vdébut du xIx® siècle.
L'hypothèse atomique a commencé à devenir une théorie scientifique lorsqu'il
est apparu qu'elle pouvait expliquer de façon satisfaisante divers faits expérimentaux.
1.1.2 Modèle de Dalton
Le premier chimiste qui a introduit avec rigueur un point de vue quantitatif dans l'étude des
réactions chimiques, Antoine Lavoisier (chimiste français né en 1743, guillotiné en
1794), est souvent considéré comme le père de la chimie moderne. Il a prouvé à la suite
d'expériences historiques sur l'oxydation du mercure qu'au cours d'une réaction la masse se
conserve : la masse totale des produits formés est égale à la masse totale des réactifs consommés
(loi de Lavoisier); selon la formule restée célèbre qui lui est attri-buée, « rien ne se perd, rien ne se
crée ».
À la même époque, Joseph Proust (pharmacien et chimiste français, 1754-1826) établissait que le
rapport entre les masses de chaque réactif qui, en s'unissant, ont été consommées dans une réaction
pour former un produit différent, est constant; par conséquent, les éléments qui constituent ce
nouveau produit s'y trouvent dans un rapport de masse constant (loi de Proust, ou des proportions
définies). Ainsi les masses d'hydrogène et d'oxygène qui constituent la molécule d'eau sont-elles
toujours (quelle que soit l'origine de cette eau) dans le rapport de 1 à 8.
Enfin, John Dalton (chimiste anglais, 1766-1844) a observé pour sa part que si des espèces chimiques
peuvent s'unir dans des proportions différentes pour donner des espèces différentes, les masses de
l'une qui s'unissent à une même masse de l'autre sont toujours dans le rapport de nombres entiers
simples (loi de Dalton, ou des
proportions multiples). Ainsi le carbone et l'oxygène peuvent-ils s'unir pour donner soit le monoxyde
de carbone CO, soit le dioxyde de carbone CO, et les masses d'oxygène unies à une même masse de
carbone y sont dans le rapport 1 et 2 respecti-vement.
Ces lois quantitatives établissent que le rapport des masses qui réagissent ne peut varier de manière
continue et ne peut prendre que certaines valeurs. Elles ont ainsi conduit, au début du XIX® siècle, à
l'hypothèse d'une structure discontinue de la matière, à partir de laquelle se sont construites toutes
nos connaissances; leur importance historique a ainsi été considérable. C'est donc la chimie qui a
donné sa première base expérimentale et sa première crédibilité à la théorie atomique.
Dans le premier modèle de structure de la matière proposé par Dalton (fig. 1.1), les atomes sont des
particules simples, infractionnables et indestructibles. Il en existe un
Si nous voulons éviter toute ambiguité, il est nécessaire d'utiliser un vocabulaire précis. Nous
appellerons « réactifs » les espèces chimiques qui entrent en réaction, et « produits » celles qui
résultent de la réaction. Il y a un risque de confusion avec la signification plus générale souvent
donnée au mot « produit », comme dans les expressions « produit chimique », « produit
pharmaceutique », « produit de beauté », etc. En ce sens, les réactifs sont aussi des « produits
chimiques ». Mais dans la suite le mot « produit » aura toujours uniquement le premier sens défini
ci-dessus.
Nous préférons l'expression « espèce chimique» au mot « corps » très couramment utilisé pour
désigner une substance ayant une nature chimique bien déterminée (eau, cuivre, dichlore, acide
certain nombre qui se différencient par leur masse et qui correspondent chacune à un élément
chimique', représenté par un symbole (H pour l'hydrogène, C pour le carbone, S pour le soufre, etc.).
Figure 1.1 John Dalton (1766-1844).
Le chimiste anglais John Dalton a été le premier à faire un rapprochement entre les premières lois
quantitatives de la chimie, établies par Lavoisier et Proust, et l'existence d'atomes indestructibles, se
conservant au cours des réactions. Pour lui, à chaque élément devait correspondre un type d'atome,
et il détermina même un certain nombre de « masses atomiques » [1.3].
Les diverses espèces chimiques qui constituent la matière dans sa diversité sont formées par la
réunion, ou combinaison, d'un certain nombre d'atomes pour constituer des molécules. Une formule
est attribuée à chaque molécule; elle indique la nature et le nombre des atomes qui la composent.
Par exemple, la molécule d'eau a pour formule H,0 car elle est formée par la combinaison d'un
atome d'oxygène 0 et de deux atomes d'hydrogène H. Celle du saccharose (sucre de canne) est CHOu
car elle est constituée de 12 atomes de carbone, 22 atomes d'hydrogène et 11 atomes d'oxygène.
