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Fissuration des structures en béton précontraint

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Fissuration des structures en béton précontraint

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Materials and Structures/Matériaux et Constructions, Vol.

32, June 1999, pp 360-369

Fissuration des structures en béton précontraint :


SCIENTIFIC REPORTS

Modélisation, validation et interprétation


(Cracking of prestressed concrete structures: Modelisation, validation and interpretation)

P. Laurencet, J.-P. Jaccoud et R. Favre


Institut de statique et structures, Béton armé précontraint, École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), Suisse.

Article reçu : 9 avril 1998 ; Article accepté : 26 juin 1998

R É S U M É A B S T R A C T

Cet article traite de la fissuration et de l’armature minimale This paper discusses the influence of minimum rein-
des structures en béton armé et précontraint. Il traite de la forcement on the cracking behaviour of prestressed concrete
modélisation de la refermeture des fissures sous un effort de structures. It deals with modelling of the reclosing of cracks
compression dû à la précontrainte. Le béton, l’acier d’armature induced by a permanent compressive stress due to prestress-
et l’adhérence sont décrits par un ensemble de lois constitutives ing. Concrete, reinforcement and bond are described by a
permettant, pour la montée en charge et la décharge, de tenir set of constitutive laws for loading and unloading taking
compte du comportement iso-adoucissant du béton et de into account the softening of cracked concrete and creep of
l’endommagement de la liaison acier-béton. Le modèle permet the bond between steel and surrounding concrete. The com-
de déterminer le glissement entre acier et béton, la contrainte puterised model allows to determine steel-to-concrete slip,
d’adhérence, la contrainte dans les aciers et le béton le long de bond stress, concrete stress and steel stress along the trans-
la zone de transmission. Il permet en outre de calculer la lon- mission length. It is also able to calculate the transmission
gueur de transmission entre la section fissurée et la section voi- length between the crack and the homogeneous section
sine fonctionnant de façon homogène (stade I). Une bonne (state I). Good agreement was observed between the ana-
correspondance est observée entre les prévisions du modèle et lytical model and the results of 11 large scale tests of RC &
une série de 11 essais sur des tirants armés et précontraints PC tie elements performed at Swiss Federal Institute of
conduite à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne. Cet Technology at Lausanne. This paper also presents some
article présente en outre quelques applications du modèle, ainsi applications and conclusions of a large parametric study
que quelques résultats et conclusions d’une vaste étude paramé- performed using the analytical model.
trique basée sur le modèle.


1. INTRODUCTION élevées, indépendamment du risque effectif de fissuration.
On peut s’attendre à ce que l’armature minimale nécessaire
Les questions relatives à l’armature minimale qu’il est soit, dans le cas des structures précontraintes et en particu-
nécessaire de disposer pour contrôler la fissuration dans lier des ponts, selon toute vraisemblance moins importante
les ouvrages en béton ont fait l’objet de nombreuses que dans le cas des structures en béton armé ; ceci d’autant
recherches et publications ces dernières décennies (Favre plus que l’état de contrainte à l’état permanent est plus
et al. [1]). Il en est résulté une augmentation notable des favorable (compression plus importante, traction plus
exigences réglementaires concernant les quantités faible, voire nulle). Les contraintes de compression sont
d’armature à mettre en œuvre. Si cette évolution est plei- favorables puisqu’elles ont tendance à refermer les fissures.
nement justifiée dans de nombreux cas par la diminution Elles ne sont malheureusement pas faciles à calculer si l’on
du risque d’apparition de larges fissures isolées, préjudi- désire tenir compte de l’histoire de la construction et des
ciables en premier lieu pour ce qui est de la durabilité et effets différés (fluage + retrait) sous les sollicitations dues au
de l’esthétique, il est non moins vrai que cette évolution poids propre de l’ouvrage, aux surcharges permanentes et à
peut être moins justifiée dans certaines situations et peut la précontrainte.
même s’avérer néfaste à l’économie du projet. Le problème dans sa globalité est extrêmement com-
Ainsi, dans de nombreux cas pratiques, les recomman- plexe. Le véritable comportement à la fissuration d’une
dations actuelles ne sont pas suffisamment nuancées, et structure précontrainte soumise à des actions cycliques
conduisent à mettre en œuvre des quantités d’armature est gouverné par deux types de conditions :

Editorial Note
Dr. J.-P. Jaccoud is a RILEM Senior Member.

