Urgences en pathologie musculo-squelettique
Urgences en pathologie musculo-squelettique
en pathologie
musculo-squelettique
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d’enseignement, provoque une baisse brutale des achats de livres, au point
que la possibilité même pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles et de
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sont incorporées (art. L. 122-4, L. 122-5 et L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle).
I.S.B.N. : 978-2-84023-811-9
E.A.N. : 9782840238119
Imprimé en France.
Congrès thématique de juin
Opus XXXIX
Comité Scientifique :
B. Vande Berg Les urgences
J.C. Dosch
P. Bonnevialle
E. Hinglais
en pathologie
X. Demondion
B. Augereau
musculo-squelettique
R. Barthelemy Les urgences : comment ça marche ?
H. Bard
Urgences traumatiques du squelette
Comité éditorial :
H. Bard périphérique
F. MIOT Urgences vertébro-médullaires
Comité de lecture : Les urgences pièges
les membres du comité scientifique et
V. Bousson Urgences infectieuses et pseudo-
N. Boutry
J.L. Brasseur infectueuses
E. Dion
P. Djian
Urgences myotendineuses
P. Guigui Urgences iatrogènes
A. Lhoste
V. Vuillemin
Président du Congrès :
Pr Jean-Claude DOSCH
Bureau de la S.I.M.S.
Membres d’Honneur
(Fondateurs du GETROA, anciens secrétaires généraux du GETROA et du GEL)
•
1989 - PATHOLOGIE OSTEO-ARTICULAIRE (épuisé)
1990 - IRM OSTEO-ARTICULAIRE (Rachis excepté)
1991 - PIED ET CHEVILLE
1992 - L’IMAGERIE OSTEO-ARTICULAIRE POST-THERAPEUTIQUE (épuisé)
1993 - IMAGERIE DES PARTIES MOLLES DE L’APPAREIL LOCOMOTEUR
1994 - EVALUATION DE L’IMAGERIE DE L’APPAREIL MOTEUR (épuisé)
1995 - IMAGERIE DE L’OS ET DE LA MOELLE OSSEUSE (épuisé)
1996 - LA COIFFE DES ROTATEURS ET SON ENVIRONNEMENT
1997 - LE GENOU TRAUMATIQUE ET DEGENERATIF
1998 - LE RACHIS LOMBAIRE DEGENERATIF
1999 - IMAGERIE DE LA HANCHE
2000 - IMAGERIE DU RACHIS CERVICAL
2001 - IMAGERIE DU POIGNET ET DE LA MAIN
2002 - IMAGERIE DU PIED ET DE LA CHEVILLE
2003 - tendons et enthèses (prix Fischgold 2003)
2004 - Conduite à tenir devant une image osseuse ou des parties
molles d’allure tumorale
2005 - L’epaule : une approche pluridisciplinaire (getroa-gel)
2006 - Le genou : une approche pluridisciplinaire (sims)
2007 - Bassin et hanche (SIMS)
2008 - Le rachis (sims)
2009 - Poignet et main (SIMS)
2010 - L’imagerie en traumatologie du sport (SIMS)
2011 - Le pied (sims)
•
2003 - IMAGERIE DU COUDE
Liste des collaborateurs
M. ABU EID : Service de Radiologie 2 - N BONNEVIALLE : Institut de l’Appareil O. CLEMENT: Service de Radiologie - Hôpital
Hôpitaux Universitaires de Strasbourg - Hôpital Locomoteur du CHU Toulouse. Unité Européen-Georges-Pompidou - 20, rue Leblanc
de Hautepierre - Avenue Molière - 67098 d’Orthopédie Traumatologie de Purpan - Paris
Strasbourg Cedex P. BONNEVIALLE : Institut de l’Appareil M. COHEN : Service de Radiologie - Clinique
C. ADAMSBAUM : Université Paris Descartes Locomoteur du CHU Toulouse. Unité Juge - Marseille
- Faculté de Médecine - Paris — Service d’Orthopédie Traumatologie de Purpan
d’Imagerie Pédiatrique, CHU Bicêtre - AP-HP A. COTTEN : Service de Radiologie et
C. BORDONNE : Service de Radiologie B - d’Imagerie Musculosquelettique - Centre de
- Paris
CHU Cochin - 27, rue du Fb St-Jacques - 75679 Consultations et d’Imagerie de l’Appareil
N. AMORETTI : Service de Radiologie – Paris Cedex 14 Locomoteur, CHRU de Lille - 59000 Lille
Hôpital L’Archet - CHU Nice - 06202 Nice
R. BOULOS : Service d’Imagerie Médicale
C. APPREDOAI : Institut de l’Appareil C. COURT : Service d’Orthopédie
-Hôpital Louis Mourier – 178, rue des
Locomoteur du CHU Toulouse. Unité Traumatologie - Hôpital Bicêtre, Université
Renouillers - 92701 Colombes
d’Orthopédie Traumatologie de Purpan Paris-Sud - 78, rue du Général Leclerc - 94270
V. BOUSSON : Service de Radiologie ostéo- Le Kremlin Bicêtre
R. ASWAD : Service d’Orthopédie, Clinique articulaire - Hôpital Lariboisière - 2, rue
Juge - Marseille Ambroise Paré - 75475 Paris cedex 10 C. CYTEVAL : Service de Radiologie Ostéo-
J. AUCOURT : Service de Radiologie et articulaire - Hôpital Lapeyronie - CHU de
R. BOUTEKADJIRT : Service de Radiologie Montpellier - 34295 Montpellier Cedex 5
d’Imagerie Musculosquelettique - Centre polyvalente et interventionnelle GH Pitié-
de Consultation et Imagerie de l’Appareil Salpêtrière - 47-83, bd de l’hôpital - 75651 E. DANSE : Service de Radiologie des
Locomoteur - CHRU de Lille - 59037 Lille Paris Cedex 13 Cliniques universitaires Saint-Luc - 10, avenue
B. AUGEREAU : Service de Chirurgie Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique
N. BOUTRY : Service de Radiopédiatrie -
orthopédique et traumatologique - Hôpital C. DAUZAC : Service de Chirurgie
Hôpital Jeanne de Flandre - CHRU de Lille
Européen Georges Pompidou, Université Paris Orthopédique - Assistance Publique-Hôpitaux
- 59000 Lille — Centre de Consultations et
Descartes, AP-HP, Paris
d’Imagerie de l’Appareil Locomoteur, Hôpital de Paris - Hôpital Beaujon - 100, Bd du Général
L.S. BACCAR : Service d’Imagerie Médicale, Roger Salengro, CHRU de Lille - 59000 Lille Leclerc - 92110 Clichy
Hôpital Louis Mourier – 178, rue des
J.L. BRASSEUR : Service de Radiologie X. DEMONDION : Service de Radiologie
Renouillers - 92701 Colombes
polyvalente et interventionnelle GH Pitié- et d’Imagerie Musculosquelettique - Centre
V. BALBI : Service de Radiologie et d’Imagerie Salpêtrière (Pr Grenier) - 47-83, bd de l’hôpital, de Consultations et d’Imagerie de l’Appareil
Musculosquelettique - Centre de Consultations cours des consultations - 75651 Paris Cedex 13 Locomoteur, CHRU de Lille - 59000 Lille —
et d’Imagerie de l’Appareil Locomoteur, CHRU
R.Y. CARLIER : Service de Radiologie Laboratoire d’Anatomie - Faculté de Médecine
de Lille - 59000 Lille
et Imagerie Médicale – Hôpital Raymond de Lille
H. BARD : Service de Chirurgie orthopédique Poincaré – 92380 Garches
et traumatologique - Hôpital Européen Georges M. DE SEZE : Service d’Imagerie, Hôpital
Pompidou, Université Paris Descartes, AP-HP, Y. CATONNE : Service de Chirurgie Pellegrin, CHU Bordeaux - 33000 Bordeaux
Paris France orthopédique et Traumatologie du sport - Pitié-
M. DESURMONT : Service de Médecine
Salpêtrière - 47-83, bd de l’Hôpital - 75013
G. BIERRY : Service de Radiologie 2 - Légale, Hôpital Roger Salengro, CHRU de Lille
Paris
Hôpitaux Universitaires de Strasbourg - Hôpital - 59000 Lille
de Hautepierre - Avenue Molière - 67098 J.M. CEPPARO : Service de Radiologie et
J.L. DIETEMANN : Service de Radiologie 2 -
Strasbourg Cedex d’Imagerie Musculosquelettique - Centre
de Consultation et Imagerie de l’Appareil Hôpitaux Universitaires de Strasbourg - Hôpital
J. BIGOT : Service de Radiopédiatrie, Hôpital Locomoteur - CHRU de Lille - 59037 Lille de Hautepierre - Avenue Molière - 67098
Jeanne de Flandre, CHRU de Lille - 59000 Lille Strasbourg Cedex
L. CEUGNART : Département d’Imagerie
G. BISMUTH : Service d’Imagerie Médicale E. DION : Service d’Imagerie Médicale-
Médicale - Centre Oscar Lambret - 59000 Lille
- Hôpital Louis Mourier – 178, rue des Hôpital Louis Mourier -178, rue des Renouillers
Renouillers - 92701 Colombes P. CHASTANET : Service de Radiologie et
- 92701 Colombes
d’Imagerie Musculosquelettique - Centre
A. BLUM : Service d’Imagerie Guilloz - CHU J.C. DOSCH : Service de Radiologie - Centre
de Consultation et Imagerie de l’Appareil
Nancy - 54000 Nancy
Locomoteur - CHRU de Lille - 59037 Lille de Chirurgie orthopédique et de la main Illkirch
C. BOERI : Service de Chirurgie orthopédique BP 49 - 67098 Strasbourg Cedex
H. CHIAVASSA : Service central d’Imagerie
septique - Hôpitaux Universitaires de
Médicale - Hôpital Purpan - 31059 Toulouse S. DRAGHICI : Service de Radiologie 2 -
Strasbourg - Centre de Chirurgie orthopédique
et de la main Illkirch BP 49 - 67098 Strasbourg V. CHICHEPORTICHE : Service de Radiologie Hôpitaux Universitaires de Strasbourg - Hôpital
Cedex Ostéo-articulaire - Hôpital Lariboisière - 2, rue de Hautepierre - Avenue Molière - 67098
Ambroise Paré - 75475 Paris cedex 10 Strasbourg Cedex
A. BOGORIN : Service de Radiologie 2 -
Hôpitaux Universitaires de Strasbourg - Hôpital P. CLAPUYT : Service de Radiologie des J.L. DRAPE : Service de Radiologie B - CHU
de Hautepierre - Avenue Molière - 67098 Cliniques universitaires Saint-Luc - 10, avenue Cochin - 27, rue du Fb St-Jacques - 75679 Paris
Strasbourg Cedex Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique Cedex 14
A. DUBORY : Service d’Orthopédie J.L. JOUVE : Service d’Orthopédie Pédiatrique E. MASMEJEAN : Unité de Chirurgie de la
Traumatologie - Hôpital Bicêtre, Université de la Timone Enfants - 13000 Marseille Main et des nerfs périphériques - Faculté de
Paris-Sud - 78, rue du général Leclerc - 94270 F. KHIAMI : Service de Chirurgie orthopédique Médecine Paris Descartes - Hôpital Européen
Le Kremlin Bicêtre Georges-Pompidou (HEGP) - 20, rue Leblanc
et traumatologie du sport - Pitié-Salpêtrière -
C. DUBOIS : Service Radiologie - Hôpital Sud 47-83, bd de l’Hôpital - 75013 Paris - 75015 Paris
de Grenoble - BP 338 - 38434 Echirolles Cedex G. MERCY : Service de Radiologie polyvalente
M. KOOB : Service de Radiologie 2 - Hôpitaux
H-K. EA : AP-HP, Hôpital Lariboisière, et interventionnelle GH Pitié-Salpêtrière - 47-
Universitaires de Strasbourg - Hôpital de
Fédération de Rhumatologie, Pôle locomoteur 83, bd de l’hôpital - 75651 Paris Cedex 13
Hautepierre - Avenue Molière - 67098
- Centre Viggo Petersen - 75010 Paris — Strasbourg Cedex V. MERZOUG : Service d’Imagerie
Université Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité, Pédiatrique, CHU Bicêtre - AP-HP - Paris
UFR Saint-Louis-Lariboisière - 75205 Paris L. LAOUISSET : Service de Radiologie
ostéo-articulaire - Hôpital Lariboisière - 2, rue G. MISSENARD : Service d’Orthopédie
M. FARUCH : Service central d’Imagerie Traumatologie - Hôpital Bicêtre, université
Ambroise Paré - 75475 Paris cedex 10
Médicale - Hôpital Purpan - 31059 Toulouse Paris-Sud - 78, rue du général Leclerc - 94270
S. FEREY : Radiologie Pédiatrique - Clinique F. LAPEGUE : Service central d’Imagerie
Le Kremlin Bicêtre
des Grangettes - 7, chemin des Grangettes - Médicale - Hôpital Purpan - 31059 Toulouse
A. MORAUX : Service de Radiopédiatrie,
1224 Chêne Bougeries, Suisse J.D. LAREDO : Service de Radiologie
Hôpital Jeanne de Flandre, CHRU de Lille
A. FEYDY : Service de Radiologie B - CHU Ostéo-articulaire - Hôpital Lariboisière - 2, rue
- 59000 Lille — Centre de Consultations et
Cochin - 27, rue du Fb St-Jacques - 75679 Paris Ambroise Paré - 75475 Paris cedex 10 d’Imagerie de l’Appareil Locomoteur, Hôpital
Cedex 14 W. LAYOUSS : Service d’Imagerie Médicale Roger Salengro, CHRU de Lille - 59000 Lille
C. FOURNIER : Service d’Imagerie, Hôpital -Hôpital Louis Mourier -178 rue des T. MOSER : Département de Radiologie -
Pellegrin, CHU Bordeaux - 33000 Bordeaux Renouillers - 92701 Colombes Centre Hospitalier de l’Université de Montréal,
S. FRANCHI : Service d’Imagerie Pédiatrique, C. LE BELLER : Centre régional de Canada
CHU Bicêtre - AP-HP - Paris Pharmacovigilance - Hôpital Européen- C. MUTSCHLER : Service d’Imagerie
J. GAUDIAS : Service de Chirurgie Georges-Pompidou - 20, rue Leblanc - Paris Médicale -Hôpital Européen Georges
orthopédique septique - Hôpitaux Universitaires S. LECOCQ-TEIXEIRA : Service d’Imagerie Pompidou, Université Paris Descartes, AP-HP,
de Strasbourg - Centre de Chirurgie Guilloz - CHU Nancy - 54000 Nancy Paris
orthopédique et de la main Illkirch BP 49 -
F. LECOUVET : Service de Radiologie des P. OMOUMI : Service de Radiologie des
67098 Strasbourg Cedex
Cliniques universitaires Saint-Luc - 10, avenue Cliniques universitaires Saint-Luc - 10, avenue
D. GODEFROY : Service de Radiologie B - Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique
CHU Cochin - 27, rue du Fb St-Jacques - 75679
T. LENOIR : Service de Chirurgie B. OSEMONT : Service d’Imagerie Guilloz -
Paris Cedex 14
Orthopédique - Assistance Publique-Hôpitaux CHU Nancy - 54000 Nancy
T. GREGORY : Service de Chirurgie
de Paris - Hôpital Beaujon - 100, Bd du général V. PANSINI : Service de Radiologie et
orthopédique et traumatologique - Hôpital
Leclerc - 92110 Clichy d’Imagerie Musculosquelettique - Centre de
Européen Georges Pompidou, Université Paris
Descartes, AP-HP, Paris France — Departement A. LILLO-LE LOUET : Centre régional Consultations et d’Imagerie de l’Appareil
of Mechanical Engineering, Imperial College, de Pharmacovigilance - Hôpital Européen- Locomoteur, CHRU de Lille - 59000 Lille
London, UK Georges-Pompidou - 20, rue Leblanc - Paris M. PANUEL : Services de Radiologie
H. GUERINI : Service de Radiologie B - CHU F. LIOTE : AP-HP, Hôpital Lariboisière, Pédiatrique du Pôle d’Imagerie de Marseille
Cochin - 27, rue du Fb St-Jacques - 75679 Paris Fédération de Rhumatologie, Pôle locomoteur D. PARIENTE : Service d’Imagerie
Cedex 14 — Imagerie Médicale Léonard de - Centre Viggo Petersen - 75010 Paris — Pédiatrique, CHU Bicêtre - AP-HP - Paris
Vinci – 43, rue cortambert - 75016 Paris Université Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité, M. PEREZ : Service de Chirurgie Générale et
P. GUIGUI : Service de Chirurgie Orthopédique UFR Saint-Louis-Lariboisière -75205 Paris d’Urgence - CHU Nancy - 54000 Nancy
- Assistance Publique-Hôpitaux de Paris - M. LOUIS : Service d’Imagerie Guilloz - CHU P. PETIT : Services de Radiologie Pédiatrique
Hôpital Beaujon - 100, Bd du Général Leclerc Nancy - 54000 Nancy
- 92110 Clichy du Pôle d’Imagerie de Marseille
G. LUX : Service d’Imagerie Guilloz - CHU D. PETROVER : Service de Radiologie
B. HAMZE : Service de Radiologie Ostéo- Nancy - 54000 Nancy
articulaire - Hôpital Lariboisière - 2, rue Ostéo-articulaire - Assistance Publique-
Ambroise Paré - 75475 Paris cedex 10 B. MALDAGUE : Cliniques St-Luc - Hôpitaux de Paris - Hôpital Lariboisière - 2,
Université de Louvain - Bruxelles, Belgique rue Ambroise Paré - 75475 Paris cedex 10 —
O. HAUGER : Service d’Imagerie Diagnostic Centre d’Imagerie Médicale Paris Centre IMPC
et Thérapeutique de l’adulte, Hôpital Pellegrin, J. MALGHEM : Service de Radiologie des
Bachaumont - 75002 Paris
CHU Bordeaux - 33000 Bordeaux Cliniques universitaires Saint-Luc - 10, avenue
Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique A. PONSOT : Service central d’Imagerie
E. HINGLAIS : Service des Urgences. Hôpital
Médicale - Hôpital Purpan - 31059 Toulouse
Bicètre (APHP) - 94270 Le Kremlin-Bicètre W. MAMANE : Unité de Chirurgie de la
Main et des nerfs périphériques - Faculté de J. POUCHOT : Service de Médecine Interne
B. HUSSON : Service d’Imagerie Pédiatrique,
Médecine Paris Descartes - Hôpital Européen Hôpital Européen Georges Pompidou,
CHU Bicêtre - AP-HP - Paris
Georges-Pompidou (HEGP) - 20, rue Leblanc Université Paris Descartes, AP-HP, Paris
J.Y. JENNY : Service de Chirurgie
- 75015 Paris N. POUSSANGE : Service d’Imagerie, Hôpital
orthopédique septique - Hôpitaux Universitaires
de Strasbourg - Centre de Chirurgie P. MANSAT : Institut de l’Appareil Locomoteur Pellegrin, CHU Bordeaux - 33000 Bordeaux
orthopédique et de la main Illkirch BP 49 - du CHU Toulouse. Unité d’Orthopédie J.J. RAILHAC : Service central d’Imagerie
67098 Strasbourg Cedex Traumatologie de Purpan Médicale - Hôpital Purpan - 31059 Toulouse
J.N. RAVEY : Service Radiologie - Hôpital Sud J. SILVERA : Service de Radiologie et B. VANDE BERG : Service de Radiologie des
de Grenoble - BP 338 - 38434 Echirolles Cedex d’Imagerie Médicale - Hôpital Européen Cliniques universitaires Saint-Luc - 10, avenue
A. RENAUD : Service de Radiologie et Georges-Pompidou (HEGP) - 20, rue Leblanc Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique
d’Imagerie Musculosquelettique - Centre - 75015 Paris L. VANDENBUSSCHE : Service de Radiologie
de Consultation et Imagerie de l’Appareil E. SPAS-DEFASQUE : Service de Radiologie et d’Imagerie Musculosquelettique - Centre
Locomoteur - CHRU de Lille - 59037 Lille et d’Imagerie Musculosquelettique - Centre de Consultations et d’Imagerie de l’Appareil
— Département d’Imagerie Médicale - Centre de Consultations et d’Imagerie de l’Appareil Locomoteur, CHRU de Lille - 59000 Lille
Oscar Lambret - 59000 Lille Locomoteur, CHRU de Lille - 59000 Lille C. VALLEE : Service de Radiologie et Imagerie
E. ROLLAND : Service de Chirurgie M. SOUBEYRAND : Service d’Orthopédie médicale – Hôpital Raymond Poincaré – 92380
orthopédique et traumatologie du sport - Pitié- Traumatologie - Hôpital Bicêtre, Université Garches
Salpêtrière - 47-83, bd de l’Hôpital - 75013 Paris-Sud - 78, rue du général Leclerc - 94270 F. VERSCHUREN : Service de Radiologie
Paris Le Kremlin Bicêtre et de Médecine d’urgence des Cliniques
M. RONGIERES : Institut de l’Appareil S. TAMMAM : Service d’Imagerie Pédiatrique, universitaires Saint-Luc - 10, avenue
Locomoteur du CHU Toulouse. Unité CHU Bicêtre - AP-HP - Paris Hippocrate - 1200 Bruxelles, Belgique
d’Orthopédie Traumatologie de Purpan P. TEIXEIRA : Service d’Imagerie Guilloz - V. VUILLEMIN : Service de Radiologie et
N. ROTARU : Service de Radiologie 2 - CHU Nancy - 54000 Nancy Imagerie Médicale- Hôpital Européen Georges
Hôpitaux Universitaires de Strasbourg - Hôpital Y. THOUVENIN : Service de Radiologie - Pompidou (HEGP) - 20, rue Leblanc - 75015
de Hautepierre - Avenue Molière - 67098 Hôpital Lapeyronie - CHU Montpellier - 191, Paris — Imagerie Médicale Léonard de Vinci
Strasbourg Cedex avenue du Doyen Gaston Giraud - 34295 -43, Rue cortambert 75016 Paris
R. SANDA : Service de Radiologie 2 - Montpellier France J. WASSEL : Service d’Imagerie Guilloz - CHU
Hôpitaux Universitaires de Strasbourg - Hôpital S. TOURAINE : Université Paris Diderot, Nancy - 54000 Nancy
de Hautepierre - Avenue Molière - 67098 Sorbonne Paris Cité, UFR Saint-Louis-
Strasbourg Cedex Lariboisière -75205 Paris — AP-HP,
N. SANS : Service central d’Imagerie Médicale Hôpital Lariboisière, Service de Radiologie
- Hôpital Purpan - 31059 Toulouse Ostéoarticulaire - 75010 Paris
S ommaire
Les urgences : comment ça marche ?
Principes organisationnels des urgences : historique, état actuel et tendances pour le futur
E. Hinglais............................................................................................................................................................................................................................................................................................. 19
L’épaule urgente
N. Sans, M. Faruch, F. Lapegue, A. Ponsot, H. Chiavassa, J.J. Railhac...................................................................................................................................... 75
Le coude et le poignet
A. Feydy, C. Bordonne, D. Godefroy, H. Guerini, J.L. Drapé............................................................................................................................................................... 89
Urgences vertébro-médullaires
Apport de l’IRM dans la prise en charge des traumatismes rachidiens aux urgences
V. Balbi, X. Demondion, L. Vandenbussche, V. Pansini, E. Spas-Defasque, A. Cotten.................................................................................................167
Urgences pièges
Fractures pathologiques
A. Cotten, A. Renaud, J. Aucourt, J.M. Cepparo, P. Chastanet, L. Ceugnart....................................................................................................................213
Urgences myotendineuses
Rhabdomyolyse
E. Dion, W. Layouss, G. Mercy, L.S. Baccar, R. Boutekadjirt, G. Bismuth, R. Boulos.............................................................................................375
Urgences iatrogènes
C’est la première fois que le congrès thématique de juin de la S.I.M.S est dédié aux urgences et
qu’il est organisé en partenariat avec la Société Française de Médecine d’Urgence (SFMU). Le choix
du thème s’adapte bien à l’esprit de la S.I.M.S, société pluridisciplinaire composée d’imageurs,
d’échographistes ainsi que de cliniciens, de chirurgiens et d’anatomistes. Le programme est complet,
équilibré et susceptible d’intéresser un large public de professionnels médicaux, qu’ils exercent en
milieu hospitalier ou dans le cadre d’une pratique privée.
Nous remercions les auteurs pour avoir consacré, tâche toujours difficile compte tenu des nombreuses
sollicitations, des heures pour réaliser les présentations, mais surtout les chapitres de ce livre, le
dernier des fameux “livres orange”.
Un grand merci au Comité Organisateur et à notre Vice-Président Hervé Bard pour avoir coordonné
l’organisation éditoriale toujours complexe et délicate surtout quand il s’agit de rappeler les auteurs en
retard ou de suggérer des changements dans le texte ! Un remerciement particulier à Mme Frédérique
Miot et Mme Marie Baichère pour leur précieuse aide de secrétariat.
J’aimerais encore remercier MCO Congrès pour l’organisation logistique et l’équipe de Sauramps
Médical pour nous faire profiter, encore une fois, de ce livre de très haute qualité éditoriale.
Un grand merci également au Pr Jean-Claude Dosch pour avoir accepté l’invitation du bureau de la
S.I.M.S à présider le congrès.
Cet éditorial me permet aussi de vous faire part de quelques réflexions personnelles sur les
développements récents de la S.I.M.S et sur un essai de projection dans le futur.
L’évolution de notre société durant ces dernières années, en passant par la fusion du Gel-Getroa, s’est
faite dans le sens d’une croissance continue, l’amenant à devenir un organe respecté et reconnu dans
le domaine de la pathologie ostéo-articulaire, auprès de l’ensemble du monde médical francophone
européen et de ses différentes sociétés.
Citons tout d’abord notre congrès monothématique de Juin, formidable lieu d’échange d’idées et
d’expériences entre les différents spécialistes et qui connaît un succès grandissant, réunissant plusieurs
centaines de confrères originaires de France, mais aussi de nombreux autres pays francophones. Le
livre de la S.I.M.S, qui présente chaque année un nouveau thème, constitue un ouvrage de référence
en imagerie de l’appareil locomoteur. Les ateliers d’échographie de la SIMS (anciens ateliers du GEL)
parcourent les différentes régions de France pour proposer un enseignement pratique, didactique
et efficace, dans un esprit de compagnonnage fidèle à l’esprit original des ateliers du GEL. Le GEL
Contact est apprécié comme un outil de consultation pratique pour les praticiens qui commencent (et
pas seulement) à s’intéresser à l’échographie de l’appareil locomoteur.
Notre société est donc aujourd’hui pluridisciplinaire, active dans la formation continue, efficace dans
le transfert des connaissances… mais demain ?
L’évolution actuelle de la connaissance médicale, comme pour de nombreux autres domaines, suit
le courant de la mondialisation. Qui ne recherche pas de nos jours des informations sur internet ?
Les bases de données Medline et les livres consultables électroniquement constituent une source
d’information incontournable lorsque l’on doit rédiger un article scientifique ou une lecture, mais
également pour répondre à une question précise d’ordre clinique.
La S.I.M.S vit un tournant critique. Face au courant actuel de globalisation, elle doit faire un effort
d’adaptation et de renouvellement pour être davantage visible et mieux se faire connaître sur le plan
international, et donc dans les milieux anglophones. Il y va de sa propre survie. Comment y parvenir ?
Je n’ai pas de solution miracle, mais peut-être quelques suggestions.
Pour rendre le congrès monothématique de la S.I.M.S plus accessible à un public international, nous
pourrions par exemple proposer qu’une partie des lectures (ou des lectures supplémentaires) soit
donnée en langue anglaise par des intervenants de l’étranger, et même réaliser une version traduite
ou, mieux encore, une version bilingue, des “livres orange”.
Encourageons la rédaction d’articles pour le Journal de Radiologie Diagnostique et Interventionnelle,
qui a eu l’excellente initiative de mettre en ligne une version électronique traduite en anglais, Diagnostic
and Interventional Imaging, offrant une diffusion large et internationale de son contenu et permettant
aux auteurs dont la langue anglaise constitue encore un obstacle, de franchir ce pas.
Si nous voulons aller encore plus loin, la réalisation de la part de la S.I.M.S d’un “Practical textbook
of musculoskeletal imaging” nous permettrait de communiquer une partie encore plus complète de
notre savoir-faire à large échelle, ce que seule la langue anglaise peut assurer.
En cas d’adaptation réussie, cette dynamique de changement ne pourrait-elle pas être un atout, en
utilisant cette impulsion pour faire grandir encore davantage notre société, pour la rendre plus forte
et la faire rayonner bien au-delà de nos frontières ?
Stefano Bianchi
Président de la SIMS
Les “urgences musculosquelettiques”, à l’exclusion des traumatismes, furent trop souvent considérées,
du moins en imagerie, avec apitoiement au prétexte qu’elles n’avaient rien de vital. Et pourtant, par
défaut de diagnostic, on peut signer l’arrêt de mort d’un enfant battu en le remettant entre les mains
de son tortionnaire, risquer un choc septique en tardant à identifier et réduire l’inoculum bactérien,
laisser s’installer un préjudice fonctionnel ou faire basculer définitivement dans la dépendance une
personne âgée pour une fracture occulte du col fémoral. La volonté tenace et la détermination des
pionniers à toujours vouloir mettre les outils modernes au service de cette cause ont eu raison de cette
opinion. Grâce à eux, les urgences musculosquelettiques ont gagné leur lettre de noblesse pour occuper
une place pleine et entière dans cette discipline. Je remercie tous les orateurs qui, en participant à cet
ouvrage, ont bien voulu fournir leur expérience, mettre à disposition leur connaissance pour répondre
au mieux et le plus rapidement possible à des situations parfois anxiogènes.
Mais nous vivons une époque marquée par un changement socioculturel. Les informations médicales
circulent de plus en plus vite sur la toile. Tant et si bien que le public s’en empare pour prendre en
défaut le corps médical. Vouloir, dans ce contexte, plaider sa bonne cause en se réfugiant derrière
la technicité des actes résonne comme une erreur supplémentaire. On ne peut répondre à l’urgence
qu’à travers une écoute attentive, surtout ne pas confondre vitesse et précipitation ou tergiverser
dans des discussions interminables si l’espérance de vie se réduit comme une peau de chagrin. Au
clinicien de formaliser la question qu’il se pose pour anticiper les conséquences qu’il tirera de son
résultat, au radiologue d’y répondre en prenant le chemin le plus court possible. Puissent les membres
de la S.I.M.S., toujours plus nombreux et fidèles à nos réunions, et nos Opus, relayer avec force et
enthousiasme les messages qui leur seront délivrés pendant ces deux journées et dans ce livre. Merci
à vous tous.
Jean-Claude Dosch
Principes organisationnels
des urgences : historique, état
actuel et tendances pour le futur
E. Hinglais
Les urgences… tout un monde fait de réalités, Les médecins étant humains, il est naturel que
d’idées reçues, de fantasmes. Le moins que l’on cette pensée médicale ait évolué avec la société,
puisse dire est qu’elles font beaucoup parler d’el- refusant cette notion de service corps et âme à son
les avec un débat très passionné. Dans le même métier et à ses patients. Il est donc logique que
temps, elles sont décriées (on y attend des heures, l’évolution ait amené la création de garde permet-
manque de compétences) et admirées (je ne pour- tant la mutualisation de plusieurs patientèles pour
rais pas travailler dans un service d’urgences, c’est que chacun trouve des moments de repos. L’évolu-
trop dur, je vous admire…). tion inéluctable de la société et cette notion de per-
manence des soins font que ces gardes ont été
Alors quel est le vrai, le faux ? principalement tenues par des confrères rempla-
çant, puis par des entités médicales totalement dé-
La médecine, et plus généralement l’offre de diées à cela.
soins, a évolué de manière très importante ces
trente dernières années et il est difficile, autant Dans le même temps, les établissements de san-
pour le public que pour les professionnels de s’y té fonctionnent avec des services d’urgences, prin-
retrouver, en matière de continuité de la perma- cipalement tenu par les infirmières et les “juniors”,
nence des soins par exemple. chargés d’appeler le spécialiste concerné auprès
d’un malade ou d’un blessé, en gardant une dicho-
Pour mieux approcher ces questions, il est utile tomie entre la chirurgie, la médecine, la pédiatrie
de reprendre l’évolution de la pensée médicale. et la psychiatrie.
19
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Ainsi la notion princeps de sacerdoce, du fait de d’argent est liée non à la qualité des soins mais à la
l’évolution sociétale et de l’hyperspécialisation, “santé” économique d’un pays, la contrainte finan-
vole en éclat, balayant les clivages hôpital/ville. cière devient un frein important à l’élan médical et
D’un côté un patient dans sa globalité, de l’autre à la construction des filières. Par ailleurs, augmen-
des soins de plus en plus techniques et pointus. La ter la technicité permet une meilleure qualité, mais
pensée médicale est en pleine mutation et il faut implique d’augmenter le nombre d’opérateurs
réinventer les objectifs de chacun : des plateaux alors que la démographie médicale va connaître
techniques animés par des hyperspécialistes et de un “trou” significatif pour les 20 années à venir.
l’autre des médecins polyvalents, capables de gé-
rer le parcours d’un malade dans ce plateau tech- L’ensemble de ces éléments (médicaux, socié-
nique. C’est la notion de filières dont la plus em- taux, financiers) concourent à une absence de visi-
blématique est celle de l’infarctus du myocarde. bilité des professionnels et de la population en
terme de “portes d’entrées” dans les filières de
En effet, les progrès ont permis de reperméabili- soins et explique le recours massif aux urgences.
ser l’artère avant la mort cellulaire, ce qui n’a été
possible en pratique que par la construction d’une
filière de soins spécifique, basée sur l’information L’état actuel
du public, la formation de médecins capables de
faire un tri précoce des patients éligibles, la créa- Aujourd’hui, sur les 640 structures d’urgences
tion de centres spécialisés disponibles 24 h sur 24 agrées en métropole, sont comptabilisés plus de
et rompus à ces techniques avec, en dernier lieu, 17 millions de passages sur l’année et l’augmen-
un suivi coordonné pour éviter les récidives. Ainsi, tation annuelle est de 4 % par an sur les quinze
à titre d’exemple, la mortalité à un mois de cette dernières années. Globalement, la moitié des re-
affection, est passée de 23 à 7 %. cours aux urgences sont traumatologiques dont
10 % bénéficient d’un acte chirurgical, 5 à 10 %
A côté de ces progrès de la médecine, la société sont d’ordre psychiatrique, liés surtout aux tenta-
a également évolué vers une société de services au tives de suicide, le reste étant d’ordre médical.
sein de laquelle chaque grande enseigne vendant Sur l’ensemble, 25 % des arrivées se font par les
le même téléviseur au même prix, vante les méri- premiers secours, 15 à 20 % par des ambulances
tes de ses services et nous trouvons normal que sur envoi des médecins, 5 à 10 % par ambulances
l’on vienne installer le téléviseur le dimanche ma- médicalisées, le reste des patients venant par
tin si on le souhaite. Si c’est vrai pour le téléviseur, leurs propres moyens. Six pour cent des patients
que penser pour sa santé ? Les médias, pour ven- admis aux urgences présentent une détresse vi-
dre, font de l’événementiel et les progrès techni- tale et sur l’ensemble 20 à 25 % sont hospitalisés,
ques de la médecine sont une cible privilégiée avec ce pourcentage s’élevant à 50 % pour les patients
une approche flatteuse et parfois irréelle de ces de plus de 75 ans.
progrès. Mais ces médias sont néanmoins impor-
tants pour l’image de la médecine et, en consé- Pour faire face, la médecine d’urgence s’est
quence, pour répondre à l’attente des patients. structurée pour devenir, petit à petit, une spécialité
à part entière comme le montre la création du
Progrès, technicité… tout cela veut aussi dire in- DESC puis, bientôt, du DES de médecine
vestissement, prix à payer. Alors que la rentrée d’urgence.
20
Principes organisationnels des urgences : historique, état actuel et tendances pour le futur
La seconde est que cette démarche est à faire Traiter. Débuter une thérapeutique devant une
pour chacun des patients alors que les arrivées détresse vitale est une évidence. La douleur est
sont incessantes. Il faut donc une organisation présente dans plus de la moitié des motifs de re-
permettant une gestion des flux. Ainsi, le travail cours aux urgences et la traiter est une nécessité.
du médecin urgentiste ne peut se concevoir que Réduire une luxation, immobiliser une fracture
dans le cadre d’une véritable équipe médicale et que cela soit une thérapeutique d’attente ou défi-
paramédicale. Par ailleurs, il doit prendre en char- nitive, s’imposent car les ressources spécialisées
ge en même temps plusieurs patients, profitant ne sont pas suffisantes pour y palier.
d’un temps d’attente (pour un examen complé-
mentaire par exemple) d’un malade pour en voir Orienter. C’est la clef de voûte de la médecine
un deuxième… d’urgence. Dans le flux, il est nécessaire et capital
de prendre le temps pour chaque malade ou blessé,
La troisième est que notre intervention est afin d’avoir un regard global pour choisir et organi-
ponctuelle et on s’interdit tout suivi de patient. ser la bonne filière qui permettra de régler de façon
Nous abordons à chaque fois un patient inconnu adaptée le problème aigu. Aujourd’hui, la difficulté
et le confions à une filière de soins sans savoir ce réside plus dans ce problème d’organisation que
qu’il devient, sans intervenir dans la suite. C’est dans l’afflux aux urgences lui-même. D’abord par-
un choix et une difficulté : un choix, car nous ne ce que les filières existantes sont saturées. D’ailleurs,
pouvons prendre en charge 17 millions de pa- lorsqu’un patient ne peut aller dans la filière qui lui
tients et les suivre, et une difficulté, car l’expertise correspond, l’adresser aux urgences n’est qu’un pis
médicale nécessite de connaître les antécédents, aller. Nous n’avons pas plus de moyen qu’un autre
le mode de vie, l’état antérieur et ce qui est natu- pour accéder à cette filière, ce qui impose d’en trou-
rel pour un médecin traitant (et ainsi un gain de ver une qui ne lui correspond pas ou le faire atten-
temps) est à construire chaque fois par des re- dre sur un brancard pendant des heures, voire des
cherches téléphoniques et souvent, par des exa- jours. Ensuite, parce qu’il manque encore des filiè-
mens complémentaires. res, principalement gériatriques, mais aussi pour
les patients polypathologiques.
21
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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Traumatismes musculo-squelettiques :
épidémiologie, mécanismes et stabilité
23
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
1. Le contenu minéral osseux est la composante la chez l’homme avec un premier pic de 21,9/1000 en-
mieux évaluée par les techniques radiographi- tre 12 et 19 ans et un deuxième pic de 23,2/1000
ques et densitométriques. Il résiste bien aux entre 90 et 99 ans. Chez la femme, la distribution
forces de compression, mais beaucoup moins était unimodale avec une augmentation brutale de
bien aux forces de tension (caractère cassant). l’incidence autour de la ménopause culminant à
2. La matrice osseuse est constituée de fibres de 49,7/1000 entre 90 et 99 ans. Ces chiffres tradui-
collagène dont la structure hélicoïdale confère sent l’augmentation dramatique des fractures du
une bonne résistance aux forces de tension. sujet âgé dont la principale cause est l’ostéoporose.
3. Enfin, l’architecture propre à chaque os est Le calcul de l’incidence pour chaque région anato-
adaptée aux contraintes mécaniques de la vie mique suggère qu’en plus des sites classiques (ra-
quotidienne, grâce notamment aux réseaux tra- chis thoraco-lombaire, fémur proximal, humérus
béculaires de tension et de compression, aux proximal, radius distal), on peut désormais attri-
épaisseurs corticales et diamètres osseux buer à la maladie ostéoporotique les fractures de
adéquats. l’humérus distal, de l’olécrane, du radius et de l’ul-
na proximaux, de la région sous-trochantérienne
et de la diaphyse fémorale, de la patella, des mal-
Épidémiologie des fractures léoles, du bassin, ainsi que les fractures multiples.
L’ostéoporose pourrait donc être responsable de
De manière un peu surprenante par rapport à près de 52 % (30.1 % chez l’homme et 66,3 % chez
leur incidence élevée, les études épidémiologiques la femme) des fractures observées dans cette po-
des fractures sont peu nombreuses. Ceci tient aux pulation. La part des fractures ostéoporotiques re-
difficultés à maintenir des registres exhaustifs et présenterait alors 34,7 % des patients ambulatoires
représentatifs d’une population donnée. La plu- et 70,4 % des patients hospitalisés [3].
part des études récentes ont été menées au Royal
Infirmary d’Edinburgh par le Pr Court-Brown et Chez l’enfant (défini par un âge de moins de
son équipe [2-4]. 16 ans), l’incidence au cours de la même année
2000 était 20,2/1000/an. L’âge moyen était de
L’incidence globale, calculée pour 5953 fractures 9,7 ans avec une distribution bimodale comportant
survenues au cours de l’année 2000, est de un premier pic vers 6-7 ans et un deuxième pic
11,67/1000 chez l’homme et de 10,65/1000 chez la vers 13-14 ans. La prédominance masculine
femme. Ces fractures touchaient par ordre décrois- (61,4 %) était discrète jusqu’à l’âge de 12 ans, mais
sant de fréquence, le radius distal (17,5 %), le mé- augmentait nettement au-delà. Ces fractures de
tacarpe (11,7 %), le fémur proximal (11,6 %), les l’enfant intéressaient le membre supérieur dans
phalanges des doigts (9,6 %), la cheville (9 %), le 82,2 % des cas, avec essentiellement et par ordre
métatarse (6,8 %), l’humérus proximal (5,7 %), de fréquence l’extrémité distale du radius, les pha-
l’avant-bras proximal (5 %), les phalanges des or- langes des doigts et le métacarpe, l’humérus distal
teils (3,6 %), la clavicule (3,3 %) et le carpe (2,7 %). et la clavicule [2].
Les fractures du rachis étaient sous représentées
dans cette série (0,7 %), car il s’agissait des fractu- L’incidence des fractures ouvertes a été évaluée
res vues par des chirurgiens orthopédistes. Ces à 0,31/1000 chez l’adulte et à 0,14/1000 chez l’en-
fractures touchaient un nombre égal d’hommes et fant. Le pic d’incidence chez l’homme est de
de femmes. L’âge moyen de survenue des fractures 0,55/1000 entre 15 et 19 ans et chez la femme de
était de 49 ans, mais la distribution était bimodale 0,53/1000 entre 80 et 89 ans [4].
24
Traumatismes musculo-squelettiques : épidémiologie, mécanismes et stabilité
Fracture oblique
Fractures cortico-diaphysaires (forme
classique de l’adulte) Elle obéit à un mécanisme indirect d’angulation-
compression. Plus la compression est importante,
Les fractures du segment diaphysaire des os plus le trait est oblique (fig. 4). Ces fractures sont
longs intéressant l’os cortical représentent l’ar- généralement instables avec un risque de raccour-
chétype des fractures de l’adulte. L’orientation du cissement par chevauchement.
trait de fracture permet de reconnaître le méca-
nisme traumatique (fig. 2). On parle de mécanisme
direct quand la fracture survient à l’endroit où Fracture spiroïde
s’applique l’énergie du traumatisme et de méca-
nisme indirect quand elle survient à distance. Elle est causée par un traumatisme indirect en
torsion. Le trait a une orientation hélicoïdale et
l’analyse de la pointe distale de la spire permet de
Fig. 2 : Principaux types de fractures cortico-diaphysaires : transversale (A), oblique (B), spiroïde (C), à troisième fragment (D),
comminutive (E).
25
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
26
Traumatismes musculo-squelettiques : épidémiologie, mécanismes et stabilité
Fractures étagées
27
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Fig. 9 : Principaux types de fractures chondro-épiphysaires : par enfoncement (A), par séparation (B), mixte par enfoncement-
séparation (C), par avulsion (D).
Fracture par A B
enfoncement
28
Traumatismes musculo-squelettiques : épidémiologie, mécanismes et stabilité
Fracture par séparation résultent d’un mécanisme identique (fig. 12). Dans
ce cas, le fragment osseux est de petite taille, res-
Elle résulte d’un mécanisme en cisaillement où la pecte la surface articulaire (contrairement aux
force s’exerce obliquement par rapport à la surface fractures par séparation) et n’est que le témoin de
articulaire. Elle s’observe souvent au niveau des ar- lésions beaucoup plus graves des parties molles.
ticulations synoviales convexo-concaves : condyle
fémoral-plateau tibial (fig. 11), capitellum-cupule
radiale, pilon tibial-dôme talien. Le trait s’étend
obliquement de la surface articulaire vers la méta-
physe. Le tassement trabéculaire est minime.
A B
29
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
30
Traumatismes musculo-squelettiques : épidémiologie, mécanismes et stabilité
Décollements épiphysaires de l’enfant [6] III, mais fréquents pour le type IV et constants
pour le type V (fig. 15).
Les décollements épiphysaires représentent en-
viron 15 % des fractures de l’enfant. Leur gravité Le type I (décollement épiphysaire pur sans lé-
est liée à l’atteinte du cartilage de conjugaison qui sion épiphysaire ou métaphysaire) représente en-
peut retentir sur la croissance osseuse. Le cartila- viron 7 % des cas et s’observe notamment lors
ge de croissance se développe à partir du versant d’un traumatisme obstétrical, chez le nourrisson,
épiphysaire en direction de la métaphyse et com- ou en lien avec certaines pathologies (ostéomyéli-
prend quatre couches (germinale, proliférative, te, rachitisme, scorbut). Il intéresse classiquement
hypertrophique et calcifiée). Il est circonscrit par les phalanges et le radius distal. Il se traduit radio-
la virole périchondrale. Le plan de clivage des dé- logiquement par un déplacement du noyau épi-
collements épiphysaires est classiquement situé physaire. Son pronostic est bon, excepté pour les
dans la couche hypertrophique du cartilage de épiphyses purement cartilagineuses (tête fémora-
croissance, mais peut aussi intéresser les autres le, tête radiale) dont la vascularisation dépend ex-
couches. De petits fragments peuvent être obser- clusivement de la plaque métaphysaire (risque de
vés sur les radiographies quand le décollement nécrose).
épiphysaire traverse la zone de cartilage calcifié.
Le type II (décollement épiphysaire avec exten-
La classification de Salter et Harris [7] décrit sion métaphysaire) est de loin le plus fréquent
l’atteinte de l’épiphyse et de la métaphyse par la puisqu’il représente environ 75 % des cas. Il s’ob-
fracture (fig. 14). Elle reflète également le pronos- serve surtout chez l’enfant entre 4 à 12 ans et tou-
tic, avec une gravité croissante du type I au type V. che typiquement l’extrémité distale du radius,
Les troubles de croissance à type d’épiphysiodèse l’extrémité distale du tibia et de la fibula, les pha-
partielle ou totale avec raccourcissement et dé- langes, l’extrémité proximale de l’humérus. Le
saxation du membre sont rares pour les types I à trait de fracture détache un coin de la métaphyse
31
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
A C
Fig. 15 : Épiphysiodèse périphérique compliquant un décollement épiphysaire de type Fig. 16 : Décollement épiphysaire
Salter IV du tibia (A) et aboutissant à une déformation progressive (B, C). de type Salter II de la phalange
moyenne de l’index chez un garçon
de 9 ans.
(fig. 16). Il est facilement réduit et consolide sans raison du risque élevé de complications graves :
séquelle. nécrose du noyau condylien latéral, épiphysiodèse
et désaxation mécanique, arthrose précoce.
Le type III (décollement épiphysaire avec exten-
sion épiphysaire) est peu fréquent (environ 7 %) et Le type V (épiphysiodèse par écrasement du car-
s’observe chez l’enfant en fin de croissance. En ef- tilage de croissance) est rare et représenterait
fet, la fermeture progressive du cartilage de crois- moins de 1 % des cas. Il intéresse classiquement le
sance laisse persister des zones de moindre résis- genou (fémur distal ou tibia proximal) et le poi-
tance au voisinage de la virole périchondrale. Ces gnet. Quand il est isolé, les radiographies initiales
fractures intéressent surtout le tibia distal (fractu- sont normales et le diagnostic est rétrospectif de-
re de Tillaux) et les phalanges. Le déplacement est vant une épiphysiodèse partielle ou totale. Il peut
faible et le pronostic est intermédiaire. également être associé aux décollements épiphy-
saires II à IV ou à une fracture diaphysaire. Les
Le type IV (décollement épiphysaire avec exten- microtraumatismes répétés des cartilages de
sion épiphyso-métaphysaire) représente environ conjugaison peuvent aboutir à des lésions similai-
10 % des cas. Il intéresse notamment la palette hu- res (os de l’avant-bras chez les gymnastes et les
mérale entre 4 et 8 ans et l’extrémité distale du ti- judokas).
bia (fracture de Mac Farland). Un déplacement su-
périeur à 2 mm constitue généralement une indica- Certaines fractures épiphysaires complexes
tion opératoire en raison du risque d’incongruence comme la fracture triplane décrite par Marmor
articulaire ultérieure. Le pronostic est réservé en (fig. 17) ne rentrent pas dans cette classification.
32
Traumatismes musculo-squelettiques : épidémiologie, mécanismes et stabilité
A B
33
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
34
Traumatismes musculo-squelettiques : épidémiologie, mécanismes et stabilité
PRINCIPES d’INTERPRéTATION ET
Règle canadienne pour RédACTION dU COMPTE RENdU
le rachis cervical [9] RAdIOLOGIQUE
Les radiographies du rachis cervical sont né- Le traitement des fractures est relativement uni-
cessaires en présence d’au moins un facteur de voque et leur diagnostic doit donc être le plus
risque élevé. exact possible. malheureusement, un certain nom-
si le patient présente au moins un facteur de bre de faux positifs et faux négatifs peuvent en di-
faible risque, on vérifie s’il est capable d’effec- minuer l’exactitude. Le compte rendu radiologique
tuer une rotation active de 45° vers la droite et doit être concis et le plus précis possible dans la
vers la gauche et les radiographies ne sont alors description de la fracture. il permet aussi, à l’occa-
pas nécessaires. dans le cas contraire, les radio- sion, d’exprimer le doute qui peut exister avec cer-
graphies sont effectuées. tains examens sous-optimaux et offrir de complé-
ter par d’autres incidences ou d’autres modalités.
Facteur de risque élevé de lésion du rachis
cervical :
• âge > 65 ans, Faux positifs
• circonstances traumatiques dangereuses
(chute de plus de 1 m ou de 5 marches, choc Le risque de faux positifs est surtout lié au man-
axial sur la tête comme lors d’un accident de que d’expérience du radiologiste. il diminue avec
plongeon, accident de la voie publique à plus la connaissance des aspects normaux et de ses va-
de 100 km/h ou avec tonneau ou éjection du riantes. un ouvrage comme celui de keats consti-
véhicule, accident en 2 roues), tue une référence précieuse [14]. ainsi, les images
pièges peuvent être crées par les particularités de
• paresthésies des extrémités.
l’ossification de certaines pièces osseuses, la pré-
sence d’ossicules accessoires, de trous nourriciers,
Facteur de faible risque de lésion du rachis
des images de superposition avec des ostéophytes,
cervical :
la fente glottique, ou encore un effet mach (illu-
• accident de voiture avec impact simple à l’ar-
sion d’optique liée à la juxtaposition de deux struc-
rière (à l’exclusion d’un impact avant, d’une
tures de différente densité radiographique). La
collision avec un poids lourd ou véhicule cir-
corrélation clinique permet le plus souvent de rec-
culant à grande vitesse),
tifier le diagnostic.
• patient assis en salle d’attente au service des
urgences,
• ambulatoire depuis l’accident,
Faux négatifs
• début retardé des douleurs,
• absence de douleurs à la palpation postérieure.
Le risque de faux négatifs est également dimi-
nué par l’expérience du radiologiste. La compré-
35
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
hension du mécanisme lésionnel est essentielle doute sur les radiographies initiales, de discordan-
pour améliorer la détection des lésions et on peut ce radio-clinique ou encore en cas de fracture
citer les associations lésionnelles classiques ; les complexe.
structures osseuses qui forment un anneau (pel-
vis, c1) ou un cadre rigide (avant-bras, jambe) se La description de la fracture doit préciser le seg-
fracturent typiquement en deux points. ment osseux atteint et l’orientation du trait, ainsi
que son déplacement éventuel : par convention on
indépendamment du niveau d’expérience, les parle de la position du segment distal par rapport
faux négatifs peuvent résulter de la méconnais- au segment proximal, la seule exception étant
sance des données cliniques et du phénomène de l’analyse des déplacements intervertébraux (où
“satisfaction of search”. Les données cliniques c’est l’inverse).
sont essentielles et trop souvent ignorées du radio-
logiste. Le manipulateur est un intermédiaire pré-
cieux entre le patient et le radiologue, car il peut
facilement confirmer si le patient est capable de se Éléments à renseigner dans le compte
mobiliser et si la zone douloureuse a été adéquate- rendu radiologique d’une fracture
ment couverte par les radiographies demandées
[15]. Le phénomène de “satisfaction of search” dé- • renseignements cliniques
signe le rôle distrayant de l’identification d’une • diagnostic de fracture (absente/possible/pro-
anomalie sur la poursuite de l’analyse. dans le bable/certaine)
contexte des fractures, ceci peut conduire à man- - siège,
quer des lésions secondaires, voire même la lésion - orientation et comminution,
principale si l’anomalie distrayante est sans rap- - déplacement,
port avec la symptomatologie [16]. - signes indirects ou associés (épanchement,
lipohémathrose),
- caractère pathologique, traumatisme non
Rédaction du compte rendu [17] accidentel le cas échéant,
- Lésions associées.
Le compte rendu doit être clairement formulé. il • caractère adéquat ou non du bilan radiologi-
doit affirmer ou infirmer la présence d’une fractu- que par rapport à la question posée
re et indiquer au besoin le recours à d’autres exa- • intérêt de recourir à d’autres examens
mens d’imagerie. Le bilan d’imagerie doit notam- d’imagerie.
ment être complété en cas d’examen incomplet, de
36
Traumatismes musculo-squelettiques : épidémiologie, mécanismes et stabilité
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37
Pratique de la radiologie ostéo-
articulaire en salle d’urgence en 2012
C. Cyteval
39
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
radiologique uniquement chez un patient de moins culier) et sur les différentes zones suspectes [9,
de 18 ans ou de plus de 55 ans ou devant un signe 10]. La radiographie du rachis cervical après un
clinique suivant : impossibilité de se mettre en ap- traumatisme à haute énergie n’est également plus
pui et de faire 4 pas (2 fois 2 pas pour chaque pied), indiquée pour les mêmes raisons, même en l’ab-
douleur à la palpation osseuse du bord postérieur sence de lésion évidente [7, 11].
de la fibula ou du tibia sur une hauteur de 6 cm ou
au niveau de la pointe d’une des 2 malléoles, dou- Les radiographies du rachis en urgence, dans un
leur à la palpation de l’os naviculaire ou de la base contexte de traumatisme non majeur comme non
du 5e métatarsien [5]. De même, les radiographies traumatique, restent à ce jour recommandées par
du genou ne sont indiquées que si le patient a plus l’HAS en première intention bien que leur intérêt
de 55 ans ou présente une douleur isolée de la pa- ait de nombreuses limites : difficulté à affirmer
tella ou de la fibula, une incapacité à fléchir le ge- une fracture vertébrale si la diminution de hauteur
nou à 90°, ou encore l’impossibilité à basculer son de la vertèbre est faible ou si le patient est scolioti-
poids d’un pied sur l’autre 4 fois de suite [6]. Ces que et à affirmer son caractère récent en l’absence
critères de prise en charge ont montré leur effica- de clichés antérieurs.
cité, mais hélas, le principe de précaution fait
qu’ils ne sont souvent pas respectés dans les faits.