Ce modèle permet effectivement une interprétation simple et satisfaisante des lois quantitatives des
réactions chimiques. Il conduit à considérer une réaction comme un simple réarrangement des
atomes présents dans les réactifs, dans les produits de réaction où les atomes sont redistribués de
façon différente. Par exemple, la réaction entre le dichlore Cl, et le dihydrogène Hz pour donner du
chlorure d'hydrogène HCl peut s'analyser comme une réorganisation en couples mixtes des atomes
initialement engagés dans des molécules symétriques. Il faut noter que la conservation des atomes
exige qu'il se forme deux molécules de chlorure d'hydrogène à partir d'une molécule de dihydrogène
et une molécule de dichlore.
Cette conception des réactions, regardées comme des réarrangements d'atomes.
s'applique aussi bien aux réactions les plus compliquées, mettant en jeu de nombreuses molécules et
beaucoup d'atomes: on retrouve toujours dans les produits de réaction tous les atomes présents
dans les réactifs initiaux. et seulement eux.
1. Notons qu'il ne faut pas confondre un élément chimique (caractérisé par son numéro atomique
effectivement une explication simple :
• Les atomes ne pouvant être ni créés, ni détruits, il s'en trouve autant de chaque type (de chaque
élément) dans les produits que dans les réactifs et la masse totale n'a donc pas pu changer, ce qui
justifie la loi de conservation des masses (loi de Lavoisier).
Puisque le chlorure d'hydrogène HCI (par exemple) est formé d'un atome d'hydrogène et d'un atome
de chlore, possédant chacun une masse déterminée, sa composition en masse est forcément fixée,
ce qui justifie la loi des proportions définies.
Si deux éléments peuvent se combiner dans des proportions différentes, comme dans CO et CO,, les
masses de l'un se combinant à une même masse de l'autre correspondent toujours à un nombre
entier d'atomes. Les rapports de ces masses sont donc nécessairement des rapports de nombres
entiers simples, puisque ce sont aussi des rapports de nombres d'atomes. La loi des proportions
multiples (loi de Dalton) trouve donc également une justification simple.
La discontinuité observée dans les proportions selon lesquelles les éléments se combinent trouve
donc son origine et son explication dans la discontinuité de la matière elle-même. La plus petite
quantité d'un élément qui puisse être échangée au cours d'une réaction chimique correspond à un
atome de cet élément. Toute quantité d'un élément échangée correspond toujours à un nombre
entier d'atomes.
Le modèle de Dalton ne permet pas d'expliquer ce qui détermine la proportion dans laquelle les
éléments s'unissent (par exemple, pourquoi n'existe-t-il pas de molécule C,O ou CO, ?) et il ne donne
aucune base d'interprétation concernant les caractères chimiques
h Pugda
Figure 1.2 Une visualisation des atomes.
Cette image, qui représente une surface d'or, n'est pas une photographie car les atomes, trop petits
par rapport à la longueur d'onde de la lumière, ne peuvent pas être photo-graphiés, Elle a été
réalisée à l'aide d'un ordinateur traitant des informations obtenues par la technique de la
microscopie à effet tunnel (STM), qui consiste à explorer la surface d'un solide avec une pointe
métallique extrêmement fine déplacée à moins d'un millionième de millimètre au-dessus d'elle,
Image obtenue par F. J. Cadete Santos Aires et
C. Deranlot (Institut de Recherches sur la Catalyse - UPR 5401 CNRS; Villeurbanne), des éléments (par
exemple, pourquoi certains ont-ils un caractère métallique et d'autres non ?). La découverte que les
atomes ne sont pas des particules simples a conduit à développer d'autres modèles mais on a gardé
du modèle de Dalton l'idée que les atomes d'éléments différents ont des masses différentes et celle
que les atomes se conservent au cours des réactions chimiques que nous n'analyserons [partie 3]
qu'après avoir étudié la structure des atomes et des molécules [2 à 5].
1.2 DÉCOUVERTE DES PARTICULES FONDAMENTALES
Au cours de la période 1875-1910, diverses expériences historiques ont apporté la preuve que les
atomes ne sont pas les constituants ultimes de la matière et qu'ils sont eux-mêmes formés de
plusieurs types de particules.
1.2.1 Électron
Lorsqu'on établit une forte différence de potentiel (environ 1 000 volts par cm) entre deux électrodes
métalliques placées aux extrémités d'une ampoule de verre contenant un gaz et dans laquelle on
peut progressivement réduire la pression (fig. 1.3), on observe deux types de phénomènes.
Pour une pression de 0,1 à 0,01 bar, le gaz devient lumineux entre les électrodes; c'est le phénomène
de luminescence, utilisé notamment dans les enseignes lumineuses au néon et divers dispositifs
d'éclairage. Pour une pression inférieure à 0,01 bar, le gaz reste obscur mais le verre de l'ampoule
devient fluorescent à l'opposé de l'électrode négative (cathode).