1359-5997/99 © RILEM 360


Laurencet, Jaccoud, Favre

– premièrement par le comportement intrinsèque des


matériaux en présence et de leur interface, à savoir la
liaison entre l’acier d’armature passive et le béton envi-
ronnant, avec, plus spécialement, son comportement
sous actions variables et cycliques ;
– deuxièmement par des conditions géométriques telles
la taille des éléments et leur épaisseur.
Dans ce qui suit, nous nous intéressons uniquement
au premier volet de la problématique. Nous proposons
un modèle, qui permet de quantifier la refermeture des
fissures sous un effort de compression induit dans un
tirant en béton armé par l’effet d’une précontrainte. Sous
réserve du second volet qui nécessite des études complé-
mentaires, l’analyse du comportement d’un tel tirant est
représentative de ce qui se passe dans une bande de lar-
geur limitée découpée dans une structure précontrainte,
par exemple un tablier de pont.

2. CAMPAGNE EXPÉRIMENTALE
2.1 Objectifs
L’ouverture des fissures a déjà été largement étudiée
sous des sollicitations de traction ou de flexion qui crois-
sent de manière monotone. En revanche, on dispose de

A. HERZOG
relativement peu d’informations sur ce qui se passe en
cas de décharge, voire d’inversion des contraintes (élé- Fig. 1 – Stand d’essais.
ments précontraints) sous l’effet d’actions cycliques.
Dans le cadre de cette recherche, nous nous sommes
attachés à résoudre le cas fondamental du tirant en béton tions importantes lors de la construction par exemple
armé et précontraint. Il s’agit en fait de déterminer quelle d’un pont poussé, passage d’un convoi exceptionnel, ...).
est l’aptitude de la précontrainte à refermer les fissures, L’évolution de la totalité de la fissuration lors de la
ainsi que de juger de l’effet de chargements répétés sur montée en charge et des cycles est mesurée à l’aide de
un élément sollicité en traction pure. septante jauges de déformation de type oméga fixées sur
l’élément (base de 100 mm).

2.2 Caractéristiques des essais sur tirants


2.3 Choix des paramètres
Une dizaine d’essais ont été réalisés dans les labora-
toires du Département de Génie Civil de l’École Le choix des paramètres ainsi que leurs combinaisons
Polytechnique de Lausanne sur des tirants en béton armé doivent permettre d’analyser au mieux, d’une part,
et précontraint (Laurencet et al. [2]). Les éléments testés l’inf luence de l’armature et de la précontrainte sur la
font environ 4,50 m de long et la zone de mesure est refermeture des fissures, et, d’autre part, la réduction
limitée aux 2,6 m centraux (Fig. 1). La section transver- potentielle de l’armature minimale prescrite dans les
sale des tirants fait 0,80 m de haut et 0,25 m de large. normes et codes actuels [3, 4].
Le bâti de charge permet de solliciter les éléments en Les paramètres que l’on fait varier sont la force de
position horizontale, provoquant ainsi des fissures situées précontrainte (ou plus précisément l’état de compression
dans un plan vertical dans l’élément. La sollicitation, crois- à l’état permanent) et l’armature passive mise en place.
sant de manière monotone ou cyclique, de déplacement Les caractéristiques du béton choisi doivent autant que
ou de force imposée, est contrôlée par un vérin linéaire à possible rester invariantes sur toute la durée de la cam-
paliers hydrostatiques, à double effet et régulation servo- pagne. Nous avons souhaité de plus que ce béton soit un
hydraulique d’une capacité de 2 500 kN (Fig. 1). béton standard, voisin de la classe C30/37 au sens de
Chaque essai consiste à imposer une déformation l’EC2 [4], couramment utilisé pour la fabrication de
axiale à l’élément, variant de manière cyclique et corres- grandes structures, et plus particulièrement de ponts. La
pondant à l’effet (par exemple) d’un gradient thermique précontrainte est assurée par des monotorons de
journalier de 20°C, durant 25 ans dans un ouvrage réel. 150 mm 2 de section, rectilignes et non injectés. La
Préalablement, nous préf issurons l’élément, afin de contrainte de compression dans le béton à l’état perma-
simuler un événement qui se serait produit lors de la nent ainsi introduite varie de zéro (cas de l’élément de
construction ou de l’utilisation de l’ouvrage (sollicita- référence en béton armé) à -3,5 N/mm2.

