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Rédaction des certificats médicaux en médecine légale

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Médecine légale

Q8

Certificats médicaux.
Décès et législation.
Prélèvements d’organes
et législation.
DR Sophie GROMB
Service médecine légale, groupe hospitalier Pellegrin, 33076 Bordeaux Cedex.

Points Forts à comprendre du patient, à communiquer au médecin-conseil de l’or-


ganisme de Sécurité sociale dont il dépend, ou à un autre
médecin relevant d’un organisme public décidant de
• Les médecins jouent un rôle social l’attribution d’avantages sociaux, les renseignements
extrêmement important en rédigeant médicaux indispensables.
des certificats dans différentes circonstances Le secret médical n’est pas opposable au patient.
de la vie. Ces documents produisent des effets
juridiques majeurs, comme la détermination
des tribunaux compétents en matière de violence Règles de rédaction des certificats
à autrui, ou l’ouverture de la succession Le médecin doit obligatoirement mentionner son nom,
en cas de décès. ses qualités et son adresse (avec la mention de la qualité
• Ils visent également à faire valoir les droits de remplaçant le cas échéant), ainsi que les nom et prénom
des patients en donnant lieu à l’attribution de l’intéressé(e). Il doit énoncer les dires de l’intéressé(e)
de prestations sociales, de pensions d’invalidité sans les reprendre à son compte. Il doit ensuite décrire
ou de remboursement de frais médicaux, l’état du patient ou la nature de ses constatations objectives
pour ne citer que ces quelques cas. puis dater et signer.
• Le corollaire de ce rôle est la responsabilité Un médecin ne doit en aucun cas établir un certificat
de chaque praticien qui rédige un certificat. sans avoir examiné le sujet.
Il importe donc de connaître précisément Le certificat doit être remis au malade seulement, ou au
la séméiologie des lésions que l’on décrit. représentant légal d’un incapable juridique (mineur ou
En outre, le respect de la personne, de sa dignité majeur sous tutelle), ou aux ayants droit en cas de décès.
et de l’intégrité humaine doivent être protégés
en vertu du droit en vigueur dans notre pays 1. Contenu du certificat
dont il convient de connaître les principales Le certificat fait une description de l’état du sujet en préci-
dispositions en la matière. sant les symptômes rapportés, les pathologies ou les lésions
constatées, et le résultat des examens complémentaires.
Les conclusions médico-légales sont établies en fonction
Certificats médicaux des cas.
• En cas d’accident de travail : le médecin doit utiliser
Les médecins sont tenus dans l’exercice de leurs fonctions le formulaire spécifique fourni par les caisses de
de rédiger de nombreuses attestations et certificats relatifs Sécurité sociale. Il établira ce certificat initial en double
aux « constatations médicales qu’ils sont en mesure de exemplaire pour en donner un au blessé et en envoyer un
faire ». Certains sont prescrits par les textes législatifs et dans les 48 h aux caisses de Sécurité sociale. Si le
réglementaires (art. 76 du code de déontologie médicale), patient a un arrêt de travail, une des parties du certificat
alors que d’autres sont directement demandés par les médical est remise à l’employeur, sans qu’il y soit noté
patients, libres d’en faire tout usage. Selon l’article 50 du les éléments médicaux.
code de déontologie : « le médecin doit faciliter l’obtention Un médecin doit toujours rester dans son domaine de
par le patient des avantages sociaux auquel son état lui compétence propre. À titre d’exemple, ce n’est pas à lui
donne droit ». À cette fin, il est autorisé, sauf opposition de donner un avis sur une aptitude à un poste de travail.