Cette fluorescence est due à l'impact sur le verre de rayons invisibles, issus de la cathode, qu'on a
appelés rayons cathodiques. Jean Perrin (physicien français, 1870-1942, prix Nobel 1926) a mis en
évidence qu'il s'agit en fait d'un flux de particules et il a montré, en observant les déviations subies
par leur trajectoire sous l'effet d'un champ
rayons cathodiques
du verre
cathode
anode
vers la pompe à vide
Figure 1.3 Expérience des rayons cathodiques.
Les électrons des rayons cathodiques, accélérés par la différence de potentiel qui existe entre les
deux électrodes, viennent frapper le verre de l'ampoule dans la zone anodique et provoquent une
fluorescence. Leur trajectoire peut être modifiée par l'action d'un champ électrique ou magnétique
extérieur. électrique ou magnétique, qu'elles portent une charge électrique négative. Joseph
Thomson (physicien anglais, 1856-1940, prix Nobel 1906) a pu déterminer la valeur de leur rapport
charge/masse, et montrer qu'il est le même quels que soient le gaz de l'ampoule ou le métal de la
cathode. Ces particules, baptisées électrons, sont donc un constituant universel de la matière.
Quelques années plus tard, Robert Millikan (physicien américain, 1868-1953, prix
Nobel 1923) a pu déterminer la valeur de la charge de l'électron, qui est négative, en étudiant les
mouvements de gouttelettes d'huile électrisées entre les plaques d'un condensateur horizontal (fig.
1.4). La valeur absolue de cette charge représente la plus petite charge électrique que puisse porter
une particule. Toute charge électrique ne peut être, en valeur absolue, qu'un multiple entier de celle
de l'électron. On utilise souvent la valeur absolue de la charge de l'électron comme charge-unité, et
on la désigne par e (tabl. 1.1).
Figure 1.4
Expérience de Millikan (1908).
C, C': plaques métalliques entre lesquelles existe un champ électrique variable.
G: gouttelette d'huile électrisée.
E: enceinte vide d'air (pour éviter les perturbations par les chocs des molécules d'air sur
la gouttelette d'huile).
M: microscope d'observation.
Le mouvement naturel de chute libre de la gouttelette d'huile est modifié (accéléré, stoppé ou
inversé) selon la valeur et le signe de la charge qu'elle porte et selon le sens et l'intensité du champ
électrique.
La masse de l'électron est très faible dans l'absolu, mais elle l'est aussi de manière relative à l'échelle
des atomes : elle est 1 836 fois plus petite que celle du plus léger des atomes, celui d'hydrogène.
TABLEAU 1.1 CARACTÉRISTIQUES DE L'ÉLECTRON.
Masse
m = 9,109 389 7 (54) 10-" kg, ou 0,000 55 u (*)
Charge
e = 1,602 177 33 (49) 10-19 C
(*1 บ (unite de masse atomique) = 1/12 de la masse d'un atome du nucleide 1C 11.2.4).
1.2.2 Noyau et nucléons
La découverte que les atomes contiennent des électrons, particules négatives et très légères,
conduisit à se poser deux questions: où réside la masse de l'atome ? Quelle est la contrepartie de la
charge négative des électrons, puisque la matière est globalement neutre ? de Rutherford (1911).
des particules a.
La plupart des particules a émises par l'échantillon de polonium traversent sans déviation la feuille
d'or et produisent un impact visible sur un écran fluorescent placé derrière elle. De la même
manière, on s'aperçoit que certaines particules sont fortement déviées en la traversant. Enfin
certaines sont renvoyées en arrière. Ceci montre que la matière constituant la feuille d'or est
concentrée dans des particules (les noyaux) laissant entre elles beaucoup d'espace vide. Les fortes
déviations observées indiquent que certaines particules a sont entrées en collision avec des
particules beaucoup plus lourdes qu'elles; les noyaux ont donc une masse importante.
C'est en 1911 que Lord Ernest Rutherford (physicien anglais, 1871-1937, prix Nobel
1908) découvrit le noyau atomique à la suite d'une expérience elle aussi restée célèbre.
Elle consistait à envoyer sur une très mince feuille d'or un faisceau de particules o (émises par
certains éléments radioactifs, comme le polonium) et à observer ce qu'elles devenaient (fig. 1.5). Ces
particules ont une masse égale à quatre fois celle d'un atome d'hydrogène et elles portent une
charge positive + 2e.
Rutherford observa que la plupart des particules traversaient la feuille d'or sans être déviées et qu'un
petit nombre d'entre elles étaient soit fortement déviées en la traver-sant, soit renvoyées en arrière
(fig. 1.6). L'interprétation complète des résultats de cette expérience l'amena à conclure que dans la
matière, la masse est concentrée dans des particules très distantes les unes des autres par rapport à
leurs propres dimensions et chargées positivement: les noyaux des atomes.
