© Laurent Garcin MP Dumont d’Urville
Groupes
1 Compléments sur les groupes
Proposition 1.1 Intersection de sous-groupes
Soit (H𝑖 )𝑖∈I une famille de sous-groupes d’un groupe G. Alors H𝑖 est un sous-groupe de G.
⋂
𝑖∈I
Définition 1.1 Sous-groupe engendré par une partie
Soit A une partie d’un groupe G. On appelle sous-groupe engendré par A l’intersection de tous les sous-groupes de G
contenant A i.e. le plus petit sous-groupe de G contenant A. On note ce sous-groupe ⟨A⟩.
Remarque. Si le sous-groupe engendré par A est G, on dit également que A est un partie génératrice de G.
Proposition 1.2
Soit A une partie d’un groupe G. Alors
ε ε ε𝑝
⟨A⟩ = {𝑎11 𝑎22 … 𝑎𝑝 , 𝑝 ∈ ℕ, (𝑎1 , … , 𝑎𝑝 ) ∈ A𝑝 , (ε1 , … , ε𝑝 ) ∈ {−1, 1}𝑝 }
𝑛 𝑛 𝑛𝑝
= {𝑎1 1 𝑎2 2 … 𝑎𝑝 , 𝑝 ∈ ℕ, (𝑎1 , … , 𝑎𝑝 ) ∈ A𝑝 , (𝑛1 , … , 𝑛𝑝 ) ∈ ℤ𝑝 }
Remarque. Dans le cas où 𝑝 = 0, on retrouve l’élément neutre.
Exemple 1.1
• Le sous-groupe engendré par la partie vide est le sous-groupe trivial contenant le seul élément neutre.
• L’ensemble des transpositions de S𝑛 engendrent S𝑛 .
Exercice 1.1
Montrer que le groupe orthogonal O(E) d’un espace euclidien E est engendré par les réflexions.
Exercice 1.2
On note A𝑛 l’ensemble des permutations de S𝑛 de signature 1. Montrer que A𝑛 est un sous-groupe de S𝑛 engendré par
les 3-cycles.
[Link] 1
© Laurent Garcin MP Dumont d’Urville
Proposition 1.3 Sous-groupe engendré par un élément
Soient G un groupe et 𝑥 ∈ G. Le sous-groupe engendré par {𝑥} est appelé plus simplement sous-groupe engendré par 𝑥.
On le note ⟨𝑥⟩.
Remarque. Si le sous-groupe engendré par 𝑥 est G, on dit également que 𝑥 est un générateur de G.
Proposition 1.4
Soient G un groupe et 𝑥 ∈ G. Alors ⟨𝑥⟩ = {𝑥𝑘 , 𝑘 ∈ ℤ}.
Exemple 1.2
• Les générateurs de (ℤ, +) sont ±1.
2𝑖𝑘π
• Les générateurs de 𝕌𝑛 sont les 𝑒 𝑛 avec 𝑘 ∧ 𝑛 = 1.
Exercice 1.3 Partie génératrice et morphisme
Soient 𝑓 un morhisme d’un groupe G dans un groupe H et A une partie de G. Montrer que ⟨𝑓(A)⟩ = 𝑓(⟨A⟩).
Proposition 1.5 Sous-groupes de (ℤ, +)
Les sous-groupes de (ℤ, +) sont les 𝑎ℤ avec 𝑎 ∈ ℤ.
2 Le groupe ℤ/𝑛ℤ
Proposition 2.1
Soit 𝑛 ∈ ℕ∗ . La relation de congruence modulo 𝑛 définit une relation d’équivalence sur ℤ.
Définition 2.1 ℤ/𝑛ℤ
Soit 𝑛 ∈ ℕ∗ . On appelle ℤ/𝑛ℤ l’ensemble des classes d’équivalences de la relation de congruence modulo 𝑛.
Notation 2.1
On notera 𝑘 la classe de congruence de 𝑘 modulo 𝑛.
Remarque. Par conséquent, 𝑘 = {𝑘 + 𝑝𝑛, 𝑝 ∈ ℤ}.
[Link] 2
© Laurent Garcin MP Dumont d’Urville
Exemple 2.1
Dans ℤ/5ℤ, 47 = 2 = −8.
Remarque. De manière générale, 𝑘 = 𝑚 dans ℤ/𝑛ℤ si et seulement si 𝑘 ≡ 𝑚[𝑛].
Exercice 2.1
⟦0, 𝑛 − 1⟧ ⟶ ℤ/𝑛ℤ
Montrer que l’application { est bijective.
