AMDEC : Définition et Etapes d’implémentation
(+Exemples)
L’AMDEC est une méthode d’analyse des modes de
défaillances, de leurs effets et de leurs criticités.
Elle aide à identifier tout ce qui ne pourrait pas fonctionner
au sein de l’entreprise et donc, par effet de ricochet, à éliminer
toutes les causes probables de défaillances pouvant survenir.
Nous verrons dans cet article la définition de l’AMDEC, son utilité en entreprise, et
ses différents types.
Je vous expliquerai ensuite comment l’implémenter en 5 étapes.
Sommaire
Définition AMDEC
Origine AMDEC
L'AMDEC répond aux exigences de la norme ISO
Objectifs de la méthodologie AMDEC
Qu’entend-on par défaillance ?
Différents types d'AMDEC
Quel intérêt pour l'entreprise d’adopter cette méthode ?
5 étapes pour implémenter la méthode AMDEC
Conclusion
Définition AMDEC
L’entreprise est un système constitué d’un ensemble d’acteurs
internes et externes qui sont en interrelation. Son objectif est la
satisfaction de tous ces acteurs.
Pour ce faire, l’entreprise doit organiser ses activités en mode
processus pour plus d’efficacité.
Cela suppose qu’on identifie et qu'on élimine toutes les causes
probables de défaillances qui peuvent survenir.
C’est là où intervient l’AMDEC : une méthode prédictive qui aide à
identifier les anomalies et dysfonctionnements pouvant mener à
un échec.
En identifiant les éventuelles défaillances et en évaluant leurs
conséquences et leur criticité, l'outil AMDEC permet de mettre en
place des actions préventives visant à éviter ou réduire les
risques de défaillance.
Cette démarche est en adéquation avec l'objectif de la politique
qualité, qui vise à assurer la fourniture de produits ou services
exempts de défauts et de qualité optimale.
Origine AMDEC
Créée en 1966 aux États Unis par la société Mc DONNEL
DOUGLASS, le processus AMDEC consistait à dresser la liste des
composants d’un produit et à cumuler les informations sur les
modes de défaillance, leur fréquence, et leurs conséquences.
La méthode a été mise au point par la NASA et le secteur de
l’armement pour évaluer l’efficacité de leur système.
La méthode a fait ses preuves dans le secteur industriel, secteur
dans lequel la fiabilité et la sécurité du produit, ou des procédés
ou des processus sont de rigueur.
Ainsi, on retrouvait cette méthode dans le secteur spatiale,
armement, mécanique, et bien d'autres.
L'AMDEC répond aux exigences de la norme ISO
Comme nous venons de le voir, l’AMDEC est une méthode de
prévention qui devrait être adoptée par toutes les entreprises qui
cherchent l’efficacité.
Or ce n’est pas toujours le cas.
Et cela se traduit dans la version 2008 de la norme ISO 9001,
l’approche préventive était très peu utilisée.
Lors des audits, c’est plutôt la mise en œuvre des actions
curatives et correctives qui était plus comprise par l’entreprise.
La norme ISO 9001: 2015 nécessite l’engagement d’une approche
systématique pour l'identification des risques, leur prise en
compte et leur maitrise tout au long de la mise en œuvre du
SMQ et des processus de conception et de réalisation.
Découvrez ici comment utiliser la matrice des risques pour
identifier et analyser les risques.
C’est une approche qui se doit d’être proactive.
La norme ISO 9001 version 2008 était plus dans une approche
réactive et moins dans la détection précoce et la prévention des
effets indésirables.
Les approches comme l’assurance qualité, les contrôles
statistiques des procédés ont montré leur limites pour résoudre,
prévenir et éviter l’apparition des problèmes dans les processus
de l’entreprise.
À titre d’exemple, on s’interroge toujours sur la fiabilité d’une
machine, quels sont les problèmes qu'on peut rencontrer sur une
machine, un procédé.
La solution consiste à mettre en place des méthodes de
maintenance. L’une de ces méthodes est l'AMDEC.
