0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
33 vues17 pages

Droit des contrats internationaux en Tunisie

Transféré par

Mohamed Aziz Boubakri
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
33 vues17 pages

Droit des contrats internationaux en Tunisie

Transféré par

Mohamed Aziz Boubakri
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T.

AHMADI

Thème 2. Le contrat et le commerce international


Tout rapport contractuel affecté d’un élément d’extranéité entretient avec les
ordres juridiques étatiques des liens hétérogènes et multiples difficultés de
déterminer l’ordre juridique qui entretient les liens les plus significatifs avec un
contrat international.
Selon le Doyen BATIFFOL, « le milieu social auquel appartient un contrat
international est précisément équivoque : une telle opération intéresse par définition plusieurs systèmes
juridiques nationaux, et sa soumission à la loi de l’un d’eux emporte assurément une part
d’irréalisme ».
Chapitre 1. Le droit applicable au contrat international
À défaut d’une règle matérielle internationale propre, il convient de recourir
à l’application d’un droit national par la mise en œuvre d’une règle de conflit de lois.
L’article 62 du CDIP dispose que « Le contrat est régi par le droit désigné par les
parties.
A défaut par celles-ci de désigner la loi applicable, le contrat est régi par la loi de l'Etat du
domicile de la partie dont l'obligation est déterminante pour la qualification du contrat, ou celle du
lieu de son établissement, lorsque le contrat est conclu dans le cadre de son activité professionnelle ou
commerciale ».
Section 1. Le choix du droit applicable
L’alinéa § 1 de l’article 62 du CDIP tunisien consacre le principe d’autonomie.
Il stipule que « Le contrat est régi par le droit désigné par les parties ».
L’application du principe d’autonomie suscite certaines difficultés. Elles
s’articulent essentiellement autour des libertés consenties ou non aux parties dans
l’exercice de la prérogative qui leur est accordée.
§1. L’objet du choix
Un droit ou une loi ?
Quelles sont les règles de droit susceptibles de faire l’objet d’un choix par les
parties ?

1
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

L’admission du choix des règles non-étatiques résulte de la lettre de l’alinéa 1er


de l’article 62 qui utilise le terme « droit – ‫ « للقانون‬en lieu et place de celui de « loi ».
La controverse doctrinale.
➢ Interprétation extensive. La référence par le législateur au « droit choisi
» est de nature à exclure toute restriction quant à la nature des règles pouvant être
désignées par les parties. Cet argument tire aussi sa force du sens reconnu à cette
terminologie en droit international privé des contrats. En effet, lorsqu’il est question
des rapports internationaux, l’utilisation de l’expression « droit » ou « règles de droit »
signifie la possibilité pour les parties de « choisir un droit étatique ou non étatique appelé
aussi droit transfrontalier ou transnational »1.
➢ Interprétation restrictive. La référence par l’alinéa 2 de l’article 62 à la
« loi » désignée par les parties, a poussé une doctrine autorisée à soutenir que le respect
de la cohérence globale du texte exige d’en retenir une lecture axée sur une logique
exclusivement étatique.
➢ La prise de position jurisprudentielle. Confirmation de la
conception libérale du principe d’autonomie. La décision de la Cour d’appel de Tunis
du 9 février 2001. Cette décision permet de clarifier le sens de l’alinéa 1er de l’article
62, et donc de la portée de l’autonomie accordée aux parties. La Cour d’appel a
reconnu la validité du choix des parties en faveur des Règles et Usances uniformes
relatives aux crédits documentaires.
Quelles règles choisir ?
Le caractère de plus en plus hétéroclite des règles non étatiques qui recouvrent
à la fois le droit spontané et les codifications privées, ainsi que l’hétérogénéité des
clauses de droit applicable rendent nécessaire une identification rigoureuse et
prédéterminée des règles potentiellement éligibles à accéder au statut de lex contractus.
Dans ce sens, la doctrine tunisienne estime que l’autonomie concédée aux parties ne
doit pas être entendue comme une autorisation générale et inconditionnelle, puisque

