Tendon : enjeux et traitements modernes
Tendon : enjeux et traitements modernes
et son environnement
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I.S.B.N. : 978-2-84023-888-1
E.A.N. : 9782840238881
Imprimé en France.
Congrès thématique de juin
Opus XXXX
Comité Scientifique :
H. Bard Le tendon
S. Bianchi
J-L. Brasseur et son environnement
P. Djian
H. Guerini Bases fondamentales
F. Lapègue
P. Peetrons Autour du tendon
Comité éditorial : Les tendinopathies méconnues
H. Bard
F. MIOT Nouveaux traitements et imagerie
Comité de lecture : post-thérapeutique
les membres du comité scientifique et
B. AUGEREAU Ressauts, conflits et rétinaculopathies
A. BLUM
E. CARDINAL Tendinopathies du genou revisitées
Y. CATONNE
C. CYTEVAL
X. DEMONDION
J-L. DRAPE
O. FANTINO
D. JACOB
A. LHOSTE
H. MIGAUD
G. MORVAN
P. ROCHCONGAR
J. RODINEAU
N. SANS
M. SIMONATI
V. VUILLEMIN
Président du Congrès :
Dr Gérard MORVAN
Bureau de la S.I.M.S.
Membres d’Honneur
(Fondateurs du GETROA, anciens secrétaires généraux du GETROA et du GEL)
•
1989 - PATHOLOGIE OSTEO-ARTICULAIRE (épuisé)
1990 - IRM OSTEO-ARTICULAIRE (Rachis excepté)
1991 - PIED ET CHEVILLE
1992 - L’IMAGERIE OSTEO-ARTICULAIRE POST-THERAPEUTIQUE (épuisé)
1993 - IMAGERIE DES PARTIES MOLLES DE L’APPAREIL LOCOMOTEUR
1994 - EVALUATION DE L’IMAGERIE DE L’APPAREIL MOTEUR (épuisé)
1995 - IMAGERIE DE L’OS ET DE LA MOELLE OSSEUSE (épuisé)
1996 - LA COIFFE DES ROTATEURS ET SON ENVIRONNEMENT
1997 - LE GENOU TRAUMATIQUE ET DEGENERATIF
1998 - LE RACHIS LOMBAIRE DEGENERATIF
1999 - IMAGERIE DE LA HANCHE
2000 - IMAGERIE DU RACHIS CERVICAL
2001 - IMAGERIE DU POIGNET ET DE LA MAIN
2002 - IMAGERIE DU PIED ET DE LA CHEVILLE
2003 - tendons et enthèses (prix Fischgold 2003)
2004 - Conduite à tenir devant une image osseuse ou des parties
molles d’allure tumorale
2005 - L’epaule : une approche pluridisciplinaire (getroa-gel)
2006 - Le genou : une approche pluridisciplinaire (sims)
2007 - Bassin et hanche (SIMS)
2008 - Le rachis (sims)
2009 - Poignet et main (SIMS)
2010 - L’imagerie en traumatologie du sport (SIMS)
2011 - Le pied (sims)
2012 - LES URGENCES EN PATHOLOGIE MUSCULO-SQUELETTIQUE
•
2003 - IMAGERIE DU COUDE
Liste des auteurs
S. Aptel : Service d’Imagerie Guilloz - CHU J-L. Brasseur : Service de Radiologie GH O. Fantino : Service d’Imagerie médicale
Nancy - 54000 Nancy Pitié-Salpêtrière (Pr Grenier) - 47-83, bd de - Clinique du Parc - 155 bis, bd Stalingrad -
S. Aubry : Imagerie ostéo-articulaire - CHU l’Hôpital - 75651 Paris Cedex 13 69006 Lyon
Minjoz - 3, bd Fleming - 25030 Besançon P-Y. Camara : CHU Clermont-Ferrand - M. FARUCH : Service central d’Imagerie
Cedex Pôle d’imagerie Gabriel Montpied - 63000 médicale - Hôpital Purpan - Place du Dr Baylac -
Clermont-Ferrand 31059 Toulouse
J. Aucourt : Service de Radiologie et
d’Imagerie musculosquelettique - Centre de R. Campagna : Service de Radiologie B - A. Feydy : Service de Radiologie B - CHU
Consultations et d’Imagerie de l’Appareil CHU Cochin - 27, rue du Fb St-Jacques - 75679 Cochin - 27, rue du Fb St-Jacques - 75679 Paris
Locomoteur - CHRU de Lille - 59000 Lille Paris Cedex 14 Cedex 14
G. Azulay : Service de Radiologie des E. Cardinal : Département de Radiologie O. Fichez : Centre de Rhumatologie Le
Cliniques universitaires Saint-Luc - 10, avenue - Université de Montréal - Clinique René St-Louis - Place Pierre Coullet - 83700 Saint-
Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique Laennec - Beaumont, Canada Raphaël
H. BARD : Service de Chirurgie orthopédique S. Chaabouni : Service de Radiologie - H. Guerini : Service de Radiologie B - CHU
et traumatologique - Hôpital Européen Georges Hôpitaux IRIS SUD - Bruxelles, Belgique Cochin - 27, rue du Fb St-Jacques - 75679 Paris
Pompidou - Université Paris Descartes, AP-HP H. Chiavassa : Service central d’Imagerie Cedex 14 — Imagerie médicale Léonard de
Paris médicale - Hôpital Purpan - Place du Dr Baylac Vinci - 43, rue Cortambert - 75016 Paris
M-A. Bayol : Service de Radiologie - Hôpital -31059 Toulouse R. Guillin : Service d’Imagerie - CHU - 16,
Purpan - Place du Dr Baylac - 31059 Toulouse M. COHEN : Service de Radiologie - Clinique bd de Bulgarie - 35000 Rennes
cedex 9 Juge - 13 000 Marseille G. Houben : Service d’Imagerie médicale
J-Y. Beaulieu : Service de Chirurgie O. Cornu : Service de Radiologie des - CHC Liège - Rue de Hesbaye 75, B-4000
orthopédique et traumatologie de l’appareil Cliniques universitaires Saint-Luc - 10, avenue Liège, Belgique
moteur - Unité de chirurgie de la main - Hôpital Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique D. Jacob : Cabinet de Radiologie - 6, rue
Universitaire de Genève, Suisse A. Cotten : Service de Radiologie et J. Vachon - 21130 Auxonne
M. Benzid : Service d’Orthopédie - Clinique d’Imagerie musculosquelettique - Centre de C. Journé : Service d’Imagerie médicale
Beau Soleil - 119 avenue de Lodève - 34070 Consultations et d’Imagerie de l’Appareil - Clinique du Parc - 155 bis, bd Stalingrad -
Montpellier Locomoteur, CHRU de Lille - 59000 Lille 69006 Lyon
S. Bianchi : CIM SA - Cabinet d’Imagerie J-M. Coudreuse : Unité de Médecine du S. Jousse-Joulin : Service de Rhumatologie
médicale - Route de Malagnou 40-A, 1208, Sport, pôle de MPR-Médecine du sport, APHM - CHU la Cavale Blanche - 29200 Brest
Genève, Suisse - 13000 Marseille
Y. Kanayama : Toshiba médical (Japon)
A. Blum : Service d’Imagerie Guilloz - CHU L. Court : Institut radiologique mutualiste - 3,
rue Le Verrier - 42013 Saint-Etienne cedex 2 M. Lamontagne : FRCPC, Physiatre
Nancy - 54000 Nancy
CHUM, Hôpital Notre-Dame, 1560 Sherbrooke
F. Bonnel : Service d’Orthopédie - Clinique B. Daenen : Service d’Imagerie médicale
est, Montréal, Canada, H2L-4M1 — Faculté de
Beau Soleil - 119, avenue de Lodève - 34070 - CHC Liège - Rue de Hesbaye 75, B-4000
médecine, Université de Montréal
Montpellier Liège, Belgique
Ch. Mansat : Observatoire du Mouvement -
B. Bordet : Service d’Imagerie médicale X. Demondion : Service de Radiologie
31000 Toulouse
- Clinique du Parc - 155 bis, bd Stalingrad - et d’Imagerie musculosquelettique - Centre
de Consultations et d’Imagerie de l’Appareil F. Lapegue : Service central d’Imagerie
69006 Lyon médicale - Hôpital Purpan - Place du Dr Baylac
Locomoteur, CHRU de Lille - 59000 Lille —
J. Borne : Service d’Imagerie médicale Laboratoire d’Anatomie - Faculté de Médecine - 31059 Toulouse — Centre de Radiologie de
- Clinique du Parc - 155 bis, bd Stalingrad - de Lille Narbonne - 26, rue Ernest Cognacq - 11100
69006 Lyon Narbonne
A. De Smet : Service de Chirurgie
L. Bouilleau : Service de Radiologie des orthopédique et traumatologie de l’appareil A. Larbi : Service de Radiologie des
Cliniques universitaires Saint-Luc - 10, avenue moteur - Unité de chirurgie de la main - Hôpital Cliniques universitaires Saint-Luc - 10, avenue
Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique Universitaire de Genève, Suisse Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique
J-C. Bousquet : Service d’Imagerie P. Djian : Cabinet Goethe, 23, av. Niel - 75017 J-D. Laredo : Service de Radiologie
médicale - Clinique du Parc - 155 bis, bd Paris — Clinique Maussins-Nollet - 75019 Paris ostéo-articulaire - Hôpital Lariboisière - 2, rue
Stalingrad - 69006 Lyon M-L. Denis : Service d’Imagerie médicale Ambroise Paré - 75475 Paris cedex 10
V. Bousson : Service de Radiologie ostéo- - CHC Liège - Rue de Hesbaye 75, B-4000 H. Lazaar : CHU Clermont-Ferrand -
articulaire - Hôpital Lariboisière - 2, rue Liège, Belgique Pôle d’Imagerie Gabriel Montpied - 63000
Ambroise Paré - 75475 Paris Cedex 10 J-L. Drapé : Service de Radiologie B - CHU Clermont-Ferrand
T. Boyer : I.A.L Nollet - 23, rue Brochant - Cochin - 27, rue du Fb St-Jacques - 75679 Paris S. LECOCQ-TEIXEIRA : Service d’Imagerie
75017 Paris Cedex 14 Guilloz - CHU Nancy - 54000 Nancy
F. LECOUVET : Service de Radiologie des D. Montagnon : Institut Radiologique A. Raymond : Service d’Imagerie Guilloz -
Cliniques universitaires Saint-Luc - 10, avenue mutualiste - 3, rue Le Verrier- 42013 Saint- CHU Nancy - 54000 Nancy
Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique Etienne cedex 2 J. Renoux : Service de Radiologie (Pr Grenier)
G. Lefebvre : Service de Radiologie et G. Morvan : Centre d’Imagerie médicale GH Pitié-Salpêtrière - 83, boulevard de
d’Imagerie musculosquelettique - Centre de Léonard de Vinci - 43, rue Cortambert - 75016 l’Hôpital - 75651 Paris Cedex 13
Consultations et d’Imagerie de l’Appareil Paris P. Rochcongar : Service de Médecine du
Locomoteur, CHRU de Lille - 59000 Lille T. Moser : Imagerie médicale - CHUM, Sport - CHU Hôtel Dieu - 35000 Rennes
J-M. Le Minor : Université Louis Pasteur - Hôpital Notre-Dame, 1560 Sherbrooke est - A. Roche : CHU Clermont-Ferrand - Pôle
Institut d’anatomie normale - 67000 Strasbourg Montréal, Canada, H2L-4M1 d’Imagerie Gabriel Montpied - 63000
F. LIOTE : AP-HP, Hôpital Lariboisière - E. Nedeva : Service de Radiologie et Clermont-Ferrand
Fédération de Rhumatologie- Pôle locomoteur d’Imagerie musculosquelettique - Centre de L. Rostgard-Christensen : X-Ray
- Centre Viggo Petersen - 75010 Paris — Consultations et d’Imagerie de l’Appareil Department - Hospital in Lidköping
Université Paris Diderot - Sorbonne Paris Cité, Locomoteur - CHRU de Lille - 59000 Lille Mellbygatan 11 - 53151 Lidköping, Sweden
UFR Saint-Louis-Lariboisière - 75205 Paris L. Nové-Josserand : Centre Orthopédique R. ROUSSEAU : Cabinet Goethe - 23, av. Niel
A. Lhoste-Trouilloud : CHU Clermont- Santy - 24, avenue Paul Santy - 69008 Lyon - 75017 Paris
Ferrand - Pôle d’Imagerie Gabriel Montpied P. Omoumi : Service de Radiologie des N. Sans : Service central d’Imagerie médicale
- 63000 Clermont-Ferrand Cliniques universitaires Saint-Luc - 10, avenue - Hôpital Purpan - Place du Dr Baylac -31059
M. Louis : Service d’Imagerie Guilloz - CHU Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique Toulouse
Nancy - 54000 Nancy V. Pansini : Service de Radiologie et P. Teixeira : Service d’Imagerie Guilloz -
D. Lucas : Clinique Maussins Nollet - 75019 d’Imagerie musculosquelettique - Centre de CHU Nancy - 54000 Nancy
Paris Consultations et d’Imagerie de l’Appareil
F. Thévenin : Service de Radiologie B -
Locomoteur, CHRU de Lille - 59000 Lille
B. Maldague : Service de Radiologie des CHU Cochin - 27, rue du Fb St-Jacques - 75679
Cliniques universitaires Saint-Luc - 10, avenue J. Parier : Clinique Maussins Nollet - 75019 Paris Cedex 14 — Imagerie médicale Léonard
Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique Paris de Vinci - 43, rue Cortambert - 75016 Paris
J. Malghem : Service de Radiologie des P. Peetrons : Service de Radiologie - B. Vande Berg : Service de Radiologie des
Cliniques universitaires Saint-Luc - 10, avenue Hôpitaux IRIS SUD - Bruxelles, Belgique Cliniques universitaires Saint-Luc - 10, avenue
Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique L. Pesquer : Centre d’Imagerie Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique
A. Massein : Service de Radiologie (Pr Grenier) ostéoarticulaire - Clinique Du Sport - 33000 A. Vanderhofstadt : Service de
GH Pitié-Salpêtrière - 47-83, boulevard de Bordeaux-Mérignac Radiologie - Hôpitaux IRIS SUD - Bruxelles,
l’Hôpital - 75651 Paris Cedex 13 E. Pessis : Imagerie médicale - Centre Belgique
G. Mercy : Service de Radiologie (Pr Grenier) cardiologique du Nord - 32, avenue des V. Vuillemin : Service de Radiologie et
GH Pitié-Salpêtrière - 47-83, boulevard de Moulins Gémeaux 93200 Saint-Denis Imagerie médicale - Hôpital Européen Georges
l’Hôpital - 75651 Paris Cedex 13 A. Ponsot : Service central d’Imagerie Pompidou (HEGP) - 20, rue Leblanc - 75015
G. Meyer Zu Reckendorf : Institut médicale - Hôpital Purpan - Place du Docteur Paris — Imagerie médicale Léonard de Vinci -
montpelliérain de la main et du membre Baylac - 31059 Toulouse 43, Rue Cortambert - 75016 Paris
supérieur (IMM) - Clinique Clémentville - 25, C. Radier : Clinique Maussins Nollet - 75019 D. Zeitoun-Eiss : Service de Radiologie
rue Clémenville - 34070 Montpellier Paris (Pr Grenier) GH Pitié-Salpêtrière - 47- 83,
A. Mogilany Institut Radiologique J-J. Railhac : Service central d’Imagerie boulevard de l’Hôpital - 75651 Paris Cedex 13
mutualiste -3, rue Le verrier - 42013 Saint- médicale - Hôpital Purpan - Place du Dr Baylac
Etienne cedex 2 - 31059 Toulouse
S ommaire
A - Bases fondamentales
Le complexe tendon-aponévrose-muscle
Ch. Mansat, F. Bonnel, M. Benzid.................................................................................................................................................................................................................................. 15
B - Autour du tendon
Tendons et os sésamoïdes
M. Cohen, X. Demondion, J-M. Le Minor............................................................................................................................................................................................................. 123
Bonnes et mauvaises indications de l’injection de PRP dans les tendinopathies chroniques du sportif
O. Fichez.............................................................................................................................................................................................................................................................................................. 243
A la réflexion,
• La SIMS est une sorte de bateau-école
En son sein, pas de spécialité de technique, trop restrictive : pour qui n’a qu’un marteau, tout est clou. La
seule spécialité de la SIMS est d’organe : l’appareil moteur. En frottant leurs cerveaux contre celui des
autres, les différents corps de métiers qui la composent lui apportent équilibre et vision d’ensemble.
Comme celui de Georges, c’est un bateau amical où il fait bon vivre – un rien rabelaisien – et où tout
l’équipage rame et avance ensemble. Chacun a conscience que s’il est fatigué, les autres rameront pour lui.
S’il meurt, son trou dans l’eau ne se refermera pas de sitôt. A chaque escale montent nouveaux membres et
moussaillons, puis le bateau trace sa route. En quarante ans de cabotage, il a fait plusieurs fois le tour des
connaissances, découvert maintes terres inconnues et rencontré des foules de gens passionnants. Toi qui
nages seul, je t’invite à nous rejoindre à bord…
Comme la Jeanne, c’est une école où ceux qui ont compris (ou, du moins, cru comprendre) transmettent à
ceux qui ne savent pas encore, généreusement, sans rien celer, les seconds remplaçant au bout d’un certain
temps les premiers. Et la roue tourne… Comme au temps des bâtisseurs de cathédrales, le compagnonnage
est la règle. D’aucuns prétendent qu’il existerait un différend public/privé : c’est possible mais, chez nous,
personne n’en a jamais entendu parler.
Pour cela, il faudra collaborer avec des collègues venus d’autres horizons : biomécaniciens, anatomistes,
biologistes, biochimistes…, sans compter nos amis naturels rhumatologues, rééducateurs fonctionnels et
orthopédistes… Ça tombe bien, la multidisciplinarité est la spécialité maison !
Cet avenir, qui s’annonce riche et passionnant, commence dès aujourd’hui avec ce Congrès sur “le Tendon
et son environnement”. Regardez le programme : tout y est. On voit les tendons bouger, travailler, souffrir
et être traités… C’est l’imagerie multimodalité, diagnostique et thérapeutique, du tendon vivant, expliquée
par de nombreux spécialistes venus de multiples horizons.
Tout bien pesé, je me demande si je ne vais pas repiquer pour 40 années supplémentaires !
J’exprime ma très profonde gratitude à la SIMS ainsi, individuellement, qu’à chacun de ses membres,
pour tout ce qu’ils m’ont donné au cours de ma vie professionnelle. J’ai bien essayé de le rendre, mais si
partiellement…
Gérard Morvan
Le complexe tendon-aponévrose-muscle
L’organisation du complexe “tendon aponévrose - les tendons plats qui appartiennent à des
muscle”, dans sa diversité apparente, est “efficace” muscles faibles (tendons des extenseurs des
et toute altération structurelle, même minime, en- doigts) sont constitués par des faisceaux pa-
traîne un déséquilibre mécanique à l’origine d’un rallèles à l’axe du tendon ;
dysfonctionnement global. Toutes les structures - dans les longs tendons cylindriques, ou à
ont une disposition anatomique calculée pour peu près cylindriques, qui appartiennent à
avoir un rendement maximum avec une dépense des muscles forts (longs fléchisseurs des
énergétique la plus faible. En conséquence, la res- doigts), les faisceaux affectent un trajet héli-
tauration d’une fonction perdue ne peut être coïdal plus ou moins prononcé. Ce trajet hé-
qu’approximative et les principes thérapeutiques licoïdal des faisceaux, très atténué dans cer-
doivent reposer sur une connaissance précise de tains tendons comme celui du chef long du
tous les éléments constitutifs. biceps brachial ou les tendons du fléchisseur
superficiel des doigts, est au contraire très
Le muscle et son aponévrose sont les moteurs et
accentué dans les tendons du fléchisseur
le tendon est l’organe de transmission, car il com-
profond. La disposition spiralée confère au
porte des capteurs de tension (fuseaux neuromus-
tendon, sans nuire à sa résistance, une cer-
culaires, corpuscules neurotendineux) qui condi-
taine élasticité. Il suffit de comparer une
tionnent son fonctionnement.
corde tordue et une corde à fibres parallèles
pour s’en rendre compte. Si l’on prend un
certain nombre de brins d’une matière quel-
Morphologie générale et
conque peu extensible, et qu’on les accole
microscopique d’un tendon
parallèlement entre eux, on aura un faisceau
À l’œil nu, il semble que les fibres tendineuses, dont la résistance est égale à la somme des
d’une extrémité à l’autre d’un tendon, aient une résistances partielles de chaque brin, mais
direction parallèle à celle de la force agissante, aussi peu extensible que chacun de ces
identique à celle du tendon lui-même. Un examen brins. Si l’on tord le faisceau en spirale, sa
plus précis des fibres tendineuses a conduit Rou- résistance à la rupture par traction n’est en
vière [1] à diviser les tendons en deux groupes rien modifiée, mais au moment où cette trac-
principaux, les tendons courts et les longs : tion se produit avec une certaine brusquerie,
• dans les tendons courts, les fibres suivent la le premier effet est d’allonger le pas de l’hé-
direction générale du tendon ; lice (même effet que celui produit par le res-
• dans les longs tendons, la texture diffère sui- sort à boudin). Par contre, pour que ce dis-
vant que le tendon est cylindrique ou plat et positif spiralé puisse se produire avantageu-
qu’il appartienne à un muscle faible ou à un sement, il faut qu’il se développe sur une
muscle fort : certaine longueur.
15
Le tendon et son environnement
16
Le complexe tendon-aponévrose-muscle
Zones de jonction
À l’une de ses extrémités, le tendon se continue En cas d’insertion cartilagineuse, les fibres du
avec le muscle et son aponévrose et à l’autre, il tendon pénètrent le périchondre, dont elles ne
s’insère sur une pièce osseuse ou cartilagineuse. peuvent être dissociées, puis la substance fonda-
mentale dans laquelle elles se perdent. Il en résul-
te l’apparition d’une zone “intermédiaire” d’aspect
fibrocartilagineux.
17
Le tendon et son environnement
18
Le complexe tendon-aponévrose-muscle
19
Le tendon et son environnement
Les fascicules musculaires s’implantent oblique- limité par opposition à celui dont les fascicules sont
ment sur leur aponévrose comme les barbes d’une longitudinaux. Dans chaque muscle, il existe tou-
plume sur leur tige commune : penniforme en for- jours deux parties : des fascicules musculaires lon-
me de plume, de penna : plume. Comme un ten- gitudinaux et des fascicules obliques, quelle que soit
don s’observe le plus souvent à chaque extrémité la nature d’un muscle bipenné ou unipenné [5].
d’un muscle et comme chaque tendon peut avoir
une disposition particulière par rapport aux fasci-
cules, on peut présager le nombre important de Angle de pennation et mobilité
variétés de muscles striés. articulaire
20
Le complexe tendon-aponévrose-muscle
21
Le tendon et son environnement
T. Traction
T. reflexion
22
Le complexe tendon-aponévrose-muscle
Le tendon est enveloppé durant une grande Les bourses conjonctives à contact intermittent
partie de son trajet par une gaine conjonctive qui sont des structures interposées entre un élément
facilite son déplacement. Cette gaine est formée osseux et un élément tendineux ; elles obéissent
de deux feuillets, l’un interne s’applique contre le au même principe mécanique de protection entre
tendon, l’autre externe est en continuité avec les deux structures de consistance différente. Ce type
plans conjonctifs périphériques. Aux deux extré- de bourse conjonctive à contact intermittent se re-
mités, les deux feuillets se continuent l’un avec trouve entre le calcanéus et le tendon calcanéen
l’autre, et en fermant la cavité, délimitent un repli (Achille), entre les têtes des métatarsiens (bourse
qui se déroule au cours des mouvements de intercapitométatarsienne) ou, de façon inconstan-
flexion et d’extension. En certains points, la gaine te, à la face postérieure du tendon calcanéen entre
n’entoure pas la totalité du tendon qui reste relié ce dernier et le derme (bourses de Bovis).
23
Le tendon et son environnement
Organisation du complexe
muscle – Aponévrose – Tendon –
Articulation
24
Le complexe tendon-aponévrose-muscle
mes monoarticulaires, les fléchisseurs et exten- Sur le plan microscopique, la première phase cor-
seurs se situeraient aux extrémités des membres et respond à un arrangement des fibres de collagène,
le segment distal serait alourdi avec une augmen- par l’intermédiaire des fibres d’élastine. Lors de la
tation du travail mécanique. Pour alléger les par- mise en charge, les fibres de collagène deviennent
ties distales, les masses musculaires doivent être parallèles à l’axe des contraintes maximales. La
placées le plus proximalement possible avec des structure histologique d’un tendon sous tension de
tendons adaptés à une fonction mécanique précise. 125 % montre des cellules allongées et des fibres
Cette organisation anatomique permet de com- de collagène avec une très faible ondulation. Une
prendre les conséquences d’une surcharge méca- tension à 150 % entraîne une rectitude complète
nique d’origine musculaire sur le tendon, selon le des fibres de collagène qui viennent au contact des
rapport F (force musculaire)/L (longueur). fibres d’élastine.
25
Le tendon et son environnement
métrique [13] et l’exercice augmente de façon si- exemple, il a été vérifié que les fibres obliques
gnificative la résistance mécanique d’un tendon de conviennent à la flexion maximale du doigt en in-
porc [13], mais, paradoxalement, si le volume du duisant une composante d’extension passive qui
tendon augmente nettement, sa composition bio- produit un véritable effet de rappel [16]. On conçoit
chimique n’est pas modifiée [14]. que toute modification apportée aux structures li-
gamentaires et périarticulaires puisse entraîner
Au sein des tendons, l’immobilisation articulaire des conséquences sur ce système viscoélastique et
entraîne des modifications des macromolécules de diminuer le facteur d’amortissement caractérisant
protéoglycanes et, par exemple, une diminution le dispositif articulaire.
de 14 % du taux d’hydroxyproline pour les ten-
dons collatéraux et patellaires du lapin [15]. Dans
l’immobilisation, il y a, par ailleurs, accélération Déplacement du tendon
du turn-over du collagène à l’origine d’une dimi-
nution de sa résistance mécanique et l’histologie Dans le cadre de la flexion de l’articulation in-
montre une désorganisation du tissu conjonctif terphalangienne, le mouvement des structures
[14]. Ainsi, après réparation d’un tendon de chien, tendineuses du muscle long fléchisseur du pouce
l’immobilisation totale est une source de fragilisa- représente plus de 60 % de l’ensemble du mouve-
tion du tendon, alors qu’une mobilisation précoce ment effectué par le complexe muscle-aponévro-
augmente la résistance [14]. se-tendon [17].
Enfin, la section nerveuse entraîne également Le tendon est animé d’un déplacement propor-
des modifications du collagène qui est désorganisé tionnel à l’amplitude de la contraction du muscle,
[14]. mais d’autres facteurs interviennent, tels que les
adhérences du muscle, la liberté de glissement du
À noter dans ces études, l’existence de varia- tendon, les changements de direction autour d’une
tions de résultats liées à de nombreux facteurs : poulie de réflexion, l’enjambement d’une ou de
origine des éprouvettes, âge du donneur, niveau plusieurs articulations, etc. Ainsi, l’amplitude de
d’activité, modalités d’expérimentation méthodes glissement des tendons des muscles extrinsèques
de mensuration. de la main varie pour un même tendon, selon le
siège où elle est mesurée. À titre d’exemple,
d’après Bunnell [18] et Boyes [19], l’amplitude
Facteurs viscoélastiques maximale de la course tendineuse est pour :
• le fléchisseur superficiel des doigts de 6,4 cm,
La viscoélasticité des composants biologiques • le fléchisseur profond des doigts de 7 cm et,
constituant ou environnant la chaîne articulaire • l’extenseur commun des doigts de 4,5 cm,
est un phénomène important de la cinématique et mais il existe également de grandes variations in-
de la dynamique articulaire. En effet, les facteurs dividuelles et l’amplitude “vraie” de glissement du
viscoélastiques de la peau, des muscles et des tendon ne correspond pas forcément à l’amplitude
structures ligamentaires induisent des moments “effective” d’un tendon transféré.
résistants qui s’opposent aux actions musculaires.
Ces phénomènes se produisent surtout au voisi- L’amplitude de course d’un tendon peut être aug-
nage des positions angulaires limites des articula- mentée en libérant le muscle de ses attaches apo-
tions et peuvent atteindre des valeurs de l’ordre névrotiques. Ainsi, l’amplitude de glissement du
d’une dizaine de newtons x cm (ou 0,1 NXm). Par tendon du muscle brachioradial (très courte) a été
26
Le complexe tendon-aponévrose-muscle
évaluée à 13,57 mm et, après dissection du corps dement musculaire (moment fléchissant), d’une
musculaire, à 30,22 mm. Comme ce muscle croise part, en éloignant ou rapprochant le tendon du
le coude en avant, son tendon libéré et transféré centre de rotation de l’articulation, et d’autre part,
perd de sa tension lors de la flexion du coude [20]. en réglant la distance d’insertion du tendon ter-
La course d’un tendon est également variable se- minal à proximité ou à distance de l’articulation
lon le mouvement considéré ; à titre d’exemple, le par exemple par la réalisation d’une poulie. On
tendon du long extenseur radial du carpe se dé- peut définir ainsi, dans leurs grandes lignes, les
place en flexion de 16 mm, en extension de 21 mm, impératifs mécaniques sur lesquels le chirurgien
en inclinaison radiale de 8 mm et en inclinaison doit s’appuyer pour obtenir le meilleur rendement
ulnaire de 16 mm [20]. mécanique.
Le fonctionnement d’un tendon par rapport à Les forces mises en jeu au cours de la flexion
une articulation est particulièrement sophistiqué digitale sont dépendantes de plusieurs facteurs.
et repose sur des principes géométriques et mor- Le moment fléchissant qui s’exerce au centre
phologiques stricts. La notion de puissance repo- d’une articulation est proportionnel à l’amplitude
se sur le moment fléchissant (MF), qui se définit de la force musculaire, à la distance au centre du
comme le produit de la puissance du muscle (P) point d’insertion du tendon et dépend de la direc-
par la distance (H) du tendon au centre de l’arti- tion de cette force par rapport à l’axe segmentaire
culation (MF = P x H). L’on peut modifier le ren- “effet levier”. Lorsqu’une articulation est en exten-
27
Le tendon et son environnement
sion complète, le moment de flexion a théorique- tre de l’articulation entraîne des variations de la
ment une valeur très faible (voisin de zéro). En cinématique et de la dynamique articulaire.
réalité, la direction de la force musculaire fait avec
l’axe intersegmentaire un angle très différent de En général, la résection d’une poulie se traduit
zéro. Ceci est dû, non seulement à la situation ana- par l’augmentation de la distance avec le segment
tomique des insertions tendineuses, mais aussi à osseux avec pour effet la diminution du rendement
l’existence d’un “relief” au niveau de l’articulation cinématique et une amplitude de flexion réduite.
qui dévie la direction du tendon, de manière à lui Dans le cas d’une chaîne articulaire, la résection
donner un angle d’incidence important. de la poulie conduit à la diminution, voire à la sup-
pression de “l’effet poulie” correspondant, mais
La force de tension du tendon s’exerce au point “l’angle d’attaque” de la force musculaire est ma-
d’insertion et crée sur la poulie une force radiale joré, ce qui crée un moment de flexion accru au
résultante qui tend à produire la flexion du seg- niveau de l’articulation. Ce phénomène décrit par
ment. Il en résulte un effet d’enroulement de la Brandt [23] et Bunnell [24] illustre l’antagonisme
chaîne articulaire. On démontre que l’amplitude rendement cinématique/moment fléchissant que
de cette force radiale est non seulement fonction nous avons décrit précédemment.
de la tension du muscle, mais aussi d’un angle dé-
pendant de la position du centre théorique de la Le rôle mécanique des poulies a été mis en évi-
poulie et de la position du point où le tendon se dence par Manske [25] qui sur une série de 12
sépare de la gaine avant son insertion sur le seg- mains de cadavres, montre que la section de la
ment distal. Il apparaît que toute modification ap- poulie A2 entraîne une diminution de l’amplitude
portée aux caractéristiques anatomiques de la de flexion de 1,6 %, celle de la poulie A1 une perte
gaine et du tendon, entraînant des variations de de 1 %, et celle des poulies A3 et A4 une perte de
l’angle, peut avoir des conséquences fonctionnel- 0,8 %. En ne conservant qu’une seule poulie, la
les importantes sur la flexion articulaire. perte d’amplitude de flexion est de 2,8 % avec la
poulie A2, de 3,2 % avec la seule poulie A1, et de
La détermination de la relation qui existe entre 5,7 % avec une poulie palmaire transverse. La sup-
le déplacement linéaire du tendon et la rotation pression des trois poulies entraîne une perte d’am-
angulaire de l’articulation, ainsi que l’influence plitude de 12,6 %.
sur la relation avec le bord de la poulie, fournis-
sent des données particulièrement utiles lors de la
réalisation d’un transfert tendineux. Selon que la Vascularisation
distance du bord de la poulie est supérieure ou in-
férieure à la distance de l’insertion tendineuse par La disposition macroscopique des artères à des-
rapport au “centre” de rotation articulaire, les lois tinée tendineuse se concentre sous la forme d’un
de la flexion sont sensiblement différentes. mésotendon, véritable hile vasculaire. Le réseau
vasculaire intratendineux se dispose sous forme
d’échelle avec de très nombreuses anastomoses.
Propriétés mécaniques et poulies La vascularisation des zones de jonction est très
spécifique. Au niveau de la jonction musculotendi-
L’analyse de la flexion digitale montre que la va- neuse, les artères du périmysium se poursuivent
riation de la distance du bord de la poulie au cen- dans le tendon avec des anastomoses variables.
28
Le complexe tendon-aponévrose-muscle
Sur un plan général, les boucles capillaires mus- ticulations. Les structures nerveuses les plus fré-
culaires ne pénètrent pas dans le tendon. À la quentes pour les extenseurs et les fléchisseurs
jonction ostéotendineuse, les artères sont filifor- sont des corpuscules de Vater Pacini. Les tendons
mes, sans trajet fixe. Il n’existe aucune communi- fléchisseurs superficiels et profonds reçoivent leur
cation artérielle entre le tendon et l’insertion sur innervation par l’intermédiaire des vincula et c’est
l’os. L’on note une zone avasculaire de tissu osseux à leur proximité que les terminaisons nerveuses
minéralisé ou “tide mark”. Une pénétration des sont les plus denses.
vaisseaux au-delà de cette limite entraînerait une
ossification des cellules cartilagineuses qui assu-
rent une répartition homogène des contraintes en- Conclusion
tre l’os et le tendon. Le débit artériel dans un ten-
don est en moyenne de 0,10 cm3 par gramme et Les lésions tendineuses sont observées de fa-
par minute et il diminue après une période d’im- çon préférentielle chez le sportif dont les gestes
mobilisation de six semaines. sont répétitifs avec des contraintes mécaniques
élevées [18, 22]. Tous les tendons peuvent être at-
teints, mais certains sont plus particulièrement
Innervation intéressés (tendons de la coiffe des rotateurs de
l’épaule, tendon patellaire, tendon calcanéen,
Le tendon, par la présence de ses terminaisons tendon du tibial postérieur (luxation ou rupture),
nerveuses, peut être considéré comme un capteur tendons fléchisseurs des doigts [par sténose ca-
de mesure de tension qui intervient dans la régula- nalaire : canal carpien]. L’apparition des lésions
tion de la contraction musculaire. C’est Golgi qui au niveau de ces tendons est proportionnelle aux
décrivit avec beaucoup de détails des “organes contraintes aboutissant à une “tendinopathie de
nerveux terminaux musculotendineux”. Leur di- surcharge mécanique”. Les tendinopathies méca-
mension est variable ; leurs longueurs sont com- niques dégénératives comprennent les tendino-
prises entre 840 et 2 892 microns et leurs largeurs pathies corporéales rassemblant les lésions dégé-
entre 34 et 164 microns. Ils sont constitués par une nératives susceptibles d’atteindre le corps du ten-
capsule qui recouvre le fuseau tendineux, lui-mê- don (fissurations, ruptures partielles, nécroses
me composé de plusieurs fascicules tendineux, avec parfois calcifications intratendineuses) et les
mesurant entre 10 et 25 microns de largeur. En po- tendinopathies d’insertion rassemblant les lé-
sition épitendineuse et intratendineuse, on trouve sions de la jonction ténopériostée. Les lésions
des corpuscules de Golgi Mazzoni d’une dimen- macroscopiques ou microscopiques tendineuses
sion variant entre 200 et 540 microns de longueur ou péritendineuses sont variables selon la topo-
et 20 à 58 microns de largeur. Ces corpuscules graphie et la fonction préférentielle du tendon.
sont sensibles à l’appui latéral. La topographie des Les lésions musculaires, aponévrotiques sont sur
terminaisons nerveuses dans les tendons est diffé- le plan histologique différentes et non systémati-
rente selon qu’il s’agit des extenseurs ou des flé- sées. Pour les enthèses, les descriptions histologi-
chisseurs. Pour les tendons extenseurs, les fibres ques pathologiques sont à rapprocher de celles
nerveuses sont très nombreuses au niveau des ar- des tendons de traction.
29
Le tendon et son environnement
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30
Pathogénie des tendinopathies
mécaniques
H. Bard
31
Le tendon et son environnement
32
Pathogénie des tendinopathies mécaniques
Fig. 2 : Schéma inspiré de Leadbetter [3] montrant qu’une lésion tendineuse symptomatique est précédée d’épisodes
infracliniques et la difficulté de situer le moment où la réparation est suffisante pour reprendre l’activité sans risque
majeur de rechute
• inégalité de longueur des membres inférieurs • matériel (chaussure, raquette, vélo, ...)
• âge, sexe féminin, condition physique, surpoids, • traumatisme (shoot bloqué, chute...)
désordre hormonal
• règles de jeu inadaptées, compétitions surchargées
• lésion loco-régionale associée
33
Le tendon et son environnement
de Taunton chez des coureurs à pied qui ne porte Anatomopathologie [3, 7, 9, 10]
pas uniquement sur les lésions tendineuses) avec
une intervention probable de facteurs hormonaux L’étude anatomopathologique des tendinopa-
et un lien avec l’indice de masse corporelle pour thies mécaniques pose deux problèmes. En pre-
certaines lésions [7, 8]. La charge exercée sur les mier lieu, il est difficile d’avoir une étude anato-
articulations portantes et les tendons par les acti- mopathologique dans les tendinopathies débutan-
vités sportives est considérable. Il a été calculé que tes, les pièces provenant de prélèvements opéra-
chaque pied d’un coureur de fond pesant 70 kilos toires à des stades avancés. En outre, l’extrapolation
absorbait au moins 220 tonnes par mile (soit des études animales à l’homme doit rester pruden-
1,6 km). Un coureur qui court 100 miles soit te. Le deuxième problème réside dans la difficulté
160 km par semaine, pose chaque pied environ de faire la part entre les lésions récentes, respon-
3 millions de fois par an (in [7]). De plus, la force sables de la symptomatologie et des lésions tendi-
de l’impact augmente avec la vitesse. neuses préexistantes, éventuellement favorisan-
tes, quelles que soient leurs causes.
Cette pathologie de surutilisation crée des lé-
sions intratendineuses et concerne presque exclu- La pathologie de la jonction myotendineuse est
sivement les tendons biarticulaires, extenseurs, en considérée comme musculaire plutôt que tendi-
position de décélération (contractions excentri- neuse, bien qu’il s’agisse d’une faillite de l’inter-
ques) [4]. C’est le cas par exemple du tendon cal- face entre les cloisons aponévrotiques qui sont des
canéen, du tendon ou ligament patellaire, des ten- expansions tendineuses et le tissu musculaire. Les
dons épicondyliens latéraux. lésions de la jonction myotendineuse ne seront
pas traitées.
Cependant, cette conception mécanique des ten-
dinopathies n’exclut pas la participation d’autres Les lésions anatomiques d’un tendon peuvent
facteurs, cellulaires et biochimiques. Faire la part être très variées (fig. 3). Tous les cas de figure se
entre une lésion structurale directe de la fibre col- rencontrent entre la fissure intratendineuse (fig. 4)
lagène et celle d’une inadaptation métabolique ou difficile à différencier d’un clivage interfasciculai-
cellulaire à des contraintes excessives intervenant re, la dissection lamellaire, la dilacération, la rup-
sur la qualité de la matrice est encore moins facile ture fasciculaire superficielle, profonde ou intra-
au tendon qu’au cartilage. tendineuse, la rupture à l’enthèse (désinsertion),
dans le corps du tendon ou à la jonction myotendi-
neuse. Cela explique l’ambiguïté du terme de rup-
Tendinopathies par traumatisme direct ture transfixiante, rupture de tous les faisceaux
tendineux ou “trou” dans le tendon qui n’entrave
Les traumatismes directs du tendon peuvent pas forcément sa fonction, mais qui peut évoluer
être provoqués par un objet contondant, par un vers une rupture plus large, voire totale [11]. Il est
projectile pénétrant, par un agent physique (ther- important de comprendre que les différents fais-
mique) ou chimique. Les tendinopathies par contu- ceaux des tendons plurifasciculaires ne subissent
sion ont une expression clinique variable, fonction pas les mêmes contraintes mécaniques et on
de l’intensité et du siège du traumatisme, lequel constate fréquemment sur les tendons de la coiffe
peut occasionner aussi bien des lésions péritendi- des rotateurs, le tendon du moyen glutéal, le ten-
neuses qu’intratendineuses. don patellaire, le tendon tibial antérieur et le ten-
34
Pathogénie des tendinopathies mécaniques
Fig. 3 : Différentes formes anatomiques de lésions tendineuses illustrées sur une échographie
de tendon supra-épineux pathologique (a) vu en coupe longitudinale ; b) lésion d’un faisceau
superficiel ; c) d’un faisceau profond ; d) rupture transfixiante ; e) dissection lamellaire ; f) clivage
interfasciculaire ; g) lésion intra-tendineuse ; h) désinsertion.
35
Le tendon et son environnement
Fig. 4 : a) tendinopathie des épicondyliens latéraux avec fissure intratendineuse (flèche) en échec de traitement
médical et b) IRM correspondante pratiquée avant injection de PRP (Dr Bellaïche) ; c) image échographique 1 mois
après le traitement montrant la disparition de la fissure avec hypersignal Doppler en surface et d) IRM de contrôle
montrant une réaction inflammatoire importante de toute l’enthèse.
36
Pathogénie des tendinopathies mécaniques
Fig. 5 : Coupe histologique a) d’un tendon sain (fléchisseur de doigt) avec ses fibres très régulières sans vaisseau
et b) d’un tendon pathologique montrant la désorganisation des fibres collagènes, la néovascularisation et les
modifications cellulaires.
37
Le tendon et son environnement
38
Pathogénie des tendinopathies mécaniques
28e jour (dégradation et réorganisation du colla- La ténomoduline est une glycoprotéine trans-
gène) [16]. Le tableau II résume les modifications membranaire de type II qui peut réguler la crois-
d’un certain nombre de composants de la matrice sance du tendon et contient un domaine C termi-
tendineuse, des cytokines et facteurs de signalisa- nal anti-angiogénique. Son expression est modu-
tion et des enzymes dans les tendinopathies. lée par divers facteurs biologiques et principale-
ment Scleraxis.
Les facteurs de croissance induisent la néovas-
cularisation, stimulent la prolifération des fibro- On a vu plus haut que l’inflammation n’était
blastes ainsi que des ténocytes et la synthèse du pas présente sur le plan anatomopathologique
collagène [19]. Parmi ces facteurs les plus docu- sauf au tout début de la lésion tendineuse. Des
mentés sont les Growth/Differenciation Factors macrophages et des mastocytes sont présents
(GDF) et la protéine Scleraxis (Scx) [20]. Scleraxis dans les petites ruptures de coiffe, comparative-
est le marqueur le mieux caractérisé de la mor- ment à des grandes ruptures [24]. Cette inflam-
phogenèse tendineuse et son activation pourrait mation est démontrée dans le subscapulaire
induire une néoformation tendineuse [21]. D’autres biopsié lors de la réparation de ruptures du su-
facteurs tels que les FGF (Fibroblast Growth Fac- pra-épineux, autant sur le plan cellulaire que par
tor) et l’oxyde nitrique (NO) seraient impliqués la présence de cytokines [13, 25].
dans la cicatrisation tendineuse [22, 23].
Tableau II : Modification de diverses molécules dans les tendinopathies (modifié d’après Riley [15]).
Cytokines et facteurs
Modification Matrice Enzymes
de signalisation
augmentation Collagène I TGF-ß MMP1
Collagène III IGF-I MMP2
Fibronectine PDGFR MMP23
Tenascine c VEGF ADAM12
Aggrécane COX2 ADAMTS2
Biglycane Glutamate ADAMTS3
Substance P
diminution Dermatane sulfate TGF-ßR1 MMP3
Pentosidine (AGE MMP10
cross-link) MMP12
MMP27
ADAMTS5
inchangé Versicane PGE2
Decorine
39
Le tendon et son environnement
Le métabolisme des protéoglycanes est altéré ces prélèvements, les auteurs ont développé un
dans la tendinopathie patellaire avec une dégrada- modèle in vitro comparant les effets du TGF bêta,
tion supérieure à la synthèse (aggrécane et ver- de sa suppression et de l’adjonction de triamcino-
sicane), parallèlement à l’expression augmentée lone et de concentrés plaquettaires, montrant une
des MMP-9 et du TIMP-1 [26]. réponse différente dans la production de mar-
queurs chondrogéniques et l’influence de la triam-
Plusieurs travaux insistent sur l’importance de cinolone et des facteurs plaquettaires. Ce modèle
l’apoptose (mort cellulaire programmée) et le sys- pourrait servir de base pour confirmer ce méca-
tème Fas/Fas ligand (le récepteur Fas est le proto- nisme et contribuer au développement de traite-
type des récepteurs de mort cellulaire, présent à la ments appropriés.
surface de nombreux types cellulaires) est présent
dans une variété de tendinopathies [27, 28]. L’adiposité jouerait également un rôle, la préva-
Lorsqu’un tendon est soumis à des tensions cycli- lence de tendinopathie achilléenne asymptomati-
ques intenses, on observe des dommages oxyda- que augmentant chez l’homme de plus de 40 ans
tifs et une augmentation de l’apoptose [15]. La avec le tour de taille [34].
concentration de glutamate est plus élevée dans
les tendons douloureux et lorsqu’elle atteint un Ainsi le nombre d’intervenants est important et
certain seuil, elle conduit à l’apoptose [29, 30]. les interactions sont complexes. On verra plus loin
comment ces facteurs cellulaires et biologiques
Des récepteurs aux œstrogènes et à la proges- s’articulent dans divers schémas pathogéniques.
térone sont présents dans le tendon et modulent On comprend que les injections de concentrés pla-
le niveau de transcription pour la cyclo-oxygé- quettaires font intervenir de nombreux facteurs de
nase 2, les MMP-1 et 3, l’iNOS et le TNF. Des croissance dont certains peuvent être bénéfiques,
auteurs ont étudié les effets du raloxifène (modu- d’autres éventuellement nocifs et que l’idéal serait
lateur sélectif de l’activation des récepteurs aux d’être plus sélectif, si tant est que cette voie est
œstrogènes) sur le métabolisme du tendon en promise à un avenir à côté des cellules souches.
post-ménopause [31]. On voit également que les cibles thérapeutiques
potentielles sont nombreuses.
Enfin, plus récemment a été mis en évidence le
rôle des Heat Shock Proteins et des alarmines
(médiateurs chimiques de l’inflammation aboutis- Régénération et réparation
sant à l’activation des cellules) comme facteurs tendineuses
biologiques régulateurs intervenant en réponse au
stress mécanique dans le développement précoce Comme dans tout tissu mou, la guérison d’une
des tendinopathies [32]. lésion peut se faire par régénération ou par répara-
tion cicatricielle ou par combinaison des deux [5,
Parmi les nouvelles données étiopathogéniques, 7]. La régénération est une réparation assurant le
on insiste sur la différenciation chondrogénique retour à un tendon normal ayant les mêmes pro-
qui pourrait être une cause des tendinopathies priétés physiologiques et biomécaniques. Elle est
corporéales et donc une cible thérapeutique. Elle malheureusement rare au tendon et notamment à
est effectivement présente dans une étude micros- l’enthèse. La cicatrisation va laisser un tissu
copique sur des prélèvements peropératoires de conjonctif qui aura perdu une partie de ses proprié-
tendinopathies calcanéennes du tiers moyen com- tés structurales et fonctionnelles. La pauvreté de
parativement à des sujets sains [33]. À partir de l’oxygénation, de la vascularisation et de la nutri-
40
Pathogénie des tendinopathies mécaniques
tion des tendons explique ces difficultés de régéné- Ces délais de réparation tendineuse sont très im-
ration, semblables à celles du cartilage alors que le portants à connaître tant dans le traitement médi-
muscle a une grande capacité de réparation ad in- cal que dans les suites d’un traitement chirurgical.
tegrum. Cependant, les capacités de guérison des L’importance d’une mobilisation précoce et pru-
tendinopathies ne doivent pas être sous-estimées. dente et le bénéfice démontré d’une stimulation en
traction des fibroblastes sont à l’origine des tech-
Ce processus, déclenché par une rupture des fi- niques d’étirement statique, puis de renforcement
brilles tendineuses qu’elle soit partielle, microsco- tendineux par un travail en course excentrique [5,
pique, ou plus ou moins complète, comporte plu- 12, 36-39].
sieurs phases [4, 5, 7]. De J1 à J3, on constate une
infiltration de polynucléaires et de macrophages En revanche, les processus de réparation de
avec œdème puis bourgeonnement capillaire. Cet- l’enthèse sont moins bien étudiés. La régénération
te phase inflammatoire ou exsudative est normale- paraît encore plus difficile à obtenir. La lésion de
ment de courte durée, de 4 à 7 jours. La phase dite la barrière fibrocartilagineuse favorise la colonisa-
proliférative débute à partir de J4 où l’on assiste à tion du tendon par les cellules osseuses créant une
une activation des fibroblastes et de myofibroblas- ossification cicatricielle (enthésophyte) qui peut
tes permettant la formation d’un tissu de granula- être vulnérante pour le tendon et en tout cas moins
tion à J21. Le premier collagène formé est de fonctionnelle, favorisant ainsi la chronicité. Les
type III mal organisé et plus fragile que le colla- thérapeutiques locales accèdent difficilement à la
gène de type I qui commence à le remplacer à par- partie osseuse de l’enthèse. Cela pose d’ailleurs
tir du 12-14e jour. Les fibroblastes produisent des des problèmes aux chirurgiens ; faut-il réparer
glycosaminoglycanes, surtout de l’acide hyaluro- l’enthèse, la supprimer ou en créer une autre ?
nique. Ce tissu de granulation est très vulnérable,
la résistance aux forces de tension commençant à
croître à partir de la 3e semaine. Il aboutit à la for- Facteurs pathogènes
mation d’un cal tendineux à J30 qui devra ensuite
subir une phase de maturation et de remodelage De nombreux facteurs peuvent favoriser les ten-
dont la durée s’étend sur un an, voire plus. À dinopathies mécaniques et influencer positive-
3 mois de la lésion initiale, le tendon garde encore ment ou négativement la réparation tendineuse.
un déficit de résistance à la traction qui peut at-
teindre 30 %. La maturation du collagène et le réa-
lignement des fibres survient vers le 5-6e mois. La L’âge
récupération des propriétés biomécaniques se fait
au bout de douze mois selon certains auteurs, mais Avec l’âge, le contenu en eau et en protéoglyca-
d’autres considèrent que cette récupération n’est nes décroît, de même que la vascularisation du
jamais complète, laissant un déficit permanent de tendon. La synthèse, la solubilité et le renouvelle-
20 à 30 % [4]. D’ailleurs, le tendon cicatrisé ment du collagène diminuent ainsi que le diamètre
contient plus de collagène de type III que le ten- des fibrilles. L’activité des ténocytes, l’élasticité et
don sain [35]. Dans les ruptures tendineuses, l’ori- la résistance vont également diminuer surtout
gine de la réparation reste discutée entre une cica- après 60 ans [36]. La capacité d’adaptation du ten-
trisation intrinsèque se faisant à partir des deux don est réduite, imposant des temps de repos et de
extrémités et une cicatrisation extrinsèque déve- récupération plus longs [5, 7, 40].
loppée à partir du tissu conjonctif péritendineux.
41
Le tendon et son environnement
42
Pathogénie des tendinopathies mécaniques
une toxicité dose dépendante sur les ténocytes ficile à quantifier [52], son intérêt étant moins dis-
comme sur d’autres cellules et, si la dexamétha- cutable en cas de bursite, de ténosynovite ou dans
sone n’a pas de toxicité propre sur le ténocyte, son la pathologie des rétinaculums.
association avec la ropivacaïne augmente signifi-
cativement sa toxicité [45]. L’association de corti-
costéroïdes et d’anesthésiques locaux diminuerait Autres thérapeutiques médicamenteuses
l’effet du Plasma Riche en Plaquettes (PRP) sur
les ténocytes dans une étude in vitro récemment L’héparine et d’autres glycosaminoglycanes, en
publiée [46]. réduisant l’activité des mastocytes à la phase pré-
coce de la cicatrisation pourraient avoir une in-
En revanche, la plupart des études n’ont pas mis fluence bénéfique, indépendante de son activité
en évidence d’effet délétère des injections périten- anticoagulante. L’aprotinine, antifibrinolytique a
dineuses sur le tendon. Une étude prospective, été essayée par quelques auteurs avec des résul-
randomisée et en double aveugle a conclu à l’ab- tats intéressants [53]. Des études expérimentales
sence d’utilité des infiltrations péritendineuses de ont été faites avec diverses substances destinées à
méthylprednisolone dans les tendinopathies promouvoir la réparation et surtout éviter les ad-
achilléennes [47]. Il est intéressant de comparer hérences après chirurgie réparatrice. L’acide hya-
l’évolution à long terme des tendinopathies trai- luronique, par ces nombreuses propriétés (lubri-
tées par injections locales de cortisoniques à celles fiante, antalgique, anti-inflammatoire, anti-oxy-
qui n’ont pas été infiltrées, comme l’ont proposé dante, de réduction des adhérences et favorisant
Mahler et Fritschy dans leur revue de la littérature la cicatrisation) et sa bonne tolérance, pourrait
sur ce sujet [48]. Une telle étude a été faite pour trouver là une autre indication en pathologie os-
les épicondylites latérales montrant un meilleur téo-articulaire [54-58]. Les études cliniques peu
résultat à 6 mois chez les patients ayant eu des nombreuses et ouvertes ne permettent pas encore
infiltrations, mais à un an, ceux non traités (“wait de valider ce traitement et de dire s’il va concerner
and see”) ou traités par physiothérapie allaient si- surtout les ténosynovites ou intéresser aussi les
gnificativement mieux [49]. tendinopathies corporéales. Le tropisetron, récep-
teur antagoniste du 5-hydroxytryptamine séroto-
En dehors de l’utilisation locale, certains pres- nine, testé par voie générale dans la fibromyalgie,
crivent une courte corticothérapie per-os dans les semble donner des résultats par voie locale dans
tendinopathies symptomatiques, mais le rapport les tendinopathies, mais ces données méritent
bénéfice-risque de cette pratique n’a pas été éva- confirmation [59]. Plus simplement, la vitamine C
lué à notre connaissance. Ce traitement, s’il est stimule la réparation tissulaire. La matrice du ten-
utilisé précocement, pourrait contrarier le proces- don contenant de la chondroïtine sulfate et de la
sus normal de réparation. La corticothérapie pro- glucosamine, il pourrait être tentant d’essayer ces
longée par voie générale est un facteur connu de substances en traitement de fond dans les tendi-
fragilisation tendineuse. nopathies chroniques ou récidivantes, mais leur
intérêt dans l’arthrose ne fait pas encore l’unani-
L’usage de la corticothérapie locale dans le trai- mité. Ce sont surtout les injections locales de fac-
tement des tendinopathies devra tenir compte teurs de croissance qui semblent le mieux stimuler
d’un bénéfice à court terme, mais non prouvé à la réparation tendineuse, en raccourcissant les dé-
moyen ou long terme, notamment dans les épicon- lais, non pas par injections de sang autologue dont
dylites latérales [50, 51], avec des effets secondai- l’efficacité n’est pas prouvée [60], mais par injec-
res en général modérés dont l’incidence reste dif- tion de plasma autologue enrichi en plaquettes
43
Le tendon et son environnement
(PRP), bien que ce traitement en plein essor fasse calcanéen, ainsi qu’entre les gènes codant pour
encore l’objet de controverses [61-63]. Ce sujet TNC, COL5A1 et MMP3 et des tendinopathies cal-
sera développé dans un autre chapitre. canéennes chroniques. Des variantes du COL1A1
et COL5A1 sont trouvées en association avec des
ruptures du ligament croisé antérieur et des luxa-
Les agents physiques tions de l’épaule. La seconde étude montre un lien
entre des variantes du gène COL5A1 (des muta-
De nombreux agents physiques (chaleur, froid, tions de ce gène sont associées à certains types du
ultrasons, laser, ondes de choc extracorporelles) syndrome d’Ehlers-Danlos) et l’amplitude articu-
peuvent influencer la réparation tendineuse [7]. laire aux membres inférieurs.
Ils sont souvent utilisés en thérapeutique, bien
qu’il soit difficile de tirer de la littérature des re-
commandations validées. Autres facteurs
44
Pathogénie des tendinopathies mécaniques
adaptation physiologique du tendon, vont entraî- Cette faillite des processus d’adaptation et de ré-
ner des microruptures fibrillaires stimulant la pro- paration tendineuse est aussi soulignée par Fu et
duction de cytokines inflammatoires, de métallo- al. [69] qui décrit 3 phases : la première est celle
protéases et de VEGF avec augmentation de la de la lésion (surutilisation avec intervention de
température locale aboutissant à une néoangioge- facteurs pathogènes éventuels), la seconde est
nèse et une néoneurogenèse qu’il qualifie d’in- l’échec de la cicatrisation aboutissant à la troisiè-
flammation neurogénique avec dégradation de la me phase où des modifications pathologiques va-
matrice extracellulaire, s’exprimant cliniquement riées vont concerner la matrice extracellulaire, la
par la survenue d’une douleur (tableau III). cellularité et le phénotype cellulaire, le profil cyto-
kinique, la vascularisation et l’innervation se tra-
Xu et Murrell [15] ont développé une hypothèse duisant cliniquement soit par une augmentation
pathogénique (tableau IV) où une surcharge mé- de la nociception (douleur), soit par une faiblesse
canique cyclique favoriserait d’une part une diffé- mécanique (rupture tendineuse). L’échec de la ci-
rentiation chondrogénique altérant la matrice ex- catrisation avec ou sans traitement conservateur
tracellulaire, et d’autre part stimulerait le stress est dû à des facteurs intrinsèques (prédisposition
oxydatif augmentant l’apoptose. Un cycle s’établit génétique, statut hormonal) et des facteurs extrin-
entre l’augmentation de l’activité des métallopro- sèques (environnement mécanique, influences
téinases et la formation d’une néovascularisation pharmacologiques).
avec tentative de réparation ou évolution vers une
dégénérescence tendineuse. En résumé (tableau V), des facteurs mécaniques
(conflit, hypertraction, contusion) et des facteurs
Tableau III : Mécanisme lésionnel des tendinopathies d’après Abate et al [63] (EGF epidermal
growth factor; HIF hypoxia inducible factor; PDGF platelet-derived growth factor; TIMP tissue
inhibitor of metalloproteinase; VEGF vascular endothelial growth factor).
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Le tendon et son environnement
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49
Etiologie de la douleur tendineuse
M. Lamontagne
Afin d’optimiser la prise en charge des tendino- des biopsies [5], n’ont pas permis de mettre en évi-
pathies, il apparaît primordial de mieux compren- dence des cellules inflammatoires ou une augmen-
dre les processus physiopathologiques pouvant tation de la concentration des marqueurs inflam-
induire une douleur tendineuse. Les mécanismes matoires dans le tendon. Par la technique de mi-
expliquant la genèse de la douleur lors de tendino- crodialyse intratendineuse, Alfredson [6] a mesuré
pathies demeurent encore, de nos jours, que par- au repos la concentration in vivo de prostaglandi-
tiellement élucidés. Bien que plusieurs hypothèses ne E2 (PGE2) au sein des tendons achilléens, pa-
aient été émises par un grand nombre d’auteurs tellaires et épicondyliens chez des sujets normaux
basées sur différents types d’études, il persiste et des sujets présentant des signes de tendinopa-
toujours des incertitudes quant à la réelle origine thies. La concentration des médiateurs inflamma-
de cette douleur tendineuse. toires (PGE2) retrouvée était comparable dans les
2 groupes.
Au cours des dernières années, plusieurs études
portant sur l’histopathologie des tendinopathies Ainsi, ces différentes études tendent à discrimi-
chroniques nous ont amenés à reconsidérer l’hy- ner l’hypothèse que des médiateurs inflammatoi-
pothèse purement inflammatoire et à évoquer des res seraient les agents responsables de la douleur
mécanismes non inflammatoires comme généra- tendineuse. Ceci explique pourquoi, dans la der-
teurs de cette douleur. Dans ce texte, nous allons nière décennie, le terme de tendinite a été délaissé
revoir l’ensemble de ces hypothèses ainsi que les au profit de tendinopathie, terme qui ne présage
études qui supportent leur fondement, sans pour pas du mécanisme histopathologique sous-jacent
autant oublier que ces hypothèses ne sont proba- de la lésion tendineuse.
blement pas mutuellement exclusives.