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Materials and Structures/Matériaux et Constructions, Vol. 32, June 1999

Fig. 2 - Cage d’armature d’un élément type (élément P34, cf.


Tableau 1).

L’armature passive est constituée de barres à haute


adhérence en acier S500. Les pourcentages d’armature
passive sont compris entre 0,20 % et 0,62 % (Tableau 1).

3. MODÉLISATION
Fig. 3 – Modèle caractérisant le comportement du béton fissuré
Dans ce qui suit, nous proposons un modèle local seul sous chargement cyclique tiré de Hordijk [5].
permettant de prédire la refermeture des fissures sous un
effort de compression donné (précontrainte), en fonc- 3.1 Matériaux : lois retenues
tion d’une sollicitation maximale rencontrée auparavant,
des caractéristiques géométriques et mécaniques de la Béton
section et des divers matériaux la constituant, ainsi que Af in de clairement déf inir le comportement du
de leur liaison. béton, il s’agit de faire la distinction entre le béton
homogène (c’est-à-dire non fissuré) admis ici élastique
Tableau 1 - Paramètres et désignation des tirants d’essai linéaire (avec Ec = module d’élasticité du béton [MPa]) et
le béton fissuré, de part et d’autre d’une fissure au com-
ρ [%] portement admis iso-adoucissant (tension softening).
0,62 0,45 0,31 0,20 Lors de la décharge de la zone fissurée, il est bien connu
-0 S01 S02 qu’il est nécessaire de recomprimer les lèvres de la fissure si
σperm [MPa]

l’on veut la refermer (ou, du moins, limiter l’ouverture


- 0,5 P12 P14
résiduelle à une valeur faible). Le modèle de Hordijk [5]
- 2,0 P21 P22 P23 (Fig. 3) permet de reproduire cet effet. De plus, que ce soit
- 3,5 P32 P33 P34 pour la montée en charge ou la décharge, les lois proposées

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Laurencet, Jaccoud, Favre

offrent l’avantage d’être continues, ce qui facilite grande-


ment leur programmation.
Note : La plupart des expressions pour modéliser la referme-
ture des fissures [5] semblent avoir été développées dans le cas où
l’ouverture maximale wmax rencontrée juste avant la décharge est
inférieure à wc. En règle générale, aucun commentaire n’est
apporté concernant leur validité pour une ouverture de fissure plus
importante et supérieure à wc.

Acier
L’acier d’armature est caractérisé par un comporte-
ment élasto-plastique. Dans ce qui suit, la plastification
des barres d’armature constitue une limite supérieure au
delà de laquelle notre modèle n’est plus applicable. Cette
restriction ne pose aucun problème étant donné que
dans les normes et les applications pratiques on ne tolère
généralement pas l’écoulement des aciers d’armature.