Les erreurs de prise en charge
La facilité d’obtention d’une radiographie stan- du patient secondaire à son
dard fait prescrire des examens parfois inutiles ou passage en salle de radio et
peu performants, l’interprétation n’apportant rien leurs causes
à la prise en charge du patient [7]. C’est le cas de
la radiographie du crâne qui n’a plus aucune indi- Plus de 70 % des diagnostics erronés aux urgen-
cation dans la prise en charge du traumatisé crâ- ces sont dus à une absence de diagnostic de frac-
nien adulte, car l’existence d’une fracture ne pré- ture alors que moins de 5 % sont rapportés pour
juge pas d’une éventuelle atteinte sous-jacente des patients sans contexte traumatique (tableau 1)
(hématome ou lésion du parenchyme cérébral) et [1, 12]. Cette absence de diagnostic de fracture est
qu’au moindre doute un scanner doit être réalisé due à la non-visualisation d’une fracture sur la ra-
[8]. De même, les radiographies de la face avec les diographie initiale dans près de 80 % des cas, les
multiples incidences difficiles à réaliser et à inter- autres raisons principales étant l’absence de ra-
préter ont été remplacées par la réalisation d’un diographie ou une mauvaise radiographie pres-
scanner. Seule subsiste une possibilité d’indiquer crite. Les principaux sites de fractures non vues
la radiographie des os propres du nez en fonction sont la main, le poignet et la cheville (tableau 2)
du contexte médico-légal. Chez l’enfant, la radio- [2]. Ceci est certainement de causes multifacto-
graphie du crâne reste en revanche indiquée en rielles : le nombre important de patients consul-
cas de suspicion de maltraitance. tants pour un traumatisme sur l’un de ces sites, le
manque d’information clinique communiquée aux
Chez le polytraumatisé, seules la radiographie radiologues sur des régions anatomiques relative-
du thorax de face à la recherche d’un hémo ou ment complexes pouvant nécessiter des inciden-
pneumo médiastin à drainer en urgence et la ra- ces spécifiques, une qualité des clichés parfois im-
diographie du bassin de face restent indiquées. Le parfaite dans un contexte d’urgence et de douleur
patient ayant ensuite accès au scanner pour réali- et enfin le fait que les lésions osseuses et extra-
sation d’un “total body” avec coupes fines recons- osseuses peuvent être multiples, focalisant parfois
truites en filtre “os” et reconstructions multipla- l’attention sur un problème plus aigu ou mieux vi-
naires systématiques du rachis (cervical en parti- sible (fig. 1).
40
Pratique de la radiologie ostéo-articulaire en salle d’urgence en 2012
Tableau 1 : Erreurs de diagnostic faites dans un service Tableau 2 : Lésions manquées sur radiographie
de radiologie d’urgence du 1er août 1992 au 6 août 1996 d’après Guly [12]
d’après Guly [12]
Nombre Lésions spécifiques
Diagnostic Nombre d’erreurs % Zone de les plus fréquemment
Fractures 760 79,7 fractures manquées
Entorses 19 2 Épaule 23 Clavicule 12
Lésions du tendon 21 2 Tête radiale 27
Lésions nerveuses 5 0,5 Coude 49 Supracondylienne 12
Hémarthrose 24
Lésions des ligaments 15 1,6
Avant-bras 2
Corps étrangers 19 2
Radius distal 24
Autre trauma 51 5,4
Bois vert 46
Non-trauma 36 3,8 Poignet 109
Scaphoïde 16
Fortuitement trouvé 27 2,8 Triquetrum 12
953 Base du 5e métacarpien 12
Autres métacarpiens 12
Main 143 Pouce 23
Phalange proximale 27
Arrachement 31
Col du fémur 8
Hanche 31
Branche pubienne 17
Fémur 2 2
Genou 25 Plateau tibial 10
Jambe 2 Tibia 2
Malléole latérale 26
Cheville 108 Calcanéum 14
Avulsion osseuse 55
Base du 5e métatarsien 14
Pied 62 Autre métatarsien 24
Orteil 24
Crâne linéaire 15
Crâne 17
Enfoncement 2
Odontoïde 1
Jefferson 1
Rachis 23
Accident dorsal ou rachis 12
lombaire
Zygomatiques (incluant
Face 16 11
l’arche)
a
Fig. 1 : Radiographie du genou chez un jeune patient présentant
des douleurs antérieures du genou après un choc sur la patella : de
face a) l’attention est attirée par une patella bipartite ; de profil ;
b) il existe un très petit arrachement de la pointe de la patella. b
41
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
La mauvaise incidence
42
Pratique de la radiologie ostéo-articulaire en salle d’urgence en 2012
Certaines localisations nécessitent des inciden- [18]. Un autre exemple est celui de la réalisation
ces particulières : l’exploration d’une suspicion de d’une radiographie pour entorse de la cheville : le
fracture du scaphoïde impose, outre la radiogra- cliché de face de la cheville doit être réalisé en ro-
phie de face et de profil du poignet, la réalisation tation interne de 20° sous peine de méconnaître les
d’une incidence supplémentaire qui permet de dé- fractures ostéochondrales de la partie supérolaté-
rouler le scaphoïde dans son grand axe en posi- rale du dôme talien (fig. 4). Ce cliché doit être
tionnant le poignet en inclinaison ulnaire (fig. 3) complété par un cliché de profil strict (éventuelle-
a b c
Fig. 3 : Radiographies du poignet droit chez un patient reçu aux urgences après un accident de vélo. a) La face réalisée en incli-
naison radiale masque la fracture du scaphoïde. b) La fracture n’est également pas visible sur le profil. Elle ne sera diagnostiquée
qu’un mois plus tard devant les douleurs persistantes sur une radiographie du poignet réalisée en inclinaison ulnaire (c).
a b c
Fig. 4 : Radiographie de face (a) et de profil (b) de la cheville droite chez un patient reçu aux urgences après une entorse. La
face n’a pas été réalisée avec une rotation interne de 20° comme il se doit d’être fait, et masque la partie latérale du dôme talien.
L’arthroscanner (c) demandé quelques mois plus tard pour des douleurs persistantes visualise, sur cette coupe coronale, la frac-
ture ostéochondrale superolatérale du dôme talien passée inaperçue.
43
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
ment complété par des incidences du pied si on pide et d’être moins onéreuse. L’IRM serait cepen-
suspecte une lésion médiotarsienne ou sous-ta- dant bien supérieure à la TDM (fig. 5). Il en est de
lienne). Sur les deux incidences fondamentales, le même pour les fractures du scaphoïde dont l’inter-
radiologue doit connaître les différentes lésions prétation, même minutieuse, peut être prise en dé-
osseuses associées dans près de 10 % des entorses faut et qui nécessitent, au moindre doute clinique
du ligament collatéral latéral talo-crural [19]. ou radiographique, la réalisation d’examens com-
Aucun cliché en varus forcé ne doit, bien sûr, être plémentaires rapprochés. Selon les habitudes, il
réalisé dans le cadre de l’urgence. peut s’agir d’une scintigraphie, d’une IRM, d’un
scanner ou d’un nouveau contrôle radiographique
après une semaine d’immobilisation du poignet
Les fractures occultes (ou non vues) (fig. 6).
sur la radiographie standard
La détection des lésions orthopédiques peut être
Même avec des incidences satisfaisantes plu- substantiellement améliorée par la recherche de
sieurs causes peuvent expliquer l’absence de dia- signes directement dans les zones reconnues clini-
gnostic d’une fracture. Parmi les pièges classiques, quement avec une diminution des erreurs d’envi-
la présence de deux fractures sur un même cliché ron 79 %. L’analyse des parties molles sur les ra-
dont une seule est rapportée (11 fois sur 57 cas de diographies prend alors toute son importance et
fractures manquées dans la série de Guly) [12] ou l’on recherchera un épaississement de celles-ci en
encore une anomalie vue et commentée, mais mal regard de la suspicion de fracture témoignant de
interprétée (8 fois dans cette même série) : frac- l’hématome. Le fuseau paravertébral sur le rachis
ture de la base du 5e métatarsien confondue avec thoracique est visible de face et surtout l’épaissis-
un point d’épiphyse non encore complètement fu- sement prévertébral sur le rachis cervical est visi-
sionné, fracture de la malléole latérale prise pour ble sur l’incidence de profil (fig. 7). Les parties
un os accessoire, fracture récente rapportée com- molles doivent en effet être concaves vers l’avant
me une fracture ancienne. au niveau de C2 et d’épaisseur inférieure à celle de
la base du processus odontoïde. Le radiologue doit
L’absence de diagnostic d’une fracture peut être connaître la règle des trois 7 : <7 mm du coin an-
également due à sa non-visualisation possible à la téro-inférieur de C2 à C4, <14 mm en dessous
phase aiguë sur la radiographie standard. Jusqu’à chez l’enfant ou <21 mm chez l’adulte [22].
10 % des fractures du col du fémur ne sont pas vi-
sibles sur les radiographies du bassin et de la han- La présence d’un épanchement intra-articulaire
che, même réalisées avec une technique parfaite est également un signe très précieux bien visible
[20]. Plusieurs études ont démontré la supériorité par exemple sur la radiographie de profil du coude
de l’IRM par rapport à la radiographie standard avec le déplacement des lignes graisseuses para-
dans la détection des fractures de l’extrémité su- articulaires antérieures et postérieures suggérant
périeure du fémur chez le sujet âgé avec une sen- une fracture articulaire [23] (fig. 8). L’existence
sibilité de 90 à 98 % [21]. Cependant, la disponibi- d’un niveau hémato-lipidique doit être également
lité des machines étant limitée, cet examen est recherchée (par exemple sur les radiographies de
difficilement réalisable en pratique courante et à profil du genou qui doivent être réalisées avec un
défaut, une tomodensitométrie (TDM) est souvent rayon horizontal), car c’est un signe formel de
réalisée, avec l’avantage d’être d’accès facile, ra- fracture articulaire (fig. 9).
44
Pratique de la radiologie ostéo-articulaire en salle d’urgence en 2012
a b
c d
Fig. 5 : a) Radiographie de la hanche gauche de face d’une personne âgée reçue aux urgences après une chute et qui
présente des douleurs du côté du coté gauche ne retrouvant pas de fracture évidente (b) sur les reconstructions coronales
de la TDM on visualise un petit trait fracturaire cortical supérieur du col fémoral. L’IRM dans le plan coronal confirme la
fracture du col fémoral gauche bien visible en hyposignal sur la séquence pondérée en T1 (c) et en hypersignal franc sur
la séquence pondérée en STIR (d).
45
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
b
Fig. 6 : Radiographie du poignet en incidence de scaphoïde d’un patient
admis aux urgences après une chute avec des douleurs dans la tabatière
anatomique qui ne retrouve pas de fracture. b) la TDM en revanche vi-
a sualise un petit trait de fracture cortical corporéal du scaphoïde.
a b
Fig. 7 : Radiographie du rachis cervical de profil post-traumatique chez deux patients différents. a) aspect conca-
ve normal des parties molles pré-cervicales en avant de C2-C3 <7 mm. b) Épaississement des parties molles qui
bombent en avant refoulant la trachée et qui correspondent à un hématome post-fracturaire.
46
Pratique de la radiologie ostéo-articulaire en salle d’urgence en 2012
a a’
b b’
Fig. 8 : Radiographies coudes de profil et leur schématisation chez deux patients reçus aux urgences après une chute :
a et a’) les lignes graisseuses péri-articulaires sont à l’état normal collées aux corticales. b et b’) les lignes graisseuses
péri-articulaires sont refoulées par l’hémarthrose et on visualise la fracture de la tête radiale.
47
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
a b
c d
Fig. 9 : Quatre radiographies du genou post-traumatique de profil réalisées avec un rayon horizontal : a) Absence d’épanche-
ment ; b) Hémarthrose témoin d’une lésion qui peut être ligamentaire par exemple ; c) Lipo-hémarthrose témoin d’une fracture
articulaire ; d) Pneumarthrose d’une plaie ouverte de l’articulation.
48
Pratique de la radiologie ostéo-articulaire en salle d’urgence en 2012
d’erreur diminuant avec le nombre d’années d’ex- (fig. 11). Un autre exemple est représenté par la
périence. Les incidentalomes doivent être rappor- connaissance de la signification de l’orientation
tés pour éviter une confusion du correspondant du trait de fracture des épineuses qui ne traduit
clinicien (non-fusion de l’arc antérieur de C1, os pas des lésions similaires. Si un trait vertical est
sésamoïdes…) et un diagnostic de fracture par ex- secondaire à une hyperextension et correspond le
cès (fig. 10). La connaissance des mécanismes des plus souvent à une fracture isolée, bénigne (à l’ex-
fractures est indispensable à une interprétation ception de certains traumatismes violents avec
pertinente. Les exemples de fractures qui sem- transsection rachidienne, évidente sur le cliché
blent anodines et qui entraînent une instabilité standard), en revanche un trait horizontal est le
sont multiples, en particulier au niveau du rachis. fait d’une flexion “ouverture de la vertèbre” avec
Les “tear drop” fracture du rachis cervical qui cor- atteinte du segment mobile rachidien. Les fractu-
respondent en fait à un mécanisme en hyperexten- res de plusieurs processus transverses lombaires
sion en C2 et C3, en hyperflexion plus bas, ne sont correspondent à un mécanisme de cisaillement
pas de simples arrachements d’un coin de la vertè- vertical qui doit faire rechercher des lésions asso-
bre, mais le reflet de graves lésions capsulo-liga- ciées du bassin (disjonction sacro-iliaque par
mentaires aboutissant à une instabilité majeure exemple).
a b
Fig. 10 : Radiographie de l’avant-pied chez un Fig. 11 : Radiographie du rachis cervical de profil sur laquelle on
patient ayant trébuché lourdement et qui pré- visualise une fracture en tear drop de C5 (a), associée à une lésion
sente des douleurs de la première articulation du ligament inter épineux C5-C6 et à une contusion médullaire bien
métatarsophalangienne. On visualise un os sé- visibles sur la coupe médiane sagittale pondérée en T2 (b).
samoïde bipartite qui peut être pris à tort pour
une fracture.
49
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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50
Urgence et échographie
musculo-squelettique
51
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
pratiquement sans le mobiliser. Son innocuité et standards à l’échographie pour éviter de passer à
l’absence d’irradiation sont également à prendre côté d’une lésion sous-jacente (tumorale par exem-
en compte, permettant de contrôler sans arrière- ple) (fig. 1) et pour visualiser correctement les in-
pensée et au moindre doute. Le prix relativement terlignes articulaires (fig. 2).
faible de la technique va également dans ce sens.
Mais l’élément le plus important est sans conteste
la spécificité dynamique de l’échographie [1] per-
mettant de centrer la coupe sur la zone doulou-
reuse, de l’orienter exactement dans l’axe d’une
structure (un ligament par exemple), d’effectuer
une manœuvre dynamique, et surtout de guider
un geste thérapeutique. Dans ce cadre, il faut aussi
ajouter la compressibilité d’une structure à la pres-
sion par la sonde pour déterminer si la ponction
est possible.
52
Urgence et échographie musculo-squelettique
53
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
d’entre eux, dont la sémiologie échographique est commencer à être fiable, des efforts importants et
simple, permet non pas de faire le bilan, mais de nombreux mois de travail acharné ; il est bien
d’orienter un nombre considérable de patholo- évident que l’apprentissage de la réalisation et de
gies. Ainsi, dans le cadre de l’entorse de la che- la sémiologie échographique de cette quinzaine
ville, ce qui est important en post-traumatique est d’items est beaucoup plus aisé. Cela permet de
d’éliminer l’atteinte de la tibiofibulaire inférieure, multiplier de manière considérable le nombre de
car elle implique un traitement totalement diffé- personnes capables de réaliser ce type d’examen
rent et sa méconnaissance à ce stade génère de de manière fiable.
nombreuses complications douloureuses [8-9].
Dans ce cadre, une seule coupe axiale centrée sur Il semble donc intéressant, dans le cadre de l’ur-
le ligament tibiofibulaire antéro-inférieur suffit à gence, de pouvoir mettre en œuvre cette échogra-
éliminer ce type d’entorse et peut ainsi orienter le phie d’urgence qui n’est pas un examen diagnosti-
traitement (fig. 3). que, demandé systématiquement, moins bien fait,
par quelqu’un de moins compétent et qui devra
L’apprentissage de l’échographie de l’appareil être refait, mais un examen limité, répondant à
locomoteur est un long parcours nécessitant, pour une question précise, recherchant un élément spé-
cifique, pour préciser un point de diagnostic per-
mettant d’orienter le traitement.
54
Urgence et échographie musculo-squelettique
55
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Fig. 7 : Coupe sagittale du versant antérieur de la palette Fig. 9 : Coupe sagittale suprapatellaire montrant un tendon
humérale au coude montrant une distension liquidienne du quadricipital normal et un recessus rétroquadricipital non
recessus antérieur : épanchement intra-articulaire. distendu : absence de distension liquidienne.
56
Urgence et échographie musculo-squelettique
57
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
• la deuxième coupe axiale à effectuer est celle de l’atteinte, mais aussi de déterminer le siège
qui passe par l’échancrure intercondylienne à exact de la rupture et, en particulier, de dépister
la recherche d’un hématome à l’insertion celles qui sont proches de la jonction myotendi-
proximale du ligament croisé antérieur neuse (fig. 16) pour lesquelles une suture percuta-
(fig. 14). Ptasznik [18-19] a bien montré le rôle née est contrindiquée. De plus, et c’est peut-être
diagnostique de cette coupe échographique dé- l’élément le plus important, une simple flexion
pistant en urgence, de manière simple et non plantaire permet de vérifier la réductibilité des
traumatique, une rupture du croisé antérieur. fragments (fig. 17) ou la persistance d’un “gap”
(fig. 18) imposant un abord chirurgical [1, 13].
Au tendon d’Achille, cette épreuve dynamique Fig. 16 : Coupe sagittale du tendon d’Achille montrant une
sagittale permet de confirmer le caractère complet rupture complète jouxtant la jonction myotendineuse.
58
Urgence et échographie musculo-squelettique
a b
Fig. 17 : Coupe sagittale du tendon d’Achille : a) rupture complète ; b) réduction complète en flexion plantaire.
59
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Fig. 19 : Coupe axiale rétromalléolaire latérale montrant les Seuls certains corps étrangers sont radio-opa-
2 tendons fibulaires en place soulevant légèrement le rétina- ques et visibles à la radiographie, mais tous sont
culum (cliché dynamique en éversion contrariée) sans le dé-
hyperéchogènes et facilement dépistés à l’écho-
coller.
graphie (fig. 22) qui permet également de détermi-
ner exactement la distance du corps étranger par
60
Urgence et échographie musculo-squelettique
rapport à la peau pour une extraction plus aisée, Détermination du caractère circonscrit
éventuellement guidée par échographie [22]. et ponctionnable d’une collection
61
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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62
Echographie musculo-squelettique
en salle d’urgence : expérience d’un
centre hospitalier universitaire
Environnement médical
Méthodes de l’analyse
Les cliniques universitaires Saint-Luc, centre
hospitalier monosite, accueillent chaque année Deux radiologues ont revu sélectivement les exa-
environ 35 000 hospitalisations classiques, 453 000 mens échographiques de l’appareil musculo-sque-
consultations et 65 000 entrées en salle d’urgen- lettique réalisés en salle d’urgences et archivés sys-
ces. Les équipes médicales prennent en charge tématiquement dans notre PACS entre le 1er janvier
une grande variété de pathologies et de patients, 2005 et le 31 décembre 2007. Ils ont enregistré l’âge
avec un profil d’hôpital à la fois de référence et de et le sexe des patients ainsi que la région anatomi-
proximité. que explorée. Ils ont également noté si d’autres
63
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
examens radiologiques avaient été réalisés lors du plus élevée de réalisation de l’échographie dans la
même passage en salle d’urgences. Dans un première, la cinquième et la huitième décennie
deuxième temps, ils ont consulté le dossier médical (tableau 1).
électronique de chacun des patients afin de noter le
motif de l’examen échographique et le diagnostic Les régions anatomiques explorées concernaient
final. Ils n’ont pas cherché à préciser les perfor- en grande majorité le membre inférieur (72 %). Le
mances diagnostiques de l’échographie. membre supérieur était exploré dans près d’un
quart des indications (23 %), sans oublier de men-
tionner les rares explorations du tronc (5 %). La
Résultats répartition entre membre supérieur et inférieur
semblait être stable au cours du temps (tableau 2).
Deux cent quarante-trois échographies de l’ap- Dans le membre inférieur, chacune des 5 régions
pareil musculo-squelettique ont été réalisées par principales était explorée avec une fréquence
les internes de radiologie entre le 1er janvier 2005 équivalente (tableau 3). Dans le membre supé-
et le 31 décembre 2007, soit une activité corres- rieur, l’épaule, le coude et la main représentaient
pondant à 2,5 % des 9 400 échographies réalisées plus de 75 % des régions explorées (tableau 4).
dans la même période. Dans le même temps, envi-
ron 1 400 échographies Doppler des membres ont Les motifs justifiant les échographies étaient es-
été réalisées, soit une activité correspondant à sentiellement un bilan post-traumatique (n=94),
15 % des 9 400 échographies. La moyenne d’âge un bilan de douleur spontanée (n=52) et un bilan
des patients était de 46,5 ans pour les 113 femmes de tuméfaction (n=36) (tableau 5). Dans 22 dos-
et de 44,9 ans pour les 130 hommes. siers, nous n’avons pas pu retrouver le motif de
l’échographie. Les explorations échographiques
La distribution des échographies en fonction de étaient réalisées conjointement à une radiographie
l’âge et du sexe des patients montre une fréquence dans 57 % et de façon isolée dans 43 % des cas.
64
Echographie musculo-squelettique en salle d’urgence
Les diagnostics les plus fréquemment retenus dienne (21 %), épanchement articulaire (11 %) et
étaient examen normal (37 %), collection liqui- rupture tendineuse (8 %) (tableau 6).
1
6 1
2
5
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Les urgences en pathologie musculo-squelettique
5 1 1
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Echographie musculo-squelettique en salle d’urgence
67
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
68
Imagerie musculo-squelettique
en urgence en pratique pédiatrique
Vous avez dit urgence, quelle urgence ? S’il s’agit croissant, mains, doigts, chevilles, poignets, ge-
de celle qui met en jeu le pronostic vital à court noux, coudes, pieds, orteils et avant-bras étaient
terme, elle s’envisage dans le cadre du polytrau- les localisations anatomiques les plus fréquem-
matisme où l’appareil musculo-squelettique est ment radiographiées.
rarement au premier plan. Il peut cependant l’être
dans le cadre d’une fracture rachidienne cervicale Le taux de résultats anormaux des clichés stan-
haute avec compression bulbo-médullaire, lors dards était de 25,7 % pour la main et les doigts,
d’une perforation pulmonaire ou après plaie vas- 9,0 % pour la cheville, 42,5 % pour le poignet,
culaire pelvienne ou encore de la racine de la cuis- 9,5 % pour le genou, 33,3 % pour le coude, 18,3 %
se par embrochage osseux. Le bilan d’imagerie est pour le pied, et 43,2 % pour l’avant-bras. Lorsque
alors respectivement fait en IRM pour l’analyse seul le signe direct de fracture était pris en comp-
médullaire et en scanner pour les structures os- te, ces taux chutaient respectivement à 2,6 et 1,9 %
seuses. Ces situations et approches en imagerie pour la cheville et le genou. Au cours des dix der-
n’ont pas de spécificité pédiatrique. nières années, ces deux localisations anatomiques
ont plus spécifiquement retenu notre attention.
Dans ce mot urgence, il faut aussi entendre celle Notre dernière analyse de 2011 n’a objectivé ni di-
que représente, pour l’enfant et ses parents, la dé- minution de la fréquence de réalisation de ces cli-
couverte d’anomalies post-traumatiques, en parti- chés ni modification du pourcentage de fractures
culier IRM, décrites comme inquiétantes. Ces si- présentes.
tuations font discuter de l’impact de l’image au
détriment de la logique et d’une stratégie de bon Malgré des données convaincantes [2] sur le
sens. Ces scénarii catastrophes représentent une rôle des règles d’Ottawa dans la prise en charge
partie infime de l’activité d’imagerie pédiatrique des traumatismes de la cheville de l’enfant, les ra-
faite aux urgences de nos centres hospitaliers. diographies sont encore trop systématiques. La
rotation semestrielle d’internes présentant une ex-
De façon plus quotidienne, l’urgence musculo- périence professionnelle variable et leurs craintes
squelettique en pratique pédiatrique s’entend d’être poursuivis pour raisons médicolégales sont
comme une demande émanant du service des ur- une des raisons pour expliquer cette absence
gences nécessitant le recours à l’imagerie. d’évolution de nos résultats. Nous avons essayé
par l’intermédiaire de plusieurs études de limiter
Nous avons revu, au cours d’un travail portant ces prescriptions, mais sans réel succès. Des ré-
sur 24 semaines d’activité, 3128 clichés standards sultats similaires ont été rapportés outre-Atlanti-
demandés par le service des urgences pédiatriques que [3]. Nous avons ensuite cherché à comprendre
[1]. Vingt-deux pour cent d’entre eux démon- ce qui se cachait derrière une cheville pédiatrique
traient la présence d’une anomalie. Par ordre dé- tuméfiée soupçonnée d’entorse. Sur une série de
69
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
102 IRM de chevilles traumatiques exemptes de importante [9]. L’IRM de la cheville réalisée en
fracture visible sur les clichés standards, nous phase aiguë d’un traumatisme peut certainement
n’avons diagnostiqué que 2 ruptures du ligament montrer de nombreuses anomalies non radiologi-
latéral externe chez des adolescents présentant quement visibles, mais en fait sans impact médical
une physe ouverte [4]. Il est intéressant de noter ou chirurgical. L’intérêt de l’IRM ou du scanner
qu’aucun des patients de la série n’avait un “clas- conserve par contre une place en cas de fracture
sique” Salter I de la partie inférieure de la fibula, triplane permettant au chirurgien une meilleure
fracture qui est donc largement surdiagnostiquée compréhension du positionnement des fragments
[5, 6]. Deux fractures-avulsions ostéochondrales à ostéosynthèser (fig. 2). En cas de fracas de la
de l’épiphyse fibulaire (fig. 1) et des microfractu- cheville, le scanner est l’examen de choix.
res du pied n’avaient pas été vues sur les clichés
standards, mais ceux-ci n’étaient centrés, suite à la Une façon de réduire le taux important de radio-
demande clinique, que sur la cheville [4]. graphies de chevilles inutiles serait, dans les for-
mes cliniquement non évidentes de fracture, de
L’IRM, dans ces traumatismes de cheville a été privilégier une immobilisation initiale de trois à
décrite comme d’un grand intérêt dans la modifi- quatre jours suivie d’un nouvel examen clinique.
cation de la classification de Salter-Harris radio- L’échographie aurait alors une place dans un
graphique [7]. Notre expérience est en désaccord contexte moins algique pour rechercher une rup-
avec ces travaux ; sur une série de 29 fractures du ture, certes rare, du ligament latéral externe. L’in-
tibia, un seul patient a vu son pronostic modifié en convénient serait de prendre le risque d’engorger
termes de classification, passant d’un Salter III à les consultations d’orthopédie post-urgence.
un Ogden VI. Cependant, aucun de nos patients
n’a eu sa prise en charge thérapeutique ni son de- Ce type d’approche ne peut être soutenu
venir changé par ces résultats [8]. Ces résultats lorsqu’un traumatisme du genou est concerné. Sur
ont été confirmés depuis sur une série plus cette localisation anatomique, les radiographies
a b c
Fig. 1 : Fracture arrachement ostéochondral chez un pré-adolescent : a) Cliché de face sans lésion osseuse visible. b) IRM plan
coronal, séquence en densité saturation de graisse et c) IRM, plan axial, séquence en densité de proton saturation de graisse
aspect épaissi mais continu du LTFA.
70
Imagerie musculo-squelettique en urgence en pratique pédiatrique
b c
71
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
b c
Fig. 3 : Fracture Salter III du genou.
L’incidence de profil (a) objective une fine solution de continuité trochléenne L’IRM en densité de proton saturation
de graisse dans le plan coronal (b) et axial transverse (c) visualise la direction du trait et la distance inter-frag-
mentaire.
72
Imagerie musculo-squelettique en urgence en pratique pédiatrique
L’IRM nous semble également nécessaire fédération sportive sont souvent demandeurs
lorsqu’au décours d’une boiterie chez un adoles- d’une imagerie rapide permettant, entre autre,
cent un Salter I de l’extrémité supérieure du fémur d’estimer la période d’indisponibilité de l’athlète.
est suspecté, et ce, en particulier devant la norma- A contrario, nous avons eu l’occasion d’explorer
lité des clichés radiographiques de qualité. Le dan- de manière prospective 26 jeunes gymnastes
ger est ici réel de négliger une fracture transphy- asymptomatiques s’entraînant au sein de l’équipe
saire dont le déplacement est à risque de nécrose nationale [13]. Sur les 34 coudes explorés en IRM,
ischémique de la tête fémorale. La recherche d’une 2 présentaient des lésions IRM correspondant à
bascule de la tête, d’un élargissement de la physe une ostéochondrite respectivement du condyle la-
ou d’un œdème en miroir, de part et d’autre de cel- téral et de la tête radiale. Ces diagnostics d’image-
le-ci peut facilement confirmer cette suspicion cli- rie n’ont eu aucun impact dans la suite de la prépa-
nique [12] et permettre une prise en charge chirur- ration de ces jeunes athlètes.
gicale rapide.
En conclusion, l’urgence en imagerie pédiatri-
L’IRM nous paraît aussi utile au décours d’un que est avant tout une question de bon sens et de
traumatisme rachidien mineur si la symptomato- disponibilité du plateau technique. Les options
logie douloureuse ne s’amende pas en quelques thérapeutiques potentielles doivent être considé-
jours. Dans ce cadre, l’utilisation de séquences rées avant de décider quelles explorations doivent
STIR dans le plan sagittal et coronal assure le dia- être faites. Ce qui semble être juste une approche
gnostic positif et la localisation de contusions os- logique et médicale est loin d’être la règle. Au-delà
seuses trabéculaires. L’adjonction de séquences du risque d’irradiation et de l’implication évidente
avec injection n’a pas d’intérêt [13]. De ces résul- de l’imagerie sur la qualité de vie du patient, cette
tats dépendra la stratégie thérapeutique orthopé- stratégie a aussi un impact financier important. Le
dique, en particulier le positionnement d’un corset coût annuel de la traumatologie pédiatrique aux
antalgique. États-Unis est estimé à 347 milliards de dollars
[14]. Quelle est la part de l’imagerie inutile ? Un
L’urgence est parfois politique et financière. Le équilibre judicieux doit définir quel sera le meilleur
radiologue peut facilement se retrouver dans la et peut-être le seul examen radiologique néces-
tourmente quand ces traumatismes ostéoarticulai- saire pour répondre aux questions cliniques qui
res intéressent des enfants sportifs non pas dans doivent être posées. Chaque situation est spécifi-
le cadre du simple jeu, mais de la compétition. Les que et nécessitera une stratégie radiologique
parents de l’enfant, l’entraîneur, le club, voire la réfléchie.
73
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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74
“L’épaule urgente”
Fracture diaphysaire
Les fractures
Ce sont les fractures les plus fréquentes (80 %
Fractures de la clavicule des cas) survenant essentiellement chez l’enfant
et l’adulte jeune. Il peut exister un déplacement
Elles sont liées à une chute directe sur le moi- vers le haut du fragment interne, un déplacement
gnon de l’épaule lors d’un accident de la voie pu- vers le bas du fragment externe ou un chevauche-
blique ou lors d’un traumatisme sportif, et repré- ment en raison de la contraction des muscles pec-
sentent environ 40 % de l’ensemble des fractures toraux (fig. 1). Ces fractures relèvent d’indica-
de la région scapulaire [1]. Le bilan radiologique tions chirurgicales exceptionnelles posées en
des formes banales repose sur la réalisation d’un fonction de la topographie du trait, du nombre de
défilé claviculaire de Porcher (cliché de face rayon fragments et de leur déplacement [5]. Les compli-
75
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Tableau 1
76
L’épaule urgente
77
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
78
L’épaule urgente
bilan pré-thérapeutique nécessite en 2012 presque Tableau 2 : Classifications comparées de Dupac et Neer
toujours la réalisation d’un examen tomodensito-
Classification de Duparc
métrique en raison de complications possibles tel-
Classification de Neer
les les nécroses céphaliques [12]. Le scanner pré- Extra-articulaires
cisera le nombre de fragments, l’atteinte des tubé- Fractures des tubérosités
rosités et l’état de la gouttière bicipitale. Les Tubercule majeur (trochiter) avec ou sans luxation
classifications les plus utilisées concernant les antérieure
fractures de l’extrémité supérieure de l’humérus 2 fragments Trochiter
sont celles de Neer et en France celle de Duparc Tubercule mineur (trochin) avec ou sans luxation
(Tableau 2). La classification de Neer dénombre postérieure
les fractures en fonction du nombre de fragments 2 fragments Trochin
Articulaires
Fractures céphaliques (col anatomique)
2 fragments Col anatomique
Fractures céphalo-tubérositaires
- de type I : engrenées, non déplacées
4 fragments
- de type II : engrenées, déplacées
4 fragments
- de type III : désengrenées
4 fragments
- de type IV :
avec luxation antérieure engrenée ou désengrenée
avec luxation postérieure engrenée ou désengrenée
4 fragments
79
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Enfin, dans le cas des fractures céphalotubérosi- Les incidences les plus utiles restent le cliché de
taires, il n’est pas inutile dans le cadre du traite- face, le profil de Lamy et le profil axillaire s’il est
ment chirurgical d’une fracture de l’extrémité su- réalisable. Des vues tangentielles ou des inciden-
périeure de l’humérus de pouvoir disposer au ces, le bras à 90° d’abduction, peuvent également
cours de la planification d’une radiographie en ro- s’avérer utiles dans certains cas. Enfin, on n’oublie-
tation neutre de l’épaule opposée ainsi que d’un ra pas l’utilité des clichés comparatifs en cas de
examen (échographie) appréciant l’état de la coif- doute, notamment chez le sujet jeune, étant donné
fe des rotateurs. la fusion tardive des noyaux d’ossification de
l’acromion et du processus coracoïde. Le scanner
constitue aujourd’hui l’examen de choix puisqu’il
Les fractures de la scapula permet le bilan exhaustif de l’ensemble des lésions
osseuses et en particulier celles intéressant la glè-
Les fractures de la scapula sont rares et ne re- ne [16]. Les reconstructions 3D constituent égale-
présentent que 5 % des fractures de l’épaule. Par ment une aide essentielle à l’élaboration du traite-
contre, le nombre de lésions associées, pouvant ment chirurgical, en analysant par exemple le cri-
parfois conditionner le pronostic vital, est particu- tère déplacement-angulation d’une fracture du col
lièrement élevé (80 à 95 %) en raison du mécanis- chirurgical, difficilement évaluable sur les radio-
me lésionnel direct le plus fréquent, correspon- graphies standard (fig. 10). D’autre part, et compte
dant à un phénomène à haute énergie (accident de tenu de la survenue fréquente de ces fractures
la voie publique, chute de hauteur élevée) [14, 15]. dans le cadre de polytraumatismes, il faut garder
L’anatomie complexe de la scapula explique que la en mémoire leur association fréquente à des lé-
réalisation d’un bilan lésionnel précis en radiogra- sions thoraciques, en particulier du parenchyme
phie standard constitue un véritable défi (fig. 9). pulmonaire.
A B
80
L’épaule urgente
A
Fig. 10 : Fracture comminutive de la scapula.
Coupe tomodensitométrique axiale (a) et reconstruction volumi-
que (b) qui permettent d’identifier au mieux les différents traits B
de fracture intéressant le corps de la scapula.
La diversité des fractures de la scapula explique fractures de la scapula est le plus souvent orthopé-
la diversité des formes radiologiques. Les fractu- dique, le recours à la chirurgie reste nécessaire
res de la scapula les plus fréquentes sont celles du dans certaines situations : fracture comminutive ;
corps (35 à 45 %), devant celles du col (25 %), puis fragment glénoïdien de grande taille (supérieure
de l’acromion (8 à 12 %), de l’épine (5 à 11 %), de au tiers de la surface articulaire de la glène) ; dé-
la glène (10 %) et du processus coracoïde (5 à 7 %) placement de plus de 4 mm de la surface articu-
[17, 18.] Ces fractures doivent être décrites préci- laire de la glène ou d’au moins 10 mm au niveau
sément (localisation, déplacement, aspect commi- du corps de la scapula [18].
nutif), et il est impératif de distinguer les fractures
extra-articulaires intéressant le corps de la scapu-
la, des fractures considérées comme articulaires Cas particuliers
(fractures du col chirurgical détachant la surface
glénoïde, fractures de la glène et fractures de Syndrome omo-cléido-thoracique
l’apophyse coracoïde), car elles compromettent la
biomécanique de la voûte acromio-coracoïdienne. Il est de survenue rare et correspond classique-
Les autres formes de fractures de la scapula ment à l’association d’une fracture médio-clavicu-
concernent principalement le processus coracoï- laire, de fractures costales et de la scapula. Les
de, siège d’avulsions-fractures des ligaments co- complications viscérales sont alors essentielle-
raco-claviculaire et du tendon de la courte portion ment pleuropulmonaires. De façon encore plus
du biceps, et les fractures de l’acromion secondai- exceptionnelle, il est décrit dans ce cadre nosolo-
res à des traumatismes directs et intéressant typi- gique des luxations sternoclaviculaires postérieu-
quement la base de celui-ci au niveau de la jonc- res chez des patients polytraumatisés. L’absence
tion avec l’épine de la scapula. Si le traitement des de fracture claviculaire après un traumatisme à
81
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
82
L’épaule urgente
fortement algique. L’examen physique retrouvera (face, profil de Lamy), la glène est vide, la tête se
le classique “coup de hache” externe, ainsi qu’une projette au-dessous de la coracoïde et en avant de
perte du galbe de l’épaule de face (signe de l’épau- la glène (fig. 12). Il faudra rechercher également
lette). L’examen s’attachera également à détecter l’existence d’un fragment glénoïdien antérieur et
d’éventuelles complications vasculo-nerveuses, et une fracture associée du trochiter (fig. 13). L’inci-
en particulier une anesthésie du moignon de dence de Garth est intéressante, car elle peut être
l’épaule désignant une atteinte du nerf axillaire, réalisée sans mobiliser l’épaule et peut montrer
des troubles vasculo-moteurs du membre supé- d’emblée l’existence d’une éventuelle fracture du
rieur pouvant témoigner d’une atteinte plexique rebord glénoïdien antérieur. Le profil glénoïdien
par compression des troncs secondaires du plexus est également très contributif pour l’étude de la
brachial. glène, mais ne peut être réalisé qu’à distance de la
réduction. D’autres clichés de contrôle pourront
Le bilan radiographique réalisé en urgence est être réalisés : face et incidence de Lamy, parfois
indispensable à la recherche d’une lésion osseuse. complétés par une incidence de Garth dans la po-
Le cliché de face en double obliquité est le plus sition d’immobilisation du patient.
souvent suffisant et montre la tête humérale im-
pactée sous la glène. Sur les différentes incidences
83
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Chez le sujet âgé, les luxations pures sont excep- jette constamment en arrière de la glène ou à che-
tionnelles, et on recherchera d’une part une frac- val sur le bord postérieur de celle-ci. En cas de
ture associée du col huméral qui doit être connue doute ou si la luxation apparaît irréductible, le
avant les manœuvres de réduction, et d’autre part, scanner permet de confirmer aisément le diagnos-
l’existence d’une rupture de la coiffe des rotateurs tic (fig. 7).
très fréquente une fois sur deux après 50 ans et qui
relève si possible de l’échographie [23]. En cas de
disponibilité aisée, le scanner simple peut présen-
ter un intérêt en urgence en permettant de dé-
douaner plus facilement l’ensemble des lésions
osseuses associées. Les autres examens complé-
mentaires comme l’arthro-scanner ou l’arthro-
IRM n’ont pas d’indication en urgence et sont ré-
servés au bilan des luxations récidivantes.
Luxations postérieures
84
L’épaule urgente
85
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Fig. 17 : Luxation acromio-claviculaire de faible grade. Échographie comparative : les coupes coronales comparatives montrent
un épaississement capsulo-ligamentaire (pointillés) de l’articulation acromio-claviculaire droite et un diastasis modéré (flèche).
86
L’épaule urgente
87
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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88
Le coude et le poignet
89
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Si une ostéosynthèse est envisagée, il est pré- sibles. Le diagnostic se fait en règle plus tardive-
férable de donner des clichés en grandeur ment par arthroscanner ou arthroIRM qui mettent
réelle pour permettre un choix plus adapté du en évidence l’existence d’une poche de décolle-
matériel. ment postérieure rétroradiale avec distension du
• Les traits de fractures peuvent être simples faisceau ulnaire du ligament collatéral latéral.
ou complexes. Les fractures sont souvent
comminutives avec des traits difficilement
descriptibles. Les fractures de l’extrémité inférieure de
l’humérus
Il faut surtout préciser si le trait de fracture inté-
resse ou n’intéresse pas les surfaces articulaires Elles ont fait l’objet de nombreuses classifica-
condylo-radiale, trochléo-cubitale ou olécranien- tions. En fait, il est intéressant en pratique de dis-
ne. Le pronostic fonctionnel se trouve aggravé en tinguer les fractures extra-articulaires des fractures
cas de fracture articulaire. articulaires et les fractures simples des fractures
comminutives. Le diagnostic est en règle assez fa-
cile sur des clichés standard de face et de profil,
Les principales lésions traumatiques même s’ils sont parfois difficiles à réaliser du fait de
l’impotence. On pourra s’aider de clichés en obli-
Les luxations que, voire de clichés comparatifs lorsque la fracture
est discrète et le déplacement peu évident.
Elles représentent environ 10 % des traumatis-
mes du coude et se voient essentiellement au cours Les fractures extra-articulaires :
des accidents sportifs chez l’adulte jeune. • Les fractures supracondyliennes représentent
environ 20 % des fractures de l’extrémité infé-
Les plus fréquentes sont les luxations postérieu- rieure de l’humérus. Le trait de fracture peut
res où le squelette antibrachial passe en arrière de être transversal simple ou être franchement
la palette humérale. Les complications nerveuses comminutif (fig. 1).
associées (notamment cubitales) ne sont pas ex- • Les fractures parcellaires extra-articulaires
ceptionnelles. Les lésions ligamentaires antérieu- sont assez rares. Il s’agit d’une séparation du
res et latérales sont franches. Le diagnostic radio- massif épicondylien ou épitrochléen avec dé-
logique est évident sur les clichés de profil. La re- placement plus ou moins important.
cherche de lésions fracturaires associées doit être
minutieuse. Le pronostic est favorable lorsque la Les fractures articulaires :
réduction est effectuée rapidement et dans de bon- Les fractures articulaires sont plus graves puis-
nes conditions. La présence de fractures associées que le retentissement ultérieur sur l’articulation
complique la réduction. À plus long terme, le ris- est très fréquent. Elles s’accompagnent d’un épan-
que majeur est la survenue d’un enraidissement chement sanglant dans l’articulation qui est évi-
du coude favorisé par la rétraction des parties dent sur le cliché de profil.
molles et l’apparition d’ossifications périarticulai- • Les fractures sus et intercondyliennes sont
res. La luxation en apparence isolée de la tête ra- fréquentes, et représentent près de 40 % des
diale doit faire rechercher une fracture associée fractures de l’extrémité inférieure de l’humé-
de la diaphyse cubitale réalisant la fracture de rus. Leur aspect est variable selon le nombre
Monteggia de l’adulte. Des formes mineures de de traits qui les constituent et le déplacement
subluxation postérieure de la tête radiale sont pos- des fragments.
90
Le coude et le poignet
91
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
• Les fractures de l’apophyse coronoïde peuvent ples lorsqu’elles sont isolées, en raison des
se voir isolément ou associées à une luxation superpositions sur le cliché de profil. Un cli-
qui passe alors au premier plan. Leur diagnos- ché de profil avec obliquité est utile (fig. 3).
tic n’est pas toujours facile sur les clichés sim-
Fig. 3 : Fracture de l’apophyse coronoïde, non visible de face évidente de profil et en scanner.
92
Le coude et le poignet
Les fractures
de l’extrémité
supérieure du radius
93
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Le diagnostic est facile lorsqu’il existe un petit dé- gnostic précoce de la fracture du scaphoïde est es-
calage. Le trait de fracture est parfois difficile à sentiel pour le pronostic fonctionnel du patient,
voir sur les clichés selon son orientation. En cas de car il permet de limiter la survenue de complica-
doute, des clichés en oblique, voire un scanner tions invalidantes telles que la pseudarthrose, le
peuvent être utiles. Ces fractures sont arthrogènes cal vicieux et l’ostéonécrose du scaphoïde ou
lorsqu’il existe un décalage notable des fragments. l’arthrose du poignet [14-15].
Le jeu articulaire en pronosupination peut s’en
trouver limité à terme.
Radiographies et stratégie
Les fractures du col du radius sont plus rares diagnostique classique
chez l’adulte.
Du fait de son inclinaison à 45° par rapport au
L’IRM peut montrer des lésions associées [5, 6]. plan du carpe, le scaphoïde est mal visible sur les
clichés simples (face, profil) et des incidences
complémentaires (face poing fermé, inclinaison
Le scaphoïde ulnaire) sont nécessaires permettant d’améliorer
les performances des radiographies. En cas de
La fracture du scaphoïde est la plus fréquente fracture non déplacée, le diagnostic est relative-
des fractures du carpe (51-90 %) et représente 2 à ment difficile, car les signes sont parfois discrets
7 % de l’ensemble des fractures [7]. Le trait de (variabilité des performances selon l’expérience
fracture est proximal dans 20 % des cas, isthmique du lecteur). La valeur prédictive négative des ra-
dans 70 % des cas et distal dans 10 % des cas. Cet- diographies initiales est variable, avec une moyen-
te fracture atteint surtout l’adulte jeune de sexe ne d’environ 74 % [16]. Ainsi, environ trois patients
masculin. Elle survient habituellement après un sur quatre ayant des radiographies initiales néga-
traumatisme en hyperextension par contact avec tives sont plâtrés par excès dans le schéma de pri-
la marge postérieure du radius. La fracture est dé- se en charge classique. Au total, les radiographies
placée dans environ 10 % des cas, en particulier en initiales réalisées aux urgences permettent un dia-
cas de lésions ligamentaires associées. Les signes gnostic de certitude dans seulement 25 à 50 % des
cliniques classiques sont la douleur à la pression cas [17-20]. En l’absence de certitude diagnosti-
de la tabatière anatomique, la douleur à la prona- que, la stratégie classique consiste en une immobi-
tion, la douleur à la traction/pression de la colonne lisation plâtrée du poignet associée à un contrôle
du pouce. La valeur prédictive positive de l’exa- radiographique et à un suivi orthopédique dans un
men clinique est variable selon les séries, avec une délai de 10 à 14 jours [20]. En cas de faux positif,
moyenne de 20 % environ [8-11], ce qui implique cette prise en charge conduit à une immobilisation
une immobilisation plâtrée inutile et coûteuse (ar- inutile et à un surcoût important [16, 19, 20-22].
rêt de travail) chez quatre patients sur cinq. Par Cette stratégie utilisant des radiographies de
ailleurs, le manque de spécificité des signes clini- contrôle à distance est actuellement remise en
ques de fracture du scaphoïde et leur caractère question. En effet, ces radiographies ont une mau-
parfois peu marqué entraînent des retards de vaise sensibilité, une mauvaise valeur prédictive
consultation et de diagnostic [12-13]. Or, le dia- négative et une mauvaise reproductibilité [22].
94
Le coude et le poignet
95
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
graphie arrive en troisième position après l’IRM et 36, 37]. Les critères diagnostiques de fracture du
le scanner pour le diagnostic de fracture du scaphoïde sont la rupture corticale et/ou trabécu-
scaphoïde. laire (trait en hyposignal T1 auquel correspond un
hypersignal T2) (fig. 6). Ce trait de fracture peut
être associé à un œdème osseux. L’IRM permet
IRM par ailleurs de rechercher des lésions osseuses
(fractures du radius distal) ou tendineuses asso-
Grâce à sa haute sensibilité (95 à 100 %) et spé- ciées. Elle permet une prise en charge thérapeuti-
cificité (95 à 100 %) [36-37-38], l’IRM est la techni- que précoce adéquate, car elle détecte les faux
que de deuxième intention la plus recommandée positifs (jusqu’à 50 %). Elle est considérée comme
en cas de discordance radioclinique [16, 23, 30, la technique d’imagerie de référence, mais son ac-
Fig. 6a : Traumatisme du poignet avec suspicion clinique de fracture du scaphoïde. Les radiographies initiales sont normales.
96
Le coude et le poignet
Fig. 6b : Traumatisme du poignet avec suspicion clinique de fracture du scaphoïde. Le scanner réalisé à J1 est normal.
L’IRM réalisée à J1 montre une fracture trabéculaire sans rupture de la corticale.
cessibilité réduite limite son utilisation dans la ture du scaphoïde). La plupart des auteurs préco-
stratégie diagnostique des traumatismes du poi- nisent dans cette indication une IRM avec une sé-
gnet. On peut envisager sa réalisation plus fré- rie coronale pondérée en T1 et une série coronale
quente à condition de limiter le nombre de sé- pondérée en STIR ou équivalent [16, 37]. Un algo-
quences, et donc le temps d’examen (IRM rapide rithme “IRM” a été proposé récemment par l’équi-
pour confirmer ou infirmer le diagnostic de frac- pe de Nancy [23].
97
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
98
Le coude et le poignet
gnostiquées. Sept cas (faux positifs) de fractures diagnostic de fracture du scaphoïde quand l’IRM
du scaphoïde ont pu être rejetés grâce au scanner, n’est pas disponible rapidement. L’ACR souligne
tandis que 9 fractures occultes non diagnostiquées que le scanner est la seule technique qui montre
sur les radiographies ont pu être détectées initiale- précisément les petits déplacements fracturaires
ment. Dans une étude préliminaire portant sur (de l’ordre de 1 mm), ce qui a une grande impor-
3 patients, Groves et coll. [32] ont souhaité mon- tance pour la décision thérapeutique du chirurgien
trer l’avantage d’associer le scanner multidétec- et le pronostic fonctionnel ultérieur. L’intégration
teur et la scintigraphie osseuse au MDP. Welling et du scanner précoce dans la démarche diagnosti-
coll. [39] ont examiné 60 patients consécutifs avec que pourrait ainsi :
des traumatismes du poignet et une imagerie asso- • permettre un diagnostic rapide des fractures
ciant radiographies, puis scanner. Dans cette sé- du scaphoïde occultes en radiographie (fig. 7),
rie, 30 % des fractures détectées grâce au scanner • permettre un diagnostic rapide des autres
n’avaient pas été vues sur les radiographies. Ces fractures occultes du carpe,
fractures intéressaient le scaphoïde, mais aussi les • simplifier la prise en charge en réduisant le
autres os du carpe. Cette étude récente repose sur nombre de consultations et d’examens de
une technique d’imagerie “state of the art” : radio- contrôle,
graphies avec 3 à 4 incidences et scanner multi- • éviter une immobilisation par excès des pa-
barrette 16 coupes. Les dernières recommanda- tients n’ayant pas de fracture,
tions américaines [40] mentionnent le scanner • permettre des économies en évitant une im-
comme une technique très intéressante pour le mobilisation et des consultations inutiles.
99
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Scanner ou IRM, quelle imagerie aigu, les incidences de face et de profil strict sont
choisir ? le minimum acceptable. On peut bien sûr complé-
ter par des clichés spécifiques, comme le poing
Les 2 études comparatives récentes sont des pe- fermé et l’inclinaison ulnaire pour le scaphoïde,
tites séries [43, 44, 45]. La première étude suggère les incidences de berge ulnaire ou du canal car-
une supériorité de l’IRM qui permettrait une dé- pien pour l’Hamulus de l’Hamatum et le pisiforme
tection de toutes les fractures dont les impactions voire les profils décalés pour les arrachements de
trabéculaires [43]. La seconde étude est moins for- la face dorsale du triquetrum. Toutefois, ces radio-
melle, suggérant une valeur diagnostique compa- graphies ont montré des limites et [39] la disponi-
rable du scanner et de l’IRM. Les deux techniques bilité du scanner permet d’obtenir une bien
sont plus performantes pour exclure une fracture meilleure analyse des petits os du carpe, surtout
que pour affirmer le diagnostic. Des faux positifs en urgence, en cas de clinique suspecte et de ra-
et des faux négatifs sont possibles en scanner diographies normales ou douteuses.
comme en IRM [44, 45].
Le scanner
Tomosynthèse
Il a prouvé sa supériorité par rapport à la radio-
Cette technique peu répandue a été évaluée par graphie standard [39]. Le scanner permet a priori
l’équipe de Nancy chez 100 patients consécutifs d’exclure toute fracture du carpe avec solution de
avec une suspicion de fracture du poignet, en com- continuité corticale. Les fractures avec trait de re-
paraison avec la radiographie et le scanner [46]. fend cortical sont celles qui ont un potentiel de dé-
Au total, 57 patients avaient une fracture. Parmi placement et le scanner est par conséquent l’outil
les 100 patients, 19 % avaient une fracture du sca- le plus adapté en urgence en cas de doute sur les
phoïde. Les performances diagnostiques de la to- radiographies.
mosynthèse étaient intermédiaires entre la radio-
graphie et le scanner. Par contre, certaines contusions ou fractures
strictement trabéculaires peuvent passer inaper-
çues en TDM. Elles ne seront visibles qu’une se-
Le carpe (scaphoïde exclu) maine plus tard après apparition d’un trait de
condensation. Les contusions (sans trait de frac-
La fracture du scaphoïde est de loin la plus fré- ture) et les fractures trabéculaires seront dépistées
quente des fractures des os du carpe. Elle est sou- en scintigraphie et bien sûr en IRM qui sont les
vent recherchée à tel point qu’on oublie d’exami- examens les plus sensibles [16, 47].
ner les autres os. Nous décrivons pour chaque
fracture la sémiologie radiographique et l’utilité
du scanner et de l’IRM. L’IRM
100
Le coude et le poignet
une séquence coronale pondérée en T2 avec satu- carpe [48, 49]. Elle doit être suspectée en cas de
ration de la graisse. Ces trois séquences permet- douleur à la palpation de la face dorsale du trique-
tent de détecter la plupart des lésions et suffisent trum. Il s’agit plutôt d’un arrachement osseux de
en l’absence d’anomalie. Nous commençons par la la face dorsale du triquetrum, à l’insertion des li-
séquence coronale pondérée en T2 avec saturation gaments extrinsèques. Les fractures du corps sont
de la graisse pour “allumer” la zone pathologique. plus rares. Les fractures arrachement de siège pal-
En fonction des anomalies de signal, nous ajou- maire sont rares et presque toujours associées à
tons une séquence en pondération T2 avec satura- des lésions ligamentaires périlunaires. Les avul-
tion de la graisse dans le plan le mieux adapté au sions dorsales sont traitées par simple immobilisa-
site suspect. Nous remplaçons parfois le plan axial tion plâtrée pendant six semaines, alors que les
pondéré en T1 par un plan anatomiquement plus fractures du corps peuvent nécessiter une immo-
adapté à l’os lésé. Trois ou quatre séquences suffi- bilisation plus longue, voire une réduction avec
sent donc dans la majorité des cas. Comme pour le fixation chirurgicale.
scaphoïde, une injection de gadolinium et la réali-
sation de séquences pondérées en T1 avec satura- Le diagnostic est parfois difficile sur les clichés
tion de la graisse peuvent être utiles pour affirmer de face, et compte tenu du siège postérieur, le dia-
l’existence d’un trait de fracture douteux sur les gnostic est fait sur le cliché de profil strict ou sur
séquences sans injection. La sémiologie IRM est un profil discrètement décalé en pronation
bien sûr la même que pour les fractures du sca- (fig. 8).
phoïde : on distinguera les fractures corticales ou
trabéculaires dont le trait est visible en bas signal
T1 et T2 (il est parfois difficile sur l’IRM d’affirmer
la fracture “corticale” comparativement au scan-
ner), des contusions osseuses comportant un œdè-
me en T2 sans trait de fracture visible. L’IRM est
l’examen le plus sensible pour détecter une frac-
ture ou une contusion osseuse [43]. Mais en prati-
que, il est souvent impossible d’obtenir une IRM
dans la semaine qui suit le traumatisme, et il faut
bien reconnaître que l’accessibilité du scanner
dans les SAU en fait un examen très adapté en ur-
gence. Le scanner permet de détecter les fractures
corticales (potentiel de déplacement et de compli-
cation ultérieure). La littérature actuelle ne fournit
pas de réponse tranchée à la question du meilleur
choix entre scanner ou IRM.
