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Propriétés des Nombres Réels et Densité

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1.

LE CORPS DES NOMBRES RÉELS 35

l ey
On utilise très fréquemment la seconde propriété sous la forme de sa contraposée, à savoir :
h i
8M 0 2 R, M 0 < M ) 9x 2 A, x > M 0 ,

c’est-à-dire que tout réel strictement inférieur à M n’est pas un majorant de A. Dans les démonstrations,
pensez bien au fait que la borne supérieure est caractérisée par deux propriétés.

Notez qu’on peut montrer à partir de ces “axiomes” 6 .

bo
Théorème 1.2. Q est dense dans R.

Démonstration. Dans le cas des sous-ensembles de R, on peut définir le caractère dense de la façon
suivante : A ⇢ R est dit dense si pour tout x < y deux réels, ]x, y[\A est non vide. 7
Soit donc deux réels x < y. On distingue 3 cas : si x < 0 et y > 0, on peut voir que 0 2]x, y[\Q.
Supposons Ä désormais
ä 0  x < y. On cherche un entier n0 suffisamment grand pour que les nombres de
la forme nk k2N passent par l’intervalle ]x, y[ au moins une fois, ce qui sera possible si n1 est strictement

am
inférieur à la longueur de cet intervalle. On utilise donc le caractère archimédien de R aux nombres
(1, y 2 x ) : il existe n0 2 N tel que 1  n0 . y 2 x . En particulier n0 6= 0, d’où n10 < y x. Pour trouver k,
on pose ß ™
k
I := k 2 N, >x .
n0
Cet ensemble est non vide, encore une fois d’après le caractère archimédien 8 , et comme il est inclus
dans N, il contient un plus petit élément 9 , qu’on note k0 . On a donc bien nk00 > x. Pour voir que nk00 < y,
on utilise que k0 1 n’est pas dans I (car k0 était le plus petit) et donc
:L
k0 1 k0 1
 x, ce qui donne x+ <x+y x = y,
n0 n n0
et montre bien que ]x, y[\Q est non vide.
Il reste à traiter le 3ième cas où x < y  0. On applique le cas précédent au couple 0  y < x,
et donc l’intervalle ] y, x[\Q est non vide, et comme Q est stable par multiplication par ( 1), on
a le résultat 10 .

Que faut-il retenir de ce paragraphe ? D’une part, que l’on a le droit d’utiliser notre intuition, voir
les réels comme des “nombres à virgules” ou encore comme des limites de rationnels, sans risquer
d’être en dehors des clous du programme. D’autre part, que les propriétés iv) et v) (absolument
fondamentales), peuvent chacunes être considérées tant comme des théorèmes que comme des axiomes
issus des constructions de R, ces constructions n’étant pas à connaître.
r

1.2 Préliminaires topologiques


teu

Comme on l’a dit en introduction, on a choisi de faire figurer ce chapitre d’analyse réelle avant le
chapitre de Topologie III. On utilisera quand même quelques éléments de vocabulaire usuel. On se
donne D ⇢ R :
— un élément x de R est dit adhérent à D s’il existe (xn )n2N suite d’éléments de D qui converge vers
x, et on notera x 2 D 11 . On appellera D l’adhérence de D. En considérant des suites constantes,
on constate que D ⇢ D. Enfin, on dira que D est fermé si D = D.
6. En fait, on n’utilisera que le caractère archimédien.
7. Logiquement, vous devriez avoir en mémoire au moins une autre définition de la densité, par exemple dans le cas
des espaces métriques, voir aussi le paragraphe 1.2 et l’exercice 1.5. Prenez le temps de comprendre pourquoi la définition
Au

utilisée ici avec les intervalles ne se généralise pas bien à d’autres types d’espaces.
8. On peut appliquer le caractère archimédien au couple (x, n01+1 ) qui donne l’existence de k tel que x  n0k+1 . En
particulier x < nk0 .
9. Qu’on pourrait calculer avec la fonction partie entière, voir les remarques de l’exercice 1.4.
10. Le lecteur peu convaincu par cette phrase peut écrire qu’il existe r 2] y, x[\Q et cherchera à constater que dans
ce cas ( r) 2]x, y[\Q.
11. Une définition équivalente : x est adhérent à D si et seulement si pour tout " > 0, ]x ", x + "[\D est non vide,
voir le Chapitre III
36 CHAPITRE I. ANALYSE À UNE VARIABLE RÉELLE