C'est parfaitement justifié lorsque aucun historique concernant
l'installation n'est disponible (en particulier pour les machines
neuves ou de conception récente).
Il faut alors pouvoir prédire les pannes susceptibles d'affecter le
fonctionnement de la machine.
L’AMDEC est donc essentiellement une « méthode inductive qui permet de réaliser
une analyse qualitative et quantitative de la fiabilité ou de la sécurité d’un système
» selon l’Association Française de Normalisation ».
Objectifs de la méthodologie AMDEC
Dans le cadre de la démarche qualité, la méthode AMDEC, qui
signifie Analyse des Modes de Défaillance, de leurs Effets et de
leur Criticité, joue un rôle clé.
Elle consiste à :
Identifier les causes et les effets de l'échec potentiel d'un
procédé ou d'un moyen de production
Identifier les actions pouvant éliminer (ou du moins réduire)
l'échec potentiel
Elle consiste à imaginer les dysfonctionnements menant à l'échec avant même que
ceux-ci ne se produisent.
C'est donc essentiellement une méthode prédictive.
Qu’entend-on par défaillance ?
Il s’agit d’un produit ou un ensemble qui :
Ne fonctionne pas
Ne fonctionne pas au démarrage, ou au moment prévu, ou ne
s’arrête pas au moment prévu
Ne respecte pas les spécifications requises
Ou que les performances attendues ne sont pas obtenues.
Différents types d'AMDEC
Sans aller en profondeur dans chacune de ses notions, il faut juste noter qu’il existe
plusieurs types d'AMDEC, dont les suivants :
1) Procédé
On identifie les défaillances du procédé de fabrication dont les effets agissent
directement sur la qualité du produit fabriqué (les pannes ne sont pas prises en
compte).
2) Moyen
On identifie les défaillances du moyen de production dont les effets agissent
directement sur la productivité de l'entreprise.
Il s'agit donc de l'analyse des pannes et de l'optimisation de la maintenance.
3) Sécurité
Ce type d'AMDEC a pour but de réduire les risques liés à l'utilisation d'un moyen
de production.
4) Conception
Elle est réalisée au cours de la conception d'un outil de production.
5) Produit
Elle analyse l'impact des défaillances d'un produit sur l'utilisation qu'en fait un
client.
6) Organisation
Elle s’applique aux différents niveaux d’un système.
Elle englobe le système de gestion, le système d’information, le système de
production, le marketing, les RH, les finances et tous les niveaux de l’organisme.
Quel intérêt pour l'entreprise d’adopter cette
méthode ?
Au sein d'une entreprise, l'utilisation de l'AMDEC se traduit par :
Une production optimisée, le bon produit du premier coup
Une amélioration permanente des moyens de production afin de
limiter les défaillances
Une amélioration constante de l'organisation
La fixation d'un seuil de qualité à obtenir, et la mise en place
des moyens pour y parvenir
Une analyse de chacun des défauts de production
La rédaction de recommandations en cas de défaillances
5 étapes pour implémenter la méthode AMDEC
La méthode relève de 2 aspects : un aspect qualitatif et un aspect quantitatif.
Pour l’aspect qualitatif
Il s’agit de collecter les défaillances potentielles des processus, de rechercher et
d’identifier les causes et de connaître les conséquences éventuelles sur le client,
l’utilisateur ainsi que sur l’environnement.
L’aspect quantitatif
Elle consiste à mesurer le risque associé à cette défaillance.
Le but recherché est la hiérarchisation des défaillances.
Ceci permettra de connaitre le niveau de gravité et l’impact que cela pourrait avoir
sur le client, l’utilisateur ou sur l’environnement interne ou externe.
Cela a pour objectif, d’identifier également des actions mesurées au regard de
l’impact potentiel de la défaillance.
Voyons ci-après les phases pour implémenter la méthodologie AMDEC :
Constituer un groupe de travail
Faire une analyse fonctionnelle du procédé (ou de la machine)
Faire l'analyse des défaillances potentielles
Évaluer ces défaillances et déterminer leur criticité
Définir et planifier des actions
1) Constituer un groupe de travail
La méthode AMDEC étant une méthode prédictive, elle repose fortement sur
l'expérience.