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C E RT I F I C AT S M É D I C A U X . D É C È S E T L É G I S L AT I O N . P R É L È V E M E N T S D ’ O R G A N E S …

Tout médecin peut être requis par la police ou la gendar- du certificat, sans tenir compte des allégations de la victime.
merie pour examiner un patient ou faire un prélèvement Il ne faut jamais rédiger au présent de l’indicatif ce dont
sanguin. Le refus d’obéir à une réquisition est puni par on n’est pas directement témoin.
la loi. En revanche, si la mission fait appel à un raison- • Déclaration obligatoire de certaines maladies : il
nement médical comme « donner son avis sur l’origine existe une liste de maladies à déclaration obligatoire en
des blessures », le médecin traitant doit refuser la réqui- fonction des impératifs de sécurité et de santé publique
sition pour des raisons déontologiques : on ne peut être (art L. 3113-1 du CSP). La liste actuellement en vigueur
médecin traitant et expert à la fois. est fixée par le décret no 2000-910 du 5 octobre 2001.
• En cas de certificat initial de blessures : le médecin Certaines maladies sont déclarées nominativement ; le
établit une éventuelle incapacité temporaire totale de cas échéant, l’information est adressée à un médecin
travail (ITT) en nombre de jours, sous réserve de com- seulement dans le respect du secret médical.
plications ultérieures. Les parties du corps concernées
par l’atteinte doivent être précisément mentionnées, car 2. Certificats spéciaux en cas de troubles
ce document servira ultérieurement de preuve médico- mentaux
légale. La formule « lésions multiples » doit être proscrite Un patient peut avoir besoin d’une protection juridique
car dépourvue de toute valeur. De la même façon, il pour assurer les actes de la vie civile, en raison d’une
convient de respecter la terminologie séméiologique des pathologie somatique ou mentale, qu’il soit ou non
ecchymoses, hématomes, dermabrasions afin de réaliser hospitalisé.
des descriptions précises. Ces différentes lésions peuvent Dans un tel cas, tout médecin peut faire une déclaration
être datées, le cas échéant en fonction de leur couleur et au procureur de la République pour faire protéger son
de leur aspect. patient. Ce dernier sera dès lors placé sous sauvegarde
Toute gêne physique, psychique et intellectuelle est de justice, qui est une mesure provisoire permettant
constitutive d’incapacité. L’appréciation se base sur la d’annuler certains actes juridiques a posteriori. Cette
gêne qu’éprouve le patient dans la réalisation des actes mesure devient spontanément caduque en l’absence de
de la vie courante et elle est indépendante de l’activité toute autre action au bout de 2 mois. Le médecin peut
professionnelle. Il faut bien comprendre qu’il ne s’agit aussi écrire au juge des tutelles qui diligentera une
pas de l’amputation totale de toute capacité, mais de expertise par un spécialiste figurant sur une liste ad hoc,
l’amputation de la capacité totale d’un individu. En en vue de prendre une mesure de protection plus impor-