Liaison acier-béton
La relation d’adhérence est le facteur principal
influençant l’ouverture et la refermeture des fissures. De
très nombreux modèles (parfois extrêmement com-
plexes) tentent de reproduire ce qui se passe à l’interface
acier-béton sous sollicitations alternées. Dans le cadre de
cette étude, nous optons pour un modèle simplif ié Fig. 4 – Loi de comportement proposée pour la montée en charge
tenant compte au mieux des principales observations et la décharge.
faites ces dernières décennies en matière de comporte-
ment d’interface.
De façon unanimement reconnue (CEB [3]), la dans le cas où l’on se trouve dans la partie ascendante de
branche ascendante de la loi qui caractérise la montée en la courbe t-s, ce qui est généralement le cas sous sollici-
charge peut être formulée comme suit (Fig. 4) : tations de service.
b
a  
τ = a 1 ⋅ fcm 2 ⋅  s 
 s1  3.2 Modèle numérique
Il ressort d’une étude approfondie de la littérature que
la décharge peut être caractérisée, de façon simplifiée (Fig. Préambule
4), par un segment de droite quasi-linéaire de pente (K) Pour mettre en évidence l’effet des propriétés du
très importante, puis par un palier à contrainte d’adhérence béton et des propriétés d’adhérence acier-béton sur
quasi-constante dite contrainte de friction (τf ). l’ouverture des fissures, il est indispensable de calculer
Il est primordial de relever ici que le domaine des celles-ci par une méthode adéquate permettant d’appré-
glissements négatifs ne nous intéresse pas. En effet, hender le comportement de l’élément entre la zone fis-
conformément à nos essais (Laurencet et al. [2]), et en surée et la zone fonctionnant en stade homogène (stade
accord avec la loi de décharge retenue pour le béton fis- I). La zone transitoire entre la fissure et le stade I est
suré (Hordijk [5]), les fissures ne se referment jamais appelée zone ou longueur de transmission ( r). C’est
complètement, et, en conséquence, les glissements ne dans cette zone que l’armature transmet les efforts au
changent pas de signe. béton (Fig. 5).
Note : La loi de comportement que nous proposons néglige la
contribution des zones sans discontinuité dans lesquels l’adhé- Relations de base
rence n’a pas été rompue. De plus, nous n’avons pas incorporé de Tassios [7] fut le premier à discrétiser la zone de
modification de la loi permettant de tenir compte d’une diminu- transmission (r) (Fig. 6) afin d’en étudier le comporte-
tion progressive des contraintes d’adhérence τ au voisinage immé- ment et de calculer la répartition du glissement acier-
diat d’une fissure. béton (s), de la contrainte d’adhérence (τ), de la
Selon le CEB-FIP [3], basé sur les travaux de contrainte dans le béton (σc) et de la contrainte dans
Eligehausen et al. [6] il est tenu compte de l’endomma- l’acier (σs) le long de cette zone. Dans le cas de son
gement de la liaison acier-béton résultant d’une succes- étude, il admettait pour connues soit la longueur de
sion de cycles au moyen d’un facteur (kn), fonction du transmission (r), soit l’espacement des fissures. L’intérêt
nombre de cycles. Ce facteur permet de prendre en de la démarche décrite ci-dessous réside dans le fait
compte le f luage de l’interface acier-béton (s), et donc qu’elle permet l’obtention de la longueur de transmission
l’accroissement de l’endommagement résultant des (r) (et de sa variation sous chargements cycliques) ainsi
cycles. Cette façon de procéder est strictement valable que la prise en compte du « tension softening » du béton.

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Materials and Structures/Matériaux et Constructions, Vol. 32, June 1999

Fig. 5 – Comportement
de la zone de transmission
(r) entre la fissure et le
stade homogène (a) lors
de la montée en charge
(b) lors de la décharge.

Notons d’emblée que cette démarche n’est strictement


valable que dans le cas où l’espacement des fissures est
supérieur à 2 r, c’est-à-dire en phase de formation des
fissures. Ceci n’est toutefois nullement restrictif pour la
prédiction ou l’étude du comportement de structures en
béton sous sollicitations de service car, dans la grande
majorité des cas, on n’atteint pas le stade de fissuration
stabilisée.
En discrétisant cette zone en tronçons de longueur
∆x, on obtient les relations de base fondées sur l’équilibre
d’un petit élément et la loi de Hooke (Fig. 7).
∆σ si
si − 1 ∆ε si = ⇒ ε si = ε si −1 + ∆ε si
Es
( )
τ i = f si − 1 ∆ε ci =
∆σ ci
Ec
⇒ ε ci = ε ci −1 + ∆ε ci
∆Fi = τ i ⋅ ∆x ⋅ π ⋅ Φ ⋅ nbr.
∆si = ε si ∆x − ε ci ∆x = ∆usi − ∆uci (1)
Fig. 6 – Discrétisation de la longueur de transition (r).
∆F  τ 
∆σ si = i = − 4 i  ∆x si = si −1 + ∆si
A s  Φ
ou :
∆F  τρ 
∆σ ci = i =  4 i  ∆x F = force extérieure [kN] ;
Ac  Φ
w = ouverture de fissure [µm].
Φ = diamètre des barres d’armature [mm] ; En procédant par dichotomie, il est aisé de détermi-
ρ = pourcentage d’armature passive [-] ; ner le couple (F, w) qui satisfait aux conditions d’équi-
nbr. = nombre de barres d’armature [-] ; libre de bord.
As = aire de la section d’armature passive [mm2] ; Lors de la décharge, la procédure est la même au
Ac = aire de la section de béton [mm2]. choix des conditions de bord près. Celle-ci sont :
Compte tenu des conditions de bord à l’endroit de la σcf = f(w) ;
fissure, il est aisé de déterminer en chaque point (i) de la σs = (F - σc Ac)/As ;
barre le glissement (si), la contrainte d’adhérence (τi), la s = w/2.
contrainte normale dans les aciers (σsi) et dans le béton
(σci). Validation
Lors de la mise en charge, ces conditions de bord sont : Les tests réalisés à l’École Polytechnique Fédérale de
σcf = f(w) ; Lausanne [2] nous ont permis de valider le modèle. Le
σs = (F - σcf Ac)/As [MPa] ; graphique suivant (Fig. 8) représente une comparaison
s = w/2 [µm] ; directe entre les résultats mesurés et ceux calculés au

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Laurencet, Jaccoud, Favre

Fig. 8 – Courbe F-w : Comparaison entre les valeurs mesurées et


celles calculées (essai N° P22).