Il est donc nécessaire de faire appel à des expériences d'horizons divers afin de
neutraliser l'aspect subjectif des analyses.
Ce groupe, est composé de 4 à 8 individus issus de divers services de l'entreprise :
service production
service maintenance
service qualité
service méthodes
Un des critères pour la constitution du groupe est une expérience significative.
De plus, l'une des personnes du groupe occupe la fonction d'animateur.
Elle a pour rôle de conduire et d'orienter les débats, de veiller au respect des limites
du sujet, de désigner la personne qui doit trancher en cas de litige, de rédiger
l'AMDEC et de planifier les réunions.
Cette personne ne connaît pas forcément l'objet de l'analyse et il est même
préférable qu'elle ne le connaisse pas pour introduire une certaine objectivité dans
le déroulement – et elle est souvent extérieure à l'entreprise (consultant).
Même si d'apparence, l'AMDEC ressemble à une discussion où s'opposent des
points de vue différents, elle n'en reste pas moins une méthode empreinte d'une
certaine rigueur et devant déboucher sur des actions très concrètes.
Parmi les critères d’efficacité de la méthode :
Une expérience significative
Discipline : effort de présence
Efficacité
À noter le rôle de coordonnateur ou de facilitateur que tient le responsable
qualité de l’entreprise.
2) Faire une analyse fonctionnelle du procédé
Le système dont on étudie les défaillances doit d'abord être "décortiqué" :
A quoi sert-il ? : chaque fonction répond à cette question : Ex :
un avion vole
Quelles fonctions doit-il remplir ?
Comment fonctionne-t-il ?
L'analyse fonctionnelle doit répondre à ces questions, de façon rigoureuse.
Le système doit être analysé sous les aspects suivants :
Externes : relations avec le milieu extérieur (qu'est ce qui
rentre, qu'est ce qui sort)
Internes : analyse des flux et des activités au sein du procédé
ou de la machine
Il existe différentes techniques d'analyse fonctionnelle qui sont citées.
Quels outils d'analyse fonctionnelle ?
L'analyse descendante : Tout problème peut être décomposé en
sous-problèmes plus simples : on résout plusieurs petits
problèmes plutôt qu'un gros problème. Voici un schéma pour
illustrer :
la méthode de la pieuvre
les diagrammes de flux
l'arborescence
le diagramme processus : cette méthode est utilisée pour
décrire la structure séquentielle d'un procédé. Voici un schéma
pour illustrer :
l’influence de l'environnement sur le procédé
3) Faire l'analyse des défaillances potentielles
Cette analyse se fait sur deux plans :
L'analyse qualitative
et l'analyse quantitative
3.1) Analyse qualitative
Celle-ci consiste à identifier toutes les défaillances possibles, à
déterminer les modes de défaillances, à identifier les effets de
chaque défaillance, à analyser et trouver les causes possibles et
les causes probables des défaillances potentielles.
Pour réaliser cet objectif, on s’appuie sur l’analyse fonctionnelle.
À partir des fonctions définies, on cherche directement les
défaillances potentielles.
Ainsi, l’analyse fonctionnelle aide à trouver les causes en amont
et en aval, les effets de chaque mode de défaillance.
3.2) Analyse quantitative
Il s’agit d’une estimation de l’indice de gravité du Trio « Cause - mode - effet » de
la défaillance potentielle étudiée selon certains critères.
Plusieurs critères peuvent être utilisés pour déterminer cet indice.
Souvent, dans la pratique, on considère qu’une défaillance est d’autant plus
importante si :
Ses conséquences sont graves
Elle se produit souvent
Elle se produit et on risque de ne pas la détecter
Cause
Mode de défaillance
Effet
Cette analyse concerne la fonction. Elle exprime de quelle manière cette fonction
ne fait plus ce qu'elle était censée faire.