Fractures du Triquetrum
C’est la fracture la plus fréquente après celle du Fig. 8 : Avulsion osseuse de la face dorsale du triquetrum à
l’insertion des ligaments extrinsèques de la face dorsale du
scaphoïde, représentant 11,5 % des fractures du poignet (flèche).
101
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Fractures du Pisiforme
102
Le coude et le poignet
être porté sur l’incidence de la berge ulnaire (Gar- de face, il faut rechercher une modification de
raud) et les incidences du canal carpien, mais c’est l’image habituellement ronde de l’hamulus de
l’IRM qui fait référence. l’hamatum, lié à sa bascule. En cas de bascule im-
portante, cette image ronde peut disparaître com-
plètement ou l’anneau peut être plus ou moins in-
La deuxième rangée des os du carpe terrompu. Plus tardivement, une modification de
la densité de l’apophyse unciforme peut être le
Fractures de l’Hamatum seul signe de fracture. Dans tous les cas, un com-
paratif avec le poignet sain est utile. L’incidence du
Elles représentent 2 % des fractures du carpe. canal carpien dégage bien l’apophyse unciforme.
Ces fractures passent souvent inaperçues sur les Elle est cependant de réalisation difficile en raison
radiographies standard. des douleurs, et obsolète en raison de la disponibi-
lité actuelle du scanner.
On distingue deux types de fracture :
Le scanner ou l’IRM sera donc préféré aux inci-
Les fractures de l’hamulus de l’hamatum dences type canal carpien ou clichés décalés.
(crochet de l’os crochu) L’imagerie en coupe permet à la fois le diagnostic
C’est la fracture la plus fréquente. Elle résulte et le bilan des compressions ou conflits avec le
soit d’un choc direct sur la face palmaire du poi- nerf ulnaire dans la loge de Guyon, et avec les ten-
gnet, soit d’un arrachement par traction du liga- dons fléchisseurs des IV et V doigts dans le canal
ment annulaire qui s’insère sur le crochet. Le dia- carpien (fig. 10). Même diagnostiquées et traitées
gnostic radiologique en est délicat à la phase précocement par immobilisation plâtrée, elles
aiguë, ce qui explique qu’il est fait le plus souvent consolident dans moins de 50 % des cas. La pseu-
au stade de pseudarthrose dans un contexte clini- darthrose est la complication la plus fréquente
que de douleur chronique du poignet. Sur le cliché (l’ostéonécrose est rare).
Fig. 10 : A) Coupe axiale en pondération T2 Fat Sat montrant une fracture de la base de l’hamulus de l’hamatum passée inaperçue
sur les radiographies.
B) Coupe axiale en pondération T1 montrant les rapports intimes avec la loge de Guyon (tête de flèche) et les tendons fléchis-
seurs des 4e et 5e doigt (flèche).
103
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Fractures du Trapèze
Fig. 11 : Fracture du tubercule du trapèze : ArthroTDM en
coupe axiale permettant de découvrir une fracture du trapè-
Elles représentent 3 % des fractures du carpe ze (flèche blanche) passée inaperçue sur les radiographies.
[50]. Ces fractures peuvent être isolées ou asso-
ciées à des fractures du scaphoïde, de la base du
premier métacarpien, voire de l’hamulus de l’ha-
matum, ou des luxations. On distingue les fractu- Fractures du Capitatum
res du corps du trapèze, du tubercule et les fractu-
res en “coin” [50-53]. Elles représentent 1 à 3 % des fractures du
carpe.
En plus des incidences de base, il est utile de
compléter le bilan radiologique par des incidences Elles sont rarement isolées, souvent associées à
spécifiques, en particulier un cliché en postéro-an- une fracture du scaphoïde ou à une luxation péri-
térieur du premier interligne carpo-métacarpien, lunaire. Les incidences de face et de profil posent
des incidences de canal carpien qui dégage les le plus souvent le diagnostic. Parfois, une augmen-
fractures du tubercule et une incidence de tation de la densité de l’os par impaction des tra-
Kapandji. vées du spongieux est la seule anomalie visible, et
doit alerter le radiologue [50, 52]. Le scanner est
Il s’agit de fractures qui peuvent passer inaper- l’examen de choix. Plus rarement, une IRM sera
çues sur les radiographies standard et qui sont dé- réalisée, le plus souvent précocement, car plus tar-
couvertes à la suite d’un conflit avec le tendon flé- divement, comme pour le scaphoïde, la fracture
chisseur radial du carpe (FCR). Le scanner semble est évidente sur les clichés standard. La séquence
être le meilleur examen pour dépister ces lésions axiale pondérée en T1 sera remplacée par une sé-
avec des reconstructions sagittales dans l’axe de quence coronale dans la même pondération.
l’articulation scapho-trapézo-trapézoïdienne [54-
55] (fig. 11). Les fractures isolées du corps résultent d’une
hyperflexion dorsale entraînant un choc direct en-
tre le grand os et la marge postérieure du radius.
104
Le coude et le poignet
Le trait, presque toujours horizontal, siège le plus des luxations est méconnu [52]. L’étude radiologi-
souvent au niveau du col. que doit donc être particulièrement soigneuse afin
d’éviter un diagnostic à une phase tardive [57]. La
L’association à une fracture du scaphoïde [56] terminologie utilisée pour décrire les luxations
réalise le “naviculo-capitate syndrome” ou fractu- peut apparaître quelque peu complexe [50, 57-59].
re de Fenton. Ce traumatisme fait suite à une hy- Lorsque le suffixe “péri” est utilisé avant le nom
perextension et associe une fracture du scaphoïde d’un os, ceci indique que l’os concerné est en pla-
et une fracture du pôle proximal du grand os. Il ce, mais que les autres os du carpe sont luxés.
s’agit en fait d’une variante de luxation périlunai- Ainsi dans le cas d’une luxation périlunaire, les os
re. Cette fracture du grand os est souvent mécon- du carpe sont luxés alors que le semi-lunaire reste
nue, le radiologue ayant l’œil attiré par la fracture en place. Le préfixe “trans” placé avant le nom
du scaphoïde et arrêtant là sa démarche diagnosti- d’un os indique une fracture de cet os.
que. Sa découverte fera donc évoquer le diagnos-
tic de luxation périlunaire.
Physiopathologie
Les fractures de la surface articulaire distale du
capitatum se voient, comme dans le cas de l’os Il faut se souvenir que les lésions du carpe sur-
crochu, en cas de luxations carpométacarpiennes. viennent dans des zones de vulnérabilité. On en
Les fractures du capitatum non déplacées se trai- distingue deux décrites sous le nom de petit et
tent orthopédiquement, alors que les fractures dé- grand arcs [58]. Le grand arc englobe le scaphoï-
placées sont réduites et fixées. Les complications de, le trapèze et la base du 1er métacarpe. Le petit
se voient lors de diagnostic tardif et de déplace- arc est situé autour du semi-lunaire et correspond
ment important. Retard de consolidation, pseu- à l’arc des luxations. La plupart des luxations vont
darthroses et nécrose du fragment proximal sont donc survenir autour du semi-lunaire allant, en
les complications les plus fréquentes [55]. fonction d’une intensité traumatique croissante,
de la luxation scapholunaire à la luxation complè-
te du semi-lunaire.
Fractures du Trapézoïde
Ce sont les fractures les plus rares qui ne doi- Étude radiologique
vent pas être confondues avec un os styloïdien ou
“9e os du carpe”. Compte tenu des superpositions Elle comprend les incidences de base de face et
avec le trapèze, ces fractures ne sont visibles qu’en de profil, et les obliques.
IRM ou scanner.
Un certain nombre de repères architecturaux
permettent de vérifier l’alignement correct des os
Les luxations du carpe et doivent être construits mentalement à
chaque fois que l’on examine un poignet trauma-
Généralités tisé. Sur le cliché de profil, on vérifie l’alignement
parfait entre l’extrémité distale du radius, le luna-
Elles sont secondaires à des traumatismes vio- tum, le capitatum et le 3e métacarpien. Sur tous les
lents. Le diagnostic clinique n’est pas toujours évi- clichés de profil, il faut se poser la question sui-
dent de même que le diagnostic radiologique, ce vante “le capitatum est-il bien en position normale
qui explique qu’à la phase aiguë, près d’un tiers dans la concavité du lunatum ?”
105
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Sur le cliché de face, on vérifie l’alignement des et le radius, et un élargissement de l’espace sca-
rangées des os du carpe. Pour cela, il faut tracer pholunaire. Le diagnostic est confirmé par le cli-
systématiquement les arcs de Gilula et vérifier leur ché de profil qui montre le déplacement postérieur
intégrité (fig. 12). Il faut également vérifier le res- du capitatum et des autres os du carpe. C’est donc
pect des interlignes articulaires qui doivent géné- essentiellement un déplacement postérieur de tout
ralement être inférieurs à 2 mm. le carpe hormis le lunatum. Le lunatum peut être
plus ou moins basculé vers l’avant, mais dans les
cas typiques, il reste relativement aligné au radius.
Cette bascule du lunatum permet la classification
de ces luxations selon Witvoët et Allieu [60] :
• Type 1 : le lunatum est sous le radius et l’angle
radio lunaire est inférieur à 20° ;
• Type 2 : Le lunatum présente une bascule an-
térieure avec un angle radio lunaire compris
entre 20 et 60°. Le ligament radio lunaire pos-
térieur est rompu ;
• Type 3 : le lunatum présente une bascule anté-
rieure avec un angle radio lunaire compris en-
tre 60 et 90°. Le ligament radio lunaire posté-
rieur est rompu. Le type 3 correspond à une
énucléation débutante du lunatum.
Luxation trans-scapho-périlunaire
dorsale
Luxation périlunaire postérieure du
carpe Encore appelée fracture-luxation de De Quervain
[50], à la luxation précédemment décrite s’associe
Encore appelée luxation rétrolunaire du carpe, une fracture du scaphoïde au niveau du col. La par-
elle représente 40 % des luxations carpiennes. À tie proximale du scaphoïde et le lunatum restent en
l’occasion d’une hyperflexion dorsale du poignet, place alors que les autres os du carpe et le pôle
le capitatum et le reste des os du carpe passent en distal du scaphoïde sont luxés postérieurement.
arrière du lunatum qui lui conserve des rapports
normaux avec le radius [59]. La douleur et l’impo- Sur l’incidence de face, les rapports lunatum et
tence fonctionnelle sont majeures et le poignet ap- pôle proximal du scaphoïde sont respectés, l’inter-
paraît raccourci et déformé en “dos de fourchette”. ligne lunatum-capitatum n’est pas visible. Le cliché
de profil affirme le diagnostic. Ces lésions sont à
Le diagnostic est suspecté sur le cliché de face haut risque de nécrose du scaphoïde et nécessitent,
qui montre des rapports normaux entre le lunatum dans la majorité des cas un traitement chirurgical.
106
Le coude et le poignet
Le mécanisme de cette luxation est le même que Les traumatismes du coude sont fréquents chez
celui des luxations périlunaires. En effet, on peut l’adulte, mais ne posent en général pas de gros
considérer que la luxation du lunatum correspond problème diagnostique sur les clichés standard. Il
à une luxation périlunaire qui, en se réduisant s’agit d’une imagerie simple, mais pas toujours fa-
spontanément, a éjecté le lunatum dans le canal cile à réaliser, car l’obtention de bons clichés est
carpien. parfois rendue difficile par la douleur et l’impo-
tence. En cas de doute, on peut s’aider d’un scan-
Radiologiquement, de face, la bascule du luna- ner dont l’accès est facile.
tum entraîne une superposition de sa corne posté-
rieure sur le capitatum. Le lunatum se luxe vers Pour les fractures du scaphoïde et du carpe, les
l’avant. On insiste souvent beaucoup sur l’aspect radiographies sont souvent insuffisantes pour un
sur le cliché de face, car le lunaire luxé prend un diagnostic précoce et fiable. L’IRM est certaine-
aspect triangulaire différent de son aspect normal ment la technique idéale pour la détection des lé-
“carré”. Ce signe est utile, mais le diagnostic de la sions traumatiques osseuses, mais son accessibi-
luxation est beaucoup plus facile sur l’incidence lité en urgence reste limitée en pratique. Le scan-
de profil. ner est très performant pour la détection des
fractures corticales et pour les déplacements éven-
De profil donc, le lunatum est énucléé vers tuels, avec une très bonne disponibilité en urgen-
l’avant et a perdu ses rapports avec le radius. Sur ce. Le scanner est donc de plus en plus utilisé dans
le cliché de profil : les stratégies diagnostiques d’une fracture du
• la concavité du lunatum est vide, poignet.
• le radius et le capitatum restent alignés avec le
radius et le troisième métacarpien.
107
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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109
Enjeux actuels du scanner
en traumatologie des membres
Introduction
La nature de l’information produite par l’image- Dans ce schéma classique, on est donc nécessai-
rie est traditionnellement guidée d’une part par sa rement amené à des compromis, et à glisser vers
séquence de production, d’autre part par sa forme un schéma à raccourcis, qui nous font renoncer
qui juxtapose images et compte rendu (fig. 1). aux sommets… de la qualité.
111
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
112
Enjeux actuels du scanner en traumatologie des membres
Objectifs élémentaires
Schéma cognitif Images Compte rendu
information
Schéma à raccourcis déconnectés MPR 3 plans Purement descriptif
Schéma classique déséquilibrés Idem ± 3D standard ± planche résumée Descriptif ± orienté
Hybridation texte – images post-traitées
Schéma “câblé” câblés
– schémas orientés sur points clés
Pour vous aider à passer de la théorie à la prati- C’est la classification de Letournel et Judet [1, 2]
que, nous vous proposons de câbler ensemble les qui permet de classer les fractures du cotyle, les
fractures du cotyle, puis celles de l’extrémité supé- divisant en fracture simple ou complexe, chacune
rieure du tibia. Tout un chacun pourra ainsi à loisir comportant 5 sous types. Cette classification re-
élaborer ses propres comptes rendus câblés, sa- pose notamment sur les notions de colonne et pa-
chant que les écoles sont nombreuses. roi antérieures et postérieures du cotyle.
113
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
114
Enjeux actuels du scanner en traumatologie des membres
115
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
116
Enjeux actuels du scanner en traumatologie des membres
117
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
une bonne réduction de la fracture, de faire un Le plan de référence pour les reformations est le
éventuel comblement osseux, et de vérifier l’état plan bi-condylien postérieur.
ménisco-ligamentaire.
Sont renseignés dans le corps du compte rendu
(fig. 9) :
Le scanner “câblé” • le type de fracture selon la classification de
Duparc et Ficat (adaptable à chaque centre) ;
L’acquisition est “classique”, genou en extension • la présence d’un enfoncement (supérieur ou
ou en semi-flexion (pour tendre le LCA), genou inférieur à 4 mm) et/ou d’une séparation (su-
controlatéral hors du champ, si possible tenu par périeur ou inférieur à 2 mm), modifiant le type
le patient contre sa poitrine. d’abord ;
• la présence de fractures associées : massif des
La zone d’exploration couvre au minimum du épines (risque d’atteinte ligamentaire asso-
sommet de la rotule à la tubérosité tibiale anté- ciée), de la tête du péroné (risque d’atteinte du
rieure, et doit englober tout le trait de fracture. SPE) ;
118
Enjeux actuels du scanner en traumatologie des membres
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119
Les traumatismes graves ou méconnus
de la cheville et de l’arrière-pied
C. Cyteval
121
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Tableau 1 : Les critères d’Ottawa recommandent la réalisation de radiographies en cas d’entorse de la cheville si :
roulé qui dégage au mieux les avulsions osseuses versal (fig. 1) à différencier d’un noyau d’ossifica-
du médiotarse et les fractures de la base du tion non fusionné (solution de continuité parallèle
5e métatarsien. au grand axe du métatarsien aux bords corticali-
sés) (fig. 2).
La fracture de la base du 5e métatarsien résulte,
dans le mécanisme en varus équin de l’entorse du Les lésions ostéochon-
LCL, d’une traction exercée par le tendon court fi- drales du dôme talien ré-
bulaire sur son enthèse avec trait de fracture trans- sultent de l’impaction du
talus contre le pilon tibial
ou la facette articulaire
malléolaire latérale, et
peuvent être dépistées sur
le cliché de face avec rota-
Fig. 1 : Fracture
tion médiale de 20° qui dé-
de la styloïde
par traction sur gage la partie latérale du
le court fibulaire dôme (fig. 3). De petites
lors d’un méca-
nisme en varus tailles, elles sont souvent
équin. Notez que méconnues sur les clichés
le trait de frac-
ture est perpen- radiographiques initiaux
diculaire à l’axe
du métatarsien.
122
Les traumatismes graves ou méconnus de la cheville et de l’arrière-pied
et ne seront découvertes qu’à distance lors de l’ex- épaissi, hypoéchogène avec perte de son caractère
ploration d’une cheville douloureuse chronique. Il fibrillaire [9] (fig. 5).
est essentiel de déterminer l’existence de cette
fracture ostéochondrale, en particulier chez le
sportif du fait du risque évolutif vers l’arthrose.
En cas de doute, un TDM doit être réalisé en
urgence.
Fig. 5 : Echographie du ligament talofibulaire antérieur (TFA). Notez l’aspect épaissi, hypoéchogène et hyperhémie du TFA.
L’échographie est sensible pour identifier les lésions corticales sous la forme d’un décroché cortical en continuité avec le ligament
(tête de flèche).
123
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
La radiographie recher-
che un diastasis médial
entre la malléole et le ta-
lus supérieur à 4 mm sur
l’incidence de face avec
rotation médiale de 20°
Fig. 6 :
a) L’espace clair médial est mesuré du bord médial du dôme talien au bord latéral de la mal- (fig. 6). En cas de doute
léole tibiale médiale. Il ne doit pas dépasser 4 mm. Il est égal à la distance séparant le tibia du clinique et surtout radiolo-
dôme du talus. L’espace clair latéral est mesuré du bord médial de la fibula au bord latéral de la
partie postérieure du tibia un centimètre au-dessus du plafond tibial. Les valeurs normales ne gique, une radiographie
sont pas définies de façon consensuelle car sa largeur varie en fonction du positionnement ; b) de face comparative de la
Diastasis talo-tibial médial (> 4 mm) signant une atteinte du LLI et de la syndesmose. Notez la
tuméfaction des parties molles péri malléolaires médiales (têtes de flèche). cheville opposée peut être
124
Les traumatismes graves ou méconnus de la cheville et de l’arrière-pied
réalisée, voire une échographie. L’échographie Les fractures associées aux lésions
permet de visualiser l’atteinte des ligaments tibio- ligamentaires
fibulaires distaux et surtout d’effectuer des
manœuvres dynamiques de dorsiflexion testant Les fractures du processus latéral du talus sont
cette syndesmose (ouverture ou non) (fig. 7). associées à la pratique du snowboard (mécanisme
L’existence d’un diastasis implique une réduction en flexion dorsale et inversion) [10, 11]. Avant le
parfaite afin d’éviter une arthrose talocrurale se- développement de ce sport, ces fractures étaient
condaire rapide. rares et en rapport avec des chutes d’une hauteur
élevée ou un accident de la voie publique avec un
mécanisme en inversion [12]. Elles sont fréquem-
ment négligées sur les radiographies standard (en-
viron une fois sur deux) et la symptomatologie est
alors attribuée à une simple entorse [12, 13]. L’inci-
dence oblique à 20° permet de dégager complète-
ment le processus latéral [12], mais elles doivent
également être recherchées sur le cliché de profil,
sur lequel on recherchera une interruption corti-
a cale du V de la partie moyenne du talus (fig. 8).
Bien que l’échographie permette souvent de les
confirmer, un bilan tomodensitométrique est indis-
pensable au moindre doute et pour évaluer avec
précision la taille et le déplacement du fragment
[14], les meilleurs plans d’exploration étant le plan
coronal et le plan sagittal. Ces fractures ont été
classées en 3 stades par Hawkins [15]. Un diagnos-
tic retardé peut entraîner une nécrose de ce frag-
ment peu vascularisé, une pseudarthrose (fig. 9)
ou un cal vicieux qui peut être responsable d’un
b
conflit avec la fibula ou le calcanéus et engendrer
des douleurs chroniques et/ou une instabilité.
125
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
b
Fig. 9 : TDM réalisé quelque mois après une entorse
grave de la cheville dont la partie latérale reste dou- Fig. 11 :
loureuse. Fracture du processus latéral du talus au a) Pseudarthrose d’une fracture du rostre du calcanéus
stade de pseudarthrose. Aspect dense du fragment passée inaperçue, b) Séquelle d’entorse du Chopart
témoignant d’une nécrose de ce dernier. avec ossification du ligament calcanéo-naviculaire.
126
Les traumatismes graves ou méconnus de la cheville et de l’arrière-pied
127
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
b
L’examen clinique fait le diagnostic de rupture
du tendon calcanéen dans la majorité des cas, Fig. 13 : Echographie en coupe longitudinale d’un tendon
20 % passent cependant inaperçues. Si un doute calcanéen post-traumatique douloureux. a) rupture partielle
visible sous la forme d’une petite zone hypoéchogène de la
persiste, l’échographie peut confirmer le diagnos- partie profonde du tendon (tête de flèche), b) rupture com-
tic. En cas de rupture complète, on peut visualiser plète (flèches).
128
Les traumatismes graves ou méconnus de la cheville et de l’arrière-pied
le une courbe de 90°, maintenus dans leur position ou signes indirects à type d’œdème intra-osseux
par un rétinaculum épais. Les gaines du court et en IRM du tubercule fibulaire, de la face latérale
du long fibulaire sont communes à leur partie hau- du calcanéus ou du cuboïde [20].
te, puis elles se divisent et deviennent indépen-
dantes en dessous du rétinaculum inférieur. La La luxation des fibulaires est secondaire soit à
plupart des pathologies des fibulaires peuvent sur- un choc direct, soit à une entorse complexe asso-
venir dans les suites d’entorses en varus ou après ciant flexion dorsale, varus et inversion du pied.
fracture du calcanéus. Sur les clichés standard, on s’attachera à recher-
cher un petit décollement périosté postérieur de la
Les tendinopathies fissuraires affectent surtout malléole latérale (fig. 14). L’échographie, grâce
le court fibulaire en regard de la face postérieure aux manœuvres dynamiques d’éversion contra-
et inférieure de la malléole latérale. La laxité chro- riée, montre la luxation ou la subluxation des ten-
nique de la cheville après entorse en constitue une dons sur le versant antérolatéral de la malléole
étiologie fréquente. latérale [21]. L’interruption du rétinaculum peut
SOBEL a classé ces fissures du court fibulaire en être mise en évidence, mais plus fréquemment on
4 stades :
• Stade 1 : le tendon est aplati, déformé sur le
versant postérieur de la malléole, il s’enroule
autour du long fibulaire.
• Stade 2 : apparition d’une zone d’amincisse-
ment centrale
• Stade 3 : apparition d’une fissuration longitu-
dinale séparant le tendon en deux.
• Stade 4 : la fissuration longitudinale dépasse
2 cm.
129
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Basée sur le mécanisme lésionnel et sur la séquence des lésions attendues. Elle
Classification de Lauge-Hansen [22] définit 3 mécanismes : supination-adduction, supination-rotation externe et prona-
tion-rotation externe.
Développée pour guider le traitement chirurgical des fractures de cheville. Les types
de fractures sont définis par le niveau du trait de fracture sur la fibula : le type A en
Classification de Danis et Weber dessous de la syndesmose (en dessous de l’articulation talo-crurale), le type B au
niveau de l’articulation talo-crurale (niveau de la syndesmose) et le type C au-des-
sus de la syndesmose.
Utilisée en France, elle relie mécanisme et hauteur du trait sur la fibula par rapport
Classification de Duparc et Alnot
aux tubercules tibiaux
130
Les traumatismes graves ou méconnus de la cheville et de l’arrière-pied
a b
Fig. 16 : c
a) Schéma modélisant la cheville par
un anneau dans lequel os et ligaments
jouent le rôle de maillons d’une chaîne
ayant pour but de maintenir la stabilité,
b) Rupture d’un maillon par fracture de
la malléole latérale, la cheville est stable,
c) Fracture de la malléole latérale et en-
torse grave du LLI (deux ruptures), il y a
instabilité et une luxation de l’articulation
talo-crurale est possible.
Les fractures du pilon tibial En cas d’atteinte partielle du pilon, ces fractures
sont dites marginales, l’un des rebords du pilon
Les fractures du pilon tibial sont des fractures restant attenant à la diaphyse tibiale. Dans les trau-
articulaires qui présentent un risque élevé d’arth- matismes sévères par compression axiale survien-
rose secondaire. Le mécanisme lésionnel est sou- nent des fractures complexes avec comminution
vent une chute d’un lieu élevé, le talus agissant métaphysaire et désolidarisation complète de l’épi-
comme un bélier venant percuter le toit de la mor- physe. Environ 20 % de fractures du pilon tibial
taise tibiofibulaire. Il en résulte une fracture du sont ouvertes, avec un risque accru d’infection. Le
pilon tibial dont le type dépend du degré de flexion/ scanner est très utile en vue du traitement chirurgi-
extension du talus dans l’articulation talo-crurale cal. La classification distingue cinq types de fractu-
au moment de l’impact. res dépendant du mécanisme lésionnel (fig. 18).
131
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
a b
132
Les traumatismes graves ou méconnus de la cheville et de l’arrière-pied
a b
c
e
133
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
La principale complication est l’ostéonécrose, Fig. 19 : Densification du corps du talus dans les suites d’une
pouvant atteindre 75 % des traumatismes du talus fracture du col témoignant d’une ostéonécrose. Notez la ra-
réfaction osseuse dystrophique de la tête signifiant la vitalité
[23] (la majorité de la vascularisation du corps du
de cette dernière.
talus étant apportée via le col) [24]. Cette dernière
survient habituellement plusieurs semaines après
le traumatisme. On la suspecte lorsqu’il existe une L’apparition d’un cal vicieux est fréquente, entre
absence de raréfaction dystrophique sur la radio- 9 et 36 % selon les séries [30, 31]. Il engage le pro-
graphie suivie quelques semaines plus tard d’une nostic fonctionnel par le développement d’une
densification de la portion nécrosée (fig. 19). L’IRM arthrose sous-talienne secondaire. La fréquence
reste l’examen le plus performant pour dépister des pseudarthroses quant à elle varie de 0 à 12 %
précocement l’évolution vers cette nécrose. [25, 32].
Tableau 3 : Classification d’Hawkins et risque d’ostéonécrose des fractures du col du talus en fonction du stade
134
Les traumatismes graves ou méconnus de la cheville et de l’arrière-pied
Les principales complications sont l’ostéonécro- diale. La mobilisation active de l’hallux est doulou-
se, la pseudarthrose, le cal vicieux et l’arthrose se- reuse comme pour l’atteinte du tubercule latéral.
condaire. L’ostéonécrose varie entre 25 et 90 % se-
lon le type de fracture [34] : 25 % pour les fractures Les principales complications sont la pseu-
non déplacées, 40 à 50 % pour les fractures dépla- darthrose, une ténosynovite, voire une rupture
cées et 90 % pour les fractures luxations. Alors que partielle ou complète du tendon long fléchisseur
la pseudarthrose est rare, le cal vicieux est fréquent, de l’hallux [37].
secondaire à une mauvaise réduction. L’évolution
vers l’arthrose est très fréquente (75 % des cas) du
fait du caractère articulaire de cette fracture [34]. Les fractures du calcanéus
135
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Fig. 20 : La classification d’Uthéza : Dépend du trait fondamental qui correspond au trait historique de fracture cisaillement de
Palmer. Ce trait fondamental a trois situations possibles par rapport à la surface articulaire talaire postérieure, qui définissent les
trois types des fractures thalamiques : Type I : la fracture verticale. Le trait fondamental est médial, il n’existe alors qu’un unique
fragment thalamique latéral, qui est par définition verticalisé. Type II : la fracture horizontale. Le trait fondamental est latéral, il
n’existe alors qu’un unique fragment thalamique médial qui est par définition horizontalisé. Type III : La fracture mixte : Le trait
fondamental est le plus souvent médian, dans environ 2/3 des cas ; il existe alors un fragment thalamique médial horizontalisé
et un fragment thalamique latéral verticalisé, associant les deux déplacements élémentaires. Le trait accessoire est un trait de
fracture inconstant, situé en dedans du trait fondamental. Ces deux traits : fondamental et accessoire permettent de préciser
dessous-groupes aux formes fracturaires précédemment définies. Ils définissent les trois formes fracturaires, et cinq types de
fractures thalamiques : les fractures verticales, les fractures horizontales à un trait, les fractures horizontales à deux traits, les
fractures mixtes à un trait et les fractures mixtes à deux traits.
136
Les traumatismes graves ou méconnus de la cheville et de l’arrière-pied
non opérées ou mal réduites. Les cals vicieux ex- aux urgences. Certaines lésions dont le diagnostic
tra-articulaires des fractures déplacées peuvent est négligé pourront avoir des conséquences fâ-
être responsables de pied “en piolet”, de conflits cheuses pour le maintien des capacités fonction-
avec la malléole latérale et de tendinopathie des nelles du patient. Un bilan initial d’imagerie stan-
fibulaires. dard de qualité et une lecture rigoureuse permet-
tront d’éviter les erreurs diagnostiques. On pourra
en fonction du mécanisme lésionnel et de l’exa-
Conclusion men clinique poursuivre les investigations com-
plémentaires (échographie, TDM ou IRM) afin
La pathologie traumatique de la cheville et de d’assurer au patient une prise en charge optimale
l’arrière-pied est un motif fréquent de consultation à la phase aiguë.
137
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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La boiterie aiguë de l’enfant
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Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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La boiterie aiguë de l’enfant
143
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Entre 3 et 10 ans
144
La boiterie aiguë de l’enfant
145
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
silencieuses au début d’autant que les signes clini- • un kyste anévrysmal ; la lésion est souvent ex-
ques d’infection sont inconstants ; une CRP nor- centrée et souffle les corticales,
male n’élimine pas non plus le diagnostic d’ostéo- • une bande claire métaphysaire fait rechercher
myélite. En cas de symptomatologie à point de de principe une leucose ou des métastases de
départ du pied, l’IRM permet également de poser neuroblastome,
le diagnostic adéquat. • une étiologie infectieuse réalise un aspect ra-
diologique identique à un Ewing ou à un gra-
nulome éosinophile,
Situation 3 : les radiographies sont • une cause traumatique : arrachement apophy-
anormales. saire (petit trochanter), fracture de fatigue.
146
La boiterie aiguë de l’enfant
se en cas d’épiphysiolyse. Il faut cependant se mé- précisément l’angle tête-col. L’IRM devient l’outil
fier de cette ligne de Klein qui sera faussement de choix, non irradiant, permettant de mesurer
négative en cas de bascule purement postérieure l’angle de bascule et surtout de montrer d’éven-
de l’épiphyse fémorale. Le CT peut être réalisé tuels signes précoces d’atteinte controlatérale
pour évaluer le degré d’épiphysiodèse et mesurer avant la prise en charge chirurgicale, le traitement
“préventif” de l’articulation controlatérale étant
discuté. Dans cette tranche d’âge où l’on retrouve
également les étiologies tumorales, l’imagerie en
coupe à toute sa place. Le pic d’incidence du sar-
come d’Ewing est entre 10 et 15 ans. Les os du
pelvis sont un site lésionnel fréquent. Le principal
diagnostic différentiel est l’ostéomyélite ; il s’agit
d’une lésion lytique hétérogène, avec appositions
périostées et importante extension dans les par-
ties molles, sans image spécifique. Le diagnostic
de certitude est porté sur l’analyse anatomopatho-
logique de la biopsie chirurgicale.
b
Fig. 8 a et b : Radio de bassin Lauenstein et IRM ; coupe sagittale T1. 15 ans, boiterie après une chute négligée : épiphysiolyse
droite à important déplacement postérieur.
147
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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148
Difficultés et apports spécifiques
de la radiographie standard
149
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Canadian - Cervical Spine Rule. Pour patient alerte (score de Glasgow à 15) et stable victime d’un traumatisme cervical
Non
Oui
Oui
* Mécanisme lésionnel dangereux
Chute de plus de 1 mètre / 5 marches
Pas de radiographies
Traumatisme axial de la tête / plongeon
AVP à haute vélocité / tonneaux / éjection
Piéton / cycliste / renversés par une voiture
Fig. 2 : Règle C-CSR. Algorithme défini par l’école de Stiell à Ottawa
pour la prescription des radiographies du rachis cervical
rôle protecteur des masses musculaires paraverté- le dépistage des lésions osseuses, et ceci quelle
brales et l’enfouissement des processus épineux ; que soit la sévérité du traumatisme [8-12]. La mé-
l’examen physique ne permet pas d’évaluer la mo- ta-analyse de Holmes donnait 52 % de sensibilité
bilité vertébrale ; les lésions associées dites pertur- à la RS contre 98 % pour le scanner [11]. Une
batrices, en l’occurrence les lésions viscérales et/ou étude plus récente comparant la RS au scanner
les fractures des membres inférieurs y sont nette- multidétecteur confirmait ces données : sensibi-
ment plus fréquentes. Tous ces arguments réunis lité 61 % versus 100 %, 38 % des faux négatifs
plaident pour une imagerie systématique du rachis dont 19 % nécessitaient une intervention chirur-
thoraco-lombaire traumatique. gicale [13]. Les lésions méconnues concernaient
essentiellement les charnières cervico-occipitale
Au total, les radiographies standard (RS) restent et cervico-thoracique. Au vu de ces données, il
largement indiquées ou tout du moins réalisées nous a paru intéressant d’évaluer au plus près
pour la prise en charge des traumatismes mineurs. l’indication des radiographies du rachis cervical
avec, pour objectif, de :
• contrôler la qualité des incidences,
De la difficulté des • préciser leurs limites,
radiographies standard • évaluer la fréquence des lésions vertébrales,
du rachis cervical • proposer, si nécessaire, des conseils pratiques
de prise en charge.
Toutes les données récentes de la littérature
confirment le manque de sensibilité de la RS dans
150
Difficultés et apports spécifiques de la radiographie standard
Matériel et méthode
Série
Homme Femme
complète
Debout Couché
Nombre 100 45 55
Nombre 50 50
Age moyen 39.09 38.07 40.33
Age moyen 32 46
Médiane 33.5
H/F 28/22 27/23
Extrêmes 16-87 18-84 16-87
Fig. 5 : Étude qualité des radiographies cervicales. Réparti-
Fig. 3 : Étude qualité des radiographies cervicales. tion des patients en fonction du positionnement debout (a)
Répartition des patients en fonction du sexe. ou couché (b).
151
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
a b c d
Fig. 6 : Étude qualité des radiographies cervicales. Aspect qualitatif de l’incidence de profil. Profil strict (a), dédoublement hori-
zontal des processus articulaires par rotation (b), dédoublement vertical par inclinaison (c), dédoublement mixte (d).
a b
Fig. 7 : Fracture des pédicules de l’axis. La radiographie standard de profil (a) démontre de manière associée une fracture de l’arc
postérieur de l’atlas (flèche pleine) et une fracture en tear-drop par extension du corps de C2 (flèche ouverte). Le scanner montre
une aggravation du déplacement (b) et une dislocation rotatoire de type anti-horaire (c).
rale C5-C6 chez un homme de 45 ans. Signalons patient est jeune, plus on dégage de corps verté-
enfin que 22 % des patients présentaient des lé- braux (fig. 8). En l’occurrence, l’âge moyen des
sions arthrosiques. L’analyse multifactorielle patients en fonction du dernier niveau visible était
s’avérait on ne peut plus intéressante. L’âge, indé- respectivement de 83, 54, 45, 34, 28, pour les éta-
pendamment du sexe ou du morphotype, influe ges C4-C5, C5-C6, C6-C7, C7-T1 et T1-T2, ce qui
sur les niveaux vertébraux identifiables. Plus le représente globalement une perte de niveau par
152
Difficultés et apports spécifiques de la radiographie standard
Résumé
Fig. 8 : Étude qualité des radiographies cervicales. Réparti-
tion des niveaux dégagés en fonction de l’âge des patients. Au total, il est possible de souligner à partir de
cette étude les points suivants :
• les critères de sélection Nexus ou C-CRS sont
décade après 25 ans. L’état clinique influe sur la fiables, la radiographie conventionnelle rem-
qualité de l’incidence de profil. Dans la série glo- plit parfaitement son rôle de triage chez les
bale, 60 % des profils étaient parfaits. Ce pourcen- patients ambulatoires ;
tage s’élève à 80 % si les radiographies sont faites • chez les patients “alités” de plus de 50 ans, la
en position debout (fig. 9a). Il chute à 40 % si la radiographie conventionnelle n’offre plus de
clinique impose de radiographier les patients en garantie et devrait être remplacée par une ex-
décubitus dorsal ou en position semi-assise ploration scanographique d’emblée, en sui-
(fig. 9b). Ces derniers étaient globalement plus vant les propositions du Nexus ;
a b
153
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
De la spécificité des
radiographies standard
En urgence
154
Difficultés et apports spécifiques de la radiographie standard
d’exemple, on peut ainsi affiner une indication tion et son risque latent de compression médullai-
chirurgicale pour une fracture à trait horizontal de re. Il faut y penser en présence d’un bâillement
la dent de l’axis [16], une fracture des pédicules de discal, un écart interépineux, une fracture d’un os-
C2 type II selon Effendi [17], un spondylolisthésis téophyte, un minime tassement cunéiforme. Un
cervical rotatoire [18, 19]. minimum de 30° de flexion et d’extension est exigé
pour limiter le nombre de faux négatifs [20]. Le
diagnostic d’entorse grave doit être affirmé ou in-
En tardif firmé le plus rapidement possible, classiquement
dans la quinzaine suivant le traumatisme, si l’on
En tardif, les clichés dynamiques en flexion-ex- veut éviter une évolution vers la chronicité ou une
tension sont indiqués si l’on suspecte une atteinte pathologie iatrogène induite par le port prolongé
plus ou moins sévère du segment mobile rachi- d’un collier. Les clichés dynamiques sont à pros-
dien. L’entorse grave cervicale est rare. On estime crire de première intention en urgence. Si le bilan
sa fréquence à moins de 1 %. En l’absence de trai- initial a été fait en décubitus, il devra être précédé
tement, elle évolue progressivement vers la luxa- d’une radiographie de profil debout, sans collier et
a b c
Fig. 11 : Fractures étagées du rachis cervical moyen et inférieur.
Patient victime d’un AVP. Cervicalgie banale. La radiographie de profil faite en urgence en décubitus dorsal (a) est sans particu-
larité. Notez que la vertèbre C7 est mal dégagée. La radiographie de contrôle (b), faite debout le lendemain en vue des clichés
dynamiques, montre (c) une fracture déplacée d’une apophyse articulaire supérieure de C7 (signe du bonnet d’âne, flèches conti-
nues) et un dédoublement des processus articulaires de C4 traduisant une luxation unilatérale C3-C4, flèches discontinues. Ces
lésions contre-indiquent les épreuves dynamiques au profit d’une exploration scanographique.
155
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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156
Base d’interprétation
d’un CT vertébral traumatique
157
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Le patient est allongé sur le dos, les bras placés le où le rachis est exploré en position neutre. L’ana-
long du corps ou au-dessus de la tête, celle-ci étant lyse radiologique d’un scanner sera donc systéma-
immobilisée dans une têtière. Une acquisition en tiquement et impérativement faite sur console de
coupes fines de 1,25 mm d’épaisseur (pitch 1) pour reconstruction permettant une étude multiplanai-
un temps de rotation de 1 sec, est suivie de recons- re du rachis. En l’absence de lésions osseuses ou
truction en coupe de 2,5 mm
d’épaisseur, avec un filtre standard
ou mou et un filtre osseux. L’exa-
men dure moins de 30 secondes
(temps d’installation non compris).
158
Base d’interprétation d’un CT vertébral traumatique
ligamentaires bien authentifiées, l’existence de si- visualiser la moelle ou les racines en l’absence
gnes médullaires ou radiculaires doit faire prati- d’injection de produit de contraste intrathécal,
quer une IRM, le scanner ne permettant pas de l’IRM ayant remplacé le myéloscanner.
159
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Fig. 3 : Les fractures de type A. En arrière la colonne postérieure peut être normale ou il peut exister une fissuration verticale des
lames, une subluxation horizontale des apophyses articulaires ou une augmentation de l’écart interpédiculaire. La lésion du corps
définit les différents groupes et sous-groupe du type A : A1, fracture tassement ; A2 fracture séparation ; A3, fracture éclatement
(A31 fracture éclatement incomplète, A32, fracture éclatement incomplète avec refend, A33 fracture éclatement complète).
160
Base d’interprétation d’un CT vertébral traumatique
Fig. 4 : Exemple de fracture de type A2 ; au centre, 3 coupes axiales passant respectivement, de haut en bas, par les massifs
articulaires sus-jacents à la fracture, par les pédicules puis par les massifs articulaires sous-jacents à la fracture ; latéralement
2 coupes sagittales, l’une droite, l’autre gauche. Il existe un trait frontal à direction oblique en avant et à gauche séparant le corps
vertébral. Dans ce type de fracture, il existe un risque important de pseudarthrose par incarcération du disque dans le trait de
séparation sagittale. Ceci peut être une indication à un temps
antérieur premier de synthèse et de greffe ou secondaire de
greffe après stabilisation postérieure. Il n’existe, sur les coupes
passant par les massifs articulaires, aucun signe de distraction,
il s’agit bien d’une fracture de type A.
161
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
162
Base d’interprétation d’un CT vertébral traumatique
a b
c d
Fig. 8 : Exemple d’une fracture de type C ; la luxation unilatérale d’un massif articulaire associée à une
fracture du massif controlatéral évoque la notion de rotation et de cisaillement (a) ; la comparaison des
reconstructions sagittales droite et gauche confirme la notion de rotation (b, c) ; la reformation coronale
montre le tassement asymétrique du corps vertébral de L2 et les arrachements des coins supérieurs gau-
ches de L1 et L2 (d).
163
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
des degrés divers aux précédents mécanismes de de type A en type B nécessitant le plus souvent un
compression ou de distraction. Le risque de dépla- traitement chirurgical.
cement secondaire est majeur, soudain et incon-
trôlable. Les lésions en rotation peuvent être re-
connues sur un décalage des épineuses, une frac- Les lésions fracturaires et la statique
ture unilatérale des articulaires avec luxation rachidienne
controlatérale, des fractures étagées des apophy-
ses transverses ou des cotes près du rachis, un dé- Le deuxième élément permettant de guider les
placement rotatoire des corps vertébraux, ou une choix thérapeutiques est le retentissement de la
fracture asymétrique des corps vertébraux avec fracture sur la statique rachidienne. Une fracture
arrachement latéral d’un plateau. peut modifier la statique dans les trois plans de
l’espace, le plan antéro-postérieur reste cependant
En pratique, l’analyse doit répondre successive- le plus souvent concerné. L’évaluation de ces mo-
ment à plusieurs questions de gravités croissantes : difications dans le plan antéro-postérieur est tout
• Existe-t-il des signes de rotation ? (si oui, il d’abord locale par l’intermédiaire de la mesure de
s’agit d’un type C) ; la cyphose vertébrale [5], puis locorégionale par
• Existe-t-il des signes de distraction ? (si oui, il l’intermédiaire de la mesure de la cyphose régio-
s’agit d’un type B) ; nale qui prend en compte disque et vertèbre sus-
• Cette distraction est-elle antérieure (B3), pos- et sous-jacente à la fracture. Il est important de
térieure osseuse (B2), ou postérieure ligamen- bien comprendre que ces perturbations doivent
taire (B1) ? être interprétées en fonction de la localisation de
• Quelle est la lésion du corps vertébral : éclate- la lésion. Une cyphose de 10° n’aura pas la même
ment, séparation ou tassement ? signification en L1 où habituellement le segment
T11-L2 est neutre, sans lordose ni cyphose, qu’en
Ainsi, si l’on suit ce cheminement diagnostique, L4 où habituellement il existe une lordose d’au
les fractures de type A apparaissent comme un moins 30° entre L3 et L5 [6]. C’est une des raisons
diagnostic d’élimination, l’important étant, répé- pour laquelle la notion d’angulation régionale
tons-le, de ne pas méconnaître des lésions posté- traumatique (ART) a été créée (fig. 9). Celle-ci est
rieures en distraction transformant une fracture égale à la cyphose régionale constatée moins
164
Base d’interprétation d’un CT vertébral traumatique
165
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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166
Apport de l’IRM dans la prise
en charge des traumatismes
rachidiens aux urgences
Les lésions vertébrales traumatiques concernent scanner), mais dont le rachis cervical est anormal
le rachis cervical (21 %), thoracique (33 %) ou en imagerie (discarthrose, ossification ligamen-
lombaire (46 %) et sont multiples dans 38 % des taire, antélisthésis ou rétrolisthésis d’origine dégé-
cas [1]. Leur incidence est relativement faible (64 nérative…). Ce syndrome touche généralement les
cas/an pour 100 000 habitants). Pourtant, les trau- sujets jeunes avec un canal cervical constitution-
matismes rachidiens constituent un motif fréquent nellement étroit et les sujets âgés au rachis cervi-
de consultation aux urgences et les complications cal préalablement rétréci par une cervicarthrose
potentielles d’une lésion passée inaperçue sont (fig. 1).
majeures. L’IRM est de plus en plus utilisée pour
explorer les rachis traumatisés. Pour ce qui nous
concerne, l’arrivée d’une IRM dédiée aux urgen-
ces a sensiblement modifié nos habitudes de prise
en charge des patients.
Le Rachis neurologique
Bilan pronostique
167
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
L’IRM permet également une évaluation mor- très péjorative sur le plan de la récupération neu-
phologique et pronostique des lésions médullaires rologique (phénomène de nécrose hémorragique).
(fig. 2 et 3). Celles-ci peuvent être à type de sec- En revanche, les patients ne présentant pas d’ano-
tion, de compression persistante ou de contusion malie de signal intramédullaire (SCIWONA Spinal
passagère secondaire à un traumatisme en hype- Cord Injury Without Neuro-imaging Abnormality)
rextension. La présence d’un hyposignal T2 est relèvent du choc spinal et ont un bon pronostic
a b
a b
168
Apport de l’IRM dans la prise en charge des traumatismes rachidiens aux urgences
neurologique (fig. 3). L’autre intérêt de réaliser (fracture d’un corps vertébral, tassement sans
l’IRM en préopératoire est de s’affranchir des arté- recul du mur postérieur, etc.). Elle permet ainsi de
facts liés au matériel d’ostéosynthèse qui peuvent rechercher une cause compressive non visible sur
compliquer le bilan de lésions médullaires réalisé la TDM (hématome épidural, hernie discale post-
dans un second temps. Néanmoins, cette imagerie traumatique).
ne doit pas retarder la prise en charge thérapeuti-
que du patient, la rapidité de décompression de la
moelle étant le facteur déterminant d’une éven- Étude du segment mobile
tuelle récupération neurologique (en général avant rachidien cervical
la 8e heure) [2].
Dans le diagnostic et le bilan des lésions discoli-
gamentaires, l’IRM pourrait être décisive en met-
Bilan préthérapeutique tant directement en évidence des lésions là où la
TDM et les radiographies apportent uniquement
L’IRM peut aussi être réalisée rapidement, avant des éléments indirects (fig. 5). Néanmoins, l’utili-
la réduction d’une subluxation cervicale, pour ne sation de l’IRM dans cette indication soulève plu-
pas méconnaître un débord discal qui pourrait de- sieurs questions :
venir compressif (fig. 4) [3]. En effet, en cas de
débord discal significatif, une voie d’abord anté- • L’IRM est-elle sensible et spécifique dans la
rieure sera réalisée dans un premier temps pour détection et le bilan des lésions discoligamen-
réséquer la hernie discale ; elle sera ensuite suivie taires ?
de la réduction de la luxation et d’une fixation
rachidienne. Une étude a essayé d’y répondre [4]. Chez des
patients ayant présenté un traumatisme cervical
L’IRM est habituellement réalisée lorsque la avec des lésions nécessitant une prise en charge
TDM montre des lésions osseuses n’expliquant chirurgicale, les auteurs ont comparé les données
pas la symptomatologie neurologique du patient IRM et les constatations chirurgicales peropéra-
a b
169
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
a b
toires concernant les atteintes du complexe liga- En d’autres termes, peut-on mobiliser sans ris-
mentaire postérieur (CPL : ligament supra épi- que un patient traumatisé dont le scanner ne mon-
neux, ligament interépineux, ligaments jaunes, tre aucune lésion osseuse ? La littérature est abon-
articulations zygapophysaires, fascia cervical). dante et contradictoire, notamment sur la place de
Une bonne sensibilité de l’IRM est retrouvée l’IRM chez les patients intubés ou dont l’examen
(100 % pour l’atteinte du fascia cervical à 80 % neurologique n’est pas contributif. La fréquence
pour l’atteinte des zygapophyses). La spécificité de l’atteinte isolée du segment mobile rachidien
de l’IRM est par contre moins bonne (entre 50 et est diversement appréciée dans la littérature. Diaz
65 %). En d’autres termes, l’IRM dépiste bien les et coll. [5] ont trouvé une incidence assez faible de
lésions du CPL, mais tend à les surestimer. Les si- l’ordre de 1,6 % (21 patients sur 1299, dont 1 seul
gnes IRM permettant de valider une lésion signifi- sera traité chirurgicalement). Pour Hogan et coll.
cative du CPL restent imprécis (simple hypersi- [6], le scanner est suffisant pour le diagnostic des
gnal T2, solution de continuité complète du liga- lésions instables et l’apport de l’IRM est négligea-
ment…). Il faut donc faire attention avant de ble (diagnostic de lésions non significatives sur le
valider une lésion du complexe ligamentaire pos- plan thérapeutique). D’autres études confirment
térieur, l’IRM ne permettant pas de s’affranchir l’inutilité de l’IRM [7] ou des radiographies dyna-
totalement des signes indirects visibles en radio- miques [8] à titre systématique si la TDM est stric-
graphie ou en TDM (bâillement interépineux, élar- tement normale.
gissement de l’espace discal) et de l’anamnèse
traumatique. À l’inverse, Menaker et coll. [9] ont réalisé une
IRM cervicale chez 203 patients présentant une
• L’IRM présente-t-elle un intérêt si la TDM cer- TDM cervicale normale et un examen clinique non
vicale est normale, notamment chez les poly- contributif (score de Glasgow inférieur à 14). Ils
traumatisés ? ont trouvé 18 lésions discoligamentaires, soit 8,9 %
170
Apport de l’IRM dans la prise en charge des traumatismes rachidiens aux urgences
(dont 2 seront traitées chirurgicalement, le reste l’IRM, même dans le diagnostic de lésions nécessi-
orthopédiquement). Cette discordance a été retrou- tant un traitement chirurgical [11]. Une autre étu-
vée dans une autre étude [10], malgré l’utilisation de a comparé l’apport de l’IRM et des radiogra-
de scanner multibarrettes de dernière génération. phies dynamiques chez des patients dont le scan-
ner était suspect de lésion ligamentaire. Là encore,
Au final, l’incidence des lésions discoligamentai- l’IRM était nettement supérieure et les auteurs re-
res occultes sur la TDM et nécessitant un traite- commandaient la réalisation d’une IRM complé-
ment chirurgical apparaît faible, et la réalisation mentaire chez ces patients [12].
d’une IRM complémentaire systématique chez les
patients dont l’examen clinique est peu contributif • Pourrait-on se passer de la TDM et faire direc-
apparaît difficile (patients peu mobilisables, diffi- tement une IRM dans les traumatismes sévères
culté de réalisation, coût, indisponibilité de l’IRM). du rachis ?
a b c
Fig. 6 : Les fractures de l’odontoïde et du coin antérosupérieur de C7 sont très bien visibles en TDM (a), mais sont très difficile-
ment individualisables sur les séquences STIR (b) et T1 (c) (IRM pourtant réalisée quelques heures après la TDM). Au contraire,
l’IRM permet de bien visualiser les multiples impactions des corps vertébraux, l’absence de lésion discale C6-C7 et montre des
stigmates d’entorse : hypersignal des ligaments interépineux, épanchement et subluxation des articulations zygapophysaires.
171
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
La place de l’IRM dans les traumatismes du ra- Elle est basée sur un système de 3 colonnes : la
chis cervical demeure controversée. Son intérêt colonne antérieure (ligament longitudinal anté-
est indiscutable dans le bilan des lésions médullai- rieur, 2/3 antérieur des corps et des disques inter-
res chez les patients présentant un déficit neurolo- vertébraux), la colonne moyenne (tiers postérieur
gique. Son apport nous semble intéressant chez des corps et des disques intervertébraux, ligament
les patients “sélectionnés” par des radiographies longitudinal postérieur) et la colonne postérieure
ou des scanners anormaux ou douteux (fracture (ligament inter et supra-épineux, ligaments jau-
d’un coin ou d’un plateau vertébral, doute sur un nes, articulations zygapophysaires). L’atteinte
élargissement de l’espace interépineux, bâillement d’une colonne est toujours stable, celle des trois
discal, fracture d’un processus épineux…). Elle colonnes toujours instable. La stabilité de l’attein-
permet alors le bilan des lésions discoligamentai- te de 2 colonnes est conditionnée par l’atteinte du
res susceptibles de modifier la prise en charge thé- ligament longitudinal postérieur. Pour Denis [14],
rapeutique des patients. Elle apporte, de plus, des c’est la colonne moyenne qui est importante dans
informations pronostiques (lésions médullaires la stabilité des fractures vertébrales.
éventuellement associées).
Quatre types de fractures sont individualisés
Dans les cas où la TDM est normale, son apport dans cette classification :
semble plus limité, malgré des publications contra-
dictoires (coût important, incidence faible des lé- • Les tassements corporéaux antérieurs (trau-
sions isolées du segment mobile rachidien). Il matisme en flexion, à faible énergie)
reste à définir des critères cliniques et/ou radiolo-
Ils sont souvent secondaires à un traumatisme à
giques permettant d’homogénéiser les pratiques
faible énergie, en compression axiale avec hyper-
radiologiques et la prescription de l’IRM dans les
flexion ou inclinaison latérale, entraînant l’atteinte
traumatismes du rachis cervical.
isolée de la colonne antérieure. Ils surviennent
préférentiellement dans un contexte d’ostéopénie.
