'autant plus considérable qu'il s'agit des pays en voie de développement et de leur évolution
sur le plan socio-économique. Il est vrai que les pays africains ne peuvent se désintéresser
d'un développement des télécommunications qui leur font encore cruellement défaut. Mais, on
connaît le dilemme auquel ces pays sont confrontés : le développement des
télécommunications doit-il simplement accompagner celui de l'économie ou bien doit-il faire
l'objet d'une attention particulière ? Pourtant, il semble que du côté de l'Afrique on ait mesuré
l'importance des télécommunications en ce qui concerne le développement économique et
social J. Alandis (1987). Leur part contributive au produit intérieur brut (PIB) et leur impact
sur tous les autres secteurs économiques font que le faible développement des services des
télécommunications en Afrique, et notamment en RDC se traduit en général, par une
incapacité à créer de nouvelles activités et, en particulier, par un manque d'efficacité dans la
gestion des moyens de production ou de distribution déjà existants. Mais pour des sociétés qui
ont à résoudre des problèmes aussi cruciaux que l'explosion démographique, l'exode rural, les
carences de la santé publique, l'insuffisance de la production agricole, l'accroissement rapide
des besoins dans le domaine de l'éducation, il est très difficile, sinon impossible de consacrer
une partie importante des maigres ressources dont elles disposent au développement de leurs
services des télécommunications. C'est la raison pour laquelle dans ces pays, la politique
d'investissements nationale avait généralement favorisé d'autres secteurs que celui des
télécommunications (W.B. Pierce et N. Jéquier (1977)).
Aussitôt après l'indépendance, la plupart des pays africains avaient mis en place dans les
années 1960, une stratégie de développement marquée par la prépondérance d'un acteur :
l'État, et par la priorité accordée à des choix industriels prioritaires : le développement d'un
certain nombre d'industries, sidérurgiques, métallurgiques, minières, hydrocarbures et agro-
alimentaires. C'était le cas en l'Algérie, en RDC, en Afrique du sud, en Côte d'Ivoire et au
Nigeria. D'une certaine manière, la politique de développement était devenue une "affaire
d'État" et les télécommunications étaient considérées dans ces pays comme le parent pauvre
d'une industrialisation qui avait pour objet de créer une dynamique de développement. C'est
ainsi que les télécommunications étaient considérées comme un bien de luxe, essentiellement
accessibles aux élites locales, aux représentants des grandes entreprises commerciales
nationales ou étrangères, aux agents des services gouvernementaux et autres services
spécialisés. Elles ne pouvaient pas faire l'objet d'une attention particulière tant que n'avaient
pas été réalisés les investissements nécessaires au développement national, par exemple, des
investissements destinés à l'agriculture, à l'eau, à l'électricité et aux routes, etc. Depuis les
années 1990, la plupart des pays en voie de développement (PVD), conscients de l'importance
que prennent les télécommunications dans la transformation économique et sociale
(rapprochement de la population, diffusion des connaissances, facteur de compétitivité au sein
des entreprises), cherchent à développer leurs systèmes des télécommunications pour élever
leur taux de croissance économique.
4
l'Organisation Mondiale de Commerce. En Afrique, les télécommunications sont présentées
par ces organismes internationaux comme étant l'élément vital pour parvenir au
développement économique et social. Mais quel est le véritable niveau de développement des
télécommunications en Afrique, et plus particulièrement en RDC ?
Ainsi dans ce document, nous allons dans un premier temps analyser la situation des
télécommunications au Congo dans son ensemble, et par rapport aux autres pays africains et
industriels. Nous mettrons aussi en avant la faiblesse du niveau de développement des
télécommunications en RDC. Puis dans un second temps, les différents facteurs issus de
l'histoire pouvant expliquer le sous-développement des télécommunications en RDC, pays sur
lequel nous concentrons nos recherches. Un état des lieux paraît en effet indispensable.
La république démocratique du Congo (R.D.C.) est le troisième plus grand pays africain,
après le Soudan et l'Algérie. Sa population de 49,8 millions d'habitants fait d'elle le quatrième
pays le plus peuplé d'Afrique, derrière le Nigeria (117,8 millions), l'Égypte (69,1millions), et
l'Éthiopie (67,3 millions)1. Ancienne colonie belge depuis 1880, elle accède à l'indépendance
le 30 juin 1960 et fut appelée le Zaïre entre 1971 et 1997. Elle partage ses frontières avec neuf
pays, l'Angola, le Congo - Brazzaville, la République Centrafricaine, le Soudan, l'Ouganda,
Rwanda, le Burundi Tanzanie et la Zambie sur une longueur totale de 10250 kilomètres. Ce
pays est doté des ressources minières immenses telles que le cuivre, l'étain, le diamant, qui
rapportent à l'État près de 80% des rentrées en devises2. La RDC est capable de produire tous
les produits agricoles tropicaux et d'assurer son autonomie alimentaire. Son réseau
hydrographique est riche d'un potentiel énergique capable de produire 20% de l'énergie
hydroélectrique mondiale et, elle dispose de la deuxième plus grande forêt du monde après
celle du Brésil. La RDC serait l'une des plus grandes réserves d'eau douce du monde. Bien
que classé 167ème d'après l'indicateur du développement humain (IDH) selon le rapport du
PNUD 2003, ce pays a néanmoins d'importants atouts pour être l’un des plus prospères
d'Afrique. Cependant son système des télécommunications reste embryonnaire et sous
développé.
Du point de vue statistique, la RDC est un immense territoire, étalé sur une superficie de
2.345.410 km2 au cœur du continent africain, il compte une population 49.800.000 habitants
dont près de 2/5 vivent dans la capitale, Kinshasa. Sa population est en majorité jeune, c'est-à-
dire, 46,8 % de la population a moins de quinze ans contre 2,6 % de la population âgée de
plus de 65 ans et son taux d’alphabétisation est de 62,7%. Avec un taux de croissance
démographique de 2,8 % (elle est au-dessus du taux moyen de croissance démographique des
1
PNUD (2003) Rapport Mondial sur le développement humain, Economica.