L'analyse fonctionnelle recense les fonctions, et l'AMDEC envisage pour chacune
d'entre-elles sa façon (ou ses façons, car il peut y en avoir plusieurs) de ne plus se
comporter correctement.
A. La cause
C'est l'anomalie qui conduit au mode de défaillance
La défaillance est un écart par rapport à la norme de
fonctionnement
Les causes trouvent leurs sources dans 5 grandes familles. On
en fait l'inventaire dans des diagrammes dits "diagrammes de
causes à effets" dont voici le schéma :
Chaque famille peut à son tour être décomposée en sous-
famille
Un mode de défaillance peut résulter de la combinaison de
plusieurs causes. Une cause peut être à l'origine de plusieurs
modes de défaillances.
B. L'effet
L'effet concrétise la conséquence du mode de défaillance. Il dépend du point de vue
AMDEC que l'on adopte :
Effets sur la qualité du produit (procédé)
Effets sur la productivité (machine)
Effets sur la sécurité (sécurité)
Un effet peut lui-même devenir la cause d'un autre mode de défaillance
C. La synthèse
La grille est le support de discussion du groupe ainsi que le document rédigé par
l'animateur.
Télécharger le template
L'élément indique la partie du procédé (ou de la machine) qui
est concerné
La fonction est celle à laquelle cet élément participe
L'évaluation consiste à noter et hiérarchiser les chaines :
causes / modes / effets
La détection explique comment on prend conscience du
problème
L'action est la solution envisagée pour remédier au problème
4) Évaluer ces défaillances et déterminer leur
criticité
L'évaluation se fait selon 3 critères principaux :
la gravité
la fréquence
la non-détection
la criticité
Ces critères ne sont pas limitatifs, le groupe de travail peut en définir d'autres plus
judicieux par rapport au problème traité.
Chaque critère est évalué dans une plage de notes. Cette plage est déterminée par le
groupe de travail.
Exemple : de 1 à 4 et de 1 à 10
Plus la note est élevée, plus sa sévérité est grande.
Une plage d'évaluation large oblige à plus de finesse dans l'analyse, ce qui peut
donner lieu à des controverses au sein du groupe.
Le nombre de niveaux d'évaluation doit être pair pour éviter le compromis moyen
systématique sur une note centrale.
Exemple : éviter les plages telles que 1 à 5, car la note 3 aura tendance à être
adoptée trop souvent au titre du compromis.
4.1) La gravité
Elle exprime l'importance de l'effet sur la qualité du produit
(procédé) ou sur la productivité (machine) ou encore sur la
sécurité (sécurité).
Le groupe doit décider de la manière de mesurer l'effet.
Exemple :
Effet sur la dimension d'un produit :
Note 1 : écart inférieur à 0,5%
Note 2 : écart inférieur à 1%
Note 3 : écart inférieur à 5%
Note 1 : écart supérieur à 5%
Effet sur le temps d'arrêt de production :
Note 1 : inférieur à 4 heures
Note 2 : inférieur à 24h
Note 3 : inférieur à une semaine
Note 1 : supérieur à une semaine
4.2) La fréquence
On estime la période à laquelle la défaillance est susceptible de se reproduire.
Exemple :
Note 1 : moins d'une fois par an
Note 2 : moins d'une fois par mois
Note 3 : moins d'une fois par semaine
Note 1 : plus d'une fois par semaine
4.3) La non-détection
Elle exprime l'efficacité du système permettant de détecter le problème.
Note 1 : détection efficace permettant une action préventive
Note 2 : système présentant des risques de non-détection dans
certains cas
Note 3 : système de détection peu fiable
Note 1 : aucune détection
4.4) La criticité
Lorsque les 3 critères ont été évalués dans une ligne de la
synthèse AMDEC, on fait le produit des 3 notes obtenues pour
calculer la criticité :
C=G*F*N
C = criticité
G = gravité
F = fréquence
N = Non-détection
Le groupe de travail doit alors décider d'un seuil de criticité.
