Pauline González M.
Tle B
Explication de texte : Extrait de “La Pensée et le Mouvant”, Henri Bergson
Observations :
Introduction
Ce texte de Henri Bergson, extrait de son ouvrage “La Pensée et le Mouvant” publié en
1934, traite du problème du langage. Le langage désigne la faculté à constituer un système
de signes et la langue, instrument de communication propre aux êtres humains.
Généralement, lorsque nous abordons la question du langage, nous admettons qu’il sert à
communiquer avec nos semblables, à exprimer nos pensées, nos émotions, nos sentiments,
nos désirs.
Ici, Bergson s’interroge tout d’abord sur son origine : “Quelle est la fonction primitive du
langage ?” Quelle est l’origine du langage ? Quelle est sa fonction initiale ? De cette
manière, Bergson présente la fonction première du langage visant la vie en commun, l'action
commune; le reliant ainsi à une fonction sociale. De même, il montre le rapport de cette
question à celle de l'origine des mots et des idées, liée aux besoins pratiques, pour enfin
affirmer que ces derniers restent, malgré leur évolution, utilitaires.
I. La fonction primitive du langage
Bergson commence sa réflexion en s’interrogeant sur la fonction primitive du langage :
“Quelle est la fonction primitive du langage ?” (l.1). Le terme “fonction” renvoie à l’idée d’une
finalité. Ainsi, la question que se pose l’auteur cherche à découvrir l’utilité du langage, plus
précisément, sa “fonction primitive”. Par “primitive” on comprend qu’il attribue une fonction
première au langage, renvoyant à son fondement, allant jusqu’à l’essence même du
langage. Pour lui, le langage a comme fonction primitive “d’établir une communication en
vue de coopération” (l.1). Autrement dit, le langage transmet des informations, des
messages, il communique, mais cette communication vise également l’instauration d’une
action commune, d’une “coopération”. La communication et ce qu’elle permet (permettre aux
hommes d’agir ensemble, assurer la vie en commun) semblent donc un élément central
dans la thèse de l’auteur. En effet, la vie en société s’appuie des échanges sociaux entre
individus et de leur coopération. Or, afin de coopérer et de se comprendre au sein de la
société, la communication semble essentielle. De cette manière, le langage a comme fin de
permettre l’action, il serait donc né du besoin d’agir tous ensemble et de vivre en société.
C’est ainsi que, par exemple, l’humanité, afin de s’adapter au monde environnant, aurait dû
faire un usage progressif du langage pour communiquer, coopérer et ainsi répondre à ces
besoins.
Selon Bergson, le langage vise cette coopération à travers la prescription, c’est-à-dire,
“transmettre des ordres”, appelant donc à l’action immédiate ou la description, c’est-à-dire
signaler quelque chose visant l’action future. Ainsi, le langage est lié à l’action dans la
mesure où il influence directement le comportement des individus. Autrement dit, en
transmettant des ordres ou des avertissements, le langage ordonne ou décrit l’action,
nécessaire pour la coordination des activités.
Tout comme le précise l’auteur, la fonction du langage, qu’elle soit prescriptive ou
descriptive, sera toujours sociale. Ici, Bergson associe cette fonction aux domaines
industriel, commercial et militaire pour illustrer cette idée que le langage est lié à l’action
commune. Dans l’industrie, la communication est nécessaire pour produire avec d’autres
acteurs ou pour passer une commande, par exemple; dans le commerce, la communication
est à la base des échanges; dans l’organisation militaire, qu'elle soit défensive ou offensive,
les ordres et avertissements paraissent essentiels. Ainsi, “la fonction du langage est toujours
sociale” (l.6), associée à des fins pratiques et collectives.
II. Les mots sont liés à des besoins pratiques
Dans ce cadre, Bergson affirme que les choses que nous saisissons à travers les mots et le
langage ne sont qu’une altération du réel : “Les choses que le langage décrit ont été
découpées dans le réel par la perception humaine en vue du travail humain.” (l. 7-8) En
effet, les choses et les objets du réel décrits par les mots sont un découpage de la réalité
par la faculté de perception humaine, au service d’une visée pratique (c’est-à-dire, visant la
coordination des actions humaines, le “travail humain”).
En d’autres termes, en modifiant la réalité, le langage associe les choses du réel à des
représentations collectives, les regroupant sous une même idée. Ainsi, le réel a été mis en
ordre par le langage pour nous faciliter les choses, pour permettre la communication et la
coopération.
C’est ainsi que le langage, à travers les mots, par exemple, permet la communication et
l’action grâce à des termes communs, facilitant les choses pour la perception humaine. Le
mot, désignant toujours la même chose, ne décrit pas la chose en elle-même, mais décrit la
chose de la perception humaine orientée par des besoins pratiques, par le “travail humain”.
Par exemple, la peur, est un terme commun à tous, éprouvé par tous, mais de manières
différentes. Ainsi, si je dis “j’ai peur”, l’autre me pourra me comprendre, sans pour autant
avoir accès à mon expérience individuelle, notamment car la sensation de peur n’est jamais
la même et varie en fonction des individus. Le langage permet donc aux individus de se
comprendre sans pour autant rendre compte des particularités de chaque
expérience/sensation.
Ainsi, les propriétés de la chose mises en valeur par le langage ne sont rien d’autre que ce
qui va permettre l’action. La description de ces propriétés est liée à leur utilité pour les
activités humaines : “Les propriétés qu'il signale sont les appels de la chose à une activité
humaine.” (l.8-9)
“Le mot sera donc le même, comme nous le disions, quand la démarche suggérée sera la
même, et notre esprit attribuera à des choses diverses la même propriété, se les
représentera de la même manière, les groupera enfin sous la même idée, partout où la
suggestion du même parti à tirer, de la même action à faire, suscitera le même mot.” (l. 9-
10)
Donc, un même mot regroupera des choses du réel qui impliquent la même action/utilité. Le
langage regroupe donc différents objets du réel sous une même idée lorsqu’il suggèrent une
même action/utilité. Cette idée suggère ainsi une représentation commune sur ce qu’on peut
faire de la chose. Bergson conclut
III. Le langage reste toujours utilitaire
L’un et l’autre ont sans doute évolué. Ils ne sont plus aussi grossièrement utilitaires. Ils
restent utilitaires cependant. " (l.14-15)
Bergson argue que le langage a évolué à partir de ses origines utilitaires. Même si
aujourd'hui nous utilisons le langage de manière plus complexe et abstraite, il reste
fondamentalement orienté vers l'action et l'utilité.
Conclusion
Dans ce texte, Henri Bergson pose la question de savoir quelle est l’essence du langage.
Ainsi, il affirme que le langage est un tout d’abord social, permettant la communication visant
la coopération et la vie en société. De cette manière, le langage, lié à des besoins sociaux,
nous éloigne du réel à travers des représentations collectives des choses en fonction de leur
utilité pour l’action. Le langage, même évolué, conserve toujours sa fonction utilitaire,
orientée vers l'action.