Question 1.A La figure 1.6 suggère qu'il n'y a pas véritablement un choe entre les particules a déviées
et les noyaux du métal, mais que leurs trajectoires sont modifiées lorsqu'elles arrivent à proximité
d'un noyau. Comment pourrait-on l'expliquer ?
Après la mise en évidence des noyaux atomiques, on s'est aperçu que ceux-ci ne sont pas des
particules simples. Ils sont eux-mêmes constitués de deux types de particules, qui y sont présentes
en nombre variable :
• les protons, portant une charge positive + e, et de masse sensiblement égale à 1 dans l'échelle des
masses atomiques relatives [1.3.1] (c'est-à-dire, approximative-ment, la masse de l'atome
d'hydrogène). Le symbole utilisé pour le proton est p: protons. Le symbole utilisé pour le neutron est
n.
Le proton et le neutron sont des nucléons (tabl. 1.2).
TABLEAU 1.2 CARACTÉRISTIQUES DU PROTON ET DU NEUTRON.
(*) 1 u (unité de masse atomique) = 1/12 de la masse d'un atome du nucléide 12C (1.3.1).
Ce modèle simple du noyau atomique, formé de protons et de neutrons, est suffisant pour apporter
des réponses satisfaisantes aux questions qui se posent en chimie. Mais la physique nucléaire
attribue au noyau une structure beaucoup plus complexe: ces nucléons ne sont pas des particules
simples (ou élémentaires), puisqu'ils sont formés d'autres particules, les quarks, qui, à leur tour, ne
sont pas non plus des particules simples. Les spécialistes en ce domaine ont identifié de nombreuses
particules constitutives du noyau (fermions, leptons, quarks, mésons, baryons, neutrino...) et ils sont
toujours en quête de celle qui serait enfin le constituant ultime, élémentaire et fondamental de la
matière.
1.2.3 Modèle de Rutherford
Avec ces trois particules fondamentales, électron, proton et neutron, on peut construire un nouveau
modèle de l'atome : le modèle de Rutherford.
Dans ce modèle, l'atome se compose:
• d'un noyau, chargé positivement, dans lequel est concentrée presque toute sa masse.
Il contient des neutrons en nombre N et des protons en nombre 2; sa charge totale vaut donc + Ze.
Le nombre Z est appelé numéro atomique, et la somme Z + N = A est le nombre de masse de l'atome;
d'électrons, qui évoluent autour du noyau, dans un espace très grand par rapport à son propre
volume; leur ensemble est souvent appelé le nuage électronique de l'atome. Ces électrons n'ont pas
tous la même énergie, et ne se trouvent pas tous à la même distance du noyau, mais il existe des
sous-ensembles d'électrons ayant des énergies voisines; chacun de ces sous-ensembles constitue
une couche électronique.
Les protons et les électrons ont des charges électriques égales en valeur absolue mais de signe
contraire et l'atome est globalement électriquement neutre (comme la matière elle-même). Un
noyau qui comporte Z protons doit donc être entouré de 2 électrons, représentant une charge totale
- Ze.
Cependant un atome peut perdre ou gagner un ou plusieurs électron(s), notamment
au cours des réactions chimiques. Il cesse alors d'être neutre et devient un ion. perdus), l'ion soufre
(appelé ion sulfure) S2- (2 électrons gagnés). Les charges des ions sont indiquées en prenant comme
unité la valeur absolue de la charge de l'électron.
Le rayon des atomes, c'est-à-dire le rayon du volume sphérique à l'intérieur duquel évoluent les
électrons, est de l'ordre de 0,05 à 0,1 nanomètre (1 nm = 1 - 10-' m). Celui des noyaux est environ dix
mille fois plus petit.
Question 1.B L'atome d'hydrogène possède un seul électron. Si, dans une maquette à très grande
échelle, on représentait son noyau par une sphère de 1 mm de diamètre, quel serait le diamètre du
volume sphérique à l'intérieur duquel évoluerait son électron ?
On voit done que la matière est loin d'être pleine, et qu'elle comporte surtout du vide, même
lorsqu'elle nous apparaît compacte et dure. Si un objet posé sur une table ne pénètre pas dans le
bois, c'est seulement en raison de l'existence de forces internes qui assurent la cohésion de l'objet et
celle de la table.