1 N. GARA, Code de l’arbitrage annoté, Tunis, Maison du Livre, 2016, p.218.

2
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

la règle de conflit ne permet pas de valider le choix formulé en des termes vagues ou
imprécis, dont notamment la référence « aux principes de justice et d’équité »2.
Cette limite ne doit pas être perçue comme une restriction abusive de la portée
de l’autonomie accordée aux parties. L’ouverture du système conflictuel tunisien aux
sources informelles doit se faire dans le respect de l’objectif de prévisibilité des
solutions prôné par le Code de droit international privé. L’enjeu principal est donc
de concilier le besoin de règles adaptées et spécialisées avec les exigences de certitude
et de sécurité juridique inhérentes à la réglementation des relations commerciales
internationales.
L’article 62 ouvre la voie, dans son alinéa premier, à l’admission d’un choix en
faveur d’une convention internationale en dehors de son champ d’application spatial
et matériel.
Des lois ou une loi ? La technique du dépeçage
Le dépeçage est une technique contractuelle qui consiste à faire régir un
contrat par différentes lois. Elle permet de faire régir les clauses contractuelles
« « distributivement ».
Alors que l’article 62 du CDIP n’autorise pas expressément le dépeçage, cette
pratique contractuelle est admise par le droit international privé tunisien.
Les parties peuvent désigner la loi applicable à la totalité ou à une partie
seulement de leur contrat.
Quoi que tolérée, cette fonction de sélection reconnue à l’autonomie des
parties est loin d’être sans risques. Elle est susceptible d’anéantir l’autorité du droit
sur le contrat et de porter atteinte à l’unité du statut contractuel.
Cet encadrement consiste à faire dépendre l’admission du dépeçage à la
condition que les différentes lois s’appliquent à des aspects objectivement séparables.
Telle n’est pas la solution retenue par le droit communautaire qui ne subordonne pas
le dépeçage « à une condition de séparabilité objective ». C’est au nom du principe
d’autonomie que le Règlement Rome I, comme avant lui la Convention de Rome,

2 L. CHEDLY et M. GHAZOUANI, Commentaires du Code de droit international privé, p.694.

3
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

autorisent inconditionnellement la pratique du dépeçage et n’offrent pour garantir


l’impérativité des règles matérielles de la lex contractus ponctuellement énoncées, que
les mécanismes des lois de police et de l’ordre public international.
L’exigence d’un lien entre la loi choisie et le contrat ? La
délocalisation du contrat
Tel que consacré par le droit positif actuellement en vigueur, le principe
d’autonomie accorde aux parties la liberté de soumettre leur contrat à une « loi dénuée
de tout lien avec l’opération contractuelle ». Après la Convention de la Haye du 15 juin
1955, La convention de la Haye sur la loi applicable aux contrats d’intermédiaire et à
la représentation du 14 mars 1978, le droit européen, et la Convention de Mexico, le
droit américain admet désormais le choix par les parties d’une loi neutre, après une
révision récente qui a supprimé l’exigence traditionnelle d’« un lien raisonnable » entre
le contrat et la loi choisie.
§2. La forme du choix
L’article 62 ne contient aucune précision quant à la forme du choix. La volonté
des parties peut être exprimée de manière expresse ou tacite.
▪ Un choix exprès par l’insertion d’une clause d’electio juris
▪ Un choix qui résulte de façon certaine des dispositions du contrat ou
des circonstances de la cause : L’article 62 ne prévoit pas une telle précision.
Cette formule est utilisée en droit comparé. La majorité des solutions de droit
positif précisant que la volonté doit résulter « de façon certaine »3, « d’une façon évidente »4,
« indubitablement »5, « avec une certaine certitude raisonnable »6 des dispositions du contrat
ou des circonstances de la cause. Il en est de même de l’article 4 des Principes de la
Haye, intitulé « Choix exprès ou tacite » qui dispose que « Le choix de la loi applicable, ou
toute modification du choix de la loi applicable, doit être exprès ou résulter clairement des dispositions
du contrat ou des circonstances ».

3 L’article 3 §1 de la Convention de Rome et du Règlement Rome I.


4 L’article 7 de la Convention interaméricaine
5 L’article 2 de la Convention de la Haye du 15 juin 1955 sur la loi applicable aux ventes à caractère international

d’objets mobiliers corporels.