l ey
— on dira qu’un point x 2 D est intérieur à D s’il existe ↵ > 0 tel que ]x ↵, x + ↵[⇢ D. On dira
que D est ouvert si tous ses points sont intérieurs à D.
— on appellera voisinage de x un ensemble qui contient ]x ↵, x + ↵[ pour un certain ↵ > 0. Par
exemple, un ensemble est donc ouvert s’il est voisinage de tous ses points.
— on l’a déjà fait au paragraphe précédent, mais rappelons qu’on dira que D est dense dans R si
pour tout x < y deux réels, ]x, y[\D est non vide.

bo
On utilisera également l’ensemble R[{±1} 12 13 . Attention R[{±1} n’est plus un corps (on ne peut
additionner +1 et 1, ni multiplier 0 et 1 14 ). C’est par contre un espace qu’on peut classiquement
munir d’une métrique, voir l’exemple 1.6 du Chapitre III. Il peut être très commode, notamment pour
reformuler des propriétés et unifier des cas. Par exemple :
Propriété de la bornée supérieure reformulée : si A est un sous-ensemble non vide de R, alors
on peut poser 15 :
®
le plus petit des majorants de A si A est majoré

am
sup(A) :=
+1 sinon

Cette notation peut être très commode, mais attention, il n’empêche que dans les démonstrations, on
est parfois amené à distinguer deux cas. On a vite fait d’écrire des bêtises en travaillant avec +1 16 .

On a déjà utilisé à plusieurs reprises la notion d’intervalle. Rappelons quand même que par définition,
un intervalle est un ensemble convexe de R : I est un intervalle si et seulement si

8(x, y) 2 I, 8z 2 R, x < z < y =) z 2 I,


:L
et qu’on peut montrer (voir l’exercice 1.6) que tout intervalle se trouve dans la liste suivante :

[a, b], [a, b[, ]a, b], ]a, b[, [a, +1[, ]a, +1[, ] 1, b], ] 1, b[, ;, R, (1.1)

où a  b sont des réels.


On pourra ajouter
[a, +1], [ 1, b], R [ {±1},

si on accepte de travailler avec R [ {±1}, mais ce ne sont pas des intervalles de R.


On conclut par un résultat très classique sur les sous-groupes de R :
r

Proposition 1.3. Soit G un sous-groupe de (R, +). Alors


— soit il existe a 2 R+ tel que G = aZ,
teu

— soit G est dense dans R.

Démonstration. Si G = {0}, on prend a = 0. Sinon, G contient un élément non nul x 2 G \ {0}, qu’on
peut supposer strictement positif quitte à l’échanger avec x 2 G \ {0}. L’ensemble G \ R⇤+ est non
vide (contient x) et minoré (par 0), il possède donc une borne inférieure a 0.

12. Où {±1} vaut pour {+1, 1}.


13. Une notation très répandue pour cet ensemble est R := R [ { 1, +1}. Pourquoi pas, à condition de comprendre
qu’il s’agit d’une notation, et qu’elle est dangereuse : il ne s’agit pas de l’adhérence de R ! Effectivement, si on travaille
dans l’espace métrique usuel R, alors son adhérence (qu’on note également R) sera simplement R, puisqu’en tant qu’espace
ambiant, c’est un fermé.
Au

14. Dans le chapitre IV, on établiera une convention pour cette multiplication, qui étendra à tout R [ {±1} la
multiplication usuelle, mais il ne faut pas perdre de l’esprit que cette extension de l’opération de multiplication ne sera
plus continue.
15. On définit même parfois, par convention, sup(;) = 1, même si je déconseille d’user trop fréquemment de ces
généralisations par toujours intuitives.
16. À titre d’exemple, imaginons qu’on arrive à démontrer 2 sup(A)  sup(A). On ne pourra déduire sup(A)  0 que
si on sait que A est borné : en effet 2 ⇤ (+1)  +1 est une inégalité tout à fait valable. De même, je vous laisse voir
pourquoi sup(A) + 2  sup(A) n’amène pas nécessairement à une contradiction.
1. LE CORPS DES NOMBRES RÉELS 37

l ey
— Supposons a > 0. Supposons par l’absurde que a 2 / G. Comme a < 2a, 2a n’est pas un minorant
de G \ R⇤+ , donc il existe b 2 G tel que a  b < 2a, mais comme a 2/ G, on a en fait a < b < 2a.
On répète l’argument entre a et b, ce qui donne l’existence de c 2 G tel que a < c < b. Mais alors