Dans un échantillon de matière, quel qu'il soit, la masse se trouve concentrée dans des noyaux qui
n'occupent qu'une très petite partie du volume apparent de cet échan-tillon. La masse totale des
électrons est par ailleurs négligeable devant celle du noyau (environ 0,02 % pour un atome de masse
moyenne). Il en résulte que la masse volumique de la matière condensée (la vraie matière) qui
constitue les noyaux est énormément plus grande que celle des espèces chimiques que nous
connaissons.
Question 1.C La masse volumique du fer vaut 7,8 g • cm). Sachant que la masse d'un échantillon de
fer est concentrée dans des noyaux dont le diamètre est 10 000 fois plus petit que celui des atomes,
évaluez approximativement, par un calcul simple et rapide, l'ordre de grandeur de la masse
volumique des noyaux de fer (on supposera que les atomes sont assimilables à des sphères au
contact les unes des autres).
1x10 000 mm
- 10m
C =7,0g. cm
70x102.
1.2.4 Nucléide
Un type d'atome est caractérisé par les valeurs des deux nombres Z (protons ou élec-trons) et N
(neutrons). Un couple de ces deux valeurs définit un nucléide. Un nucléide est l'ensemble des
atomes dont les noyaux contiennent le même nombre de protons et le même nombre de neutrons.
En pratique, pour identifier un nucléide on remplace le nombre N par le nombre de masse A, ce qui
donne les mêmes informations, puisque A - 2 + N. Un nucléide dont le symbole serait X se représente
alors ainsi :
Cet ensemble de symboles s'énonce oralement en indiquant successivement A, Z et X. Exemple. '§C
se prononce « 14-6-C »; mais on peut dire aussi, plus simplement, « 14С», ou « carbone-14 ». Avec
cette notation, le neutron peut être symbolisé par dn et le proton par H ou p.
Il existe environ 300 nucléides (donc 300 types d'atomes) naturels dans l'univers et un millier
d'autres ont été fabriqués artificiellement par des réactions nucléaires (appe-lées ainsi parce qu'elles
modifient les noyaux, ce que ne font pas les réactions chimi-
Exemple. La rencontre d'un atome d'azote avec un neutron transforme l'azote en carbone et le
neutron en proton (l'électron ainsi perdu a servi à transformer un proton du noyau en neutron).
Cette réaction, qui se produit entre des particules élémentaires, est symbolisée par l'équation
suivante :
19N + n (neutron) → 1C + p (proton)
Cette équation traduit, au niveau microscopique, la conservation de la masse (14 + 1 = 14 + 1) et de
la charge électrique (7 + 0 = 6 + 1).
1.2.5 Élément chimique
Chaque valeur du numéro atomique Z définit un élément chimique. Un élément chimique est
l'ensemble des atomes et des ions ayant le même numéro atomique Z. Deux atomes, ou deux ions,
appartiennent au même élément chimique dès lors qu'ils ont le même numéro atomique Z (donc le
même nombre de protons dans leur noyau), même s'ils diffèrent par les nombres N et A.
Chaque élément possède un symbole et (nous le verrons prochainement [1.3.2]) une masse
atomique relative. Une table des symboles et des masses atomiques relatives des éléments se trouve
à l'Annexe 2, en fin de volume.
Les espèces simples sont constituées d'un seul élément. Celui-ci peut s'y trouver sous la forme
d'atomes indépendants (néon Ne, argon Ar) ou sous la forme de molécules (dioxygène O, trioxygène
ou ozone O3, tétraphosphore P4, octasoufre Sg). Les métaux, qui ont une structure particulière [13],
se représentent simplement par leur symbole
Les espèces composées sont constituées par l'association d'éléments différents (eau
H,O, ammoniac NH,, acétone CH,0, chloroforme CHCl, acide sulfurique H,SO4).
La plupart des éléments se trouvent à l'état naturel à la fois dans des espèces simples et dans des
espèces composées. Ainsi, l'oxygène qui existe dans la nature se trouve en partie sous la forme de
l'espèce simple 02, dans l'air, et en partie sous forme combinée : dans l'eau (il constitue ainsi 89 % de
la masse des océans), dans l'écorce terrestre (dont il constitue 49 % en masse, sous la forme de
carbonates, de silicates, etc.) et dans les organismes vivants (25 % de la masse du corps humain, sous
la forme d'eau principale-ment). On peut donc dire que l'élément oxygène est ce qu'il y a de
commun entre le dioxygène, l'eau, les carbonates, etc.
On connaît, chimiquement parlant, tous les éléments pour lesquels Z $ 103. Les (c'est-à-dire « au-
delà de l'uranium », Z = 92), ont été préparés artificiellement. Les à Orsay produit de tels
rayonnements. Sur ce cliché on voit les expériences sur l'étude des matériaux utilisant la ligne SUS de
rayonnement, dans le domaine UV.