Un discret recul du coin postérosupérieur est
Étude du complexe
possible.
ligamentaire postérieur
thoracolombaire
• Les fractures comminutives ou “burst” (com-
pressions axiales pures)
Les fractures du rachis thoracolombaire sont
fréquentes, puisqu’environ 10 000 cas par an sont Ces fractures intéressent les colonnes antérieure
traités en France. Elles siègent essentiellement à et moyenne. Il existe au moins un trait horizontal
la jonction thoracolombaire (T11-L2). Les diffé- et un trait vertical, avec possible recul intracana-
rentes classifications qui se sont succédées sont laire du mur postérieur. Une atteinte associée de la
intéressantes à analyser car elles permettent de colonne postérieure est également possible (su-
comprendre l’évolution des pratiques thérapeuti- bluxation zygapophysaire, fracture de l’arc
ques et diagnostiques avec notamment une utilisa- postérieur).
tion plus importante de l’IRM.
172
Apport de l’IRM dans la prise en charge des traumatismes rachidiens aux urgences
• Les fractures par flexion distraction (fracture brales, stables (simple comminution corporéale) à
de Chance et équivalents) instables (fracture luxation).
A B C
173
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
174
Apport de l’IRM dans la prise en charge des traumatismes rachidiens aux urgences
a b
175
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Néanmoins, certains aspects restent sujets à dis- De très nombreuses classifications des trauma-
cussion : quel degré de lésion du CLP est significa- tismes thoracolombaires ont été rapportées depuis
tif sur le plan biomécanique et clinique ? Une lé- 1929. Ces classifications successives traduisent à
sion des ligaments interépineux et supra-épineux la fois les évolutions thérapeutiques et la compré-
doit-elle être considérée comme instable ou doit- hension des mécanismes grâce aux progrès de
elle s’accompagner d’une lésion des articulations l’imagerie. Il est indéniable que ces multiples clas-
zygapophysaires et des ligaments jaunes ? En sifications reflètent aussi la difficulté d’établir une
IRM, un simple hypersignal du ligament interépi- classification idéale, reproductible, permettant de
neux doit-il être considéré comme une lésion com- classer chaque lésion et d’en préciser le degré
plète ou ne faut-il retenir qu’une solution de conti- d’instabilité afin de guider le praticien dans ses
nuité ? (ex : fig. 8, 9 et 10). choix thérapeutiques.
176
Apport de l’IRM dans la prise en charge des traumatismes rachidiens aux urgences
Les indications d’imagerie ont suivi ces évolu- postérieur. Il reste à définir la place exacte de
tions et l’IRM est devenue de plus en plus impor- l’IRM (réalisation systématique en cas de lésion
tante dans le bilan des fractures thoracolombaires, traumatique sur la TDM ? Critères TDM pour sé-
en complément de la TDM, notamment pour dé- lectionner les patients qui doivent bénéficier d’une
tecter les lésions du complexe ligamentaire IRM ?).
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177
Imagerie des urgences médullaires
Si la scanographie reste souvent encore, dans la gradient (de type medic, merge…), afin d’éviter les
pratique quotidienne, l’examen de première inten- artéfacts de flux et d’améliorer la visualisation des
tion réalisé pour l’exploration des traumatismes anomalies de signal intramédullaires. Les coupes
rachidiens ou encore d’une radiculalgie, l’image- en T2 3D (de type cube, space…) analysent correc-
rie des urgences médullaires relève de l’IRM. tement les rapports contenant-contenu, mais ne
permettent aucune analyse fiable de signal, tant
L’atteinte de la moelle épinière peut résulter d’un au niveau médullaire qu’au niveau des structures
processus compressif extrinsèque ou intrinsèque. ostéo-disco-ligamentaires. Elles doivent, par
Si les traumatismes rachidiens graves sont sou- conséquent, être associées aux séquences T2 clas-
vent d’emblée associés à un déficit neurologique, siques évoquées ci-dessus. L’imagerie de diffusion
la plupart des compressions, qu’elles soient liées à est utile pour le diagnostic d’ischémie médullaire ;
un processus tumoral intra ou extradural, se déve- le signal hyperintense lié à une restriction de la
loppent de manière progressive (compression mé- diffusion de l’eau précède les anomalies de signal
dullaire lente) avec un risque de décompensation notées en T2. L’imagerie de diffusion permet éga-
brutale, d’où la nécessité de réaliser le bilan IRM lement la caractérisation des collections abcédées.
dans les meilleurs délais. L’installation brutale L’angio-IRM (ARM) des artères vertébrales cer-
d’un déficit médullaire oriente vers une ischémie vicales est indiquée en cas d’ischémie médullai-
médullaire. Une myélopathie d’installation rapide- re ou de lésion compressive ; l’ARM médullaire
ment progressive plaide plutôt en faveur d’une confirme les malformations artérioveineuses
myélopathie aiguë transverse. médullaires et les fistules durales à drainage vei-
neux périmédullaires. En cas de compression
L’exploration d’une myélopathie d’installation médullaire par un processus tumoral extradural
récente repose sur l’IRM, qui est réalisée selon un vertébral ou paravertébral, la scanographie est
protocole qui inclut des coupes sagittales en T1 et utile pour l’analyse des lésions vertébrales. En
en T2 (FSE/TSE) complétées par des coupes axia- cas de compression médullaire post-traumati-
les à réaliser en T2 en écho de gradient (medic, que, la scanographie joue un rôle majeur dans
merge…), des coupes sagittales, axiales et parfois l’analyse des lésions vertébrales. L’angioscanner
coronales en T1 après injection de gadolinium. étudie avec précision les artères vertébrales et la
Des coupes sagittales en STIR peuvent être supé- vascularisation médullaire.
rieures au T2 en écho de spin pour la mise en évi-
dence d’anomalies de signal intramédullaires. La Deux lésions compressives de la moelle épinière
recherche de lésions hémorragiques ou de calcifi- méritent une attention toute particulière en raison
cations nécessite la réalisation de coupes en T2 en de leur évolution rapidement péjorative en l’ab-
écho de gradient. Les coupes axiales en T2 à l’éta- sence de diagnostic précis, il s’agit de l’hématome
ge cervical et thoracique sont à réaliser en écho de extradural “spontané” et des abcès épiduraux.
179
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
180
Imagerie des urgences médullaires
a b c
Fig. 2 a-c : Hématome extradural “spontané” révélé par une paraplégie brutale chez une patiente sous
traitement anticoagulant. L’hématome est iso-intense à la moelle épinière en T1 (a), hypo et hyperin-
tense en T2 (b, c) et comprime la face postérieure du cône médullaire.
181
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
a b c
Fig. 3 a-c : Hématome sous-dural “spontané” lombaire et thoracique. L’IRM en coupes sagittales note une
collection au niveau de la partie antérieure du canal rachidien lombaire et thoracique en signal hyperin-
tense en T1 (a) et en T2 (b, c).
Des collections sous-durales et/ou épidurales de taire, lymphome). Les coupes sagittales en T1 sans
LCS, parfois associées à un syndrome d’hypoten- injection sont particulièrement utiles pour identi-
sion intracrânienne, sont possibles après une fier les métastases rachidiennes et doivent intéres-
ponction lombaire ; le signal est de type liquidien, ser l’ensemble du rachis, afin d’affirmer le carac-
mais une prise de contraste est possible ; ces lé- tère unique ou non de la lésion principale qui est à
sions ne sont que rarement symptomatiques et l’origine de la compression médullaire ; les coupes
sont spontanément régressives [10]. sagittales en T2 en spin écho rapide doivent égale-
ment être pratiquées sur l’ensemble du rachis en y
incluant le sacrum, afin d’identifier l’ensemble des
La pathologie tumorale compressions [11] (fig. 4). L’identification d’un si-
gnal hyperintense intramédullaire en regard de la
Les compressions médullaires liées à un proces- compression confirme le caractère pathogène de
sus tumoral sont habituellement de topographie cette dernière. Les coupes axiales en T1 et en T2
extradurale, et résultent le plus souvent d’une lo- établissent la topographie transversale de la com-
calisation rachidienne secondaire d’une néoplasie pression et l’extension latérale de la tumeur (fig. 5
(les cancers bronchiques, mammaires et prostati- à 7). En lombaire, des coupes coronales en STIR
ques sont particulièrement fréquents) ou d’une hé- sont particulièrement efficaces pour l’évaluation
mopathie (myélome multiple, plasmocytome soli- des extensions latérales vers les muscles psoas.
182
Imagerie des urgences médullaires
a b
Fig. 4 a, b : Métastase corporéale thoracique associée à une a c
extension épidurale postérieure. La métastase apparaît en
signal hypo-intense en T1 (a) et légèrement hyperintense en Fig. 5 a-c : Compression médullaire liée à une métastase
T2 (b). Le refoulement antérieur de la dure-mère en T2 (flè- du rachis thoracique inférieur. La coupe sagittale en T2 (a)
ches) et l’accumulation graisseuse en T1 au niveau des pôles note un tassement vertébral avec rupture du mur postérieur
supérieur et inférieur de la masse intracanalaire (étoiles) et compression médullaire. La lésion est en signal hyperin-
confirment la topographie épidurale de la lésion. tense. Des signes de souffrance médullaire sont notés sous
la forme d’un signal hyperintense. Des coupes axiales en T1
avant (b) et après injection de gadolinium (c) montrent un
aspect bilobé de l’extension intracanalaire, du fait de la pré-
sence du ligament longitudinal postérieur (flèche).
La réalisation de coupes avec injection de gado-
linium n’est pas indispensable pour identifier la
compression médullaire, mais elle peut néanmoins sion primitive : des lésions diffuses hypo-intenses
apporter des informations utiles. L’injection de ga- en T1 et en T2 et faiblement rehaussées orientent
dolinium, associée à une acquisition en T1 avec vers des métastases ostéocondensantes pour les-
saturation du signal de la graisse, peut apporter quelles l’origine prostatique est la plus fréquente ;
des données complémentaires : extension de l’in- une atteinte associant le corps et l’arc postérieur
filtration épidurale et paravertébrale, présence de avec un aspect “d’évidement” de la vertèbre par
foyers de nécrose au sein de la masse, métastases une lésion fortement hyperintense en T2 et re-
intradurales (leptoméningées et/ou intramédullai- haussée de manière intense et homogène par l’in-
res). La scanographie permet une étude complète jection de gadolinium avec un aspect de “mini-
du rachis et peut détecter les lésions ostéolytiques brain” en coupes axiales, oriente vers un plasmo-
les plus importantes susceptibles d’être associées cytome [13] (fig. 6) ; l’association à un aspect en
à une compression médullaire [12]. “poivre et sel” au niveau des autres corps verté-
braux oriente vers un myélome multiple. L’origine
Lorsqu’une dissémination métastatique d’un bronchique des métastases peut être confirmée
néoplasme ou d’une hémopathie est révélée par par la mise en évidence d’une masse tumorale pul-
une compression médullaire, l’analyse sémiologi- monaire, grâce à la réalisation de coupes complé-
que peut parfois orienter vers la nature de la lé- mentaires au niveau pulmonaire (fig. 7).
183
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
b d
a b c d e
Fig. 7 a-e : Métastases rachidiennes thoraciques et lombaires. L’IRM en coupes sagittales en T1 (a), en T1 après injection de gado-
linium (b, d) et sagittale en T2 (c) note de multiples localisations secondaires hypo-intenses en T1, hyperintenses en T2 avec un
rehaussement après injection de gadolinium. Une compression médullaire est notée dans la région thoracique. La coupe coronale
(e) identifie le néoplasme primitif au niveau du lobe supérieur gauche.
184
Imagerie des urgences médullaires
a b c
Fig. 8 a-c : Méningiome thoracique révélé par une paraparésie d’installation progressive. La masse
tumorale intradurale et extramédullaire est hypo-intense en T1 (a) et en T2 (c) et présente un re-
haussement hétérogène (b).
Le bilan d’une tumeur intramédullaire n’est que sions médullaires des spondylodiscites (abcès épi-
rarement réalisé dans le cadre de l’urgence, en rai- dural, tissu granulomateux épidural, déformation
son du développement progressif d’une sympto- rachidienne), les abcès épiduraux sans lésion
matologie clinique souvent fruste ; une hémorra- disco-vertébrale, les infections iatrogènes (chirur-
gie intratumorale ou sous-arachnoïdienne, spon- gie, infiltration, acupuncture) et les localisations
tanée ou post-traumatique, peut cependant révéler infectieuses intramédullaires.
brutalement une tumeur intramédullaire ou de la
queue-de-cheval [14-16]. Les compressions médullaires sont relativement
fréquentes en cas de spondylodiscite tuberculeu-
Les tumeurs intradurales extramédullaires (mé- se, en raison, d’une part, de l’extension intracana-
ningiomes, neurinomes), déterminent une com- laire du tissu granulomateux inflammatoire et,
pression lente de la moelle, mais qui peut se dé- d’autre part, du fait des déformations rachidien-
compenser rapidement (fig. 8). nes (cyphose) liées aux destructions osseuses ;
l’association à des abcès paravertébraux, parfois
étendus, et/ou intra-osseux avec des parois fines
La pathologie infectieuse bien délimitées, oriente vers la spondylodiscite tu-
disco-vertébrale et épidurale berculeuse [17]. Les compressions du fourreau
dural liées à des abcès épiduraux sont plus graves
La pathologie infectieuse comprend les com- que celles liées à du tissu granulomateux [18]
pressions médullaires secondaires aux répercus- (fig. 9 et 10).
185
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
a b c d
Fig. 9 a-d : Mal de Pott L1-L2. Le processus infectieux comprime les structures neurologiques (a-c) et s’étend vers les muscles
psoas avec notamment une volumineuse collection abcédée à droite visualisée par la coupe coronale en T1 après injection de
gadolinium (d).
186
Imagerie des urgences médullaires
bose des veines épidurales dont le pronostic est L’infarctus transverse intéresse la totalité des
particulièrement péjoratif. territoires central et périphérique antérieur et pos-
térieur et se traduit par une paraplégie ou une té-
Selon l’étiologie, des lésions infectieuses asso- traplégie massive associée à une anesthésie sous-
ciées sont possibles : arthrite zygapophysaire, ab- lésionnelle à tous les modes.
cès au sein des muscles paraspinaux et/ou psoas-
iliaque. Les étiologies des infarctus médullaires sont
liées à l’artériosclérose et aux dissections de l’aor-
Les abcès intramédullaires sont rares et se tra- te ou des artères vertébrales, à des embolies (car-
duisent par un élargissement du cordon médullai- diopathie emboligène, accidents de décompres-
re, un signal hypo-intense en T1, hyperintense en sion, embolies fibro-cartilagineuses par migration
T2, une prise de contraste annulaire et un œdème de matériel discal), à des maladies systémiques ou
périlésionnel ; en diffusion, le signal est hyperin- encore à des causes iatrogènes (chirurgie de l’aor-
tense du fait d’une diminution de l’ADC [20]. te, infiltrations foraminales ou épidurales, injec-
tions sous-arachnoïdiennes de substances théra-
peutiques) [21, 22].
L’ischémie médullaire
L’IRM est basée sur des coupes sagittales en T1 et
L’ischémie médullaire est beaucoup plus rare que T2 (spin echo rapide et éventuellement STIR) et
l’ischémie cérébrale. Les infarctus médullaires siè- des coupes axiales en T2, mais l’imagerie de diffu-
gent le plus fréquemment au niveau du cône termi- sion est recommandée, notamment dans les 24 pre-
nal et du renflement cervical. Les infarctus tou- mières heures, du fait de la normalité des séquen-
chent classiquement le territoire spinal antérieur. ces en T2 ; l’ADC diminue dès les premières heures.
L’infarctus de l’ensemble du territoire touche préfé- Au-delà de la 24e heure, l’infarctus est hyperintense
rentiellement la substance grise centrale ainsi que en T2, iso ou hypo-intense en T1 avec possibilité de
la substance blanche adjacente. Le début est sou- prises de contraste au niveau de la moelle épinière
vent marqué par des douleurs rachidiennes aiguës et des racines adjacentes, du fait d’une rupture de
précédant le déficit neurologique qui s’installe en la barrière hémato-médullaire ; un élargissement
quelques heures sous la forme d’une paraplégie ou de la moelle épinière est la règle en cas d’infarctus
d’une quadriplégie flasque associée à des troubles étendu ; une transformation hémorragique est pos-
sphinctériens et à des troubles sensitifs dissociés sible et se traduit par des zones hyperintenses en
avec une anesthésie thermo-algique sous-lésion- T1 et hypo-intenses en T2, notamment en écho de
nelle et préservation des autres modalités sensiti- gradient ; un infarctus vertébral et/ou musculaire
ves ; une amyotrophie des membres inférieurs peut peut être identifié dans le même territoire [21, 23,
se développer rapidement dans les infarctus du ter- 24] (fig. 11). L’infarctus de la totalité du territoire
ritoire de l’artère d’Adamkiewicz. Le pronostic est spinal antérieur se traduit par un signal hyperin-
sévère, avec moins de 20 % de patients qui récupè- tense en T2 au niveau des deux tiers antérieurs de
rent une autonomie. L’infarctus partiel par atteinte la moelle ; en cas d’infarctus central, le signal hy-
du territoire central de l’artère spinale antérieure perintense intéresse les cornes antérieures en
se traduit par une atteinte isolée, uni ou bilatérale, donnant le classique aspect en “œil de serpent”
de la substance grise des cornes antérieures. L’in- (“Snake-eye sign”) ; l’infarctus postérieur se traduit
farctus du territoire des artères spinales postérieu- par un signal hyperintense postérieur localisé au
res est rare, le plus souvent bilatéral et se traduit niveau des cordons postérieurs (fig. 11). À la phase
par une ataxie et des paresthésies. séquellaire apparaît une petite cavitation [25].
187
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
188
Imagerie des urgences médullaires
immunitaire induite par certaines infections (rou- niveau des noyaux gris, notamment thalamiques
geole, mycoplasme, varicelle, influenza, Epstein- [29] (fig. 12).
Barr…) ou vaccinations (antipoliomyélite, rubéo-
le…) et se traduit par des lésions multifocales en Les myélites virales s’installent au décours d’un
signal hyperintense en T2, prise de contraste et épisode infectieux, plus fréquemment chez l’en-
élargissement variable de la moelle épinière. Les fant, avec une symptomatologie neurologique qui
anomalies cérébrales associées sont classiques et débute aux membres inférieurs et qui progresse
peuvent être similaires à celles observées au de manière ascendante. L’IRM visualise un signal
cours de la sclérose en plaques, mais souvent cer- hyperintense en T2, souvent étendu à l’ensemble
taines caractéristiques peuvent orienter vers le de la moelle thoracique, pour progresser vers la
diagnostic d’EMAD : larges plages en signal hy- moelle épinière cervicale [30]. Le virus du zona
perintense en T2 en périventriculaire et en sous- peut entraîner une myélite, avec atteinte élective
cortical associées à des anomalies de signal au des cordons postérieurs [31] (fig. 13).
b c d
Fig. 12 a-d : Encéphalomyélite aiguë disséminée (ADEM) post-vaccinale. Identification de mul-
tiples hyperintensités focales en T2 (a, c) avec rehaussement (b, d) au niveau de la substance
blanche cérébrale et de la moelle cervicothoracique.
189
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Névrites et polyradiculonévrites
190
Imagerie des urgences médullaires
b d
a c e
Fig. 14 a-e : Polyradiculonévrite (syndrome de Guillain-Barré). L’IRM en T1 après injection de gadolinium (a-e) note des prises de
contraste au niveau des racines de la queue-de-cheval (a-c), des racines cervicales (d) et des nerfs trijumeaux (e).
191
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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192
Prise en charge d’une radiculalgie
aiguë
193
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
immunes neurologiques chez des patients souf- • sur l’évolution de la douleur : d’emblée maxi-
frant de sciatiques aiguës ou chroniques [9]. Dans male avec tendance à la régression (commun)
le même ordre d’idée, il existe une augmentation ou aggravation progressive (symptomatique),
des marqueurs de dégradation du tissu nerveux au • sur la présence d’un syndrome rachidien :
sein du liquide cérébrospinal des patients souf- douleur lombaire notamment à la mobilisa-
frant de sciatique chronique. Un taux élevé de ces tion, associée à une raideur, voire une vérita-
marqueurs pourrait être prédictif d’une mauvaise ble attitude antalgique. La lombalgie prend-
réponse à la décompression chirurgicale [10]. elle le pas sur la radiculalgie ? (commun),
• sur l’exacerbation éventuelle par les efforts de
toux, éternuement ou défécation (commun),
L’examen clinique • sur les symptômes associés, notamment à la
recherche de troubles sphinctériens, évoca-
Le but est de différencier les radiculalgies com- teurs d’un syndrome de la queue-de-cheval,
munes, d’origine discale ou dégénérative, des ra- • sur le siège uni ou bilatéral de la douleur,
diculalgies symptomatiques d’une pathologie • et bien évidemment le trajet de celle-ci. On
sous-jacente d’autre nature, potentiellement gra- peut ainsi distinguer une symptomatologie :
ve, qui va imposer une prise en charge spécifique. . L1 : Nerfs iliohypogastriques, ilio-inguinal
et génito-fémoral. Douleur inguinale éten-
Il vise également à déterminer, dans ces deux due à la partie haute de la cuisse. Réflexe
cas de figure, les situations d’urgence qui impo- crémastérien.
sent un traitement immédiat. . L2 : Nerfs génito-fémoral, cutané latéral de la
cuisse, fémoral, obturateur. Purement sensi-
tif. Douleur des faces antérieure et latérale de
Éléments de l’interrogatoire la cuisse.
. L3 : Nerfs cutané latéral de la cuisse, obtura-
Lorsque ces éléments suggèrent le caractère teur. Douleur crurale antérieure étendue
commun ou symptomatique de l’atteinte, cela est aux faces antéro-médiale de la cuisse et du
précisé entre parenthèses. genou.
. L4 : Nerfs obturateur, fémoral, sciatique, glu-
L’interrogatoire renseigne : téal supérieur et inférieur. Douleur crurale
• sur l’âge du patient, avec une attention parti- antérieure étendue au tibia et à la face mé-
culière aux patients < 20 ans ou > 55 ans diale de la jambe. Réflexe patellaire.
(symptomatique), . L5 : Nerfs sciatique, glutéal supérieur et infé-
• sur les antécédents, notamment lombalgiques : rieur, fibulaire commun. Douleur face posté-
épisodes douloureux lombaires régressifs, rieure de la fesse, face latérale de la cuisse,
autres épisodes de radiculalgie (commun), face antéro-latérale de la jambe, face dorsale
• sur le mode d’installation brutal, après effort du pied et de l’hallux.
(commun) ou insidieux, progressif, sans fac- . S1 : Nerfs sciatique, glutéal supérieur et infé-
teur déclenchant de la symptomatologie dou- rieur, tibial, cutané postérieur de la cuisse.
loureuse (symptomatique), Douleur face postérieure de la fesse, de la
• sur le rythme de la douleur qui peut-être mé- cuisse, du mollet pour atteindre le talon et la
canique (diurne, augmente avec l’activité ; plante du pied jusqu’au 5e orteil. Réflexe
commun) ou inflammatoire (nocturne, réveil achilléen.
prématuré ; symptomatique),
194
Prise en charge d’une radiculalgie aiguë
S’agit-il d’une atteinte radiculaire ou lors de l’élévation passive du membre inférieur ho-
tronculaire ? molatéral en extension, par majoration supposée
du conflit entre le nerf et la structure qui le com-
La distinction entre les types d’atteintes est cli- prime. Ce signe présente une bonne sensibilité
niquement très difficile et l’électromyographie (90 %), mais une mauvaise spécificité (26 %) [11].
peut être d’une grande aide dans ce cas de figure.
Le signe de Lasègue croisé, qui déclenche une
Certains éléments cliniques peuvent toutefois symptomatologie douloureuse lors de l’élévation
orienter dans certains cas. En faveur de l’atteinte du membre inférieur controlatéral, montre une
radiculaire, qui est le plus souvent associée à une bien meilleure spécificité (88 %) au détriment par
radiculalgie commune, on retient un trajet com- contre de la sensibilité (29 %) [12]. Ces signes sont
plet monoradiculaire, un déficit sensitif ou moteur d’autant plus intéressants qu’ils sont positifs en
correspondant à ce territoire radiculaire, l’aboli- dessous de 70°.
tion ou la diminution d’un réflexe ostéotendineux
correspondant au territoire radiculaire. L’atteinte L’examen neurologique des membres inférieurs
radiculaire est également privilégiée devant des recherche des signes déficitaires moteurs, sensi-
éléments évocateurs de pathologie rachidienne, tifs ou réflexes en précisant leur territoire.
comme l’impulsivité aux efforts physiologiques
(toux, éternuement, défécation), ou devant un Les signes de gravité sont :
syndrome rachidien qui se définit par une raideur • une atteinte paralysante, définie par un déficit
segmentaire et des douleurs à la mobilisation, voi- moteur inférieur ou égal à 3 (soit d’emblée,
re une attitude antalgique. soit de manière progressive) selon l’échelle
MRC (Medical Research Council of Great Bri-
En faveur d’une atteinte tronculaire, le plus sou- tain, Tableau I).
vent associée à une radiculalgie symptomatique, • un syndrome de la queue-de-cheval, défini par
on retient l’atteinte pluriradiculaire, l’absence de l’apparition de troubles sphinctériens (notam-
signes rachidiens. ment incontinence ou rétention) ou de troubles
sensitifs (hypoesthésie, anesthésie) périnéale
Pour résumer, la radiculalgie commune est évo- ou des organes génitaux externes. Ce diagnos-
quée devant une atteinte monoradiculaire, de tic est toutefois souvent porté par excès devant
rythme mécanique, avec notion d’effort déclen- des troubles fonctionnels en rapport avec la
chant, associée à des lombalgies, chez un patient symptomatologie douloureuse [13].
aux antécédents lombaires. Une atteinte pluriradi-
culaire, de rythme inflammatoire, sans facteur dé-
Tableau I: Évaluation de la force selon l’échelle MRC (Medi-
clenchant, sans lombalgie associée, chez un sujet
cal Research Council of Great Britain)
plus âgé (> 55 ans) fait plutôt évoquer une atteinte
symptomatique. 5 Force normale
Capacité de lutter contre la pesanteur et contre
4
résistance
Examen physique 3
Capacité de lutter contre la pesanteur, mais pas
contre résistance
Dans le cadre de la radiculalgie sciatique, aucun Possibilité de mouvement, une fois éliminée la
2
pesanteur
signe n’a montré à la fois une bonne sensibilité et
1 Ébauche de mouvement
une bonne spécificité. La manœuvre la plus classi-
0 Aucun mouvement
que, la manœuvre de Lasègue, réveille la douleur
195
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
La sciatique symptomatique
La sciatique commune non compliquée
Elle est la conséquence d’une pathologie/lésion
Comme cela a déjà été précisé, il s’agit typique- sous-jacente autre que discale et notamment :
ment d’une atteinte monoradiculaire d’origine dis- • fracturaire : traumatisme récent, prise de cor-
cale, de rythme mécanique, associée à des lombal- ticoïdes, sujets âgés (> 70 ans),
gies, survenue après un effort déclenchant, d’in- • tumorale : perte de poids inexpliquée, antécé-
tensité rapidement maximale et qui régresse dent tumoral, échec du traitement symptoma-
progressivement, chez un patient aux antécédents tique, âge > 55 ans,
lombalgiques. Cette radiculalgie ne présente aucu- • infectieuse : fièvre, douleur à recrudescence
ne des caractéristiques définies dans les deux ca- nocturne, contexte d’immunosuppression, de
tégories suivantes. prise de drogue en intraveineux, d’infection
urinaire, de prise prolongée de corticoïdes…
Tableau II: Signes d’alerte (“red flags”) en cas de lombosciatalgie aiguë. Source [14, 15]
196
Prise en charge d’une radiculalgie aiguë
Selon les recommandations de l’Agence Natio- L’absence d’évolution favorable conduira toute-
nale d’Accréditation et d’Évaluation en Santé fois à raccourcir ce délai.
(ANAES, maintenant HAS), aucun examen d’ima-
gerie (ou biologique) n’est nécessaire dans les On aura également tendance à réaliser une ex-
7 premières semaines d’évolution sauf quand les ploration plus précoce chez les sujets jeunes (ado-
modalités du traitement choisi (manipulations, in- lescents) ou âgés (> 70 ans).
filtrations) exigent d’éliminer formellement toute
lombalgie spécifique [16]. Il a été montré qu’une Lorsqu’elle est réalisée, l’exploration débute
IRM réalisée précocement (dans les 48 premières avec des clichés simples de face (grand cliché dor-
heures) non seulement n’influait pas sur la prise so-lombo-pelvi-fémoral de de Sèze), et de profil
en charge et le devenir des patients, mais pouvait debout de l’ensemble du rachis lombosacré. Les
même être dans une certaine mesure délétère, les autres incidences (clichés centrés, trois quarts) ne
patients mis au courant de la lésion sous-jacente sont réalisées qu’en fonction de l’aspect des cli-
ressentant un mal-être plus marqué [17]. Cette chés initiaux. Ils sont complétés par une imagerie
même étude montrait que, dès 6 semaines, 71 % en coupes, scanner ou IRM, dont le but est d’ob-
des patients qui présentaient une hernie voyaient jectiver le conflit disco-radiculaire.
d
Fig. 1 : Patient de 75 ans souffrant d’une cruralgie gauche. L’IRM initiale montre une hernie foraminale gauche L4-L5 en voie
d’exclusion à l’origine d’un conflit avec la portion foraminale de L4 (flèches a, b). Un contrôle à 10 mois montre la résorption
complète de la hernie (c, d), accompagnant la disparition de la cruralgie.
197
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
L’IRM a la réputation de mieux évaluer que le L’injection de gadolinium n’est pas nécessaire
scanner les conflits disco-radiculaires [19]. dans ce contexte.
Concernant la détection des hernies discales, une
méta-analyse récente (comprenant toutefois peu La sacco-radiculographie n’est à l’heure actuelle
d’études à la méthodologie disparate) donne des utilisée que dans de très rares cas de discordance
chiffres de sensibilité et de spécificité équivalents radiocliniques, quand une intervention chirurgi-
au scanner, de 75 et 77 % respectivement [20]. cale est envisagée.
Bien qu’elle soit à l’heure actuelle considérée com-
me la technique de référence [21] elle est encore, Les examens électrophysiologiques n’ont pas
compte tenu de sa disponibilité, réalisée après le leur place dans ce contexte.
scanner dans un certain nombre de cas. Comme
déjà précisé, la limite principale de cette technique
(en dehors des contre-indications classiques) est La sciatique commune compliquée
une appréciation aléatoire de la minéralisation de
la hernie ainsi que des ostéophytes ou ossifica- Il s’agit d’une situation d’urgence, voire d’“hype-
tions ligamentaires. Dans les autres cas, compte rurgence” pour le syndrome de la queue-de-che-
tenu de l’excellent contraste entre les différentes val. L’imagerie, idéalement une IRM réalisée selon
structures (disque, racine, LCR, graisse épidura- les modalités définies précédemment, a pour but
le), son intérêt est manifeste. L’avantage de l’IRM de préciser le conflit disco-radiculaire afin de pla-
réside également dans son aptitude à détecter, par nifier la prise en charge. Cette prise en charge est
198
Prise en charge d’une radiculalgie aiguë
Fig. 2 : Patiente de 62 ans. Sciatique paralysante droite L5 cotée 2/5. L’IRM réalisée en ur-
gence montre une volumineuse hernie L4-L5 migrée ascendante à l’origine d’un important
effet de masse sur le fourreau dural et notamment sur l’émergence de L5 droite (flèches a,
b). La compression est levée par voie chirurgicale. Aspect postopératoire (c).
199
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
200
Prise en charge d’une radiculalgie aiguë
Fig. 5 : Jeune femme de 22 ans qui consulte pour une sciatique gauche. Pas de passé lombalgique ou de syndrome rachidien.
La clinique est compatible avec une atteinte tronculaire. L’IRM du bassin montre une volumineuse masse pelvienne à l’origine
d’une compression du plexus lombosacré gauche, en rapport avec un sarcome indifférencié des parties molles.
Dans un contexte (macro)traumatique, un scan- qu’une fracture par insuffisance osseuse du sa-
ner centré sur la région traumatisée (rachis ou crum peut se révéler par une sciatalgie. Il convient
bassin) est réalisé en première intention, en acqui- alors d’apporter une attention toute particulière
sition hélicoïdale pour permettre les reconstruc- aux coupes les plus latérales du plan sagittal
tions multiplanaires. conventionnel à la recherche d’anomalies de si-
gnal sacrées qui feront compléter l’examen (dans
Dans un contexte de fracture occulte, de fatigue les cas où un “de Sèze magnétique” n’est pas réa-
ou par insuffisance osseuse, l’IRM est l’examen de lisé de manière systématique) par des coupes co-
choix par sa capacité à mettre en évidence l’œdè- ronales obliques passant par les articulations
me du spongieux post-traumatique sur les séquen- sacro-iliaques, en pondération T1 et T2 Fatsat ou
ces en suppression de graisse. Il faut ici rappeler STIR (fig. 6).
201
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Fig. 6 : Femme de 62 ans aux antécédents de lymphome folliculaire pelvien radiothérapé, hospitalisée pour sciatique S1 gauche
hyperalgique. L’IRM réalisée en urgence ne montre pas de conflit discoradiculaire, mais sur les coupes les plus latérales à gauche
un hypersignal sacré en STIR (flèche b). Le complément d’investigation sur le sacrum montre une fracture de l’aileron sacré
gauche sur os radique (flèches c, d).
202
Prise en charge d’une radiculalgie aiguë
la synthèse des prostaglandines E2 en inhi- • Les anti-TNF : il n’a pas été mis en évidence
bant les cyclooxygénases de types I et II (COX). d’effet bénéfique de l’infliximab (voie iv) ou de
Le traitement anti-inflammatoire ne dépasse l’etanercept (voie discale) sur les rares études
en général pas deux semaines. randomisées disponibles [36, 37]. L’adalimu-
• Les infiltrations cortisonées : en complément mab réduirait dans une étude le taux de
du traitement médical per-os si celui-ci ne chirurgie ultérieure [38]. Enfin, une étude ré-
montre pas d’efficacité suffisante. Elles visent cente a montré un effet bénéfique de la voie
à administrer un corticoïde retard (en suspen- épidurale (etanercept) en cas de canal lom-
sion aqueuse) au site du conflit disco-radicu- baire étroit [39].
laire soit sous guidage fluoroscopique (infil- • Le repos : il n’est pas la base du traitement,
tration foraminale), soit sous guidage scanner doit être réduit au minimum en fonction du
(infiltration foraminale ou épidurale). L’infil- type d’activité professionnelle et sous condi-
tration foraminale est privilégiée en cas de tion d’une excellente antalgie médicamenteu-
conflit foraminal ; l’infiltration épidurale est se. Aucune étude n’a notamment montré le
privilégiée en cas de conflit postéromédian. caractère bénéfique du repos au lit [40, 41]. Il
Certaines équipes associent systématiquement convient donc de poursuivre les activités ordi-
une infiltration zygapophysaire si celle-ci est naires compatibles avec la douleur.
le siège d’une atteinte dégénérative en phase • La kinésithérapie : elle n’a pas montré son ef-
inflammatoire. L’efficacité de l’infiltration épi- ficacité vs absence de traitement ou traitement
durale est démontrée à court terme (améliora- symptomatique dans la quasi-totalité des étu-
tion de la douleur et de l’incapacité du patient), des publiées [42].
mais pas à long terme, notamment pour ce qui • Les manipulations rachidiennes : les tractions
concerne la reprise du travail et le recours à la vertébrales [43], les corsets rigides [44], et les
chirurgie [28-30]. Concernant l’infiltration fo- manipulations vertébrales n’ont pas montré de
raminale, les études randomisées montrent bénéfice particulier.
également un effet bénéfique à court terme
[31, 32] et selon certains auteurs, des résultats En résumé, un article de synthèse récent ne met-
supérieurs à la voie épidurale [33]. tait pas en avant de traitement médical réellement
spécifique dans la radiculalgie commune de type
* Les thérapeutiques n’ayant pas prouvé leur ef- sciatique et insistait sur la prise en charge opti-
ficacité : male de la douleur en maintenant une activité phy-
• Les myorelaxants : ils sont souvent prescrits en sique la plus proche de la normale, conforme aux
association avec les antalgiques ou les AINS, possibilités physiques du patient [45].
mais aucune étude n’a montré leur intérêt en
cas de symptomatologie radiculaire [34].
• La corticothérapie par voie générale, en bolus, Les décompressions discales
n’a pas fait la preuve de son efficacité [35] et percutanées
ne doit pas être instaurée. Per-os, bien qu’aucu-
ne étude randomisée n’ait démontré son effet, On est ici à la limite du cadre de la radiculalgie
elle est fréquemment utilisée lorsque les AINS aiguë, car ces décompressions ne concernent que
sont inefficaces ou contre-indiqués (cure d’une les patients réfractaires à 6 semaines de traitement
semaine à dose dégressive; posologie initiale conservateur incluant les infiltrations périradicu-
d’environ 0.20 mg/kg). laires. La radiculalgie doit prédominer sur la lom-
203
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
balgie, conséquence d’un conflit disco-radiculaire 6 heures qui suivent l’apparition des symptômes.
concordant avec la symptomatologie. Les méca- En effet, tout retard dans la prise en charge expose
nismes d’action chimique, mécanique ou thermi- à des séquelles à type de déficit moteur, de dou-
que ainsi que les résultats ont déjà été largement leurs neurogènes, de dysfonction sphinctérienne
développés et commentés dans l’opus XXXV de la ou sexuelle. Il faut avoir à l’esprit que le tableau
SIMS consacré au rachis en 2008 [46, 47]. Une peut être incomplet, voire très incomplet, à l’ori-
nouvelle technique connaît à l’heure actuelle un gine de retards diagnostiques importants. Un piè-
essor important qui consiste en une décompres- ge classique est la volumineuse hernie L5-S1 pos-
sion de la zone du conflit disco-radiculaire par téromédiale, éventuellement migrée vers le bas,
sonde de herniectomie sous contrôle scanner. Cet- qui peut se traduire par une symptomatologie uri-
te technique très peu invasive cible le débord dis- naire isolée, sans signes associés aux membres
cal, avec des résultats particulièrement promet- inférieurs compte tenu de l’absence de compres-
teurs et un taux de complication extrêmement bas sion des racines L5 ou S1.
[48, 49]. Elle ne contre-indique pas la réalisation
d’une chirurgie ultérieure. L’attitude devant une sciatique paralysante est
moins systématique. Elle intéresse la racine L5
dans 75 % des cas. On peut distinguer trois situa-
Le traitement chirurgical tions [52] :
• simple parésie de l’extenseur propre du I : si-
Là encore, nous sortons du cadre de cet exposé, tuation très fréquente ; récupération quasi
car cette prise en charge concerne les patients ré- constante, aucune prise en charge particulière.
fractaires au traitement médical, hors situations • déficit moteur de l’ensemble des muscles du
d’urgence. territoire de L5 : pas de chirurgie si atteinte ≥
3 qui ne s’aggrave pas (ou régresse). Chirurgie
Les techniques varient et se font de moins en si aggravation.
moins invasives : discectomie ouverte, microdis- • sciatique paralysante apoplectique avec déficit
cectomie, discectomie microendoscopique, discec- neurologique massif (testing 0) succédant à
tomie endoscopique transforaminale. Les études une phase hyperalgique. Traduit une probable
ne montrent pas de différence entre ces diverses ischémie radiculaire. L’association douleur
techniques pour ce qui concerne le résultat à long sciatique persistante et conflit discal docu-
terme. Il n’y a également, toujours à long terme menté impose la chirurgie en urgence (au
(> 1 an), pas de différence significative avec le moins pour améliorer la symptomatologie
traitement médical. Toutefois, les résultats à court douloureuse). En revanche, si la douleur scia-
terme montrent une amélioration plus rapide de la tique a disparu (disparition qui coïncide sou-
symptomatologie [45, 50, 51]. vent avec l’apparition de la paralysie), l’intérêt
de la chirurgie est beaucoup plus limité, car il
n’a pas été prouvé qu’elle ait une incidence sur
La sciatique commune compliquée la récupération.
Ce point a déjà été partiellement abordé. Il s’agit La sciatique hyperalgique se définit par une dou-
d’une situation d’urgence qui nécessite un avis leur qui reste intolérable (impossibilité de tout
spécialisé. Le syndrome de la queue-de-cheval est mouvement, effort de toux, d’éternuement, de dé-
une “hyperurgence” chirurgicale, avec une décom- fécation) malgré un traitement morphinique de
pression qui doit être idéalement réalisée dans les 6-8 jours. Dans cette éventualité qui reste assez
204
Prise en charge d’une radiculalgie aiguë
exceptionnelle, une chirurgie peut être indiquée si ne le plus souvent tumorale, infectieuse ou trau-
le conflit est parfaitement documenté. matique. L’examen clinique doit également détec-
ter les formes compliquées de sciatique commune
à savoir les formes hyperalgiques, paralysantes ou
Conclusion le syndrome de la queue-de-cheval qui seules né-
cessitent une prise en charge radiologique, idéale-
La radiculalgie aiguë, notamment d’origine lom- ment par IRM, en urgence (“hyperurgence” pour
baire, est une situation clinique fréquente qui né- le syndrome de la queue-de-cheval) afin d’objecti-
cessite un examen clinique particulièrement ri- ver le conflit et instaurer le traitement adapté. À la
goureux, basé principalement sur l’interrogatoire différence des radiculalgies communes non com-
et l’examen physique. Cet examen clinique doit en pliquées qui ne nécessitent aucun complément
effet permettre de différencier les radiculalgies d’investigation clinique ou biologique avant sept
communes, par conflit discoradiculaire (les plus semaines d’évolution, les radiculalgies symptoma-
fréquentes), des radiculalgies symptomatiques, tiques imposent, dans une urgence relative, un bi-
secondaires à une pathologie sous-jacente d’origi- lan étiologique complet.
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206
Rachis ankylose et
fractures vertébrales
207
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
a b c d e
Fig. 2 : Homme de 72 ans, chute dans un escalier. (a) Fracture de l’ostéophyte antérieur de C5 (flèche) et des arcs postérieurs
de C5 et C6 (tête de flèche). Ankylose C2-C4 et discarthrose sous-jacente. Un examen IRM avec coupes sagittales (b) SE T1, (c)
SE T2 et (d) STIR démontre une compression du sac dural par une masse en rapport avec le disque C5-C6. Anomalies des tissus
mous précervicaux (flèches en c) et rétrocervicaux (flèches en d). L’ankylose segmentaire et les fractures ne sont pas reconnues ;
(e) un suivi tomodensitométrique obtenu 10 mois après une arthrodèse cervicale inférieure et après une chute à vélo démontre
des fractures transverses de C1 et C2 (flèches).
Épidémiologie et distribution En cas de DISH, l’âge moyen des patients est plus
Les fractures du rachis ankylosé touchent essen- élevé (7e et 8e décades), et les fractures siègent
tiellement les sujets âgés. Dans la SAA, les fractu- plus volontiers au segment thoracique inférieur ou
res concernent des patients de la 5e et 6e décades, lombaire.
souvent après plus de 20 ans d’évolution de leur
maladie [4, 5]. Les fractures affectent essentielle- La cause de ces fractures est en général un trau-
ment le segment cervical avec une fréquence de matisme mineur [4, 6], le plus souvent en exten-
l’ordre de 70 % des fractures (fig. 1, 2). Ensuite sion. Une proportion non négligeable (de 7 à 35 %
viennent les fractures du segment thoracique infé- selon les auteurs) survient en l’absence de tout
rieur (D6-D12) et lombaire inférieur (L4-L5) [2]. commémoratif traumatique [2, 5].
208
Rachis ankylose et fractures vertébrales
a b c d
e f g
Fig. 3 : Homme de 78 ans, chute à domicile. (a) La radiographie initiale, considérée comme négative, montre un pontage osseux
ligamentaire intéressant tout le segment thoracique inférieur, s’accompagnant d’ossification des disques; discopathie D12-L1
avec petit rétrolisthésis de D12 sur L1 ; (b) un suivi radiologique obtenu 1 mois plus tard démontre une destruction du segment
antérieur des corps de D11 et de D12, avec apparition d’une angulation ; (c, d) l’examen IRM en coupes sagittales SE pondérées
T1 et T2 montre une infiltration très marquée du corps de D11, centrée sur un plan de dissection de signal de type liquidien (flè-
ches), mais atteignant l’apophyse épineuse (têtes de flèches) ; (e, f, g) les coupes sagittales reconstruites après acquisition TDM
spiralée montrent bien le plan de clivage transcorporéal (flèches) se prolongeant dans l’arc postérieur (pédicules et apophyse
épineuse) (têtes de flèches).
209
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Plus de 50 % des fractures rachidiennes obser- La mortalité compliquant ces atteintes neurolo-
vées dans la SAA, et une proportion encore plus giques est également extrêmement élevée, à la fois
élevée des fractures observées dans le DISH s’ac- à la phase précoce, et dans les mois suivant la sur-
compagnent d’une lésion neurologique, le plus sou- venue de la fracture. Elle affecte 40 à 70 % des
vent sous forme d’atteinte de la moelle épinière patients selon les séries. Les décès surviennent sur
(contusion, section) ou d’hématome épidural [5, 6]. complications des lésions neurologiques, ou par
Cet hématome épidural, comme au niveau crânien, insuffisance respiratoire provoquée par ces lésions
peut être d’expression retardée. L’hématome sous- en association à l’ankylose de la cage thoracique.
a b c d e
Fig. 4 : Patiente de 80 ans. (a) La ra-
diographie de profil de la colonne lom-
baire démontre l’ankylose rachidienne
et l’ostéoporose sévère sans évidence
de fracture. (b) Une reconstruction to-
modensitométrique sagittale suggère
la présence d’une hyperdensité dans la
partie postérieure du canal rachidien
(tête de flèche). Aucune fracture n’est
visible, mais il existe une dépression
focale de la corticale antérieure de L3
(flèche). (c) Une coupe sagittale SE T1
démontre une masse de signal hétéro-
gène (têtes de flèches) en avant des arcs
postérieurs de L4 et L5. Modifications
du signal (flèche) dans le corps de L3
et L4. (d) Sur la coupe SE T2 corres-
pondante, le signal des anomalies est
hétérogène avec une composante de
signal faible compatible avec un héma-
tome. (e) Après injection intraveineuse
de produit de contraste, absence de
rehaussement au sein de l’hématome
f g présumé et rehaussement de l’anomalie
ostéomédullaire (flèche). (f) Coupe transverse SE T1 avec saturation de la graisse et après injection de produit de contraste avec
fracture transverse non déplacée de l’apophyse épineuse de L4 (flèche). (g) Après 10 mois de traitement conservateur, une coupe
sagittale SE T1 démontre la disparition des anomalies ostéomédullaire et canalaire. À noter, l’apparition d’une déformation de la
corticale antérieure de L3 (flèche) témoignant a posteriori de la fracture.
210
Rachis ankylose et fractures vertébrales
Ce risque de décès semble plus élevé en cas de toutes les possibilités de la tomodensitométrie
SAA, alors qu’en cas de DISH il n’y aurait pas de soient exploitées : reconstructions d’images multi-
risque accru de décès prématuré par rapport à une planaires et reconstruction surfacique en intensité
population correspondante [9]. minimale de projection [6, 7, 10] (fig. 2, 3).
211
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
212
Fractures pathologiques
Une fracture est dite pathologique lorsqu’elle • un aspect radiographique particulier : lésion
survient sur un os intrinsèquement ou mécanique- ostéolytique ou ostéocondensante, réaction
ment fragile, indépendamment des contraintes périostée spiculée ou plurilamellaire, éperon
exercées. Dans la majorité des cas, la pathologie de Codman, raréfaction osseuse diffuse, ré-
sous-jacente est connue et le diagnostic ne pose sorption corticale. La fracture avulsion du pe-
pas de problème. Plus rarement, la fracture est ré- tit trochanter doit également inquiéter.
vélatrice. La méconnaissance de la pathologie
sous-jacente, notamment une tumeur, peut alors Plus rarement, ce caractère pathologique n’est
être à l’origine de traitements inadaptés, suscepti- évoqué que lors de l’intervention, avec les consé-
bles de mettre en jeu le pronostic vital et/ou fonc- quences que cela entraîne [1].
tionnel du patient [1].
213
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
connu ou considéré comme localisé), la biop- [5]. Par contre, les fractures pathologiques d’une
sie est indispensable. Des patients sans anté- lésion limitée à la cavité médullaire ou associée à
cédents, présentant une fracture pathologique une minime composante extra-osseuse devraient
sur ostéolyse isolée d’un os long, ne devraient plutôt bénéficier d’une biopsie chirurgicale [5].
pas être ostéosynthésés d’emblée. En effet,
même s’il s’agit d’une métastase ou d’un myé- La biopsie doit être lue par un anatomopatholo-
lome dans plus de 98 % des cas, le pourcenta- giste expérimenté, l’hématome, le cal et l’ostéo-
ge résiduel correspond à des sarcomes osseux sarcome pouvant, par exemple, avoir une anato-
primitifs, dont le traitement ne pourra être que mopathologie similaire. Si un cancer primitif est
l’amputation en raison de la contamination tu- suspecté, il doit être mentionné à l’anatomopatho-
morale massive à la suite de ce traitement logiste qui peut faire une recherche spécifique
inapproprié [2]. (ex. : récepteurs hormonaux dans le cancer du
sein) [1].
Le trajet de biopsie doit être choisi de façon mi-
nutieuse, de manière à permettre sa résection En attendant le résultat de ces examens, le seg-
chirurgicale éventuelle par la suite, et à ne pas ment osseux fracturé doit être immobilisé de ma-
compromettre la préservation du membre. Elle nière adéquate et un traitement antalgique est ins-
doit donc être réalisée par un radiologue expéri- tauré, assurant au patient un confort optimal [1].
menté ou par le chirurgien qui en effectuera l’exé-
rèse par la suite, notamment en centre spécialisé
s’il existe une suspicion de tumeur osseuse primi- Pathologies tumorales et
tive maligne. pseudotumorales
Le choix entre une biopsie chirurgicale ou per- La fracture pathologique peut alors être secon-
cutanée dépend de plusieurs éléments. Les biop- daire à l’ostéolyse corticale et trabéculaire, mais
sies percutanées ont un bon rendement diagnosti- également à la fragilisation mécanique de l’os par
que, même si leur taux de succès est un peu infé- une biopsie osseuse et à la nécrose tumorale, no-
rieur à celui des biopsies chirurgicales (77-80 % et tamment sous chimiothérapie [6]. Chez l’adulte,
95 % respectivement) [3]. Ceci s’explique par la les tumeurs le plus souvent responsables de frac-
plus faible quantité de matériel disponible, les ty- ture pathologique sont, de loin, les métastases,
pages et gradings tumoraux plus difficiles à déter- suivies du myélome. Chez l’enfant, il s’agit du kys-
miner, et les analyses immunohistochimiques ou te essentiel.
en microscopie électronique parfois impossibles à
réaliser [4]. La biopsie percutanée est préférée
pour les tumeurs difficiles d’accès (bassin et ra- Métastases
chis), les récidives tumorales où l’histologie vient
confirmer qu’il s’agit de la même tumeur que lors Environ 70 % des patients avec un cancer dissé-
des traitements précédents, les suspicions de mé- miné ont des métastases osseuses et au moins
tastases dont le primitif est connu, les hémopa- 10 % de ces patients vont développer une fracture
thies et les sarcomes d’Ewing, de diagnostic histo- pathologique [7]. Les métastases osseuses consti-
logique plus aisé [1, 3, 4]. De plus, le rendement tuent ainsi la première étiologie de fracture patho-
diagnostique des biopsies percutanées est meilleur logique après l’ostéoporose. Tous les cancers peu-
en cas de composante tumorale associée des tissus vent être incriminés, mais les plus ostéophiles sont
mous, la biopsie pouvant se limiter à cette zone les cancers du sein, de la prostate et du poumon,
214
Fractures pathologiques
qui représentent 80 % des cas. Viennent ensuite la tumeur, la douleur, l’importance de la compres-
les cancers du rein, de la thyroïde et de la vessie. sion médullaire au rachis, la dissémination tumo-
Les vertèbres et le fémur proximal en représentent rale du patient, son espérance de vie et son état
les sites les plus fréquents, suivis de l’humérus, du général [8, 9]. Les buts du traitement sont d’obte-
tibia et du bassin [5, 6]. L’origine métastatique de nir une antalgie, une stabilisation de la fracture,
la fracture est habituellement suspectée devant une restauration rapide de la fonction et de l’or-
une lésion ostéolytique agressive sans matrice in- thostatisme, pour une morbidité chirurgicale et
tralésionnelle ni réaction périostée (fig. 1). Les des complications péri-opératoires minimales. La
métastases ostéocondensantes se fracturent plus fracture doit être traitée avec l’intention d’en obte-
rarement. nir la consolidation ; si la fracture ne consolide
pas, le matériel échoue nécessairement [1].
La prise en charge thérapeutique de ces fractu-
res pathologiques nécessite une approche inter- De façon très schématique, les patients avec une
disciplinaire, mais également individuelle, prenant espérance de vie importante (métastase unique,
notamment en considération la radiosensibilité de cancer primitif favorable, bon état général,
a b
Fig. 1a, b : Fracture sur métastase acétabulaire (a). Le scanner permet une meilleure appréciation de l’ostéolyse dans cette loca-
lisation et des autres lésions associées (b).
215
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
intervalle libre long par rapport au traitement du lésion ostéolytique focale (fig. 2) ou l’ostéopénie
cancer primitif) bénéficient d’un traitement plus diffuse liée au myélome ou à son traitement [21,
agressif que les autres. Seules les métastases uni- 23, 24]. Elles peuvent survenir indépendamment
ques issues des cancers du rein et du carcinome de l’activité de la maladie [23]. Les fractures sur
thyroïdien sont des indications reconnues à la ré- lésions ostéolytiques sont stabilisées chirurgicale-
section chirurgicale carcinologique [10, 11]. On ment et traitées par radiothérapie.
ignore, cependant, si la résection de la métastase
influence véritablement la survie [12-15]. Aux os Les lymphomes non hodgkiniens et les leucé-
longs, il peut être réalisé une résection large, une mies aiguës (fracture du col fémoral dans les leu-
mégaprothèse et une radiothérapie postopératoire. cémies à tricoleucocytes) sont aussi responsables
Les patients avec une espérance de vie courte bé- de fractures pathologiques par leurs atteintes os-
néficient plutôt d’un traitement moins agressif, seuses et posent des problèmes similaires [25].
palliatif (enclouage centromédullaire, ostéosynthè-
se par plaque vissée ou résection segmentaire avec
prothèse intercalaire). Les reconstructions par al-
logreffes, plaque et vis nécessitent un long temps
de consolidation et sont peu recommandées.