Fig. 7 – Équilibre d’un élément de longueur élémentaire ∆x.

moyen du modèle, pour l’essai N° P22. En abscisse,


nous représentons l’ouverture de fissure (w) et en ordon-
née la force extérieure (F). On remarque que la courbe
obtenue par le modèle reproduit bien les observations
expérimentales.
Le modèle reproduit également de façon satisfaisante
les valeurs des ouvertures de fissure résiduelles mesurées
pour l’ensemble des essais. Ceci est visible sur le gra-
phique de la Fig. 9, qui indique pour chaque essai,
l’ouverture résiduelle (wres) correspondant à la contrainte
de compression permanente (σperm).

4. COMPORTEMENT LE LONG DE LA ZONE Fig. 9 – Ouvertures de fissure résiduelles en fonction de la


DE TRANSMISSION contrainte permanente : comparaison entre valeurs mesurées
(essais) et calculées (modèle).
Les graphiques suivants (Fig. 10) illustrent, pour un
cas particulier, le type de résultats obtenus. Ceux-ci
représentent, en abscisse, la distance à laquelle on se dans la zone de transmission (r) :
trouve de la section fissurée, et, en ordonnée, les valeurs
qui nous intéressent, c’est-à-dire le glissement acier- ( ) = 4 ⋅τ x
dσ s x
béton (s), la contrainte d’adhérence (τ), la contrainte dx Φ
()
dσ c (x) −4 ⋅ ρ
dans le béton (σc) et la contrainte dans l’acier (σs).
Chacune des courbes correspond à un certain niveau = ⋅ τ( x ) (2)
de sollicitation lors de la première décharge (cf. historique). dx Φ
Le glissement au droit de la fissure équivaut à la moi- d 2 σ s (x )  4 4 ⋅ρ 
tié de l’ouverture de fissure. Il en résulte que, même sous dx 2
=

 Φ ⋅ Es
+
Φ ⋅ Ec 
()
 ⋅τ x
un effort de compression important, l’ouverture de fis-
sure résiduelle est non nulle. Le modèle indique qu’à Pour le cas d’espèce présenté à la Figure 10, durant la
l’état de décompression, l’acier d’armature est encore décharge, dès que l’effort devient inférieur à ≈ 250 kN,
tendu (≈ 50 MPa à la fissure), alors que le béton aux on observe le long de la longueur de transmission (r) que
lèvres de la fissure est comprimé (≈ -0,2 MPa). les contraintes dans l’acier et le béton passent respective-
Avant de poursuivre, voici, sous la forme différen- ment par un maximum et un minimum pour ensuite
tielle, les lois de base du processus d’ancrage discrétisé tendre asymptotiquement vers le stade I. Ces valeurs
plus haut (équations (1)) basées sur la loi de Hooke et (≈ 100 MPa pour l’acier et ≈ -0,4 MPa pour le béton,
sur l’équilibre d’un petit élément de longueur dx situé sous effort de décompression) correspondent au change-

365
Materials and Structures/Matériaux et Constructions, Vol. 32, June 1999

Fig. 10 –
Répartition du
glissement et des
contraintes dans
la zone de
transmission lors
de la première
décharge.

ment de signe de la contrainte τ. En effet, la actions cycliques ne progresse de manière significative que
contrainte τ (multipliée par un coefficient qui est fonc- dans la mesure où la sollicitation maximale durant un
tion des matériaux considérés) correspond aux dérivées cycle se rapproche, atteint et surtout dépasse le niveau
des contraintes dans les aciers et le béton par rapport à la extrême observé lors d’un cycle précédent (Fig. 11). Ainsi,
distance x à la fissure. Au point de cisaillement nul (τ = 0) une succession de très nombreux cycles de faible ampli-
correspond également le point d’inflexion de la courbe tude n’accroîtront pas (ou extrêmement peu) l’ouverture
des glissements acier-béton pour le cas de charge consi- de fissure mesurée après le précédent chargement d’ampli-
déré. Ceci s’explique par le fait que la dérivée d’ordre 2 tude supérieure.
du glissement est définie dans les équations (2) par une
constante multipliant la contrainte τ.
Notons enfin que sous l’effort de compression maxi-
mal (F = -400 kN) l’acier d’armature, comprimé au voi-
sinage de la fissure, se retrouve localement en traction,
comme si, sous l’effet de l’adhérence, il y avait une « mise
en précontrainte » localisée du béton par l’armature.