d’autres termes, point n’est besoin que la victime soit tante, comme la curatelle ou la tutelle, pour des
totalement immobilisée pour être en ITT. personnes qui ont respectivement besoin d’être assistées
Cette ITT admet 2 acceptions différentes selon qu’il ou représentées dans tous les actes de la vie civile.
s’agisse d’une indemnisation du préjudice (la responsabilité Enfin, certains patients ont besoin de soins et ne sont
civile représente 80 % du contentieux) ou d’organiser la pas aptes à y consentir. Ces situations sont prévues par
répression de la violence (appréciation pénale). Dans ce la loi du 27 juin 1990 qui détermine 2 régimes excep-
cas seulement, le patient aura clairement indiqué le tionnels : l’hospitalisation à la demande d’un tiers et
contexte de sa demande de certificat ou le médecin sera l’hospitalisation d’office. Dans le premier cas, le médecin
requis par un officier de police judiciaire ; il convient de atteste que les troubles rendent le consentement impossible
connaître la règle suivante : et que l’état impose des soins immédiats et une surveillance
– en cas de blessures commises volontairement, une à l’hôpital. Dans le second, il certifie que les troubles
ITT pénale supérieure à 8 j est constitutive d’un délit, mentaux compromettent l’ordre public et la sûreté des
alors qu’elle ne détermine qu’une simple contraven- personnes.
tion pour une durée inférieure ou égale à 8 j ;
– en cas de blessure involontaire, la même règle repose Sanctions
sur un seuil de 3 mois. En aucun cas le médecin ne
doit se poser en justicier ; il doit rester descriptif et Comme tout acte professionnel, la rédaction de certificat
neutre. C’est au magistrat de qualifier l’infraction et peut engager la responsabilité d’un médecin sur le plan
non au médecin. D’ailleurs, le premier n’est pas lié pénal, indemnitaire ou disciplinaire.
par les conclusions du second ; À titre d’exemple, un médecin doit refuser la délivrance
– des certificats de prolongation peuvent être délivrés ; d’un certificat médical si la demande lui paraît abusive
ils doivent porter la précision du rapport avec les faits ou douteuse ou si les faits attestés doivent être déformés.
de telle date ou l’accident de telle date. Lorsque l’état Le cas échéant, il informe le patient des raisons de son
du patient n’est plus susceptible d’aucune amélioration, refus.
il est consolidé, ce qui donne lieu à un nouveau certificat. Toute attestation de faits inexacts, dissimulés ou faux
• En cas d’agression sexuelle : la même neutralité est concernant une maladie, une infirmité ou une grossesse,
de rigueur. Mieux vaut orienter la victime vers un spé- ou toute indication mensongère sur l’origine d’une
cialiste si on ne sait pas faire ce type d’examen (il faut maladie ou d’une infirmité, ou sur la cause d’un décès
s’assurer de l’effectivité du relais par un spécialiste et est constitutive d’un délit. De plus, une partie lésée
non se contenter de renvoyer la victime). La meilleure (organisme social ou assurance) est en droit de réclamer
attitude est de rester strictement descriptif dans la rédaction des dommages et intérêts.