éléments les plus lourds sont de plus en plus instables lorsque Z augmente (ils sont radioactifs [2]) et,
si on pense avoir obtenu les éléments 104 à 112, on ne peut en obtenir, au cours d'expériences, que
quelques atomes, dont la durée de vie est très courte (de l'ordre de la milliseconde parfois). Ces
éléments n'ont donc pas pu être isolés ni étudiés du point de vue de leurs propriétés.
1.2.6 Isotopes
Des nucléides qui ont le même numéro atomique Z peuvent par ailleurs avoir un nombre de
neutrons N et par conséquent un nombre de masse A, différents.
Exemple, 3C et '§C appartiennent tous deux à l'élément carbone, défini par Z = 6.
Mais le premier a six neutrons (A = 12) et le second en a huit (A = 14).
On appelle isotopes d'un élément des nucléides qui possèdent le même nombre de protons, donc la
même valeur de Z définissant leur appartenance à ce même élément, mais un nombre N de neutrons
différent; leurs nombres de masse A sont donc aussi différents. L'existence des isotopes explique
qu'on n'ait catalogué qu'une centaine d'éléments, parmi les quelque trois cents nucléides stables
connus.
Les éléments naturels se trouvent à l'état d'espèce simple ou à l'état combiné, et sont presque
toujours des mélanges d'isotopes, dont les nombres de masse ne diffèrent Exemples. L'hydrogène
naturel contient toujours 99,985 % en masse de H, 0,015 % de 3H (appelé aussi deutérium) et 1.10-7
% de jH (appelé aussi tritium); l'oxygène contient toujours 99,76 % en masse de 1gO, 0,04 % de 130
et 0,20 % de 30.
Certains isotopes naturels sont stables, d'autres sont radioactifs [2]. On a pu, par ailleurs, préparer
un grand nombre d'isotopes artificiels, qui n'existent pas dans la nature parce qu'ils sont radioactifs,
avec une durée de vie très courte [2].
Les propriétés des divers isotopes d'un élément sont différentes lorsqu'elles ont leur origine au
niveau du noyau (radioactivité, possibilité de fission [2], spectroscopie...).
Par contre, elles sont identiques lorsqu'elles ont leur origine au niveau des électrons, ce qui est le cas
des propriétés chimiques. Des isotopes ont donc des propriétés chimiques identiques.
On utilise les isotopes radioactifs (ou radio isotopes) dans diverses applications, notamment
médicales. Il est en effet possible de les suivre par le rayonnement qu'ils émettent, et de vérifier
comment ils se localisent dans les organes (par exemple, l'iode 1.3 MASSES ATOMIQUES
La caractéristique essentielle d'un atome, du point de vue chimique, est son numéro atomique Z, qui
définit l'élément correspondant [1.2.5). Mais sa masse, bien qu'elle ne définisse pas son identité, est
aussi un caractère important. Elle entre en ligne de compte dans les aspects quantitatifs de la
réactivité [14, stœchiométrie des réactions] et également dans l'interprétation de certains aspects
qualitatifs.
Les masses réelles des atomes s'expriment par des nombres extrêmement petits :
5,3.10-26 kg pour un atome de soufre, par exemple. Ces nombres ne sont pas commodes à manier
et, surtout, n'ont pas de signification immédiate. Le moindre échantillon de matière avec lequel on
peut faire une réaction contient un nombre immense d'atomes (dix milliards de milliards dans un
milligramme de cuivre) et une quantité de matière n'est jamais définie à un atome près [8.11.
D'autre part, les calculs quantitatifs à propos des réactions [14] sont fondés essentiellement sur les
rapports, ou les proportions, qui existent entre les masses des éléments qui se combinent ou qui
sont contenus dans un composé.
En d'autres termes, il est plus intéressant de savoir qu'un atome de soufre est deux fois plus lourd
qu'un atome d'oxygène et trente-deux fois plus lourd qu'un atome d'hydrogène, que de connaître sa
masse exacte. Pour ces raisons, les chimistes utilisent des masses atomiques relatives et non les
masses atomiques réelles.
1.3.1 Échelle relative des masses atomiques
Commençons par un exemple concret, en raisonnant non sur des atomes mais sur quatre objets, A,
B, C et D, dont les masses seraient respectivement 0,2, 0,4, 0,8 et 2 kg.
Au lieu de prendre pour unité de masse le kilogramme, on pourrait prendre la masse de B. Exprimer
les masses de A, C et D en fonction de celle de B revient à dire dans quel rapport elles sont par
rapport à celle-ci. Les nouvelles masses de A, B, C et D seraient donc 0,5, 1, 2 et 5. On peut vérifier
que, dans ce nouveau système, les rapports entre les quatre masses sont les mêmes que dans le
système initial: la masse de B est toujours le double de celle de A et la moitié de celle de C; celle de D
vaut toujours dix fois celle de A, etc.