Or, dans les dernières années, quelques études
sont venues contredire la présomption d’une phy-
Le modèle inflammatoire siopathologie purement dégénérative de la tendi-
nopathie. Tout d’abord, dans une étude histologi-
Historiquement, le terme tendinite était utilisé que utilisant des marqueurs immunohistochimi-
pour décrire une douleur chronique en lien avec ques, Cetti [7] a pu démontrer la présence de neu-
un tendon symptomatique, suggérant que l’inflam- trophiles intratendineux, témoignant d’une
mation était au cœur du processus pathologique. inflammation aiguë sur les soixante biopsies pré-
Ainsi cette douleur était expliquée par la présence levées suite à une rupture du tendon d’Achille.
de ces phénomènes inflammatoires au sein du ten- Une autre étude utilisant des anticorps monoclo-
don lui-même. Or, la majorité des études histopa- naux [8] a mis en évidence une augmentation de
thologiques portant sur des ruptures tendineuses la présence de lymphocytes B et T ainsi que de
[1, 2], sur des tendinopathies opérées [3, 4] ou sur macrophages dans des tendons d’Achille affectés
51
Le tendon et son environnement
par une tendinopathie. Ces deux études tendent à On sait que les prostaglandines, les prostacycli-
confirmer la présence d’inflammation dans les nes et les thromboxanes (prostanoïdes) contri-
tendinopathies d’Achille avec ou sans rupture. De buent au développement de la douleur par leur
plus, Scott, en 2008, [9] a observé une augmenta- action centrale et périphérique [18]. En périphé-
tion du nombre de mastocytes dans les tendino- rie, ils jouent un rôle majeur dans la sensibilisa-
pathies patellaires. Quant à lui, Millar en 2010 tion en augmentant cette sensibilité des nocicep-
[10] a mis en évidence la présence de cellules in- teurs. Cette majoration de leur excitabilité réduit
flammatoires (macrophages, cellules T, mastocy- le seuil de la douleur et potentialise l’action des
tes) dans le tendon du subscapulaire chez des su- stimulants des nocicepteurs, tels que la chaleur
jets présentant une déchirure du supra-épineux et et des molécules irritatives (ex. : bradykinine)
l’absence de ces mêmes cellules sur une coiffe [19, 20].
non pathologique, laissant présager d’un réel pro-
cessus inflammatoire dans la phase précoce de Ainsi, il demeure difficile d’écarter complète-
tendinopathie. ment l’hypothèse de médiateurs chimiques inflam-
matoires pour expliquer les douleurs de la tendi-
Une étude de Fu en 2002 [11] a noté une aug- nopathie, du moins dans la phase initiale du pro-
mentation de l’expression du niveau de Cox2 et de cessus. Cette hypothèse est supportée par l’effica-
PGE2 dans le tissu tendineux et dans les cellules cité thérapeutique bien connue sur la douleur des
satellites chez des patients avec une tendinopathie injections de corticostéroïdes pour les tendinopa-
patellaire lorsque comparé à des tendons sains de thies. Ainsi, leur mode d’action pourrait être expli-
sujets contrôles. qué par leur puissant effet anti-inflammatoire. Par
contre, l’efficacité des glucocorticoïdes pourrait
Bien qu’il y ait des données contradictoires également être théoriquement due à l’effet analgé-
quant à la possibilité d’une augmentation des mé- sique sur les neuropeptides (Substance P et
diateurs inflammatoires au repos dans la tendino- CGRP). Les glucocorticoïdes agissent également
pathie, il semble y avoir un plus grand consensus en régulant la réponse vasculaire. Ils suppriment
sur le fait qu’il existe une réponse inflammatoire la production de vasodilatateurs (ex. : prostacycli-
immédiate suite à l’exercice. Certaines études ont ne et l’oxyde nitrique [NO]) dans les cellules endo-
démontré une augmentation de production de théliales. Par leur effet indirect de vasoconstric-
PGE2 et de thromboxane B2 ainsi qu’une augmen- tion, ils pourraient entraîner une réduction de dif-
tation de l’expression de Cox2 à l’étirement méca- férents stimulants nocicepteurs et agents pro-in-
nique cyclique du fibroblaste de tendon humain flammatoires tels que PGE2, cytokines et les
[12, 13, 14, 15]. Ces médiateurs inflammatoires neuropeptides [18].
pourraient induire une dégénérescence focale du
tendon [16]. Toutefois, il s’agit d’études in vitro,
avec des fibroblastes de culture (sans matrice ex- Le modèle biomécanique
tracellulaire) et d’une réponse aiguë à une stimu-
lation mécanique. Langberg [17], par la technique Dans le modèle biomécanique, on considère que
de microdialyse intratendineuse, a également dé- les fibres de collagène intactes sont indolores alors
montré une augmentation de la production locale que l’altération de celles-ci (lors de tendinose ou
d’agents pro-inflammatoires (PGE2, IL-6, throm- de rupture) est douloureuse. La séparation des fi-
boxane B2) en péri-tendineux du tendon d’Achille, bres de collagène entraînerait une stimulation des
chez des sujets sains suite à des exercices isomé- fibres nociceptives, au même titre que lors de lé-
triques intermittents. sion traumatique, telle qu’une entorse (atteinte
52
Etiologie de la douleur tendineuse
53
Le tendon et son environnement
pathies chroniques [8, 33], notamment autour des La substance P pourrait également influencer la
vaisseaux de la bourse sous-acromio-deltoïdienne relâche de certains enzymes (métalloprotéinases)
et dans la coiffe des rotateurs non perforée. Cel- par le ténocyte. Il a été démontré que la substance
les-ci se retrouvent à la fois au niveau des vais- P et ces récepteurs étaient exprimés dans le tissu
seaux et des fascicules nerveux. Ces constatations tendineux. Scott fait état que le ténocyte lui-même
indiquent que ces neuropeptides ont un effet, non pourrait être une source intrinsèque substantielle
seulement sur la régulation du flot sanguin, mais de neuropeptides [41].
également au niveau des fascicules nerveux. Go-
toh [24] et Ljung [34] ont mis en évidence la pré-
sence de substance P et de CGRP dans et autour Le glutamate
des tendons également. Ljung [34] a aussi confir-
mé la présence de récepteurs à la substance P (ré- Le rôle potentiel du glutamate dans les tendino-
cepteurs neurokinine-1) à l’insertion proximale pathies a également été étudié. Il s’agit d’un des
des épitrochléens et des épicondyliens. Ces récep- médiateurs de la douleur dans le système nerveux
teurs sont localisés dans la paroi des vaisseaux, central chez l’humain [42]. Il agit comme neuro-
dans les petits fascicules des nerfs et dans les té- transmetteur excitateur sur les récepteurs N-mé-
nocytes [33].
thyl-D-aspartate (NMDA). Chez l’animal, l’admi-
nistration périphérique d’antagoniste des récep-
De plus, le niveau de concentration de substan-
teurs NNDA au glutamate diminue la réponse no-
ce P semble fortement corrélé avec la douleur dans
ciceptive [43].
la tendinopathie de la coiffe des rotateurs [35].
54
Etiologie de la douleur tendineuse
Les métalloprotéinases (MMPI) sont des enzy- Plus récemment, Danielson [54] a démontré la
mes impliquées dans le remodelage de la matrice présence du système cholinergique dans le tendon
extracellulaire. Elles initient la dégradation du par le biais de l’expression de récepteurs muscari-
collagène dans la matrice. L’équilibre entre leur niques (M2), à la fois dans les cellules des vais-
activité et celle des inhibiteurs tissulaires MMPI seaux sanguins et dans le ténocyte, et ce de façon
(TIMP) est nécessaire pour maintenir une homéos- plus marquée lors de tendinopathies patellaires.
tasie du tendon [48, 49]. Tout déséquilibre à ce ni- Ainsi ces deux types de cellules pourraient être in-
veau peut entraîner une perturbation au niveau du fluencés par l’acétylcholine.
collagène. Le tendon pathologique présente un
taux de remodelage de la matrice extracellulaire Aussi, l’identification de réactions à l’acétylcho-
accru. L’expression de certaines de ces MMP et linestérase dans les fibres nerveuses associées
TIMP est majorée (MMP1, MMP2) dans les tendi- aux petits vaisseaux témoigne de l’existence
nopathies, alors que l’expression de certaines d’une innervation parasympathique dans les ten-
autres est diminuée (MMP3, TIMP1, TIMP2, dons. Comme des marqueurs de production
TIMP3). Bien que ces enzymes soient plutôt impli- d’acétylcholine ont été identifiés dans les ténocy-
quées dans la physiopathologie de la tendinopa- tes de tendinopathie patellaire, ces cellules pour-
thie que dans la genèse douloureuse, deux études raient être une source locale de production d’acé-
portant sur le traitement de tendinopathie à l’aide tylcholine [55].
55
Le tendon et son environnement
56
Etiologie de la douleur tendineuse
Au cours des dernières années, plusieurs études ventrale du tendon. L’hypothèse émise par l’auteur
se sont concentrées sur cette innervation aberran- est que l’activation des afférences primaires d’un
te des tendons pathologiques. Les neuropeptides côté entraînerait secondairement l’activation des
contenus dans les fibres nerveuses semblent avoir afférences homologues controlatérales. Ainsi, il
un rôle à la fois afférent et efférent et apparaissent s’agirait plus d’un mécanisme neurogénique que
impliqués dans le processus de cicatrisation des d’un phénomène systémique. Cette connexion
tendons. À l’état normal, ces fibres nerveuses sont centrale relierait le membre droit et gauche au ni-
localisées dans le périoste, dans la synoviale, dans veau de la moelle épinière et impliquerait non seu-
les paquets adipeux périarticulaires (ex. : triangle lement les fibres sensitives, mais également les fi-
de Hoffa ou de Kager) et dans le tissu conjonctif bres motrices [71].
péri-tendineux [68].
57
Le tendon et son environnement
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60
Le tendon : examen clinique, les points
importants et les pièges
J-M. Coudreuse
Les signes cliniques d’une tendinopathie sont de ou de l’intensité est un facteur favorisant fréquent
deux ordres : des tendinopathies par surutilisation [1, 2]. On re-
• Ceux qui sont communs à toutes les tendino- cherche aussi des épisodes douloureux antérieurs.
pathies et qui devront être systématiquement
recherchés. S’il décrit un mode de début traumatique avec
• Ceux qui sont spécifiques d’une localisation un instant précis de déclenchement de la douleur
particulière. lors d’un effort, il est impératif de rechercher une
rupture au moins partielle du tendon, car la prise
en charge thérapeutique devra être différente.
Les signes communs et C’est un piège, car le traumatisme initial a pu être
classiques des tendinopathies oublié et ce patient peut très bien décrire un ta-
bleau chronique en ayant négligé d’indiquer cette
On recherche la présence de deux “triades”, notion de début brutal.
l’une concerne les signes fonctionnels, la seconde
porte sur les signes physiques.
La localisation
61
Le tendon et son environnement
par exemple, des réveils nocturnes ou un dé- leur dans trois circonstances, à la palpation, à l’éti-
rouillage matinal devra faire rechercher une autre rement et aux tests de contraction isométrique.
cause et en particulier une spondylo-arthropathie
surtout si cette tendinopathie siège à l’enthèse du
tendon. La palpation
62
Le tendon : examen clinique, les points importants et les pièges
63
Le tendon et son environnement
n’est pas systématiquement douloureux. Le princi- nopathie par friction (voir chapitre Pathogénie des
pal facteur favorisant à rechercher est une raideur tendinopathies) : le frottement de la bandelette
de l’appareil extenseur du genou que l’on apprécie contre l’épicondyle latéral entraîne cette patholo-
en décubitus ventral en rapprochant le talon de la gie que l’on voit surtout chez les coureurs de fond
fesse et en mesurant la distance talon-fesse. Les ayant une pratique ancienne et régulière. Dans la
tests excentriques en charge permettent de confir- plupart des cas, le diagnostic est évoqué dès l’in-
mer le diagnostic et d’apprécier le retentissement terrogatoire. Le sportif explique que la douleur
fonctionnel de cette tendinopathie. Ils peuvent, survient exclusivement lors de la course à pied et
par exemple, consister tout simplement en une parfois du vélo toujours pour le même temps de
flexion de genou en appui unipodal. course et que la douleur est absente dans les autres
activités sportives (football ou tennis, par exem-
Les tests isométriques sont extrêmement inté- ple) ainsi que lors des activités de la vie quotidien-
ressants : s’ils permettent de conforter le diagnos- ne. Le délai d’apparition de la douleur peut dimi-
tic, ils contribuent également au diagnostic diffé- nuer au fur et à mesure de l’évolution. À la palpa-
rentiel avec un syndrome rotulien. En effet, dans tion, il n’y a aucune confusion possible avec une
ce dernier, les tests isométriques du quadriceps lésion méniscale, puisque la douleur se situe envi-
sont souvent douloureux en extension ou en légère ron 2 cm au-dessus du condyle fémoral latéral.
flexion alors qu’ils sont indolores en flexion impor-
tante du genou. À l’inverse, dans la tendinopathie
patellaire, la douleur augmente avec le degré de Les pièges
flexion du genou selon “un schéma tendineux”.
Le diagnostic de tendinopathie mécanique est
En cas de douleur à l’insertion basse du tendon habituellement facile, mais le danger est parfois
sur la tubérosité tibiale antérieure, un bilan d’ima- de faire un diagnostic par excès et de négliger une
gerie est nécessaire : il associe en première inten- pathologie articulaire, osseuse, neurologique (ra-
tion le couple radio-échographie à la recherche de diculaire, plexique ou tronculaire) ou vasculaire.
séquelles de maladie d’Osgood-Schlatter. Certains conflits ne s’expriment que par une bur-
sopathie, sans tendinopathie, par exemple le syn-
drome de l’intersection ou de l’entrecroisement
Le tendon quadricipital (ou aï crépitant) à l’avant-bras, entre les tendons
court et long extenseurs radiaux du carpe et le
La tendinopathie survient le plus souvent au tendon long abducteur du pouce. Les fractures de
cours d’activités sportives où le genou est fléchi fatigue sont un piège classique, car elles survien-
aux alentours de 90 degrés. C’est la raison pour nent dans le même contexte que les tendinopa-
laquelle on la retrouve essentiellement chez les cy- thies de surutilisation.
clistes, les pratiquants de l’haltérophilie ou de la
musculation lors de la pratique de squats. La méconnaissance de certaines tendinopathies
conduit à des diagnostics par défaut imputant à
une coxarthrose une douleur due à une tendinopa-
Le tractus ilio-tibial thie du petit glutéal, à une méniscopathie une dou-
leur liée à une ténosynovite du tendon réfléchi du
Le tractus iliotibial (ou bandelette iliotibiale de semi-membraneux, à une discopathie une sciati-
Maissiat) est à l’origine d’un syndrome appelé le que qui est en fait une tendinopathie d’insertion
syndrome de “l’essuie-glace”. Il s’agit d’une tendi- des ischio-jambiers, à une arthrose du Lisfranc,
64
Le tendon : examen clinique, les points importants et les pièges
une tendinopathie du tibial antérieur et on peut une étape indispensable après l’analyse clinique,
multiplier les exemples à l’infini. certaines lésions tendineuses pouvant être bien to-
lérées et asymptomatiques. Ainsi une tendinopa-
Un autre piège est de méconnaître une tendino- thie de la coiffe est infiltrée à tort quand c’est une
pathie parce que l’examen physique est incapable arthropathie acromio-claviculaire qui est respon-
de reproduire une douleur qui survient au ving- sable des douleurs. La difficulté grandit quand il
tième kilomètre chez un marathonien. L’interroga- existe des lésions associées qui peuvent orienter
toire est donc un temps essentiel, long et qui sou- vers un traitement inutile si la tendinopathie a été
vent apporte la solution. négligée ou méconnue. La réalisation des tests
tendineux est donc une étape essentielle de l’exa-
Un nodule tendinosique doit être distingué men physique. Dans des cas difficiles, on peut
d’autres pathologies tendineuses (xanthome, kys- s’aider d’un test anesthésique.
te intratendineux).
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65
Tendons et rhumatismes inflammatoires
67
Le tendon et son environnement
maires des fléchisseurs peuvent être crépitantes rapport aux fibres tendineuses) en rapport
(crépitation sous le doigt lors de la mobilisation avec un épanchement anormal et/ou un épais-
des tendons) ou nodulaires, entraînant une symp- sissement synovial (fig. 2).
tomatologie de “doigt à ressaut”, plus rarement • Epanchement ténosynovial : présence de ma-
exsudatives. tériel anormal anéchogène ou hypoéchogène
(par rapport aux fibres du tendon) dans la gai-
Les autres localisations concernent les tendons ne synoviale, soit dans les culs-de-sac ou
fibulaires, les tendons des extenseurs des orteils et autour du tendon qui est mobilisable et vu
le tibial antérieur (réalisant parfois un syndrome dans 2 plans orthogonaux.
du nerf musculocutané) ou le tibial postérieur. Le • Hypertrophie ténosynoviale : tissu anormal
tendon d’Achille peut présenter une péritendinite hypoéchogène (par rapport aux fibres tendi-
(paraténonite) et s’associer à une bursite préa- neuses) dans la gaine synoviale qui n’est pas
chilléenne avec des érosions de la corticale dorsale mobilisable et faiblement compressible vu
de la grosse tubérosité du calcanéus [4]. dans 2 plans orthogonaux (fig. 3).
• La ténosynovite en mode Doppler est caracté-
risée par un signal Doppler péritendineux
Imagerie dans la gaine synoviale vue dans 2 plans or-
thogonaux, en dehors des vaisseaux nourri-
Radiographies standard ciers dans le mésotenon et les vinculae, et as-
Elles sont nécessaires pour rechercher les arthri- socié à un épaississement de la gaine en
tes éventuellement associées aux tendinopathies et mode B (fig. 3).
les causes d’agression du tendon (subluxation de
la tête de l’ulna, lésions osseuses érosives) (fig. 1).
Elles peuvent également montrer des calcifications
des gaines tendineuses ou des parties molles post-
infiltration. Elles orientent aussi vers des diagnos-
tics différentiels comme un rhumatisme à hy-
droxyapatite, une sclérodermie systémique.
Échographie
Plusieurs études ont démontré la plus grande
sensibilité de l’échographie par rapport à la clini-
que pour le diagnostic des ténosynovites [4, 5].
Les sondes de haute fréquence avec focalisation
superficielle sont bien adaptées à ce type de pa-
thologie. Les sondes club de golf facilitent les étu-
des dynamiques en cas de déformation des mains
et également les gestes interventionnels. L’étude
doit se faire dans le plan transversal et longitudi-
nal du tendon. E Naredo et coll. propose pour le
groupe OMERACT les définitions suivantes [6] :
Fig. 1 : Polyarthrite rhumatoïde. Arthrite radio-ulnaire infé-
• Ténosynovite en mode B : gaine tendineuse rieure avec subluxation de la tête de l’ulna. Lésion érosive de
épaissie anéchogène ou hypoéchogène (par la styloïde ulnaire (flèche).
68
Tendons et rhumatismes inflammatoires
69
Le tendon et son environnement
IRM
L’IRM n’est pas indiquée pour le diagnostic d’une
simple ténosynovite, mais elle pourra en révéler
lors d’une exploration plus globale articulaire et Fig. 8 : Polyarthrite rhumatoïde. Ténosynovite des exten-
tendineuse d’un rhumatisme inflammatoire [9]. seurs communs des doigts au poignet. IRM, coupe axiale
T1 gado Fat Sat. Pannus ténosynovial avec rehaussement
L’IRM est cependant nettement plus sensible que intense et épais de la gaine tendineuse (flèches).
70
Tendons et rhumatismes inflammatoires
vers l’épanchement ténosynovial [12]. Cette tech- novial [15]. L’étude est étendue aux MCP, car les
nique reste cependant lourde et il est plus simple gaines des tendons fléchisseurs de 2e au 4e doigt
d’évaluer le rehaussement ténosynovial avec une sont indépendantes. La classification comporte
séquence brève de 2 min environ, immédiatement 3 stades (de 0 à 2) :
après l’injection IV de contraste. Les IRM bas • stade 0 (normal) : pas de ténosynovite,
champ de 0,2T apparaissent moins sensibles que • stade 1 : ténosynovite avec halo incomplet (re-
les IRM 1,5T pour le diagnostic des ténosynovites haussement autour de moins des 2/3 de la cir-
de la main avec une corrélation moyenne [13]. conférence du tendon),
• stade 2 : ténosynovite avec halo complet (re-
Parmi les scoring proposés, citons celui présenté haussement de plus des 2/3 de la circonférence
par EA Haavardsholm et coll. en 2007 pour les ten- du tendon) (fig. 9).
dons extenseurs et fléchisseurs du poignet en com-
plément de l’OMERACT RAMRIS. Il repose sur les L’adjonction du scoring des ténosynovites au
coupes axiales T1 sans et avec injection de gadoli- scoring articulaire OMERACT RAMRIS augmente
nium [14]. Notons que les anomalies doivent être la sensibilité au changement sous biothérapie dès
présentes au moins sur 2 coupes axiales de 3 mm 6 semaines [15].
d’épaisseur conjointes. La classification est semi-
quantitative avec 4 stades (de 0 à 3) et tient compte
de l’épaisseur maximale en mm du rehaussement
ténosynovial sur 10 sites du poignet (les 6 compar-
timents des tendons extenseurs et le fléchisseur
ulnaire du carpe, les fléchisseurs superficiels et
profonds communs des doigts, le long fléchisseur
du pouce, le fléchisseur radial du carpe) :
• stade 0 (normal) : pas d’épanchement périten-
dineux ou de rehaussement ténosynovial,
• stade 1 : épanchement péritendineux et/ou re-
Fig. 9 : Polyarthrite rhumatoïde. Ténosynovite des exten-
haussement ténosynovial < 2 mm, seurs radiaux du carpe. IRM, coupe axiale T1 gado Fat Sat.
• stade 2 : épanchement péritendineux et/ou re- La ténosynovite prédomine sur le long extenseur radial du
carpe diverticulaire (flèche), stade 3 de Haavardsholm et
haussement ténosynovial ≥ 2 mm et < 5 mm, stade 2 de Lisbona. Au niveau du court extenseur radial du
• stade 3 : épanchement péritendineux et/ou re- carpe, stade 2 de Haavsardsholm et stade 1 de Lisbona (tête
de flèche).
haussement ténosynovial ≥ 5 mm (fig. 9).
71
Le tendon et son environnement
palement à la main et plus particulièrement au ni- Ce sont les deux modalités d’imagerie les plus per-
veau des extenseurs des doigts. La rupture est formantes pour le diagnostic de rupture tendineu-
spontanée ou provoquée par un traumatisme mi- se. Les artefacts d’anisotropie en échographie et
nime. Elle peut passer inaperçue au début sur une d’angle magique en IRM ne doivent pas faire por-
main déformée. Les ruptures des extenseurs com- ter un faux diagnostic de rupture tendineuse. L’ab-
mencent toujours par l’extenseur propre du cin- sence de mobilisation du tendon en échographie
quième doigt, juste en regard de la tête de l’ulna lors des manœuvres dynamiques et l’emploi de sé-
présentant une subluxation dorsale et des érosions quences à TE long permettent de redresser le dia-
de sa styloïde (fig. 1). Les extenseurs du quatriè- gnostic. L’IRM a l’avantage de fournir une appré-
me, du troisième et du deuxième doigt peuvent ciation globale des atteintes tendineuses et plus en
ensuite se rompre au contact de la tête de l’ulna profondeur des dégâts articulaires et des causes
luxée. Le tendon long extenseur du pouce est un de conflit (fig. 11). L’IRM a démontré que les at-
tendon fragile qui est volontiers lésé en regard du teintes du tendon tibial postérieur sont souvent
tubercule de Lister. La rupture des fléchisseurs isolées sans atteinte associée de l’articulation
communs profonds des doigts passe souvent ina- sous-talienne ou du sinus du tarse [17].
perçue et se révélera secondairement lors de la
rupture dans un deuxième temps des fléchisseurs
communs superficiels.
Imagerie
b
Fig. 11 : Polyarthrite rhumatoïde. Rupture extenseur
propre du 5e doigt.
a) IRM, coupe axiale T1.
b) IRM, coupe axiale T1 gado Fat Sat.
Fig. 10 : Polyarthrite rhumatoïde. Ténosynovite de l’extenseur Arthrite radio-ulnaire distale avec subluxation dor-
propre et de l’extenseur commun du 5e doigt. IRM, coupe axia- sale de la tête de l’ulna (U). Erosion corticale de l’ulna
le T2 Fat Sat. Extenseur propre du 5e doigt (EPDM), extenseur avec ténosynovite des extenseurs communs des doigts
commun (EC). Infiltration des deux tendons par le pannus sy- (têtes de flèches). Rupture de l’extenseur propre du
novial, plus sévère sur l’extenseur commun (flèches). 5e doigt dont seule la gaine vide est visible (flèche).
72
Tendons et rhumatismes inflammatoires
73
Le tendon et son environnement
b
Fig. 14 : Rhumatisme psoriasique. Dactylite du médius.
a) Radiographie de profil. Arthrite IPP. Périostite des deux
phalanges (tête de flèche), tuméfaction des parties molles.
b) Échographie, coupe sagittale, vue dorsale. Irrégularité
corticale due à la périostite (tête de flèche). Synovite du
recessus dorsal de l’articulation IPP (*).
Spondyloarthropathies
– enthésopathies
inflammatoires Fig. 15 : Le complexe synovio-enthésial au niveau d’une zone
de réflexion tendineuse (exemple : long fibulaire et cuboïde)
(d’après Mc Gonagle, et al. Arthritis Rheum 2003; 48: 896-
Les spondyloarthropathies présentent des lé-
905). Coupe axiale. Etalement du tendon (T) sur une tubé-
sions communes avec la polyarthrite rhumatoïde rosité osseuse. La gaine tendineuse (GT) s’efface aux zones
(synovite, ténosynovite et bursite), mais également de réflexion tendineuse sur l’os cortical (OC) de la tubérosité
osseuse. A ce niveau, présence fibrocartilage périosté (FP) et
des anomalies qui leur sont plus spécifiques (nom- fibrocartilage sésamoïde non calcifié (FS).
74
Tendons et rhumatismes inflammatoires
Les enthésopathies inflammatoires des spondy- Le diagnostic clinique des enthésopathies in-
loarthrites ankylosantes débutent par une inflam- flammatoires n’est pas aisé en dehors du calca-
mation du fibrocartilage calcifié et de l’os aboutis- néus et de la tubérosité tibiale antérieure. La ra-
sant à des lésions structurales à type d’érosion os- diographie montre seulement les manifestations
seuse remplacée secondairement par un tissu osseuses des enthésites, les érosions au début et
conjonctif lâche contenant des lymphocytes et des ensuite l’ossification de réparation. Les modalités
plasmocytes. Une néovascularisation a été mise en les plus sensibles sont classiquement la scintigra-
évidence au niveau des érosions corticales, mais phie osseuse et l’IRM.
aussi à distance de l’enthèse dans le tendon et le
péritendon (fig. 16) [22]. La réparation se fait par L’IRM différencie les lésions actives œdémateu-
une ossification qui comble la perte de substance ses des lésions structurales de réparation sur les
de la surface osseuse et qui s’unit au tendon ou au séquences T1 et STIR. Les fibrocartilages de l’en-
ligament. Les enthèses tendineuses les plus tou- thèse ne sont pas directement visibles en raison
chées dans la spondyloarthrite ankylosante sont au des temps de relaxation T2 très courts. Les sé-
niveau de la crête iliaque, du grand trochanter, de quences à TE ultracourt associées à des techni-
la patella, du calcanéus, de la tubérosité tibiale an- ques de transfert de magnétisation permettent
térieure, des condyles fémoraux, du petit trochan- d’obtenir un signal de la composante fibrocartila-
ter, de l’épaule, de l’olécrâne, des phalanges et de gineuse de l’enthèse et sont prometteuses [24].
certaines diaphyses (humérales, fémorales) [23].
75
Le tendon et son environnement
76
Tendons et rhumatismes inflammatoires
77
Le tendon et son environnement
Rhumatisme psoriasique
La localisation préférentielle aux pieds est res-
Fig. 20 : Twinkling artefact. Échographie Doppler puissance, ponsable de talalgies. Le groupement de lésions
coupe sagittale. Twinkling artefact au niveau de la corticale destructrices et de lésions reconstructrices est la
osseuse de l’enthèse d’Achille (flèche).
signature radiologique du rhumatisme psoriasi-
que. La calcanéite est très fréquente et sera recon-
nue devant des épines sus – et sous-calcanéennes
volumineuses, inflammatoires, irrégulières, pou-
vant se réunir en un véritable blindage calcanéen.
alors que les anomalies précoces à l’interface os/ Les grosses articulations des membres peuvent
tendon sont essentiellement l’œdème osseux dé- être plus rarement le siège d’un ensemble de lé-
tecté uniquement par l’IRM. L’hypervascularisa- sions destructrices et reconstructrices.
tion corticale au niveau de trous corticaux n’est
pas spécifique d’enthésopathie inflammatoire Un score IRM a été proposé par l’OMERACT, le
d’après Benjamin et se voit également dans les at- PsAMRIS (psoriatic arthritis magnetic resonance
teintes dégénératives avec l’âge (fig. 20) [20, 22]. imaging score) qui rassemble toutes les lésions,
dont les atteintes tendineuses [35]. Il nécessite
Il ne semble pas exister de signes spécifiques en une imagerie injectée de la main incluant les arti-
échographie d’une enthésopathie inflammatoire. culations MCP et IP (fig. 21). Il comprend :
• synovite articulaire (MCP, IPP, IPD) : score 0 à 3,
4. Peut-on suivre l’efficacité d’un traitement • ténosynovite : score 0 à 3,
par l’échographie des enthèses ? • inflammation périarticulaire : score 0 à 2,
L’échographie en mode B et le Doppler puissan- • œdème osseux : score 0 à 6,
ce sont proposés par de nombreuses équipes pour • prolifération osseuse : score 0 à 1,
évaluer la régression des manifestations inflam- • érosion osseuse : score 0 à 20.
matoires des enthèses sous biothérapie. À l’enthè-
se du tendon calcanéen, un délai de 2 mois semble Ce scoring n’est pas utilisable en routine, mais
nécessaire pour réévaluation. Le Doppler puissan- sert à évaluer l’évolution de la maladie sous traite-
ce est moins sensible au changement que l’écho- ment dans le cadre de protocoles. Il permet de com-
graphie en mode B [33]. La réduction du Doppler prendre les associations lésionnelles, ténosynovia-
puissance sous biothérapie semble détectable à les et enthésitiques (œdème osseux, érosions, pro-
6 mois [34]. lifération osseuse ; inflammation périarticulaire).
78
Tendons et rhumatismes inflammatoires
a b
Fig. 21 : Rhumatisme psoriasique. Complexe synovio-enthésial d’une articulation interphalangienne.
a) (d’après Mc Gonagle, et coll. Arthritis Rheum 2007;56:2482-9). Exemple d’une interaction SEC et membrane synoviale (MS)
du recessus dorsal de l’articulation interphalangienne. Tendon extenseur (TE) ; fibrocartilage sésamoïde (FS) ; fibrocartilage
enthésial (FE).
b) IRM, coupe sagittale T1 gado Fat Sat, de l’articulation IPD. Œdème osseux de la phalange distale (*). Épaississement inflam-
matoire de l’enthèse au tendon extenseur. Rehaussement synovial du recessus dorsal de l’articulation IP.
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80
L’échographie du tendon
aujourd’hui et demain
Introduction Le présent
81
Le tendon et son environnement
L’apparition des modes harmoniques graphie. Cette structure fibrillaire est d’autant
mieux visible qu’il existe une certaine tension des
Le mode harmonique permet d’éliminer un fibres.
grand nombre d’artéfacts du mode fondamental
aboutissant à une meilleure résolution en contras- Il faut bien distinguer deux types d’atteinte en
te et donc une meilleure différenciation des inter- cas de pathologie mécanique :
faces. À l’origine, le mode harmonique n’était dis- • la perte du caractère fibrillaire d’une ou plu-
ponible que sur les sondes abdominales convexes sieurs fibres secondaires à une rupture qui se
avec la nécessité de concevoir des sondes hautes caractérise par une “ondulation” de ces fibres
fréquences “large bande” qui a été résolue avec qui sont détendues et par une baisse de l’écho-
des sondes 7-15 MHz, permettant de recevoir les généicité du tendon en zone rompue. Cet as-
échos au double de la fréquence émise (fréquence pect contraste avec les fibres parfaitement
dite harmonique). Désormais, il est possible de tendues du tendon sain (fig. 3) ;
réaliser un examen en mode harmonique avec un • la perte du caractère parallèle entre elles des
signal et une cadence image comparables au mode fibres du tendon du fait de l’infiltrat interstitiel
fondamental. dans le cadre d’une tendinopathie. Cet infiltrat
dévie les fibres aboutissant également à la
Plusieurs auteurs [1, 2, 3] ont démontré l’utilité baisse de l’échostructure normale du tendon
de ces modes harmoniques, en particulier pour la en cas de tendinopathie (fig. 4).
différentiation tissulaire et la meilleure visualisa-
tion des interfaces et clivages (fig. 2). La “théorie des cordes” que nous avons propo-
sée pour la coiffe des rotateurs comme une appro-
che différente de la sémiologie basée sur la ten-
L’amélioration de la sémiologie sion des fibres constituant les différents feuillets
est un exemple d’utilisation de cette notion de ten-
Un tendon possède une structure fibrillaire qui sion des fibres (fig. 5). Elle permet d’améliorer la
devient de plus en plus facile à analyser en écho- sémiologie des ruptures tendineuses [4].
a b
Fig. 2 : Mode B vs Mode Harmonique dans la détection des clivages
a) Le clivage n’est pas visible en mode B
b) Il devient visible en mode Harmonique (flèches)
82
L’échographie du tendon aujourd’hui et demain
Fig. 3 : Coupe sagittale d’échographie d’une rupture des fibres antérieures de l’insertion distale du tendon calcanéen (flèche
courbe) : remarquez l’aspect hypoéchogène et détendu des fibres antérieures au-dessus de la rupture (têtes de flèches) contras-
tant avec l’aspect fibrillaire normal des fibres postérieures du tendon qui sont parfaitement tendues, car insérées normalement
sur le calcanéus (flèches).
a b
Fig. 5 : Théorie des cordes dans une rupture de la face superficielle du tendon supra-épineux.
a) IRM en coupe frontale T2 avec saturation de la graisse : rupture a priori superficielle du tendon supra-épineux (la distinction
entre les différents feuillets tendineux est difficile et la face profonde du tendon est difficile à visualiser).
b) Coupe frontale d’échographie : les fibres de la face profonde sont intactes conservant un aspect fibrillaire hyperéchogène, car
elles sont “tendues comme une corde” contrastant avec les fibres de la face superficielle détendues, car rompues. Affirmer le
caractère non transfixiant de la lésion est plus simple en échographie qu’en IRM.
83
Le tendon et son environnement
a b
Fig. 6 : Coupe sagittale d’échographie d’un jumper’s knee, genou en extension :
a) Quadriceps détendu : absence de fissure visible sous la pointe patellaire (flèche)
b) Quadriceps contracté : bombement des fibres superficielles du tendon (têtes de flèches) et bascule de la pointe de la patella en
arrière (flèche courbe) permettant de dégager une petite fissure sous la pointe patellaire (flèche).
84
L’échographie du tendon aujourd’hui et demain
a b
c d
Fig. 7 : Fissure de la face profonde du tendon infra-épineux mieux visible après changement de position :
a) Coupe frontale d’échographie du tendon infra-épineux en position habituelle (Crass) : petite zone hypoéchogène de la face
profonde du tendon (peu significative).
b) Coupe en élévation à 90° et rotation externe maximale : ouverture de la fissure du tendon infra-épineux (tête de flèche).
c) Arthroscanner en position neutre : la fissure n’est pas visible.
d) Arthroscanner en position ABER (abduction-rotation externe) permettant de dégager la fissure de la face profonde du tendon
visible sous la forme d’une petite languette (tête de flèche).
85
Le tendon et son environnement
Deux modes de rendu sont possibles : relecture a posteriori qui manquent cruellement à
• reconstruction 3D type rendu de volume l’échographie actuellement. L’évolution ultime
(fig. 8) ; sera bien sûr la 4D (ou 3D temps réel) qui permet-
• MPR dans les 3 plans de l’espace couvrant tra l’étude dynamique simultanée dans les 3 plans
toute la zone d’intérêt. de l’espace ou en 3D. Cela nécessitera une évolu-
tion majeure des sondes matricielles hautes fré-
Cette technique permettra à l’avenir d’obtenir quences. Ces acquisitions 3D permettront égale-
des images tendineuses dans les 3 plans avec une ment de fusionner le volume obtenu avec un vo-
qualité identique probablement grâce à l’isotropie lume IRM ou scanner. Outre le caractère didacti-
du voxel. Ces modes 3D permettront également de que de la fusion d’image, cela permettra des
rendre de véritables données volumiques du ten- avancées sémiologiques et une aide certaine pour
don avec une reproductibilité et une possibilité de l’interventionnel.
Fig. 8 : Acquisition 3D avec sonde volumique d’une ténosynovite de De Quervain montrant la reconstruction dans les 3 plans de
l’espace et en 3D VRT (collection V. Vuillemin). Remarquez la parfaite visualisation de la zone de sténose en 3D VRT (*).
86
L’échographie du tendon aujourd’hui et demain
87
Le tendon et son environnement
introduisent d’ailleurs la notion de ténomala- (Vmean) est directement reliée aux propriétés
cie pour définir l’excès de déformation d’un élastiques des tissus mous par l’approximation
tendon pathologique par la sonde. Klauser a E = 3 ρc² où E est le module d’élasticité (kPa)
mis en évidence une efficacité supérieure de et ρ la masse volumique (1000 g.m-3) [10-14].
l’élastographie dans le diagnostic de tendino-
pathie par rapport au mode B avec comme Les études réalisées en SWE sur le tendon calca-
“gold standard” l’histologie [8]. néen normal [15, 16] ont montré que :
• L’élastographie transitoire par ondes de ci- • au repos (flexion plantaire complète), la Vmean
saillement (Shear Wave Elastography - SWE) du tendon calcanéen normal est de 6.8 ±
mesure la vitesse de propagation d’une onde 1.4 m.s-1 en coupe sagittale et de 5.1 ±0.8 m.s-1
de cisaillement (m.s-1) générée par la force de en coupe axiale ;
radiation de pulses ultrasonores. L’onde ini- • lorsque le tendon est mis en tension à 0° de
tiale, ou onde de compression ultrasonore, est flexion de cheville passive, la Vmean en coupe sa-
générée par la zone médiane de la sonde, de gittale augmente jusqu’à dépasser les capacités
façon rythmique (toutes les 2 secondes), sans de mesure des appareils actuels (>16 m.s-1), et
intervention de l’opérateur diminuant ainsi la augmente moins en coupe axiale (5.6 ±
variabilité inter-observateur. À l’inverse des 1.1 m.s-1), du fait de l’anisotropie tendineuse ;
ondes de compression utilisées en imagerie ul- • du fait de la sensibilité des mesures à l’orien-
trasonore conventionnelle (Mode B) qui se dé- tation de la sonde par rapport aux fibres, et
placent avec une vitesse élevée (1540 m.s-1), aux différences de tension du tendon, la re-
les ondes de cisaillement provoquent un glis- productibilité inter-observateur des mesures
sement élastique des tissus les uns par rapport est modérée.
aux autres perpendiculairement au faisceau
les générant et se déplacent lentement. La vi- En pratique, les recherches en cours sont en fa-
tesse de propagation des ondes de cisaillement veur d’un ramollissement du tendon calcanéen pa-
88
L’échographie du tendon aujourd’hui et demain
thologique (fig. 10) qui pourrait être quantifié, à liquides, les déchirures tendineuses devraient ap-
l’inverse de l’élastographie statique. La Vmean d’un paraître comme des zones vides de signal SWE
tendon présentant une rupture complète n’aug- (fig. 11). L’avenir nous dira si la SWE pourrait être
mente pas lors de sa mise en tension. Comme les ou non un outil de suivi de la récupération des pro-
ondes de cisaillement ne se propagent pas dans les priétés viscoélastiques des tendinopathies traitées.
89
Le tendon et son environnement
Fig. 12 : Principe d’acquisition par balayage angulaire pour mesure de l’anisotropie. Acquisition par balayage automa-
tique d’image entre -30° et +30° d’inclinaison du faisceau ultrasonore d’une tendinopathie ne concernant que la moitié
superficielle d’un tendon calcanéen. Notez l’importante variation de l’intensité du tendon normal entre 30° et 0° alors
que le tendon pathologique reste hypoéchogène sans grande variation dû à l’anisotropie.
90
L’échographie du tendon aujourd’hui et demain
Fig. 13 : Principe de la mesure de l’anisotropie par balayage angulaire. La variation du signal ultrasono-
re du tendon entre +30° et -30° permet d’obtenir des courbes d’intensité dont le pic varie en fonction des
propriétés d’anisotropie du tendon. Un tendon normal est très anisotrope du fait de l’alignement de ses
fibres et sa courbe aura un pic très important lorsque le faisceau ultrasonore sera à 90° avec ses fibres.
Un tendon pathologique verra son anisotropie diminuée et le pic de la courbe d’anisotropie sera faible.
Une mesure de la différence du signal entre +15° et -15° (=dl15) sera un bon reflet de l’anisotropie.
a b
Fig. 14 : Balayage angulaire en coupe sagittale d’un tendon fléchisseur normal.
a) Cartographie du degré d’anisotropie (dl15) d’un tendon fléchisseur normal par balayage angulaire. Le tendon est normal et
son anisotropie est élevée (la totalité du tendon est en jaune). Remarquez l’absence d’anisotropie significative dans la graisse
péritendineuse (violet).
b) Courbes d’intensité de signal entre +15° et -15° d’inclinaison du faisceau ultrasonore dans une région d’intérêt d’un tendon
fléchisseur normal (bleu) vs graisse péritendineuse (vert). La courbe du tendon normal (bleue) présente un pic d’intensité du
signal marqué en rapport avec une anisotropie maximale (parallélisme des fibres). Remarquez que la courbe est quasiment
plate du fait de l’absence d’anisotropie significative dans la graisse péritendineuse (courbe verte).
91
Le tendon et son environnement
a b
Fig. 15 : Balayage angulaire en coupe sagittale d’une tendinopathie calcanéenne.
a) Cartographie du degré d’anisotropie (dl15) par balayage angulaire. Le tendon est normal sur sa face antérieure et son aniso-
tropie est élevée (en jaune). Le tendon pathologique postérieur est en violet, car son degré d’anisotropie est plus faible du fait
de la perte du parallélisme des fibres (tendinopathie).
b) Courbes d’intensité de signal entre +15° et -15° d’inclinaison du faisceau ultrasonore dans une région d’intérêt pathologique
(courbe bleue) vs zone tendineuse normale (courbe verte). Le tendon normal présente un important pic d’intensité du signal
(courbe verte) en rapport avec une anisotropie maximale (parallélisme des fibres). En zone pathologique (courbe bleue), le pic
d’anisotropie est très faible (perte du parallélisme normal des fibres).
a b
Fig. 16 : Balayage angulaire en coupe sagittale d’une tendinose d’un tendon fléchisseur superficiel de l’index.
a) Cartographie du degré d’anisotropie (dl15) par technique de balayage angulaire. Le tendon est normal sur sa face postérieure
et son anisotropie est élevée (jaune). La zone de tendinose antérieure est en violet, car son degré d’anisotropie est faible du fait
de la perte du parallélisme des fibres.
b) Courbes d’intensité de signal entre +15° et -15° d’inclinaison du faisceau ultrasonore dans une région d’intérêt correspondant
à la tendinose focale (courbe bleue) vs zone tendineuse normale (courbe verte). Le tendon fléchisseur normal présente un
important pic d’intensité du signal (courbe verte) en rapport avec une anisotropie maximale (parallélisme des fibres). En zone
pathologique (courbe bleue), le pic d’anisotropie est très faible (perte du parallélisme normal des fibres).
• La technique par onde le cisaillement : du fait (A = sagittal Vmean – axial Vmean)/sagittal Vmean)
de l’anisotropie tendineuse, la vitesse moyen- à A = 0.38 ± 0.31 ; lorsque le tendon est mis en
ne de l’onde de cisaillement Vmean est, comme tension à 0° de flexion de cheville passive, la
dans le muscle [19], plus élevée dans le sens Vmean en coupe sagittale augmente plus qu’en
de la fibre tendineuse que perpendiculaire- coupe axiale, résultant en une augmentation
ment. Le coefficient d’anisotropie relative du de l’anisotropie élastographique estimée à
tendon calcanéen est alors estimable au repos 0.87 ± 0.72.
92
L’échographie du tendon aujourd’hui et demain
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93
Vascularisation dans les tendinopathies
mécaniques
La tendinopathie est une altération du tendon Ce chapitre a pour but d’essayer de résumer les
consécutive à un excès de charge ou à des micro- données de la littérature concernant l’hypervascu-
traumatismes répétés [1]. Les études histologiques larisation dans les tendinopathies mécaniques, sur
démontrent dans la plupart des cas une proliféra- bases d’une série personnelle, d’une revue de la
tion angiofibroblastique plutôt que des phénomè- littérature récente et de données nouvelles de la
nes inflammatoires [2]. La tendinopathie est ca- physiopathologie.
ractérisée in vivo par une hypervascularisation du
tendon par rapport au tendon normal, hypervas-
cularisation qui peut être explorée par Doppler Matériel et méthodes
couleur ou par Doppler puissance, voire par écho-
graphie de contraste. Cent soixante-six patients (82 hommes et 84 fem-
mes) ont été explorés en échographie morphologi-
De nombreuses études ont essayé de corréler que en mode B, couplée à une étude en Doppler
cette hypervascularisation à la symptomatologie couleur et en Doppler puissance et à une éventuel-
ou au pronostic avec des résultats variables ou le analyse spectrale du flux, quand elle était possi-
contradictoires. ble. Ces patients étaient âgés de 19 à 91 ans, avec
un groupe plus important dans la tranche d’âge de
L’importante avancée technologique de ces der- 38 à 66 ans, et un âge moyen de 51,04 ans. Les si-
nières années en échographie permet l’étude des tes explorés étaient variables. L’exploration était
tendons avec une excellente résolution spatiale. basée sur l’indication clinique d’une douleur pou-
Les signes échographiques des tendinopathies mé- vant être d’origine tendineuse. Dans certains cas,
caniques sont en fait peu spécifiques [3], les modi- les patients présentaient plusieurs localisations
fications échographiques des tendons augmentant douloureuses, ce qui porte le nombre de tendons
avec l’âge, sans nécessairement être symptomati- supposés pathologiques à 173.
ques [4]. C’est pourquoi différentes équipes se sont
attachées à rechercher des signes plus spécifiques Parmi ces localisations, on trouve 68 tendons
des tendinopathies symptomatiques. Une hyper- épicondyliens latéraux, quatre tendons épicondy-
vascularisation tendineuse est fréquemment trou- liens médiaux, 15 tendons du supra-épineux,
vée en échographie Doppler couleur ou Doppler 13 tendons de mains et poignets (tendons de loca-
puissance sur ces tendons. La valeur clinique de lisation variable), 11 tendons patellaires, quatre
cette hypervascularisation reste discutée, mais tendons quadricipitaux, un tractus iliotibial,
l’association d’une hypervascularisation et de mo- 33 tendons calcanéens, trois tendons tibiaux anté-
difications échostructurales est beaucoup plus spé- rieurs, quatre tendons fibulaires, six tendons ti-
cifique d’une tendinopathie symptomatique que biaux postérieurs, un tendon gastrocnémien mé-
les modifications échostructurales seules [5-7]. dial et dix fascias plantaires. Dans 32 cas, on dis-
95
Le tendon et son environnement
Les tendons étaient examinés en mode B, avec Fig. 2 : Vue longitudinale d’un tendon épicondylien latéral :
vascularisation franche.
recherche des signes habituels de tendinopathie, à
savoir : épaississement, perte de l’aspect fibrillai-
re, aspect hypoéchogène, aspect flou des limites
tendineuses, présence de zones hypoéchogènes,
de fissurations, de calcifications. petite taille des vaisseaux étudiés, soit en raison
de mouvements imperceptibles du patient ou de
Les tendons étaient ensuite étudiés en mode l’opérateur.
Doppler couleur et Doppler puissance. La vascula-
risation était classée en trois catégories : absente,
minime (un ou deux spots millimétriques) (fig. 1) Résultats
ou franche (nombreux spots intratendineux ou ré-
seau vasculaire) (fig. 2). Parmi les 173 localisations pathologiques, trois
ont été éliminées sur base d’un aspect normal du
tendon à la fois sur l’image échographique et sur
l’étude Doppler, de l’interrogatoire du patient et de
découvertes échographiques qui expliquaient la
symptomatologie. Il s’agissait d’un patient avec un
conflit à hauteur de l’arcade de Fröhse, d’un pa-
tient avec une pathologie intra-articulaire du coude
et d’une patiente avec une pathologie cervicale.
96
Vascularisation dans les tendinopathies mécaniques
97
Le tendon et son environnement
pathies). Le terme de tendinite initialement utilisé initial. Un parallèle est possible avec les déchiru-
a été abandonné au profit des termes de tendinose res tendineuses macroscopiques. Au départ, la dé-
et de tendinopathie. Le terme “tendinite”, basé sur chirure s’accompagne d’un hématome.
l’aspect inflammatoire clinique initial était en
contradiction avec les modifications anatomopa- La cicatrisation tendineuse se divise en trois
thologiques trouvées, mais les prélèvements pro- phases qui peuvent partiellement se recouvrir :
venaient habituellement de tendinopathies chroni- • La phase aiguë est inflammatoire et se pour-
ques. L’analyse histologique trouve en effet non suit une semaine après le traumatisme envi-
pas des phénomènes inflammatoires aigus, mais ron. Durant cette phase, il y a une activation
des phénomènes de dégénérescence mucoïde et des plaquettes, des globules rouges et des cel-
de prolifération angiofibroblastique [2, 8]. Le ter- lules inflammatoires qui pénètrent le site trau-
me tendinose lui-même est moins employé, car matique et commencent à phagocyter les dé-
associé à une atteinte dégénérative seule [9, 10]. bris. Une série de médiateurs sont libérés par
Finalement, c’est le terme de tendinopathie qui est les plaquettes et ces cellules qui vont stimuler
actuellement utilisé dans la littérature. C’est toute- l’angiogenèse ainsi que la prolifération des fi-
fois un terme vague et qui regroupe plusieurs enti- broblastes et des ténocytes.
tés de pathogénie différente (mécanique, post- • La deuxième phase, appelée proliférative,
traumatique, médicamenteuse, métabolique, in- dure entre 5 et 21 jours. Les fibroblastes pro-
flammatoire ou systémique) [11]. duisent du collagène qui va augmenter la force
mécanique du tendon.
Cliniquement, la tendinopathie mécanique est • La troisième phase, de maturation et de remo-
caractérisée par une douleur tendineuse localisée, delage, peut durer jusqu’à une année. Pendant
de longue durée, liée à l’activité. cette phase, les connexions entre les fibres de
collagène augmentent et les capacités mécani-
La tendinopathie mécanique dépend d’une sur- ques du tendon s’améliorent.
charge ou de microtraumatismes répétés [1]. Les
tendons peuvent y répondre soit par une inflam- Lorsque les microtraumatismes se succèdent, il
mation de leur gaine, soit par une dégénérescence y a une détérioration progressive du collagène et
du corps tendineux lui-même, lorsqu’ils ne dispo- de la matrice extracellulaire, et un recouvrement
sent pas d’assez de temps pour cicatriser [10]. des différentes phases de cicatrisation. Il est pro-
bable que l’hypervascularisation soit présente
Fu propose une physiopathogénie en trois éta- avant les symptômes, ce qui expliquerait le nom-
pes : traumatisme, échec de cicatrisation et symp- bre de sportifs qui présentent une hypervasculari-
tomatologie clinique [11]. sation dans l’étude de Van Snellenberg et coll.
[12], ou le nombre élevé de coiffes des rotateurs
En fait, les phénomènes inflammatoires et la dé- hypervascularisées asymptomatiques [13]. Le pas-
générescence ne s’excluent pas et sont probable- sage à l’état symptomatique serait lié à la néo-in-
ment associés dans les tendinopathies mécani- nervation qui suit la prolifération angiofibroblasti-
ques. Dans une excellente revue de la littérature, que [14, 15]. Dans le même ordre d’idée, Kannus
Abate et coll. [9] rappellent que la pathogénie in- et Jozsa [16] rapportent une série de tendons cal-
trinsèque de celles-ci reste mal connue et que le canéens dans lesquels est survenue une rupture
débat reste ouvert entre inflammation et atteinte apparemment spontanée. Ils ont retrouvé des mo-
dégénérative. L’excès de charge et les microtrau- difications anatomopathologiques semblables à
matismes répétés semblent constituer l’élément celles de la tendinose, ce qui témoigne du fait que
98
Vascularisation dans les tendinopathies mécaniques
La vascularisation fait donc partie de la physio- Il est parfois difficile de caractériser les zones
pathogénie et de l’histoire naturelle de la tendino- hypoéchogènes intratendineuses de manière pré-
pathie, mais sa signification clinique est mal cise, et de différencier les zones de dégénérescen-
connue. ce mucoïde des zones de fissuration. Dans notre
expérience, certaines zones hypoéchogènes
Dans la littérature, on parle soit d’hypervascula- étaient en fait liées à des plages d’hypervasculari-
risation, soit de néovascularisation. Nous avons sation (fig. 4).
préféré le terme d’hypervascularisation, car le ten-
don normal est faiblement vascularisé. L’anatomie
vasculaire normale est par ailleurs variable d’un
tendon à l’autre [17].
99
Le tendon et son environnement
Par ailleurs, de nombreux tendons asymptoma- particulier les indices de résistivité. L’étude
tiques peuvent montrer des modifications échos- d’Ohberg et coll. [21], parle quelque peu des indi-
tructurales, voire aussi une hypervascularisation ces de résistivité, et retrouve contrairement à nos
en Doppler couleur ou en Doppler puissance [12, observations, des spectres résistifs. Une des figu-
13, 20], en particulier chez les sportifs. Cette hy- res de l’article de Zanetti et coll. [6] montre un
pervascularisation est particulièrement bien visi- spectre résistif. Ces flux résistifs pourraient bien
ble après exercice [18]. Chez un certain nombre s’expliquer dans certaines phases de la cicatrisa-
d’entre eux, cela pourrait indiquer un potentiel tion, mais cet aspect mériterait certainement une
d’évolution symptomatique après un entraînement étude longitudinale.
prolongé [30, 31].
Il a été démontré qu’une tendinopathie qui évolue
À l’opposé, tous les tendons symptomatiques ne bien sous traitement excentrique voit sa vasculari-
présentent pas une hypervascularisation en Dop- sation diminuer, ce qui serait lié au fait que l’exer-
pler couleur ou en Doppler puissance : la fréquen- cice excentrique va occlure les vaisseaux [25].
ce rapportée de cette hypervascularisation est de
50 à 100 % [6, 21-26]. Dans notre étude, nous De même, la phase de cicatrisation qui suit l’in-
l’avons trouvée dans 84 % des tendons pathologi- jection de concentrés plaquettaires dans les ten-
ques. En analysant nos résultats, les cas qui ne dons épicondyliens latéraux est suivie conjointe-
présentaient pas d’hypervascularisation s’expli- ment d’une amélioration morphologique et d’une
quaient par une localisation profonde, comme les augmentation de la vascularisation à 6 mois [8].
tendons de la coiffe, ou par une localisation exi-
geant une pression de la sonde, comme le fascia On peut supposer que l’évolution des indices de
plantaire, ou encore par la durée d’évolution résistivité est comparable à celle que l’on retrouve
(symptomatologie très récente de moins de 72 heu- dans les cals osseux [34].
res ou pathologie très chronique durant depuis
plus d’une année). Dans notre série, nous avons trouvé peu ou pas
d’hypervascularisation dans les tendinopathies ré-
Richards et coll. [32] ont démontré une relation centes (datant de moins de deux semaines), une
entre la vascularisation du tendon calcanéen et importante proportion (85,6 %) d’hypervasculari-
certains critères morphologiques comme l’épais- sation dans les tendinopathies actives (jusqu’à
seur du tendon, mais n’ont pas trouvé de corréla- 6 mois) avec le plus souvent des indices de résisti-
tion entre l’hypervascularisation et la durée des vité bas, et enfin lors de l’évolution, soit l’appari-
symptômes. Divani et coll. [33] trouvent une asso- tion de flux résistifs, soit la diminution de l’hyper-
ciation significative entre la douleur cliniquement vascularisation. Ceci pourrait être le témoin d’une
déterminée, l’épaisseur du tendon, et le site de évolution favorable (avec tout d’abord l’apparition
vascularisation maximale. de flux résistifs, puis la diminution des structures
vasculaires) (fig. 5) ou d’une évolution défavorable
Plusieurs auteurs ont démontré que la présence (avec déficit du processus de cicatrisation) [35].
d’une hypervascularisation ne constituait pas un
facteur pronostique, en particulier sur l’évolution Comme dans la littérature, nous avons trouvé
après traitement [6, 25]. dans quelques cas une vascularisation dans les
tendons non symptomatiques, qu’ils soient ou non
La littérature est pauvre en ce qui concerne de morphologie normale. Dans 50 % de nos ten-
l’analyse spectrale des vaisseaux détectés et en dons épicondyliens latéraux, une vascularisation
100
Vascularisation dans les tendinopathies mécaniques
101
Le tendon et son environnement
36], mais ceci dépend du type d’appareillage et des produit de contraste et à la fréquence des sondes
réglages. Dans notre expérience, il n’y avait pas de utilisées [17, 38].
différence nette entre les deux techniques (fig. 7).
Une étude récente démontre sa faisabilité avec
une méthode de quantification possible [8]. Dans
la pratique quotidienne, toutefois, la lourdeur de
l’investigation devrait faire préférer l’échographie
Doppler couleur ou puissance.
102
Vascularisation dans les tendinopathies mécaniques
Fig. 9a : Vue longitudinale d’un tendon patellaire symptoma- Fig. 9b : Genou étendu, le tendon n’est plus sous tension,
tique. Le tendon est sous tension, genou partiellement fléchi et l’étude en Doppler couleur retrouve une hypervasculari-
à 30° et le Doppler couleur ne démontre aucun flux intra- ou sation franche à la face profonde de la région proximale du
péri-tendineux. tendon.
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IRM et autres techniques d’imagerie
dans les tendinopathies
N. Sans, M. Faruch, M-A. Bayol, F. Lapegue, H. Chiavassa, J-J. Railhac, J-L. Brasseur
105
Le tendon et son environnement
106
IRM et autres techniques d’imagerie dans les tendinopathies
Une approche différente prenant en compte ces Séquences avec injection de produit de
propriétés tissulaires est à l’origine du développe- contraste
ment de séquences permettant de visualiser et de
différencier les principaux tissus du système mus- Concernant la pathologie tendineuse, il existe
culosquelettique. Différents auteurs ont ainsi dé- en général un rehaussement précoce dépendant
montré la possibilité de récupérer un signal IRM directement de la vascularisation tissulaire et de la
des tissus collagéniques du tendon, par l’emploi perméabilité capillaire locale. Cette technique est
de temps d’écho ultracourt (< 1 ms) et de séquen- également utilisée avec succès dans l’évaluation et
ces d’acquisition radiale (fig. 3). D’un point de vue le suivi évolutif des tendinopathies, où on retrouve
technique, ces séquences à TE ultracourt utilisent une corrélation nette entre le degré de rehausse-
une demi-impulsion de radiofréquence, ce qui né- ment et les marqueurs histologiques ou biologi-
cessite d’utiliser successivement les deux polarités ques de la maladie [13] ainsi que la réponse au
du gradient de sélection, puis de combiner les traitement [14].
données des deux acquisitions.
L’injection de produit de contraste semble donc
À titre informatif, en dehors de l’étude du ten- un outil essentiel de la différenciation entre lésion
don, d’autres utilisations de ces séquences à TE séquellaire et lésion active, puisqu’il est mainte-
ultracourt ont été proposées en imagerie muscu- nant bien établi que dans ces dernières, des pédi-
losquelettique, en particulier celle permettant de cules neurovasculaires sont présents expliquant
quantifier la porosité de l’os cortical [9-12]. cette association entre syndrome algique et vascu-
larisation [3, 13, 15].
107
Le tendon et son environnement
108
IRM et autres techniques d’imagerie dans les tendinopathies
Fig. 6 : Rupture tendineuse partielle. IRM en séquence T2 en qu’on ne la trouve pratiquement jamais en cas de
coupe sagittale du tendon calcanéen : interruption partielle lésion centrotendineuse.
des fibres visualisée, dans le plan transversal, par la présence
d’images nodulaires en hypersignal au sein du tendon.
La tendinopathie focale
La fissuration intratendineuse
Cette tendinopathie est liée à la formation d’un
Elle correspond à une dissection des fibres dans nodule cicatriciel, phénomène de réparation d’une
le plan longitudinal. On trouve en IRM un tendon microrupture ou secondaire à une désorganisation
clivé en deux bandes distinctes par une zone en focale de la structure fibrillaire du tendon.
hypersignal T2 (fig. 7). Les autres types d’examen
sont moins utiles, le ténoscanner (dont les indica- Le tendon apparaît fusiforme sur les coupes lon-
tions ont quasiment disparu) en particulier ne sera gitudinales et arrondi dans le plan axial. On distin-
contributif que s’il existe une communication entre guera les nodules purement tissulaires de ceux
la gaine du tendon et la fissure intratendineuse. comportant un contingent kystique en hypersignal
T2 (fig. 8) ; ces derniers correspondent à un échec
Les sites de prédilection de ces fissures sont bien du processus de cicatrisation, susceptible de mo-
connus : tendon du court fibulaire, tendon tibial difier la thérapeutique (sanction souvent chirurgi-
postérieur, tendon biceps brachial ou tendon cal- cale des lésions kystiques). Le caractère actif de
canéen. Une réaction péritendineuse accompagne ces nodules cicatriciels est habituellement estimé
fréquemment ce type de lésion si la fissure atteint sur leur vascularisation étudiée en Doppler ou
la surface du tendon (fissure communicante) alors après injection de Gadolinium.