𝑘 ⟼ 𝑘
Proposition 2.2
Soit 𝑛 ∈ ℕ∗ . Alors ℤ/𝑛ℤ = {𝑘, 𝑘 ∈ ⟦0, 𝑛 − 1⟧}. De plus, card (ℤ/𝑛ℤ) = 𝑛.
Proposition 2.3 Addition sur ℤ/𝑛ℤ
Soit 𝑛 ∈ ℕ∗ . On définit une addition sur ℤ/𝑛ℤ en posant
∀(𝑘, 𝑙) ∈ ℤ2 , 𝑘 + 𝑙 = 𝑘 + 𝑙
Remarque. Il faut vérifier que la classe de congruence de 𝑘 + 𝑙 modulo 𝑛 ne dépend que des classes de congruence de
𝑘 et 𝑙 modulo 𝑛, et non des entiers 𝑘 et 𝑙 choisis.
Exemple 2.2
Dans ℤ/4ℤ, 7 + 2 = 9 = 1.
Proposition 2.4 Structure de groupe de ℤ/𝑛ℤ
Soit 𝑛 ∈ ℕ∗ . Alors (ℤ/𝑛ℤ, +) est un groupe commutatif d’élément neutre 0.
Exercice 2.2
ℤ ⟶ ℤ/𝑛ℤ
Soit 𝑘 ∈ ℤ. Montrer que l’application { est un morphisme de groupes additifs.
𝑚 ⟼ 𝑚𝑘
Proposition 2.5
Soit (𝑚, 𝑘, 𝑛) ∈ ℤ2 × ℕ∗ . Alors 𝑚𝑘 = 𝑚𝑘 dans ℤ/𝑛ℤ.
Théorème 2.1 Générateurs de ℤ/𝑛ℤ
Soit (𝑘, 𝑛) ∈ ℤ × ℕ∗ . Alors 𝑘 engendre le groupe (ℤ/𝑛ℤ, +) si et seulement si 𝑘 ∧ 𝑛 = 1.
[Link] 3
© Laurent Garcin MP Dumont d’Urville
3 Ordre d’un élément d’un groupe
Définition 3.1 Ordre d’un élément
Un élément 𝑥 d’un groupe G d’élément neutre 𝑒 est dit d’ordre fini s’il existe 𝑛 ∈ ℕ∗ tel que 𝑥𝑛 = 𝑒.
Dans ce cas, on appelle ordre de 𝑥 l’entier min{𝑛 ∈ ℕ∗ , 𝑥𝑛 = 𝑒}.
Exemple 3.1
L’élément neutre d’un groupe est le seul élément d’ordre 1.
Exemple 3.2
L’ordre d’un cycle de longueur 𝑝 est 𝑝.
Exercice 3.1
Déterminer l’ordre de la permutation σ ∈ S7 telle que
σ(1) = 3 σ(2) = 6 σ(3) = 5 σ(4) = 7 σ(5) = 1 σ(6) = 2 σ(7) = 4
Exemple 3.3
Il est clair que l’ordre d’un élément est conservé par isomorphisme. On en déduit par exemple que ℤ/4ℤ n’est pas iso-
morphe à (ℤ/2ℤ)2 . Ces deux groupes sont commutatifs et de cardinal 4 mais le premier contient un élément d’ordre 4
tandis que le second ne possède que des éléments d’ordre 1 ou 2.
Définition 3.2 Ordre d’un groupe
Le cardinal d’un groupe est appelé l’ordre de ce groupe.
Exemple 3.4
(S𝑛 , ∘) est un groupe d’ordre 𝑛!.
Exercice 3.2
⟦0, 𝑑 − 1⟧ ⟶ ⟨𝑥⟩
Soit 𝑥 un élément d’ordre 𝑑 d’un groupe G. Montrer que l’application { est bijective.
𝑘 ⟼ 𝑥𝑘
Proposition 3.1 Ordre et sous-groupe engendré par un élément
Soit 𝑥 un élément d’un groupe G. Alors 𝑥 est d’ordre fini si et seulement si ⟨𝑥⟩ est d’ordre fini.
Dans ce cas, les ordres de 𝑥 et ⟨𝑥⟩ sont égaux et ⟨𝑥⟩ = {𝑥𝑘 , 𝑘 ∈ ⟦0, 𝑑 − 1⟧}, où 𝑑 désigne l’ordre de 𝑥.
[Link] 4
© Laurent Garcin MP Dumont d’Urville
Remarque. Tout élément d’un groupe fini est donc d’ordre fini.
Proposition 3.2
Soit 𝑥 un élément d’ordre 𝑑 d’un groupe G d’élément neutre 𝑒. Alors pour tout 𝑛 ∈ ℤ, 𝑥𝑛 = 𝑒 ⟺ 𝑑 ∣ 𝑛.