2
Département du Plan - Zaïre (1988) Le Zaïre en chiffres, Institut de la Statistique, p.9.
5
pays en développement qui est de 1,4 %), selon les estimations du PNUD (2003), la R.D.C
peut espérer atteindre d'ici 2015 une population de 74,2 millions d'habitants malgré un taux de
mortalité infantile en 2001 de 12,9 %3. Son PIB/ habitant de 99 $ en 2001 le place au rang des
pays les moins avancés au monde. En effet, le réseau téléphonique congolais dispose
aujourd'hui d'une capacité de 570.000 lignes fixes et mobiles qui lui donne une télédensité
(nombre de lignes téléphoniques par rapport à 100 habitants) de 1,14 %, c'est-à-dire, une ligne
téléphonique pour 100 habitants4, dont près de la moitié se trouve concentrée dans la capitale,
alors que plus de la moitié de la population est rurale. Bien qu'elle soit le quatrième pays le
plus peuplé d'Afrique, la RDC ne représente que 7,22% de la population africaine (689
millions d'habitants) et ne pèse que 1,07% de son PIB qui est de 485,8 milliards de $, soit 5,2
milliards de $ en 2001, et elle n’abrite que 0, 95%5 du réseau téléphonique africain.
A cela, s'ajoute l'indisponibilité des liaisons entre abonnés qui est aussi un fait marquant des
télécommunications en RDC. Depuis le début des années 1980, il n'existe aucune liaison
"communicationnelle" entre Kinshasa et le reste du pays par le biais de la poste, du téléphone
fixe ou du fax. Aujourd’hui encore, les services des postes, des télégraphes, de compte
cheques postaux et du téléphone fixe sont hors d'usage (RDC, 1997). Ce qui reflète la faible
intégration de l'économie nationale, du moins sur le plan formel.
Cette situation chaotique ne se limite pas à la RDC, elle est caractéristique à bien d'autres
pays africains. Elle trouve ses origines dans l'histoire du développement comme nous
l'étudierons plus loin pour le cas du Congo. A l'époque coloniale, en effet, l'installation des
équipements téléphoniques était réalisée dans les villes et des zones minières, au détriment
des zones rurales défavorisées, mais beaucoup plus peuplées. Quelle est aujourd'hui la
situation des télécommunications congolaises par rapport aux autres pays africains et, par
rapport aux pays industriels ?
Nous constaterons qu'il y a plus des lignes téléphoniques à Manhattan que dans toute
l'Afrique sub-saharienne (Desbois, 1998) et par conséquent, plus que dans toute la république
démocratique du Congo. Par bien des aspects, la situation des infrastructures de
télécommunications en RDC semble plus préoccupante que celle de ses voisins et des grands
pays industriels. Les handicaps les plus manifestes sont : sa faible densité téléphonique,
1,14% contre 8,6% de télédensité moyenne par rapport à l'Afrique et une fréquente
obsolescence des infrastructures de base, déjà soulignée à la fin des années 1970 ( Suret,
1977).
3
PNUD (2003) Rapport sur le développement humain, Economica, Paris.
4
United Nations Statistics Division - Millennium indicators Dev (2005), [Link]
5
Données calculées par J. Kiambu à partir de données de L'United Nations Staistics Division -Milennium
indicators Dev (2005)
6
BMI communication technologies handbook (1998), cité par République démocratique du Congo (1997)
Réglementation des télécommunications au Congo - RDC, [Link]
6
On constate selon le tableau 2 (voir en annexe) qu'en 2002, l'accès aux télécommunications en
RDC reste encore très limité malgré un besoin social grandissant. Cette situation ne peut être
sans conséquences sur le développement économiques et sociales de ce pays à une époque où
les télécommunications sont devenues un facteur stratégique dans la compétitivité des
entreprises. Par ailleurs, les chiffres du tableau 1 (voir annexe) montrent que la télédensité
congolaise est très faible par rapport à des pays comme l'Afrique du sud ou l'Île Maurice, etc.,
mais ils nous indiquent toutefois, une augmentation globale de celle-ci entre 1990 et 2002. La
RDC, bien qu'elle ait connu une croissance considérable de ses lignes téléphoniques (de
36000 lignes à 570000) durant la même période, reste néanmoins parmi les derniers avec une
télédensité bien en dessous de la moyenne africaine, bien loin derrière l'Île Maurice par
exemple, dont la télédensité est de 56,2% et juste devant des pays comme l’Ethiopie, la
République centrafricaine, le Tchad, le Mali, etc. Par ailleurs, nombreux sont encore des pays
subsahariens qui n'ont pas pu atteindre une télédensité égale à la moyenne africaine sur la
période de 1990 à 2002.
Au sein de ce groupe de pays, certains ne disposent pas d'une densité téléphonique (fixe +
mobile) supérieure à 1%, c'est le cas des pays comme l'Érythrée, la Guinée Bissau, le Mali, la
République centrafricaine et le Tchad. Ce phénomène peut être expliqué par le fait que le
nombre des lignes téléphoniques a augmenté dans ces pays, mais de manière non
proportionnelle par rapport à la population (c'est-à-dire, que la progression rapide de la
population a fait régresser le nombre de lignes par tête d'habitant). Le graphique 1 nous décrit
l'évolution du nombre de lignes téléphoniques en Afrique et en RDC.