109
Le tendon et son environnement
Les enthésopathies
La tendinopathie globale
Elles correspondent à une atteinte de la zone
Elle entraîne une modification morphologique d’insertion tendineuse sur la pièce osseuse. Elles
du tendon qui devient fusiforme avec perte de l’as- ont pour étiologie soit une origine mécanique (pa-
pect parallèle de ses bords et déformation ovoïde thologie de surutilisation sportive par exemple),
sur les coupes axiales. D’un point de vue histopa- soit une origine inflammatoire (spondyloarthropa-
thologique, il s’agit d’une désorganisation des fi- thie débutante en particulier). Les enthésopathies
bres de collagène et d’un remaniement hyperos- aiguës se manifestent par un élargissement en hy-
molaire de la substance intermédiaire de protéo- persignal T2 de l’insertion tendineuse. Des zones
glycanes responsable de l’hypersignal T2. réactionnelles hypervascularisées peuvent être vi-
sualisées ; en fonction de leur localisation, on dis-
Comme dans la tendinopathie focale, aucune in- tingue les atteintes mécaniques où l’hypervascula-
flammation “vraie” n’est présente au niveau du risation est située au sein même du tendon et prin-
tendon en cas d’atteinte mécanique. Si ces formes cipalement autour de la zone d’enthésopathie,
de tendinopathies prédominent en pathologie alors qu’en cas d’atteinte inflammatoire les lésions
(sportive, surutilisation professionnelle), il ne faut d’hyperhémie se trouveront au niveau de la corti-
pas oublier la possibilité du rôle toxique de cer- cale osseuse. Cette dernière notion est actuelle-
tains médicaments et en particulier des fluoroqui- ment contestée par certains qui ne retrouvent une
nolones pouvant être à l’origine de rupture, mais hypervascularisation de la corticale dans l’enthé-
aussi de différentes tendinopathies. site que si cette corticale est érodée.
110
IRM et autres techniques d’imagerie dans les tendinopathies
La péritendinopathie
Aspects postopératoires
Fig. 10 : IRM de la cheville réalisée en coupe sagittale en séquence T2 (a), en séquence densité de protons et saturation du signal
de la graisse (b) et en coupe axiale en séquence T1 après injection de gadolinium et saturation du signal de la graisse (c) : on note
une prise de contraste correspondant à une vascularisation réactionnelle autour de cette zone d’enthésopathie chronique. Cette
hypervascularisation témoigne du caractère évolutif de la lésion.
111
Le tendon et son environnement
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Tendons et bourses séreuses :
qu’est-ce qui fait mal ?
113
Le tendon et son environnement
114
Tendons et bourses séreuses : qu’est-ce qui fait mal ?
Cette inflammation si caractéristique est ainsi dé- coiffe non perforée et dans la bourse sous-acro-
crite dans l’accès goutteux, mais aussi dans les ac- miale [15]. Cette hypothèse biochimique condui-
cès à PCa, voire à pyrophosphate de calcium. rait à envisager des traitements qui modifieraient
le milieu biochimique plutôt qu’essayer de réduire
La cytokine pro-inflammatoire clé de cette in- l’inflammation [14].
flammation est encore une fois l’IL-1β. In vitro, les
cristaux de PCa induisent la production et la sé- Hyperalgie
crétion locale d’IL-1β via l’activation de l’inflam- Le message nociceptif initial peut être amplifié
masome NLRP3. In vivo dans un modèle de périto- par des mécanismes d’hyperalgésie :
nite à microcristaux de PCa, l’inflammation dé- • L’hyperalgésie primaire concerne les tissus lé-
pend aussi de l’activation et de la sécrétion locale sés, les substances libérées augmentant l’in-
d’IL-1β, mais selon d’autres voies intracellulaires flammation au niveau lésionnel. Elle se traduit
que celles de la voie de l’inflammasome NLRP3 [9] par une modification des réponses avec un
avec un débat encore ouvert [8, 10]. seuil d’activation plus bas, une latence dimi-
nuée, des réponses exagérées aux stimuli ha-
Chez l’homme, une courte série ouverte vient de bituels non nociceptifs (allodynie), voire une
montrer la rapide efficacité de l’inhibiteur de l’IL-1 activité spontanée.
sur son récepteur, l’anakinra à raison de trois in- • L’hyperalgésie secondaire est une hyperalgé-
jections sous-cutanées de 100 mg sur trois jours sie qui se propage en tache d’huile. Les fibres
dans des formes réfractaires aux traitements adjacentes au site lésionnel sont sensibilisées
conventionnels dans des tendinites calcifiantes de par la libération de neuropeptides algogènes
la coiffe des rotateurs [11]. (substance P, CGRP) présents dans le ganglion
rachidien et qui vont circuler par voie antidro-
Douleur chronique mique le long des fibres nociceptives activées.
Diverses études anatomopathologiques in vivo Ces neuropeptides sont libérés sur le site lé-
chez l’homme au moyen d’électrodes insérées sionnel ainsi qu’à la périphérie de la lésion ini-
dans les tendons calcanéens par exemple, et ex tiale et vont intéresser progressivement tous
vivo, ont montré l’absence d’inflammation dans les tissus sains adjacents. Une hyperalgésie
les tendons douloureux de façon chronique et siè- secondaire est mise en avant chez ceux qui ont
ges d’une tendinose ou de nodules douloureux des douleurs chroniques de la coiffe des rota-
[12, 13]. Ceci est vrai pour les tendons calcanéens, teurs. Dans les syndromes de conflit chroni-
patellaires, les tendons épicondyliens et épitro- que à l’épaule, le seuil de douleur des patients
chléens, les tendons de la coiffe des rotateurs [14]. est abaissé par rapport à un groupe témoin
Il n’y a pas d’expression de PGE2, prostaglandine [16]. Cela n’est pas lié à l’âge, au poids, mais
impliquée dans les douleurs de type inflammatoi- semble être en rapport avec une altération du
re. L’inflammation ne peut donc pas expliquer les contrôle central de la douleur.
douleurs chroniques. En revanche, il a été mesuré
des taux élevés de glutamate, un neurotransmet-
teur excitateur des voies nociceptives [12, 13]. Il a Qu’est-ce qui fait mal ?
aussi été observé, chez des patients avec une rup- Données de l’imagerie
ture tendineuse de la coiffe des rotateurs non
transfixiante, plus douloureux que des patients L’idéal eut été de pouvoir mettre en concordance
avec une rupture complète, un taux élevé de subs- des douleurs avec des images caractéristiques,
tance P, neurotransmetteur nociceptif, dans la mais il n’y a pas d’image spécifique de la douleur
115
Le tendon et son environnement
pour ce qui concerne le tendon ou la bourse. En biceps, peut être observé sur une épaule asympto-
effet, on trouve les mêmes aspects chez des sujets matique. Ces constatations d’atteinte tendineuse
asymptomatiques et chez des sujets douloureux. dégénérative asymptomatique ne sont pas limitées
à la région de l’épaule [22, 23].
Illustration de la complexité du
problème : cas de l’épaule Ruptures tendineuses de la coiffe des
rotateurs asymptomatiques et ruptures
Imagerie des épaules asymptomatiques symptomatiques
L’épaule peut servir de modèle pour démontrer Il est difficile de savoir pourquoi certaines ruptu-
la complexité de cette question : qu’est-ce qui fait res de la coiffe des rotateurs sont asymptomati-
mal ? Si l’on réalise une échographie de la coiffe ques et d’autres symptomatiques. Environ deux
des rotateurs à des sujets asymptomatiques de tiers des patients avec une rupture de la coiffe des
plus de 40 ans, la prévalence des anomalies est rotateurs n’ont pas de signe clinique [24]. Les fac-
très élevée [17] : teurs retrouvés lorsqu’il existe des symptômes,
• épaississement de la bourse sous-acromiale notamment la douleur, liés à une rupture de la
(78 % [17]), coiffe des rotateurs sont : la localisation au bras
• arthrose acromio-claviculaire (65 % [17]), dominant, un signe de conflit à l’examen clinique,
• tendinopathie du supra épineux (39 % [17]) et une faiblesse de la rotation externe [24], une lar-
du subscapulaire (25 % [17]), geur plus grande de la rupture (23 mm chez les
• rupture complète (transfixiante) du tendon su- patients symptomatiques et 17 mm chez les pa-
pra épineux : (6 % [18], 7,6 % [19], 7,8 % [17], tients asymptomatiques [25]).
15 % [20]), voire davantage si l’on s’intéresse à
une population plus âgée. En effet, la préva- Il est également difficile de savoir pourquoi une
lence des ruptures augmente avec l’âge [21]. rupture de coiffe qui était asymptomatique de-
La rupture complète du tendon supra épineux vient symptomatique. Une cohorte de 195 patients
s’accompagne d’un épanchement dans la avec une rupture de la coiffe des rotateurs asymp-
bourse sous-acromiale dans 40 % des cas de tomatique a été suivie sur deux ans avec analyse
l’étude de Girish [17]. Les ruptures complètes des paramètres suivants : taille de la rupture ten-
asymptomatiques des tendons autres que le dineuse, infiltration graisseuse des muscles de la
supra épineux sont rares. coiffe, mobilité de l’articulation gléno-humérale,
• rupture partielle de la coiffe des rotateurs : fonction de l’épaule. Ces paramètres ont été com-
17,2 % [21] – 24 % [17]. Les ruptures partielles parés chez les patients qui sont devenus sympto-
du tendon supra épineux sont surtout situées matiques (44 patients) et ceux qui sont restés
sur la face superficielle du tendon. asymptomatiques [26] :
• atrophie du petit rond. • Il a ainsi été montré que les patients qui déve-
loppent des douleurs de l’épaule ont une rup-
Ainsi, tout le spectre des anomalies décelables ture tendineuse dont la taille s’est majorée par
sur l’examen échographique d’une épaule doulou- rapport à la taille initiale, alors que les ruptu-
reuse, excepté peut-être la tendinopathie du long res qui restent asymptomatiques n’ont pas subi
116
Tendons et bourses séreuses : qu’est-ce qui fait mal ?
117
Le tendon et son environnement
A F
E G D
Fig. 1 : Tendinopathie calcifiante du tendon tibial postérieur chez un homme de 36 ans, avec une symptomatologie douloureuse
marquée depuis deux jours.
A) Radiographie de la cheville de face montrant les calcifications (flèches).
B, C, D) Echographie-Doppler montrant la ténosynovite du tibial postérieur et les calcifications.
E) Scanner, image coronale en fenêtre osseuse.
F, G) Scanner, images axiales en fenêtre osseuse et parenchymateuse. Il existe une calcification dense, ronde, et un semis de
petites calcifications plus pâles (flèches).
118
Tendons et bourses séreuses : qu’est-ce qui fait mal ?
A C D
B E F
Fig. 2 : Bursite sous acromiale d’évolution spontanément favorable, possiblement en rapport avec un conflit sous acromial.
Patiente de 30 ans, Mauritienne, ayant des douleurs de l’épaule gauche depuis deux mois environ, sans traumatisme. Horaire
inflammatoire des douleurs avec réveils nocturnes, et absence d’amélioration par le repos. Forte prise de poids au cours des der-
niers mois. Evolution spontanément favorable en quelques semaines.
A, B) Radiographies de face et de profil montrant un acromion avec un bec (Type III de Bigliani) (flèche).
C) IRM, image axiale T2 avec saturation du signal de la graisse.
D) IRM, image axiale T1.
E) IRM, image axiale T1 avec saturation du signal de la graisse après injection de gadolinium. Ces images montrent un
épanchement de la course sous-acromio-deltoïdienne (flèche en pointillés), et un épaississement et une franche prise de
contraste de ses parois (flèche en trait plein).
F) IRM de contrôle réalisée 3.5 mois après la précédente, patiente asymptomatique, image axiale T2 avec saturation du signal
de la graisse, montrant la disparition de la bursite.
119
Le tendon et son environnement
A B C
Fig. 3 : Conflit rétrocalcanéen (maladie de Haglund) chez un homme de 47 ans ayant des douleurs chroniques, mécaniques, de
la face postérieure de la cheville gauche.
A) IRM, image sagittale en densité de protons avec saturation du signal de la graisse.
B) IRM, image sagittale T1.
C) IRM, axiale en densité de protons avec saturation du signal de la graisse. Les images montrent une bursite rétrocalcanéenne
(flèche en trait plein) des anomalies de signal de type œdème du tissu graisseux (flèche en pointillés) et de la grosse tubérosité
du calcaneus, et une désinsertion des fibres profondes du tendon calcanéen qui s’insère bas.
120
Tendons et bourses séreuses : qu’est-ce qui fait mal ?
A B
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122
Tendons et os sésamoïdes
L’existence d’os intratendineux est connue de- exclusivement des éléments squelettiques et donc
puis l’Antiquité. Galien (v. 131-201) décrivait ainsi des caractères ostéo-articulaires) ; 3) l’embryolo-
dans son traité De usu partium des “os appelés gie et l’organogenèse, étude comparative descrip-
sésamoïdes qui sont placés par surcroît auprès de tive et/ou dynamique des stades successifs de l’on-
plusieurs articulations des pieds et des mains togenèse ou développement de l’individu.
dans un but de protection” (Livre II, Chapitre XII)
[1]. Les os sésamoïdes font, sur la forme, les déli- L’étude de la morphologie évolutive ne relève
ces des atlas de variantes radiologiques de la nor- pas que d’une simple curiosité intellectuelle ou de
male [2, 3, 4], mais ils restent souvent mal inter- la culture générale, mais constitue bien une appro-
prétés sur le fond, et ce malgré de remarquables che essentielle pour la compréhension de la signi-
travaux déjà anciens et notamment l’étude de fication biologique des structures [11]. Pour l’ap-
Gillette [5], parue en 1872, et les recherches du pareil locomoteur, en particulier, les caractéristi-
strasbourgeois Wilhelm Pfitzner (1853-1903) [6, ques morphologiques observées au sein d’une es-
7] avec en particulier un article publié en 1892 et pèce sont liées à deux concepts biologiques
restant, après plus d’un siècle, une référence in- principaux : 1) la phylogenèse et la spéciation,
contournable [8, 9, 10]. Ces os sont souvent consi- avec les notions d’ancêtre et de relations et distan-
dérés, à tort, comme des os accessoires, ossae ac- ces phylogénétiques, c’est-à-dire de parenté plus
cessoriae, ou des os surnuméraires, ossae supra- ou moins proche entre les espèces animales ; 2)
numerariae, fruits du hasard ou jeux de la nature, les relations structures-fonctions au cours de
lusi naturae ; mais à l’instar des variantes artériel- l’évolution, comprises par l’étude de l’anatomie
les, telle l’artère subclavière droite naissant à gau- fonctionnelle et de la biomécanique des modes lo-
che considérée comme une artère “joueuse”, arte- comoteurs des diverses espèces considérées, tout
ria lusoria, les os sésamoïdes répondent à des rè- en soulignant que seules les caractéristiques spé-
gles biologiques précises. cifiques contrôlées génétiquement sont informati-
ves sur le plan évolutif.
Seules des approches comparatives permettent
d’éclairer de manière instructive la signification Le présent chapitre a pour objectif d’attirer l’at-
fondamentale des structures [11]. Trois approches tention du clinicien et de l’imageur sur les particu-
complémentaires principales peuvent être utilisées larités anatomiques et radiologiques, normales et
en morphologie évolutive : 1) l’anatomie compa- pathologiques, de ces os étonnants ; de définir, in-
rée, étude comparative des dispositions morpholo- ventorier et replacer les os sésamoïdes dans un
giques chez les diverses espèces animales actuel- cadre morphologique et biologique rigoureux ; et
les ; 2) la paléontologie, étude comparative des d’évoquer les principales pistes concernant leur
espèces disparues et fossiles (concernant presque signification fonctionnelle et évolutive.
123
Le tendon et son environnement
124
Tendons et os sésamoïdes
125
Le tendon et son environnement
cassole ; diminutif patella = patelle, petit plat bella latérale n’est plus qu’une variante de la nor-
creux servant aux sacrifices, assiette) ; il est à no- male observée chez environ 10 % des individus [8,
ter que le terme de “patelle” désigne également un 23, 25, 26, 27], et la fabella médiale peut être consi-
ensemble d’espèces de Gastéropodes (genre Pa- dérée comme ayant totalement disparue. Lorsqu’el-
tella) présentant une coquille de forme sensible- le est présente, la fabella (latérale), articulée avec
ment conique. le condyle fémoral latéral, participe à la constitu-
tion de l’articulation du genou (“articulation
La patella, articulée avec la trochlée fémorale, condylo-fabellaire”) et est donc à la fois intraten-
participe à la constitution de l’articulation du ge- dineuse et intracapsulaire (“coque condylienne”
nou (articulation fémoro-patellaire) et est donc à latérale) ; sa présence s’accompagne d’une fos-
la fois intratendineuse et intracapsulaire. Elle peut sette au niveau du cartilage condylien en regard,
être considérée comme constante chez les Mam- visible en dissection, mais également en IRM,
mifères, et en particulier chez les Primates et dans créant ainsi une “petite surface articulaire propre”
l’espèce humaine où seuls de rares cas d’absence, au sein de la grande articulation du genou. La fa-
souvent syndromiques, ont été décrits. Chez les bella est située au sein d’un complexe anatomique
Marsupiaux, constituant un groupe mammalien impliquant les origines du chef latéral du muscle
primitif, la patella correspond pour la plupart des gastrocnémien et du muscle plantaire, le ligament
espèces à une simple différenciation fibrocartila- poplité oblique, le ligament poplité arqué, et le li-
gineuse “patelloïde” du tendon quadricipital ; seuls gament fibulo-fabellaire.
les Bandicoots (famille des Péramélidés) présen-
tent une patella osseuse typique [24].
Os sésamoïde du muscle poplité
= cyamella
Os sésamoïde du chef latéral du muscle
gastrocnémien = fabella (latérale) Chez la plupart des mammifères, un os sésamoï-
de est constant dans le tendon d’origine du muscle
Chez la plupart des Mammifères, un os sésamoï- poplité au niveau de sa réflexion contre l’angle
de existe de manière constante au niveau du ten- postéro-latéral du condyle tibial latéral et à proxi-
don d’origine de chacun des deux chefs (médial et mité de la jonction musculotendineuse [8, 20, 23,
latéral) du muscle gastrocnémien [8, 20, 23]. Cha- 28]. Comme pour la fabella, la dénomination de
cun de ces os est également dénommé “fabella” par “cyamella” est donnée par analogie de forme bota-
analogie de forme botanique avec une fève (du latin nique avec une fève (du grec kuamos, en latin cya-
faba = fève ; diminutif fabella = petite fève), graine mus = fève d’Égypte ; diminutif cyamella = petite
de la plante du même nom (espèce Vicia faba, an- fève), citée en particulier par Pline et correspon-
ciennement Faba vulgaris, famille des Légumineu- dant au Lotus sacré (espèce Nelumbo nucifera, an-
ses ou Fabacées). La fabella latérale est générale- ciennement Nymphea nelumbo, famille des Légu-
ment plus volumineuse que la fabella médiale. mineuses ou Fabacées).
Les fabellas médiale et latérale sont constantes Chez les Primates, cet os sésamoïde poplité est
chez la plupart des Primates. Chez les Hominoï- constant chez les Prosimiens et chez certains Sin-
des (Gibbon, Orang-outan, Gorille, Chimpanzé et ges du Nouveau-Monde (Callitrichidés). Il est in-
espèce humaine), elles ont tendance à disparaître constant chez d’autres Singes du Nouveau-Monde
et deviennent inconstantes, plus particulièrement (Atélidés) et chez l’Orang-outan ; il est absent, ou
la fabella médiale. Dans l’espèce humaine, la fa- très rare, chez les Cébidés, les Singes de l’Ancien
126
Tendons et os sésamoïdes
Os sésamoïdes métacarpo- et
métatarso-phalangiens
127
Le tendon et son environnement
Fig. 2 : Os sésamoïdes métatarso-phalangiens de l’hallux. Coupes anatomiques transversale (frontale) (a) et horizontale (b) mon-
trant la situation des os sésamoïdes dans un complexe tendineux, ligamentaire, et fibrocartilagineux. SM : os sésamoïde médial.
SL : os sésamoïde latéral.
128
Tendons et os sésamoïdes
129
Le tendon et son environnement
environ 10 % des individus [8, 56, 57, 58]. Situé au fonctionnels évolutifs. Certains auteurs ont pu
bord médial du tarse, il a des rapports étroits avec suggérer que les os sésamoïdes des rayons digi-
la tubérosité de l’os naviculaire. Certains auteurs taux (en particulier au niveau de l’hallux humain)
l’interprètent comme un os sésamoïde dans le ten- correspondaient à une adaptation du tissu fibreux
don de terminaison du muscle tibial postérieur, lors de compressions capsulaires importantes ou
mais l’absence de réflexion du tendon à ce niveau, de frottements répétés contre le support locomo-
l’absence de surface articulaire, et le manque de teur, et donc une réponse à des contraintes extrin-
données d’anatomie comparée permettant de défi- sèques. Mais l’anatomie comparée démontre que
nir une éventuelle homologie n’autorise pas, à ces os sont des adaptations à des contraintes inter-
l’heure actuelle, d’interprétation biologique et nes, puisque les articulations métacarpo- et méta-
évolutive univoque. tarso-phalangiennes sont en hauteur et à distance
du sol chez les digitigrades ou les onguligrades
(par exemple, Artiodactyles et Périssodactyles)
Signification biologique, avec malgré tout des os sésamoïdes très dévelop-
évolutive et fonctionnelle pés ; la présence de la patella dans le tendon du
muscle quadriceps fémoral au genou en est un
La signification biologique, évolutive et fonc- autre exemple démonstratif de l’absence de
tionnelle des os sésamoïdes a fait l’objet de nom- contact avec un élément externe.
breux travaux et moult controverses [5, 8, 20, 59,
60]. Leur interprétation dans l’espèce humaine né- Les hypothèses les plus répandues sur l’intérêt
cessite impérativement de pouvoir disposer et de des os sésamoïdes intratendineux sont :
tenir compte de données systématiques et dé- 1) un rôle de protection et de renforcement ten-
taillées d’anatomie comparée, et en particulier dineux ;
chez les autres Primates [8, 11, 12, 20, 23, 28, 36]. 2) une augmentation de l’efficacité mécanique
Les os sésamoïdes constants (patella, os sésamoï- pour les muscles concernés et leurs tendons
des métacarpo-phalangiens du pouce, et os sésa- correspondants.
moïdes métatarso-phalangiens de l’hallux) ne po-
sent pas de problèmes particuliers. Les os sésa- L’effet protecteur tendineux par diminution de
moïdes inconstants (de fréquents à exceptionnels) friction est toutefois assuré par ailleurs dans l’or-
sont tous des variantes de la normale pouvant être ganisme par d’autres spécialisations efficaces
interprétées comme des structures régressives ou comme les gaines synoviales et les bourses péri-
vestigiales (= rudiments) et correspondant alors à tendineuses. L’intérêt biomécanique est comparé
la persistance chez certains individus de l’expres- par certains auteurs au principe du “cabestan”, et
sion de structures ancestrales ayant perdu leur si- par d’autres au principe du “pivot” ou du “ful-
gnification fonctionnelle. Dans l’espèce humaine, crum”. La présence de l’os peroneum en regard du
pour un os sésamoïde donné : cuboïde laisserait à penser qu’il protège le tendon
1) la présence est un caractère primitif (= an- du muscle long fibulaire lors de son changement
cestral) dit plésiomorphe (plésiomorphie) ; de direction au bord latéral du pied ; or, il est pos-
2) l’absence, un caractère dérivé (= nouveau) sible de constater que l’os peroneum a une topo-
dit apomorphe (apomorphie). graphie légèrement plus proximale avant le niveau
de l’angulation du trajet tendineux. La fonction
Le maintien et/ou la disparition d’os sésamoïdes des os sésamoïdes métatarso-phalangiens de l’hal-
sont, pour une espèce donnée, le résultat de la lux serait d’une part l’éloignement du tendon du
combinaison de facteurs génétiques et de facteurs muscle court fléchisseur de l’hallux du centre de
130
Tendons et os sésamoïdes
131
Le tendon et son environnement
Fig. 5 : Fabella (latérale) d’aspect pathologique. Radiographies du genou de face (a) et de profil (b).
Diagnostic différentiel difficile entre une fracture ou une partition de la fabella, ou encore des ostéochon-
dromes intra-articulaires.
incidences classiques, l’os sésamoïde peut être su- de lésion des tissus mous, en particulier d’une rup-
perposé à un os adjacent et doit être dégagé sur ture tendineuse, ligamentaire ou fibrocartilagineu-
des incidences complémentaires. L’imagerie en se. Les anomalies morphologiques peuvent, quant
coupe peut démontrer la localisation intratendi- à elles, correspondre à des anomalies de dévelop-
neuse de l’os sésamoïde (échographie, IRM) et pement (partition notamment) ou à diverses lé-
confirmer sa structure osseuse en comparant son sions ostéo-articulaires. Le caractère symptomati-
signal magnétique à celui des os adjacents (IRM, que d’un os sésamoïde est souvent un diagnostic
fig. 4) ainsi que la présence d’une corticale externe d’élimination après avoir écarté les diagnostics les
et de travées osseuses centrales (scanner). Cette plus fréquents intéressants la région explorée.
sémiologie est utilisée lors d’une hésitation dia-
gnostique entre un os sésamoïde rare du genou L’échographie, le scanner et l’IRM complètent
comme la cyamella et un ostéochondrome. L’os sé- très utilement la radiographie dans le diagnostic
samoïde identifié, la lecture de l’imagerie tente de des pathologies sésamoïdiennes en étudiant leur
répondre à deux questions : environnement anatomique immédiat et notam-
1) la position de l’os sésamoïde est-elle nor- ment le tendon porteur. En IRM, la présence d’un
male ? os sésamoïde intratendineux entraîne des modifi-
2) présente-t-il une anomalie morphologique pa- cations de signal du tendon. Ces anomalies de si-
thologique ? gnal peuvent être observées, par exemple, dans le
trajet pré-terminal du tendon du muscle tibial pos-
L’anomalie de position d’un os sésamoïde sur une térieur [58]. La présence de l’os peroneum peut
simple radiographie est un excellent signe indirect aussi simuler une pseudo-rupture du tendon long
132
Tendons et os sésamoïdes
Pathologies sésamoïdiennes
133
Le tendon et son environnement
Fig. 7 : Fracture de l’os sésamoïde métatarso-phalangien médial de l’hallux. Radiographies en incidences de face (a) et oblique
dorso-latérale (b) ; coupe échographique sagittale (c) ; et IRM sagittale T1 (d). Écart interfragmentaire (double flèche) impor-
tant ; les deux fragments osseux espacés (flèches creuses) étant démontrés par les différentes modalités d’imagerie.
134
Tendons et os sésamoïdes
135
Le tendon et son environnement
Fig. 10 : Fracture de l’os peroneum avec important déplacement postérieur dans la gouttière rétromalléolaire latérale :
signe pathognomonique d’une rupture du tendon du muscle long fibulaire. Radiographies (a-b) ; échographie rétro-mal-
léolaire axiale (c) et longitudinale (d). (clichés du Dr P. Peetrons).
136
Tendons et os sésamoïdes
Fig. 11 : Subluxation latérale des os sésamoïdes métatarso- Fig. 12 : Fabella (latérale) et interligne articulaire condylo-
phalangiens de l’hallux par rapport à la tête du premier os fabellaire d’aspect dégénératif dans le cadre d’une arthropa-
métatarsien dans le cadre d’un hallux valgus. Radiographie thie microcristalline. Radiographie de profil du genou.
en incidence axiale (dite de Guntz).
137
Le tendon et son environnement
Fig. 13 : Fabella (latérale) symptomatique dans le cadre d’une douleur postérolatérale isolée non trauma-
tique du genou. IRM sagittale T1 (a) et DP fatsat (b).
Fig. 14 : Os peroneum légèrement irrégulier avec petite calcification adjacente dans le cadre d’un syndrome
douloureux du bord latéral du pied. Radiographie (a) ; échographie (b) avec des irrégularités corticales et une
hypervascularisation intratendineuse en mode Doppler.
138
Tendons et os sésamoïdes
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141
Tendons et articulations :
le fléchisseur radial du carpe
et autres exemples
L’objet de ce chapitre est d’aborder les tendino- chisseurs du pouce et des doigts par une expan-
pathies secondaires à une arthropathie lorsque les sion du rétinaculum et ne fait donc pas partie
rapports anatomiques du tendon avec l’articula- “stricto sensu” du contenu du canal carpien.
tion sont très étroits, l’exposant aux pathologies
articulaires. Le tendon du muscle fléchisseur ra- Lorsqu’il arrive au niveau du poignet, le FRC
dial du carpe a été choisi pour illustrer ce propos. est immédiatement au contact d’une concavité du
Les tendons ayant un trajet intra-articulaire (chef scaphoïde, située à proximité du tubercule du
long du biceps brachial et tendon poplité) ou une scaphoïde.
face articulaire (supra-épineux) ne seront pas
abordés dans ce chapitre.
Introduction anatomique
143
Le tendon et son environnement
Fig 2 : Représentation schématique des rapports entre les Fig. 3 : Représentation schématique de profil sur une recons-
structures osseuses (STT) et le FRC à partir d’une recons- truction TDM 3D du trajet du tendon du FRC. Notez le trajet
truction TDM 3D. Le trajet du tendon du FRC est ici schéma- du tendon de l’avant vers l’arrière, suivant l’axe du sillon du
tisé (bande opaque), passant au-dessus du tubercule du sca- trapèze (tête de flèche) et son recouvrement antérieur par le
phoïde avant de s’engager dans le sillon du trapèze (flèche). tubercule du trapèze (flèche), expliquant sa non-visibilité à ce
niveau en échographie.
Le tendon du FRC entouré de sa gaine synoviale thénar. Quelques fibres d’insertion secondaires du
est situé dans un tunnel fibro-osseux indépendant FRC s’attachent sur la tubérosité du trapèze.
du tunnel carpien. Il contracte également des rap-
ports étroits avec l’articulation scapho-trapézo-
trapézoïdienne (STT) ou “triscaphe” située immé- Conséquence de la situation
diatement en profondeur. anatomique
Comme les mouvements du FRC le font se dépla- C’est cette situation anatomique du FRC par
cer distalement contre la surface palmaire du sca- rapport aux os du carpe qui prédispose le FRC à
phoïde et du trapèze, la gaine de tendon FRC se subir le contrecoup des processus arthropathiques
trouve au contact de la face antérieure de la capsule amorcés dans l’articulation “triscaphe”, par exem-
de l’articulation “triscaphe” (scapho-trapézo-trapé- ple, la formation d’un pannus inflammatoire qui
zoïdienne). Une cloison située sur le bord ulnaire entreprend la gaine du tendon ou des processus
du tunnel fibro-osseux du FRC est utilisée, en dista- arthrosiques, éventuellement secondaires à l’arth-
lité, par le muscle long fléchisseur du pouce comme rite inflammatoire, formant un buttage osseux
poulie de réflexion pour se diriger vers l’éminence créé par des ostéophytes (fig. 4).
144
Tendons et articulations : le fléchisseur radial du carpe et autres exemples
B
Fig. 4 A, B : Arthrose de l’articulation scaphotrapézienne avec pincement arti-
culaire, sclérose des berges articulaires (flèche) (A) et présence d’ostéophytes
pointant vers le trajet du FRC (B) (double flèche).
A B
Fig. 5 A, B : Communication spontanée de l’articulation STT avec la gaine du FRC lors d’une injection médiocarpienne.
A) Vue antéropostérieure post-injection montrant le remplissage d’une gaine tendineuse sur le bord de la styloïde radiale.
B) Arthro-CT montrant la communication de l’articulation STT avec la gaine du FRC (flèche).
145
Le tendon et son environnement
Il est rare de retrouver un antécédent de trauma- Cependant, l’analyse des reliefs tendineux de la
tisme aigu en dehors d’un accident sportif. face palmaire du poignet peut être difficile dans
certaines circonstances (obésité, œdème local,
La douleur de la face radio-palmaire du poignet avant-bras plus épais). Dans de tels cas, les ultra-
est une plainte commune. sons peuvent être considérés comme l’examen de
choix en cas de suspicion de rupture.
Cependant, la tendinopathie du fléchisseur ra-
dial du carpe n’est pas souvent reconnue comme
une cause de ce symptôme. La plupart des patients Imagerie échographique et IRM [7]
se présentent avec une tuméfaction de la face an-
téro-externe du poignet (FRC empâté) et une dou- Les tendinopathies du FRC sont rares. Nous en
leur à la flexion du poignet. avons rencontré après chirurgie de la main pour
rhizarthrose ou dans le cadre d’une complication
Cette tuméfaction de la face antérieure du poi- de l’arthrose “triscaphe”. Elles se caractérisent par
gnet est souvent considérée, à tort, comme un l’épaississement du tendon, dont les contours res-
kyste arthrosynovial du carpe. On soulignera ce- tent continus (fig. 6). Elles se compliquent par des
pendant que les kystes arthrosynoviaux ne sont fissurations intratendineuses visibles comme des
pas douloureux sauf s’ils sont sous tension ou plages anéchogènes intratendineuses. Le Doppler
rompus. Le diagnostic correct et le traitement adé- puissance démontre une hypervascularisation de
quat sont donc souvent très retardés. la gaine et du tendon lui-même (fig. 7).
146
Tendons et articulations : le fléchisseur radial du carpe et autres exemples
147
Le tendon et son environnement
A
A
B
B
Fig. 9 A, B : Patient de 78 ans, avec arthrose carpienne
connue. Apparition soudaine d’une tuméfaction du bord an-
téro-externe du poignet.
A) Échographie dans l’axe du tendon FRC montrant un gros
tendon rétracté de façon proximale (flèches pleines) et
une gaine distale vide de tendon (flèches fines) jusqu’au
bord antérieur du trapèze (étoile). À noter également
l’important œdème sous-cutané (croix).
B) Agrandissement sur la partie distale de la gaine, vide de
tendon, mais contenant un tissu hypoéchogène qui per-
met de silhouetter la gaine (flèches) juste avant son pas-
sage en arrière du tubercule du trapèze (étoile).
C
Fig. 10 A, B et C : Patient de 73 ans, se présentant avec une
douleur soudaine et une tuméfaction du bord antéro-externe
du poignet.
A) Coupe transversale proximale à la partie inférieure de
Dans les cas anciens, le tendon rompu perd sa l’avant-bras. Le tendon FRC est bien visible, épaissi. Pré-
continuité, et le muscle se rétracte (comparé aux sence de liquide dans sa gaine.
B) Coupe transversale plus distale, au bord antérieur du poi-
autres muscles fléchisseurs dans l’avant-bras). gnet. Le tendon est très épaissi, très irrégulier. Cette zone
Cette perte de tension se traduit par une perte de correspond à la partie distale du tendon rétracté et à la
masse palpée par le patient.
l’apparence striée normale du muscle ainsi que C) Coupe longitudinale montrant l’hiatus entre le bord ré-
par un aspect de plus en plus échogène du muscle tracté, épaissi du tendon (flèches) et le bord antérieur du
trapèze (étoile).
qui s’atrophie.
148
Tendons et articulations : le fléchisseur radial du carpe et autres exemples
Les ruptures partielles du tendon du FRC peu- la gaine. En l’absence de collection nette, une hy-
vent être objectivées en échographie, mais sont peractivité au Doppler couleur ou un rehausse-
toutefois de diagnostic plus difficile. On retient ment de la gaine à l’injection de Gadolinium en
comme signes des modifications subtiles des IRM peut également être retenu comme critères
contours du tendon (tendon “frangé”) ou un chan- de la ténosynovite.
gement brusque du calibre du tendon sur les cou-
pes axiales successives en IRM, avec persistance En théorie, la présence concomitante d’une arth-
de visualisation de fibres tendineuses. rose “STT” et d’un épanchement articulaire peut
Dans les cas de ténosynovites simples, une col- expliquer l’accumulation de liquide dans une par-
lection liquidienne se voit autour du tendon qui tie compartimentée de la gaine du tendon FRC par
reste de forme, d’échostructure et d’épaisseur nor- une communication capsulaire.
male (fig. 11). Cette collection est souvent de si-
tuation proximale par rapport au problème Le diagnostic radiologique d’arthropathie “tris-
(contact avec l’articulation STT), car la gaine sy- caphe” est basé quant à lui sur :
noviale est comprimée dans la partie adjacente à 1) un pincement articulaire qui est un signe indi-
l’articulation. Le liquide synovial aura donc ten- rect de chondrolyse ;
dance à remonter vers la partie plus proximale de 2) un pseudo-œdème médullaire sous-chondral
avec formation de géodes sous-chondrales ;
3) une ostéosclérose sous chondrale avec parfois
apparition d’ostéophytes mieux vus sur une in-
cidence de profil ;
4) une synovite, avec parfois hyperactivité au
Doppler couleur.
149
Le tendon et son environnement
Traitement
Autres tendons
150
Tendons et articulations : le fléchisseur radial du carpe et autres exemples
Références
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151
Migration intra-osseuse
de calcifications tendineuses
Les tendinopathies calcifiantes sont un désordre tamine D, ou entrer dans le cadre de calcinoses
très commun, présent chez 3 % des adultes [1]. La dystrophiques, voire d’une calcinose tumorale [6].
fréquence est la plus élevée entre 40 et 70 ans,
avec une légère prépondérance féminine. Les dé- De nombreuses dénominations ont été utilisées :
pôts calciques par ordre de fréquence portent sur péritendinite calcareuse, tendinite calcifiante, pé-
les épaules, puis sur les hanches, les coudes, les riarthrite calcifiante… Comme ce type de calcifica-
poignets, les genoux… [1-3]. tion peut être impliqué également dans des arthro-
pathies à tendance destructrice, il serait plus adé-
L’entité a été reconnue en 1966 par McCarty et quat de parler de “maladie à dépôts de cristaux
Gatter [4], qui ont établi le lien avec la présence de d’hydroxyapatite de calcium” [7, 8].
cristaux d’hydroxyapatite de calcium [5, 6]. Le dia-
gnostic positif est difficile à obtenir. La microsco-
pie optique, avec colorations spéciales, peut mon- Pathogénie
trer des agrégats anormaux, mais ils ressemblent à
des débris cellulaires ou protéiques et ne sont donc La pathogénie n’est pas complètement éclaircie.
pas spécifiques. La difficulté résulte de la taille ex- Très longtemps, les tendinopathies calcifiantes
trêmement réduite de ces cristaux, qui ne peuvent ont été considérées comme résultant de processus
être réellement identifiés que par microscopie dégénératifs, survenant dans des plages de nécro-
électronique et diffraction aux rayons X, techni- se ou de microdéchirures des tendons, avec réac-
ques peu pratiquées car très coûteuses [5, 7, 8]. tions inflammatoires et calcifications secondaires
(calcifications de type dystrophique). Cependant,
Ces dépôts sont asymptomatiques le plus sou- les examens histologiques n’objectivent pas de
vent ou peuvent être responsables de douleurs cellules polynucléaires inflammatoires, mais mon-
d’intensité variable, avec parfois des épisodes trent que les dépôts calciques sont situés au sein
aigus hyperalgiques, s’accompagnant de gonfle- de plages de fibrocartilage finement vascularisé,
ment, érythème et même de fièvre [1]. En dehors associées à des cellules macrophagiques [9].
de ces épisodes, qui peuvent objectiver des signes
inflammatoires, les analyses biologiques sont La théorie la plus souvent citée [2, 5, 6] est celle
normales. de Uhthoff [10], qui décrit la tendinite calcifiante
en plusieurs stades :
Dans la grande majorité des cas, c’est une affec-
tion primaire idiopathique. Cependant, des dépôts 1 - Le stade initial résulte d’une transformation
d’hydroxyapatite peuvent être également liés à des du tissu tendineux en fibrocartilage, précédant
affections systémiques : insuffisance rénale chro- l’apparition des calcifications au sein de ce fibro-
nique, maladies du collagène, intoxication à la vi- cartilage. La métaplasie fibrocartilagineuse pour-
153
Le tendon et son environnement
rait être consécutive à des facteurs mécaniques et condairement à la synthèse d’une nouvelle matrice
vasculaires. Dans l’épaule par exemple, les calcifi- tendineuse, qualitativement normale.
cations des tendons sont généralement situées
dans des “zones critiques”, situées à proximité de Les deux phases peuvent coexister dans le même
leurs insertions et qui seraient des territoires de territoire et l’aspect histologique peut être diffé-
vascularisation pauvre. rent en fonction des phases cliniques. Les tendino-
pathies très douloureuses montrent en effet histo-
Des études de microvascularisation des tendons logiquement beaucoup plus d’activité de résorp-
ont montré que ces zones peu vascularisées sont tion que les tendinopathies silencieuses [10].
liées à des caractéristiques anatomiques (vais-
seaux intratendineux longitudinaux) et mécani-
ques (leur susceptibilité à subir des étirements Histoire naturelle
sous traction). Un même segment d’un tendon su-
pra-épineux peut par exemple avoir un aspect pra- L’aspect radiologique de dépôts stables est celui
tiquement avasculaire quand l’épaule est en ad- de plages de densité élevée, homogènes, amorphes
duction et être d’aspect bien vascularisé en posi- (sans structure corticale ni trabéculaire, à l’inverse
tion d’abduction [11]. des ossifications hétérotopiques ou des ossicules ac-
cessoires). En phase de dissolution, leur densité di-
2 - Ensuite, les dépôts calciques sont le siège de minue parallèlement à l’augmentation de volume de
phénomènes de phagocytose, avec augmentation la masse calcique et leurs contours deviennent flous
de la vascularisation locale, qui peut amener se- (aspect “floconneux”, “nuageux”) [5, 8] (fig. 1).
A B
154
Migration intra-osseuse de calcifications tendineuses
Sur la base de plus de 300 tendinopathies de • rupture sous-bursale : au cours d’une phase
l’épaule opérées, Moseley [9] décrit l’évolution na- hyperhémique, une partie du matériel calci-
turelle des dépôts calciques intratendineux en plu- que peut diffuser en surface du tendon, en
sieurs phases (fig. 2) : dessous de la bourse synoviale adjacente.
• phase silencieuse (généralement asymptoma- Après plusieurs récidives, le dépôt calcique
tique) : les dépôts compacts dans les tendons peut être totalement éliminé.
ont un aspect de poudre sèche ; • rupture intrabursale : au cours de l’évacuation
• phase “mécanique” : le dépôt augmente de vo- brutale d’une plus grande quantité de matériel
lume, provoquant une voussure focale de la calcique, celui-ci peut diffuser dans la bourse
surface du tendon sous le ligament coraco- synoviale adjacente, créant une réaction in-
acromial. Ceci crée un conflit qui peut générer flammatoire intense.
une bursite locale ;
A B
C D E
Fig. 2 : Histoire naturelle des dépôts calciques intratendineux de l’épaule (d’après Moseley [9]). A : en phase silencieuse, le dépôt
calcique intratendineux compact ne modifie pas son environnement. B : en phase “mécanique” débutante, le dépôt augmente de
volume, créant une voussure focale qui peut créer un conflit avec l’acromion. C : diffusion et migration partielle de matériel cal-
cique entre le tendon et la bourse synoviale adjacente. D : évacuation du dépôt dans la bourse sous-deltoïdienne (généralement
au cours d’une crise hyperalgique). E : extrusion de la calcification tendineuse dans l’os adjacent.
155
Le tendon et son environnement
A B C
Fig. 3 : Diffusion intramusculaire. A : la coupe en TDM montre une calcification paracotyloïdienne compacte (flèche) qui présen-
te un long prolongement moins dense (têtes de flèches) dans une portion du muscle iliaque. B et C : des coupes en IRM respec-
tivement pondérées T1 et T2 avec saturation de la graisse (T2FS) montrent cette migration intramusculaire, avec une infiltration
de type œdémateux en signal intense en T2FS.
À noter que cette diffusion peut se faire dans l’AFIP (Armed Forces Institute of Pathology,
d’autres sites que la bourse synoviale, par exem- Washington) [1].
ple entre ou dans des plans musculaires (fig. 3), et
même dans une structure osseuse adjacente (voir Nous évoquerons l’aspect caractéristique de ces
plus loin). lésions osseuses et les illustrerons par une série de
35 cas rassemblés grâce à la participation de plu-
sieurs membres de la SIMS (tableau 1). Comme
Atteintes osseuses associées dans les descriptions de la littérature, les lésions
de notre série comportaient des érosions corticales
Bien que la pénétration intra-osseuse du maté- diaphysaires et des calcifications situées dans des
riel calcique de tendinopathies calcifiantes du lacunes intraspongieuses. Nous ajouterons quatre
supra-épineux ait été précédemment décrite sur cas moins classiques s’accompagnant de diffusion
base d’observations au cours d’interventions intramédullaire étendue de matériel calcique.
chirurgicales [9] (fig. 2), le premier cas décrit en
imagerie est attribué à Hayes en 1987 [3]. De- À noter que l’épidémiologie de ces lésions ne
puis, de nombreuses autres descriptions se sont diffère guère de celle des tendinopathies calcifian-
ajoutées. La plupart des cas rapportés sont des tes simples : âge moyen de 50 ans avec 58 % de
cas isolés ou de petites séries, à l’exception de la femmes et 42 % d’hommes dans la série de Flem-
série de Flemming et coll. rassemblant 50 cas ming et coll. [1], âge moyen de 54 ans avec 63 % de
provenant de plusieurs équipes, dont celle de femmes et 37 % d’hommes dans la nôtre.
156
Migration intra-osseuse de calcifications tendineuses
Tableau 1 : Cas de migrations intra-osseuses de calcifications tendineuses, rassemblés par des membres de la SIMS.
LACUNES DIFFUSION
Cas EROSIONS œdème
Sexe âge Localisation intra- intra- Techniques Référent
n° corticales médullaire
spongieuses médullaire
1 humerus gd pect X XX RX-IRM A. Cotten
2 M 51 humérus gd pect X X RX-TDM J.D. Laredo
3 M fémur ligne âpre X RX-TDM J.D. Laredo
4 M 58 fémur ligne âpre X X US-TDM-IRM équipe BXL
5 F 69 fémur ligne âpre X RX-TDM équipe BXL
6 M 66 calcanéus X XX RX-TDM-IRM équipe BXL
7 M 60 rachis cerv C4-C5 X X TDM-IRM équipe BXL
8 F 63 épaule tub maj X RX-US S. Bianchi
9 F 62 épaule tub maj X RX-US S. Bianchi
10 F épaule tub maj X US S. Bianchi
11 rachis cerv C2 X XX TDM-IRM A. Cotten
12 épaule tub maj X XX RX-IRM A. Cotten
13 épaule tub min X XXX TDM-IRM A. Cotten
14 M genou cond med X XX RX-US-IRM A. Cotten
15 69 épaule tub maj X X US-TDM-IRM O. Fantino
16 F 55 fémur intertroch ant X XXX TDM-IRM O. Hauger
17 F 50 patella X XX RX-TDM-IRM O. Hauger
18 ischion X RX-TDM J.D. Laredo
19 F 54 épaule tub maj X RX-US-TDM G. Morvan
20 F 40 épaule tub maj X RX G. Morvan
21 F 64 épaule tub maj X RX G. Morvan
22 épaule tub maj X RX V. Vuillemin
23 F 37 épaule tub maj X XXX TDM - IRM V. Vuillemin
24 F 61 épaule tub maj X X TDM-IRM V. Vuillemin
25 épaule tub maj X 0 TDM-IRM V. Vuillemin
26 M 40 épaule tub maj X XXX TDM-IRM V. Vuillemin
27 M 35 épaule tub maj X RX-US V. Vuillemin
28 F 70 poignet lunatum X RX-US-TDM V. Vuillemin
29 F 50 gd trochanter X XX RX-IRM V. Vuillemin
30 M 44 épaule tub maj X RX équipe BXL
31 F 42 épaule tub maj X RX-US équipe BXL
32 F 58 épaule tub maj X X XX RX-TDM-IRM équipe BXL
33 F 42 épaule tub maj X X XXX TDM-IRM-scinti équipe BXL
34 F 56 épaule tub maj X X RX-US-IRM équipe BXL
35 M 60 genou cond med X X XX RX-US-TDM-IRM équipe BXL
157
Le tendon et son environnement
A B
Fig. 4 : Erosion corticale dans un humérus (coll. A. Cotten). A : la radiographie montre une petite érosion (flèche)
dans le site d’insertion du grand pectoral. B : la coupe IRM en T2FS montre l’érosion avec un signal intense dans
la moelle osseuse et dans les tissus mous avoisinants.
158
Migration intra-osseuse de calcifications tendineuses
A B C
Fig. 5 : Erosion corticale superficielle en regard d’une tendinopathie calcifiante du fémur. A : la radiographie du fémur su-
périeur montre mal une calcification peu dense (têtes de flèches) partiellement masquée par le fémur. B : la radiographie
additionnelle en rotation interne montre le large dépôt calcique hétérogène en regard de la portion supérieure de la ligne
âpre (territoire d’insertion du grand glutéal). C : la coupe TDM correspondante montre la pénétration du matériel calcique
dans une petite érosion corticale.
C D
159
Le tendon et son environnement
de type tendineux. La TDM peut être particulière- érosion osseuse sur 30 épaules traitées [21] et 43
ment utile en cas de calcification devenue trop peu sur 126 [22]).
dense pour être encore visible en radiographie ou
pour montrer un aspect parfois typique “en queue Dans notre série, vingt-huit lacunes intraspon-
de comète” [3, 15] (fig. 3a). gieuses plus ou moins profondes (>5 mm) ont été
observées, portant surtout sur des épaules (dix-
Si une biopsie est réalisée, elle montre les carac- neuf tubercules majeurs et un tubercule mineur de
téristiques des tendinopathies calcifiantes en pha- l’humérus) (fig. 7-11), ainsi que sur un poignet (lu-
se aiguë : calcifications éparses dans un tissu fibro- natum) (fig. 12), un grand trochanter fémoral, un
vasculaire avec des histiocytes et des macrophages ischion, une région intertrochantérienne fémorale
[9, 10]. Il faut savoir que le remaniement peut com- antérieure, une patella (insertion du quadriceps)
porter des plages de métaplasie chondroïde et peut (fig. 13), deux condyles fémoraux médiaux du ge-
donc facilement faire évoquer un chondrosarcome nou et un rachis cervical (insertion du tendon long
[1]. D’où la nécessité d’une très bonne collabora- du cou en C2) (fig. 14). Ces lésions présentent l’as-
tion entre pathologistes et radiologues. pect de cavités d’allure géodique, de diamètre le
plus souvent proche du centimètre, situées en des-
sous d’une érosion corticale généralement plus
Lacunes intraspongieuses étroite.
Bien que la migration intra-osseuse de matériel Ces lésions s’accompagnaient d’une réaction
calcique d’origine tendineuse ait été bien illustrée œdémateuse parfois intense, à la fois dans les tis-
sur les schémas de Moseley en 1969 [9] (fig. 2), les sus mous et dans la moelle osseuse avoisinante
cas rapportés dans la littérature sont peu nom- (aspect d’œdème intense ou très intense dans dou-
breux. Le premier cas n’a été décrit par Chagnaud ze de nos cas avec IRM, œdème modéré dans trois
et coll. qu’en 1998 [17]. Ils rapportent la dispari- cas et absent dans un cas quasi asymptomatique).
tion spontanée d’une large calcification (15 mm)
objectivée par radiographie et par IRM dans un tu- Le contenu en histologie des cas décrits dans la
bercule majeur de l’humérus. Ensuite, en plus littérature et dans deux de nos cas biopsiés
d’autres cas isolés rapportés [2, 18], on trouve des (fig. 11) comporte, comme pour les tendinites cal-
illustrations de plusieurs exemples portant tous cifiantes simples, un mélange polymorphe de dé-
sur le tubercule majeur de l’humérus dans des ar- pôts calciques, intriqués à une prolifération de
ticles de revues ou des chapitres de livres [5, 8, 19, cellules histiocytaires et de cellules géantes, avec
20]. Dans leur série de 50 lésions osseuses asso- en outre parfois un aspect kystique proche de
ciées à des tendinites calcifiantes, Flemming et kystes mucoïdes [1, 12].
coll. [1] rapportent onze cas de pénétration calci-
que intraspongieuse dans des tubercules majeurs Le mécanisme de formation de ces cavités kysti-
de l’humérus, dans un condyle fémoral médial, ques n’est évidemment pas clair. Cette résorption
une vertèbre cervicale (C2) et un acetabulum. Des osseuse focale pourrait résulter d’une réaction ré-
pénétrations calciques dans des érosions de tuber- paratrice consécutive à la pénétration intraspon-
cules majeurs de l’humérus sont également décri- gieuse de matériel calcique ou bien la formation
tes comme relativement fréquentes dans des arti- kystique pourrait être liée à une communication
cles concernant le traitement arthroscopique de avec l’articulation, précédant la migration de la
tendinopathies calcifiantes de l’épaule (5 cas avec calcification [1].
160
Migration intra-osseuse de calcifications tendineuses
C D
161
Le tendon et son environnement
A B C
Fig. 11 : Lacune sous-corticale très inquiétante associée à une tendinopathie calcifiante de l’épaule (coll. O. Fantino). A : la coupe
TDM de l’extrémité supérieure de l’humérus montre de petites calcifications peu denses en territoire tendineux (flèches) et au
sein d’une très large lacune dans le tubercule majeur de l’humérus, contenant quelques petits dépôts calciques irréguliers (tête
de flèche). B : la coupe en IRM pondérée T1 confirme la présence d’un large foyer de remplacement médullaire. Une biopsie/
curetage a ramené un tissu hétérogène (plages de nécrose calcifiée avec réaction granulomateuse) dont la culture a été stérile.
L’évolution a été favorable, sans traitement spécifique (C : près d’un an plus tard).
162
Migration intra-osseuse de calcifications tendineuses
A B
A B C
Fig. 13 : Lésion similaire dans un autre site atypique (coll. O. Hauger). A : une radiographie du genou montre un dépôt calcique
amorphe dans l’extrémité inférieure d’un tendon quadricipital. B : quelques semaines plus tard, au cours d’un épisode hype-
ralgique, une coupe TDM montre que la calcification tendineuse a quasiment disparu et qu’une large calcification occupe une
lacune sous-corticale dans la patella. C : une coupe en IRM pondérée T2FS montre le contenu hétérogène de la lacune avec une
infiltration en hypersignal de type œdémateux dans la moelle osseuse adjacente.
163
Le tendon et son environnement
Fig. 14 : Tendinopathie
calcifiante érosive et
lésion osseuse dans un
rachis cervical (coll. A.
Cotten). A : la coupe
TDM sagittale montre
une calcification hété-
rogène peu dense dans
le territoire du tendon
du longus colli, avec
une lacune sous-cor-
ticale adjacente. B : la
coupe IRM en pondé-
ration T2FS montre un
signal intense dans la
lacune sous-corticale et
une nette infiltration de
type œdémateux dans
la moelle osseuse avoi-
sinante.
A B
A B C
Fig. 15 : Diffusion calcique intramédullaire étendue dans une tendinopathie de l’épaule. A, B : des radiographies réalisées au
décours d’un épisode hyperalgique montrent la présence de dépôts calciques amorphes hétérogènes en territoire tendineux (flè-
ches), ainsi que d’autres paraissant intra-osseuses (têtes de flèches). C : une coupe TDM confirme la présence de dépôts calciques
disséminés dans la moelle osseuse, jusqu’en territoire métaphysaire (tête de flèche).
164
Migration intra-osseuse de calcifications tendineuses
D E F
G H I
J K L
Fig. 15 : (suite) D, E, F : le même jour, des coupes coronales pondérées T1, T2FS et T2* montrent, en hyposignal, un large
dépôt calcique en territoire sous-cortical, et de multiples autres plus petits en territoire épiphysométaphysaire, avec un signal
intense en T2FS. Notez en T2* l’hyposignal massif du tubercule majeur (probablement par effet de susceptibilité magnétique).
G, H, I : des coupes similaires réalisées un mois plus tard montrent une confluence des anomalies sous-corticales, la persis-
tance étendue d’un hypersignal en T2FS et la diminution de l’hyposignal en T2* (suggérant une réduction des calcifications).
J, K, L : les mêmes coupes réalisées trois ans plus tard (patiente asymptomatique) montrent une normalisation quasi-complète
de l’ensemble du territoire.
165
Le tendon et son environnement
standard et confirmées par TDM. En IRM, une in- une calcification tendineuse floue en regard du tu-
filtration de type œdémateux de la moelle osseuse bercule majeur, ainsi que des petites plages d’as-
s’étendait jusqu’en territoire métaphysaire et com- pect calcifié dans le tiers supérieur de la cavité
portait de multiples petits foyers en hyposignal diaphysaire.
sur toutes les séquences, correspondant aux dé-
pôts calciques visibles en TDM. En T2* (écho de Le troisième cas portait sur une diaphyse humé-
gradient), les plages en hyposignal étaient plus rale (fig. 16), siège d’une érosion corticale profon-
larges qu’en T2, ce qui pourrait résulter d’un effet de en regard d’une calcification de l’insertion du
de susceptibilité magnétique induit par le calcium. tendon grand pectoral. La TDM complémentaire a
Les anomalies se sont atténuées et ont disparu sur montré la pénétration de matériel calcique à tra-
des contrôles réalisés quelques semaines, puis vers l’érosion corticale, avec migration de matériel
trois ans plus tard. calcique dans le centre de la cavité médullaire
diaphysaire sur plusieurs centimètres.
Dans le second cas (non montré), l’atteinte hu-
mérale étendue a été révélée suite à une scintigra- Le quatrième cas était associé à une calcification
phie osseuse réalisée dans le cadre du bilan d’un accolée à un condyle fémoral médial (fig. 17). L’IRM
cancer du sein. L’hypercaptation du traceur dans montrait un aspect de petite cavité “kystique” sous-
le tiers supérieur de l’humérus a été corrélée à une corticale, avec un œdème médullaire étendu qui
infiltration de type œdémateux en IRM s’étendant comportait de multiples petits foyers en hyposignal
depuis des anomalies du tubercule majeur de l’hu- sur toutes les séquences, correspondant en TDM à
mérus jusqu’au tiers supérieur de la diaphyse hu- de multiples petites plages hyperdenses intercalées
mérale. Un examen TDM complémentaire a révélé dans le réseau de l’os trabéculaire.
A B C
Fig. 16 : Diffusion intramédullaire étendue à partir d’une calcification de l’insertion du grand pectoral (coll. J.-D. Laredo). A :
une radiographie montre un large dépôt calcique amorphe accolé à la diaphyse humérale (tête de flèche). B, C : des coupes
TDM, réalisées deux semaines plus tard, montrent la disparition partielle de cette calcification et la présence de matériel
calcique non seulement dans l’épaisseur d’une lacune corticale, mais également de façon étendue sur plusieurs centimètres
dans la cavité médullaire.
166
Migration intra-osseuse de calcifications tendineuses
A B
C D
Fig. 17 : Diffusion intramédullaire de matériel calcique dans un condyle fémoral. A : la radiographie
montre des calcifications amorphes hétérogènes (flèche) au versant superficiel d’un condyle fémoral
médial et d’autres calcifications possiblement intra-osseuses (têtes de flèches). B : sept jours plus
tard, la calcification extra-osseuse a quasi disparu et les calcifications possiblement intra-osseuses
présentent un aspect plus flou (têtes de flèches). C : Une coupe TDM réalisée le même jour montre
une lacune sous-corticale et la présence de petites calcifications disséminées au sein de l’os spongieux
(flèches). D : Une coupe du même territoire en IRM pondérée T2FS montre de multiples petites plages
en hyposignal correspondant aux calcifications disséminées (flèches), au sein d’une importante infil-
tration médullaire en hypersignal de type œdémateux.
Dans tous ces cas, le contexte clinique ne pa- cours ou au décours de crises douloureuses plus
raissait pas très différent des autres tendinopa- ou moins intenses et s’améliorant quelques se-
thies calcifiantes aiguës : examens réalisés au maines plus tard.
167
Le tendon et son environnement
La pathogénie de ces diffusions intramédullai- érosions corticales diaphysaires, mais les plus fré-
res de matériel calcique tendineux est évidemment quentes, dans notre série du moins, paraissent être
spéculative. Peut-être s’agit-il de la migration in- les lacunes “kystiques” intraspongieuses, en parti-
tramédullaire d’un matériel calcique particulière- culier dans le tubercule majeur de l’humérus.
ment fluide, à la manière de la diffusion de produit
de contraste au cours de phlébographies intra-os- Ces lésions peuvent occasionnellement s’accom-
seuses ou suite à l’injection intra-osseuse acciden- pagner d’une diffusion plus ou moins étendue de
telle au cours d’une arthrographie. matériel calcique dans la moelle osseuse adjacen-
te, ce qui n’avait pas été précédemment décrit.
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169
Le tendon du grand pectoral
Introduction
171
Le tendon et son environnement
siège d’un phénomène de torsion ; le chef sternal coulisse bicipitale (sillon intertuberculaire), en su-
et le chef abdominal forment les fibres antérieures perficie des attaches humérales du grand dorsal et
et le chef claviculaire les postérieures. Le bord in- du grand rond. Cette enthèse se situe à environ
férieur de cette jonction est facilement palpable, 5 cm de l’angle supéromédial du tubercule majeur
correspondant à la limite antérieure et inférieure et s’étend sur une hauteur de 7 cm [12] ; il s’agit
du creux axillaire. d’un tendon très plat dont l’épaisseur est de l’or-
dre de 1,5 mm [12]. Cette enthèse se situe dans
certains cas au sein de la capsule de l’articulation
scapulohumérale [13].