6 L’article 5 de la Convention de Haye du 14 mars 1978 sur la loi applicable aux régimes matrimoniaux.

4
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

Exemples d’indices retenus. Il appartient au juge d’apprécier la portée des


circonstances. La volonté recherchée est donc celle qui permet d’établir un lien
certain entre le contrat international et une loi étatique.
 Une volonté qui résulte des dispositions du contrat :
- La référence à une loi dans une clause donnée peut être interprétée
comme la volonté de soumettre l’ensemble du contrat à cette loi.
- La stipulation d’une clause attributive de juridiction peut être considérée
comme une référence implicite à la loi du for. Elle est cependant très ambiguë.
L’adoption de cet indice est alors soumise à l’existence d’autres éléments concordants
= Rapp. L’article 3 des Principes de la Haye : « Un accord entre les parties visant à donner
compétence à un tribunal étatique ou arbitral pour connaitre des différends liés au contrat n’est pas
en soi équivalent à un choix de la loi applicable ».
- L’indication du lieu d’exécution
 Une volonté qui résulte des circonstances de la cause. Cette formule
renvoie à l’existence de contrats liés. Les hypothèses sont multiples. Il peut
s’agir d’actes juridiques mettant fin au contrat comme la résiliation, les actes
de modification, d’extinction ou de transfert des obligations créées. Sont aussi
concernés le mandat de conclure un contrat, l’avant-contrat et le contrat
définitif.
§ 3. Le moment du choix
Les parties peuvent insérer leur choix dans une clause contractuelle, et donc
sélectionner la loi applicable au moment de la conclusion du contrat . Les parties
peuvent aussi effectuer leur choix après la conclusion du contrat. Elles peuvent aussi
convenir, à tout moment, de faire régir le contrat par une autre loi que celle qui le
régissait auparavant = dans ce sens, § 2 de l’article 3 du Règlement Rome I.
Section 2. La loi applicable à défaut de choix
L’alinéa 2 de l’article 62 prévoit qu’« À défaut par celles-ci de désigner la loi applicable,
le contrat est régi par la loi de l'État du domicile de la partie dont l'obligation est déterminante pour

5
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

la qualification du contrat, ou celle du lieu de son établissement, lorsque le contrat est conclu dans le
cadre de son activité professionnelle ou commerciale. »
Cette solution vient à rompre avec une jurisprudence hésitante entre
l’application de la loi du lieu d’exécution ou celle du lieu de formation. Elle s’inscrit
dans une logique savignienne classique : identification de l’ordre juridique qui
entretient les liens les plus étroits avec le contrat.
Cette solution renvoie implicitement à l’exigence de prévisibilité, exigence
fondamentale en matière contractuelle.
La notion de prestation déterminante.
Le droit tunisien se réfère à la prestation « déterminante » et non à la notion
de prestation « caractéristique » généralement utilisée en droit comparé (art. 4. 2 du
Règlement Rome I. Il s’agit de la prestation qui permet de distinguer un contrat d’un
autre, ou encore celle pour laquelle le paiement est dû. Elle est supposée permettre
une localisation objective et réelle du contrat, en ce qu’elle est censée représenter le
centre de gravité et la fonction socio-économique du contrat.
Dans certains contrats, elle est facilement identifiable : en cas de vente, la
prestation du vendeur, en cas de bail, la prestation du bailleur, en cas de transport, la
prestation du transporteur, en cas d’assurance, c’est la prestation de l’assureur.
Dans d’autres contrats, elle est difficile à déterminer :
- Le contrat d’échange
- Le contrat de distribution : la pratique révèle une multitude de
rapports entre fournisseurs et distributeurs, allant du simple agrément à l’intégration
extrêmement poussé du distributeur dans le réseau du fournisseur = hésitation dans
la jurisprudence française. Selon l’article 4, § 1, f du Règlement Rome I « Le contrat de
distribution est régi par la loi du pays dans lequel le distributeur a sa résidence habituelle ».
- Le contrat de franchise : les contrats de franchise ont une structure
de base complexe, bâtie sur un cahier des charges précis, puisque le franchiseur
transmet au franchisé des éléments qui permettront au second de réitérer le succès