80000
téléphoniques en
Les lignes
60000
RDC
millier
40000 Afrique
20000
0
1990 1993 1997 2002
Toutefois, il faut noter que malgré une nette reprise de croissance dans les
télécommunications africaines entre 1990 et 2002, les télécommunications congolaises
n'arrivent toujours pas de décoller, sa part reste insignifiante et sa télédensité ne représente
que 0,13 % de la densité moyenne africaine en 2002.
7
ont réalisé des progrès substantiels dans leurs systèmes des télécommunications. De 1990 à
2002, ils sont passés d'un stade embryonnaire de leurs systèmes de télécommunications à un
niveau de développement et de modernité tout à fait exceptionnel, avec des moyens de
transmissions interurbains et internationaux à grande capacité. Ils ont su accompagner le
développement de leurs systèmes des télécommunications d'une amélioration de la
télédensité, c'est le cas de l'île Maurice (56,2%), du Maroc (24,7), de la Tunisie (30,2%), du
Gabon (24%), de Cap Vert (28,2%) et du Swaziland (17%), etc. Bien qu’elle soit le troisième
grand pays africain du point de vue de sa superficie et le quatrième au niveau de la
population, les chiffres des tableaux 1 & 2 montrent qu'avec 7,22 % de la population africaine
la RDC n’abrite sur son territoire moins de 1 % du réseau africain. Le graphique 2 nous
permet de comparer la situation des télécommunications congolaises par rapport celle de ses
voisins à travers l'analyse de la télédensité africaine en 2002.
La répartition de la télédensité
africaine en 2002
60,00%
40,00%
20,00%
0,00%
RDC
Maurice
Tunisie
Ethiopie
[Link]
Sud
Île
En effet, de 1990 à 2002, des profondes mutations sont intervenues dans le secteur des
télécommunications africaines créant ainsi des inégalités au niveau de la répartition des
équipements et de l'accès aux services des télécommunications entre les pays africains,
certainement entre la ville et la campagne au sein des États, mais aussi, entre l'Afrique et les
grands pays industriels. Au delà des indicateurs traditionnels d'inégalités (PIB et seuil de
pauvreté, répartition des ressources naturelles ou minières, les télécommunications peuvent
être aussi utilisées comme indicateurs d'inégalités.
Bien qu'il existe des inégalités dans la répartition des richesses naturelles ou minières entre les
États ou les régions d'Afrique, il s'avère qu'aujourd'hui, les télécommunications peuvent être
un indicateur d'inégalités.
Le téléphone était déjà très inégalement réparti au sein des États africains. Malgré le progrès
technologique intervenu dans ce secteur, il est encore très cher et d'accès très limité,
particulièrement hors des centres urbains ; même les foyers appartenant à la classe moyenne
doivent souvent s'inscrire sur d'interminables listes d'attente et payer des frais de
raccordement et d'abonnement prohibitifs (Sciller, 2003). Dans les années 1990, une étude de
Hudson H.G (1991) avait estimé que sur les 151.000 villages dénombrés en Afrique, les
8
121.000 qui représentaient 70% des ruraux, étaient sans téléphone (Hudson, 1992)7. Ce
constat est bien réel en RDC où l'on constate des fortes inégalités d'accès aux services des
télécommunications puisque l'infrastructure est bien évidemment concentrée dans les grandes
agglomérations urbaines ou minières, tandis que beaucoup de communes rurales sont privées
de tout service. Par exemple en 1992, il y avait en RDC 35000 abonnés, dont 3000 en
téléphones cellulaires. Sur les 3000 lignes cellulaires, 700 lignes étaient réservées au
gouvernement (Tudesq, 1994). Aujourd'hui bien qu'elle dispose de 570.000 lignes
téléphoniques, plus de la moitié est installée dans des zones urbaines et minières. Cette
situation peut s'expliquer entre autres, par les différents comportements des autorités
coloniales et congolaises qui se sont appropriés par le passé les télécommunications comme
un moyen de domination pour renforcer leur pouvoir et par les différentes politiques du
développement appliquées sur ce continent (voir partie 2). D'autre part, il existe des disparités
extrêmes au sein des certains pays, par exemple, un certain nombre des pays dont la
télédensité était inférieure à 1% en 1996, avaient la majorité de leurs lignes téléphoniques
concentrées dans la capitale à l'ordre de 80% à 90%. C'était le cas pour l'Érythrée, la Guinée
Bissau, la République Centrafricaine, la Sierra Leone, le Burundi et le Tchad (Chéneau-
Loquay, 2002).
L'examen des chiffres donnés par les tableaux 1 & 2 nous donnent une indication importante
concernant l'état des télécommunications en Afrique et notamment en RDC en 2002, mais ils
nous laissent entrevoir l'effort de redéploiement en réseau des télécommunications que doit
fournir la RDC pour rattraper son retard par rapport à d'autres Etats africains, tels que
l'Afrique du sud, l'Égypte ou le Maroc etc., mais aussi par rapport aux grands pays
industrialisés.
Les chiffres des tableaux 1 & 2 montrent qu'en 2002, la répartition géographique du réseau
des télécommunications en Afrique n'a favorisé que l'extrême sud du continent, c'est-à-dire
l'Afrique du sud au détriment de toutes les régions du continent. En effet, le Maghreb ne serait
pas autant démuni que la région subsaharienne. Du point de vue statistique le Maghreb
représente 21,3% de la population africaine et détiendrait 30,9% du réseau africain ; alors que
le reste du continent, c'est-à-dire, l'Afrique noire sans l'Afrique du sud qui représente une
population trois fois plus élevée (72,3% de la population africaine) doit se contenter de 38,1%
du réseau. Quant à la République sud africaine, elle possède à elle seule 31% des installations
téléphoniques africaines et 6,4% de la population, c'est-à-dire, les 6,4 % de la population
concentrent ainsi, plus de 30% du réseau, autant que tout le Maghreb réuni.