172
Le tendon du grand pectoral
Comment repérer et analyser mal alors qu’en cas de désinsertion du grand pec-
le tendon du grand pectoral toral, la mobilisation du tendon du chef long est
en échographie ? plus importante et il vient se positionner au ver-
sant antérieur de la diaphyse humérale (voir plus
Grâce à sa possibilité d’analyse comparative, loin) [5, 6].
l’échographie est certainement la technique de
choix pour la détection des lésions tendineuses du À l’état normal, le tendon du grand pectoral
grand pectoral. La complexité de la région impose constitue une lame si fine qu’il n’est pratiquement
par contre une stratégie d’examen particulière- pas individualisable dans le plan sagittal, rendant
ment rigoureuse. indispensable l’étude comparative (fig. 5). La lon-
gueur tendineuse est de l’ordre de 3 cm, mais il
Le repère anatomique le plus important en écho- est beaucoup plus large que long au niveau de
graphie est le croisement entre le tendon du grand son enthèse humérale. En position détendue, le
pectoral et la partie tout inférieure du tendon du tendon est légèrement convexe en avant (fig. 6)
chef long du biceps [5]. et ne devient rectiligne que lors de la contraction
du muscle.
Cette zone est bien appréhendée quand on ef-
fectue un mouvement “d’ascenseur” de haut en
bas centré sur le tendon du chef long du biceps.
Lors de cette manœuvre, juste avant l’apparition
du muscle bicipital, et donc au niveau de la jonc-
tion myotendineuse, le tendon est cravaté par le
tendon du grand pectoral. Normalement, ce ten-
don “plaque” la jonction myotendineuse du biceps
au versant médial de la diaphyse humérale (fig. 4).
Lors de la contraction bicipitale, le tendon du long
biceps n’est que légèrement soulevé à l’état nor-
B
Fig. 4 : L’insertion humérale du tendon du grand pectoral Fig. 5 : Vue sagittale de la lame tendineuse du grand pectoral
(flèche) refoule le tendon du chef long du biceps (lgb) au qui n’est visible que lorsque le tendon est épaissi (A) et prati-
versant médial de la diaphyse humérale. quement impossible à visualiser à l’état normal (B).
173
Le tendon et son environnement
A B
Fig. 6 : Aspect légèrement convexe en avant du tendon du grand pectoral dans le plan axial lorsque le muscle est détendu :
A) vue échographique - B) vue IRM
174
Le tendon du grand pectoral
Fig. 7 : Désinsertion de l’attache du tendon du grand pectoral Fig. 8 : Désinsertion partielle (après prothèse d’épaule).
avec antéroposition et latéralisation du tendon du biceps. Remaniement focal de la zone d’insertion sans rétraction.
a
Fig. 9 : Désinsertion partielle de l’insertion humérale du grand
pectoral. A) petit hématome électivement douloureux à la pal-
pation. - B) antéroposition du tendon du chef long du biceps en
contraction. b
175
Le tendon et son environnement
chogène au sein d’un tendon épaissi et remanié au contact de la calcification, mais ce liquide n’est
(fig. 11). Le principal diagnostic différentiel est la pas toujours présent et c’est l’étude dynamique
calcification migrée au sein du récessus bicipital. qui confirme le diagnostic (fig. 12).
La coupe axiale centrée sur le tendon du chef long
du biceps fait la différence en montrant du liquide
B
Fig. 12 : Calcification dans la partie distale du ré-
cessus bicipital. A) du liquide est présent au contact
de la calcification (qui entraîne une érosion corticale
Fig. 10 : Enthésopathie calcifiante du grand chez ce patient), ce qui facilite le diagnostic. - B) il
pectoral ; cliché standard ; calcification arron- n’y a pas de liquide à la partie distale du récessus et
die au versant médial de la diaphyse humérale. c’est l’analyse dynamique qui permet le diagnostic.
A B
Fig. 11 : Enthésopathie calcifiante à l’attache du tendon du grand pectoral : A) coupe sagittale - B) coupe axiale
176
Le tendon du grand pectoral
L’enthésopathie [5]
177
Le tendon et son environnement
Tendinopathies [5]
178
Le tendon du grand pectoral
A B
Fig. 18 : Désinsertion partielle de la jonction myotendineuse avec présence d’un petit hématome confirmant le diagnostic :
A) coupe sagittale - B) coupe axiale
Conclusion
179
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Pathologies du tendon distal
du biceps brachial
Introduction Anatomie
Les pathologies du tendon distal du biceps sont Les deux chefs du muscle biceps brachial ser-
rares comparativement aux lésions des insertions vent à la flexion du coude, mais également à la
proximales (environ 30 fois plus rare, avec une in- supination de l’avant-bras. En effet, l’insertion du
cidence des ruptures distales évaluée à 1,2 rupture tendon sur la tubérosité radiale se faisant sur le
par an pour 100 000 patients) [1, 2]. Cependant, versant médial de l’os (fig. 1b), la contraction du
les conséquences fonctionnelles de ces lésions biceps permet une rotation du radius et de fait une
peuvent être importantes (perte de la flexion du supination de l’avant-bras.
coude, mais surtout de la supination). En théorie,
dans un contexte traumatique aigu, un examen cli- L’insertion distale du biceps est double :
nique adapté dans les mains d’un spécialiste est • Latéralement et en profondeur sur la tubéro-
capable de différencier les lésions à opérer (princi- sité radiale par le tendon bicipital ;
palement les ruptures tendineuses complètes) des • Médialement et en superficie par l’aponévrose
lésions pour lesquelles un traitement conservateur bicipitale, qui est une bandelette fibreuse aussi
est souvent suffisant (ruptures tendineuses par- appelée lacertus fibrosus qui nait du tendon
tielles) [3-5]. En pratique, surtout en cas de ruptu- en regard du pli du coude (fig. 1).
re partielle ou à distance du traumatisme, l’exa-
men clinique de ces patients n’est pas toujours Le lacertus fibrosus est continu avec le fascia re-
aisé, et l’imagerie peut être utile. Mais tout comme couvrant l’origine des muscles fléchisseurs du
l’examen clinique, l’imagerie de ce tendon est ren- bras. Lorsqu’il est intact, il n’y a généralement pas
due difficile par son anatomie et sa topographie. de rétraction tendineuse, même en cas de rupture
complète de l’insertion radiale.
Nous reverrons brièvement les éléments clés de
cette anatomie afin de mieux comprendre les dif- Le trajet du tendon bicipital distal vers son in-
férentes positions d’examen qui ont été dévelop- sertion sur la tubérosité radiale est complexe. En
pées en IRM et en échographie pour l’analyse du effet, ce tendon d’une dizaine de centimètres a un
tendon distal du biceps. Nous aborderons ensuite trajet oblique dans les deux plans antéro-posté-
les aspects principaux de ces différentes lésions à rieur et médio-latéral. De plus, les fibres tendineu-
l’imagerie. ses formant une bande effectuent une torsion de
181
Le tendon et son environnement
b
Fig. 1 : (a) schéma anatomique (vue antérieure) montrant l’insertion
distale du muscle biceps brachial par le tendon bicipital distal (flè-
che) et le lacertus fibrosus (têtes de flèche) qui recouvre les muscles
fléchisseurs (*). noter la position latérale du tendon bicipitale par
rapport à l’artère humérale en regard de l’interligne articulaire (A).
(b) schéma anatomique (vue médiale) montrant l’insertion du ten-
don bicipital distal sur la tubérosité radiale (flèche), au versant mé-
a dial du radius.
90° sur elles-mêmes, la face antérieure devenant composantes auraient un rôle différent. L’insertion
latérale en distalité. ce trajet explique les difficul- distale jouerait le rôle de fléchisseur du coude,
tés de visualisation de ce tendon aussi bien en irm alors que l’insertion proximale, plus excentrée par
qu’en échographie. rapport à l’axe de l’avant-bras, aurait un effet prin-
cipalement supinateur [8]. cette bifurcation n’est
Plusieurs études anatomiques relativement ré- pas toujours facile à mettre en évidence, mais elle
centes ont permis de mieux préciser la morpholo- est importante à connaître, car ces 2 composantes
gie de ce tendon distal et de montrer qu’il est fré- peuvent être lésées de façon distincte (fig. 2).
quement bifurqué, avec une composante prove-
nant du chef long qui s’insère sur la partie proxi- enfin, le tendon distal du biceps n’a pas de gaine
male de la tubérosité radiale et une composante synoviale. La présence d’une bourse bicipitoradia-
provenant du chef court qui s’insère plus distale- le (auparavant dénommée bourse cubitale) permet
ment [6, 7]. sur le plan biomécanique, ces deux le glissement sur les structures adjacentes [9].
182
Pathologies du tendon distal du biceps brachial
Distal Proximal
b
a
Distal Proximal
c d
Distal Proximal
e f
Fig. 2 : Tendinose bicipitale distale sur tendon bifurqué ; (a et b) coupes consécutives DPFS en
position FABS (Flexion, ABduction, Supination) montrant le tendon bicipital le long de son axe
longitudinal ; (c et d) coupes longitudinales correspondantes en échographie en position FABS
par voie médiale, les coupes a et c montrent la partie distale du tendon bifurqué alors que les
coupes b et d montrent la portion proximale (les coupes e et f montrent les coupes correspon-
dantes du côté normal). Le tendon du côté symptomatique est épaissi et sa structure fibrillaire
est moins bien définie.
183
Le tendon et son environnement
La TDM est d’un intérêt limité dans cette indica- Le tendon doit être suivi de la jonction myoapo-
tion, et servira surtout à évaluer une éventuelle névrotique à l’insertion distale sur le tubercule bi-
désinsertion apophysaire. cipital du radius. Afin de pallier les difficultés de
visualisation du tendon distal par cette voie anté-
L’IRM et l’échographie sont les examens de rieure, d’autres positions ont été proposées.
Concernant la portion la plus distale du tendon à
choix pour l’examen du tendon bicipital distal.
l’insertion sur le tubercule bicipital, la position la
plus utile est celle en flexion du coude et prona-
tion, avec un abord postérieur (fig. 5). Une prona-
IRM
tion passive douce permet de dégager l’insertion
du tendon et de vérifier son intégrité. L’examen
En pratique, l’étude IRM du tendon bicipital doit
sera réalisé de façon comparative.
comporter une série de coupes axiales, coude en
extension et avant-bras en supination avec des sé-
Pour les vues longitudinales, une voie latérale
quences conventionnelles SE (T1, T2 et DP FS).
en flexion du coude et supination de l’avant-bras,
inspirée de la position FABS en IRM a été propo-
L’étude du tendon dans le plan longitudinal est
sée [11]. Tout récemment, une voie médiale dans
cependant difficile dans cette position du fait de
la même position a été proposée afin de mieux vi-
son trajet oblique (cf. paragraphe anatomie). Une
sualiser la portion distale du tendon en évitant
position en décubitus ventral, coude fléchi au-des-
l’ombre acoustique du supinateur et du tubercule
sus de la tête avec abduction de l’épaule et supina- bicipital [12] (fig. 3 c et d). L’avantage de cette der-
tion de l’avant-bras (acronyme FABS) a été propo- nière position est la plus grande proximité de la
sée (fig. 3a), avec les avantages suivants : sonde par rapport au tendon. Ces positions sont à
• Visualisation de la quasi-totalité du tendon sur connaître et peuvent être utilisées en complément
une coupe longitudinale ; de la position classique.
• La flexion du coude et la supination de l’avant-
bras permettent de tendre le tendon ;
• La position du coude au centre de l’aimant rend Pathologie
plus efficace la saturation de graisse [10].
Ruptures complètes (fig. 6-7)
184
Pathologies du tendon distal du biceps brachial
Fig. 3 :
a) position FABs (Flexion du coude, ABduction de l’épaule, supination de l’avant-bras) avec indication du plan
de coupe correspondant au trajet du tendon bicipital).
b) coupe longitudinale irm du tendon bicipital acquise en position FABs.
c) abords échographiques antéromédial et antérolatéral, noter que la flexion du coude et la supination.
d) coupe longitudinale du tendon bicipitale par abord antéromédial.
a b
Fig. 4 : coupes longitudinales du tendon bicipital distal par abord antérieur (b). La position en extension et
supination forcée élimine l’artéfact d’anisotropie visible en (a) (cercle orange).
185
Le tendon et son environnement
Fig. 5 : Abord échographique postérieur : position du tendon bicipital par rapport à la sonde en supination et en
pronation (ou l’insertion tendineuse sur le tubercule radial apparaît sous la sonde).
a c
Fig. 6 : rupture aiguë du tendon distal du bicepts en irm (coupes sagittale oblique (a), axiale proximale (b) et
axiale distale (c) en dPFs). Le tendon est désinséré de la tubérosité bicipitale du radius (tête de flèche), avec
rétraction importante du moignon (astérisques). noter le volumineux hématome péritendineux.
186
Pathologies du tendon distal du biceps brachial
a b
c d
Fig. 7 : Rupture complète ancienne (traumatisme datant de plus de 2 mois) du tendon bicipital distal. Coupe sagittale pondérée
en DPFS (a), coupe axiale DPFS (d) et coupe échographique longitudinale (b). Le moignon est rétracté au-dessus du pli du coude
(astérisques). L’échographie comparative par voie dorsale montre une asymétrie de l’insertion sur le tubercule bicipital : présence
d’un fin tissu hyperéchogène du côté pathologique (têtes de flèche).
La présentation clinique typique est un homme À l’examen, la flexion du coude peut être préser-
de plus de 40 ans, qui présente une douleur aiguë vée (grâce à l’action du muscle brachio-radial),
du coude associée à un hématome de la partie in- alors que la supination est déficitaire. La rétrac-
férieure du bras à la suite d’une contraction excen- tion tendineuse est parfois absente cliniquement,
trique coude en flexion à 90° (réception de charge notamment lorsque le lacertus fibrosus est intact.
lourde coude fléchi par exemple). Rarement, la
rupture complète complique une rupture partielle Un diagnostic précoce des ruptures complètes
préexistante, auquel cas le patient se plaindra de est nécessaire afin que le traitement chirurgical
douleurs préalables. Comme pour tous les ten- puisse se faire dans de bonnes conditions et dans
dons, certains facteurs peuvent favoriser les rup- des délais rapides (dans les 3-6 semaines après la
tures comme le diabète et la prise de quinolones. rupture) [13].
187
Le tendon et son environnement
en théorie, un certain nombre de signes clini- rechercher et à mesurer (une rétraction au-dessus
ques de rupture complète ont été décrits avec des du pli du coude peut compromettre une réinser-
sensibilités et spécificités élevées (jusque 100 % !) tion chirurgicale).
(hook test, squeeze test, biceps crease interval) [3-
5]. cependant, chez un clinicien peu expérimenté,
la rupture peut passer inaperçue au stade aigu, Ruptures partielles et tendinoses
surtout en l’absence de rétraction tendineuse ou (fig. 2 et 8)
parce que le tendon du muscle brachialis est pris à
tort pour le tendon bicipital à la palpation [4]. ces deux diagnostics sont difficilement indivi-
L’imagerie peut alors avoir un intérêt. dualisables, mais le traitement est conservateur
dans les deux cas. dans la plupart des cas, elles
en imagerie, le diagnostic est posé devant une sont toutes deux liées à des microtraumatismes ré-
désinsertion du biceps du tubercule radial (intérêt pétés entraînant une dégénérescence et une fragili-
d’un examen comparatif en échographie par voie sation du tendon. La plupart des ruptures partielles
dorsale [cf. paragraphe technique]) ou beaucoup se produisent à 1-2 cm de la tubérosité radiale, ce
plus rarement d’une rupture du corps tendineux. qui correspond à une zone hypovascularisée [14].
Au stade aigu, ces ruptures s’accompagnent d’un des conflits mécaniques entre le radius et l’ulna
épanchement ou d’un hématome de la bourse bici- lors des mouvements de pronosupination joueraient
pitoradiale (fig. 6). une rétraction tendineuse est à également un rôle dans la physiopathologie [14].
a b
Fig. 8 : rupture au moins partielle sévère du tendon bicipital (coupe échographique longitudinale par abord antérieur (a) et
coupe longitudinale irm en dPFs en position FABs (b)). solution de continuité de la plupart des fibres tendineuses (flèches) et
présence de liquide péritendineux (têtes de flèches). noter l’absence de rétraction.
188
Pathologies du tendon distal du biceps brachial
189
Le tendon et son environnement
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190
Anatomie et pathologies
du tendon ilio-psoas
Le tendon ilio-psoas présente une anatomie et partie médiale de la fosse iliaque et pénétrant dans
une pathologie complexes, liées à la topographie la cuisse en passant sous le ligament inguinal dans
et à l’orientation très différentes de ses composan- une gouttière osseuse entre l’épine iliaque antéro-
tes, et des rapports anatomiques intimes avec le inférieure et l’éminence ilio-péctinée (fig. 1). Cette
versant antérieur de l’articulation de la hanche,
native ou prothétique.
Anatomie
191
Le tendon et son environnement
Fig. 2 : Coupe anatomique sagittale, montrant la ré- Ce travail précise les points suivants :
flexion du tendon du muscle ilio-psoas (flèche) sur la
face antérieure de l’articulation coxo-fémorale. A : acé- - Le tendon du muscle psoas est individualisé
tabulum. TF: tête fémorale. au-dessous du niveau du ligament inguinal.
192
Anatomie et pathologies du tendon ilio-psoas
193
Le tendon et son environnement
194
Anatomie et pathologies du tendon ilio-psoas
dernière se fait par un orifice situé entre le liga- - De rares cas sont néanmoins rapportés de frac-
ment pubo-fémoral et le faisceau inférieur (ilio- ture spontanée du petit trochanter survenant
prétrochantinien) du ligament ilio-fémoral [8]. dans un contexte d’ostéoporose, ostéomalacie
Le muscle ilio-psoas est un muscle important et/ou maladies chroniques, sans ostéolyse tu-
tant sur le plan dynamique que statique. morale sous-jacente [11].
D’un point de vue dynamique, lorsque le point
fixe est rachidien, le muscle ilio-psoas est le mus- - Quelques petites séries de ruptures-désinser-
cle fléchisseur principal de la cuisse. Il est égale- tion distales du tendon ilio-psoas sont décrites
ment rotateur latéral de la hanche. Lorsque le dans la littérature, observées typiquement chez
point fixe est fémoral, il fléchit le rachis et entraîne des personnes âgées, de diagnostic clinique
une rotation controlatérale à la contraction. souvent difficile, et le plus souvent sans événe-
Sur le plan statique, en position debout, sa ten- ment traumatique déclenchant (fig. 7). Ces
sion favorise la cohésion des surfaces articulaires ruptures des sujets âgés étaient pratiquement
de l’articulation coxo-fémorale. En position assise, inconnues avant l’ère de l’IRM [12]. L’observa-
sa contraction contrôle les mouvements du tronc. tion clinique peut révéler une ecchymose à
Le muscle grand psoas est innervé par des ra- hauteur de l’aine, plus rarement la palpation
meaux issus du plexus lombaire (essentiellement d’une masse. Ce diagnostic peut ne pas être
L2 et L3), et le muscle iliaque par le nerf fémoral. aisé devant la présence d’une masse inguinale,
Pathologies
Avulsion distale
- La fracture-avulsion du petit
trochanter chez l’enfant et
l’adolescent est une entité cli-
nique bien connue, survenant
avant la fusion de cette apo-
physe. Le pic de fréquence de
cette observation est situé vers
14 ans, et l’hypersollicitation
sportive est le plus souvent in-
criminée [9].
- La fracture-avulsion du petit
trochanter observée chez
l’adulte doit être considérée
Fig. 7 : Douleurs inguinales chez une patiente octogénaire, mise au point en IRM.
comme pathologique et donc A-C : coupes transversales pondérées T2 montrant successivement un épaississement
a priori d’origine tumorale pri- et un hypersignal du muscle ilio-psoas (flèche en A), le moignon tendineux rétracté et
épaissi (flèche en B), et le “vide” sur le trajet distal attendu de ce tendon (flèche en C).
mitive ou secondaire, liée à
Noter sur ces coupes transversales l’atrophie complète de l’ilio-psoas droit, suggérant
une ostéolyse du petit trochan- des antécédents de rupture plus ancienne.
ter [10]. D : coupes sagittales obliques montrant bien l’interruption du tendon ilio-psoas (flèche
en D) à quelques centimètres de son insertion attendue sur le petit trochanter fémoral.
195
Le tendon et son environnement
d’une collection hématique (diagnostic diffé- imagerie (mentionnée plus tôt) du respect des
rentiel avec une tumeur, un processus infec- fibres musculaires d’origine iliaque latérale
tieux, un hématome…). alors qu’il y a rupture tendineuse [13, 14].
196
Anatomie et pathologies du tendon ilio-psoas
- Enfin, l’avulsion distale du tendon à hauteur du natives et prothétiques. Sur les hanches nati-
petit trochanter est également rapportée au dé- ves, il s’agira le plus souvent de sujets sportifs.
cours d’arthroplasties par prothèses totales Le diagnostic est avant tout clinique, et la
[15]. symptomatologie peut être réveillée par cer-
tains tests de provocation.
L’imagerie est d’abord un diagnostic d’exclu-
Tendinopathies, bursopathies et sion : exclusion d’une pathologie de la hanche,
conflits (impingement) notamment d’une coxarthrose par des radio-
graphies, exclusion d’une pathologie autre des
- L’hypersollicitation, en particulier sportive, et tissus mous par échographie [16]. La radiogra-
une “friction” du tendon ilio-psoas sur l’émi- phie, et surtout l’échographie et l’IRM permet-
nence ilio-pectinée (par mécanisme de “cheva- tent le diagnostic positif de tendinopathie, qui
let”) sont rapportées dans la littérature comme sera parfois calcifiante (fig. 9).
causes possibles de tendinopathies de l’ilio- L’infiltration échoguidée de ces tendinopathies
psoas et de douleurs inguinales. Ces syndro- et bursopathies est associée à un succès clini-
mes de conflit peuvent survenir sur hanches que certain [17].
Fig. 9 : Mise au point de douleurs inguinales gauches d’apparition récente : échographie, IRM et scanner.
A : coupes sagittales échographiques mon-
trant une structure hyperéchogène mal dé-
limitée (flèche en A) interposée entre les
muscles superficiels et l’articulation coxo-fé-
morale droite.
B-D : coupes transversale pondérée T2 (B),
sagittales pondérées T1 (C) et T2 avec sup-
pression du signal de la graisse (D) : la flèche
désigne l’infiltration inflammatoire centrée
sur le tendon du psoas, entourant des structu-
res en hyposignal d’interprétation incertaine,
suggestives de calcifications.
E : coupes sagittales reconstruites après ac-
quisition tomodensitométrique spiralée :
confirmation de l’existence de calcifications
amorphes (flèche en E), dont les plus distales,
moins denses, suggèrent une phase de disso-
lution : tendinopathie calcifiante extensive du
tendon ilio-psoas distal.
197
Le tendon et son environnement
- Les conflits et tendinopathies sont une cause le cadre d’un traitement de dysplasie coxo-
fréquente de douleurs persistantes après fémorale.
arthroplastie de hanche. Responsables de dou-
leurs inguinales, ces tendinopathies posent sur - Une bursopathie peut être associée aux tendi-
le plan clinique un problème de diagnostic dif- nopathies sur hanche native ou prothétique,
férentiel avec un descellement du matériel pro- sous forme d’une tuméfaction liquidienne plus
thétique. ou moins étendue de la bourse interposée entre
L’origine conflictuelle peut être cotyloïdienne, le tendon et l’articulation de la hanche [28]. Des
en cas de malposition (placement bas ou verti- cas de bursite septique ont été rapportés [29].
cal de l’implant cotyloïdien) ou de taille trop
grande de l’implant cotyloïdien, parfois en as- - Le diagnostic des tendinopathies peut être posé
sociation à la fixation complémentaire par vis en échographie, qui a l’avantage d’objectiver le
d’un composant acétabulaire non cimenté ou à conflit mécanique éventuel entre le tendon et le
des “fuites” de ciment pour un implant cimenté cadre pelvien ou le matériel prothétique. L’IRM
[18]. Il n’y a souvent aucune évidence d’ano- est performante sur hanche native, mais gênée
malie de ce compartiment cotyloïdien [19]. par le matériel métallique en cas de hanche
La cause du conflit peut également être obser- prothétique, à moins qu’il ne s’agisse de maté-
vée au versant fémoral, en particulier en cas riel en titane. Les techniques arthrographiques
d’implants à couple métal-métal avec volumi- et en particulier l’arthroscanner à multiples dé-
neuse tête fémorale, et en cas d’intervention tecteurs permettent de rechercher des anoma-
par resurfaçage avec couple métal-métal [20]. lies morphologiques (rupture tendineuse par-
L’observation de ces conflits sur matériel pro- tielle…) et de combiner un test thérapeutique
thétique survient en général précocement après (infiltration par anesthésique local ou corticoï-
l’intervention chirurgicale, et des manœuvres de) (fig. 10).
cliniques (flexion, rotation externe, abduc-
tion…) contribuent au diagnostic positif [19, - Un conflit entre le tendon ilio-psoas et la partie
21-23]. antérieure du labrum a été identifié récemment
Le traitement de ces conflits sera dans un pre- comme une cause de pathologie labrale suite à
mier temps conservateur, fait d’infiltrations qui des épisodes de traction ou de compression ré-
contribuent également au diagnostic : test thé- pétée de la partie antérieure du complexe la-
rapeutique positif ou négatif. En cas d’échec de bro-capsulaire. La déchirure du labrum qui en
ces infiltrations, le traitement sera parfois résulte peut être associée à la formation d’un
chirurgical, sous forme soit d’une ténotomie, kyste para-labral [30]. Le bilan d’imagerie en
soit d’une reprise, en particulier du comparti- IRM démontre la topographie d’une lésion du
ment cotyloïdien [24-26]. Une technique arth- bourrelet “à 3 heures”, suggestive de ce méca-
roscopique sera autant que possible privilégiée nisme lésionnel [31]. Le traitement arthrosco-
afin de prévenir les complications observées pique de la lésion du labrum, par résection ou
lors des techniques ouvertes [27]. réparation, la libération des adhérences entre
le tendon psoas et la capsule antérieure, asso-
- Des cas sont rapportés de conflit entre le ten- cié à une ténotomie a permis d’améliorer signi-
don et des greffons osseux mis en place dans ficativement la fonction des patients [32].
198
Anatomie et pathologies du tendon ilio-psoas
Fig. 10 : Douleurs inguinales chez un patient porteur d’une arthroplastie totale de hanche gauche ; mise au point par arthro
scanner.
Coupes transversale (A), frontale (B) et sagittale (C) reconstruites après acquisition spiralée et opacification articulaire par
produit de contraste iodé : visualisation du tendon du psoas présentant des abrasions et interruptions incomplètes à son versant
profond et latéral (flèches), juste en regard de la cupule prothétique, inhabituellement saillante au versant antérieur du pilier
antérieur du cotyle osseux. L’infiltration couplée à l’arthroscanner a permis un soulagement transitoire des douleurs ; une téno-
tomie a été réalisée par la suite.
199
Le tendon et son environnement
- L’échographie est particulièrement utile, per- L’intervention chirurgicale, allant d’une résec-
mettant de visualiser le mouvement du tendon tion aponévrotique partielle à une section du
lors du ressaut, en reproduisant activement les tendon, peut être proposée en cas de résistance
mouvements en cause. à ces traitements médicaux [36-38]. La ténoto-
Un épaississement du tendon de l’ilio-psoas mie du psoas offre généralement de bons résul-
peut être observé, parfois des phénomènes de tats, mais ceux-ci peuvent être moins favorables
dissection partielle, d’infiltration péri-tendi- en cas d’excès d’antéversion fémorale [39, 40].
neuse, voire d’un aspect strié du tendon.
L’IRM exclut des pathologies autres, notam-
ment du bourrelet cotyloïdien ou de l’articula- Conclusion
tion de la hanche, et montre parfois des ano-
malies du tendon lui-même (tendinopathie). L’anatomie musculaire et tendineuse de l’ilio-
psoas, et ses rapports aux structures et articula-
- Les examens arthrographiques et bursographi- tions voisines sont complexes.
ques permettent un test thérapeutique [34-36].
La maîtrise de cette anatomie complexe et la
- Le traitement est d’abord et avant tout médical, connaissance des pathologies stéréotypées qui en
fonctionnel et kinésithérapique ; des AINS, in- découlent permettent de choisir l’imagerie adé-
filtrations écho- ou radioguidées sont le plus quate pour l’identification de ces pathologies et
souvent préconisées. d’orienter le choix thérapeutique.
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201
La tendinopathie du petit glutéal,
une tendinopathie méconnue
V. Vuillemin, H. Bard
203
Le tendon et son environnement
Fig. 1 : Anatomie du muscle petit glutéal avec ses zones d’insertion, proximale sur l’aile iliaque, distale
sur la facette antérieure du grand trochanter (a) et son corps musculaire (b).
Les fascicules musculaires du petit glutéal sont La surface de section moyenne du muscle petit
les plus petits parmi les muscles sus-trochanté- glutéal est de 8,5 cm2 [28] à 10,1 cm2 versus
riens avec une longueur moyenne de 40 à 42 mm, 25,8 cm2 pour le moyen glutéal et 5,25 cm2 pour le
versus 58 mm pour le moyen glutéal et 98 mm TFL [32].
pour le tenseur du fascia lata.
204
La tendinopathie du petit glutéal, une tendinopathie méconnue
Fig. 2 : Insertion tendon distale du PG, enroulement de l’extrémité distale du tendon qui rejoint la facette antérieure du
grand trochanter ; (a) schéma d’après Beck, (b) en échographie, (c) vue anatomique
tendon [32]. Les fibres postérieures horizontales don de la capsule articulaire sous-jacente. Il existe
vont s’enrouler autour du grand trochanter pour en effet une adhérence solide de la face profonde
rejoindre la facette antérieure du grand trochanter du muscle et du tendon petit glutéal à la capsule
(fig. 2 a,b,c) tandis que les fibres antérieures ont articulaire (fig. 3). Des études sur pièces anatomi-
un trajet vertical et direct jusqu’à la zone d’inser- ques ont mesuré cette zone d’attache considérée
tion distale [26]. comme un tendon accessoire : 10 à 15 mm dans le
sens médio-latéral et 20 à 25 mm dans le sens cra-
nio-caudal. L’insertion se fait sur la capsule supé-
Insertion distale du tendon rieure et latérale, parfois antérieure. L’étude histo-
logique montre une continuité de faisceaux de
Adhérence à la capsule articulaire collagène mature entre la capsule et le périmy-
sium. Walters [33] émet l’hypothèse que cette in-
Les chirurgiens qui pratiquent des voies d’abord sertion permet de rétracter la capsule articulaire
antérieure et antérolatérale lors des arthroplasties de hanche lors des mouvements articulaires et
de hanche ont noté qu’il est impossible après dé- d’éviter son incarcération au sein de l’interligne
sinsertion distale du petit glutéal de séparer le ten- articulaire (fig. 3).
205
Le tendon et son environnement
Fig. 3 : Adhérence du tendon petit glutéal à la capsule articulaire. c) schéma d’après Walters [33]
206
La tendinopathie du petit glutéal, une tendinopathie méconnue
207
Le tendon et son environnement
par an pour Brinks [41] qui utilise des critères cli- des tendinopathies calcifiantes régressant sponta-
niques peu spécifiques, assimilant le syndrome nément en moins de 3 mois et une rupture aiguë
douloureux du grand trochanter à la bursite tro- chez un homme de 76 ans avec un tableau clinique
chantérienne. L’atteinte survient après 40 ans, avec de cruralgie aiguë que l’on aurait précédemment
un pic de fréquence entre 60 et 70 ans et concerne qualifiée de cruralgie idiopathique, guérissant cli-
3 à 4 fois plus fréquemment la femme que l’hom- niquement en deux mois. L’indice de masse corpo-
me [42]. Dans une série personnelle (HB) non pu- relle (IMC) est de 24,24 dans cette série, légère-
bliée de 189 patients ayant une tendinopathie du ment moindre que dans les tendinobursopathies
moyen et/ou du petit glutéal, ce qui exclue les bur- péritrochantériennes [25, 78].
sites sans tendinopathie, les cas masculins sont
inférieurs à 5 %. Aucun facteur de risque spécifique d’atteinte du
tendon petit glutéal n’a pu être identifié. Cepen-
Le tendon petit glutéal est atteint dans plus de la dant les sollicitations sportives ou autres, favori-
moitié des cas, de 53 % pour Cvitanic [15] à 58 % sant les mouvements en rotation de hanche et de-
dans notre expérience [43], l’atteinte antérolaté- mandant des efforts intenses pour équilibrer le
rale (PG et lame latérale du moyen glutéal) étant bassin sont souvent signalées par les patients
la plus fréquente. Connell [14] indique que 10 des comme facteur déclenchant : pratique du stepper,
53 patients qui ont une atteinte du moyen glutéal surutilisation des escaliers, tennis.
diagnostiquée en échographie ont également une
tendinopathie (7/10), une rupture partielle (2/10)
ou une rupture complète (1/10) du petit glutéal. Clinique
Son atteinte isolée (TIPG) n’a pas été évaluée spé-
cifiquement dans la littérature. Dans deux études La tendinopathie du petit glutéal s’exprime clini-
récentes et personnelles, il est responsable à lui quement selon deux tableaux. L’un entre dans le
seul de la symptomatologie douloureuse dans cadre d’un syndrome douloureux du grand tro-
10 % des cas [23, 24, 43], mais cette fréquence chanter [5] et est identique à celui des tendinopa-
augmente avec l’amélioration du diagnostic, puis- thies du moyen glutéal, l’autre simule une douleur
que dans la même série personnelle déjà citée le “de hanche” ou une cruralgie.
taux de tendinopathies isolées du petit glutéal at-
teint les 18 % (35 cas). Ce pourcentage est bien sûr
à pondérer compte tenu d’un biais de recrutement Clinique commune aux tendinopathies
manifeste. du moyen glutéal
Depuis la première étude de suivi clinique de Les TBT s’expriment par une douleur d’installa-
15 cas de TIPG présentée au Congrès Français de tion progressive dans la région postéro-supérieure
Rhumatologie en 2011 [23], cette cohorte prospec- du GT, irradiant à la face externe de la cuisse, par-
tive débutée en 2008 comporte maintenant 35 pa- fois à la jambe ou au pied, selon un trajet pseudo-
tients avec 3 tendinopathies bilatérales, soit radiculaire L4 ou L5. La douleur peut être plus lo-
38 tendinopathies avec une légère prédominance calisée, avoir une irradiation inguinale ou vers
à gauche (55 %). La TIPG touche préférentielle- l’épine iliaque postéro-supérieure, être à type de
ment la femme avec un âge moyen de 61 ans (46 à brûlure ou s’accompagner de paresthésies non
81 ans), soit un âge un peu plus jeune que dans les systématisées. Mais les caractères les plus évoca-
tendinobursites trochantériennes tout venant qui teurs de la douleur constituent une triade sympto-
était de 68 ans [8]. Les 3 cas masculins sont 2 fois matique :
208
La tendinopathie du petit glutéal, une tendinopathie méconnue
Fig. 5 : Les 4 tests cliniques : (a) appui monopodal 30 sec, (b) abduction résistée, (c) rotation externe forcée,
(d) dérotation externe résistée
209
Le tendon et son environnement
210
La tendinopathie du petit glutéal, une tendinopathie méconnue
À terme, la rupture isolée du tendon du petit glu- rieure du grand trochanter. Le positionnement de
téal semble bien tolérée sur le plan fonctionnel, la cuisse en extension permet de mieux dégager
n’entraînant pas de boiterie ou de handicap signi- les fibres distales du tendon (fig. 7).
ficatif. Aucun cas n’a justifié une discussion de
traitement chirurgical. En IRM (fig. 8), le tendon est repéré en avant de
la facette antérieure du grand trochanter, en de-
hors d’un tubercule osseux qui le sépare de la zone
Imagerie d’attache de la capsule articulaire. Selon Pfirr-
mann [34], le tendon mesure 17,4 mm (12-23 mm)
Échographie et IRM du muscle et du dans le sens antéropostérieur et 4 mm dans le sens
tendon petit glutéal normal latéral (2-6 mm). Les coupes coronales antérieures
permettent l’analyse du tendon, de la jonction ten-
Le tendon petit glutéal s’étudie en échographie dinomusculaire (fig. 8a) et du tendon accessoire
sur des vues axiales et sagittales obliques orien- qui adhère à la capsule articulaire (fig. 8 b et c).
tées dans l’axe longitudinal du tendon (fig. 6) [45]. Les coupes sagittales étudient la zone d’insertion
Le tendon est arrondi ou ovalaire en avant de la distale sur toute sa hauteur (fig. 8b).
facette latérale du grand trochanter. Sa bourse
n’est pas repérée lorsqu’elle n’est pas distendue. La trophicité et l’infiltration graisseuse du mus-
Le tendon distal a un aspect fibrillaire quand il est cle petit glutéal s’étudient sur les coupes corona-
étudié dans son axe longitudinal (fig. 6 a,b), en les IRM en pondération T1, de façon comparative
prenant soin de basculer la sonde pour rester pa- avec le côté controlatéral (fig. 9). L’échographie
rallèle au tendon et en balayant le tendon sur sa reste moins performante, car le muscle est très
largeur. Le tendon normal a une épaisseur infé- profond. Elle peut renseigner sur l’organisation
rieure ou égale à 6 mm. Sa zone d’insertion distale des fibres musculaires et leur échogénicité. Elle
est assez étendue en hauteur sur la facette anté- permet également de suivre la formation de la
a b
Fig. 6 : Tendon petit glutéal sur une vue axiale (a) et longitudinal dans l’axe des fibres tendineuses (b). Noter l’aspect fibrillaire
du tendon.
211
Le tendon et son environnement
Fig. 7 : Le positionnement de la hanche en extension permet d’étirer le tendon distal du petit glutéal pour analyser sa
zone d’insertion distale.
lame latérale et de remarquer que le muscle concomitante du petit glutéal et de la lame latérale
moyen glutéal est un muscle bipenné avec une du moyen glutéal [43, 46], l’atteinte isolée comme
lame tendineuse centrale alors que le tendon petit une lésion exclusive du tendon petit glutéal, sans
glutéal se forme à la périphérie du muscle anomalie échographique ou magnétique du moyen
(fig. 9 a,b,c). glutéal (fig. 10).
212
La tendinopathie du petit glutéal, une tendinopathie méconnue
Fig. 8 : Tendon petit glutéal étudié en IRM sur des coupes coronales (a),
sagittales (b) et axiales (c) en petit champ centré.
Fig. 9 : Muscle petit glutéal en IRM ; (a) coupe coronale T1 grand champ de vue comparative, (b) en
mode panoramique et (c) en échographie sur une vue axiale. Noter la naissance de la lame latérale du
muscle moyen glutéal (bipenné) en position centrale (flèches) et celle du tendon du petit glutéal (uni-
penné) en périphérie du muscle (*).
213
Le tendon et son environnement
hypersignal liquidien franc, traduisant la présence La tendinopathie peut induire également des
d’une bursite liquidienne (fig. 12). En échographie, modifications du signal osseux et des irrégularités
cela se présente sous la forme d’un halo hypoé- corticales dans la zone d’insertion du tendon sur
chogène péritendineux. Le tendon peut aussi être la facette antérieure du grand trochanter.
augmenté de volume, hypoéchogène et avoir per-
du son caractère fibrillaire en échographie (fig. 11) Dans quelques cas, on observera une extension
et avoir un signal anormal sur les séquences T2 en des anomalies de signal au tendon accessoire
IRM [22]. Lorsque l’atteinte est fissuraire, les fi- jusqu’à la capsule articulaire (fig. 13), ce qui pour-
bres tendineuses sont dilacérées par l’infiltration rait expliquer l’irradiation douloureuse inguinale
œdémateuse. ou crurale.
Fig. 10 : Tendinopathie isolée du PG en IRM. Le tendon est de signal hétérogène en T2 sur les coupes
axiales et entouré d’une bursite inflammatoire (flèche).
214
La tendinopathie du petit glutéal, une tendinopathie méconnue
Fig. 11 : Tendinopathie du petit glutéal en échographie : le tendon est augmenté de volume, hypoécho-
gène et a perdu son caractère fibrillaire. Vue axiale (a) et longitudinale dans l’axe du tendon (b).
Fig. 12 : Zone péritendineuse : (a) simple lame liquidienne dans la bourse du PG, (b) péritendinite avec
hypersignal péritendineux, (c) bursite mixte liquidienne et inflammatoire, (d) bursite inflammatoire
215
Le tendon et son environnement
Tendinopathie calcifiante
Fig. 14 : Tendinopathie calcifiante du petit glutéal en échographie. Tendon hypertrophié et fins dépôts calciques intratendineux.
216
La tendinopathie du petit glutéal, une tendinopathie méconnue
Fig. 15 : Tendinopathie calcifiante du petit glutéal en phase de résorption avec œdème extensif périten-
dineux et au sein des fibres musculaires chez un homme de 62 ans.
La bursite du petit glutéal correspond à l’inflam- Selon Kong [46], il y aurait un continuum entre
mation de la bourse adjacente au tendon. Elle peut tendinose, péritendinite, rupture partielle et rup-
être simplement épaissie ou contenir du liquide. ture complète du tendon. La rupture du tendon
En échographie, la bursite correspond à une plage correspond à une absence partielle ou complète de
hypoéchogène ou un halo hypoéchogène périten- fibres tendineuses et l’avulsion osseuse distale du
dineux, en IRM à un hypersignal T2 peu intense tendon à une désinsertion complète. Il s’agit soit
ou liquidien pur. de l’évolution d’une tendinopathie fissuraire avec
désinsertion progressive des fibres, soit d’une rup-
Une bursite de la bourse trochantérienne super- ture plus aiguë où le corps tendineux se rompt et
ficielle peut également accompagner une tendino- se rétracte (fig. 16). Le moignon tendineux est fa-
pathie du petit glutéal. cilement repéré. La zone de rupture est occupée
217
Le tendon et son environnement
Fig. 16 : Rupture du tendon petit glutéal. Noter la rupture du corps tendineux (tête de flèche), la pré-
servation d’une lame aponévrotique superficielle (flèche), la bursite (hypersignal T2 liquidien) et le
retentissement musculaire (amyotrophie) (*).
par du liquide ou par un tissu de granulation. Dans hyperéchogène du corps musculaire et la désorga-
les cas de rupture complète du corps tendineux, il nisation de l’architecture musculaire oriente vers
persiste en avant de la facette antérieure du grand une involution graisseuse du muscle. Lorsque la
trochanter une fine lame aponévrotique. Cette tendinopathie du petit glutéal est isolée, le muscle
lame correspond à la lame tendineuse antérieure a une trophicité normale et n’est pas infiltré de
et superficielle, prolongeant l’aponévrose superfi- graisse dans 70 % des cas (22 cas/31) [24]. Parmi
cielle du muscle. Cette image “piège” ne doit pas les 30 % de cas où le muscle est atrophique, l’at-
laisser penser que le tendon est continu. teinte musculaire accompagne une tendinopathie
fissuraire dans plus de la moitié des cas (5 cas/9).
218
La tendinopathie du petit glutéal, une tendinopathie méconnue
Fig. 17 : Le muscle petit glutéal, normal (a), infiltré de graisse (b), amyotrophié (c), entièrement graisseux et amyotrophié (d).
219
Le tendon et son environnement
220
La tendinopathie du petit glutéal, une tendinopathie méconnue
Fig. 18 : Infiltration sous échographie d’une tendinobursite du petit glutéal. Voie d’abord axiale, point
d’entrée cutané antérieur, extrémité de l’aiguille (flèche) dans la bourse du petit glutéal.
221
Le tendon et son environnement
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223
Le tendon tibial antérieur
D. JACOB, S. BIANCHI
Introduction
225
Le tendon et son environnement
226
Le tendon tibial antérieur
En cas de conflit antérieur, un bec ostéophytique Histologiquement, les tendons présentent une
peut être à l’origine d’un conflit ostéotendineux. hypervascularisation et une dégénérescence
myxoïde sans inflammation ni dépôts de cristaux.
Cliniquement, on observe une rougeur et une
douleur locales, en regard de la jonction myoten-
dineuse [5]. Rupture
227
Le tendon et son environnement
Même si la littérature est pauvre, l’échographie Dans la tendinopathie distale, le tendon apparaît
est un excellent outil diagnostique compte tenu du épaissi, hypoéchoéchogène et hyperhémique à sa
caractère très superficiel et rectiligne du tendon partie distale, avec parfois présence de liquide
tibial antérieur [5, 9-12]. dans la gaine synoviale, plus proximale (fig. 4). La
partie inféro-médiale du tendon est la plus sou-
L’examen est pratiqué à l’aide d’une sonde li- vent concernée (fig. 5). On peut parfois mettre en
néaire de haute fréquence (12 à 15 MHz au mini- évidence des fissurations longitudinales, dans les-
mum), le pied à plat sur le lit d’examen, le patient quelles on peut voir du liquide [5, 7, 8] (fig. 6). On
étant assis ou en décubitus dorsal, genou fléchi à doit rechercher une bursopathie distale, qui peut
45° [11]. Le tendon normal est hyperéchogène, fi- être associée à la tendinopathie ou isolée (fig. 7).
brillaire, à parois régulières. Son diamètre est ap- Le Doppler couleur peut mettre en évidence une
proximativement le double de celui des autres ten- hyperhémie de la gaine synoviale, qui est cepen-
dons extenseurs [11]. On doit s’attacher à identi- dant plus proximale et/ou de la bourse séreuse.
a b
Fig. 3 : Rupture du tendon tibial antérieur. Coupe échographique sagittale (a), radiographie standard de la cheville de profil (b).
Visualisation de la rupture (flèche blanche creuse) et du moignon tendineux proximal (astérisque), détecté par une tuméfaction
des parties molles antérieures de la cheville en radiologie standard.
228
Le tendon tibial antérieur
a b
Fig. 5 : Tendinopathie distale du tibial antérieur. Coupe échographique axiale (a), coupe IRM sagittale en pondération T2 avec
saturation du signal de la graisse (b) ; (Cun : cunéiforme médial).
Epaississement distal du tendon tibial antérieur, avec localisation exclusive des anomalies (têtes de flèches noires) au versant
inférieur et médial du tendon, la partie supéro-latérale restant d’aspect normal (têtes de flèches blanches).
229
Le tendon et son environnement
a a
b
b
Fig. 6 : Tendinopathie distale du tibial antérieur. Plages Fig. 7 : Bursopathie distale du tibial antérieur sans tendinopathie.
de fissurations longitudinales. Coupe échographique Coupes échographiques sagittales en regard du tendon tibial anté-
longitudinale (a), coupe IRM axiale en pondération T1. rieur distal.
Visualisation des plages de fissuration longitudinales Mise en évidence d’une collection anéchogène (flèches blanches) en
(flèches noires) au sein de la tendinopathie distale (tê- périphérie d’un tendon tibial antérieur d’aspect normal (tête de flèche
tes de flèches noires). blanche).
Fig. 8 : Rupture du tendon tibial antérieur avec faible rétraction. Fig. 9 : Rupture du tendon tibial antérieur avec rétraction.
Coupe échographique sagittale de la cheville. Coupe échographique sagittale de la cheville.
La rupture (flèche blanche) est bien visible, le moignon tendineux Important diastasis entre les moignons tendineux.
peu rétracté (astérisque) restant au-dessous du retinaculum su-
périeur des extenseurs (têtes de flèches noires). (Tib : tibia).
L’IRM est réalisée en décubitus, la cheville en po- épanchement dans sa gaine. Les coupes transver-
sition neutre. Le tendon normal est hypo-intense ses obliques permettent de bien différencier les dif-
en pondération T1 et T2, à paroi régulière, sans férents types anatomiques de l’insertion distale.
230
Le tendon tibial antérieur
a b
Fig. 11 : Rupture du tendon tibial antérieur avec rétraction. Coupe échographique longitudinale (a), coupe IRM axiale en pondé-
ration T1 avec saturation du signal de la graisse et injection intraveineuse d’un dérivé gadoliné.
La rupture est détectée par une zone de vacuité dans la gaine (flèches blanches creuses). Noter les autres tendons extenseurs
normaux (têtes de flèches noires) et le moignon rétracté (astérisque).
231
Le tendon et son environnement
En cas de tendinopathie distale et de rupture, on sinage associé à une réparation tendineuse notam-
observe quasiment constamment un œdème du ment des fissures longitudinales peut être réalisé.
spongieux osseux, plutôt localisé sur le cunéiforme Si on obtient moins de 50 % de tendon sain après
médial. À cet œdème correspond une hyperfixa- débridement, on procède à une reconstruction du
tion en scintigraphie, fréquente source de confu- tendon par transfert du tendon long extenseur de
sion avec une pathologie osseuse ou articulaire. l’hallux [8].
Des stigmates d’arthrose tarso-métatarsienne sont
également classiquement mis en évidence [7]. La rupture chronique n’est pas toujours traitée
chirurgicalement, car elle peut être bien tolérée
chez un patient déjà âgé. La chirurgie n’a pas de
Traitement but antalgique, car la douleur disparait spontané-
ment. Quand elle est réalisée, il s’agit, suivant les
La tendinopathie corporéale est habituellement cas, soit d’une réinsertion transosseuse du tendon
traitée par le repos et des anti-inflammatoires lo- proximal ou soit d’un transfert du tendon long ex-
caux et per os [5, 8]. tenseur de l’hallux ou du tendon extenseur com-
mun des orteils. Une synovectomie est réalisée et le
Le traitement initial de la tendinopathie distale rétinaculum des extenseurs doit être conservé [8].
est médical par orthèse supportant l’arche médiale
et des anti-inflammatoires non stéroïdiens. Une
physiothérapie par ultrasons et une infiltration Conclusion
échoguidée peuvent être réalisées. Néanmoins,
étant donné le risque de rupture, il faut être très La pathologie du tendon tibial antérieur est peu
prudent avec les infiltrations cortisonées, limitées connue, mais non exceptionnelle. Pour bien l’ex-
aux cas très douloureux, résistants au traitement plorer, il faut avoir à l’esprit les variantes anatomi-
de première intention et accompagnées d’un repos ques de son insertion distale. La tendinopathie
et d’une orthèse plantaire s’il existe un trouble de distale s’accompagne fréquemment de zones de
la statique favorisant cette tendinopathie. En cas ruptures partielles longitudinales. La rupture est
de résistance au traitement médical, un traitement souvent méconnue. L’échographie et l’IRM, en
chirurgical consistant en une excision du tissu complément d’un examen clinique bien conduit,
tendineux pathologique et des ostéophytes de voi- sont des outils diagnostiques très performants.
232
Le tendon tibial antérieur
Références
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233
Echographie et enthésopathies
inflammatoires de l’enfant
S. Jousse-Joulin
L’arthrite juvénile idiopathique (AJI) correspond dyloarthite juvénile est difficile chez l’enfant, car
au rhumatisme inflammatoire de l’enfant qui com- les atteintes enthésitiques sont essentiellement
mence avant l’âge de 16 ans. Pour poser le dia- détectées par l’examen clinique et sont le reflet de
gnostic, l’arthrite ou la symptomatologie inflam- zones essentiellement douloureuses du tendon
matoire doit durer depuis au moins 6 semaines sur l’os. Jusqu’à présent, les examens d’imagerie
sans autre cause identifiable. Une classification in- comportaient les radiographies et l’IRM. Cepen-
ternationale [1] a été suggérée pour classer les at- dant, il est difficile de faire une IRM au niveau de
teintes de ces jeunes patients : arthrite systémique, toutes les articulations. C’est pour cette raison
oligoarthrite, arthrite rhumatoïde avec ou sans fac- que l’outil échographique s’avérera sans doute
teur rhumatoïde, arthrite psoriasique, et arthrite utile pour visualiser objectivement des lésions
avec enthésite, qui représente 20 % des cas d’AJI. d’enthésite chez ces patients. Actuellement, le
diagnostic d’enthésite échographique n’est pas
L’arthrite avec enthésite est définie, selon cette fait chez l’enfant, comme il l’est proposé chez
classification, comme l’association d’une enthésite l’adulte dans le diagnostic de spondylarthropa-
avec une arthrite ou d’une enthésite et/ou une arth- thie, mais comme nous le verrons dans ce chapi-
rite associée à au moins 2 autres éléments sui- tre, il s’avérerait utile pour diagnostiquer plus pré-
vants : douleur sacro-iliaque, rachialgie inflamma- cocement ces enfants qui jusque-là, faute d’outils
toire, phénotype HLAB27 positif, antécédents fa- disponibles, sont regroupés sous le terme d’arth-
miliaux de : uvéite antérieure, spondyloarthrite ou rite chronique juvénile.
entérocolopathie inflammatoire. L’enthésite peut
également être associée à des manifestations ex- Il est toutefois important de connaître le déve-
tra-articulaires comme chez l’adulte que l’on ca- loppement de l’enthèse chez l’enfant et d’identifier
ractérise alors par le terme de spondyloarthropa- les signes échographiques pathologiques afin de
thie regroupant des manifestations touchant l’œil pouvoir diagnostiquer des enthésites. Nous cen-
(uvéite), le cœur (insuffisance cardiaque, atteinte trerons notre exposé sur les enthèses du membre
valvulaire), la peau (psoriasis), ou le système di- inférieur chez l’enfant, car le concept de l’enthèse
gestif (entérocolopathie inflammatoire type mala- décrit par Mc Gonagle [2] ne s’arrête pas à l’en-
die de Crohn ou rectocolite hémorragique). thèse calcanéenne, mais est beaucoup plus géné-
ral et s’étend à d’autres sites articulaires. Les en-
L’arthrite avec enthésite de l’enfant est compa- thèses les plus impliquées chez l’enfant sont :
rable à la spondyloarthrite séronégative de l’adul- • l’aponévrose plantaire ;
te qui peut débuter dans l’enfance. Cependant, • l’enthèse calcanéenne ;
l’atteinte rachidienne est plus fréquente chez • l’insertion proximale et distale du ligament
l’adulte que chez l’enfant. Le diagnostic de spon- patellaire [3].
235
Le tendon et son environnement
Écho-anatomie normale de
l’enthèse chez l’enfant
Enthèse calcanéenne
236
Echographie et enthésopathies inflammatoires de l’enfant
Enthèse quadricipitale
237
Le tendon et son environnement
238
Echographie et enthésopathies inflammatoires de l’enfant
a b
d
Fig. 4 : Traction du noyau d’ossification secondaire. Lésion inflam-
matoire au Doppler.
c a) Première étape du développement de la tubérosité tibiale chez
une jeune fille de 4 ans et 7 mois : absence de noyau d’ossification. Le
cartilage apophysaire de la tubérosité apparaît comme une extension du cartilage physaire de l’extrémité supérieure du tibia.
b) Deuxième étape. Jeune fille de 11 ans et 3 mois : le centre d’ossification secondaire apparaît mais n’est pas fusionné avec le
centre d’ossification primaire de l’épiphyse tibiale. T : ligament patellaire ; P : cartilage physaire du tibia
c) Troisième étape de la tubérosité tibiale. Garçon de 14 ans : le noyau d’ossification secondaire est fusionné avec l’épiphyse ti-
biale supérieure (flèche verte) mais il persiste le cartilage apophysaire entre diaphyse tibiale et le noyau d’ossification secondaire
de la tubérosité tibiale (flèche rouge).
d) Quatrième étape du développement de la tubérosité tibiale chez une adolescente de 15 ans et 5 mois : fusion complète du
noyau secondaire de la tubérosité avec la diaphyse tibiale. Le cartilage apophysaire n’est plus visible.
a b
Fig. 5 : a) Traction du noyau d’ossification secondaire. b) Lésion inflammatoire au Doppler
239
Le tendon et son environnement
240
Echographie et enthésopathies inflammatoires de l’enfant
seuse de l’os sous-chondral. Il faut cependant sou- les épanchements suspectés cliniquement et sou-
ligner l’absence de consensus validé sur cet exa- vent de guider la ponction. Il permet également et
men d’imagerie dans le diagnostic d’enthésite. De sans inconfort pour le jeune patient d’évaluer tous
plus, cet examen reste invasif chez l’enfant de les sites articulaires et/ou enthèses dans un même
moins de 6 ans, obligeant à la sédation et ne per- temps et donc de faire un diagnostic précoce. Ce-
mettant que l’étude d’un seul site articulaire ou pendant, il faut connaître l’écho-anatomie norma-
enthésitique à la différence de l’échographie. le de l’enfant et notamment de l’enthèse, qui varie
en fonction de l’âge, avant d’appréhender la pa-
thologie. L’utilisation de l’échographie couplée au
Conclusion Doppler puissance permettrait de détecter des en-
thésites au sein de la zone os-enthèse alors que
Les ultrasons sont d’une aide utile, car non inva- l’inflammation se situe à distance de l’enthèse
sifs et doivent être l’imagerie de première ligne dans la pathologie mécanique. Cependant, il faut
chez l’enfant suspect d’une pathologie mécanique rester toutefois vigilant sur cette notion et d’autres
articulaire ou tendineuse ou d’un rhumatisme in- études doivent être menées notamment chez l’en-
flammatoire. En effet, cet outil permet de détecter fant pour confirmer ces données.
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241
Bonnes et mauvaises indications de
l’injection de PRP dans les
tendinopathies chroniques du sportif
O. Fichez
Pourquoi les PRP dans le cadre et de protéine. Le VEGF et le VGF sécrétés durant
des tendinopathies chroniques la phase proliférative stimulent l’angiogenèse.
du sportif ? [1, 2, 3, 4]
Le sang est le vecteur de ces différents facteurs de
Le tendon n’échappe pas au principe général de croissance. Ceux-ci sont concentrés dans les pla-
tout tissu vivant soumis à un équilibre dynamique quettes, d’où l’intérêt d’une centrifugation sélective.
entre anabolisme et catabolisme.
Néanmoins, il existe de nombreuses inconnues et
beaucoup de choses demandent encore à être éluci-
Facteurs cataboliques dées, le sang pouvant recruter des cellules de la
moelle osseuse, voire majorer la micro-circulation.
Les facteurs cataboliques résultent, après une
agression mécanique, de processus biochimiques
amenant à la libération de cytokine, de TNF alpha, Technique de préparation des
d’interleukine 1, d’interleukine 6… Bref, de toute PRP
cette chaîne connue dans le cadre de la pathologie
inflammatoire et que l’on retrouve ici à un degré Plusieurs kits de centrifugation sont à disposi-
moindre dans cette pathologie mécanique. tion ; nous utilisons le kit GPS 2 de BIOMET per-
mettant un prélèvement de 27 ml de sang que l’on
a complété de 3 ml de citrate, de manière à éviter
Facteurs anaboliques la coagulation lors de la centrifugation. Cette cen-
trifugation s’effectue à 3 200 tours min pendant
Les facteurs anaboliques tentent toujours une 15 min et après avoir éliminé le plasma pauvre en
réparation tissulaire par le biais de ces fameux plaquettes, nous récupérons les PRP que nous mé-
facteurs de croissance [5, 6]. langeons à 0.20 ml de bicarbonate de sodium de
manière à injecter un pH neutre (fig. 1 et 2).
L’IGF présente à la phase inflammatoire favorise
la prolifération fibroblastique. Le TGF bêta stimule Le but de cette centrifugation sélective de sang
la prolifération cellulaire et la synthèse du colla- est d’apporter une biothérapie riche en facteurs de
gène. Ainsi, in vitro, un travail a montré l’efficacité croissance qui, du fait de son caractère autologue,
du TGF bêta émis par le fibroblaste dans la produc- lui confère une parfaite biocompatibilité.
tion de collagène intratendineux. Le FGF stimule
l’angiogenèse lors de tout processus de cicatrisa- Néanmoins, la technique nécessite d’être reca-
tion. Le PDGF (Platelet Derived Grow Factor) sti- drée en précisant les indications et contre-indica-
mule la production d’autres facteurs de croissance tions qui tiendront compte de plusieurs facteurs.
243
Le tendon et son environnement
Les ténosynovites
244
Bonnes et mauvaises indications de l’injection de PRP …
Il paraît, de pur bon sens, que ces facteurs de Alors, qui injecter ?
croissance n’ont aucun caractère sélectif au niveau
tissulaire et que l’injection de PRP sur une prolifé- Ces PRP doivent concerner essentiellement les
ration synoviale ne fera que majorer celle-ci avec tendinopathies corporéales qui résultent d’un pro-
alors le risque d’une ténosynovite exsudative. cessus dégénératif dont on connaît la faiblesse du
métabolisme et la lenteur de la prolifération cellu-
laire, d’autant qu’il existe une faiblesse circulatoi-
Les bursites re aboutissant, en cas d’échec du traitement médi-
cal, au traitement chirurgical de peignage au ré-
C’est le même raisonnement qui va prévaloir sultat aléatoire.
face à une bursite ou une téno-bursite, et ceci nous
amène à une certaine restriction concernant les Mais là aussi deux situations méritent une gran-
conflits sous-acromiaux. de prudence :
• Les atteintes extrinsèques par conflit osseux ;
Nous connaissons tous l’implication de la bourse • La nécessité d’établir un ratio au niveau de
sous-acromio-deltoïdienne dans ces conflits et no- l’enthèse entre l’atteinte osseuse et l’atteinte
tamment en relation avec les microfissures superfi- tendineuse.
cielles, en particulier au niveau du supra-spinatus.