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Médecine légale

Décès et législation Il prendra soin d’enlever toute prothèse fonctionnant


avec une pile avant l’inhumation ou de porter cette pré-
La mort est l’un des événements les plus importants de cision sur le document.
la vie. Parmi ses effets les plus marquants, on peut citer Lorsque les causes de la mort sont de nature violente
la fin des poursuites pénales, la dissolution du mariage (plaie par arme, accident, suicide), suspecte (signes de
ou la disparition du droit de vote, ou encore le terme la mort incohérents comme des lividités paradoxales ou
d’un contrat d’assurance au profit du bénéficiaire. une rigidité rompue, des traces de violence) ou inconnue
Pour toutes ces raisons, il est indispensable d’établir (sujet trop jeune pour mourir naturellement et non
officiellement la mort, mais nous verrons que la volonté connu comme atteint d’une affection), le médecin doit
du défunt continue de produire des effets après le décès cocher la case « obstacle médico-légal » sur le certificat
en étudiant le devenir du corps. de décès.
Cet obstacle médico-légal vise à attirer l’attention du
Détermination de la mort procureur de la République qui peut seul décider des
suites à donner et délivrer le permis d’inhumer.
L’acte de décès est dressé par l’officier d’état civil de la Le médecin ne doit en aucun cas refaire le certificat de
commune où a eu lieu le décès, sur la déclaration d’un décès sous peine de rédiger un faux.
parent ou d’une personne possédant les renseignements Le fait de signaler un obstacle médico-légal n’implique
les plus exacts et complets possibles (art. 78 du Code civil). pas ipso facto qu’il y aura une autopsie médico-légale,
En cas de décès en établissement sanitaire, c’est le res- tout comme le procureur peut décider d’ordonner une
ponsable de cet établissement qui s’acquitte de cette telle expertise en dehors de cette mention sur le certificat
obligation. de décès (opportunité des poursuites).
Aucune inhumation n’est possible sans un certificat de Certaines villes ont désigné un médecin d’état civil pour
décès rempli par un médecin. se prononcer sur l’ensemble de ces éléments, de façon à ne
Ce certificat doit au minimum attester que « la mort est pas interférer ni être influencé par les relations qui peuvent
réelle et constante » en se basant sur les critères suivants. exister entre un médecin de famille et ses patients.
En cas de maladie professionnelle, accident du travail,
1. Décès en dehors d’un service de réanimation ou accident de trajet, la sauvegarde des intérêts des
Les critères sont définis par le décret du 2 décembre 1996 : ayants droit commande parfois de cocher la case obstacle
absence totale de conscience et d’activité spontanée ; médico-légal dans la mesure où seule une autopsie per-
abolition de tous les réflexes du tronc cérébral ; arrêt mettra d’établir un lien de causalité entre l’accident ou
cardiaque et absence totale de toute ventilation spontanée. la maladie et le décès. Il faut savoir que bien souvent, le
En réalité, l’arrêté du 24 décembre 1996 prévoit 2 certi- fait d’inhumer rapidement les défunts sans autopsie
ficats de décès différents : un pour les décès des nourris- contraint les ayants droit à demander au tribunal de
sons jusqu’à 27 j de vie, et un à partir du 28e j. Toute grande instance de faire procéder à une exhumation aux
naissance d’un enfant porté en gestation pendant plus de fins d’autopsie, ce qui est onéreux et traumatisant pour
180 j doit être déclarée. la famille.
Si l’enfant décède ensuite, l’officier d’état civil dresse • La partie médicale : les états morbides doivent être
un certificat de naissance et un certificat de décès. Si mentionnés, ainsi que les processus physiopathologiques
l’enfant ne vit pas, un certificat d’enfant sans vie est ayant abouti au décès. Les éventuelles exogénoses doivent
dressé. être précisées. Si la cause est inconnue, la case obstacle
Ces certificats comprennent une partie administrative médico-légal doit être cochée.
ouverte et une partie médicale, anonyme et fermée, servant Cela indique que l’on ne doit pas signer un certificat de
aux enquêtes épidémiologiques effectuées par l’INSERM. décès pour un sujet sur lequel on n’a aucun élément
• La partie administrative comprend la date et l’heure médical ou d’anamnèse. Il faut, au minimum, contacter
du décès. Lorsque celle-ci est inconnue, il faut écrire le médecin traitant habituel si l’on ne connaît pas le sujet.
« paraissant remonter à… ». Le médecin qui constate le Les causes d’un décès sont couvertes par le secret médical.
décès doit également se prononcer sur l’état du corps et Toutefois, la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des
indiquer si celui-ci peut être repris à domicile sans cercueil malades et à la qualité du système de santé, permet de
ou s’il convient, pour des raisons d’ordre sanitaire et révéler les causes d’un décès aux ayants droit dans la
psychologique, qu’il soit mis en bière immédiatement. mesure où cela leur est nécessaire pour faire valoir leurs
De la même façon, il se prononce sur l’opportunité de droits, sauf volonté contraire exprimée par la personne
faire des soins de conservation. En tout état de cause, avant son décès.
une personne décédée d’une maladie visée par l’article Les soins de corps, la crémation ou le transport du corps
2 de l’arrêté du 20 juillet 1998 [orthopoxviroses, choléra, sont suspendus en cas d’obstacle médico-légal, de maladie
peste, charbon, fièvres hémorragiques virales, hépatite professionnelle ou d’accident du travail (jusqu’à déli-
virale, rage, infection par le virus de l’immunodéficience vrance du permis d’inhumer). Il est également important
humaine (VIH), maladie de Kreutzfeldt-Jakob] ou de de suspendre les opérations si le sujet est titulaire d’une
tout état septique grave ne peut faire l’objet de soins de pension militaire pour que les ayants droit jouissent de
conservation et doit être inhumée en cercueil hermétique. la pension de conversion.

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2. Décès dans un service de réanimation 1. Sépulture