Au-delà de ce seuil, l'effet de la défaillance n'est pas supportable.
Une action est nécessaire.
5) Définir et planifier des actions
La finalité de l'analyse AMDEC, après la mise en évidence des défaillances
critiques, est de définir des actions de nature à traiter le problème identifié.
Les actions sont de 3 types :
Les actions préventives : on agit pour prévenir la défaillance
avant qu'elle ne se produise, pour l'empêcher de se produire.
Ces actions sont planifiées. La période d'application d'une
action résulte de l'évaluation de la fréquence
Les actions correctives : lorsque le problème n'est pas considéré
comme critique, on agit au moment où il se présente. L'action
doit alors être la plus courte possible pour une remise aux
normes rapide
Les actions d’amélioration : il s'agit en général de modifications
de procédé ou de modifications technologiques du moyen de
production destinées à faire disparaitre totalement le problème.
Le coût de ce type d'action n'est pas négligeable et on le traite
comme un investissement
Les actions, pour être efficaces, doivent faire l'objet d'un suivi :
plan d'action
désignation d'un responsable de l'action
détermination d'un délai
détermination d'un budget
révision de l'évaluation après mise en place de l'action et
retours des résultats
Conclusion
L’AMDEC est une méthode de prévention applicable à tout
système.
Cette méthode doit faire partie d’une approche globale et c’est un
moyen de se prémunir contre certaines défaillances et d’étudier
les causes et conséquences.
C'est un outil qui peut aider à l’implantation de certaines normes,
dont la norme ISO 9001 version 2015 dans la partie « maîtrise de
la Conception ».
N'hésitez pas à partager vos avis et questions en commentaires.
Définition de la méthode AMDEC ?
L'AMDEC a été créée pour la première fois par l'armée américaine dans les
années 1940. Elle a été ensuite théorisée, dans les années 1960, par
l'entreprise américaine McDonnell Douglas. L'AMDEC se concentre sur la liste
des composants d'un élément afin de recueillir des données sur ses
défaillances, ainsi que sur la fréquence et les conséquences de ces
défaillances. Elle a été utilisée par la NASA, par l'industrie de l'armement des
États-Unis, et par des constructeurs automobiles tels que Toyota, Ford,
Nissan, Peugeot et BMW.
Qu'est-ce que l'AMDEC ?
AMDEC signifie "Analyse des Modes de Défaillance, de leurs Effets et de leur
Criticité" (AMDEC, "Analyse des Modes de Défaillance, de leurs Effets et de
leur Criticité", peut parfois être utilisée pour inclure l'analyse de criticité). Ce
processus est utilisé pour obtenir une analyse prédictive de la fiabilité d'un
système.
Il repose sur :
L'identification des "modes de défaillance" potentiels d'un produit /
système / processus, dont les conséquences sont susceptibles
d'affecter son bon fonctionnement ;
L'évaluation des risques associés à l'apparition de défaillances, selon un
indice de criticité ;
La conceptualisation de mesures préventives et d'actions correctives à
réaliser soit lors de la conception du système, soit pendant son
fonctionnement. Comme l'analyse HAZOP, l'AMDEC offre
avantageusement une analyse fonctionnelle exhaustive dans le cadre
d'une démarche qualité globale visant à atteindre une sécurité de
fonctionnement maximale. Elle est également réalisée par des groupes
de travail qui rassemblent différentes compétences. L'AMDEC
s'applique facilement aux systèmes informatiques dans le cadre de
la gestion des risques de failles de cybersécurité. Son objectif principal
est en effet de détecter les insuffisances de sécurité ou de fiabilité d'un
système.
Différents types d'analyse des modes de défaillance
et de leurs effets
La théorie différencie généralement deux types d'AMDEC :
L'AMDEC de conception cherche à mesurer la fiabilité et la sécurité d'un
produit en amont de sa conception ;
Cette même analyse, lorsqu'elle est appliquée aux processus, est
appelée AMDEC de processus. Elle doit garantir la qualité du produit
pendant sa production. Certains analystes ajoutent à ces deux types
traditionnels d'AMDEC, l'AMDEC Machines qui se concentre sur la
chaîne de production, l'AMDEC-MSR dont le but est d'analyser les
défaillances survenues lorsque le produit était utilisé par le client. Plus
généralement, l'AMDEC s'applique aux systèmes, dans certains cas,
elle s'applique aux systèmes d'information.