Qui peut de fait se prévaloir de n’injecter ce pro- Les atteintes extrinsèques par conflit
duit qu’au niveau de cette structure tendineuse osseux
sans aucune exfiltration qui alors risquerait une
diffusion au niveau de cette bourse sous-acromiale L’exemple type en est l’association tendinopa-
et majorer de fait le risque de bursite. thie d’Achille et maladie de Haglund (fig. 4). La
245
Le tendon et son environnement
physiopathologie repose sur un élément de frotte- deux acteurs, le tendon d’une part et l’insertion
ment de la face profonde du tendon d’Achille osseuse corticale d’autre part et là aussi, si l’on
contre ce relief postéro-externe du calcanéum. On peut se permettre d’utiliser une métaphore, il
peut, de manière métaphorique, considérer qu’il s’agit d’un bateau qui s’amarre à un quai, le bout
s’agit du frottement d’une corde contre une aspé- correspond au tendon, la bite d’amarrage corres-
rité rocheuse et le principe d’injection de PRP au pond à l’enthèse osseuse (fig. 5).
niveau de ce tendon pourrait par l’augmentation
de la force sur cette zone critique risquer une lé-
sion de rupture. Nous avons considéré de manière
un peu aléatoire que lorsque le diamètre antéro-
postérieur de ce tendon était érodé de plus de 1/3,
il fallait proposer un traitement chirurgical par ré-
section du bord postéro-supérieur du calcanéum
et alors seulement un peignage ou une injection de
concentré plaquettaire.
Il faut en préambule préciser la notion d’unité Ceci reste à démontrer, mais prenons deux
fonctionnelle téno-osseuse qui va mettre en jeu exemples :
246
Bonnes et mauvaises indications de l’injection de PRP …
L’imagerie est importante pour évaluer le statut La pathologie des adducteurs dans les limites de
lésionnel : ce que nous venons de préciser, le ratio entre l’at-
• Il s’agit d’une lésion tendineuse pure sans ou teinte tendineuse et l’atteinte osseuse.
peu d’hypersignal T2 de l’os : c’est une excel-
lente indication de l’injection de facteurs de Les aponévrosites plantaires.
croissance en sachant que la transition ten-
dino-musculaire est extrêmement rapide au La tendinopathie corporéale d’Achille, en repre-
niveau de l’enthèse de l’adducteur, en particu- nant les différents niveaux lésionnels au niveau de
lier sur le long adducteur (fig. 7). ce tendon.
247
Le tendon et son environnement
• Il s’agit d’une tendinopathie corporéale sous- • Parmi les 24 sportifs professionnels, il y avait
tendue en imagerie par une éventuelle déchi- 6 volleyeuses internationales, 5 footballeurs
rure longitudinale avec aspect fusiforme en internationaux, 2 basketteurs, 1 cycliste, 3 ten-
clinique : c’est la place reine du peignage com- nis, 1 trapéziste, 2 rugbymen du top 14 inter-
me de l’injection de facteurs de croissance. nationaux, 3 handballeurs et 1 triathlonien.
• Le conflit de Haglund. Si l’élément érosif de la • Parmi les 22 sportifs amateurs, tous de compé-
tubérosité postéro-supérieure du calcanéum tition, 3 footballeurs, 4 tennismen, 4 cyclistes,
sur le tendon achilléen est important, il faut 3 triathloniens, 3 marathoniens, 1 footballeur
proposer une résection chirurgicale et, en un américain, 1 baseballeur, 1 grimpeur et 2 rug-
second temps, peignage ou injection de fac- bymen.
teurs de croissance. • Les tendons concernés reposaient sur 21 ge-
• L’atteinte est plus bas située au niveau de l’in- noux, 23 coudes (15 épicondylites et 8 épitro-
sertion osseuse, il faudra respecter le ratio en- chléites, 16 tendons d’Achille, 2 aponévrosites,
tre l’atteinte osseuse et l’atteinte tendineuse et 2 courts fibulaires et 1 biceps femoralis).
en cas d’injection de facteurs de croissance, • Sur le bilan global, l’EVA avant l’injection se
situait à 7.4.
être d’une grande rigueur dans le suivi post-
injection. • L’évaluation à six semaines post-injection
montrait une EVA à 0.8.
Notre méthode post-infiltratoire repose sur la • La douleur à la pression se situait à 7.8 avant
l’injection, et à 0.7 six semaines après l’injection.
mise en place d’une chaussure Walker de J1 à J14
Les douleurs aux testings isométriques se si-
avec dénivelé antéro-postérieur de 3 cm et 2 can-
tuaient à 7.1 avant injection, 0.9 après injection, ;
nes anglaises, puis même chaussure Walker de
tous ces sportifs ont repris la compétition.
J15 à J28 avec dénivelé ramené à 1.5 cm, puis en
position neutre avec 1 canne anglaise et début de
la rééducation à la 3e semaine. Enfin, de J29 à J42,
Cadre législatif et loi
protocole rééducatif avec travail excentrique et re-
antidopage [19]
prise d’entraînement à la 6e semaine.
1) Les kits commerciaux actuellement ne sont pas
Les tendinopathies rotuliennes, y compris de soumis aux règles de l’utilisation de produit
pointe, sous réserve de bien privilégier la lésion sanguin des centres de transfusion.
corporéale de pointe, ce qui suppose d’utiliser Si le cadre réglementaire est mal défini, il ré-
l’imagerie pour faire la part des choses entre ce pond à l’utilisation de produits autologues qui
qui revient à l’os et au tendon par l’IRM si possi- sont prélevés et utilisés dans le cadre d’une seu-
ble, avec l’absence notamment d’hypersignal T2 le et même intervention médicale selon l’article
de la pointe de la patella ou à défaut, en s’aidant L 1211-8 du code de santé publique et leur utili-
de l’échographie à la recherche de petites effrac- sation extemporanée est autorisée dans la
tions osseuses de la pointe de rotule, ce qui justi- même unité de temps et de lieu.
fierait alors une résection chirurgicale.
2) Au niveau du dopage, le décret de l’AMA et de
Notre expérience, au vu des 65 premiers cas de l’agence de lutte contre le dopage (AFLA) qui
tendinopathies chroniques : avaient décidé d’encadrer ces injections par
• Le matériel repose sur 65 cas correspondant à voie intramusculaire (décret 2010-134 du 10 fé-
55 patients, 46 sportifs (24 professionnels, vrier 2010) a été levé au 1er janvier 2011 et ces
22 amateurs), 9 non sportifs, mais 7 tra- injections sont autorisées au même titre que
vailleurs manuels. l’injection intratendineuse.
248
Bonnes et mauvaises indications de l’injection de PRP …
La problématique de cette équation tient essen- Il semble qu’ils doivent être introduits le plus tôt
tiellement à la multitude de variables ; variables possible dans la phase de cicatrisation et peut être
d’autant plus difficiles à maîtriser qu’elles concer- revêtent-ils alors une moindre importance dans le
nent la physiologie de la cicatrisation dont nous ne cadre des tendinopathies chroniques passé le
connaissons pas tous les rouages. 6e mois.
Il semble, par ailleurs, que les macrophages À un stade plus tardif, le TFG bêta serait produit
soient en plus petit nombre à la jonction os tendon par le tissu réparé lui-même [21, 22].
et qu’ils jouent à proximité de l’os un rôle plus
anabolique, alors que ceux recrutés aux pourtours Il semble, par ailleurs, qu’une augmentation trop
de la réparation ont un rôle catabolique permet- importante du TGF bêta pourrait être responsable
tant un “nettoyage” du tissu local, prélude à toute d’adhérences contrariant la cicatrisation tendi-
cicatrisation [5, 20] ; ce qui plaiderait, comme neuse et c’est là toucher du doigt la variabilité des
nous l’avons précisé dans les bonnes indications, à différents concentrés plaquettaires par rapport à
privilégier l’injection de PRP dans les tendinopa- la concentration de ces divers facteurs de crois-
thies corporéales et a contrario à préconiser plutôt sance, variabilité qui pourrait intervenir également
un geste chirurgical en cas de prolifération osseu- à l’échelle individuelle.
se dominante de l’enthèse.
249
Le tendon et son environnement
Il semble que son rôle principal stimule la prolifé- Un autre problème repose sur la difficulté de
ration et la migration des fibroblastes au niveau du comparer des études effectuées sur des localisa-
site lésé entraînant alors la synthèse collagénique. tions tendineuses différentes.
L’action positive de l’IGF sur le tendon d’Achille Ainsi en est-il des publications concernant les
de rat présente un effet positif sur la cicatrisation tendinopathies chroniques épicondyliennes laté-
dès le premier jour et perdure avec le temps [20]. rales et médianes [7, 8, 9, 10, 11], des tendinopa-
thies patellaires [12], des tendinopathies achilléen-
nes [13, 14, 15, 16].
Le FGF (Fibroblast Growth Factor)
Il a un rôle important dans la migration et la Enfin, à quel stade lésionnel cette injection
de PRP est-elle la plus cohérente ?
prolifération vasculaire aussi bien in vitro qu’in
vivo, mais là aussi il semble exister une relation
dose/effet avec une potentialité adverse lors de Concernant notre étude, nous avons préconisé
dose trop importante mettant en lumière les dif- ces injections de PRP pour des tendinopathies
férences potentielles entre les différentes prépa- chroniques évoluant depuis plus de 6 mois et ayant
rations de PRP. préalablement bénéficié de techniques rééducati-
ves et d’au moins une infiltration de corticoïdes.
250
Bonnes et mauvaises indications de l’injection de PRP …
Peut-on affiner le moment le plus important • Le tendon est-il en phase active de cicatrisation
pour proposer ces thérapeutiques par PRP ? et peut-être faut-il laisser du temps au temps ?
• Cette hyperémie dépasse son rôle et traduit
Le VEGF étant un des facteurs montrant une alors des manifestations inflammatoires ?
élévation systémique la plus élevée 48 heures L’injection de produits sclérosants paraît alors
après l’injection [18] (1426 versus 236 pg/ml), il plus logique que les PRP.
est permis de se poser la question de l’opportunité
d’injecter du PRP en fonction de l’état vasculaire
au Doppler. 2) Nous sommes confrontés à une tendinopa-
thie douloureuse en “silence Doppler”
Dans une étude prospective incluant 26 patients
présentant une tendinopathie latérale fissuraire Il paraît logique de réactiver la phase “inflam-
du coude [11], les auteurs ont trouvé une diminu- matoire” de la cicatrisation en réinjectant du PRP
tion de l’hyperémie en Doppler chez seulement et son corollaire de vascularisation périlésionnel-
27 % des patients, une stabilité chez 65 % et une le, vecteur de l’apport nutritif nécessaire à la cica-
augmentation chez 8 %. trisation de ce tendon.
251
Le tendon et son environnement
Références
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252
La microsclérothérapie intratendineuse
au Lauromacrogol 400 (Polidocanol)
Les bases physiopathologiques sont précisées Une étude microscopique de biopsies des zones
dans la thèse de médecine que Lars Öhberg a pré- lésionnelles tendineuses hypervascularisées trou-
sentée en 2003 à l’université d’UMEA sur “douleurs ve des structures nerveuses satellites des vais-
chroniques du tendon d’Achille, aspect échographi- seaux sanguins. Ces néovaisseaux s’accompa-
que et nouvelles méthodes de traitement” [1]. gnent donc d’une néoneurogenèse qui explique-
rait les douleurs (voir les chapitres sur la pathogé-
Le but de cette thèse était d’évaluer l’échogra- nie des tendinopathies et sur la douleur tendineuse).
phie dans les tendinopathies chroniques d’Achille Détruire par sclérose les vaisseaux entraîne la
et de présenter un nouveau traitement des dou- destruction des néonerfs, mais seul le traitement
leurs tendineuses. excentrique complémentaire permet la récupéra-
tion d’un tendon normal. Ce traitement est plus
L’étude prospective présentée concernait des facile à supporter sur un tendon rendu indolore
patients souffrant d’une douleur chronique du par la microsclérothérapie. Lars Öhberg rappelle
tendon d’Achille. Le préalable à cette étude était dans cette thèse l’innervation des tendons avec les
la constatation de la remarquable efficacité du quatre types de récepteurs :
253
Le tendon et son environnement
254
La microsclérothérapie intratendineuse au Lauromacrogol 400 (Polidocanol)
255
Le tendon et son environnement
256
La microsclérothérapie intratendineuse au Lauromacrogol 400 (Polidocanol)
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257
Echographie interventionnelle
des tendinopathies calcifiantes
Les calcifications sont extrêmement fréquentes D’un autre côté, Uhthoff a montré que le méca-
au sein des tendons, particulièrement à la coiffe nisme pathogénique de ces calcifications est un
des rotateurs. Nous ne reviendrons pas en détail phénomène autolimitant évoluant toujours à ter-
sur la pathogénie de ces dépôts d’hydroxyapatite, me vers la guérison spontanée [2, 3].
ni sur leurs différents modes d’expression, expo-
sés plus haut dans cet ouvrage. Le traitement choisi doit donc être non seule-
ment efficace, mais le plus sûr, le moins invasif et
L’objectif de ce chapitre est de présenter un état le moins cher possible.
de l’art sur les possibilités thérapeutiques écho-
guidées utilisées en 2013. Différents traitements sont disponibles et ont
fait l’objet d’une mise au point par Charrin dans
cette collection en 2005 [4]. Ils ne sont indiqués
Introduction que dans les cas symptomatiques et font toujours
suite à une prise en charge antalgique classique de
Des calcifications intratendineuses dans la coif- première intention.
fe sont présentes sur les radiographies de 7,5 à
20 % des épaules adultes asymptomatiques et dans La radiothérapie anti-inflammatoire a fait ses
6,8 % des épaules douloureuses, plus fréquentes preuves depuis plus de 60 ans, mais est de moins
chez les femmes autour de 40-50 ans [1]. Souvent en moins utilisée et assez mal évaluée par rapport
silencieuses, elles deviendraient symptomatiques aux techniques plus récentes.
dans la moitié des cas environ, dans la totalité si
elles mesurent plus de 15 millimètres. Il peut s’agir La chirurgie à ciel ouvert est aujourd’hui excep-
de douleurs chroniques, à l’origine d’impotence tionnelle. L’arthroscopie affiche de forts taux d’ef-
fonctionnelle prolongée, ou de manifestations ficacité, souvent supérieurs à 90 %, au prix d’une
aiguës, plus ou moins bruyantes, réalisant parfois hospitalisation courte et d’un certain coût. Des
la classique “épaule hyperalgique” de de Sèze. complications (capsulite, infection) sont rares,
mais existent. Les douleurs postopératoires sont
Les tendinopathies calcifiantes de l’épaule sont plus fréquentes et parfois prolongées. La chirurgie
chaque année en France à l’origine d’un nombre est généralement considérée aujourd’hui comme
considérable de journées d’arrêt de travail. L’im- le dernier recours quand les autres possibilités
portance des phénomènes douloureux et leur re- thérapeutiques ont échoué. Elle peut bénéficier
tentissement individuel comme leur impact socio- d’un repérage échographique pré ou peropératoi-
économique justifient donc une prise en charge re des calcifications.
efficace des cas symptomatiques.
259
Le tendon et son environnement
Les ondes de choc extracorporelles sont clini- fait l’objet de variantes très argumentées, dont
quement efficaces à moyen terme dans 60 à 87 % voici la synthèse telle qu’elle peut être présentée
dans les études les plus récentes [4, 5, 6]. Cette début 2013.
méthode ne présente pas de risque septique
puisqu’il n’y a pas de ponction, mais elle est contre-
indiquée en cas de traitement anticoagulant. Les Information et préparation du patient
principaux inconvénients de cette technique sont
le recours obligatoire à un équipement spécifique Pour l’information du patient, les précautions
et relativement coûteux, le caractère douloureux vis-à-vis de la coagulation et de l’asepsie, les
de la procédure et la nécessité habituelle de plu- moyens utilisés, dans la littérature d’échographie
sieurs séances espacées de 2 à 4 semaines. interventionnelle, sont plus ou moins intransi-
geants… Nous recommandons à nos lecteurs les
Les traitements percutanés guidés par imagerie articles plus complets sur ce sujet de Jacob [9] et
sont de plus en plus utilisés. Comfort a présenté de Guerini [10] et les préconisations du CLIN de
en 1978 la première série de ponctions à l’aiguille leurs propres structures.
sous contrôle fluoroscopique [7]. La technique
s’est répandue et améliorée, et la scopie cède pro-
gressivement la place à un guidage échographique Installation du patient
non irradiant, permettant un repérage en trois di-
mensions et en temps réel de la calcification et de Si la plupart des auteurs réalisent ce geste sur un
son environnement. patient allongé, ou semi-assis pour éviter les chutes
en cas de rare malaise vagal, Del Cura assoit ses
patients de telle façon à augmenter la pression in-
Techniques échoguidées tratendineuse, et placer la seringue en position dé-
clive par rapport à la calcification pour optimiser le
Farin a rapporté en 1995 ses deux premiers cas retrait de calcium [11]. La position du bras doit per-
de “ponction-aspiration-lavage” de calcifications mettre une bonne visualisation de la calcification.
de la coiffe sous guidage échographique : le pa-
tient une fois allongé, après anesthésie locale et
avec repérage échographique permanent du bout Mode de guidage écho
de l’aiguille, il piquait 10 à 15 fois la calcification
avec une aiguille de calibre 18 gauges, injectait du Aucun auteur n’utilise de kit de guidage : tous
sérum physiologique, et le ré-aspirait par une se- ont une pratique “mains libres” des mouvements
conde aiguille jusqu’à ce que le liquide revienne de la sonde. Pour Serafini seulement, il semble
clair. Il injectait, en fin de procédure, un dérivé qu’un second opérateur assure le guidage [12].
cortisoné dans la bourse sous-acromiale. La pro- Tous insistent sur la nécessité d’obtenir le meilleur
cédure durait quinze minutes [8]. Depuis ce pre- parallélisme possible entre sonde et aiguille pour
mier papier, toutes les étapes de la procédure ont une visualisation optimale de celle-ci (fig. 1).
260
Echographie interventionnelle des tendinopathies calcifiantes
Anesthésie locale
261
Le tendon et son environnement
Ponction ? Ponction-aspiration ?
Ou ponction-aspiration-lavage ?
Infiltration de la bourse
262
Echographie interventionnelle des tendinopathies calcifiantes
Indications et résultats
263
Le tendon et son environnement
Deux éléments parfois tenus pour influencer de L’aspect échographique peut donc influencer le dé-
façon sensible les résultats obtenus méritent d’être roulement du geste, mais toutes les séries l’ayant
détaillés. évalué montrent que cet aspect initial est sans re-
lation avec l’évolution clinique sur la douleur et les
Tout d’abord, l’aspect radiographique et écho- scores fonctionnels après ponction-lavage, y com-
graphique initial des dépôts. Sur les clichés stan- pris la plus grande série de Sconfienza portant sur
dards, ils peuvent être plus ou moins homogènes 462 patients [6, 11, 18, 19, 22].
et à contours plus ou moins nets. En écho, ils se
distinguent par un cône d’ombre total, partiel, ou Ensuite, le volume de calcium retiré pendant la
absent (fig. 6). Farin a montré que les calcifica- procédure : celui-ci peut être évalué sur un cliché
tions très atténuantes en écho sont de consistance en fin de geste, mais surtout sur le contenu de la
dure à la ponction, difficiles à pénétrer, alors que seringue, voire sur le volume filtré mesuré par
les calcifications peu ou pas atténuantes sont mol- certains auteurs (fig. 7 et 8). Pour Aina [16], l’effi-
les, voire liquides, beaucoup plus faciles à aspirer cacité du geste sur les scores cliniques de douleur
et à laver. L’aspect radiographique en revanche et de fonction est corrélée au fait d’avoir retiré du
n’est pas corrélé à la dureté des calcifications [20]. calcium, mais pas forcément la totalité. Serafini
Fig. 6 : D’après la classification de la société française d’arthroscopie, sur l’aspect des calcifications en radio standard :
Type A : dense, homogène, à contours nets (à gauche).
Type B : hétérogène cloisonnée, polylobée (au centre).
Type C : inhomogène à contours flous (à droite).
Type D : calcification de l’enthèse, n’est pas représenté ici.
Avec leur corrélation échographique (mêmes patients).
Type 1 : hyperéchogène très atténuante (à gauche)
Type 2 : échogène avec cône d’ombre impur (au centre).
Type 3 : pas de cône d’ombre (à droite).
264
Echographie interventionnelle des tendinopathies calcifiantes
Fig. 7 : Liquide trouble (lait calcique) obtenu par la- Fig. 8 : Fragments calciques retirés par aspiration
vage d’une calcification “molle” (coll. Dr D. Jacob). d’une calcification “dure”.
attribue ses meilleurs résultats cliniques au fait Résultats à court terme (quelques jours)
d’avoir retiré deux fois plus de calcium en moyen-
ne que Del Cura [11 et 12]. Mais cette notion de Pour ses deux premiers patients, Farin a obtenu
volume est indifférente pour d’autres auteurs, et une régression spectaculaire des signes cliniques
de bons résultats cliniques sont également obser- en quinze minutes pour l’un et trois jours pour
vés alors que la calcification paraît très peu modi- l’autre [8]. La même année, Bradley voyait dix pa-
fiée sur les clichés de contrôle immédiatement tients sur onze totalement soulagés en deux se-
post-procédure, ou qu’il n’a rien pu être aspiré. Ce maines [14]. Si les séries plus récentes et plus
phénomène fait l’objet de plusieurs explications fournies sont un peu moins optimistes, elles rap-
physiopathologiques : l’ouverture de la calcifica- portent, quelle que soit la technique utilisée, des
tion sur les tissus environnants avec baisse de taux très intéressants de succès, mais difficiles à
pression est invoquée par ceux qui pratiquent de comparer, car utilisant des scores cliniques variés.
multiples ponctions [14, 20]. Une résorption ulté- On citera l’étude de Sconfienza où l’EVA moyenne
rieure induite par l’inflammation liée au geste est sur 462 patients passe de 9 à 4,6 à un mois [22] ; et
le mécanisme principalement évoqué, et qui ex- celle de Del Cura où le SPADI (Shoulder Pain And
plique aussi l’efficacité des ondes de choc [11, 15, Disability Index) passe de 50 à 27 % à cinq semai-
18, 19]. nes sur 72 épaules [11].
265
Le tendon et son environnement
266
Echographie interventionnelle des tendinopathies calcifiantes
aiguë avec Doppler positif signe une calcification Leur traitement échoguidé est de pratique cou-
déjà en train de guérir. À six mois, toutes les calci- rante pour ce qui concerne l’infiltration simple de
fications ont nettement régressé et les patients dérivés cortisonés au contact de ces calcifications,
vont mieux, mais le délai dans lequel est survenue par exemple aux tendons épicondyliens du coude.
l’amélioration clinique dans chaque groupe n’est Il en est de même pour les bursites satellites, par
pas clairement exposé. Serafini [12] a comparé le exemple aux tendons glutéaux. Les indications,
devenir de deux groupes de patients globalement précautions, et modalités du guidage et du geste
appariés ayant accepté ou refusé le geste de ponc- lui-même ne diffèrent pas de façon significative de
tion-lavage : l’amélioration fonctionnelle et la ré- la technique utilisée à l’épaule [26].
gression de la douleur sont significativement plus
élevées chez les patients traités jusqu’à un an, Les tentatives de ponction-aspiration-lavage
mais pas au-delà. ailleurs qu’à la coiffe n’ont, en revanche, fait l’ob-
jet, à notre connaissance, que de rares publica-
tions de quelques cas. En 1993, Howard [27] a pré-
Complications senté un cas de ponction sous échographie d’une
calcification trochantérienne. Plus récemment en
Un seul cas de complication a été décrit : il s’agit 2010, Callegari [28] a rapporté 11 ponctions-lava-
d’une rupture partielle découverte sur l’échogra- ges de divers tendons des membres, avec une ou
phie de contrôle à six semaines, chez un patient deux aiguilles en fonction de la taille et de la loca-
avec mauvais résultat clinique contrastant avec un lisation des calcifications, rinçage au sérum salé,
bon résultat radiologique. La calcification initiale et injection de dérivé cortisoné en fin de geste. Il
était volumineuse et très atténuante, ce qui laisse observait une réduction “drastique” des douleurs à
planer le doute sur la préexistence éventuelle de six semaines et six mois, non chiffrée. En 2011 De
cette rupture [18]. Zordo [18] a publié 6 cas de ponction-lavage de
tendons “hors coiffe” (genou, hanche et coude) as-
Il est à souligner qu’aucune autre complication sociés à 34 cas de coiffe. L’auteur ne détaille pas la
n’ait été signalée sur l’ensemble des publications procédure pour ces autres localisations, mais les
citées, quelle que soit la méthode utilisée à une ou résultats de cette petite série seraient aussi bons
deux aiguilles, de plus ou moins gros calibres, qu’à la coiffe. Enfin, au congrès européen de ra-
avec une ou plusieurs ponctions. diologie (ECR) de 2013, une série italienne de
31 cas de différents tendons des membres, dont
18 moyens glutéaux, lavés par une ou deux
Localisations autres que la aiguilles au sérum salé chauffé, avec injection de
coiffe dérivé cortisoné en périphérie, a montré une dimi-
nution significative de la douleur à un et trois mois,
Les cristaux intratendineux d’apatite, s’ils sont sans complication [29].
situés à 59 % à la coiffe, peuvent également tou-
cher tous les autres tendons, en particulier au poi- Ces trois séries ne font état que du résultat clini-
gnet, à la hanche, ou au coude. Ces localisations que, principalement sur la douleur, sans contrôle
moins fréquentes posent parfois un problème dia- de l’évolution radiologique ni échographique des
gnostique, d’autant que l’expression clinique est là calcifications traitées.
aussi très variable, et la visualisation des calcifica-
tions sur les clichés radiographiques plus ou moins
aisée [25].
267
Le tendon et son environnement
• Le traitement radical d’une calcification intratendineuse est parfois nécessaire pour permettre un re-
tour rapide à l’indolence et à la fonction, en cas d’échec du traitement médical de première intention.
Ce traitement doit être le plus efficace et le moins risqué possible étant donné le caractère spontané-
ment résolutif de cette pathologie.
• L’échographie interventionnelle répond à ces objectifs en permettant de guider des gestes percutanés
de ponction-aspiration-lavage de ces calcifications et d’infiltration de dérivés cortisonés, dans des
conditions optimales de sécurité si les règles sont respectées.
• Plusieurs méthodes quant au déroulement pratique précis de la procédure sont proposées par les dif-
férentes équipes, avec des résultats voisins. Le geste peut être tenté, quel que soit l’aspect plus ou
moins dense, bien ou mal limité, plus ou moins atténuant de la calcification si elle mesure au moins
quatre à cinq millimètres. Le fait de retirer peu de calcium n’est pas péjoratif sur le résultat clinique
escompté. L’intérêt essentiel est à court terme avec une régression assez spectaculaire des douleurs
dans la majorité des cas.
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269
Imagerie du tendon opéré
271
Le tendon et son environnement
anomalies structurelles du tendon et du péritendon le geste réalisé, est fondamental et traduit des phé-
qui vont également progressivement s’estomper. nomènes de cicatrisation efficace du collagène
(fig. 1). De ce fait, les contours du tendon sont mo-
Après 6 mois, la cicatrisation active est le plus difiés avec le plus souvent une perte du parallélis-
souvent terminée. La vascularisation en Doppler me des bords du tendon et un renflement fusiforme
et après injection de gadolinium en IRM est faible de ce dernier. Un tendon aminci est toujours un si-
ou a disparu. La persistance d’importantes anoma- gne péjoratif et traduit déjà une rupture au moins
lies structurelles du tendon doit être corrélée avec partielle avec souvent un tendon peu fonctionnel.
la clinique. Des lésions liquidiennes étendues, de
grosses calcifications et surtout d’un amincisse-
ment du tendon sont des signes péjoratifs.
272
Imagerie du tendon opéré
toires : il peut alors exister des plages liquidiennes massages transverses profonds du tendon. Certai-
intratendineuses qui n’auront de valeur péjorative nes reconstructions tendineuses, notamment les
que si elles sont étendues dans le plan axial du transferts tendineux, peuvent rester visibles au
tendon. La corrélation avec les données cliniques sein du tendon natif. En cas de suture tendineuse,
est alors essentielle. La cicatrisation tendineuse se le matériel reste le plus souvent visible et des fils
traduit par des plages hypoéchogènes en échogra- intratendineux peuvent être authentifiés en écho-
phie et de signal intermédiaire en IRM. Ces ano- graphie sous forme de structures longitudinales
malies doivent progressivement s’estomper dans hyperéchogènes (fig. 2).
les mois qui suivent l’intervention. L’analyse de ces
anomalies structurelles doit donc être corrélée - L’analyse de l’environnement du tendon est
étroitement avec le délai par rapport à la chirur- essentielle. Des adhérences avec le péritendon
gie. Des calcifications peuvent être rencontrées et peuvent limiter la mobilité tendineuse. Leur dia-
ne sont pas forcément symptomatiques et péjora- gnostic est morphologique avec la présence de
tives, ceci en fonction de leur taille et de leur loca- tissu cicatriciel de signal intermédiaire en IRM et
lisation. Elles doivent être signalées, car elles peu- hypoéchogène en échographie en continuité avec
vent modifier la rééducation et contre indiquer les le tendon et pouvant l’englober (fig. 3). Le carac-
Fig. 2 : Echographie, reconstruction panoramique sagittale du tendon calcanéen 9 mois après suture. Aspect normal.
Patient asymptomatique. Tendon continu, normalement épaissi, d’échostructure hétérogène et contenant du matériel
de suture.
Fig. 3 : Echographie du tendon calcanéen réalisée 4 mois après suture. Douleurs à la marche, limitation des amplitudes.
Aspect continu et normalement épaissi du tendon (Grosses flèches) qui est le siège d’une vascularisation en Doppler
témoignant d’une cicatrisation en cours. Structure hypoéchogéne (petites flèches) développée en avant du tendon et en
continuité avec ce dernier en rapport avec des adhérences confirmées par les manœuvres dynamiques.
273
Le tendon et son environnement
tère symptomatique de ces adhérences est confir- cuté et ces valeurs sont variables en fonction du
mé en échographie avec une étude dynamique : le type de chirurgie réalisée et du délai par rapport à
tendon est peu mobile par rapport au péritendon cette dernière. Le flux est plutôt diastolique dans
qui va être attiré avec le tendon lors de la mobili- les premières semaines et un flux résistif serait un
sation de ce dernier. Les bourses péritendineuses élément péjoratif dans les sutures tendineuses à
quand elles existent doivent être analysées et peu- cette période.
vent être à l’origine d’une symptomatologie dou-
loureuse récidivante alors que le tendon n’est pas Pour étudier cette vascularisation en IRM, l’in-
en cause. L’exemple type est celui à l’épaule avec jection intraveineuse de gadolinium est nécessai-
les récidives de bursopathie sous-acromiale. Les re. Cette vascularisation se traduit par un rehaus-
structures de contention du tendon peuvent être sement du signal tendineux après gadolinium et
également impliquées : les rétinaculums et les n’aura donc pas de valeur péjorative pendant les
poulies au doigt peuvent être épaissis et empêcher premiers mois postopératoires.
la course normale du tendon. Le tendon normale-
ment épaissi en postopératoire peut entrer en - L’imagerie se doit d’analyser aussi les mus-
conflit avec ces derniers ou avec l’environnement cles, car dans les mauvais résultats, le tendon peut
osseux comme à l’épaule en cas d’acromioplastie être intègre, mais le muscle atrophique ; c’est par
insuffisante ou d’ostéophytose persistante de exemple le cas pour la coiffe où la trophicité mus-
l’acromioclaviculaire. culaire pré- et postopératoire conditionne le résul-
tat fonctionnel.
- La vascularisation du tendon : son étude est
essentielle dans le suivi de la cicatrisation collagé-
nique et se fait au mieux en échographie avec Les indications d’imagerie
Doppler puissance ou couleur. Pour être fiable,
comme pour les tendons non opérés, l’étude de L’imagerie n’est bien sûr pas systématique après
cette vascularisation en Doppler doit se faire avec toute chirurgie tendineuse. Elle peut être indiquée
un échographe bien réglé sur un tendon détendu en cas d’évolution postopératoire défavorable, no-
et en évitant d’exercer une trop forte pression sur tamment douloureuse et/ou fonctionnelle ou après
ce dernier avec la sonde. Cette vascularisation ap- un nouveau traumatisme.
paraît progressivement pendant le premier mois,
est majeure les semaines suivantes, puis diminue L’imagerie peut, dans les cas complexes comme
progressivement pour disparaître le plus souvent les réinsertions ou les reconstructions tendineu-
après 6 mois. Le Doppler permet de différencier ses, être plus systématique afin de s’assurer de la
des plages de cicatrisations actives, hypoéchogè- bonne évolution morphologique du tendon et dé-
nes, vascularisées en Doppler, des lésions fissurai- pister plus précocement les complications qui né-
res pas forcément d’échostructure liquidienne et cessiteront une adaptation thérapeutique, comme
non vascularisées en Doppler. la durée d’immobilisation, une modification de la
rééducation, une reprise d’activité plus tardive ou
Le rôle de l’étude de l’indice de résistance en une éventuelle reprise chirurgicale. Cette image-
Doppler pulsé [1] mesuré sur les vaisseaux intra- rie initiale peut servir de référence si une sur-
tendineux dans le suivi du tendon opéré est dis- veillance ultérieure est nécessaire.
274
Imagerie du tendon opéré
Ils sont essentiels également quand un geste os- Le Doppler est, comme on l’a déjà vu, fondamen-
seux est associé à la chirurgie tendineuse, notam- tal dans le suivi de la cicatrisation tendineuse et
ment en cas de conflit ostéotendineux. C’est le cas étudie la vascularisation intra- et péritendineuse.
à l’épaule où les clichés simples vont montrer la
qualité de l’acromioplastie et de la résection clavi-
culaire, ou pour le tendon calcanéen dans la mala- L’IRM
die de Haglund où le geste chirurgical comporte
une résection du coin postéro-supérieur de la Sa résolution tissulaire est supérieure à celle de
grosse tubérosité calcanéenne en conflit avec la l’échographie. Elle permet de distinguer de façon
face antérieure et distale du tendon calcanéen. formelle le tissu collagénique en hyposignal ou en
asignal du tissu fibrocicatriciel, de signal intermé-
diaire et des ruptures itératives qui ne sont pas
L’échographie forcément liquidiennes et dont l’échostructure
peut être proche de celle du tendon opéré.
Elle bénéficie de sa résolution spatiale, supé-
rieure à celle de l’IRM, avantage majeur pour Elle voit moins bien que l’échographie les calcifi-
l’étude des structures tendineuses de petite taille cations intratendineuses qui pourront être alors
comme celle des doigts. confirmées en cas de doute par les clichés simples.
Contrairement à l’IRM, l’analyse de la structure Elle permet une vision globale du tendon, du
tendineuse n’est pas ou peu gênée par le matériel muscle et de l’insertion osseuse et reste l’examen
de suture ou par les ancres de réinsertion qui peu- de référence quand l’enthèse tendineuse doit être
vent artéfacter l’IRM, d’autant plus quand ce ma- analysée, notamment dans les réinsertions (fig. 4).
275
Le tendon et son environnement
Fig. 4 : IRM du coude, réinsertion du biceps distal à 6 ans, limitation de la force, douleurs d’apparition brutale. Rupture itérative sub-
totale avec tendon très grêle et présentant d’importantes anomalies de signal (flèches) au contact de la tubérosité radiale (étoile).
276
Imagerie du tendon opéré
che et ses données sont concordantes avec celles une bonne corrélation statistique entre la taille de
retrouvées pour les autres tendons. ces lésions et le résultat clinique.
L’étude de Karjalainen [3] est très instructive sur Nous avons réalisé une étude [2] rétrospective
l’évolution temporelle du tendon calcanéen opéré : portant sur 9 patients présentant une rupture du
il étudie en IRM à 3 et 6 semaines, puis à 3 et tendon calcanéen déjà opéré, 6 patients pour rup-
6 mois des patients opérés d’une rupture du ten- ture fraîche et 3 patients opérés d’une tendinopa-
don traitée par suture. La taille du tendon aug- thie distale. La plainte est surtout fonctionnelle
mente progressivement jusqu’à trois mois, puis avec des troubles de la marche, du déroulé du pied
reste stable. La zone de suture est en hypersignal et l’impossibilité de se mettre sur la pointe des
en densité de protons, moins intense en T2. La pieds. La douleur est inconstante et n’est retrou-
taille et le signal de cette zone de cicatrisation di- vée que chez 3 patients sur 9. L’imagerie réalisée
minuent progressivement après 3 mois. Les pa- par IRM et échographie montre des signes de rup-
tients ayant un mauvais résultat clinique à 3 mois ture uniquement partielle chez 6 patients sur 9
présentent une zone en hypersignal de taille supé- avec un tendon aminci et cliniquement allongé.
rieure à 50 % de la surface axiale du tendon. Chez Seuls 3 patients sur 9 présentent en imagerie des
deux patients réopérés, cette zone en anatomopa- signes de rupture complète. L’imagerie montre que
thologie correspond à du tissu de granulation actif la plage de rupture tendineuse ne présente pas
riche en fibroblastes et siège d’une prolifération forcément un contenu liquidien, mais graisseux
capillaire, et ne présente du tissu collagénique chez 3 patients (fig. 5), mieux identifié en IRM
qu’en périphérie. À six mois, les patients présen- qu’en échographie du fait de la meilleure résolu-
tant des difficultés à la marche sont ceux qui ont tion tissulaire, et contient du matériel fibreux chez
des lésions en hypersignal les plus étendues avec 3 patients.
Fig. 5 : IRM du tendon calcanéen réalisée 15 mois après suture. Douleurs et troubles de la marche. Vaste défect tendineux
occupé par un matériel de comblement graisseux témoignant d’une rupture itérative non liquidienne.
277
Le tendon et son environnement
Il est plus aisé en IRM qu’en échographie de dis- fixée dans la grosse tubérosité calcanéenne par
tinguer une structure tendineuse collagénique, une vis d’interférence selon la technique de Besse
toujours en hyposignal, d’une rupture de contenu [5] (fig. 7).
graisseux en hypersignal T1 en IRM et hyperécho-
gène en échographie ou contenant du matériel ci- En échographie, tous les tendons sont épaissis
catriciel non collagénique de signal intermédiaire et d’échostructure hétérogène. Les reconstruc-
en IRM et d’échostructure variable, mais non li- tions par long fibulaire et long fléchisseur de l’hal-
quidienne en échographie. lux restent visibles au sein du tendon natif et sont
hyperéchogènes. Les reconstructions au tendon
Nous avons réalisé une autre étude, celle-ci quadricipital sont hypoéchogènes ou isoéchogè-
prospective chez 21 patients opérés du tendon cal- nes par rapport au tendon natif.
canéen [4] avec corrélation des données cliniques,
de l’échographie et de l’IRM avec injection intra- En IRM, tous les tendons sont épaissis et les
veineuse de gadolinium. Parmi ces 21 patients, transferts tendineux restent individualisables au
17 ont bénéficié d’une reconstruction du tendon, sein du tendon natif.
4 par transfert du long fibulaire, 4 par transfert du
long fléchisseur de l’hallux (fig. 6) et 9 par recons- Il existe une bonne corrélation entre l’échogra-
truction du tendon distal par transfert du tendon phie et l’IRM sur l’aspect tendineux. Les plages
quadricipital avec une pastille osseuse patellaire cicatricielles hypoéchogènes et vascularisées en
Fig. 6 : Contrôle par échographie et IRM 6 mois après reconstruction du tendon calcanéen par transfert du long fléchisseur de
l’hallux. Patiente asymptomatique. L’échographie et l’IRM montrent les deux brins du transfert tendineux (flèches blanches) en
avant du tendon natif. L’IRM objective le tunnel osseux transcalcanéen (flèche noire).
278
Imagerie du tendon opéré
Fig. 7 : Contrôle par échographie et IRM 12 mois après reconstruction du tendon calcanéen par tendon quadricipital avec pas-
tille osseuse fixée dans la grosse tubérosité calcanéenne. Patiente asymptomatique. L’échographie et l’IRM montrent le transfert
tendineux au sein du tendon natif (flèches blanches). L’IRM objective la vis d’interférence fixant la pastille osseuse dans la grosse
tubérosité calcanéenne (flèche noire).
Doppler sont de signal intermédiaire en IRM et se terfaces entre les fibres de collagène et de la ma-
renforcent après injection de gadolinium. trice interfasciculaire. L’échostructure différente
des reconstructions est liée à la densité différente
Il existe chez trois patients des plages liqui- en fibres de collagène. L’inhomogénéité en écho-
diennes intratendineuses peu étendues dans le graphie s’explique par la perturbation chirurgicale
plan axial en échographie et retrouvées en IRM, de la disposition des fibres collagéniques et par la
ne se renforçant pas après gadolinium. Seul l’un présence de matériel non collagénique comme du
de ces trois patients présente une symptomatolo- tissu cicatriciel et des vaisseaux.
gie douloureuse.
Ainsi, en cas de tendon opéré, l’analyse quanti-
La principale discordance entre l’échographie et tative en fibres de collagène, essentielle dans le
l’IRM est la notion d’homogénéité du tendon : en contexte, paraît plus difficile en échographie qu’en
IRM le tendon natif et les reconstructions sont en IRM. En échographie, ce qui n’est pas liquidien
asignal homogène lié à la structure collagénique n’est pas forcément du collagène, mais peut cor-
du tendon avec une configuration anisotropique respondre à du tissu de comblement cicatriciel fi-
des fibres de collagène créant un champ magnéti- breux, voire graisseux. En IRM, la différenciation
que statique. En échographie, l’aspect du tendon tissulaire est plus aisée, seul le collagène est en
est fibrillaire lié à la réflexion ultrasonore aux in- asignal (fig. 8).
279
Le tendon et son environnement
Fig. 8 : Contrôle par échographie et IRM 11 mois après reconstruction du tendon calcanéen par tendon quadricipital. Mauvais
résultat clinique avec douleurs et absence de déroulé du pas. L’IRM objective une vaste perte de substance intéressant l’ensemble
du tendon calcanéen. La reconstruction n’est pas visible. L’échographie objective un tissu de comblement échogène trompeur.
La coiffe des rotateurs opérée met par un premier rang latéral solide d’absorber
les tensions de la suture et de plaquer le tendon
La chirurgie peut être à ciel ouvert ou plus sou- sur le massif tubérositaire. Le second rang mé-
vent aujourd’hui sous arthroscopie. Sont systémati- dial permet de plaquer le tendon au col anatomi-
quement réalisées une bursectomie sous-acromia- que avec peu de tension, ce qui réduit les risques
le, une résection du ligament coraco-acromial, une d’ischémie du tendon dans cette zone peu vascu-
acromioplastie. Une résection claviculaire du quart larisée et empêche le liquide synovial délétère
externe avec ablation des ostéophytes inférieurs pour la cicatrisation de venir au contact de la
agressifs est également réalisée si nécessaire. zone de suture tendineuse [6].
La réparation tendineuse comprend un avive- Une ténotomie, puis une ténodèse du long bi-
ment tubérositaire en zone de réinsertion du ten- ceps dans sa gouttière sont associées à la répara-
don supra-épineux (ou footprint), un avivement tion tendineuse.
des berges tendineuses, une réinsertion tendi-
neuse par simple rang ou plus souvent aujourd’hui Les tendons de la coiffe cicatrisent lentement du
double rang d’ancres médiales et latérales. Ces fait de leur faible vascularisation. La revascularisa-
ancres sont soit métalliques, soit radio-transpa- tion et les facteurs biologiques de cicatrisation ten-
rentes et aujourd’hui souvent biorésorbables. El- dineuse proviennent de l’os. La réparation tendi-
les sont montées avec un double fil qui permet de neuse doit maintenir un contact os-tendon pendant
suturer le tendon. Le double rang d’ancres per- cette longue période de cicatrisation du tendon [6].
280
Imagerie du tendon opéré
Plusieurs études ont montré que la majorité des D’autres complications peuvent se rencontrer :
ruptures itératives et des non-cicatrisations sur- hématome, infection, capsulite, fracture acromia-
vient pendant les trois premiers mois postopéra- le, ossifications hétérotopiques, problèmes d’inté-
toires [7, 8]. gration et de migration des ancres.
281
Le tendon et son environnement
282
Imagerie du tendon opéré
Fig. 10 : Echographie 12 mois après réparation du supraspinatus. Résultat fonctionnel moyen. Rupture itérative signi-
ficative (double flèche).
L’échographie peut montrer des signes de capsu- L’arthrographie peut montrer de petites fuites à
lite, mais dont le diagnostic clinique est aisé se tra- travers la coiffe supérieure sous forme de petites
duisant par une limitation de la rotation latérale flammèches sans que ceci n’ait de valeur patholo-
par rapport à l’épaule controlatérale. Il existe un gique et ne soit symptomatique (fig. 11). L’opacifi-
épaississement et une hyperhémie en Doppler du cation d’une néobourse sous-acromiale n’est pas
ligament coraco-huméral dans l’intervalle des ro- forcément un signe pathologique et peut être liée
tateurs. Le diagnostic de l’hyperhémie en Doppler à une fuite par l’intervalle des rotateurs ou à tra-
est sensibilisé si l’examen est réalisé en décubitus. vers une petite rupture transfixiante qui peut être
totalement asymptomatique.
Fig. 11 : Arthroscanner 12 mois après réparation du supraspinatus. Tendon normalement inséré, présences de petites
flammèches de contraste intratendineuses non significatives (flèches). Aspect normal des ancres radiotransparentes de
réinsertion dans la grosse tubérosité.
283
Le tendon et son environnement
Fig. 12 : Arthrographie et scanner 22 mois après réparation de la coiffe. Douleurs et résultat fonctionnel moyen. Supraspinatus
aminci présentant une rupture itérative significative (flèches).
Le scanner permet une bonne analyse des systè- Le tendon opéré doit être épaissi. Comme avec
mes d’ancrage osseux, qu’ils soient métalliques ou les autres techniques d’imagerie en coupe, la pré-
radio-transparents. Une résorption osseuse à leur sence d’éléments liquidiens fissuraires peu éten-
contact, voire une mobilisation secondaire des an- dus, voire de petites ruptures transfixiantes, ne
cres, sont des signes importants à décrire. L’impor- sont pas des éléments forcément péjoratifs et peu-
tance et la qualité de l’acromioplastie, des gestes vent être souvent rencontrés chez des patients
de résection osseuse de la clavicule et de l’interli- asymptomatiques [23].
gne acromioclaviculaire peuvent être évaluées.
Sugaya [21] a donc proposé une classification
Comme en préopératoire, la trophicité des mus- IRM de la coiffe opérée avec 5 stades : le stade I
cles de la coiffe ainsi que la présence d’une involu- correspond à un tendon d’épaisseur normale et de
tion graisseuse doivent être décrites dans le comp- signal homogène, le stade II à un tendon d’épais-
te rendu. seur normale présentant un hypersignal focal, le
stade III à un tendon aminci sans rupture, le stade
IV à un tendon aminci avec rupture focale, le stade
L’IRM V à un défect tendineux important.
L’IRM postopératoire doit comporter les mêmes Il peut être difficile de distinguer en IRM une
séquences qu’en préopératoire : exploration dans rupture partielle d’un aspect postopératoire nor-
les trois plans en T2 avec saturation du signal de la mal avec des anomalies de signal tendineuses en
graisse et séquences sagittales en T1 pour analy- hypersignal liées à la réparation tendineuse et aux
ser la trophicité et l’infiltration graisseuse des phénomènes de cicatrisation.
muscles de la coiffe.
Crim [24] réalise chez 40 patients opérés d’une
Comme pour tous les tendons opérés, l’IRM rupture de la coiffe supérieure sous arthroscopie
postopératoire montre une structure tendineuse une surveillance systématique par IRM à 6 semai-
hétérogène, d’autant que le matériel de suture et nes, 3 mois et 12 mois après la chirurgie. Tous les
les ancres de fixation, surtout quand elles sont mé- patients ont bénéficié d’une réparation de bonne
talliques, accentuent cette hétérogénéité. qualité du tendon. La taille moyenne de la rupture
284
Imagerie du tendon opéré
est de 18,5 mm dans cette série. Il analyse en IRM (épaisseur, taille du footprint, signal) et le résultat
postopératoire la taille du feutre, c’est-à-dire la clinique.
taille de l’insertion de la coiffe supérieure sur la
grosse tubérosité, l’épaisseur du tendon en lieu et En cas de non-cicatrisation ou de rupture itéra-
place de la suture, son signal sur les séquences en tive, l’IRM est performante [25, 26, 27, 28] et per-
T2 avec saturation du signal de la graisse, la pré- met de juger comme en préopératoire de l’impor-
sence ou non d’une rupture transfixiante et la tro- tance de la rupture tendineuse, de son siège et de
phicité musculaire. Il compare ces données mor- l’état des muscles de la coiffe.
phologiques IRM avec les données cliniques en
utilisant le score de Constant-Murley. Une rupture La présence d’un épanchement dans la néo-
transfixiante est retrouvée chez 4 patients (10 %) bourse sous-acromiale est peu spécifique et se ren-
dont un patient à 6 semaines, les 3 autres entre 3 contre chez des patients asymptomatiques à coiffe
et 12 mois. Ces 4 patients ont un mauvais résultat continue comme chez des patients présentant une
clinique. Dans les autres cas, l’aspect morphologi- rupture itérative (fig. 13). La présence d’un épan-
que en IRM de la réparation tendineuse est très chement dans l’acromioclaviculaire communi-
variable et l’auteur ne trouve pas de corrélation quant avec la bourse n’a pas de valeur pathologi-
satisfaisante entre l’aspect du tendon en IRM que et est due au geste de résection osseuse [23].
Fig. 13 : IRM réalisée 18 mois après réparation du supraspinatus sur coiffe dégénérative. Mauvais résultat fonc-
tionnel. Large rupture du supraspinatus (flèches). Intégrite de l’infraspinatus. Atrophie et infiltration graisseuse
du muscle supraspinatus.
285
Le tendon et son environnement
L’IRM est utile en cas de complications infectieu- Duc [9] réalise une étude rétrospective de 48 pa-
ses, d’algodystrophie et de capsulite. Pour ce der- tients déjà opérés qui présentent une rupture ité-
nier diagnostic, les séquences avec injection intra- rative de la coiffe et corrèle les résultats de l’arthro-
veineuse de gadolinium montrent des prises de IRM à ceux de la chirurgie de reprise. Il étudie la
contraste de l’intervalle des rotateurs et de la cap- performance de l’arthro-IRM pour le diagnostic
sule, notamment du récessus axillaire. L’IRM peut des ruptures transfixiantes et partielles pour le su-
authentifier les migrations intra-articulaires des praspinatus, l’infraspinatus et le subscapularis. La
ancres radio-transparentes [19]. performance diagnostique de l’arthro-IRM est
bonne dans cette série pour le diagnostic des rup-
tures transfixiantes. Comme en IRM, le diagnostic
L’arthro-IRM des ruptures partielles est plus difficile, car la dis-
tinction entre ces dernières et les anomalies de si-
Comme pour la coiffe non opérée, l’arthro-IRM gnal intratendineuses postopératoires est compli-
peut sensibiliser le diagnostic des pathologies ité- quée. Par ailleurs, dans les ruptures transfixiantes,
ratives de la coiffe. l’opacification de la bourse sous-acromiale n’est
pas systématique, car la rupture peut être comblée
par un tissu cicatriciel non fonctionnel.
• L’imagerie du tendon opéré est difficile et l’imageur se doit de connaître la pathologie tendineuse
préexistante, de disposer du compte rendu opératoire, d’avoir des renseignements cliniques qui seront
corrélés aux données de l’imagerie et de connaître le délai entre la chirurgie et l’imagerie.
• Tout tendon opéré doit être épaissi ; il présente toujours des modifications de sa structure, majeures
pendant les premières semaines, puis s’estompant progressivement. L’étude de la vascularisation intra-
et péritendineuse est essentielle. L’environnement du tendon doit également être étudié.
• Sont péjoratifs un amincissement du tendon et des plages liquidiennes étendues dans le plan axial.
• Les ruptures itératives sont souvent partielles et pas forcément liquidiennes. Les pertes de substance
tendineuse peuvent être comblées par un tissu graisseux ou fibrocicatriciel.
• Les avantages de l’échographie sont une excellente résolution spatiale, son caractère dynamique, le
mode Doppler pour étudier la vascularisation. Ses limites sont sa moins bonne caractérisation tissu-
laire que l’IRM et l’étude des enthèses.
• L’IRM permet une vision globale du tendon, y compris l’enthèse. La distinction entre le tissu collagéni-
que en asignal et les comblements fibrocicatriciels ou graisseux est plus aisée qu’en échographie.
286
Imagerie du tendon opéré
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Tendinopathies, arthroplasties
et matériel d’ostéosynthèse
289
Le tendon et son environnement
290
Tendinopathies, arthroplasties et matériel d’ostéosynthèse
cette dernière étiologie, délicate, nécessite sou- • mise en évidence d’anomalies morphologiques
vent un test anesthésique [7]. Ces diagnostics re- du matériel ou des parties molles : saillie du
quièrent des radiographies de bonne qualité, un matériel prothétique [bien corrélée avec le
scanner pour l’étude des parties dures et une écho- scanner [6-8], angulation et hypoéchogénicité
graphie pour celle des parties molles. du tendon iliopsoas (fig. 3, 4), bursopathie,
rupture de l’iliopsoas (fig. 5) ;
Les principaux conflits PTH/iliopsoas tels qu’ils • visualisation en échoscopie du frottement du
apparaissent en TDM sont illustrés dans la figu- tendon, déformé sur une saillie anormale ;
re 2. L’échographie, dont la principale limite est • douleur à l’écho-palpation de la zone de
l’épaisseur du pannicule adipeux sous-cutané, a conflit ; disparition temporaire de la sympto-
un triple intérêt morphologique, dynamique et matologie après infiltration échoguidée d’un
fonctionnel : anesthésique local entre PTH et tendon.
291
Le tendon et son environnement
292
Tendinopathies, arthroplasties et matériel d’ostéosynthèse
293
Le tendon et son environnement
Fig. 6 : Homme de 33 ans. PTH gauche pour ostéonécrose de la tête fémorale. En postopératoire pré-
coce, vive douleur antérieure, s’exacerbant à la flexion de cuisse. (A, B). Radiographie et coupe TDM
frontale : arrachement osseux latéro-acétabulaire (flèche) ; (C) Échographie axiale : disparition de l’en-
thèse du droit fémoral gauche (flèche rouge) alors que la droite est normale (flèche verte) ; (D) coupe
axiale sous-jacente : avulsion osseuse de l’enthèse avec rétraction tendineuse (flèche rouge).
294
Tendinopathies, arthroplasties et matériel d’ostéosynthèse
Fig. 7 : PTH droite. Douleur antérieure plusieurs mois après l’intervention. Radiographie normale. Échographie axiale
comparative passant par les épines iliaques antéro-inférieures. Enthèse du droit fémoral hypoéchogène, augmentée de vo-
lume (flèche rouge) par rapport au côté normal (flèche verte). Test anesthésique positif. Infiltration cortisonée efficace.
295
Le tendon et son environnement
Fig. 8 : Fracture du col fémoral gauche. (A) Prothèse intermédiaire et ostéosynthèse intertrochantérienne 18 mois auparavant.
Douleurs et boiterie ; (B) Le matériel de synthèse (crochets, torons de câble) est saillant et irrégulier ; (C) Dilacération de la lame
latérale et du tendon principal du moyen glutéal avec dégénérescence graisseuse de ce dernier (D).
Un traitement chirurgical est parfois nécessaire, quences disponibles [15]. En cas de PTG, l’écho-
bursectomie de la bourse trochantérienne super- graphie demeure donc le seul outil fiable pour
ficielle, réinsertion de la lame latérale, trochanté- l’analyse des parties molles paraprothétiques
roplastie ou ablation d’un fil métallique de [16]. Parmi nos dossiers de PTG dont les suites
trochantérotomie. anormales purent être rapportées à une patholo-
gie des parties molles, nous n’avons retenu que
43 cas de tendinopathies, en excluant les conflits
Prothèses de genou entre PTG et les autres parties molles périarticu-
laires. En revanche, nous avons inclus dans la sé-
Contrairement aux PTH, de plus en plus consti- rie les fractures spontanées de la patella, dans la
tuées de titane (non ferromagnétique), les pro- mesure où la pathologie non traumatique de cet
thèses de genou (PTG), surtout fabriquées dans os sésamoïde est, à nos yeux, indissociable de
un alliage d’acier, génèrent en IRM des artéfacts celle des tendons extenseurs au sein desquels la
si importants qu’ils rendent le plus souvent l’exa- patella est incluse. Ces cas sont rapportés dans le
men non contributif, même avec les nouvelles sé- tableau 4.
296
Tendinopathies, arthroplasties et matériel d’ostéosynthèse
Fig. 9 : (A, B) PTH droite sur dysplasie fémoropatellaire (présente également à gauche) ; (C) Échographie sagittale sus-patel-
laire : rupture complète du tendon quadricipital.
297
Le tendon et son environnement
Fig. 10 : (A) Radiographie. Avulsion partielle de l’enthèse patellaire du tendon quadricipital (flèche
rouge) ; (B, C) Échographie sagittale suprapatellaire : enthèse augmentée de volume, hypoéchogène
(flèches jaunes), hyperhémique au Doppler puissance.
298
Tendinopathies, arthroplasties et matériel d’ostéosynthèse
299
Le tendon et son environnement
Fig. 15 : PTG droite. Douleur médiale. (A, B) Tomodensitométrie. Saillie médiale de l’embase tibiale et d’une de ses vis de fixation
(flèches rouges) ; (C, D) Coupes échographiques coronales médiales : on retrouve la saillie métallique (flèche rouge) par rapport
à la corticale osseuse (flèche jaune) et à l’insert polyéthylène (flèche verte). Bursite de la patte-d’oie (étoile rouge).
cas d’ostéosynthèse de la tubérosité tibiale anté- sur le tubercule de Gerdy. Nous avons eu l’occa-
rieure sur PTG, l’extrémité ectopique d’une vis sion d’en observer 3 cas. La BIT apparaissait re-
peut venir irriter les tendons de la patte-d’oie. foulée par le matériel, épaissie, hypoéchogène et
hyperhémique au Doppler. Un test anesthésique
par injection de Xylocaïne® sous guidage écho-
Tendinopathies latérales graphique confirma le caractère symptomatique
du conflit, suivi dans deux cas d’une injection cor-
Le seul élément tendineux qui puisse être affecté tisonée efficace. Le troisième patient dut être opé-
à ce niveau par une saillie de matériel prothétique ré (plastie du fascia lata et ablation de la saillie de
ou de ciment est la BIT en amont de son insertion ciment) avec succès (fig. 16).
300
Tendinopathies, arthroplasties et matériel d’ostéosynthèse
Fig. 16 : PTG gauche. Douleur antérolatérale. (A, B) Radiographie, scanner : débord latéral de l’embase
et d’un petit fragment de ciment (flèches rouges) ; (C) Coupe échographique coronale latérale : débord de
l’embase métallique (flèche rouge) et de ciment (flèche violette) par rapport à la corticale tibiale (flèche
jaune). En vert, l’insert polyéthylène. Refoulement du fascia lata (flèches blanches) épaissi, hypoéchogène
et hyperhémique. Test anesthésique positif. Opération. Guérison.
301
Le tendon et son environnement
Fig. 17 : Lésion de la fabella. (A) Cliché préopératoire ; (B) Cliché postopératoire : fracture de la
fabella ; (C) Coupes échographiques sagittales comparatives : irrégularité de la fabella gauche et
œdème péri-ossiculaire ; (D) Infiltration cortisonée. Echec. Ablation chirurgicale de la fabella.
Résultat clinique médiocre.
Matériel d’ostéosynthèse seux modéré est donc normal et seules les saillies
exagérées peuvent potentiellement être source de
Tout matériel d’ostéosynthèse est susceptible conflit. Tous les matériels d’ostéosynthèse (clous
d’entrer en conflit avec un tendon, en transfixiant centromédullaires, vis, plaques…) peuvent léser
ce dernier, en venant faire saillie sur son trajet ou les tendons. Compte tenu de la multiplicité des
par le biais d’une blessure tendineuse peropéra- matériels d’ostéosynthèses et des conflits tendi-
toire [25-30]. Une bonne tenue mécanique des vis neux potentiels, en dresser une liste exhaustive
d’ostéosynthèse diaphysaires ou métaphysaires n’est pas envisageable. Nous énumérerons simple-
s’obtient habituellement en leur faisant mordre la ment les plus fréquents dans le tableau 5 et les il-
corticale osseuse opposée : un débord extra-os- lustrerons à l’aide de deux exemples (fig. 18, 19).
302
Tendinopathies, arthroplasties et matériel d’ostéosynthèse
Tableau 5 : Sites les plus fréquents des conflits entre tendons et matériel d’ostéosynthèse
Site
Pathologie Tendon(s) affecté(s)
anatomique
Fracture de l’extrémité supérieure ou de la diaphyse humérale [24] Tendons de la coiffe
Épaule
traitée par enclouage (clou centromédullaire, clou Telegraph…)
Fracture de l’olécrâne Triceps
Fracture du col du radius traitée par enclouage fasciculé. Tendons des 1er et 2e compartiments
Coude
Fractures diaphysaires des os de l’avant-bras traitée par enclouage dorsaux du poignet
fasciculé.
Fracture de l’extrémité distale du radius synthésée par plaque pal- Tendons extenseurs, fléchisseurs
maire [25, 26]
Poignet Fracture de l’extrémité distale du radius synthésée par plaque dorsale Tendons fléchisseurs
Fracture de Pouteau-Colles traitée par embrochage [27] Tendons extenseurs
Fracture du scaphoïde traitée par ostéosynthèse percutanée. Tendon fléchisseur radial du carpe
Main Fractures de P1 ostéosynthésées [28] Tendons Fléchisseurs
Fracture du col ostéosynthésées par clou Gamma [29] Tendons glutéaux
Hanche
Fractures du fémur traitées par enclouage centromédullaire Tendons glutéaux
Plastie du ligament croisé antérieur. Saillie du matériel condylien latéral. Fascia lata
Plastie du ligament croisé antérieur avec prélèvement du tiers moyen Tendon patellaire
Genou
du tendon patellaire. Fractures de la patella
Synthèse de la TTA Tendon patellaire
Jambe Enclouage centro-osseux Tendon patellaire
Cheville Fractures de l’extrémité distale du tibia ostéosynthésées. Tendons médiaux de la cheville
Fractures du calcanéus ostéosynthésées par vis ou plaques vissées Tendons médiaux dans le tunnel tarsien
[30] Tendons fibulaires
Pied
Ostéotomies de M1 ou de P1 de l’hallux Tendon long fléchisseur de l’hallux
Ostéotomie de C1 Tendon tibial antérieur
Fig. 18 : Plastie du ligament croisé antérieur par DIDT quelques mois auparavant avec vis d’interférence biorésorba-
bles radiotransparentes. Douleur paracondylienne latérale avec ressaut. (A, B) Radiographies de profil et en oblique :
normales. Flèches jaunes : tunnels ; (C) Coupe échographique axiale de la face latérale du genou, (D) même coupe avec
schéma explicatif. Échos superposés (flèches rouges) (= vis d’interférence migrée en dehors de l’os) entourée d’une
plage œdémateuse hypoéchogène (plage rouge), refoulant le fascia lata (bande verte). Ablation du matériel. Guérison.