6
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

commercial du premier. Selon l’article 4, § 1, e du Règlement Rome I « Le contrat de


franchise est régi par la loi du pays dans lequel le franchisé a sa résidence habituelle ».
Chapitre 2. Les contrats spéciaux du commerce international
Préalable. Les clauses courantes dans les contrats commerciaux
internationaux7
La pratique contractuelle révèle des clauses habituelles dans les contrats
commerciaux internationaux.
➢ Les clauses de confidentialité. Encore appelées clauses de secret,
de discrétion ou de non-divulgation.
Elles ont pour objet de protéger un secret qui va être ou a dû être dévoilé à un
partenaire potentiel ou réel.
Elles sont présentes dans les contrats dans lesquels le secret est un élément de
réussite par exemple dans les contrats de recherche, de savoir-faire, de franchise ou
d’assistance technique.
Elles concernent la période précontractuelle, contractuelle, mais aussi post-
contractuelle.
Elles prévoient :
➢ L’objet de l’obligation de confidentialité, à savoir les informations
devant être considérées comme confidentielles.
➢ Les personnes astreintes à l’obligation.
➢ La durée de l’obligation.
➢ Les sanctions en cas de non-respect de l’obligation.

➢ Les clauses d'offres concurrentes, du client le plus favorisé et de


premier refus
➢ Ces clauses se rapportent aux relations des parties par rapport à
l'intervention effective ou éventuelle de concurrents.

7
V. pour une analyse approfondie, M. FONTAINE, F. DE LY, Droit des contrats internationaux :
Analyse et rédaction des clauses, Bruylat, 2e éd., 2003.
7
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

• Clause d’offre concurrente


Cette clause permet à une partie de faire valoir auprès de son cocontractant,
l'offre plus favorable d'un tiers sur l'objet du contrat en cours.
La clause peut obliger le cocontractant à s’aligner sur ces conditions ( le contrat
continue aux nouvelles conditions) ; elle peut également lui en laisser la faculté en
prévoyant que s’il refuse cet alignement, le bénéficiaire de la clause pourra conclure
avec le tiers ( l’accord initial est suspendu ou résilié).
• La clause du client le plus favorisé. D'après cette clause une partie à
un contrat s'engage à faire bénéficier son partenaire de conditions plus favorables
qu’elles consentiraient à un tiers dans un contrat analogue.
• La clause de premier refus. Il s’agit de la clause par laquelle une partie
s'engage envers le bénéficiaire de la clause à lui proposer dans l'avenir de réaliser
ensemble une opération déterminée avant de conclure celle-ci avec des tiers. En cas
de refus du bénéficiaire, la partie engagée, redevient libre de contracter avec les tiers.
➢ Les clauses de best efforts
Par ces clauses, une des parties s’engage à « fournir ses meilleurs efforts pour »
ou « à apporter des soins raisonnables dans l’exécution de ».
Elles permettent aux parties de fixer contractuellement les contours de
l’obligation et de la limiter en obligation de moyens. Elles rappellent la notion de bon
père de famille.
➢ Les clauses limitatives ou exonératoires de responsabilité
En raison de l’accroissement des hypothèses de responsabilité dans les
différents droits internes, ces clauses prennent une importance croissante dans le
commerce international.
Il faut distinguer entre :
➢ Les clauses d’exonération total ou clauses d’irresponsabilité qui sont
rarement utilisées dans le commerce international et difficilement admises par les
différents droits.

