En droit administratif, le principe de légalité administrative signifie que
l’administration doit agir conformément à la loi et ne peut s’y soustraire.
Cependant, ce principe connaît des exceptions admises par la
jurisprudence ou prévues par les textes, car il arrive que l’intérêt général
ou certaines situations particulières justifient un assouplissement.
Voici les principales exceptions au principe de la légalité administrative :
1. Les circonstances exceptionnelles
Théorie des circonstances exceptionnelles (Conseil d’État, 28 juin 1918,
Heyriès ; CE, 28 février 1919, Dames Dol et Laurent).
En période de crise grave (guerre, troubles, catastrophes), l’administration
peut déroger temporairement à la légalité normale pour assurer la
continuité de l’État et la sauvegarde de l’ordre public.
Exemple : prise de mesures normalement illégales (restriction des libertés,
non-respect de certaines procédures) mais justifiées par la nécessité.
2. Les actes de gouvernement
Ce sont des actes insusceptibles de recours juridictionnel, considérés
comme hors du contrôle du juge car ils concernent des domaines
politiques sensibles.
Deux catégories principales :
Les relations internationales (signature d’un traité, rupture diplomatique).
Les rapports entre pouvoirs publics constitutionnels (dissolution de
l’Assemblée, organisation d’un référendum).
3. Les immunités juridictionnelles
Certains actes administratifs échappent au contrôle du juge, non parce
qu’ils sont conformes à la légalité, mais parce que la loi ou la Constitution
les immunise :
Lois : par la théorie de la loi-écran, le juge administratif ne peut pas
contrôler la conformité d’un acte administratif pris en application directe
d’une loi à la Constitution.
Actes parlementaires internes (ex. règlement intérieur d’une assemblée)
qui relèvent d’une autonomie institutionnelle.
4. La théorie de l’écran législatif (loi-écran)
Posée par CE, 1936, Arrighi.
Lorsque l’administration agit sur le fondement d’une loi, le juge
administratif ne peut pas apprécier la constitutionnalité de cette loi.
Donc, le contrôle de légalité est bloqué par l’existence de la loi.
5. Le pouvoir discrétionnaire de l’administration
Dans certains domaines, la loi laisse une marge d’appréciation à
l’administration.
Le juge ne peut contrôler que l’erreur manifeste d’appréciation, pas
l’opportunité des décisions (ex. maintien de l’ordre, pouvoir disciplinaire).
Ce n’est pas une absence totale de légalité, mais un assouplissement.
6. Les mesures de police administrative spéciale
Certaines polices spéciales confèrent des pouvoirs exorbitants à
l’administration (ex. état d’urgence, état de siège, police sanitaire).
Elles peuvent limiter plus fortement les libertés que la police
administrative générale, en vertu de textes spécifiques.
✅ En résumé : le principe de légalité administrative n’est pas absolu. Les
principales exceptions viennent des circonstances exceptionnelles, des
actes de gouvernement, de la loi-écran, de certaines immunités
juridictionnelles, du pouvoir discrétionnaire, et des polices spéciales.