303
Le tendon et son environnement
Fig. 19 : (A, B) Fracture distale du radius gauche synthésée par plaque palmaire ; (C) A 3 mois, impossibilité d’extension du pou-
ce ; (D) coupes échographiques axiales en xy (B) ; (D’) Schéma explicatif. Structure hyperéchogène en dehors du tubercule de
Lister gauche, dans le tendon long extenseur du pouce : extrémité d’une vis ectopique transfixiant le tendon. Ablation et suture.
304
Tendinopathies, arthroplasties et matériel d’ostéosynthèse
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305
Place de l’endoscopie dans
les tendinopathies et bursopathies
T. Boyer
L’endoscopie des tendons et des bourses s’est souvent touchées que les hommes (2 pour 1) ; l’âge
initialement développée à l’épaule en raison de la moyen se situe autour de 50 ans ; elles sont sou-
grande fréquence de la pathologie tendineuse lo- vent bilatérales et entrent dans le cadre nosologi-
cale et de la facilité d’accès à la bourse sous-acro- que des rhumatismes apatitiques [1-5]. Leur ori-
miale. Plus récemment, l’endoscopie tendineuse gine est inconnue ; bien qu’elles siègent préféren-
s’est développée et la plupart des tendons et des tiellement dans la zone du conflit sous-acromial,
bourses peuvent maintenant être explorés. À elles n’en sont pas la conséquence.
l’épaule, l’endoscopie de l’espace sous-acromial
est devenue la technique de référence et son inté-
rêt n’est plus à démontrer dans les ruptures de la La clinique
coiffe et dans la pathologie de la longue portion du
biceps. Nous avons choisi d’aborder l’endoscopie La plupart de ces calcifications sont strictement
pour le traitement de la tendinopathie calcifiante asymptomatiques et ne justifient aucun traite-
de l’épaule, car il s’agit du premier site à montrer ment ; d’autres sont tenues responsables de dou-
son intérêt, dans les tendinopathies et bursites de leurs de l’épaule d’intensité variable depuis la sim-
la hanche, pathologie en plein développement, et ple gêne aux mouvements jusqu’à la douleur per-
dans les hygromas en raison de son originalité. manente et insomniante. La douleur nocturne est
souvent au premier plan et son intensité semble
corrélée à la taille de la calcification [6]. À l’exa-
Pathologie tendineuse de men, le tableau clinique est dans la majorité des
l’épaule : la tendinopathie cas celui d’un conflit antéro-supérieur classique.
calcifiante La mobilité passive est généralement normale, ce
qui permet d’éliminer une capsulite rétractile alors
Généralités qu’une limitation antalgique de l’élévation anté-
rieure et de la rotation externe est possible.
Les calcifications de l’épaule siègent essentielle-
ment dans les tendons de la coiffe ; elles peuvent La calcification peut migrer dans la bourse, de fa-
également atteindre le tendon du biceps et excep- çon spontanée ou à l’occasion d’un effort banal ;
tionnellement le bourrelet glénoïdien. Nous ne nous son contenu se déverse dans la bourse sous-acro-
intéresserons ici qu’aux calcifications de la coiffe. miale entraînant le classique tableau clinique
d’épaule aiguë hyperalgique ; il s’agit le plus sou-
Ces calcifications sont fréquentes : elles tou- vent d’un mode de guérison [7], mais parfois, au
chent 3 à 7 % de la population générale et 22 % de contraire, la calcification s’étale dans le tendon et
la population diabétique. Les femmes sont plus un tableau de douleur chronique s’installe.
307
Le tendon et son environnement
Elles siègent le plus souvent dans le supra-spi- Classiquement, les calcifications et les perfora-
natus (80 %), puis dans l’infra-spinatus (15 %), tions de la coiffe sont deux entités différentes,
plus rarement dans le subscapularis ou le teres mi- voire antagonistes. Dans une même zone, un ten-
nor [6] ; il peut exister plusieurs calcifications don ne peut à la fois contenir une collection calci-
dans une même coiffe. La consistance des dépôts que et être perforé puisque la collection s’échap-
d’apatite dans la coiffe est très variable et condi- perait par la perforation. Le terrain des deux pa-
tionne probablement leur mode évolutif. Les calci- thologies n’est pas le même : pour les calcifica-
fications les plus classiques évoluent vers une li- tions, la moyenne d’âge est de 45-50 ans et elles
quéfaction, migrent et se résorbent spontanément sont exceptionnelles chez les personnes âgées,
selon le cycle d’Uthoff [7]. Ces calcifications s’éva- alors que la fréquence des perforations augmente
cuent très facilement par un pertuis sans laisser de régulièrement avec l’âge.
trace à la face supérieure de la coiffe, ce qui expli-
que leur guérison rapide. Les guérisons moins ra- Quelques auteurs ont néanmoins abordé la ques-
pides ou la persistance de signes cliniques parais- tion de l’association calcification-perforation de la
sent corrélées à l’évacuation d’un matériel plus coiffe. Hsu et coll. [8] rapportent sur des patients
dense qui, d’ailleurs, ne parvient pas toujours à asiatiques une association dans 28 % des cas. Il
migrer correctement dans la bourse et reste par- convient de noter que la moyenne d’âge est très
fois “piégé” entre coiffe et bourse (fig. 1). Cette élevée (beaucoup de patients ont plus de 60 ans) et
consistance variable explique certaines difficultés que l’on peut douter qu’il s’agisse de la calcifica-
pour les ponctions aspirations ; elle est d’observa- tion apatitique classique. Kernwein [9] identifie
chez des patients de plus de 40 ans avec calcifica-
tion tendineuse 90 % de lésion tendineuse en
arthrographie. Ce fait n’a pas été confirmé par
d’autres travaux, notamment par Jim et coll. [10]
qui, dans un travail prospectif, observaient 22 per-
forations arthrographiques sur 81 calcifications.
308
Place de l’endoscopie dans les tendinopathies et bursopathies
Dans la série européenne rapportée par Molé [6] Type C1. instable : Calcification hétérogène, sou-
en 1992, la fréquence des perforations (partielles vent en stries correspondant à l’évacuation
ou complètes) constatées sous arthroscopie dans spontanée ou provoquée d’une calcification
les calcifications tendineuses était de 4 %. Ce chif- auparavant homogène.
fre a été confirmé au cours du symposium de la Type C2. stable : Calcification identique à la précé-
SFA en 2008 [12]. dente, mais non évolutive dans le temps.
Type D : Calcification d’insertion (enthésopathie).
309
Le tendon et son environnement
Les voies d’entrée sont celles de l’arthroscopie Le plancher de la bourse est alors minutieuse-
de l’épaule. La porte postérieure permet, dans un ment réséqué en regard du siège présumé de la
premier temps, l’exploration de la cavité gléno-hu- calcification à l’aide d’un résecteur électrique ;
mérale. L’arthroscope est introduit dans l’articula- cette calcification se distingue alors souvent par
tion à travers le teres minor et la capsule articu- un bombement déformant la coiffe (fig. 3), une co-
laire. Ce temps permet théoriquement d’éliminer loration blanche différente du tendon, d’une petite
une erreur diagnostique en cherchant une lésion fuite de matériel calcique ou par une zone hype-
intra-articulaire éventuellement responsable des rhémique ; la confirmation est apportée par la
douleurs ; il permet également l’examen de la face mise en place d’une aiguille ou par une incision
inférieure (ou profonde) de la coiffe des rotateurs ; punctiforme. Certaines calcifications sont consti-
dans l’immense majorité des cas, la coiffe est nor- tuées d’un matériel liquide, laiteux ; d’autres, au
male. Dans de rares cas, la calcification, de très contraire, se présentent sous un aspect beaucoup
grande taille, occupe toute l’épaisseur de la coiffe plus solide, pâteux ou crayeux (fig. 4-5-6).
et affleure son plancher. En fait, dans les formes
les plus typiques de calcifications de type A ou B, Une autre technique a été proposée pour trouver
le temps articulaire peut être évité, ce qui simpli- une calcification qui n’est pas immédiatement visi-
fierait les suites opératoires. Une porte externe ble : on examine la coiffe par sa face inférieure
permet l’introduction des instruments dans l’es- (arthroscope introduit dans l’articulation gléno-
pace sous-acromial. Le remplissage premier de la humérale) et on perfore par sa face supérieure (es-
bourse à l’aide d’un trocart facilite la mise en place pace sous-acromial) la coiffe à l’aide d’une aiguille
de l’arthroscope. Cette astuce technique évite de dans laquelle peut coulisser un fil ; l’apparition de
piéger l’arthroscope dans les feuillets collabés de matériel calcique traduit le passage de l’aiguille à
la bourse en pénétrant dans un espace sous-acro- travers la calcification ; on peut alors laisser en
mial non distendu et interdisant ainsi une bonne place le fil, placer l’arthroscope dans l’espace
vision de ses parois. sous-acromial et localiser ainsi la calcification.
310
Place de l’endoscopie dans les tendinopathies et bursopathies
Fig. 3 : Calcification déformant la coiffe - Vue endoscopique - Evaluation par incision endoscopique
Fig. 4 Fig. 5
Fig. 6
311
Le tendon et son environnement
Une fois la calcification retrouvée, la coiffe est été fixé à deux ans compte tenu de la rareté de ces
superficiellement incisée dans le sens de ses fibres localisations. L’évolution à long terme prouve que
sur quelques millimètres. Comme on l’a vu, la la tendinopathie calcifiante est une affection tran-
consistance de cette calcification est soit franche- sitoire de l’épaule qui n’a pas de lien avec la rup-
ment laiteuse, soit plus solide, comparable à de la ture de coiffe. Aucune récidive n’est notée à long
pâte dentifrice ou à de la craie humide. terme et le taux de rupture transfixiante à neuf ans
de recul, pour un âge moyen de 56 ans, est de
3,9 %. Cette évolution permet d’affirmer qu’il n’est
Les complications pas nécessaire de suturer les berges du cratère
créé après exérèse de la calcification. L’état préo-
La seule véritable complication est la capsulite pératoire de la coiffe a cependant une influence
rétractile ; elle s’observe dans environ 2 % des cas. significative sur les résultats fonctionnels à long
Aucune arthrite septique, aucun trouble neurolo- terme avec des résultats significativement moins
gique lié à la traction n’ont été trouvés dans l’étude bons quand il existe initialement une rupture par-
multicentrique de Molé [6] portant sur 275 cas. tielle de coiffe ou un test de Jobe positif et avec un
taux significativement plus élevé de rupture trans-
fixiante à la révision. À condition d’adapter la
Les indications technique d’exérèse, le traitement arthroscopique
est aussi efficace pour toutes les localisations. Le
L’indication de l’arthroscopie dans le cadre des résultat clinique à long terme, après exérèse d’une
calcifications de la coiffe est exclusivement théra- calcification de type C, est significativement moins
peutique. Cette chirurgie endoscopique n’est indi- bon que pour les autres types de calcification.
quée qu’en cas d’échec prolongé des traitements L’acromioplastie améliore les résultats si la calcifi-
médicaux, voire de la ponction-aspiration. Dans cation est associée à un acromion agressif ou à
notre expérience, et dans le cadre du choix d’un une rupture partielle de la coiffe.
traitement endoscopique, les calcifications de types
A et B (arrondies ou polylobées à contour net) sont Globalement les résultats sont bons à excellents
traitées par évacuation simple sans aucun geste sur dans 92 % des cas. Quatre-vingt-seize pour cent
la voûte acromiale. Les calcifications de type C sta- des patients s’estiment satisfaits. La disparition
ble (éparpillées) sont traitées par acromioplastie. complète de la calcification est obtenue dans
83,5 % des cas. Les résultats ont été étudiés en
fonction du geste pratiqué ; ils sont meilleurs par
Les résultats l’ouverture simple de la calcification qu’en cas de
geste associé sur la voûte (acromioplastie ou sec-
Ils peuvent être analysés à la lumière du sympo- tion du ligament acromio-coracoïdien) et sont très
sium de la SFA en 2008 [12]. Les auteurs de ce supérieurs à l’acromioplastie sans évacuation de
symposium ont revu rétrospectivement 450 pa- la calcification. Cette supériorité apparaît sur tous
tients opérés sous arthroscopie pour une tendino- les critères et en particulier sur la disparition com-
pathie calcifiante de l’épaule, avec une imagerie plète de la calcification à un an qui est obtenue
systématique de la coiffe des rotateurs. Le recul dans 97 % des cas par l’ouverture de la calcifica-
minimal était de cinq ans, sauf pour les calcifica- tion. Des résultats identiques sont retrouvés par
tions du subscapularis ou de l’infraspinatus où il a Seil et coll. [17].
312
Place de l’endoscopie dans les tendinopathies et bursopathies
La pathologie tendineuse de la hanche est habi- La technique [18, 19] consiste à créer un espace
tuellement traitée par des moyens médicaux. Ce de travail entre le tissu sous-cutané et la bande-
n’est que dans de rares cas, entraînant un handi- lette à l’aide de deux voies d’entrée sus et infra-
cap fonctionnel important et résistant aux traite- trochantériennes. Le nettoyage de cet espace à
ments conservateurs que la chirurgie endoscopi- l’aide d’un shaver et d’une sonde radiofréquence
que peut être utile. permet d’obtenir une bonne vision de la bandelet-
te. Le geste chirurgical consiste à inciser la bande-
lette en croix afin de réaliser un défect en forme de
Les ressauts de hanche losange (fig. 7). En fait, c’est le bord postérieur
épaissi de la bandelette qui est responsable du res-
Les deux types de ressaut, latéral et médial ont saut. Il faut, par conséquent, ouvrir la bandelette
des origines très différentes (voir les chapitres dé- de façon adéquate. La bourse trochantérienne (ou
diés à la clinique et à l’imagerie des ressauts de du gluteus maximus) habituellement responsable
hanche). de la douleur est ensuite nettoyée à travers la brè-
che créée dans la bandelette.
313
Le tendon et son environnement
314
Place de l’endoscopie dans les tendinopathies et bursopathies
tomie peut être envisagée. La technique est identi- position du trochanter. Les lésions non transfixian-
que à celle décrite pour les ressauts. tes du gluteus médius (ou minimus) peuvent être
débridées. Les ruptures doivent être détectées pré-
Dans les hanches prothétiques, une tendinopa- cocement par échographie ou IRM. Elles peuvent
thie du psoas peut être liée à une mauvaise posi- être suturées à ciel ouvert ou sous endoscopie à
tion de l’implant cotyloïdien. Le tendon passe en l’aide d’ancres implantées dans le trochanter [18].
effet juste en regard de la partie antérieure de ce
cotyle. Les indications respectives de la ténotomie Dans une méta-analyse parue en 2011, Lusten-
ou du changement du cotyle synthétique sont dis- berger et coll. [28] confirment l’intérêt de la chirur-
cutées cas par cas. gie dans les cas rebelles aux traitements médicaux.
315
Le tendon et son environnement
Plus rarement, des bursopathies notamment ré- Pour les hygromas du genou, 2 voies inféro-mé-
tro-olécraniennes peuvent se voir dans des rhu- diale et inféro-latérale sont le plus souvent utili-
matismes inflammatoires. sées (fig. 10).
La plupart des hygromas bénéficient d’un traite- L’arthroscope utilisé est le même que pour le ge-
ment médical. En cas d’échec, la chirurgie peut nou : foroblique 30°, 4,5 mm de diamètre.
être proposée. L’abord à ciel ouvert n’est pas ano-
din, car les suites sont souvent grevées de problè- Le liquide présent dans l’hygroma est le plus
mes infectieux, cicatriciels ou de récidives. L’abord souvent sérohématique. Il a été prélevé systémati-
endoscopique est une alternative intéressante mal quement pour examen cytobactériologique et re-
connue [34]. cherche de cristaux.
Les patients porteurs d’hygromas de genou sont Pour l’excision de l’hygroma, on utilise un résec-
installés en décubitus dorsal, jambe en extension. teur synovial motorisé et, éventuellement, une
sonde radiofréquence. Il faut être patient pour en-
L’hygroma est pénétré par 2 voies d’abord. lever le maximum de l’hygroma et ce geste sous
endoscopie réclame plus de temps que l’excision
Au coude, les voies d’abord sont latérales inter- chirurgicale classique.
ne et externe ou proximale et distale.
316
Place de l’endoscopie dans les tendinopathies et bursopathies
Résultats
317
Le tendon et son environnement
mi ces nouveaux cas, un hygroma septique du avec un âge moyen de 48 ans et un recul moyen de
coude. Un mauvais résultat est obtenu chez un pa- 35 mois. Le résultat a été bon et durable dans
tient présentant un hygroma de genou qui a réci- 25 cas (96 %).
divé à 6 semaines postopératoires. Le patient avait
repris précocement son sport de combat. Les Wysokinska [37] rapporte 11 cas de bursosco-
4 autres patients avaient un bon résultat. pies du genou dans le cadre d’une maladie d’Os-
good-Schlatter chez des enfants de 15 ans d’âge
En 1998, Kaalund et coll. [35] décrivent la résec- moyen avec de très bons résultats sur la douleur et
tion endoscopique de l’hygroma prépatellaire sep- la reprise du sport chez 9 d’entre eux.
tique sur 4 patients. Ils ne laissent pas de redon
aspiratif en postopératoire et avec une antibiothé- L’excision des hygromas rétro-olécraniens et
rapie associée adaptée, ils ont obtenu de bons ré- prépatellaires peut être réalisée avantageusement
sultats à 3 mois dans les 4 cas. sous endoscopie et apparaît comme une technique
sûre et fiable dans les bursopathies traumatiques
Ogilvie-Harris [36] rapporte 31 cas d’hygroma et septiques. Par rapport aux techniques conven-
du coude et 19 cas d’hygroma du genou avec 86 % tionnelles, elle a pour avantages une diminution
de bons résultats pour le coude et seulement 66 % des complications cutanées, une récupération
pour le genou en raison des douleurs antérieures fonctionnelle plus rapide et l’absence de cicatrice
et de 2 récidives. inesthétique.
Dans le cadre d’un symposium de la Société L’indication doit être posée avec prudence de-
Française d’Arthroscopie en 2002 [34], une série vant une bursopathie microcristalline ou devant
rétrospective multicentrique a été rapportée. Elle une récidive d’hygroma déjà excisé par voie
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319
Conflits proximaux et distaux
des ischio-jambiers
321
Le tendon et son environnement
322
Conflits proximaux et distaux des ischio-jambiers
A
Fig. 2 : Coupes axiale (A) et sagittale (B) pondérées en T2 FatSat. Œdè-
me du corps musculaire du carré fémoral et diminution de l’espace is-
chio-fémoral dans le cadre d’un conflit ischio-fémoral.
323
Le tendon et son environnement
B
Fig. 3 : Coupes frontale (A) et axiale (B). Enthésopathie des ischio-jam-
biers avec perte de substance majeure, le tendon conjoint ne restant
adhérent qu’au ligament sacro-tubéreux (flèche)
B
Fig. 4 : Coupes frontale (A) et axiale (B). Séquelle d’arrache-
ment apophysaire de la tubérosité ischiatique (flèche blan-
A che), comprimant le nerf sciatique (flèche noire).
324
Conflits proximaux et distaux des ischio-jambiers
Ressaut du biceps fémoral Cette pathologie est assez peu représentée dans
la littérature où elle fait son apparition en 1989
L’insertion distale du biceps fémoral présente un [14]. Il s’agit d’un ressaut des tendons semi-tendi-
contingent tendineux et un contingent aponévroti- neux et gracile sur la face postérieure de la jonc-
que (voir chapitre consacré au biceps fémoral dis- tion myotendineuse du semi-membraneux lors du
tal). Le contingent tendineux est lui-même divisé passage de la flexion à l’extension du genou.
en deux bras : un bras direct s’insérant au versant
postéro-latéral de la tête de la fibula, et un bras L’IRM et l’échographie mettent en évidence des
antérieur s’insérant au versant antéro-latéral de la signes de bursite et d’inflammation autour des ten-
tête de la fibula et sur le tibia. La partie aponévro- dons gracile et semi-tendineux. L’échographie dy-
tique du tendon voit ses fibres se confondre avec namique montre parfaitement la subluxation anté-
la face profonde de la bandelette iliotibiale [10]. rieure brutale d’un ou des deux tendons en avant
Cette anatomie est sujette à de nombreuses varia- du semi-membraneux (fig. 5 et 6). Le déplacement
tions pouvant aller jusqu’à une insertion tibiale antérieur de ces tendons est normalement progres-
exclusive [11]. La cause du ressaut est un contact sif. Candal-Couto [15] et Mochizuki [16] ont mon-
anormal du bras antérieur (ou bras tibial) contre tré que l’existence d’expansions aponévrotiques
la tête de la fibula lors des mouvements de flexion de ces tendons orientées vers le bas et vers l’arriè-
(entre 70 et 90°). re, rattachées au gastrocnémien, permettent d’évi-
ter un mouvement trop antérieur de ces deux ten-
Cette pathologie survient en général après un dons. C’est probablement la lésion de ces bandes
traumatisme, sans que le bilan ne mette en évi- aponévrotiques qui est responsable du ressaut.
dence de lésion majeure. Il a été supposé que la
lésion causale est une rupture du contingent Lorsque le traitement conservateur ne suffit pas,
aponévrotique du tendon [10] : ses fibres main- la double ténotomie semble être la référence [17].
tiendraient le faisceau tibial à une position plus Les auteurs s’orientent actuellement vers un abord
antérieure, empêchant le contact avec la tête de moins invasif en s’inspirant de la prise de greffon
la fibula. réalisée lors des ligamentoplasties type DIDT.
325
Le tendon et son environnement
A B
Fig. 5 : Schéma montrant la position des tendons semi-tendineux (1) et gracile (2) en arrière de la jonction
myotendineuse du semi-membraneux (3) lors de la flexion (A) et leur subluxation antérieure pathologique
lors du passage en extension (B).
A B
Fig. 6 : Echographie dynamique en coupes axiales. En flexion (A), les tendons gracile et semi-tendineux sont situés en arrière du
semi-membraneux. En extension (B), le tendon gracile présente une subluxation antérieure brutale responsable du ressaut.
par les tendons de la patte-d’oie mis en tension par L’échographie et l’IRM mettent en évidence une
le valgus et/ou la rotation externe du genou. Chez collection liquidienne située à la face profonde des
le patient arthrosique, cette pathologie peut repré- tendons de la patte-d’oie (sartorius, gracile et
senter une cause curable de la douleur (celle-ci se semi-tendineux) (fig. 7). Cette collection n’est pas
projette alors sur le versant médial du genou, 5 cm synonyme de bursite [19] et peut être présente sur
sous l’interligne). un genou asymptomatique. Des communications
entre un kyste poplité et cette bourse ont aussi été
Les clichés standard peuvent montrer un scal- décrites.
loping de la corticale osseuse au contact en raison
de son caractère chronique.
326
Conflits proximaux et distaux des ischio-jambiers
A B
Fig. 7 : Coupes échographiques longitudinale (A) et axiale (B) centrées sur la patte-d’oie montrant une bursite
hypervascularisée de la face profonde des tendons.
A B
Fig. 8 : Coupes IRM axiale (A) et coronale (B) T2FatSat montrant une collection liquidienne située en périphérie
du tendon semi-membraneux. Remarquer sa forme caractéristique en “U” inversé.
327
Le tendon et son environnement
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328
Le ressaut latéral de hanche
Le ressaut de hanche existe de façon physiologi- en haut à l’os (crête iliaque, sacrum, coccyx, bran-
que chez 5 à 10 % de la population, il est souvent che pubienne) et aux parties molles (ligament in-
asymptomatique. Le ressaut latéral de hanche est guinal, ligament sacrotubéral) et se prolonge en
le plus fréquent dans la plupart des séries et dans bas par le fascia profond de la jambe. Il se divise
notre expérience [1]. Le ressaut antérieur est trai- dans sa partie haute en avant pour envelopper le
té dans un autre chapitre. Ce phénomène est par- muscle tenseur du fascia lata et en arrière pour en-
fois douloureux. Il reçoit alors la dénomination de velopper le muscle grand glutéal. Le tractus ilioti-
syndrome de ressaut latéral de la hanche, “lateral bial (TIT) ou bandelette de Maissiat correspond à
snapping hip syndrome” ou “coxa saltans” pour l’épaississement latéral de ce fascia lata. C’est une
les Anglo-saxons. Cette pathologie peut limiter les lame aponévrotique épaisse et résistante, peu élas-
activités physiques des patients atteints, souvent tique, qui naît de la crête iliaque sur le tubercule
jeunes et sportifs. glutéal et recouvre la partie antérieure du moyen
glutéal. Il reçoit les fibres de la portion superficiel-
L’origine d’un ressaut douloureux n’est pas tou- le du grand glutéal et sert d’insertion pour le mus-
jours évidente, plusieurs causes étant possibles, ce cle tenseur du fascia lata [3]. Le TIT passe en re-
qui peut rendre le diagnostic clinique et la prise en gard du grand trochanter dont il est séparé par la
charge de ces patients difficiles [2]. Le rôle des bourse trochantérienne superficielle et se termine
examens d’imagerie est de confirmer le ressaut, au genou (fig. 1). Les insertions distales du TIT
de préciser son étiologie et de rechercher des fac-
teurs favorisants. Chez les patients pour lesquels
un traitement chirurgical est proposé, l’imagerie Os iliaque
épine iliaque
préopératoire est obligatoire. antéro-supérieure
Tractus ilio-tibial
Anatomie
Aspects généraux
On nomme fascia lata, le fascia profond du mem- Fig. 1 : Schéma montrant l’anatomie du tractus iliotibial et
bre inférieur qui enveloppe la cuisse. Il est amarré de la région avoisinante.
329
Le tendon et son environnement
sont multiples. L’insertion principale se fait sur le • un plan superficiel, sur le quart postérieur de
tubercule de Gerdy au tibia proximal. Il existe éga- la lèvre externe de la crête iliaque et sur la
lement des insertions fémorale, patellaire et une crête sacrée jusqu’à la pointe du coccyx.
sur la capsule articulaire du genou.
Ses fibres se dirigent vers le bas et le dehors en
subissant un mouvement de torsion. Sa terminai-
Les muscles son s’effectue en 2 plans :
• profond : sur la branche latérale de trifurca-
Les muscles tenseur du fascia lata et grand glu- tion de la ligne âpre ;
téal ont un rôle important dans le fonctionnement
• sur l’aponévrose du moyen glutéal à sa partie
du TIT. Des anomalies de ces muscles empêchent
épaisse qui constitue le TIT et se poursuit par
le positionnement correct du TIT lors des mouve-
le fascia lata.
ments d’extension et de flexion de la hanche.
330
Le ressaut latéral de hanche
Plusieurs facteurs prédisposent au ressaut laté- drome, bursite, masse tissulaire), siégeant en re-
ral de hanche : gard du TIT ou au sein du muscle grand glutéal
• des facteurs morphologiques comme la réduc- peut entraîner un ressaut douloureux [9, 10].
tion de l’angle du col fémoral (coxa vara) qui
majore la saillie trochantérienne ;
• un excès de tension sur le TIT dû à un excès Clinique
d’anté- ou de rétroversion fémorale, de rota-
tion médiale du tibia, une pronation excessive Les patients atteints d’un ressaut latéral de han-
du pied ou un membre inférieur controlatéral che se plaignent d’un claquement latéral (“pop”)
plus long [4, 5] ; audible ou palpable, survenant lors de la mobilisa-
• une irrégularité ou le caractère saillant du re- tion de la hanche, souvent présent depuis plusieurs
lief osseux du grand trochanter (exostose, cal mois [11]. Ce phénomène est fréquent chez les pa-
vicieux ou pseudarthrose) ; tients jeunes, sportifs et de sexe féminin, classi-
• une diminution de la force musculaire du quement chez les danseuses, les joueurs de foot-
grand glutéal et du tenseur du fascia lata qui ball et les coureurs de fond [2]. Il survient dans les
modifie le trajet et la tension sur le TIT lors positions extrêmes de la hanche, et en particulier
des mouvements de la hanche. Une perte de lors du passage de la flexion à l’extension. Il peut
force de 16 % en contraction excentrique en être accompagné d’une sensation de pseudo-insta-
abduction aurait été notée en comparaison bilité [12]. Chez certains patients un contexte
avec des sujets contrôles appariés en âge et en traumatique est associé.
sexe [6] ;
• des variantes anatomiques du TIT ou du grand Le diagnostic de ressaut de hanche est clinique.
glutéal. La présence de bandelettes accessoi- Le ressaut peut être entendu ou perçu à la palpa-
res du TIT, d’épaississement de l’insertion du tion de la région péritrochantérienne. Cette palpa-
grand glutéal ou des variantes de la jonction tion peut être douloureuse. Les mouvements de
myotendineuse du grand glutéal ont été rap- rotations médiale et latérale et le passage de la
portées [7] ; flexion à l’extension passive de la hanche peuvent
• une activité physique intense, notamment avec reproduire le ressaut. Le patient est souvent capa-
des grandes amplitudes articulaires, qui peut ble de reproduire le ressaut lors de la marche ou
entraîner une surcharge mécanique locale. d’une manœuvre particulière.
331
Le tendon et son environnement
dalités d’exploration qui incluent une analyse dy- de la flexion à l’extension de hanche [14, 15]. Le
namique de la hanche sont donc les méthodes de patient est installé en décubitus latéral sur la han-
choix et en premier lieu l’échographie. che non symptomatique [15]. En position d’exten-
sion de hanche, le TIT et la jonction myotendineu-
se du grand glutéal sont en arrière du grand tro-
Radiographie standard chanter. Lors de la flexion, le TIT et la jonction
myotendineuse du grand glutéal se déplacent an-
Les radiographies du bassin et des hanches sont térieurement par rapport à la position précédente
en général sans particularité. Un angle cervico- jusqu’en regard ou en avant du grand trochanter.
diaphysaire inférieur à 125° (coxa vara) est une Un passage brutal du TIT et des fibres médiales du
anomalie qui favorise les ressauts latéraux [13]. grand glutéal peut être visualisé et constitue le
L’utilisation de la fluoroscopie avec opacification ressaut (fig. 2).
de la bourse péritrochantérienne a été décrite,
mais elle est peu sensible [2]. D’autres manœuvres comme une contraction
quadricipitale ou tout autre mouvement à l’origine
des ressauts peuvent être réalisées.
Échographie
332
Le ressaut latéral de hanche
Fig. 3 : Patiente de 14
ans avec un ressaut
bilatéral de hanche,
douloureux à gau-
che. A) Coupe axiale
d’IRM en pondération
T2 avec saturation de
la graisse montrant
une jonction myo-
tendineuse du grand-
glutéal en forme de
faux (flèches). B-D)
Coupes axiales dy-
namiques en IRM en
séquence FIESTA dé-
montrant le passage
anormal de la jonc-
tion myotendineuse
du grand glutéal sur
le grand trochanter
(têtes de flèche).
333
Le tendon et son environnement
une résolution spatiale limitée et les restrictions samment large pour permettre l’amplitude du
d’amplitude de mouvement dans l’anneau de l’IRM mouvement. Le scanner peut aussi évaluer la sy-
limitent son application [16]. métrie et la trophicité musculaire (fig. 5). Selon le
principe ALARA, l’utilisation du scanner dynami-
L’IRM est également importante pour le diagnos- que doit être limitée à des cas particuliers, quand
tic différentiel avec d’autres causes de douleur de les autres méthodes d’imagerie n’ont pas permis
la hanche. un diagnostic précis.
Scanner
334
Le ressaut latéral de hanche
D’autres ressauts ont été décrits à la hanche et Plus récemment, l’abord arthroscopique a été
doivent être différenciés du ressaut latéral. Le res- proposé pour le traitement des ressauts latéraux
saut antérieur est physiologique et correspond au de la hanche avec des résultats comparables à
retour du tendon contre le relief osseux après en- ceux de la chirurgie à ciel ouvert. La chirurgie
roulement de ses fibres musculaires [16]. arthroscopique ne consiste pas en une élonga-
tion, mais en une résection losangulaire du TIT
Le ressaut postérieur est caractérisé par le glis- au niveau du grand trochanter, qui évite le res-
sement du tendon du chef long du biceps fémoral saut [21]. En 2012 Polesello et al. [22] ont dé-
sur la tubérosité ischiatique ou peut être lié à crit, toujours avec de bons résultats, une résec-
l’étroitesse de l’espace entre l’ischion et le petit tion de l’insertion superficielle du grand glutéal
trochanter (syndrome du quadratus femoris ou is- sur le TIT dans le traitement des ressauts laté-
chiofémoral). Selon certaines séries, le ressaut an- raux réfractaires.
térieur serait plus fréquent que le ressaut latéral et
doit toujours être recherché [17]. Un ressaut avec Malgré la performance du traitement chirurgi-
le tendon du droit fémoral a été également rap- cal, des récidives et des ressauts persistants sont
porté dans la littérature [18]. décrits chez certains patients traités. L’imagerie
peut déceler après échec thérapeutique une amyo-
trophie focale post-chirurgicale du grand glutéal
Prise en charge ou une fibrose en regard du TIT (fig. 4).
335
Le tendon et son environnement
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336
L’omoplate à ressaut
L. Nové-Josserand
On distingue la classique scapula alata qui s’ex- À chaque plan de glissement, il existe des bourses
prime par un décollement du bord spinal de la sca- séreuses qui facilitent le glissement des structures
pula. Il s’agit d’une paralysie du muscle grand anatomiques entre elles. On distingue 3 systèmes :
dentelé (serratus anterior) secondaire à l’atteinte • Le système superficiel qui correspond au plan
du nerf long thoracique. de glissement entre la scapula, trapèze (épine
de la scapula) et le muscle latissimus dorsi
La winging scapula correspond à une paralysie (grand dorsal) (pointe de la scapula).
du muscle trapèze par atteinte du nerf accessoire • Le système intermédiaire correspondant au
du spinal. Il existe une protraction de la scapula en plan de glissement développé entre les mus-
bas et en avant, responsable d’une douleur et cles rhomboïdes et le muscle angulaire ou élé-
d’une impotence fonctionnelle marquée. vateur de la scapula sur le thorax.
337
Le tendon et son environnement
• Le système profond est celui qui nous intéres- Quelles sont les causes pouvant expliquer ces
se. Il s’agit du plan de glissement entre le bursites responsables de ressaut douloureux ?
grand dentelé et le subscapulaire par rapport
au thorax et à la scapula. Il existe, en particu- On peut différencier 3 catégories différentes en
lier, 2 plans de glissement distincts avec fonction de l’étiologie : les anomalies osseuses, les
2 bourses séreuses distinctes. La plus impor- bursites et les anomalies musculaires [3, 4].
tante est la supra serratus bursa qui se déve-
loppe entre le grand dentelé et le muscle subs- Dans les anomalies osseuses, on retrouve les
capulaire au niveau de la pointe de la scapula. exostoses de la face antérieure de la scapula, en-
L’autre correspond à l’infra serratus bursa dé- core appelées “corne de rhinocéros” [5] qui réali-
veloppée entre le grand dentelé et le gril costal sent un véritable ressaut sonore, amplifié par le
lui-même. Ces bourses séreuses et ce plan de thorax, de la scapula sur le thorax : c’est la vérita-
glissement sont bien visibles sur les coupes ble définition de la “snapping scapula”. On peut
horizontales du thorax, à la pointe de la sca- alors rapprocher d’autres causes osseuses telles
pula, là où le muscle grand dentelé est le plus qu’un cal vicieux costal, voire le classique tuber-
individualisable (fig. 1). cule de Luschka développé au niveau de l’angle
supéro-médial de la scapula à sa partie antérieure.
Il s’agit d’un renforcement ou d’un relief particu-
Physiopathologie lier de cet angle qui peuvent provoquer une zone
d’irritation vis-à-vis du plan de glissement sur le
Le plus souvent, le syndrome de l’omoplate à thorax. Néanmoins, la définition de tubercule de
ressaut est localisé au niveau de l’angle supéro- Luschka reste assez floue et sa mise en évidence
médial de la scapula, plus rarement à l’angle infé- particulièrement rare.
rieur ou pointe de la scapula.
Fig. 1 : Coupe horizontale IRM scapulothoracique montrant les rapports entre les différents plans de glissement et les
bourses séreuses (à droite schéma). La bourse séreuse infra-serratique (3) se situe entre le muscle grand dentelé (2)
(serratus anterior) et la paroi thoracique. La bourse séreuse supra-serratique (4) se situe entre les muscles grand den-
telé (serratus anterior) et sous-scapulaire (1) (subscapularis).
338
L’omoplate à ressaut
En ce qui concerne les bursites, la symptomato- Aujourd’hui, les causes ne sont pas toujours
logie est moins bruyante, se rapprochant du “cre- clairement définies et d’autres hypothèses sont
pitus”. Il s’agit le plus souvent d’une pathologie de avancées. On a évoqué un défaut de congruence
surutilisation, microtraumatique, par mouvements entre les courbures de la scapula et de la paroi tho-
répétitifs pouvant concerner les différentes bour- racique (fig. 2) [7]. Néanmoins, l’analyse objective
ses en fonction du geste spécifique [6]. Une cause des rayons de courbure n’a jamais permis d’identi-
fonctionnelle est également souvent évoquée. Il fier cette cause comme étant formelle. Plus récem-
s’agit de la conséquence soit d’une pathologie ré- ment, Boyle et al. [8] ont mis en évidence, sur une
gionale telle qu’une déviation rachidienne, soit de étude cadavérique, une zone d’os à nu constante à
la compensation d’une pathologie gléno-huméra- la partie supéromédiale de la face thoracique de la
le, ou de l’existence de contractures anciennes scapula. Cette zone osseuse de la scapula, non re-
périscapulaires… couverte par les muscles, était régulièrement ob-
servée lors du traitement arthroscopique des pa-
Enfin, dans les anomalies musculaires, sont évo- tients présentant une omoplate à ressaut. Pour les
quées des anomalies de synergie des différents auteurs, il s’agit d’une “piste” pouvant expliquer
stabilisateurs de la scapula, des anomalies d’inser- l’origine du syndrome.
tions musculaires, une atrophie… Il peut s’agir
également de cicatrices fibreuses secondaires à
une chirurgie régionale, thoracique, du sein…
Fig. 2 : Scanners scapulothoraciques montrant différentes courbures de l’omoplate. À droite, la courbure de l’omoplate
est modérée. À gauche, la courbure est plus prononcée pouvant générer un possible conflit. Aucune étude n’a pu dé-
montrer cette hypothèse.
339
Le tendon et son environnement
Cliniquement, il s’agit plutôt de sujet jeune sans Le scanner simple peut être demandé à la re-
prédominance particulière de sexe. L’interrogatoi- cherche d’anomalie de courbure. Il est rarement
re recherche le mode de début ou une cause parti- concluant. Il mettra également en évidence une
culière qui n’est pas toujours retrouvée. La plainte exostose caractéristique de la face antérieure de la
du patient correspond à un ressaut ou un craque- scapula. La reconstruction en 3 dimensions peut
ment qui est toujours douloureux et qui est parfois favoriser la mise en évidence d’une zone de conflit
audible, de localisation postérieure au niveau de entre la scapula et le thorax [9, 10]. Enfin l’IRM
l’épaule, déclenché au moindre mouvement d’élé- permet la recherche d’une bursite inflammatoire
vation en particulier. Le craquement est reproduc- (fig. 3). Cet examen est le plus souvent normal et
tible, mais il est très douloureux. Il est le plus sou- décevant, ne mettant pas en évidence de zone in-
vent redouté, occasionnant des manœuvres d’évi- flammatoire spécifique…
tement pouvant faire errer le diagnostic. À une
phase d’état, le patient refuse de lever le bras tant Ainsi le diagnostic apparaît assez caractéristi-
il a peur de déclencher ce ressaut douloureux. que, mais reste plutôt clinique.
340
L’omoplate à ressaut
341
Le tendon et son environnement
Sisto et al. rapportent 4 cas de pitchers profes- Les résultats montrent que 6 patients sont satis-
sionnels opérés à ciel ouvert pour une bursectomie faits et 2 déçus. L’accrochage disparaît dans 50 %
inférieure sans geste osseux [6]. Les résultats mon- des cas et la douleur persiste bien que diminuée.
trent une récupération complète du niveau sportif Ils posent la question de l’objectivité de la patholo-
sans problème particulier chez 3 pitchers. Le der- gie dans certains cas.
nier pitcher a présenté une récidive d’intensité
moindre à 1 an. La cause évoquée était une hyper- Si les échecs peuvent être dus à une mauvaise
sollicitation du geste de lancer expliquant la locali- sélection des patients ou un problème technique,
sation basse dans cette population spécifique. l’ensemble des séries cliniques rapporte des résul-
tats incomplets [17, 21, 23, 25].
La première chirurgie arthroscopique a été pro-
posée par Ciullo en 1992 avec 9 cas de bursecto- Pearse et al. rapportent une série de 13 patients
mie [18]. Il y avait 2 échecs liés à la technique opé- opérés d’une bursectomie associée à une scapu-
ratoire et au matériel. Puis Ruland en 1995 décrit lectomie à 6,8 ans de recul moyen [17]. Tous les
l’anatomie arthroscopique de l’articulation scapu- patients conservent des symptômes, bien que très
lo-thoracique [24]. atténués dans 9 cas sur 13. Les auteurs insistent
sur l’importance de la sélection des patients.
Harper et al. en 1999 rapportent 7 cas de résec-
tion arthroscopique de l’angle supéro-médial de Aujourd’hui, on peut considérer que les résultats
l’omoplate avec 6 résultats satisfaisants [19]. sont comparables à ciel ouvert et sous arthrosco-
pie. Le site du conflit, plus volontiers supéro-mé-
Pavlik et al. en 2003 rapportent une série de dial qu’inférieur, doit être clairement identifié
10 patients opérés sous arthroscopie [23]. Ils rap- avant l’intervention [6, 14]. Si l’amélioration est
portent 9 excellents et bons résultats malgré la obtenue dans la plupart des cas, la guérison n’est
disparition de l’accrochage uniquement dans pas la règle. La nécessité de la scapulectomie par-
2 cas. Dans les autres cas sauf un, accrochage et tielle peut être discutée compte tenu des constata-
douleur sont améliorés. tions pré et peropératoires ; elle reste cependant
aujourd’hui la base du traitement chirurgical. Il
Lehtinen et al. en 2004 rapportent les résultats ressort néanmoins que ce geste est plus abordable
de 16 patients opérés par une technique mixte à ciel ouvert. L’importance de la scapulectomie
bursectomie et résection osseuse de l’angle su- reste imprécise et variable suivant les auteurs.
péro-médial [20]. 7 patients ont été opérés à ciel L’arthroscopie apporte son innocuité avec une
ouvert, 3 sous arthroscopie et 6 de façon mixte morbidité moindre et l’économie d’une cicatrice
avec bursectomie arthroscopique et scapulectomie non négligeable. Elle permettrait également d’évi-
partielle à ciel ouvert. 81 % des patients sont satis- ter l’immobilisation postopératoire pouvant aller
faits et referaient l’intervention, mais les résultats jusqu’à 6 semaines, pour certains auteurs, après
ne permettent pas de trancher sur la meilleure op- chirurgie à ciel ouvert.
tion proposée.
L’absence d’efficacité de l’infiltration [13] de
Plus récemment, Combourieu et al. rapportent même que la reproductibilité volontaire du phéno-
une série continue de 8 patients opérés d’une ré- mène dans un contexte de revendication secon-
section osseuse de l’angle supéro-médial sous daire de type accident du travail doivent faire
arthroscopie avec un recul moyen de 24 mois [25]. éventuellement récuser la chirurgie [11].
342
L’omoplate à ressaut
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343
Tout savoir sur les rétinaculums
Les atteintes aiguës de ces structures fibreuses darisant le derme au tissu sous-cutané. Les rétina-
indispensables au fonctionnement tendineux que culums des ongles unissent la matrice unguéale à
représentent les rétinaculums sont souvent mécon- la phalange sous-jacente.
nues ou sous-estimées et à l’origine d’une sympto-
matologie chronique. Il apparaît de plus que l’ana- Nous ne nous intéresserons ici qu’aux rétinacu-
tomie des rétinaculums est souvent mal connue. lums annexés aux tendons. Ces rétinaculums cor-
respondent à des épaississements des fascias qui
L’objectif de cette mise au point est donc de rap- ont pour fonction de maintenir en place les ten-
peler le rôle primordial de ces structures ainsi que dons. Sur le plan biomécanique, ils permettent
leur anatomie. une action optimale des tendons, notamment dans
les régions où ces derniers changent de direction.
Ainsi, lors de la contraction musculaire, les rétina-
Fonction des rétinaculums culums maintiennent les tendons plaqués contre
les structures osseuses sous-jacentes, et les empê-
“Retinaculum” est un mot latin qui signifie “atta- chent de “prendre la corde”. Les poulies digitales
che”. La définition anatomique de rétinaculum est ne portent pas le nom de rétinaculum, mais peu-
donnée de la manière suivante : “Formation fi- vent être considérées comme telles.
breuse maintenant toute structure anatomique à
l’exception des os et des cartilages” [1]. Ce rôle d’annexe indispensable au bon fonction-
nement tendineux a été souligné depuis très long-
Les dictionnaires d’anatomie décrivent sous le temps. En effet, Léonard de Vinci sur un dessin de
terme de rétinaculum diverses structures. dissection de la main réalisé en 1510 représentait
déjà le rétinaculum des fléchisseurs (par deux cor-
Au membre supérieur est cité : le rétinaculum des) ainsi que les poulies digitales. L’ingénieur
des extenseurs, le rétinaculum des fléchisseurs. qu’était Léonard de Vinci avait complètement
compris le rôle indispensable de ces “poulies de
Au membre inférieur est cité : le rétinaculum des réflexion”.
muscles fléchisseurs, les rétinaculums supérieur
et inférieur des muscles extenseurs, les rétinacu-
lums supérieur et inférieur des fibulaires, les réti- Anatomie microscopique
naculums patellaires médial et latéral.
Les rétinaculums ont une insertion extrêmement
Il est également décrit des rétinaculums pour la solide à la corticale et surtout au périoste tapissant
peau et les ongles. Les rétinaculums de la peau l’os en raison des importantes contraintes mécani-
correspondent à de petites attaches fibreuses soli- ques qu’ils subissent [2].
345
Le tendon et son environnement
La face profonde des rétinaculums fournit de plus sécrétant de l’acide hyaluronique et présente des
aux tendons une véritable surface de glissement. cellules ayant subi une métaplasie chondroïde.
Cette adaptation au frottement est d’ailleurs bien Cette couche profonde possède les caractéristi-
mise en évidence par les études histologiques. ques d’une adaptation mécanique afin de faciliter
le glissement des tendons sous-jacents. La couche
La structure histologique des rétinaculums a été intermédiaire est la plus épaisse et contient des fi-
étudiée sur le rétinaculum des extenseurs de la bres de collagène et des fibroblastes ainsi que des
cheville et du poignet ainsi que sur les poulies di- fibres éparses d’élastine. La couche externe est
gitales [3] (fig. 1). Ces études histologiques ont faite, quant à elle, de tissu conjonctif lâche conte-
montré que ces différents rétinaculums avaient nant des petits vaisseaux.
une structure comparable en trois couches. Une
première couche profonde contient des cellules Il convient également de souligner la présence,
au sein des rétinaculums, de terminaisons nerveu-
ses susceptibles d’expliquer les douleurs obser-
a vées lors des lésions rétinaculaires.
Au poignet
346
Tout savoir sur les rétinaculums
Le 1er compartiment contient les tendons long rétinaculum qui lui est propre. Ce dernier est dou-
abducteur du pouce et court extenseur du pouce. blé plus superficiellement par le rétinaculum des
Ce compartiment peut être divisé en deux par un extenseurs (fig. 2).
septum [6, 7]. Ce septum serait relativement fré-
quent puisque trouvé dans 40 à 47 % des cas selon Le rétinaculum du premier compartiment ren-
deux études réalisées sur sujets anatomiques [6]. fermant les tendons long abducteur et court exten-
Ce compartiment peut contenir des tendons sur- seur du pouce et celui du sixième compartiment
numéraires appartenant au long abducteur du comprenant l’extenseur ulnaire du carpe (ancien
pouce [6]. Son plancher est formé par le processus cubital postérieur) sont les rétinaculums les plus
styloïde du radius et les fibres distales du tendon concernés par des remaniements pathologiques.
du muscle brachioradial.
347
Le tendon et son environnement
On considère classiquement qu’il ferme le canal Il existe un véritable débat dans la littérature
carpien maintenant en place le nerf médian et les concernant la continuité anatomique de ces trois
tendons fléchisseurs des doigts. En fait, le rétina- portions [9].
culum des fléchisseurs et les poulies digitales font
partie d’une même unité fonctionnelle du point de Le ligament carpien palmaire ou partie proxi-
vue de la biomécanique. Il existe cependant une male du rétinaculum des fléchisseurs correspond
grande confusion dans la littérature concernant sa à un épaississement du fascia antébrachial. Il se
définition et sa description [8]. trouve de ce fait en continuité avec ce dernier. Se-
lon Stecco et al. [10], la partie proximale du réti-
Certains auteurs distinguent trois parties au ré- naculum (ligament carpien palmaire) possède une
tinaculum des fléchisseurs : une partie proximale, épaisseur moyenne de 0,8 mm. Ce renforcement
une partie intermédiaire et une partie distale [8]. du fascia possède des terminaisons nerveuses, ce
qui suggère que cette structure possède un rôle
La partie proximale est aussi décrite dans la lit- proprioceptif.
térature comme le ligament carpien palmaire. La
portion intermédiaire que certains considèrent Le ligament transverse du carpe (portion moyen-
comme “le rétinaculum des fléchisseurs” est éga- ne du rétinaculum des fléchisseurs) s’insère du côté
lement décrite sous le terme de ligament transver- radial sur le scaphoïde et le trapèze ; du côté ulnai-
se du carpe. re, il s’attache sur le pisiforme et l’hamatum
(fig. 3-4). Cette portion est plus épaisse que la por-
a b
348
Tout savoir sur les rétinaculums
À la main
349
Le tendon et son environnement
À la cheville
350
Tout savoir sur les rétinaculums
351
Le tendon et son environnement
de s’insérer sur la face antérieure de la malléole male sur le périoste et sur le bord latéral de la
latérale. gouttière rétromalléolaire ainsi que sur la pointe
de la malléole latérale [9, 21].
Le rétinaculum inférieur des extenseurs est bien
exploré en échographie et en IRM. Le ligament En distalité, ce rétinaculum s’insère sur la face
frondiforme est objectivé au-dessus des tendons latérale du calcanéus.
du long extenseur des orteils comme une fine ban-
de hypoéchogène. L’individualisation des autres À l’insertion du rétinaculum supérieur des fibu-
faisceaux en échographie apparaît cependant plus laires sur le périoste, on objective souvent un fibro-
délicate. cartilage de forme triangulaire ayant pour fonction
d’approfondir la gouttière rétromalléolaire.
L’IRM permet également l’étude du rétinaculum
inférieur des extenseurs, même si l’individualisa- Nous soulignerons ici le fait que la partie supé-
tion du ligament frondiforme dans les plans stan- rieure du rétinaculum des fibulaires est en conti-
dards est difficile. nuité avec le fascia crural. De la même manière, à
sa partie médiale le rétinaculum supérieur des fi-
Selon notre expérience, il nous est apparu que bulaires présente des fibres continues avec le réti-
naculum inférieur des extenseurs [17, 21]. L’épais-
l’étude du ligament frondiforme ainsi que ses raci-
seur moyenne du rétinaculum supérieur des fibu-
nes serait mieux évaluée dans un plan parallèle à
laires en regard de la pointe de la malléole latérale
ses racines (40° vers le bas et l’arrière) ; le faisceau
est d’environ 1 mm (avec des extrêmes pouvant
supéromédial est mieux évalué dans le plan axial
aller de 0,7 à 2,7 mm). Des variations anatomiques
alors que le faisceau inféromédial est mieux vu
ont été décrites concernant notamment l’insertion
dans le plan sagittal.
directe de ce rétinaculum sur le tendon calcanéen
ou son absence congénitale [21, 22].
Les lésions du rétinaculum inférieur des exten-
seurs sont plus volontiers observées en cas de
Les lésions traumatiques du rétinaculum supé-
traumatisme en dorsiflexion.
rieur des fibulaires ont été largement décrites dans
la littérature. Ces lésions sont produites classique-
ment par une dorsiflexion brutale du pied, mais
Le rétinaculum des fibulaires des lésions en inversion peuvent également entrai-
ner un étirement de ce rétinaculum. Pour ces rai-
Le rétinaculum des fibulaires est composé de sons, les lésions du ligament collatéral latéral et
2 parties, un supérieur et un inférieur. du rétinaculum supérieur des fibulaires sont sou-
vent associées (78 % des cas) [21].
352
Tout savoir sur les rétinaculums
Certaines fibres prennent leur insertion sur la Des lésions du rétinaculum des fléchisseurs ont
trochlée des fibulaires elles-mêmes formant ainsi été décrites en association avec des luxations trau-
2 tunnels fibreux, le supérieur pour le tendon du matiques du tendon du muscle tibial postérieur.
muscle court fibulaire et l’inférieur pour le tendon
du muscle long fibulaire. L’épaisseur moyenne du Le mécanisme de ces traumatismes est le plus
rétinaculum inférieur des fibulaires varie de 0,7 à souvent une inversion associée à une dorsiflexion
1 mm [21]. et à une contraction brutale du tendon du muscle
tibial postérieur.
Les lésions du rétinaculum inférieur des fibulai-
res sont peu décrites dans la littérature. Ces der- Les lésions du rétinaculum des fléchisseurs sont
nières surviennent plus souvent lors d’un méca- également souvent associées avec les lésions du
nisme associant : dorsiflexion, contraction des ligament collatéral médial [18].
tendons fibulaires et inversion du pied. Nous sou-
lignerons également que l’hypertrophie de ce réti-
naculum est un facteur favorisant de la ténosyno- Une bonne connaissance de l’anatomie apparaît
vite sténosante des fibulaires [23]. indispensable à l’exploration des lésions des réti-
naculums en [Link] lésions des rétinacu-
lums sont bien étudiées par l’échographie qui mon-
Le rétinaculum des fléchisseurs tre alors des rétinaculums épais, irréguliers, et pré-
sentant souvent une hypervascularisation en écho
Le rétinaculum des fléchisseurs est une structu- Doppler. Des avulsions osseuses peuvent égale-
re fibreuse ayant une forme globalement triangu- ment être objectivées. Un épaississement et une
laire. Cette structure fibreuse s’attache en avant infiltration des tissus mous environnants peuvent
sur la pointe de la malléole médiale. Son extrémité être vus au stade aigu et subaigu. L’échographie
postérieure s’attache sur le processus médial du est un outil véritablement performant pour analy-
calcanéus et sur l’aponévrose plantaire. Sa partie ser les rétinaculums grâce à son étude dynamique
supérieure n’est pas bien différenciée du fascia facilitant la mise en évidence des ruptures complè-
crural [24]. tes ou partielles (fig. 9).v L’IRM permet également
de montrer ces lésions rétinaculaires sous la for-
Le rétinaculum des fléchisseurs convertit la gout- me de faisceaux épaissis sur les séquences en
tière osseuse formée par le talus et le calcanéus en pondération T1 et T2 ainsi que les luxations des
un véritable tunnel appelé tunnel tarsien (fig. 8). tendons éventuellement associées (fig. 10) [25].
Les remaniements inflammatoires en relation
Les tendons du muscle tibial postérieur, du long avec les lésions rétinaculaires et les tissus mous
fléchisseur des orteils et du long fléchisseur de sont particulièrement bien étudiés sur les séquen-
l’hallux passent au sein de ce tunnel dans des com- ces en pondération T2 avec saturation du signal
partiments séparés par deux petits septas fibreux. de la graisse.
353
Le tendon et son environnement
Fig. 9 : Coupe échographique coronale montrant une lésion du rétinaculum des fléchisseurs à la cheville (flèches). Une coupe
comparative montre l’aspect normal du rétinaculum des fléchisseurs du côté controlatéral (têtes de flèche).
354
Tout savoir sur les rétinaculums
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355
Les tendinopathies des fibulaires
En pathologie sportive, les tendons fibulaires inefficace et la stabilisation latérale active passe
(TF) sont fréquemment lésés, le plus souvent au par la contraction des TF qui ne s’opposent que
cours d’une instabilité chronique de la cheville, sé- tardivement au varus et sont, dès lors, exposés à
quellaire d’entorses latérales [1], plus rarement de un surmenage microtraumatique. En situation ré-
façon aiguë. La diversité des lésions et leur man- tromalléolaire latérale, les TF cheminent dans une
que de spécificité clinique donnent à l’imagerie gaine synoviale commune au sein d’un tunnel os-
une place primordiale pour préciser le type d’at- téofibreux (gouttière des fibulaires) peu extensible
teinte et sa gravité, rechercher une anomalie mor- limité en dehors et en arrière par le puissant réti-
phologique susceptible d’être en cause et orienter naculum supérieur des TF (fig. 1) [2]. Ce rétinacu-
le choix thérapeutique. Les TF sont de puissants lum est le plus important stabilisateur des TF lors
éverseurs qui stabilisent la cheville et amortissent des mouvements d’éversion et de flexion dorsale
l’impact du pied au sol. En cas d’instabilité chroni- du pied. Il s’insère en avant sur la crête malléolaire
que, le stimulus proprioceptif ligamentaire est et s’unit en arrière au fascia superficialis qui en-
Fig. 1 : Vues anatomiques latérales de la cheville montrant le trajet des tendons court (CF) et long (LF) fibulaires cheminant dans
leur gaine synoviale commune (GS) à la face postérieure de la malléole latérale où ils sont stabilisés par le rétinaculum supérieur
des fibulaires (RS). A la face latérale du calcaneus, ils sont maintenus par le rétinaculum inférieur des fibulaires (RI).
357
Le tendon et son environnement
358
Les tendinopathies des fibulaires
359
Le tendon et son environnement
Moyen d’imagerie, sémiologie laire, tandis que son autre main exerce une pres-
normale sion répétée sur le processus du 5e métatarsien, ce
qui mobilise le seul tendon CF et permet de l’iden-
Clichés simples tifier. On utilise des sondes “club de golf” ou “sty-
lo” à fine barrette, de haute fréquence, si possible
Le bilan radiographique comporte les inciden- variable (7 à 20 MHz). Un matériel d’interposition
ces classiques, mais aussi parfois des clichés cen- peut être nécessaire pour effacer le relief osseux
trés tangentiels à la zone douloureuse, étudiés en de la malléole latérale. Il faut s’affranchir de l’arté-
fenêtre osseuse et des parties molles. Ils analysent fact d’anisotropie en réalisant des coupes axiales
la trame et la structure osseuse de la malléole laté- obliques strictement perpendiculaires à l’axe des
rale et du calcanéus et recherchent des signes en TF et des coupes longitudinales obliques stricte-
faveur d’un diagnostic différentiel : fracture-avul- ment parallèles à ce même axe. Il ne faut pas omet-
sion de la malléole latérale, lésion osseuse focali- tre d’analyser le CF sur une coupe longitudinale
sée… Il faut dépister des irrégularités ostéopé- jusqu’à son enthèse sur le processus du cinquième
riostées de la malléole latérale, une hypertrophie métatarsien et d’étudier le LF dans sa portion plan-
de la trochlée des fibulaires. On repère les éven- taire distale par une coupe longitudinale oblique.
tuelles calcifications tendineuses ainsi qu’un éven- L’utilisation du Doppler de puissance est systéma-
tuel sésamoïde ossifié du LF (os péroneum), en tique à la recherche d’une néo-angiogenèse patho-
appréciant sa position, sa taille, sa bifidité éven- logique tendineuse, ténosynoviale ou rétinaculaire
tuelle et sa régularité. Il faut savoir dépister une [10]. À l’état normal, il n’y a pas d’épanchement
avulsion osseuse rétinaculaire supérieure en fa- liquidien au sein de la gaine des TF. Toutefois, bien
veur d’une pathologie luxante des fibulaires ainsi que toujours pathologique, ce dernier ne relève
qu’une avulsion du processus du cinquième méta- pas obligatoirement d’une lésion des TF, mais par-
tarsien. Bien qu’indispensables, les clichés sim- fois d’une rupture ou d’une simple distension du
ples ne permettent pas un diagnostic lésionnel et ligament calcanéofibulaire [8].
étiologique précis : d’autres explorations sont
donc nécessaires.