Les patients en réanimation ont des fonctions hémody- Chacun décide des conditions de ses funérailles ; en par-
namique et ventilatoire maintenues artificiellement, de ticulier du caractère civil ou religieux et du mode de
sorte que l’arrêt cardiaque ne peut être considéré sépulture, à condition que ce ne soit pas à l’encontre de
comme le signe de la mort. Le critère de décès est celui la loi et de ne pas porter atteinte à l’ordre public et aux
de la mort cérébrale, synonyme de l’abolition définitive bonnes mœurs. Ce souhait peut être exprimé par voie
de tout métabolisme et de toute fonction du cerveau, testamentaire ou orale.
malgré la persistance d’une activité cardiaque. Elle cor- Toute personne peut ainsi demander que sa dépouille
respond à l’arrêt de la perfusion cérébrale sanguine qui reçoive des soins de conservation, un moulage de corps,
entraîne un processus de nécrose ischémique de l’encéphale. une autopsie en vue d’embaumement, une crémation ou
Cela supprime brutalement la régulation du système une inhumation, voire une cryogénisation, à condition
nerveux central sur l’homéostasie (c’est-à-dire la stabili- de respecter certaines règles du Code des communes.
sation des constantes biologiques) ventilatoire, circulatoire, L’inhumation doit intervenir dans un délai compris entre
thermique, endocrinienne et hydro-électrolytique. Le 24 h et 6 j suivant le décès, sauf en cas de maladie conta-
rôle de la réanimation est de pallier les désordres dus à gieuse ou de décomposition avancée du cadavre (médi-
cette absence de régulation. Cette entité ne peut donc calement attestée par le médecin qui rédige le certificat
être maintenue qu’en suppléant aux fonctions vitales. de décès). Les inhumations ont lieu dans des endroits
Cependant, malgré la réanimation, la mort de certaines autorisés assurant la salubrité et l’hygiène. On peut tou-
cellules et structures, particulièrement sensibles, est iné- tefois demander à être enterré dans une propriété privée
luctable. C’est pourquoi le temps est compté pour effectuer (elle doit être distante d’au moins 35 mètres de la ville la
des prélèvements d’organes en vue de greffes. Tous les plus proche) sous réserve de se soumettre à l’autorité de
prélèvements doivent être réalisés dans les conditions la police et à la surveillance du maire.
décrites (v. infra), à l’exclusion de la cornée, l’os cortical Pour ce qui concerne l’incinération, elle doit être réalisée
et la peau qui peuvent être prélevés en dehors de la dans un crématorium dûment autorisé par les autorités
réanimation, éventuellement dans les chambres funéraires. sanitaire et préfectorale, à condition que la mort ne pose
Il faut bien être conscient que la mort du cerveau équivaut pas de problème médico-légal.
de façon irrémédiable à la mort de l’individu. Même si
cela est difficile à conceptualiser lorsqu’on est en pré- 2. Don du corps
sence d’un corps humain que l’on voit, objectivement, Il est possible de faire « don de son corps à la science ».