En absence d'une politique de croissance soutenue et durable des télécommunications dans les
pays les plus démunis tels que la RDC, le Tchad, l'Éthiopie, le Nigeria, la République
Centrafricaine, l'Angola, etc., et au regard de leur croissance démographique les écarts des
densités téléphoniques devraient s'agrandir au sein des deux régions (le Maghreb et l'Afrique)
et entre l'Afrique du sud et le reste de l'Afrique.
Les projections du PNUD (2003) estiment que la population de la RDC atteindra 74,2
millions d'habitants en 2015, contre 44,3 millions pour l'Afrique du sud. En effet, la RDC doit
aujourd'hui multiplier par 9 le nombre de ses lignes d'abonnés, si elle veut atteindre la
moyenne de la densité téléphonique africaine 8,6% et par 11,2 si elle veut avoir le même taux
7
H.G. Hudson (1992) , The telecommunication in Africa role of IUT, Telecommunication Policy, Vol.15, n°4,
pp.343-350.
9
de télédensité en 2015. Mais, elle doit multiplier par 32,5 si elle veut rattraper aujourd'hui son
retard en nombre de lignes téléphoniques par rapport à la République sud-africaine par
exemple.
Comparé à d'autres pays africains comme le Cap Vert, la Côte d'Ivoire, le Sénégal, pour ne se
limiter qu'à ces petits pays subsahariens, nous constatons que malgré sa grande superficie et
sa forte population, la RDC reste un pays où le téléphone est encore un bien de luxe et dont
l'accès est limité à une élite bien déterminée. Il convient par ailleurs de ne pas perdre de vue
que la RDC est, parmi le pays d'Afrique, celui où l'infrastructure des télécommunications est
le moins développée et par conséquent reste l'un des sous développés du monde. En 2002,
avec seulement 1,1 lignes pour 100 habitants, le taux de pénétration téléphonique représentait
en gros qu'un neuvième de la moyenne de la zone africaine. Le graphique 3 nous montre la
position de la RDC comparée à celle des autres pays d'Afrique en fonction du nombre de
lignes téléphoniques.
37,15%
31% AF. Du Sud
RDC
0,95% Maghreb
Reste Cont.
30,90%
Par ailleurs, sur les 52 pays africains répertoriés dans les tableaux 1 & 2, on ne compte que
douze qui ont une télédensité supérieure ou égale à la moyenne africaine8 et ils détiennent à
eux seuls près du 3/4 de lignes téléphoniques africaines, soit, 73,2% du réseau africain contre
26,8% pour les quarante États restants. En effet, sur les 59.652.158 lignes téléphoniques en
Afrique, les "douze" en détiennent 43.672.056 lignes.
8
(Tunisie, Maroc, Afrique du sud, Gabon, Egypte, Libye, Maurice, Swaziland, Cap Vert, Côte d'Ivoire, Gambie,
Mauritanie)
10
Tableau 3 : la distribution des lignes téléphoniques africaines en fonction du PIB par habitant
___________________________________________________________________________
Classes de revenu annuel (PIB/hab.)9 Densité 2001
Les mieux équipés en lignes fixes et mobiles sont les îles touristiques, l'Île Maurice, (le Cap
Vert, etc.) d'une part, et les marges développées de l'Afrique australe et de l'Afrique du nord
d'autre part.
Les plus démunis sont les pays en guerre de l'Afrique centrale, la RDC, l'Angola, le Rwanda
et le Burundi, et les pays les plus pauvres de l'Est du continent, l'Éthiopie, l'Érythrée, le
Soudan, la Somalie, le Madagascar, etc. Quant à l'Afrique de l'ouest, la situation reste
disparate, mais la Côte d'Ivoire, le Sénégal, la Gambie, la Mauritanie se trouvent dans une
situation favorable.
1.4 Les télécommunications comme indicateur d'inégalités entre l'Afrique et les grands pays
industrialisés
Aux inégalités interafricaines, il existe d'autres au niveau mondial entre les pays africains et
les pays riches, par exemple, ceux de l'OCDE (organisation du commerce et du
développement économique) à revenu élevé. L’examen de la situation des
télécommunications dans des grands pays industriels nous permettra d'avoir une vue
d'ensemble sur la situation des télécommunications en Afrique et par rapport au reste du
monde.
L'analyse des tableaux 1, 2, 3, et 4 (annexe), nous permet de constater qu'en 2002, l'Afrique
avait une densité téléphonique moyenne de 8,6% contre 123,7% pour le G7 (le groupe des
pays les plus riches de la planète), avec une population presque égale, 698 millions d'africains
contre 688,8 millions d'habitants dans le G7. C'est-à-dire, l'Afrique dispose à peine de moins
de neuf lignes téléphoniques en moyenne pour 100 habitants contre cent vingt trois 123,7
lignes dans les grands pays industriels, en effet, nous avons un rapport de 1/14,5 en faveur des
pays riches. Sur les 852.611.390 lignes téléphoniques dénombrées dans le G7, le réseau
9
Classement de la Banque Mondiale en 2001
10
Données calculées par J. Kiambu à partir des données du rapport du PNUD (2003) et de United Nations
Statistics Division - Millennium Indicators Dev (2005)
11
africain ne représenterait que 7% du réseau téléphonique du G7 en 2002. Le fossé qui existe
entre ces deux mondes peut être illustrée par le graphique 4.
1000000000
500000000
0
G7
G7 AFR.
Afrique
En effet, le graphique 4 nous reflète cet ordre inégalitaire qui pèse sur les perspectives de
développement économique de l'Afrique et qui nous pousse à étudier la tendance de
l'évolution de la répartition des lignes téléphoniques entre l'Afrique et le G7. Les calculs sont
effectués sur la période 1990 - 2002.