Échographie
360
Les tendinopathies des fibulaires
Scanner
361
Le tendon et son environnement
par rapport à l’axe du champ magnétique princi- accessoire (fig. 10). La pathologie ténosynoviale
pal dans son trajet oblique sous malléolaire du fait post-traumatique est fréquente : fracture intra-ar-
du phénomène de l’angle magique. Cet artéfact est ticulaire, fracture déplacée du calcanéus, fragment
visible, quel que soit le plan de coupe. Les rétina- osseux déplacé. Les lésions ténosynoviales par
culums sont bien repérables en IRM : il s’agit de conflit local sont plus rares : irritation du CF par
structures fines et tendues à bords réguliers en asi- une hypertrophie de la trochlée des TF (fig. 11) ou
gnal ou hyposignal sur toutes les séquences [15]. du LF par un volumineux os péroneum, une gout-
tière peu creusée du cuboïde, un éperon osseux
ostéophytique du bord postéro-inférieur de l’os
Pathologies des tendons cuboïde. Les signes cliniques ne sont pas spécifi-
fibulaires ques et relèvent de douleurs mécaniques ou d’ho-
raire mixte provoquées par la palpation de la gaine
Les différentes entités lésionnelles des TF sont des fibulaires et par la mise en tension et la
souvent intriquées et associées. contraction contrariée des muscles fibulaires. On
peut percevoir une tuméfaction douloureuse rétro
et sous malléolaire latérale à la palpation. L’écho-
La ténosynovite des tendons fibulaires graphie et l’IRM objectivent et quantifient facile-
ment l’épanchement de la gaine synoviale et affir-
La ténosynovite d’origine mécanique accompa- ment son caractère inflammatoire en montrant
gne souvent les tendinopathies fibulaires (fissura-
tion, rupture, luxation). Elle relève dans ce cas des
mêmes causes : surmenage microtraumatique
dans le cadre de séquelles d’entorse latérale ou
d’une instabilité chronique, éventuellement poten-
tialisé ou exclusivement lié à un muscle ou tendon
362
Les tendinopathies des fibulaires
Fig. 12 : Sémiologie échographique et IRM d’une ténosynovite des fibulaires : important épanchement liquidien anéchogène
(flèche blanche) associé à un épaississement majeur ténosynovial (tête de flèches blanches) en échographie. En IRM, épanche-
ment de la gaine des tendons fibulaires (flèches noires), qui s’accompagne d’une prise de contraste de la gaine (têtes de flèches
blanches).
363
Le tendon et son environnement
Fig. 14 : Schémas de coupes axiales de la région rétromalléolaire illustrant les 2 types d’instabilités des tendons fibulaires : à
gauche instabilité rétromalléolaire avec switch intertendineux, mais sans atteinte du rétinaculum supérieur des fibulaires. Les
2 schémas de droite montrent l’instabilité latéro-malléolaire classique des fibulaires liée à l’atteinte de leur rétinaculum supérieur
pouvant être associée à une fissuration du court fibulaire avec luxation du lambeau latéral seul.
364
Les tendinopathies des fibulaires
365
Le tendon et son environnement
Oden a décrit quatre types anatomiques d’at- • type II : déchirure antérieure du rétinacu-
teinte du rétinaculum supérieur des fibulaires lum avec luxation des tendons à travers cette
(fig. 19) [20] : brèche.
• type I : chambre de décollement antérieur • type III : avulsion osseuse de l’enthèse mal-
dans laquelle les tendons se luxent. léolaire du rétinaculum. Les tendons se luxent
et sont incarcérés entre la malléole latérale et
le fragment corticopériosté détaché.
• type IV : rupture postérieure du rétinaculum
avec un lambeau rétinaculaire qui s’interpose
entre les tendons luxés et la malléole latérale
rendant la luxation irréductible.
Fig. 17 : Coupe axiale échographique de la région rétromal- Fig. 18 : Echographie des tendons fibulaires en coupe axiale
léolaire montrant des signes directs d’instabilité latéro-mal- rétromalléolaire avec Doppler de puissance : hyperhémie
léolaire des tendons fibulaires avec poche de décollement pathologique (têtes de flèches blanches) traduisant une
liquidienne péri-malléolaire avec fissuration transfixiante et souffrance de l’insertion rétromalléolaire du retinaculum
luxation du lambeau latéral du court fibulaire (CF). supérieur des fibulaires.
Fig. 19 : Schémas illustrant les quatre types anatomiques d’atteinte du rétinaculum supérieur des fibulaires selon la
classification d’Odden ; à gauche, aspect normal du rétinaculum supérieur des fibulaires.
Type I : formation d’une chambre de décollement antérieur rétinaculaire et périostée dans laquelle les tendons se luxent.
Type II : déchirure antérieure du rétinaculum supérieur des fibulaires avec passage des tendons à travers cette brèche.
Type III : avulsion osseuse de l’insertion antérieure du rétinaculum supérieur des fibulaires avec luxation des tendons
en avant entre la malléole latérale et le fragment cortico-périosté.
Type IV : rupture postérieure du rétinaculum des supérieurs des fibulaires avec un lambeau rétinaculaire qui s’interpose
entre les tendons luxés et la malléole latérale rendant la luxation irréductible.
366
Les tendinopathies des fibulaires
En pratique, mis à part le type III qui corres- cé ou une trochlée des fibulaires hypertrophique
pond à une avulsion osseuse de la malléole laté- peut également être à l’origine d’un syndrome fis-
rale, la distinction lésionnelle entre les différents suraire. La possibilité de variantes anatomiques
stades d’Oden modifie peu la prise en charge. Les des muscles et TF est aussi un facteur favorisant.
clichés simples, le scanner, mais aussi l’échogra- La classification chirurgicale de Sobel (fig. 20)
phie (fig. 15) peuvent mettre en évidence un petit [21] reprise par Tavernier en IRM [22] peut être
fragment ostéopériosté détaché de la malléole la- appliquée à l’échographie.
térale, de grand axe parallèle à l’arrête fibulaire,
pathognomonique d’une avulsion osseuse du ré- Le stade I correspond à un tendon aplati et la-
tinaculum supérieur des TF. L’incarcération ten- miné de moins de 50 % de son épaisseur. Ce stade
dineuse fibulaire au sein d’un foyer de fracture de lésionnel, souvent de découverte fortuite, n’est pas
la malléole latérale est un équivalent de luxation reconnu par tous les auteurs. En effet, la configu-
fixée permanente. Dans ce cas, le scanner peut ration aplatie du tendon CF entre la marge posté-
être utile pour montrer les rapports des éléments rieure de la malléole latérale en avant et le tendon
osseux et tendineux et planifier le geste chirurgi- LF en arrière est physiologique en flexion dorsale
cal (fig. 9). et n’est pas forcément synonyme d’une fissuration
débutante.
Fig. 20 : Schémas illustrant les quatre stades lésionnels de fissuration du tendon court fibulaire selon Sobel :
Stade I : tendon aplati inférieur à 50 % de son épaisseur. Attention, cet aspect n’est pas forcément pathologique car physiologique
en flexion dorsale.
Stade II : amincissement central supérieur à 50 % de l’épaisseur du tendon traduisant une fissuration non transfixiante.
Stades III et IV : fissuration transfixiante du tendon inférieure (III) ou supérieure (IV) à 2 cm en hauteur.
367
Le tendon et son environnement
368
Les tendinopathies des fibulaires
369
Le tendon et son environnement
beaux. Il est parfois difficile de distinguer une fis- rupture. Ces zones de fissurations et de rupture
suration du LF d’une fissuration du CF du fait de la sont le siège de plages d’hypervascularisation lors
variabilité de la position des lambeaux tendineux de l’étude Doppler puissance. L’IRM est perfor-
fissurés et de leur association possible [12]. Il est mante pour objectiver les lésions dans cette locali-
intéressant dans ce cas de s’aider en échographie sation plantaire (fig. 25). Des coupes coronales
d’une pression répétée sur le processus styloïdien d’arrière en avant permettent de suivre le tendon
du cinquième métatarsien qui induit uniquement depuis son changement de direction avant la gout-
une mobilité du CF et permet de le distinguer du tière cuboïdienne jusqu’à son insertion distale sur
LF. L’atteinte du tendon LF dans son trajet plan- le processus du premier métatarsien. L’IRM mon-
taire est moins bien connue et trop souvent sous- tre aussi un tendon épaissi, déstructuré avec par-
estimée, car la symptomatologie douloureuse fois un clivage liquidien intratendineux, voire une
plantaire n’est pas spécifique et peut passer au se- solution de continuité complète avec rétraction et
cond plan. Le tendon LF dans son trajet plantaire écart interfragmentaire.
est accessible à l’échographie par une exploration
en décubitus ventral en réalisant des coupes lon-
gitudinales obliques croisant la plante du pied pa- Cas particuliers
rallèles au grand axe du tendon et des coupes
axiales obliques perpendiculaires à celui-ci par un Variantes anatomiques des muscles et
balayage s’étendant depuis sa zone de réflexion tendons fibulaires
cuboïdienne jusqu’à son insertion distale sur le
processus du premier métatarsien. L’échographie La possibilité de variantes anatomiques des
montre un tendon épaissi, déstructuré, plus ou muscles et TF doit rester à l’esprit. Elles sont le
moins hypoéchogène avec des plages liquidiennes plus souvent de découverte fortuite et asymptoma-
intratendineuses en cas de fissurations et parfois tiques, mais peuvent simuler ou être à l’origine
un défect tendineux liquidien complet en cas de d’une réelle pathologie des TF.
Fig. 25 : IRM en coupes coronales T1 avec injection IV de gadolinium montrant une sévère tendinopathie du tendon long fibulaire
dans son trajet sous-cuboïdien et plantaire avec un tendon épaissi qui présente d’importantes plages de prise de contraste intra-
tendineuse et ténosynoviale (têtes de flèches blanches).
370
Les tendinopathies des fibulaires
Peroneus quartus ou fibulaire latéral du tarse rieur des TF [25]. L’échographie bilatérale et com-
parative permet de mettre en évidence la présence
Son incidence est de 6 à 20 % des individus se- d’un peroneus quartus [26]. Lorsqu’il s’agit d’un
lon les séries [23, 24]. Il prend son origine le plus peroneus quartus de type musculaire, l’examen
souvent sur le muscle CF au tiers inférieur de la montre une formation d’échostructure tissulaire
jambe, plus rarement sur le LF, voire les deux, puis située en arrière des TF avec une marge graisseu-
descend en situation postéromédiale par rapport se hyperéchogène le séparant du tendon CF per-
aux TF. Sa jonction myotendineuse se situe un à mettant de différencier ce peroneus quartus d’une
deux centimètres sous l’interligne talo-crural. jonction musculotendineuse basse du CF (fig. 27).
Toutefois, la portion tendineuse (parfois bifide) L’échographie objective en outre en association
peut être absente et le peroneus quartus est par- avec le Doppler puissance, des signes de souffran-
fois musculaire jusqu’à son insertion distale. Cel- ce tendineuse et/ou ténosynoviale des TF, affir-
le-ci se fait le plus couramment sur une petite pro- mant ainsi le caractère symptomatique de cette
tubérance osseuse appelée éminence rétro-tro- variante anatomique.
chléaire siégeant à la face latérale du calcanéus en
arrière de la trochlée des fibulaires (fig. 26). La to- En IRM, le peroneus quartus se présente comme
lérance anatomique locale de ce muscle surnumé- une structure de volume variable, de signal tissu-
raire est souvent excellente, mais il est parfois res- laire iso-intense au muscle, située en arrière des
ponsable de pathologies induites : rupture ou fis- TF (fig. 28). Il faut systématiquement le recher-
suration longitudinale du CF, ténosynovites des cher lors du bilan d’une pathologie des TF. À titre
TF, voire d’un conflit avec le rétinaculum supé- préopératoire, l’IRM reste indispensable.
371
Le tendon et son environnement
372
Les tendinopathies des fibulaires
Tendon bifide ou accessoire du muscle court Peroneus tertius : troisième péronier ou péro-
fibulaire nier antérieur
De rares cas de tendon bifide ou accessoire ont Très fréquent, puisque sa prévalence est de l’or-
été décrits dans la littérature [27]. Cette variante dre de 40 à 50 %, il n’a pas de caractère pathogène
anatomique peut rarement être à l’origine d’un et peut être utilisé pour les ligamentoplasties [28].
conflit au sein de la gouttière ostéofibreuse inex- Sur le plan anatomique, il a son origine au tiers
tensible et d’une pathologie des TF. En imagerie, inférieur de la face médiale de la fibula, chemine
elle peut simuler une fissuration du CF. Il est fort en situation latérale par rapport au long extenseur
probable que de nombreuses fissurations asymp- des orteils et se termine sur la face latérale du pro-
tomatiques du CF aient été diagnostiquées alors cessus du cinquième métatarsien.
qu’il s’agissait en réalité de tendon bifide du CF ou
d’un muscle de peroneus quartus tendineux
(fig. 31). L’aspect morphologique diffère par le ca- Peroneus digiti quinti
ractère arrondi des deux tendons, alors que la fis-
suration transfixiante comporte deux lambeaux Ce muscle tout à fait exceptionnel n’est cité que
tendineux généralement linéaires ou arciformes. par deux auteurs, avec un seul cas pour les deux
descriptions [29, 30]. Son trajet s’étend du CF en
arrière de la malléole latérale jusqu’à l’aponévrose
dorsale du 5e orteil. Il s’agit d’une curiosité anato-
mique sans expression clinique dans les deux cas.
373
Le tendon et son environnement
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375
Les ténosynovites sténosantes
(hors doigts à ressaut)
Tendon et gaine synoviale nal dans lequel glissent les tendons et la taille des
tendons, et ce quelle que soit l’origine de la sté-
Le tendon est composé de fibres de collagène de nose. Ainsi certains considèrent que la ténosyno-
type I et contient quelques cellules fibroblastiques, vite du fléchisseur radial du carpe (Flexor carpi
les ténocytes, qui synthétisent la matrice extracel- radialis, FCR) est sténosante et en rapport avec la
lulaire [1]. Les fibres de collagène sont disposées réduction d’origine ostéophytique du tunnel os-
en faisceaux, eux-mêmes organisés en fascicules téoligamentaire du fait d’une arthrose scapho-tra-
parallèles à l’axe longitudinal. Elles sont entourées pézo-trapézoïdienne [3]. L’histologie est semblable
d’une gaine de tissu conjonctif qui s’étend entre les dans les ténosynovites du FCR et celles de de
fascicules et contient les vaisseaux sanguins, lym- Quervain [3].
phatiques et les nerfs [2]. Certains tendons longs
sont entourés d’une gaine synoviale composée de Dans ce chapitre, nous appellerons ténosynovi-
deux feuillets, l’un interne, viscéral, adhérant au tes sténosantes les ténosynovites en rapport avec
tendon et l’autre, pariétal, adjacent aux structures un épaississement des structures fibreuses qui
avoisinantes. Ces deux feuillets forment un espace maintiennent les tendons au contact des reliefs
virtuel clos qui peut, dans des situations pathologi- osseux : rétinaculum des extenseurs ou poulies
ques, se remplir de liquide ou de pus. Les gaines des fléchisseurs. Le diagnostic repose sur l’écho-
synoviales, comme les bourses séreuses, facilitent graphie qui va mettre en évidence cet épaississe-
le glissement dans les zones de stress. Les tendons ment et son caractère sténosant qui tend à dimi-
sont maintenus en place dans leur gouttière par nuer la mobilité du tendon lors des manœuvres
des structures fibreuses : les rétinaculums [1]. dynamiques.
377
Le tendon et son environnement
378
Les ténosynovites sténosantes (hors doigts à ressaut)
n’étaient trouvés que dans 41 % des cas, l’épaissis- mouvements répétés du pouce (avec flexion, ex-
sement du tendon long abducteur dans 86 % des tension, rotation), la déviation ulnaire du carpe et
cas et du court extenseur dans 68 % des cas. l’utilisation de ciseaux ont été reconnues comme
des facteurs favorisants. Certaines activités pro-
L’imprégnation hormonale ou la carence en œs- fessionnelles [17, 18], sportives [19], ou occupa-
trogène ont également été incriminées, hypothèses tionnelles [20] ont été mises en cause. Elle est
qui semblent être confirmées par la présence de classique dans le cadre du postpartum donnant
récepteurs hormonaux dans la couche moyenne une entité particulière : le “baby wrist”. Il est diffi-
des poulies et des rétinaculums. Les inhibiteurs de cile de faire la part entre le rôle mécanique lié aux
l’aromatase (IA) et le tamoxifène (traitement adju- soins de l’enfant et le facteur d’imprégnation hor-
vant des cancers du sein avec récepteurs hormo- monale lié à la grossesse. Dans ces séries, l’âge de
naux positifs chez les femmes ménopausées) ont survenue est inférieur (en moyenne 33 ans), et
comme effet indésirable l’apparition ou l’aggrava- l’atteinte volontiers bilatérale [21].
tion de symptômes musculo-squelettiques. Récem-
ment, 26 patientes traitées par IA ont fait l’objet Cliniquement, la TSDQ provoque une douleur
d’une étude clinique et échographique dans le ca- au bord radial du poignet, d’apparition le plus sou-
dre de douleurs des mains et des poignets dans vent progressive, mais parfois brutale, gênant les
une thèse de médecine [14]. Une atteinte périarti- mouvements du pouce, avec parfois irradiation
culaire était présente dans 93 % des cas, consistant douloureuse vers l’avant-bras. L’épaississement du
en une ténosynovite de de Quervain dans 50 % des rétinaculum du 1er compartiment peut être visible
cas, un doigt à ressaut dans 19 % des cas et une cliniquement ou perçu comme un nodule dur à la
ténosynovite des tendons fléchisseurs ou exten- palpation. Le test de Finkelstein (inclinaison ul-
seurs radiaux dans 33 % des cas. Des cas de résis- naire du poignet passive, le pouce étant recouvert
tance au traitement médical semblent être liés à un par les autres doigts) met en tension passive les
abus d’hormone de croissance [15]. tendons et réveille la douleur. Ce test est spécifi-
que et reflète probablement plus l’atteinte du court
extenseur, que l’atteinte du long abducteur [22].
Principaux exemples de Un ressaut tendineux, à l’identique du ressaut des
ténosynovite sténosante fléchisseurs, a même été décrit [23].
(hors doigts à ressaut)
L’échographie est l’examen de choix et de pre-
La ténosynovite de de Quervain mière intention pour le diagnostic de TSDQ [24,
25]. Le diagnostic peut être posé en IRM ou sug-
La ténosynovite de de Quervain (TSDQ) est la géré s’il existe une zone d’hyperfixation sur la sty-
ténosynovite sténosante (constrictive) des tendons loïde radiale en scintigraphie [26].
long abducteur (APB) et court extenseur (EPB) du
pouce qui occupent le premier compartiment dor- Le signe cardinal du diagnostic en échographie
sal du poignet. C’est une ténosynovite mécanique est l’épaississement du rétinaculum. Les signes se-
liée à l’épaississement du rétinaculum recouvrant condaires sont l’épaississement de la gaine, l’hy-
le premier compartiment dorsal du carpe. Elle est perhémie Doppler énergie, et des anomalies struc-
plus fréquente chez la femme (2,8 cas/1 000 contre turales des tendons. À noter, la possibilité de “va-
seulement 0,6 cas/1000 chez l’homme [16]) et cuolisation” ou “kystisation” intratendineuse lors
après quarante ans. Les activités favorisant les de ces ténosynovites sténosantes (fig. 2).
379
Le tendon et son environnement
Fig. 2 : “Vacuolisation” du tendon court extenseur (échographie et schéma correspondant). Les deux coupes sagittale et axiale
montrent un aspect de “vacuolisation” intratendineuse du court extenseur, lors d’une ténosynovite de de Quervain.
L’échographie doit rechercher la présence d’un atteinte du tendon EPB. La prise en charge théra-
septum (partiel ou complet) divisant le premier peutique diffère selon la présence ou non du sep-
compartiment en deux sous compartiments (fig. 3). tum. L’infiltration d’un dérivé cortisonique a un
Le septum est un facteur favorisant la TSDQ [22, taux d’échec de 15 à 20 % [31, 32]. Ces échecs se-
27-29] et un facteur de résistance au traitement. raient favorisés par la présence d’un septum. Ces
Le septum est une fine cloison hypo ou hyperécho- constatations plaident pour le guidage échogra-
gène (selon l’anisotropie) tendue du rétinaculum à phique des infiltrations [33]. En cas d’échec des
la corticale radiale. L’insertion sur la corticale se traitements médicaux et infiltratifs, un traitement
fait sur une crête osseuse, qui sépare la gouttière chirurgical peut être proposé, avec des résultats
radiale en deux hémigouttières [25]. L’échogra- satisfaisants. Des complications, notamment la
phie repère la branche sensitive du nerf radial en parésie transitoire de la branche sensitive du nerf
regard du rétinaculum. radial, peuvent survenir [34].
380
Les ténosynovites sténosantes (hors doigts à ressaut)
Fig. 3 : Septum divisant le premier compartiment (échographie et schéma correspondant). Image normale (a). Le septum (*)
visible sous la forme d’une image hypoéchogène séparant le court extenseur du long abducteur. Notez la crête osseuse (flèche) à
l’insertion du septum, quasiment constante. Ténosynovite sténosante (b). Epaississement et inflammation exclusifs du rétinacu-
lum du court extenseur par présence d’un septum. Notez la crête osseuse (flèche) à l’insertion.
Dans la ténosynovite sténosante, le rétinaculum La déviation ulnaire active du poignet contre résis-
propre est épaissi dans son ensemble et sténose le tance reproduit la douleur élective [38-40].
tendon dans sa coulisse (fig. 4). Cette entité ne doit
pas être confondue avec une lésion traumatique du Cette forme de ténosynovite pourrait être plus
rétinaculum ou avec une instabilité tendineuse. commune que le nombre de cas rapportés dans la
Les signes indirects d’instabilité doivent être systé- littérature [38, 39], et toucherait une population fé-
matiquement recherchés en échographie ou IRM : minine, avec des atteintes bilatérales possibles
un arrachement du rétinaculum à son bord ulnaire [40]. Les infiltrations locales semblent être peu ef-
ou radial [36], une poche de décollement à la face ficaces [38-41], mais aucune n’a été réalisée sous
médiale de l’ulna, ou une instabilité réelle en pro- guidage échographique dans ces séries chirurgica-
no-supination au cours des manœuvres dynami- les. La chirurgie précoce semble donner de bons
ques en échographie [37]. Les radiographies sont résultats, avant l’apparition de lésion du tendon
normales ou montrent des remaniements osseux [38-41]. Certains auteurs comme Hajj et Nachino-
de la styloïde ulnaire [38]. À l’examen clinique, car préconisent une technique simple qui consiste
une tuméfaction fusiforme dans le 6e comparti- à ouvrir la cloison externe de la coulisse ostéofi-
ment des extenseurs est souvent présente [39, 40]. breuse pour traiter cette sténose compartimentale.
381
Le tendon et son environnement
Fig. 4 : Ténosynovite sténosante de l’extenseur ulnaire du carpe (échographie et schéma correspondant). Coupes axiale (a) et
sagittale (b) sur le tendon ECU. Le rétinaculum propre (RP) est épaissi, et provoque une ténosynovite distale avec épanchement
au sein de la gaine tendineuse (*).
Les ténosynovites sténosantes des mais le nombre de cas est insuffisant pour en faire
autres tendons extenseurs (fig. 5) une généralité.
382
Les ténosynovites sténosantes (hors doigts à ressaut)
Fig. 6 : “Syndrome” du croisement. Coupes axiales IRM en T1 et STIR, au niveau du croisement (a) et
plus distalement (b). Anomalie de signal au niveau du croisement (*) entre les tendons court extenseur
et long abducteurs et les tendons radiaux (a), possiblement liée à un épaississement du rétinaculum
(tête de flèche) du 2e compartiment (b).
Comme avec les tendons fléchisseurs et l’atteinte du pouce (EPL), chez des patients pourtant indem-
de la poulie A1, le caractère sténosant du rétinacu- nes de maladie rhumatismale. Enfin, une récente
lum des extenseurs peut provoquer le symptôme série rétrospective [43] décrit onze patients (in-
clinique de doigt “à ressaut”. Ce symptôme a en demnes de pathologie rhumatismale), avec ténosy-
effet bien été décrit lors de l’atteinte sténosante de novites du 4e compartiment, décrivant une limita-
l’extenseur propre du 5e doigt (EDM) par Park [45], tion de l’extension active du poignet causée par un
avec une résolution complète du ressaut après la blocage mécanique. L’histologie des onze patients
résection chirurgicale du rétinaculum. Kardashian finalement opérés après échec de toutes les autres
[46] décrit également 2 cas de doigt “à ressaut” lors mesures a révélé une fibrose et une réaction in-
de ténosynovite sténosante de l’extenseur propre flammatoire minime, voire absente.
383
Le tendon et son environnement
384
Les ténosynovites sténosantes (hors doigts à ressaut)
Conclusion
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387
Le doigt qui saute ou qui se bloque :
place de l’échographie
389
Le tendon et son environnement
Fig. 3 : Division du tendon fléchisseur superficiel. Coupes axiales transverses de la partie proxi-
male de la tête du métacarpien (a) à la partie moyenne de P1 (c). Vues échographiques corres-
pondantes (a, b, c’) ; FP=fléchisseur profond ; FS=fléchisseur superficiel. On passe d’un systè-
me de tendons superposés à un système de tendons juxtaposés, cette modification anatomique
pourra être un des substratums anatomiques du conflit dans le doigt à ressaut classique.
390
Le doigt qui saute ou qui se bloque : place de l’échographie
Cette gaine fibreuse est composée de poulies En regard de la tête du métacarpien et de l’arti-
annulaires (numérotées d’I à V pour les doigts culation métacarpophalangienne, le tendon flé-
longs) puissants renforcements constitués de fi- chisseur superficiel se divise en deux languettes
bres concentriques, pouvant résister jusqu’à en forme de “croissants de lune”.
700 N [1], et mesurant entre 0,3 et 0,5 mm d’épais-
seur [2]. Ces poulies digitales peuvent être consi- Ces languettes contournent plus distalement le
dérées comme des rétinaculums (voir chapitre tendon fléchisseur profond dans un mouvement
sur les rétinaculums). spiroïde, puis fusionnent sous ce dernier avant de
se fixer sur la face palmaire de P2 [4].
La poulie A1 maintient les tendons fléchisseurs
sur la tête du métacarpien, les poulies A3 et A5 sur Concernant le pouce, un seul tendon fléchisseur
la tête de la première (P1) et de la deuxième pha- (long fléchisseur du pouce) pénètre dans la gaine
lange (P2), les poulies A2 et A4 plaquent les ten- fibreuse de ce doigt.
dons fléchisseurs contre les corticales antérieures
des phalanges P1 et P2.
Physiopathologie
Leur rôle est d’orienter la force de traction des
tendons fléchisseurs et de transformer leur trans- Toute inadéquation, même minime, entre le cali-
lation horizontale en mouvement de rotation des bre des tendons fléchisseurs et de leur gaine fi-
interphalangiennes tout en évitant que ces ten- breuse va pouvoir perturber le jeu de flexion-ex-
dons ne prennent la corde [3].
tension des doigts et aboutir à la symptomatologie
de doigt à ressaut.
Les poulies cruciformes (I à III) interposées en-
tre les poulies annulaires A2 à A5 vont donner à la
Pour certains, le primum movens est l’épaissis-
gaine digitale fibreuse sa flexibilité.
sement de la poulie A1 secondaire à des micro-
traumatismes répétés [5], avec histologiquement à
Pour le pouce qui selon l’anatomie “classique”
la phase chronique une métaplasie fibrocartilagi-
ne comporte que deux phalanges, la gaine fibreuse
neuse profonde de cette poulie [6-8].
est plus simple avec une poulie A1 au niveau de la
tête du premier métacarpien, une poulie A2 au ni-
veau de la tête de la première phalange, et entre Pour d’autres, c’est la tendinopathie chronique
les deux, en regard de la diaphyse de la phalange des fléchisseurs qui entraîne une hypertrophie se-
proximale, une poulie “oblique” renforcée par des condaire de cette poulie.
fibres de l’adducteur du pouce.
La poulie A1 est la première structure de maintien
des tendons fléchisseurs en aval du canal carpien et
Les tendons fléchisseurs donc la première à subir les contraintes et les frotte-
ments de ces tendons au niveau des doigts.
Pour les doigts longs, l’anatomie du système flé-
chisseur est complexe. Lorsque le doigt est étendu, en amont de la pou-
lie A1, les tendons fléchisseurs des doigts longs se
En amont de la tête du métacarpien, le tendon présentent sous la forme de deux structures ova-
fléchisseur superficiel et le tendon fléchisseur pro- laires superposées. En regard et en aval de la pou-
fond ont une section ovalaire à peu près identique lie A1, le fléchisseur superficiel se divise en deux
et sont superposés. languettes qui viennent se positionner (à hauteur
391
Le tendon et son environnement
de la poulie A2) latéralement par rapport au ten- le pouce (33 % des cas), l’annulaire (27 %),
don fléchisseur profond. puis le majeur. Les formes pluridigitales ou bi-
latérales ne sont pas exceptionnelles et doi-
Il en résulte un changement assez “brutal” de vent faire rechercher un diabète ;
géométrie, avec une diminution de hauteur et aug- • Le deuxième avant l’âge de 8 ans (en général
mentation de largeur des fléchisseurs en distalité. après 1 an, mais parfois présent dès la nais-
Or cette zone critique est celle-là même qui pé- sance) avec une incidence de 3 pour 1000, un
nètre sous la poulie A1 lors de la flexion. sex-ratio de 1 et un pouce incriminé dans 75 à
90 % des cas [13], le majeur et l’annulaire dans
En cas de sollicitations excessives répétées, une environ 10 % des cas.
tendinopathie hypertrophique [9] prédominant
sur les languettes du fléchisseur superficiel peut Aucune corrélation avec l’activité professionnel-
se produire, en aval d’une poulie A1 elle-même hy- le [14] n’a été démontrée.
pertrophiée, instaurant un cercle vicieux.
La symptomatologie du patient varie de la sim-
Plus rarement, le blocage peut se produire ple gêne (plutôt matinale), au ressaut perçu, mais
sous la poulie A2 par un nodule du fléchisseur facilement réductible, jusqu’au ressaut avec blo-
profond [10]. cage complet qui nécessite l’utilisation de l’autre
main pour débloquer douloureusement le doigt
Pour le pouce, c’est un peu différent avec un pathologique.
seul tendon fléchisseur qui aura plutôt tendance à
s’hypertrophier en amont de la poulie A1 en cas de Dans les formes évoluées, une raideur peut
surmenage mécanique. s’installer.
392
Le doigt qui saute ou qui se bloque : place de l’échographie
Concernant le cas particulier du doigt à ressaut Guerini et coll. [5], ont trouvé dans leur série de
de l’enfant, la découverte de malformations asso- 33 patients adressés pour doigts à ressaut les si-
ciées dans 21 % des cas (macrosomie, torticolis gnes suivants :
congénital, luxation de la tête radiale, bec-de-liè- • Un épaississement hypoéchogène de la pou-
vre, pied-plat valgus, syndactylies) et la présence lie A1 (dans 100 % des cas) compris entre 1,1
d’antécédents familiaux (dans 10 % des cas) sug- et 2,9 mm avec une moyenne de 1,8 mm (épais-
gèrent une influence génétique [13, 16]. seur de la poulie comprise entre 0,4 et 0,6 mm
pour les témoins) ; cet épaississement était ré-
gulier ou nodulaire, et pouvait s’accompagner
Signes échographiques (fig. 4-5-6) d’une déformation avec encoche du tendon
sous-jacent ;
Le diagnostic clinique étant évident, les spécia- • Une hypervascularisation de la poulie (91 %
listes qui traitent cette pathologie se sont long- des cas et 0 % des témoins) ;
temps passés d’imagerie complémentaire. • Une ténosynovite des fléchisseurs (dans 55 %
des cas), avec un épaississement hypoécho-
En 2013, l’échographie pratiquée avec du maté- gène ou un épanchement de la gaine, parfois
riel adapté permet d’identifier clairement les élé- une hyperhémie en mode Doppler.
ments anatomiques impliqués pour mieux adapter • Une tendinose (48 % des cas) avec épaississe-
le traitement. ment et un aspect hétérogène des tendons flé-
Fig. 4 : Signes échographiques classiques d’un doigt long à ressaut. (a) Coupe axiale transverse montrant l’épais-
sissement hypoéchogène circonférentiel de la poulie A1 (flèche), (b) épaississement nodulaire (double flèche) de
la poulie A1, (c) hyperhémie périphérique de la poulie en mode Doppler, (d) coupe sagittale montrant l’épaissis-
sement hypoéchogène de la poulie A1, la ténosynovite avec épaississement hypoéchogène de la gaine des fléchis-
seurs (**), l’hypertrophie des tendons en aval de la poulie A1, (e) vue clinique correspondante.
393
Le tendon et son environnement
394
Le doigt qui saute ou qui se bloque : place de l’échographie
chisseurs en aval de la poulie A1 pour les doigts ciel sont ralenties par leur frottement sur la
longs, et un épaississement du long fléchisseur poulie A1.
en amont de cette poulie pour le pouce. • Les kystes mucoïdes isolés des poulies ne
• Une fissure intratendineuse (6 % des cas). constituent pas une cause de ressaut.
Gruber a décrit en 2011 un nouveau signe, le Enfin, l’échographie est très performante pour
“dark tendon sign” [17] : l’hypertrophie de la pou- préciser la cause exacte d’un ressaut “secondaire” :
lie A1 entraîne une déformation focale du tendon • Cicatrisation hypertrophique ou rétraction
en déviant discrètement ses fibres ; celles-ci n’étant tendineuse secondaire à une plaie ;
plus parallèles à la sonde, il en résulte par aniso- • Ténosynovite dans le cadre d’un rhumatisme
tropie une perte focale de l’aspect fibrillaire du inflammatoire ;
tendon remplacé par une zone “sombre”. • Tophi dans le cadre d’une goutte…
395
Le tendon et son environnement
396
Le doigt qui saute ou qui se bloque : place de l’échographie
Les complications sont rares (moins de 1 %) [28] Cas particulier du ressaut de l’enfant
et plus fréquentes chez les diabétiques : cicatrice
douloureuse, persistance (0,6 %) ou récidive La plupart des auteurs s’accordaient pour un
(0,9 %) du ressaut, atteinte nerveuse, infection de traitement chirurgical à ciel ouvert [13] ou percu-
la gaine. tané [39, 40] avec ouverture de la poulie A1 en rai-
son de taux de résolutions spontanées faibles (ré-
En cas de déformation en flexion persistante solution de 30 % pour les doigts à ressaut décou-
malgré la libération de la poulie A1, certaines verts avant l’âge d’un an et de 12 % pour les res-
équipes pratiquent la résection d’une languette sauts découverts ultérieurement [41]).
ulnaire [20, 29] voire des deux languettes du flé-
chisseur superficiel [30]. Mais récemment des séries avec des traitements
de physiothérapie administrés par les parents sans
ou avec attelle [42], et même des études évaluant
La chirurgie percutanée l’abstention thérapeutique [43, 44] ont montré des
évolutions favorables dans 52 à 89 % des cas et ce
La libération percutanée de la poulie A1 a été d’autant plus que la symptomatologie débutait
proposée dès 1958 [31] en se basant sur des repè- précocement.
res purement cliniques et en utilisant des aiguilles
ou des dispositifs en forme de crochet de calibre
14 à 21G. Ressauts liés à l’appareil
extenseur
L’efficacité de ces techniques percutanées “à
l’aveugle” en se basant sur des repères cliniques Nous traiterons ici une entité peu fréquente,
est importante avec 90 à 100 % de bons résultats mais classique, le ressaut postérieur des tendons
[32, 33]. extenseurs en arrière des articulations métacarpo-
phalangiennes (MCP), secondaire à une lésion des
On ne note pas de différence significative avec la bandelettes sagittales, appelé dans la littérature
chirurgie ouverte [34] ; mais quelques complica- anglo-saxonne le “boxer’s Knuckle” (première
tions sont à craindre : une libération trop large se description en 1890 par Kruckenberg [45, 46]).
prolongeant dans la poulie A2, les tendons fléchis-
seurs prenant alors la corde ; une lésion des nerfs
interdigitaux (notamment au bord radial du Anatomie de l’appareil extenseur
2e rayon et au bord ulnaire du 5e où il existe un au niveau des articulations
contact intime entre ces structures nerveuses et métacarpophalangiennes (MCP) [47, 48]
les poulies A1).
L’appareil extenseur des doigts est complexe et
Ce type de geste est également réalisé sous présente de nombreuses variations : classique-
contrôle échographique [35, 36, 37] au moyen ment, on décrit un tendon extenseur commun
d’une aiguille ou d’un crochet avec pour avantage pour les quatre derniers doigts, un extenseur pro-
une visualisation directe pendant la procédure des pre supplémentaire pour l’index et l’auriculaire,
structures vasculo-nerveuses. Smith a montré que ainsi que des bandelettes de connexions interten-
la résection de la poulie A1 était alors tout à fait dineuses.
satisfaisante [38].
397
Le tendon et son environnement
En regard des MCP, les tendons extenseurs sont La bandelette radiale est en effet préférentielle-
maintenus en place par les bandelettes sagittales. ment exposée lors d’un coup donné poing fermé
Ces bandelettes sagittales se décomposent dorsa- en raison de l’orientation des métacarpiens dans
lement en un feuillet profond et un feuillet super- ce geste.
ficiel qui engainent le tendon extenseur, puis don-
nent des fibres perpendiculaires à l’axe de ce ten- En cas de double tendon extenseur (2e et
don qui se dirigent en avant de part et d’autre de la 5 rayons), une rupture de la bandelette entre les
e
tête du métacarpien pour s’attacher sur le liga- deux tendons est possible, entraînant une luxation
ment métacarpien transverse profond et sur la de chaque tendon de part et d’autre de la tête du
plaque palmaire, formant ainsi un anneau circon- métacarpien.
férentiel autour de la MCP.
Enfin, il existe des cas d’agénésie ou de défaut
de tension des bandelettes sagittales responsables
Physiopathologie du boxer’s knuckle de luxations intermittentes “congénitales des ex-
(fig. 8) tenseurs” au niveau des MCP (fig. 9) ; dans ce cas,
l’extension complète des doigts est souvent pré-
Cette pathologie a été décrite initialement chez servée et on ne note pas de tuméfaction des par-
les boxeurs ; elle résulte dans ce contexte de lé- ties molles associée [45].
sions traumatiques des bandelettes sagittales par
répétition de coups sur les têtes des métacarpiens
en position poings fermés. Aspect échographique
Elle est également rencontrée dans d’autres cir- Les coupes axiales transverses sont celles qui ap-
constances où les bandelettes pourront être agres- portent le maximum d’informations en permettant
sées par des ostéophytes (arthrose des MCP), par une visualisation directe à la fois des tendons ex-
une synoviale inflammatoire ou des déformations tenseurs dans leur petit axe et des bandelettes sa-
osseuses (polyarthrite rhumatoïde…). gittales ; on peut y adjoindre des coupes sagittales.
Après rupture d’une bandelette sagittale, le pa- Au stade initial de “pré boxer’s knuckle” (fig. 10),
tient présente cliniquement un déficit actif varia- on note un épaississement hypoéchogène de la
ble de l’extension de la MCP et une luxation in- graisse sous-cutanée débutant à la face dorsale de
termittente du tendon extenseur en position la MCP et pouvant entourer le tendon, une hype-
poing fermé. rhémie en mode Doppler, et un épaississement
sans rupture des bandelettes. Le tendon extenseur
Un ressaut tendineux est perçu lors du passage reste parfaitement centré.
de la position doigt étendu à la position doigt en
flexion. L’aspect est évocateur d’une “néobursite” ou
d’une “pseudo-ténosynovite” (les extenseurs ne
C’est le plus souvent la bandelette sagittale ra- présentant physiologiquement pas de gaine à ce
diale du 3e doigt qui est lésée, entraînant une luxa- niveau).
tion ulnaire du tendon.
398
Le doigt qui saute ou qui se bloque : place de l’échographie
399
Le tendon et son environnement
Fig. 10 : Stade de “pré boxer’s knuckle”. (a, b) Infiltration hypoéchogène (**) et épaississement de la graisse située en
arrière du tendon extenseur du III en coupe axiale (a) et en coupe sagittale (b) ; les bandelettes sagittales sont parfaite-
ment visibles (flèches) ; (c, d) à un stade plus avancé, l’infiltration hypoéchogène devient circonférentielle (**) réalisant
un aspect de néobursite ou de “pseudoténosynovite” ; en mode Doppler (d) l’hyperhémie est très franche. Le tendon
est toujours bien centré.
À la phase d’état pour le 3e et le 4e rayons en plus rupture de la bandelette entre les deux extenseurs
de cette “néobursite”, une bandelette sagittale est à destination du V [49]. En appuyant avec la sonde
rompue (fig. 11). ou en faisant fermer le poing au patient, on provo-
que un diastasis ou une luxation des tendons de
Le tendon extenseur reste en position normale part et d’autre de la tête du métacarpien.
doigt en extension, mais on peut facilement dé-
masquer son instabilité et sa luxation générale- Dans le cadre de lésions des bandelettes sagittales
ment ulnaire soit en appuyant sur le tendon avec la sur un terrain arthrosique, la sémiologie est identi-
sonde, soit en faisant fermer le poing au patient. que et l’échographie peut également démontrer la
présence d’ostéophytes des têtes des métacarpiens.
Pour le cas particulier du 5e rayon (fig. 12), on
note une infiltration hypoéchogène dorsale péri- Dans les cas de luxations “congénitales”, la néo-
tendineuse, une hyperhémie en Doppler et une bursite est absente [45].
400
Le doigt qui saute ou qui se bloque : place de l’échographie
401
Le tendon et son environnement
Traitement
Ces deux faisceaux prennent leur origine sur le Blocage des doigts longs en flexion [51]
tubercule latéral du métacarpien. (fig. 14)
Ils s’étalent ensuite pour se fixer sur la face laté- Cette entité rare a été décrite dès 1889 par Poi-
rale de la base de la phalange proximale (faisceau rier [51] ; une centaine de cas ont été rapportés.
dorsal ou propre) et sur la plaque palmaire (fais-
ceau palmaire ou accessoire). Le mécanisme le plus fréquent de blocage en
flexion consiste en une incarcération du ligament
Le faisceau dorsal est détendu en extension, ten- collatéral radial (faisceau palmaire ou accessoire)
du en flexion ; c’est le contraire pour le faisceau derrière une proéminence constitutionnelle ou un
palmaire [48, 49]. ostéophyte de la tête du métacarpien.
402
Le doigt qui saute ou qui se bloque : place de l’échographie
Fig. 14 : MCP bloquée en flexion par une incarcération du faisceau palmaire du ligament collatéral radial du IV au niveau d’un
ostéophyte. (a) schéma de l’incarcération du faisceau palmaire du ligament collatéral (LCP) en avant d’un ostéophyte, le faisceau
dorsal (LCD) restant en position normale ; (b) radiographie démontrant la présence d’ostéophytes (flèches) ; (c, d) sur la coupe
échographique sagittale (c) et sur la coupe axiale (d) il est difficile d’affirmer l’incarcération suspectée, mais les ostéophytes sont
bien visibles et les tendons ont pu être innocentés.
Mais d’autres mécanismes plus rares sont pos- flexion est conservée et la mobilité des interpha-
sibles : incarcération du ligament collatéral ul- langiennes reste normale.
naire, corps étrangers cartilagineux dans le ca-
dre d’une ostéochondromatose secondaire, lésion Le deuxième, puis le troisième rayon sont le plus
de la plaque palmaire avec incarcération d’une souvent touchés (80 % des cas) [51].
languette [52].
L’échographie permet difficilement de prouver
Le tableau clinique est le suivant [53] : blocage l’incarcération ligamentaire, mais pourra mettre en
de survenue brutale, souvent douloureux, à 30° de évidence les ostéophytes de la tête du métacarpien,
flexion de la MCP d’un doigt long ; l’extension et éliminera une lésion tendineuse, ou un corps
passive et active de la MCP est impossible, mais la étranger bloqué dans un recessus articulaire.
403
Le tendon et son environnement
Le traitement est chirurgical pour la plupart des Le traitement est alors obligatoirement chirur-
auteurs, avec une résection du fragment de liga- gical.
ment incarcéré, associé à une résection des ostéo-
phytes ou de la partie proéminente du condyle mé-
tacarpien. Blocage d’un doigt long en abduction
Certaines publications ont rapporté des réduc- C’est en 1988 que Ishizuki [54] rapporte un cas
tions par manipulations externes (traction-rota- de rupture d’un ligament collatéral radial avec “ef-
tion) avec pour inconvénient principal l’absence de fet Stener-like” responsable d’un blocage irréduc-
traitement de la cause et la possibilité de récidive. tible en abduction d’un doigt long.
404
Le doigt qui saute ou qui se bloque : place de l’échographie
Le ligament collatéral radial du 5e rayon est le du pouce, elle n’a pas été véritablement évaluée
plus souvent touché (55 % des cas [55]), suivi du dans ces lésions des ligaments collatéraux des
ligament collatéral radial du 4e rayon (21 %). MCP.
Cliniquement, le patient présente une déviation La visualisation directe de ces ligaments semble
permanente de la métacarpophalangienne dans le possible (fig. 16) même si l’accès est plus difficile
plan frontal (déviation ulnaire pour le 5e rayon), que pour le pouce.
une tuméfaction de la MCP, associée à une laxité
en flexion et en extension. Les signes sont équivalents : ligament rompu
“en boule” et bandelette sagittale non visualisée à
L’abduction est irréductible activement et passi- la surface du ligament, mais qui semble “s’interpo-
vement, et le patient se plaint d’une importante ser” dans la rupture.
douleur quand on le salue en lui “serrant la main”.
Le traitement chirurgical est la référence.
Si l’échographie a largement fait ses preuves
pour le diagnostic fréquent des lésions de Stener
Fig. 16 : Blocage en abduction du V après une entorse, par effet Stener-like. (a) présentation clinique :
déficit passif et actif d’adduction du V suite à une entorse en abduction ; (b) échographie en coupe lon-
gitudinale “coronale oblique” mettant en évidence un ligament collatéral (lc) rompu en “boule” et une
image linéaire proximale (flèches) pouvant correspondre à la bandelette sagittale incarcérée. Ce type
d’image en “yoyo” est habituel en cas d’effet Stener au pouce… (c) vue opératoire d’un autre patient
où le fragment ligamentaire rompu est visible directement en sous-cutané en aval d’une bandelette
sagittale lésée.
405
Le tendon et son environnement
Fig. 17 : Flexion irréductible du V par une corde fibreuse (maladie de Dupuytren). (a) aspect clinique ; (b) coupe IRM axiale
transverse en pondération T1 retrouvant une corde fibreuse sous-cutanée (pointillés) dont le signal est proche de celui des ten-
dons fléchisseurs (flèche). (c, d) sur ces coupes échographiques sagittale oblique (c) et axiale (d), la corde (pointillés) apparaît
fibrillaire, mais de façon un peu moins homogène et moins marquée que les tendons fléchisseurs sous-jacents (flèches).
406
Le doigt qui saute ou qui se bloque : place de l’échographie
Il s’agit d’une déformation congénitale fréquen- Les ressauts et les blocages des doigts sont des
te (jusqu’à 1 % de la population) touchant préfé- situations cliniques extrêmement fréquentes.
rentiellement le 5e rayon.
Avec l’essor récent de l’échographie ostéo-arti-
culaire, ces pathologies qui étaient surtout connues
L’IPP présente une flexion spontanée pouvant
et traitées par des spécialistes de la main sont de
atteindre 90°, l’extension de cette articulation
plus en plus adressées pour “bilan” dans des cabi-
n’étant possible que si la MCP est fléchie.
nets d’imagerie “généralistes”.
Elle résulte d’un déséquilibre entre un système Dans la grande majorité des cas, ces ressauts
extenseur trop faible et un système fléchisseur sont liés à une inadéquation entre le calibre de la
trop court. gaine digitale fibreuse d’un doigt et celui des ten-
dons fléchisseurs qu’elle entoure.
Cette déformation est souvent bien tolérée et le
traitement rarement nécessaire. L’échographie permet un diagnostic étiologique
précis et facile (hypertrophie de la poulie A1, hy-
pertrophie du tendon fléchisseur superficiel…) et
Les inclassables… pourra guider le traitement infiltratif. Mais par-
fois ces ressauts ont des causes beaucoup moins
À côté des catégories bien individualisées décri- courantes.
tes ci-dessus, on pourra observer des ressauts ou
Seule une connaissance exhaustive de l’anato-
des blocages difficilement classables. La mécani-
mie des doigts et de la physiopathologie permettra
que de précision responsable des mouvements
à l’échographiste d’orienter le diagnostic ou de
harmonieux des doigts est facilement perturbée confirmer des entités rares : boxer’s knuckle, blo-
par toute déformation osseuse acquise ou congé- cage en flexion par incarcération d’un ligament
nitale, par tout défaut de tension des tendons ou collatéral, blocage en abduction par rupture et in-
des éléments capsulo-ligamentaires (maladies du carcération d’un ligament collatéral, maladie de
tissu conjonctif, hyperlaxité congénitale…). Dupuytren limitée au V, anomalies congénitales…
407
Le tendon et son environnement
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409
“Quand les poulies lâchent”
411
Le tendon et son environnement
412
“Quand les poulies lâchent”
Les poulies cruciformes sont localisées entre les Alors que les poulies cruciformes n’ont pas de
poulies A2-A3, A3-A4 et A4-A5. Lâches et moins im- réelle fonction biomécanique, les poulies annulai-
portantes sur le plan biomécanique, elles permet- res sont indispensables pour le bon fonctionne-
tent une discrète mobilité des tendons fléchisseurs ment de la flexion active des doigts [18].
au niveau des articulations interphalangiennes.
Leur fonction est double. En contribuant à la
Les vaisseaux alimentant les tendons, les vincu- formation des canaux digitaux ostéofibreux, elles
lae, pénètrent le canal digital par la portion laté- empêchent le déplacement palmaire des tendons
rale de ces poulies cruciformes. lors de la flexion des doigts et évitent le phéno-
mène de corde d’arc. Aussi, en maintenant les ten-
dons proches des phalanges et de l’axe de flexion
Anatomie microscopique des poulies des articulations, elles améliorent leur efficacité
biomécanique en augmentant le moment de rota-
Du point de vue microscopique, les poulies ont tion et ainsi leur bras de levier [4, 18].
trois feuillets histologiques distincts qui permet-
tent le glissement ainsi que la stabilisation des Comme déjà mentionné, ceci est particulière-
tendons [21]. ment vrai pour les poulies “diaphysaires” A2 et A4
qui sont nettement plus rigides que les autres [4].
Le premier feuillet, profond, correspond au très Contrairement aux autres poulies, elles raccour-
fin feuillet cellulaire pariétal de la gaine du ten- cissent lors de la flexion du doigt et maintiennent
don. Le second, plus épais, est comme le squelette le tendon solidement plaqué à la phalange.
de la poulie. Il est constitué principalement de fi-
bres de collagène. Il faut imaginer toutefois que le canal digital est
constitué de différentes poulies qui fonctionnent
Le troisième feuillet, superficiel, équivaut à une en harmonie. Ainsi, en cas de traumatisme et dé-
fine couche de tissu vascularisé qui recouvre tout chirure d’une des poulies “diaphysaires” primor-
le canal digital. diales, les poulies annulaires “articulaires” impai-
res, dont la fonction est habituellement moins es-
Les poulies ne sont en fait pas purement semi- sentielle pour le bon enroulement lors de la flexion,
circulaires, mais entourent plutôt complètement deviennent plus importantes. La poulie A3 empê-
les tendons. Leur première et deuxième couche ne cherait alors partiellement la corde d’arc complète
recouvrent pas seulement la face palmaire des du tendon fléchisseur en cas de lésion de la poulie
tendons fléchisseurs, mais couvrent aussi la face A2 isolée.
dorsale et comblent l’espace entre le tendon et la
phalange avant de s’insérer sur le périoste. Les poulies annulaires ont été sectionnées de fa-
çon expérimentale par Tubiana afin de confirmer
On observe également une métaplasie cartilagi- leur utilité respective [22] (Tableau 1). Cette étude
neuse de la surface de glissement des poulies, sur- montre que la flexion complète du doigt (pulpe-
tout dans les poulies annulaires rigides “diaphy- paume = 0 cm) reste possible tant que les poulies
saires” [21]. Ceci permet probablement un meilleur A2 et A4 sont préservées. La distance pulpe-pau-
glissement et une plus forte résistance à l’usure me augmente (2-5 mm) dès que la poulie A4 est
dans les zones de tension maximale. sectionnée et augmente encore plus (15-20 mm) si
413
Le tendon et son environnement
A2 est sectionnée. Si A2 et A4 sont sectionnés, la la résultante des forces engendre une tension
flexion active complète du doigt est impossible. énorme sur les poulies A2 et A3. La lésion de la
poulie A2, plus fréquente, peut être isolée ou com-
La force nécessaire pour provoquer la rupture binée avec les poulies A3 ou même A4 (fig. 3). Une
de la poulie A2 est estimée entre 240 et 400 New- lésion isolée de la poulie A4 est observée lors des
tons. Lorsqu’un grimpeur est suspendu en posi- blessures dans la position de préhension tendue.
tion arquée, on estime que la force appliquée sur Celle-ci, avec l’articulation IPP en extension et
tout un doigt dans cette position est de l’ordre de l’IPD en flexion maximale, met plus particulière-
450 Newtons. ment la poulie A4 à rude épreuve.
Mécanisme lésionnel
414
“Quand les poulies lâchent”
Fig. 3 : Schéma anatomique illustrant les déchirures de poulies annulaires les plus fréquentes et le déplacement secondaire des
tendons fléchisseurs.
a) Déchirure partielle de la poulie A2
b) Déchirure totale de la poulie A2
c) Déchirure totale de poulies A2, A3 et A4
Poulies normales = en marron, poulies déchirées = en rouge. TFS et TFP = tendons fléchisseurs superficiel et profond
Les grimpeurs utilisent plutôt les troisièmes et lors d’un changement de position subit, ou même
quatrièmes doigts lors des différentes prises et ce lors d’une chute. Un “crac” est alors très fréquem-
seront donc les poulies de D3 et D4 qui seront le ment ressenti ou entendu.
plus souvent blessées. Dans la vie de tous les jours,
c’est plutôt l’index qui est utilisé plus souvent que
D3 ou D4. Ainsi donc, les grimpeurs peuvent par- Aspect clinique
fois être peu symptomatiques puisqu’ils peuvent
compenser l’impotence mineure (en dehors des Les lésions de poulies doivent être suspectées
activités de la grimpe) du doigt blessé par les chez les patients décrivant lors d’un mouvement
doigts utilisés le plus souvent dans les activités de brusque le ressenti d’un “crac” dans le doigt, suivi
la vie quotidienne. d’une douleur subite s’intensifiant à la fin de la
séance de sport et associée à une tuméfaction plus
Les déchirures partielles évoluent probablement ou moins forte de la base du doigt concerné. C’est
de façon progressive, sur plusieurs séances d’es- principalement la douleur ou le manque de force
calade, et plutôt par excès d’utilisation et “fatigue” qui motive la consultation.
de la poulie. L’anamnèse est alors le plus souvent
une douleur qui apparaît uniquement à l’effort, À l’examen clinique, une douleur de la face pal-
plus spécifiquement lors de l’escalade, alors que le maire de la base du doigt associée à une tuméfac-
doigt est asymptomatique au repos ou en dehors tion doit faire suspecter le diagnostic. Une corde
de la pratique du sport. Si l’activité de surcharge d’arc peut déjà apparaître lors d’une rupture com-
est poursuivie, la déchirure de la poulie peut plète isolée de A2, puisque les tendons ne sont
s’agrandir et évoluer vers une rupture complète. plus maintenus contre l’os dans le canal digital et
se luxent en direction palmaire en sous-cutané.
Les déchirures d’emblée complètes sont le plus Toutefois, cette corde d’arc est parfois peu fla-
souvent le résultat d’une mise sous tension explo- grante, même en cas de rupture complète. En ef-
sive des doigts, par exemple lors d’un mouvement fet, l’examen clinique peut être limité par la tumé-
excessif sur une très petite prise ou le rattrapage faction, mais également par la douleur empêchant
415
Le tendon et son environnement
une bonne flexion isométrique. De plus, selon cer- gel est à utiliser pour combler les irrégularités de
tains auteurs, une corde d’arc n’apparaît clinique- la surface du doigt. Le patient est assis en face de
ment que lors d’une lésion concomitante des pou- l’examinateur avec l’avant-bras examiné sur la ta-
lies A2 et A3. ble d’examen en supination, le dos de la main re-
posant sur la table.
416
“Quand les poulies lâchent”
Anatomie échographique normale (fig. 4) La mince gaine synoviale des tendons fléchis-
seurs, ainsi que la minime quantité de liquide sy-
À l’échographie, la poulie A1 a une épaisseur novial interne habituellement présente, n’est pas
plus importante que les autres poulies annulaires visualisée dans des conditions normales.
et montre un aspect hypoéchogène, homogène.
Les tendons fléchisseurs sont visualisés comme
La poulie A2 présente un aspect hyperéchogène, des structures fibrillaires, homogènes et réguliè-
homogène. Elle est moins épaisse que la poulie res. Lorsque l’échographie est réalisée avec une
A1, alors qu’anatomiquement la poulie A2 est plus sonde de très haute définition et par un opérateur
épaisse. La raison de cette discordance écho-ana- entraîné, elle permet de suivre les tendons du ca-
tomique n’est pas connue. Sa partie proximale est nal carpien jusqu’à leurs insertions distales.
plus difficile à distinguer que la partie distale qui,
lors d’un discret épanchement de la gaine tendi- Le TFS, d’abord palmaire et superficiel au TFP, à
neuse, est bien délimitée par la présence du liqui- la hauteur de P1 se divise en deux bandelettes
de synovial. (une latérale et une médiale). Ensuite, il plonge en
profondeur pour aller s’insérer sur la face palmai-
Les poulies A3, A4 et A5 sont d’analyse plus dé- re de la phalange P2. Les deux bandelettes créent
licate, leur épaisseur et leur taille étant moins im- ainsi une “arche” autour du TFP et, à la hauteur de
portantes. P2, sont donc trouvées plus profondément sur les
417
Le tendon et son environnement
bords latéral et médial du tendon. Le TFP est ainsi tuelle instabilité palmaire et de mieux visualiser
le plus palmaire dès lors qu’on passe en distalité une anomalie type corde d’arc lors des déchirures
de l’arche créée par le tendon superficiel. Dans un d’une ou des poulies. L’examen réalisé en flexion
grand pourcentage des cas, le TFP est bifide dans contrariée est techniquement très difficile avec
sa dernière partie, en regard de P3. l’IRM et presque toujours limité par des artefacts
de mouvements.
L’examen dynamique montre très bien les mou-
vements des tendons fléchisseurs du doigt. La réa- Nous réalisons des séquences sagittales ciblées
lisation de mouvements de flexion-extension de dans le plan du doigt à examiner en densité de
l’articulation interphalangienne distale permet de proton sans et avec saturation de graisse afin de
ne mobiliser que le TFP. Lorsque les deux articula- pouvoir apprécier l’état des tendons et rechercher
tions interphalangiennes sont fléchies de façon un éventuel épanchement dans la gaine synoviale.
simultanée, les deux tendons fléchisseurs sont Des coupes axiales sont aussi réalisées, mais don-
mobilisés. nent moins d’informations que les coupes sagitta-
les. L’injection de gadolinium intraveineux peut
Les coupes longitudinales montrent une discrète s’avérer utile en cas d’images douteuses.
adaptation de la poulie A1 lors des mouvements
de flexion-extension. La poulie A2, très rigide, ne
montre pas de changements de taille ou de posi- Anatomie IRM normale (fig. 5)
tion lors de l’examen dynamique. En conditions
normales, le mouvement des tendons est régulier, Dans des conditions d’étude de routine avec un
sans signe de ressaut. appareil de 1,5T, les coupes sagittales permettent
partiellement de juger les poulies. Par contre, les
IRM
Technique d’examen
418
“Quand les poulies lâchent”
Anatomie TDM normale (fig. 5) Les déchirures complètes sont de diagnostic fa-
cile en raison du déplacement antérieur des ten-
Les reconstructions multiplanaires, dans le plan dons fléchisseurs. Ce déplacement est habituelle-
sagittal, ciblées au niveau du doigt à examiner ment bien visible déjà lors de l’examen statique,
permettent, en utilisant un fenêtrage “tissus dans la région des poulies “diaphysaires” A2 et A4
mous”, une bonne analyse de la position des ten- (fig. 7, 8). Lorsque le déplacement est aussi pré-
dons fléchisseurs, mais les poulies annulaires ne sent en condition “de repos”, celui-ci est secondai-
peuvent pas être visualisées. L’examen en flexion re au tonus des muscles fléchisseurs. Par contre,
contrariée peut être réalisé, mais reste de réalisa- un examen dynamique en flexion contrariée du
tion délicate. doigt est utile pour démontrer un déplacement
palmaire des tendons lors des lésions de la poulie
A3. La localisation du déplacement permet alors
Imagerie des déchirures aiguës l’individualisation de la poulie déchirée. Par exem-
ple, un déplacement prédominant au niveau de la
Une imagerie de toutes les poulies du doigt est phalange proximale indique une déchirure de la
nécessaire afin de faire un bilan lésionnel exact. poulie annulaire A2.
419
Le tendon et son environnement
Fig. 6 : Schéma anatomique et coupe (A) sagittale et (B) axiale échographiques illustrant une déchirure
partielle de la poulie A2. La poulie (têtes de flèche) présente un aspect irrégulier, épaissi et hypoécho-
gène. Les tendons fléchisseurs sont discrètement déplacés en palmaire (flèches) au niveau de leur partie
antérieure.