Unite
1 kg
masse de B
0,2
0,5
0,4
1,0
0,8
2,0
5,0
Question 1.D Quelles seraient les masses de A, B, C et D si on prenait pour unité modèles de l'atome
On peut donc imaginer plusieurs échelles permettant de définir les masses de A, B, C et D,
relativement les unes aux autres. Quelle que soit l'échelle, ces quatre masses constituent des séries
de nombres proportionnels.
Il en est de même pour les atomes. On a choisi comme atome (nucléide) de référence 1¿C qui est
approximativement douze fois plus lourd que |H, le plus léger des atomes, et on a attribué
arbitrairement la valeur exacte 12,000 00 à sa masse. Cela revient à choisir comme unité pour
exprimer la masse relative des autres atomes le 1/12 de la masse de l'atome 3C.
On appelle cette unité arbitraire « unité de masse atomique » (en abrégé u.m.a.;
symbole u). La masse atomique de 2C est par définition égale à 12 u exactement. La valeur de
l'u.m.a. est 1,660 540 2 (10) 10-24 g [voir question 8.B].
Question 1.E Si un atome a une masse dix fois plus grande que celle du carbone-12, quelle est sa
masse atomique relative ?
Si la masse atomique relative d'un atome est 30, quel est le rapport entre sa masse et celle de
l'atome de carbone-12 7
1.3.2 Table des masses atomiques relatives
Les masses atomiques relatives, symbolisées A,, de tous les éléments connus sont données dans la
table figurant à l'Annexe 2.
Exemple. La masse atomique relative du potassium K est A,(K) = 39,10.
Les masses atomiques relatives sont des nombres sans unité, puisqu'elles représentent le rapport de
la masse d'un atome au 1/12 de celle du carbone-12. On peut observer que ce sont très rarement
des nombres entiers et cela tient à plusieurs raisons.
• La première est que les masses atomiques indiquées pour chaque élément sont celles de l'élément
naturel, qui est pratiquement toujours un mélange de deux ou plusieurs isotopes [1.2.6]. Ainsi la
masse atomique relative indiquée pour le chlore (35,45) est-elle la moyenne pondérée des masses
atomiques des deux isotopes #/Cl et i/Cl, de masses atomiques relatives respectives 34,96 et 36,96,
dont le chlore naturel contient respectivement 75,4 % et 24,6 % du nombre d'atomes. La masse
atomique relative apparente du chlore naturel est donc :
75,4
34,96 ×-
100
+ 36,96 x-
24,6
= 35,45
100
C'est pour cette raison que le carbone lui-même n'a pas une masse atomique relative entière. On a
attribué la valeur exacte 12,000 00 au carbone-12, mais le carbone naturel® contient d'autres
isotopes.
Les masses atomiques relatives des nucléides purs (comme }{Cl ou }}Cl) ne sont toutefois pas non
plus des nombres entiers, car une deuxième raison intervient : les masses relatives des nucléons,
bien que très voisines de 1, ne sont pas égales à 1 • Enfin, il existe une troisième raison. La masse
d'un noyau est toujours inférieure à la somme des masses des nucléons qui le constituent (exception:
H, dont le noyau ne comporte qu'un seul nucléon). Ce défaut de masse est lié au fait que la
formation du noyau à partir des nucléons s'accompagne de la libération (de la perte, ou du départ)
d'une grande quantité d'énergie, équivalente, selon la théorie de la relativité, à une masse définie
par la relation E = me (E: énergie libérée, m: masse équivalente, c : vitesse de propagation de la
lumière = 3 - 10% m • 5'). Il n'est donc pas possible de calculer a priori la masse relative d'un noyau
par simple addition de celles des nucléons qu'il contient.
Question 1.F La masse atomique relative indiquée dans les tables pour l'élément naturel potassium
est 39,10. Est-il probable ou improbable qu'il existe effectivement des atomes de potassium ayant
exactement cette masse atomique relative ?
1.3.3 Détermination expérimentale des masses atomiques relatives
a) Méthode chimique
Les masses atomiques relatives des éléments ont été déterminées les unes à partir des autres, en
fonction des résultats de l'analyse d'espèces composées afin d'établir leur compo-sition. Supposons
que, connaissant la masse atomique relative du carbone (12,01), on veuille déterminer celle de
l'oxygène. L'analyse du dioxyde de carbone CO, indique qu'il contient, en masse, 27,3 % de carbone
et 72,7 % d'oxygène. Cette proportion est la même dans un échantillon de masse quelconque et dans
chacune des molécules qui le consti-tuent. Si une masse égale à 12,01 u représente 27,3 % de la
masse de la molécule, les 72,7 % constitués par l'oxygène correspondent à une masse égale à 12,01 u
x (72,7 : 27,3)
= 31,98 . La masse relative d'un atome d'oxygène vaut donc la moitié, soit 15,99 = 16.