0<b c < 2a a = a, et par structure de groupe, b c2G

ce qui contredit le fait que a minore G \ R⇤+ 17 . Ainsi a 2 G, et par suite aZ ⇢ G. Pour montrer
l’inclusion réciproque, on se donne g 2 G, et on pose n = E( ag ). Alors avec la définition de la

bo
partie entière (voir Exercice 1.4), on obtient na  g < (n + 1)a, i.e. 0  g na < a. Mais par
structure de groupe, g na 2 G, donc par définition de a, na g = 0, i.e. g 2 aZ, ce qui conclut
ce cas.
— Supposons a = 0 18 : montrons que G est dense dans R. Soit (x, y) 2 R2 avec x < y. Ä äAinsi
y x 2 R⇤+ et inf(G \ R⇤+ ) = 0, donc il existe g 2 G tel que 0 < g < y x. On pose n = E xg + 1.
Alors par définition de la partie entière, (n 1)g  x < ng, d’où par suite

x < ng = (n 1)g + g  x + g < y, d’où ng 2]x, y[\G.

am
On a donc montré que G intersecte tout intervalle de R, c’est-à-dire que G est dense dans R.

1.3 **Vers les constructions de R


Une idée naturelle (voir aussi [God98, page 51]), au vu de l’intuition qu’on s’en fait, serait de définir
un réel comme un nombre à virgule (on dira plutôt “écrit sous forme décimale”), c’est-à-dire comme une
suite d’entiers entre 0 et 9 (si on choisit de travailler en base 10, ce qui ne doit pas avoir d’importance
:L
a posteriori), et d’un endroit où placer la “virgule”. On pourrait ainsi voir l’ensemble des rationnels
comme l’ensemble des réels dont l’écriture décimale devient périodique à partir d’un certain rang. Si
tant est qu’on pouvait formaliser une telle construction (on peut), cela poserait un premier problème
(pas trop grave) de non unicité de l’écriture décimale pour certains nombres 19 , mais surtout un très
sérieux problème pour définir addition et multiplication de deux réels, qui ne se prêtent pas bien à
cette écriture “infinie”. Même si cela peut être rendu rigoureux (d’après Wikipedia), on présentera une
autre construction plus classique. Mais avant cela, nous montrons l’équivalence des axiomes iii-iv) et
v) du paragraphe précédent.

1.3.1 *Equivalences des constructions


On donne ici des idées de preuves de l’“équivalence” des constructions évoquées au paragraphe précé-
r

dent (pour lire ce paragraphe, il vaut mieux être déjà familier avec les notions de base sur la complétude
qui se trouve au paragraphe 1.4 du Chapitre III) :
teu

*Éléments de preuve de iii) et iv) en supposant v) : À partir de v), on montre le théorème de la


limite monotone (voir théorème 2.8), qui affirme
Ä ä qu’une suite décroissante et minorée est convergente
dans R. On applique ce résultat à la suite n1 n2N⇤ , qui a donc une limite 20 . Par suite,

1 1 1
= ! 0
n(n + 1) n n+1 n!+1

et donc si 0 < x < y, la définition de cette convergence avec " = x


y montre qu’il existe n0 2 N tel que

1 x
 , d’où y  n0 (n0 + 1)x,
n0 (n0 + 1) y
Au

17. On a utilisé un peu plus tôt que des nombres supérieurs strictement à a n’étaient pas minorant, et ici que a est un
minorant de G \ R⇤+ , on a donc bien utilisé les deux caractéristiques de la borne inférieure, voir la Remarque 1.1.
18. Ici, on va seulement utiliser une des caractéristiques de la borne inférieure, à savoir que si M 2 R⇤+ , alors M n’est
pas un minorant de G. La raison est que le fait que a = 0 soit un minorant de R⇤+ \ G est ici “trivial”, et ne va donc pas
nous aider.
19. Rappelons si besoin que 0, 999999 . . . = 1
20. Je ne suis pas en mesure de conclure que cette limite est zéro, il faut donc utiliser l’astuce qui suit.

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