420
“Quand les poulies lâchent”
En cas de déchirure totale, les poulies ne sont Dans les ruptures isolées de A2, la subluxation
plus visibles ou ont un aspect hypoéchogène, très palmaire des tendons fléchisseurs était de 2.8
irrégulier et ceci sur toute leur longueur. Une téno- ± 0.7 mm à l’examen statique et de 4.6 ± 0.6 mm en
synovite est habituellement associée aux déchirures flexion contrastée. Dans les ruptures de A4 de 1.5
totales, mais généralement absente en cas de déchi- ± 0.4 mm et 3.1 ± 0.5 mm respectivement [28].
rure partielle. Les tendons, bien que subluxés, gar-
dent un aspect interne normal hyperéchogène régu- L’examen échographique de toutes les articula-
lier, mais la gaine synoviale présente très souvent tions du doigt est nécessaire chez tous les patients.
un discret épaississement associé à une collection En particulier, l’échographiste doit rechercher la
liquidienne interne hypoéchogène. L’examen au présence d’une avulsion partielle de la plaque pal-
Doppler couleur peut montrer une hypervasculari- maire de l’articulation interphalangienne proxi-
sation de la gaine synoviale. Les tissus mous sous- male, ainsi que des signes d’épanchement intra-
cutanés présentent habituellement une tuméfaction articulaire. Les ligaments collatéraux sont analy-
par infiltration hémorragique. L’incarcération de la sés de façon systématique.
poulie rompue en profondeur des tendons fléchis-
seurs peut empêcher la cicatrisation de la poulie.
421
Le tendon et son environnement
L’IRM a l’avantage, par rapport à l’échographie, Le traitement des déchirures de poulies des
de pouvoir juger plus précisément les plans os- doigts longs peut être médical donc conservateur
seux et articulaires. ou chirurgical. La limite entre les deux traitements
varie selon les auteurs. Cependant, il est clair
qu’en cas d’évolution chronique non traitée, la po-
sition luxée en corde d’arc palmaire du TFP provo-
quera non seulement la persistance de l’impoten-
ce, mais aussi un enraidissement en flexum pro-
gressif, principalement de l’IPP et de l’IPD du
doigt concerné.
Fig. 9 : Coupes sagittales TDM et IRM (T2 FS) illustrant une Toutes les études sont d’avis qu’une chirurgie
déchirure totale de la poulie A2. Les tendons fléchisseurs
présentent un déplacement palmaire (flèches). Les poulies s’impose lors de lésions de poulies multiples, par
ne sont pas visibles. L’IRM montre un épanchement dans la exemple A2 et A3, ce qui correspond aux déchiru-
gaine tendineuse.
res de stade 4. Ceci confirme encore une fois la
nécessité d’un bon bilan lésionnel. Inversement,
tous sont d’accord pour dire que les lésions de
grade 1 doivent être traitées médicalement, par le
Scanner repos associé à une physiothérapie spécifique et
un taping (contention ou strapping) protecteur im-
Le scanner a été considéré comme l’imagerie de médiat du doigt qui sera poursuivi lors de la re-
référence pour les déchirures des poulies annulai- prise du sport. Cette reprise peut être envisagée à
res jusqu’à l’arrivée de l’échographie [31]. environ 3 semaines après le traumatisme.
422
“Quand les poulies lâchent”
Tableau 2 : Stades de lésions de poulies des fléchisseurs des doigts selon Schöffl et al. [15]
La grande majorité des lésions de grade 2 ont un doigt suivie d’une mobilisation progressive du
excellent pronostic avec un traitement conserva- doigt, mais sous protection d’une bague thermo-
teur. Ce sont les lésions partielles de A2 ou de A3 formée. Une reprise progressive du sport avec le
ou la lésion complète isolée de la poulie A4. La lé- doigt protégé par du taping peut être envisagée à
sion de A4 a un bon pronostic et est traitée de la partir de 2 mois après l’accident pour les lésions
même façon que les lésions partielles de poulies de grade 3.
plus proximales (A2, A3). Le traitement est pres-
que superposable à celui des grades 1. En effet, Les lésions multiples grade 4 associées ou non à
une immobilisation du doigt de 10 jours précède la une lésion des ligaments collatéraux ou d’un mus-
mobilisation progressive protégée par taping, mais cle lombrical nécessitent un traitement chirurgical
une reprise des activités sportives légères n’est en- de reconstruction suivi d’une immobilisation de
visageable qu’après 4 semaines. 2 semaines, puis d’une mobilisation avec une ba-
gue thermoformée. Le patient ne réalisera pas
Dès que la poulie A2 ou A3 présente une rupture d’activité de grimpe pendant au minimum 4 mois
complète, il s’agit d’un grade 3 et une corde d’arc et devra avoir une protection du doigt pendant au
pourrait être visualisée. minimum 12 mois.
Les déchirures complètes isolées intéressant la Le traitement chirurgical a pour but premier de
poulie A2 peuvent être soit opérées, soit traitées reconstituer le canal digital. Ceci peut parfois être
de façon conservatrice avec un bon pronostic. Une effectué par suture directe des bords de la poulie
chirurgie est toutefois préférée, car la poulie pour- lors d’une déchirure isolée, mais le plus souvent
rait ne plus être habitée par le tendon, luxé en une reconstruction doit être planifiée, surtout dans
avant en corde d’arc. Ceci peut être visualisé à les stades 3 et 4. L’objectif est de recréer au plus
l’examen complémentaire. La poulie située entre proche de son anatomie originelle tout le canal os-
le tendon et le squelette osseux ne guérira pas téofibreux de façon solide et avec des poulies les
spontanément ou cicatrisera de façon inadéquate. plus longues possibles. Plus les poulies reconstrui-
Une chirurgie de suture directe ou reconstructive tes seront longues, mieux les forces entre les ten-
est alors proposée. Après la chirurgie, une mobili- dons et les poulies dans le nouveau canal seront
sation spécifique progressive est effectuée sous réparties. Le risque de rupture secondaire est ainsi
protection d’une bague thermoformée suivie de diminué au maximum. Lors de cette chirurgie, il
taping protecteur. faut impérativement reconstruire les poulies es-
sentielles A2 et A4. Cependant, au vu des connais-
Pour une lésion complète isolée de A3, le traite- sances actuelles de corde d’arc majorée et donc
ment est une immobilisation de 2 semaines du d’impotence augmentée lors de lésions simulta-
423
Le tendon et son environnement
nées des poulies A2 et A3, la poulie A3 doit si pos- Le rétinaculum des extenseurs a l’avantage d’avoir
sible aussi être reconstruite. De multiples métho- une couche de tissu synovial qui pourrait recréer
des de reconstruction sont décrites, elles utilisent une meilleure surface de glissement entre la nou-
le plus souvent une greffe de tendon de muscle velle poulie et le tendon.
long palmaire ou du rétinaculum des extenseurs.
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424
Les tendinopathies patellaires
Les tendinopathies du genou posent couramment Les tendinopathies patellaires sont le plus sou-
un problème diagnostique et thérapeutique, non vent des tendinopathies d’insertion à la pointe de
seulement dans une population sportive, mais aussi la patella, qui représentent 90 % des cas (fig. 1, 2
dans la population générale à des âges divers. Les et 3). Elles se rencontrent plus volontiers dans les
tendinopathies patellaires (TP) sont de loin les plus sports avec sauts (jumper’s knee) comme le bas-
fréquentes des tendinopathies du genou, notam- ket-ball, le handball, le volley-ball, le triple saut,
ment en milieu sportif. La clinique joue un rôle ma- le saut en hauteur, mais aussi dans la course à
jeur sur le plan diagnostique, mais la place de l’ima- pied, le football, le ski ou le cyclisme. Elles sont
gerie a pris de l’importance avec les traitements in- bilatérales dans 10 à 15 % des cas. Elles consti-
terventionnels qui se sont développés depuis le pré- tuent l’archétype des tendinopathies par surutili-
cédent livre du GETROA consacré à la pathologie sation en travail excentrique, lors de la réception
tendineuse où ce thème a déjà été abordé [1, 2]. des sauts.
425
Le tendon et son environnement
Fig. 1 : Homme de 39 ans, tendinopathie proximale intéressant les faisceaux profonds et médiaux du
tendon patellaire (flèches) ; a) échographie coupe longitudinale, les faisceaux profonds sont hypoécho-
gènes, épaissis ; b) coupe axiale montrant que la lésion est partielle et intéresse les fibres médiales du
tendon ; c) importante hyperhémie au Doppler puissance ; d) IRM coupe sagittale T2 montrant l’hyper-
signal (tête de flèche) et l’épaississement du tendon patellaire (courtoisie Dr V. Vuillemin).
Fig. 2 : Homme de 46 ans, triathlonien, échographie illustrant une tendinopathie chronique de la pointe
de la patella très partielle : a) coupe longitudinale (*) ; b) coupe axiale ; c) avec enthésophyte (flèches) ;
d) sans hyperhémie au Doppler puissance (coll. H. Bard).
426
Les tendinopathies patellaires
Fig. 3 : Même cas, séquences IRM ; a) coupe sagittale T2 ; b) coupe sagittale T2 ; c) coupe axiale T2 ; contrairement au cas pré-
cédent, il n’y a d’épaississement patent du tendon.
Fig. 4 : Jeune femme de 21 ans ; tendinopathie patellaire distale sur séquelles d’Osgood-Schlatter avec bursite rétrotendineuse ; a,
b) échographie en coupe longitudinale et c) axiale avec hyperhémie au Doppler puissance ; d) IRM coupe sagittale T1 ; e) coupe
sagittale T2 ; f) coupe axiale T2 (courtoisie Dr V. Vuillemin).
427
Le tendon et son environnement
428
Les tendinopathies patellaires
Fig. 7 : Tendinopathie patellaire diffuse après pose d’une prothèse totale de genou avec suites douloureuses et raideur ayant né-
cessité une mobilisation sous AG ; échographie à 6 mois postopératoires, coupe longitudinale à gauche et axiale à droite, hyper
hémie au Doppler puissance (collection H. Bard).
429
Le tendon et son environnement
430
Les tendinopathies patellaires
placé en procubitus, test qui permet d’apprécier dysplasie. Le cliché de profil est le plus intéres-
surtout le degré de rétraction de l’appareil exten- sant, puisqu’il permet de visualiser la hauteur de
seur. La contraction résistée est potentialisée lors- la patella (alta ou baja), la longueur de la pointe de
que le tendon et le muscle sont en course externe la patella, un éventuel épaississement du tendon
(étiré), mais le test de flexion active du genou en patellaire, si la définition de l’imagerie est suffi-
appui monopodal est plus sensible. À la palpation, sante, l’existence de calcifications, voire de vérita-
qui terminera ces tests tendineux, on trouve une bles ostéomes, séquelles de maladie de croissance
douleur à la pointe de la patella, qu’il est parfois ou d’arrachement (Sinding-Larsen-Johansson à la
plus facile de mettre en évidence en appuyant sur pointe de la patella et Osgood-Schlatter sur la tu-
la base de la patella, pour permettre à la pointe de bérosité tibiale antérieure).
se soulever et ainsi de mieux la dégager. Le genou,
lors de cet examen, est en extension. La palpation L’échographie est un examen très performant
précise la localisation exacte de la douleur : pointe dans les tendinopathies superficielles qui permet,
de la patella, corps du tendon, insertion tibiale. Ce- en comparant facilement avec le côté opposé, de vi-
pendant, la palpation est un test modérément sen- sualiser les modifications de structure du tendon :
sible et peu spécifique [26]. Cette palpation peut épaississement, hypoechogénicité, perte de la struc-
trouver un épaississement, une encoche, un vérita- ture fibrillaire, fissures, calcifications, ossifications,
ble nodule, une bursopathie prétendineuse… fissures ou kystes intratendineux (fig. 8). Elle re-
cherche aussi la présence d’une hyperhémie intra-
Mais l’examen clinique ne s’arrête pas au dia- ou péritendineuse au Doppler puissance ou couleur
gnostic positif. Il s’attache à rechercher des fac- (fig. 1c) sur un tendon détendu et de bursites asso-
teurs favorisants en appréciant la morphologie et ciées (fig. 4a et 4 b). Elle est surtout intéressante
la statique des membres inférieurs, la présence de pour dépister des petites lésions proximales et sui-
rétractions myotendineuses, la mobilité du genou vre l’évolution (fig. 9), bien que l’on se basera da-
et des articulations sus et sous-jacentes et peut uti- vantage sur la clinique que sur l’aspect échographi-
liser chez les sportifs des tests fonctionnels com- que pour la reprise de l’activité, des lésions tendino-
me le “hop for distance”, le “6 m hop test” ou le siques pouvant persister sans symptômes cliniques.
“triple-hop distance” [27, 28].
L’imagerie par résonance magnétique est un
examen également performant, mais plus coûteux
Imagerie et d’accès moins facile. Elle est indiquée surtout
lorsque l’on recherche des lésions associées, no-
Elle est peu utile au diagnostic qui reste avant tamment intra-articulaires ou en cas de doute sur
tout clinique, même si la littérature récente est as- le caractère symptomatique d’une lésion tendino-
sez riche sur le sujet, motivée par le sport de haut sique en échographie, à la recherche d’une autre
niveau et le besoin de corrélations échographie- cause aux douleurs antérieures, chondropathie fé-
IRM [29-32]. moropatellaire, pathologie du tissu graisseux de
Hoffa par exemple où l’échographie est peu per-
La démarche d’imagerie comprend de manière formante. On recherche un hypersignal en T2 à
systématique des radiographies simples de bonne l’enthèse proximale (fig. 1d, 3) et à la face profon-
qualité, avec les trois incidences habituelles dont de du tendon, ainsi qu’un épaississement tendi-
le but est surtout d’éliminer des pathologies asso- neux qu’il faut distinguer d’un artéfact d’angle
ciées, de rechercher des calcifications, des anoma- magique. Un œdème osseux à l’enthèse peut être
lies osseuses de l’enthèse patellaire et tibiale, une associé, invisible en échographie (fig. 5).
431
Le tendon et son environnement
Fig. 9 : Tendinopathie patellaire proximale face profonde chez un homme de 41 ans après marathon ; a) échogra-
phie en coupe longitudinale en mode B et b) en mode Doppler puissance, c) coupe axiale ; d, e et f) mêmes coupes
6 mois plus tard avec réduction de l’hyperhémie, parallèlement à l’amélioration clinique (collection H. Bard).
432
Les tendinopathies patellaires
La question fondamentale qui a fait l’objet de douleur, l’amélioration en cours de saison suggé-
plusieurs publications est la signification des ima- rant une adaptation physiologique. Ces conclu-
ges échographiques chez les sujets asymptomati- sions vont à l’encontre de celles de Hirschmuller
ques et dans le suivi évolutif des tendinopathies et coll. [37] qui trouvent qu’une néovascularisa-
sous traitement respectivement dans un but pré- tion est un facteur de risque de tendinopathie
ventif ou pour juger des risques de rechute à la achilléenne chez des coureurs de longue distance
reprise de l’activité sportive. à un an (OR = 6,9, p < 0,001).
Pour ce qui concerne le dépistage de sujets à ris- En revanche, l’utilité de l’échographie dans le
que de développer une tendinopathie patellaire, suivi des traitements de la TP n’est pas prouvée
plusieurs études semblent démontrer que la pré- [32, 38, 39].
sence d’une zone hypoéchogène intratendineuse
est un facteur prédictif de tendinopathies sympto-
matiques, mais non la présence d’une hyperhémie Diagnostic différentiel
au Doppler puissance [33, 34]. Rappelons que cette
hyperhémie apparaît physiologiquement après un Le diagnostic différentiel est celui des autres
effort (voir le chapitre dédié à la vascularisation douleurs antérieures du genou, avec au premier
dans les tendinopathies mécaniques). Ceci est aus- plan les douleurs provenant de l’articulation fé-
si corroboré par une étude qui montre que la nor-
moro-patellaire, puis les bursites antérieures qui
malité des tendons en échographie prédit un faible
peuvent être prépatellaires, prétendineuses ou ré-
risque de survenue d’une tendinopathie patellaire
trotendineuses à l’insertion sur la TTA.
au cours de la saison chez des volleyeurs [35].
433
Le tendon et son environnement
Les infiltrations de dérivés cortisonés Les ondes de choc peuvent être proposées sur-
tout dans les formes corporéales [48]. En effet, la
Leur utilisation est très controversée. Leur nom- présence d’un œdème osseux ne semble pas une
bre doit toujours être limité. Ces infiltrations doi- bonne indication pour les ondes de choc qui peu-
vent être effectuées en péritendineux, au mieux vent elles-mêmes en provoquer.
échoguidées dans de rares cas, après information
et consentement du patient et s’accompagner d’un En dehors du classique traitement d’étirement
repos sportif complet dans les suites immédiates. des plans postérieurs et surtout antérieurs, avec
Il ne nous semble pas opportun de pratiquer de technique de contracté-relâché, une méthode ori-
telles infiltrations dans la TP, car le risque de rup- ginale a été développée par Stanish [49-51]. Il
ture tendineuse est important [41, 42] et des tra- s’agit d’un protocole de rééducation en excentri-
vaux expérimentaux confirment un effet délétère que effectué en chaîne fermée.
[43, 44]. Il faut cependant noter que des ruptures
tendineuses ont été décrites chez des patients in- Trois orientations existent dans ce traitement :
demnes de maladies systémiques ou de traitement • augmenter la longueur et l’élasticité de l’unité
par corticostéroïdes [45, 46]. muscle/tendon par des étirements ;
• augmenter progressivement la charge pour
faire progresser les limites de la résistance du
La kinésithérapie tendon ;
• travailler la vitesse de contraction et donc les
La kinésithérapie peut utiliser plusieurs tech- amortissements pour augmenter les possibili-
niques. tés de résistance aux contraintes sur le tendon.
La physiothérapie a surtout un but antalgique : La première phase insiste sur le travail à orien-
ultrasons, courant basse fréquence, ionisations, tation statique, c’est-à-dire à une musculation sans
laser… déplacement, que l’on effectue simplement de la
façon suivante : le patient fléchit les genoux pieds
Le massage transversal profond est un massage à plat, haut du corps vertical en débutant par une
puissant appliqué comme son nom l’indique trans- flexion à 30°. Cette position est maintenue quinze
434
Les tendinopathies patellaires
à trente secondes et répétée trois à cinq fois. Cha- qués après une séance d’échauffement et d’étire-
que jour la flexion est augmentée pour obtenir en ments et que le tendon soit glacé en fin d’activité.
fin de compte 45 à 60°. Ces exercices seront les
seuls à exécuter pendant la 1re, voire la seconde
semaine, en fonction de l’importance des phéno- Les injections de facteurs de croissance
mènes douloureux. Si les douleurs semblent se et autres traitements injectables
majorer, il faudra alléger le programme et recom-
mander au patient de se relever de cette position à En dehors des corticoïdes injectables, de nom-
la force des bras. breux produits ont été essayés dans le traitement
des tendinopathies, allant de l’aprotinine à l’acide
La seconde phase débute à la 3e semaine. Elle hyaluronique [54-57]. Mais ce sont les facteurs de
est composée d’exercices en course excentrique croissance qui tiennent actuellement la corde, en
que l’on effectue de la façon suivante : il s’agit attendant les cellules souches.
d’exercices dynamiques de flexion entre 10° et 45°
de flexion des genoux, comportant donc une des- L’injection de facteurs plaquettaires a été préco-
cente, puis “un relevé” du tronc en veillant à ne nisée pour le traitement des TP [58-61]. Bien que
pas avoir un arrêt brutal et en essayant d’amortir les études se multiplient, celles-ci sont rarement
le plus possible. Cet exercice est répété 3 fois par contrôlées, mêlant souvent plusieurs sites, avec
séries de 10. Il s’agira au début de flexions lentes, des protocoles non standardisés et des concentrés
puis de flexions intermédiaires, et le 6e et le 7e jour, plaquettaires de composition variable et il n’y a
de flexions rapides. Toute séance de travail sera pas de preuve scientifique dans la littérature per-
précédée d’exercices d’échauffement, de massage mettant de valider pour l’instant ce traitement en
et surtout d’étirements de l’appareil extenseur du plein essor [62, 63]. Les injections de sang autolo-
genou. Ces mêmes étirements seront répétés en gue n’ont plus d’intérêt selon de Vos [63].
fin de chaque exercice. Le glaçage du tendon dou-
loureux sera systématique en fin d’exercice.
La microsclérothérapie
Ces exercices excentriques ont été clairement
identifiés comme bénéfiques dans le contrôle de la Très en vogue dans les pays scandinaves, ce trai-
douleur tendineuse, tant pour le tendon patellaire tement peine à se développer ailleurs. Il s’agit de
que pour le tendon d’Achille [52]. En revanche, l’injection d’un produit sclérosant, le Polidocanol
ces exercices ne seraient pas bénéfiques en pré- dans les néovaisseaux intratendineux visualisés
vention chez des sportifs asymptomatiques ayant en écho-Doppler. Ce traitement fait l’objet d’un
un tendon anormal en échographie selon Fredberg chapitre. Il reste controversé [64-67].
et coll. [53].
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Le tendon et son environnement
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438
Anatomie, biomécanique,
pathologie du muscle poplité
439
Le tendon et son environnement
L’imagerie
440
Anatomie, biomécanique, pathologie du muscle poplité
441
Le tendon et son environnement
La biomécanique
L’échographie peut visualiser le tendon du po-
plité dans sa fossette, mais il devient ensuite pro- Le rôle principal du muscle poplité est la rota-
fond ainsi que le muscle, en arrière des gastrocné- tion interne du squelette jambier sous le fémur
miens. Pour l’étudier, il ne faut pas hésiter à choi- lorsque le membre inférieur est en décharge. Le
sir une sonde de fréquence inférieure pour abor- membre inférieur étant en charge, son action met
der la jonction myotendineuse et le muscle. L’IRM le fémur en rotation externe par rapport au sque-
reste le premier examen de routine, en particulier lette jambier. C’est aussi un fléchisseur du genou.
pour l’exploration d’un genou traumatique aigu Le muscle poplité est un stabilisateur actif très im-
[2, 3, 4, 5, 6]. portant du genou. Il contrôle le recul du tibia sous
le fémur. C’est un élément antivarisant et antirota-
tion externe quand le genou est en flexion, donc
Les anomalies anatomiques déverrouillé.
442
Anatomie, biomécanique, pathologie du muscle poplité
tion de l’articulation plutôt dans des larges mouve- rale du genou, Pasque et al. [13] ont pratiqué une
ments axiaux en résistant à la rotation externe et section sélective des ligaments sur le genou de ca-
l’extension de l’articulation. davre. Les auteurs analysent la rotation externe, le
varus et la translation du tibia en arrière, de 0° à
La section de toutes les structures postéro-exter- 120° de flexion dans des conditions définies de
nes, à l’exception du tendon du poplité et du PFL, charge. La section du PFL ne modifie pas ces diffé-
entraîne une augmentation de la translation posté- rents mouvements. La section du PFL et du tendon
rieure, du varus et de la rotation externe, minime du poplité produit une augmentation de seulement
[9]. La section de toutes les structures postéro-la- 5 à 6° de la rotation externe lors de la flexion de
térales donne lieu à une augmentation plus impor- 30° à 120°. Lorsque les autres ligaments sont sec-
tante de ces trois mouvements [10]. tionnés, l’effet du PFL semble négligeable. Les
études biomécaniques montrent que le muscle du
Pour étudier la stabilité de la partie postéro-laté- tendon poplité, le ligament latéral collatéral et la
capsule postérolatérale forment une entité. Aucu-
ne structure individuelle n’est le frein essentiel
L’application d’une rotation externe forcée, pour les mouvements étudiés. Une reconstruction
sur 6 genoux cadavériques, de 45 et 60 degrés chirurgicale doit donc s’adresser à toutes les struc-
sur un genou à 30° de flexion augmente de fa- tures postéro-latérales sous peine de garder une
çon significative la laxité articulaire du genou instabilité [13].
dans toutes les directions (P < .05). La dissec-
tion a montré que tous les ligaments croisés La lésion “isolée” postéro-latérale est exception-
postérieurs restent intacts. Par contre, les nelle (moins de 2 % des lésions ligamentaires du
LCM (ligament collatéral médial) et LCAE (li- genou). Elle nécessite une augmentation de la for-
gament croisé antéro-externe) présentent une ce du quadriceps pour contrôler la majoration de
rupture partielle ou complète. Les LCL ont été rotation externe du tibia [14].
arrachés dans tous les échantillons. Le tendon
poplité a été étiré dans un cas et complète-
ment déchiré dans un autre. Le PFL a été dé- La clinique
chiré dans 3 cas [11].
L’examen du tendon poplité n’est pas toujours
Le LCL et le complexe arqué sont les freins facile d’autant qu’il s’inscrit dans un contexte
primaires de la rotation externe. Le LCL traumatique majeur. La palpation retrouve l’inser-
contrôle la rotation externe surtout dans le tion du tendon sur le condyle latéral en avant et en
secteur de 0° à 30° de flexion. Le complexe po- bas de l’insertion du LCL. Le corps du tendon se
plité contrôle la rotation externe à tous les de- palpe en arrière du LCL, gros crayon tendu nette-
grés de flexion, mais surtout après 30° de ment identifiable, genou en position de tailleur. Il
flexion. Le LCP apparaît comme un frein de la se palpe également entre le tendon du biceps et la
rotation externe après faillite du PAPL. La ré- bandelette de Maissiat, genou à 60°, pied en rota-
sistance du LCL est de 33,5 newtons/mètre, tion externe. L’examen clinique débute par les
pratiquement identique au PFL avec 28,6 new- tests de mise en tension en rotation externe, varus
tons/mètre ; par contre le tendon du poplité forcé de jambe. La contraction isométrique s’ef-
est significativement plus raide, avec une ré- fectue en décubitus ventral genou fléchi à 40°, ro-
sistance de près de 83,7 newtons/mètre [12]. tation interne forcée. Ce test peut être effectué
debout, en position de fente avant, genou en
443
Le tendon et son environnement
La palpation déjà décrite peut être douloureuse. Sur le plan diagnostic, le ressaut situé au niveau
Les différents tests réveillent la douleur. Un auteur de la partie postéro-externe permet habituelle-
note des ostéophytes, qui peuvent être la cause ment, si on l’évoque, de poser le diagnostic, mais il
d’une douleur latérale [17, 18]. peut être confondu avec d’autres éléments [19].
En IRM, des anomalies de signal du tendon à Dans un autre cas rapporté chez une femme de
Fig. 8 : Tendinite du poplité (coupe IRM coronale en DP fat Fig. 9 : Coupe axiale en DPfat sat tendinite du poplité (flèche
sat). Le tendon poplité est épaissi et en hypersignal (flèche) courte). Le tendon est épaissi en hyper signal à la face pro-
à la face profonde du LCL. fonde du LCL (flèche longue).
444
Anatomie, biomécanique, pathologie du muscle poplité
25 ans, l’exploration chirurgicale a révélé que le che [25]. Un auteur rapporte les cas de rupture du
tendon du poplité sautait sur la partie latérale du tendon poplité chez 4 jeunes patients, d’âge moyen
condyle. L’excision de cette zone proéminente a de 17 ans (14 à 22), lors d’un mouvement de rota-
éliminé cette sensation de ressaut [20]. tion externe forcée, le genou en légère flexion [26].
Fig 10 : Coupe coronale en DPFAT SAT : désinsertion du Fig. 11 : Coupe sagittale en DPFATSAT. Lésion à la jonction
poplité. Le tendon du poplité est désinséré, la fossette est myotendineuse du poplité. Le muscle est désorganisé ainsi
vide. Le LCL est rompu. P : poplité. LCL : ligament colla- que la jonction myotendineuse.
téral latéral.
445
Le tendon et son environnement
téro-latérales sont rares, représentant 2 % des lé- ticulier la résonance magnétique pratiquée dans
sions ligamentaires du genou. la plupart des cas, permet une analyse précise de
ces structures, d’autant que des coupes descen-
dent suffisamment sur la jambe. Les douleurs
Conclusion chroniques postéro-externes peuvent relever
d’une souffrance chronique du tendon poplité,
Lors d’une entorse du genou, l’examen clini- en particulier chez les sportifs pratiquant la
que ne doit pas omettre l’étude du poplité au ni- course à pied.
veau du muscle et du tendon. L’imagerie, en par-
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447
Anatomie, pathologie et imagerie
du tendon distal du muscle
biceps fémoral distal
R. Guillin, P. Rochcongar
449
Le tendon et son environnement
Les fibres profondes du biceps fémoral distal bi- partition de ces différents contingents, décrite
furquent, 2 à 4 cm au-dessus de la tête de la fibula, comme variable dans la littérature, n’a toutefois
en un bras antérieur en direction du tibia proximal pas fait l’objet d’étude sur une large série. La seule
et un bras postérieur en direction du sommet de la variante parfois rapportée réside dans l’absence
tête de la fibula. Le bras antérieur converge avec de bras fibulaire, l’unique insertion tendineuse ré-
l’expansion profonde des fibres superficielles en sidant dans une volumineuse corde à destination
un tendon tibial de calibre variable, souvent grêle du tibia [4]. Une série personnelle de soixante-dix
et imperceptible, mais parfois en forme de corde genoux consécutifs indemnes de lésion du pivot
et nettement plus épais que le bras postérieur des- central nous a permis d’apprécier la présence et la
tiné à la tête de la fibula (fig. 1B). D’autres expan- proportion relative des deux bras distaux du bi-
sions tendineuses sont également rapportées en ceps distal, distinguant ainsi le caractère présent
direction du ligament collatéral latéral, des autres ou absent, minoritaire ou majoritaire de chacun
éléments du point d’angle postérolatéral et du d’entre eux. La présence de deux bras de taille
tractus iliotibial. égale était la plus fréquente (48 %), tandis qu’un
bras tibial ou fibulaire exclusif n’était trouvé, res-
Au total, il est important de retenir, concernant pectivement, que dans 4 et 11 % des cas. Comme
l’anatomie distale du biceps, la présence de fibres rapporté par Marshall, le bras tibial du biceps est
superficielles se perdant dans l’aponévrose jam- parfois difficile à distinguer du ligament tibiofibu-
bière antérieure, d’un bras tendineux antérieur laire antérieur et en particulier en cas de bifurca-
rejoignant le tibia proximal environ 1 cm en ar- tion basse des deux faisceaux du biceps distal [1].
rière du tubercule de Gerdy et d’un bras tendineux Brasseur et coll. a, à cet égard, proposé de diffé-
postérieur s’insérant sur la tête de la fibula. La ré- rencier la véritable bifurcation haute des bras fibu-
A B
Fig. 1 : Vue latérale d’un genou cadavérique gauche en flexion à 90°. Les fibres superficielles du biceps fémoral se répartissent
vers la tête fibulaire et le tibia proximal environ 1 cm en arrière du tubercule de Gerdy (A). Lorsque le contingent superficiel des
fibres superficielles à destination du tibia est récliné (à la pince) le contingent profond est observé, croisant la face profonde du
ligament collatéral latéral (LCL) (B).
450
Anatomie, pathologie et imagerie du tendon distal du muscle biceps fémoral distal
laire et tibial (en fait très rare et ne représentant même orientation verticale oblique vers l’avant, le
que 4 % des cas de sa série) de ce que nous consi- bas et le dehors, mais localisé un peu en surface, le
dérons comme une bifurcation basse et qu’il rap- muscle joue un rôle protecteur pour le nerf en l’ac-
porte sous le terme d’“expansions aponévrotiques compagnant presque jusqu’à son entrée sous l’ar-
horizontales”, présentes chez presque tous les su- cade du long fibulaire. En anatomie comme en
jets qu’il étudie [5]. Sous des termes différents, imagerie, leur franche proximité permet de dire
nos considérations se rejoignent donc sur une très que “quand on trouve le biceps, on trouve le nerf
grande majorité de points. et quand on trouve le nerf, on trouve le biceps”.
Dans une étude anatomique, Vieira suggère qu’un
Sur un plan anatomique, il serait enfin incom- tunnel graisseux étroit siégeant entre le biceps
plet de ne pas évoquer, en même temps que le bi- distal et le gastrocnémien médial, trouvé chez
ceps distal, la présence du nerf fibulaire commun 23 % de sujets sains, soit un possible siège plus
avec lequel il chemine conjointement sur le ver- proximal de compression que la classique arcade
sant postérolatéral du genou (fig. 2). Partageant la sus-citée [6]. La présence de ce tunnel relèverait
d’une extension trop distale et/ou postérieure de la
jonction myotendineuse du biceps [6].
451
Le tendon et son environnement
452
Anatomie, pathologie et imagerie du tendon distal du muscle biceps fémoral distal
genou en légère rotation médiale et l’impact anté- (fig. 3A). La rupture du ligament collatéral latéral
rieur sur un genou en flexion et rotation latérale doit être réparée chirurgicalement et en urgence,
[14]. La désinsertion du biceps et du ligament col- car l’instabilité postérolatérale qui en résulte sur le
latéral latéral peut intéresser leurs fibres distales long terme est nocive pour l’articulation [16]. De
ou entraîner l’avulsion d’un fragment osseux de la même, on sait que l’absence de réparation des élé-
tête fibulaire. Sa visualisation sur des radiogra- ments du point d’angle postérolatéral, incluant
phies est considérée comme hautement prédictive souvent le biceps fémoral, est une cause classique
de lésions graves du pivot central [15]. d’échec de plastie des ligaments croisés [17].
En IRM, la désinsertion du biceps fémoral se tra- En marge de ces graves accidents d’instabilité
duit par une interruption des fibres distales, de si- capsulo-ligamentaire, des désinsertions isolées du
gnal intermédiaire ou plus élevé. La rétraction du biceps fémoral distal sont exceptionnellement
moignon tendineux est le plus souvent limitée à rapportées. Paradoxalement et même si des trau-
quelques centimètres par la présence d’expan- matismes articulaires plus classiques en varus/hy-
sions tendineuses à destination des fascias de la perextension du genou sont parfois rapportés [18,
jambe, de façon comparable à ce que l’on observe 19], ces désinsertions isolées surviennent dans un
en cas de rupture du biceps brachial dont la rétrac- nombre non négligeable de cas au cours de gestes
tion au coude est limitée par le lacertus fibrosus simples tels que la course en ligne [7, 20] ou une
A B
Fig. 3 : Patient de 23 ans victime d’un traumatisme en varus/hyperextension du genou gauche il y a trois mois. Une vue
sagittale IRM en densité de proton fat sat centrée sur le versant latéral d’un genou montre une désinsertion négligée
de l’insertion commune du ligament collatéral latéral et du biceps fémoral. Les deux structures sont festonnées tandis
que la rétraction est faible (A). Dans le plan axial, une souffrance du nerf fibulaire commun est observée sous forme
d’un hypersignal T2 de ses fibres et d’une hypertrophie (B).
453
Le tendon et son environnement
simple passe en retrait au football [19]. Elle s’ex- Cas particulier de la désinsertion isolée
prime cliniquement par une sensation de coup de du bras tibial
fouet du versant postérolatéral du genou avec fos-
sette clinique à la palpation de l’insertion tendi- Cette entité, qui à notre connaissance n’est pas
neuse [7, 20]. L’imagerie confirme le caractère rapportée dans la littérature, est une cause poten-
isolé de la lésion (fig. 4A). Le traitement est chirur- tielle de douleur latérale aiguë ou chronique du
gical par suture ou réinsertion [7, 18-20]. genou siégeant sur l’insertion du bras tibial légè-
rement en arrière du tubercule de Gerdy. Dans no-
Pour terminer, il convient d’évoquer le risque de tre expérience, elle requiert un certain degré de
lésion concomitante du nerf fibulaire commun et rotation médiale du genou lors de la contraction
du tendon distal du biceps selon deux mécanismes du biceps fémoral. La prise d’appui lors d’un
distincts. Un hématome issu de la rupture du ten- smash au volley ou une chute en patin à glace as-
don peut, d’une part, comprimer le nerf et préco- sociant hyperflexion et rotation médiale du genou,
cement favoriser un pied tombant et des troubles pied bloqué par le patin, sont deux exemples que
sensitifs du territoire fibulaire (fig. 4B). Un trau- nous avons rencontrés. Du fait de la forte variabi-
matisme en varus et recurvatum du genou peut, lité de taille de ce faisceau et de son signal sponta-
d’autre part, favoriser dans le même temps une nément élevé en IRM, l’atteinte du bras tibial passe
désinsertion du biceps et une lésion par étirement aisément inaperçue sur cette modalité (fig. 5A).
du nerf fibulaire commun (fig. 3B).
454
Anatomie, pathologie et imagerie du tendon distal du muscle biceps fémoral distal
L’échographie permet en revanche, par l’analyse ou en plein corps et ne s’exprime que rarement
précise du point douloureux, d’affirmer que cette par une corde douloureuse sur le trajet tendineux.
structure est en cause dans les douleurs et d’en Longo suggère d’ailleurs, sur un plan clinique, que
détailler l’aspect par comparaison au côté contro- les symptômes de cette tendinopathie soient faci-
latéral (fig. 5B et 5C). Dans les formes chroniques, lement pris pour une souffrance d’autres éléments
une prise en charge chirurgicale apparaît perti- du versant latéral du genou (par exemple le ménis-
nente en cas d’échec du traitement médical bien que, le tractus iliotibial ou l’articulation tibiofibu-
conduit. laire proximale) ou pour une douleur projetée
d’origine rachidienne ou sacro-iliaque [21]. En
terme d’imagerie, l’aspect physiologique souvent
Pathologie chronique du trompeur du tendon rend difficile son interpréta-
biceps fémoral distal tion à l’égard de la souffrance tendineuse, expli-
quant peut-être la rareté des images de tendinopa-
Tendinopathie chronique thies disponibles dans la littérature [21]. A moins
d’un tableau franc d’hypertrophie tendineuse et de
La tendinopathie distale du biceps est une entité modification d’échostructure ou de signal du ten-
rare, méconnue des cliniciens et parallèlement don, le diagnostic par l’imagerie peut être difficile.
peu rapportée dans la littérature [21, 22]. On la Dans notre expérience, la présence d’une géode à
rencontre le plus fréquemment dans la pratique du l’enthèse nous semble représenter un signe relati-
cyclisme. Elle peut siéger à l’insertion sur la fibula vement spécifique de souffrance lorsqu’elle siège
455
Le tendon et son environnement
A B
Fig. 6 : Patient de 17 ans pratiquant la course de
haie et présentant une douleur bilatérale des in-
sertions bicipitales sur les têtes fibulaires. L’IRM
montre un hypersignal de l’enthèse du biceps
sur la fibula avec érosion osseuse réactionnelle
(A), retrouvée en scanner (B) et en échographie
(C). Au-delà de ce signe, l’échographie peine à
affirmer le diagnostic.
à l’insertion (fig. 6). Si la souffrance tendineuse ré- plication, d’autres anomalies morphologiques
pond le plus souvent bien au traitement conserva- contribuent au ressaut du bras fibulaire contre la
teur, l’option chirurgicale reste l’apanage du spor- tête de la fibula : une bifurcation trop distale des
tif de haut niveau, consistant en une libération des deux bras les mettant en tension [28] (fig. 8D) ;
adhérences en cas de tendinopathie simple ou un une insertion large et en éventail du bras fibulaire
peignage avec excision de zones de dégénérescen- ou une hypertrophie post-traumatique de ce der-
ce lorsqu’elles sont présentes [21]. nier [27, 29] (fig. 8E) ; une hypertrophie acquise
ou congénitale de la tête fibulaire [25, 26] (fig. 8F).
L’échographie dynamique permet, dans le même
Ressauts du biceps distal temps, de confirmer l’implication du biceps dans
le ressaut, mais aussi d’en définir le mécanisme
Avec le ressaut sur ménisque discoïde, c’est la précis, tâche utile au chirurgien dans le choix de
cause la plus classique de ressaut latéral du genou. sa technique opératoire [24]. La sonde doit être
Elle intéresse le plus souvent les hommes jeunes et fermement appliquée, dans le plan axial, sur l’apex
sportifs pratiquant la course, le vélo ou le football. de la tête fibulaire, aidée de la seconde main de
Le ressaut s’exprime en regard de la tête de la fi- l’opérateur, pendant que le patient reproduit ses
bula lors de mouvements de flexion/extension du ressauts. Le mouvement brutal d’un bras tendi-
genou autour de 90°. Divers mécanismes physio- neux par-dessus l’os et l’insertion du ligament col-
pathologiques ont été rapportés, impliquant tantôt latéral latéral permet de confirmer sa participation
le bras tibial [23, 24], tantôt le bras fibulaire [25- dans le ressaut (fig. 9A et 9B). Quand il est requis,
27], chacun réalisant un mouvement d’essuie-gla- le geste chirurgical consiste le plus souvent, selon
ce par-dessus la tête fibulaire et l’insertion du liga- le faisceau impliqué, en une désinsertion du bras
ment collatéral latéral (fig. 7). Si l’hypertrophie en tibial qui est réinséré sur la tête de la fibula tandis
forme de corde du bras tibial [24] (fig. 8B), bras que les ressauts du bras fibulaire bénéficient d’une
parfois exclusif (fig. 8C), explique souvent son im- simple plastie tendineuse [23, 25-29].
456
Anatomie, pathologie et imagerie du tendon distal du muscle biceps fémoral distal
Fig. 7 : Schémas montrant la cinétique d’un ressaut du biceps lié à son bras tibial, ce dernier passant brutalement par-dessus la
tête fibulaire lors de la flexion du genou.
Fig. 8 : Schémas des facteurs anatomiques favorisants le ressaut du biceps au genou, détaillés dans le texte.
Fig. 9 : Echographie dynamique dans le plan axial d’un ressaut du bras tibial du biceps fémoral (B) sur la tête de la fibula (F)
et l’insertion à ce niveau du ligament collatéral latéral (LCL). Alors qu’il est absent en flexion légère du genou (A), le bras tibial
coiffe la tête de la fibula en flexion du genou au-delà de 90 degrés (B).
457
Le tendon et son environnement
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458
Tendinopathies du semi-membraneux et
bursopathies de la face postéro-médiale
du genou
E. Cardinal, T. Moser
459
Le tendon et son environnement
460
Tendinopathies du semi-membraneux et bursopathies de la face postéro-médiale du genou
Fig. 2 : Le chef réfléchi du tendon semi-membraneux : sur les coupes IRM axiales DP (a), frontale DP (b) et sagittale T2 (c), le
chef réfléchi du tendon semi-membraneux (flèche) est identifié s’insérant sur le versant médial du tibia proximal. En niveau de
la courbure du tendon, le signal peut être hétérogène en raison de l’angle magique comme sur l’image axiale (a). Tête de flèche :
chef direct du tendon semi-membraneux.
En IRM (fig. 2), le genou est examiné en exten- Chef direct du semi-membraneux
sion et le chef réfléchi est visible sur les images
sagittales médiales comme une structure hypoin- Le chef direct s’insère au versant postéro-médial
tense décrivant une courbe à concavité antérieure du tibia proximal, au niveau d’une petite cavité
pour devenir parallèle au plateau tibial médial. Le glénoïde [9]. Une rotation des fibres du tendon
segment courbe du tendon peut présenter un si- semi-membraneux distal fait en sorte que les fi-
gnal plus intense en raison de l’effet d’angle magi- bres les plus antérieures du tendon contribuent
que. Dans le plan frontal, le tendon prend l’aspect majoritairement au chef direct et que les fibres
d’une structure hypointense ovalaire, située mé- plus postérieures contribuent principalement au
dialement au tibia proximal sous le ligament colla- chef réfléchi. En IRM, on peut observer au site de
téral médial. Le tendon réfléchi n’est pas évalué de séparation de ces deux chefs une zone graisseuse
manière optimale en coupes transversales, mais (signal hyperintense T1) ou fibrovasculaire (signal
peut être identifié sur les images successives. hyperintense en densité protonique et T2) qui ne
doit pas être confondue avec une tendinose ou une
En échographie, il faut examiner le tendon selon déchirure partielle (fig. 3).
son axe longitudinal pour obtenir l’aspect fibril-
laire échogène caractéristique en prenant bien
soin d’ajuster la position de la sonde au trajet Chef récurrent du semi-membraneux
courbe du tendon. En coupe transverse, le tendon
est légèrement ovalaire et hyperéchogène. Si la Le chef récurrent se dirige latéralement et
sonde n’est pas parfaitement perpendiculaire au proximalement pour fusionner avec la capsule
tendon, l’effet d’anisotropie peut mimer un kyste postérieure du genou et former le ligament po-
para-méniscal ou une bursite. plité oblique qui s’insère sur le condyle fémoral
461
Le tendon et son environnement
Fig. 3 : Le chef direct du tendon semi-membraneux : coupes IRM axiale DP (a), et sagittales T1
(b) et DP (c) du genou droit d’un patient de 31 ans démontrant le chef direct du tendon semi-
membraneux normal qui s’insère sur le versant postéro-médial du tibia proximal (flèches). Le
signal du tendon est relativement homogène et hypo intense sur toutes les séquences. (d) coupe
axiale T1 démontrant un signal graisseux hyper intense au niveau de la bifurcation entre les
chefs, réfléchi et direct du tendon semi-membraneux (flèche). Ce signal peut être occasionnelle-
ment intermédiaire sur les images T2 et ne doit pas être confondu avec une déchirure partielle.
462
Tendinopathies du semi-membraneux et bursopathies de la face postéro-médiale du genou
Fig. 4 : Le chef récurrent du tendon semi-membraneux : IRM du genou gauche avec coupe frontale T2 (a), sagittale (b) et axiale
(c) T1 démontrant un chef récurrent (flèches) quelque peu proéminent emerge tendon semi-membraneux (astérisque) pour s’in-
sérer plus latéralement et proximalement sur le condyle fémoral latéral.
Fig. 5 : Le chef poplité du tendon semi-membraneux : coupes IRM axiales DP successives de proximal à distal démontrant un
chef poplité proéminent (flèche) qui émerge du tendon semi-membraneux (astérisque) et s’insère plus distalement sur l’aponé-
vrose du muscle poplité (P). Un hypersignal est visible au pourtour du tendon secondaire à une fuite de liquide synovial d’un
kyste semi-membraneux- gastrocnémien.
463
Le tendon et son environnement
464
Tendinopathies du semi-membraneux et bursopathies de la face postéro-médiale du genou
Attache méniscale latérale du semi- mollet [19]. À l’examen physique, la douleur est
membraneux reproduite à la palpation du tendon sur la face
postéro-médiale du genou, 15 à 20 mm en dessous
Une attache inconstante du tendon semi-mem- de l’interligne fémoro-tibial. La rotation du genou
braneux sur le ménisque latéral a été rapportée fléchi à 90 degrés sur un patient en décubitus ven-
pour 43 % des genoux lors d’une étude cadavéri- tral reproduit la douleur sur la face postéro-mé-
que [17]. Comme pour le ménisque médial, la diale du genou. Occasionnellement, on peut pal-
contraction du semi-membraneux lors de la flexion per un gonflement des parties molles [10, 19].
du genou permet, grâce à cette attache, une ré-
traction de la corne postérieure du ménisque laté- La douleur peut être d’apparition aiguë (moins
ral qui la protège d’un écrasement entre les condy- de 2 semaines) ou chronique (plus de 6 semaines).
les fémoral et tibial. La tendinopathie aiguë peut être associée à un
spasme musculaire du semi-membraneux provo-
quant un pseudo-blocage en flexion du genou [10].
Pathologies et clinique La tendinopathie est souvent isolée chez l’athlète
et volontiers associée à un dérangement articulai-
Les pathologies du semi-membraneux distal in- re chez les patients plus âgés où le tendon jouerait
cluent la tendinose, la déchirure partielle, la déchi- un rôle compensatoire [18]. La tendinopathie
rure complète et la bursite. chronique affecte principalement les femmes dans
la cinquantaine [10, 19]. Il a été proposé que la
tendinopathie résulte d’un conflit avec le rebord
La tendinose du semi-membraneux osseux ou un ostéophyte au-dessus de l’enthèse
tibiale [10]. Il est également possible qu’un genu
La tendinose du semi-membraneux résulte de valgum plus important chez la femme entraîne un
microtraumatismes répétés et de phénomènes de stress chronique des structures postéro-médiales
dégénérescence [18]. À l’histologie, on observe une du genou dont le semi-membraneux. La tendino-
dégénérescence mucoïde du tendon avec nécrose pathie du semi-membraneux a été rapportée chez
fibrinoïde et discrète infiltration de cellules inflam- moins de 1 % des patientes avec une prothèse du
matoires [18]. Bien que rarement évoquée devant genou et répond bien à l’excision du tendon ré-
une douleur postéro-médiale du genou [10], la ten- fléchi [20]. Dans ce contexte, l’hypercorrection
dinose du semi-membraneux est probablement d’un genu varum lors de la mise en place de la
sous-estimée [19]. Le diagnostic différentiel d’une prothèse favorise la survenue d’une tendinopathie
douleur postéro-médiale du genou inclut la go- par l’intermédiaire d’une augmentation de la ten-
narthrose, une déchirure méniscale médiale, une sion du tendon semi-membraneux.
tendinopathie ou bursite de la patte-d’oie, une radi-
culopathie L4, ou encore une thrombose veineuse. Les radiographies sont habituellement norma-
les, mais de petits ostéophytes postérieurs pour-
La tendinose du semi-membraneux est révélée raient causer une friction avec le tendon lors de la
cliniquement par une douleur persistante du ver- flexion [10]. Le sillon infra-glénoïdien peut être
sant postéro-médial du genou, exacerbée pendant identifié sur les radiographies.
ou après l’exercice [18]. La douleur survient clas-
siquement lors de la descente des escaliers ou la Il y a peu de littérature sur la tendinose du semi-
flexion prononcée du genou [19]. Elle peut occa- membraneux en IRM, mais comme pour les autres
sionnellement irradier proximalement vers le tendons le diagnostic peut être établi avec confian-
corps musculaire ou encore distalement dans le ce lorsque le chef réfléchi et le chef direct isolé-
465
Le tendon et son environnement
ment ou en combinaison sont augmentés de volu- site (voir plus loin). La tendinose peut être accom-
me, hétérogènes avec un signal augmenté (fig. 7-9). pagnée d’une métaplasie graisseuse du muscle.
Lorsqu’elle est chronique, la tendinose distale du
semi-membraneux peut s’accompagner de modifi- À l’échographie, la tendinose du semi-membra-
neux se traduit par une hétérogénéité du tendon
cations osseuses sur le versant postéro-médial du
avec perte de sa structure fibrillaire, augmentation
tibia telles que des enthésophytes, des kystes in-
de volume et occasionnellement une bursite asso-
tra-osseux et de l’œdème. Occasionnellement, la
ciée (fig. 10). L’étude Doppler doit être effectuée
tendinose est accompagnée d’une séparation des sur un genou en légère flexion avec le muscle au
fibres tendineuses distales du chef direct, par de repos, car l’extension du genou met le tendon sous
petites formations liquidiennes ou kystiques, ces tension et peut entrainer un test faussement néga-
dernières pouvant être accompagnées d’une bur- tif en supprimant le signal vasculaire (fig. 11).
Fig. 8 : Tendinose du semi-membraneux et réactions osseuses tibiales : (a) radiographie genou gauche de profil démontrant un
enthésophyte au site d’attache distal du tendon semi-membraneux sur le versant postéro-médial de l’épiphyse tibiale proximale
(flèche). (b) Coupe IRM T2 axiale du même genou démontrant un signal hétérogène du tendon semi-membraneux distal (flèche
courbe) avec l’enthésophyte (flèche) à son insertion distale sur le versant postéro-médial du tibia. (c) le genou droit de la même
patiente présente également des signes de tendinose du semi-membraneux avec enthésophyte et modifications osseuses kysti-
ques (flèche) au site d’attache distal du tendon sur le tibia.
466
Tendinopathies du semi-membraneux et bursopathies de la face postéro-médiale du genou
Fig. 9 : Tendinose du chef réfléchi du semi-membraneux chez un tennisman de 31 ans : IRM du genou gau-
che avec coupes axiales (a) et frontale (b) en DP démontrant un chef réfléchi du semi-membraneux (flèche)
qui est hyperintense et augmenté de volume. Une légère bursite accompagne le tendinopathie manifestée
par une petite quantité de liquide autour du tendon (tête de flèche).
Fig. 10 : Tendinose du chef réfléchi du semi-membraneux chez un tennisman de 31 ans : coupes échographiques lon-
gitudinale (a) et frontale (b) du genou gauche démontrant un chef réfléchi du tendon semi-membraneux augmenté de
volume, hétérogène avec perte de son aspect fibrillaire (astérisque) et accompagné d’une bursite (flèche). Les coupes
échographiques longitudinale et frontale du genou droit normal documentent un aspect hyperéchogène fibrillaire nor-
mal du chef réfléchi du tendon semi-membraneux (astérisque). La partie distale du tendon a un aspect hypoéchogène
(flèche courbe) à son attache sur le tibia sur la coupe longitudinale (c) en raison de son trajet courbe et de l’anisotro-
pie. La coupe frontale (d) démontre bien toutefois l’aspect hyperéchogène normal de cette partie distale du tendon.
467
Le tendon et son environnement
Fig. 11 : Tendinose du chef réfléchi du semi-membraneux chez un tennisman de 31 ans : coupes échographiques longitudinales
du genou gauche alors que le patient est placé en décubitus ventral sur la table d’examen. Une vascularisation accrue anormale
est démontrée à l’étude Doppler de puissance (a) au niveau du chef réfléchi du tendon semi-membraneux lorsque le genou est lé-
gèrement fléchi et que le muscle semi-membraneux est au repos. Par contre, le signal Doppler est entièrement supprimé lorsque
le genou est remis en extension (b) et que le tendon semi-membraneux est sous tension.
Les déchirures partielles du semi- rotatoire antéro-médiale (AMRI) [12]. Une déchi-
membraneux rure partielle du semi-membraneux doit être sus-
pectée lorsqu’un signal hyperintense est identifié
Des déchirures partielles impliquant principale- au niveau du semi-membraneux distal dans un
ment l’attache capsulaire du tendon ont été décri- contexte traumatique récent (fig. 12).
tes dans 70 % des genoux opérés pour instabilité
Fig. 12 : Déchirure partielle du tendon semi-membraneux (chef direct) chez un homme de 29 ans : coupes IRM sagittales T2 (a)
démontrant chez une déchirure aiguë du ligament croisé antérieur (flèches vides). Coupes axiales (b) et sagittales (c) DP qui
démontrent une petite déchirure partielle du tendon distal avec signal hyperintense (flèches) et aspect effiloché des fibres sur
l’image sagittale.
468
Tendinopathies du semi-membraneux et bursopathies de la face postéro-médiale du genou
Fig. 13 : Déchirure complète du chef réfléchi du tendon semi-membraneux du genou droit chez un homme de 46
ans : IRM avec coupes sagittales T1 (a) et DP (b) ainsi que des coupes axiales DP de proximal à distal (c, d, e) dé-
montrant le chef réfléchi du tendon semi-membraneux qui est hétérogène, hyperintense en T2, augmenté de volume
et rétracté (*) de part et d’autre d’une déchirure (flèche) avec un œdème hyperintense au pourtour (flèches vides).
469
Le tendon et son environnement
En IRM, les bursites se présentent avec un si- terligne articulaire fémoro-tibial alors que la bour-
gnal liquidien hypointense T1 et hyperintense T2. se du semi-membraneux est plus distale (fig. 14).
Le signal est généralement homogène, mais on Elle peut communiquer par un pertuis avec la
peut à l’occasion observer des septations et des bourse commune du semi-membraneux et du gas-
foyers d’épaississement synovial parfois nodulai- trocnémien médial [14].
res. Une paroi épaissie ou un signal interne plus
hétérogène suggèrent la chronicité de la bursite
[24]. En échographie, la bursite apparaît habituel- Bourse commune du semi-membraneux
lement anéchogène, mais peut occasionnellement et du gastrocnémien médial
comporter de petits échos internes. Le contenu li-
quidien peut être aisément compressible et il est Cette bourse est constituée d’une paroi fibreuse
important de ne pas appliquer une pression trop tapissée d’une membrane synoviale et se trouve
forte avec la sonde, au risque de comprimer com- en continuité avec l’articulation du genou avec la-
plètement la bourse et manquer le diagnostic de quelle elle communique par une fente sur le ver-
bursite. Occasionnellement, la bursite présentera sant postéro-médial du genou, entre les tendons
des cloisons fibreuses hyperéchogènes et des du semi-membraneux et du gastrocnémien médial
foyers d’épaississement synovial quelquefois no- [26]. La communication avec l’articulation du ge-
dulaires d’échogénicité variable. Le contenu de la nou est observée dans 50 % des cadavres et peut
bourse peut être plus épais, mettre la bourse sous agir comme une valve unidirectionnelle favorisant
tension et se présenter cliniquement comme une l’accumulation de liquide articulaire dans la bour-
masse ferme, mimant une lésion solide [25]. Le se [27]. Lorsque la bourse est distendue par du li-
diagnostic plus spécifique d’une bursite dépendra quide, elle peut se présenter cliniquement comme
ensuite de la localisation anatomique précise et de une masse palpable au versant postéro-médial du
la morphologie de la bourse. genou tel qu’initialement rapporté par Baker en
1877 [28]. Cette formation est décrite comme un
kyste poplité ou kyste de Baker dans la littérature
Bourse du gastrocnémien médial anglo-saxonne et correspond spécifiquement à la
distension de la bourse commune du semi-mem-
La bourse du gastrocnémien médial est située braneux et du gastrocnémien médial par du liqui-
entre le tendon gastrocnémien médial et la capsu- de synovial. Chez l’adulte, le kyste poplité est as-
le postérieure du genou. Elle est proximale à l’in- socié dans 98 % des cas à un dérangement intra-
470
Tendinopathies du semi-membraneux et bursopathies de la face postéro-médiale du genou
471
Le tendon et son environnement
Fig. 16 : Bursite du semi-membraneux : coupes IRM T2 axiale (a), sagittale (b) et frontale (c) qui démontrent une accumulation
de liquide dans la bourse du semi-membraneux-ligament collatéral médial (astérisque) au pour tour du tendon semi-membra-
neux (flèche). La bursite a une forme en “C” inversé sur les images sagittales et en “U” inversée sur les coupes frontale (c).
472
Tendinopathies du semi-membraneux et bursopathies de la face postéro-médiale du genou
Fig. 17 : Déchirure de la face profonde du ligament collatéral médial (le ligament ménisco-fémoral) mimant une bursite
du ligament collatéral médial : coupe IRM T2 axiale (a) chez une femme de 38 ans qui démontre une petite quantité
de liquide (flèche droite) entre les deux composantes du ligament collatéral médial pouvant ressembler à une bursite.
Coupe IRM T2 frontale (b) qui documente une déchirure proximale du ligament ménisco-fémoral (flèche courbe).
Fig. 18 : Déchirure face profonde du ligament collatéral médial : arthroscanner du genou droit avec reformatage frontal
(a) et coupe axiale (b) qui documente le passage de produit de contraste (flèche) entre les composante superficielle et
profonde du ligament collatéral médial secondaire à une déchirure de la face profonde (le ligament ménisco-fémoral)
(astérisque).
473
Le tendon et son environnement
gée verticalement et située entre les portions su- Le diagnostic de bursite de la patte-d’oie a été
perficielles et profondes du ligament collatéral évoqué pour la première fois en 1937 par Mosch-
médial [13, 37]. La bursite du ligament collatéral cowitz [40]. La bursite de la patte-d’oie est volon-
médial répond généralement bien au traitement tiers chronique chez des femmes d’âge moyen ou
conservateur et le soulagement de la douleur après avancé avec une surcharge pondérale et souvent
injection de stéroïdes a été proposé comme critère une gonarthrose. Elle peut aussi survenir de ma-
diagnostique [38]. Cette injection peut être facile- nière aiguë dans une population jeune et active
ment pratiquée sous guidage échographique. [44]. Elle se présente classiquement par une dou-
leur avec gonflement au versant médial et proxi-
mal de la jambe [41-43]. La douleur est typique-
Bourse de la patte-d’oie ment exacerbée en montant et descendant les es-
caliers [40]. Occasionnellement, la douleur est
La patte-d’oie correspond à un tendon conjoint plus vague et peut mimer une pathologie articu-
formé de la partie distale du sartorius, du gracilis laire ou du ligament collatéral médial.
et du semi-tendineux s’insérant à la face antéro-
médiale du tibia proximal, environ 5-6 cm distale- En imagerie, la bursite de la patte-d’oie se pré-
ment à l’interligne articulaire fémoro-tibial. Le sente comme une collection liquidienne ovalaire
terme de patte-d’oie (pes anserinus) provient de située en profondeur des tendons de la patte-d’oie
l’aspect du tendon conjoint qui rappelle la patte avec parfois des digitations entre les différents
palmée de l’oie. La bourse ansérine est située entre tendons (fig. 19 et 20) [44]. L’IRM permet égale-
les tendons de la patte-d’oie et le tibia tapissé par ment d’évaluer le ligament collatéral médial et le
la partie distale du ligament collatéral médial. ménisque médial et d’exclure l’extension atypique
Lorsque la bourse est occupée par une quantité d’un kyste synovial ou paraméniscal. Une disten-
anormale de liquide, elle se distend proximalement sion liquidienne de la bourse de la patte-d’oie par
et postérieurement [39]. La bourse de la patte-d’oie du liquide a été rapportée dans 5 % des genoux
ne communique pas avec l’articulation du genou. asymptomatiques [45].
Fig. 19 : Bursite de la patte-d’oie : coupe échographique coronale médiale (a) démontrant une collection liquidienne (astérisque)
médialement au tibia proximal (T) en profondeur des tendons de la patte-d’oie. Sur la coupe transverse (b), la bourse distendue
forme des interdigitations (astérisque) entre les tendons de la patte-d’oie. F : fémur.
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Tendinopathies du semi-membraneux et bursopathies de la face postéro-médiale du genou
Fig. 20 : Bursite de la patte-d’oie : coupe IRM frontale T2 (a) démontrant une collection liquidienne (astérisque) hyperintense
et hétérogène sur le versant médial du tibia proximal, superficielle au ligament collatéral médial hypointense (flèche). Sur les
coupes IRM axiales T2 à la hauteur du tibia proximal (b) et une, peu plus distale (c), la bursite est identifiée en profondeur des
tendons de la patte-d’oie avec des interdigitations entre les tendons : s : tendon sartorius ; g : tendon gracilis ; st : tendon semi-
tendineux.
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