Exercice 3.3
Soient 𝑥 un élément d’un groupe G et 𝑘 ∈ ℤ. On suppose que 𝑥 est d’ordre 𝑛 ∈ ℕ∗ . On note 𝑑 l’ordre de 𝑥𝑘 .
1. Montrer que 𝑛 divise 𝑘𝑑.
𝑛
2. Montrer que 𝑑 divise .
𝑛∧𝑘
𝑛
3. En déduire que 𝑑 = .
𝑛∧𝑘
Exercice 3.4
Soit (𝑘, 𝑛) ∈ ℤ × ℕ∗ . On note 𝑑 l’ordre de 𝑘 dans ℤ/𝑛ℤ.
1. Montrer que 𝑛 divise 𝑘𝑑.
𝑛
2. Montrer que 𝑑 divise .
𝑛∧𝑘
𝑛
3. En déduire que 𝑑 = .
𝑛∧𝑘
Proposition 3.3
Soit 𝑥 un élément d’un groupe fini G. Alors 𝑥 est d’ordre fini et l’ordre de 𝑥 divise l’ordre de G.
Remarque. Notamment, si 𝑥 est un élément d’un groupe d’ordre 𝑛 et d’élément neutre 𝑒, alors 𝑥𝑛 = 𝑒.
Théorème 3.1 Lagrange (hors-programme)
Soit H un sous-groupe d’un groupe fini G. Alors l’ordre de H divise l’ordre de G.
4 Groupes monogènes
Définition 4.1 Groupe monogène
On dit qu’un groupe est monogène s’il est engendré par un de ses éléments.
Remarque. Un groupe monogène est fini ou dénombrable.
[Link] 5
© Laurent Garcin MP Dumont d’Urville
Exemple 4.1
Le groupe (ℤ, +) est monogène puisqu’il est engendré par 1.
Proposition 4.1
Tout groupe monogène est commutatif.
Théorème 4.1
Un groupe est infini monogène si et seulement si il est isomorphe à (ℤ, +).
Définition 4.2 Groupe cyclique
On dit qu’un groupe est cyclique s’il est monogène et fini.
Remarque. Si G est un groupe cyclique d’ordre 𝑛, alors pour tout générateur 𝑥 de G, G = {𝑥𝑘 , 𝑘 ∈ ⟦0, 𝑝 − 1⟧}.
Remarque. Un groupe d’ordre 𝑛 est cyclique si et seulement si il possède un élément d’ordre 𝑛.
Exemple 4.2
• Soit 𝑛 ∈ ℕ∗ . Le groupe (ℤ/𝑛ℤ, +) est cyclique puisqu’il est fini et engendré par 1.
2𝑖π
• Soit 𝑛 ∈ ℕ∗ . Le groupe (𝕌𝑛 , ×) est cyclique puisqu’il est fini et engendré par 𝑒 𝑛 .
• Pour tout entier 𝑛 ≥ 3, S𝑛 n’est pas cyclique puisqu’il n’est même pas commutatif.
• Pour tout entier 𝑛 ≥ 2, (ℤ/𝑛ℤ)2 n’est pas cyclique : il est d’ordre 𝑛2 mais les ordres de ses éléments sont des
diviseurs de 𝑛.
Exercice 4.1
Montrer que tout groupe d’ordre premier est cyclique.
Théorème 4.2
Soit 𝑛 ∈ ℕ∗ . Un groupe est cyclique d’ordre 𝑛 si et seulement si il est isomorphe à (ℤ/𝑛ℤ, +).
Exemple 4.3
ℤ/𝑛ℤ ⟶ 𝕌𝑛
A nouveau, (𝕌𝑛 , ×) est cyclique puisque l’application { 2𝑖𝑘π est bien définie et est un isomorphisme.
𝑘 ⟼ 𝑒 𝑛
[Link] 6
© Laurent Garcin MP Dumont d’Urville
Sous-groupes de ℤ/𝑛ℤ
On peut prouver que les sous-groupes de (ℤ/𝑛ℤ, +) sont cycliques. En effet, si H est un sous-goupe non nul de ℤ/𝑛ℤ, on
peut montrer que H = ⟨𝑚⟩ où 𝑚 = min{𝑘 ∈ ⟦1, 𝑛 − 1⟧ , 𝑘 ∈ H}.
Comme tout groupe cyclique d’ordre 𝑛 est isomorphe à ℤ/𝑛ℤ, on en déduit que les sous-groupes d’un groupe cyclique
sont cycliques.
Exercice 4.2
Montrer que si G est un groupe cyclique d’ordre 𝑛, alors pour tout diviseur 𝑑 de 𝑛, il existe un unique sous-groupe de G
d’ordre 𝑑.
[Link] 7