À qui s'adresse l'AMDEC ?
En général, l'AMDEC répond aux attentes des entreprises qui souhaitent
garantir la fiabilité, la maintenabilité et la sécurité d'un système ou d'un produit.
C'est également un processus qui qualifie votre organisation pour des
certifications, et il assure la conformité avec certains documents. Voici
quelques domaines d'application :
L'AMDEC de conception est utilisée dans l'industrie manufacturière pour
créer des plans de construction et des schémas en vue d'obtenir des
brevets ;
L'AMDEC de processus aide à calibrer le contrôle de qualité ;
L'AMDEC Machines est utile pour établir des guides de maintenance de
ligne de production ;
L'analyse des risques associés aux flux aide à concevoir des plans de
gestion des stocks.
Quels sont les avantages de l'Analyse des Modes de
Défaillance et de leurs Effets ?
L'objectif principal de l'AMDEC est de concevoir des actions préventives ou
correctives. Il s'agit d'une approche basée sur la déduction. Elle systématise
les modes de défaillance dans le fonctionnement d'un produit ou d'un
système, en analysant les causes et les effets de ces défaillances. Elle aide à
réduire les risques potentiels liés à un système – par exemple, les risques
cybernétiques liés à vos systèmes d'information.
Les entreprises qui utilisent l'AMDEC pour assurer leur sécurité informatique
visent à améliorer en continu leur système d'information afin de limiter les
occurrences de défaillances. Elles examinent les conséquences des
défaillances en cybersécurité en effectuant des tests. Puis, elles classent les
différents risques cybernétiques identifiés, en examinant leur fréquence, leur
gravité et leur détectabilité. C'est pourquoi elle fonctionne bien avec les
méthodes de cartographie des risques cybernétiques.
Renforcez la résilience cybernéicati
Comment fonctionne la méthode
AMDEC en cybersécurité ?
La méthode AMDEC appliquée à la cybersécurité se décompose en
différentes étapes : des étapes de préparation, d’analyse et de suivi. Cette
démarche non-prescriptive laisse une certaine marge d’action au groupe de
travail. Elle implique donc aussi des résultats somme toute assez subjectifs,
qui servent davantage à orienter le travail de lutte contre les cyber-risques
qu’à prédire leur survenue. En effet, en pratique elle consiste en une
appréciation qualitative « à dire d’experts ». Elle se base sur des échelles à la
fois ordinales et nominales pour évaluer la fréquence et la gravité des
défaillances. C’est ce qui fait que dans de nombreux cas, il est difficile de
reproduire l’analyse et obtenir les mêmes résultats.
Préparer le périmètre d’analyse des défaillances
Les premières étapes de la méthode AMDE consistente à préparer le terrain
de l’analyse :
1 / Constitution du groupe de travail autour de 5 à 10 profils experts
pluridisciplinaires
Ce groupe doit notamment se composer d’un responsable, par exemple le
Directeur des Systèmes d'Information, capable de prendre des décisions et
d’engager les actions proposées. Il comprend notamment des développeurs,
mais aussi des participants d’autres départements susceptibles d’être affectés
par les failles de cybersécurité : communication, qualité, maintenance,
fournisseur, clients etc.
2 / Lancement de l’AMDEC
Le groupe de travail se rassemble pour définir la problématique cyber-
sécuritaire liée au déploiement de l’AMDEC. Il précise les objectifs de la
méthode, les ressources documentaires à disposition et les acteurs concernés
par l'analyse. Cette étape permet également de définir la méthode de notation
des indices de criticité des risques détaillés ci-après, ainsi que le seuil de
criticité jugé intolérable pour le groupe de travail. Comme dans les autres
méthodes qualitatives, c’est l’établissement de ces échelles qui peut s’avérer
la plus ardue et difficilement reproductible d’une analyse à l’autre.