Par ailleurs, en étudiant l'évolution de ces deux réseaux des télécommunications en termes du
nombre de lignes téléphoniques sur la base de données des tableaux 2 & 4, nous aboutissons
sur le même constat que celui émis par le PNUD (2003).
11
PNUD (2003) Rapport mondial sur le développement humain, Economica, Paris, p. 277
12
Graphique 5 : L'évolution des lignes téléphoniques dans le G7 et en Afrique de 1990 à 2002
en million de lignes téléphonique.
800 G7
600
400
200
0
13
2.1 Les télécommunications à l'époque coloniale
Dans l'État indépendant du Congo (1880 - 1910)12 la politique de mise en valeur du Congo
s'est effectuée par le biais des sociétés privées. Pour ce faire, le roi Leopold II avait encouragé
la création de sociétés commerciales privées, dont la compagnie du Congo pour le commerce
et l'industrie, la société des magasins généraux, la compagnie pour le commerce du haut
Congo, la compagnie des produits du Congo. En dehors de la compagnie de chemin de fer du
Congo qui n'était pas une société commerciale, toutes ces compagnies pratiquaient le
commerce de traite, échangeaient des pacotilles, de verroterie, fusil à pierre et poudre, contre
les produits coloniaux, l'huile de palme, l'ivoire d'éléphants et caoutchouc de cueillette
notamment (Lemoine, 1934) et avaient leur siège rue Bréderole à Bruxelles. Cette période
correspond à la mise en place des mécanismes du marché et à l’insertion du Congo dans
l'économie mondiale.
Durant cette phase de développement, l'autorité coloniale belge n'a pas considéré les
télécommunications comme un élément moteur du développement économique du Congo,
c'est-à-dire, un service destiné à favoriser le décollage économique de ce pays. Mais elles
étaient plutôt considérées comme un service administratif de l'État, conçu pour assurer la
sécurité de ses ressortissants dans ce vaste territoire hostile. Ainsi, l'installation des
équipements de télécommunications a été corrélée à l'organisation administrative défavorisant
ainsi les villages n'ayant pas de bureaux d'administration coloniale.
Par ailleurs, le roi, sans doute influencé par la pensée de Smith (1776), qui attribue la barbarie
de l'Afrique et d'une partie de l'Asie à l'absence des réseaux de communication et à l'étroitesse
des marchés qui empêchent la division du travail de se manifester, prendra conscience que
"sans développement des moyens de communications adéquats, le Congo ne vaudra pas un
penny". Ainsi, il s'appuiera sur les sociétés commerciales privées pour développer les
infrastructures de communication et des télécommunications. La compagnie de chemin de fer
allait entreprendre la construction d'une ligne de chemin de fer Matadi - Kinshasa dès 1890, et
les premiers réseaux téléphoniques locaux seront construits par des militaires en suivant la
pénétration de l'hinterland et dépendront de l'administration locale du territoire colonisé.
12
L'État indépendant du Congo (de 1880 à 1908) était une propriété privée du monarque belge Leopold II.
14
Bien entendu, il y avait un service public de téléphone, mais ce dernier était contrôlé par
l'autorité coloniale et limité à quelques localités du littoral, telles que Banana, Boma, Luki,
Lukula, Madimba, Matadi, Kwamouth, Kinshasa et Thysville et dans certaines zones minières
où les matières premières étaient à la source de l'activité économique. En effet, pour le
pouvoir "leopoldien", les télécommunications étaient certainement utiles pour la sécurité des
européens et pour l'administration coloniale, mais non pour le développement du Congo ;
elles ne devaient jamais être mises à la disposition des indigènes, surtout elles devaient rester
un instrument de "domination de l'homme blanc" sur le "barbare noir". En outre, le réseau
congolais était relié au réseau téléphonique de la colonie (Ministère belge de l'intérieur,
1912). Ainsi, toutes les communications téléphoniques vers le Congo ou venant du Congo
devraient transiter par la Belgique.
Le pouvoir colonial coordonne et oriente les investissements étrangers selon les secteurs qu’il
juge prioritaires, il prend en charge le financement des infrastructures accompagnant ce vaste
mouvement d'industrialisation et la formation de la main d'œuvre par le biais d'un système
scolaire très sélectif, l'enseignement était dispensé en langue vernaculaire, souvent lié aux
techniques agricoles (Hugon, 1993). Pour ce qui est des télécommunications, on adopte pour
la première fois en 1940, un texte de loi sur les télécommunications, ce texte réserve
officiellement l'usage des télécommunications à l'État au Congo. Il s'agit de la loi n°254/téléc
du 23 août 1940 portant organisation et fixant le mode de fonctionnement des réseaux des
télécommunications au Congo - belge. En effet, elle fixe les conditions d'exercice des
activités de télécommunications, mais elle prévoie la possibilité d'accorder des concessions de
tout ou partie du réseau à des exploitants privés à condition d'accepter le contrôle de l'État et
de payer une redevance. Ce système de sous-traitance ou des concessions en matière des
télécommunications sera développé par certaines grandes entreprises, dont l'union minière du
Katanga (Gécamines depuis 1967) par exemple, mais aussi par l'église catholique. Il permettra
d'engendrer un véritable système "d'un États dans un État", sur lequel le pouvoir colonial se
déchargeait d'un certain nombre de ses responsabilités économiques et sociales, santé,
logement et éducation, mais aussi, la construction des infrastructures des télécommunications
(Gaud, 1997). Ce fut par exemple, le cas de l'union minière du Katanga qui contrôlait dès
1928, 80 % du secteur minier du Katanga et occupait la plus grande partie de la main d'œuvre
indigène (Malu Malu, 2003). Cette compagnie disposait d'un réseau téléphonique privé
couvrant le territoire du Katanga, ainsi que les missionnaires catholiques et protestants
installèrent des systèmes radio - communications dans des zones rurales éloignées et
15
défavorisées (Ntambue, 2003) pour remédier à la carence des infrastructures des
télécommunications de manière globale.