5. INFLUENCE DES CYCLES


L’endommagement résultant d’actions cycliques se
manifeste, d’une part sous forme d’un endommagement
le long de la zone de transmission (r) et, d’autre part,
sous forme d’un endommagement localisé au droit de la
fissure. Ce dernier est très faible, et à plus forte raison
lorsque la phase d’initiation de la fissure est terminée, ce
qui est souvent le cas pour des éléments tendus. Aussi
choisissons-nous de le négliger dans notre modèle.
Nos essais conf irment certains résultats connus
d’études précédentes, basées sur des essais d’adhérence sur Fig. 11 – Mécanisme de propagation de l’endommagement sous
petits éléments (Balázs et al. [8]). L’endommagement sous sollicitation cyclique aléatoire.

366
Laurencet, Jaccoud, Favre

Fig. 12 – Accroissement de l’ouverture résiduelle des fissures avec


le nombre de cycles.

Fig. 13 – Évolution du glissement (s) et de la longueur de


transmission (r) en fonction du nombre de cycles.
Une succession de cycles de même amplitude
conduit à une augmentation de l’ouverture des fissures
sous sollicitations maximales et, dans une moindre
mesure, une augmentation de l’ouverture résiduelle,
c’est-à-dire sous sollicitations permanentes ou mini-
males. Ainsi, après 10 000 cycles, l’augmentation de
l’ouverture maximale des fissures est de l’ordre de 20%
tandis que celle de l’ouverture résiduelle des fissures est
de l’ordre de 15%, ceci indépendamment du taux
d’armature (Fig. 12). Après 1 million de cycles ces aug-
mentations passent à 30 % et 20 % respectivement.
Notons également que l’endommagement provenant
de cycles de même amplitude engendre certes une aug-
mentation de l’ouverture des fissures, mais aussi une
augmentation de la longueur de transmission (r), qui
constitue une propagation « non-visible » de l’endomma-
gement le long de la liaison acier-béton (Fig. 13).

6. REFERMETURE DES FISSURES


Fig. 14 – Ouvertures de fissure maximale (wmax) et résiduelle
Bien que cela ne constitue pas l’objectif principal de cet (wres) en fonction de la contrainte de compression permanente
(σperm) et du taux d’armature (ρ).
article, indiquons tout de même quelques résultats intéres-
sants découlant d’une étude paramétrique en cours, effec-
tuée au moyen du modèle numérique décrit ci-dessus.
Note : Dans ce qui suit, ∆σ représente la variation de
contrainte sous sollicitations extérieures variables suite à des maximale des fissures est quasi inversement proportion-
charges imposées, calculée en stade élastique. Rotilio [9] a montré nelle à ρ.
que, sous charges de service de trafic, la valeur de ∆σ varie de Concernant l’ouverture de fissure résiduelle (Fig. 15),
2 MPa à environ 4 MPa. Notons que, sous l’effet de gradients le comportement est différent : l’ouverture de fissure rési-
thermiques, les valeurs de ∆σ sont du même ordre de grandeur. duelle est inversement proportionnelle à σperm (Fig. 15)
Avant de parler de l’ouverture résiduelle des fissures, alors qu’elle décroît quasi linéairement avec ρ (Fig. 16).
évoquons rapidement l’ouverture maximale des fissures Ainsi, et c’est bien connu en particulier pour les
en fonction de deux paramètres : la contrainte dans le structures en béton armé [1], l’ouverture de f issure
béton à l’état permanent (σperm), et le taux d’armature maximale dépend largement du taux d’armature (ρ). Par
(ρ). L’ouverture maximale des fissures décroît linéaire- contre, lorsqu’il s’agit de l’ouverture de fissure résiduelle
ment avec σperm. La décroissance est d’autant plus mar- ou permanente dans le cas de structures en béton pré-
quée que ρ est plus faible (Fig. 14). En effet, l’ouverture contraint, le critère déterminant devient le degré de