8
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

➢ Les clauses simplement limitatives de responsabilité qui sont plus


fréquentes et admises sous certaines conditions. Elles concernent l’étendue de la
responsabilité ou ses effets.
➢ Les clauses de force majeure et de hardship
Les clauses de force majeure et de hardship prennent en compte la survenance
d’événements imprévus.
• La clause de force majeure. Cette clause est relative à un cas
d’inexécution du contrat. Elle intervient lorsque les événements empêchent
totalement l’exécution du contrat.
• Les clauses de hardship . Ces clauses se situent dans un contexte
d’exécution plus onéreuse du contrat. Leur objectif est la renégociation de certaines
dispositions du contrat en cas de survenance d’événements qui, sans rendre
impossible l’exécution du contrat, en modifient l’équilibre économique en faveur
d’une partie. Ces clauses son particulièrement utiles dans le cas où la loi applicable
ne prévoit pas d’imprévision.
➢ Les clauses relatives à l’inexécution
Ces clauses permettent aux parties de prévoir à l’avance les sanctions de
l’inexécution du contrat (exemple les clauses résolutoires).
Ces clauses sont en principe valables en raison de la liberté contractuelle et
relèvent de la lex contractus.
➢ Les clauses relatives aux obligations survivant au contrat
Les clauses relatives aux obligations survivant au contrat s’appliquent en
cas de cessation du contrat. Elles ont pour objet :
➢ La liquidation du passé contractuel : clause de restitution de documents
et matériels divers, clause de traitement des commandes en cours.
➢ La prolongation des obligations contractuelles : clause de non-
concurrence, clause de confidentialité.

9
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

Section 1. La ventre internationale – Le contrat de vente internationale


La vente est, et demeure, le contrat le plus courant du commerce international.
Les États ont longtemps soumis ce contrat aux règles du droit interne. Avec le
développement des échanges internationaux, le besoin s’est fait sentir de faire régir
la vente internationale par un corps de règles spécifiques, généralement plus libérales,
en tout cas plus adaptées.
Des règles de conflit en matière de vente internationale.
Il existe deux Conventions relatives à la loi applicable à la vente internationale :
1- La convention de La Haye sur la loi applicable aux ventes à caractère
international d’objets mobiliers corporels du 15 juin 1955.
2- La Convention de la Haye signée le 22 décembre 1986 portant sur la loi
applicable aux ventes internationales de marchandises devait remplacer la convention
précédente. Elle n’est toujours pas entrée en vigueur n’ayant été ratifiée que par deux
États.
Le droit matériel de la vente internationale.
Plusieurs conventions ont été adoptées dans le domaine des ventes
internationales de marchandises. Les premières conventions d’unification du droit
matériel de la vente internationale sont :
▪ Les Conventions de la Haye du 1er juillet 1964
➢ La première porte « loi uniforme sur la formation des contrats de vente
internationale des objets mobiliers corporels (LUFIV) ». Elle comporte 13 articles et ne traite
que de l’offre et l’acceptation.
➢ La seconde porte « loi uniforme sur la vente internationale d’objets mobiliers
corporels (LUVI) ». Elle comporte 101 articles et régit les obligations du vendeur et de
l’acheteur.
▪ La Convention de New York du 14 avril 1974 sur la prescription en
matière de vente internationale de marchandises complétée par un Protocole du 11
avril 1980.

10
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

▪ La Convention de Genève du 17 février 1983 sur la représentation en


matière de vente internationale de marchandises.
= Ces conventions n’ont pas connu grand succès.
Dans le cadre de la CNUDCI, une réflexion sur une nouvelle convention fut
menée = La Convention de Vienne du 11 avril 1980 sur les contrats de vente
internationale de marchandises. Texte qu’il convient de présenter (§ 1), avant d’en
déterminer le champ d’application (§ 2).
§ 1. Présentation de la CVIM
La Convention de Vienne du 11 avril 1980 sur la vente internationale de
marchandises (CVIM) est la plus connue. Elaborée sous l’égide de la CNUDCI et
entrée en vigueur le 1er janvier 1988, elle représente depuis cette date le droit commun
de la vente internationale. Elle est complétée par les Incoterms.
La CVIM comprend 101 articles répartis en quatre parties :
➢ La première est relative au champ d’application et aux dispositions
générales.
➢ La deuxième concerne la formation du contrat.
➢ La troisième est relative aux effets du contrat (obligation du vendeur,
de l’acheteur et obligations communes)
➢ La quatrième contient les dispositions finales (dispositions
diplomatiques relatives à la ratification, à la dénonciation et aux réserves).
Questions couvertes par la CVIM.
❖ Positivement. La Convention régit la formation du contrat de vente et
les droits et obligations du vendeur et de l’acheteur.
❖ Négativement. La Convention ne régit pas l’intégralité du droit de la
vente. Sont exclues :
➢ Les questions portant sur la validité du contrat et de ses clauses, y
compris les clauses exonératoires ou limitatives de responsabilité8.
➢ Les relations avec les tiers.