La masse atomique relative de l'oxygène étant ainsi déterminée, l'analyse d'un composé dans lequel
il est associé à un autre élément permettrait de déterminer de la même manière la masse atomique
relative de ce dernier.
Mais il est indispensable de connaître la formule moléculaire du composé utilisé. Dans L'exemple
précédent, si le composé avait eu pour formule CO et non CO,, les mêmes résultats d'analyse
auraient conduit à attribuer à l'oxygène la masse atomique relative 32.
Question 1.G Historiquement, pour cette raison, des erreurs ont été commises. Ainsi, pendant
longtemps, on a attribué à l'eau la formule HO au lieu de H,O. La masse
atomique de H étant prise égale à 1 u. quelle masse atomique avait-on attribué à O ?
En fait, toutes les masses atomiques relatives étant maintenant connues, ce raisonnement est plutôt
utilisé en sens inverse. La connaissance de la composition centésimale d'un composé (c'est-à-dire le
pourcentage en masse que représente chacun des éléments qui le constituent) permet de
déterminer sa formule moléculaire. On peut ainsi, connaissant la formule, calculer la composition
centésimale (voir exercices 1.h et 1.i). Méthodes physiques
Les valeurs actuelles ont été obtenues, avec une précision que la méthode chimique ne peut fournir,
par diverses méthodes physiques, dont la plus importante est la spectrométrie de masse. Elle est
fondée sur la mesure de la déviation, imposée à la trajectoire d'atomes ionisés, sous l'action d'un
champ électrique et d'un champ magnétique (cette déviation est d'autant plus faible que les ions
sont plus lourds).
1.3.4 Masse moléculaire relative
En additionnant les masses atomiques relatives des atomes qui constituent une molé-cule, on
obtient sa masse moléculaire relative. Son symbole est M,.
Exemple. La masse moléculaire relative de l'eau est :
M.(H,0) = (1,008 x 2) + 16,00 = 18,016.
La molécule la plus légère est H, de masse relative approximativement égale à 2.
Beaucoup de molécules ont des masses relatives de l'ordre de quelques dizaines ou quelques
centaines, mais il existe aussi de très grosses molécules (hauts polymères, protéines...) dont la masse
moléculaire relative peut dépasser un million.
Il existe donc plusieurs données différentes à propos des masses atomiques et il
importe de ne pas les confondre :
la masse physique réelle m d'un atome, exprimée en kg (ou en g) ou en u.m.a.;
la masse atomique relative A, d'un atome (nucléide):
la masse atomique relative (apparente) de l'élément, figurant dans les tables, moyenne pondérée
des masses atomiques relatives des divers nucléides (isotopes) présents dans cet élément à l'état
naturel.
Le nombre de masse A [1,2.3], comme son nom l'indique, n'est pas une masse mais le nombre,
toujours entier, des nucléons (protons et neutrons) constituant le noyau d'un nucléide. La masse
atomique de l'atome en diffère cependant en général assez peu, puisque celle des nucléons est
voisine de 1 (par exemple 34,96 u pour le chlore-35).
26
Partie 1 Description microscopique de la structure de la matière
SAVOIRS ET SAVOIR-FAIRE
•Retracer brièvement l'origine de la théorie atomique.
Expliquer comment ont été découverts l'électron et le noyau.
Décrire le modèle de Rutherford.
Établir le nombre de protons, de neutrons et d'électrons d'un atome ou d'un ion,
Expliquer les fondements du système des masses atomiques relatives.
Calculer la composition isotopique d'un élément naturel, connaissant sa masse atomique apparente
et les masses atomiques de ses isotopes.
Calculer une masse moléculaire, connaissant les masses atomiques des éléments cons-
Calculer une composition centésimale, connaissant la formule moléculaire.
Déterminer une formule moléculaire, connaissant la composition centésimale.
* Atome
Composition centésimale
Conservation de la matière
Défaut de masse
Électron
Élément
Espèce simple
Espèce composée
Ion
MOTS CLÉS
Isotope
Loi des proportions définies
• Loi des proportions
multiples
Masse atomique relative
Masse moléculaire relative
Neutron
Nucléide
* Nucléon
Nombre de masse
Noyau
Numéro atomique
Produits de réaction
* Proton
• Réactifs
Réaction chimique
Unité de masse
atomique (u.m.a.)
CONSIGNE : ÉTABLIT UNE FICHE DE RÉVISION DE MAX 1 feuille QUI RÉSUME LES ÉLÉMENTS
IMPORTANTS ET SEULEMENT CEUX QUI SONT IMPORTANTS DE CE COURS.