Évaluation des examens médicaux complémentaires
Évaluation des examens médicaux complémentaires
PARTIE I / MODULE I
APPRENTISSAGE
DE L’EXERCICE MÉDICAL
Q4
iOBJECTIFSi
POINTS FORTS à comprendre
Argumenter l’apport diagnostique
d’un examen complémentaire,
> Le raisonnement médical est un raisonnement probabiliste et toute décision
médicale comporte une part d’incertitude.
ses risques et son coût.
Faire l’analyse critique d’un compte > Les examens complémentaires apportent des informations destinées
rendu d’examen. à réduire l’incertitude dans une situation clinique donnée.
Prendre en compte > L’information apportée par un examen complémentaire est, elle aussi, entachée
les référentiels médicaux. d’incertitude dont il faut tenir compte dans l’interprétation des résultats.
Rédiger une demande > L’évaluation rigoureuse d’un examen complémentaire a pour but d’en préciser
d’examen complémentaire la qualité diagnostique, c’est-à-dire de quantifier la part d’incertitude attachée
et établir une collaboration à l’information apportée.
avec un collègue.
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DE L’EXERCICE MÉDICAL
Évaluation des examens complémentaires dans la démarche médicale : prescriptions utiles et inutiles
Dans d’autres cas, l’analyse clinique de la situation aboutit à précision des indicateurs. Ainsi, si on étudie un examen dont la
une incertitude trop importante ou à une prise de risque inac- sensibilité attendue est de 80 % sur une population comportant
ceptable, et il est nécessaire de recueillir d’autres informations 100 « malades » la sensibilité estimée est comprise entre 72 et 87 %.
par les examens complémentaires. Ces examens peuvent être Si l’étude porte sur 1 000 malades, l’estimation de la sensibilité
prescrits : est plus précise, comprise entre 77 et 82 %.
L pour conforter une hypothèse diagnostique. Par exemple, il est Le choix de la méthode de classement des patients est aussi
licite devant une suspicion d’infection urinaire chez un patient très important. Le diagnostic de référence (ou gold standard)
fébrile de prescrire un examen cytobactériologique des urines peut être obtenu par la réalisation d’un examen de référence
qui confirmera le diagnostic et guidera la thérapeutique ; généralement plus coûteux, plus invasif ou moins disponible que
L pour éliminer une hypothèse alternative. l’examen évalué. Il peut aussi être fondé sur le suivi de l’évolution
L’utilité de l’information apportée par un examen complé- des patients, sur des résultats d’autopsie ou sur une combinaison
mentaire va dépendre : de ces différentes sources d’information. Il faut que ce diagnostic
L de la qualité de l’information apportée par l’examen, c’est-à- de référence puisse classer la population avec certitude, mais
dire de la qualité diagnostique de l’examen. La connaissance aussi que ce classement soit indépendant de l’examen évalué.
sur l’apport diagnostique d’un examen est produite par des En d’autres termes, les personnes qui classent les patients dans
études d’évaluation ; les catégories malades et non-malades ne doivent pas connaître
L de la pertinence clinique de l’information recherchée, c’est-à- les résultats de l’examen testé. Symétriquement, l’examen évalué
dire de l’utilité de cette information vis-à-vis du raisonnement doit être interprété sans connaître le résultat du classement des
médical et de la décision médicale. patients. Ces précautions méthodologiques sont indispensables
pour éviter les biais d’information.
L’évaluation d’un examen complémentaire permet de quantifier
ARGUMENTER L’APPORT DIAGNOSTIQUE l’incertitude de l’information apportée par l’examen. Pour les
D’UN EXAMEN COMPLÉMENTAIRE examens dont la réponse est nominale et dichotomique (positif
ou négatif, présence ou absence) l’incertitude est exprimée par les
La décision de prescrire tel ou tel examen complémentaire indices informationnels intrinsèques de l’examen : la sensibilité, la
est conditionnée par la qualité de l’information que peut apporter spécificité et les rapports de vraisemblance. Dans tous les cas,
l’examen, les risques liés à l’examen et son coût. Nous reviendrons on établit un tableau de contingence permettant d’étudier la dis-
plus loin sur les questions du risque et du coût pour envisager tribution de la population selon son classement par le diagnostic
d’abord la question de l’apport diagnostique de l’examen, c’est-à- de référence en « malades » (M+) et « non-malades » (M–) et
dire des connaissances dont on dispose sur ses qualités informa- selon le résultat positif (T+) ou négatif (T–) du test (tableau). Ce
tionnelles. tableau permet de dénombrer les cas qui sont correctement
classés par l’examen (vrais positifs et vrais négatifs) et ceux qui
MÉTHODE D’ÉVALUATION sont mal classés (faux positifs et faux négatifs) et de calculer les
D’UN EXAMEN COMPLÉMENTAIRE
indices informationnels du test.