En fait, le réseau congolais des télécommunications était fondé sur les besoins du marché
extérieur, il ne pouvait permettre une intégration économique favorable au développement
d'une économie viable et nationale. Bien entendu, le fait que le secteur fondamental de
l'économie, soit tourné vers l'extérieur, reste entre les mains des intérêts étrangers, font
également naître une infrastructure souvent tournée vers l'extérieur. Ce qui explique que les
réseaux des télécommunications qui seront conçus, auront pour objectif de faciliter avant
toute chose, les exportations des matières premières minières et agricoles entre le Congo et les
pays développés. Ainsi, l'installation du réseau sera limitée dans des centres urbains et dans
des zones minières où sont installées les administrations et les grandes sociétés privées
multinationales au détriment des régions ou des zones rurales pauvres.
En 1960, les télécommunications sont transférées à l'État congolais en même temps que
l'indépendance du pays, en vertu du principe du droit international que le nouvel État
"succède" à l'ancien pour la totalité de son actif et de son passif. Le gouvernement congolais
établira son contrôle direct sur toute la propriété de l'ex-administration coloniale
13
Ministère des affaires économiques (1955) Annuaire statistique de la Belgique et du Congo-belge, Institut
national de statistique, Bruxelles, p. 609.
16
immédiatement après l'accession à l'indépendance. Par cette voie, les autorités congolaises
deviendront propriétaires de l'infrastructure des services de télécommunications, ainsi que de
paquets d'actions d'une vingtaine de sociétés, des industries extractives de diamants, de
cuivre, d'or, d'étain, de zinc, et d'autres métaux (Szostak, 1983). L'État congolais prendra au
fur et à mesure le relais de l'administration coloniale tout en devenant progressivement le lieu
de constitution des classes accaparant la rente tant extérieure qu'interne (Hugon, 1993).
Une fois devenue indépendante, il appartenait dorénavant au ministère congolais des PTT de
réglementer le secteur des télécommunications, mais suite à l'évolution technologique et aux
impératifs de compétitivité, les autorités congolaises seront amenées à concéder une certaine
autonomie de gestion aux services des postes et télécommunications. Ainsi, par l'ordonnance -
loi n° 68-475 du 13 décembre 196814, l'office congolais des postes et télécommunications
(OCPT) sera créé sous le statut d'entreprise publique à caractère commercial afin d'assouplir
son mode de gestion. L'O.C.P.T. exerçait un monopole absolu sur la poste et les
télécommunications, et ce monopole hérite de la colonisation était protégé par la loi
législative du 23août 1940. Comme dans la plupart des autres pays africains, les services de
poste et des télécommunications étaient souvent rassemblés au sein des O.C.P.T, qui en outre
étaient autorisés à offrir des services financiers. L'OCPT qui génère des rentrées financières,
restera jusqu'en 2005 sous la tutelle du ministère des postes et télécommunications. Durant les
années 1960 - 1970, l'État congolais sera le seul investisseur et, les télécommunications feront
l'objet de toutes les attentions (RDC, 1997 et Ntambue, 2003), pour renforcer son emprise sur
la population, le gouvernement va favoriser l'essor des télécommunications, en lui accordant
un haut niveau de priorité.
14
Journal Officiel de la République Démocratique du Congo (2003), numéro spécial, Poste et
Télécommunications, p.5.
15
United Nations (1976) Manuel de statistiques du commerce international et du développement, p. 421.
17
2.2.2 La prédation des télécommunications par l'État patron zaïrois
Dès 1974, l'État zaïrois est au centre du processus du développement, il nationalise les
entreprises étrangères et il exécute des plans (objectif 80 : être parmi les trois premiers pays
africains sur le plan économique et social) ou des programmes de développement pour toute
l'économie nationale, il détermine la stratégie de développement pour toutes ses branches et
secteurs particuliers et pour toutes les différentes régions du "Zaïre", il anticipe les objectifs
économiques sociaux conformément aux ressources et moyens disponibles pour une action
précise. C'est l'époque du parti-État, où les nationalisations constituaient un acte fondateur de
la souveraineté nationale ; acte que la Belgique ne pardonnera jamais.
Durant cette phase de nationalisation, les pouvoirs financiers privés et religieux sont
combattus, c'est-à-dire, "zaïrianiés", car réputés servir des intérêts étrangers aux yeux du
pouvoir politique. L'union minière du Katanga et la compagnie de chemin de fer du Bas
Congo - Katanga, la Miba et le patrimoine religieux seront nationalisées. Mais, le pouvoir en
place ne reprendra pas réellement le relais des opérateurs privés et étrangers (Union minière
du Katanga et l'église catholique) dans leur fonction de "sous-traitants" des activités
économiques et sociales, mais aussi, dans l'installation des infrastructures des
télécommunications et de radiocommunication. Par exemple, la Gécamines dispose d'un
réseau téléphonique privé depuis l'époque coloniale, limité sur le territoire du Katanga et,
ouvert aujourd'hui au public disposant de cabines ; ainsi que d'une station terrestre standard
de type B. Mais la nationalisation et sa mauvaise gestion par des proches de Mobutu durant
des années n'ont pas permis à la "géante Katangaise" de moderniser et de développer
significativement son réseau.
Parallèlement, des efforts historiques pour couvrir tout le territoire se sont poursuis sans
beaucoup de conviction ; la réalité sur le terrain avait battu en brèche tout espoir, dès 1978, le
déploiement d'un réseau national des télécommunications par satellite (Renatelsat) n'a donné
jour qu'à 16 stations terrestres de standard B installées principalement dans des villes
secondaires politiquement stratégiques pour assurer la sécurité du régime (Ntambue, 2003).