8 Com. 13 fév. 2007, RTD. Civ. 2007 ; D. 2008. 2623, [Link]. Witz.

11
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

➢ La responsabilité du vendeur pour dommages corporels causés aux


tiers.
➢ Les conditions et modalités de transfert de propriété.
Un accord entre États s’est avéré impossible à trouver sur ces différents
points. Plutôt que de faire échouer le projet, on a choisi de conclure une
Convention couvrant certaines questions du droit de la vente, qui sont en réalité les
plus importantes en pratique.
Solution. Dans les domaines non couverts, il faut procéder à la désignation
d’une loi applicable par le biais d’une règle de conflit.
= La Convention de Vienne, tout en unifiant le droit matériel, n’exclut donc
pas le recours au droit international privé9.
Il y a dans les solutions retenues par la CVIM une inspiration anglo-
américaine certaine et une influence du droit allemand.
Le contenu de la CVIM est jugé neutre et équilibré. Le but des dispositions est
de préserver le lien contractuel plutôt que de l’anéantir. La Convention renvoie aussi
à une sorte « d’affectio contractus » qui s’exprime notamment par le devoir de minimiser
le dommage subi.
La CVIM est une véritable réussite. Avec l’adhésion du Portugal le 23
septembre 2020, du Turkiméstan le 04 mai 2022 et du Rwanda le 22 septembre 2023,
elle compte 97 États parties10. Cette convention est acceptée par les opérateurs
économiques internationaux comme un instrument répondant à leurs besoins. Les
arbitres l’appliquent avec constance11.
L’influence de la CVIM est grande sur les réformes nationales du droit de la
vente en général. Elle est aussi une source d’inspiration pour les instruments de droit
souple. La CVIM a influencé d’autres textes tels que les Principes Unidroit et les
Principes Européens. La CVIM contient tant par son esprit que par sa lettre de
nombreux principes généraux du droit du commerce international.

9 F. FERRARI, « La Convention de Vienne sur la vente internationale et le droit international privé », JDI. 2006. 27.
10 [Link]
11 U. DRAETTA, « La Convention des Nations unies de 1980 sur les contrats de vente internationale de

marchandises et l’arbitrage », RD. Aff. Int. 2012. 193.

12
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

Malgré son succès et son efficacité, la CVIM est exposée à un risque découlant
des divergences d’interprétation12. En l’absence d’une cour mondiale unificatrice,
l’interprétation de la CVIM émane des juges nationaux et des arbitres.
Afin de palier à cet inconvénient, l’article 7 de la Convention13 prévoit des
règles générales d’interprétation d’après lesquelles il convient de tenir compte :
➢ De son caractère international
➢ De la nécessité de promouvoir l’uniformité de son application
➢ De la nécessité d’assurer le respect de la bonne foi dans le commerce
international
➢ L’article renvoie aux principes généraux dont s’inspire la Convention
ou à défaut à la loi applicable pour les questions concernant les matières régies par la
présente Convention et qui ne sont pas expressément tranchées par elles.
Les articles 8 et 9 complètent ces règles générales d’interprétation en évoquant
la commune intention des parties et les usages du commerce international.
➢ Les interprètes doivent faire en sorte d’éviter une interprétation locale.
➢ C’est une interprétation autonome de la CVIM, conforme à son origine
internationale, qui doit être mise en œuvre.
Cette interprétation est aujourd’hui facilitée par la mise en place d’un recueil
analytique de jurisprudence de la CNUDCI relative à la CVIM (consultable sur le site
[Link]).
La pratique montre que les divergences d’interprétation entre les différentes
jurisprudences nationales, si elles existent, ne sont pas dirimantes. La voie est au
contraire tracée vers un véritable droit mondial de la vente.