respirer et dont le cœur est encore animé de battements. Dans ce cas, le don doit se faire par écrit à une faculté de
Pour les personnes assistées par ventilation mécanique médecine, en prenant soin de régler les formalités et les
et qui conservent une fonction hémodynamique, le frais de transport du corps de son vivant. Dès lors, l’éta-
constat de mort ne peut être établi que si les 3 critères blissement légataire deviendra propriétaire et « gardien »
cliniques évoqués ci-dessus sont réunis avec une vérifi- du corps, devenu objet scientifique. Mais, en se basant
cation par épreuve d’hypercapnie de l’absence de venti- sur le même fondement, n’importe qui peut, au contraire,
lation spontanée, et si un examen paraclinique atteste le refuser que l’on porte atteinte à l’intégrité de sa future
caractère irréversible de la destruction encéphalique dépouille (sauf réquisition judiciaire pour préserver
(mort cérébrale). l’ordre public).
Le décret du 2 décembre 1996 prévoit 2 procédés : Il ne faut pas confondre les dons de corps et les prélèvements
• soit 2 électroencéphalogrammes (EEG) nuls et aréactifs, d’organes à but thérapeutique qui ne sont pas régis par
réalisés à 4 h d’intervalle sur une durée d’enregistrement les mêmes législations (v. infra).
de 30 min, en l’absence de tout médicament dépresseur
3. Autopsie
du système nerveux central et d’hypothermie ;
• soit une angiographie cérébrale objectivant l’arrêt de Une autopsie consiste à ouvrir et à examiner le corps
la circulation encéphalique. d’un défunt pour connaître les causes de la mort. Il existe
Le constat de décès mentionne le résultat de ces examens des autopsies effectuées pour défendre des intérêts
complémentaires et doit être signé par 2 médecins : le radio- civils, sociaux ou l’ordre public.
logue qui a procédé à l’angiographie ou le neurologue qui a Dans certains cas, les ayants droit ou les organismes de
effectué l’électroencéphalogramme, et un autre médecin protection sociale ont intérêt à faire pratiquer une autopsie
du service, qui ne doivent en aucun appartenir à l’équipe pour connaître l’imputabilité du décès. C’est le cas par
des préleveurs ni à celle des transplanteurs d’organes. exemple des assurances lors d’un accident mortel ou de
suicide (qui est souvent une cause d’exclusion des
Devenir du corps garanties). La famille du défunt peut évidemment s’op-
poser à l’autopsie, mais elle perd ses droits ipso facto, ce
Tout individu a la possibilité de formuler des vœux qui n’est pas son intérêt.
concernant le sort de sa dépouille mortelle : c’est la De même, lorsqu’un décès survient sur les lieux du travail,
liberté des funérailles. Il peut ainsi décider, par anticipation, il « bénéficie » de la présomption d’origine et il est réputé
de la nature de sa sépulture, de donner son corps à la être la conséquence de l’accident du travail jusqu’à
science ou de subir une autopsie. preuve du contraire. La caisse de Sécurité sociale peut