216
Fractures pathologiques
qui fragilise l’os [30]. Chez les sujets âgés, les certains cas, un risque accru d’embolie métastati-
fractures pathologiques s’observent surtout en cas que qui peut compromettre la réalisation d’une
de sarcomes secondaires (maladie de Paget, résection chirurgicale conservatrice [31]. La sur-
radiothérapie) ou de récurrence d’un sarcome vie des patients atteints d’un ostéosarcome ou
osseux [6]. Une fracture sur un chondrosarcome d’un chondrosarcome fracturé est inférieure à cel-
doit faire rechercher un contingent dédifférencié, le des patients sans fracture. De plus, le risque de
un chondrosarcome mésenchymateux ou, au col récidive locale est augmenté [31-34]. La fracture
fémoral, un chondrosarcome à cellules claires [5]. pathologique d’un sarcome d’Ewing est, par
Il faudra se méfier de la biopsie osseuse chirurgicale contre, moins péjorative en raison de la radiosen-
et de la chimiothérapie qui peuvent encore sibilité des cellules tumorales au sein de l’héma-
fragiliser une corticale déjà amincie par l’ostéolyse tome [30, 33-35].
tumorale [30].
Dans le passé, la survenue d’une fracture patho-
logique sur un sarcome osseux impliquait l’ampu-
tation du membre au-dessus de la partie proximale
de l’hématome. Les progrès de la chimiothérapie,
de la radiothérapie et des techniques opératoires
ont fait reconsidérer cette attitude. Alors que le
segment de membre fracturé est correctement im-
mobilisé, la chimiothérapie devrait être le traite-
ment initial si elle est indiquée, suivie si possible
d’une chirurgie conservatrice : exérèse large en
bloc de la tumeur et de l’hématome avec préserva-
tion vasculonerveuse, et reconstruction dont le
type dépend de l’âge, de la topographie de la tu-
meur et du pronostic du patient [6, 36]. En cas de
fracture pathologique sur sarcome osseux primi-
tif, les facteurs de bon pronostic sont la réponse à
la chimiothérapie, la consolidation osseuse, la ré-
section chirurgicale large et la réponse à la radio-
thérapie. En cas de résection large, le taux de ré-
currence locale est similaire à celui des chirurgies
conservatrices sans fracture. Bien que l’amputa-
tion puisse être associée à une meilleure éradica-
tion locale de la tumeur qu’une chirurgie préserva-
Fig. 3 : Fracture sur ostéosarcome du fémur proximal, ce
dernier se traduisant par une ostéolyse non spécifique. trice, la survie globale n’est pas affectée [32, 37].
217
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
fibrome non ossifiant de la dysplasie fibreuse et du anévrismal continue à évoluer dans la majorité
kyste osseux anévrysmal [38-40]. des cas, et une nouvelle fracture survient. La
• Kyste essentiel. Environ 75 % des kystes os- biopsie n’entraîne que trop rarement la guéri-
seux sont découverts par une fracture patho- son du kyste, et il faut donc traiter la lésion de
logique [41]. Il s’agit le plus souvent de “micro manière agressive (résection en bloc notam-
fractures” ou de fractures peu déplacées ment [1].
(fig. 4). Ces fractures sont plus fréquentes à • Autres lésions : on citera notamment le gra-
l’humérus qu’au fémur, probablement parce nulome éosinophile [46].
que l’orthostatisme entraîne une douleur pré-
fracturaire révélant la lésion au fémur. La frac-
ture consolide dans des délais normaux, mais
la guérison spontanée des kystes après frac-
ture est rare (récurrence dans 62 à 82 % des
cas après simple immobilisation), ce qui est à
l’origine de fractures itératives [39, 42]. Une
chirurgie intralésionnelle ou un geste percu-
tané s’envisage secondairement, après conso-
lidation de la fracture.
• Fibrome non ossifiant. Les fractures ne
concernent habituellement que les lésions de
grande taille du fémur et du tibia [1]. Leur po-
tentiel de consolidation est excellent [43]. La
lésion persiste après la consolidation, mais le
risque de fracture itérative, bien que présent,
est faible [39, 43]. Par conséquent, le traite-
ment chirurgical du fibrome non ossifiant n’est
que rarement indiqué [39, 41].
• Dysplasie fibreuse. Une fracture affecterait la
moitié des patients présentant une forme mo-
nostotique, et tous ceux atteints de forme po-
lyostotique [44]. Dans ce dernier cas, les frac-
tures itératives sont responsables de déforma-
tions orthopédiques et bénéficient, le plus
souvent, d’un traitement chirurgical [39, 45].
Le risque fracturaire augmente encore dans le
syndrome de McCune-Albright (endocrinopa-
thie associée qui affecte le métabolisme os-
seux) [1].
• Kyste osseux anévrysmal. Environ 10 à 35 %
des kystes anévrysmaux sont découverts à
l’occasion d’une fracture [1, 41]. Si la fracture
consolide de manière habituelle, le kyste Fig. 4 : Fracture d’un kyste essentiel de l’humérus.
218
Fractures pathologiques
Chez l’adulte, les chondromes des os de la main chondrome des métacarpiens ou des phalanges
sont fréquemment responsables de fractures pa- est sûrement bénin, autant cette même tumeur en
thologiques [47]. Elles peuvent être traitées de situation rhizomélique a plus de risque d’être un
manière orthopédique et le chondrome peut être chondrosarcome : dans la première localisation, la
cureté avec ou sans greffe après consolidation. biopsie première n’est pas indispensable, elle s’im-
Certains auteurs proposent d’effectuer le traite- pose dans la deuxième.
ment du chondrome et de la fracture dans le même
temps [48]. Les chondromes peuvent se fracturer Les tumeurs à cellules géantes peuvent égale-
dans d’autres localisations plus proximales, et font ment parfois se compliquer d’une fracture
craindre un chondrosarcome (fig. 5). Autant un pathologique.
a b c
d e
219
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Ostéoporose
220
Fractures pathologiques
Maladie de Paget
Implantation de matériel
Elle est caractérisée par un dérèglement focal
du remodelage osseux, conduisant à l’hypertro- Les fractures survenant après implantation de
phie d’un os possédant une structure osseuse de matériel sont bien connues, notamment lorsque
moindre résistance. Celui-ci ne peut plus suppor- l’os est fragilisé par une pathologie sous-jacente
ter les contraintes auxquelles il est soumis et se [64]. Les fractures périprothétiques surviennent
fracture, notamment aux membres inférieurs. La volontiers au niveau d’une zone de concentration
fracture sur os pagétique consolide difficilement des contraintes, à l’extrémité d’une tige centromé-
et le traitement chirurgical est souvent indiqué dullaire sous ou entre une zone corticale rigidifiée
[59]. L’immobilisation doit être évitée dans la me- par le matériel métallique. Elles peuvent aussi être
sure où elle majore l’ostéopénie et fragilise encore favorisées par un granulome d’usure au polyéthy-
l’os. Il faut également penser à une fracture patho- lène [1]. La fragilisation d’une corticale lors de
logique sur transformation sarcomateuse. Une re- l’ablation de matériel d’ostéosynthèse, essentielle-
crudescence des douleurs avant la fracture et une ment les plaques vissées, nécessite de délivrer des
ostéolyse radiologique doivent faire évoquer cette conseils de prudence au patient dans les semaines
éventualité [1]. En cas de doute, l’IRM peut s’avé- qui suivent cet acte chirurgical. Ces fractures dites
rer utile, l’os pagétique possédant un signal de itératives sont particulièrement rencontrées au ni-
type graisseux. veau des deux os de l’avant-bras [1, 65].
Des fractures survenant deux à trois ans après Il s’agit essentiellement d’ostéomyélites chroni-
une radiothérapie sont classiques (perte d’élasti- ques, plus rarement aiguës [66]. Chez les enfants
cité de l’os secondaire à l’apoptose des cellules os- africains, c’est la première étiologie de fracture
seuses et au manque de remodelage dans le champ pathologique, qu’il y ait ou non une drépanocy-
221
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Ostéogenèse imparfaite
222
Fractures pathologiques
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224
Lésions vasculaires associées
aux traumatismes osseux
Les lésions vasculaires traumatiques représen- sente aujourd’hui la modalité d’examen la mieux
tent une urgence diagnostique et thérapeutique. adaptée à cette situation [5-7]. L’angiographie dia-
Une prise en charge tardive peut générer de gra- gnostique n’a plus de raison d’être.
ves séquelles fonctionnelles ou conduire à l’ampu-
tation, voire au décès du patient [1, 2]. Ces lésions Le traitement doit porter sur les lésions ostéo-
sont rares, mais leur diagnostic peut être difficile. articulaires et vasculaires. La réduction et la fixa-
Les signes cliniques d’ischémie avec l’abolition tion des lésions osseuses précèdent la réparation
des pouls peuvent manquer [3, 4]. vasculaire si elles n’entraînent pas de délais trop
importants pour la revascularisation. Le traite-
Ces lésions sont systématiquement recherchées ment des lésions artérielles repose selon les cas
dans un contexte clinique évocateur (accident à sur la chirurgie ou l’artériographie thérapeutique.
haute énergie, traumatisme pénétrant). Elles doi- Les techniques endovasculaires peuvent égale-
vent également être suspectées en cas de fracture ment être utilisées en association à une réparation
ou de luxation des éléments ostéo-articulaires chirurgicale classique.
jouxtant les vaisseaux. En effet, le déplacement
important des pièces osseuses qui habituellement Le but de cette revue est d’exposer les lésions
jouent un rôle protecteur peut être à l’origine de ostéo-articulaires (à l’exclusion des atteintes ra-
l’étirement des structures vasculaires ; les frag- chidiennes) souvent associées aux lésions vascu-
ments ou les esquilles osseuses peuvent avoir un laires. Dans cet article, l’iconographie privilégie la
effet contondant ou lacérant. Pour ces mêmes rai- technique de rendu volumique (VRT) en scanner,
sons, les structures nerveuses cheminant à proxi- car celle-ci fournit une vision globale des lésions
mité des vaisseaux peuvent être lésées. L’associa- osseuses et vasculaires. Dans la pratique courante,
tion à un traumatisme nerveux est donc très fré- le VRT est un outil de communication précieux,
quente, en particulier aux membres supérieurs où mais il ne peut pas se substituer à l’imagerie en
ces lésions sont présentes dans 60 à 70 % des cas. coupes, toujours essentielle pour caractériser les
différentes anomalies.
Le bilan diagnostique doit être réalisé rapide-
ment, en particulier chez les patients hémodyna-
miquement instables. Il doit fournir une analyse La luxation sterno-
exhaustive des lésions osseuses (fractures, dépla- claviculaire
cement des fragments, esquilles, luxation) et vas-
culaires (spasme, dissection, thrombose, faux ané- Les luxations sterno-claviculaires sont rares. El-
vrysme, fistule artérioveineuse, hémorragie). les sont principalement liées à des accidents à
L’écho-Doppler n’est pas toujours réalisable et haute énergie ou à des accidents sportifs. La forme
c’est bien évidemment l’angioscanner qui repré- postérieure correspond à un déplacement posté-
225
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
226
Lésions vasculaires associées aux traumatismes osseux
a a
227
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
neurovasculaires (plus de 90 % des cas) avec no- brachiale, le plexus brachial étant comprimé par
tamment une atteinte du plexus brachial et des un faux anévrysme de l’artère subclavière (fig. 5).
vaisseaux subclaviers et axillaires [10].
Les fractures de la première côte sont habituel-
Le contexte traumatique (accident à haute éner- lement le fait d’accidents à haute énergie. Elles se
gie) conduit dans tous les cas à la réalisation ur- rencontrent également dans les accidents domes-
gente d’un scanner type polytraumatisme qui fait le tiques. Habituellement considérées comme un
bilan des lésions ostéo-articulaires et vasculaires. marqueur de la gravité d’un traumatisme, les lé-
Fracture de la clavicule et
fracture de la première côte
Fig. 4 : Fractures de la clavicule et de la première côte droi-
Les fractures de la clavicule peuvent exception- tes avec dissection et thrombose de l’artère subclavière. No-
ter la recirculation en aval de la thrombose liée au cercle
nellement se compliquer de lésions de l’artère anastomotique de l’épaule (non visualisé sur cette image).
subclavière [14]. De façon générale, leur morbidi-
té est plus élevée en cas de traumatisme fermé
alors que leur mortalité est plus importante en cas
de traumatisme pénétrant. Compte tenu de la ra-
reté des complications vasculaires, les examens
complémentaires à visée vasculaire ne sont pas
réalisés de façon systématique. Ils sont indiqués
en cas de signes d’ischémie ou en cas de fracture
atteignant la pince costo-claviculaire (fig. 4). En
effet, le risque de lésion vasculaire est théorique-
ment plus élevé à ce niveau, les vaisseaux ne pou-
vant fuir les fragments osseux. Enfin, les lésions
Fig. 5 : Pseudarthrose de la clavicule gauche et faux ané-
vasculaires peuvent se révéler à distance du trau- vrysme des artères subclavière et axillaire, responsable d’un
matisme par un syndrome de la traversée thoraco- syndrome de la traversée thoraco-brachiale.
228
Lésions vasculaires associées aux traumatismes osseux
sions vasculaires graves ne sont en fait présentes Les lésions vasculaires concernent en général la
que dans 3 % des cas de fracture isolée [15]. La partie distale de l’artère axillaire qui peut être
fréquence de ces lésions atteint cependant 24 % comprimée ou disséquée (fig. 6 et 7). Ce diagnos-
lorsque cette fracture survient chez les patients tic est facilement porté devant la disparition du
polyfracturés ou polytraumatisés. Les lésions vas- pouls radial.
culaires surviennent plus volontiers en cas de dé-
placement postérieur de la côte. Les lésions arté- Il faut également savoir l’évoquer devant une at-
rielles concernent l’artère subclavière ou ses bran- teinte du plexus brachial, son apparition après la
ches [15] (fig. 4). réduction de la luxation ou son aggravation pro-
gressive. Ces éléments doivent faire rechercher un
hématome axillaire ou un faux anévrysme de l’ar-
La luxation antérieure de tère axillaire à l’origine de la compression nerveu-
l’épaule se [19] (fig. 6).
229
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
230
Lésions vasculaires associées aux traumatismes osseux
231
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
a b
Fig. 9 : Traumatisme du bassin avec un saignement actif provenant de l’artère iliaque interne gauche. (a) coupe axiale montrant
un faux anévrysme de l’artère iliaque interne se développant dans l’articulation sacro-iliaque disjointe avec en dedans un saigne-
ment actif. (b) VRT montrant les multiples lésions osseuses et la flaque vasculaire.
La luxation fémoro-tibiale
232
Lésions vasculaires associées aux traumatismes osseux
met de classer la luxation fémoro-tibiale selon la une alternative lorsqu’il s’agit d’une atteinte isolée
direction du déplacement tibial : antérieure dans du membre inférieur et que les signes d’ischémie
50-60 % des cas, postérieur, médial ou latéral. sont discrets ou absents.
L’étape radiologique est souvent supprimée chez
le polytraumatisé où l’angioscanner est réalisé Le traitement est essentiellement chirurgical.
d’emblée. Cet examen fournit un diagnostic précis L’amputation d’emblée est discutée face à une sec-
et une cartographie artérielle guidant le geste de tion nerveuse complète et des dégâts musculaires
revascularisation. Une IRM avec angio-IRM est irréversibles.
a b c
Fig. 11 : Luxation fémo-
rotibiale antérieure. (a)
VRT de l’examen initial
malheureusement réalisé
sans injection de produit
de contraste montrant
la luxation, mais mécon-
naissant les lésions vas-
culaires. (b, c) IRM et
angio-IRM montrant les
inévitables lésions liga-
mentaires et l’interruption
de l’artère poplitée. (d, e)
angioscanner réalisé dans
le même temps montrant
l’interruption de l’artère
poplitée et la reprise de
la vascularisation distale
grâce au cercle anastomo-
d e tique du genou.
233
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Les fractures des os longs lésions. Ce bilan est au mieux assuré par l’an-
gioscanner (fig. 12).
Les lésions traumatiques des artères périphéri-
ques résultent de traumatismes pénétrants ou de
traumatismes fermés associés à des fractures des Conclusion
os longs, souvent dans le cadre de polytraumatis-
mes [6]. Les signes cliniques témoignant d’une Les traumatismes osseux peuvent s’accompa-
obstruction vasculaire sont systématiquement re- gner de traumatismes vasculaires qui mettent en
cherchés, mais ils peuvent manquer ou être mas- jeu le pronostic vital et fonctionnel des patients.
qués [39]. L’existence de fractures déplacées, mul- L’angioscanner est le meilleur moyen pour réaliser
tifragmentaires des os longs à proximité des axes le bilan exhaustif de ces lésions.
vasculaires doit conduire à un bilan complet des
a
Fig. 12 : Fracture de l’extrémité inférieure du fémur avec un
fragment dilacérant l’artère fémorale superficielle (flèche).
(a) coupe axiale, (b) MIP avec os, (c) MIP sans os.
b c
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235
Luxation sternoclaviculaire
postérieure
Anatomie descriptive
237
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
238
Luxation sternoclaviculaire postérieure
Le ligament interclaviculaire présente dans son La face antérieure de l’articulation est en rap-
développement des variations individuelles impor- port avec les origines du muscle grand pectoral et
tantes : réduit chez certains sujets à une simple avec le tendon sternal du muscle sternocléidomas-
lame fibreuse ou même conjonctive, il revêt chez toïdien (fig. 4). Plus superficiellement, elle est en
d’autres l’aspect d’un cordon épais et résistant, rapport avec le tissu sous-cutané et la peau.
ayant parfois la même consistance que le disque
articulaire. C’est dans son épaisseur que se déve- La face postérieure de l’articulation répond tout
loppent accessoirement les os supra-sternaux [4]. d’abord aux muscles sterno-hyoïdien et sterno-
239
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
240
Luxation sternoclaviculaire postérieure
241
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
sation de la clavicule peut aggraver des signes • neurologiques : compression du plexus bra-
compressifs existants. Les manœuvres de réduc- chial, syndrome du défilé costoclaviculaire,
tion externe sont possibles, mais ne doivent pas paralysie laryngée [19] ;
être tentées avant le bilan radiologique, sauf en • digestives : rupture ou compression œsopha
cas de détresse vitale. gienne.
Diagnostic radiologique
242
Luxation sternoclaviculaire postérieure
243
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
• Le simple cliché de face à rayon très ascendant • La radiographie de face stricte du thorax don-
[10] permet également, de façon indirecte, ne parfois les mêmes résultats que le cliché de
d’évaluer un déplacement antérieur ou posté- face à rayon ascendant. Dans les luxations
rieur des têtes claviculaires, en le comparant postérieures, la clavicule se déplace générale-
au cliché de face stricte (fig. 11 a-e). Sur un ment en bas, mais également en dedans
cliché à rayon ascendant, une clavicule de po- (fig. 11e). Dans ce cas, le bord médial de la
sition plus antérieure que le sternum se pro- clavicule peut se projeter sur un pédicule ver-
jette en position plus haute que l’angle sternal, tébral [26].
tandis que l’inverse se produit en cas de dépla- • L’incidence de face en procubitus peu confor-
cement claviculaire postérieur. L’avantage de table ou non réalisable chez un patient trau-
cette incidence, par rapport à la vue axiale matisé trouve plutôt son intérêt dans le dia-
craniocaudale, est qu’elle peut être réalisée gnostic des arthropathies.
sur un patient laissé en décubitus dorsal.
a b
c d
e
Fig. 11 : Incidence de face à rayon ascendant. a) réalisa-
tion du cliché (schéma emprunté à Sartoris [24]), b, c et d)
schéma des rapports sternoclaviculaires sur un cliché de
face stricte (b) et sur un cliché à rayon ascendant (c) en cas
de luxation antérieure de la clavicule droite : sur le cliché à
rayon ascendant, la clavicule luxée paraît se déplacer vers
le haut, d) en cas de luxation postérieure, la clavicule luxée
paraît se déplacer vers le bas, e) résultat chez un patient
ayant une luxation postérieure à droite (noter le déplace-
ment médial de l’extrémité de la clavicule et sa projection
sur un pédicule).
244
Luxation sternoclaviculaire postérieure
La TDM est donc l’examen de référence (fig. 12, bien réel [30]. Dans tous les cas, le traitement fait
13 a-d). Elle permet la recherche de lésions osseu- suite à un bilan radiologique permettant d’appré-
ses associées (fracture de la 1re côte par exemple) cier l’instabilité, l’importance du déplacement
[28] notamment en cas de polytraumatisme. Le postérieur de la clavicule et l’existence d’éventuel-
diagnostic de subluxation postérieure ou antérieu- les complications médiastinales. Si la réduction
re peut être difficile même en TDM et n’apparaître doit être immédiate en cas de complication neuro-
que sur les reconstructions 3D (fig. 14 a-c). vasculaire ou respiratoire, elle doit autant que pos-
sible être effectuée en présence d’une équipe
L’échographie comparative en coupe axiale mon- chirurgicale multidisciplinaire orthopédique, vas-
tre simplement le déplacement postérieur de l’ex- culaire et thoracique.
trémité médiale de la clavicule (fig. 15).
Traitement orthopédique
Traitement
La réduction fermée est réalisée sous anesthésie
Il est controversé en raison des résultats incer- locale ou générale par traction ou manipulation
tains du traitement orthopédique et des risques claviculaire. Ces manœuvres délicates ne permet-
iatrogènes du traitement chirurgical. Groh [29] tent pas toujours d’obtenir une réduction stable.
sur une série de 21 cas ne constate pas de supério- Par ailleurs, le pronostic vital peut être engagé par
rité de la chirurgie sur un plan fonctionnel. En majoration des lésions vasculaires lors de la
l’absence de traitement, le risque de récidive spon- réduction.
tanée ou après traumatisme mineur est cependant
Fig. 12 : Luxation sternoclaviculaire postérieure droite en coupe axiale TDM et reconstruction VRT.
245
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
a a
246
Luxation sternoclaviculaire postérieure
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248
Attention à l’enfant battu
Un enfant peut être maltraité ou en risque de Le nombre exact d’enfants en danger demeure
l’être : selon l’ODAS (Observatoire national de difficile à évaluer. Il n’a cessé cependant d’aug-
l’Action Sociale décentralisée), l’enfant maltraité menter entre 1998 et 2006 pour atteindre le nom-
est “victime de la part de ses parents, ou d’adultes bre de 98 000 en 2006 réparti comme suit :
ayant autorité sur lui, de violences physiques, de 19 000 enfants maltraités (vs 19 000 en 1998), soit
négligences lourdes, de cruauté mentale ou d’abus environ 20 % des signalements de l’année 2006 ;
sexuel qui compromettent gravement sa santé et 79 000 enfants en risque (vs 64 000 en 1998), soit
son développement physique et psychique” [1]. environ 80 % des signalements de l’année 2006
Toujours selon l’ODAS, l’enfant en risque “connaît [1]. Les violences physiques, sexuelles, psycholo-
des conditions d’existence risquant de mettre en giques et les négligences lourdes représentent res-
danger sa santé, sa sécurité, sa moralité, son édu- pectivement 33, 23, 18 et 26 % des maltraitances
cation ou son entretien, mais n’est pas pour autant en 2006 [1]. Les enfants maltraités sont plus sou-
maltraité”. L’enfance en danger peut revêtir diffé- vent de jeunes enfants (56 % des enfants signalés
rents aspects : violences physiques, sexuelles, psy- en 2006 ont moins de 11 ans), avec un sex-ratio
chologiques ou négligences lourdes (défaut de proche de 1. À partir de 15 ans, les cas de mal-
soins médicaux, carence alimentaire…). Différen- traitance et notamment, les violences sexuelles
tes appellations sont utilisées dans la littérature : sont plus nombreux chez les filles [1, 2]. La per-
syndrome des enfants battus, syndrome de Silver- sonne responsable des sévices infligés à l’enfant
man, traumatisme non accidentel de l’enfant. Le appartient généralement à la famille proche (père
syndrome du bébé secoué résulte, comme son dans 46 % des cas, mère dans 26 % des cas) ou à
nom l’indique, de secousses imprimées à un nour- l’entourage immédiat de l’enfant [1].
risson avec ou sans intention malveillante. Il se
caractérise par des hémorragies intracrâniennes Chez les enfants âgés de moins de deux ans, le
(sous-durale et/ou sous-arachnoïdienne), rétinien- mécanisme lésionnel habituellement rapporté
nes et des lésions parenchymateuses cérébrales consiste à empoigner l’enfant à deux mains par le
aboutissant fréquemment à des séquelles neurolo- tronc et à lui imprimer de violentes secousses, tan-
giques graves, voire au décès de l’enfant [2]. La dis que la tête et les membres inférieurs ballottent
triade “hémorragies intracrâniennes – hémorra- dans le vide [2]. Ce type de traumatisme engendre
gies rétiniennes – lésions parenchymateuses céré- des lésions cérébrales par accélération-décéléra-
brales” peut cependant être incomplète [3]. tion (cf. supra.), mais également des lésions
249
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
250
Attention à l’enfant battu
Les fractures sont les lésions les plus fréquentes Appositions périostées
Spécificité de
Fracture de la clavicule
à rechercher après les lésions cutanées auxquelles maltraitance
Fracture diaphysaire des os longs
FAIBLE
elles peuvent être associées [5, 6]. Fracture linéaire du crâne
251
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
La présence d’un cal osseux hypertrophique sug- classique métaphysaire (LCM). Encore dénommée
gérant l’absence d’immobilisation et par consé- fracture “en coin” (“corner fracture” des Anglo-
quent, la négligence, est également évocatrice du Saxons) ou fracture “en anse de seau” (“bucket
diagnostic (fig. 2). Les fractures les plus fréquem- handle fracture” des Anglo-Saxons), la LCM est
ment rencontrées sont celles des os longs (21 %), hautement spécifique de maltraitance (cf. Ta-
des côtes (8-10 %) et du crâne (7 %) [2, 21]. bleau 2). [22]. Elle résulte de forces de cisaillement
D’autres fractures sont plus rares : clavicule (2 %) ; orientées perpendiculairement au grand axe des
rachis, pelvis et extrémités (1 %) [21]. travées osseuses. Le trait de fracture apparaît dans
la spongieuse primaire (os immature), au voisina-
ge de la jonction chondro-osseuse. La LCM est
ainsi parallèle à la plaque de croissance [2]. Au
centre de la pièce osseuse, le trait de fracture est
très proche du cartilage de conjugaison, mais s’en
éloigne progressivement en périphérie de la pièce
osseuse pour inclure la virole périchondrale. Lors-
que la fracture est complète, elle revêt la forme
d’une lamelle osseuse fine à sa partie centrale,
mais plus épaisse en périphérie (fig. 3) [2, 4].
252
Attention à l’enfant battu
L’extension du trait de fracture au périoste et/ou seau”, déplacé, visible de face (fig. 4, 5). La LCM
au cartilage de conjugaison est possible, mais plus siège préférentiellement au fémur (fig. 5) et au ti-
rare. La consolidation d’une LCM non déplacée bia (métaphyse fémorale distale, métaphyses ti-
n’entraîne pas de cal osseux ni de réaction pé- biales proximale et distale), mais la métaphyse
riostée. Elle cicatrise sous la forme d’une petite humérale proximale peut aussi être touchée
encoche radio transparente sur le versant méta- (fig. 6). Aux membres inférieurs, la LCM débute
physaire du cartilage de conjugaison, particulière- souvent sur le bord postéromédial du fémur ou du
ment difficile à détecter in vivo, mais bien visible tibia [23-25] (fig. 5). Elle peut être uni- ou bilaté-
sur des clichés centrés effectués post mortem [2]. rale et les lésions de la métaphyse fémorale distale
En cas d’extension au périoste ou de déplacement sont souvent associées du même côté à des lésions
important, la LCM consolide comme toutes les de la métaphyse tibiale proximale et/ou distale et
autres lésions osseuses (réaction périostée, ostéo- inversement. Aux membres supérieurs, la LCM in-
sclérose trabéculaire, cal osseux) [5, 6]. L’aspect téresse le bord latéral de la métaphyse humérale
radiographique de la LCM dépend de la taille du proximale (fig. 6) [26]. Les lésions “en anse de
fragment osseux et de l’incidence réalisée : sim- seau” y seraient plus rares qu’aux membres infé-
ples irrégularités métaphysaires ; petit fragment rieurs. Même si la LCM est hautement spécifique
triangulaire, “en coin”, peu déplacé, visible de pro- de maltraitance, elle peut aussi s’observer dans
fil ; ou fragment plus volumineux, “en anse de d’autres situations cliniques (d’où l’importance de
Fig. 4 : LCM en anse de seau de la métaphyse Fig. 5 : LCM bilatérale de la métaphyse fémorale distale.
tibiale distale. Notez l’extension au périoste (tête Notez la petite taille des fragments osseux.
de flèche), radiographiquement bien visible du
fait de la consolidation.
253
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
254
Attention à l’enfant battu
consolident, ces fractures s’accompagnent de la suspectes jusqu’à preuve du contraire [2, 8, 33].
formation d’un cal osseux (à l’exception des frac- Les fractures costales récentes sont difficiles à dia-
tures de la jonction chondro-osseuse). Les fractu- gnostiquer sur les radiographies, notamment si
res costales sont souvent de découverte fortuite elles sont incomplètes ou complètes mais non dé-
[5] et peuvent être isolées dans 29 % des cas [32]. placées, ou de siège postérieur [2]. Ces dernières
Les fractures des arcs latéraux et postérieurs pâtissent des superpositions osseuses, notamment
(fig. 7) sont les plus fréquentes (78 %) [32]. En avec les processus transverses (d’où l’intérêt des
l’absence de fragilité osseuse sous-jacente, les clichés de 3/4), et il n’est pas rare que le diagnostic
fractures de côtes sont rares chez l’enfant âgé de soit posé au stade de cal osseux (fig. 7). Les fractu-
moins de 3 ans, car la cage thoracique est souple à res costales non traumatiques peuvent s’expliquer
cet âge. Selon Barsness et coll. [32], la survenue par une pathologie osseuse ou métabolique sous-
d’une fracture costale chez un enfant de moins de jacente (ostéogenèse imparfaite, rachitisme, hy-
3 ans possède une valeur prédictive positive de perparathyroïdie néonatale) [2, 5, 34], par une pré-
maltraitance de 95 % et de 100 % si l’on exclut les maturité sévère [35], ou par une éventuelle réani-
autres causes possibles de fractures costales par mation cardio-respiratoire [2, 8, 36, 37]. La plupart
l’anamnèse et la clinique (cf. infra.). L’existence de ces diagnostics différentiels pourront être faci-
concomitante de fractures costales et de lésions lement éliminés par l’anamnèse, la clinique et/ou
neurologiques est également très évocatrice de la biologie, et n’ont jamais occasionné de fractures
maltraitance [5], tout comme la topographie des d’arcs postérieurs. La réanimation cardio-respira-
lésions costales. Ainsi, les fractures de la 1re côte toire est exceptionnellement responsable chez
(qui requièrent un traumatisme à haute énergie) et l’enfant de fractures costales (moins de 1 %), et
les fractures des arcs postérieurs (fig. 7) ou de la celles-ci intéressent habituellement les arcs anté-
jonction chondro-osseuse (qui résultent d’un mé- rieurs et/ou latéraux, dès lors que l’enfant repose
canisme lésionnel spécifique (cf. supra)) sont sur un plan dur selon la technique de réanimation
dite “des 2 doigts” [2, 8, 37]. La technique de réani-
mation dite “des 2 pouces” pourrait théoriquement
être responsable de fractures d’arcs postérieurs
(enfant saisi à 2 mains) [2, 8, 37], mais aucun cas
n’a été signalé à ce jour. De telles fractures ont par
contre été rapportées chez des nouveau-nés ayant
un poids de naissance élevé, au décours d’un ac-
couchement difficile par voie basse [38]. Signalons
enfin la survenue possible de fractures des arcs la-
téraux lors de séances de kinésithérapie destinées
à lutter contre la bronchiolite [9].
Fractures du crâne
255
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
256
Attention à l’enfant battu
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Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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Attention à l’enfant battu
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Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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262
Les urgences traumatiques
chez le sujet âgé
Epidémiologie, Diagnostic et Traitement
263
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Le médecin qui voit une personne âgée en ur- La place de l’imagerie ne sera discutée ici que
gence à la suite d’une chute doit apprécier son de- dans les fractures du fémur proximal, dans celles
gré de fragilité. En effet, toutes les personnes de l’anneau pelvien et du rachis.
264
Les urgences traumatiques chez le sujet âgé - Epidémiologie, Diagnostic et Traitement
Fémur proximal ment occultes [24, 25]. Les études montrent aussi
l’efficacité de l’IRM pour le diagnostic de ces fractu-
Le diagnostic radiologique des traumatismes de res avec une sensibilité et une spécificité qui se-
l’extrémité supérieure du fémur repose sur la réa- raient égales ou très proches de 100 % [26] (fig. 1).
lisation de clichés simples en position couchée :
bassin de face, hanche de face et en profil chirurgi- Cependant, dans la pratique courante, une TDM
cal. Deux grandes catégories radio-anatomiques est souvent réalisée à défaut d’une IRM moins ac-
doivent être distinguées : les fractures trochanté- cessible. Même si la TDM a pleinement bénéficié
riennes et les fractures cervicales vraies. L’indica- des avancées technologiques permettant la réali-
tion thérapeutique est différente pour ces deux lé- sation de coupes inframillimétriques et de recons-
sions. Comme l’ont montré plusieurs études, 2 à 9 % tructions multiplanaires, elle reste moins perfor-
des fractures du col du fémur seraient radiologique- mante que l’IRM. Il est important de retenir qu’une
265
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
TDM normale n’exclut pas une fracture du col fé- tiqué 9 fractures du col sur 10 et la TDM 7 sur 10.
moral ou du bassin (fig. 2). Une série récente pu- La TDM serait, en particulier, nettement moins
bliée par Cabarrus [27] en 2008 a montré que sur performante pour le diagnostic des fractures du
129 fractures par insuffisance osseuse du bassin, cotyle, plus rares, et de la tête du fémur, exception-
l’IRM en diagnostiquait 128 (99 %) chez 63 pa- nelles (fig. 3). Kirby [28], confirmant les données
tients (98 %) et la TDM 89 (69 %) chez 34 patients de Lubovsky [29], montre que l’IRM donne un dia-
(33 %). Dans cette population, l’IRM avait diagnos- gnostic définitif précoce et précise les caractéristi-
Fig. 2 : Patiente de 89 ans. Chute la veille. Les radiographies non illustrées montrent un arrachement du grand trochanter (a)
TDM à la recherche d’une fracture intertrochantérienne : négative (b) IRM coupes sagittales et axiales en T1 dans le même
contexte, le même jour, montre une fissure rejoignant la corticale postérieure du fémur à la partie haute du petit trochanter.
266
Les urgences traumatiques chez le sujet âgé - Epidémiologie, Diagnostic et Traitement
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Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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Les urgences traumatiques chez le sujet âgé - Epidémiologie, Diagnostic et Traitement
Fig. 5 : Patiente de 78 ans. Douleur et impotence fonctionnelle. Suspicion de fracture du col du fémur droit. IRM coupes frontales
(a) et axiales (b) T2 avec fat sat : fracture du cadre obturateur et de l’aileron sacré droits (flèches) avec lésion traumatique de
l’obturateur externe (*).
269
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
270
Les urgences traumatiques chez le sujet âgé - Epidémiologie, Diagnostic et Traitement
Fig. 7B : Même patiente, analyse rétrospective des coupes axiales (a) - et reformatages centrés sur le sacrum (b) dans le plan
frontal et (c) sagittal - de la TDM Abdominale réalisée 15 jours avant la scintigraphie. Seule la fracture de l’aileron sacré gauche
est visible avec une interruption corticale antérieure (flèche) et une impaction du spongieux qui est condensé (*). La barre hori-
zontale du “H” se trouve sous le plateau supérieur de S1 (double flèche).
Fig. 8 : Patiente de 91 ans : Chute, douleur et impotence fonctionnelle de hanche gauche. Radiographies non contributives. Scin-
tigraphie osseuse dans les 24 premières heures (a) : pas de fracture visible, mais discret défaut de captation de la tête fémorale
gauche. Scintigraphie osseuse à distance (b) : fracture du col fémoral gauche. Courtoisie Dr M-A Collignon
271
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Tableau III : Synthèse des caractéristiques des différentes techniques d’imagerie disponibles pour la recherche d’une fracture
radiologiquement occulte du bassin et de l’extrémité supérieure du fémur [FN – faux négatif].
272
Les urgences traumatiques chez le sujet âgé - Epidémiologie, Diagnostic et Traitement
273
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Le problème
274
Les urgences traumatiques chez le sujet âgé - Epidémiologie, Diagnostic et Traitement
os spongieux, comme les corps vertébraux ou les rieur, celle-ci doit être traitée afin de faciliter la
régions métaphysaires des os longs. L’objectif du reprise de la déambulation. De plus, les patients
traitement est de restaurer le plus rapidement pos- présentant une fracture ostéoporotique sont sou-
sible les mobilités articulaires et la fonction, en vent dans l’incapacité de mettre en décharge élec-
permettant au patient de retrouver son niveau tivement le membre inférieur atteint à cause d’une
d’activité préalable à la survenue de la fracture. faiblesse musculaire généralisée. Pour ces fractu-
Pour les fractures du rachis, la prise en charge de res, leur proximité avec l’articulation ajoute un
la douleur est au premier plan, alors que les trou- enjeu supplémentaire. En effet, ces fractures né-
bles neurologiques et les instabilités sont des com- cessitent souvent une immobilisation complémen-
plications rares. Lorsque la fracture touche une taire, entraînant une raideur articulaire. Ce point
zone métaphysaire d’un os long du membre infé- est également vrai au membre supérieur.
275
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
276
Les urgences traumatiques chez le sujet âgé - Epidémiologie, Diagnostic et Traitement
sujet âgé et l’impossibilité pour ces patients de res- tionné précédemment, l’état général ou simple-
pecter une décharge élective du membre inférieur ment l’état de faiblesse généralisée des patients
fracturé, limitent les indications orthopédiques. victimes de fractures ostéoporotiques ne leur per-
met pas de respecter une décharge élective du
Le développement de techniques chirurgicales membre inférieur. La mise en décharge d’un mem-
et la demande accrue des patients quant aux résul- bre inférieur après fracture conduit ainsi souvent
tats fonctionnels, conduisent de nos jours au re- le patient à une position alitée prolongée et aux
cours moins fréquent que par le passé au traite- nombreuses complications de décubitus qui en ré-
ment orthopédique. sultent. Ces complications de décubitus mettent en
péril le pronostic vital du patient. Ainsi, l’objectif
est d’obtenir une mise en charge précoce du pa-
Traitement chirurgical tient. Le matériel utilisé doit donc idéalement
contrôler l’impaction de la fracture lors de la mise
La philosophie globale du traitement chirurgical en charge, permettre une fixation stable et une
des fractures ostéoporotiques réside en l’obten- consolidation de la fracture, avoir la meilleure te-
tion d’une fixation stable et solide préservant au nue dans l’os. Ce cahier des charges est rempli par
maximum les parties molles périfracturaires. Ain- un matériel permettant une “fixation dynamique”
si, le traitement opératoire aura pour but de mini- de la fracture. Le meilleur exemple du bénéfice de
miser la perte provisoire de l’autonomie dans les l’utilisation de ce type de matériel est l’utilisation
gestes de la vie quotidienne et donc la dépendance de vis plaque pour fracture pertrochantérienne
sociale du patient. [40, 41]. Ce système de fixation permet le recul de
la vis cervicale dans le canon de la plaque fémora-
Le problème principal de la fixation interne est le. Ceci permet d’éviter la migration de l’extrémité
d’obtenir une fixation solide malgré la faible tenue céphalique de la vis cervicale dans l’articulation et
mécanique de l’os ostéoporotique. Comme men- favorise la consolidation de la fracture (fig. 13).
277
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
278
Les urgences traumatiques chez le sujet âgé - Epidémiologie, Diagnostic et Traitement
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Les urgences en pathologie musculo-squelettique
précoce, sans avoir un effet “fil à couper le beurre” tion ou recul) et ainsi d’augmenter la tenue du sys-
de ces vis, et sans avoir un système trop rigide qui tème. Néanmoins, ces systèmes verrouillés utilisés
nuirait à la consolidation de la fracture. Pour les en région épiphysaire sont à risque d’altération de
fractures de l’humérus proximal, ces vis de ver- l’articulation par saillie articulaire des vis de ver-
rouillage sont parfois insuffisantes pour la tenue rouillage lors de l’impaction de la fracture ou d’os-
des tubérosités, élément critique conditionnant le téonécrose. Ces plaques sont à proscrire dans les
résultat du traitement chirurgical. Pour les fractu- fractures de l’humérus proximal. La rigidité du
res du fémur proximal, le risque réside en la créa- montage est également accrue par l’utilisation de
tion d’un refend peropératoire détachant le grand vis verrouillées. Un montage trop rigide conduit à
trochanter, insertion du moyen glutéal. Enfin, pour la non-consolidation de la fracture, particulière-
les fractures du fémur distal, l’importance de la ment dans les fractures du fémur distal. Dans ce
taille du canal centromédullaire, augmenté de sur- cas, seules les vis proches du foyer doivent être
croît par l’ostéoporose, et sa morphologie en “en- verrouillées. Lors de l’utilisation de vis non ver-
tonnoir”, impose l’utilisation de clous longs ou de rouillées, leur inclinaison de 30° dans des direc-
vis mises en place au contact du clou [52]. Ces as- tions opposées favoriserait la tenue mécanique du
tuces ne limitent hélas qu’imparfaitement le ba- montage.
layage du clou dans le canal centromédullaire et la
déformation résultante en varus ou valgus. Dans les fractures de l’humérus proximal ou du
fémur distal, un greffon osseux peut s’avérer né-
Plaques cessaire lorsque la réduction de la fracture laisse
La technique conventionnelle d’ostéosynthèse place à un vide métaphysaire médial important.
par plaque requiert une réduction anatomique de
la fracture à ciel ouvert suivie d’une fixation rigi- Enfin, la rigidité de la plaque étant supérieure à
de. L’abord chirurgical est plus invasif, endomma- celle de l’os, l’utilisation de plaques entraîne une
geant la vascularisation périfracturaire et entraî- résorption de l’os sous le matériel, ce qui favorise
nant une augmentation des pertes sanguines et du la survenue de fractures itératives.
risque infectieux. Cette technique requiert égale-
ment un capital osseux suffisant, spécialement en Fixation par vis
région épiphysaire et une mise en décharge com- La fixation des fractures ostéoporotiques par
plémentaire dont nous avons discuté les risques vissage simple n’est pas recommandée à cause du
précédemment. Ces deux paramètres ne sont pas risque de synthèse insuffisante et/ou de migration
rencontrés, par définition, dans les fractures os- des vis avant consolidation. Néanmoins, la plupart
téoporotiques du sujet âgé. Afin de résoudre ces des systèmes de fixation (extramédullaires ou in-
difficultés, de nouveaux systèmes ont été dévelop- tramédullaires) nécessitent une synthèse par vis.
pés. Ils incluent le développement de vis ver- Les pas de vis, le filetage et la dimension des vis
rouillées, de trous oblongs permettant une fixation ont donc été modifiés afin d’accroître la tenue de
dynamique et la possibilité d’introduction du ma- celles-ci dans l’os porotique. Ainsi des vis canulées
tériel d’ostéosynthèse par mini-abord [53, 54]. perforées ont été développées, permettant l’injec-
Dans un premier temps, l’utilisation de vis ver- tion de ciment à leur périphérie pour augmenter
rouillées s’est largement étendue. Les avantages leur tenue [55]. Néanmoins, le ciment est plus
théoriques de ce verrouillage sont d’éviter la mo- communément injecté après forage et avant mise
bilisation des vis par rapport à la plaque (angula- en place de la vis [56, 57].
280
Les urgences traumatiques chez le sujet âgé - Epidémiologie, Diagnostic et Traitement
Arthroplastie pour fractures métaphyso- De même, dans les fractures complexes de l’hu-
épiphysaires complexes mérus proximal avec risque important de dévas-
La principale avancée de la dernière décennie a cularisation de la tête humérale, l’utilisation d’une
consisté en l’extension des indications d’arthro- hémiarthroplastie avec suture des tubérosités est
plasties, notamment d’arthroplasties totales, pour logique. Pourtant, les résultats de ces hémiarthro-
fractures métaphysaires et métaphyso-épiphysai- plasties sont souvent décevants, car l’intervention
res des extrémités des os longs sur os porotique. est difficile. Les aspects techniques critiques de
l’intervention sont la restauration de la hauteur et
L’utilisation d’arthroplasties répond à la fois à la de la rétroversion de la tête humérale, la réduction
difficulté d’obtenir une ostéosynthèse stable pour et la qualité de fixation des tubérosités, une immo-
ces fractures et à la nécessité d’une restauration bilisation postopératoire de 6 semaines et une réé-
précoce de la fonction. De plus, la pose d’une ducation adaptée. Le développement de prothèses
arthroplastie règle le problème de l’évolutivité po- spécifiques aux fractures en a amélioré les résul-
tentielle vers une pseudarthrose ou une nécrose tats. Chez les patients âgés et ostéoporotiques, on
céphalique. Depuis de nombreuses années existe s’oriente vers l’utilisation de prothèses inversées.
un consensus quant au traitement des fractures Néanmoins, là encore, la technique et les implants
intracapsulaires déplacées (Garden 3 ou 4) du col utilisés doivent être spécifiques aux indications de
du fémur par arthroplastie chez le sujet âgé. Les fracture. Les résultats des prothèses inversées
premières hémiarthroplasties utilisées étaient des dans ces indications de fractures pourraient s’éten-
prothèses cervicocéphaliques monobloc, puis des dre, mais sont encore sujets à controverse [60].
prothèses dites intermédiaires ce sont dévelop-
pées afin de réduire le risque de luxation. Actuel-
lement, deux types de prothèses de hanches sont
utilisés : les hémiarthroplasties et les prothèses to-
tales de hanche. La tendance est à l’utilisation de
plus en plus fréquente d’une prothèse totale à dou-
ble mobilité (fig. 16). Il s’agit d’une prothèse pos-
sédant un implant intermédiaire en polyéthylène
s’articulant à la fois avec la tête de l’implant humé-
ral et avec la cupule métallique cotyloïdienne. Par
rapport aux hémiarthroplasties, les prothèses to-
tales de hanche à double mobilité ont des inconvé-
nients : durée d’intervention plus longue et coût
plus élevé. Néanmoins, leurs avantages sont très Fig. 16 : Prothèse totale double mobilité de hanche gauche
pour fracture cervicale vraie du fémur proximal.
importants : les résultats en termes de fonction et
d’indolence après rééducation sont meilleurs et le
taux de réintervention moins élevé notamment
pour instabilité. La réduction du risque de luxa- Plus récemment, les fractures complexes dista-
tion est particulièrement importante chez des pa- les de l’humérus ont été traitées par prothèse to-
tients âgés présentant souvent une atrophie ou tale semi-contrainte du coude (fig. 17). Pour les
une dégénérescence musculaire [58, 59]. fractures ostéoporotiques du sujet âgé, ces prothè-
281
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
ses donnent d’excellents résultats, tant pour le plémentaire restent le plus souvent limitées aux
soulagement de la douleur que pour la restaura- fractures épiphysaires complexes du fémur distal
tion de la fonction, notamment car elles permet- chez les sujets âgés et ostéoporotiques présentant
tent une rééducation immédiate. Elles présentent des signes d’arthrose préexistante [64].
donc une excellente alternative à l’ostéosynthèse.
En effet, cette ostéosynthèse est difficile en raison
de la fréquente comminution de la fracture et de la Conclusion
faible tenue du matériel dans un humérus distal
ostéoporotique, engendrant bon nombre de pseu- Le nombre de fractures ostéoporotiques va cer-
darthroses. Enfin, cette synthèse s’accompagne tainement continuer d’augmenter. Il est également
souvent d’une nécessaire immobilisation postopé- probable que les traitements orthopédiques laisse-
ratoire, source de raideur articulaire [61-63]. ront de plus en plus place aux traitements chirur-
gicaux, car ceux-ci donnent de bien meilleurs ré-
Pour les mêmes raisons, durant ces dix derniè- sultats sur la fonction. Pour cette même raison et
res années, les fractures du fémur distal et du tibia grâce au développement d’implants prothétiques
proximal ont commencé à être traitées par prothè- spécifiques aux indications de fracture, les arthro-
ses totales charnières du genou. Néanmoins, ces plasties vont prendre une place de plus en plus
fractures sont moins fréquentes que les fractures importante dans la prise en charge des fractures
du col du fémur, de l’humérus proximal ou distal. métaphysaires ou métaphyso-épiphysaires des os
De plus, les indications de telles arthroplasties né- longs sur os ostéoporotique.
cessitant souvent une fixation épiphysaire com-
282
Les urgences traumatiques chez le sujet âgé - Epidémiologie, Diagnostic et Traitement
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284
Les lésions traumatiques à revisiter
285
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Sites anatomiques
Fig. 2 : Cliché de face d’un traumatisme à haute énergie, diagnostiqué “en- Anneau pelvien et acétabulum
torse” (A). Diagnostic définitif de luxation rétrolunaire du carpe après le
cliché de profil omis en urgence (B).
L’exploration radiologique des trauma-
tismes de l’anneau pelvien repose sur les
trois incidences classiques face, oblique ascen-
Diagnostics lésionnels dant, oblique descendant décrites par Pennal et
initiaux incomplets ou omis Tile [6]. Ces clichés sont de réalisation simple et
demeurent performants pour l’identification des
Le polytraumatisé lésions de l’arc antérieur et des ailes iliaques et
l’évaluation du déplacement global en ouverture
Dans un contexte d’urgence vitale, la fréquence ou en fermeture de l’anneau pelvien. La présence
des fractures non diagnostiquées par l’équipe de de fractures des apophyses transverses lombaires
réanimateurs peut atteindre 15 à 20 % des patients est le témoin de mécanisme lésionnel vertical et
polytraumatisés [4, 5]. Le diagnostic lésionnel responsable d’une dislocation intrapelvienne com-
n’est posé qu’après une deuxième lecture du pre- plexe à déplacement craniocaudal, horizontal et
mier bilan où la lésion était pourtant évidente, antéropostérieur [7]. Les lésions sacro-iliaques et
mais n’avait pas attiré l’attention des réanimateurs surtout sacrées sont mal définies par la radiologie
trop préoccupés par les gestes de sauvetage. Pour conventionnelle et imposent la réalisation d’un
les lésions fracturaires omises, seul le pronostic scanner [8]. À l’issu de celui-ci et de la confronta-
fonctionnel lié au retard thérapeutique peut être tion avec les clichés, un diagnostic lésionnel peut
mis en cause. Le défaut d’évaluation clinique ini- être établi déduisant la présence de lésions liga-
tial négligeant une contusion, une ecchymose fo- mentaires et symphysaires associées telle la rup-
calisée, une déformation et une mobilité anormale ture des ligaments du plancher pelvien et par là
d’un membre n’oriente pas l’imagerie et induit ces même une attitude thérapeutique [6, 7].
286
Les lésions traumatiques à revisiter
L’exploration radiologique de première intention laires dont l’exérèse pourrait s’avérer nécessaire
des fractures acétabulaires repose sur les trois in- (fig. 3). Des coupes tomodensitométriques sont
cidences de Judet et Letournel [9] qui restent d’ac- également recommandées après fixation chirurgi-
tualité comme la classification lésionnelle qui en cale acétabulaire à la recherche d’une malposition
découle. Ces images sont d’interprétation délicate intra-articulaire de vis d’ostéosynthèse.
pour un œil non entraîné et le scanner est obliga-
toire pour définir certaines lésions unitaires : com-
minution fracturaire, impaction ou fracture cépha- Fémur proximal
lique concomitante, fracture des parois acétabulai-
res [10]. La complexité lésionnelle à laquelle se Deux contextes traumatiques différents sont à
surajoute le déplacement céphalique rend difficile l’origine d’absence de diagnostic. Dans les fractu-
pour l’examinateur la vision globale de la fracture res à haute énergie de la diaphyse fémorale, une
à partir des clichés conventionnels. Comme pour lésion concomitante cervicale se rencontre dans 5
les ruptures de l’anneau pelvien, la confrontation à 8 % des cas [12]. Le trait proximal est vertical,
clichés conventionnels/coupes tomodensitométri- souvent non déplacé, allant de la jonction chondro-
ques demeure incontournable pour l’établissement osseuse au petit trochanter ; il échappe ainsi à la
du diagnostic et proposer une attitude thérapeuti- vigilance de l’examinateur d’autant que la sémio-
que [11]. Par ailleurs, quelques règles de bonne logie fracturaire diaphysaire focalise l’attention.
pratique doivent être soulignées : l’évaluation post- La vision de la partie haute du fémur peut être ar-
opératoire immédiate d’une luxation traumatique téfactée par la présence d’un cathéter à but antal-
de hanche impose un contrôle tomodensitométri- gique et/ou l’arceau du système de traction. Une
que à la recherche de corps étrangers intra-articu- seule règle à la vue des données épidémiologiques
A B C
Fig. 3 : Luxation traumatique de hanche en situation iliaque (A). Fragment céphalique visible dans l’arrière-fond sur le cliché
post-réductionnel (B). Contrôle TDM post-réductionnel : fragment ostéo-cartilagineux enchâssé dans la fossette du ligament
rond (C).
287
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
doit être appliquée : y penser systématiquement et gence, outre le désagrément pour le patient, ces
obtenir une imagerie radiologique conventionnel- lésions sont plus délicates à traiter en différé, car
le focalisée. Sa mise en évidence tardive après un un cal fibrocartilagineux les fixe rapidement et
enclouage diaphysaire fémoral pose le problème rend difficile la réduction.
de son origine iatrogène [13].
Pour les fractures du plateau tibial, en particu-
Un sujet âgé aux fonctions cognitives altérées lier dans le cadre de l’ostéoporose sénile, le dia-
n’exprime pas pleinement ses plaintes à la suite gnostic sur des simples clichés est parfois délicat
d’un traumatisme de la hanche ; une lésion fractu- et impose la pratique d’un scanner, voire d’une
raire peut passer inaperçue et se manifester secon- IRM [17]. Le diagnostic se pose pour les fractures
dairement par un déplacement important imposant enfoncements centraux d’un plateau où il n’y a pas
une chirurgie plus invasive [14]. C’est essentielle- d’interruption des corticales épiphyso-métaphy-
ment le cas des fractures cervicales Garden I ou II saires, les images radiologiques se projetant en
dont le déplacement secondaire en varus nécessite plein os spongieux.
une arthroplastie. Devant un doute clinique, face à
un patient qui vient de faire une chute domestique,
présente une impotence fonctionnelle partielle et a Cheville et avant-pied
des clichés conventionnels non contributifs, le
doute pourrait être levé par une IRM, voire en cas Les fractures bimalléolaires représentent une
d’indisponibilité par un examen TDM. des lésions les plus fréquentes de la traumatolo-
gie. Un mécanisme de forte rotation externe en-
traîne des contraintes majeures au niveau de la
Genou syndesmose tibio-talienne et du plan ligamentaire
collatéral médial provoquant une fracture dite de
Deux lésions traumatiques sont relativement Maisonneuve. Cette lésion associe une fracture
mal explorées, voire totalement oubliées dans cer- proximale de la fibula à une fracture de la malléole
taines circonstances traumatiques du genou : les médiale ou à une rupture du ligament collatéral
fractures frontales épiphysaires du fémur distal et médial de la tibio-talienne. La sémiologie clinique
les fractures du plateau tibial. La présence d’une oriente le bilan radiologique vers la cheville et les
hémarthrose dans les deux cas est un critère sé- seules incidences distales font ignorer la lésion fi-
miologique clinique de suspicion. L’imagerie en bulaire proximale. La fracture fibulaire, en règle
coupes affirmera le diagnostic. spiroïde et peu déplacée, ne fait pas l’objet d’un
traitement particulier et son oubli n’a pas de consé-
L’examen des contours osseux des deux condy- quence mais elle traduit des lésions complexes et
les sur des clichés de bonne qualité permet de sus- en particulier des ruptures des ligaments de la
pecter le diagnostic [15]. Le trait de fracture est syndesmose et de toute la membrane interosseuse,
uni condylien et strictement frontal – classique qui nécessiteront un geste chirurgical approprié
fracture de Hoffa – ou plus sagittal en se rappro- [18]. La règle à respecter est d’obtenir devant tou-
chant de la trochlée fémorale réalisant la fracture te fracture en apparence isolée de la malléole mé-
de Trelat [16]. En l’absence de diagnostic en ur- diale, un cliché de l’ensemble de la fibula [19, 20].
