2.
SUITES ET SÉRIES NUMÉRIQUES 45
l ey
Preuve 2 : Précisément, l’avantage des limites inf/sup est de toujours exister (dans R [ {±1}).
On peut donc écrire en passant aux limites inf et aux limites sup :
lim inf un lim inf vn lim inf wn , et lim sup un lim sup vn lim sup wn .
n!+1 n!+1 n!+1 n!+1 n!+1 n!+1
Mais par hypothèse de convergence, on a
lim inf un = lim sup un lim inf wn = lim sup wn = `.
bo
n!+1 n!+1 n!+1 n!+1
Ainsi
lim inf vn = lim sup vn = `
n!+1 n!+1
et donc par propriété des limites inf/sup, v converge vers `.
On va désormais aborder un résultat central de ce chapitre : pour ce faire nous allons aborder la
notion de suite extraite :
am
Définition 2.11. Soit (un )n2N . On appelle suite extraite de (un )n2N une suite de la forme (u'(n) )n2N
où ' : N ! N est une fonction strictement croissante, qu’on appellera extraction. Si ` 2 R est limite
d’une suite extraite de (un )n2N , on dira que ` est une valeur d’adhérence de (un )n2N . 36
Remarque 2.12. Une autre notation répandue consiste à considérer n0 < n1 < . . . nk < . . . des
entiers, et de noter (unk )k2N la suite extraite. Mais cette notation a ses limites (par exemple si on
prend des suites extraites de suites extraites).
Théorème 2.13 (Bolzano-Weierstrass). Soit (un )n2N une suite réelle bornée. Alors il existe une suite
extraite de (un )n2N qui est convergente dans R.
:L
Remarque 2.14. Une fois qu’on aura fait un peu de topologie, on pourra remplacer l’énoncé de ce
théorème par le fait que les ensembles [a, b] où a et b sont deux réels, sont des ensembles compacts.
Aussi, une autre façon de donner l’énoncé est de dire que toute suite bornée admet au moins une
valeur d’adhérence.
Démonstration. Nous allons utiliser la méthode dite de dichotomie, via une construction par récur-
rence :
Initialisation : Comme u est bornée, il existe (a, b) 2 R2 telle que 8n 2 N, un 2 [a, b]. Posons
a0 = a, b0 = b, et '(0) = 0.
Première étape : 37 Les ensembles
ß ï ò™ ß ï ò™
a 0 + b0 a 0 + b0
p 2 N, up 2 a0 , et p 2 N, up 2
r
, b0
2 2
ont pour union N, au moins l’un d’eux est donc infini 38 . Si le premier est infini, on pose a1 = a0 et
teu
b1 = a0 +b
2 , sinon on pose a1 =
0 a0 +b0
2 et b1 = b.
Hérédité : on considère construits (ak , bk )k2J0,nK tels que
— 8k 2 J0, n 1K, ak ak+1 , bk+1 bk
— 8k 2 J0, nK, bk ak = b a
2k
— 8k 2 J0, nK, [ak , bk ] contient une infinité d’éléments de u.
On considère ß ï ò™ ß ï ò™
a n + bn a n + bn
p 2 N, up 2 an , et p 2 N, up 2 , bn
2 2
an +bn
dont un au moins est infini. Si le premier est infini, on pose an+1 = an et bn+1 = 2 , sinon on pose
Au
an+1 = an +b
2
n
et bn+1 = b. On a bien
b a
an an+1 , bn+1 bn , bn+1 an+1 = , et [an+1 , bn+1 ] contient une infinité d’éléments de u,
2n+1
36. **Attention, dans des cadres topologiques plus complexes, ceci n’est pas la bonne définition de valeur d’adhérence.
37. Cette étape est superflue, elle est mise là pour aider le lecteur à saisir la construction qu’on est en train de faire.
38. Il est possible qu’ils soient tous les deux infinis.
46 CHAPITRE I. ANALYSE À UNE VARIABLE RÉELLE
l ey
d’où la construction au rang suivant.
On construit désormais l’application ' également par récurrence : '(0) := 0 et
8n 2 N, '(n + 1) := min{p > '(n), up 2 [an+1 , bn+1 ]},
ce dernier minimum étant bien défini car l’ensemble considéré est un ensemble d’entiers naturels, non
vide car infini. La fonction ' est bien une extraction car elle est à valeurs dans N et strictement
croissante, et on a de plus
bo
8n 2 N, an u'(n) bn .
La suite (an )n2N est croissante est majorée par b, donc par le théorème 2.8, elle converge vers ` 2 R.
De même, la suite (bn )n2N converge, et comme (an bn )n2N tend vers 0, (bn )n2N converge également
vers `. On conclut par la propriété des encadrements 2.10 que (u'(n) )n2N converge vers `.
2.1.4 Exercices
am
Exercice 2.15 (Suite bornée). Etant donné une suite réelle (un )n2N , montrer que les propriétés
— 9(a, b) 2 R2 , 8n 2 N, a un b,
— 9M 2 R, 8n 2 N, |un | M ,
sont équivalentes. On dira que (un )n2N est bornée et on utilisera l’une ou l’autre des assertions de
façon équivalente. 39
:L
Exercice 2.16 (Suite croissante). Etant donné une suite réelle (un )n2N , montrer que les propriétés
— 8(p, q) 2 N2 tel que p q, up uq ,
— 8n 2 N, un un+1 ,
sont équivalentes. On dira que (un )n2N est croissante et on utilisera l’une ou l’autre des assertions de
façon équivalente.
Exercice 2.17. 1. Montrer que la définition 2.1 est équivalente à la suivante 40 :
8" > 0, 9n0 2 N, 8n n0 , |un `| < ".
2. Prouver l’unicité de la limite d’une suite (un )n2N 2 RN .
r
Ä ä
3. Montrez avec la définition de la convergence que la suite 1
n2 n2N⇤
converge vers 0.
p
4. Montrer avec la définition de la divergence vers +1 que lim n + 2 = +1.
teu
n!+1
5. Montrer avec la définition de la convergence que la suite (( 1)n ) n2N n’est pas convergente.
Exercice 2.18 (Caractérisation séquentielle de la borne supérieure 41 ). Soit A une partie non vide de
R, et M 2 R [ {+1}. Montrer que 42
8
>
< 8x 2 A, xM
M = sup(A) ,
: 9(xn )n2N 2 AN ,
> xn !M
n!+1
39. Attention, quand on abordera les suites à valeurs dans des espaces plus généraux, par exemple C, seule la deuxième
version sera possible.
Au
40. Et donc on utilisera l’une ou l’autre ; il arrive que l’une soit plus commode que l’autre, et le lecteur est invité à
s’en rendre compte quand cela arrive. J’en profite pour remarquer qu’il est de très mauvais ton, à l’écrit ou à l’oral, de
ne pas faire strictement la différence entre les usages de et de <. Quand on a le choix, je pense qu’il est préférable
d’utiliser , qui se comporte mieux dans les calculs (par exemple, si on passe à la limite).
41. Ce résultat est à connaître.
42. On a donc une nouvelle caractérisation de la borne supérieure. Dans la preuve, distinguez bien les deux cas M < +1
et M = +1 quand cela est nécessaire. Notez aussi que la première condition est triviale si M = +1, c’est le cas où A
n’est pas majoré.