12 F. FERRARI, « Tendance insulariste et lex forisme malgré un droit uniforme de la vente », Rev. Crit. DIP. 2013.
323.
13 « Pour l’interprétation de la présente Convention, il sera tenu compte de son caractère international et de la

nécessité de promouvoir l’uniformité de son application ainsi que d’assurer le respect de la bonne foi dans le
commerce international.
2) Les questions concernant les matières régies par la présente Convention et qui ne sont pas expressément tranchées
par elle seront réglées selon les principes généraux dont elle s’inspire ou, à défaut de ces principes, conformément à
la loi applicable en vertu des règles du droit international privé. »

13
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

§ 2. Domaine d’application de la CVIM


La convention a un domaine territorial (A), et matériel (B). Elle a aussi un
caractère dispositif (C).
A- Domaine territorial
La CVIM s’applique aux contrats :
1- Entre des parties ayant leur établissement dans des États contractants
différents (art. 1-1-a). Lorsqu’une partie a plus d’un établissement, il convient de
prendre en compte celui qui a la relation la plus étroite avec le contrat (art. 10).
➢ Ce premier critère joue lorsque les parties sont établies dans des États
contractants.
➢ Sont indifférents ( art. 1-3) :
➢ La nationalité des parties
➢ La CVIM régit uniquement la vente internationale. La vente interne
n’est pas envisagée, ce qui aboutit à une dualité de régimes.
➢ La définition de l’internationalité de la vente. Le critère retenu est simple
et fonctionnel. Seuls les lieux d’établissement des parties sont pris en compte à
l’exclusion de tout autre critère.
2- À défaut, si les deux parties ne sont pas établies toutes les deux dans
des États contractants, un second critère est prévu permettant tout de même
l’application des dispositions de la Convention.
➢ Selon ce critère, la Convention s’applique lorsque les règles du droit
international privé mènent à l’application de la loi d’un État contractant (art. 1-1-b).
➢ Ce critère conduit à une application extensive de la Convention dans
des cas ou le vendeur et l’acheteur (ou les deux) seraient établis dans un État non
contractant.
➢ Conformément à l’article 95 de la Convention, les États peuvent
émettre des réserves écartant cet article 1-1-b. C’est le cas des États-Unis et de la
Chine.

14
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

B- Domaine matériel
La CVIM s’applique « aux contrats de vente de marchandise » ( art.1).
❖ Positivement.
▪ La Convention s’applique au contrat de vente. Bien que le texte ne
définisse pas ce qu’il faut entendre par vente, c’est la définition traditionnelle de ce
contrat qui est visée.
▪ Elle régit les contrats portant sur des marchandises à fabriquer ou
à produire ( art. 3.1).
▪ Un arrêt de la Cour fédérale de justice allemande ( BGH, 24 septembre
2014) a décidé qu’il convient d’assimiler les contrats de fourniture aux contrats de
vente « lorsque le fournisseur fabrique les marchandises à livrer selon les directives et les instructions
du donneur d’ordre »
▪ Une décision d’une juridiction néerlandaise de première instance (25
mars 2015, D. 2017.615, obs. B. Kohler) s’est prononcée sur la question de savoir si
la vente de logiciel relève de la CVIM. Elle apporte une réponse positive qui mérite
approbation.
▪ La CVIM est destinée à régir la vente entre professionnels.
❖ Négativement.
▪ Sont exclues du champ d’application les ventes aux consommateurs (il
s’agit des ventes de marchandises achetées pour un usage personnel, familial ou
domestiques selon l’article 2. a ).Ces contrats échappent à la convention pour être
soumis aux règles protectrices du consommateur selon les méthodes habituelles de
désignation de la loi applicable.
▪ Sont exclues les ventes aux enchères et sur saisie (art. 2 b et c), les ventes
de navires, bateaux et aéronefs.