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Materials and Structures/Matériaux et Constructions, Vol. 32, June 1999

Fig. 15 – Évolution de l’ouverture résiduelle des fissures (wres) en Fig. 16 – (idem Fig.15-) Évolution de l’ouverture résiduelle des
fonction de la précontrainte (σperm). fissures (wres) en fonction de l’armature passive (ρ).

compression à l’état permanent (σperm) ou, autrement


dit, l’intensité de la précontrainte.
La Fig. 17 montre la valeur de la précontrainte (σperm)
qu’il est nécessaire de mettre en œuvre pour garantir une
ouverture résiduelle fixée connaissant le taux d’armature
et ∆σ.
Enf in, il est intéressant de noter que, pour une
ouverture de fissure résiduelle et un taux d’armature
donnés, la relation reliant ∆σ à σperm est quasi linéaire. La
pente de cette relation dépend cependant de l’ouverture
de fissure résiduelle souhaitée et du taux d’armature.

7. CONCLUSIONS
Un modèle permettant de prédire la fissuration des
structures en béton armé précontraint sous chargements
cycliques a été proposé. Ce modèle reproduit de façon
fidèle les mesures et observations effectuées dans le cadre Fig. 17 – Relation entre sollicitation cyclique due à des charges
imposées (∆σ), précontrainte (σperm) et taux d’armature (ρ) pour
d’une campagne expérimentale menée à l’École une ouverture de fissure résiduelle souhaitée (wres).
Polytechnique Fédérale de Lausanne [2], sur 11 spécimens
en béton armé et précontraint de grandes dimensions.
Il ressort de l’étude paramétrique et des essais que :
– dans les structures en béton précontraint, l’ouverture fissures de l’ordre de 0,1 mm avec une contrainte de
de fissure résiduelle est largement influencée par l’état de compression à l’état permanent d’environ -0,5 MPa,
compression permanent. Alors que l’influence du taux mais cependant tout accroissement d’exigences en
d’armature est quasi linéaire, l’ouverture résiduelle est matière d’ouverture résiduelle (vers des valeurs plus
inversement proportionnelle à la contrainte de compres- faibles), engendre une augmentation très importante de
sion. Par contre, pour une même charge utile imposée la quantité de précontrainte à mettre en œuvre ;
(∆σ), l’ouverture de fissure maximale est inversement – l’augmentation relative de l’ouverture de fissure rési-
proportionnelle au taux d’armature et varie quasi linéai- duelle sous chargement cyclique d’amplitude constante
rement avec le taux de précontrainte ; est légèrement inférieure à l’accroissement de l’ouver-
– il en résulte que le taux d’armature passive (ρ) a une ture maximale, toute chose égale par ailleurs. Cette aug-
influence plus faible sur l’ouverture de fissure résiduelle mentation se produit en grande partie durant les pre-
(sous sollicitations à l’état permanent) que sur l’ouver- mières centaines de cycles ; elle diminue progressivement
ture de f issure maximale, et ce d’autant plus que le par la suite, sans toutefois sembler devoir se stabiliser
niveau de précontrainte est élevé ; après un nombre élevé de cycles (augmentation linéaire
– il est relativement aisé de garantir une refermeture des sur une échelle logarithmique). Après une centaine de

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Laurencet, Jaccoud, Favre

cycles, cet accroissement vaut environ 10% de l’ouver- [6] Eligehausen, R., Popov, P. and Bertero, V., ‘Local Bond Stress-
ture maximale observée lors du premier cycle. Elle Slip Relationships of Deformed Bars under Generalized
Excitations’, UCB/EERC 83 (23) (1983).
atteint 20% après plus d’1 million de cycles ; [7] Tassios, T. and Yannopoulos, P. J., ‘Analytical studies on reinfor-
– outre l’augmentation de l’ouverture des f issures, ced concrete members under cyclic loading based on bond stress-
l’endommagement de la liaison d’adhérence acier/béton slip relationships’, ACI Journal 78 (19) (1981) 206-216.
se manifeste par une augmentation, en fonction du [8] Balázs, G. L. and Koch, R., ‘Influence of Load History on Bond
nombre de cycles, de la longueur de transmission (r). Behaviour’, CEB, International conference, Riga, Oct. 1992
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