Clin d’œil étymologique
À propos du quartz
Les noms quartz en français et en anglais, cuarzo en Le compagnon étymologique du silicium,
espagnol, sont empruntés à l’allemand Quarz, de même l’aluminium
sens, attesté au XIVe siècle dans les régions minières La silice et l’alumine sont les deux constituants principaux
d’Allemagne. Quarz est sans doute une déformation de Querg, de la croûte terrestre, souvent sous forme d’aluminosilicates,
variante ancienne de Zwerg, « nain », en référence au lutin de d’où le nom de sial (Si + Al) parfois donné à cette partie
la mythologie germanique qui hantait de la Terre. Il se trouve que les étymologies de silicium et
les mines souterraines, le Kobold… aluminium ont des analogies :
dont le nom a été donné au cobalt, et - silicium remonte au nom du silex, aluminium remonte au
indirectement au nickel (cf. L’Act. nom d’un autre minéral exploité depuis l’Antiquité, l’alun,
Chim. n° 386, juin 2014, à propos du en latin alumen, aluminis, dont le constituant principal est le
nickel), ainsi probablement qu’au sulfate d’aluminium ;
quartz, l’un des plus beaux minéraux - c’est dans la Nomenclature de 1787 qu’apparaît le terme
Le quartz, ou cristal de roche, est
que trouvaient les mineurs. L’autre silice, et qu’est mentionné aussi le nom de l’alumine, identi-
constitué de silice (SiO ) cristallisée. nom du quartz est cristal de roche.
2 fiée, comme l’était la silice, à l’oxyde d’un nouvel élément ;
- enfin en 1808, Davy propose à la fois les noms silicium et
De l’eau gelée en glace… à la galerie des glaces !
alumium, puis très vite aluminium, adopté dans quasiment
L’expression cristal de roche remonte à l’Antiquité puisque toutes les langues, même en anglais, s’agissant cette fois
Pline l’Ancien appelait déjà ce minéral crystallus, nom qui sans conteste d’un métal.
désignait aussi la glace (l’eau gelée). Crystallus est lui-même Autre point commun entre ces deux éléments, leur impor-
un emprunt au grec krustallos, d’abord le nom de la glace, du tance technologique : l’aluminium dans la construction des
grec kruos, « froid » (cf. l’élément cryo- en français), puis par avions, le silicium dans le photovoltaïque et surtout dans
métaphore le nom du cristal de roche. L’évolution sémantique les semi-conducteurs du monde de l’informatique, comme
a donc été : la glace, puis le cristal de roche qui lui ressemble, en témoigne le nom de la Silicon Valley.
puis, au-delà du quartz, tout cristal en minéralogie. Ensuite,
on a nommé cristal le verre au plomb, qui a la transparence Un peu de latin-fiction dans l’épilogue
et l’éclat des plus beaux cristaux. L’expression in silico est apparue vers 1990 dans des publi-
Le quartz se nommait aussi terre vitrifiable, car il servait cations en anglais, pour qualifier un résultat de biologie
depuis l’Antiquité à fabriquer le verre (en latin vitrum), et plus obtenu par modélisation numérique, c’est-à-dire « dans le
tard les vitres et les miroirs, et un grand miroir s’appelle… silicium », et non pas in vivo, « dans le vivant », ou in vitro,
une glace (comme par effet miroir !). « dans le verre (des éprouvettes ou boîtes de Petri) ». In vivo
et in vitro, c’est bien du latin, vivo et vitro étant des formes
Du quartz au silicium
(l’ablatif) de vivum et vitrum, mais in silico est un néologis-
Dans la Nomenclature chimique de 1787, les auteurs déci- me, plutôt surprenant pour un francophone qui dériverait
dent de « substituer la silice au quartz, à la terre vitri- plus logiquement in silicio de silicium considéré comme du
fiable, en laissant le mot silex en possession de représen- latin. Un anglophone au contraire, pour qui le silicium se dit
ter l’espèce déjà très composée dont on fait les pierres à silicon, pourrait penser à un latin silico, -onis (comme l’an-
fusil. » Ce texte crée donc le mot silice à partir de silex, glais carbon est formé sur le latin carbo, -onis), mais alors
silicis, le nom latin du silex. On savait en effet que le l’expression latine serait in silicone, qu’il ne faudrait pas
quartz était la forme la plus pure et la mieux cristallisée prendre pour « dans le silicone »…
de l’oxyde d’un nouvel élément, cet oxyde composant En définitive, il faut supposer
l’essentiel du silex. un latin scientifique silicum,
Ce nouvel élément n’a été obtenu qu’en 1824 par Berzelius, « silicium » : l’expression in
et il faut attendre les années 1830 pour que la formule chi- silico se construit alors logi-
mique correcte, SiO2, soit établie pour la silice, d’après quement, comme in vitro
laquelle le chimiste anglais H. Davy avait proposé en 1808 sur le latin vitrum, « verre »
le nom silicium, avec la désinence -ium d’un métal. Ce nom (où l’on trouve déjà, ironie
a été adopté dans la plupart des langues, mais pas en anglais de la chimie, beaucoup de
où, à l’instigation d’un autre chimiste anglais, Th. Thomson, silicium !).
on a préféré le nom silicon, le silicium n’étant en effet pas Les études dites in silico sont réalisées sur ordinateur, dont les composants
un métal mais un métalloïde. De ce fait, il ne faudra pas actifs sont à base de silicium.
confondre en anglais silicon et silicone (cf. tableau).
Pierre Avenas a été directeur de la R & D
dans l’industrie chimique.
Courriel : [Link]@[Link]
4 l’actualité chimique - octobre-novembre 2017 - n° 422-423