Mais, il s'avère que la vétusté du réseau empêche toute transmission inter- régionale et il sert
plus qu'à la transmission télévisée. D'autre part, l'inefficacité de l'opérateur public des
télécommunications (un déficit permanent et le manque du respect des objectifs fixés en
matière d'investissements en équipements) conduira au ralentissement de la croissance du
réseau téléphonique.
En 1997, sur la capacité des 35000 lignes téléphoniques dont disposait la RDC, seules 18000
lignes 16 étaient en état de fonctionner. Il n'y avait plus d'interconnexion téléphonique entre la
capitale et les différentes villes des provinces. Cette situation a posé des problèmes de
16
United Nations (2005), op. cit.
18
développement économique et social en RDC, dans un contexte où les télécommunications
sont devenues un facteur primordial de croissance et de compétitivité des entreprises
nationales. La graduelle « politisation » du personnel de direction de l'OCPT dans les années
1970-1990, l’a transformé en une organisation corporatiste lourde et inefficace, qui a perdu
une partie de ses professionnels les plus compétents. Par ailleurs, les investissements dans les
télécommunications étaient inexistants et les ponctions opérées sur tout surplus dégagé au
profit des responsables politiques ont permis de maintenir la logique de restriction de l'offre.
La RDC se retrouvait en 1997 avec une télédensité de 0,03%, trois lignes téléphoniques pour
dix mille habitants, c'est-à-dire, à moins du cinquième de son niveau de 1973.
Le sous-développement des télécommunications en RDC est aussi lié à des politiques mises
en œuvre dans ce pays, le comportement centralisateur de l'État congolais qui s'est attribué le
monopole des télécommunications pour renforcer sa capacité d'information et de sécurité,
c'est-à-dire, que les télécommunications étaient avant tout un outil de l'administration
centrale, de la police, des services secrets et autres services de l'État au détriment d'activités
économiques et sociales. Le non respect des objectifs fixés en matière d'investissement et le
manque de pouvoir d'achat des salariés font que l'effort qui a été réalisé durant le début des
années 1970, en faveur de la pénétration des télécommunications au sein des classes
populaires et rurales a buté sur le problème de non satisfaction de la demande et de "non
solvabilité". Les politiques congolaises des télécommunications n'ont su intégrer la classe
moyenne et populaire dans leur projet pour le rendre légitime. Ce qui explique qu'aujourd'hui,
les principaux bénéficiaires restent encore les populations urbaines et aisées.
En effet, le système Mobutiste avait permis la reproduction de l'ordre colonial belge dans le
secteur des télécommunications où celles-ci étaient strictement réservées aux colons, cette
fois-ci, les télécommunications étaient accessibles à la seule classe dirigeante, aux agents des
services de sécurité territoriale et des renseignements, excluant ainsi, les classes moyennes et
populaires. Le téléphone était devenu en RDC, un bien de différence de classe sociale et c'est
dans ces conditions, que l'ouverture à la concurrence s'est faite en 1997 dans ce pays.
Par ailleurs, pour répondre au besoin social grandissant, le réseau congolais, devait être
équipé par des nouveaux matériels, mais le niveau des investissements à réaliser était si élevé
que l'ouverture à la concurrence est apparue comme la seule solution (la RDC ne pouvait pas
le financer)17. Dans ces conditions et selon les experts des organismes financiers
internationaux, seule une déréglementation des services des télécommunications serait
17
Journal Officiel de la République Démocratique du Congo (2003), op. cit. , pp.1-75.
19
capable de drainer des capitaux nécessaires pour le développement et la modernisation du
réseau congolais des télécommunications.
Pour éviter que cette ouverture conduise à un oligopole restreint et asymétrique (Curien,
2000), la libéralisation du secteur congolais des télécommunications a été accompagnée d'un
contrôle de l'OCPT et d'une régulation du marché, reposant sur une variété d'instruments :
comme la fixation des conditions techniques et tarifaires d'interconnexion aux infrastructures
essentielles, mais aussi des procédures d'attribution d'une concession. L'OCPT peut désormais
accorder des agréments pour une période de 20 ans à tout autre fournisseur des services de
base, en application de l'article 2 de la loi des télécommunications de 1997, qui autorise
l'ouverture à la concurrence. Ainsi, son monopole naturel sur la fourniture des équipements et
des services de télécommunications nationaux et internationaux a été contesté par l'entrée des
nouveaux opérateurs et est aujourd'hui restreint à la location des voies des transmissions et au
service téléphonique.
Le rôle de l'ANRT, une autorité placée sous la tutelle du ministère des PTT, est de veiller au
respect des lois, des règlements et des conventions au niveau des télécommunications. Elle
18
J. Kiambu (2005), Monopole et Déréglementation des Télécommunications : concurrence et organisation
industrielle, Doc. de Travail du [Link], n°97, Univ. Littoral, p.25.
20
instruit les dossiers de demande de concession, délivre les autorisations, reçoit les déclarations
et établit les cahiers des charges.
En dehors de l'OCPT qui est une entreprise publique, on distingue en 2003, sur une trentaine
d'opérateurs présents au Congo, six grands opérateurs dans la téléphonie mobile cellulaire et
du fixe sans fil, Celtel, Oasis, Vodacom, Congo-ChineTélécom, Congo Korean Télécom et
Starcel dont le capital est détenu en majorité par des intérêts privés et étrangers.