Toute procédure de diagnostic, surtout si elle est nouvelle,
doit être évaluée par des études rigoureuses avant d’être proposée
SENSIBILITÉ ET SPÉCIFICITÉ
pour une utilisation en routine. Le but de cette évaluation est de La sensibilité et la spécificité sont des indices « intrin-
qualifier l’apport de l’examen, d’en préciser les conditions d’inter- sèques », car ils ne varient pas avec la prévalence pré-test de
prétation et de le situer dans le processus de prise en charge des la maladie. On doit prendre en compte ces indices au moment
patients. L’évaluation des qualités d’un examen complémentaire de la prescription des examens, car ils caractérisent la qualité
relève de la recherche clinique. Il s’agit schématiquement de informationnelle de l’examen quelle que soit la population à
réaliser l’examen dans une population de patients et de comparer laquelle on l’applique.
les résultats à un classement obtenu d’une autre manière, indé- ✓ La sensibilité (ou Se) correspond à la probabilité d’avoir un test
pendante, de la population étudiée en « malades » et « non- positif quand le sujet est malade : Se = VP/(VP + FN). Cet indice
malades ». mesure la capacité de l’examen à bien classer les malades. Lorsque
La population étudiée (ou l’échantillon) doit être représentative la sensibilité est égale à 100 % (ou égale à 1) cela signifie que
des patients pour lesquels l’examen est indiqué, c’est-à-dire que l’examen étudié est positif chez 100 % des malades. Un test très
les sujets étudiés doivent tous présenter la situation clinique que sensible est surtout utile pour éliminer un diagnostic, d’autant
l’examen doit participer à résoudre. Cela est particulièrement plus que la probabilité pré-test de la maladie est faible. En effet,
important pour les « non-malades » qui ne peuvent pas être des une forte sensibilité signifie que le test n’est jamais (ou rarement)
sujets sains pris au hasard mais qui doivent présenter le même négatif chez les malades. Un résultat négatif est particulièrement
problème clinique que les autres, le classement des individus étant utile au clinicien, car il lui permet d’exclure la maladie.
fait a posteriori. Les critères d’inclusion et d’exclusion d’un sujet ✓ La spécificité (ou Sp) correspond à la probabilité d’avoir un test
dans l’étude doivent être définis à l’avance. Le nombre de sujets à négatif quand le patient n’a pas la maladie : Sp = VN/(VN + FP).
étudier est aussi à déterminer à l’avance, car il conditionne la Cet indice exprime la capacité de l’examen à bien classer les
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✓ Le rapport de vraisemblance négatif est égal au taux de tests
négatifs chez les malades (faux négatifs/M+, soit 1-sensibilité) sur 40 S
le taux de tests négatifs chez les non-malades (vrais négatifs/M-,
soit la spécificité) : SUJETS PATHOLOGIQUES
20
RV– = (1-Se)/Sp.
Ce rapport quantifie le gain diagnostique d’un test négatif. 0
Ainsi, un RV– égal à 0,20 signifie que le test a 5 fois plus de chan- 20 30 40 50 60 70
ces (car 0,20 = 1/5) d’être négatif chez les non-malades que chez Valeurs
les malades. Plus le rapport est faible, plus le résultat négatif de
l’examen est fiable. Un examen dont le RV– est inférieur à 0,1 est Figure 1 Exemple fictif de distribution des résultats d’un examen
considéré comme apportant un fort gain diagnostique, alors dans une population comportant des sujets normaux et des
malades. Quel que soit le seuil S choisi pour séparer les deux
qu’un examen dont le RV– est compris entre 1 et 0,5 apporte un sous-populations, cette séparation sera imparfaite, car il
gain diagnostique faible. existe une zone de recouvrement des valeurs.