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Médecine légale

donc demander une autopsie si elle juge que le lien de Par opposition aux règles du consentement à l’acte
cause à effet entre l’accident et le décès n’est pas claire- médical en général, le consentement d’un donneur d’or-
ment établi ; les ayants droit peuvent aussi solliciter cette ganes est formel et dépend de son statut juridique.
autopsie (art.L 442-4 du code de Sécurité sociale) ou la • Une personne majeure et capable doit recevoir une
refuser mais ils perdent le bénéfice de la présomption et information mettant en exergue les risques physiques et
leur rente. psychologiques qu’elle encourt, ainsi que les bénéfices
Enfin, la protection de l’ordre public peut conduire à potentiels attendus de la greffe chez le receveur.
faire pratiquer une autopsie médico-légale pour instruire Le consentement est recueilli de façon formelle par un
les causes de la mort. Dans ces cas, l’autopsie est donc magistrat du tribunal de grande instance (TGI) désigné
imposée à la famille qui ne peut pas s’y opposer. Des exhu- par le président, ou en cas d’urgence vitale par le procu-
mations peuvent être ordonnées pour les mêmes motifs. reur de la République. Le magistrat ne se contente pas
En cas de mort de cause inconnue ou suspecte, le procu- d’enregistrer le consentement ; il doit s’assurer que le
reur de la République peut se rendre sur les lieux ou donneur a bien reçu une information préalable pertinente
déléguer un OPJ (officier de police judiciaire) et se faire et intelligible sur les risques et bénéfices de l’intervention.
assister d’une personne capable pour apprécier la nature Les risques graves doivent être annoncés, même s’ils
des circonstances du décès [article 74 du Nouveau code sont exceptionnels. Une minute (copie de l’acte) est
de procédure pénale (NCPP)]. Enfin, en cas de crime ou conservée au tribunal de grande instance, et un double
de flagrant délit, n’importe quel médecin peut directe- est transmis au directeur de l’établissement dans lequel
ment être requis en application de l’article 60 du code de le prélèvement est effectué.
procédure pénale et il est tenu de déférer aux réquisi- • Si le donneur est un mineur, il ne peut être fait qu’un
tions de l’autorité publique (art. L 367 CSP). Son refus prélèvement de moelle osseuse uniquement, et seulement
est passible d’une contravention de 2e classe (CP R 30.12). au bénéfice d’un frère ou d’une sœur. Le consentement
Par contre, les autopsies médico-légales sont réalisées formel de chaque titulaire de l’autorité parentale ou du
par des spécialistes. Une autopsie doit toujours être représentant légal est donné devant un magistrat, puis le
complète. Elle comprend un examen externe à la directeur de l’établissement saisit le comité d’experts
recherche de traces de violence, puis la dissection minu- territorialement compétent (il y en a 7 en France). Le comité
tieuse de tous les organes intrathoraciques, intra-abdo- procède à l’audition du mineur capable de discernement
minaux et intracrâniens. L’expert peut également réaliser et instruit le dossier en procédant à toute demande d’ex-
des examens complémentaires comme des radiographies, plications, écrites ou orales, aux médecins préleveurs.
des prélèvements pour analyses toxicologiques (recherche Le comité se compose de 3 personnes : un médecin non
de produits toxiques dans l’organisme), anatomopatho- pédiatre de l’établissement, un pédiatre, une personne
logiques (étude des tissus sous microscope) ou autres. Il hors du milieu médical, choisie pour sa compétence en
établit enfin un rapport qu’il peut éventuellement être psychologie et dans la protection des enfants.
amené à présenter personnellement à l’audience du tribunal Pour être valables, les délibérations ne peuvent se faire
en qualité de « sachant ». qu’avec le quorum. Il y a 3 experts suppléants. Les décisions
sont prises à la majorité, écrites et signées par les
membres, puis transmises aux titulaires de l’autorité
Prélèvements d’organes et législation parentale et au directeur de l’établissement du lieu de
prélèvement. Un refus n’a pas à être motivé. Il ne peut
Les lois du 29 juillet 1994, dites lois de bioéthiques, être passé outre le refus de l’enfant.
encadrent les prélèvements d’organes réalisés sur un Aucun prélèvement ne peut être effectué sur un majeur
patient. Elles posent notamment les principes du protégé.
consentement du donneur, de la gratuité et de l’anonymat
du don (sauf entre vifs ; v. infra) dans le respect des Consentement présumé
règles de sécurité sanitaire. d’une personne décédée
Le corps humain est inviolable (art. 16-1 du Code civil).
Hormis le cas où son état rend nécessaire une intervention Les prélèvements sur des personnes décédées peuvent
thérapeutique à laquelle il n’est pas à même de consentir, être effectués à des fins thérapeutiques ou scientifiques.
le consentement du patient, ou plutôt son assentiment Le principe est celui de la présomption de consentement
préalable, est donc nécessaire (art. 16-3 du Code civil). du défunt, même si l’on parle de « don » d’organes.
Le refus peut être exprimé sur le registre national auto-
Consentement exprès matisé prévu à cet effet (décret du 30 mai 1997) : toute
chez une personne vivante personne âgée de plus de 13 ans peut manifester son
refus ou le révoquer par voie postale auprès de l’Établis-
Un prélèvement ne peut être effectué sur une personne sement français des greffes (EFG) en justifiant de son
vivante que dans l’intérêt thérapeutique direct du rece- identité. Tous les prélèvements sont visés par la loi, sauf
veur. Le receveur doit être un ascendant, un descendant les autopsies médico-légales ordonnées par l’autorité
ou un collatéral (sauf pour la moelle osseuse) ou, en cas judiciaire. Le refus porte sur la totalité des prélèvements
d’urgence, le conjoint. et ne peut être électif.