288
Les lésions traumatiques à revisiter
Plusieurs auteurs ont souligné les principales er- le scanner, voire en cas de lésion vasculaire asso-
reurs de diagnostic par défaut dans les traumatis- ciée par un angioscanner. Elle nécessite en urgen-
mes péri-taliens [21, 22]. Les lésions parcellaires ce, outre un éventuel geste de réparation vascu-
osseuses passent souvent inaperçues en particu- laire, une réduction et une fixation claviculaire ou
lier les fractures chondrales lors des mécanismes acromioclaviculaire solide.
d’inversion du pied qui provoquent une entorse du
ligament collatéral latéral. Diagnostiquées tardi- Les lésions acromio-claviculaires sont particu-
vement, elles posent le problème de leur origine lièrement fréquentes. Le déplacement est évident
traumatique et ses éventuelles conséquences lorsque le quart latéral de la clavicule est ascen-
médico-légales, le diagnostic avec une ostéochon- sionné sur les clichés standard. Par contre, le dé-
drite primitive du talus étant difficile à établir. placement antéropostérieur est mal évalué sur le
cliché antéropostérieur, mais est correctement
Les traumatismes – luxation et/ou fracture luxa- évalué par un profil axillaire ou une incidence de
tion – de l’interligne de Lisfranc sont les grands Neer : encore faut-il la prescrire [1] !
“oubliés” chez le polytraumatisé inconscient par
manque d’attention clinique de la part du trauma- La luxation sterno-claviculaire postérieure est
tologue plus focalisé sur des lésions majeures sus- un traumatisme particulièrement difficile à dia-
jacentes. Ailleurs, ces patients sont pris en charge
gnostiquer : le mécanisme est un impact sternal
par des équipes spécialisées (réanimateurs, neu-
antéropostérieur violent. Le déplacement du quart
rochirurgiens…), mais non averties des possibles
médial de la clavicule se fait vers l’arrière [23]. Les
séquelles fonctionnelles d’un traumatisme qui en
clichés conventionnels sont d’interprétation diffi-
première intention apparaît banal ; or ces lésions
cile et le scanner s’impose. Une exploration angio-
se fixent en position vicieuse en quelques semai-
graphique peut être nécessaire.
nes et deviennent rapidement difficiles à réduire.
289
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
A B C
Fig. 4 : Cliché de face d’un traumatisme de l’épaule étiqueté comme contusion simple (A). Diagnostic de la luxation postérieure
après le cliché en incidence de Neer omis en urgence (B). Scanner 3D post-réductionnel montrant le tassement épiphysaire pos-
térieur par impaction tête/glène (C).
290
Les lésions traumatiques à revisiter
291
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
A B
C D
E F
Fig. 5 : Traumatisme complexe de l’anneau pelvien : fracture acétabulaire à droite et du foramen obturé ex-
tra-articulaire à gauche en reconstruction 3D (A). Vue endopelvienne montrant la composante transversale
du trait acétabulaire (B). Coupe axiale transverse montrant la comminution de la composante pariétale posté-
rieure (C). Reconstruction 2D de la fracture acétabulaire montrant l’incongruence céphalo-acétabulaire (D).
Contrôle postopératoire de la fixation chirurgicale par une voie ilio-inguinale bilatérale et une voie postérieure
glutéale droite (E). Vérification par TDM de la position des vis (F).
292
Les lésions traumatiques à revisiter
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293
Infections musculo-squelettiques :
Le point de vue du clinicien
La difficulté d’accès, réelle ou supposée, à cer- tardives, aiguës, chroniques, par contamination
tains plateaux techniques d’imagerie, l’impatien- directe, par voie hématogène ou post-inoculation.
ce, légitime ou non du clinicien, du patient ou de
son entourage face à une situation clinique don- Dans ce contexte, toutes formes cliniques et tou-
née, sont à l’origine d’un usage immodéré du mot tes techniques confondues, l’imagerie identifie des
“urgence”, trop souvent utilisé comme sésame signes divers que l’on peut rassembler dans les ta-
pour décrocher au plus vite un rendez-vous. Lors- bleaux radiologiques suivants : collection liqui-
que surgit en plus le mot “infection”, le degré dienne, prolifération synoviale, chondrolyse, os-
d’urgence ressenti monte habituellement de suite téolyse, reconstruction osseuse, stabilité d’un im-
d’un cran. plant, syndrome inflammatoire osseux, articulaire
ou des parties molles.
Les formes cliniques d’infections de l’appareil
musculo-squelettique sont multiples, certaines re- Les signes radiologiques ainsi identifiés sont
lèvent d’une prise en charge urgente, d’autres évo- plus ou moins bien corrélés au diagnostic d’infec-
luent sur un mode chronique et relèvent, pour leur tion, mais en toutes circonstances, la certitude dia-
prise en charge, du simple “délai raisonnable”. gnostique ne peut être que microbiologique et re-
Que la situation apparaisse urgente ou non, les pose sur l’identification fiable de bactéries dans
principes de prise en charge ne diffèrent pas fon- des tissus normalement stériles.
damentalement. Le rappel de ces principes est un
préalable nécessaire à toute mise en place de pro- Dès que les conditions de diagnostic microbiolo-
cédure urgente. gique sont remplies, la priorité thérapeutique est à
la réduction de l’inoculum bactérien impliquant,
en cas d’infection sur matériel, la discussion de la
Principes de prise en charge conservation, de l’ablation ou du changement de
d’une infection de l’appareil l’implant. L’antibiothérapie, idéalement, ne débute
musculo-squelettique qu’au décours de ces deux étapes : diagnostic, puis
réduction d’inoculum.
Le terme infection musculo-squelettique est un
terme générique qui regroupe des entités très di- Ces principes de prise en charge donnent à
verses : myosites plus ou moins abcédées, arthri- l’imagerie une place particulière. Si l’aspect des-
tes, ostéomyélites, ostéites, et de façon prédomi- criptif et analytique des signes radiologiques reste
nante aujourd’hui, infections sur implants, que ce important, le rôle premier de l’imagerie est le plus
soient des prothèses ou du matériel d’ostéosyn- souvent de “guider l’aiguille” pour aller sans atten-
thèse. Chacune de ces entités peut se décliner en dre au diagnostic microbiologique. Presque simul-
formes cliniques diverses : infections précoces, tanément, l’imagerie peut, et doit souvent, devenir
295
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
interventionnelle. Sa capacité à obtenir par aspira- tient et représente une situation d’urgence vitale,
tion ou drainage percutané, la réduction d’un ino- diagnostique et thérapeutique. Le sepsis est défini
culum bactérien significatif, constitue l’étape pre- par l’existence d’une infection mettant en jeu la
mière de la thérapeutique. L’irruption du mot “ur- réponse inflammatoire systémique de l’hôte. Le
gence”, ne justifie pas, en tant que telle, une remise terme “sepsis sévère” se définit par une situation
en question de ces principes généraux de prise en de sepsis associée à une dysfonction d’organe. Le
charge des infections musculo-squelettiques. L’ur- choc septique se définit par une situation de sepsis
gence appelle au contraire à rationaliser l’image- associée à une hypotension artérielle ne réagis-
rie pour la faire aller à l’essentiel en temps voulu. sant pas au remplissage vasculaire.
296
Infections musculo-squelettiques : le point de vue du clinicien
choix de la technique est subordonné à la gra- au diagnostic d’arthrite. L’existence d’une fièvre,
vité de l’état du patient. Déplacer un patient en d’un syndrome inflammatoire biologique, doivent
choc septique non contrôlé est en soi un ris- avant tout faire suspecter une étiologie infectieu-
que de l’aggravation de la situation. L’imagerie se. Face à une situation de monoarthrite aiguë,
réalisable au lit du patient (échographie) doit seule l’origine bactérienne expose au risque de
être privilégiée en condition instable. La déci- destruction très accélérée des cartilages et donc
sion d’un transfert immédiat du patient vers de l’articulation. Le retard apporté au diagnostic
un plateau technique d’imagerie plus complet et à la mise en route du traitement est corrélé à
relève d’une décision de type bénéfice/risque l’aggravation du pronostic fonctionnel [2].
et se discute au cas par cas. La mise en œuvre
d’une imagerie ne doit en aucun cas retarder
la mise en route de l’antibiothérapie. L’urgence première est à la ponction
• Dans les six heures qui suivent le début du
sepsis sévère ou du choc septique, il est re- Le diagnostic d’arthrite bactérienne repose sur
commandé d’obtenir une évaluation précise l’identification bactérienne obtenue par ponction
du foyer infectieux à l’origine du choc afin de l’articulation et aspiration du liquide articulaire.
d’en assurer le contrôle. En pathologie muscu- Les articulations superficielles dont la cavité se
lo-squelettique, cette recommandation cible laisse distendre facilement (épaule, genou) sont en
l’identification des abcès et des zones de tissus règle faciles à ponctionner, sans aide de l’imagerie.
nécrotiques infectés. Le recours à l’image est indispensable pour identi-
• Le contrôle du foyer source est recommandé, fier l’épanchement des articulations profondes
en privilégiant les techniques les moins invasi- (hanche) et des articulations plus superficielles à
ves. À même potentiel d’efficacité, le drainage faible potentiel de distension (coude, cheville, poi-
percutané est préférable à l’évacuation chirur- gnet…). La ponction est impérative, l’image doit
gicale. L’imagerie trouve ici une place de choix. guider l’aiguille vers la collection liquidienne. Le
Cette approche d’identification précoce du choix de la technique (ponction sous échographie,
foyer infectieux et de son contrôle est, pour le sous scanner, sous contrôle radioscopique après
choix de la technique d’imagerie, dépendante identification de l’épanchement par échographie)
de l’état général du patient. L’évaluation au lit importe peu et dépend des possibilités locales et de
du malade (échographie) reste à privilégier en l’expérience des équipes. L’attitude doit être prag-
première approche. En deuxième approche, matique et privilégier l’efficacité avant la recher-
c’est la facilité de ponction guidée par l’image- che de la “belle image”. Ponction, prélèvement du
rie qui aide au choix de la technique, le scan- liquide articulaire pour analyse microbiologique,
ner est de ce point de vue plus adapté que aspiration de la totalité du liquide articulaire mobi-
l’IRM. Déplacer un patient encore instable res- lisable pour réduction de l’inoculum bactérien,
te une discussion de rapport bénéfice/risque. réalisent en un geste le diagnostic positif de l’infec-
tion et le premier temps de la thérapeutique.
L’urgence d’organe
L’urgence secondaire est à la détermination
Le sauvetage de l’articulation du statut synovial de l’articulation
297
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
fection, l’arthrite est liquidienne, puis se dévelop- • Si la radiographie montre un pincement arti-
pe une intense réaction inflammatoire qui hyper- culaire, une érosion osseuse, des géodes, le
trophie la membrane synoviale et réalise le stade stade d’ostéoarthrite est déjà constitué (fig. 1).
de synovite. L’évolution ultérieure est destructrice, • Si la radiographie est normale, il faut alors,
chondrolytique, marquée par le pincement articu- sans attendre, apprécier l’état de la synoviale.
laire, puis l’érosion osseuse corticale qui définit le La synovite est probable dès qu’existe une dis-
stade ultime d’ostéoarthrite. Le diagnostic de l’in- sociation entre une tuméfaction articulaire im-
fection réalisé, il importe de reconnaître de suite portante et un faible volume liquidien retiré
ou à court terme, le stade évolutif de l’arthrite : par la ponction évacuatrice. L’échographie
arthrite liquidienne, synovite, ostéoarthrite. L’anti- Doppler et l’IRM ont ici leur place pour éva-
biothérapie est indiquée formellement, quel que luer l’importance de l’épaississement synovial
soit le stade de l’arthrite. L’attitude chirurgicale et aider à la décision chirurgicale.
dépend, elle, du stade évolutif. L’arthrite au stade
liquidien relève du simple drainage à l’aiguille, ité-
ratif si l’épanchement récidive, ou du nettoyage Spondylodiscites : le sauvetage de la
arthroscopique. Au stade de synovite, au-delà de moelle épinière
la réduction de l’inoculum bactérien, se pose le
problème de la réduction des tissus qui accumu- L’atteinte infectieuse de cette articulation très
lent les médiateurs inflammatoires à court terme particulière, constituée par les corps vertébraux et
chondrolytiques. Cette situation impose, en règle, le disque intervertébral, représente comme pour
un geste de synovectomie réalisé par arthroscopie toute autre articulation une urgence diagnostique
ou arthrotomie. Enfin, au stade d’ostéoarthrite et thérapeutique. Ce caractère d’urgence tient à la
avec pincement articulaire marqué, se pose d’em- volonté de limiter la destruction de l’articulation
blée la question du remplacement articulaire pro- elle-même, mais surtout à limiter le risque de lé-
thétique ou de la fusion de l’articulation. sions neurologiques de voisinage. En fonction de
la localisation anatomique de l’infection, une évo-
Le bilan radiographique standard est le premier lution abcédée peut être sans conséquence immé-
examen discriminant : diate si son extension se fait en avant du corps
a b c d
Fig. 1 : Rôle balistique de l’imagerie. Ostéo-arthrite fémoro-tibiale médiale dans un contexte d’antécédent de fracture de l’ex-
trémité inférieure du fémur traitée par enclouage intramédullaire : radiographie standard (a) et IRM en pondérations T1 (b), T1
après injection de Gadolinium (c) et STIR (d). Destruction osseuse du condyle fémoral médial (flèche continue), synovite réac-
tionnelle (flèches discontinues) et œdème osseux sous-chondral (*). Le germe n’a été identifié que sur les biopsies osseuses. Les
mises en culture du liquide intra-articulaire (non représenté) et de la biopsie synoviale s’avéraient négatives.
298
Infections musculo-squelettiques : le point de vue du clinicien
vertébral, mais d’évolution rapidement dramati- détruite de l’espace discal lésé en l’absence
que lorsque l’extension se fait en intracanalaire, d’abcès. La mise en place d’un drainage per-
comprimant soit la moelle, soit une racine nerveu- cutané d’un abcès du psoas constitue, au-delà
se issue de la moelle. Les signes neurologiques de la démarche diagnostique, le premier temps
sont présents au stade du diagnostic initial de de la thérapeutique.
spondylodiscite dans 15 à 20 % des cas [3], la mise
en œuvre rapide des procédures diagnostiques est
alors la règle. Cependant, une épidurite est pré- Le sauvetage de la prothèse
sente dans 70 à 90 % des cas au stade du diagnos-
tic lorsqu’on se focalise sur l’IRM [4, 5]. Dans ce Ce cas de figure se pose dans deux circonstan-
contexte, il est donc impératif, en cas de suspicion ces : l’infection précoce de site opératoire après
de spondylodiscite infectieuse, d’identifier au plus pose de la prothèse, et l’infection secondaire de la
vite la menace, avant que ne se développent les prothèse, par voie hématogène, à partir d’un foyer
signes de compression neurologique. infectieux à distance. La réalisation précoce
• La radiographie standard de face et de profil (jusqu’à quinze jours après le début des signes
est normale les premières semaines. Lorsqu’el- d’infection) d’un débridement chirurgical associé
le est pathologique (pincement discal, érosions à une antibiothérapie adaptée, basée sur des pré-
vertébrales, troubles de la statique), permet- lèvements fiables, donne une chance raisonnable
tant d’évoquer le diagnostic de spondylodisci- de guérison en conservant la prothèse. Cette atti-
te, elle ne donne aucun renseignement sur tude ne s’applique qu’à une prothèse ne présen-
l’extension infectieuse vers les parties molles. tant aucun signe de descellement [7].
• L’IRM est reconnue comme la technique la • L’imagerie n’a pas de place dans le diagnostic
plus sensible pour étayer le diagnostic et pré- de l’infection précoce de site opératoire après
ciser d’emblée l’existence d’une menace neu- mise en place d’une prothèse. La décision de
rologique [6]. Elle doit donc être effectuée dès reprise chirurgicale est prise sur les seules
que le diagnostic de spondylodiscite est envi- données cliniques.
sagé, et répété dans les jours qui suivent en • L’infection secondaire peut survenir tout au
cas de négativité initiale. Lorsqu’apparaissent long de l’histoire naturelle d’une prothèse ar-
des signes neurologiques (radiculalgie, com- ticulaire. La forme clinique la plus habituelle
pression médullaire), elle doit impérativement est l’arthrite aiguë, dont les signes sont super-
être effectuée dans un délai maximal de posables à ceux de l’arthrite sur articulation
six heures native : douleur, impotence fonctionnelle,
• Si l’IRM constitue le “gold standard” pour évo- épanchement, syndrome inflammatoire… Le
quer le diagnostic et préciser l’extension lé- diagnostic est obtenu par la ponction de l’arti-
sionnelle dans les parties molles, elle est moins culation, facile à réaliser au genou, nécessi-
performante pour évaluer l’importance des tant le soutien de l’échographie à la hanche.
dégâts osseux, la présence de séquestres os- La radiographie standard est ici impérative,
seux intracanalaires et n’est pas l’outil de rou- immédiate, meilleur examen lorsqu’il est
tine des pratiques interventionnelles. comparé aux clichés antérieurs de référence,
• Le recours rapide au scanner après l’IRM per- pour apprécier la stabilité de l’implant. L’ab-
met d’aller au diagnostic de certitude de l’in- sence de descellement permet la révision sim-
fection en guidant l’aiguille vers la lésion liqui- ple du site prothétique, l’existence d’un des-
dienne la plus accessible lorsqu’existe un ab- cellement conduit à la décision de change-
cès des parties molles, ou vers la zone la plus ment de la prothèse.
299
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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300
Rachis septique aigu
L’imagerie a pour objectifs de faire le diagnostic Il faut ensuite reconnaître les terrains fragilisés,
positif de l’infection du rachis, de localiser l’infec- comme l’existence d’un diabète, sur lesquels l’in-
tion, de préciser l’extension discale, vertébrale, fection sera plus grave, et savoir détecter à temps
paraspinale et épidurale, d’évaluer les répercus- les signes d’une mauvaise tolérance de l’infection
sions méningées et radiculo-médullaires, d’aider à sous forme d’une défaillance polyviscérale (hémo-
l’identification de l’agent pathogène, de reconnaî- dynamique, hépatique, rénale…) et adopter la dé-
tre les indications chirurgicales : drainage d’une marche adéquate.
301
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
L’urgence est de dépister et limiter les complica- spondylodiscite ont dû être pris en charge dans un
tions locales qui vont déterminer le pronostic fonc- service de réanimation, avec un séjour moyen de
tionnel. Les complications neurologiques comme onze jours [6].
la compression médullaire ou radiculaire et la mé-
ningite s’observent chez 12 % des patients atteints Le sepsis se définit comme une réponse systémi-
d’infection rachidienne [3]. En général, ces com- que complexe de l’hôte à l’infection. Dans le sep-
plications ont été précédées d’un syndrome dou- sis sévère, il y a des signes de défaillance polyvis-
loureux et septique qui a été négligé. La progres- cérale (hémodynamique, hépatique, rénale…). Le
sion vers la faiblesse et la paralysie suggère un choc septique est un sepsis sévère avec défaillance
abcès épidural ou un collapsus vertébral avec cy- circulatoire nécessitant l’administration de subs-
phose [3, 4]. Les signes de compression médullaire tances vasoactives. Tachycardie, hypotension,
ou radiculaire doivent faire discuter une interven- augmentation du débit cardiaque, diminution des
tion de décompression en urgence. résistances vasculaires périphériques, oligurie
sont des signes de défaillance circulatoire. La mor-
L’urgence est à l’isolement de l’agent pathogène. talité du choc septique est d’environ 50 %, toutes
Il faut éviter d’instaurer une antibiothérapie sans étiologies confondues, d’où l’importance de faire
avoir prélevé les portes d’entrée [5]. Lorsque l’in- un diagnostic précoce de l’infection bactérienne.
fection est mal tolérée cliniquement une antibiothé-
rapie probabiliste sera instaurée après réalisation
d’hémocultures et adaptée secondairement [5]. Syndrome d’activation macrophagique (SAM)
[7, 8]
302
Rachis septique aigu
munitaire sous-jacent est fréquemment rencontré. nelles. Ces atteintes sont rares, mais de pronostic
Il favorise la survenue d’un SAM en limitant l’éli- sévère.
mination de l’agent pathogène aboutissant à l’acti-
vation chronique délétère des lymphocytes T CD8 Les abcès épiduraux sont rares, 2.5–3 pour
et des macrophages [7]. 10 000 hospitalisations [9], en incidence croissan-
te en particulier du fait du nombre grandissant de
Le SAM associe des signes cliniques peu spécifi- gestes à but antalgique sur le rachis [9, 10]. Les
ques, fièvre, altération de l’état général, hépatos- abcès épiduraux d’origine iatrogène constitue-
plénomégalie, adénopathies, et des éléments biolo- raient environ 15 % des cas [9]. L’infection épidu-
giques évocateurs, bi- ou pancytopénie, altération rale consiste en une collection purulente (abcès
du bilan hépatique, coagulopathie, augmentation épidural) ou un tissu de granulation inflamma-
des LDH, de la ferritine (libérée par les macropha- toire (fig. 1). Elle se localise entre la dure-mère et
ges activés et la nécrose hépatocytaire) et des tri- l’os, espace qui contient normalement de la grais-
glycérides (sans hypercholestérolémie). En prati- se et des vaisseaux [9]. Lorsque l’abcès augmente
que, le SAM doit être suspecté devant un patient en taille il s’étend le long de la dure-mère et inté-
infecté fébrile avec une organomégalie et une bi- resse plusieurs segments vertébraux. Les abcès
ou pancytopénie [7]. Le diagnostic est affirmé sur épiduraux entraînent des altérations médullaires
un examen cytologique ou histologique montrant par compression mécanique, ou indirectement
les macrophages phagocytant des éléments nu- par occlusion vasculaire (thrombophlébite septi-
cléés du sang (hémophagocytose) [7]. que) et ischémie médullaire [9]. La plupart des
patients avec un abcès épidural ont un ou plu-
La prise en charge est triple, symptomatique sieurs facteurs favorisants locaux ou généraux
(transfusions, réanimation), réduction de l’activa- (Tableau 1) [10]. L’agent pathogène gagne l’espa-
tion du système immunitaire (corticoïdes, immu- ce épidural par atteinte de contiguïté (1/3 cas),
noglobulines intraveineuses, etoposide…), et trai- spondylodiscite ou abcès du psoas, ou par voie
tement de l’affection sous-jacente (pour les infec- hématogène (1/2 cas). Dans les autres cas, la
tions, antibiothérapie adaptée commencée sans source d’infection n’est pas identifiée [10]. Les
délai). Le pronostic est sombre avec une mortalité abcès de localisation antérieure sont le plus sou-
de près de 50 % toutes causes confondues [7]. vent associés à une spondylodiscite [9]. La dissé-
mination hématogène explique que l’agent patho-
gène puisse se greffer à plusieurs endroits et for-
Infections avec signes neurologiques : mer plusieurs abcès épiduraux non contigus. La
spondylite ou spondylodiscite avec abcès bactériémie associée à l’abcès (cause ou consé-
épidural – abcès épiduraux primitifs – quence) est détectée dans 60 % des cas [10]. La
abcès intramédullaires ponction lombaire expose au risque de dissémi-
nation de l’infection aux espaces sous-arachnoï-
Les signes neurologiques, signes radiculaires, diens et aux méninges. Les agents pathogènes
signes du syndrome de la queue-de-cheval ou de sont le Staphylococcus aureus (deux fois sur
compression médullaire, sont habituellement la trois), avec une proportion croissante de S. aureus
conséquence d’une spondylodiscite/spondylite méticilline – résistants (SARM). Les autres agents
avec un abcès épidural [6]. Parfois, l’abcès épidu- pathogènes sont le S. epidermidis, et les bactéries
ral n’est pas associé à une atteinte discovertébrale. Gram – comme Escherichia coli et Pseudomonas
Méningite et myélite infectieuse sont exception- aeruginosa [10].
303
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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Fig. 1 : Abcès épidural antérieur T10-L3 et postérieur L3-S2 associé à une arthrite zygapophysaire L4-L5 et L5-S1 droites, à pneu-
mocoques, chez un patient de 46 ans aux antécédents de splénectomie. Laminectomie en urgence à l’installation d’une paraplé-
gie. Fig. 1a et 1b) image sagittale T2 aux étages thoracique et lombaire ; 1c) image sagittale en STIR ; 1d et 1e) images sagittales
T1 après injection de gadolinium ; 1f, 1g, 1h) images axiales T2 ; 1i) axiale T1 après injection de gadolinium. L’abcès épidural
(flèches noires) se présente comme une collection de signal liquidien avec une fine prise de contraste périphérique.
304
Rachis septique aigu
La triade clinique : douleur du rachis (présente mination est hématogène ou par contiguïté. La
chez 3/4 patients), fièvre (plus d’1/2 patients) et symptomatologie clinique consiste en douleurs du
déficit neurologique (1/3), très évocatrice, est rachis, radiculalgies, fièvre et malaise. L’évolution
présente seulement chez 10-15 % des patients varie avec la virulence du germe, le terrain, le dé-
[9, 10]. Le traitement chirurgical de décompres- lai diagnostique [11].
sion et/ou de drainage est indiqué en urgence
lorsqu’il y a apparition récente de signes neuro- La myélite infectieuse est très rare. Comme pour
logiques radiculaires déficitaires, de signes sen- les méningites spinales, l’agent pathogène peut
sitivo-moteurs déficitaires et/ou sphinctériens être une bactérie, un virus, un champignon ou un
ou de paralysie installée depuis moins de 72 heu- parasite. La voie hématogène est la plus fréquente,
res, les chances de récupération au-delà de ce mais il peut s’agir de la diffusion d’une infection
délai étant moindres [6, 10]. En l’absence de si- encéphalique ou discovertébrale [11].
gnes neurologiques ou s’il existe seulement des
douleurs radiculaires à l’étage lombaire, il n’y a
pas d’indication à faire une intervention chirur- Infections à l’étage cervical (fig. 2)
gicale de décompression [6]. L’intervention indi-
quée doit être faite le plus rapidement possible. La spondylodiscite atteint le rachis cervical dans
Une antibiothérapie est associée à l’intervention. 5 à 15 % des cas (le rachis lombaire dans 60-70 %
Une paralysie installée depuis 24-36 heures a des cas, le rachis thoracique dans 23-35 %) [6]. À
peu de chance de récupération, mais l’interven- l’étage cervical, l’infection est probablement plus
tion chirurgicale peut rester indiquée pour sévère qu’aux étages thoracique ou lombaire. En
contrôler le sepsis [6]. Des patients sans déficit effet, dans la série de 19 patients de Friedman [12]
neurologique avec le germe identifié (hémocul- (dont deux cas d’infection à Mycobacterium tu-
tures, biopsie percutanée) et l’état clinique étroi- berculosis), il y a en moyenne trois niveaux verté-
tement surveillé sont traités médicalement [6, braux atteints (avec un patient sur deux ayant plus
10]. Le pronostic des abcès épiduraux est sévère, de trois niveaux atteints). Une inflammation asso-
la paralysie irréversible affecte 4 à 22 % des pa- ciée de l’espace épidural est systématique sous
tients. Le taux de décès est de 2 à 20 % selon les forme de phlegmon ou d’abcès. À l’étage cervical,
séries, le décès étant habituellement la consé- la compression médullaire est fréquente, observée
quence d’un sepsis sévère chez un patient avec dans les trois quarts des cas [12]. L’hypersignal T2
plusieurs comorbidités [9, 10]. intramédullaire dont la signification n’est pas uni-
voque : œdème, ischémie, ou infection de la moel-
Les méningites spinales sont beaucoup plus ra- le, a été observé dans plus de 60 % des cas de cette
res que les méningites intracrâniennes. La dissé- série [12].
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Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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Fig. 2 : Infection rachidienne cervicale à staphylocoques chez une patiente de 65 ans hospitalisée pour cervicalgies et dysphagie.
Fig. 2a : radiographie du rachis cervical de profil montrant l’épaississement des parties molles prévertébrales. Fig. 2b, 2c, 2d :
image sagittale T1, STIR et T1 après gadolinium ; fig. 2e : image axiale T1 après gadolinium ; Fig. 2f : scanner, fenêtre osseuse,
plan coronal, montrant l’arthrite CO-C1 latérale droite avec destruction articulaire. L’infection, centrée sur CO-C1 et C2 est
étendue circonférentiellement et en prévertébral. L’arthrite CO-C1 et les érosions de l’odontoïde bien visible sur le sagittal T1
gadolinium sont en faveur du diagnostic d’infection.
Spondylodiscite, quels examens centrés qui doivent aligner les plateaux verté-
radiologiques en urgence et dans quels braux. Les radiographies sont peu sensibles pour
délais ? [5] mettre en évidence les signes d’infection discover-
tébrale avant la troisième semaine d’évolution. Ce-
Lorsqu’il existe des douleurs rachidiennes d’ho- pendant, il ne faut pas hésiter à les répéter sous
raire inflammatoire, avec ou sans fièvre, il faudra 48 heures, à la recherche d’une modification de la
réaliser des radiographies de face et de profil du corticale des plateaux. C’est l’IRM qui est l’exa-
segment douloureux, complétées par des clichés men le plus sensible pour le diagnostic de spondy-
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Rachis septique aigu
lodiscite ou d’arthrite zygapophysaire. C’est le 2 mois selon la virulence du germe. Les radiogra-
seul examen qui visualisera les abcès épiduraux. phies réalisées précocement sont donc le plus sou-
vent normales. Les signes les plus précoces de
L’IRM est urgente lorsqu’il existe des signes neu- spondylodiscite sont un effacement de la corticale
rologiques de compression médullaire ou radicu- des plateaux vertébraux et une hypertransparence
laire ; l’examen doit être effectué en moins de osseuse sous-chondrale, puis apparaissent des
6 heures. En l’absence de signe neurologique, érosions des plateaux vertébraux, en miroir par
l’IRM doit être réalisée assez rapidement, dans un rapport au disque. Ces érosions ont des contours
délai de 48-72 heures. Elle permet de faire le dia- flous. Le pincement du disque est rapide compara-
gnostic positif, le diagnostic de localisation et le tivement aux atteintes disco-vertébrales de nature
diagnostic de sévérité de l’infection [5]. mécanique. À une phase plus tardive, l’abcès des
tissus mous est visible, sous forme d’un fuseau pa-
Si l’IRM réalisée précocement est normale ou ravertébral à l’étage thoracique sur la radiogra-
douteuse, il faudra en faire une seconde sept jours phie de face, et sous la forme d’un épaississement
plus tard voire plus à distance lorsque la clinique des parties molles prévertébrales à l’étage cervical
est peu bruyante [5]. Attention, une IRM réalisée sur la radiographie de profil.
trop précocement, interprétée comme normale,
peut être faussement rassurante. Lorsque l’IRM La sémiologie de la spondylodiscite sur les ima-
est réalisée précocement il faut multiplier les ac- ges scanner est identique à celle de la radiographie,
quisitions notamment obtenir un plan coronal c’est-à-dire un effacement de la corticale et des
pour visualiser l’érosion latérale d’un plateau et érosions des plateaux vertébraux, mais ces signes
l’œdème du psoas et injecter du gadolinium. sont visibles de façon plus précoce. Surtout il fau-
dra rechercher un épaississement focal des tissus
Un diagnostic précoce est bien plus délicat dans mous en regard d’un plateau qui constitue un signe
les suites d’une chirurgie discale ou d’une nucléo- précoce et relativement spécifique d’infection. Une
tomie percutanée, d’une part parce que les images hypodensité discale est donnée comme signe pré-
modifiées par le geste sont d’interprétation diffi- coce d’infection, mais ce signe est moins sensible
cile, et d’autre part parce que les signes radiologi- et spécifique que les signes IRM. Surtout, le scan-
ques d’infection apparaissent de façon retardée ner est une aide précieuse dans les cas difficiles,
par rapport à la clinique et que si l’IRM est réalisée par exemple lorsqu’il existe un doute diagnostique
tôt elle ne montrera pas les signes d’infection. avec une discopathie mécanique de signal inflam-
matoire en IRM (Modic I), avec une atteinte micro-
cristalline, ou dans les suspicions d’infection sur
Quels sont les signes précoces rachis opéré. On recherchera tout particulièrement
d’infection en imagerie ? des érosions à contours flous qui signent l’infec-
tion, un vide discal qui élimine l’infection (discopa-
La sémiologie radiologique de la spondylodiscite thie mécanique), ou des calcifications discales qui
est bien connue en radiographie, au scanner et en témoignent d’une atteinte microcristalline.
IRM.
Par rapport aux signes cliniques, les signes ra- L’examen IRM doit comporter au minimum une
diographiques sont retardés de 2 semaines à séquence sagittale T1 et une séquence sagittale en
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Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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Fig. 3 : Spondylodiscite à staphylocoques chez une patiente de 70 ans. Fig. 3a : image sagittale STIR ; 3b) image sagittale T1 ; 3c)
image sagittale après injection de gadolinium et saturation du signal de la graisse. Ces images montrent l’œdème en miroir des
corps vertébraux, l’effacement partiel de la corticale des deux plateaux, l’épaississement des tissus mous prévertébraux. Le dis-
que est à ce stade peut modifié ; 3d) scanner, fenêtre osseuse, plan sagittal, montrant des érosions des plateaux paravertébraux,
en miroir, très antérieures ; 3e) scanner fenêtre tissus mous montrant l’épaississement des tissus mous prévertébraux.
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contraste du disque (95,4 %), l’hypersignal T2 du Il faut bien préciser son extension transversale et
disque (93,2 %), et les érosions ou destruction d’au surtout en hauteur et rechercher des abcès à dif-
moins un plateau vertébral (84,1 %). La dispari- férents niveaux du rachis. L’abcès épidural est de
tion de la fente nucléaire, applicable chez moins localisation postérieure plutôt qu’antérieure, tho-
d’un patient sur deux a une sensibilité de 83,3 % racolombaire plutôt que cervicale [10]. L’injec-
[14]. Les critères à faible sensibilité sont la dimi- tion de gadolinium sensibilise la détection des
nution de hauteur du disque (52,3 %) et l’hypoin- abcès épiduraux surtout à l’étage thoracique où il
tensité du disque en T1 (29,5 %) [14]. L’association existe des artefacts de flux. Enfin l’infection peut
de deux signes de bonne sensibilité donne une se localiser en intramédullaire soit sous forme
sensibilité de 100 % [14]. d’un abcès, soit sous forme d’une myélite infec-
tieuse [11].
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Fig. 5 : Arthrite zygapophysaire L1-L2 gauche chez un patient de 39 ans. Fig. 5a : IRM image sagittale STIR ;
5b et 5c) IRM images sagittales T1 sans puis après injection de gadolinium ; fig. 5d, 5e, 5f) images axiales
T1 après injection de gadolinium et saturation du signal de la graisse : fig. 5g images coronale T1 après in-
jection de gadolinium et saturation du signal de la graisse. Les images montrent outre l’arthrite zygapophy-
saire L1-L2 gauche des abcès des muscles paravertébraux gauches et un phlegmon épidural postérieur.
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Fig. 6 : Patiente de 83 ans ayant une fracture-tassement de T9 avec infection secondaire T8-T9 à staphyloco-
que aureus. Fig. 6a) scanner reconstruction sagittale en fenêtre osseuse montrant la fracture à tassement de
T9, les érosions osseuses des coins vertébraux T8-T9 en miroir (flèches) et l’aspect deshabité du corps de T9.
Fig. 6b, 6c, 6d, 6e) IRM, séquences sagittales T1, montrant la nécrose osseuse du corps de T9 (flèche blan-
che) à un moindre degré de T8, et la masse des parties molles pré- et latéro-vertébrales et intracanalaires
(flèches noires) et la réaction pleurale gauche (*).
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Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Quels sont les diagnostics différentiels souvent caractéristique quand on voit les micro-
de la spondylodiscite lorsque les cristaux pénétrer une hernie intraspongieuse en-
images sont obtenues précocement ? tourée d’œdème en IRM. Ces discites sont à mi-
crocristaux d’hydroxyapatite ou s’intègrent dans
Dans notre expérience, les deux principales dif- une chondrocalcinose articulaire ou exception-
ficultés diagnostiques, lorsqu’il existe une atteinte nellement dans une goutte [19]. La crise doulou-
discovertébrale inflammatoire, sont la discopathie reuse est rapidement résolutive spontanément ou
dégénérative inflammatoire et la spondylodiscite sous anti-inflammatoires. Une biopsie dirigée est
microcristalline. parfois nécessaire pour s’assurer de l’absence
d’infection.
La discopathie dégénérative inflammatoire
constitue le diagnostic différentiel le plus fréquent
et le plus en cause dans les erreurs diagnostiques Comment isoler le germe ?
par excès ou par défaut. Les arguments en faveur
d’une atteinte discovertébrale de nature mécani- La qualité des prélèvements, la multiplication du
que, mais en phase inflammatoire (Modic 1 [18]), nombre de prélèvements réalisés, la vitesse d’ache-
sont la disposition en dôme des anomalies de si- minement des prélèvements jusqu’au laboratoire
gnal des plateaux, anomalies qui prédominent à la de bactériologie, la compétence du laboratoire, sont
partie antérieure des corps vertébraux, la mise en des éléments fondamentaux pour améliorer le taux
évidence d’un hyposignal T2 du disque (parfois d’identification de l’agent pathogène. En outre, il y
remplacé par un hypersignal T2 liquidien comme a eu ces dernières années des progrès techniques
dans la discite), l’existence d’un vide discal sur les (broyage mécanique des pièces opératoires, recher-
radiographies ou au scanner, l’existence de modi- che du génome bactérien après les cultures) et
fications de signal de plateaux vertébraux voisins l’édition de règles de bonne pratique (conservation
de type remplacement graisseux ou sclérose. Il de la totalité de la pièce opératoire en culture liqui-
peut exister un discret épaississement des parties de pendant 14 jours, repiquage systématique si les
molles périvertébrales, mais uniquement circonfé- cultures sont négatives) qui ont permis d’augmen-
rentiel ; parfois il s’agit d’un pseudo-épaississe- ter la rentabilité du diagnostic bactériologique.
ment dû à un ostéophyte. La conservation des pla-
teaux (même si par endroits ils sont interrompus
par une géode) est l’élément essentiel du diagnos- Prélèvements des portes d’entrée
tic en radiographie, scanner et IRM.
Les hémocultures sont systématiques. Il faut
On rencontre rarement au rachis thoracique prélever au moins deux flacons (un flacon aérobie
plutôt que lombaire, un aspect de spondylodiscite et un flacon anaérobie) au moment du pic thermi-
à microcristaux révélée par une crise douloureuse que. Il faudra obtenir des hémocultures même en
avec parfois des douleurs d’horaire inflammatoire l’absence de fièvre. Des hémocultures seront éga-
et une irradiation en ceinture et une inflammation lement réalisées systématiquement dans les qua-
biologique. L’image peut être en miroir ou ne tou- tre heures suivant une ponction-biopsie discover-
cher qu’un seul plateau. Il peut exister une petite tébrale. Les portes d’entrée à prélever sont les
tuméfaction des parties molles péridiscales, mais plaies (S. aureus, Streptococcus pyogène), ORL
le disque n’est pas détruit et il n’y a pas d’abcès. Il (streptocoques, anaérobies), digestive, urinaire
est intéressant de réaliser un scanner pour mettre (bacilles à Gram négatif, entérocoque, anaérobies)
en évidence les calcifications discales. L’image est et les cathéters (staphylocoque).
314
Rachis septique aigu
A réaliser à distance de toute antibiothérapie (au moins deux semaines d’arrêt en l’absence de signe de gravité)
Sous asepsie chirurgicale
L’opérateur doit porter deux paires de gants si un germe à transmission transcutanée est évoqué (BRUCELLOSE)
Réaliser au moins six prélèvements : deux dans le disque, deux dans chaque plateau vertébral
Réaliser un lavage discal avec du sérum physiologique (sauf si abcès intracanalaire ou foraminal menaçant les structures
neurologiques)
Adresser quatre prélèvements en bactériologie et deux prélèvements en anatomopathologie (tuberculose, candidose,
aspergillose)
Adresser quelques gouttes de sang en anatomopathologie pour recherche de microcristaux lorsque le tableau clinico-radiolo-
gique comporte des atypies pour une infection
Chaque prélèvement est placé dans un flacon stérile indépendant, sans formol et sans conservateur
Les prélèvements sont accompagnés d’une demande circonstanciée. Surtout, préciser si le patient a reçu des antibiotiques et
un germe particulier est recherché (tuberculose, candidose, aspergillose)
Les prélèvements sont à acheminer vers le laboratoire de bactériologie en moins de 2 heures, à température ambiante.
315
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
L’identification des bactéries est faite classique- neutrophiles en nombre supérieur à 5/champs
ment à 24 heures (galerie d’identification ± tests dans au moins 10 champs.
biochimiques). La sensibilité de la bactérie aux an- • La bactériologie est négative. Lorsque les pré-
tibiotiques est déterminée par la réalisation d’un lèvements sont stériles (5 à 20 % des cas), il y
antibiogramme. a plusieurs explications : le patient peut avoir
reçu des antibiotiques, les prélèvements sont
de mauvaise qualité, en marge du processus
Résultats : réflexion par rapport à la patho- évolutif, ou peu nombreux, les prélèvements
génicité du germe et taux de positivité des n’ont pas été techniqués rapidement, les mé-
examens bactériologiques thodes d’étude sont inappropriées pour le ger-
me en cause, l’agent pathogène est une levure,
Une question importante est de savoir si la bac- il n’y a pas d’infection…
térie isolée est pathogène et si elle est responsable
de l’infection ostéoarticulaire. Dans les infections
ostéoarticulaires, les bactéries pathogènes sont le Comment accélérer l’identification du
Staphylococcus aureus (germe le plus fréquent, germe ?
20-50 % des spondylodiscites hématogènes), les
Streptocoques β-hémolytiques (A ou B) ou les en- Les résultats en bactériologie “classique” sont
térocoques (D), les Entérobactéries (surtout Es- rendus le jour même pour l’examen direct, à J1
cherichia coli), les bactéries anaérobies, Mycobac- pour les cultures et l’isolement du germe, à J2
terium tuberculosis, Haemophilus spp, Kingella pour l’identification du germe et l’antibiogramme,
kingae, Neisseria gonorrheae, Brucella… Les bac- voire davantage pour les germes à croissance len-
téries commensales appartiennent aux flores nor- te. Classiquement, l’identification bactérienne est
males essentiellement à la flore cutanée et ORL. dominée par la connaissance de l’aspect des colo-
Ce sont Staphylococcus non aureus, Corynebacte- nies, leur respiration, leur caractère hémolytique.
rium sp, Propionibacterium sp, Streptococcus spe- Le microbiologiste utilise secondairement des
cies non hémolytique, non groupable. tests biochimiques simples (oxydase, catalase) et
des galeries d’identification composés de tests bio-
L’interprétation est facile lorsque s’il s’agit d’un chimiques miniaturisés.
germe habituellement pathogène, si le germe est
isolé dans trois prélèvements ou plus (biopsie, hé- Plusieurs nouveaux tests d’identification bac-
mocultures), ou si le germe est identique à un ger- térienne, basés essentiellement sur des métho-
me antérieurement isolé dans un prélèvement os- des de PCR en temps réel, peuvent être effectués
téo-articulaire ou une porte d’entrée. L’interpréta- à J0 avec un temps technicien faible (5 minutes),
tion est plus complexe lorsque : par exemple par l’utilisation de l’amplificateur
• La bactérie isolée peut être un “contaminant” GenXpert. Les réactifs d’amplification et d’ex-
et qu’elle est présente sur un seul prélèvement. traction sont associés dans un système embar-
L’anatomopathologie et la discussion clinico- qué sous forme d’une cassette à usage unique.
radio-biologique sont indispensables. Parfois Ce test peut être utilisé à la recherche de Staphy-
une seconde biopsie doit être réalisée. Les re- lococcus aureus méticillino-résistants (SAMR) et
commandations sont de considérer la bactérie de Mycobacterium tuberculosis. Les limites de
comme responsable de l’infection ostéoarticu- cet examen sont son coût (50 euros le test) et sa
laire s’il y a au moins deux prélèvements avec faible sensibilité lorsque l’examen direct est
les mêmes bactéries et des polynucléaires négatif.
316
Rachis septique aigu
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318
Fasciite nécrosante : diagnostic
en imagerie et ses limites
La fasciite nécrosante est une affection rare ca- • la chirurgie : fascias grisâtres, perte de résis-
ractérisée par une infection profonde rapidement tance avec la peau qui se détache et les plans
progressive, avec toxicité systémique sévère. Les profonds facilement dissociés par un instru-
germes sont variés : streptocoques fréquemment, ment mousse (fig. 1) ;
flore plurimicrobienne dans plus de la moitié des • l’évolution clinique : absence de réponse à
cas, flore mixte anaérobie dans la gangrène de l’antibiothérapie.
Fournier (région scrotale chez des hommes jeu-
nes), clostridium dans la gangrène gazeuse (com-
pliquant des contusions musculaires mal trai-
tées)… [1-3]. L’extension rapide de la nécrose est
liée à une thrombose des vaisseaux cheminant
dans les territoires des fascias. L’affection nécro-
sante diffuse du fascia de la peau (fascia superfi-
cialis) vers les fascias profonds (aponévroses su-
perficielles et septums intermusculaires).
319
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
320
Fasciite nécrosante : diagnostic en imagerie et ses limites
L’aspect clinique peut être très trompeur Le problème diagnostique différentiel fonda-
mental est de séparer les formes “chirurgicales”
Le diagnostic clinique repose sur une grande des formes “médicales”. Il faut pouvoir reconnaî-
toxicité systémique et sur une douleur sévère [8], tre si l’atteinte infectieuse cutanée visible est une
mais elle peut manquer [9]. Il y a en outre des for- atteinte superficielle, ne portant que sur le derme
mes subaiguës, en particulier chez des sujets âgés et le tissu hypodermique, et susceptible de bien ré-
ou diabétiques, qui nécessitent de remettre en pondre à un traitement médical ou s’il s’agit d’une
question le diagnostic clinique de manière pluri- atteinte profonde nécessitant, en urgence, un trai-
quotidienne [10]. Les signes cutanés sont souvent tement chirurgical. Cette différenciation doit être
pauvres [4, 5] : il n’y a pas de corrélation entre établie de la façon la plus rapide et la plus précise
l’atteinte cutanée, qui peut être faussement rassu- possible. Ce diagnostic est en principe clinique et
rante, et la réalité des atteintes sous-jacentes l’imagerie n’est utile qu’accessoirement, dans les
(fig. 3). Les lésions profondes se propagent selon cas douteux, pour objectiver ou exclure une at-
le “principe de l’iceberg” : la lésion cutanée exté- teinte profonde. En pratique cependant, la diffé-
rieure reste souvent limitée alors que la nécrose renciation entre fasciite nécrosante et atteinte su-
des tissus sous-jacents est beaucoup plus étendue. perficielle reste souvent difficile [11].
C’est la raison pour laquelle la mise à plat chirur-
gicale initiale est souvent insuffisante et que les
reprises sont très fréquentes [2].
321
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
322
Fasciite nécrosante : diagnostic en imagerie et ses limites
IRM
b
Anomalie principale dans la fasciite
Fig. 4 : TDM du patient de la figure précédente : a) la coupe
transverse montre une tuméfaction diffuse des tissus mous nécrosante
superficiels et profonds le long de la paroi thoracique (flè-
ches) ; b) une coupe coronale montre l’extension de la tumé-
faction vers la paroi abdominale (têtes de flèche). Dans la fasciite nécrosante, l’anomalie princi-
pale est un épaississement des fascias profonds,
en hypersignal en T2 ou T1 sous contraste [1, 12,
14], résultant d’une accumulation du liquide et
d’une réaction hyperémique le long des fascias né-
crotiques (fig. 5-7). Les muscles présentent, de fa-
çon généralement modérée et essentiellement pé-
riphérique superficielle, un hypersignal en T2 [1]
avec rehaussement de signal sous contraste [17].
Cette distribution des anomalies est à l’inverse de
celle des pyomyosites, où l’atteinte musculaire
l’emporte sur celle des fascias [ibid.] (fig. 8).
323
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
a b c
Fig. 5 : Coupes en IRM pondérées T1, sans (a) et avec (b) contraste chez le même patient que les figures précédentes : visualisa-
tion d’une zone en hyposignal, sans rehaussement sous contraste et qui apparaît en signal intense en pondération T2 (c) sous les
muscles de la paroi thoracique (flèches). Ce territoire correspond à une collection liquidienne profonde. Noter une infiltration de
type liquidien également dans la couche graisseuse hypodermique (têtes de flèche), de type œdémateux simple (pas de rehaus-
sement de signal sous contraste).
a c
324
Fasciite nécrosante : diagnostic en imagerie et ses limites
a a
325
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
326
Fasciite nécrosante : diagnostic en imagerie et ses limites
a b
Fig. 10 : Chez la même
patiente que la figure
précédente, les coupes
en TDM (a) et en tomo-
graphie par émission
de protons (TEP) au
18F-fluorodeoxyglu-
cose donnent des infor-
mations similaires sur
la distribution hypo-
dermique et périmus-
culaire des anomalies.
La biopsie a conclu à
une dermohypodermite
profonde et l’évolution
a été satisfaisante sous
antibiothérapie.
a b c
Fig. 11 : Hypodermite nécrosante chez un patient diabétique de 83 ans. Un examen en IRM pondérée en T1 (a), T1 sous contraste
(b) et T2 (c) montre un important épaississement du plan hypodermique, avec confluence d’un matériel hétérogène en signal
intermédiaire en T2 (flèche en c), suggérant une désorganisation et non simplement une infiltration de la graisse hypodermique.
Ceci est confirmé par la coupe en T1 sous contraste qui montre que le territoire suspect ne présente pas de rehaussement de
signal (flèche en b), correspondant à un large abcès hypodermique, entouré par du tissu de type inflammatoire (rehaussant sous
contraste), et qui a fait l’objet d’une évacuation chirurgicale suivie d’une amélioration sous antibiothérapie.
la graisse hypodermique et la surface des muscles des fascias en IRM, 34 seulement étaient retrou-
[14]. Dans une série de 11 fasciites nécrosantes vées comme sites de nécrose caractéristique en
chirurgicalement prouvées et de 6 atteintes super- chirurgie [ibid.]. L’extension de l’infection est donc
ficielles, la sensibilité de l’IRM pour reconnaître facilement surestimée, car l’aspect d’une infiltra-
les lésions profondes était de 100 %, mais avec une tion inflammatoire simple et d’une infiltration qui
spécificité de 86 % [1]. Dans cette même série, résulte d’un tissu nécrotique infecté est pratique-
parmi les 42 localisations d’atteintes profondes ment le même en IRM.
327
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
a b
c
Fig. 12 : Infection cutanée superficielle (érysipèle) : les cou-
pes sagittales respectivement en pondération T1, T1 sous
contraste et T2 (a, b, c) objectivent un important épaississe-
ment dermique et hypodermique à la face dorsale du pied.
Cette infiltration, en hypo/hypersignal en T1/T2 se limite
au territoire graisseux hypodermique, sans extension nette
dans les plans musculo-tendineux sous-jacents. Noter que
sous contraste, l’épaississement cutané présente un très net
rehaussement de signal (aspect “hyperémique”) de même
qu’une partie de la graisse hypodermique sous-jacente (flè-
che en b).
Hypersensibilité de l’IRM les 21 autres étant des abcès, des “cellulites”, des
conséquences d’une radiothérapie, des ostéomyéli-
Cette hypersensibilité de l’IRM à objectiver des tes et même un cas de simple kyste poplité rom-
anomalies dans le territoire des fascias profonds a pu… ! Des infiltrations de type œdémateux des fas-
fait dire à certains que les signes de fasciites nécro- cias peuvent se rencontrer dans diverses affections
santes en IRM ne sont pas fiables. Ainsi, Loh et non infectieuses, comme les myopathies inflamma-
coll. [19], en rassemblant 22 examens d’IRM avec toires idiopathiques, la fasciite avec éosinophilie,
hypersignal T2 dans le plan des fascias profonds, les lymphœdèmes, les lésions musculo-aponévroti-
n’y ont trouvé qu’un seul cas de fasciite nécrosante, ques traumatiques… [17] (fig. 13 et 14).
328
Fasciite nécrosante : diagnostic en imagerie et ses limites
a b
Fig. 13 : Fasciite à éosinophiles (syndrome de Shulman), avec biopsie positive et éosinophilie de 21 %, chez un homme de 50 ans.
Les coupes en pondération T1 (a) et T2 avec saturation du signal de la graisse (b) montrent que tous les fascias, de la peau,
profonds périphériques et intermusculaires présentent un signal intense en pondération T2. Par contraste avec une fasciite
nécrosante, notez l’épaississement relativement modéré de ces fascias et la distribution quasi homogène et symétrique dans les
deux membres inférieurs.
a b
329
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
330
Fasciite nécrosante : diagnostic en imagerie et ses limites
Échographie
331
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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Les ostéomyélites en milieu pédiatrique
333
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
urinaire, septicémie…) favorisent le développe- ou moins complète. Selon que le pont d’épiphysio-
ment d’une ostéomyélite. dèse est central ou latéral, il se produit un raccour-
cissement ou une déformation angulaire du seg-
Les séquelles d’une infection peuvent être ma- ment osseux atteint lors de la croissance. L’arthrite
jeures. L’atteinte du cartilage de croissance peut peut se compliquer de nécrose épiphysaire, d’an-
entraîner une fusion prématurée de celui-ci, plus kylose et/ou d’arthrose précoce.
a b
334
Les ostéomyélites en milieu pédiatrique
335
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
me et à l’inflammation (hyposignal en T1, hypersi- l’évaluation d’un abcès sous-périosté ou des par-
gnal en T2 et STIR). Les séquences pondérées en ties molles et permet une meilleure détection d’une
T1 peuvent montrer des petites zones arrondies de arthrite septique (fig. 2). L’autre intérêt de l’injec-
signal graisseux (“globules graisseux”) dans la tion intraveineuse est de déterminer les zones peu
médullaire, l’espace sous périosté et les parties ou non vascularisées, prédictives d’une distribu-
molles, très suggestifs du diagnostic d’ostéomyé- tion insuffisante de l’antibiothérapie.
lite. Cet aspect est probablement lié à la nécrose
du tissu adipeux intra-médullaire. L’intérêt de l’in- Les séquences de diffusion sont certainement
jection intraveineuse de chélates de Gadolinium intéressantes, notamment pour la distinction pa-
lors d’atteintes des os longs est débattu dans la lit- thologie aiguë versus chronique et l’évaluation de
térature lorsque les séquences STIR sont négati- la réponse sous antibiothérapie, mais sa place
ves [4, 10, 11]. L’injection a surtout un intérêt dans exacte reste à déterminer.
a b
336
Les ostéomyélites en milieu pédiatrique
a b
c
Fig. 3 a-d : Ostéomyélite fémorale droite. Nourrisson âgé d’un mois et
demi, opéré d’une péritonite appendiculaire. Impotence fonctionnelle
du membre inférieur droit. Radiographies normales.