De nouveaux opérateurs ont investi le créneau porteur de la téléphonie mobile, ils ont élargi le
marché des télécommunications mobiles vers des zones rurales éloignées et ils ont contribué à
l'augmentation du nombre d'abonnés au téléphone cellulaire. Le parc téléphonique congolais
est passé de 18000 lignes en 1997 à 570000 en 200219. Par ailleurs, l'obligation à laquelle a
été contraint l'exploitant public, l'OCPT en 1997 de mobiliser les ressources nécessaires pour
construire un réseau national et d'atteindre au moins un taux de pénétration téléphonique de 1
ligne téléphonique pour 100 habitants en 200220 sera un échec. Faute d'avoir trouvé des
repreneurs à la privatisation pour attirer des fonds d'investissements nécessaires à la
modernisation et au développement de son réseau, l'OCPT ne peut respecter ses engagements
et semble avoir ralenti l'universalisation des services de base (Ntambue, 2003).
Par ailleurs, la façon dont se déploie la téléphonie mobile en RDC, semble de moins en moins
avoir des liens avec le développement de la téléphonie fixe. Contrairement à ce qui se passe
en Afrique du sud et au Sénégal, où le réseau mobile se développe en complémentarité avec le
réseau filaire, tout en se renforçant mutuellement. En RDC, depuis 1989, la téléphonie mobile
fait cavalier seule dans la conquête de ce territoire et dans la modernisation du système des
télécommunications. Il y a forcement une substitution du "mobile" au "fixe", plutôt que
concurrence entre eux. A l'heure actuelle, les nouveaux opérateurs apportent un ballon
d'oxygène à la couverture du territoire congolais, ce qui ne signifie pas qu'ils apportent une
solution définitive aux besoins sociaux des télécommunications en RDC.
La libéralisation des télécommunications se solde par un échec dans certain de ses aspects : en
RDC, le coût des services de téléphonie est devenu plus inéquitable. La baisse des tarifs
longue distance bénéficie aux grandes entreprises grosses consommatrices des services des
télécommunications et aux abonnés des classes aisées, alors que les tarifs locaux restent
toujours élevés (par exemple du 1er août 2002 au 1er juin 2003, la tarification d'une
communication internationale est passée de 1$ à 0,40$/minute, tandis que celle d'un appel
local a baissé de 0,50$ à 0,26$/minute, soit une baisse de 60 % pour les appels internationaux
contre 48 % pour les communications locales)21.
Certes, les prix de certains services ont baissé, par exemple, le prix du kit complet (téléphone
portable, carte sim et pré-chargement) en RDC, est passé de 150$ US en 1998 du temps de
monopole de Télécel à 75$ en 2003 jusqu'à des prix promotionnels entre 50 et 40$ en 2005,
suite à l'entrée des nouveaux concurrents22. Mais cette baisse des prix est tellement limitée
(elle s'adapte à la demande solvable) qu'elle ne permet l'accès massif aux services des
télécommunications étant donné le bas salaire en RDC.
19
United Nations (2005), op. , cit.
20
Journal Officiel de la République Démocratique du Congo (2003), op. cit., p.22.
21
Vodacom / RDC, Tarification, [Link]
22
Société civile de l'information : Société de l'information (2005) Les nouvelles technologies de l'information et
de communication en république démocratique du Congo, htpp://[Link]
21
Malgré l'ouverture à la concurrence, les télécommunications restent encore un bien de luxe
pour la plus part des congolais et cette libéralisation s'opère à un prix économique et social
élevé. Elle entraîne des licenciements. Les nouveaux emplois créés par des nouveaux
opérateurs sont dépourvus de plus en plus des droits conférés par des conventions collectives,
et excluent les travailleurs les moins qualifiés et les plus âgés, moins prompts à la
manipulation des nouvelles technologies. Ceux là même, qui hier étaient des laissés pour
compte pour cause du chômage caractéristique de la société congolaise. Cette exclusion peut
se répercuter directement sur la stabilité sociale et politique du pays.
CONCLUSION
La RDC n'est pas abandonnée, mais elle n'est plus prise en compte globalement ; elle l'est
uniquement dans ses parties utiles, supposées rentables, au moins à terme. Les
télécommunications rurales qui sont pourtant considérées comme un besoin essentiel, sont
souvent oubliées des opérateurs à cause de leur manque de solvabilité. Certes, si la
22
libéralisation peut sans doute résoudre assez facilement la demande des services très
spécifiques à valeur ajoutée pour lesquels un marché prospère existe, il serait en effet du
devoir de la puissance publique de régler la question de dissémination de la téléphonie et
d’assurer à l’ensemble de la population (individus, petites entreprises, associations, etc.)
l’accès aux services essentiels (Sinha, 1994). Pour ce faire, il faut que les télécommunications
apparaissent dans des projets congolais de développement comme une réelle priorité afin
qu'elles contribuent mieux que par le passé au progrès de l'économie. D'autant plus que
l'absence ou l'insuffisance des services des télécommunications en RDC compromettront
sérieusement les possibilités d'une perspective de développement. Loin d'être pessimistes face
à la situation actuelle des télécommunications en RDC, les congolais devraient voir dans les
télécommunications, un moyen sans précédent pour entamer une profonde mutation de leur
système économique et social. En effet, quelles que soient les lacunes du système congolais, il
s'avère en effet que c'est dans des pays où l'État fonctionne "le mieux" que les nouvelles
technologies de l'information et de la communication progressent le plus et où l'on parvient à
un réel maillage du territoire par les réseaux de communication (Chéneau-Loquay, 2001). Les
cas de l'Afrique du sud, du Sénégal et du Maroc en témoignent par leurs performances au
niveau africain.
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United Nations Statitics Division – Millennium indicators Dev (2005), [Link]
Vodacom / RDC, Tarification, [Link]
24
ANNEXES
23
R.C.A. : République centrafricaine
25
Annexe 2 Tableau 2 : le nombre des lignes d'abonnés sur le téléphone fixe et mobile
26
Tableau 3 : la télédensité des sept grands pays industriels
27