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Avant de procéder à un prélèvement, le directeur de En revanche, pour les recherches à des fins exclusive-
l’établissement, ou une personne qu’il aura habilitée à ment scientifiques, le témoignage de la famille doit être
cet effet, interroge le registre après établissement du recherché (obligation de résultat).
constat de décès. L’interrogation est datée, signée et En ce qui concerne les incapables juridiques, seuls les
adressée par télécopie au Registre national des refus. prélèvements en vue de dons c’est-à-dire à finalité théra-
L’Établissement français des greffes assure la promotion peutique, peuvent être effectués avec consentement écrit
et l’information du don par le biais de formulaires d’ins- des représentants légaux ; aucun autre prélèvement n’est
cription et de documents d’information mis à la disposition possible.
du public dans les pharmacies d’officine ainsi que d’une S’agissant de mineurs, des prélèvements scientifiques
carte de donneur. La circulaire insiste sur le fait que sont réalisables avec le consentement d’un des titulaires
cette carte n’est pas un document obligatoire pour mani- de l’autorité parentale. ■
fester son accord, le régime étant celui du consentement
présumé.
Bien que la loi n’évoque que le registre informatisé pour
POUR EN SAVOIR PLUS
témoigner de son refus, tout moyen est opposable (droit
commun de la preuve) comme un document glissé dans Gromb S, Cochez F, Grosleron-Gros N. L’incapacité temporaire
totale consécutive à des violences. Concours Med 2001 ; 123 : 926-9.
les papiers d’identité qui seront de toute évidence
consultés. Mais les médecins ne sont tenus de consulter Gromb S, Gilleron E, Quatrehomme G. Don du corps à la science :
que ledit registre automatisé. règles générales et modalités pratiques. Concours Med 2001 ;
123-7 : 474-8.
• Pour un prélèvement thérapeutique, le consentement
du défunt est présumé ; il lui est donc permis de s’opposer, Malicier D. Certificat de décès et diagnostic d’une mort violente.
de son vivant, à tout prélèvement en s’inscrivant sur le Rev Prat 2002 ; 52 : 719-22.
registre automatisé des refus. Mort : constatation et autopsies. Dictionnaire permanent de bio-
La loi stipule toutefois que lorsque le médecin n’a pas éthique et biotechnologies., Éditions législatives.
directement connaissance de la volonté du défunt, il doit
Organes humains. Dictionnaire permanent de bioéthique et bio-
s’efforcer de recueillir le témoignage de sa famille. Il technologies. Éditions législatives.
s’agit là d’une obligation de moyens et non de résultat,
et le dossier médical doit impérativement contenir la Roure-Mariotti MC. Formulaires administratifs et certificats
médicaux. Paris : Masson.
trace horodatée de ces recherches.
Les prélèvements sont effectués à partir du constat de
mort cérébrale (sauf l’os, la cornée et la peau) et les
médecins procèdent à une restauration tégumentaire soignée. Points Forts à retenir
Le corps est rendu à la famille qui peut procéder norma-
lement aux opérations funéraires. • Les certificats médicaux sont des documents
• En ce qui concerne les prélèvements à but scienti- établis quotidiennement par les médecins, quel
fique, la loi distingue entre le but scientifique au sens que soit leur mode d’exercice. Leur rédaction
large, purement heuristique, et les recherches des causes doit rester objective et prudente sans jamais
de la mort. Ces dernières visent à préserver la santé attester de ce que l’on n’a pu personnellement
publique d’une éventuelle épidémie ou maladie conta- constater.
gieuse qui nécessite de poser rapidement un diagnostic. • Les certificats de décès comprennent
C’est donc l’intérêt de la collectivité qui est protégé par une partie administrative et une partie médicale
une telle mesure, ce qui explique que l’on applique le destinée à des études épidémiologiques réalisées
principe de la présomption de consentement. En réalité, par l’INSERM.
ces prélèvements répondent à un critère d’urgence médi- Lorsque aucune cause de décès n’est évidente,
cale et scientifique et ne requièrent aucun avis de la ou que la mort est d’origine violente, il faut
famille ; pour autant, cela ne dispense pas le corps médical signifier un obstacle médico-légal.
d’informer celle-ci a posteriori (tribunal administratif • Enfin, la présomption de consentement
d’Amiens 14 décembre 2000 : il y a un prolongement du des défunts à des prélèvements d’organes
devoir d’information après le décès). Force est de recon- en vue de greffe mérite d’être largement portée
naître toutefois que, dans la majorité des établissements à la connaissance du public. Tout médecin doit
de soins habilités à pratiquer les prélèvements scienti- pouvoir renseigner les familles et leur indiquer
fiques, cette législation n’est pas appliquée à la lettre, de que le critère du décès en milieu hospitalier
sorte que les familles sont systématiquement consultées est la mort cérébrale. Les prélèvements sauvent
avant les prélèvements, ce que la loi n’impose nullement. la vie de personnes malades, et les corps
Le tribunal administratif de Nantes a ainsi rappelé, dans sont rendus aux familles après restauration
un jugement du 6 janvier 2000, que le témoignage de la tégumentaire sans que cela ne constitue
famille est inefficient, s’agissant des autopsies en vue de ni mutilation ni gêne aux opérations funéraires.
rechercher les causes du décès (en l’espèce, la famille
s’était opposée aux prélèvements).

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