Echographie, coupe longitudinale (3a) : aspect épaissi, hétérogène du
vaste interne droit.
IRM, coupes axiales STIR (3b) et T2 (c, d) - petite zone en hypersignal
métaphyso-épiphysaire fémorale droite avec réaction inflammatoire
majeure des parties molles. Epanchement réactionnel. d
337
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
338
Les ostéomyélites en milieu pédiatrique
Cette entité mérite d’être individualisée du fait L’échographie peut confirmer la présence d’un
de la fréquence de l’atteinte articulaire associée à épanchement, mais il faut garder à l’esprit que les
l’ostéomyélite, et de la difficulté du diagnostic. Le épanchements très épais et peu abondants peu-
contexte est souvent celui d’une infection iatrogè- vent être difficiles à mettre en évidence.
ne lors d’un séjour en réanimation et les germes
en cause sont particuliers : E Coli, Enterobacter, L’IRM peut être indiquée en cas de doute dia-
Streptocoque B, Candida. Chez les nourrissons et gnostique avec une ostéomyélite (fig. 2).
les enfants jeunes, des formes moins sévères d’os-
téomyélite peuvent être observées avec Kingella
Kingae. L’atteinte multifocale doit être systémati- Le drépanocytaire
quement recherchée. La hanche et l’épaule sont
les articulations les plus touchées. Dans tous les Il s’agit d’un problème difficile en imagerie. En-
cas, la ponction articulaire est une urgence dia- tre 6 mois et 2 ans, le mode de révélation le plus
gnostique qui ne doit jamais être retardée par les fréquent de la drépanocytose est le syndrome
examens d’imagerie. pied-main. Il s’agit de crises vaso-occlusives (in-
farctus osseux) des extrémités marquées par des
La radiographie est très souvent normale du douleurs importantes, une tuméfaction aiguë de la
fait de l’absence d’ossification des noyaux face dorsale des deux mains, une fièvre autour de
épiphysaires. 38.5 °C et une impotence fonctionnelle totale. Au-
delà de 2 ans, les os longs des mains et des pieds
L’échographie peut être négative en cas de pus ne possèdent plus de moelle rouge, et il n’y a donc
épais et très peu abondant. plus de crises vaso-occlusives à ce niveau. Ensuite,
les crises vaso-occlusives peuvent toucher tous les
La scintigraphie est très difficile à interpréter os longs, mais aussi les vertèbres, les côtes, les os
dans cette tranche d’âge du fait de l’hyperfixation du crâne… Localement, il existe des douleurs et
physiologique de l’ensemble des cartilages de une chaleur anormale, avec parfois un épanche-
croissance, et de la possibilité de zones “froides”, ment intra-articulaire réactionnel. Celui-ci ne doit
liées à une hypoperfusion. L’IRM est également de pas être pris pour une arthrite septique, rare dans
réalisation et d’interprétation plus difficiles dans la drépanocytose.
cette tranche d’âge du fait de la présence de moel-
le hématopoïétique abondante (fig. 3).
339
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
D’autres diagnostics peuvent être discutés : Le scanner est limité à la recherche d’un séques-
• en cas de localisations multiples, une ostéo- tre osseux dans les formes chroniques.
myélite chronique multifocale récurrente dont
le siège est volontiers métaphysaire. Ce dia- La suspicion d’arthrite septique nécessite une
gnostic bénéficie actuellement d’une IRM ponction en urgence. L’échographie peut être faus-
corps entier à la recherche de localisations in- sement négative en cas de pus épais et peu abon-
fracliniques. Il peut exister une atteinte clavi- dant, en particulier chez le nouveau-né.
culaire ou rachidienne, évocatrice ;
340
Les ostéomyélites en milieu pédiatrique
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341
Panaris et phlegmons des gaines des
tendons fléchisseurs des doigts
Panaris
Définition
343
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
thérapie probabiliste locale ou générale précoce grave de la ténosynovite des tendons fléchisseurs
n’est pas à recommander, car elle stérilise les pré- des doigts.
lèvements en cas de complication. En cas de loca-
lisation sous-unguéale, une dépose de la tablette Sokolow et l’équipe de Vilain constituèrent, en
est nécessaire, et la repousse devra être surveillée 1985 [5-7], la plus importante série internationale
tous les trois mois suivants. Toute évolution ou de phlegmons des gaines digitales publiée depuis
forme clinique atypique doit faire l’objet de prélè- l’avènement des antibiotiques (68 cas).
vement ou d’avis spécialisé.
Confrontés fréquemment à ce type d’infection,
au service SOS Mains de l’HEGP, nous avons vou-
Phlegmon des gaines lu faire un état des lieux des connaissances sur les
phlegmons des gaines, afin de codifier et amélio-
Introduction rer la prise en charge globale du patient, mettre en
œuvre des moyens de prévention, et compléter la
Depuis la première description en 1905 par Ka- connaissance médicale dans ce domaine.
navel [4], le phlegmon des gaines des tendons flé-
chisseurs des doigts a fait l’objet de plusieurs pu-
blications au cours du XXe siècle. Cependant, les Anatomie
données et le mode de prise en charge de ces
phlegmons n’ont cessé d’évoluer avec le progrès
Gaines des fléchisseurs
médical et l’apparition des antibiotiques.
Descendant de l’avant-bras vers leurs terminai-
sons digitales, les tendons fléchisseurs traversent
Même si le pronostic vital du patient ne semble
le canal carpien, la paume de la main et les gaines
plus en danger, cela est différent pour son pronostic
digitales [6, 8]. Le tendon du long fléchisseur du
fonctionnel. Cette infection grave représente 20 %
pouce suit un trajet à part, à la partie latérale du
des infections de la main et peut, si elle n’est pas
canal carpien (fig. 2).
traitée rapidement, avoir des conséquences préju-
diciables pour la fonction du doigt et au-delà même,
On distingue la gaine synoviale commune des
de la main. L’amputation est toujours un risque.
tendons fléchisseurs, s’étalant du canal carpien à
la paume de la main, la gaine synoviale du tendon
Un phlegmon est une infection sans collection, à long fléchisseur du pouce, les gaines synoviales
l’inverse de l’abcès qui est collecté. Le mot “phleg- digitales des 4 doigts longs [7].
mon” est issu du grec phlégô signifiant je brûle.
La gaine synoviale commune des tendons flé-
On appelle le phlegmon de la gaine des tendons chisseurs entoure les tendons des muscles fléchis-
fléchisseurs, l’infection des tendons fléchisseurs seurs superficiels et profonds des doigts. Elle dé-
des doigts, causée par l’infection des gaines syno- borde le rebord supérieur du rétinaculum des flé-
viales (membrane synoviale entourant ces ten- chisseurs et communique souvent avec la gaine
dons), localisées au doigt (gaine synoviale digitale) digitale du 5e doigt.
ou s’étendant à l’avant-bras (gaine synoviale digi-
tocarpienne ulnaire ou radiale). Le phlegmon des La gaine synoviale du tendon long fléchisseur
gaines correspond à la forme aiguë, infectieuse et du pouce entoure le tendon depuis son insertion
344
Panaris et phlegmons des gaines des tendons fléchisseurs des doigts
Variations
345
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Vascularisation
346
Panaris et phlegmons des gaines des tendons fléchisseurs des doigts
• circonstances de l’accident : plaie, exposition Ces signes généraux sont inconstants, mais de
à risque (eau contaminée, sexuelle) gravité.
• terrain favorisant : diabète, déficit immunitai-
re (SIDA, immunosuppresseur, traitement
corticoïde, cancer), éthylisme chronique, Examens complémentaires
toxicomanie
• tabagisme Le diagnostic de phlegmon des gaines est un
• état de la vaccination antitétanique diagnostic clinique. Aucun examen complémen-
• signes fonctionnels : taire n’est indispensable pour poser ce diagnostic.
- douleur : elle est constante, d’intensité varia- Cependant, certains examens pourront être réali-
ble de caractère inflammatoire, c’est-à-dire sés éventuellement pour confirmer ce diagnostic,
permanente, diurne et nocturne, parfois in- s’il existe un doute diagnostique ou si un diagnos-
somniante ou pulsatile. En fonction des cir- tic différentiel doit être éliminé, à la recherche
constances étiologiques, son apparition peut d’une tare, pour le bilan préopératoire et pour
être brutale ou, au contraire, lentement évo- l’identification des germes : NFS, CRP, bilan de dé-
lutive. Elle siège le long du trajet de la gaine ficit immunitaire, radiographie de la main ou du
des tendons fléchisseurs des doigts et peut doigt, échographie ou IRM. Dans tous les cas, ces
remonter jusqu’à la face antérieure du poi- examens devront être réalisés en urgence.
gnet le long des gaines digitocarpiennes ul-
naire ou radiale.
- attitude en crochet : le doigt est en position Place de l’imagerie
demi-fléchie. C’est le signe le plus commun,
mais inconstant surtout dans les formes dé- L’imagerie ne doit en aucun cas retarder la prise
butantes. C’est en flexion que la gaine auto- en charge thérapeutique d’un phlegmon des gai-
rise le plus grand volume de remplissage. nes. Le pronostic fonctionnel du doigt et parfois de
l’ensemble du membre supérieur dépend de la
Par l’examen physique, il faut rechercher des : précocité du traitement chirurgical avec un délai
• Signes locaux : de moins de 24 heures avant apparition des pre-
- Œdème : il peut concerner le doigt infecté ou mières lésions irréversibles sur l’appareil tendi-
englober toute la main neux. Elle a un rôle limité dans le bilan des phleg-
- Douleur à l’extension passive : l’extension pas- mons et doit rester au second plan en cas de suspi-
sive du doigt provoque une intense douleur. cion. Cependant elle peut s’avérer utile dans un
- Douleur à la palpation du cul-de-sac de la certain nombre de situations.
gaine des fléchisseurs du doigt intéressé. Ce
cul-de-sac se situe en regard des têtes méta-
carpiennes pour les 2e, 3e et 4e rayons et à la Sémiologie radiologique
face antérieure du poignet pour les 1er et 5e
rayons. L’imagerie ne permet pas à l’heure actuelle, quel-
• Signes régionaux : le que soit la méthode utilisée de différencier une
- Adénopathies épitrochléennes ou axillaires synovite d’origine inflammatoire d’une synovite
- Lymphangite infectieuse. Dans les deux cas, on observe un épan-
• Signes généraux : chement dans les gaines, un épaississement de la
- Fièvre, frissons synoviale, parfois des érosions osseuses de contact
- Asthénie et des modifications intrinsèques du tendon.
347
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
348
Panaris et phlegmons des gaines des tendons fléchisseurs des doigts
liquidien (fig. 8). Sur les séquences pondérées L’IRM semble moins appropriée en première in-
en T1 et T2, le signal de la gaine peut être va- tention en raison de sa faible disponibilité, mais
riable du fait de la présence de débris ou de elle reste le meilleur examen en cas de suspicion
gaz [17]. d’arthrite ou d’ostéite associées.
Bilan topographique
La grande variabilité anatomique des gaines
carpiennes médiales et latérales et leur communi-
cation à hauteur du poignet compliquent parfois
l’analyse clinique. L’échographie comme l’IRM
permettent un bilan précis de la diffusion du
phlegmon à l’ensemble des gaines. Les récessus
proximaux et distaux de chaque gaine seront sys-
tématiquement explorés en échographie. Le dia-
gnostic d’un phlegmon à bascule va modifier le
traitement chirurgical, en obligeant à un abord ex-
tensif de chaque rayon atteint.
349
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
350
Panaris et phlegmons des gaines des tendons fléchisseurs des doigts
Fig. 13 : Tableau pseudoinfectieux avec pouce douloureux, gonflé et chaud. En échographie dépôts calciques hyperéchogènes
délimitant les contours du tendon et de la gaine (flèche) (a), hyperhémie au Doppler (b). Les reconstructions sagittales au scanner
confirment la présence de dépôts calciques (c).
351
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Classification anatomoclinique
352
Panaris et phlegmons des gaines des tendons fléchisseurs des doigts
353
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
354
Panaris et phlegmons des gaines des tendons fléchisseurs des doigts
possible du “propre vers le sale” (fig. 16). Les lé- gravité ou de suspicion d’infection polymicrobien-
sions associées sont à réparer (tendons, nerf, ar- ne à germes pyogènes, on peut y ajouter de la clin-
tère…). Au lâchage de garrot, l’hémostase soi- damycine ou de la gentamycine. La durée d’anti-
gneuse est faite à la pince bipolaire. On apprécie biothérapie est fonction de la gravité, de l’évolu-
alors la vitalité digitale. Seuls les angles de l’inci- tion et du terrain. Elle ne doit pas être inférieure à
sion sont refermés. 10 jours dans le meilleur des cas.
Notre expérience
En postopératoire, les pansements sont faits Les résultats cliniques ont montré que le pronos-
tous les jours ou tous les deux jours. Une courte tic fonctionnel à long terme était mauvais, avec
immobilisation peut être prescrite, notamment en une raideur ou des amputations digitales notam-
cas de réparation tendineuse ou vasculo-nerveuse. ment, en cas de stade initial avancé de l’infection,
Une rééducation est à débuter précocement. d’infection à Streptocoque b-hémolytique du grou-
pe A, et de prise en charge chirurgicale retardée
Enfin, on surveille la survenue de complica- [33, 34]. D’un point de vue médicolégal, le patient
tions : locales (ischémie, reprise septique), régio- devrait être prévenu de la gravité de cette infec-
nales (extension proximale de l’infection) et géné- tion et du pronostic fonctionnel incertain, malgré
rales (sepsis sévère, décompensation de tares). un traitement adapté.
355
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Par ailleurs, ce travail montre la connaissance quence d’améliorer le pronostic fonctionnel, par
insuffisante de cette infection grave dans la popu- une prise en charge rapide et spécialisée, et de li-
lation médicale. Ainsi, toute suspicion de phleg- miter l’émergence de bactéries résistantes par
mon des gaines doit conduire à une exploration l’utilisation d’antibiotiques ciblés, ce qui est un
chirurgicale en urgence et non à la prescription réel problème de santé publique à l’heure actuelle
aveugle d’antibiotiques. Ceci aura pour consé- [28, 29].
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Urgences microcristallines
et pseudo-urgences infectieuses
359
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
360
Urgences microcristallines et pseudo-urgences infectieuses
Radiographies standard
Articulations atlanto-axoïdiennes
Les radiographies sont essentielles. Il s’agit :
Plusieurs articulations sont mises en jeu : • du cliché de face bouche ouverte (FBO) qui
• Les articulations médianes de l’odontoïde, permet de voir selon l’incidence du rayon les
condylienne en avant avec l’arc antérieur de articulations C1-C2, mais aussi C1-occiput. Le
l’atlas, et torique en arrière avec le ligament positionnement du patient et en particulier de
transverse de l’atlas. la tête est primordial, toute rotation de la tête
• Les articulations atlanto-axoïdiennes entre les entraînant un décentrage de l’odontoïde et
masses latérales, de morphologie spéciale une asymétrie des interlignes latéraux.
avec des surfaces articulaires convexes dans • du cliché de profil strict, centré, en position
les 2 sens, très incongruentes. neutre, complété, en cas de rhumatisme in-
flammatoire, par des clichés dynamiques en
flexion et en extension, de façon à mobiliser la
Moyens d’union dent et à voir une subluxation antérieure (SLA)
ou diastasis C1-C2.
Les cavités articulaires sont limitées par une
capsule très lâche, s’insérant à distance des revê- Les clichés de 3/4 n’ont pas d’intérêt dans l’ex-
tements cartilagineux, notamment sur l’odontoïde, ploration du rachis cervical supérieur.
créant des zones de réflexion de la synoviale, pro-
pices aux rhumatismes érosifs. Les ligaments sont La ligne prévertébrale antérieure est à évaluer
nombreux et puissants dont le ligament transverse systématiquement dans les pathologies microcris-
et ses expansions supérieure et inférieure qui soli- tallines (présence des tendons du muscle longus
darisent la dent à l’arc antérieur de l’atlas lors des colli).
mouvements de flexion-extension.
Scanner cervical
Cinématique
Les reconstructions coronales et sagittales don-
De grandes variations sont signalées dans la lit- nent une image fine des articulations C1-occiput
térature. Les articulations atlanto-occipitales, de et C1-C2. Les arthropathies et subluxations sont
type condylien, ne permettent que de petits mou- évidentes. Le scanner est l’examen le plus sensible
vements de flexion/extension et d’inclinaison laté- aux calcifications prévertébrales (insertions du
rale de l’ordre de 15° et des mouvements de rota- muscle long du cou [longus colli]) ou périodontoï-
tion réduits de 0 à 5°. Les articulations C1-C2 sont diennes (odontoïde couronnée), et aux véritables
surtout sollicitées en rotation participant pour 60 à tophus calcifiés pseudotumoraux.
361
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Rhumatisme à pyrophosphate de
calcium (PPCa) Des érosions de la dent sont aussi possibles. Des
arthropathies érosives, puis destructrices peuvent
Souvent asymptomatiques, les dépôts de PPCa avoir un siège atlanto-axoïdien latéral, souvent
peuvent se trouver dans toutes les structures liga- unilatéral, atlanto-odontoïdien sagittal, ou réaliser
mentaires, les cartilages et les structures capsulo- une subluxation C1-C2. On ne peut distinguer ces
synoviales des articulations C1-C2. Les dépôts lésions de celles de l’arthrose banale.
dans les plaques cartilagineuses participent aux
destructions articulaires. La clé du diagnostic est souvent la découverte de
calcifications chondrocalcinosiques ou d’arthro-
La symptomatologie clinique est faite de cervi- pathies caractéristiques en d’autres sites et la mise
calgies plus ou moins hautes, aggravées par la ro- en évidence des microcristaux typiques à l’exa-
tation. Des accès aigus sont possibles, souvent men du liquide synovial.
trompeurs, car accompagnés d’une fébricule ren-
dant le tableau urgent. Cependant, cette affection Exceptionnellement, les dépôts de PPCa peu-
est souvent asymptomatique, découverte par la vent donner lieu à une pseudo-tumeur de la région
radiologie. du foramen magnum ou de la région péri-odontoï-
dienne [12]. Il s’agit d’une réaction inflammatoire
Sur les radiographies, on constate un pincement chronique à cellules géantes associée aux cristaux.
des interlignes C1-C2 médian et/ou latéraux sou- Le diagnostic se pose avec un méningiome, mais
vent souligné par une fine bande d’ostéosclérose à la présence de calcifications est un élément sémio-
limite nette ; l’ostéophytose est souvent absente. logique de poids. Il convient de les distinguer d’os-
L’atteinte élective de l’articulation C1-C2 médiane sifications péri- ou intratumorales. Parfois, le ta-
s’accompagne de calcifications périodontoïdien- bleau est celui de pertes de connaissance ou de
nes situées en avant ou en arrière, mais aussi au- signes neurologiques aigus. Une exploration com-
dessus de la dent, réalisant l’aspect de dent cou- plète, avec scanner et IRM, est nécessaire.
362
Urgences microcristallines et pseudo-urgences infectieuses
L’examen du LCR pourrait être nécessaire chez Les sujets ont habituellement entre 30 et 60 ans.
le sujet âgé ou chez l’enfant notamment, quand les La calcification tendineuse se situe en avant des
symptômes simulent une méningite, mais des ra- corps vertébraux depuis l’arc antérieur de C1
diographies cervicales préalables doivent éviter en jusqu’en C3-C4 dans les insertions tendineuses du
règle générale la PL. Les AINS et l’immobilisation muscle à la face antérieure des vertèbres. La cervi-
cervicale sont régulièrement efficaces. calgie est intense, sous-occipitale, et peut s’ac-
363
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
compagner d’une raideur cervicale et surtout La radiographie de FBO permet parfois de déce-
d’une dysphagie douloureuse ou d’une otalgie ler les calcifications qui seront mieux dégagées
pouvant simuler un abcès rétropharyngien. L’exa- des superpositions osseuses par le scanner.
men du cavum est normal, sans tuméfaction.
Calcinose discale C2-C3
La radiographie de profil est l’examen clé. Elle Elle est assez fréquente et habituellement
montre une tuméfaction des parties molles préver- asymptomatique. Elle peut se traduire chez l’en-
tébrales et des calcifications en avant du corps de fant par un tableau méningé. La migration de ma-
C2, C3 ou C4. Au diagnostic différentiel, il convient tériel calcique dans le canal rachidien n’a pas en-
de discuter une ossification appendue à l’arc anté- core été signalée à cet étage.
rieur de C1, un os surnuméraire ou une calcifica-
tion du ligament styloïdien. En cas de doute, le
scanner (fig. 3) ou l’IRM permet d’exclure un ab- Goutte
cès rétropharyngien et l’IRM une spondylodiscite
ou un abcès, en montrant que la tuméfaction in- La goutte touche exceptionnellement le rachis
flammatoire est limitée aux tissus prévertébraux. cervical supérieur. Les tophus uratiques peuvent
se déposer dans les articulaires postérieures, les
calcifications périodontoïdiennes ligaments vertébraux, les disques intervertébraux.
Les dépôts se font autour de la dent. Apatite et Quelques rares cas de dépôts tophacés sont signa-
pyrophosphate de calcium, identiques en image- lés au rachis cervical inférieur. Ils surviennent
rie, ne se distinguent que par l’analyse cristallo- dans des gouttes anciennes connues, avec ou sans
graphique. Leur disparition ou leur modification tophus périphérique. Elle est rarement source
confirme le diagnostic. Les symptômes peuvent d’accès aigu fébrile simulant un abcès paraverté-
être semblables à ceux décrits précédemment à bral [13], une arthrite septique d’une articulaire
l’exception des signes ORL. postérieure, ou une spondylodiscite, mais plutôt
Fig. 3 : Coupes scanographiques en regard du corps de C2 - mise en évidence d’une calcification apatitique du muscle longus colli.
364
Urgences microcristallines et pseudo-urgences infectieuses
de signes de compressions neurologiques sur to- Tableau I : Diagnostic différentiel des cervicalgies
aiguës fébriles d’origine microcristalline (calcinose
phus [14, 15]. discale, calcifications pré ou péri vertébrales)
Dans ces circonstances diagnostiques, le contex- La première démarche clinique, radiologue in-
te est d’importance, comme la présence d’une gout- clus, est d’inspecter le cavum à la recherche d’une
te tophacée connue, voire non traitée ; la présence tuméfaction de l’amygdale ou de la face postérieu-
de tophus est donc déterminante, mais ils peuvent re du cavum. Nous répétons cette description, car
manquer. Le contexte fébrile est aussi trompeur elle est la principale urgence. Sa présence est hau-
surtout si une infection associée est présente. Dans tement suspecte d’un phlegmon de l’amygdale,
ces situations difficiles [16] ou en cas de compres- grande urgence ORL. Les signes initiaux ont pu
sion neurologique [15], la biopsie diagnostique ou être masqués par la bonne intention que consti-
la chirurgie de décompression s’impose. tuent les AINS que nous évitons personnellement
comme antalgiques ou antipyrétiques, car suscep-
Les prélèvements doivent être préparés de façon tibles de favoriser la diffusion d’une telle infection.
très spécifique pour permettre l’identification des L’examen ORL est “urgentissime” avec ponction
cristaux d’UMS hydrosolubles : à côté des prélève- diagnostique. Parfois, il y a le temps de faire une
ments pour examen bactériologique et cultures et imagerie en urgence, scanner ou IRM, en sus d’une
des examens histopathologiques, un des échan- série d’hémocultures et des prélèvements biologi-
tillons doit être prélevé dans de l’alcool absolu ques usuels indispensables à la prise en charge de
pour permettre leur recherche au moyen d’une co- cette grande urgence infectieuse fort délabrante.
loration oubliée, celle de de Galantha. Sinon ne
resteront que les fantômes des cristaux d’UMS, Les autres diagnostics infectieux sont la ménin-
lancéolés, entourés d’une réaction à corps gite, la spondylodiscite ou l’épidurite infectieuses.
étranger.
Au rachis cervical inférieur, il peut s’agir aussi
d’un accès microcristallin sur une calcinose dis-
Diagnostic différentiel cale, notamment chez l’enfant. Le diagnostic est
radiographique, mais impose de réaliser une IRM
Les atteintes du rachis cervical supérieur, calci- de validation. Le diagnostic différentiel se pose
fication des tendons du muscle longus colli au pre- avec méningite ou spondylodiscite.
mier chef, peuvent donner lieu à des accès fébriles
accompagnés de cervicalgies inquiétantes, de si-
gnes infectieux, de signes ORL (dysphagie, otal- Traitements locaux et généraux
gie) et d’un port de tête guindé, d’une raideur in-
tense. Les diagnostics différentiels sont résumés Les accès inflammatoires microcristallins sont
au tableau 1. redevables des mêmes modalités antalgiques et
365
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
anti-inflammatoires qu’une atteinte périphérique Il faut faire aussi une place aux infiltrations ra-
à l’exception des infiltrations limitées à des situa- dioguidées. Deux sites sont concernés : les articu-
tions clinico-radiologiques spécifiques rarement lations interapophysaires postérieures C2-C3 et
de mise en urgence. les articulations des masses latérales de C1-C2.
Ces infiltrations doivent être effectuées par des
À côté des traitements physiques (colliers cervi- opérateurs entraînés sous scopie télévisée. Elles
caux souples et rigides ajustables ou fixes), il faut ont été remises en question du fait de rares acci-
souligner l’efficacité souvent rapide et brillante dents, mais cela conduit à des impasses thérapeu-
des AINS et des corticoïdes. Fait intéressant, com- tiques, voire à une agressivité chirurgicale. Les
me à l’épaule, les calcifications par exemple du indications correspondent à la névralgie d’Arnold
longus colli vont se résorber à la faveur de la crise et aux cervicalgies hautes rebelles aggravées par
inflammatoire. Cela conforte la présence de ces les rotations. PR, rhumatisme psoriasique, mais
cristaux d’apatite et peut justifier une bonne radio- aussi arthrose et arthropathies microcristallines
graphie de profil centrée, voire une série de cou- sont des indications de ces techniques. Les résul-
pes de scanner. tats sont mal connus, signalés seulement dans des
séries ouvertes.
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366
Syndrome de loge aigu post-fracturaire
R. Von Volkmann a décrit à la fin du XIXe siècle médico-légale du traumatologue. L’intérêt dia-
la contracture ischémique des muscles anti-bra- gnostique de l’imagerie est minime et n’a pour
chiaux séquellaire d’une fracture du coude traitée objectif que d’éliminer quelques improbables dia-
par un plâtre trop serré [1]. Cet éponyme est ap- gnostics différentiels. Le but de cette étude est
paru trop restrictif, ce qui a conduit à lui préférer d’attirer l’attention de tout praticien amené à exa-
le terme de syndrome aigu de loge (SAL). Ce syn- miner les patients suspectés de ce syndrome en
drome est défini par sa pathogénie : dans un es- décrivant la sémiologie clinique de cette urgence
pace fascio-musculaire clos et peu expansible – extrême de la chirurgie des membres.
d’où le terme anglo-saxon de “compartmental
syndrome” – toute élévation de volume de cause
traumatique ou métabolique et son corollaire Généralités
d’hyperpression, entraîne une anoxie musculaire
et neurologique ; celle-ci est rapidement irréversi- Pathogénie et contexte
ble sans pour autant impliquer une ischémie com-
plète d’aval [2-6]. Ces conséquences locorégiona- Quelle que soit la localisation, la pathogénie du
les fonctionnelles majeures peuvent aussi avoir SAL est univoque [2-6]. La compression intrinsè-
un retentissement néphrologique par libération que ou extrinsèque d’une loge musculaire com-
de toxine musculaire responsable d’une insuffi- prise entre le squelette et les structures fibro-apo-
sance rénale lorsque la compression a intéressé névrotiques, induit une élévation importante de la
une large portion de membre : c’est le syndrome pression hydrostatique. Dans un tel compartiment
des “ensevelis” décrit par Bywaters avec rhabdo- ostéo-facial inextensible, la perfusion capillaire in-
myolyse et anurie [7]. De récentes catastrophes tramusculaire et périneurale est stoppée, provo-
naturelles ont rappelé son importante morbi-mor- quant une ischémie partielle et plus particulière-
talité [8, 9]. Le diagnostic de SAL est avant tout ment une anoxie musculaire et neurale. L’ischémie
basé sur le contexte de survenue et un tryptique endommage l’endothélium capillaire, provoque un
clinique : douleur intense, troubles neurologiques œdème interstitiel qui augmente la pression tissu-
et rétraction musculotendineuse. Le SAL survient laire, et réduit d’autant le débit sanguin, amorçant
dans des localisations anatomiques spécifiques, un cercle vicieux d’auto-aggravation. En fait, Mat-
les trois principales étant la jambe, l’avant-bras et sen [2] a montré que l’élévation de pression tissu-
la cuisse. La certitude est apportée par la prise laire engendrait une augmentation de la pression
des pressions dans les loges ; le geste chirurgical veineuse et diminuait le gradient artérioveineux.
est impérativement immédiat et consiste en une La perturbation circulatoire n’intéresse que le ré-
ou plusieurs fasciotomies décompressives [2, 3, seau capillaire et non pas l’axe artériel principal
10]. Tout retard thérapeutique sera suivi de sé- du membre. L’importance de l’état hémodynami-
quelles irréversibles et engagera la responsabilité que du traumatisé, et en particulier toute baisse
367
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
prolongée de la pression diastolique, rendent plus En créant un contexte évocateur, ces circonstan-
rapide la survenue du seuil ischémique dans la ces, somme toute peu banales, sont des éléments
loge. Whitesite et coll. [11] ont souligné l’impor- fondamentaux de suspicion diagnostique pour le
tance du différentiel entre la pression diastolique praticien qui est appelé à examiner ces patients.
systémique et la pression tissulaire de la loge dans
l’amorce des phénomènes ischémiques qui sur-
viennent à moins de 30 mmHg de différentiel. Sites
Seul un geste immédiat ouvrant la ou les loges Trois sites anatomiques sont le siège habituel
anatomiques stoppera ce cercle vicieux en libérant des SAL : la jambe, l’avant-bras et la cuisse. Plus
la masse musculaire. Sinon, des lésions irréversi- anecdotiques sont les régions glutéale, brachio-
bles des muscles et des troncs nerveux survien- deltoïdienne ou le pied, pour lesquelles les séries
nent inéluctablement au-delà des six premières ne comportent en règle que quelques cas [14, 15].
heures d’installation. Dans les jours qui suivent, Les circonstances habituelles des SAL de la région
une nécrose musculaire rhabdomyolyse accompa- deltoïdienne et glutéale sont les compressions
gnée d’une rétraction tendineuse s’installe, asso- prolongées chez le comateux ou pendant un acte
ciée à une parésie plus ou moins importante du opératoire ; le retentissement néphrologique est
tronc nerveux situé dans le compartiment anato- fréquent [16, 17]. Pour la région brachiale [18, 19]
mique intéressé. et le pied [20, 21], l’écrasement par un objet lourd
représente le mécanisme le plus fréquent, avec ou
Les circonstances amorçant un SAL sont variées, sans fracture sous-jacente.
de fréquence inégale, souvent associées et sché-
matiquement classées en cause diminuant et celles À l’avant-bras, les SAL sont principalement liés
augmentant le volume de la loge. Un plâtre trop aux lésions fracturaires, plus rarement à un écra-
serré, un pansement constrictif, une brûlure cir- sement prolongé chez un patient inconscient, cou-
conférentielle escarrifiée sont autant de causes ex- ché sur un de ses membres supérieurs replié sous
trinsèques limitant le volume du compartiment lui pendant de nombreuses heures. Les causes de
musculaire sous-jacent. Dans cette catégorie se ces états comateux sont multiples, dominées par
rangent les compressions prolongées et étendues les intoxications volontaires, l’abus de drogues ad-
des membres d’origine traumatique accidentelle dictives et l’œnolisme aigu [16]. Les étiologies
ou toxique ; chaque séisme naturel déploré dans le fracturaires sont la fracture supracondylienne de
monde voit se multiplier son lot de victimes de l’humérus chez l’enfant – comme dans la descrip-
syndromes des ensevelis [8, 9]. Une autre circons- tion princeps de Volkmann – et les fractures du
tance est plus habituelle : il s’agit de patients in- poignet à haute énergie chez l’adulte [22].
conscients, par overdose, éthylisme aigu [12] ou
toute autre cause de coma prolongé, séjournant de L’importance des masses musculaires de la cuis-
longues heures en appui prolongé sur un membre se rend compte de l’association des SAL de cette
ou une zone anatomique unique. Les causes intrin- région avec une insuffisance rénale aiguë, constan-
sèques augmentant le contenu d’une loge sont te en cas de bilatéralité : la rhabdomyolyse est res-
multiples : hématome contusif et/ou fracturaire, ou ponsable de la libération dans la circulation géné-
spontané par surdosage des anticoagulants, œdè- rale de produits toxiques pour les tubules rénaux,
me post-ischémique après interruption tronculaire en particulier la myoglobine. L’écrasement prolon-
artérielle, extravasation liquidienne iatrogène. gé est la cause la plus habituelle [24, 25]. Des SAL
368
Syndrome de loge aigu post-fracturaire
après l’enclouage du fémur [26] et la pose d’une accusés de favoriser, voire d’initier, cette compli-
arthroplastie de genou [27] ont été rapportés. cation. À chaque passage instrumental, la pres-
Après interruption de l’axe artériel fémoro-poplité sion intramusculaire s’élève, de même lors de l’in-
et sa réparation chirurgicale, l’œdème de revascu- troduction du clou. De ces notions, les traumato-
larisation induit un syndrome de loge intéressant logues ont tiré plusieurs conclusions et des
la cuisse et le squelette jambier. Préventivement, mesures préventives. L’enclouage est contre-indi-
après un tel geste, des fasciotomies doivent être qué en cas de syndrome de loge avéré et contem-
systématiquement pratiquées [28]. La persistance porain de la fracture. Les règles techniques à res-
d’un défaut de perfusion artérielle peut s’associer pecter lors de l’enclouage sont la précocité du
à une atteinte tronculaire imparfaitement perméa- geste pour bénéficier de la facilité de réduction du
ble, ce qui rend indispensable l’exploration par foyer, la modération dans l’alésage, sa lenteur de
opacification radiologique [29]. progression endomédullaire et un profil adapté
des têtes d’alésage diminuant au maximum l’effet
En raison de ses caractéristiques anatomiques, piston. La surveillance postopératoire est stricte,
la jambe est de loin le siège le plus fréquent de débutée dès la salle d’opération par le chirurgien
SAL avec la fracture pour l’étiologie principale. En évaluant à la fin du geste opératoire la tension des
effet, les loges postérieures et surtout antérolaté- loges musculaires, puis dans les premières heures
rales sont relativement inextensibles entre le sque- postopératoires par le personnel infirmier dûment
lette tibiofibulaire, les enveloppes aponévrotiques informé de ce risque. Ces derniers points enga-
et la membrane interosseuse, conditions anatomi- gent la responsabilité de l’équipe soignante et en
ques qui les exposent tout particulièrement à une premier chef du traumatologue.
telle complication. Les travaux de M. Mac Queen
sont une référence incontournable [30-32]. Un
syndrome de loge surviendrait dans 3 à 8 % des Diagnostic
fractures fermées de jambe, mais toute fracture
peut générer une telle complication quel que soit Tableau clinique général
son siège, son aspect lésionnel et l’état cutané.
Plusieurs facteurs favorisants ont été incriminés Un faisceau de symptômes cliniques dans un
pour favoriser l’hyperpression musculaire et amor- contexte d’évidence propice à la survenue d’un
cer un tel syndrome. L’énergie traumatique infli- SAL forme un tableau clinique commun ne com-
gée au squelette jambier est la plus fréquemment portant que quelques particularités en fonction du
rencontrée : le SAL est initié par l’importance du site anatomique. Le maître symptôme est la dou-
déplacement qui diminue la circulation artérielle leur dont les caractéristiques doivent alerter : elle
tronculaire, la contusion cutanéo-musculaire et est intense, disproportionnée par rapport à la gra-
l’état hémodynamique du traumatisé. La survenue vité de la lésion traumatique, rebelle à tout antal-
de la fracture au cours de la pratique sportive, gique, insomniante et non influencée par l’ablation
alors que le volume musculaire a physiologique- d’une éventuelle compression extrinsèque et/ou
ment augmenté, a été identifiée comme facteur un pansement circulaire. Encore faut-il que le pa-
risque de SAL [4, 33]. Un SAL peut compliquer tient puisse exprimer cette sémiologie, ce qui n’est
tout type de traitement, mais plusieurs facteurs ia- pas le cas chez le comateux ou un opéré laissé
trogènes ont été incriminés. La traction de réduc- sous péridurale postopératoire. Il en est de même
tion par la table orthopédique avec le contre-appui pour les paresthésies et la parésie dans le territoire
dans le creux poplité et surtout l’alésage ont été du tronc nerveux traversant la loge en tension qui
369
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
370
Syndrome de loge aigu post-fracturaire
La prise des pressions est un geste très rapide ne raît turgescent entre les berges de la plaie, légère-
nécessitant qu’une anesthésie locale. Elle doit por- ment hémorragique, preuve de sa vitalité. Après
ter sur toutes les loges potentiellement suspectes une fasciotomie trop tardive, le tissu musculaire
de tension excessive. Les valeurs seuils démon- apparaît pâle, exsangue “chair de poisson”, tout
trant le SAL installé ont été essentiellement décri- signe qui impose une excision à la demande et ses
tes à la jambe [2-6, 11, 30, 32]. La valeur normale conséquences fonctionnelles définitives. Cette
de pression intramusculaire se situe entre 0 et 8 myonécrose expose par ailleurs à l’infection et né-
mmHg [4]. Ainsi, pour la jambe, un algorithme dé- cessitera des gestes de couvertures secondaires.
cisionnel consensuel est retenu intégrant les cir-
constances présomptives, les symptômes cliniques
et l’état hémodynamique systémique du patient.
La fasciotomie ne se discute pas si le moniteur de
pression indique 40 mmHg ou plus ; entre 30 et
40, c’est le contexte et la clinique qui pousseront
à la décompression chirurgicale ; en dessous de
30 mmHg, une monitorisation ou une répétition
des prises de pression s’impose [31]. Pour les
autres localisations, ce même schéma est applica-
ble, une prise de pression de référence dans une
loge éloignée ou controlatérale pouvant servir de
référence.
Traitement curatif
371
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Traitement préventif
Conclusion
Fig. 3 :
A) Aspect clinique peropératoire d’une fasciotomie des lo-
ges latérales de jambe
B) Aspect au 10e jour après soins locaux pluri-hebdomadaires
C) Fermeture par rapprochement des berges.
372
Syndrome de loge aigu post-fracturaire
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373
Rhabdomyolyse
375
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Fig. 1 : Scanner avec injection au temps artériel (a) puis tardif (b).
Patient de 67 ans opéré d’un anévrysme de l’aorte avec pose d’une prothèse aortique (tête de flèche).
La chirurgie a duré 6 heures et a été réalisée en hyperlordose par mise en place d’un billot rigide en position lombaire. Les deux
muscles paraspinaux sont augmentés de volume (a). Un rehaussement en anneau est visible en périphérie (flèches). Une discrète
hyperdensité de la graisse sous-cutanée est visible dans la zone de compression (*).
Fig. 2a : Jeune femme de 38 ans suivie pour une polyarthrite rhumatoïde traitée par anti-TNF et ayant subi une amputation pour
cellulite infectieuse extensive. Quelques jours après l’amputation, les muscles de l’ensemble des deux loges postérieures, des
2 vastus lateralis et du vastus medialis droit sont le siège d’une rhabdomyolyse ischémique.
IRM des 2 cuisses, coupes axiales en pondération T1 ; les muscles touchés sont de volume discrètement augmenté et apparaissent
en discret hypersignal (*).
376
Rhabdomyolyse
Fig. 2b : IRM en pondération STIR. Les zones de nécrose apparaissent en discret hypersignal T2. Une zone liquidienne est visible
au contact du fémur (flèche).
Fig. 2c : IRM en pondération T1 après injection de produit de contraste. Les muscles normaux se rehaussent ainsi que les zones
périphériques aux plages de nécrose (tête de flèche) alors que les zones nécrotiques restent en hyposignal (flèches). Des zones
focales nodulaires ou linéaires se rehaussent nettement au sein de la nécrose (flèches pointillées).
377
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Les circonstances infectieuses liées aux virus cox- culaires, la créatine phosphokinase et ses iso-en-
sackie et influenza, la fièvre typhoïde, la légionello- zymes MM. Le taux de CPK normal est compris
se ou encore les chocs staphylococciques peuvent entre 25 et 190 UI/L. Le diagnostic repose sur une
être responsables de lyse musculaire aiguë [11]. élévation des enzymes sériques CPK avec un taux
généralement supérieur à 5 fois la normale, ce qui
Il faut ajouter à ces causes les efforts musculai- suffit à porter le diagnostic. Un dosage de créati-
res prolongés, circonstances de plus en plus fré- ne phosphokinase supérieur à 5 000 U/L est le té-
quentes dans les épreuves physiques “extrêmes”. moin d’une rhabdomyolyse massive. Le taux san-
Elles seraient plus fréquentes lorsque l’exercice guin de CPK atteint un pic dans un délai d’un à
est pratiqué dans une atmosphère chaude et hu- trois jours et diminue ensuite de 40 % par jour. Ce
mide et favorisées par une relative hypokaliémie taux permet de quantifier la nécrose et d’en sui-
ou la prise de diurétiques. Les crises d’épilepsie vre l’évolution [7]. On observe également une élé-
prolongées, par le même mécanisme, peuvent aus- vation de la myoglobine sérique avec des consé-
si être à l’origine de rhabdomyolyse [12]. La rhab- quences sur la fonction rénale, pouvant provo-
domyolyse peut à l’occasion d’un effort musculaire quer une insuffisance rénale aiguë. Le mécanisme
représenter la décompensation d’une maladie en est mal connu : la théorie classique défend une
musculaire comme la polymyosite et en représen- précipitation de la myoglobine dans le tubule ré-
ter le mode inaugural [13]. nal, mais des études récentes seraient plus en fa-
veur d’une oxydation des membranes cellulaires
Les pertes de connaissance prolongées associent des tubules par les toxines libérées. L’incidence
souvent des causes multifactorielles : posturales, de l’insuffisance rénale est comprise entre 15 et
toxiques et éventuellement ischémiques, et repré- 50 % [1, 14]. L’atteinte rénale est majorée par une
sentent également une circonstance fréquente de relative déshydratation due à l’œdème musculaire
rhabdomyolyse. entraînant une séquestration de liquide au sein
du muscle.
378
Rhabdomyolyse
Cet œdème entraîne une compression lorsque et il est parfois difficile de juger de l’étendue du
les muscles sont contenus dans les compartiments phénomène du fait du champ d’exploration réduit.
aponévrotiques étroits et peu extensibles et provo- Elle est surtout rendue périlleuse par les altéra-
quent ainsi des lésions vasculonerveuses [15]. tions cutanées qui accompagnent le plus souvent
les lésions musculaires profondes.
Imagerie
Le scanner
L’imagerie confirme le diagnostic et permet un
bilan lésionnel précis. Elle peut être discriminante, Le scanner montre une augmentation de volume
notamment lorsque l’épisode de rhabdomyolyse et une hypodensité des muscles atteints (fig. 1a).
initiale est passé inaperçu ou au second plan, alors Les collections à la périphérie de la loge muscu-
que le taux de CPK s’est normalisé [16]. laire (fig. 2b), délimitée par le fascia périphérique,
sont fréquentes. L’œdème des régions sous-cuta-
L’imagerie permet aussi de guider l’intervention nées est constant en regard des zones nécrotiques
chirurgicale dans son siège et dans son étendue. dans les phénomènes de compression et son éten-
due est proportionnelle à la zone de compression.
L’injection de produits de contraste (PDC) sera
L’échographie évidemment réalisée avec prudence en raison de
l’insuffisance rénale potentielle. Si l’injection est
Elle montre une désorganisation de l’architec- possible, elle montrera un rehaussement en cou-
ture habituelle des fibres et un aspect hétérogène ronne, périphérique, le long du fascia profond qui
du muscle associant des zones hypo et hyperécho- est un signe quasiment constant (fig. 3). Dans
gènes [17]. Ces anomalies ne sont pas spécifiques deux tiers des cas environ, des bandes fines, li-
379
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
néaires ou arrondies de rehaussement sont visi- sans rehaussement au sein d’un muscle qui globa-
bles et pourraient correspondre soit à du tissu lement prend le contraste de façon un peu plus
musculaire viable résiduel soit à des vaisseaux in- marquée qu’un muscle normal. Le fascia muscu-
flammatoires au sein de zones de nécrose (fig. 2c). laire périphérique se rehausse donnant un aspect
Ce signe n’est cependant pas spécifique et peut en anneau [19, 20].
être rencontré dans la myonécrose diabétique [7].
Lu, qui rapporte la plus grande série de 9 cas,
décrit le “stipple sign” [7]. Comme au scanner des
L’IRM bandes fines, linéaires ou arrondies se rehaussant
et correspondant soit à du tissu musculaire viable
L’IRM est la technique la plus appropriée [15, résiduel, soit à des vaisseaux inflammatoires sont
17] avec une sensibilité voisine de 100 % [18]. Elle visibles après injection (fig. 2c). Il remarque égale-
peut être décisive dans le diagnostic lorsque le ment que lorsque l’IRM est réalisée peu de temps
taux de CPK est normalisé, à distance de l’événe- après l’épisode causal de survenue brutale (4 et
ment causal. L’altération morphologique consiste 6 jours respectivement pour 2 patients de la série),
en une hypertrophie de la loge musculaire. Les on observe un iso à hypersignal homogène en T1
modifications de signal sont liées à la présence en hypersignal homogène en T2 et STIR et un rehaus-
proportion variable de méthémoglobinémie liée à sement homogène après injection de gadolinium
l’hémorragie, de graisse et de matériel protéique. sans signe de myonécrose ou d’œdème des fascias
En pondération T1, ces modifications se tradui- ou des régions sous-cutanées [7].
sent par un iso ou discret hypersignal par rapport
au muscle normal, plus ou moins hétérogène. Sur Le diagnostic différentiel se pose avec les infec-
les séquences en pondération T2 et STIR, les mê- tions musculaires : pyomyosite, fasciite nécrosan-
mes zones apparaissent en hypersignal hétérogè- te et cellulite. La combinaison de l’histoire clini-
ne [3, 7, 17]. Les modifications du tissu sous-cu- que, la biologie et l’aspect à l’imagerie devraient,
tané marquées par un œdème diffus peuvent être dans la plupart des cas, suffire au diagnostic et
importantes et correspondent à la zone de éviter la biopsie qui engendre justement un risque
compression. important de complications infectieuses.
380
Rhabdomyolyse
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381
Urgences chirurgicales en pathologie
tendineuse du membre inférieur
La pathologie tendineuse du membre inférieur avant la première semaine, dont 15 % après la troi-
est riche et variée, mais présente quelques spécifi- sième semaine. Pourtant, le diagnostic est facile et
cités selon la localisation de l’atteinte et le type de ne devrait pas être méconnu en urgence grâce à
tendon. La cuisse est exposée de manière privilé- un interrogatoire simple et un examen clinique
giée aux lésions musculaires pures hormis le grou- bien conduit. Les examens complémentaires ne
pe des ischio-jambiers qui peuvent se désinsérer à sont utiles que pour préciser la topographie et le
leur insertion proximale. Au stade aigu, les princi- type de la rupture.
pales atteintes tendineuses au membre inférieur
concernent respectivement le tendon calcanéen, Les circonstances du traumatisme sont toujours
le tendon patellaire et le tendon quadricipital. En stéréotypées : après un faux pas ou un démarrage
cas de rupture vue à un stade tardif, les séquelles un peu brutal, le patient ressent un claquement
fonctionnelles peuvent être majeures, surtout chez
comme un coup de fouet ou un choc direct à la
le sujet jeune et sportif. La consultation d’urgence
face postérieure du tiers inférieur de la jambe.
doit donc respecter des règles simples, mais ex-
haustives afin de ne pas méconnaître le diagnostic
La douleur est toujours aiguë et l’impotence im-
de rupture. Celui-ci est purement clinique. Les
médiate majeure entraînant parfois la chute. Mais
examens complémentaires peuvent être deman-
rapidement, tous les signes initiaux s’amendent et
dés dans des situations particulières, mais ne doi-
le patient peut se relever et remarcher ; il ne per-
vent en aucun cas soustraire le clinicien à la fiabi-
siste parfois qu’une discrète boiterie à la montée
lité de son examen clinique. Les examens paracli-
et à la descente des escaliers, ce qui peut expliquer
niques demandés à bon escient avec les
renseignements cliniques utiles et pertinents per- des retards à consulter et donc au diagnostic.
mettent au radiologue d’aider le clinicien à mener
sa prise en charge thérapeutique à son terme. L’examen clinique permet d’affirmer le diagnos-
tic s’il est réalisé en position debout, puis couché
en décubitus dorsal et surtout ventral. À l’inspec-
La rupture du tendon tion, on note que le patient marche en appuyant la
calcanéen [5] totalité du pied au sol (“en talonnant”) par perte de
la propulsion et qu’il existe une disparition du re-
Diagnostic de la rupture récente du lief du tendon avec œdème comblant les gouttiè-
tendon d’Achille res rétro-malléolaires.
Lors d’un symposium de la SOFCOT en 1989, Si la station bipodale sur la pointe du pied est
une étude multicentrique avait révélé que 20 à possible par hyperappui sur le côté sain, la station
30 % des ruptures n’avaient pas été diagnostiquées unipodale est toujours impossible.
383
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
En décubitus dorsal, la palpation du tendon re- L’échographie et l’IRM ont, depuis longtemps,
trouve une encoche le plus souvent à 3 à 4 cm au- remplacé la xérographie dans la pathologie tendi-
dessus de l’insertion calcanéenne. La palpation de neuse et sont de plus en plus souvent prescrites,
cette encoche déclenche une douleur en rapport voire réclamées, par les patients pour confirmer la
avec l’hématome lésionnel collecté dans la gaine rupture, avec parfois des faux diagnostics de tendi-
aponévrotique respectée qui gêne le plus souvent nopathie ou de rupture partielle à l’origine de thé-
la mise en évidence de l’augmentation de la flexion rapeutiques inadaptées. En fait, l’intérêt de ces
dorsale passive par rapport au côté sain. examens serait plutôt de préciser la topographie et
le type anatomopathologique de la rupture dont le
Il faut savoir que la flexion plantaire active en diagnostic doit rester avant tout clinique. En effet,
décharge est toujours partiellement conservée du plus que la perte de parallélisme des fibres tendi-
fait de l’action des fléchisseurs des orteils et du ti- neuses ou l’existence d’un ou plusieurs hématomes
bial postérieur et que ceci est une cause fréquente hypoéchogènes, c’est la persistance ou non d’une
d’erreur diagnostique. continuité tendineuse (rupture franche ou dilacé-
ration) (fig. 1) et surtout l’analyse, après mise en
En fait, c’est surtout l’examen en décubitus ven- équin du pied, du rapprochement et du contact des
tral, les pieds dépassant de la table, qui est le plus extrémités tendineuses (largeur et épaisseur) qui
contributif, en objectivant que le pied du côté lésé devraient être précisées (fig. 2). Dans ce contexte,
tombe à angle droit alors que du côté sain, il per- l’échographie, par ses possibilités d’examen dyna-
siste un équin physiologique dû au tonus persis- mique supérieures à l’IRM, doit prendre à l’avenir
tant du triceps (signe de Brunet Guedj). La manœu- une place plus importante, non seulement dans la
vre de Thompson permet alors d’affirmer le dia- prise en charge, mais également dans le suivi d’une
gnostic : elle consiste à exercer une compression rupture du tendon d’Achille (fig. 3 et 4).
manuelle des masses musculaires du mollet ; si le
tendon est intact, il se produit une flexion plantai-
re automatique, par contre, la manœuvre n’entraî-
ne aucun mouvement du pied en cas de rupture. À
ce stade, le diagnostic est formel et les examens
complémentaires ne doivent pas retarder des me-
sures immédiates de mise en équin du pied par
contention et de mise en décharge pour limiter
l’extension de l’hématome à l’intérieur de la gaine
et la rétraction des extrémités tendineuses.
384
Urgences chirurgicales en pathologie tendineuse du membre inférieur
a b
385
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
386
Urgences chirurgicales en pathologie tendineuse du membre inférieur
387
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
388
Urgences chirurgicales en pathologie tendineuse du membre inférieur
• des ruptures bilatérales ont été décrites au des techniques de réparation des muscles de la
cours du même accident sportif chez les gym- coiffe des rotateurs, nous apparaît essentielle.
nastes, constituant parfois le stade ultime du
jumper’s knee (stade IV de Blazina) ; Afin d’éviter l’amyotrophie quadricipitale et
• des ruptures spontanées ont été rapportées l’enraidissement articulaire, tout est mis en œuvre
dans l’évolution de maladies systémiques (dia- pour obtenir une mobilisation immédiate du ge-
bète, hyperparathyroïdie, polyarthrite rhuma- nou. Comme l’ont montré plusieurs études anima-
toïde, rhumatisme psoriasique, lupus). L’hy- les, l’absence de stress induit par l’étirement ten-
perparathyroïdie fragilise le tendon en provo- dineux, diminue la qualité du remodelage
quant une résorption osseuse sous-périostée, tendineux.
une inflammation microcristalline et des trou-
bles vasculaires. Ces causes sont plus fréquen- Les résultats des ruptures fraîches du tendon
tes chez les cas les plus âgés ; patellaire sont satisfaisants puisqu’une reprise du
• des ruptures iatrogènes ont été rapportées sport est en général possible au sixième mois, avec
après une intervention sur le tendon (prélève- un niveau sportif comparable au bout de 8 à
ment de ligamentoplastie du LCA) ou dans les 18 mois. Les résultats fonctionnels et cliniques
suites d’une prothèse totale de genou. sont excellents et bons dans environ 80 % des cas.
Dans les formes négligées, il faut envisager la pos-
sibilité de reconstruction du tendon patellaire au
Traitement chirurgical moyen d’un transplant autologue.
Le diagnostic de rupture du tendon patellaire est Les éléments pronostiques du résultat fonction-
clinique. En effet, mis à part le contexte traumati- nel sont nombreux :
que typique, le maître signe est le déficit d’exten- • les délais opératoires,
sion active du genou. Ce signe est toujours pré- • le type de lésions anatomiques,
sent, bien que parfois partiellement masqué par • le niveau de la rupture,
l’intégrité relative des ailerons patellaires. Les • le type de traitement,
autres signes cliniques (ascension de la patella et • l’âge et le niveau sportif.
encoche tendineuse) sont parfois peu évidents.