Analyser les risques cyber et leur criticité
Après le paramétrage de l’action du groupe de travail, vient le temps de
l’analyse des risques :
3 / Analyse des modes de défaillances et de leurs effets
Le groupe de travail relève les failles de cybersécurité passées ou potentielles,
en schématisant le système informatique. Ce schéma peut prendre la forme
d'une arborescence. Il sert à détailler les risques, selon le degré de précision
choisi par l’entreprise. La logique d’analyse consiste à identifier des “modes de
défaillances” en relation avec le fonctionnement qu’on attend du système
d’information :
Pour chaque “mode de défaillance” identifié, on recherche les causes
possibles ;
On recherche également les effets majeurs des défaillances sur les
utilisateurs du SI, et ce pour chaque couple cause / défaillance.
Le groupe de travail identifie finalement les facteurs de détection les
plus probables pour chaque combinaison cause / défaillance.
4 / Évaluation des risques des défaillances identifiées.
On se sert d’indices de gravité, de fréquence et de non-détection pour
déterminer la criticité des risques :
Criticité (C) = Occurence (O) × Sévérité (S) × Détection (D).
Chaque entreprise choisit sa grille de notation. Une méthode simple consiste à
attribuer un indice de 1 à 4 à chaque critère :
Le critère D mesure l’aptitude d’une défaillance à être repérée : 1 pour
élémentaire, 2 pour aisée, 3 pour moyenne et 4 pour délicate ;
Le O indique la probabilité d'apparition de la défaillance, de faible à
forte.
Le critère S relève la gravité de la défaillance pour le SI, de mineure à
grave.
Plus la criticité C est élevée, plus le mode de défaillance représente un
risque grave. Dans le cas d’une notation des indices de 1 à 4, C
représente un risque grave dès l'indice 25.
Quand le seuil de criticité des cyber-risques est atteint, le groupe de travail
détermine des actions correctives.
Cette grille de notation relève cependant de la subjectivité du groupe de
travail. Elle s’exporterait donc difficilement dans une autre entreprise.
L’approche AMDEC ne relève effectivement pas d’une approche quantitative
du cyber-risque, mais plus d’une démarche qualitative. Ses estimations, parce
que basées sur des échelles nominales ou ordinales ne sont pas
systématiquement vérifiables, et ne dépendent pas d’une probabilité
mathématique.
Pour une approche quantitative et prévisionniste du risque cyber, la méthode
VaR, Value at Risk, est plus indiquée. Elle consiste à évaluer de façon chiffrée
les montants des pertes financières potentielles qui pourraient résulter
d’une cyber attaque et d’y associer des probabilités d’occurrence que
représente le cyber-risque, selon une probabilité et un délai donné.
Prévoir les actions correctives et assurer leur suivi
Les actions correctives vont de pair avec un suivi régulier de l’évolution de la
criticité des risques cyber :
5 / Les actions correctives imaginées doivent diminuer la criticité des
défaillances. Dans le cadre d’une analyse stratégique des risques cyber, il
peut s'agir d’une formation des collaborateurs, du recours à un fournisseur de
pare-feu ou d’antivirus, ou de changements dans le règlement interne
concernant la cybersécurité.
6 / Le groupe de travail liste les risques critiques à suivre et à tester
régulièrement. Chaque mesure corrective a par ailleurs un responsable. Celui-
ci se charge de mettre en place le plan d’action et d’évaluer régulièrement la
combinaison modes de défaillances - causes - effets - criticité des risques.
Les actions correctives doivent en outre s’appliquer jusqu’à ce que tous les
indices de criticité soient inférieurs aux seuils établis. Il faut donc recalculer C
régulièrement, avec les nouvelles valeurs de O, S et D. Idéalement, il faut
aussi que tous les indices de gravité élevés se combinent à des indices de
fréquence et de détection faibles.