15
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

C- Le caractère dispositif de la CVIM


La CVIM est un texte à caractère dispositif. Elle n’est pas au sens strict
obligatoire pour les parties. Celles-ci ont la faculté de l’écarter14.
L’éviction peut se faire en totalité ou en partie conformément à son article 6.
L’exclusion explicite. Par l’insertion d’une clause d’electio juris qui stipule
que « La Convention de Vienne n’est pas applicable au présent contrat ».
Exclusion tacite.
➢ Le choix de la loi d’un État contractant entraine l’application de la
CVIM et ne vaut pas exclusion tacite.
➢ L’exclusion tacite intervient le plus souvent à la lumière du
comportement procédural des parties. Tel est le cas lorsque les parties durant un
procès invoquent et discutent le droit interne sans soulever l’application de la CVIM.
Section 2. Les contrats liés à la vente internationale

CL. WITZ, « L’exclusion de la Convention des Nations Unies sur les contrats de vente internationale de
14

marchandises par la volonté des parties », D. 1990, chr. 107.

16
Notes de cours – DCI- M1 Recherche- droit des affaires - FJSPST- 2024-2025-T. AHMADI

Pour aller plus loin…


S. BOSTANJI,
- « De la promotion des usages du commerce international par la justice étatique (À propos de l’affaire
Interco c/ NorthAfrican International Bank) » JDI. 2005, p.1067 et s.
- « Approche critique de la clause d'electio juris », RJL, 2009-4, vol 51, p. 21 et s.

B. ANCEL, « Auctoritate rationis. Le droit savant du contrat international », in Clés pour le siècle, Paris, Dalloz, 2000, p.
265.

B. AUDIT, « Le choix des Principes d’Unidroit comme loi du contrat et le droit international privé », in Liber amicorum
Camille JAUFFRET-SPINOSI, Dalloz, 2013, p.13 et s.

W. BEN HAMIDA, « Le Code de droit international privé et le droit non étatique », in BEN ACHOUR (S.), TRIKI
(S.), (dir.), Le Code de droit international privé, vingt d’application ( 1998-2018), Latrach édition, 2020, p. 49 et s.

L. GANNAGÉ, « Le contrat sans loi en droit international privé », in BOELE-WOELKI (K.), VAN ERP (S.), (dir.),
Rapports généraux du XVIIe congrès de l’Académie internationale de droit comparé, Bruylant-Eleven international publishing,
2007, p. 275 et s, version numérique, Electronic Journal of Comparative Law, vol. 11.3, décembre 2007,
[Link]

J.-P. BÉRAUDO, « Faut-il avoir peur du contrat sans loi ? », in Mélanges Paul LAGARDE. Le droit international privé :
esprit et méthodes, Dalloz, 2005, p. 93 et s.

X. BOUCOBZA, « Le contrat et l’espace », in La relativité du contrat, Journées de l’Association Capitant, LGDJ, 2000,
p. 97 et s.

G. BUSSEUIL, « L’avenir des Principes Unidroit relatifs aux contrats de commerce international et des principes
Européens du droit du contrat : du droit mou au droit dur ? », version numérique ,
[Link] .

E. S. DARANKOUM, « L’application des Principes d’UNIDROIT par les arbitres internationaux et par les juges
étatiques », R.J.T., 2002, n° 36, p. 412 et s, version numérique,
[Link]

N. FERJANI, « Le contrat international face à la mondialisation : le cas franco-Tunisien »,R.J.L, 48e année, n° 9, 2006,
p. 9 et s.

J.- M. JACQUET, « Le contrat international : l’originalité des méthodes », Journal des sociétés, Dossier « contrat international
», juin 2009, n° 66, p. 16 et s.

- « L’émergence du droit souple. (ou le droit « réel » dépassé par son double) », in Études à la mémoire du
Professeur Bruno OPPETIT , LexisNexis, 2009, p. 331et s.
- « La Théorie de l’autonomie de la volonté », in CORNELOUP (S.), JOUBERT (N.), (dir.), Le règlement
communautaire Rome I et le choix de loi dans les contrats internationaux, LexisNexis, 2011, p. 1 et s.

T. AZZI, « La volonté tacite en droit international privé », Trav. Com. fr. DIP (2010-2012), Pedone, 2013, p. 147 et s.

C. NOURISSAT, « Le dépeçage », in CORNELOUP (S.), JOUBERT (N.), (dir.), Le règlement communautaire Rome I et le
choix de loi dans les contrats internationaux, LexisNexis, 2011, p. 205 et s.

17

Vous aimerez peut-être aussi