Ainsi, la décision thérapeutique s’appuie avant
tout sur la constatation d’un déficit d’extension ac- Rupture du tendon
tive. Il faut connaître la possibilité de retard dans quadricipital [6]
le diagnostic qui peut atteindre 28 % des cas. Dans
tous les cas atypiques, une imagerie peut se discu- Diagnostic et épidémiologie des
ter, mais ne doit pas retarder la prise en charge qui ruptures du tendon quadricipital
est formellement chirurgicale, quelle que soit l’an-
cienneté de la lésion, car le traitement orthopédi- Contrairement aux ruptures du tendon patellai-
que est inefficace. re, les ruptures du tendon quadricipital survien-
nent le plus souvent après 40 ans. Il peut s’agir
La technique de réparation associe à la réinser- d’une lésion en plein corps tendineux (60 % des
tion transosseuse dans une tranchée patellaire, un cas) ou d’un décalottement quadricipital (40 % des
cadrage au fil non résorbable qui autorise une réé- cas). Le décalottement quadricipital, décrit par
ducation précoce. La technique des sutures en Trillat en 1968 [3], est une avulsion complète du
“double U” à l’aide de fils non résorbables, dérivée tendon quadricipital du bord supérieur de la pa-
389
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
tella détachant un manchon périosté emportant le déchirure dans la région du genou, est habituelle.
surtout fibreux prépatellaire et l’insertion infé- L’impotence fonctionnelle est immédiate.
rieure du quadriceps. Cette lésion peut s’étendre
aux retinaculi patellaires. Il existe également des Le signe le plus significatif est la perte d’exten-
lésions partielles, avant tout antérieures et centra- sion active du genou ou l’impossibilité d’étendre le
les, qui s’étendent à un stade plus avancé en pro- genou contre la gravité. La perte d’extension acti-
fondeur et enfin latéralement et médialement pour ve du genou est totale lorsque la rupture s’étend
donner les ruptures complètes. Ces ruptures par- vers les ailerons. La solution de continuité, visible
tielles peuvent être expliquées par la disposition et palpable précocement, est rapidement masquée
anatomique du tendon terminal du quadriceps en par l’œdème. Dans les ruptures anciennes, le tissu
3 feuillets parfaitement individualisables et visi- cicatriciel peut masquer le défect et retarder le
bles à l’IRM. Les rares ruptures à la jonction myo- diagnostic. Il existe parfois une ecchymose à la
tendineuse sont souvent incomplètes. face antérieure du genou. L’hémarthrose est fré-
quente sauf dans les cas où la synoviale est rom-
Le site de la rupture est variable avec l’âge du pue ou si la lésion est à distance de l’articulation.
patient : 75 % des patients de plus de 40 ans ont La palpation retrouve un vide supra patellaire évi-
une rupture à la jonction os-tendon, tandis que dent dans les formes complètes.
71 % des patients de moins de 40 ans ont une rup-
ture à la partie moyenne du tendon. Les lésions Les radiographies standard du genou recher-
dégénératives sur tendon préalablement fragilisé chent un arrachement du pôle supérieur de la pa-
comportent un arrachement au pôle supérieur de tella, un abaissement de la patella, des calcifica-
la patella et un fréquent plan de clivage frontal au tions intratendineuses et des signes indirects d’hé-
sein du tendon. marthrose. La radiographie de profil met en
évidence une patella basse ou basculée en avant.
Des lésions dégénératives du tendon à type de
dégénérescence fibreuse, de diminution du nom- À ce stade, l’imagerie n’est pas nécessaire au
bre de fibres collagènes, voire de dégénérescence diagnostic et ne doit pas retarder la prise en charge
graisseuse, seraient constamment retrouvées sur thérapeutique. Cependant, certaines formes lais-
les biopsies. sent planer un doute et un complément d’investi-
gation s’avère utile (fig. 7 et 8). Les formes partiel-
Le mécanisme lésionnel est presque toujours in- les sont de diagnostic difficile, car la perte d’exten-
direct par contraction violente, maximum de l’ap- sion active du genou n’est pas franche si un seul
pareil extenseur contre résistance ou contre le feuillet tendineux est rompu (fig. 9). Dans les for-
poids du corps en voulant éviter une chute sur ter- mes hyperalgiques et, lorsque le genou est inexa-
rain plat ou dans les escaliers. Il survient surtout minable, plusieurs jours de repos et de glaçage
sur un genou fléchi à 90°, voire sur une flexion for- peuvent être névessaires avant que le clinicien
cée maximum telle qu’une chute accroupie avec le puisse obtenir un examen clinique fiable (autour
pied bloqué sous la fesse. Le mécanisme est rare- de 7-8 jours). Ce délai d’attente peut parfois être
ment direct à la suite d’un accident de la voie pu- plus long que prévu et atteindre jusqu’à 10 à 15
blique et il s’agit rarement d’un accident de sport. jours… Enfin, les ruptures vues tardivement peu-
vent être d’expression clinique faussement rassu-
Le diagnostic de la rupture est avant tout clini- rantes surtout lorsqu’elles ne sont pas complètes.
que. Une douleur aiguë lors du traumatisme, ac- Dans ces situations, l’échographie ou l’IRM éta-
compagnée d’une sensation de claquement ou de blissent le diagnostic lésionnel précis [4].
390
Urgences chirurgicales en pathologie tendineuse du membre inférieur
391
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
toires systémiques (lupus érythémateux dissé- ment des sutures soumises à des tensions plus im-
miné et polyarthrite rhumatoïde), la gonarthrose portantes en flexion.
et l’anémie [6]. Ces facteurs peuvent aussi fa-
voriser les tendinopathies chroniques d’inser-
tion [13] ; Lésions récentes en plein corps
- tendon pathologique (tendinite chronique, ci- tendineux
catrice tendineuse) ;
- facteurs iatrogènes (corticothérapie prolongée, Après recoupe des extrémités du tendon en zone
statines, fluoroquinolones, mobilisation du ge- saine si besoin, il est réalisé une suture bord à
nou sous anesthésie générale, suites d’une pro- bord des deux extrémités du tendon par des points
thèse de genou, prélèvement pour plastie ten- en U de sens opposés avec un fil de gros diamètre.
dineuse) ; Si le moignon distal est insuffisant, le moignon
- prédisposition génétique : des formes ont été proximal est réinséré au bord supérieur de la pa-
décrites chez des vrais jumeaux. tella, préalablement avivé, par des points transos-
seux s’appuyant sur la patella. La solidité de la
réparation est testée par la mise en flexion pru-
Principes thérapeutiques dente du genou.
392
Urgences chirurgicales en pathologie tendineuse du membre inférieur
Lorsqu’il existe un défect tendineux important, tendon calcanéen, le tendon patellaire et le ten-
empêchant une réparation tendineuse directe, des don quadricipital. Le diagnostic de la rupture est
gestes de plastie sont proposés par différents éminemment clinique et doit conduire le plus
auteurs : souvent le patient vers une chirurgie rapide. Ce-
• plastie de retournement du quadriceps ; pendant, certaines situations peuvent empêcher
• cadrage de renforcement à l’aide d’un greffon le clinicien de pratiquer un examen fiable ou peu-
de demi-tendineux ou d’une bandelette de fa- vent être, à l’inverse, faussement rassurantes.
cia lata ; Ces situations doivent faire compléter les investi-
• allongement en V-Y du tendon quadricipital ; gations pour établir un bilan lésionnel précis et
• protection par un pull-out. informer le thérapeute rapidement, car le délai
de prise en charge de la lésion conditionne sou-
vent le résultat fonctionnel. Le traitement des
Conclusion ruptures tendineuses du membre inférieur, si el-
les sont dépistées précocement, donne de bons
Les lésions tendineuses du membre inférieur résultats, ne laissant pratiquement aucune
sont fréquentes et concernent principalement le séquelle.
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393
Complications aiguës
de la chirurgie rachidienne
395
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
396
Complications aiguës de la chirurgie rachidienne
D’autres complications sont spécifiques aux ré- minectomie empêchant un drainage trop aspira-
gions anatomiques traversées par les voies d’abord. tif associé à une déplétion de la tension du LCR,
Dans cet exposé, nous aborderons successivement chirurgie tumorale intralésionnelle où la tumeur
les complications communes à l’ensemble de la continue à saigner en postopératoire, patients
chirurgie rachidienne, les complications de la sous traitement anticoagulants, antiagrégants
chirurgie par voie antérieure et les cas particuliers plaquettaires ou opérés d’une chirurgie hémorra-
des chirurgies percutanées et des chirurgies com- gique responsable de troubles de la coagulation
binées antérieure et postérieure. per- et postopératoire mal équilibrés. Pour qu’un
hématome soit compressif et à l’origine de trou-
bles neurologiques, il faut une communication
Complications aiguës directe entre la zone opérée et le canal spinal
communes à l’ensemble comme après une laminectomie ou une corporec-
de la chirurgie rachidienne tomie. Classiquement, le patient se réveille de
l’anesthésie sans aggravation du statut neurolo-
Complications neurologiques gique préopératoire, puis dans les 24 premières
heures, les douleurs au niveau du site opératoire
Au niveau du rachis cervical, Currier et coll. [9] s’intensifient et s’accompagnent rapidement de
ont analysé la littérature et ont estimé que l’inci- douleurs dans les membres inférieurs associés à
dence de para/tétraplégie apparaissant dans les des troubles sensitifs, puis à un déficit moteur
douze heures suivant la chirurgie était de 0,18 %. d’installation rapide. Le diagnostic est essentiel-
Trois causes de souffrance neurologique radiculo- lement clinique, dès lors que le patient est
médullaire sont à connaître : l’hématorachis com- conscient ou que l’intervention n’a pas entraîné
pressif, la souffrance médullaire par ischémie/ de modifications de l’examen neurologique par
contusion peropératoire, le conflit mécanique en- rapport au statut préopératoire. La réalisation
tre moelle/racine et du matériel (implanté, discal). d’une imagerie de type tomodensitométrie (TDM)
en urgence permet essentiellement d’éliminer un
déficit neurologique dû à une autre cause comme
L’hématorachis compressif un conflit avec du matériel (vis, crochet) qui im-
poserait l’ablation de ce dernier, mais permet
C’est une des complications les plus redoutées, aussi d’orienter fortement vers le diagnostic d’hé-
mais dont les conséquences peuvent être réversi- matorachis compressif. Une IRM permet de
bles si la prise en charge est très rapide. Pour sa mieux visualiser l’hématome et l’effet compressif
survenue, il faut un saignement postopératoire, sur le fourreau dural (fig. 1a et 1b), mais cet exa-
généralement dû à un saignement des veines épi- men n’est pas toujours disponible en urgence. Le
durales ou des tranches osseuses, insuffisamment pronostic d’un hématorachis compressif étant
évacué par le drainage postopératoire rendu inef- corrélé à la rapidité de la réintervention, l’indis-
ficace (obturation d’un drain, perte de vide du ponibilité d’un tel examen d’imagerie ne devant
système…) avec la formation d’un hématome pas retarder la reprise chirurgicale en urgence.
dans la loge opératoire. Sa fréquence de surve- Celle-ci consiste à évacuer l’hématome et à com-
nue varie de 0,1 à 3 % en fonction du type de pléter l’hémostase. Dans la plupart des cas, il
chirurgie. Certaines conditions favorisantes sont s’agit d’un saignement en nappe sans origine
bien identifiées : brèche durale au cours d’une la- authentifiable.
397
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
b
Fig. 1a : Coupe sagittale en IRM séquence pondérée T2 montrant un hématome
postopératoire
Fig. 1b : Coupe horizontale en IRM séquence pondérée T2 montrant la diffu-
sion de l’hématome dans l’espace épidural sous-jacent à la zone de laminecto-
mie responsable d’une compression du sac dural.
398
Complications aiguës de la chirurgie rachidienne
a
Fig. 2a : Vue sagittale en TDM montrant une volumi-
neuse hernie thoracique calcifiée étendue à l’étage sus-
jacent.
Fig. 2b : Vue axiale TDM montrant la sténose canalaire
par la hernie calcifiée.
Fig. 2c : Vue axiale IRM montrant la compression du
fourreau médullaire.
399
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
a b
Fig. 3 : Paraplégie postopératoire immédiate après fraisage d’une calcification thoracique et instrumentation par une voie pos-
térolatérale. L’IRM réalisée en postopératoire immédiat (figure 3a et 3b) coupe sagittale et axiale ne montre pas de volumineux
hématome compressif, ni de conflit avec le matériel. Une contusion médullaire est vraisemblable malgré l’absence d’hypersignal
intramédullaire. Évolution favorable avec récupération neurologique progressive.
400
Complications aiguës de la chirurgie rachidienne
Fig. 4a : Coupe axiale en TDM montrant une Fig. 4b : Coupe axiale en TDM montrant
effraction pédiculaire médiale d’une vis pédiculaire. l’extrémité d’une vis intracanalaire.
401
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
La méningocèle et la pseudoméningocèle
402
Complications aiguës de la chirurgie rachidienne
403
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
404
Complications aiguës de la chirurgie rachidienne
étude portant sur 66.000 patients opérés d’un sympathique cervical, le paquet jugulo-carotidien,
spondylolisthésis par voie postérieure pure pour l’œsophage, le canal thoracique pour les abords
arthrodèse postérieure, les auteurs rapportent un bas. Des lésions de ces structures peuvent générer
taux de mortalité de 0,15 et 13 % de complications des complications aussi variées qu’une dysphagie
aiguës réparties comme suit : hématome (5,4 %), (9 à 10 %), un hématome postopératoire, une dys-
complication pulmonaire (2,6 %), rénale (1,8 %), phonie par atteinte du nerf laryngé récurrent, un
cardiaque (1,2 %), tandis que les infections et les syndrome de Claude Bernard-Horner.
déficits neurologiques représentent moins d’un
pour cent des complications [17]. Cette même étu-
de révèle qu’au-delà de 65 ans, le risque de com- Hématome compressif suffocant
plication croit de 70 % comparativement à la popu-
lation âgée de moins de 65 ans. De même, la pré- L’hématome postopératoire est une complication
sence de 3 comorbidités ou plus augmente pouvant survenir dans 0,2 à 2 % des cas, dans les
significativement le risque de complication aiguë douze premières heures suivant la chirurgie. Cli-
de la chirurgie rachidienne. niquement, le patient présente une dyspnée haute
avec désaturation et sensation d’étouffement liée
à la compression de l’axe aérien par l’hématome.
Complications aiguës de la Le traitement consiste en une évacuation d’urgen-
chirurgie par voie antérieure ce de cet hématome. Devant l’extrême urgence,
aucune imagerie n’est requise.
Contrairement à la voie d’abord postérieure mé-
diane du rachis qui est relativement simple et qui
consiste en un décollement des masses musculai- Dysphonie par atteinte du nerf laryngé
res paravertébrales, l’abord antérieur du rachis récurrent
impose de traverser des régions anatomiquement
variées tels que le cou, le thorax, l’abdomen ou le Elle est liée à la voie d’abord. Elle est le plus sou-
petit bassin. Cela justifie donc de considérer spéci- vent transitoire par neurapraxie, et disparaît géné-
fiquement les complications de la chirurgie anté- ralement après quelques mois de rééducation or-
rieure du rachis. thophonique. C’est pour cette raison que de nom-
breux opérateurs préfèrent aborder le rachis
cervical du côté gauche, car le nerf laryngé récur-
Rachis cervical rent gauche passe sous la crosse aortique et rega-
gne l’axe œsotrachéal plus distalement qu’à droite
La voie pré-sterno-cleido-mastoïdienne est la et, de ce fait, est moins exposé à une lésion. Le si-
voie la plus utilisée pour aborder la partie anté- gne clinique principal est l’apparition d’une voix
rieure du rachis cervical de C2 à T1 ou T2. Aux bitonale en postopératoire.
États-Unis (par exemple), en l’espace de 10 ans
(1990-1999), près de 550 000 arthrodèses cervica-
les antérieures ont été réalisées. Les indications Complications infectieuses et plaies
sont diverses ainsi que les techniques utilisées œsophagiennes
(discectomie avec ou sans arthrodèse intersomati-
que, prothèse discale, corporectomie, etc.). Lors Une infection du site opératoire après une voie
de cet abord, on passe à proximité de structures à antérieure du rachis cervical reste exceptionnelle
risque de lésions : le nerf récurrent, le système et doit faire suspecter en premier lieu une perfora-
405
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
tion de l’œsophage. Celle-ci sera identifiée par un abords thoraciques droits, une lésion du canal tho-
transit œsophagien ou une fibroscopie. Dans cer- racique ou d’une de ses branches peut-être à l’ori-
tains cas, une trachéotomie doit être réalisée chez gine d’un chylothorax.
un patient après une voie antérieure, comme en
cas de tétraplégie haute post-traumatique. La tra-
chéotomie doit alors être retardée au minimum de Rachis lombaire
5 jours par rapport à la chirurgie pour éviter une
contamination de la voie d’abord antérieure en Dans l’étude rétrospective McDonnell et coll.
concertation avec l’équipe de réanimation. [19] sur 447 patients, 31 % ont présenté une com-
plication relative à la chirurgie rachidienne par
voie antérieure, dont 10 % ont eu au moins une
Le syndrome de Claude Bernard Horner complication majeure et 21 % au moins une com-
plication mineure. Dans cette étude, les complica-
Celui-ci est inévitable dans les abords étendus tions majeures étaient réparties comme suit : pul-
de la charnière cervico-thoracique, le patient de- monaires dans 37 % des cas (pneumopathie infec-
vant être prévenu de cette complication qui s’avère tieuse, atélectasie), digestive (1,1 %), infections du
irréversible et gênante sur le plan esthétique, mais site opératoire imposant une reprise chirurgicale
sans conséquence fonctionnelle. (1,1 %), hématologiques (0,9 %), déficits neurolo-
giques postopératoires (0,4 %), génito-urinaires
sévères (0,4 %), cardiaques (0,4 %), hématologi-
Rachis thoracique ques (0,4 %). Les deux décès rapportés dans la sé-
rie sont en rapport avec des complications pulmo-
L’abord antérieur du rachis dorsal se fait par naires. Parmi les complications mineures, les
thoracotomie, thoracoscopie ou par une combinai- auteurs ont rapporté majoritairement des troubles
son de ces deux techniques appelée minithoraco- génito-urinaires dans 42 % des cas (éjaculation ré-
tomie vidéo-assistée. Ces voies nécessitent la ré- trograde majoritairement transitoire) et des dou-
duction de volume du poumon du côté où se fait leurs neurologiques (névralgie intercostale, mé-
l’abord par exclusion pulmonaire. Lors de cet ralgie liée à l’installation). Dans une autre étude
abord, une côte peut être retirée pour permettre prospective sur 304 patients opérés d’un rempla-
une meilleure visualisation du champ opératoire cement discal prothétique lombaire, Blumenthal
et servir de greffon autologue. L’accès au rachis et coll. ont rapporté environ 10 % de complications
peut se faire par voie transpleurale ou, plus rare- liées à la voie d’abord [20]. Il s’agissait de plaies
ment, extrapleurale. Les complications pulmonai- opératoires des veines iliaques ou de la veine cave
res à type d’infection, d’atélectasie, d’épanche- dont il existe beaucoup de variations anatomiques.
ment pleural et de pneumothorax sont fréquentes. La réalisation préopératoire d’une angio-TDM per-
Dans une série de 27 patients opérés par voie met de repérer les niveaux du carrefour aortico-
transthoracique transpleurale pour résection dis- cave et les rapports avec les disques à aborder. Les
cale, Benjamin et coll. a rapporté 19 % de compli- lésions urétérales directes ou des thromboses vei-
cations, la plus fréquente étant dans 15 % des cas neuses postopératoires favorisées par la compres-
[18] une fuite de LCR (voir chapitre “La méningo- sion peropératoire peuvent survenir après certains
cèle et la pseudomingocèle”). Enfin, lors des abords antérieurs.
406
Complications aiguës de la chirurgie rachidienne
407
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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408
Complications aiguës des injections
de produits de contraste
409
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
410
Complications aiguës des injections de produits de contraste
longtemps pour garantir l’acquisition d’images de (Hexabrix 320®, dimère ionique) et un produit mo-
qualité. La détérioration des images après injec- nomérique ionique hyperosmolaire (Isopaque Co-
tion intra-articulaire est due à la résorption du ronar 370®). Le dimère, de plus gros poids molé-
411
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
deux produits non ioniques, contenant une même Les PDC iodés ayant l’AMM arthrographie
concentration d’iode, l’un étant dimérique et iso- sont (tableau II) : Hexabrix® 320, Iomeron® 200,
osmolaire (iotrolan) et l’autre monomérique (io- 300, 350, Iopamiron® 350, Ultravist® 300, Visipa-
hexol). Entre 25 et 50 minutes après injection, la que® 270, Xenetix® 300, Ivepaque® 300 (source
Plusieurs études ont montré que les PDC non io- Lors d’une administration intrathécale (myélo-
niques sont mieux tolérés que les PDC ioniques en graphie, saccoradiculographie) le produit de
intra-articulaire. Les PDC ioniques induisent une contraste diffuse librement du LCR aux espaces
réaction inflammatoire articulaire avec augmenta- extracellulaires et est donc directement en contact
tion significative du taux de leucocytes. Ce phéno- avec les neurones. Le choix du produit dépend de
mène serait à l’origine des réactions douloureuses sa neurotoxicité. Celle-ci est directement liée à l’os-
articulaires après arthrographie. L’adjonction molalité, à son caractère ionique et à l’effet propre
d’adrénaline tend également à majorer cette hy- de la molécule. Les produits de contraste ioniques
perleucocytose [10]. Enfin, la tolérance articulaire sont formellement contre-indiqués. Seuls les pro-
serait meilleure avec les sels de méglumine qu’avec duits de contraste hydrosolubles non ioniques à
les sels de sodium [10, 20]. concentration en iode limitée peuvent être utilisés.
412
Complications aiguës des injections de produits de contraste
Les produits qui ont l’AMM sont : Omnipaque® • l’anaphylaxie est définie comme l’ensemble
(180 et 300), Iopamiron® (200 et 300), Ioméron® des manifestations cliniques graves des réac-
200, 250 et 300, Visipaque® 270 et 320. tions d’hypersensibilité immédiate mettant en
jeu le pronostic vital du patient.
Terminologie Épidémiologie
413
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Les données de la FDA (Food and Drug Adminis- est immédiate, survient après injection d’une très
tration) entre 1990 et 1994 rapportent une inciden- faible quantité de produit (0,5 ml), se traduit par
ce de 193,8 réactions par millions de procédures un prurit, un œdème périorbitaire, une dyspnée
avec les PDC ioniques de haute osmolalité et de modérée qui augmentent progressivement pen-
44,4 avec les PDC non ioniques de basse osmola- dant les 30 minutes suivant l’injection. Costello
lité. Le taux de réactions graves est respectivement [36] signale un cas après arthrographie de la han-
de 37,4 et de 10,5/millions de procédures. L’inci- che. La réaction survient dès la fin de l’injection
dence des décès est de 6,4/millions d’examens intra-articulaire. Elle se traduit par des nausées,
avec les produits ioniques de basse osmolalité ; de des difficultés respiratoires, une brève perte de
3,9/millions d’examens avec les ioniques d’osmo- conscience et un rash cutané [36].
lalité élevée ; de 2,1/millions d’examens avec les
agents non-ioniques de basse osmolalité [25]. Une série française de 1630 arthrographies du
genou réalisées entre juin 1978 et juillet 1982 fait
Les données françaises estiment l’incidence des état de 7 réactions de type allergique [37]. Dans
décès de 3 à 6 par millions de procédures [26]. Ces 6 cas, il s’agit d’une réaction de faible gravité avec
données indiquent qu’il y a moins de réactions sé- simple exanthème prurigineux (urticaire). Un cas
vères avec les produits de basse osmolalité qu’avec est plus grave, survient 25 minutes après l’injec-
ceux de haute osmolalité. Bien que très rares, les tion, se manifeste par un œdème palpébral, un
décès peuvent survenir avec tous les types de prurit généralisé, une bradycardie sinusale à 42,
produits. une hypotension avec pâleur, sueurs et vertiges.
Le patient s’améliore rapidement après prise en
PDC gadolinés charge par un réanimateur.
Les réactions d’hypersensibilité immédiate aux
PDC gadolinés seraient moins fréquentes que cel- Deux enquêtes rétrospectives ont été réalisées à
les aux PDC iodés [27-30]. Une étude rétrospective partir de questionnaires envoyés à des radiologues
aux USA sur 78 353 administrations IV a rapporté spécialisés en imagerie musculosquelettique. Elles
54 (0,07 %) effets indésirables d’allure allergique évaluent les complications sur une série d’environ
dont 74 % considérés comme légers, 19 % modé- 388 000 arthrographies [38, 39].
rés et 7 % sévères [31]. Les cas de chocs anaphy-
lactiques publiés concernent uniquement les in- La première étude concerne une enquête auprès
jections par voie intraveineuse [32-34]. de 57 radiologues qui ont pratiqué environ 126 000
arthrographies [39]. Soixante et un patients ont
développé une urticaire et 6 patients (0,004 %) une
Cas particulier de l’injection intra- réaction sévère avec 4 cas d’hypotension, 1 collap-
articulaire sus vasomoteur avec œdème laryngé et une embo-
lie gazeuse.
PDC iodés
Les données épidémiologiques sur la fréquence La seconde enquête auprès de 180 radiologues
des réactions après injection intra-articulaire d’un ayant réalisé environ 262 000 arthrographies rap-
PDC iodé sont pauvres. porte 3,6 % de complications (n=9 669 cas) [38].
La plupart sont mineures (n=9 594). Parmi les
Des cas isolés ont été rapportés, en particulier complications sévères, il y a 8 cas d’anaphylaxie,
au cours de l’opacification d’une articulation tem- soit 0,003 %. Dans cette enquête, les radiologues
poro-mandibulaire [35]. Dans ce cas, la réaction qui avaient connaissance d’un antécédent de réac-
414
Complications aiguës des injections de produits de contraste
tion sévère après injection intraveineuse chez un Les données de la Base Nationale de
patient ont dans 23 % des cas refusés de réaliser Pharmacovigilance
l’examen par voie intra-articulaire. Les autres ont
fait l’examen après prémédication et avec produit Notre expérience quotidienne des infiltrations,
ionique dans 4 cas, après prémédication et produit arthrographies, épidurographies ou myélogra-
non ionique dans 69 cas ou ont réalisé un examen phies semble différer quelque peu. Pratiquement
alternatif (arthrographie à l’air, au sérum salé, chacun d’entre nous est en mesure de rapporter
arthroIRM). Il n’est pas fait mention dans cet arti- un cas voire plusieurs de réaction d’hypersensibi-
cle de réactions particulières chez les patients qui lité au cours de son expérience professionnelle. Il
ont été réinjectés alors qu’ils avaient fait une pre- s’agit souvent d’urticaire ou d’angio-œdème, mais
mière réaction.
des cas très graves avec arrêt cardiovasculaire
existent et hantent les mémoires.
Quelques données peuvent aussi être retrouvées
dans des séries comparant la qualité de deux types
Pour tenter d’apprécier le nombre de réactions
de produits de contraste. Belli [8] signale deux cas
immédiates qui peuvent survenir à partir des voies
de réactions mineures (nausées et rash cutané)
d’injection intra-articulaire ou périrachidienne, la
parmi une série de 107 arthrographies du genou.
base nationale de Pharmacovigilance a été inter-
Railhac et Brekke, en comparant la tolérance de
rogée en avril 2012. Cette base regroupe l’ensem-
deux produits chez 120 patients, distinguent les
ble des effets indésirables rapportés aux centres
réactions douloureuses immédiates (30 %) des
régionaux de pharmacovigilance, de 1990 à 2012,
réactions retardées (45 %). Seuls deux patients
par les professionnels de santé, sur notification
ont fait une réaction anaphylactique avec prurit et
spontanée ou à partir des consultations d’allergo-
signes nasaux [9].
logie. Cela représente une base de 449 000 dos-
siers. Soixante-deux cas d’effets indésirables ont
L’ensemble de ces données confirme que les
réactions anaphylactiques après injection intra-ar- été recensés avec un produit de contraste adminis-
ticulaire de produits iodés existent, mais sont ra- tré par voie intra-articulaire, ce qui représentent
res. Elles surviennent, comme pour la voie intra- 1,3 % de tous les effets décrits avec les produits de
veineuse, très rapidement, dès la fin de l’injection contraste quelle que soit la voie d’administration.
et après injection d’une très faible quantité de pro-
duit au sein de l’articulation. Elles peuvent être de Trente-deux cas (52 %) sont jugés graves parce
gravité variable, mais sont plus souvent mineures. qu’ils ont nécessité une hospitalisation et dans un
Aucun décès n’est rapporté par cette voie dans la cas un décès est survenu. Ces formes graves cor-
littérature. respondent dans 20 cas à une anaphylaxie, dans
6 cas à des effets neurologiques, dans 3 cas à des
PDC gadolinés effets généraux, dans 2 cas à des effets articulaires
Pour les complexes de gadolinium injectés par (douleurs), dans 1 cas à un effet dit “cutané non
voie intra-articulaire, aucune donnée spécifique allergique”. Les 30 cas (48 %) sans critère de gra-
n’a pu être trouvée. En 2011, Giaconi qui a inter- vité sont dans 21 cas des réactions allergiques,
rogé de J3 à J7 155 patients ayant eu une arthoIRM dans 6 cas des douleurs articulaires, dans 2 cas
avec un mélange de PDC iodé et de Magnevist, in- des réactions cutanées non allergiques, dans 1 cas
dique que des douleurs articulaires surviennent une “langue blanche”. Au total, il y a donc 40 cas
dans 66 % des cas, mais ne signale aucune réac- de réactions allergiques immédiates déclarés à la
tion d’hypersensibilité [40]. pharmacovigilance entre 1990 et 2012.
415
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
416
Complications aiguës des injections de produits de contraste
Tableau III : Classification de Ring et Messmer tes. Une concentration de tryptase supérieure à
13 microgrammes/L signe une activation mastocy-
taire. Les concentrations d’histamine et de trypta-
se sont d’autant plus élevées que la réaction est
grave [42]. Il est recommandé d’effectuer le prélè-
vement dans les 30 minutes suivant les réactions
de grade I ou II et dans les 2 heures qui suivent les
réactions de grade III ou IV [3, 5].
Tests cutanés
417
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Ces tests cutanés recherchent également une La prise en charge en urgence des
sensibilisation ou réactivité croisée avec d’autres réactions anaphylactiques
PDC. Un des PDC négatifs aux tests cutanés pour-
ra être proposé lors d’une injection ultérieure. Par Tous les services ou centres de radiologie sont
contre, tous les PDC qui induisent un test cutané tenus légalement, du fait des injections de produit
positif devront être définitivement exclus. de contraste, de disposer du matériel de réanima-
tion et des compétences pour prendre en charge
une réaction anaphylactique [7, 43, 44].
Les facteurs de risque des réactions
d’hypersensibilité immédiate aux PDC Cela implique d’une part que le personnel médi-
cal et paramédical soit formé et entraîné régulière-
Selon qu’il s’agit de réactions allergiques ou non ment aux mesures à prendre dans une situation
allergiques, on distingue : d’urgence, d’autre part de disposer d’un matériel,
• réactions d’hypersensibilité non allergique : un en parfait état de fonctionnement et de solutions
terrain atopique ou histaminolibérateur (urti- injectables adéquates et non périmées.
caire chronique, dermographisme) favorise
une histaminolibération non spécifique selon Il est impératif de disposer au minimum d’un
le produit de contraste administré et sa vitesse chariot d’urgence (tableau IV), d’une source d’oxy-
d’injection. Ces réactions sont peu sévères et gène, d’un matériel de prise et/ou de monitorage
se limitent à une urticaire localisée ou un de pression artérielle, du matériel pour la mise en
érythème. Elles peuvent être prévenues par place d’une voie veineuse et de solutions pour le
l’administration d’un antihistaminique de type remplissage vasculaire.
H1 et l’utilisation des PDC non ioniques.
• réactions d’hypersensibilité allergique : le seul Tableau IV : Matériel du chariot d’urgence
facteur de risque identifié est un antécédent
de réaction d’hypersensibilité allergique im-
médiate à un produit de contraste. Cela justifie
d’interroger le patient sur ses antécédents
d’injection. La seule question à poser au pa-
tient est donc : “avez-vous déjà eu un examen
avec injection de produit de contraste ?”. Cela
justifie la réalisation d’un bilan allergologique
chez tout patient qui fait une réaction immé-
diate lors d’une injection de PDC. L’asthme,
une réaction anaphylactique à un autre médi-
cament, une réaction allergique immédiate à
la povidone iodée (Bétadine), aux poissons, Le pronostic du patient est lié à la précocité de la
mollusques, crustacés et à un produit de prise en charge autant qu’à sa qualité. Le traite-
contraste gadoliné ne sont pas des facteurs de ment vise à rétablir rapidement les fonctions vita-
risque. Le traitement par bêtabloquant ne les, à éviter l’évolution vers l’arrêt cardiorespira-
constitue pas un facteur de risque de survenue toire et vers des complications anoxiques.
de la réaction immédiate, mais un facteur de
“résistance” au traitement de la réaction À l’apparition des premiers signes, 3 mesures
d’hypersensibilité. s’imposent immédiatement :
418
Complications aiguës des injections de produits de contraste
• arrêt impératif de l’administration du produit L’adrénaline (fig. 3) peut être nécessaire en cas
de contraste, d’hypotension à la dose de 0,01 à 0,02 mg IV tou-
• maintien du patient en position allongée et su- tes les 1 à 2 min en fonction de l’efficacité.
rélévation des membres,
• oxygénation.
Fig. 3 : Préparation de l’adrénaline
419
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
tion précoce et systématique de corticoïdes à la 5 mg dès la seconde injection. Des doses cumulées
posologie de 1 à 2 mg/kg est recommandée en rai- de 50 à 100 mg peuvent être nécessaires.
son de leur effet anti-inflammatoire.
S’il n’y a pas de voie veineuse, la voie endotra-
Pour les réactions de grade IV (tableau VIII) chéale peut être utilisée, mais cela nécessite de
multiplier les doses par 3. L’adrénaline doit être
Il s’agit de la réanimation d’un arrêt cardiaque. préparée avec de l’eau pour solution injectable
Il faut appeler à l’aide immédiatement et commen- pour favoriser l’absorption. Les 10 ml peuvent être
cer la réanimation. injectés dans une sonde d’aspiration introduite
dans la sonde d’intubation trachéale [7].
L’adrénaline est utilisée à la dose de 1 mg toutes
1 à 2 minutes selon l’efficacité, puis à la dose de
Tableau V : Traitement des réactions de Grade I Tableau VI : Traitement des réactions de Grade II
420
Complications aiguës des injections de produits de contraste
La prévention des réactions allergiques Chez un patient qui a déjà présenté une réaction
immédiates immédiate, quelle que soit la voie d’administration
du produit et qui a eu un bilan allergologique, le
Avant toute injection et quelle que soit la voie produit incriminé doit être absolument proscrit
d’administration il faut valider l’indication de l’in- alors que les produits non réactifs aux tests cuta-
jection d’un PDC et évaluer le rapport bénéfice/ nés peuvent être proposés.
risque. Chez un patient qui a fait une réaction immé-
La seule prévention est la non-réintroduction du diate antérieure et qui n’a pas de bilan allergologi-
PDC. que cutané, deux cas de figure sont possibles :
• soit l’examen n’est pas urgent, il faut le repor-
Il est recommandé (tableau IX) de notifier dans ter et pratiquer un bilan allergologique ;
tout compte rendu radiologique le nom du produit • soit l’examen est urgent, il faut privilégier une
utilisé, sa voie d’administration, la posologie pour autre technique d’imagerie, choisir un PDC
assurer une traçabilité, d’indiquer la survenue qui n’a jamais été administré, ce qui sous-en-
éventuelle d’un effet indésirable lors de l’adminis- tend une traçabilité des produits injectés anté-
tration et d’en décrire les signes cliniques. Une let- rieurement. Mais cela n’exclut pas la survenue
tre pourra être confiée au patient décrivant tous d’une réaction. En dernier recours, l’utilisa-
les signes cliniques, la prise en charge thérapeuti- tion des chélates de gadolinium a été proposée
que et précisant le nom et la dose du PDC injecté au scanner, mais la qualité diagnostique de
en vue d’une consultation avec un allergologue. l’examen reste très inférieure.
Tableau IX : Recommandations
Conclusion
421
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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423
Complications aiguës des infiltrations
Les complications aiguës des infiltrations, en gestes invasifs comme les biopsies mammaires,
particulier les complications graves, sont heureu- les réactions vagales ne seraient pas plus nom-
sement rares. Il importe néanmoins de savoir les breuses en position assise que couchée [1].
reconnaître et les prendre en charge. Il faut aussi
et surtout les prévenir en les connaissant au Le site de l’infiltration est aussi un élément à
préalable. prendre en compte, la proximité du nerf vague
pour les infiltrations cervicales est peut-être un
facteur important expliquant la fréquence de ces
Complications générales : réactions lors de ce type d’infiltration.
diagnostic et conduite à tenir
Dans une étude de 2009, Trentman [2] rapporte
Complications vagales huit fois plus de complications vagales pour les in-
filtrations épidurales cervicales translamaires
Les complications vagales ne sont pas l’apanage (249 gestes) que pour les infiltrations lombaires,
des infiltrations, elles peuvent compliquer tout toutes deux effectuées en procubitus. Cela peut in-
soin médical, paramédical ou d’art dentaire. La citer à réaliser les infiltrations cervicales en milieu
réactivité vagale serait plus importante chez hospitalier avec possibilité de prise en charge ra-
l’adulte jeune de sexe masculin. pide des complications vasovagales les plus gra-
ves, même si elles sont transitoires et réversibles.
L’interrogatoire, lors de la prise de rendez-vous
pour une infiltration ou lors de la consultation La prise en charge psychologique ne suffit pas le
avant d’effectuer une infiltration, doit rechercher plus souvent et pour les gestes complexes, en par-
des antécédents de malaise(s) pour des gestes ticulier rachidiens, une prémédication peut être
simples comme des ponctions veineuses, des proposée. Il peut s’agir d’une prémédication an-
points de suture, des soins… voire lors de précé- xiolytique per-os ou par atropine comme celles
dentes infiltrations. L’intensité de la réaction va- administrées avant les ponctions pleurales du su-
gale doit aussi être précisée, du simple malaise jet jeune. Il faut bien entendu respecter les contre-
sans perte de connaissance à la perte de connais- indications des anxiolytiques et de l’atropine
sance avec convulsions, voire à la syncope vraie. (glaucome, hypertrophie prostatique).
La position pour la réalisation des gestes a par- Cette prémédication peut être éventuellement
fois été incriminée comme facteur prédisposant prescrite après consultation d’anesthésie chez les
dans les infiltrations rachidiennes. Pour d’autres patients aux antécédents les plus lourds.
425
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
Des tests de sensibilisation (head-up tilt test) L’étude de l’anatomie vasculaire devra être parti-
permettraient de détecter des patients à haut ris- culièrement attentive lors de l’examen de cette
que de syncope vagale. imagerie en coupes. Rappelons qu’une imagerie
en coupes rachidienne s’intéresse au rachis, mais
En cas de simple malaise vagal (bradycardie, pâ- aussi à son environnement et que les vaisseaux en
leur, soif, hypotension), le retour à la normale est font partie. Les variantes anatomiques ou les cir-
en règle assuré par des mesures simples : surélé- culations de collatéralité rachidiennes devront
vation des jambes et position de Trendelenburg. Si être dépistées. Par exemple, une agénésie de la
la symptomatologie persiste, il faut faire appel aux veine cave inférieure associée à une dilatation des
services d’urgences après avoir posé une voie veines épidurales et lombaires ascendantes est de
d’abord veineuse et administré ¼ de mg d’atropine diagnostic aisé. Les variantes artérielles peuvent
par voie sous-cutanée. être de diagnostic beaucoup plus difficile, en parti-
culier à l’étage lombaire pour les variantes arté-
Le syndrome est, cliniquement, bien différent de rielles à destinée médullaire.
ce qui est décrit ci-dessous.
Normalement, les artères à destinée médullaires
naissent aux étages cervical et thoracique. De
Le syndrome de Tachon nombreuses variantes sont possibles et c’est pour-
quoi les chirurgies rachidiennes thoraciques sont
Décrit par G. Tachon et rapporté quelques an- précédées de cartographies angiographiques. Ces
nées plus tard [3], il se manifeste, dans les suites variations peuvent aussi intéresser l’étage lombai-
immédiates d’une infiltration de corticostéroïdes, re avec des artères provenant des étages lombai-
par de violentes douleurs thoraciques ou de la ré- res supérieurs, mais aussi, beaucoup plus excep-
gion thoraco-lombaire, parfois accompagnées de tionnellement, les étages lombaires bas ou sacrés
signes généraux non spécifiques, notamment de [4, 5].
modifications tensionnelles. Si la présentation cli-
nique peut être impressionnante, cette réaction La rareté de ces variations ne peut faire réaliser
rare est bénigne, d’évolution favorable et ne relève en pratique des cartographies vasculaires avant
que d’un traitement symptomatique. Il serait en les infiltrations lombaires.
rapport avec une diffusion plus ou moins lente du
corticostéroïde dans le système veineux. Ce pour- Des études expérimentales sur modèle animal
rait être en fait une expression plus bruyante de ce ont montré la survenue d’ischémies médullaires
qui est décrit ci-dessous (opinion personnelle). lors des injections de dérivés cortisoniques dans
l’artère vertébrale [6]. Les dérivés cortisoniques
n’auraient pas tous les mêmes capacités d’agréga-
Injections méconnues intravasculaires tion, une fois injectés en intravasculaire. L’isché-
de corticoïdes retard mie en cas d’injection intravasculaire ne serait
d’ailleurs pas le seul type de complication et des
Tout geste d’infiltration rachidien nécessite une hémorragies cérébelleuses ou cérébrales pour-
analyse préalable rigoureuse de l’imagerie en cou- raient compliquer ces injections intravasculaires
pes indispensable à la détermination de la meilleu- en particulier lors d’infiltrations foraminales cer-
re stratégie d’infiltration. vicales [7].
426
Complications aiguës des infiltrations
Tous les dérivés, mais aussi leurs excipients Il ne doit pas y avoir de mobilisation de l’aiguille
n’auraient pas la même neurotoxicité [7]. Les pro- après cette opacification ou alors il faudra la re-
duits disponibles sur le marché français seraient nouveler dans la nouvelle position. Le seul posi-
parmi ceux ayant la plus grande tendance à l’agré- tionnement satisfaisant sur les données d’une
gation intravasculaire [8] et aussi la plus grande coupe tomodensitométrique injectée, sans séquen-
neurotoxicité [7]. L’analyse des accidents neurolo- ce dynamique, ne permet pas d’éliminer une opa-
giques, très rares, compliquant les infiltrations ra- cification d’une structure vasculaire, même de
chidiennes ne devrait cependant pas se limiter aux gros calibre.
corticoïdes injectés, mais aussi à la possibilité
d’associations délétères comme corticoïdes/anes- Les tables les plus récentes surtout avec la tech-
thésiques locaux [9]. nologie capteur plan permettent un enregistre-
ment des différents temps de scopie, ce qui est très
Les anesthésies sont théoriquement à réserver utile lors de la recherche d’une opacification vas-
aux tissus prérachidiens et les tests anesthésiques culaire. Il est aussi facile avec cette méthode de
associés aux infiltrations foraminales et épidura- revoir la séquence d’opacification en cas de doute
les ne présentent pas un rapport bénéfice/risque avant d’injecter les corticoïdes. Toute opacifica-
satisfaisant. tion vasculaire doit entraîner un repositionnement
et une ré-opacification. Si, malgré plusieurs tenta-
La technique d’infiltration, et en particulier la tives de repositionnement, l’opacification vascu-
voie d’abord adoptée pour les foramens explique laire persiste, il apparaît sage de ne pas infiltrer de
peut-être, en dehors du hasard, l’incidence varia- corticoïdes.
ble d’une équipe à l’autre des complications neu-
rologiques liées aux infiltrations foraminales, en Toute technique d’opacification n’offrant pas la
particulier à l’étage lombaire. Les voies d’abord possibilité d’analyse dynamique de diffusion du
postérieures strictes, parallèles à celles utilisées contraste doit être proscrite.
pour les abords épiduraux interlamaires, offrent
théoriquement moins de risque que les abords En dehors de recommandations, l’AFFSAPS et
postéro-latéraux qui se font quasiment dans l’axe les agences nationales européennes devraient
des artères radiculaires. En tout état de cause, les pousser les laboratoires pharmaceutiques à déve-
infiltrations rachidiennes doivent être associées à lopper des corticoïdes injectables non neurotoxi-
une opacification préalable à l’injection de corti- ques en cas d’injection intra-artérielle fortuite.
costéroïdes dans les différents espaces visés par
ces gestes. Cliniquement, une injection fortuite intravascu-
laire de corticoïdes retard doit être suspectée de-
Dans une étude prospective montrant que la vant la survenue de céphalées, d’un flush cervico-
taille du biseau et le calibre de l’aiguille ne modi- facial et d’une poussée hypertensive au décours
fiaient pas significativement le risque d’injection précoce de l’infiltration (1 à 5 mn). Les 2 premiers
intravasculaire accidentelle lors d’injections épi- signes sont en règle résolutifs rapidement (1/2 à
durales transforaminales lombaires, Smuck et 1 heure). L’hypertension doit être prise en charge
coll. rapporte une incidence de 13,9 % d’opacifica- par d’autres praticiens que les radiologistes.
tions vasculaires [10].
427
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
428
Complications aiguës des infiltrations
Giaconi [15] rapporte des chiffres du même ordre sée dans les trois mois qui précèdent la mise en
de grandeur sur 135 patients suivis après place d’une arthroplastie [20]. Il est donc prudent
arthroIRM. Soixante-six pour cent des patients se de ne pas réaliser ce type d’infiltration dans les
plaignent de douleurs ou de gêne d’intensité varia- trois ou six mois qui précèdent l’intervention.
ble dans les 4 à 72 heures qui suivent l’examen.
Mais dans tous les cas, cette gêne survient assez La tolérance de l’injection d’acide hyaluronique
précocement, 12 heures en moyenne après l’exa- a fait l’objet de nombreuses publications en rhu-
men. Pour Saupe [16], la douleur ressentie est la matologie. La viscosupplémentation a pour objectif
plus forte quatre heures environ après l’examen et de restaurer l’homéostasie articulaire par l’injec-
a pratiquement toujours disparu une semaine tion intra-articulaire d’acide hyaluronique exogè-
après. Elle ne dépend pas nettement de l’articula- ne. Les préparations d’acide hyaluronique peuvent
tion concernée, mais semble plus forte chez les être classées selon leur poids moléculaire et le type
patients jeunes. Cette notion de douleur plus forte de préparation. Les préparations à haut poids mo-
chez les patients jeunes est également retrouvée léculaire seraient plus efficaces, mais un peu moins
par Steurer-Dober [17] qui souligne par ailleurs bien supportées. En dehors des arthrites septiques
l’absence de corrélation avec le type de pathologie toujours possibles [21], d’autant que ces injections
ou la notion d’antécédents chirurgicaux. On peut sont parfois couplées avec celle d’un corticoïde, on
donc retenir en pratique que la gêne est fréquente insiste sur les réactions douloureuses parfois sévè-
après injection d’un produit de contraste iodé, as- res qui surviennent au décours de l’injection. La
sez précoce, mais reste le plus souvent discrète tolérance est habituellement bonne. Le pourcenta-
[18]. Toutes les infiltrations intra-articulaires réa- ge de réaction inflammatoire locale est relative-
lisées sous repérage scopique se font en règle gé- ment difficile à quantifier, mais serait plus élevé à
nérale après injection d’une petite quantité de pro- la hanche qu’au genou. Il peut s’agir d’une réaction
duit de contraste pour prouver la bonne position modérée ou parfois d’une réaction inflammatoire
de l’aiguille. pseudoseptique inquiétante. Puttick [22] retrouve
11 % de réactions franchement inflammatoires sur-
Les injections intra-articulaires de corticoïdes venant dans les 24 heures suivant l’infiltration de
retard sont très fréquentes actuellement. Elles sont Synvisc® pour gonarthrose et ayant pu durer trois
parfaitement tolérées si les précautions et contre- semaines avec un grand nombre de cellules dans le
indications locales et générales sont respectées. liquide articulaire prélevé. La mise en évidence de
Les incidents et accidents qui surviennent au dé- microcristaux est inconstante et discutée dans ce
cours d’une infiltration sont de même type que contexte d’arthrose [23]. Une véritable réaction
ceux décrits pour les arthrographies. Une poussée granulomateuse aseptique est possible [24]. Les
congestive de synovite peut être mise sur le comp- réactions seraient d’ailleurs plus fréquentes et sé-
te d’une réaction de l’articulation aux microcris- vères après plusieurs injections [25].
taux. Peu d’études ont évalué le risque d’infection.
Il est estimé à une infection pour 14 000 à 50 000
injections [19]. Il est probablement un peu plus Conduite à tenir
élevé que le risque infectieux d’une arthrographie
puisque la corticothérapie diminue momentané- Les réactions locales sévères sont donc possi-
ment les défenses immunitaires du patient. On bles et sont heureusement beaucoup plus fréquen-
rappellera à ce sujet qu’une injection intra-articu- tes que les arthrites septiques iatrogènes compli-
laire augmente notablement le risque d’infection quant l’infiltration. Ces dernières sont rares, mais
postopératoire lorsque cette infiltration est réali- doivent être craintes en permanence, compte tenu
429
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
de leur gravité pour le patient et des conséquences toire apparaît quelques heures après l’examen
médico-légales éventuelles pour le médecin [26]. alors qu’une arthrite septique apparaît plu-
Trois précautions s’imposent avant, pendant et sieurs jours après), l’existence ou l’absence de
après la réalisation du geste : fièvre, l’importance de la gêne et des signes
• Vérifier avant l’infiltration la bonne indication locaux ainsi que leur évolution. Une réaction
et l’absence de contre-indication. L’indication inflammatoire banale doit disparaître rapide-
est souvent posée par un spécialiste, mais le ment en quelques heures sous repos et antal-
radiologue qui va réaliser le geste a tout à fait giques banals. Au moindre doute, le patient
le droit d’en discuter le bien fondé lorsque l’in- doit être revu en urgence surtout si les signes
dication ne lui paraît pas évidente. Le travail sont apparus plus de deux jours après l’infil-
en équipe représente le gage le plus sûr de tration, s’ils durent ou s’ils s’accompagnent de
bonnes indications. Il faut surtout éliminer fièvre. Il ne s’agit pas obligatoirement d’une
une contre-indication locale représentée par arthrite septique, mais il faut la craindre et
exemple par un mauvais état cutané sur le tout faire pour l’éliminer ou, au contraire, en
siège de ponction. Une infiltration ne repré- faire le diagnostic précocement. Le plus sim-
sente pas une urgence. On a toujours le temps ple est alors de diriger le patient vers une
de demander l’avis d’un collègue dermatolo- structure spécialisée, habituée à ce genre de
gue si une acné, un psoriasis ou un eczéma diagnostic et disposant d’un bon laboratoire
intéressent la zone de ponction. Un problème de bactériologie.
un peu particulier est représenté par une arti-
culation préalablement opérée ou multi-infil-
trée. Il convient alors de se méfier d’une éven- Incidents et accidents hémorragiques
tuelle infection larvée et méconnue évoluant à
bas bruit. Un bilan biologique et un prélève- Précautions chez les patients sous
ment de liquide s’imposent au moindre doute. traitements antiagrégants plaquettaires
Le patient doit naturellement être prévenu et anticoagulants
dans tous les cas avant l’infiltration du risque
très faible, mais non nul d’une complication Il n’y a, en France, aucun consensus sur le sujet.
(consentement éclairé). La Haute Autorité de Santé a néanmoins publié
• L’acte lui-même doit être réalisé avec les pré- des recommandations en avril 2008 sur les procé-
cautions d’asepsie habituelle après nettoyage, dures qui peuvent être réalisées sans interrompre
puis désinfection de la peau. Il convient d’être les anti-vitamines K (lorsque l’INR est comprise
particulièrement vigilant pour les infiltrations entre 2 et 3) [27]. Ceci concerne en particulier les
sous repérage échoguidé qui nécessitent l’uti- actes de rhumatologie de faible risque hémorragi-
lisation d’un kit et d’un gel stérile, ce qui com- que et, en l’occurrence, les infiltrations périarticu-
plique un peu le geste. laires, des articulations périphériques hors coxo-
• La conduite du médecin radiologue en cas de fémorales et les infiltrations canalaires superficiel-
doute sur une éventuelle arthrite septique est les. Les autres situations étant considérées comme
capitale. Le patient doit être informé qu’il doit à risque modéré ou élevé. Il n’est pas fait mention
téléphoner ou consulter au moindre doute. Il des antiagrégants plaquettaires.
s’agit le plus souvent d’une réaction banale
qui disparaît spontanément. Il faut faire préci- F. Berenbaum [28] cite des consensus d’autres
ser le temps écoulé entre l’infiltration et l’ap- pays, en particulier les États-Unis et l’Allemagne,
parition des douleurs (une réaction inflamma- concernant les gestes épiduraux :
430
Complications aiguës des infiltrations
• arrêt des antivitamines K à l’avance, plégie dans les indications des injections radio-
• arrêt des héparines de bas poids moléculaire guidées des rachis lombaire et cervical” (à pro-
12 heures avant le geste et reprise 4 heures pos de 4 observations rapportées aux centres de
après, pharmacovigilance). Il importe donc de relativi-
• pas de contre-indication en cas d’aspirine et ser les choses et de rapporter ces accidents à
autres anti-agrégants plaquettaires. d’autres. Douze cas ont été colligés récemment
[31]. Ce nombre de complications est certaine-
ment sous-estimé ; mais il doit être mis en paral-
En pratique lèle, par exemple, avec le taux de complications
de la chirurgie du sujet âgé [32] : 6 à 80 % de
La survenue d’un incident, voire d’une compli- complications graves à partir de 60 ans ; 10 % de
cation hémorragique est bien rare, même sous mortalité après 80 ans. Quant aux complications
AVK [29]. Peut-être en partie grâce aux précau- des traitements par AINS [33], elles représente-
tions de bon sens mises en œuvre par les prati- raient 20 à 25 % des accidents dus aux médica-
ciens, les recommandations non officielles étant ments, responsables de 1000 à 2000 décès en
multiples et parfois contradictoires. La présence France (16 000 aux USA).
de ce risque hémorragique versus celui d’un arrêt
ou d’une modification du traitement en cours doit ♦ Ultérieurement, datée de mars 2011 et publiée le
être prise en considération, de façon éventuelle- 07/04/2011, une recommandation a été diffusée
ment collégiale. sous forme d’une mise au point (Risque de para-
plégie/tétraplégie lié aux injections radioguidées
Les recommandations de la HAS doivent être de glucocorticoïdes au rachis lombaire ou cervi-
connues ; elles n’empêcheront pas certaines équi- cal) [34]. Il ne s’agit cependant que de recom-
pes de ne pas faire d’infiltrations périphériques à mandations, c’est-à-dire d’avis, de conseils sans
des patients sous AVK ou à d’autres de récuser les caractère contraignant, dont il faut avoir connais-
patients sous antiagrégants. sance et faire son affaire personnelle. Quoi qu’il
en soit, si certaines découlent du bon sens (in-
En cas d’hémorragie extériorisée ou d’hémato- formation du patient, respect de l’AMM dans
me visible, la conduite à tenir est simple : com- l’utilisation des médicaments…), d’autres peu-
pression jusqu’à obtention de l’hémostase et sur- vent être discutées, car peu ou pas argumentées
veillance. Le diagnostic d’une hémorragie profon- (pas d’utilisation d’aiguilles à intramusculaires,
de est plus complexe et repose essentiellement sur pas de cathétérisme des foramens – quelles sont
des signes locaux douloureux et généraux de leurs limites anatomiques exactes ? –, pas d’infil-
déglobulisation. trations sur rachis opéré…
431
Les urgences en pathologie musculo-squelettique
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