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Évaluation des examens complémentaires dans la démarche médicale : prescriptions utiles et inutiles
Dans les articles présentant l’évaluation d’un examen, les
auteurs donnent souvent les valeurs prédictives de celui-ci. Ces
1
valeurs ne sont valides que sur la population de l’étude, et l’utili-
sation de l’examen dans un autre contexte oblige le clinicien à en
0,8 déterminer les valeurs prédictives dans ce nouveau contexte,
voire pour chaque patient.
À prévalence égale, plus un test est sensible et meilleure est
0,6
sa VPN (un résultat négatif conforte l’absence de maladie) et
Sensibilité
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Évaluation des examens complémentaires dans la démarche médicale : prescriptions utiles et inutiles
D’une manière générale la bonne collaboration entre profes-
sionnels de santé est un facteur essentiel de la qualité des soins POINTS FORTS à retenir
prodigués au patient.
> La prescription d’un examen complémentaire
ARGUMENTER LES RISQUES ET LES COÛTS ne doit survenir qu’après l’analyse clinique
DES EXAMENS COMPLÉMENTAIRES de la situation.
La prescription d’examens complémentaires qui n’ont pas > Un examen complémentaire n’est utile
d’utilité directe pour le raisonnement médical comporte 3 ordres que s’il apporte une information destinée
d’effets délétères : le gaspillage de ressources, le risque iatro- à réduire l’incertitude du raisonnement
gène et le risque d’erreur médicale. médical, et à aider la prise de décision.
✓ L’effet économique : c’est le plus évident. Les ressources que > La prescription d’un examen complémentaire
la société consent à attribuer aux soins de santé sont limitées. doit tenir compte des qualités diagnostiques
Dans ce contexte, la prescription d’un examen inutile représente de l’examen, estimées par la sensibilité
un surcoût qui ampute d’autant les ressources de la santé. De et la spécificité (indices intrinsèques).
manière plus générale, la prescription d’un examen complé-
mentaire doit être précédée d’une analyse coûts/avantages
> L’interprétation du résultat d’un examen
complémentaire doit tenir compte du contexte
comparant l’intérêt de l’information attendue en termes de
épidémiologique et clinique (probabilité
bénéfices pour le patient au coût d’obtention de cette information. pré-test) et s’appuyer sur les valeurs prédictives
✓ Le risque iatrogène : lié à la réalisation d’un examen complé- positive et négative de l’examen
mentaire, il est souvent minime, mais il convient de considérer qu’il dans cette situation (probabilité post-test).
n’est jamais nul (exposition aux radiations ionisantes, infection noso-
comiale, etc.) et qu’il peut même être conséquent (examens inva- > La prescription d’examens inutiles constitue
sifs et [ou] nécessitant une anesthésie générale). Ce risque n’est un gaspillage de ressources, expose le patient
évidemment pas acceptable si l’information apportée par l’examen à des risques et augmente la probabilité d’erreur
médicale.
n’est pas utile à la décision médicale. En tout état de cause, la pres-
cription d’un examen complémentaire doit résulter d’une réflexion
bénéfices/risques évaluant les risques encourus par le patient à
subir l’examen et les bénéfices attendus de l’information apportée
par l’examen.
✓ Le risque d’erreur médicale : il découle de l’incertitude liée aux Au total, un examen complémentaire n’est utile que si l’infor-
résultats des examens. La multiplication des examens accroît la mation qu’il apporte vient conforter un raisonnement médical
probabilité d’obtenir un résultat erroné qui peut orienter vers construit sur l’analyse de la situation clinique. L’interrogatoire et
une mauvaise piste et faire prendre de mauvaises décisions. Ainsi, l’examen clinique du patient restent (et resteront) la source d’in-
si on réalise chez un individu « normal » 10 examens complé- formation la plus riche et l’interprétation rigoureuse de cette
mentaires différents qui ont chacun une sensibilité de 90 %, la information est le préalable à toute décision médicale, y compris
probabilité d’obtenir au moins un résultat faussement positif est la prescription d’examens complémentaires. Ce point de vue
de 65 %, et si on réalise 100 examens cette probabilité devient condamne la pratique des examens systématiques de type
très proche de 100 %. La recherche d’informations dont on n’a « bilan d’entrée » ou « bilan de santé » qui doit être définitive-
pas besoin accroît le risque d’obtenir une fausse information, ment considérée comme une mauvaise pratique clinique.
éventuelle source d’erreur.
(v. MINI TEST DE LECTURE, p. 1248)
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